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Ariane Naumovic Master management de la mode et de la création Mémoire : La mode responsable en France Directrice de mémoire : Françoise Tricoire 2012-2014 Le mémoire : la mode responsable en France de Ariane Naumovic est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International. 2. Qu’est-ce que la mode aujourd’hui ? .................................................................p.5 2.1 La mode comme enjeu social.............p.5 2.2 La consommation de mode.................p.6 2.3 La condition ouvrière dans l’industrie textile.............................................................................................p.6 2.4 L’empreinte environnementale de la production textile...................................................................................................p.8 So mm ai re 1. Introduction................................p.1 3. Portraits de la mode responsable..................p.10 3.1 La mode responsable, réponse durable face aux géants de l’industrie textile............................................................................................p.10 3.1.1 Des textiles respectueux..........................................p.10 3.1.2 Des apprêts plus « propres »..................................p.12 3.1.3 La place du recyclage.................................................p.14 3.1.4 Et l’humain dans tout ça ?.........................................p.15 3.1.5 La question des labels...............................................p.17 3.2 Etat de la mode responsable dans le monde..............p.19 3.2.1 Les pays anglophones les plus responsables........p.19 3.2.2 Les pays nordiques, moteurs en Europe..............p.19 3.2.3 Amérique du sud, Espagne : des pays où il fait « bon vivre » pour la mode responsable................................................................................p.20 3.2.4 La France essaye de combler son retard.............p.20 4. La mode responsable française observée................p.22 4.1 Problématiques soulevées par le concept.....................................p.22 4.1.1 Problèmes de définition.............................................................p.22 4.1.2 La mode responsable et la consommation............................p.23 4.1.3 Les coûts de la fabrication responsable : quelle échelle de production ?............................................................................................................................p.25 4.1.4 Responsable ou beau : comment communiquer ?...................p.26 4.2 Les français et la mode responsable.................................................p.27 4.2.1 Méthodologie de l’étude...............................................................p.27 4.2.2 Résultats de l’étude........................................................................p.31 4.3 La vision de la mode responsable par les « modeuses »............p.42 4.3.1 Méthodologie du questionnaire..................................................p.42 4.3.2 Résultats du questionnaire...........................................................p.44 4.4 La mode responsable, vue par elle-même.......................................p.48 4.4.1 Méthodologie des entretiens.......................................................p.48 4.4.2 Synthèse des entretiens................................................................p.49 5. Quel avenir pour la mode responsable en France ?p.53 5.1 Le Sourcing responsable.......................................................................p.53 5.1.1 Les besoins des marques...............................................................p.53 5.1.2 La place du recyclage.....................................................................p.53 5.2 Les orientations de communication...................................................p.54 5.3 Le consommateur français est-il prêt ?............................................p.55 5.4 Augmenter la lisibilité, la question des labels..................................p.56 5.5 Quelle forme pour une structure dédiée à la mode responsable ?... ......................................................................................................................................p.57 6. Conclusion.......................................................................p.58 Glossaire.............................................................................p.60 Bibliographie......................................................................p.61 Annexes..............................................................................p.63 L’écologie et le développement durable prennent encore confidentiel. Le seconde-main est déjà bien installé dans les rythmes de une place de plus en plus importante dans nos vies. Cela consommation, mais ça n’est pas suffisant. Bientôt on verra des consommateurs à à vraiment commencé dans les années 70, avec les hippies la recherche de vêtements plus sains, de tissus naturels, d’un engagement durable qui voulaient déjà un mode de vie plus lent et plus proche de significatif de la part des marques. On verra aussi un retour du fabriqué main, de la la terre, mais qui étaient bien marginaux.Aujourd’hui, la mutation customisation, signe de l’unique, qui est aujourd’hui glamourisé sous le terme do it ro du ct io n Demain, ça sera la mode. Je dis demain, car le phénomène est encore naissant, yourself (fais-le toi-même). a opéré : être green c’est être branché, à la mode, le hippie est devenu hipster. Le point commun de ces trois phénomènes, c’est un consommateur à la recherche de la santé, de la connaissance, puisqu’il veut savoir la composition de ce l’alimentation, qui a intéressé en premier les consommateurs, et prend qu’il mange, ce qu’il met sur son corps, et ce qu’il porte, mais il veut aussi en parler aujourd’hui l’allure d’un défi. Il faut manger le plus healthy (sain) possible, autour de lui, et s’essayer à le fabriquer lui-même. C’est un retour à la proximité, un s’afficher sur les réseaux sociaux à coups de hashtags et de photos pour que « non » à la mondialisation et à la production en série, une reconception du temps tout le monde le sache. La population a réinvesti sa cuisine, on voit de plus en plus vers un mode de vie plus lent (car fabriquer soi-même est assurément plus long), de produits diététiques, la consommation de produits issus de l’agriculture biologique c’est aussi un signe de recherche d’identité puisque fabriquer pour soi c’est faire augmente chaque année, on oberve un ré-intérêt pour les légumes anciens, on exclue de l’unique. En réalité, les consommateurs cherchent à se réaliser eux-mêmes dans de plus en plus de produits de notre consommation comme le lait, le gluten, etc. cette quête, une quête vers le bonheur. 1. Int Dans tous les domaines la transition opère : hier c’était Aujourd’hui, le phénomène s’étend massivement aux cosmétiques. De plus Car c’est bien le bonheur qui est l’objectif final de chaque être humain, et ce en plus de composants interdits, de plus en plus de produits labelisés comme sont divers moyens d’y accéder. On est davantage heureux quand on préserve sa biologiques, vegan, naturels, etc. L’enthousiasme de fabriquer ses produits soi-même santé, quand on est fier de sa fabrication maison, quand on porte un vêtement qui a prend de l’ampleur, et comme pour l’alimentation, tout ceci passe par les réseaux du sens, une histoire. Et tous ces termes anglais nous montrent bien qu’aujourd’hui, sociaux. pour un français, notre idée du bonheur provient principalement des Etats-Unis, puisqu’ils sont à l’origine de ces nouvelles tendances. Ils arrivent en France par le biais des médias, des réseaux sociaux, des personnalités engagées, etc. 1 Aujourd’hui, tout ceci est bien souvent perçu comme la nouvelle tendance D’autres préféreront une démarche sociale, comme Twins for Peace, qui offre une à suivre. Tout le monde s’y met, et même H&M essaye de faire du responsable, ce paire de chaussures à des personnes en difficulté pour chaque paire achetée. D’autres qui donne parfois lieu à des abus de marketing vert, à du greenwashing. Mais même privilégiront les textiles à base de fibres recyclées, comme Picture, quand d’autres si certains jouent avec la mode responsable, cela a pour effet positif de faire se essayeront de faire une peu de tout en même temps. questionner les consommateurs, de les faire agir et réfléchir à leurs achats. Et surtout, ceci montre que ça n’est pas juste une tendance. La mode responsable gagne du terrain sur le système mode actuel, car celui-ci dysfonctionne. Régulièrement on entend parler de nouvelles catastrophes dans les Avec nos ressources qui s’épuisent, nos déchets qui s’amassent, des humains pays ateliers les plus pauvres, ou les conditions de travail sont inimaginables pour qui souffrent pour habiller d’autres humains, un jour ou l’autre la mode aussi doit nous, européens. Il travaillent des heures durant, pour un salaire minime, dans des faire sa transition écologique, et une transition n’est pas une tendance, il n’y a pas de locaux insalubres, dans lesquels ils sont parfois enfermés pour produire plus de retour en arrière possible. Certaines marques comme American Apparel augmentent pièces. le pourcentage de coton biologique dans leurs vêtements, quand d’autres proposent de plus en plus souvent des gammes responsables, comme les gammes H&M conscious, très médiatisées. À côté de cela, on ne compte plus les cas d’allergies à certains textiles, de textiles qui ont subit des traitements chimiques ou qui on reçu des teintures spéciales qui font réagir les corps des plus fragiles. Certains consommateurs sont également à Mais, qu’est-ce que la mode responsable ? C’est une démarche globale, la recherche de produits vegan (végétariens), en réaction à la consommation massive qui vise à produire des collections et des produits de mode dans le respect des de cuirs et de fourrures, qui proviennent parfois d’animaux maltraités. valeurs du développement durable. La mode responsable est protéiforme : il y a plusieurs façons de faire de la mode responsable. Certaines marques vont réfléchir à l’éco-design, en imaginant des pièces multifonction, comme Ekyog avec sa Il ne faut pas non plus oublier que la production de coton conventionnel, ou pire OGM, provoque de véritables dégâts environnementaux et sociaux : le coton gamme Métamorphoses. D’autres vont s’axer sur une production éthique, comme conventionnel a besoin d’énormément d’eau et de pesticides, et la dépendance que Rosa Tapioca qui fait fabriquer toute sa collection en France. D’autres marques créé le coton OGM a poussé de nombreux agriculteurs à mettre fin à leur vie. encore n’utiliseront que les textiles les plus écologiques, comme L’Herbe Rouge. 2 Le consommateur est aujourd’hui bien habitué à ce rythme, et pense qu’il De plus, la consommation induite par le rythme de la fast fashion n’est pas a besoin de cette nouvelle paire de bottes 2cm plus basses que celles que l’on viable. Trop de production pour trop de consommation et trop de déchets. Même possède déjà, car elles sont plus à la mode. Dans ce système mode, on a donc si les déchets et surplus de la mode à cycle rapide étaient tous bien gérés, cela ne créé des besoins pour pousser à la consommation. Car en réalité, la plupart du serait pas suffisant. Car pour comprendre le système mode, il faut commencer par la temps n’avons pas besoin d’acheter et possédons tout ce qu’il nous faut chez nous, racine. et même plus, puisque nous ne portons jamais 100% de notre garde-robe. Et les enseignes de fast fashion l’ont bien compris : en sortant de nouvelles mini-collections La mode d’aujourd’hui est définie par son rythme soutenu : deux collections très régulièrement, elles font croire aux consommateurs qu’ils ont des besoins. Et par an, au minimum, sans compter les collections capsules, collections éphémères, etc. certaines tendances se démodant très vite, les fans de mode savent bien qu’il faut Cela signifie pour une marque ou un distributeur de repenser et reproduire presque sans cesse racheter, mais aussi se débarasser de ce qui ne peux plus être porté toute sa gamme tous les six mois. Ce qui représente un travail assez titanesque. suivant les codes de la mode. Pourtant, ce rythme effréné n’est pas viable à long Mais pourquoi changer aussi régulièrement ? Ces collections, ou plutôt ces saisons, terme, aussi, c’est tout un monde à réinventer. Mais ceci est un autre sujet. ont du sens justement par rapport au terme météorologique de saison, puisqu’elles correspondent au moment où il est admis de changer sa garde-robe d’été en garde- Nous voyons bien que le système mode est défaillant, et qu’il doit prendre un robe d’hiver, et vice versa. Mais on pourrait se contenter de seulement quelques tournant dans le sens du développement durable et social rapidement. Mais même nouveautés. avec toute la bonne volonté des marques françaises, la mode responsable, en France, connaît des débuts bien difficiles. Dans ce cas, quelle forme la mode responsable Ce qui rythme vraiment la mode, ce sont les bureaux de tendances. Nelly doit-elle prendre pour s’imposer dans le paysage français ? Rody, Carlin, Promostyl, sont autant de bureaux de tendances, et même, ce sont les plus célèbres. Ils proposent aux industriels du textile des prédire les tendances à Toute une série de questions découlent de cette problématique. Comment venir, réunies dans des cahiers de tendances. Et ces tendances changent : tous les six doit-elle communiquer pour attirer le consommateur ? Comment aider les marques mois. Même s’ils prétendent ne pas influencer et être des détécteurs de tendances, françaises à percer et se faire connaître ? De quelle façon peut-on orienter le en réalité ce sont eux qui contrôlent la mode aujourd’hui. consommateur français vers des choix plus responsables ? Peut-on compter sur les labels pour assurer la transparence de la mode responsable ? Est-ce que les consommateurs sont prêts à modifier leur attitude de consommation ? 