l`imagerie du spondylolisthesis par lyse isthmique
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l`imagerie du spondylolisthesis par lyse isthmique
Article original L’IMAGERIE DU SPONDYLOLISTHESIS PAR LYSE ISTHMIQUE ISTHMIC SPONDYLOLISTHESIS IMAGING A. Vidal, A. Delvalle, P.M. Delforge, H. Leclet Unité d’imagerie de l'appareil locomoteur, Institut Calot, Berck-sur-Mer e spondylolysthésis par lyse isthmique se définit comme le glissement d’un corps vertébral par rapport au corps vertébral sous jacent, dans le cadre d’une lyse isthmique, équivalent d’une fracture de fatigue de la pars interarticularis. La pars interarticularis est la portion étroite de l’arc postérieur située entre les apophyses articulaires postérieures supérieure et inférieure (5). L’antélisthésis est le décalage antérieur d'un corps vertébral par rapport au corps vertébral sous-jacent. L osseuse est l'examen de seconde intention, qui peut éventuellement réorienter le diagnostic. En cas de doute, il sera confirmé par un scanner ou une IRM. Radiologie conventionnelle LA SPONDYLOLYSE SANS DEPLACEMENT Technique Les clichés standards en incidence de face et de profil sont centrés sur la vertèbre incriminée. Ils sont complétés par deux clichés obliques, avec inclinaison caudo-crâniale du rayon en incidence antéro-postérieure, pour visualiser les isthmes de face. Un cliché de face avec compression (pour chasser les superpositions gazeuses) peut utilement compléter ce bilan. Facilement diagnostiquée au stade d’antélisthésis, la lyse isthmique est plus difficile à repérer au stade précoce, avant le déplacement. Les critères diagnostiques directs ou indirects sont recherchés sur les clichés radiographiques standards. La scintigraphie Chez l’enfant, l'adolescent et l’adulte jeune, le bilan est parfois complété par des clichés du rachis entier de face et de profil en charge, pour juger de la statique globale du rachis et du tronc. En effet, en cas de déséquilibre rachidien antéro-postérieur, le spondy117 A. Vidal, A. Delvalle, P.M. Delforge, H. Leclet Figure 1 : Clichés de trois-quart centrés sur L5. Lyse isthmique gauche. Existence d’une solution de continuité (tête de flèche), et d’une ostéocondensation de l’isthme. Figure 2 : Lyse isthmique droite. Anisocorie gauche (flèche). Nodule de Gill calcifié à droite (tête de flèche), secondaire à la lyse isthmique. lolisthésis permet de rétablir la balance du tronc. La lyse isthmique est alors dite obligatoire. En effet à l’état physiologique, les contraintes mécaniques qui s’appliquent sur la colonne postérieure du rachis sont transmises de manière bilatérale et symétrique, à chacun des 2 hémiarcs vertébraux. Lors d’une lyse isthmique unilatérale, ces contraintes sont déviées au seul hémiarc sain. En réaction, son pédicule se renforce et s’ostéocondense pour résister à l'excès de charge mécanique. L’anisocorie est un signe de souffrance pédiculaire. Elle peut précéder la fissure en cas de bilatéralisation. Le déplacement consécutif à la lyse isthmique entraîne une rotation du corps vertébral sus-jacent autour du pilier postéro-latéral sain. Un décalage de l'épineuse s’observe alors (fig. 3). L'apophyse épineuse tourne vers le côté de la lyse si elle est unilatérale, ou vers le côté le plus déplacé, si elle est bilatérale. Signes directs Au stade précoce, le trait de fracture est difficile à voir sur les incidences de face et de profil, car la lyse est oblique au faisceau de rayons X. Les clichés obliques montrent la solution de continuité, qui peut se limiter à ce stade à une fissure de la corticale isthmique antéro-inférieure (fig. 1). Le diagnostic positif est alors porté sur les signes indirects de lyse isthmique (cf. infra). Une dysplasie lombo-sacrée est recherchée de profil. Elle associe une concavité vers le haut du plateau sacré, une cunéiformisation du corps vertébral de L5, une horizontalisation du sacrum et une hyperlordose lombaire. Scintigraphie osseuse Signes indirects : anisocorie et décalage des épineuses Les signes indirects de lyse isthmique sont l’anisocorie et le décalage des épineuses. Ces anomalies sont visibles sur les clichés de face (2). Elles s’observent surtout dans les spondylolyses unilatérales. L’anisocorie (fig. 2) est le signe le plus précoce. L'asymétrie de transparence des yeux de la vertèbre (les pédicules) est due à une hyperostose de stress de l’hémiarc vertébral controlatéral à la spondylolyse. Technique La scintigraphie osseuse au bisphosphonate marqué au