LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3CHRISTOPHE

Transcription

LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3CHRISTOPHE
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CASTOR E
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IÈ
3 CHRISTOPHE
CONTE DU HAUT-DU-LIÈVRE
E
LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3 CHRISTOPHE
CONTE DU HAUT-DU-LIÈVRE
Texte : Gaël Massé
Dessins : Philippe Bajolet
Mise en page : Christine Wetz
Un livre à lire à haute voix...
AVANT-PROPOS
L
LE PROJET
L ’année 2009 a été marquée par les 50 ans du quartier du Enjeu de connaissances partagées, ce recueil, plein de
Haut-du-Lièvre et par les « Aventures Partagées du Plateau
de Haye », qui se sont traduits par une série d’initiatives
passionnantes et d’événements festifs, culturels et sportifs.
Créatrices de lien entre les habitants, les associations et
les communes qui, à travers le Plateau de Haye, forment
une véritable communauté de destins, les « Aventures
Partagées » ont été une formidable occasion de bien vivre
le présent et de préparer l’avenir de ce territoire à enjeux,
actuellement en pleine métamorphose, avec l’ambition
d’offrir un nouveau cadre de vie et d’épanouissement, placé
sous le signe du développement durable.
fraîcheur est très attachant notamment à travers ses
personnages qui offrent une série de regards croisés, à la
fois ludiques et didactiques, au service d’une certaine morale
urbaine, entre nature et culture.
Avec mes collègues élus impliqués dans cette belle
réalisation, je tiens à saluer le travail intergénérationnel ainsi
réalisé par les acteurs associatifs et les habitants, qui plus est
sur ce quartier de Nancy auquel je suis très attaché, et qui,
dans sa diversité, est exemplaire dans sa capacité à « vivre
ensemble », à construire ensemble, à vibrer ensemble.
Nancy partage cette ambition forte, où l’urbain est au
service de l’humain, avec l’Etat, la Communauté urbaine
du Grand Nancy, les Communes de Laxou et Maxéville, et
avec l’ensemble des habitants et des acteurs associés.
Nous savons tous que pour tenir cette ambition commune,
rien ne doit être négligé, et surtout pas le travail de mémoire
qui est très déterminant, notamment dans sa capacité à (re)
établir des références communes, à (re) vivifier le sentiment
d’appartenance et de fierté, à tonifier les liens de solidarité
entre les générations et à l’intérieur des générations.
C’est pourquoi, en symbiose avec son équipe et ses
administrateurs, je me félicite de l’engagement de l’Office
Nancéien des Personnes Agées qui s’est pleinement
inscrit dans la dynamique des « Aventures Partagées » en
accompagnant la réalisation de ce conte qui constitue un
outil original et précieux sur la mémoire individuelle et
collective des habitants du quartier.
2
André ROSSINOT
M
d N
Maire
de
Nancy
Président de la Communauté urbaine du Grand Nancy
Ancien Ministre
E n Novembre 1959, la plus longue barre d’Europe de
l’époque, le Cèdre Bleu, accueillait ses premiers résidents sur le
quartier du Haut-du-Lièvre à Nancy. En 2009, nous fêtons les
cinquante ans de cette histoire dans un contexte de rénovation
urbaine du plateau de Haye porté par la Communauté Urbaine
du Grand Nancy, avec les communes regroupées, Nancy,
Maxéville, Laxou.
Entre passé et futur, le conte « Le Lièvre, le Castor et les
3 Christophe » vous entraine de façon originale et onirique
dans l’histoire de ce quartier.
Pourquoi sous forme de conte ?
Parce que le travail de mémoire qui a été réalisé avec les
habitants et les associations a mis en lumière toute la richesse
de l’histoire de ce quartier. Parce qu’encore, il est apparu au fil
des rencontres et des ateliers, qu’il n’existait pas une mémoire
chronologique consensuelle mais une multitude de mémoires,
issues d’histoires de vie et de ressentis différents en fonction des
époques, des cultures et des habitations. Parce qu’enfin, le conte
apparaissait comme le support le plus approprié pour restituer,
sans trahir, toute la diversité de ces mémoires explorées.
En le lisant, ne cherchez pas la précision, ni l’exhaustivité, mais
voyez dans cet ouvrage, les grandes étapes de l’évolution de ce
quartier de la ville de Nancy, sur la base de trésors trouvés ;
photos d’archives, photos d’habitants, documents de l’époque,
illustrations faites pour le projet, extraits de lettres d’habitants,
anecdotes et légendes urbaines…
Les personnages, Arthur, Sylvain et Magali, vous guideront
dans ce parcours métaphorique. Suivez-les.
REMERCIEMENTS
C et ouvrage a été réalisé dans le cadre du projet
« Si mon quartier m’était conté », sous le pilotage de
l’Office Nancéien des Personnes Agées, en partenariat
avec les associations ASAE Francas et le Club des
Anciens Armande et Albert MARC. Le projet a obtenu
un soutien financier dans le cadre de la Politique de la
Ville, de la Communauté Urbaine du Grand Nancy, de
l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité
des chances, et de l’Office Public d’Habitat.
Nous remercions les acteurs associatifs qui ont
contribué au recueil de données avec entre autres :
l’Atelier de Vie de Quartier du Haut-du-Lièvre, le
CRIL 54, la MJC Haut-du-Lièvre, la MJC Maxéville
et son groupe « Atelier Mémoire », le Centre Social La
Clairière, Amitiés Tsiganes, Radio Caraïbe ainsi que le
Cercle de Généalogie Héraldique de Nancy.
Nous remercions surtout les habitants ayant participé
aux différents ateliers et réunions, qui nous ont fourni
des photos et documents d’époque et qui ont accepté
que leurs illustrations paraissent dans ce conte. Sans
eux, ce travail de mémoire n’aurait pu se faire. Merci
également à Monsieur Claude FAVIER qui nous a
fourni de nombreuses photos et à Madame Agnès Rose
DENIS qui nous a donné son aimable autorisation
pour utiliser sa photo d’enfant qui a servi à animer le
personnage de Magali dans le conte.
3
Il éta
it
une
fois
I
l était une fois 3 Christophe1 : ARTHUR, SYLVAIN et MAGALI, la fratrie
Christophe…
Ils vivaient avec leurs parents dans une bicoque insalubre, près du marché, rue
de la Hache2, dans la vieille Nancy, celle des ducs3 et de l’École4. Ils passaient plus de
temps sur les pavés qu’à l’appartement, bien trop triste pour leurs joies d’enfants.