3 Pour tenter de répondre à ces questions, nous allons d’abord expliciter La seconde étape sera un questionnaire à plus petite échelle, interrogeant seulement le fonctionnement du système mode, et mettre à nu ses failles principales pour une section de consommateurs : des femmes qui aiment la mode, comme des comprendre pourquoi il n’est plus l’avenir de la mode. Nous allons aborder les étudiantes, des blogueuses, des fashionistas. Enfin, nous procéderons à des interviews enjeux sociaux de la mode, puis observer la consommation de la mode aujourd’hui, de créateurs ou de personnes influentes dans le monde de la mode responsable. parler de la question des ouvriers de l’industrie textile, et enfin traiter des problèmes environnementaux du système mode. En deuxième partie, nous pourrons voir ce qu’est la mode responsable, comment produire du textile en cohérence avec le développement durable, puis nous comparerons la situation de la France en matière de mode responsable avec d’autres régions du monde. Dans un troisème temps, nous verrons précisément quelles sont les principales problématiques soulevées par le développement d’une mode plus responsable en France et leurs hypothèses de réponses, et c’est en partant de ces hypothèses que nous étudierons les questionnaires et enquêtes réalisées. C’est en dernière partie que nous analyserons les résultats des interrogatoires menés, afin de comprendre comment les consommateurs français et les marques françaises perçoivent l’avenir de la mode responsable. Afin de pouvoir réaliser cette dernière partie, nous procéderons par trois étapes : une première étape d’enquête quantitative, diffusée largement, où un minimum de 100 réponses sera requis pour la validité du questionnaire. 4 ? i jo ur d’ hu au 2.1 La mode comme enjeu social couches sociales, elle permet de distinguer des groupes ethniques (géographie), mais de se nourrir. Aussi, le vêtement, est comme un seconde peau, elle est aussi un marqueur générationnel et temporel (chaque période historique a qui peut tenir chaud, rafraichir, protéger. La mode, elle, se charge son identité), et enfin, elle est prédominante dans la recherche identitaire pour chacun plutôt des couleurs, de mouler le corps ou de lui donner une de nous. En effet, la mode, est un choix culturel (entre d’autres choix, comme la forme... Etre à la mode, ne pas suivre la mode, détester la mode... musique, le sport, et autres activités) que chacun de nous fait pour appartenir ou se Que l’on suive ou nom les tendances vestimentaires, ces acceptions différencier d’autres groupes sociaux, un phénomène qui nous rappelle le tribalisme. mo de S’habiller est aussi vital pour les êtres humains que la qu e tce ’es 2. Qu enracinée dans la société car elle permet d’établir une gradation entre les différentes La société urbaine s’est anonymisée, par rapport au mode de vie paysan d’il y a montrent bien que l’on se place toujours par rapport à la mode. quaelques siècles où tout le monde se connaîssait. Aujourd’hui, Paris connaît la plus Alors qu’elle peut sembler être cette chose futile réservée forte densité de population au monde1, et pour ne plus se retrouver seul face à soi- à quelques fashionistas (on remarque le féminin), elle est pourtant prédominante même, nous avons développé une forme de tribalisme, dont la mode fait partie, et dans nos vies, du fait de cette image de seconde peau. Ce pull bleu en cachemire permet aux hommes et femmes de se rapprocher par leur choix culturels, et de ce fait, identitaires. dans notre placard n’est pas juste un pull que l’on apprécie, mais découle de toute une procédure de fabrication : depuis le choix de la teinte « à la mode » par les bureaux de tendances jusqu’au choix de la forme et de la matière et à la vente du produit par C’est par cette notion de tribu que l’on réalise également que la mode, même tel magasin. On croit acheter un basique, mais un vêtement est toujours inscrit dans si elle n’est pas appelée de cette façon par les ethnologues, fait partie intégrante de une tendance. Cependant, elle reste largement le symbole de la superficialité, et elle nos habitudes depuis des millénaires, puisque depuis toujours l’être humain arbore est difficilement reconnue comme un trait culturel au même titre que peut l’être la des signes à la fois distinctifs et de regroupement, comme un tatouage ou un pagne langue, et même la haute couture est souvent oubliée quand on parle d’art. d’une certaine couleur. Ceci est ancré dans la culture humaine depuis très longtemps, et lui est indispensable, justement pour rester un homme social. Pourtant, le phénomène de mode est inévitable, car il est le manifeste de nombreux faits sociaux, sociétaux, psychologiques et ethnologiques. La mode est 5 1 21 000 hab/km2 en 2011, Recensemment. On comprend bien que le phénomène de mode est et sera toujours présent, il est donc essentiel qu’il évolue pour cesser de nuire, puisque, à grande échelle, ce Les classes populaires actuelles se sont tournées vers la fast fashion, un mode qui est en jeu n’est pas l’avenir de notre planète, mais l’avenir de l’être humain. de production de vêtements très rapide : les grandes enseignes dont c’est le crédo (H&M, Zara, etc.), sont capables de produire de nouveaux vêtements très vite : depuis la copie des défilés à la mise en rayon il ne se passera que quelques semaines. 2.2 La consommation de mode Malheureusement, la qualité est proportionnelle au temps de réalisation : moindre. Ce sont des vêtements voués à être rapidement jetés, peut-être plus rapidement que d’être passés de mode. On passe du prêt-à-porter au prêt-à-jeter. En 2007, la Historiquement, la mode, au sens économique (et éphémère) du terme, existe commerce de textile dans le monde s’élevait à 583 milliards de dollars1. seulement depuis quelques décennies. Mais au sens d’enjeu social, elle perdure depuis des millénaires. Si on remonte par exemple à l’époque des lumières, il est facile de constater que le vêtement neuf était une chose rare. Dans les classes sociales Ce faisant, il faut aujourd’hui y ajouter les impacts de la crise économique les plus basses, un vêtement neuf était confectionné à la main, dans les familles, et actuelle, qui a bien réduit la consommation des classes populaires, et semble devait durer le plus longtemps possible, même s’il était beaucoup rapiécié. Chez la nettement enrichir les classes sociales déjà aisées, ce qui a donc pour effet de creuser bourgeoisie et la noblesse, les vêtements neufs provenaient du tailleur, était fabriqués les différences de pouvoir d’achat. Allons nous vers une nouvelle transition ? aux mensurations, et les tissus et finitions utilisés (broderies, perles., etc.) étaient le signe de la richesse, mais leur aquisition restait tout de même rare, comme un investissement. 2.3 La condition ouvière dans l’industrie textile Plus récement, on a pu observer une transition rapide dans les habitudes Pour baisser le coût de production, la mode aussi est passée par la délocalisation. de consommation de vêtements. Pendant les années 1930, les bourgeois étaient Et délocalisation signifie : pays ateliers, main-d’oeuvre à bas prix, et dans certains ceux qui possédaient la plus grande garde-robe ; les vêtements étant très couteux, cas, des situation proches de l’esclavage. Travail forcé, travail des enfants, volumes donc la classe populaire en avait peu. Mais c’est également pendant cette période horaires inhumains, conditions déplorables, salaires misérables, ateliers clandestins... qu’ont ouvert les premiers grands magasins, offrant la nouvelle révolution textile : le L’industrie textile exploite ses ouvriers afin de produire rapidement et peu cher. prêt-à-porter. Depuis, les modes de consommations se sont inversés, et les classes sociales aisées préfèrent la qualité à la quantité, et ce sont les classes inférieures qui consomment le plus, à bas prix (et basse qualité). 6 1 OMC On peut lire dans le dossier La mode déshabillée ce témoignage frappant : Plusieurs aspects sont clairement soulevés par ce témoignage. D’une part les salaires misérables et insuffisants, qui ne permettent pas aux ouvriers de subvenir à leurs Quality Garments est une entreprise d’assemblage de vêtements installée dans le parc industriel de Sonapi, à Port-au-Prince, en Haïti. Les ateliers sont chauds, mal éclairés, densément occupés. L’air y est chargé de poussière et de déchets de tissus. Pas de ventilation. Des piles de pièces de vêtements ou de tissus chiffonnés encombrent les couloirs et les recoins. Les travailleurs ont la mine triste, fatiguée. Ils s’appliquent à travailler sur d’antiques machines à coudre, certaines ont plus de 20 ans. Ils cousent des vêtements pour Kmart, une chaîne de distribution américaine, et des pyjamas Mickey Mouse et Pocahontas sous licence de Walt Disney Company. Les travailleurs de Quality Garments travaillent de 8 à 10 heures par jour, du lundi au samedi. Mais en période de pointe, ils doivent travailler également le dimanche. Des travailleurs interrogés en août 1995 affirment qu’ils ont travaillé sept dimanches d’affilé, en d’autres termes, 50 jours sans un jour de repos, jusqu’à 70 heures par semaine, durant la période la plus chaude de l’année. Dans beaucoup de cas, les travailleurs sont payés 15 gourdes par jour, l’équivalent de 1 dollar. C’est bien en deçà du salaire minimum légal fixé à 2,4 dollars par jour. Les travailleurs sont payés à la pièce. Le quota de production qui leur permettrait de toucher l’équivalant du salaire minimum légal est hors d’atteinte de la majorité d’entre eux. Une travailleuse expérimentée est par exemple supposée effectuer une couture sur 204 pantalons de pyjamas par jour, ce qui lui permettrait d’atteindre un salaire de 40 gourdes (2,67 US$). Mais en huit heures de travail, elle ne peut atteindre qu’un maximum de 144 pantalons, pour lesquels elle est payée 28 gourdes (1,87 US$). Dans ces conditions, un travailleur moyen ne peut gagner que le quart de ce qui lui est nécessaire pour couvrir les besoins fondamentaux d’une famille de cinq personnes.1 1 besoins fondamentaux, et qui sont liés à des quotas inatteignables. Le Bangladesh reste un des pays avec le salaire horaire le plus bas au monde2, et pourtant le pays ne vit quasiment que de l’industrie textile. D’autre part, les conditions de travail qu’on devine proches de l’insalubrité, avec cet air poussérieux qui doit charger les poumons des ouvriers en particules de tissu. Le matériel non plus n’est pas récent et ne doit certainement pas aider quant à la rentabilité et l’efficacité de la production. Enfin, le volume horaire est tel qu’il ne permet à aucun moment de se reposer normalement, ni d’avoir des activités sociales naturelles à l’homme. l’existence de zones franches, créées par les Etats eux-mêmes, afin d’attirer les entreprises par des avantages fiscaux, douaniers et réglementaires. Ainsi, 40 millions de travailleurs seraient touchés par ces zones de non-droit, dont la réglementation en matière de droit du travailleur est largement amoindrie par rapport à la norme nationale. Il y a donc encore beaucoup de chemin à parcourir, par les fabricants, mais aussi les consommateurs ; d’autant plus que la responsabilité n’est pas le premier critère de choix du consommateur, qui est d’abord attiré par le style du vêtement plutôt que par son éventuelle conception éthique3. National Labour Committe, USA, 1995, in Crabbé Carole et alii, La mode déshabillée, Bruxelles, OXFAM, Orcades et Déclaration de Berne, 1998 Le collectif Ethique sur l’Etiquette pointe également ce fait intéressant : 7 2 3 Voir annexe I www.ethique-sur-etiquette.org Le bilan est donc très lourd, et il nous est donc difficile d’imaginer que la mode désherbant de la firme Monsanto conçu pour les OGM. On peut aussi évoquer le cas du futur continue de suivre ce rythme. Ce témoignage est loin d’être une anecdote. de la mer d’Aral qui est presque à sec puisqu’elle a servi à irriguer principalement des Les catastrophes régulières au Bangladesh commencent à faire prendre conscience champs de coton. Autrement dit, le coton conventionnel et OGM sont des désastres aux consommateurs des conditions de production de leurs vêtements. La dernière, au écologiques. mois d’avril 2013, a fait 1129 morts dans l’incendie du tristement célèbre Rana Plaza, et plus récemment on trouve un cas d’empoisonnement par l’eau potable qui a intoxiqué ressources non renouvelables, et nécessite de nombreuses étapes chimiques avant 600 ouvriers1. d’arriver au stade de fibre. Sa fabrication est donc source de pollution et participe à - Le polyester : la fibre est issue de l’industrie pétrolière. Elle utilise donc des l’épuisement des ressources. 