NOUVEAU REGARD N°12 Hivers 2013-2014

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NOUVEAU REGARD N°12 Hivers 2013-2014
NOUVEAU REGARD
Le journal d’information gratuit
de l’École Supérieure de Sophrologie Appliquée
SOPHROLOGIE PHÉNOMÉNOLOGIE
PLEINE CONSCIENCE YOGA
RELAXATION BIENBIEN-ÊTRE
Les chemins
de la reconnaissance
NUMÉRO 12 - HIVER 2014
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www.essasophro.com
L’espace bienheureux du Nouveau Regard
L’ESSA, qui vient d’obtenir le titre de “Sophrologue Praticien” inscrit au RNCP par le biais de la SFS, continue
d’évoluer et de travailler dans le sens d’une meilleure reconnaissance
de notre métier, avec un programme qui ne cesse de s’enrichir de
thèmes importants abordés par des formateurs qualifiés. Et c’est au
nom de toute l’équipe que nous vous souhaitons une très bonne année 2014 sous le signe de la conscience ! Comme le rappelle constamment la sagesse indienne, celui qui demeure dans la conscience se
trouve dès maintenant paisible, heureux et libre de toute chaîne. Et
comme en témoigne encore la variété des articles présentés ici, cette
sagesse trouve une résonance particulière et une application concrète
dans la sophrologie et dans l’approche phénoménologique. En nous
invitant à percevoir le phénomène dans son apparaître et à percevoir
attentivement notre manière d’entrer en relation avec soi-même et
avec le monde, l’entraînement nous éveille au mystère de cet espace
phronique dans lequel se révèlent une perception et une alliance authentiques, en amont des idées et des jugements, des mots et des concepts. En même temps, si l’attitude phénoménologique m’invite sans
cesse à reconnaître cette “région” dans sa fraîcheur, elle me demande
aussi, à chaque fois, de tenter de la redéfinir, de la décrire, de la redonner à voir, à pressentir, à reconnaître et à partager avec l’autre
dans le vécu réconciliant de la rencontre et de la corrélation. La prise
de conscience de cet acte noético-noématique et de son arrière-plan
toujours présent, de cet espace dans lequel se produit la rencontre,
me demande une attention toujours renouvelée, sans tension, libre de
toute saisie. Si au départ l’attention s’appuie sur un objet, la conversion du regard impliquée dans l’acte de réduction la libère peu à peu
non seulement de l’objet, mais également de la forme, du concept et
de tout contenu. C’est ainsi qu’entre le sophrologue et le sophronisant
s’instaure alors une alliance qui s’inscrit et s’opère dans cet espace
phronique qui m’apparaît à chaque fois comme une transparence naturellement bienveillante et joyeuse, où sujet et objet disparaissent
dans le silence impersonnel d’un regard nouveau, véritable “lien
d’amour” auquel la réduction — pivot de la pratique — m’invite sans
cesse à revenir après l’avoir reconnu. Dans cette suspension des sujets, la réalité de l’alliance se confond avec l’essence de l’être dans l’intimité même de cet espace phronique, sans limite ni forme, transparent, accueillant et tout-embrassant comme le ciel. Le ciel de la conscience se dévoile comme un arrière-plan témoin toujours tranquille
et débordant de vie, un espace conciliant, structurant et unifiant, un
lieu de partage, de rencontre et d’échanges, une source de joie pure
dans laquelle l’autre et moi s’abreuvent et s’effacent pour se reconnaître en tant qu’ÊTRE, en tant que JE SUIS ● Pierre Bonnasse
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S OM M A I R E
« L’être crée des phénomènes
Que seul le Vide permet d’utiliser. »
Tao Te King 11
Demain je passe une IRM……....……………….p.3
Le chemin de l’autonomie….………..….……….p.4
Philosophie pratique……….…………………………p.5
RNCP………………………………………….…………..….….p.7
Le cinquième rêve…………….………………………..p.8
Congrès de sophrologie…….…………………….p.10
Traumatisme & résilience……….……..….…….p.11
Adaptabilité & Action positive….…..……….p.12
Philosophie indienne…………….…………………..p.13
Au seuil de la mort………….…...………………….p.16
En bref (annonces, stage...)…….......…….…..p.17
Nouveau(x) Regard(s)…….…………..…….……..p.18
Demain je passe une IRM...
Mme V, est une jeune femme
que j’accompagne en sophrologie depuis plusieurs mois du
fait d’angoisses importantes et répétées
sans objet manifeste.
L’anamnèse révèle que Mme V, est dans un contrôle
permanent et l’inconnu lui fait peur. Au fil des séances
de sophrologie et par la distance prise par rapport à
son schéma de pensée répétitif, Mme V. prend conscience que savoir que cette situation inconnue va l’angoisser, lui permet d’appréhender la situation d’une
manière connue qu’est l’angoisse. En quelque sorte, elle
contrôle sa réaction d’angoisse incontrôlée. En devenant
le témoin de son fonctionnement intrapsychique, elle se
rend compte qu’elle s’approprie la situation à venir,
qu’elle contrôle ses réactions futures.
Aujourd’hui, Mme V. me fait part de son inquiétude.
Elle doit passer, pour la 1ère fois, une IRM alors qu’elle
a une tendance à la claustrophobie. Elle craint l’incontrôlable : l’ANGOISSE. Je constate qu’elle retrouve
un fonctionnement bien connu pour faire face à l’inconnu. Je me garde bien de lui faire remarquer mais je
reformule ses propos qu’elle écoute attentivement et,
devenant l’observateur de sa pensée que j’exprime, elle
se met à rire et à comprendre la supercherie de son
mental et s’en veut de se laisser aller dans ce fonctionnement alors qu’elle pensait « maîtriser » ses angoisses
par la sophrologie. Elle appréhende, Du latin apprehendere « prendre, saisir, attraper », elle attrape et saisit le
futur toujours de la même manière à travers l’angoisse
bien connue.
Je lui propose donc une séance de sophrologie, plongée
dans la phénoménologie et le lâcher prise qu’elle
connaît bien car elle s’entraîne régulièrement chez elle.
Je lui demande d’être très présente à sa respiration,
comme si c’était la 1ère fois , sans aucune appréhension
de manière à s’entraîner à vivre des expériences uniques, nouvelles, dans le lâcher prise. Avec beaucoup
d’attention, de présence et de curiosité je lui propose
de vivre, de découvrir sa respiration et de livrer son
corps à la détente et aux sensations de l’instant présent. Je lui permets de confier son corps à ce moment
qui lui est donné, dans la présence et dans l’espace de
sa conscience disponible pour l’accueillir avec cette attention nouvelle sans cesse renouvelée.
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Je lui laisse le temps de vivre sa présence, sa relation à
elle-même, une relation bienveillante, sans jugement,
sans recherche, sans exigence, sans faire appel à la volonté ni au désir de contrôler. Simplement dans le laissé
faire, dans le laissé être dans cette expérience où des
sensations nouvelles peuvent apparaître, où la personne
apprend à ne pas les contrôler mais à juste les vivre
dans leur saveurs de l’instant.
La personne décrit son expérience qu’elle qualifie d’étonnante. « Je redécouvre le plaisir de me laisser porter…
l’impression d’avoir été enveloppée, chérie par mon attention… ça fait du bien».
Lors de la séance suivante, la personne me fait part de
son IRM « j’ai dû remplir un formulaire et à la question ; êtes vous claustrophobe? J’ai coché non car j’ai
senti que dans l’instant, je ne l’étais pas, même si je l’ai
déjà été ». Nous échangeons un sourire complice. « Je
me suis laissée allée à cet examen, j’ai senti que je me
laissais le vivre et je percevais le personnel bienveillant,
j’avais confiance et je me suis livrée à l’expérience et au
personnel médical. Dès que je me suis allongée pour
l’IRM, j’ai fermé les yeux et je me suis laissée faire. On
m’a remis une petite poire dans la main, on m’a posé
délicatement un casque sur les oreilles et j’ai accueilli
cette musique qui m’était destinée que je ne connaissais
pas. Je me suis sentie chérie, un peu enveloppée par le
soin que le personnel m’apportait, j’ai aimé cela. Il y
avait de l’air frais qui caressait mon visage, j’ai profité
de l’instant présent pour me reposer et faire une petite
séance de sophrologie dans laquelle j’ai approfondi ma
détente et le plaisir d’être avec moi-même. » « Je suis
ravie de m’être laissée portée par le moment présent et
par cette expérience nouvelle sans la vivre avec appréhension. C’est un peu comme ci j’avais traversé ma
peur, sans chercher à la maitriser et tout autre chose
s’est présenté à moi !» ● Anne Almqvist
Le chemin de l’autonomie
Au terme de plusieurs années de thérapie, j’avais enfin compris les principales
raisons de mon mal-être, et
pourtant, je ne parvenais
pas à me sentir apaisée.
En étant plus à l’écoute de notre corps, il est alors possible d’impacter notre esprit (et vice et versa). Aujourd’hui, j’éprouve encore des difficultés à écouter mon corps
et lui laisser la place qu’il devrait avoir. Mais, j’en ai
conscience et à force de répétition, cette harmonie corps/esprit s’installera progressivement. Notre société nous
pousse vers un contrôle permanent de et par l’esprit.
