LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3CHRISTOPHE
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LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3CHRISTOPHE
L E L CASTOR E E L , E T LE R V S IÈ 3 CHRISTOPHE CONTE DU HAUT-DU-LIÈVRE E LE LIÈVRE, LE CASTOR ET LES 3 CHRISTOPHE CONTE DU HAUT-DU-LIÈVRE Texte : Gaël Massé Dessins : Philippe Bajolet Mise en page : Christine Wetz Un livre à lire à haute voix... AVANT-PROPOS L LE PROJET L ’année 2009 a été marquée par les 50 ans du quartier du Enjeu de connaissances partagées, ce recueil, plein de Haut-du-Lièvre et par les « Aventures Partagées du Plateau de Haye », qui se sont traduits par une série d’initiatives passionnantes et d’événements festifs, culturels et sportifs. Créatrices de lien entre les habitants, les associations et les communes qui, à travers le Plateau de Haye, forment une véritable communauté de destins, les « Aventures Partagées » ont été une formidable occasion de bien vivre le présent et de préparer l’avenir de ce territoire à enjeux, actuellement en pleine métamorphose, avec l’ambition d’offrir un nouveau cadre de vie et d’épanouissement, placé sous le signe du développement durable. fraîcheur est très attachant notamment à travers ses personnages qui offrent une série de regards croisés, à la fois ludiques et didactiques, au service d’une certaine morale urbaine, entre nature et culture. Avec mes collègues élus impliqués dans cette belle réalisation, je tiens à saluer le travail intergénérationnel ainsi réalisé par les acteurs associatifs et les habitants, qui plus est sur ce quartier de Nancy auquel je suis très attaché, et qui, dans sa diversité, est exemplaire dans sa capacité à « vivre ensemble », à construire ensemble, à vibrer ensemble. Nancy partage cette ambition forte, où l’urbain est au service de l’humain, avec l’Etat, la Communauté urbaine du Grand Nancy, les Communes de Laxou et Maxéville, et avec l’ensemble des habitants et des acteurs associés. Nous savons tous que pour tenir cette ambition commune, rien ne doit être négligé, et surtout pas le travail de mémoire qui est très déterminant, notamment dans sa capacité à (re) établir des références communes, à (re) vivifier le sentiment d’appartenance et de fierté, à tonifier les liens de solidarité entre les générations et à l’intérieur des générations. C’est pourquoi, en symbiose avec son équipe et ses administrateurs, je me félicite de l’engagement de l’Office Nancéien des Personnes Agées qui s’est pleinement inscrit dans la dynamique des « Aventures Partagées » en accompagnant la réalisation de ce conte qui constitue un outil original et précieux sur la mémoire individuelle et collective des habitants du quartier. 2 André ROSSINOT M d N Maire de Nancy Président de la Communauté urbaine du Grand Nancy Ancien Ministre E n Novembre 1959, la plus longue barre d’Europe de l’époque, le Cèdre Bleu, accueillait ses premiers résidents sur le quartier du Haut-du-Lièvre à Nancy. En 2009, nous fêtons les cinquante ans de cette histoire dans un contexte de rénovation urbaine du plateau de Haye porté par la Communauté Urbaine du Grand Nancy, avec les communes regroupées, Nancy, Maxéville, Laxou. Entre passé et futur, le conte « Le Lièvre, le Castor et les 3 Christophe » vous entraine de façon originale et onirique dans l’histoire de ce quartier. Pourquoi sous forme de conte ? Parce que le travail de mémoire qui a été réalisé avec les habitants et les associations a mis en lumière toute la richesse de l’histoire de ce quartier. Parce qu’encore, il est apparu au fil des rencontres et des ateliers, qu’il n’existait pas une mémoire chronologique consensuelle mais une multitude de mémoires, issues d’histoires de vie et de ressentis différents en fonction des époques, des cultures et des habitations. Parce qu’enfin, le conte apparaissait comme le support le plus approprié pour restituer, sans trahir, toute la diversité de ces mémoires explorées. En le lisant, ne cherchez pas la précision, ni l’exhaustivité, mais voyez dans cet ouvrage, les grandes étapes de l’évolution de ce quartier de la ville de Nancy, sur la base de trésors trouvés ; photos d’archives, photos d’habitants, documents de l’époque, illustrations faites pour le projet, extraits de lettres d’habitants, anecdotes et légendes urbaines… Les personnages, Arthur, Sylvain et Magali, vous guideront dans ce parcours métaphorique. Suivez-les. REMERCIEMENTS C et ouvrage a été réalisé dans le cadre du projet « Si mon quartier m’était conté », sous le pilotage de l’Office Nancéien des Personnes Agées, en partenariat avec les associations ASAE Francas et le Club des Anciens Armande et Albert MARC. Le projet a obtenu un soutien financier dans le cadre de la Politique de la Ville, de la Communauté Urbaine du Grand Nancy, de l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des chances, et de l’Office Public d’Habitat. Nous remercions les acteurs associatifs qui ont contribué au recueil de données avec entre autres : l’Atelier de Vie de Quartier du Haut-du-Lièvre, le CRIL 54, la MJC Haut-du-Lièvre, la MJC Maxéville et son groupe « Atelier Mémoire », le Centre Social La Clairière, Amitiés Tsiganes, Radio Caraïbe ainsi que le Cercle de Généalogie Héraldique de Nancy. Nous remercions surtout les habitants ayant participé aux différents ateliers et réunions, qui nous ont fourni des photos et documents d’époque et qui ont accepté que leurs illustrations paraissent dans ce conte. Sans eux, ce travail de mémoire n’aurait pu se faire. Merci également à Monsieur Claude FAVIER qui nous a fourni de nombreuses photos et à Madame Agnès Rose DENIS qui nous a donné son aimable autorisation pour utiliser sa photo d’enfant qui a servi à animer le personnage de Magali dans le conte. 