La rue : c’était leur domaine. Ils y jouaient, s’y ennuyaient, s’y accordaient et s’y
désaccordaient au gré des humeurs et du temps, souvent pluvieux en ces contrées
lorraines. Ils connaissaient tout le monde dans les rues alentour : jeunes et vieux,
ouvriers, commerçants, travailleurs avec ou sans travail, bandits de grand chemin
ou des petites rues, femmes au grand cœur, parfois de petite vertu, bref, le monde
misérable de leur quartier populaire, tombé dans l’oubli après la guerre… peut-être
même celle de Charles le Téméraire5.
E lle ne quittait jamais son sombre
rezrez-de-chaussée et montrait rarement son nez, cachée derrière son
men
ride
rideau miteux et ses carreaux poisseux
seux. Dans le quartier, on l’appelait
La Sorcière.
S
Ou parfois La Momie,
car on misait sur son grand âge :
120 ? 320 ? 620 ?
I l n’y avait qu’une seule personne qu’ils ne connaissaient pas, car elle ne sortait pas :
la vieille Madame Lillebonne6. La Dame de la rue Notre-Dame7. Et puisqu’on a souvent
peur de ce qu’on ne connaît pas, les 3 Christophe en avaient peur.
4
5
U
n jour de Saint Nicolas8, où, comme à leur habitude en fin de cortège, les
3 Christophe ont dépouillé le Père Fouettard9 pour venger les enfants du saloir,
ils s’en retournent chez leur mère… non sans avoir joué comme des guerriers avec
le tapis neigeux de l’hiver. De bonnes odeurs flottent dans l’atmosphère. C’est si rare
dans le taudis : ragoût au chou et madeleines au beurre ! C’est jour de fête ! La fratrie
s’attable. Mais la mère a l’air sévère et colère :
— Oh non, maman ! Pas chez la sorcière !
— Aujourd’hui, c’est jour de paix et de bonté ! Et vous, bande de petits cafards, vous
avez molesté le Père Fouettard !10 Si vous voulez manger ce soir, il faudra faire acte
de charité ! Apportez ces victuailles à Mme Lillebonne ! Après, peut-être que je vous
aurai à la bonne.
— Oh non, maman ! Pas chez la sorcière !
Le regard maternel est sans appel. Nos 3 lascars n’attendent pas la piqûre
de rappel : la fratrie part penaude rue Notre-Dame.
D evant la porte de la vieille Lillebonne, Arthur, Sylvain et Magali se
regardent longtemps, hésitants : qui va toquer ?
6
7
M
agali, agacée par le manque de courage de
ses frères, frappe à la porte. Le battant s’ouvre
lentement en grinçant… Les enfants effrayés reculent et se
collent au mur ! La peur fait battre les cœurs si fort que s’ils
le pouvaient, ils traverseraient ce mur et fileraient se cacher
loin sur la planète Mercure ! Mme Lillebonne apparaît dans
l’entrebâillement, Magali tend la gamelle en tremblant :
— Notre-mère-a-donné-ça-pour-vous !
La vieille saisit doucement le présent et les 3 enfants partent
en courant.
— Attendez !!!
Les 3 Christophe s’arrêtent net, tremblants comme 3 chevrettes nues perdues sur la banquise. Sans même se retourner,
Arthur demande, la voix chevrotante :
— Vous… vous êtes une sorcière ?
— Mais non, voyons, je suis juste une magicienne.
L es enfants se retournent en tremblant… mais découvrent
un sourire tendre et rassurant. Un vent de confiance souffle
sur le couloir sombre et décrépit. La vieille leur fait signe de
s’approcher…
8
— Notre-mère-a-donné-ça-pour-vous !
— Vous n’êtes pas là par hasard, les 3 Christophe. Et si vous voulez manger ce soir, il va
falloir m’écouter attentivement car je ne le répèterai pas indéfiniment : le Lièvre11 vous
attend sur le plateau Sainte Catherine12. Vous devez l’aider dans sa déprime. Montez làhaut immédiatement. Le Lièvre vous reconnaîtra lui-même. Apportez-lui votre aide. Et
prenez ces 3 objets, ils vous seront utiles.
À ARTHUR, elle donne une clé. Pas une clé de sol, ni une clé du sous-sol, ce serait
plutôt une clé d’8 ou une clé d’12 format clé d’912. Pour déboulonner des
boulons, gros comme des ballons.
À SYLVAIN, elle donne une carte. Pas une carte de visite, ni un as de pique, mais plutôt
une carte au trésor, pleine de mystère et de rêves d’or.
À MAGALI, elle donne une boîte. Pas une boîte de nuit, ni une boîte à camembert, c’est
une boîte en bois verni, un peu mangée par les vers.
— Cette boîte, c’est votre unique espoir pour manger ce soir. N’essayez pas de l’ouvrir ou
vous attiseriez mon ire ! À la fin de l’histoire, je viendrai vous revoir, et alors seulement
vous la verrez s’ouvrir. Allez ! Filez à toute allure vers la magie et l’aventure !
La vieille part en arrière comme sur un coussin d’air et la porte claque en courant d’air.
Dans le noir du couloir, Arthur s’étonne :
— Un lapin qui nous attend ?! C’est vraiment n’importe quoi !
Venant de partout et de nulle part à la fois, les enfants entendent une voix :
— Un LIÈVRE ! LE Lièvre ! Filez !!!
Et les 3 Christop
he
détalent
pi
comme des la
ns.
9
S
ur le chemin sinueux qui monte au plateau, les enfants sont joyeux et trompent le temps,
insouciants. Leurs pas craquèlent le manteau blanc hivernal. Ce chemin, tous les enfants le
connaissent : c’est un lieu de jeux divers et variés, d’hiver et d’été. On y luge, on y boule de neige, on
y cache-cache, on y chasse les monstres imaginaires. Un peu excentré, un trésor de la technologie
d’antan déplace des wagonnets volants : c’est le téléphérique Solvay13 qui fait rêver ces enfants
d’avant… d’avant le pic de la modernité, d’avant la télé féerique aux méfaits diaboliques.
10
11
A
rthur marche en avant et son ventre crie misère : il regrette le ragoût de sa mère.
Pour tromper cet ennui gourmand, il taille une lance au canif dans une branche de
tamaris14, car Arthur prévoit une bataille avec un ennemi de taille : et si la vieille était bien
sorcière ? Et si le Lièvre voulait la guerre ?
Sylvain suit trébuchant, les yeux sur la carte et la tête en vrac : mais quel est le secret de ce
bout de papier ?
Magali traîne les pieds derrière et râle en bonne dernière :
— C’est long ! J’en ai marre ! Et puis les insectes y m’énervent, y volent de partout ! Et puis
vous avancez trop vite et le temps passe trop lentement ! Allez, venez, on redescend !
— Magali ! Tais-toi ! lui lancent en chœur ses frères lassés.