Tc 99m est l’examen de deuxième intention car sa sensibilité est élevée. Elle est indiquée en cas de forte suspicion clinique non confirmée par la radiologie conventionnelle. Elle se justifie par son innocuité, en particulier chez les sujets jeunes. Les techniques utilisées sont la scintigraphie osseuse conventionnelle par acquisition planaire et la tomos118 L’imagerie du spondylolisthesis par lyse isthmique Figure 3 : Décalage de l’apophyse épineuse de L5 vers la droite (flèche), et condensation modérée du pédicule gauche (tête de flèche). Le scanner révèle une lyse isthmique bilatérale. cintigraphie selon la technique de SPECT (single photon emission computed tomography) (fig. 4a et 4b). Figure 4 : SPECT, en coupes sagittales et transversales. Hyperfixation scintigraphique focale postérolatérale droite de L5 (têtes de flèches), témoin d’une lyse unilatérale récente. Résultats L’hyperfixation isthmique, uni ou bilatérale, reflète l’hyperactivité ostéoblastique réparatrice. Elle permet de suspecter un état pré-fissuraire (pré-lyse), ou de lyse récente. Il existe de rares faux négatifs en cas de lyse ancienne. Habituellement, une lyse isthmique ancienne et consolidée ne fixe plus. re incriminée en inclinant le statif de l'appareil. Ces images montrent l’ensemble de l’arc vertébral postérieur sur une seule coupe. Mais cette technique est rarement réalisable en première intention à cause de l'obliquité excessive de l'arc postérieur. Signes directs Les reconstructions sagittales mettent en évidence une solution de continuité sur l’arc postérieur, en avant et au dessus de l’apophyse articulaire postéroinférieure. La solution de continuité est fine. Les berges du trait de fracture sont irrégulières, sinueuses et condensées. L’image de l’anneau incomplet s’observe sur une coupe transverse passant par l’ensemble de l’arc postérieur. Le canal médullaire, qui dessine normalement un anneau continu, est interrompu par le trait de fracture isthmique (fig. 5). Scanner Le scanner est rarement indiqué avant le stade des complications, sauf en cas de suspicion d’isthmolyse, non confirmée par les clichés standards et la scintigraphie osseuse. Technique La technique la plus performante consiste à réaliser une acquisition hélicoïdale dans le plan horizontal. Des reconstructions dans d'autres plans de l'espace, en particulier des coupes sagittales paramédianes parallèles au grand axe du massif articulaire seront réalisées à partir de ces coupes natives. On peut aussi réaliser des coupes transverses obliques dans le plan de l’arc postérieur de la vertèb- Signes indirects L'hypertrophie et la condensation du pédicule controlatéral à la lyse isthmique s’observent sur les coupes transverses. C’est l’équivalent scannographique de l’anisocorie du cliché standard (1). 119 A. Vidal, A. Delvalle, P.M. Delforge, H. Leclet IRM L’IRM trouve peu d’indications avant le stade des complications. Technique Les techniques d'acquisition sont nombreuses. Pour notre part, nous réalisons des coupes sagittales en écho de spin en pondération T1 et T2, puis des coupes transversales obliques pondérées T1 et parfois T2. Ceci est donné à titre d’exemple, car les protocoles varient suivant les équipes. L'IRM étudie au mieux les conflits radiculaires et les dégénérescences discales, notamment dans le cadre des bilans préopératoires. Signes directs et indirects Au stade pré-fissuraire, la surcharge mécanique provoque un oedème et/ou une hémorragie locale de l'isthme, visible sous la forme d'un signal hypo-intense en pondération T1. Ces anomalies de signal se normalisent en général 6 mois après l’apparition de la fissure (3). Figure 5 : Coupes transversales dans le plan de l’arc postérieur de L5. Lyse isthmique bilatérale de L5. Signe de l’anneau incomplet. A droite, les berges irrégulières (tête de flèche) signent une lyse récente. A gauche, les berges corticalisées (flèche) sont le témoin d’une lyse plus ancienne. Figure 6 : Spondylolysthésis grade 1, selon la classification de Meyerding. l l 120 Figure 7 : Classification de Meyerding. Grade 1: A/B<25%. l Grade 2: 25%<A/B<50%. Grade 3: 50%<A/B<75%. l Grade 4: A/B>75%. L’imagerie du spondylolisthesis par lyse isthmique Au stade de lyse isthmique, sur les coupes transverses et coronales obliques, le trait de fracture est visible sous la forme d'une image linéaire hypointense qui interrompt la corticale osseuse. LA LYSE ISTHMIQUE AU STADE DE SPONDYLOLISTHESIS A ce stade, les signes d’antelisthésis