3 Il éta it une fois I l était une fois 3 Christophe1 : ARTHUR, SYLVAIN et MAGALI, la fratrie Christophe… Ils vivaient avec leurs parents dans une bicoque insalubre, près du marché, rue de la Hache2, dans la vieille Nancy, celle des ducs3 et de l’École4. Ils passaient plus de temps sur les pavés qu’à l’appartement, bien trop triste pour leurs joies d’enfants. La rue : c’était leur domaine. Ils y jouaient, s’y ennuyaient, s’y accordaient et s’y désaccordaient au gré des humeurs et du temps, souvent pluvieux en ces contrées lorraines. Ils connaissaient tout le monde dans les rues alentour : jeunes et vieux, ouvriers, commerçants, travailleurs avec ou sans travail, bandits de grand chemin ou des petites rues, femmes au grand cœur, parfois de petite vertu, bref, le monde misérable de leur quartier populaire, tombé dans l’oubli après la guerre… peut-être même celle de Charles le Téméraire5. E lle ne quittait jamais son sombre rezrez-de-chaussée et montrait rarement son nez, cachée derrière son men ride rideau miteux et ses carreaux poisseux seux. Dans le quartier, on l’appelait La Sorcière. S Ou parfois La Momie, car on misait sur son grand âge : 120 ? 320 ? 620 ? I l n’y avait qu’une seule personne qu’ils ne connaissaient pas, car elle ne sortait pas : la vieille Madame Lillebonne6. La Dame de la rue Notre-Dame7. Et puisqu’on a souvent peur de ce qu’on ne connaît pas, les 3 Christophe en avaient peur. 4 5 U n jour de Saint Nicolas8, où, comme à leur habitude en fin de cortège, les 3 Christophe ont dépouillé le Père Fouettard9 pour venger les enfants du saloir, ils s’en retournent chez leur mère… non sans avoir joué comme des guerriers avec le tapis neigeux de l’hiver. De bonnes odeurs flottent dans l’atmosphère. C’est si rare dans le taudis : ragoût au chou et madeleines au beurre ! C’est jour de fête ! La fratrie s’attable. Mais la mère a l’air sévère et colère : — Oh non, maman ! Pas chez la sorcière ! — Aujourd’hui, c’est jour de paix et de bonté ! Et vous, bande de petits cafards, vous avez molesté le Père Fouettard !10 Si vous voulez manger ce soir, il faudra faire acte de charité ! Apportez ces victuailles à Mme Lillebonne ! Après, peut-être que je vous aurai à la bonne. — Oh non, maman ! Pas chez la sorcière ! Le regard maternel est sans appel. Nos 3 lascars n’attendent pas la piqûre de rappel : la fratrie part penaude rue Notre-Dame. D evant la porte de la vieille Lillebonne, Arthur, Sylvain et Magali se regardent longtemps, hésitants : qui va toquer ? 6 7 M agali, agacée par le manque de courage de ses frères, frappe à la porte. Le battant s’ouvre lentement en grinçant… Les enfants effrayés reculent et se collent au mur ! La peur fait battre les cœurs si fort que s’ils le pouvaient, ils traverseraient ce mur et fileraient se cacher loin sur la planète Mercure ! Mme Lillebonne apparaît dans l’entrebâillement, Magali tend la gamelle en tremblant : — Notre-mère-a-donné-ça-pour-vous ! La vieille saisit doucement le présent et les 3 enfants partent en courant. — Attendez !!! Les 3 Christophe s’arrêtent net, tremblants comme 3 chevrettes nues perdues sur la banquise. Sans même se retourner, Arthur demande, la voix chevrotante : — Vous… vous êtes une sorcière ? — Mais non, voyons, je suis juste une magicienne. L es enfants se retournent en tremblant… mais découvrent un sourire tendre et rassurant. Un vent de confiance souffle sur le couloir sombre et décrépit. La vieille leur fait signe de s’approcher… 8 — Notre-mère-a-donné-ça-pour-vous ! — Vous n’êtes pas là par hasard, les 3 Christophe. Et si vous voulez manger ce soir, il va falloir m’écouter attentivement car je ne le répèterai pas indéfiniment : le Lièvre11 vous attend sur le plateau Sainte Catherine12. Vous devez l’aider dans sa déprime. Montez làhaut immédiatement. Le Lièvre vous reconnaîtra lui-même. Apportez-lui votre aide. Et prenez ces 3 objets, ils vous seront utiles. À ARTHUR, elle donne une clé. Pas une clé de sol, ni une clé du sous-sol, ce serait plutôt une clé d’8 ou une clé d’12 format clé d’912. Pour déboulonner des boulons, gros comme des ballons. À SYLVAIN, elle donne une carte. Pas une carte de visite, ni un as de pique, mais plutôt une carte au trésor, pleine de mystère et de rêves d’or. À MAGALI, elle donne une boîte. Pas une boîte de nuit, ni une boîte à camembert, c’est une boîte en bois verni, un peu mangée par les vers. — Cette boîte, c’est votre unique espoir pour manger ce soir. N’essayez pas de l’ouvrir ou vous attiseriez mon ire ! À la fin de l’histoire, je viendrai vous revoir, et alors seulement vous la verrez s’ouvrir. Allez ! Filez à toute allure vers la magie et l’aventure ! La vieille part en arrière comme sur un coussin d’air et la porte claque en courant d’air. Dans le noir du couloir, Arthur s’étonne : — Un lapin qui nous attend ?! C’est vraiment n’importe quoi ! Venant de partout et de nulle part à la fois, les enfants entendent une voix : — Un LIÈVRE ! LE Lièvre ! Filez !!! Et les 3 Christop he détalent pi comme des la ns. 9 S ur le chemin sinueux qui monte au plateau, les enfants sont joyeux et trompent le temps, insouciants. Leurs pas craquèlent le manteau blanc hivernal. Ce chemin, tous les enfants le connaissent : c’est un lieu de jeux divers et variés, d’hiver et d’été. On y luge, on y boule de neige, on y cache-cache, on y chasse les monstres imaginaires. Un peu excentré, un trésor de la technologie d’antan déplace des wagonnets volants : c’est le téléphérique Solvay13 qui fait rêver ces enfants d’avant… d’avant le pic de la modernité, d’avant la télé féerique aux méfaits diaboliques. 