La sœur vexée se tait et les devance un peu crâneuse. Soudain Sylvain s’exclame :
— Ça y est ! Je sais ! C’est une carte au trésor ! Mais je ne vois pas de trésor… Pourtant,
c’est comme celle de Trelawney15 ou de Morgan le Pirate16 ou de Papy Pinchard17 au retour
d’Indochine. Vous vous souvenez ?
— Sylvain ! Tais-toi ! coupent en chœur frère et sœur.
12
L e canif d’Arthur dérape
et c’est son doigt qui l’attrape !
— AÏE !!!
Toujours en chœur, les deux
autres un peu vengeurs :
— Arthur ! Tais-toi !
Ils avancent en silence. Arthur
taille sa lance, Magali prend de
l’avance et Sylvain frôle la transe,
happé par sa carte mystérieuse.
13
M
ais pas de chance ! Le ciel s’assombrit d’un coup et la pluie tombe
en trombe, du coup. Coup de tonnerre et contrecoup d’éclair ! Pour
eux tout est clair : ça flaire bon l’aventure et commence à leur plaire. Au
loin, le bruit d’une charrette approche… des roues grincent et des sabots
résonnent ! Arthur annone :
L es 3 Christophe préparent leur défense au milieu du chemin. La charrette
— C’est… c’est… c’est la charrette de la mort, c’est sûr ! Préparez-vous à un
combat sans merci !
— Mais… Normalement la Mort c’est un homme, non ? demande Magali ?
— Pourquoi ? C’est LA Mort ! C’est féminin ! corrige Sylvain.
— Mais non ! Regardez ! C’est Marguerite et son cheval Bijou18 ! C’est la
laitière de la ferme Saint Jacques19 !
— Mon ! T’y o ç que fayez dzos lè pyeûche ?, demande la femme. Botè vo
èhhwâye d’do mo ché, jè dvole bèhh è lè ville ! *
— Non merci Madame, répondent les 3 Christophe ! On a rendez-vous avec
le Lièvre !
— Eh bé ! dèvo ïn ské to dîno c’è z o vrâ qu’è vè vo fâre èttode
po rïn, lè wètte béte, et què n’vinrè mi ! **
Magali se blottit derrière Arthur qui brandit sa lance et lance son canif à
Sylvain :
apparaît sous la pluie, dans la lumière d’un puissant éclair ! C’est une vieille
qui tire un cheval qui tire une carriole… On ne voit pas le visage de la femme,
caché sous un fichu. Un coup de vent violent soulève le tissu ! Magali l’a
reconnue !
— Prends ça, frangin ! Bonne chance !
Elle passe son chemin et la fratrie le sien.
* Dam ! Qu’est ce que vous faites sous la pluie ? Abritez-vous dans
ma charrette, je descends en ville.
** Dam, avec un temps pareil, sûr qu’y va vous poser un lapin !
14
14
15
S
oudain la pluie cesse comme elle a commencé et la neige fond, petipatapon.
Les enfants avancent tout mouillés et Sylvain, pas malin, s’est servi de sa
carte en parapluie : l’encre a déteint sur ses habits et ses cheveux sont tout bleus. Ses rêves
de trésor, il peut leur dire adieu ! Enfin la forêt se fait moins dense et s’ouvre sur une clairière
hospitalière. Au centre : un buisson. Arthur gère la situation :
— Ah ! Vous voilà, enfin ! Vous êtes en retard ! Vous voyez, il ne faut pas jouer avec le feu… J’ai
voulu me griller une petite carotte, et hop ! Bon, j’ai 10 commandements à vous donner…
1 : vous devez m’aider. 2 : vous devez m’aider. 3 : vous devez m’aider. 4 : vous devez m’aider.
5…
— Ça va, ça va, on a compris, on va t’aider !
— Laissez-moi finir ! 10 : il faut me trouver des carottes, les miennes sont trop cuites. Bon.
Venez, suivez-moi…
Les enfants restent
co i s
et le
Lièvre s’en va.
— Attendons là. S’il doit nous trouver, le Lièvre nous trouvera là.
Ils attendent…
MAGALI râle parce qu’il a plu et que c’est sale.
SYLVAIN râle parce qu’il a plu et que sa carte est lamentable.
ARTHUR râle parce qu’il n’y a pas de Lièvre en vue et qu’il se mettrait bien à table.
T out à coup, le bosquet se met à bouger ! Il remue, il frétille, il… crépite ?! Les enfants effrayés
se blottissent en fratrie resserrée. D’un coup le buisson s’enflamme et Sylvain s’exclame :
— Le buisson ardent !
Un lièvre bondit du bosquet sa toison en feu ! Il se roule et se frotte
frénétiquement dans l’herbe tendre pour s’éteindre :
— Ouïe ! Ouïe ! Ouïe ! Mais je n’y arriverai donc jamais !!!
Il regarde soudain autour de lui, les oreilles dressées.
16
17
L
e Lièvre trace dans les broussailles et la fratrie s’entaille : piqûres, éraflures, égratignures…
Ah ! Que cette course est dure ! Jupe et culottes courtes ne protègent pas de la nature !
Mais lentement, le décor change et la marche aussi, ralentit. Plus de bois, ni de forêt, ni de
fourrés, mais de la boue ! De la boue partout ! Une boue molle qui colle aux pieds des Hommes
comme aux pattes du Lièvre. On s’y embourbe comme en 14 20 ! Chacun de leurs pas est
plus lourd et pénible. Les enfants arpentent le terrain éberlués : ornières, nids de poules et
tranchées, machines en tout genre et humains casqués… Ils se demandent :
— C’est la guerre ?
— Non, ce sont des travaux, répond le Lièvre, mais moi je déclare la guerre à ces travaux !
Ils saccagent mes galeries, ma garenne et mes carottes ! Je ne peux même plus manger les
pissenlits par la racine !
S ur ces mots, un camion gros comme les minots déboule à toute allure ! Il éclabousse
nos héros qui dégoulinent de gadoue de la chevelure aux chaussures. Lamentablement
crottés, les enfants sont surtout très impressionnés par la taille du camion et ce qu’il
transporte : un pan de mur entier !
— C’est l’usine Estiot21, explique le Lièvre : préfabricage de murs avant assemblage des
murs pour fabricage d’un seul grand mur, là-bas, le plus long d’Europe22 ! Juste sur mon
terrier ! 400 mètres de long posé là ! Sur mon terrier ! Et 16 000 humains23 dedans !
Ah, c’est plaisant ! Ils y travaillent sans répit, jour et nuit ! Et venez voir l’armée des
géants ! Des géants de métal24 indestructibles ! Venez ! Ve
nez
voir !…
18
19
L
e Lièvre détale et survole la
fange pendant que les frangins pataugent. Au détour d’une
tranchée profonde, ils découvrent un tableau qui les plombe : le
chantier. Devant la barre de 13 étages, plusieurs grues se dressent,
majestueuses, semblant jaillir de la terre de ce terrain très vague.