Difficile alors de développer d’autres fonctionnements.
Après ces explications quelques peu théoriques, je pense
qu’il est important de développer en quelques mots,
Ces longs mois d’introspection m’ont permis de com- l’impact positif qu’a eu la sophrologie sur ma personnaliprendre l’origine et la manifestation de mes maux mais té. Malgré les difficultés présentées précédemment
pas d’y remédier. Je pensais être enfin libérée, et pour- (harmonie corps/esprit), la sophrologie m’a appris à
tant, jamais je ne m’étais sentie si fragile. Comprendre fonctionner différemment et à faire face à certaines situations anxiogènes. Je me sens davantage en paix avec
est une première étape, changer, en est une autre.
moi-même. Il aura fallu quelques réajustements tels
Je ne savais comment parvenir à changer ce fonction- qu’apprendre à remplacer mes peurs par mes envies,
nement, ces mécanismes qui m’empêchaient d’avancer accepter (de ne pas tout contrôler, d’être fragilisée…),
sereinement dans la vie. Ma psychothérapie avait donc écouter davantage ce corps qui nous parle pourtant telatteint ses limites. J’ai donc pris la décision de m’orien- lement…
ter vers une autre approche thérapeutique : la sophroCe qui me paraissait impossible se concrétise pourtant
logie.
peu à peu. Je déconstruis d’anciens mécanismes pour en
Je ne savais pas, concrètement, en quoi consistait la créer de nouveaux. Et pourtant, tout n’est pas sous
sophrologie. C’est donc, dénuée de toute attente spéci- contrôle, rien n’est figé. Certaines peurs reviennent parfique que j’ai assisté à ma première séance. Je n’avais fois, mais, j’apprends avec l’aide de ma sophrologue à les
accueillir différemment. Le chemin est encore long et je
rien à perdre. Jamais je n’aurais pensé gagner autant…
ressens encore le besoin d’être guidée.
La première séance m’a permis d’établir les bases d’une relation de confiance avec ma sophrologue. Cette L’approche du sophrologue est telle qu’audernière m’a présentée certains des principes fonda- cun rapport de dépendance ne se crée. Il
mentaux de la sophrologie mais aussi ceux qu’elle se
devait d’appliquer en tant que thérapeute. Le « non- nous apprend à devenir le seul être capajugement » est l’un de ces principes et c’est dans cette ble de veiller sur nous-mêmes, il nous guiapproche du « non-jugement » que nous allions baser de vers l’autonomie.
notre travail. Cette notion, quelque peu abstraite a pris
tout son sens au cours des séances suivanAujourd’hui, je me sens apaisée et davantage en
tes. Je pouvais me confier sans crainte,
paix avec mon passé et la personne que je suis.
sans peur d’être jugée.
Je suis parvenue à me construire de façon plus
équilibrée. Ma vision du couple et ma relation à
Ce rapport de confiance instauré, le travail
l’autre sont bien plus saines. Je me connais
de sophrologie pouvait donc débuter. Ma
mieux et apprends tous les jours à veiller sur
sophrologue m’a peu à peu aidée à donner
moi. Je me lance aujourd’hui dans une toute
du sens à d’autres principes tels que l’action positive, l’acceptation, le lâcher-prise… J’ai éprouvé nouvelle aventure : celle de la maternité. Aventure que je
quelques difficultés à appliquer le « principe du sché- ne me serais jamais sentie capable d’affronter il y a enma corporel » qui consiste à laisser davantage d’impor- core quelques années. J’accueille ce tournant de ma vie
tance aux manifestations du corps, à l’accueil des sen- avec bien plus de sérénité malgré les inquiétudes et les
sations, à la conscience du corps comme « réalité vé- remises en question que la maternité peut générer. J’espère pouvoir accueillir cet enfant dans la sérénité, la paix
cue », qui pourtant contribue au « lâcher-prise ».
intérieure et le guider vers un certain équilibre tout en
Peu à peu, j’ai pris conscience que le corps et l’esprit se souvenant que tout ne peut être contrôlé. Alors, j’ai
ne faisait qu’un. Ces deux éléments ne peuvent être pris le parti de commencer par profiter autant que posdissociés. J’ai ainsi pris conscience d’être dans une ap- sible et me concentrer sur le moment présent.
proche exclusivement « cérébrale »/ « mentale ». J’avais
la sensation de tout contrôler par l’esprit. J’ai peu à Je terminerai ce témoignage en insistant sur le fait que la
peu appris à lâcher ce contrôle permanent, accepter sophrologie est bien plus qu’une simple « forme de théégalement le « non contrôle » mais aussi à intégrer un rapie », c’est avant tout un art de vivre ● Témoignage,
autre paramètre : le corps.
octobre 2013
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Philosophie pratique
Si la philosophie a été longtemps
considérée comme une discipline
spéculative donc purement abstraite, avec Nietzsche elle change d’identité
et prend une dimension pratique.
En effet dans Ecce homo, Nietzsche pose la question de
savoir s’il faut philosopher pour connaître ou pour vivre : pour lui la philosophie doit être avant
tout l'expression et l'affirmation « d'un art de vivre et
d'une esthétique de l'existence, » c'est-à-dire d'un ensemble de pratiques de soi. C’est cette dimension pratique
qu’Husserl partage avec ce dernier : la philosophie ne
doit pas être une théorie spéculative qui cherche à expliquer l’homme ou le monde en général et son fonctionnement mais un outil qui permet de donner « des fondements pour pouvoir bâtir soi-même, des méthodes pour
travailler soi-même, des problèmes à résoudre soimême ». Comme Nietzsche, Husserl nous invite à devenir
philosophe non pas en restant simple lecteur mais actif
acteur : pour eux philosopher, c’est mettre en pratique
une nouvelle attitude face à la vie, « un nouveau regard ». Chez Husserl, ce nouveau regard phénoménologique en ce sens qu’il s’intéresse à ce qui apparait, à ce qui
se donne à voir c’est-à-dire au phénomène, comprend
une étape réductive qui passe par le retour aux choses
mêmes, la suspension de tout jugement – l’épochè- et la
mise entre parenthèse du monde. Cette étape réductive
sera reprise par Caycedo dans ce qu’il appelle le premier
cycle réductif ou cycle fondamental de sa méthode. Si
Husserl, avec la phénoménologie, veut faire une description rigoureuse de l’essence des choses, Caycedo, avec la
Sophrologie, cherche à nous faire vivre en pleine conscience et avec tout notre corps le phénomène : la Sophrologie caycédienne apparaît ainsi comme une méthode basée sur l’attitude phénoménologique dont la pratique permet le dévoilement de notre propre conscience.
La Sophrologie est une interprétation, une herméneutique de la phénoménologie à double visée : thérapeutique et existentielle.
Dans le cadre de ce mémoire, lieu d’une réflexion de mon expérience de la Sophrologie consécutive à la citation de Husserl, je m’attacherai plus particulièrement à son versant existentiel, celui qui cherche
à nous « apprendre à exister » comme le propose
Caycedo tout en sachant que ce versant reste indissociable de celui à visée thérapeutique. Tout d’abord, il
faut préciser ce que l’on entend par méthode, ce qui
me donnera l’occasion d’aborder un des grands thèmes
de la Sophrologie : il ne s’agit pas ici de quelconques
recettes qu’il faudrait appliquer dans telle ou telle circonstance, mais plutôt de tout un processus qu’il s’agit
d’une part de comprendre et d’autre part de vivre « soi
-même » et, en tant que sophrologue, d’enseigner et de
transmettre à d’autres car pour accéder aux autres il
faut d’abord accéder à soi. Là encore, cette transmission ne doit pas se faire par un ensemble de directives
imposées mais dans le respect d’un enseignement maitrisé et conforme à l’esprit de son auteur lui-même
respectueux avant tout de la liberté d’autrui puisque
c’est justement de la Liberté dont il sera, in fine, question.
La Liberté
En effet, la Sophrologie est
avant tout un entraînement
qui va nous aider à nous découvrir nous-mêmes, tels que
nous sommes, en dehors de
tous préjugés que les autres ou nous-mêmes avons
ou pourrions avoir sur notre propre personne car pour
être libre il faut avant tout être soi. La liberté est une
des 4 valeurs Essentielles pour Caycedo et dans le cycle existentiel, ce n’est pas un hasard si elle correspond
à la première des 4 RDC : comment peut-on effectivement exercer notre responsabilité et notre dignité –
autres valeurs Essentielles sans être avant tout libre ?
Mais ce qui est propre à la Sophrologie, est que, par sa
méthode, il est donné à chacun la possibilité de se découvrir et de se vivre comme un être libre: la liberté
n’est plus seulement une définition, d’ailleurs différente selon les philosophes, elle se reconnait par sa vivance rendue possible par tout un travail issu de la philosophie husserlienne à travers l’étape fondamentale de
la réduction ci-dessus évoquée, l’étape radicale (celle
qui va nous permettre d’aller à la conquête de l’essence
véritable des choses et des valeurs) et le cycle existentiel issu d’une réflexion philosophique plus existentialiste basée notamment sur celle de Heidegger.