10 11 A rthur marche en avant et son ventre crie misère : il regrette le ragoût de sa mère. Pour tromper cet ennui gourmand, il taille une lance au canif dans une branche de tamaris14, car Arthur prévoit une bataille avec un ennemi de taille : et si la vieille était bien sorcière ? Et si le Lièvre voulait la guerre ? Sylvain suit trébuchant, les yeux sur la carte et la tête en vrac : mais quel est le secret de ce bout de papier ? Magali traîne les pieds derrière et râle en bonne dernière : — C’est long ! J’en ai marre ! Et puis les insectes y m’énervent, y volent de partout ! Et puis vous avancez trop vite et le temps passe trop lentement ! Allez, venez, on redescend ! — Magali ! Tais-toi ! lui lancent en chœur ses frères lassés. La sœur vexée se tait et les devance un peu crâneuse. Soudain Sylvain s’exclame : — Ça y est ! Je sais ! C’est une carte au trésor ! Mais je ne vois pas de trésor… Pourtant, c’est comme celle de Trelawney15 ou de Morgan le Pirate16 ou de Papy Pinchard17 au retour d’Indochine. Vous vous souvenez ? — Sylvain ! Tais-toi ! coupent en chœur frère et sœur. 12 L e canif d’Arthur dérape et c’est son doigt qui l’attrape ! — AÏE !!! Toujours en chœur, les deux autres un peu vengeurs : — Arthur ! Tais-toi ! Ils avancent en silence. Arthur taille sa lance, Magali prend de l’avance et Sylvain frôle la transe, happé par sa carte mystérieuse. 13 M ais pas de chance ! Le ciel s’assombrit d’un coup et la pluie tombe en trombe, du coup. Coup de tonnerre et contrecoup d’éclair ! Pour eux tout est clair : ça flaire bon l’aventure et commence à leur plaire. Au loin, le bruit d’une charrette approche… des roues grincent et des sabots résonnent ! Arthur annone : L es 3 Christophe préparent leur défense au milieu du chemin. La charrette — C’est… c’est… c’est la charrette de la mort, c’est sûr ! Préparez-vous à un combat sans merci ! — Mais… Normalement la Mort c’est un homme, non ? demande Magali ? — Pourquoi ? C’est LA Mort ! C’est féminin ! corrige Sylvain. — Mais non ! Regardez ! C’est Marguerite et son cheval Bijou18 ! C’est la laitière de la ferme Saint Jacques19 ! — Mon ! T’y o ç que fayez dzos lè pyeûche ?, demande la femme. Botè vo èhhwâye d’do mo ché, jè dvole bèhh è lè ville ! * — Non merci Madame, répondent les 3 Christophe ! On a rendez-vous avec le Lièvre ! — Eh bé ! dèvo ïn ské to dîno c’è z o vrâ qu’è vè vo fâre èttode po rïn, lè wètte béte, et què n’vinrè mi ! ** Magali se blottit derrière Arthur qui brandit sa lance et lance son canif à Sylvain : apparaît sous la pluie, dans la lumière d’un puissant éclair ! C’est une vieille qui tire un cheval qui tire une carriole… On ne voit pas le visage de la femme, caché sous un fichu. Un coup de vent violent soulève le tissu ! Magali l’a reconnue ! — Prends ça, frangin ! Bonne chance ! Elle passe son chemin et la fratrie le sien. * Dam ! Qu’est ce que vous faites sous la pluie ? Abritez-vous dans ma charrette, je descends en ville. ** Dam, avec un temps pareil, sûr qu’y va vous poser un lapin ! 14 14 15 S oudain la pluie cesse comme elle a commencé et la neige fond, petipatapon. Les enfants avancent tout mouillés et Sylvain, pas malin, s’est servi de sa carte en parapluie : l’encre a déteint sur ses habits et ses cheveux sont tout bleus. Ses rêves de trésor, il peut leur dire adieu ! Enfin la forêt se fait moins dense et s’ouvre sur une clairière hospitalière. Au centre : un buisson. Arthur gère la situation : — Ah ! Vous voilà, enfin ! Vous êtes en retard ! Vous voyez, il ne faut pas jouer avec le feu… J’ai voulu me griller une petite carotte, et hop ! Bon, j’ai 10 commandements à vous donner… 1 : vous devez m’aider. 2 : vous devez m’aider. 3 : vous devez m’aider. 4 : vous devez m’aider. 5… — Ça va, ça va, on a compris, on va t’aider ! — Laissez-moi finir ! 10 : il faut me trouver des carottes, les miennes sont trop cuites. Bon. Venez, suivez-moi… Les enfants restent co i s et le Lièvre s’en va. — Attendons là. S’il doit nous trouver, le Lièvre nous trouvera là. Ils attendent… MAGALI râle parce qu’il a plu et que c’est sale. SYLVAIN râle parce qu’il a plu et que sa carte est lamentable. ARTHUR râle parce qu’il n’y a pas de Lièvre en vue et qu’il se mettrait bien à table. T out à coup, le bosquet se met à bouger ! Il remue, il frétille, il… crépite ?! Les enfants effrayés se blottissent en fratrie resserrée. D’un coup le buisson s’enflamme et Sylvain s’exclame : — Le buisson ardent ! Un lièvre bondit du bosquet sa toison en feu ! Il se roule et se frotte frénétiquement dans l’herbe tendre pour s’éteindre : — Ouïe ! Ouïe ! Ouïe ! Mais je n’y arriverai donc jamais !!! Il regarde soudain autour de lui, les oreilles dressées. 16 17 L e Lièvre trace dans les broussailles et la fratrie s’entaille : piqûres, éraflures, égratignures… Ah ! Que cette course est dure ! Jupe et culottes courtes ne protègent pas de la nature ! Mais lentement, le décor change et la marche aussi, ralentit. Plus de bois, ni de forêt, ni de fourrés, mais de la boue ! De la boue partout ! Une boue molle qui colle aux pieds des Hommes comme aux pattes du Lièvre. On s’y embourbe comme en 14 20 ! Chacun de leurs pas est plus lourd et pénible. Les enfants arpentent le terrain éberlués : ornières, nids de poules et tranchées, machines en tout genre et humains casqués… Ils se demandent : — C’est la guerre ? — Non, ce sont des travaux, répond le Lièvre, mais moi je déclare la guerre à ces travaux ! Ils saccagent mes galeries, ma garenne et mes carottes ! Je ne peux même plus manger les pissenlits par la racine ! S ur ces mots, un camion gros comme les minots déboule à toute allure ! Il éclabousse nos héros qui dégoulinent de gadoue de la chevelure aux chaussures. Lamentablement crottés, les enfants sont surtout très impressionnés par la taille du camion et ce qu’il transporte : un pan de mur entier ! — C’est l’usine Estiot21, explique le Lièvre : préfabricage de murs avant assemblage des murs pour fabricage d’un seul grand mur, là-bas, le plus long d’Europe22 ! Juste sur mon terrier ! 