Elles montent, déplacent et assemblent avec la force des cachalots,
ce bâtiment plus long que haut !
Le Lièvre baisse piteusement ses oreilles et s’accoude, déprimé, contre
l’un de ces vieux pots de 4 Litres 12 25 de cette peinture grise26, qui
recouvre les murs des appartements de ce mur d’appartements :
— Comment lutter contre ça ?… Vous voyez, vous devez m’aider.
Mais que faire ? Que faire ? Que faire ?
20
21
I
l bouillonne de tristesse et de colère lorsqu’un
castor,27 casqué comme un ouvrier, déboule dans la
boue du chantier :
— Salut, Lièvre ! Alors ? Toujours la fièvre ? Tout ça t’énerve ? Fait
comme moi, gros malin ! Partage ton terrain ou déménage un
peu plus loin.
is !!!
ma
— Ja
— C’est facile à
dire ! Toi, tu as eu
plus de chance !
Des maisonnettes à jardinets, les cris
de joie et d’enfance de la colonie
de vacances28 ! Moi c’est des tours
et des trous, des barres et du béton
partout !
— Mais les humains vivent mal en
bas ! Ils se multiplient comme des
lapins et sont trop serrés dans leurs
clapiers dégradés… La planète est
vaste. Laissons-leur ce terrain, allons
habiter plus loin…
— Jamais !!!
22
2
2
23
BONG
!
!
BONG !!
BON
N
BO
G
!!
N
BO
G!
G !!
L
e Lièvre saisit la lance d’Arthur
et s’élance à toute allure vers ces
grues de malheur ! Chevalier intrépide à
l’assaut de l’impossible, le Lièvre bondit,
court, saute, vole !… Et s’écrase le blase à
pleine vitesse sur le métal dur : bong !…
La grue n’a pas mué d’un micron. Il
s’assomme et en somme, s’étale au sol
comme une quiche molle. Qu’à cela ne
tienne ! Héros hors l’ordinaire, d’un coup
de pattes arrière, il reprend sa charge
guerrière ! Tagada, tagada, tagada !…
Bong !!! Rien. La grue est toujours là.
Toujours droite. Toujours dressée vers
le ciel. Le Lièvre se relève et se rebong !
Et se rebong ! Et se rebong ! Et bong,
et bong, et bong !… Inexorablement,
bong…
24
!
L es enfants regardent, impuissants, le Lièvre s’épuisant. Magali trépigne :
— Vite, vite, les garçons ! Une solution !
— Mais ouiii !!! Ça y est, je sais ! hurle Arthur. La clé d’912 !
Arthur dégaine la clé comme une épée et fonce à la rescousse au pas de course !
Dans l’élan, il saute sur la grue et s’attaque aux boulons géants ! Sylvain et Magali
courent à sa rescousse : ils tournent tous ensemble et forcent, s’acharnent et
déboulonnent, déboulonnent, déboulonnent… tant et si bien que la grue flageole…
vacille… chancelle… et… fléchit ! Ouiii !!! Les 3 Christophe ont vaincu la machine !!!
Ils se retirent et admirent la chute brutale de l’amas de métal… Mais !… Non !!!
Attention !!! Le Lièvre !!! Sonné au sol, il ne voit pas l’avalanche meurtrière… et le
voilà broyé en purée de moelle épinière. Pour le civet, c’est raté, se dit Arthur, il est
trop écrabouillé.
— Le Lièvre est mort. Vive le Lièvre ! s’écrie le castor. Mais il a eu tort, l’ennemi était
trop fort… Suivez-moi là derrière !
L a tristesse des enfants est prise de vitesse ! Ils suivent le castor casqué et contournent
la barre de béton.
25
A
u détour du dernier mur, le ciel obscurci s’enfuit
comme par magie, chassé par les douceurs des
lumières printanières. Devant eux, un spectacle joyeux et
saisiss
saisissant
: des milliers de gens mangeant, papotant, attablés à la
peut-être plus grande table d’
d’Europe, une table longue comme la barre en béton29 !
Arthur est aux anges, comme toujours quand les gens mangent. Une femme les accueille
avec bonheur pour un voyage de saveurs. Les enfants croulent sous les plats goûteux…
couscous ou barbecue, salades de choses et tartes aux trucs.
Magali la bouche pleine, demande :
— Dites ? Fous les vens qui font là ?… Y z’havitent tous là-dans ?!
UN JEUNE HOMME, tout frais marié, répond tout guilleret :
— Oui ! Tous ! Avant d’arriver ici, c’était pas la belle vie ! Mais l’évier d’la belle-mère,
maintenant c’est fini30 ! On a une baignoire !!!… c’est vraiment l’paradis !
Puis tous les gens s’adressent à la fratrie gourmande.
UNE BRAVE MÈRE de famille avec des yeux ronds comme des billes :
— Avec tous mes enfants, c’est enfin assez grand ! On était coincé rue de la Charité31, sous
les combles et sans chauffage !… Maintenant, les enfants sont contents !
UN P’TIT GARS à casquette qui roule des mécaniques :
— Eh ! Comment tu t’appelles ?
— Magali.
— Eh, Magali, viens ici… Tu sais, les feux d’artifice depuis la terrasse, ben… c’est sensass !
Allez, viens avec moi, si tu m’crois pas ! C’est la Saint Nicolas ! Allez, viens, la belle ! Ce s’ra toi
la reine du H.D.L32 !
26
27
UN VIEUX MONSIEUR tout plissé, le béret bien vissé :
— Bien sûr, ça fait un peu chantier permanent33 mais y’en a plus pour longtemps. Bientôt
des autocars, des trottoirs et des squares à balançoires ! Un centre commercial, un marché et
un centre hospitalier ! Une piscine et un Parc Sainte Catherine !
UN AVIATEUR34, planant dans ses hauteurs :
— Je ne regrette pas d’habiter là ! A chaque étage, la vue me rend plus sage ! Dès l’aurore,
on voit Saint-Nicolas-de-Port35 et quand il n’y a pas de nuages, on est aux premières loges !
On aperçoit les Vosges36 !
UNE BELLE FEMME italienne, un balai sous l’aisselle :
— Depuis mon balcon du 2°, je reçois tout ce qu’envoie le 12° ! Ça va pas ! Et si je
lave pas les escaliers, y’a jamais personne qui le fait ! Je vais quand même pas
faire le ménage à chacun des 16 étages ?! Eh ! Les gazelles37, elles ont pas des
ailes ! Elles peuvent pas arranger tous les problèmes !