2.4 L’empreinte environnementale de la production textile Ensuite, les fibres subissent divers traîtements et apprêts, pour devenir un tissu d’une certaine couleur, avec certains motifs... Pour considérer une approche environnementale de la production textile, il nous faut d’abord remonter à la source : la fibre, matière première d’un vêtement. l’environnement, puis est teinté, avec les colorants chimiques qui peuvent être Les deux fibres les plus portées sont le coton et le polyester, retraçons leur cycle de dangereux (pour la faune, la flore, l’eau, l’ouvrier, comme pour la personne qui porte vie, de la production de la fibre à sa fin de vie : - Le coton : il passe par le blanchiment au chlore, produit toxique pour le vêtement), et peut ensuite subir toutes sortes d’apprêts : déperlance, anti-tâche, - Le coton : la fibre a 55% de chances d’être OGM2, elle necessite énormément anti-repassage, etc. qui sont chimiques et pour la plupart toxiques également. d’eau pour bien pousser, et requiert 25% des pesticides mondiaux pour seulement 3% de terres cultivées. Les OGM sont sujet à caution, et même s’il est aujourd’hui - Le polyester : Il est difficile à teindre, donc les teintures sont plus puissantes et plus toxiques, et nécessitent beaucoup d’eau pour être fixées. Ensuite il peut subir encore difficile d’affirmer sa dangerosité, on peut néanmoins être certain que sa des apprêts semblables au coton. culture est source de décès : des centaines de cultivateurs indiens se seraient donné La norme européenne REACH pointe du doigt plusieurs dizaines de produits la mort pour cause de surrendettement pour pouvoir acheter du Roundup, le toxiques, comme les colorants azoïques, les mordançages par certains sels de métaux lourds (chrome notamment), et certains apprêts dangereux. 1 France24.com : « Bangladesh : des centaines d’ouvriers d’une usine textile tombent malades », 5 juin 2013, http://www.france24.com/fr/20130605-centaines-ouvriers-empoisonnement-usine-textile-bangladesh-malades- eau-sante-securite-travail 2 Voir annexe 2 8 Par exemple, le sablage d’un jean : c’est une technique qui consiste à donner un Avec 11 kg de vêtements par habitant chaque année, il est donc important aspect vieilli aux jeans, ce qui est très à la mode depuis les années 60, en utilisant la d’entretenir suffisamment bien ses vêtements pour diminuer l’impact de leur projection de sable sur le tissu, alors même que les ouvriers ne sont pas protégés, utilisation sur l’environnement. Seule une petite partie des 700 000 tonnes inhalent la poussière de silice, et développent une silicose, une maladie respiratoire consommées chaque année est collectée pour sa fin de vie, soit 110 000 tonnes, incurable1. Les usines sont principalement situées en Afrique du Nord, en Turquie ce qui est bien insuffisant2. Une plus grande valorisation des vêtements en fin de vie notamment. Une campagne à ce sujet est menée par le collectif Ethique sur l’Etiquette pourrait favoriser davantage le recyclage des fibres en d’autres vêtements, ce qui est afin que les grandes marques arrêtent l’utilisation de ce procédé mortel. encore rare. Sans oublier la consommation est très rapide, induite par la fast fashion, dont le rythme éffréné induit beaucoup de déchets, dont le recyclage est encore insuffisant en France. Ce tour d’horizon de la mode nous montre bien à quel point ce Puis le tissu est découpé et assemblé. Très souvent dans des conditions modèle n’est plus viable pour longtemps, et qu’il nous faut le réinventer. semblables à celles que nous avons évoqué plus tôt, auquel il nous faut ajouter les déchets de tissus provenant de la découpe. Puis les vêtements sont transportés, souvent par avion, ce qui est un moyen de transport particulièrement polluant, et une Greenpeace a mis en place une campagne pour détoxifier nos vêtements grande partie des vêtements qui proviennent d’Asie sont traîtés avec des pesticides (voir ci-après), basée sur différentes études commandées par l’ONG, intitulées pour le transport, pour ne pas craindre d’être rongés par des animaux. Ils arrivent Toxic Threads, qui analysent les substances présentes dans nos vêtements, aussi ensuite dans des ateliers de stockage, puis sont redistribués au quatre coins de la dangereuses pour celui qui a confectionné le vêtement que pour son usager. Mais ce planète pour se retrouver sur les rayons de nos magasins. Une fois que l’on a passé tableau noir de l’industrie textile est en train d’évoluer vers plus de clarté grâce au la caisse du magasin, on porte le vêtement, puis on le lave, puis on le porte, puis goût ambiant et heureusement croissant pour la mode responsable. on le lave. Jusqu’à ce qu’il soit abîmé ou démodé. Le lavage a une grande place dans la dégradation de l’impact environnemental : nous lavons trop chaque vêtement, avec des détergents toxiques et non bio-dégradables, ce qui entraîne une usure plus rapide et donc précipite le vêtement au rebus. 1 www.stop-au-sablage.org 9 2 ADEME bl e ns a re sp o mo de la de rt ra it s 3. Po Pour comprendre les mondialisations, celle d’hier et d’aujourd’hui, rien ne vaut l’examen d’un morceau de tissu. cours de mise au point par les laboratoires de recherche, afin de concurrencer les Erik Orsenna, Petit précis de mondialisation, 2007. tissus synthétiques. Plutôt que de présenter les fibres et leur différentes propriétés, je vais m’attacher à les aborder d’un point de vue durable. La liste des fibres n’est pas exhaustive. 3.1 La mode responsable, réponse durable face aux géants de l’industrie textile Les textiles naturels sont les plus célèbres, et notamment le coton, qui est le plus prisé. Il doit être issu de l’agriculture biologique. Afin d’éviter son blanchiment et Depuis quelques années, avec la tendance écologique mondiale, les de limiter les teintures, l’agriculture devrait se recentrer sur les différentes variétés consommateurs se posent davantage de questions sur l’origine d’un de coton : il existe des centaines de variétés qui ont des teintes naturelles, du beige produit, ses procédés de transformation, son bilan carbone... Ceci est très au mauve, en passant par le blanc éclatant. positif puisque cela incite à changer nos regards sur un produit, et de faire de meilleurs choix pour notre environnement ; mais cela reste encore assez confidentiel dans le secteur du textile. Il existe de nombreux textiles disponibles, et de nombreux autres sont en Les cultures libériennes, notamment le lin et le chanvre sont rarement traités, car ce sont des plantes qui poussent facilement et surtout rapidement, donc avec un rendement élevé. Rêche au naturel, le chanvre peut être mélangé pour plus de 3.1.1 Des textiles respectueux douceur, et c’est un tissu durable car sa fibre est très solide dans le temps. Avec ces Le coton, la fibre naturelle la plus portée au monde, n’est plus si naturelle au fibres végétales, il faut en outre limiter l’épuisement des sols, particulièrement fort regard de tous les traîtements qu’elle subit. Pourtant il est possible de produire des avec la culture du coton, et ainsi pratiquer en priorité la rotation des cultures, avec vêtements plus propres, même en coton. d’autres cultures vivrières par exemple. Pourtant, un problème récent à été soulevé par les professionnels français de la culture du chanvre : le taux de THC d’une graine Si aujourd’hui le coton biologique ne représente que 0,55% de la production cultivable en France doit être inférieure à 0,2%, mais avec le temps, le manque de mondiale de coton1, ce chiffre tent à augmenter avec les préoccupations écologiques THC semble fragiliser la plante et la rendre plus sensible aux parasites. Traîter le inhérentes à notre siècle. chanvre, ou réinsérer le THC ? 1 Voir annexe 2 10 La laine, qui représente 2% des fibres utilisées, a des propriétés assez la condition animale des chèvres qui sont souvent en sous-alimentation, et prêter exceptionnelles de conservation de la chaleur : elle est le seul textile à tenir chaud attention au phénomène de stérilisation des sols, induit par l’alimentation de la chèvre même en étant mouillé. Pourtant il est difficile d’avoir une laine d’agriculture biologique : qui se nourrit d’herbe mais en consomme également les racines3. provenant du mouton, il faudrait que celui-ci soit nourri avec des aliments biologiques et ne consomme pas d’antibiotiques. C’est aussi le procédé de nettoyage de la laine, La fourrure, du fait de ses nombreux détracteurs et problèmes quant à la généralement chimique, qui rend difficile la labellisation biologique de la fibre. Par condition animale, est à proscrire. Seule la pratique de recyclage de ces fourrures ou ailleurs, alors qu’aujourd’hui on importe massivement cette fibre, les élevages de de vente d’occasion peut être tolérée pour le consommateur. La fourrure synthétique, moutons sont nombreux en France, et les éleveurs ne savent plus quoi faire de leur comme son nom l’indique, est issue du pétrole, elle ne peut donc pas constituer une laine. Il faudrait donc se réintéresser à la collecte des fibres françaises. C’est aussi une variante satisfaisante. fibre souvent recyclée, du fait de son prix élevé, que l’on retrouve sous la mention « laine cardée »1. On trouve aussi différentes fibres cellulosiques, comme le Tencel, qui provient de la pulpe de l’eucalyptus, un arbre qui croît rapidement sans avoir recours à l’irrigation. La culture du mûrier pour la soie de nécessite pas beaucoup de produits Le Lenpur, appelé aussi « cachemire végétal » est lui issu de la pulpe du pin blanc chimiques. Le problème semble plus être pour le ver à soie : les procédés pour canadien, il a l’avantage d’être issu exclusivement des branches élaguées et non de l’extraction causent la mort inévitable du ver, et l’association indienne Peace Silk (soie l’abattage des pins. Il ne participe donc pas à la déforestation, et est particulièrement de la paix) propose à ce sujet des alternatives à l’extraction traditionnelle2. apprécié pour les sous-vêtements, que l’on peut trouver sous la marque écologique g=9.8. On trouve aussi le Modal qui provient souvent de la pulpe du hêtre, utilisé par Le cachemire, comme pour la laine, dépend de l’élevage de la chèvre. C’est une les marques Miséricordia et Ekyog. Ces viscoses doivent être issues de forêts gérées fibre très prisée et assez chère, non seulement pour sa douceur et sa capacité à tenir durablement, pour lutter contre la déforestation, l’idéal étant aussi de ne pas favoriser chaud, mais aussi parce qu’elle est rare, du fait du rendement faible de la production les monocultures4. de cachemire et du faible nombre d’élevages, par rapport à la laine. Il faut veiller à 1 2 IFM, 2005, « Développement durable et textile », Mode de recherche, n°4, 39 p. BRAMMEL Sophie et POIRE Patricia, 2012, Mode et tissus High-tech, Falbalas 11 3 4 WWF, 2011, Guide d’éco-conception des produits textiles-habillement Ibid Dans un tout autre registre, la styliste Suzanne Lee invente le concept de « Le bambou, fibre cellulosique aussi, est un cas à part. Alors qu’elle est prônée biocouture » et travaille sur un tissu dont l’aspect ressemble à un cuir, mais translucide. comme une plante miraculeuse aux multiples utilisations possibles (ossatures bois, Le textile serait issu de la culture de cellulose-microbienne en laboratoire à base de ustensiles de cuisine...), qui a la particularité de pousser extrêmement rapidement, kombucha (boisson énergétique à base de thé), donc de la fermentation de thé noir et elle est aussi sujette à caution. De fait, elle passe pour une « fibre écolo », alors qu’on de sucre. Une idée à développer pour les textiles écologiques2. ne la trouve que sous forme de viscose. Les étiquettes sont souvent trompeuses à ce sujet, et ne mentionnent pas le terme « viscose ». Pourtant, le procédé d’obtention de Pour finir, on peut aussi évoquer la toile d’araignée, aux propriétés de résistance la viscose de bambou est très chimique et empêche le bambou d’être classé comme et de finesse exceptionnelles, qui fait l’objet de recherches actuellement afin de un textile écologique, alors que la plante peut être tissée autrement (c’est une fibre parvenir à la tisser ou la synthétiser. libérienne), mais en perdant la douceur de la viscose1. C’est aussi une plante très invasive, qui peut modifier les écosystèmes de sa zone de plantation. On peut dire que 3.1.2 Des apprêts plus « propres » la viscose de bambou est malheureusement une fibre très propice au greenwashing. Les teintures synthétiques ont pris le relais des teintures naturelles depuis De nouvelles fibres sont développées actuellement, comme les fibres la fin du XIXe siècle, car elles ont offert un plus grand choix de teintes et un coût biosynthétiques. Elles sont issues du maïs, du soja, mais aussi d’algues de lait, et moindre de fabrication. Mais l’industrie des grandes teintureries chimiques a été pourquoi pas de crustacés ou de betterave... On les nomme « biosynthétiques » car décriée récemment lorsque l’on s’est aperçu de la nocivité de certaines substances elles sont extraites de produits naturels, mais ont des propriétés proches des fibres et de leurs mordants. La directive européenne REACH a permis de clarifier la synthétiques. Leur particularité, très prometteuse, est d’être biodégradable. Plusieurs situation en classant les différents types de teintures et leur impact présumé sur la points sont à étudier pour ces cultures : elle ne doivent pas être génétiquement santé, et donc d’interdire certains usages. Pourtant, nous ne vivons pas non plus de modifiées, ni aller à l’encontre des cultures vivrières. retour significatif à l’utilisation de teintures naturelles à l’échelle du grand public : comme pour beaucoup de secteurs, ceci concerne quelques experts et passionnés du domaine, mais le grand public ignore tout sur les teintures de ses vêtements. 