400 mètres de long posé là ! Sur mon terrier ! Et 16 000 humains23 dedans ! Ah, c’est plaisant ! Ils y travaillent sans répit, jour et nuit ! Et venez voir l’armée des géants ! Des géants de métal24 indestructibles ! Venez ! Ve nez voir !… 18 19 L e Lièvre détale et survole la fange pendant que les frangins pataugent. Au détour d’une tranchée profonde, ils découvrent un tableau qui les plombe : le chantier. Devant la barre de 13 étages, plusieurs grues se dressent, majestueuses, semblant jaillir de la terre de ce terrain très vague. Elles montent, déplacent et assemblent avec la force des cachalots, ce bâtiment plus long que haut ! Le Lièvre baisse piteusement ses oreilles et s’accoude, déprimé, contre l’un de ces vieux pots de 4 Litres 12 25 de cette peinture grise26, qui recouvre les murs des appartements de ce mur d’appartements : — Comment lutter contre ça ?… Vous voyez, vous devez m’aider. Mais que faire ? Que faire ? Que faire ? 20 21 I l bouillonne de tristesse et de colère lorsqu’un castor,27 casqué comme un ouvrier, déboule dans la boue du chantier : — Salut, Lièvre ! Alors ? Toujours la fièvre ? Tout ça t’énerve ? Fait comme moi, gros malin ! Partage ton terrain ou déménage un peu plus loin. is !!! ma — Ja — C’est facile à dire ! Toi, tu as eu plus de chance ! Des maisonnettes à jardinets, les cris de joie et d’enfance de la colonie de vacances28 ! Moi c’est des tours et des trous, des barres et du béton partout ! — Mais les humains vivent mal en bas ! Ils se multiplient comme des lapins et sont trop serrés dans leurs clapiers dégradés… La planète est vaste. Laissons-leur ce terrain, allons habiter plus loin… — Jamais !!! 22 2 2 23 BONG ! ! BONG !! BON N BO G !! N BO G! G !! L e Lièvre saisit la lance d’Arthur et s’élance à toute allure vers ces grues de malheur ! Chevalier intrépide à l’assaut de l’impossible, le Lièvre bondit, court, saute, vole !… Et s’écrase le blase à pleine vitesse sur le métal dur : bong !… La grue n’a pas mué d’un micron. Il s’assomme et en somme, s’étale au sol comme une quiche molle. Qu’à cela ne tienne ! Héros hors l’ordinaire, d’un coup de pattes arrière, il reprend sa charge guerrière ! Tagada, tagada, tagada !… Bong !!! Rien. La grue est toujours là. Toujours droite. Toujours dressée vers le ciel. Le Lièvre se relève et se rebong ! Et se rebong ! Et se rebong ! Et bong, et bong, et bong !… Inexorablement, bong… 24 ! L es enfants regardent, impuissants, le Lièvre s’épuisant. Magali trépigne : — Vite, vite, les garçons ! Une solution ! — Mais ouiii !!! Ça y est, je sais ! hurle Arthur. La clé d’912 ! Arthur dégaine la clé comme une épée et fonce à la rescousse au pas de course ! Dans l’élan, il saute sur la grue et s’attaque aux boulons géants ! Sylvain et Magali courent à sa rescousse : ils tournent tous ensemble et forcent, s’acharnent et déboulonnent, déboulonnent, déboulonnent… tant et si bien que la grue flageole… vacille… chancelle… et… fléchit ! Ouiii !!! Les 3 Christophe ont vaincu la machine !!! Ils se retirent et admirent la chute brutale de l’amas de métal… Mais !… Non !!! Attention !!! Le Lièvre !!! Sonné au sol, il ne voit pas l’avalanche meurtrière… et le voilà broyé en purée de moelle épinière. Pour le civet, c’est raté, se dit Arthur, il est trop écrabouillé. — Le Lièvre est mort. Vive le Lièvre ! s’écrie le castor. Mais il a eu tort, l’ennemi était trop fort… Suivez-moi là derrière ! L a tristesse des enfants est prise de vitesse ! Ils suivent le castor casqué et contournent la barre de béton. 25 A u détour du dernier mur, le ciel obscurci s’enfuit comme par magie, chassé par les douceurs des lumières printanières. Devant eux, un spectacle joyeux et saisiss saisissant : des milliers de gens mangeant, papotant, attablés à la peut-être plus grande table d’ d’Europe, une table longue comme la barre en béton29 ! Arthur est aux anges, comme toujours quand les gens mangent. Une femme les accueille avec bonheur pour un voyage de saveurs. Les enfants croulent sous les plats goûteux… couscous ou barbecue, salades de choses et tartes aux trucs. Magali la bouche pleine, demande : — Dites ? Fous les vens qui font là ?… Y z’havitent tous là-dans ?! UN JEUNE HOMME, tout frais marié, répond tout guilleret : — Oui ! Tous ! Avant d’arriver ici, c’était pas la belle vie ! Mais l’évier d’la belle-mère, maintenant c’est fini30 ! On a une baignoire !!!… c’est vraiment l’paradis ! Puis tous les gens s’adressent à la fratrie gourmande. UNE BRAVE MÈRE de famille avec des yeux ronds comme des billes : — Avec tous mes enfants, c’est enfin assez grand ! On était coincé rue de la Charité31, sous les combles et sans chauffage !… Maintenant, les enfants sont contents ! UN P’TIT GARS à casquette qui roule des mécaniques : — Eh ! Comment tu t’appelles ? — Magali. — Eh, Magali, viens ici… Tu sais, les feux d’artifice depuis la terrasse, ben… c’est sensass ! Allez, viens avec moi, si tu m’crois pas ! C’est la Saint Nicolas ! Allez, viens, la belle ! Ce s’ra toi la reine du H.D.L32 ! 