UN ÉTUDIANT pas content :
— J’ai attendu 18 mois38 pour habiter là et les loyers ont augmenté !
Même ça c’est trop cher !
Ah, bon dieu ! Comment
je vais faire !
28
UN RAPATRIÉ d’Algérie39 réfléchit :
— C’est l’entraide, ici ! L’ami plombier fait le plombier, et l’ami bricolo
fixe mes tringles à rideaux !
UNE LORRAINE avec ses sabots dondaine :
— Avant, si tu voulais choper l’cafard, y’avait pas mieux qu’le Lièvre ! Cancrelas
par-ci, cancrelas par là, en veux-tu en voilà ! Devant l’invasion des grouillants
dans les poubelles et des grimpants dans la vaisselle, on a fait le choix de
l’éradication ! On a fondé : la « Blatte-Connexion »40 ! Mais on a mis des années
avant d’être aidés…
UNE MAMA africaine apporte un tieboudjenn :
— J’espère que l’égoïsme et le racisme des gens
ne viendront pas tout détruire…
29
S
o
ud
ain
, sem
b l a nt c re ve r l e c
urg
i e l, s
it la
magicie
nne ! . . . . . . . . . . . . . . .
... ...
La v
i e il l e L
il l e b o
nne fl
otte d
ans les
a ir s e t s e r m o n n e l ’a t m o s p h è re :
— C’est le repas du Lièvre ! Que tout le monde se lève ! C’est son dernier repas…
Enterrons son corps et honorons sa mémoire.
D’un coup de baguette magique, hop ! La dame de la rue Notre-Dame anime les
buldozers, les pelleteuses et les grues ! Toutes les machines s’animent, du tractobidule au marteau-chose…
De sa grande mâchoire de fer, la grue la plus proche s’affaire à déblayer les restes de
son confrère effondré. La dépouille poilue du lapin apparaît. Sylvain s’approche seul du
défunt et confectionne un linceul avec la carte détrempée, effacée… C’est vraiment mort
pour le trésor ! Il porte le corps vers la tombe pelletée par la pelleteuse en bout de table. Le
Lièvre présidera son dernier repas. Le Castor et les 3 Christophe jettent au lièvre une gerbe
de carottes avant que les machines ne rebouchent.
L a vieille Lillebon
ne rep
rend la p
aro
le dans le ciel :
— Vous allez déplorer, au fil des années, la dégradation
du quartier. Son image se ternira et ses murs aussi sans
vraiment avoir reçu l’entretien attendu. Le jour où les
enfants perdront le respect des aînés, il faudra tout changer.
Vous serez contraints de détruire pour mieux reconstruire.
Et ce jour-là, si chacun prend soin des nouvelles structures,
si chacun fait en sorte qu’il y fasse bon vivre, le pari sera
réussi ! Magali ! Ta boîte…
30
31
M
agali sort la boîte en
bois qui par magie
se déboîte et présente 3 clés argentées.
— Ce sont les clés de la reconstruction : dans
50 ans41, 3 portes s’ouvriront vers l’avenir. Ne
les ratez pas… Sur chaque clé, un mot gravé :
Nancy, Laxou et Maxéville42. Lorsque les
barres disparaîtront, ces trois villes s’uniront
pour bâtir un nouvel horizon. Maintenant,
en hommage au Lièvre, vous allez nommer
chaque bâtiment du nom d’un arbre,
qui vieillira comme la mémoire de cette
histoire…
— Le Cèdre bleu, crie un enfant !
— Pourquoi bleu ? demande un autre.
— Je sais pas, ça sonne bien.
— Alors celui-là… heu… un Tilleul Argenté !
— Pourquoi argenté ?!
— Argenté, ça me plaît. Tu trouves que bleu c’est mieux ?
Tous les enfants sautent sur la table et crient les noms d’ici :
Source
ce : Bureau des
es paysages
pays
p
pa
a ag
aages
ges
g s Alexandre
A exand
Ale
and
ndre Chémetoff
Chéme
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é
m toff
— Les Boulea
ux !
—
e!
Le Marronnier Roug
ore
— Le Blanc Sycom
— Les A
ulne
!
— Les Lilas !
s!
— Le
— Le Sylvain Pourpre ! Les Sylvains Tamaris ! Le Sylvain-lève-toi !…
32
s Om
belle
s!
H
ein ?!… Quoi ?!… Au loin, loin, très loin, loin comme dans un rêve,
quelques mots s’élèvent, à peine perceptibles… puis terriblement
audibles !
— Sylvain… Sylvain ?… Sylvain ?!… Sylvain !…SYLVAIN !!!
S ylvain ouvre un œil… le visage de sa mère s’approche et l’embrasse sur la joue. Il est
dans sa chambre. Son frère Arthur et sa sœur Magali sont déjà habillés. Le calendrier
marque : 1° Novembre 1959 43.
— Et ben alors, Sylvain ! T’es dur à réveiller, ce matin ! Tu t’accroches à tes rêves ! Qu’estce qu’on va faire de toi ? T’es toujours dans les nuages ! Allez, debout ! Aujourd’hui c’est
un grand jour : on déménage ! On part sur les hauteurs habiter un nouveau quartier :
LE HAUT-DU-LIÈVRE !
34
35
LA CARTE DE LA MÉMOIRE
Inspirée du projet d’aménagement proposé en
1957 par l’architecte Bernard Zehrfuss
vers le Haut
du Lièvre
Contour de la carte en 1957
(Projet de l’Architecte Bernard Zehrfuss)
PARC SAINTE CATHERINE
1960
Avenue Pinchard - anciennement
Chemin des Trois Christophe
LES AULNES
1962—1964
MAXÉVILLE
Mémoire explorée
Les forêts
non explorées
Construction
détruite
TILLEUL ARGENTÉ
1962
NID DES
CASTORS
1957
CÈDRE BLEU
1959
MJC
1972
MARRONNIER ROUGE
1965—2005
ASAE
FRANCAS
1966
CLUB DES
ANCIENS
1968
vers
Nancy centre
LE BUISSON
ARDENT
1965
LA CLAIRIÈRE
1964
OMBELLES
1960
LES BOULEAUX
1958/59
Associations de quartier
BLANC
SYCOMORE
E
1965/66
Ecoles
Mairie
H
HÊTRE
POURPRE
1965/66
Commerces
36
vers Nancy centre anciennement Chemin des
Trois Christophe
37
L’HISTOIRE DU HAUT-DU-LIÈVRE EN BREF
L
A gauche : Le Plateau Sainte Catherine vu de Maxéville
vers 1952.
Ci dessous : Le trait rouge délimite la zone retenue en
1955 pour la construction des futurs immeubles. La
Ferme Sainte Catherine est située sur la partie inférieure
de cette zone.