Je vis la liberté sous deux modes. Sous le mode de la
sensation, du ressenti, la liberté est un sentiment
quasi indicible car il ne passe pas par la pensée, il est
vécu en fusion du corps et de l’esprit et toute tentative
de réflexion sur ce vécu, tue le vécu lui-même : la vivance de la liberté est comme l’eau qui coule : inattrapable. Il me faut faire un travail de « décrassage » et
des tensions de mon corps et de mes pensées parasites : s’oublier pour se retrouver, lâcher prise et vivre
simplement ma présence au monde. (suite p.6)
5
L’autre mode est celui de l’action : agir librement, c’est
agir en étant pleinement soi, c’est être en coïncidence
avec ses actes et ne plus souffrir de cette dichotomie
acte /pensée engendrée par la méconnaissance de soimême et par des préjugés conditionnant des jugements
qui finalement ne sont pas les nôtres. Là encore la mise
entre parenthèse de ce que nous croyons être est requise : une valeur m’apparait alors comme nécessaire pour
évacuer les conditionnements et cette valeur est la sincérité. Ne pas se mentir à soi-même et se déshabiller
pour mieux se recouvrir de vêtements choisis par et
pour nous-mêmes, qui nous conviennent. La liberté est
donc une conquête à renouveler chaque jour, et la volonté comme autre valeur essentielle me parait indispensable car il faut vouloir être libre, il faut vouloir être
heureux. (…)
Les mots : l’Ecoute et la Parole/Le Discours
Il y a les mots prononcés et les mots entendus, la parole, le discours -terpnos logos- et l’écoute : le principe de
réalité objective joue aussi son rôle ici car nous ne devons pas habiller les mots de nos propres histoires pour
ne pas interpréter le discours de l’autre en fonction de
ce que nous sommes et de ce que nous avons vécu. Il
faut arriver à tenir cette double attitude paradoxale :
redonner son sens aux mots et en même temps comprendre les mots de l’autre par rapport à ce qu’il est, à
la signification qu’il leur donne. L’échange entre deux
êtres ne doit pas se réduire à ce qu’Heidegger dénonce,
dans Etre et Temps comme un « bavardage » c’est à
dire « la possibilité de tout comprendre sans appropriation préalable de la chose » : bavarder c’est croire
que l’on sait tout sur tout, que l’on a tout compris alors
que finalement on n’écoute pas l’autre mais on s’écoute
à travers l’autre. Pour Heidegger dans Acheminement
vers la parole, l’autre me parle, je deviens le lieu d’accueil de la parole, notion qui sera reprise par Jean
Louis Chrétien pour qui je deviens une « Arche de la
parole », le lieu d’une hospitalité, capable d’accueillir
dans la parole le phénomène pour le laisser être. Dans
son livre du même nom, le premier chapitre démarre
par cette phrase que je me répète souvent : « La première hospitalité n’est autre que l’écoute. C’est celle que
corps et âme nous pouvons donner jusque dans la rue
et sur le bord de la route, quand nous n’aurions à proposer ni toit, ni feu, ni couvert ».
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Cependant
il
dénonce « l’utopie de l’écoute
parfaite », d’une
écoute qui ne
serait visée que
« comme
un
moment de la
réponse », d’une écoute qui
pourrait s’enorgueillir d’être capable de finir les phrases de l’autre,
d’une écoute qui sait déjà tout d’avance. Péguy disait
« Dans l’écoute, il ne faut pas être sur ses gardes mais
sur ses mégardes », celui qui écoute est celui qui accepte d’être déplacé de lui-même parce qu’il doit recevoir ce qu’il entend comme du jamais entendu, il doit
être capable d’entrer dans un monde qui n’est pas le
sien et qui ne le sera probablement jamais.
C’est en tant
que sophrologue que je réfléchis à toutes
ces pensées qui
viennent alimenter
mes
réflexions sur
la juste approche qu’il me
faut
avoir :
comment proposer la bonne technique si au départ je n’entends pas
ce qu’on me dit, comment révéler l’autre à lui-même
sans forcément le comprendre, comment entrer dans
son monde sans y laisser ma trace ?
La parole, elle aussi doit suivre la même logique : elle
ne doit pas être une réponse définitive à une interrogation qui n’est pas la mienne, mais le tremplin d’un
nouveau questionnement qui permettra à l’autre d’aller
plus avant dans la compréhension qu’il a de lui-même
et du monde. Je ne prétends pas arriver à cette attitude idéale, mais
c’est
comme
pour l’attitude
phénoménologique :
j’essaye
qu’elle prenne le
pas –le plus souvent
possiblesur
l’attitude
naturelle qui fait
de l’échange davantage un bavardage au sens
où l’entend Heidegger ● Sylvie
Bouette, Sophrologue, Stagiaire à
l’ESSA
RNCP & VAE
Inscrit au RNCP (Registre National de la
Certification Professionnelle) par arrêté
du 19 novembre 2013 publié au journal
Officiel du 29 novembre 2013, le
« Certificat de sophrologue Praticien » de
la Société Française de Sophrologie délivré par l’ESSA permet d’exercer dans un
cadre légal établi et devient une qualification professionnelle de niveau III reconnue par l’état.
Comme vous le savez peut-être déjà, plusieurs écoles se
sont regroupées auprès de la Société Française de Sophrologie (SFS) qui a élaboré une demande de certification professionnelle (RNCP).
Les fruits de cette réflexion commune et de l’important
travail d’élaboration visant à faire reconnaître cette discipline, et à œuvrer pour l’uniformisation d’un enseignement et d’une transmission de qualité* voient le
jour.
Cette demande a été validée avec l’enregistrement de
l’arrêté le 19 novembre 2013 et la publication au JO du
29 novembre 2013. Le 1er certificat de Sophrologue Praticien délivré par la SFS, et les écoles rattachées, est
donc inscrit dès-à-présent sur la liste du Répertoire Le jury de certification final de la Société Française de
National de la Certification Professionnelle (RNCP).
Sophrologie délivrera le certificat de Sophrologue Praticien inscrit au RNCP:
L’ESSA, en qualité d’école membre actif du collectif
associé à la SFS, est donc habilitée à délivrer un Certifi- Dans le cadre de la formation initiale : aux stagiaires
cat de Sophrologue Praticien, dont le niveau III est re- ayant validé leur formation à l’ESSA par le biais d’un
connu par l’Etat.
contrôle continu et soutenu leur rapport de stage deDifférents critères ont été confirmés, notamment
concernant le volume d’heures de formation. Ainsi, 300
heures de formation au centre de formation sont exigées afin d’obtenir le titre de Sophrologue Praticien.
vant un jury.
Dans le cadre de la Validation des Acquis de L’Expérience (VAE) : aux personnes pratiquant la Sophrologie depuis au moins 3 ans et ayant validé les acquis de leur
expérience par la production de documents écrits et la
soutenance d’un rapport d’activité devant un jury. Le
retrait du dossier de VAE se faisant auprès de la SFS :
http://www.sophrologie-francaise.com/index.php.
Dans cette phase importante de
déploiement pour une meilleure
reconnaissance de notre discipline,
nous vous souhaitons une très bonne année ● Anne Almqvist
& Sandrine Carpentier
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Le cinquième rêve
Une légende indienne raconte…
Au début, le Grand Esprit dormait dans le rien. Son sommeil durait depuis l’éternité. Et puis soudain, nul ne sait
pourquoi, dans la nuit, il fit un rêve…
Il rêva la lumière, et ce fut le premier rêve. La lumière
trouva son accomplissement dans la transparence, et la
transparence rêva de solidité, de poids, de densité. La
transparence rêva le caillou qui fut le deuxième rêve. Le
caillou s’accomplit dans le diamant et le diamant rêva de
fragilité et de tendresse : La fleur fut le troisième rêve.
La fleur trouva son accomplissement dans l’ancrage de
l’arbre et l’arbre rêva de parcourir le monde sans limites. Il rêva le ver de terre qui fut le quatrième rêve. Le
ver de terre chercha longtemps son accomplissement
dans tous les animaux de la Terre. Un jour il le trouva
dans la baleine qui remplit le monde de ses jeux et de
ses chants. Mais la baleine qui vivait fondue dans le
monde liquide, rêva de s’en détacher. Alors brusquement, nous sommes apparus, nous les hommes. Car
nous sommes le cinquième rêve, en marche vers le cinquième accomplissement… (Texte librement repris et
inspiré du livre de Patrice Van Eersel, « Le Cinquième
Rêve », éditions Poche spiritualités).
Novembre. Seule une infime et subtile différence entre le
bleu du haut et le bleu du bas vient rompre l’alliance du
ciel et de la mer. Au loin, la courbure de l’horizon, parfaite et inaccessible. Partout où le regard se porte, la
lumière joue de ses reflets, ricochant sans relâche entre
la surface de l’eau et l’infini.
Novembre. Sous mes pieds, le pont de la goélette, immobile et pourtant mouvant, respire avec la mer ; calme,
détendu, en paix. Un bateau perdu quelque part au
cœur du monde, comme une parenthèse, une formidable
épochè de tout ce que j’ai laissé derrière moi depuis
hier, depuis un siècle, depuis une éternité.
En montant à bord, le temps s’est arrêté, ou plutôt s’est
dilué dans un espace sans passé ni futur. Sur le bateau,
le présent nous habite. Chaque seconde est précieuse,
chaque regard est donné et reçu en conscience, chaque
mot est une intention de partage.