26 27 UN VIEUX MONSIEUR tout plissé, le béret bien vissé : — Bien sûr, ça fait un peu chantier permanent33 mais y’en a plus pour longtemps. Bientôt des autocars, des trottoirs et des squares à balançoires ! Un centre commercial, un marché et un centre hospitalier ! Une piscine et un Parc Sainte Catherine ! UN AVIATEUR34, planant dans ses hauteurs : — Je ne regrette pas d’habiter là ! A chaque étage, la vue me rend plus sage ! Dès l’aurore, on voit Saint-Nicolas-de-Port35 et quand il n’y a pas de nuages, on est aux premières loges ! On aperçoit les Vosges36 ! UNE BELLE FEMME italienne, un balai sous l’aisselle : — Depuis mon balcon du 2°, je reçois tout ce qu’envoie le 12° ! Ça va pas ! Et si je lave pas les escaliers, y’a jamais personne qui le fait ! Je vais quand même pas faire le ménage à chacun des 16 étages ?! Eh ! Les gazelles37, elles ont pas des ailes ! Elles peuvent pas arranger tous les problèmes ! UN ÉTUDIANT pas content : — J’ai attendu 18 mois38 pour habiter là et les loyers ont augmenté ! Même ça c’est trop cher ! Ah, bon dieu ! Comment je vais faire ! 28 UN RAPATRIÉ d’Algérie39 réfléchit : — C’est l’entraide, ici ! L’ami plombier fait le plombier, et l’ami bricolo fixe mes tringles à rideaux ! UNE LORRAINE avec ses sabots dondaine : — Avant, si tu voulais choper l’cafard, y’avait pas mieux qu’le Lièvre ! Cancrelas par-ci, cancrelas par là, en veux-tu en voilà ! Devant l’invasion des grouillants dans les poubelles et des grimpants dans la vaisselle, on a fait le choix de l’éradication ! On a fondé : la « Blatte-Connexion »40 ! Mais on a mis des années avant d’être aidés… UNE MAMA africaine apporte un tieboudjenn : — J’espère que l’égoïsme et le racisme des gens ne viendront pas tout détruire… 29 S o ud ain , sem b l a nt c re ve r l e c urg i e l, s it la magicie nne ! . . . . . . . . . . . . . . . ... ... La v i e il l e L il l e b o nne fl otte d ans les a ir s e t s e r m o n n e l ’a t m o s p h è re : — C’est le repas du Lièvre ! Que tout le monde se lève ! C’est son dernier repas… Enterrons son corps et honorons sa mémoire. D’un coup de baguette magique, hop ! La dame de la rue Notre-Dame anime les buldozers, les pelleteuses et les grues ! Toutes les machines s’animent, du tractobidule au marteau-chose… De sa grande mâchoire de fer, la grue la plus proche s’affaire à déblayer les restes de son confrère effondré. La dépouille poilue du lapin apparaît. Sylvain s’approche seul du défunt et confectionne un linceul avec la carte détrempée, effacée… C’est vraiment mort pour le trésor ! Il porte le corps vers la tombe pelletée par la pelleteuse en bout de table. Le Lièvre présidera son dernier repas. Le Castor et les 3 Christophe jettent au lièvre une gerbe de carottes avant que les machines ne rebouchent. L a vieille Lillebon ne rep rend la p aro le dans le ciel : — Vous allez déplorer, au fil des années, la dégradation du quartier. Son image se ternira et ses murs aussi sans vraiment avoir reçu l’entretien attendu. Le jour où les enfants perdront le respect des aînés, il faudra tout changer. Vous serez contraints de détruire pour mieux reconstruire. Et ce jour-là, si chacun prend soin des nouvelles structures, si chacun fait en sorte qu’il y fasse bon vivre, le pari sera réussi ! Magali ! Ta boîte… 30 31 M agali sort la boîte en bois qui par magie se déboîte et présente 3 clés argentées. — Ce sont les clés de la reconstruction : dans 50 ans41, 3 portes s’ouvriront vers l’avenir. Ne les ratez pas… Sur chaque clé, un mot gravé : Nancy, Laxou et Maxéville42. Lorsque les barres disparaîtront, ces trois villes s’uniront pour bâtir un nouvel horizon. Maintenant, en hommage au Lièvre, vous allez nommer chaque bâtiment du nom d’un arbre, qui vieillira comme la mémoire de cette histoire… — Le Cèdre bleu, crie un enfant ! — Pourquoi bleu ? demande un autre. — Je sais pas, ça sonne bien. — Alors celui-là… heu… un Tilleul Argenté ! — Pourquoi argenté ?! — Argenté, ça me plaît. Tu trouves que bleu c’est mieux ? Tous les enfants sautent sur la table et crient les noms d’ici : Source ce : Bureau des es paysages pays p pa a ag aages ges g s Alexandre A exand Ale and ndre Chémetoff Chéme ém é m toff — Les Boulea ux ! — e! Le Marronnier Roug ore — Le Blanc Sycom — Les A ulne ! — Les Lilas ! s! — Le — Le Sylvain Pourpre ! Les Sylvains Tamaris ! Le Sylvain-lève-toi !… 32 s Om belle s! H ein ?!… Quoi ?!… Au loin, loin, très loin, loin comme dans un rêve, quelques mots s’élèvent, à peine perceptibles… puis terriblement audibles ! — Sylvain… Sylvain ?… Sylvain ?!… Sylvain !…SYLVAIN !!! S ylvain ouvre un œil… le visage de sa mère s’approche et l’embrasse sur la joue. Il est dans sa chambre. Son frère Arthur et sa sœur Magali sont déjà habillés. Le calendrier marque : 1° Novembre 1959 43. — Et ben alors, Sylvain ! T’es dur à réveiller, ce matin ! Tu t’accroches à tes rêves ! Qu’estce qu’on va faire de toi ? T’es toujours dans les nuages ! Allez, debout ! Aujourd’hui c’est un grand jour : on déménage ! On part sur les hauteurs habiter un nouveau quartier : LE HAUT-DU-LIÈVRE ! 34 35 LA CARTE DE LA MÉMOIRE Inspirée du projet d’aménagement proposé en 1957 par l’architecte Bernard Zehrfuss vers le Haut du Lièvre Contour de la carte en 1957 (Projet de l’Architecte Bernard Zehrfuss) PARC SAINTE CATHERINE 1960 Avenue Pinchard - anciennement Chemin des Trois Christophe LES AULNES 1962—1964 MAXÉVILLE Mémoire explorée Les forêts non explorées Construction détruite TILLEUL ARGENTÉ 1962 NID DES CASTORS 1957 CÈDRE BLEU 1959 MJC 1972 MARRONNIER ROUGE 1965—2005 ASAE FRANCAS 1966 CLUB DES ANCIENS 1968 vers Nancy centre LE BUISSON ARDENT 1965 LA CLAIRIÈRE 1964 OMBELLES 1960 LES BOULEAUX 1958/59 Associations de quartier BLANC SYCOMORE E 1965/66 Ecoles Mairie H HÊTRE POURPRE 1965/66 Commerces 36 vers Nancy centre anciennement Chemin des Trois Christophe 37 L’HISTOIRE DU HAUT-DU-LIÈVRE EN BREF L A gauche : Le Plateau Sainte Catherine vu de Maxéville vers 1952. Ci dessous : Le trait rouge délimite la zone retenue en 1955 pour la construction des futurs immeubles. La Ferme Sainte Catherine est située sur la partie inférieure de cette zone. En dessous, la colonie scolaire Joseph Antoine. A gauche, le tracé des rues de futur lotissement Gentilly. Le trait bleu représente la limite entre les territoires communaux de Nancy, Maxéville et Laxou. A droite : Nancy, à gauche : Maxéville, en bas : Laxou. Plusieurs projets d’aménagement sont proposées par l’équipe supervisée par l’architecte Bernard Zehrfuss, grand prix de Rome. Le 9 décembre 1957 le projet définitif est présenté. La Ville de Nancy favorise la construction des pavillons Castor sur Gentilly, entame les négociations pour l’achat des terrains nécessaires et commande les études techniques. 