En dessous, la colonie scolaire Joseph Antoine. A
gauche, le tracé des rues de futur lotissement Gentilly.
Le trait bleu représente la limite entre les territoires
communaux de Nancy, Maxéville et Laxou.
A droite : Nancy, à gauche : Maxéville, en bas : Laxou.
Plusieurs projets d’aménagement
sont proposées par l’équipe supervisée par
l’architecte Bernard Zehrfuss, grand prix de Rome.
Le 9 décembre 1957 le projet définitif est présenté.
La Ville de Nancy favorise la construction des pavillons
Castor sur Gentilly, entame les négociations pour l’achat
des terrains nécessaires et commande les études techniques.
49 hectares au total sont achetés entre 1956 et 1958 afin de
pouvoir tout aménager.
AVANT 1950, le Haut-du-Lièvre est une partie du
Plateau Sainte Catherine. C’est un vaste paysage de prés et
de champs entourés de forêt.
C’est la campagne proche de la ville. La ferme Sainte
Catherine y possède la majeure partie des terrains. Plus
loin à l’ouest, la commune de Nancy a installé depuis
1914 la colonie scolaire « Joseph Antoine », en plein air.
Plus haut sur la commune de Maxéville, au nord-ouest,
se trouve la ferme Saint Jaques. Elle exploite de vastes
étendues de champs et de pâturages, situés au-dessus du
lieu dit « Champ le Bœuf ».
38
AU DÉBUT DES ANNÉES 50, les trois quarts des
immeubles du centre-ville de Nancy ont plus de cent ans,
et certains sont à la limite de l’insalubrité. Trop de familles
vivent à l’étroit dans des logements inadaptés et sans confort.
500 logements ont été bâtis entre 1945 et 1952. Dès son
élection, le nouveau maire, Raymond Pinchard, fait mettre
en chantier de nouveaux lotissements sur Beauregard, René
II et Haussonville. Pour répondre à la demande, l’attention
se porte dès 1954 sur le dernier espace libre du territoire
nancéien, assez vaste pour loger des milliers d’habitants : le
plateau de la ferme Sainte Catherine.
EN MARS 1958, la première pierre est symboliquement
posée. C’est le début d’un énorme chantier de plus de
douze ans. Les terrassements et nivellements des sols
commencent début 1957. Durant la seconde moitié de
1958, l’usine de préfabrication est montée, et les premiers
immeubles démarrent début 1959. Avec eux, il a fallu créer
les routes d’accès, l’alimentation en eau, en électricité et en
gaz, les assainissements et les lignes téléphoniques.
Le plateau du Haut-du-Lièvre en 1960 . . .
Dès la semaine du 15 novembre 1959, les emménagements
des familles commencent aux trois premières entrées est
du Cèdre Bleu, toujours en construction sur son extrémité
ouest. Une ligne autobus temporaire assure les transports
de la chaufferie jusqu’à Nancy centre. Tout au long de
1960, de nouveaux habitants arrivent au fur et à mesure de
l’avancée des travaux.
Durant toute la décennie, le Haut-du-Lièvre et les
Aulnes à Maxéville, ne cessent d’évoluer au fur et à
mesure des travaux et des différents aménagements. En
cinq ans, de 1962 à 1967, la population passe de 8 000
à 16 000 habitants.
. . . et en 1967
39
GLOSSAIRE DU CONTE
1. 3 CHRISTOPHE : nom donné au chemin qui parcourait le
plateau du Haut-du-Lièvre d’ouest en est avant son urbanisation,
et dont l’avenue Pinchard actuelle suit en partie le tracé sur le
côté ouest du plateau. Le nom des Trois Christophe provenait de
trois généraux membres de la Grande Armée de Napoléon 1er et
originaires tous les trois de Nancy : Jean-François CHRISTOPHE
né en 1772, Nicolas-François CHRISTOPHE né en 1770 et
Philippe CHRISTOPHE né en 1769.
2. RUE DE LA HACHE :
rue située dans le quartier
Charles III de Nancy, reliant
la rue Saint-Dizier à la rue des
Quatre Eglises. Les habitants
de ce quartier insalubre
(incluant la rue Notre-Dame,
la rue Clodion…) furent les
premiers locataires du Haut-du-Lièvre en 1959, dans l’immeuble
du Cèdre Bleu, encore en construction lors de leur emménagement.
On entreprit ensuite, dans le quartier Charles III, le chantier du
centre commercial Saint-Sébastien.
3. DUCS : allusion aux Ducs de Lorraine, dont Nancy était la
capitale durant l’époque médiévale et jusqu’en 1766. A cette date,
la Lorraine fut rattachée au royaume de France.
4. ÉCOLE : allusion au mouvement artistique de
l’École de Nancy né à la fin du XIXème siècle avec
notamment la présence locale de DAUM, GALLÉ,
GRUBER, MAJORELLE, PROUVÉ, VALLIN,
lesquels ont créé ensemble le style « École de
Nancy », fer de lance de l’Art Nouveau.
5. CHARLES LE TÉMÉRAIRE : duc de Bourgogne né en 1433.
Chef de l’Etat bourguignon au XVème siècle, Charles cherche à
agrandir ses terres et conquiert un grand nombre de provinces,
devenant un chef d’Etat presque aussi important que le roi de
40
France Louis XI. Le Duc s’empare de Nancy en
1475, voulant ajouter la Lorraine à son domaine.
En représailles, il est tué en 1477 lors de la bataille
de Nancy, à l’emplacement actuel de la place de la
Croix de Bourgogne.
6. LI L LEBONNE : nom de l’actuelle M.J.C. située dans l’Hôtel
de Lillebonne, au cœur du quartier Saint-Epvre en Vieille Ville
de Nancy. Cet hôtel avait notamment appartenu au Duc de
Lorraine Charles IV, qui l’avait cédé à sa fille Anne, mariée au
duc de Lillebonne François Marie de Lorraine (1624-1694). Les
habitants du quartier Lillebonne furent en partie logés au Hautdu-Lièvre pour permettre la réhabilitation des rues de la Charité,
de la Source, du Cheval Blanc, etc…
7. RUE NOTRE DAME : rue du quartier Charles III, située per-
pendiculairement à la rue Saint Jean, au niveau du « passage bleu »,
de l’église et du centre commercial Saint Sébastien.
8. SAINT NICOLAS : evêque de Myre au
IVème siècle ; cette ville est aujourd’hui située en
Turquie. La légende de Saint Nicolas et des trois
enfants sauvés du saloir est très populaire en
Europe Centrale, en Allemagne, en Belgique, aux
Pays Bas, et dans l’Est et le Nord de la France. Elle
donne lieu à la fête de Saint Nicolas, chaque année, le 6 décembre,
dans toutes les communes de ces régions.