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Hier encore, étrangers les uns aux
autres, vingt hommes et femmes ont
embarqué. Quelques
heures ont suffi à
l’alchimie pour opérer. Différents et uniques, nous avons de nos désirs
engendré un groupe qui vit, qui ressent, qui agit comme une nouvelle entité. A l’intérieur, en sécurité, chacun évolue librement et redéfinit à chaque instant la
géométrie de l’ensemble. Vingt parcours, vingt histoires, vingt existences dont le point commun est la soif
de véritable connaissance, de retour vers soi, de saisie
du Mystère. Vingt destinées qui se rejoignent ici, en un
rendez-vous prévu peut-être depuis la nuit des temps.
Dès le lever du jour, très tôt, nous partons à leur rencontre. Rituel de l’équipement : nous devons nous
adapter, réaliser une mutation pour nous inscrire dans
leur environnement. Palmes, masque, tuba. Silences,
rires, profond sentiment de bonheur vital. Inspire pour
la présence du monde, expire pour la conscience d’Etre
au monde. Ils reviennent chaque matin se reposer dans
le lagon après leur nuit de chasse. Nous les voyons,
ailerons filant paresseusement entre le bleu et le bleu,
comme des fantômes évoluant entre deux univers. En
silence, deux par deux, nous nous glissons dans l’eau.
Seul le chuintement de l’air dans le tuba m’indique que
je respire. Je sens la pression de l’eau sur ma poitrine,
sa caresse sur ma peau. Je vois ce bleu infiniment décliné en teintes miroitantes et changeantes; le soleil traverse l’eau et vient éclairer le fond qui s’illumine. Dans
ma bouche, léger goût de caoutchouc de l’embout. Autour de moi, le silence. Un silence sur lequel, comme
une partition, viennent se poser des sons jusqu’alors
inconnus à mes oreilles. Entendre le son d’une bulle
qui remonte à la surface, légère, diaphane, à la fois son
et lumière, sensation et émotion... Percevoir au fond de
mes tympans leurs échanges stridents, à la limite de
l’ultrason… Près de moi, dans un champ de vision réduit par le masque, j’aperçois mon double, mon autre,
mon binôme. Nous essayons de bouger ensemble, de
suivre la même courbe, la même route. Sous l’eau les
règles changent, il ne s’agit plus de faire et de raisonner, mais laisser faire et jouer. Comme eux, avancer
dans la fluidité, économiser l’énergie dans la souplesse,
traverser la vie dans le plaisir, communiquer autrement.
Novembre. Sous mes palmes, six ou
huit mètres plus bas, le sable ondule.
J’avance, en m’efforçant de ne pas me
laisser distancer. Les autres sont plus
expérimentés, ils vont vite, descendent
jusqu’au fond, remontent à la surface,
repartent, en quête d’une rencontre. Je
ne maîtrise pas mon tuba, j’aspire de
l’eau, je crache, je m’épuise. Et puis je
les vois, juste en dessous, une dizaine
de corps gris-bleu, puissants, effilés,
tout en souplesse et en joie. Le temps de reprendre
mon souffle, ils s’enfoncent un peu plus bas et je distingue leurs silhouettes se fondre dans l’ombre de la
profondeur. Les autres suivent, je reste, comme l’albatros de Baudelaire, immobilisée dans un élément qui
n’est pas le mien. Frustrée, amère. Je suis seule, un
moment, dans le silence bleu. Je savoure la sensation
de l’eau sur ma peau, la chaleur du soleil. Je flotte, la
gravité s’absorbe dans l’élément liquide. Je respire, simplement, juste attentive à ma respiration, bercée par le
doux mouvement de la mer qui me porte.
Souffle après souffle, je m’abandonne à
la seule sensation d’être. Je vois les autres un peu plus loin, le bateau se détache entre le ciel et l’eau. Je prends
conscience de mes attentes et de mes
craintes sur l’expérience que je suis en
train de vivre. J’avais prévu, j’avais cru,
j’avais lu. Du passé, des pensées, des a
priori. Ma respiration est mon seul
ancrage dans ce lieu où mes pieds devenus nageoires ne reposent pas au sol.
Je lâche mes croyances et mes présupposés, je laisse faire, je m’ouvre à ce
qui est là, je me dissous.
Dans la matrice tiède où je baigne, j’ôte les couches, je
me dénude et je découvre, enfoui au fond de moi, le
bonheur d’Etre. Simplement, ici, maintenant. Je savoure
l’instant, hors du temps et de l’espace.
Chaque rencontre est un instant de grâce, ma respiration d’elle-même s’arrête, je ne sens plus ni l’eau ni le
tuba, une sensation de dilution qui ne dure qu’un instant. Mais alors je vis dans l’intimité de mon être comme
un immense retour aux sources qui me vide de mon
identité. Je n’ai plus de nom, je n’ai plus d’histoire. Le
phénomène apparaît à ma conscience ; toute entière, je
deviens le phénomène. Au cours d’une seconde qui s’étire peut-être jusqu’à l’infini, Je Suis.
Une semaine en novembre. Quelque part au creux d’une
vague.
Six
jours pour
rencontrer
quelques humains incarnés, habités
par
une
conscience
éveillée. Six
jours pour
alterner les
plongées en
apnée, la découverte des fonds peuplés de coraux, et les exercices de
respiration, d’ancrage et de méditation sur le pont, face
au soleil couchant. Six jours d’exception, à l’image d’un
conte sophrologique, pour rencontrer des dauphins libres, descendre au plus profond et trouver une perle,
unique et précieuse. Remontée des profondeurs, elle ne
me quittera plus.
Etait-ce un rêve ? Le mien ? Ou le rêve du dauphin ?
Et si c’est bien le cas, comme le dit la vieille légende indienne, vers quel accomplissement l’homme poursuit-il
son chemin ? ● Christine Le Morvan, Formatrice à l’ESSA.
SA Phénosouvenir d’une semaine en mer Rouge, au lar-
Lever de soleil sur la mer. Le futur vient se mêler au
présent. Dans deux jours nous repartons. Je progresse,
j’arrive à descendre un peu plus bas, mon tuba s’apprivoise. Je les croise plus souvent et surtout je les vois
d’un autre regard. A chaque fois, c’est le même choc :
D’abord, l’eau se peuple de leurs sifflements stridents, ge de Marsa Alam, Egypte, Novembre 2013, avec Frédéric
comme une invisible présence. Puis ils sont là, autour Chotard, spécialiste de l’apnée delphinienne.
de moi, tous unis dans une même énergie et un même
mouvement et pourtant chacun d’entre eux libre de
s’éloigner pour suivre son propre chemin. Un seul être,
une seule conscience, et pourtant un ensemble d’individus évoluant dans une harmonie parfaite, chacun doté
d’une conscience
propre.
Comme
notre groupe humain, comme chaque cellule de notre corps…
9
Le 46ème congrès de sophrologie Le 46ème congrès de sophrologie s’est tenu à Bordeaux les 7 et 8 décembre 2013
sur le thème de traumatisme et résilience.
Ce congrès organisé par la société Française de Sophrologie et par l’école de sophrologie de Bordeaux ISEBA a rassemblé
plus de 400 Sophrologues, médecins, psychologues, étudiants en sophrologie et
psychologie…
L’invité d’honneur, Boris CYRULNIK,
CYRULNIK Neurologue, Psychiatre, Ethologue et Psychanalyste a mis en images et
en mots l’éthologie, la prise en charge et la reconstruction psychique suite à un traumatisme. Il décrit, avec
beaucoup d’humour par analogie au monde animal, le
processus hypnotique du trauma qui accapare toute la
conscience, un processus normal. En référence à notre
approche et notre positionnement professionnel il nous
rappelle l’importance de l’alliance thérapeutique à travers le face à face sans jugement, qui laisse la possibilité à la personne accompagnée de mettre des mots sur
ce qui lui est arrivé, afin qu’elle redevienne « maître de
son monde ». A ce stade, le travail n’est encore pas fait
mais devient « faisable ». La personne qui aura grandi
dans un univers sécurisé sera plus apte à traverser le
traumatisme et à se faire aider car elle sait, par expérience, qu’elle peut compter sur l’autre. Boris CYRULNIK décrit le principe de synchronisation des émotions,
le fait que le thérapeute saisi ce que vit la personne
créé un sentiment d’appartenance, une figure d’attachement pour aller vers la résilience. A travers ma pratique professionnelle de sophrologue, je m’interroge sur
les nombreuses consultations de jeunes adultes, très angoissés alors
qu’ils ont grandi dans
un univers familial très
sécurisé et qu’ils ont une
situation professionnelle
et sociale stable …
10
L’intervention de Gérard
OSTERMANN médecin attaché au CHU de Bordeaux,
psychothérapeute-analyste,
spécialisé dans les conduites
additives vient compléter la
conférence de B. CYRULNIK. Il compare de processus de résilience à la nature, à une terre brulée, calcinée dont la végétation redémarre. Un néo-développement propre à la capacité psychique de l’être humain quand il y a résilience, après un
évènement traumatique. Il nous amène à une réflexion
sur notre positionnement professionnel et sur l’importance d’établir un lien sécure à travers nos prises en
charges. La relation d’aide n’est pas seulement une relation mais une présence organisée vers l’autre, une figure d’attachement qui va créer la quiétude tant nécessaire. « Un bon attachement est un facteur de résilience, il
n’y a pas de résilience sans attachement ».