49 hectares au total sont achetés entre 1956 et 1958 afin de pouvoir tout aménager. AVANT 1950, le Haut-du-Lièvre est une partie du Plateau Sainte Catherine. C’est un vaste paysage de prés et de champs entourés de forêt. C’est la campagne proche de la ville. La ferme Sainte Catherine y possède la majeure partie des terrains. Plus loin à l’ouest, la commune de Nancy a installé depuis 1914 la colonie scolaire « Joseph Antoine », en plein air. Plus haut sur la commune de Maxéville, au nord-ouest, se trouve la ferme Saint Jaques. Elle exploite de vastes étendues de champs et de pâturages, situés au-dessus du lieu dit « Champ le Bœuf ». 38 AU DÉBUT DES ANNÉES 50, les trois quarts des immeubles du centre-ville de Nancy ont plus de cent ans, et certains sont à la limite de l’insalubrité. Trop de familles vivent à l’étroit dans des logements inadaptés et sans confort. 500 logements ont été bâtis entre 1945 et 1952. Dès son élection, le nouveau maire, Raymond Pinchard, fait mettre en chantier de nouveaux lotissements sur Beauregard, René II et Haussonville. Pour répondre à la demande, l’attention se porte dès 1954 sur le dernier espace libre du territoire nancéien, assez vaste pour loger des milliers d’habitants : le plateau de la ferme Sainte Catherine. EN MARS 1958, la première pierre est symboliquement posée. C’est le début d’un énorme chantier de plus de douze ans. Les terrassements et nivellements des sols commencent début 1957. Durant la seconde moitié de 1958, l’usine de préfabrication est montée, et les premiers immeubles démarrent début 1959. Avec eux, il a fallu créer les routes d’accès, l’alimentation en eau, en électricité et en gaz, les assainissements et les lignes téléphoniques. Le plateau du Haut-du-Lièvre en 1960 . . . Dès la semaine du 15 novembre 1959, les emménagements des familles commencent aux trois premières entrées est du Cèdre Bleu, toujours en construction sur son extrémité ouest. Une ligne autobus temporaire assure les transports de la chaufferie jusqu’à Nancy centre. Tout au long de 1960, de nouveaux habitants arrivent au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Durant toute la décennie, le Haut-du-Lièvre et les Aulnes à Maxéville, ne cessent d’évoluer au fur et à mesure des travaux et des différents aménagements. En cinq ans, de 1962 à 1967, la population passe de 8 000 à 16 000 habitants. . . . et en 1967 39 GLOSSAIRE DU CONTE 1. 3 CHRISTOPHE : nom donné au chemin qui parcourait le plateau du Haut-du-Lièvre d’ouest en est avant son urbanisation, et dont l’avenue Pinchard actuelle suit en partie le tracé sur le côté ouest du plateau. Le nom des Trois Christophe provenait de trois généraux membres de la Grande Armée de Napoléon 1er et originaires tous les trois de Nancy : Jean-François CHRISTOPHE né en 1772, Nicolas-François CHRISTOPHE né en 1770 et Philippe CHRISTOPHE né en 1769. 2. RUE DE LA HACHE : rue située dans le quartier Charles III de Nancy, reliant la rue Saint-Dizier à la rue des Quatre Eglises. Les habitants de ce quartier insalubre (incluant la rue Notre-Dame, la rue Clodion…) furent les premiers locataires du Haut-du-Lièvre en 1959, dans l’immeuble du Cèdre Bleu, encore en construction lors de leur emménagement. On entreprit ensuite, dans le quartier Charles III, le chantier du centre commercial Saint-Sébastien. 3. DUCS : allusion aux Ducs de Lorraine, dont Nancy était la capitale durant l’époque médiévale et jusqu’en 1766. A cette date, la Lorraine fut rattachée au royaume de France. 4. ÉCOLE : allusion au mouvement artistique de l’École de Nancy né à la fin du XIXème siècle avec notamment la présence locale de DAUM, GALLÉ, GRUBER, MAJORELLE, PROUVÉ, VALLIN, lesquels ont créé ensemble le style « École de Nancy », fer de lance de l’Art Nouveau. 5. CHARLES LE TÉMÉRAIRE : duc de Bourgogne né en 1433. Chef de l’Etat bourguignon au XVème siècle, Charles cherche à agrandir ses terres et conquiert un grand nombre de provinces, devenant un chef d’Etat presque aussi important que le roi de 40 France Louis XI. Le Duc s’empare de Nancy en 1475, voulant ajouter la Lorraine à son domaine. En représailles, il est tué en 1477 lors de la bataille de Nancy, à l’emplacement actuel de la place de la Croix de Bourgogne. 6. LI L LEBONNE : nom de l’actuelle M.J.C. située dans l’Hôtel de Lillebonne, au cœur du quartier Saint-Epvre en Vieille Ville de Nancy. Cet hôtel avait notamment appartenu au Duc de Lorraine Charles IV, qui l’avait cédé à sa fille Anne, mariée au duc de Lillebonne François Marie de Lorraine (1624-1694). Les habitants du quartier Lillebonne furent en partie logés au Hautdu-Lièvre pour permettre la réhabilitation des rues de la Charité, de la Source, du Cheval Blanc, etc… 7. RUE NOTRE DAME : rue du quartier Charles III, située per- pendiculairement à la rue Saint Jean, au niveau du « passage bleu », de l’église et du centre commercial Saint Sébastien. 