9. PÈRE FOUETTARD : c’est le « méchant » associé à Saint-
Nicolas. Avec son martinet, il est chargé de punir les enfants qui
n’ont pas été sages l’année passée.
10. MOLESTÉ LE PÈRE FOUETTARD : une légende urbaine
raconte qu’à Nancy, dans les années 90, lors d’un défilé de la
Saint Nicolas, des enfants effrayés par le Père Fouettard allèrent
chercher l’aide de leurs grands frères, qui, en représailles, lui
volèrent son costume.
11. LIÈVRE : le lieu-dit « Haut-
de-Lièvre », devenu Haut-duLièvre dans le langage usuel, faisait
référence à la profusion de lièvres
sur ce plateau jusqu’aux débuts de
son urbanisation.
12. PLATEAU SAINTE
CATHERINE : nom donné jusqu’à
la fin des années 50 au plateau surplombant le nord ouest de
Nancy. À partir de son urbanisation en 1958/59, on nomma le
plateau : le Haut-du-Lièvre.
13. SOLVAY : nom du site actuellement
en cours d’urbanisation, à côté du quartier
historique du Haut-du-Lièvre, et autrefois
lieu d’exploitation de carrières par l’entreprise
SOLVAY. Jusqu’en 1984, le transporteur
aérien TPMAX, avec 18 kms de câbles et 800
bennes, permettait d’acheminer le minerai
de Maxéville à Dombasle, où il était traité. Durant 25 ans, ces
wagonnets ont fait partie du paysage familier des habitants du
Haut-du-Lièvre.
14. TAMARIS : allusion au centre commercial du Haut-duLièvre (juste pour la rime car les Tamaris sont des arbres du sud
de la France, introuvables en Lorraine).
15. TRELAWNEY : Edward John Trelawney
(1792-1881), corsaire anglais en mer des Indes. Il
écrit son autobiographie en 1831 : « Mémoires d’un
gentilhomme corsaire , livre salué dès sa parution
par le mouvement littéraire des Romantiques
Anglais (Byron, Shelley…).
16. MORGAN : Sir Henry Morgan (1637-1688), pirate anglais
des Caraïbes. Il compte parmi les chefs mythiques de l’Île de
la Tortue. Sa vie est contée dans le livre d’un autre flibustier,
Alexandre-Olivier Oexmelin : « Histoire des Aventuriers » (1678).
17. PINCHARD : Raymond Pinchard, maire
de Nancy de 1953 à 1962, a lancé dès 1956
l’initiative de l’urbanisation du Haut-du-Lièvre.
Il a personnellement piloté toutes les démarches
permettant le financement de ce projet important
pour l’époque.
18. MARGUERITE & BIJOU : Marguerite Albrecht et son mari
Joseph étaient les propriétaires de la ferme Saint-Jacques à l’époque de la construction du quartier du Haut-du-Lièvre. Au début
des années 60, Marguerite venait encore tous les jours en charrette, tirée par son cheval « Bijou ». Elle fournissait des œufs, du
lait et du fromage frais à la louche aux nouveaux habitants.
19. FERME SAINT JACQUES : Ferme citée à partir du
XVIIIème siècle et située sur le territoire de la commune de Maxéville,
au nord du lieu-dit « Champ le Bœuf » et du domaine de Gentilly.
Ses terrains s’étendaient jusqu’à la forêt de Haye à l’ouest, la forêt
de Champigneulles au nord, et jusqu’au lieu-dit « Les 4 vents »
au sud. Tous ces terrains ont été rachetés depuis le début
des années 70 pour construire le quartier Champ le Bœuf,
l’autoroute A31, et l’actuelle zone industrielle Saint-Jacques 2.
41
GLOSSAIRE DU CONTE
25. 4 LITRES 12 : Compagnie de théâtre issue du
bouillonnement culturel qu’offrait, dans les années
1960-70 à Nancy, le Festival Mondial du Théâtre. Leur salle de
créations et de représentations se situe depuis 1972 dans l’un des
bâtiments municipaux du Parc de Gentilly.
26. PEINTURE GRISE : cette couleur recouvrait les murs des
Après l’expropriation des époux Jean et Christiane Albrecht,
les bâtiments de la ferme ont été détruits en 1992, permettant
l’extension de la zone industrielle.
20. COMME EN 14 : expression évoquant la première guerre
mondiale (1914-18) durant laquelle les terres lorraines furent le
théâtre de nombreuses batailles dramatiques.
21. ESTIOT : nom de l’ingénieur inventeur du procédé permet-
tant la fabrication en série des éléments de la structure des deux
grands ensembles Cèdre Bleu et Tilleul Argenté, construits entre
1958 et 1962 sur le territoire nancéien du Haut-du-Lièvre. Ce
procédé fut appelé le préfabricage. Il demandait
la présence d’une usine éphémère érigée à proximité du chantier, qui permettait la production des
éléments sur place et garantissait une plus grande
rapidité de construction.
22. UN SEUL GRAND MUR, LE PLUS LONG D’EUROPE :
allusion à la taille du bâtiment Cèdre Bleu, d’une longueur de
403 m, et reconnu comme « plus long bâtiment d’Europe »
jusqu’au début des années 70.
23. 16 000 : nombre d’habitants recensés sur le quartier nancéien
du Haut-du-Lièvre à la fin des années 60.
24. GÉANTS DE MÉTAL : allusion aux énormes grues de
chantier montées sur rails, ayant permis la construction du Cèdre
Bleu, du Tilleul Argenté et des 3 Étoiles, par assemblage des
éléments préfabriqués par le procédé Estiot.
42
premiers appartements du Cèdre Bleu. Elle a marqué la mémoire
de certains des premiers locataires.
27. CASTOR : en 1953-54, l’Association des Castors du
Rail, constituée de cheminots (ouvriers SNCF), reçoit de
la municipalité 3 hectares de terrains pris sur le Domaine
de Gentilly, pour y construire plusieurs dizaines de pavillons.
Les municipaux rejoindront ce projet et ils seront, avec les
cheminots, les premiers habitants à emménager sur le quartier
Haut-du-Lièvre en 1957. C’est l’actuel Lotissement Gentilly.
28. COLONIE DE
VACANCES : la Colonie
Scolaire Joseph Antoine
fut construite en 1914, un
peu plus à l’ouest du HDL,
face à l’actuel quartier des
Castors du Rail – ancien
chateau de Gentilly.
du quartier du Haut-du-Lièvre, lequel a
permis à ses habitants de disposer d’un
confort inédit : une vraie salle de bains
avec baignoire et WC dans les appartements.
31. RUE DE LA CHARITÉ : rue située dans la Vieille Ville de
Nancy, reliant la place Saint Epvre à la rue du Cheval blanc, à
proximité de l’Hôtel Lillebonne.