1 Voir annexe 3 12 2 www.biocouture.co.uk Il est encore rarissime de pouvoir acheter des foulards en soie teintés à Et la créatrice de Rosa Tapioca a signé une nouvelle ligne de linge de maison et l’indigo naturel. D’ailleurs, cet indigo, est une des couleurs les plus recherchées accessoires exclusivement teintés naturellement, ce qui est très prometteur2. dans l’histoire du fait de son procédé inhabituel de teinture, issu du mélange d’une plante rare (le pastel) et d’urine fermentée. Aujourd’hui, le bleu est toujours aussi tendance, mais plus dévastateur sur les teinturiers indiens ou chinois, à cause de la couleur, il n’est pas possible d’utiliser des teintures végétales. Cependant, l’entreprise nocivité de certains colorants et des conditions de travail de ceux-ci, sans parler de éco-responsable Colorep, basée en Californie, a mis au point un nouvelle méthode de la consommation d’eau potable. teinture textile sans usage d’eau, réservée aux tissus synthétiques : AirDye Technology. Pour les fibres synthétiques, comme il est beaucoup plus difficile de fixer la Elle fonctionne avec du CO2, et on observe par ce procédé : une réduction d’énergie On assiste malgré tout à un regain (bien qu’encore confidentiel) pour ces et d’émission de gaz à effet de serre, moins de pertes pendant le processus (de 10% procédés naturels, illustrés par l’initiative, entre autres, de la marque française à 1%), une bonne résistance au temps, et une nouveauté : le tissu peut être coloré Rosa Tapioca (qui utilise déjà des fibres écologiques, parfois françaises) avec le « différemment des deux côtés3. On peut citer aussi l’entreprise DyeCoo qui utilise ce récupère-couleur ». La marque, avec le soutien participatif instauré sur le réseau de même système, cette fois aux Pays-Bas4. crowdfunding KissKissBankBank, a mis au point un procédé « permettant de passer du stade artisanal au stade semi-industriel, et donc la réalisation de petites et moyennes séries en teinture », exclusivement à partir de plantes tinctoriales, comme les peaux toutes sortes de propriétés, il convient pour le cas de la mode responsable, soit de d’avocat, récoltées chez des restaurateurs ou maraîchers partenaires. Contrairement les bannir, soit d’utiliser leurs alternatives naturelles ou mécaniques. Et c’est grâce à ce que l’on peut imaginer, les teintures naturelles ont beaucoup plus de tenue au à l’initiative politique que l’on peut changer les modes de consommation et de temps, comme le souligne la créatrice de la marque Rosa Tapioca, en témoignent les production. 1 Pour les différents ennoblissements subits par les textiles pour leur conférer tapisseries et les vêtements d’époque qui n’ont pas perdu leurs couleurs. La difficulté réside en l’obtention de la teinte voulue, qui dépend : du tissu choisi (fibres naturelles seulement), de la chaleur du bain de trempage, et du mordant ou non utilisé. Mais à force d’essais et d’observations, on peut parvenir à maîtriser les plantes tinctoriales. 1 http://dye-lab.com 13 2 3 4 www.whole.fr www.airdye.com www.dyecoo.com 3.1.3 La place du recyclage Threads, qui analysent les substances présentes dans nos vêtements, aussi dangereuses Quand on pense aux recyclage de vêtement, on imagine les bennes de collecte, pour celui qui a confectionné le vêtement que pour son usager. C’est grâce à ce type qui servent ensuite à des structures comme Emmaüs. Ces structures récupèrent les de « coup de gueule » que la question des apprêts commence à intéresser. vêtements, ceux qui sont encore en bon état son mis en vente dans des magasins de Depuis plus d’un an, Greenpeace a mis en place une campagne pour détoxifier nos vêtements, basée sur différentes études commandées par l’ONG, intitulées Toxic seconde-main en France, ou sont envoyés sur les marchés d’Afrique. En effet, de nouveaux scandales émergent depuis quelques mois. Il y a plusieurs mois, Greenpeace a organisé une nouvelle manifestation pour sa campagne Detox, Emmaüs collecte de nombreux vêtements, et avec le recyclage textile, ils ont fashion without pollution (« pour une mode sans pollution ») devant des magasins Zara, pu développer un isolant de construction, obtenu grâce aux vêtements trop abîmés dans 19 villes du monde, dont le magasin parisien de l’avenue des Champs Elysées. La pour être revendus. Ils sont broyés pour former une laine multi-textile que l’on trouve campagne, menée par le grand lobby écologique, demande aux enseignes d’interdire facilement en grande surface de construction. certains usages et pratiques d’ennoblissement et de teinture chimiques, nocifs autant pour la main-d’œuvre fabriquant le vêtement que pour celui qui le porte. On apprend Parallèlement, des créateurs ont fait de leur spécialité le recyclage. En sur le site de l’ONG que Zara a accepté de ne plus utiliser certains intrants chimiques récupérant des vêtements en bon état, mais qui ne plaisent plus, ils les découpent dans ses produits. La campagne s’est reportée sur le géant du jean, la marque Levi’s, d’une certaine façon, les réassemblent avec d’autres, les customisent, et parfois on ce 11 décembre 2012, après la publication d’un rapport de Greenpeace pointant du peut passer d’une chemise d’homme à une robe, d’un jean à un sac, etc. On obtient de doigt les rejets pollués d’usines mexicaines. C’est donc d’abord en ciblant les grandes nouveaux vêtements totalement uniques, et certains créateurs n’hésitent pas à vous enseignes du marché français que la mode responsable pourra évoluer, et notamment proposer de recycler vos propres vêtements abîmés dont vous ne voudriez pas vous grâce à l’action de lobby aussi influents et nécessaires que Greenpeace1. séparer. Cette pratique est intéressante, mais minoritaire, car elle ne peut pas faire l’objet de production d’une collection à moyenne ou grande échelle. 1 GREENPEACE, 2012, les trois études suivantes : Chemistry for any weather, Toxic Thread the Big Fashion Stitch- Up, et Toxic Thread Under Wraps 14 Néanmoins, il y a une autre façon de recycler des textiles : en recréant une Le coton, le textile naturel le plus porté, devrait être également recyclé. Pourtant, c’est encore un fait rare, puisqu’en réalité je n’ai jamais rencontré, avant la collection nouvelle fibre. Dans la laine, cela se fait depuis longtemps, car avant d’être remplacée H&M Conscious Denim (sortie le 2 octobre 2014), de marque qui en propose, ou de par les synthétiques, c’était une fibre de choix pour passer l’hiver au chaud, mais vêtement en coton recyclé. C’est un grand pas en avant, et même si produire à l’échelle aussi coûteuse car de provenance animale. Ainsi, l’Angleterre a possédé (et en de H&M signifie qu’il y a forcément des zones d’ombres, notamment l’éthique, le coton possède encore, mais moins) de nombreux centres de valorisation de laine. D’abord, recyclé devrait être la normalité aujourd’hui, considérant les tonnes de vêtements en on détricote tous les vêtements et accessoires, puis on trie par couleurs, puis par coton jetés chaque année. diamètre de fil, pour refaire un fil qui resservira sur d’autres pulls et bonnets. On obtient une laine chinée, et de composition mixte, puisqu’aujourd’hui les vêtements d’hiver sont bien souvent en synthétique, ou même en coton. La marque L’Herbe Recycler des fibres est et sera toujours plus écologique que la production de fibres nouvelles, quelque soit la matière concernée. Mais pour en proposer davantage Rouge en utilise pour une petite gamme hiver, notamment des pulls à effet chiné, qui, sur le marché, il faut améliorer de nombreuses étapes : optimiser la filière de recyclage de part leur composition sont un peu plus rêches, mais aussi plus chauds, et souffrent française, intéresser les fabricants de tissus, pousser les marques et distributeurs à moins de boullochage. en utiliser, et communiquer davantage au consommateur sur l’origine de la fibre de son vêtement ; et bien sûr, sans oublier d’éduquer le consommateur au recyclage On peut également trouver de plus en plus de fibre de polyester recyclée, qui systématique de ses vêtements, pour que le cycle soit sans failles. provient soit d’anciens vêtements en polyester usagés, soit de bouteilles d’eau en PET qui sont transformées en fibres. On connaît leur utilisation surtout dans les polaires, 3.1.4 Et l’humain dans tout ça ? Pour le 24 avril 2014, soit un an après l’effrondrement du Rana Plaza au ces pulls de polyester brossé qui tiennent particulièrement chaud. La marque Picture en utilise beaucoup dans ses textiles hautes performances.1 Bangladesh, faisant 1129 morts, un collectif a lancé le Fashion Revolution Day, en commémoration à la catastrophe. 1 http://www.picture-organic-clothing.com 15 L’événement à été diffusé dans le monde, entier grâce aux réseaux sociaux, aux L’agriculteur et l’ouvrier sont les principaux concernés dans l’industrie textile relais dans chaque pays, et à l’implication des consommateurs, qui étaient invités à se des problématiques des conditions de travail. Dans les « pays ateliers », d’Asie, prendre en photo avec un vêtement à l’envers, dont on peut voir l’étiquette, et de d’Amérique Latine, du Mahgreb, de l’Europe de l’est, et maintenant d’Afrique, les questionner le fabricant de son vêtement « Who made my clothes ? » (Qui a fabriqué ouvriers et agriculteurs sont souvent soumis à des horaires de 70 à 80 heures par mes vêtements ?) J’y ai moi-même participé et pu obtenir des réponses précises sur semaine, pour un salaire insignifiant et parfois en deçà du salaire minimum légal, ils la fabrication d’un jean en coton biologique que je portais. Ce type d’événement est n’ont généralement pas de droits syndicaux, et l’on ne trouve pas que des adultes dans très efficace pour réveiller les consciences des consommateurs sur la réalité de la les ateliers de confection. Des normes, des chartes et des règlements sont mis en fabrication textile, car les réseaux sociaux ciblent une population assez jeune, et on place afin de modifier tout ceci. Cela passe par l’instauration de deux concepts, parfois sait que les adolescents et jeunes adultes sont de grands consommateurs de mode. amalgamés alors que bien différents : l’éthique et le commerce équitable Il s’agit en réalité de ré-humaniser le processus d’achat. Car pour le L’éthique, c’est donc principalement « le respect des droits de l’homme consommateur lambda, il lui est difficile de s’imaginer comment et par qui son vêtement sur son lieu de travail ». Un étude de l’IFM classe différents pays de confection en a-t-il été farbiqué. Certaines marques éthiques communiquent par des photos de leurs fonction de leur responsabilité : on trouve d’abord l’Europe occidentale, puis la zone ouvriers, et généralement on a un petit aperçu de leurs conditions de travail. Alors « Paneuromed », et en dernier, le continent asiatique1. Ce sont surtout les ouvriers des que des milliers de kilomètres peuvent séparer l’ouvrier du consommateur final, ce usines de confection qui sont touchés par la mise en place de mesures éthiques. Les type d’initiative raccourci les distances, de façon psychologique, et permet aux clients droits fondamentaux établis par l’OIT (Organisation Internationale du Travail) sont les des magasins de davantage réaliser sa position de « consom’acteur » lorsqu’il fait un huit suivants : interdiction du travail forcé, respect d’une durée maximale du travail, geste d’achat. Mais comment mettre en place de vraies règles de transparence de liberté syndicale, droit d’organisation et de négociation collective, non exploitation des fabrication ? enfants, santé et sécurité au travail, respect d’un salaire minimum, non discrimination. 16 1 IFM, DEFI, 2009, Mode et consommation responsable, regards des marques et distributeurs On peut voir chez H&M par exemple, un « code de conduite » qui vise à faire Environ la moitié des produits équitables sont issus de l’agriculture biologique1. La respecter ces différents droits, avec à la fin, un paramètre nécessaire, le contrôle culture du coton équitable est aussi biologique, et on peut les acheter chez quelques du respect du code par des audits. Mais on peut remarquer à la lecture de ce code, fabricants français agréés par Max Havelaar, comme Armor Lux. Si certains détracteurs des mentions assez vagues, comme « Nous exigeons de nos fournisseurs et autres émettent des doutes quant à la validité effective de ce label, il faut néanmoins en partenaires commerciaux qu’ils fassent de la sécurité des employés une priorité saluer la démarche, qui a le mérite de comprendre en plus une charte éthique. Ceci de tous les instants. Tout équipement ou bâtiment dangereux est inacceptable. ». nous amène vers une autre question, est-il possible d’avoir confiance dans les labels, L’imprécision de cet article montre un flou volontaire de la part de la marque, qui et sont-ils nécessaires ? peut aussi difficilement contrôler les 1650 usines qui travaillent pour son compte. Ce flou peut laisser une marge de manœuvre plus grande pour les sous-traitants, qui peuvent se sentir peu concernés par l’application de cet article qui ne définit aucune règle claire. Il faut tout de même souligner cet effort de réglementation, que l’on Il existe différents labels pour normer la mode responsable. Plutôt que de détailler tous les labels existants, nous allons plutôt envisager les problématiques retrouve chez la plupart des grandes enseignes de mode, mais il est nécessaire d’aller qu’ils soulèvent. Cependant, vous pourrez trouver un tableau récapitulatif en encore plus loin, pour plus d’éthique. 