8. SAINT NICOLAS : evêque de Myre au IVème siècle ; cette ville est aujourd’hui située en Turquie. La légende de Saint Nicolas et des trois enfants sauvés du saloir est très populaire en Europe Centrale, en Allemagne, en Belgique, aux Pays Bas, et dans l’Est et le Nord de la France. Elle donne lieu à la fête de Saint Nicolas, chaque année, le 6 décembre, dans toutes les communes de ces régions. 9. PÈRE FOUETTARD : c’est le « méchant » associé à Saint- Nicolas. Avec son martinet, il est chargé de punir les enfants qui n’ont pas été sages l’année passée. 10. MOLESTÉ LE PÈRE FOUETTARD : une légende urbaine raconte qu’à Nancy, dans les années 90, lors d’un défilé de la Saint Nicolas, des enfants effrayés par le Père Fouettard allèrent chercher l’aide de leurs grands frères, qui, en représailles, lui volèrent son costume. 11. LIÈVRE : le lieu-dit « Haut- de-Lièvre », devenu Haut-duLièvre dans le langage usuel, faisait référence à la profusion de lièvres sur ce plateau jusqu’aux débuts de son urbanisation. 12. PLATEAU SAINTE CATHERINE : nom donné jusqu’à la fin des années 50 au plateau surplombant le nord ouest de Nancy. À partir de son urbanisation en 1958/59, on nomma le plateau : le Haut-du-Lièvre. 13. SOLVAY : nom du site actuellement en cours d’urbanisation, à côté du quartier historique du Haut-du-Lièvre, et autrefois lieu d’exploitation de carrières par l’entreprise SOLVAY. Jusqu’en 1984, le transporteur aérien TPMAX, avec 18 kms de câbles et 800 bennes, permettait d’acheminer le minerai de Maxéville à Dombasle, où il était traité. Durant 25 ans, ces wagonnets ont fait partie du paysage familier des habitants du Haut-du-Lièvre. 14. TAMARIS : allusion au centre commercial du Haut-duLièvre (juste pour la rime car les Tamaris sont des arbres du sud de la France, introuvables en Lorraine). 15. TRELAWNEY : Edward John Trelawney (1792-1881), corsaire anglais en mer des Indes. Il écrit son autobiographie en 1831 : « Mémoires d’un gentilhomme corsaire , livre salué dès sa parution par le mouvement littéraire des Romantiques Anglais (Byron, Shelley…). 16. MORGAN : Sir Henry Morgan (1637-1688), pirate anglais des Caraïbes. Il compte parmi les chefs mythiques de l’Île de la Tortue. Sa vie est contée dans le livre d’un autre flibustier, Alexandre-Olivier Oexmelin : « Histoire des Aventuriers » (1678). 17. PINCHARD : Raymond Pinchard, maire de Nancy de 1953 à 1962, a lancé dès 1956 l’initiative de l’urbanisation du Haut-du-Lièvre. Il a personnellement piloté toutes les démarches permettant le financement de ce projet important pour l’époque. 18. MARGUERITE & BIJOU : Marguerite Albrecht et son mari Joseph étaient les propriétaires de la ferme Saint-Jacques à l’époque de la construction du quartier du Haut-du-Lièvre. Au début des années 60, Marguerite venait encore tous les jours en charrette, tirée par son cheval « Bijou ». Elle fournissait des œufs, du lait et du fromage frais à la louche aux nouveaux habitants. 19. FERME SAINT JACQUES : Ferme citée à partir du XVIIIème siècle et située sur le territoire de la commune de Maxéville, au nord du lieu-dit « Champ le Bœuf » et du domaine de Gentilly. Ses terrains s’étendaient jusqu’à la forêt de Haye à l’ouest, la forêt de Champigneulles au nord, et jusqu’au lieu-dit « Les 4 vents » au sud. Tous ces terrains ont été rachetés depuis le début des années 70 pour construire le quartier Champ le Bœuf, l’autoroute A31, et l’actuelle zone industrielle Saint-Jacques 2. 41 GLOSSAIRE DU CONTE 25. 4 LITRES 12 : Compagnie de théâtre issue du bouillonnement culturel qu’offrait, dans les années 1960-70 à Nancy, le Festival Mondial du Théâtre. Leur salle de créations et de représentations se situe depuis 1972 dans l’un des bâtiments municipaux du Parc de Gentilly. 26. PEINTURE GRISE : cette couleur recouvrait les murs des Après l’expropriation des époux Jean et Christiane Albrecht, les bâtiments de la ferme ont été détruits en 1992, permettant l’extension de la zone industrielle. 20. COMME EN 14 : expression évoquant la première guerre mondiale (1914-18) durant laquelle les terres lorraines furent le théâtre de nombreuses batailles dramatiques. 21. ESTIOT : nom de l’ingénieur inventeur du procédé permet- tant la fabrication en série des éléments de la structure des deux grands ensembles Cèdre Bleu et Tilleul Argenté, construits entre 1958 et 1962 sur le territoire nancéien du Haut-du-Lièvre. Ce procédé fut appelé le préfabricage. Il demandait la présence d’une usine éphémère érigée à proximité du chantier, qui permettait la production des éléments sur place et garantissait une plus grande rapidité de construction. 22. UN SEUL GRAND MUR, LE PLUS LONG D’EUROPE : allusion à la taille du bâtiment Cèdre Bleu, d’une longueur de 403 m, et reconnu comme « plus long bâtiment d’Europe » jusqu’au début des années 70. 23. 16 000 : nombre d’habitants recensés sur le quartier nancéien du Haut-du-Lièvre à la fin des années 60. 24. GÉANTS DE MÉTAL : allusion aux énormes grues de chantier montées sur rails, ayant permis la construction du Cèdre Bleu, du Tilleul Argenté et des 3 Étoiles, par assemblage des éléments préfabriqués par le procédé Estiot. 42 premiers appartements du Cèdre Bleu. Elle a marqué la mémoire de certains des premiers locataires. 27. CASTOR : en 1953-54, l’Association des Castors du Rail, constituée de cheminots (ouvriers SNCF), reçoit de la municipalité 3 hectares de terrains pris sur le Domaine de Gentilly, pour y construire plusieurs dizaines de pavillons. Les municipaux rejoindront ce projet et ils seront, avec les cheminots, les premiers habitants à emménager sur le quartier Haut-du-Lièvre en 1957. C’est l’actuel Lotissement Gentilly. 