Ces propos sont venus toucher une de mes expériences
professionnelles lorsqu’une patiente a témoigné, durant
un sevrage alcoolique, du vide, lorsqu’elle s’est débarrassée des cubis de vins qu’elle plaçait derrière une porte
qui mène à son garage. « Il me manque une présence,
c’est comme s’il me manquait quelqu’un » me confitelle. J’ai pris conscience alors de la force du lien, de l’attachement à l’alcool, sa place prise dans sa vie, dans sa
psyché et de la difficulté à se séparer de ce lien chez
cette personne isolée du fait de son alcoolisme et de
l’importance de l’alliance que je devais maintenir pour
l’aider.
Jocelyne Villeneuve Enseignante et Sophrologue,, nous a
fait part de son expérience professionnelle comme enseignante et sophrologue dans la prise en charge des enfants et de la force sécurisante du groupe. Jocelyne ne
faisait que des prises en charges de groupe, le cercle
étant comme un contenant, le groupe comme une force
sécurisante. L’appartenance au groupe, l’inscription de
l’enfant dans sa psyché, le processus d’individuation de
très jeunes en retraits pouvaient se lire à travers leurs
dessins phénodescriptifs au fil des séances et se manifester dans le comportement quotidien de chacun. Un témoignage fort intéressant qui permet de saisir l’impacte
thérapeutique du groupe lui-même, conjugué à la méthode sophrologique.
Un congrès qui s’est
terminé sous le signe de
l’alliance et qui a su en
encore réunir les piliers
qui structures la sophrologie en France
● Anne Almqvist
Traumatisme
Traumatisme & résilience
Infirmière depuis quelques années, j’ai appris à soigner et
guérir les plaies du corps. Mais
lorsque j’observe autour de moi, je m’aperçois qu’il y a des plaies invisibles en
chacun de nous qui ne demandent qu’à
cicatriser.
Une phrase qui résume ma pensée est celle de Gérard
OSTERMAN lors du congrès : « Un passé qui ne passe
pas, est un futur qui ne s’ouvre pas… ». Notre futur
métier étant d’aider les gens à mieux avancer dans
leur vie, il m’a semblé évident de m’intéresser au sujet
du traumatisme et de la résilience.
Tout d’abord, j’ai apprécié la pluridisciplinarité des intervenants, le
partage et la richesse de leurs interventions.
Comme, par exemple, la clarté et la
simplicité de Boris CYRULNIK pour nous parler de la
complexité de la rencontre, de ‘’ l’hyper-fascination’’
qu’il a appelé hypnose, ou encore de l’importance de
la connaissance du contexte pour une bonne compréhension d’un traumatisme.
Aussi Gérard OSTERMANN nous a expliqué les différents types d’attachements, également la relation de
confiance et l’alliance thérapeutique. Ceci m’a rappelé
nos principes de sophrologue et notamment l’action
positive et la réalité objective.
11
Par la suite, les mémoires traumatiques ont été abordées,
comme la physiopathologie, la psycho somatisation et les
différentes approches thérapeutiques, telles que le rêve
éveillé et l’exposition prolongée. Les passionnantes explications étaient accompagnées de schémas et de cas
concrets.
La deuxième journée concernait le mécanisme de la résilience et la réponse sophrologique, en particulier auprès
des enfants, des personnes âgées, des adolescents et des
femmes maltraitées, illustrés par de riches et poignants
témoignages de cette triste réalité que peut être la vie.
J’ai beaucoup apprécié la séance de sophrologie guidée
par Véronique ROUSSEAU, adressée à l’ensemble de
l’amphithéâtre. Quelle agréable sensation de voir l’assemblée réouvrir les yeux avec de grands sourires aux lèvres,
chacun se regardant avec bienveillance !
Enfin, j’ai ‘’bu’’ les paroles de Gérard THOURAILLE
lors de son « petit voyage du traumatisme au symbole
en passant par le symptôme ». Bien que certaines idées
m’aient échappé, j’ai été captivé par sa narration, c’était si joliment dit que j’ai arrêté de prendre des notes.
Je fus comme hypnotisée…dirait Mr CYRULNIK.
Je n’oublierai pas les échanges et les partages avec les
autres participants du congrès, étudiants en sophrologie,
sophrologues exerçant depuis plus ou moins longtemps,
ainsi que leurs expériences, leurs conseils, et leurs doutes.
Pour conclure, je dirai que c’était une expérience très
enrichissante, aussi bien du point de vue personnel que
professionnel. Et comme je l’ai entendu dans le public : « Même si on le sait, ça fait du bien de l’entendre ».
Je me permettrai de rajouter : « et surtout de le comprendre », car « comprendre, c’est avant tout unifier ».
(A. CAMUS extrait de Le Mythe de Sisyphe)● Chitlada
Calvier, Stagiaire 1ère année de formation à l’ESSA
Adaptabilité & Créativité
Selon le principe d’adaptabilité,
c’est la méthode qui s’adapte à
la réalité des personnes qui la pratiquent
et non l’inverse. Ainsi, il est important
que le Sophrologue développe sa créativité
et sache proposer de façon intuitive et cohérente les outils et protocoles en fonction de l’état et des besoins des personnes
sur l’instant.
Evoluer dans ce principe nécessite alors une confiance
en soi ainsi qu’une maîtrise des outils suffisante afin de
gagner en liberté et de proposer de façon fluide des outils adéquats ; quitte à en créer de nouveaux, confectionnés à partir de nos propres expériences et découvertes,
issues aussi d’autres courants ou méthodes, toujours
dans le respect des trois autres principes.
Je commence seulement à toucher du bout des doigts
cette liberté, au fur et à mesure que je pratique avec de
nouvelles personnes. Cette découverte va de pair avec le
développement de la confiance en mes capacités à transmettre de façon adaptée les outils, et le relâchement de
cette tendance à vouloir jouer la « bonne » sophrologue.
En effet, petit-à-petit, je ressens que je me désidentifie
du rôle de sophrologue tel que je me le représentais et
de cette volonté que tout soit parfait selon « Moi ». Cette volonté de perfection et ce manque de confiance en
mes capacités me distanciaient alors de la personne en
face de moi, et amenuisait la qualité de l’alliance. Aujourd’hui, je constate que j’évolue vers un peu plus de
liberté, à mesure que je gagne en confiance et en ancrage dans le Présent. Sortant du Faire, pour Etre dans l’alliance avec cet autre, et ainsi créer un espace d’écoute et
d’accueil de ce qui se donne à voir, à être, à co-créer
dans l’instant.
Bien que fréquemment ramenée à cette tendance de
vouloir bien faire et de coller à l’enseignement que j’ai
reçu, je note que je suis plus à l’écoute de l’autre, de ce
qui se dit, se vit, se montre, et se partage dans l’alliance
sur le moment. C’est d’ailleurs, lorsque je lâche cette
tendance que la séance prend plus de saveur pour le
patient comme pour moi. Ceci allant de pair avec une
conscience plus consciente d’elle-même et de ce qui
nous unit avec le patient, dans l’alliance. Une certaine
humilité grandit en moi et me fait regarder les événements et l’apparaître des
choses et des
événements
sous un autre
angle.
Avec
moins d’arrogance et plus
de curiosité…
12
L’action positive
Il s’agit du principe selon lequel toute action positive à
un impact sur l’être dans son entièreté. Ainsi, toute
action positive sur le corps à un impact sur l’esprit.
Discipline profondément ancrée dans le positif, la Sophrologie permet de prendre conscience, dynamiser et
déployer le riche potentiel logé en l’être humain. Et
dès les premières techniques, ce principe d’action positive agit. Action venant se renforcer à chaque répétition vivantielle. A chaque fois un peu plus profondément, un peu plus loin.
Et grâce à cette mémoire corporelle et cette intégration
dans mon quotidien de ces outils, ce que je note de
plus flagrant est cette quasi instantanéité entre la force
de la pensée émise et la répercussion sur mon corps et
les sensations induites.
De même que des sensations ou émotions positives
telles que la Gratitude, la Joie, que j’ai pu connecter ou
ressentir dès les premières séances, se transforment
dans leur qualité et leur intensité. Quelque chose s’intègre en moi. Ce qui était avant plus mental devient
plus vivant, plus plein et plus vibrant. Cela me ramène
aussi à cette nouvelle qualité du silence que j’expérimente lorsque je suis en méditation. Un silence qui,
lorsque je le perçois, et l’expérimente, est plus profond.
En fait, chaque fois que je pratique, cela me donne la
sensation que j’ajoute une pierre aux fondations. Quelque-chose se consolide, s’assoie, s’incarne un peu plus
dans ma matière.