3.1.5 La question des labels annexe 5. Le commerce équitable régit des échanges justes entre le Sud et le Nord. Ce sont les agriculteurs de l’Afrique du sud qui sont principalement visés par le Pour la normalisation des tissus biologiques, on trouve en France le label officiel Ecolabel Européen, les labels privés Oeko Tex Standard et GOTS (Global commerce équitable du coton. C’est le label Max Havelaar qui est aujourd’hui Organic Standard), ou encore le label Ecocert ou le label allemand Naturtextil le plus connu et utilisé pour les produits du commerce équitable. Le label est qui proposent souvent plusieurs degrés de certification selon la composition du composé d’une charte à respecter, qui comprend une partie éthique, mais le produit, ou différentes applications selon le type de produit (textile, cuir). Pour le commerce équitable c’est aussi souvent l’agriculture biologique : du respect commerce équitable, on trouve surtout Max Havelaar, mais aussi Equitable Ecocert, de l’homme au respect de la nature. Le commerce équitable est composé de et Bioéquitable. quatre points principaux : la dignité des acteurs, le respect de l’environnement, la transparence, et l’engagement à faire évoluer le commerce international. 17 1 Max Havelaar Trois points ressortent quand à l’étude de ces labels. D’une part, la De mon côté, en discutant avec certains créateurs, plusieurs ont eux aussi compréhension de la part des consommateurs est encore insuffisante, même si parlé de créer un nouveau label qui soit plus clair. Pourtant, très peu d’entre eux une part croissante de consommateurs reconnaît le label Max Havelaar (55% en ont les moyens financiers d’obtenir un label, car il sont généralement très chers. 2011 ). Il y a généralement beaucoup d’informations sur les étiquettes, qui, bien Mais plutôt que de créer de nouveaux labels qui s’ajouteraient les uns aux autres, qu’essentielles pour la politique de transparence, ne sont pas forcément claires pour ne pourrait-on pas plutôt créer une certification évolutive ? Il s’agirait de mettre en le consommateur. place des critères, et chaque marque ou distributeur se verrait apposer une, deux, 1 trois étoiles ou plus, en fonction de leur degré d’implication. D’autre part, si l’éthique est réglementée sous forme de chartes internes aux entreprises, il n’existe pas de label qui puisse indiquer clairement au consommateur que tel produit (ou telle marque) respecte bien les conventions de l’OIT, sauf initiative vraiment y répondre. D’un côté il faudrait uniformiser, de l’autre, cela semble de Yamana, qui est une certification « fibres citoyennes ». trop compliqué. Cette ambivalence montre une stagnation aujourd’hui de cette Aujourd’hui, cette question n’est pas résolue, et personne ne semble vouloir problématique des labels. En attendant, il est certain qu’il faille a minima améliorer la Enfin, l’étude de l’IFM citée précédemment montre que les marques et visibilité pour le consommateur, en communicant mieux, et davantage. distributeurs sont d’accord sur l’idée qu’il faudrait un nouveau label unique, indépendant, et universel (ou deux : un environnemental, un éthique). Pourtant, il montrent dans le même temps une certaine réticence à créer un nouveau label : il ne faudrait pas qu’il ne fasse que s’additionner aux nombreux labels existants, et c’est un processus long et coûteux. On peut par exemple observer l’engouement des consommateurs français pour le Made In France, depuis quelques mois. Mais les critères de l’État français sont encore trop vagues et permettent de nombreux abus, alors le que label Origine France Garantie, le plus connu aujourd’hui, est si restrictif qu’il est très difficile à obtenir. 1 Graines de Changement, Les chiffres de la consommation responsable 2012 18 3.2 Etat de la mode responsable dans le monde 3.2.1 Les pays anglophones les plus responsables Les pays anglophones, Etats-Unis, Canada et Angleterre sont très sensibles D’ailleurs, c’est aussi en langue anglaise que l’on trouve le plus de documentation sur la « sustainable fashion », l’« eco-fashion », ou encore la « green fashion ». En effet, il existe de très nombreux sites internet spécialisés dans la mode responsable, comme par exemple: www.ethicalfashionforum.com, www.ecotextile.com, www.ecouterre. à la mode responsable. Les Etats-Unis on produit en 2006 1500 tonnes de coton com etc. biologique, ce qui les classe au quatrième rang mondial, après la Turquie, l’Inde, et la Chine. Ils sont également très novateurs en ce qui concerne les nouvelles technologies de l’industrie textile, comme l’invention de nouveaux procédés de sujet, comme Overdressed, the Shockingly Hightcost of Cheap Fashion d’Elizabeth Cline teinture sans eau. La mode responsable est vue dans ces pays comme moderne et (2012), le livre de Sass Brown, cité plus haut, ou encore To Die For : Is Fashion Wearing « branchée », d’où un franc succès. Ce phénomène est accru par l’engagement de Out the World ? de Lucy Siegle (2011), et bien d’autres références. C’est aussi en anglais que l’on trouve le plus de livres, études et revues sur le personnalités notamment américaines, comme la styliste Stella Mc Cartney, Bono, le chanteur du groupe U2, ou encore l’actrice Daryl Hannah. C’est également aux Etats-Unis qu’a été lancé l’événement de commémoration au Rana Plaza, le Fashion Revolution Day, évoqué plus tôt. Si la France a doit prendre exemple, c’est bien ces pays qu’il faut suivre. Isabelle Quéhé, créatrice de l’Ethical Fashion Show affirme même « c’est l’Angleterre qui fait la mode éthique. Les anglais ont une grande conscience de la protection de l’environnement ». On trouve en Angleterre deux salons, Summer Fair et Spring Fair, qui accueillent à chaque édition des créateurs engagés dans la création 3.2.2 Les pays nordiques, moteurs en Europe éthique. C’est aussi dans les pays anglophones que l’on trouve non seulement le Les pays nordiques regroupent : l’Allemagne, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas. La mode responsable est très bien installée dans ces pays, qui est plus grand choix de tissus écologiques sur internet, mais aussi un très grand nombre généralement présente sous forme de grandes chaînes de magasins nationaux. Le de créateurs, plus ou moins célèbres, qui sont très innovants et dynamiques. En Danemark est très concerné par la mode écologique depuis la fin des années 90. Les témoigne le livre récent Eco-Fashion de Sass Brown, qui répertorie certains créateurs pays du nord dépensent plus en commerce équitable et produits biologiques qu’en de mode responsable et explique leur démarche. France. 19 L’Allemagne plus précisément est un exemple de pays très sensible à la mode En Espagne, là aussi les initiatives sont discrètes, mais de nouvelles marques responsable. L’Allemagne est historiquement un pays engagé écologiquement depuis responsables apparaissent régulièrement, et avec un coût de production bien inférieur longtemps, et la mode n’y fait pas exception. Le salon Ethical Fashion Show à Berlin a à la France, l’Espagne peut même se targuer de faire de la fabrication nationale à un beaucoup de succès chaque année, et il y a même un autre salon, Green Showroom, prix attractif. Mais surtout, l’Espagne possède l’institution Slow Fashion Spain,1 qui met ce qui prouve le grand intérêt des consommateurs allemands. Les tissus en fin de en valeur les marques responsables espagnoles, possède un moteur de recherche vie sont bien mieux et davantage recyclés qu’en France, et même si selon certaines pour les consommateurs, et propose des formations. Un idée dont la France devrait marques responsables, les allemands sont les européens qui ont le moins de goût bien s’inspirer, alors qu’elle possède nombre de créateurs, mais qui ne sont pas pour la mode, ce sont tout de même, pour une grande part, des consommateurs très connus. engagés. Si ces pays sont presque naturellement engagés dans une démarche de 3.2.4 La France essaye de combler son retard valorisation de la mode responsable, ce ne sont pourtant pas eux qui ont le plus de Aujourd’hui la mode responsable en France, est surtout représentée par le coton biologique des grandes chaînes internationales (H&M, C&A, Zara...), mais aussi créateurs et qui font le plus parler d’eux. l’engouement récent pour le « made in France ». Pourtant un grand nombre de marques et de créateurs français restent inconnus. On connaît Ekyog, Ethos, Idéo, 3.2.3 Amérique du sud, Espagne : des pays où il fait « bon vivre » pour la mode responsable des marques de prêt-à-porter ; sauf qu’Idéo a arrêté définitivement sa production à cause d’une « conjoncture difficile » il y a deux ans. Les autres marques sont aussi En Amérique du sud, on ne compte pas beaucoup de créateurs ni d’événements trop peu dynamiques, c’est pourquoi elles restent dans l’ombre. Dans le même esprit, majeurs, mais plutôt des ateliers de fabrication éthiques, du potentiel de production l’Ethical Fashion Show français, pourtant créé en 2004, a dû fermer ses portes lui pour les marques, comme la marque de chaussures Veja qui possède ses propres aussi après l’édition de septembre 2012 qui a connu moins d’exposants ainsi que champs de coton au Brésil, ou encore des écoles de formation en mode pour les de visiteurs. A ce sujet, Michael Sherpe, directeur de Messe Frankfurt France (qui jeunes des favelas, comme ModaFusion, créé par Nadine Gonzalez. organise l’Ethical Fashion Show), va même jusqu’à dire : 20 1 http://modasostenible.org Malheureusement, la plupart des entreprises exposantes n’ont pas de stratégie macroéconomique. En France, les entreprises de mode éthique ne font pas preuve de dynamique innovante moderne, futuriste, contrairement à ce qui se passe en Allemagne.1 Les sites internet spécialisés (hors sites de vente en ligne) dans la mode responsable n’existent pas en France, comme ils peuvent exister en Angleterre, et les bloggeuses qui on ouvert des blogs d’actualité de la mode responsable ne sont plus à jours Il semblerait que cela ne soit pas définitif, et le salon pourrait réapparaître sous une depuis plusieurs années, comme : lamodeethique.canalblog.com, altermode.overblog. autre forme, davantage tournée vers le grand public que vers les professionnels. com, etc. Seuls persistent wa-off.com, et aussi mon blog depuis quelques mois : Mais on peut alors se questionner : les français ont-il un réel intérêt pour la mode myhappywardrobe.com. Heureusement, on trouve beaucoup d’études, principalement responsable ? publiés par l’Etat, l’IFM, le WWF ou l’Ademe. Un autre fait qui témoigne de l’absence de la France sur ce sujet, est la rareté des documents abordant le thème de la mode responsable. Par rapport à l’abondance La mode responsable en France n’est encore qu’à l’état de balbutiements. La consommation de produits équitables à un peu diminué depuis 2009 : on considère anglophone, en France on ne trouve que quelques titres, comme Le vêtement, la qu’un tiers des foyers français ont acheté quatre produits équitables en 2010 pour fibre écologique Myriam Goldminc et Claude Aubert2, A la recherche du vêtement un total de 14,7€ pour 15,9€ en 20095. La crise joue un rôle important dans la écologique de Pierre Malquiot et Gérard Bertolini3, qui commencent à être datés consommation des français, qui se tournent plutôt vers la fast fashion que vers l’achat du fait de l’évolution rapide de ce domaine. Il y a aussi des ouvrages plus généraux engagé. Pourtant on observe un regain de positivisme avec le retour du « Made in qui traitent dans un chapitre de notre sujet, comme Repères Mode 2003, édité par France », qui était devenu très rare dans le domaine de l’habillement. Mais pourquoi l’Institut Français de la Mode, ou encore plus récemment, Mode et tissus high-tech de un tel désengagement français ? Sophie Brammel et Patricia Poire4. La liste n’est pas exhaustive, mais on remarque à la lecture un traitement souvent peu engagé du sujet, à l’inverse des publications anglophones. 