s’ajoutent à ceux de spondylolyse. C'est aussi le stade des complications qui nécessitent un bilan étiologique approprié. Radiologie standard a Le décalage antérieur de la vertèbre siège de la lyse isthmique est mis en évidence sur les clichés de profil. Ce décrochage, mieux évalué à partir du milieu du mur postérieur des vertèbres, peut être quantifié en quatre stades par la classification de Meyerding (fig. 6 et 7). Classification de Meyerding: A = distance entre les murs postérieurs des deux vertèbres B = diamètre antéro-postérieur de la vertèbre sous-jacente ● Grade 1: A/B<25% ● Grade 2: 25%<A/B<50% ● Grade 3: 50%<A/B<75% ● Grade 4: A/B>75% TDM et IRM b Le scanner et l’IRM sont indiqués dans le bilan des complications du spondylolisthésis, en particulier quand existe une compression radiculaire. Les causes de ces compressions radiculaires sont multiples : ● Le déplacement des fragments isthmiques, consécutif au spondylolisthésis, peut être compressif. Le fragment isthmique supérieur, déplacé en bas et en avant, rétréci le foramen dans son axe antéro-postérieur. Son extrémité embroche la racine. Un pincement discal par discopathie dégénérative associée Figure 8 : 8a) Homme de 48 ans. Lomboradiculalgies compliquant un spondylolisthesis par lyse isthmique. IRM, coupes sagittales médianes en pondération T2. Discopathie dégénérative L5-S1 (flèche), avec perte de l’hypersignal physiologique T2 du disque,(en comparaison du disque sus-jacent L4-L5 sain) et pincement complet du disque. Antelisthesis de L5 sur S1, grade 2 de Meyerding. 8b) IRM, coupes sagittales latérales droites en pondération T1. Compression de la racine L5 droite (flèche) dans son foramen. Le foramen est diminué de calibre dans son axe antéro-postérieur, par déplacement en bas et en avant du fragment isthmique supérieur (tête de flèche); et dans son axe cranio-caudal, par le pincement discal. 121 A. Vidal, A. Delvalle, P.M. Delforge, H. Leclet En pratique, en cas de suspicion clinique de lyse isthmique: ● Si les clichés standards de face, de profil et de trois-quarts font le diagnostic, il n’est pas nécessaire de réaliser d’autres examens. ● Si les clichés standards ne permettent pas d'affirmer la lyse isthmique, une scintigraphie osseuse est réalisée : ● Si la scintigraphie est négative, le diagnostic est réfuté. ● Si la scintigraphie est suffisamment évocatrice, le diagnostic est affirmé. ● Si la scintigraphie est douteuse, mais compatible avec une lyse isthmique, un complément par IRM ou par scanner est réalisé. diminue le diamètre foraminal dans son axe craniocaudal (Fig. 8a et 8b) et aggrave souvent la compression radiculaire. ● Les nodosités de Gill sont des cals fibreux isthmiques péri-fracturaires. Ils accompagnent la consolidation. Ces cals sont rarement vus sur les clichés standards (fig.1). Il ne sont compressifs que lorsqu’ils sont antérieurs et/ou internes. Ils peuvent alors se développer dans le foramen ou dans le récessus latéral et venir comprimer la racine. ● Les hernies discales associées se développent à l’étage intéressé, ou aux étages sus ou sous jacents. ● L’étirement “en chevalet” des racines au niveau sus-jacent au spondylolisthésis est dû à la distension des racines par le déplacement des vertèbres. En cas de complications, à type de radiculalgies ou de lombalgies récidivantes, des clichés standards de débrouillage sont réalisés. S'ils n’apportent pas de renseignements suffisants, ils sont complétés par une IRM ou un scanner. L’IRM doit être préférée, ne serait-ce que parce qu'elle n'irradie pas. ■ CONCLUSION La radiologie conventionnelle reste, et pour longtemps encore, l’examen de première intention malgré les apports de la TDM et de l’IRM. Bibliographie 1- Chevrot A., Rousselin B., Gires F., Wybier M., Vallée C., Pallardy G. Lyse isthmique unilatérale en tomodensitométrie ; J. Radiol., 1988, 69, 767-769. 4- Witse L., M. D. , Widell EH., JR. , M. D., Jackson DW., M. D. Fatigue fracture : the basic lesion in isthmic spondylolisthésis ; The J. of Bone and Joint Surgery, 57-A, january 1975, 17-21. 2- Maldague B., Malghem J. La spondylolyse en activité ; J. Radiol.,1985, 66, 263-274. 5- Manelfe C. Imagerie du rachis et de la moelle. Vigot ; 1989. 3- Yamane T., Yoshida T. Early diagnosis of lumbar spondylolysis by MRI ; J. of Bone and Joint Surg. (Br), 1993, 75-B, 764-768. 6- Dietemann J.-L., Dosch J.-C., Steib J.-P. L’imagerie du spondylolisthesis ; Masson ; 1995. 122
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