Ainsi, mon expérience du renforcement des Qualités
Existentielles que sont la Confiance, l’Harmonie et l’Espoir se transforme. Et c’est grâce à l’exercice de l’écriture de ce mémoire que je m’en rends compte, faisant,
ce retour en arrière. En effet, il est flagrant pour moi
que mon axe aujourd’hui, ma présence, et mon assise
intérieure se renforcent et que ce renforcement provient d’une plus grande intégration dans ma chair de
ces qualités et de la joie d’être ● Sandrine Carpentier,
Formatrice et Chargée du suivi des stagiaires et des
évaluations à l’ESSA
Philosophies de l’Inde: les Upanishads
« Le monument
par excellence de
l’Inde antique, c’est
sa langue. C’est
dans la matière
verbale que les
vieux Hindous ont
taillé leurs Pyramides, leurs Sphinx,
leurs
Zikkurats,
leurs Parthénons.
La langue sanscroutane (comme
disaient les premiers Français qui revinrent de là
-bas, déformant moins le mot que nous ne le
faisons en prononçant sanskrit) est la langue
« construite », « ouvragée » - lingua confecta, je
dirais presque concreta – et, dans un autre sens
aussi usuel du terme, « consacrée », langue portant dans ses moindres articulations la marque
d’un travail conscient, d’une élaboration volontaire ; presque aussi loin de nos langues
« naturelles » (prakrites) que celles-ci des cris
des animaux. Très anciennement déjà, les sciences et les arts du langage avaient atteint dans
l’Inde un point de perfection unique dans l’histoire des langues et de la linguistique. Sur les six
sciences annexes qui sont étroitement liées au
Veda, quatre ont pour objet le langage : Phonétique, Grammaire, Lexicologie, Métrique (les
deux autres étant l’Astronomie et le Rituel). Dès
lors sinon avant, les arts du langage sont des
arts traditionnels. J’appellerai ici tradition la manière dont une civilisation fait servir à son but
le plus haut tous les savoirs et savoir-faire. Ce
but, pour les sages de l’Inde de toute secte et de
toute époque, c’est la libération (moksha) ; c’està-dire d’abord connaître les mécanismes qui
nous entraînent dans le cercle vicieux de l’existence (samsara), cesser de s’identifier avec eux,
par la « connaissance qui sépare » (viveka), se
connaître et se réaliser comme une personne
(purusha), être « soi » (atman), le but dernier ne
pouvant d’ailleurs être défini que par négation
de tous les autres : « non, non » (neti, neti). Or,
les sciences du langage figurent premières parmi
les moyens de libération.» René Daumal
« Dans la tradition de l’Inde, la philosophie est indissociable de la pratique d’un travail intérieur où la compréhension commence lorsque j’ai le sentiment et la
sensation des idées. Le savoir n’a d’intérêt que s’il a la
capacité de nous ramener à l’être, en nous fournissant
le choc suffisant pour d’abord nous interroger sur notre être, en nous ramenant à la seule question qui vaille : « Qui suis-je ? ». Le questionnement, s’il est nourri
par toute ma sincérité et mon engagement, est en luimême un mouvement d’éveil. En stoppant un bref instant le flot ininterrompu de ma manifestation, il me
permet peut-être alors de prendre conscience de mon
état, en donnant ainsi à voir les automatismes qui
m’entrainent inexorablement vers la souffrance. Non
seulement j’apprends à me connaître, dans l’apparaître
des mécanismes les plus subtils de toutes mes réactions, mais je commence aussi et surtout à reconnaître
que d’une certaine manière, je suis aussi, en essence,
dans ma nature essentielle, différents d’eux. Derrière
l’impermanence des phénomènes qui passent demeure
une Réalité à laquelle il m’est enfin donné de goûter :
c’est alors que je m’éveille à une autre qualité d’être, à
une autre manière de percevoir le monde. Je ne saurais
vraiment la définir et pourtant la force de ce regard
tout-embrassant transforme radicalement toute ma
relation au monde – ce que j’appelle « moi » y compris.
Cela ne me demande rien d’autre que de reconnaître ce
qui est déjà là et que jusqu’à présent je n’avais pas su
voir. De le reconnaître, de m’y rappeler, d’y demeurer,
de vivre depuis cela qui reste un mystère pour le mental, en le laissant descendre dans la matière pour la
transformer, en le laissant descendre dans le corps,
pour le laisser s’incarner et travailler à travers moi.
Un
proverbe
indien nous rappelle que « pour
connaître
le
goût du lait, il
faut boire du
lait ». Aussi lire
les Upanishads,
fleuron de l’éveil
à la félicité de
notre condition
humaine, n’est pas une entreprise intellectuelle comme
les autres : elle fait immédiatement appel à une autre
qualité d’attention, un « effort » différent que la
concentration vacillante avec laquelle j’essaye, tant bien
que mal, de mener hasardeusement ma vie, balloté par
les courants d’influences extérieures qui me conditionnent et me font souffrir malgré moi. Lire les Upanishads me demande de faire l’expérience de cette
« essence silencieuse cachée sous l’aspect sensible du
son », pour réemprunter une formule à Daumal, sinon
de le tenter en m’engageant tout entier. Lire les Upanishads me demande de lire avec simultanément un
regard profond tourné sur moi-même, pour y reconnaî(La langue sanskrite, Grammaire Poésie Théâtre, Édi- tre ou me laisser reconnaître par le Signifié suprême
tions Jack Daumal et Société des amis de René Daumal, derrière tous les signifiants. (suite p. 15)
1985, p.7.)
13
Lire les Upanishads, comme toute
lecture
finalement,
comme
« toute la vie » dirait Shri Aurobindo, est un véritable yoga qui
non seulement désigne le but
(l’union au Soi) mais aussi indique le chemin et les moyens qui
y mènent. Lire les 108 Upanishads, comme l’indique la Muktika
Upanishads, peut constituer une
véritable sadhana [entraînement]
sinon une part importante de celle-ci. Parce qu’elle invite toujours à l’expérience et surtout à reconnaître l’espace même qui la permet, la lecture des « Saintes Ecritures » est une démarche essentielle dans toutes les voies
spirituelles, et le Védânta la préconise très précisément.
La Muktika Upanishad, « qui accorde la Libération », va
même jusqu’à conseiller un ordre de lecture de ces 108
variations sur la même vérité. Mais le dieu Rama, dont
les Védas constituent son « propre souffle », précise à
son fidèle Hanuman que même si chaque section des
Védas possède sa propre Upanishad, « la lecture d’un
seul de leurs versets faite avec dévotion » peut suffire à
s’unir (yoga) avec Lui, l’Ultime Réalité (I-i-7-14). Rama
précise aussi un peu plus loin que la seule lecture de la
« Mandukya Upanishad est suffisante » pour la Libération, et que si son « Royaume » n’est toujours pas réalisé, il convient alors de poursuivre la lecture dans l’ordre
conseillé. Il est aussi par ailleurs mentionné que la lecture « matin et soir » de ces Enseignements, couplé avec la
fréquentation des sages (Maha Upanishad V.21-35), détruit tous les actes négatifs (Akshamalika Upanishad 16,
Devi Upanishad, MahaVakya Upanishad) et conduit à
l’immortalité au-delà de « la roue des naissances et des
morts » (Sharabha Upanishad 39).
Enfin, la saveur de cette conscience apparaît comme le reflet de la
Splendeur elle-même, de l’ultime
Témoin dont je ne peux rien dire
sans Le voiler de faux. Ainsi, les
états de veille, de rêve et de sommeil profond apparaissent et disparaissent dans un arrière-plan
silencieux et sans forme, comme
le flux et le reflux des vagues qui
n’affectent pas les profondeurs
tranquilles de l’océan. Le connaisseur de Brahman est Brahman
(brahmavid brahmaiva bhavati).
« Oui, enseigne la Mandukya Upanishad, cela qui est
invisible, intouchable, insaisissable, sans caractéristiques, inconcevable, innommable, qui est établi dans la
certitude de son propre Soi, qui met fin à l’expansion
de l’univers, qui est paisible, propice, non-duel – cela
est le quatrième état (turiya), et on doit le connaitre
comme étant l'Atman [l’Âme ou Soi]. »
Ainsi, le mental se retrouve face à un paradoxe qui ne
peut se résoudre qu’en amont de lui-même, « là » où il
n’existe même plus personne pour penser ou vouloir
faire. Je ne lis plus pour apprendre, accumuler ou acquérir, pour satisfaire celui qui cherche à savoir, mais
pour me dépouiller et me vider, non pas de mes savoirs acquis, mais de moi-même, de celui qui sait ou
prétend savoir. La reconnaissance du Soi n’est pas le
fruit d’une réflexion intellectuelle qui passe par le prisme du raisonnement et du vouloir ordinaire ; cette reconnaissance est le je(u) d’une saisie intuitive
(bhavana) qui dépendrait plutôt de la conjugaison mystérieuse de l’appel et de la grâce. Lorsque fatigué par
Il n’y a rien à acquérir ou à développer, ni corps à cons- l’effort, celui qui cherche à faire reconnaît sa vanité et
truire, ni états de conscience à atteindre. Il s’agit simple- son impuissance, il commence à s’abandonner, à se
ment de reconnaître ce qui est déjà là ; rien à inventer soumettre, à lâcher prise ; dès lors, une autre qualité
ou à devenir, mais patiemment, démêler le vrai du faux d’attention, de présence, de félicité se libère, sans efen discriminant la perception pure de son objet, ce qui fort. La lettre se fond alors dans l’Être, la forme dans le
est senti de cela même qui sent, reconnaître cette quali- sans-forme. L’univers, intérieur et extérieur, avec tout
té d’attention sans objet, libre d’intention, qui n’est plus son contenu, apparaît alors comme l’expression parfaite
la mienne mais qui intimement, m’éprouve en se recon- d’un champ d’énergie pure et permanente que d’aunaissant à travers moi. La lecture invite à un nouveau cuns appellent la conscience, l’être ou encore l’amour,
regard sur le prétendu sujet en train de lire. La percep- silence unifiant d’où tout émerge et retourne sans cestion soutenue du monde extérieur renforce la conscience se.