1 Journal du Textile, 30 octobre 2012 « Le salon Ethical Fashion Show baisse le rideau à Paris », n°2145, p.9 2 3 GOLDMINC Myriam et AUBERT Claude, 2001, Le vêtement, la fibre écologique, Terre Vivante MALQIUOT Pierre et BERTOLINI Gérard, 1999, A la recherche du vêtement écologique, Société Alpine de publication 4 BRAMEL Sophie et POIRE Patricia, 2012, Mode et tissus High-tech, Falbalas 21 5 Kantar, janvier 2011, in Graines de Changement, Les Chiffres de la Consommation Responsable 2012. e ob se rv é bl e discuter avec plusieurs acteurs de ce secteur, qui ont largement corroboré cette 4.1.1 Problèmes de définition définition. La mode éthique, qui est peut-être la plus pratiquée, puisqu’elle est aussi celle qui est la plus sensible aux abus et au greenwashing. Comme nous l’avons dit, Pour pouvoir approfondir notre thématique, il est cela concerne les conditions de travail des ouvriers, donc principalement dans les essentiel de bien définir les thermes centraux de ce sujet. Il n’y a usines textiles. Il est fréquent de voir des grandes marques qui exploitent ce concept, pas de parfait équivalent français au « sustainable fashion » : je fais comme « le code de conduite » rédigé par H&M (mentionné précédemment), le choix de parler avant tout de « mode responsable », et non pas disponible sur leur site, qui est n’est qu’illusoire puisque trop imprécis pour avoir de de « mode éthique ». En effet, « la mode éthique », entendue comme véritables conséquences positives. Il convient donc de se méfier de ces pratiques et po ns a re s mo de La 4.1 Problématiques soulevées par le concept de savoir les reconnaître. la traduction de sustainable fashion, est un abus de langage, nous verrons 4. pourquoi ci-après. - La mode équitable, qui est englobe aussi le concept de mode éthique, mais en La mode responsable est tout autant un acte du consommateur plus complet. Le concept d’« équitable » se positionne dans une relation économique (voire du citoyen) que de l’enseigne et de ses producteurs derrière elle. On entre les pays consommateurs du Nord (Europe, Amérique du Nord) et les pays retrouve la notion de « consom’action », plutôt adressée au consommateur, et la producteurs du Sud (Afrique, et aujourd’hui Amérique du Sud). En effet, plus que les notion d’ « éco-conception » pour l’opérateur industriel. La mode responsable est conditions de travail, on y ajoute une rémunération plus juste, et une conscience plurielle, et regroupe différents engagements, que les marques peuvent adopter de de l’environnement : les produits du commerce équitable sont souvent issus de façon combinée, ou seuls, les voici : l’agriculture biologique, ou fabriqués à partir de matériaux recyclés. - La « mode éthique », c’est l’idée du respect des droits du travailleur qui - La mode écologique, ce sont des vêtements issus de l’agriculture biologique assemble le vêtement en usine, ou, selon le Ministère de l’Emploi de la Cohésion sont agréés par différents labels, dont plusieurs sont disponibles pour chaque étape Sociale et du Logement, une pratique qui « se limite au respect des droits de l’homme de la fabrication (culture, ennoblissement, teinture), cumulés ou non. sur son lieu de travail »1 De plus, depuis la rédaction de mon état de l’art, j’ai pu 1 Délégation Interministérielle à l’Innovation, à l’Expérimentation Sociale et à l’Economie Sociale, Mémento de la mode éthique, septembre 2006, 39 p. 22 - la mode recyclée concerne tous les vêtements et accessoires qui proviennent Les créateurs français que je suis régulièrement ont fait un choix « entre-deux » : de la récupération de matériaux destinés au rebut. Ce sont des créateurs qui ils ont opté pour le beau, l’original, mais souvent hors des tendances ; et possèdent réutilisent des chutes, récupèrent des vêtements d’occasion, recyclent certaines toujours une partie de leur collection plus axée sur des basiques. La mode fibres, afin de créer un nouveau produit, souvent très créatif et unique. Si cette responsable, c’est une autre mode, un peu en marge mais qui n’en est pas moins dernière acception reflète une pratique plus minoritaire, elle reste néanmoins très belle, et qui propose un vestiaire bien loin de l’imaginaire collectif qui amalgame intéressante à étudier, notamment les tissus en fibres recyclées, puisque quelque soit mode éthique et mode ethnique, ou qui croit encore que la mode responsable, la matière, le recyclage évite la production de nouvelles fibres : son bilan est meilleur ce sont des vêtements rêches, sans style et sans couleurs. Ainsi, tout est question que de produire des fibres écologiques. d’éducation à la consommation. 4.1.2 La mode responsable et la consommation durable. Pourtant aujourd’hui, les tendances de mode sont par définition éphémères, L’acte de consommation de vêtements ou d’accessoires vestimentaires est comment est-il possible d’allier durabilité et éphémérité ? devenu surtout une façon de forger son identité, de ressembler et de se distinguer Mais la mode responsable, c’est aussi une antithèse. En effet, nous devons également souligner que faire une mode responsable, c’est faire une mode plus de certains groupes sociaux auxquels on aspire ou que l’on rejette. Consommer En vérité, ça n’est pas possible. Opter pour la mode responsable, c’est opter responsable c’est aussi se différencier des autres consommateurs, et se rapprocher pour des vêtements de meilleure fabrication, donc de durée de vie plus longue, de quelques personnes engagées dans leurs achats au quotidien. C’est aussi un donc de les choisir de façon raisonnée, et non pas sur un « coup de tête ». Car acte citoyen : « consommer, c’est voter »1. C’est pourquoi, comme dans toute si l’on veut rendre la mode responsable plus éphémère, il faudrait que les circuits catégorisation sociale, on trouve des adeptes de la mode responsable, mais aussi des de seconde-main et de recyclage soient bien plus efficace qu’aujourd’hui. Ceci doit gens qui en sont allergiques. Ceci est un des freins à l’achat de vêtements éthiques, bien sûr influencer le comportement créatif des marques, qui sont alors parfois équitables ou écologiques. coincées entre faire des pièces classiques, ou jouer la carte de la tendance. La mode responsable implique tous ses intervenants, de la qualité de la fibre, au consommateur qui doit peser le pour et le contre dans un magasin pour éviter les achats superflus. 23 1 Slogan de www.lemarchecitoyen.net Un autre frein d’achat du consommateur français, certainement du fait de la être mis en avant pour inciter les français à modifier leurs habitudes, comme l’achat crise, c’est le prix. Il ne veut pas payer plus cher pour une même chemise en tissu d’occasion, la customisation qui permet de mettre au goût du jour un vêtement biologique. C’est ce qui ressort de l’étude de l’IFM1, et des baisses de la consommation défraichi. Il existe aussi la location de vêtement, et, en cas d’achat qui ne plait pas, il équitables et de produits d’agriculture biologique sont aussi enregistrées par Graines vaut mieux revendre ou donner le vêtement afin qu’il soit revalorisé. L’idéal serait de Changement dans leur étude2. tout simplement de réduire ses achats, ce qui est difficilement acceptable pour le consommateur français. S’il ne veut pas consommer moins, il faudrait l’inciter à Il ne faut pas non plus négliger le fait que le consommateur, s’il veut consommer consommer mieux : ceci relève donc du fabriquant, qui doit réduire l’impact de ses responsable, doit pouvoir avoir le choix. Or, aujourd’hui, un consommateur lambda produits en développant l’éco-conception dans la chaîne de production. n’a pas vraiment le choix puisqu’il ne connaît presque pas d’alternatives. On imagine le scénario : « Je veux un nouveau manteau en laine noir, mais je ne sais pas où le Consommer moins, c’est entrer en décroissance. Si la décroissance semble trouver en bio ! Je me tourne donc vers les marques faciles d’accès. » La France doit être la suite logique de la crise du capitalisme, elle est néanmoins refusée par la donc valoriser ses créateurs et distributeurs afin de pouvoir donner le choix au plupart des français. La croissance de la consommation correspond à un signe de consommateur. Ceci passe par la communication avant tout. bien-être. De ce point de vue, cela paraît complexe à faire évoluer. Mais si on prend le contrepied de cette acception, on peut aussi penser que la décroissance est le signe Ensuite, le consommateur est malheureusement peu enclin à consommer du bien-être. C’est être plus en harmonie avec ses choix de consommation, diminuer autrement. Même si on constate un intérêt croissant pour les questions écologiques, les achats inutiles, se recentrer sur ce qui est essentiel et ce qui nous fait plaisir, et il y a aussi beaucoup de français qui ne souhaient pas entendre parler d’écologie, non pas se laisser guider par les tendances, comme pousser le client à changer de certainement à cause d’un abus de greenwashing de la part des enseignes, ainsi que téléphone tous les ans. des tumultes politiques réguliers en ce qui concerne les préocupations écologiques. Il est aussi trop habitué à suivre la mode à la lettre et à acheter un vêtement comme on achète un baguette de pain. Il y a d’autres moyens de consommer qui doivent l’entretien de ses vêtements. Nous avons vu précédemment que l’entretien que fait On voit bien l’importance de l’éducation à la consommation, mais aussi à l’usager de son vêtement est une phase-clef à ne pas négliger. Par exemple, on peut citer la problématique du nettoyage à sec, qui se fait principalement avec un produit 1 2 hautement toxique : le tétrachlorure d’éthylène, ou perchloroéthylène (PERC). IFM, DEFI, 2009, Mode et consommation responsable, regards des consommateurs Graines de Changement, Les Chiffres de la Consommation Responsable 2012. 24 et ce coût impacte forcément le prix public final. Cela semble donc inévitable, et Il sera interdit en France d’ici quelques années, mais il aura eu le temps de faire insolvable ? beaucoup de ravages. Le livre des docteurs Clement, Ces vêtements qui nous tuent, nous donne des anecodtes et des détails précis sur les effets néfastes des détergents et du nettoyage à sec . Ils expliquent que le PERC, une fois evaporé, reste dans les conventionnel, une main-d’oeuvre qui travaillerait de façon éthique ou équitable tissus et dans l’environnement, et est un facteur de cancer averé, pour ceux qui coûte plus cher qu’une main-d’oeuvre exploitée, tracer une chaîne de production travaillent dans une boutique de nettoyage à sec, comme pour ses voisins, ou pour et gérer des labels coûte plus cher que de laisser s’accumuler les sous-traitants sans les gens qui y ont recours trop souvent. exiger de transparence, etc. 1 Malgré tout, les classes aisées qui auront toujours un plus grand pouvoir Un mètre de coton biologique coûte plus cher qu’un mètre de coton Il y aurait pourtant une solution. Elle se trouve dans la quantité de matière d’achat, donc plus de consommation possible, et même si les biens matériels ne font première. En effet, en interrogeant les marques et distributeurs, la même étude pas le bonheur, ils représentent les aspirations des classes populaires à parvenir à ce de l’IFM3 démontre que si un producteur pouvait vendre deux fois plus de coton même degré d’aisance matérielle2. La situation demeure sociologiquement complexe, biologique, il en baisserai le prix de vente. Et si les producteurs de textiles achètent cependant, entrer en récession –donc en décroissance, semble être l’inévitable fin du leurs tissus biologiques moins cher, il les proposent également moins cher à la vente. capitalisme, il conviendrait de guider pas à pas les consommateurs vers cette issue Et si les marques achètent du tissu à plus bas coût, leur prix de vente s’en retrouvera afin d’engranger une nouvelle forme de consommation plus responsable. plus bas, et ainsi de suite jusqu’au consommateur final qui en bénéficierait. Cela signifie que pour étendre la mode responsable, il faut tout simplement en produire 4.1.3 Les coûts de la fabrication responsable : quelle échelle de production ? Comme nous venons de le voir, le prix d’un vêtement responsable semble plus, à plus grande échelle. Encore faut-il faciliter la distribution de ces marques, puisque si on produit plus, il faut vendre plus. C’est donc un processus en cercle vertueux qui s’enclenche petit-à-petit, et qui s’adresse davantage à de grandes être un frein assez important à l’achat. Pourtant, la production d’une collection chaînes de magasin ou à des marques de taille moyenne bien distribuées, puisque si responsable pour une marque coûte plus cher qu’une collection qui ne le serait pas, l’on augmente l’échelle de production d’un vêtement de créateur, ça n’est plus un vêtement de créateur. 1 2 Dr CLEMENT, Anna Maria et Brian, Ces vêtements qui nous tuent, 2011, Guy Trédaniel. DOBRE Michel et JUAN Salvador, 2009, Consommer autrement, la réforme écologique des modes de vie, L’Harmattan. 25 3 IFM, DEFI, 2009, Mode et consommation responsable, regards des consommateurs C’est donc une question de volume d’achat, et c’est aussi pourquoi des grandes Mais quand on sait toutes les problématiques inhérentes à la mode responsable, chaînes de magasins internationales (même si encore une fois, leur éthique est soumise et pour beaucoup de marques, la volonté de transparence, est-il possible de ne à caution) proposeront toujours des vêtements biologiques dans les moins chers du mettre que le beau en avant ? marché. Comme elles ont une grande capacité d’achat, les matières premières leur coûtent moins cher, mais cela fonctionnerai aussi pour une production moyenne. Les Si je suis une marque de vêtements écologiques, je dois tout de même le petites et micro-productions sont à court-terme exclues de ce processus, même si signaler, car cela peut aussi attirer une certaine portion de clients qui chercherait une à long terme, le cours du marché du coton biologique (en gagnant des parts sur le consommation alternative. De plus, il faut aussi noter que certains consommateurs coton conventionnel ou OGM) baissera sans doute. peuvent être à la recherche d’un type de produit responsable précis, comme c’est le cas des chaussures ou de la maroquinerie vegan, donc ça peut parfois être essentiel 4.1.4 Responsable ou beau : comment communiquer ? C’est une question qui m’est rapidement venue à l’esprit quand j’ai commencé d’axer sa communication sur ce critère. Alors entre le beau et l’éthique, le coeur des services de communication balance. à discuter avec des marques responsables. Il s’agit de se demander si l’on doit vendre un vêtement d’abord en l’annonçant comme responsable, ou comme beau ? A priori, nous pouvons penser que c’est le beau qui va l’emporter. En effet, au premier abord, comme pour toute marque lambda, ce sont de belles vitrines, de beaux visuels, une belle coupe, une gamme de couleur qui vont attirer l’oeil et Par définition, le processus de la mode tend à nous faire changer de garde-robe le goût du client. Mais il me semble que dans un second temps, le client conquéri tous les six mois, en nous attirant avec de nouveau produits de plus en plus beaux. par la marque responsable chez qui il a déjà acheté, a plus de chance de revenir par C’est sur ce critère de beauté que le client final pourra être attiré par tel ou tel conviction, en se disant par exemple « Tiens, je vais aller voir ce que me propose cet produit, et qu’on l’incitera à se débarasser de sa doudoune de l’ancienne collection hiver ma marque de prêt-à-porter responsable préferée » que par hasard, en étant pour une nouvelle doudoune aux finitions plus belles. La vitrine d’un magasin est attiré par une vitrine ou des visuels. Si son premier geste d’achat lui a plu, autant la meillleure illustration de ce présupposé : c’est d’abord le beau qui doit attirer le pour la qualité du vêtement que pour ses propriétés éthiques, il reviendra en tant client. que « consom’acteur », et non en tant que client normal. 