28. COLONIE DE VACANCES : la Colonie Scolaire Joseph Antoine fut construite en 1914, un peu plus à l’ouest du HDL, face à l’actuel quartier des Castors du Rail – ancien chateau de Gentilly. du quartier du Haut-du-Lièvre, lequel a permis à ses habitants de disposer d’un confort inédit : une vraie salle de bains avec baignoire et WC dans les appartements. 31. RUE DE LA CHARITÉ : rue située dans la Vieille Ville de Nancy, reliant la place Saint Epvre à la rue du Cheval blanc, à proximité de l’Hôtel Lillebonne. 32. HDL : initiales de Haut-du-Lièvre. C’est ainsi que l’on nomme communément le quartier de nos jours. 33. CHANTIER PERMANENT : allusion aux descriptions faites par les premiers habitants, qui emménagèrent alors que le quartier était encore en chantier. 34. AVIATEUR : double allusion, d’une part aux aviateurs logés au Tilleul Argenté et d’autre part au quartier des Castors dont les rues portent des noms d’aviateurs, en hommage à un accident d’avion qui eut lieu sur cette plaine. 35. SAINT NICOLAS DE PORT : ville de 7500 habitants située à environ 13 km à l’est de Nancy, sur la route de Lunéville. 36. LES VOSGES : massif montagneux primaire qui a donné son nom à un département Lorrain. 29. UNE TABLE LONGUE COMME LA BARRE EN BÉTON : en 1999, pour les 40 ans du Haut-du-Lièvre, un grand repas gratuit fut organisé par les associations du quartier. Chaque communauté avait préparé ses plats typiques (Afrique, Europe…). Mais la médiatisation de l’événement et la gratuité du repas ont fait venir plus de 2000 personnes et il n’y eut pas assez à manger pour tout le monde. 39. UN RAPATRIÉ D’ALGÉRIE : après la Guerre d’Algérie (1954-1962), de nombreux rapatriés furent logés dans les immeubles du Haut-du-Lièvre. 40. BLATTE-CONNEXION : Les habitants du quartier n’en pouvant plus des blattes, décidèrent de se faire entendre auprès des responsables des HLM en créant « la blatte-connexion » en 1997. Un défilé fut organisé du Marronnier Rouge au Buisson Ardent, sur le thème du « Joueur de Flûte ». Les enfants du quartier suivaient la musique, tenant chacun à la main une blatte dans une boîte. À la fin du parcours, ils enflammèrent la sculpture d’un cafard géant. Le traitement des bâtiments fut effectué 2 ans plus tard, en 1999. 41. 50 ANS : nous fêtions les « 50 ans du Haut-du-Lièvre » en 2009, et c’est pour cette occasion que paraît ce livre. 42. NANCY, LAXOU ET MAXÉVILLE : ce sont les trois communes regroupées avec la Communauté Urbaine du Grand Nancy pour le financement et la construction du futur projet d’urbanisation du plateau de Haye. 43. NOVEMBRE 1959 : en novembre 1959, les premiers habi- tants du Haut-du-Lièvre ont emménagé au Cèdre Bleu, dans les appartements des trois premières entrées qui venaient d’être achevées. 37. LES GAZELLES : allusion au groupe Les Gazelles (créé au sein de l’association ASAE FRANCAS ) composé de femmes du quartier fortes de leurs propositions et de leurs engagements ; elles aiment se retrouver pour échanger, dialoguer et construire ensemble des projets. 38. 18 MOIS : allusion au délai d’attente moyen nécessaire pour 30. EVIER DE LA BELLE-MÈRE : allusion aux conditions de vie d’un bon nombre d’habitants de Nancy avant la construction entrer dans un appartement au Haut-du-Lièvre aux débuts des années 60. 43 INDEX PHOTOS PAGES 4-5 : rue Clodion, rue de la Hache Nancy, début XXème siècle, CRI Nancy PAGES 10-11 : grande photo et photo à gauche : Plateau Sainte Catherine vers 1930 ; photo tout à gauche : famille Favier vers 1940 ; photo en haut à gauche : téléphérique de Solvay, 1982 PAGE 13 : carte postale vers 1920 PAGES 16-17 : Plateau Sainte Catherine vers 1945 PAGES 18-19 : grande photo : construction de l’avenue Pinchard, 1958 ; en haut à gauche : Haut-du-Lièvre, 1962 ; en bas : mur préfabriqué par l’usine Estiot, 1959 ; en bas à droite : fondations pour le Tilleul Argenté, 1962 PAGES 20-21 : grande photo : achèvement du Cèdre Bleu vers 1960 ; en haut à droite : construction de la Tour Panoramique, 1969 ; au milieu à droite : construction des Lilas, 1960 ; en bas à droite : vue du Haut-du-Lièvre depuis l’ouest, début 1965 PAGE 22 : lotissement des Castors, fondations, mai 1955 PAGE 23 : vue du Haut-du-Lièvre, Tilleul Argenté, milieu années 70, photostudio Hochard, Metz PAGES 32-33 : projet de rénovation urbaine, plateau de Haye, 2009, Visualisation : Bureau des paysages Alexandre CHÉMETOFF PAGE 34 : vue du Haut-du-Lièvre, milieu années 60, photostudio Hochard, Metz PAGE 35 : vue du Haut-du-Lièvre vers Nancy, années 60 Affiche « CONNAISSEZ VOTRE QUARTIER - LE HAUT DU LIÈVREvEF3PMBOE(SÛOCFSH PAGE 37 : Haut-du-Lièvre vu de la place Thiers Nancy, milieu années 60, CRI Nancy © Tous droits réservés Directrice de la publication : Marie-Line RUBINI/O.N.P.A. assistée de Guillaume GIAMPIETRO/A.S.A.E. FRANCAS et de Jean Claude FLESCHHUT/Club Armande et Albert MARCr%FTTJOT1IJMJQQFBAJOLETr1IPUPT"SDIJWFT.VOJDJQBMFTEF/BODZ"UFMJFSj.ÊNPJSFEF.BYÊWJMMFv$3*/BODZ-&TU3ÊQVCMJDBJO OPH Nancy, Le Républicain Lorrain, photostudio HOCHARD Metz, Bureau des paysages Alexandre CHÉMETOFF'MJDLSr5FYUFDPOUF(BÌMMASSÉr Conception et réalisation graphique : Christine WETZrPOUÊHBMFNFOUQBSUJDJQÊBVQSPKFU#SVOPBLIN et Azzize CHOUDAR $POUBDU0îDF/BODÊJFOEFT1FSTPOOFT"HÊFTrSVF4BJOU(FPSHFT#1/BODZ$FEFYr5ÊMrXXXPOQBGS Le conte « Le Lièvre, le Castor et les 3 Christophe » a été réalisé dans le cadre de l’anniversaire des 50 ans du quartier du Haut-du-Lièvre de la Ville de Nancy. Les personnages, Arthur, Sylvain et Magali, vous entraînent dans un voyage original et onirique pour vous conter l’histoire, la construction, la vie sociale et l’évolution de ce quartier. Histoire à lire et à transmettre.