qui m’est donnée de mes propres impressions : ainsi, la Lire les Upanishads demande donc de s’assoir humblelecture du Livre renforce la conscience qui m’est donnée ment aux pieds du Mystère, sans tout de suite chercher
de mes sensations, émotions et associations de pensées. à le comprendre avec nos moyens habituels mais en
Puis la perception de ces impressions renforce la cons- essayant de nous rendre disponibles à une réception
cience qui m’est donnée d’un vide bienheureux dans nouvelle qui nous demande d’abord de nous interroger
lequel apparaissent et
sur la nature de celui qui est en train de lire. C’est le
disparaissent ces imseul secret, peut-être suffisant, qui nous aidera alors à
pressions fugitives. La
comprendre différemment pourquoi le Christ, 700 ans
perception de ce vide
après, résume toutes les Upanishads en proclamant
renforce la conscience
que « Moi et le Père sommes Un ». En voici
qui m’est donnée de la
l’ « explication » première, principielle, non-duelle, tout
conscience elle-même.
droit sortie de la bouche même du Brahman. (suite p.
16)
14
Ramana Maharshi, l’un des plus grands saints de l’Inde, disait que « Tout le Vedanta peut être ainsi résumé : deham naham ; koham ? – soham » : je ne suis
pas le corps ; qui suis-je ? Je suis (Lui, Cela). C’est à
cette découverte que nous invite les Upanishads, avec
beaucoup de poésie, peut-être la seule capable, avec
la danse et la musique, de nous faire goûter à l’essence même de toute parole et de toute manifestation.
D’après le Vedanta, le multiple n’est fondamentalement que l’expression, l’extension, le contenu ou le
reflet de l’Un ; le cosmos apparaît simultanément
avec l’observation, comme dans le rêve où l’expérimentateur apparaît simultanément avec l’objet de
l’expérience. Sujet et objet apparaissent et disparaissent ensemble dans le silence de l’être, dans cette
Présence qui n’est pas ce qui se passe mais l’espace
même qui permet aux phénomènes de se passer et de
se déployer librement. Mais là encore, elle ne se révèle que dans la perception directe de tout ce qui à
chaque instant apparaît et disparaît en moi.
Le travail de Martine Buttex
est majeur, précieux, historique dans le paysage de l’édition française et n’a aucun
équivalent. Outre du fait de
témoigner d’une grande force
à l’œuvre, sa traduction fluide,
inspirée et fidèle au puissant
phrasé du sanskrit, nous permet d’avoir entre les mains un
livre qui s’est écrit pour littéralement nous appeler à comparaître sous un regard plus
grand et naturellement libérateur.
Lire les Upanishads c’est avant tout Les vivre sinon s’efforcer de le faire en se relaxant dans un regard plus grand
que le sien. Il s’agit, je crois, d’essayer de les lire comme
elles ont été révélées et écrites : comme les rishis – ces
rois visionnaires – avaient laissé la place à l’Absolu pour
Le Sage d’Arunachala qu’Il parle à travers eux, il s’agirait idéalement aussi de Le
ajoute par ailleurs laisser lire à travers nous, de Le laisser être et peut-être
que « les Écritures reformuler, réécrire, au fil de cette lecture inspirée et insacrées ne présentent tuitive, ce que nous n’avions pas encore entendu et comaucun intérêt pour pris.
ceux dont le mental
est tourné vers l'inté- Premier volume d’une collection exclusivement dédiée aux
rieur. Elles sont desti- philosophies indiennes et aux « yoga intérieurs », cette
nées aux autres. » publication en un seul volume, cette « Bible du Yoga », est
Mais pour compren- une contribution révolutionnaire qui travaillera à diffédre avec Ramana Ma- rents niveaux tout en comblant un manque dans les
harshi que la lecture rayons des librairies et dans les bibliothèques de tous les
des écritures sacrées chercheurs de vérité.
ne présente aucun
intérêt pour ceux qui Les 108 Upanishads cristallisent l’essentiel du « Sanatana
en ont déjà reconnu l’indicible substance dont le Dharma », la Loi Eternelle, l’Enseignement sans commenmental et le sens du « je » lui-même ne sont encore cement ni fin. Ils nous rappellent que cette essence est
que de pâles reflets, encore faudra-t-il, pour certains avant tout être, conscience et félicité, et bien plus encore.
d’entre nous, les lire et les relire attentivement avant C’est une Saveur à éprouver et à reconnaître comme étant
qu’il nous soit donné la possibilité de sincèrement fondamentalement ce que nous sommes, au-delà de nos
reconnaître la vérité d’une telle assertion. Dans tous apparentes différences et de nos multiples jugements qui
les cas, la lecture reste toujours l’occasion d’une cer- nous séparent encore de l’Un.
taine confrontation avec soi-même à partir de laquelle un autre regard peut s’éveiller et nous faire recon- Puisse ce grand voyage faire goûter à tous les êtres la
naître, comme l’expriment certaines Upanishad, « non vraie vie qui n’a jamais été ailleurs qu’ici et maintenant,
la parole mais cela par quoi elle est exprimée », à la c’est-à-dire toujours et partout à la fois. Puisse cet enseisource des pensées, des mots et des mondes qui vont gnement nous faire prendre
-et-viennent dans le silence. Mais là encore, c’est la conscience de l’unité de toute
perception directe de la parole en train de s’exprimer existence. Puisse cette lecture
nous délivrer et nous faire reconqui peut me
révéler « Cela
naître la Paix. Om Shanti – »
par quoi » elle
● Pierre Bonnasse
s’exprime,
« Lire les Upanishads », Avant« Cela qui n’est
propos aux 108 Upanishads, trapas visible par
duction et présentation de Martiles yeux, mais
ne Buttex, éditions Dervy, CollecCela par lequel
tion « Yoga Intérieur », 2012.
les yeux sont
Réédition 2014.
vus ».
15
À VOIR ABSOLUMENT
Le nouveau « film » de Ron Fricke est un vrai bijou.
Tourné dans 25 pays, durant 5 ans, “Samsara” explore
les merveilles de notre monde. Et pas seulement. C’est
un voyage extraordinaire, une méditation sans paroles où
le spectateur est témoin du flux et du reflux incessant de
la vie, de la manifestation des phénomènes, de l’apparaître et du disparaître constant des formes. Le film, résolument phénoménologique dans son approche, ouvre un
espace d’accueil débordant de beauté pure ●P.B.
À LIRE
À VOIR
« Si vous saviez que
vous allez mourir,
quels seraient vos plus
grands regrets ? C’est
la question qu’a posée
l’auteur, infirmière en
soins palliatifs, à ses
patients dont elle a
accompagné les dernières semaines et tissé
des liens profonds.
Émue et transformée
par ces rencontres, elle
nous livre aujourd’hui
cette magnifique leçon
de vie. Nous partageons le quotidien de cette infirmière en soins palliatifs qui a recueilli les confidences de
ses patients. À la question cruciale: « Quels sont les
plus grands regrets qui ont été le plus exprimés de
votre vie ? », voici les 5 qui reviennent :
« A l'époque où il enseignait la philosophie, Carter Chambers invitait chaque année ses étudiants à
dresser ce qu'il appelait
une "bucket list" - la liste
de tout ce que ces jeunes
rêvaient de faire, de voir
ou de tenter avant de
"passer l'arme à gauche".
Oubliant d'appliquer ce
sage principe à lui-même,
Carter laissa passer le
temps, se sent piéger par
une multitude de contraintes et d'obligations familiales et
dut se contenter pendant quatre décennies d'un obscur
emploi de mécanicien. Aujourd'hui, sa "bucket list" n'est
plus qu'un dérisoire exercice
mental, une recension d'occasions manquées et de regrets
voilés. Pendant ce temps, le multimillionnaire Edward Cole bâtissait un empire et consacrait toute son énergie à amasser encore
plus d'argent, sans même s'accorder le temps de savourer ses acquis. Un jour, Cole et Carter se
retrouvent dans la même chambre d'hôpital, avec tout le temps
nécessaire pour dresser le bilan
de leurs vies si dissemblables. Ils
découvrent alors qu'ils ont au moins deux choses en commun : un formidable appétit de vivre, et le ferme
désir de réaliser d'urgence tous leurs rêves inaccomplis. Les deux hommes embarquent alors
pour la plus belle des
virées. Un voyage de
l'amitié, émaillé d'aventures, d'éclats de rire, de
découvertes...
»● The
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Je regrette de ne pas avoir eu le courage de vivre
ma vraie vie et non pas celle que les autres voulaient pour moi.