26 4.2 Les français et la mode responsable connaître les différentes tranches d’âge des répondants, et de confirmer quelles sont Nous allons maintenant questionner la vision des consommateurs français sur les catégories socio-professionelles qui sont les plus sensibles aux problématiques les sujets abordés dans le grand 4.1. Ceci nous permettra de bien évaluer la part de réponses homme/femme, de de la mode. En effet, je présupose aussi que les répondants auront fait le geste de participer au questionnaire parce qu’il seront intéressés (voire intrigués) par le 4.2.1 Méthodologie de l’étude sujet, et que certaines personnes ne se sentant pas concernées n’auront pas voulu y Pour lire l’étude complète merci de m’écrire Pouràcette étude grand public,:nous allons d’abord préciser la catégorie sociale l’adresse suivante contact(at)myhappywarqu’il nous faut cibler. Présuposé : la mode concerne d’abord le genre féminin, de drobe(point)com répondre. l’adolescente à la quinquagénaire, et touche des milieux aisés comme populaires, des étudiants aux employés. Donc, ceci exclurait en partie le genre masculin, les responsable.Voici une typologie de questions que nous pouvons utiliser : enfants, les retraités, et certains types de populations aux revenus très faibles comme certains ouvriers, ou des populations non urbaines où le commerce de vêtements totalement librement. Nous essayerons d’en faire le moins possible, ces questions est rare, comme pour les agriculteurs. Il nous faut aussi ajouter à cela que l’enquête sont longues à traîter. sera diffusée sur le net, donc sera d’abord accessible à des personnes qui sont à l’aise avec internet, les réseaux sociaux., l’informatique. proposerons pas trop non plus, car elles peuvent être trop rigides par rapport aux Merci. Cette enquête se basera sur une approche socio-économique de la mode - des questions ouvertes, où le répondant a la possibilité de répondre - des questions fermées, avec comme réponses « oui » et « non ». Nous n’en possibilités de réponses que peuvent avoir une question. Notre enquête s’adressera donc principalement à des femmes actives, urbaines, - des questions à choix multiples, ou le répondant ne pourra choisir qu’une et à l’aise sur le net, quand bien même il serait intéressant d’avoir des réponses seule réponse parmi plusieurs. Si nous choisissons ce type de question, il faudra être masculines, c’est pourquoi l’enquête ne sera pas fermée au genre masculin. sûr que le répondant n’ai pas envie de choisir plusieurs réponses. - des cases à cocher : cette fois il y a plusieurs réponses possibles, mais il nous faudra faire attention à ne pas trop suggérer les réponses, mais qu’elles restent Nous retiendrons ces trois questions socio-démographiques de base pour notre questionnaire : spontanées. - le sexe - l’âge exemple, ceci pourra nous y être utile pour déterminer la place de tel critère. - la catégorie socio-professionnelle. 27 - des questions sous forme d’échelle, en classant des réponses de 1 à 3 par ? an ce Fr en bl e po ns a re s D’après les observations que nous avons pu mener peuvent trouver beaucoup plus facilement des fabricants qui leur convienne, grâce par proposer une vision de la façon dont la mode responsable exemple à des initiatives comme l’Ethical Fashion Forum, qui propose des rendez-vous pour les marques et les filateurs/façonniers, sur un thème bien précis (par ex : le cuir), mo de la et permet aux marques une avancé conséquente et un gain de temps de recherche pour leur nouvelle collection. Ce type d’aide n’est pas encore disponible en France, et 5.1 Le Sourcing responsable serait un point intéressant à développer pour un lieu dédié à la mode responsable. 5.1.1 Les besoins des marques 5. Qu el av La question des quantités revient également quand il s’agit de sourcing responsable. Si les fabricants français ne veulent pas se lancer dans le textile biologique Le sourcing est un point crucial de notre problématique, puisqu’il pour les petites productions, ils accepteraient peut-être de le faire pour une plus concerne la façon dont les marques vont trouver des matières intéressantes grande demande : ceci peut se régler sur le long terme, c’est-à-dire qu’une marque pour leurs collections. Les matières sont à la base de toute collection, et qui se développe est normalement amenée à vendre davantage et donc produire sont déterminantes pour la marque, qui doit allier beauté/originalité et qualités plus, mais une marque qui est déjà habituée à travailler avec un fabricant risque-t-elle environnementales/éthiques pour les matières qu’elle choisit. Or, le sourcing d’en changer facilement d’une collection à l’autre ? Ce n’est pas certain. Donc cette responsable pour un créateur français n’est pas si aisé. Alors qu’aux Etats-Unis la question se développe très rapidement, les marques grâce aux enquêtes et interviews, nous tenterons de doit évoluer. po ur en ir question reste en suspend, et je veillerais à l’obervation de son évolution au cours des ans. Mais peut-être qu’un intermédiaire français, semblable à ce que propose l’Ethical En effet, lors de mon stage chez L’Herbe Rouge, j’avais bien cerné les difficultés Fashion Forum, pourrait faire évoluer cette question rapidement, s’il était amené à qu’avaient rencontré la marque pour trouver des tissus, ou des fils (pour la maille) qui être créé un jour en regroupant les marques et fabricants. conviennent à leur éthique. En France, il n’y a presque plus de filature, et les fabricants de fils sont « frileux » quand on leur demande s’il peuvent faire des petites quantités de métrage de tissu biologique, et refusent d’en vendre. Heureusement, d’autres pays, notamment l’Italie, sont plus intéressés et voient un filon dans la confection de matières labelisées. Mais il est regrettable que la France soit encore en retard sur 5.1.2 La place du recyclage Le recyclage est à mon avis une question qui est insuffisament présente dans le sourcing des marques françaises, puisqu’elles sont très peu à proposer des collections ces questions, déjà qu’il n’y a pas beaucoup de fibres qui peuvent pousser sur notre contenant des matières recyclées. Pourtant, c’est un sourcing qui a de l’avenir. territoire (lin, chanvre, laine, éventuellement celluloses pour viscoses). 53 Alors que nous achetons et nous débarassons de tonnes de vêtements chaque Nous devons aussi noter que lors de la production d’une collection, il y a année, le recyclage des matières est encore insuffisant aujourd’hui en France, nous toujours des déchets textiles ou des chutes qui pourraient être valorisée. Rosa Tapioca l’avons vu précedemment. Pour commencer, cette question de « l’après » pour un par exemple fait régulièrement des ventes des métrages des collections précédentes produit de mode n’est que trop peu abordée, puisque nous jettons encore trop qu’elle n’a pas utilisé. La marque de prêt-à-porter Kuyichi recycle ses chutes de jean de vêtements aux déchets ménagers, ce qui devrait juste paraître anormal pour les en housses de coussin. Valérie Berckmans nous a expliqué qu’elle allait réaliser une consommateurs. Pourtant, le réflexe n’est pas installé partout. Le site lafibredutri.fr petite collection enfant avec des chutes accumulées de son atelier. Il faut donc pousser nous explique comment recycler ses vêtements, et leur action devrait être plus mise les marques à penser de façon globale, à réduire leur déchets, et c’est une preuve de en avant, peut-être par la politique, pour que le recyclage augmente en France. De créativité que de faire du neuf avec des matières destinées au rebut. plus, les marques, surtout si elles sont responsables, devraient davantage penser à la fin de vie de leur vêtements. H&M avait fait une opération en mettant à disposition des Le recyclage est donc encore quelque chose d’anecdotique, alors qu’il offre bacs de recyclage, en échange de coupons de réduction, en magasin. Cette initiative diverses possibilités de re-création et de valorisation qui sont à mettre en avant, et qui a été plébiscitée, et a plu aux consommatrices, qui en échange de gagner quelques devraient être une évidence dans le sourcing des marques. euros, sont venues nombreuses pour se débarasser de ce qu’elles ne portaient plus. 5.2 Les orientations de communication Mais l’opération n’a pas duré, alors que c’est un exemple de réussite autant pour le marketing que pour le recyclage des vêtements. Il faut donc inciter les marques à mettre en place ce genre de pratique, rééduquer les consommateurs à bien recycler, Nous avons vu que les marques et les consommateurs étaient tout à fait et peut-être augmenter le nombre de bennes à vêtements disponibles en France. d’accord sur la vision de la mode responsable : elle doit d’abord plaire en tant que beau produit, et ses qualités responsables n’interviennent que comme valeur ajoutée. Une fois que nous avons augmenté le taux de recyclage, nous avons alors C’est donc qu’il faut continuer sur ce point, même s’il faut prendre en compte d’autant plus de matière première a disposition. Car tous les vêtements qui ne finissent une petite partie de la population qui est d’abord à la recherche de vêtements pas dans des magasins de seconde-main devraient pouvoir redevenir une fibre pour un responsables, et qui sont moins regardants, mais beaucoup moins nombreux. autre vêtement, autant de fois que possible. Le recyclage de matières sera toujours plus écologique que la prodution de nouvelles fibres, puisque c’est quelque chose que l’on peut faire dans n’importe quel pays, alors que le coton ne pousse pas naturellement développement durable, il est donc certain qu’il vaut mieux parler d’abord de beau en France. Il nous faudra donc intégrer davantage le sourcing recyclé chez les marques pour atteindre ce type de personnes. Pendant mon stage à L’Herbe Rouge, où j’ai pour que les fibres soient recyclées de façon utile. 54 De plus si certains consommateurs peuvent se montrer réfractaires au Ils ont d’abord été séduit par la vitrine, les vêtements en magasins, dans un second été vendeuse dans la boutique un certain temps, j’ai bien pu observer certains clients temps par la valeur ajoutée qu’apporte la marque en terme de développement durable. qui sont réfractaires à l’écologie, et qui ne veulent pas en entendre parler, voire qui Mais s’ils sont devenus clients réguliers, c’est parce qu’ils reviennent grâce au fait qu’ils préfère quitter le magasin alors même que des vêtements auraient pu être à leur goût. ont été séduit par l’approche environnementale de la marque, et après ils chercheront S’il est difficile de faire évoluer la mentalité de ce type de personnes, nous pouvons des vêtements qui leur plaisent dans le magasin. Nous pouvons donc apporter une néanmoins nous adapter à eux, en présentant le développement durable que de façon notion de temporalité dans cette question de la communication, qui peut-être très très secondaire. De toute façon, si la mode responsable doit devenir le modèle pour intéressante à développer avec des marques dans le futur. le système mode, il sera amené à communiquer de moins en moins sur ces qualités, puisqu’elle deviendront évidentes. 