32. HDL : initiales de Haut-du-Lièvre. C’est ainsi que l’on nomme
communément le quartier de nos jours.
33. CHANTIER PERMANENT : allusion aux descriptions faites
par les premiers habitants, qui emménagèrent alors que le quartier
était encore en chantier.
34. AVIATEUR : double allusion, d’une part aux aviateurs logés
au Tilleul Argenté et d’autre part au quartier des Castors dont
les rues portent des noms d’aviateurs, en hommage à un accident
d’avion qui eut lieu sur cette plaine.
35. SAINT NICOLAS DE PORT : ville de 7500 habitants située à
environ 13 km à l’est de Nancy, sur la route de Lunéville.
36. LES VOSGES : massif montagneux primaire qui a donné son
nom à un département Lorrain.
29. UNE TABLE LONGUE COMME LA BARRE EN BÉTON :
en 1999, pour les 40 ans du Haut-du-Lièvre, un grand repas gratuit
fut organisé par les associations du quartier. Chaque communauté
avait préparé ses plats typiques (Afrique, Europe…). Mais la
médiatisation de l’événement et la gratuité du repas ont fait venir
plus de 2000 personnes et il n’y eut pas assez à manger pour tout
le monde.
39. UN RAPATRIÉ D’ALGÉRIE : après la Guerre d’Algérie
(1954-1962), de nombreux rapatriés furent logés dans les immeubles du Haut-du-Lièvre.
40. BLATTE-CONNEXION : Les habitants du
quartier n’en pouvant plus des blattes, décidèrent
de se faire entendre auprès des responsables des
HLM en créant « la blatte-connexion » en 1997.
Un défilé fut organisé du Marronnier Rouge au Buisson Ardent,
sur le thème du « Joueur de Flûte ». Les enfants du quartier suivaient la musique, tenant chacun à la main une blatte dans une
boîte. À la fin du parcours, ils enflammèrent la sculpture d’un cafard géant. Le traitement des bâtiments fut effectué 2 ans plus
tard, en 1999.
41. 50 ANS : nous fêtions les « 50 ans du Haut-du-Lièvre » en
2009, et c’est pour cette occasion que paraît ce livre.
42. NANCY, LAXOU ET MAXÉVILLE : ce sont les trois communes regroupées avec la Communauté Urbaine du Grand Nancy
pour le financement et la construction du futur projet d’urbanisation du plateau de Haye.
43. NOVEMBRE 1959 : en novembre 1959, les premiers habi-
tants du Haut-du-Lièvre ont emménagé au Cèdre Bleu, dans
les appartements des trois premières entrées qui venaient d’être
achevées.
37. LES GAZELLES : allusion au groupe Les Gazelles (créé au
sein de l’association ASAE FRANCAS ) composé de femmes
du quartier fortes de leurs propositions et de leurs engagements ;
elles aiment se retrouver pour échanger, dialoguer et construire
ensemble des projets.
38. 18 MOIS : allusion au délai d’attente moyen nécessaire pour
30. EVIER DE LA BELLE-MÈRE : allusion aux conditions de
vie d’un bon nombre d’habitants de Nancy avant la construction
entrer dans un appartement au Haut-du-Lièvre aux débuts des
années 60.
43
INDEX PHOTOS
PAGES 4-5 : rue Clodion, rue de la Hache Nancy, début XXème siècle,
CRI Nancy
PAGES 10-11 : grande photo et photo à gauche : Plateau Sainte
Catherine vers 1930 ; photo tout à gauche : famille Favier vers 1940 ;
photo en haut à gauche : téléphérique de Solvay, 1982
PAGE 13 : carte postale vers 1920
PAGES 16-17 : Plateau Sainte Catherine vers 1945
PAGES 18-19 : grande photo : construction de l’avenue Pinchard,
1958 ; en haut à gauche : Haut-du-Lièvre, 1962 ; en bas : mur
préfabriqué par l’usine Estiot, 1959 ; en bas à droite : fondations pour
le Tilleul Argenté, 1962
PAGES 20-21 : grande photo : achèvement du Cèdre Bleu vers 1960 ;
en haut à droite : construction de la Tour Panoramique, 1969 ;
au milieu à droite : construction des Lilas, 1960 ; en bas à droite :
vue du Haut-du-Lièvre depuis l’ouest, début 1965
PAGE 22 : lotissement des Castors, fondations, mai 1955
PAGE 23 : vue du Haut-du-Lièvre, Tilleul Argenté,
milieu années 70, photostudio Hochard, Metz
PAGES 32-33 : projet de rénovation urbaine, plateau de Haye, 2009,
Visualisation : Bureau des paysages Alexandre CHÉMETOFF
PAGE 34 : vue du Haut-du-Lièvre, milieu années 60,
photostudio Hochard, Metz
PAGE 35 : vue du Haut-du-Lièvre vers Nancy, années 60
Affiche « CONNAISSEZ VOTRE QUARTIER - LE HAUT DU
LIÈVREvEF3PMBOE(SÛOCFSH
PAGE 37 : Haut-du-Lièvre vu de la place Thiers Nancy,
milieu années 60, CRI Nancy
© Tous droits réservés
Directrice de la publication : Marie-Line RUBINI/O.N.P.A. assistée de Guillaume GIAMPIETRO/A.S.A.E. FRANCAS et de Jean Claude FLESCHHUT/Club Armande
et Albert MARCr%FTTJOT1IJMJQQFBAJOLETr1IPUPT"SDIJWFT.VOJDJQBMFTEF/BODZ"UFMJFSj.ÊNPJSFEF.BYÊWJMMFv$3*/BODZ-&TU3ÊQVCMJDBJO
OPH Nancy, Le Républicain Lorrain, photostudio HOCHARD Metz, Bureau des paysages Alexandre CHÉMETOFF'MJDLSr5FYUFDPOUF(BÌMMASSÉr
Conception et réalisation graphique : Christine WETZrPOUÊHBMFNFOUQBSUJDJQÊBVQSPKFU#SVOPBLIN et Azzize CHOUDAR
$POUBDU0îDF/BODÊJFOEFT1FSTPOOFT"HÊFTrSVF4BJOU(FPSHFT#1/BODZ$FEFYr5ÊMrXXXPOQBGS
Le conte « Le Lièvre, le Castor et les 3 Christophe » a été réalisé dans le cadre
de l’anniversaire des 50 ans du quartier du Haut-du-Lièvre de la Ville de Nancy.
Les personnages, Arthur, Sylvain et Magali, vous entraînent dans un voyage
original et onirique pour vous conter l’histoire, la construction,
la vie sociale et l’évolution de ce quartier.
Histoire à lire et à transmettre.