P eter S isseck : plusquunviticulteur, unph é nomne

Transcription

P eter S isseck : plusquunviticulteur, unph é nomne
Peter Sisseck : plus qu’un viticulteur, un phénomène
PINGUS
MAGNUS
Crise ou pas, avec
Peter Sisseck, l’Espagne
compte un vigneron de
haut vol. Son vin,
le Pingus, est vendu
près de 700 euros la
bouteille. Les raisins de
cet or liquide sont
égrappés à la main,
grain par grain.
REPORTAGE : STÉPHANE GODFROID
L
e Pingus. Tout le monde en parle, mais
rares sont ceux qui ont la chance d’en
déguster. Le responsable de cette
rareté est Peter Sisseck, un phénomène : il
appartient au cercle très fermé des vignerons
officiant en Espagne qui sont portés aux nues.
Œnologue de formation, le Danois a fait ses
classes à Bordeaux puis en Californie, avant
de commencer sa carrière, en 199 , dans le
domaine espagnol Hacienda Monasterio,
dans la région du Ribera del Duero.
À l'époque de la renaissance du tempranillo
espagnol en tant que vin culte, il a pu mesurer
l'immense potentiel du cépage tinto fino.
En 1995, il fait son premier vin, dans un garage
de Quintanilla de Onésimo. À l’époque, il ne
possède même pas sa propre winery. Il baptise
son projet viticole Dominio de Pingus, d’après
son surnom.
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L'homme connaît son potentiel, applique
dans le vignoble une sélection extrêmement
rigoureuse des raisins, avec une moyenne de
11 hectolitres par hectare, égrappe à la main
chaque grappe de raisin, littéralement grain
par grain, limitant ainsi sa production pour
commercialiser son vin à un prix élevé.
Le mythe Pingus est né. Et quand Robert
Parker , le gourou américain du vin, classe le
Pingus parmi les meilleurs vins d’Espagne, le
rêve de Peter Sisseck se réalise.
Biodynamie nécessaire
Le Danois travaille de manière entièrement
biodynamique : « Il faut savoir que beaucoup
de viticulteurs ont tué leurs sols en s’attaquant au moindre problème à grand renfort
de pesticides agressifs, les rendant ainsi
moins vivants que le Sahara. Vous êtes-vous
Pour ses premiers millésimes,
Peter Sisseck utilisait des barriques
neuves de chêne français, les plus
chères du marché. Après la fermentation, il y laissait le vin mûrir
près de deux ans.
Notre sélection
PSI 2010
COULEUR : rouge
CÉPAGE : 100 % tinto fino.
PRIX : Le millésime 2010 est
épuisé. Depuis octobre, le PSI
2011 est disponible au prix de
28,36 euros. PSI sont les initiales
« I l fa u t c o m p r e n d r e q u e b e a u c o u p d e v i t i c u l t e u r s o n t t u é l e s o l
e n s ’ a t t a q u a n t a u m o i n d r e p r o b l è m e à gr a n d r e n f o r t d e p e s t i c i d e s
agressifs. Ces sols contiennent moins de vie que le Sahara. »
déjà demandé comment une forêt peut-elle
vivre sans la moindre intervention humaine ?
Parce que tout est lié. La symbiose est complète. Cet équilibre naturel, nous en avons
aussi désespérément besoin dans les vignes.
Et c’est exactement ce que je vise avec mon
approche biodynamique. »
Le viticulteur est lancé. Et d’expliquer à quel
point il est agacé par certains collègues qui se
moquent de la vérité. « Même ici, dans la
prestigieuse région du Ribera del Duero, vous
n’en reviendrie pas de voir les vignerons bricoler avec des plants et leurs clones. Nous,
nous avons choisi très soigneusement nos
plants avec des clones du grand domaine de
Vega-Sicilia et de pieds âgés de plus de quatre-vingts ans. C’est mon grand atout : des raisins de la plus haute qualité qui soit. »
Pour ses premiers millésimes, Peter Sisseck
utilisait des barriques neuves de chêne français, les plus chères du marché. Après la fermentation, il y laissait le vin mûrir près de
deux ans. Au bout d’un an, le vin était encore
élevé une année de plus en barriques neuves
de chêne, ce qui lui a valu le label 2 % de
chêne neuf.
« C'est exactement ça », explique-t-il
« L'élevage commence dans du chêne neuf et,
une fois les dou e mois écoulés, il faut plutôt
parler de chêne abordant sa deuxième année.