5.3 Le consommateur français est-il prêt ? En terme de consommation, mis à part le consommateur réfractaire qui On ne peut pas non plus diminer cette communication car il est nécessaire pour la visibilité et la transparence des marques de continuer à en parler. Notamment demeure difficile à convaincre, nous avons tout de même vu dans nos enquêtes que si une marque a des labels, la question ne se pose pas, car certains consommateurs le consommateur français était en partie prêt à accueillir de plus en plus la mode peuvent être à la recherche des labels, et que cela paraît anormal d’obtenir des labels responsable. et de ne pas en parler. Pourtant certaines marques le font d’après l’étude de l’IFM, qui montre que des marques ne parlent parfois pas des qualités qu’elles apportent La fast fashion et les grandes chaînes de magasin restent encore principales dans à certains vêtements de peur d’effrayer le consommateur, le même consommateur les habitudes d’achat, comme nous le montre notre première enquête. Nous avons réfractaire dont nous parlions plus tôt. perçu aussi certains freins, mis en évidences par les questionnaires que nous avons soumis. Les freins principaux sont : Enfin, même si la beauté d’un vêtement intervient en premier dans le - une offre insuffisante pour que le consommateur ait vraiment le choix, ou et processus d’achat, j’ai fait le constat que pour beaucoup de consommateurs qui c’est lié, une communication insuffisante sur l’offre déjà existante, puisque les petits deviennent fidèles à une marque responsable, il vont revenir vers les produits de créateurs responsables ne sont pas connus du grand public. cette marque d’abord parce qu’elle propose des produits éco-conçus. Pendant mon stage chez L’Herbe Rouge, j’ai fait de la vente BtoC, et sur les six mois de stage, j’ai peut atteindre des prix très elevés et qui ne convainquent pas les consommateurs de observé que des premiers clients devenaient des clients réguliers par ce phénomène. passer à l’achat, puisqu’il est très largement habitué à acheter pas cher et fréquemment. - un prix encore élevé, notamment dans le domaine du made in France, où l’on - des styles qui ne plaisent pas, ce qui est lié à notre premier frein, car si les marques responsables étaient davantages connues, l’offre paraîtrait plus conséquente, 55 mais il est vrai que certains types de vêtements sont encore difficiles à trouver, en tout Enfin, la seconde enquête nous a montré que les amatrices de mode étaient cas si l’on reste dans les marques françaises, je n’en connais que deux qui proposent capables de changer d’habitudes de consommation, ce qui est très positif pour le par exemple des sous-vêtements responsable. Ce qui offre peu de choix, donc développement futur de la mode responsable. Pourtant, avec les problématiques augmente le risque que le consommateur ne trouve rien qui lui plaise et se tourne de suproduction, surconsommation et les tonnes de déchets occasionnés par la vers la consommation conventionnelle. fabrication de prêt-à-porter, les consommatrices acceptent d’aller vers des achats La mode responsable subit encore de nombreux stéréotypes sur le style de son offre, plus responsables, alors que pour être très responsable, on pourrait tout simplement notamment avec cette idée de « baba cool », qui revient à chaque fois que l’on aborde acheter moins, voir très rarement. On comprend aussi qu’il est difficile, pour des le sujet, et qui est identifié autant par les marques que par les consommateurs. personnes dont les habitudes de consommation de mode excessive sont ancrées depuis leur naissance, d’admettre une possible diminution de consommation, Pourtant, nous avons vu différents aspects très positifs pour l’avenir de la mode puisqu’aimer la mode fait partie de leur identité, de leur façon de vivre, et que ça responsable. D’abord, la part de l’achat responsable tend à augmenter régulièrement serait presque se renier que de devoir refuser de consommer. Néanmoins, elles sont avec le temps, et nos enquêtes l’ont bien prouvé, puisque 71% des interrogés de la ouvertes à la consommation responsable et au coût que cela implique. première enquête disent avoir déjà acheté responsable. De plus, ils sont nombreux 5.4 Augmenter la lisibilité, la question des labels à penser que la mode responsable est le futur du système mode, et que même si ce résultat n’est pas représentatif du consommateur moyen, il représente néanmoins des personnes qui sont pour la plupart assez consommatrices. Les labels intéressent le consommateur, qui se dit sensible à leur apparition dans la communication des marques, c’est donc qu’il faut continuer sur cette voie. Les interrogés ont pour la plupart presque tous été d’accord de payer plus Mais pour les marques, cela peut être un frein à leur transparence, car ils sont difficiles cher pour un vêtement responsable, ce qui montre qu’ils ont conscience du travail à obtenir, les critères peuvent être très restrictifs, et obtenir et conserver un label que représente la fabrication d’une collection responsable, et qu’ils acceptent bien le coûte cher. De plus, même s’il en existe déjà plusieurs, la plupart des marques sont surcoût inhérent à cette fabrication. D’autre part, ils se montrent intéressés par les à la demande d’un autre label, comme nous le montre l’étude de l’IFM, ce qui est ne certifications et labels, qui peuvent être un moteur d’achat et donc sont important simplifie pas la question. pour justifier de la bonne transparence d’une marque. 56 Les interrogations et les besoins que l’on a pu soulever au cours de ce mémoire Mais plutôt qu’un label, qui est un cadre assez rigide, il serait plus intéressant de montre qu’un tel lieu n’aurait de sens que s’il peut être ouvert à la fois au grand public développer une certification évolutive, plus proche de l’idée des normes ISO. J’ai pu et aux entreprises. Il serait donc forcément polyvalent, et pourrait accueillir différents en parler avec certains créateurs, qui ne se montraient pas contre cette idée, et même publics selon les événements. plutôt à l’écoute de cette proposition. Il pourrait se présenter de la façon suivante : deux choix de certification possible, une environnementale, une éthique/équitable, qui peuvent être cumulées par la marque. Dans chacune des ces deux branches, il laquelle j’avais réfléchi aussi, donc nous sommes d’accord sur un point : il manque faudra spécifier différents critères, et selon la qualité des critères et le nombre de un magasin multimarque vraiment « mode » qui puisse proposer divers créateurs, critères respecté, la marque pourra se voir attribuer une, deux, trois étoiles (ou plus) mais de façon éphémère, afin de profiter à tous et les mettre en valeur chacun leur qui témoignent du respect de la démarche qu’elle a établi dans ses collections. Pour tour. Ce lieu pourrait donc contenir un magasin de ce type, car c’est un moyen très communiquer sur ce label, les marques pourraient ne montrer que les étoiles, sur efficace d’augmenter la visibilité de ces marques tout en les aidant, puisque certaines des petites surfaces comme les étiquettes de vêtements, et si le consommateur veut d’entre elles ne peuvent pas se permettre d’ouvrir une boutique, ou ne sont pas en savoir plus, il peut se renseigner auprès de la marque ou auprès de la certification suffisament distribuées. Elles ont aussi montré que les services annexes des petites directement. Cela nécessite un suivi, mais moins strict qu’un label, et le coût d’une telle marques étaient ce qui était le plus à développer, car elles n’ont parfois pas les moyens certification devrait être plus accessible aux marques. le temps ou les ressources de faire tout elles-mêmes, mais plutôt que de proposer Ensuite, les N&C Stories ont parlé d’un lieu de type boutique, une chose à tous ces services, dont la logistique serait compliquée, et qui fonctionneraient mieux C’est une idée à creuser avec les marques, et qui pourrait également constituer avec des consultants spécialisés dont ça serait le métier, notre lieu pourrait apporter une piste de développement pour un lieu destiné à la mode responsable. des conseils aux marques et rediriger vers ces consultants spécialisés extérieurs. 5.5 Quelle forme pour une structure dédiée à la mode responsable ? Enfin, deux autres services peuvent être par contre intégrés, qui sont la création de rencontre et des conseils autour du sourcing responsable, comme peut le faire Les entretiens que j’ai soumis ont aussi servi à mon développement professionnel l’Ethical Fashion Forum ; et la proposition d’une certification évolutive qui serait suivie futur, puisque je souhaiterais à long terme m’impliquer dans la création d’un espace par notre structure, une idée que nous avons développé plus tôt. Si j’ai également physique dédié à la mode responsable. d’autres idées, voici déjà une belle gamme d’activités à proposer aux personnes désireuses faire partie de l’expansion de la mode responsable en France. 57 consommateurs demandent autre chose, que l’offre puisse évoluer, que la production soit plus responsable, etc. Tout ceci constitue un cercle vertueux, et si l’un ou l’autre La réalisation de ce mémoire aura été une étape très des protagonistes fait le premier pas, tout le système suivra. C’est pourquoi si aucun fructueuse de ma vie professionnelle. La méthodologie d’entre eux ne se lance véritablement, le processus sera long, mais la transition est un apport notoire de ce que m’a appris ce mémoire opérera forcément, puisque nous ne pouvons plus continuer de produire autant de : comment faire des recherches, comment réaliser des vêtements et de déchets, ni esclavagiser une partie du monde en créant des ateliers entretiens, les analyser, utiliser les résultats, etc. qui ne respectent pas la condition humaine, ni continuer d’abîmer la santé et la nature comme nous le faisons actuellement. Co nc lu si on Mais j’ai surtout appris beaucoup sur un sujet qui me passionne et qui devient ma spécialité : la mode responsable. En effet, cela fait maintenant plus de trois ans que je travaille sur le sujet, que je Ensuite il y a divers enjeux liés au sourcing, et à la question du recyclage, que j’associerais, car comme nous l’avons vu, cela constitue également un cercle vertueux rencontre des acteurs de ce système, que je découvre peu à peu les enjeux où les deux questions doivent être traitées ensemble. Recycler mieux, pour que les principaux de cette question qu’est la fabrication de produits dans le respect matières puissent être composées de fibres recyclées, et ainsi produire moins, car du développement durable. Réaliser l’état de l’art m’a permi d’accroître mes la production de vêtements conventionnels a beaucoup d’impacts négatifs sur notre connaissances techniques, alors que les enquêtes et les entretiens m’en ont plus écosystème, mais le bilan environnementale d’une fibre écologique ne peut pas non appris sur la sociologie des modes de consommation et les besoins des marques, plus être irréprochable. autant de choses qui me seront utiles pour mon projet professionnel. Plusieurs points importants ont pû être soulevés par cette problématique. Nous Enfin, ce mémoire aura servi aussi à creuser la question de mon idée de lieu dédié à la mode responsable ce qui me sera très utile pour le futur, et nous avons déjà avons vu d’abord que du point de vue de la consommation (et de la surconsommation), vu que différents aspects ont besoin d’être traités, car il y a des manques conséquents l’état des lieux est assez délicat, du fait de l’économie capitaliste qui nous donne dans l’industrie de la mode responsable. l’habitude que nous avons pris d’acheter sans trop réfléchir, que l’on nous créé des besoins qui nous donnent envie de consommer encore et encore, mais que malgré tout, les consciences changent, et une certaine partie des consommateurs sont déjà Si la croissance de la mode responsable risque d’être un travail de longue haleine, avec tout ce que j’ai pu observer grâce à mes recherches et entretiens, nous avons prêts à changer, vers un mode de vie plus responsable, même si la transition risque tout de même divers indicateurs positifs qui montrent une évolution des mentalités, d’être longue. Pour que la transition opère, il faut que tout le système change : que les et je suis très optimiste sur son avenir. 58 Consom’acteur : se dit d’une personne qui va Healthy : cela concerne tout ce qui attrait à la santé, health en anglais. acheter en toute conscience, dont l’achat représente un vote, un geste presque politique. Concerne principalement PET : polyéthylènetéréphtalate, composant des bouteilles d’eau en plastique, la consommation reponsable et écologique. matériau qui peut être recyclé sous forme de fibre pour les vêtements. Gl os sa ir e : DIY : initiales anglaises pour Do It Yourself, ce qui signifie Vegan : de l’anglais, ce qui signifie végétarien. S’applique dans la mode à des littéralement « fais-le toi-même », et qui est l’équivalent du « fait vêtements sans cuir, et sans peaux animales, qui les remplacent par des tissus aux main » ou « fait maison » français. mêmes propritétés, mais souvent avec des composés plastiques. Fashionista : se dit d’une personne qui consomme beaucoup de produits de mode, et qui est très au fait des tendances. Fast fashion : c’est une façon de faire de la mode qui produit sans cesse de nouveaux vêtements et accessoires, qui sont aussi rapidement mis en vente qu’ils disparaissent des étals, et suppose une production de basse qualité à des coûts très faibles. Green : c’est très littéralement tout ce que l’on nomme comme étant « vert » en français, autrement dit, ce qui est d’une façon ou d’un autre respectueux de l’environnement. Greenwashing : c’est une pratique marketing qui consiste en l’utilisation mensongère d’une communication visant à faire croire au consommateur que le produit vanté respecte l’environnement. 60 LIVRES ETUDES / MÉMOIRES BARTHES Roland, Système de la mode, 1967, Points, coll. ADEME, 2006, An Environmental Product Declaration of Jeans Essais CRABBE Carole et alii, La mode déshabillée, Bruxelles, OXFAM, Orcades et Déclaration BRAMEL Sophie et POIRE Patricia, 2012, Mode et tissus High-tech, e hi DAVID Marion, Méthode de projet d’un lancement de produit dans le domaine de la mode Dr CLEMENT, Anna Maria et Brian, Ces vêtements qui nous tuent, 2011, og ra p bl i Bi de Berne, 1998 Falbalas éthique (Deux Filles en Fil), 2008 Guy Trédaniel DIIESES (Délégation Interministérielle à l’Innovation, à l’Expérimentation Sociale et à DOBRE Michel et JUAN Salvador, 2009, Consommer autrement, la réforme l’Economie Sociale), Mémento de la mode éthique, septembre 2006, 39 p. écologique des modes de vie, L’Harmattan. 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Source : Werner International An ne x es Annexe 2. Source : 2010, Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi 63 Annexe 4. Source : P.Ton Annexe 3. Source : Browns & Wilmanns 64 Annexe 5. Source : www.les-pieds-dans-la-toile.fr Annexe 6. Enquête grand public, p.66 Annexe 7. Questionnaire pour amatrices de mode, p.71 65