Je regrette d’avoir trop consacré de temps à mon
travail.
Je regrette de ne pas avoir plus exprimé mes sentiments.
Je regrette de ne pas être resté en contact avec
mes amis.
Je regrette de ne pas m’être autorisé à être plus
heureux.
Ses propos sont remarquablement naturels et émouvants. Sans pathos, voici une vraie réflexion sur ce
que l’on cherche dans sa vie, et surtout ce que l’on ne
veut plus négliger ou manquer. La seconde partie des
5 plus grands regrets des personnes en fin de vie est
consacrée à ce que chaque personne peut mettre en
action, concrètement, pour vivre plus intensément,
plus profondément et surtout en accord avec ellemême, pour éviter, au soir de sa vie, d’avoir des regrets. Le blog de l’auteur a été visionné par plus de 3
millions de personnes dans le monde la première année » ● Bronnie Ware, Les 5 regrets des personnes
en fin de vie, Trédaniel, 2013.
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Bucket List (Sans plus
attendre), réalisé par Rob
Reiner, avec Jack Nicholson et Morgan Freeman.
SUPERVISIONS
Chaleureux buffet de
Noël à l’ESSA...
ère
Les stagiaires de 1
année ont rassemblé
leurs talents culinaires
autour d’un buffet de
Noël qu’ils ont initié et organisé au sein de l’école. Nous avons pu partager les saveurs de différentes régions et le plaisir d’un moment particulièrement convivial…
….entre autres bons moments du côté des deuxième année….
Infirmière depuis 30 ans,
sophrologue depuis 18
ans, je suis actuellement
en fin de formation en
psychologie contemplative
(3e année). L’approche de la psychologie
contemplative est un approfondissement de
nos ressources sophrologiques. Elle développe
la pleine conscience de nos pensées, sensations
et émotions, dans une dynamique d’unité. Cette nouvelle étape dans mon parcours professionnel me motive pour partager mon expérience. A partir de Février 2014, j’animerai, à
mon cabinet, des séances de supervision pour
les sophrologues et les groupes de soignants
hospitaliers. Les personnes intéressées peuvent
me contacter pour l’organisation pratique :
Marlène Coulleray 06 61 90 26 04●
ANNONCES
CABINET MEUBLÉ A CHILLY MAZARIN (91)
Bonne année 2014 à tous les stagiaires et à toute
l’équipe de l’ESSA sous le signe de la conscience,
de l’alliance et de la joie d’être !
SOPHROLOGIE, Pratiques & Perspectives n° 2
Ostéopathe propose de sous louer son cabinet
les jours suivants : mercredi, jeudi, vendredi
toute la journée et samedi matin. Cabinet situé
en plein centre ville de Chilly Mazarin, place
de parking, salle d attente, cuisine. Cabinet
meublé parfait pour profession libérale. Visite
possible le lundi et mardi. 06.02.46.00.86. Email : [email protected]●
CRÉATION CABINET
MÉDICAL
(75)
Jeune diplômée en ostéopathie cherche à créer
un cabinet médical et paramédical pluridisciplinaire dans Paris ou proche banlieue. Il est
intéressant, je pense, de regrouper plusieurs
corps de métiers au sein d'un même établissement pour un meilleur suivi auprès de nos
patients. Si cela vous intéresse, je suis: Mme
Tiffany Zaouane. Tél: 06.51.39.58.61. Mail:
[email protected]●
RETRAITE PHRONIQUE 2014
Vivre en Pleine Conscience dans la Joie de l’Être
Le prochain grand séminaire d’été se tiendra du
27 juillet au 03 août
2014 dans les Pyrénées.
Au programme: les 12
Relaxations Dynamiques,
Méditations, Yoganidrâ,
Marches, Saveurs Phroniques et culinaires...
Informations
:
www.sophroconsult.com/
stages. Inscriptions ouvertes:
[email protected]●
Sophrologie,
Vacances,
Repos du corps et de l’esprit...
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SOMMAIRE
THÉMATIQUE
DES
ANCIENS
N°
N°1 - Printemps 2011 : «Bonjour Lumière du Jour ! … » (édito). Le pollen. L’ESSA,
une École, une Attitude, un Regard. Un exercice de saison à pratiquer au soleil.
L’Attitude Phénoménologique... ●
N°2 - Eté 2011 : Vacances, Vivances & Voluptés (édito). Un exercice de saison à
pratiquer dans l’eau. Compte-rendu des états généraux de la formation du 7 et
8 juin. La profession de sophrologue. Sophro & Sport. La SFS. Le SSP. Revue
Alter. Sophrologie, lexique des concepts...●
N°3 - Automne 2011 : Le goût de la paix (édito). Hommages: David ServanSchreiber, Bernard Santerre, Arnaud Desjardins. Exercices : la cohérence cardiaque. Vaincre la dépression saisonnière. Santé: les aliments anti-cancer. La sophro en milieu carcéral. L’Entraînement par Bernard Santerre. La « retraite
phronique ». Le Yoga du Sommeil. Vaincre le harcèlement moral ; La force du
yoga ●
N°4 - Hivers 2011 : Nouveaux Regards (édito). Congrès de Sophrologie. Le mécanisme de l’emprise. La maladie d’Alzheimer. Donner la vie, sauver la sienne. Le
monde du travail. Transe & Sophrologie. Sophrologie & Exclusion. Exercice pratique: Vivre ses Vœux. Témoignange: « Manon est née mardi matin ». Penser à
l’endroit ●
N°5 - Printemps 2012 : Un an déjà... (édito). La relation d’aide: l’approche de
Carl Rogers. Exercice pratique: Qui regarde qui ?. Entretien: La sophrologie
pour les futures mamans. Philosophie: la bienveillance. Découverte: Libéronsnous des émotions négatives avec l’EFT. Vivances & Réflexions. Mindfulness :
conférence expérientielle. Livre d’Or. Cinéma ●
N°6 - Eté 2012 : Les Orients de l’Être (édito). Le métier de sophrologue: le point
de vue administratif. Phénoménologie: le lien mère-bébé. L’entraînement de la
nuit: conscience, veille, sommeil & rêves. Compte-rendu de séance: le petit garçon qui ne voulait pas croire. Poésie: l’été, la mer. Témoignage: celui qui veut
mouvoir le monde. Valeur: la groupéïté. Manuel des Psychothérapies Complémentaires ●
N°7 - Automne 2012 : La Saveur du monde (édito). L’Entraînement de la nuit:
s’endormir dans le Cœur. Compte-rendu: la saveur du premier cours. Poésie:
chaque matin. Vivances: l’Un est le multiple. Un bonheur ne vient jamais seul.
Sport & Sophro: Préparation mentale & sport de haut niveau. Aquaphobie, sophrologie & surf. Découverte: le zensight. Ma patiente a des limites ●
N°8 - Hivers 2012 : Qui voit ? Qui accueille ? (édito). La réduction phénoménologique. Le corps propre. Les maîtres du temps. La relation sujet-objet. Réenchanter le monde. Rejoindre la source de soi. Trouver refuge en soi. Créativité.
Sophrologie & Addictions. Le sommeil et la mort. Promenade dans la neige. Le
45ème
Congrès
de
Sophrologie.
L’art
de
vivre
●
N°9 - Printemps 2013 : Le Boulot du Bien Être. Le communiqué de la directrice.
L’exercice de l’activité de sophrologue. Approches du phronème. Phénoménologie de la mort. Une belle colère salutaire. Sophrologie & Entreprise. Stage
«
maternité
».
La
Formation
«
Maître-Praticien
»
●
N°10 - Eté 2013 : Les nourritures du corps et de l’esprit. Identité & Autonomie.
Rencontre. Exquis du clown. DOSSIER Nutrition. « Je suis infirmière ».. Vivre le
deuil. Méditations phénoménologiques. Le chemin (témoignage). Le bonheur.
Un exercice pour les jours sans soleil. « Le jeûne de l’esprit ». Liberté, savoir &
transmission. Le mouvement Mindfulness. Schéma corporel & transformation●
N°11 - Automne 2013 : Ce que tu penses, tu le deviens. La Retraite Phronique. La
perception du temps. Sophrologie & émigration. L’envol. Le principe de réalité
objective. Sophro-Projection-Future. Hommage. Nouveau regard sur la ville.
Formation acouphènes●
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© NOUVEAU REGARD Le journal d’information gratuit de l’ESSA - ÉCOLE SUPÉRIEURE DE SOPHROLOGIE APPLIQUÉE
Organisme de Formation Professionnelle
Diplômante de Sophrologue
Espace Daniel Sorano,
16 rue Charles Pathé 94300 Vincennes.
Tél:
Tél 06 85 43 57 49.
Website: www.essasophro.com.
Website
Mail:
Mail [email protected].
Abonnement (sur simple demande): [email protected].
Directrice de l’École et de la publication :
Anne Almqvist.
Conception, Rédaction & Mise en page :
Pierre Bonnasse.
Collaborations de : Sylvie Bouette, Christine Le Morvan, Chitlada Calvier, Sandrine Carpentier.
Prochaine publication:
publication Printemps 2014●
« Choisis une profession que tu aimes,
et tu n’auras jamais
à travailler un jour
dans ta vie. »
Confucius