Je laisse mon vin dans le même fût, tout simplement : ce vin a donc bénéficié aussi bien
des qualités du chêne neuf que de la subtilité
du « vieux » chêne. Ma grande nuance réside
dans la progressivité de la maturation, qui se
produit en un seul grand mouvement. »
« Travailler avec du chêne est particulièrement
difficile. Un bon cabernet sauvignon, qu’on
laisse mûrir dans du chêne neuf, prendra le
dessus. Le raisin domine le bois et le chêne
neuf est alors bien souvent inutile. Par contre,
un cabernet franc ou un merlot dans du chêne
neuf deviendra banal. C'est une question
d'équilibre. »
Vendanges tardives
Aujourd'hui, il utilise nettement moins de
chêne neuf. « C'est en partie dû au fait que la
qualité des raisins de ma vigne ne cesse de
s’améliorer – des raisins que j’apprécie de
plus en plus pour leur finesse. Parallèlement,
je remets à l’honneur la tradition du Ribera
del Duero en travaillant avec des fûts plus
anciens, sans perdre de vue l'évolution de
mes raisins. Si on se base uniquement sur la
tradition, on devient paresseux ! », expliquet-il avec un large sourire. « Mais, le pire, c'est
quand on remplace la tradition par la technique. Je connais des bodegas qui, au niveau
technique, travaillent uniquement sur ordinateur. Je veux éviter ça ! » Par ailleurs, Peter
Sisseck a pour autre tradition celle des vendanges tardives – en 2 1 , c’était les 18 et 19
octobre !
À la fin de notre entretien, Peter Sisseck
ouvre une bouteille de Château de Rocheyron
2 1 , son nouveau projet à Saint-Émilion, un
vin élaboré avec 8 % de merlot et 2 % de
cabernet franc. En plongeant le ne dans mon
verre, je regarde Sisseck droit dans les yeux. Il
me regarde d’un air interrogateur. Frais et
fruité, épicé, avec des notes d’encens. « Un
vin français au caractère espagnol ! » s’exclame-t-il en riant malicieusement. « Tant
que nous en sommes à parler de cette note
espagnole, c’est surtout ce niveau élevé d’acidité que je veux retrouver. Il est bon, n’est-ce
pas ? »
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de Peter Sisseck, mais aussi une
référence aux mathématiques. Les
vignes de la cuvée PSI se trouvent
dans les vallées du Gromejón et du
Perales, deux affluents du Douro, à
une altitude moyenne de 900
mètres. Le vin présente des tanins
soyeux et un fruit d’une grande fraîcheur. Un vin étonnamment harmonieux qui, bien que titrant à 14%, se
distingue par son équilibre. Pas
d’aspérités. Frais et naturel.
Flor de Pingus 2010
COULEUR : rouge
CÉPAGE : 100 % tinto fino
PRIX : Le millésime 2010 est
épuisé. Quelques caisses de 2011
sont encore disponibles au prix
de 78,24 euros. Les raisins prove-
nant des 16 parcelles autour de La
Horra et de Roa sont vinifiés séparément dans des cuves en inox.
Pendant 18 mois environ, le vin est
élevé pour moitié dans des barriques
neuves de chêne français. Le Flor de
Pingus a un côté rugueux et légèrement moins équilibré. Un peu plus
robuste et plus serré. Bouquet profond de cerise noire et, en finale, une
note de poivre blanc.
Pingus 2010
COULEUR : rouge
CÉPAGE : 100% tinto fino
PRIX : Le millésime 2010 (à
669,40 euros) est épuisé. Le
2011 est déjà vendu en primeur.
La cuvée provient de deux terroirs
complémentaires du village de La
Horra, des vignes de plus de 80 ans
plantées sur une superficie de 4,5
hectares. La vinification s’effectue en
foudres de chêne. L’élevage dure entre
20 et 22 mois. Bien que très jeune,
cette cuvée Pingus s’ouvre sur un nez
explosif de toast et fruits secs. En faisant valser le vin dans le verre, les
riches arômes de cerise noire prennent le dessus. En bouche, il présente
déjà une longueur olympique, en particulier dans l'équilibre, avec des
tanins déjà raffinés.
Les vins de Peter Sisseck sont vendus
par La Buena Vida, tél 014/45.13.03,
www.labuenavida.be