Du chat dans le kebab - Moodle Université Paris
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Menant Émilie [email protected] L1 sociologie Du chat dans le kebab Si l'on reprend une définition simpliste de la rumeur, on entend ce terme comme un bruit confus dans une foule, un racontar qui circule. De là, on peut noter la dimension collective et sociale de la rumeur. La rumeur se construit en suivant une certaine mécanique, un processus qui lui permettent d'évoluer, de se répandre dans la société. Pour étudier son mécanisme, et ses conséquences, j'ai choisi d'analyser une rumeur très récente apparue après un reportage* de l'émission « On n'est plus que des pigeons » diffusée sur France 4. Elle dure un peu plus d’une heure vingt, et est composée de plusieurs petits reportages concernant des sujets très variés. Pourquoi ce choix ? À l'époque de sa diffusion, ce reportage avait attiré mon attention. Un sujet assez récurrent, car il concerne la nourriture. Mais aussi très surprenant et très révélateur de la façon dont une fausse information peut se diffuser aujourd'hui. De nombreux articles sont apparus sur internet à propos du document télévisé. Il s'agissait d'un reportage sur les kebabs de Paris. L'objectif était de vérifier quelle viande nous mangeons lorsque l'on consomme un kebab sur Paris. Au cours du reportage, l'équipe de journalistes achète en caméra cachée plusieurs kebabs (trois exactement) dans différents restaurants en vue de les faire tester en laboratoire. Il s'avère qu'après les tests, de la viande de chat est retrouvée dans un des kebabs. Le soir même de la diffusion de l'émission, le directeur de la chaîne a affirmé sur Twitter qu'il s'agissait d'un canular pour le 1er avril (2014). Tout au long de l'analyse, on observera le processus simple de cette rumeur, puis que la propagation de la rumeur se joue dans des représentations auxquelles nous sommes collectivement attachées, mais aussi dans une dimension symbolique autour de la nourriture. Dans un premier temps, on retrouve des éléments propres à la propagation d'une rumeur. Des anticorps : les gérants de kebab. Ils se plaignent auprès de la chaîne pour avoir fait baisser leurs chiffres d'affaires, si bien qu'un reportage pour replacer la vérité a été diffusé un an après. Des milieux conducteurs : ici, internet et surtout la tranche d'âge 18-24ans. Les deux sont évidemment liés. Les jeunes sont des consommateurs importants de kebab, et sont fans des réseaux sociaux en tout genre. Le soir même de l'émission, on a retrouvé un tas de réactions inquiètes de ces jeunes, *On n' est plus que des pigeons, « Qu'y a-t-il vraiment dans les kebabs ? », France 4, 1er avril 2014 c'est d'abord par eux que l'information « il y a du chat dans le kebab » s'est propagée. De plus, l'alimentation porte une dimension symbolique, on ne sait pas exactement ce que l'on mange, d'où provient réellement la nourriture, etc.. Cette part d'inconnu laisse une place à l'imagination, on risque de spéculer beaucoup plus vite. Les nombreux scandales alimentaires nous ont appris à nous méfier, que ce soit la crise de la vache folle dans les années 1990 ou encore plus récemment le scandale Spanghero et la viande de cheval dans des lasagnes surgelées en 2013. Des rumeurs sur l'alimentation sont une chose courante, de nombreuses autres légendes urbaines à ce sujet. De plus dans ce reportage, une séquence est tournée dans un laboratoire scientifique où l'on voit les expériences sur les viandes de kebabs réalisées, ainsi que leurs résultats en vue microscopique (annexe 1). La question de la place du scientifique intervient. Le passage du reportage le plus important (celui des tests sur la viande) se tourne dans un laboratoire, et donc dans un univers scientifique, de plus le chercheur porte une blouse blanche (annexe 2), la symbolique de la science est encore renforcée. Ce contexte peut forcer à croire à l'information diffusée, cela nous fait penser aux mécanismes psychologiques de la croyance. Même si aujourd'hui elle est un peu plus remise en question, la vérité scientifique parait incontestable. L'idée que n'importe qui peut porter une blouse blanche et affirmer qu'il y a la viande, en occurrence du chat et donc donner des faux résultats scientifiques. Suite à ce reportage, de nombreuses réactions ont émergé. Même si le canular avait été affirmé en tant que tel, la plupart des articles, ou simples réactions des internautes, commentaient la présence de chat comme scandaleuse et autre. Peu avaient vérifié leurs sources, même si les sites où l'on les retrouve ne sont pas considérés forcément comme étant très sérieux. Ils divulguent des informations qui peuvent s’avérer être fausses et qui servent à la culture de masse. Aujourd'hui, concernant l'affaire du chat dans les kebabs, on retrouve de nombreux articles affirmant que cela était bien un poisson d'avril. D'ailleurs, la plupart des articles faux ont disparu de la toile. Désormais en cherchant sur internet on peut savoir que cette affaire est fausse. À noter qu’un reportage a été diffusé un an après pour accréditer le reportage comme étant faux suite aux conséquences et réactions apparues par la suite. De plus, dans l'émission disponible en rediffusion est mentionnée comme étant un poisson d'avril (un logo est présent en haut à droite de l'image). Le vérifier par nous même demande des moyens économiques et matériels importants, on pourrait réaliser les tests sur la viande de kebab, mais cela parait compliqué. On se retrouve obligé de faire confiance soit ce que l'on voit sur internet, la télévision, ou encore aux étiquettes de renseignement sur l'alimentation. Annexe Annexe 1 Résultats des expériences faites sur la viande Annexe 2 Le « chercheur » ayant réalisé les expériences Bibliographie •Article en ligne Jeremy Mingot, « Y a-t-il du chat dans les kebabs ? Le reportage de France 4 qui a fait réagir... (VIDÉO) », Télé-loisir.fr, 2 avril 2014 •Reportages On n’est plus que des pigeons, « Qu'y a-t-il vraiment dans les kebabs ? », France 4, 1er avril 2014 On n’est plus que des pigeons, « Retour sur le poisson d'avril kebab », France 4, 30 mars 2015
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