EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS

Transcription

EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES
DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE
DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS
D’INTERVALLE (1992-2004)
Auteurs :
T. COULON (1) - E. ZABOLLONE (1) et P. SPEICH (2)
(1)
(2)
ITV France - 39, rue Michel Montaigne – 33290 BLANQUEFORT – FRANCE - [email protected]
SRPV Paca – Quartier Cantarel – BP. 95 – 84143 MONTFAVET CEDEX – FRANCE - [email protected]
Introduction
Une large prospection faunistique dans les vignobles aquitains révélait, il y a une dizaine
d’années (1992/95), une très
faible présence des acariens
prédateurs (T. pyri) dans les
vignes, alors que les acariens
phytophages (P. ulmi) sont très
fréquents. Une enquête sur les
pratiques viticoles mettait alors
en évidence l’influence nette de
la protection chimique, en particulier insecticide, sur la présence (ou l’absence) de typhlodromes.
Depuis, l’évolution des pratiques
des viticulteurs permettent la
restauration progressive des populations de T. pyri. Une nouvelle
prospection en 2004 permet de
vérifier une inversion complète
de situation faunistique en 10
ans. T. pyri est présent sur 100 %
des parcelles.
P. ulmi a considérablement régressé et devient marginal.
L’équilibre biologique recherché
pour le vignoble régional est
donc atteint, au grand bénéfice
des viticulteurs.
En 1992, l’ITV et le SRPV lançaient, en collaboration, une
large prospection faunistique
dans les vignobles aquitains.
Cette prospection allait se poursuivre jusqu’en 1995 dans toutes
les appellations régionales.
A l’époque, nous constations
majoritairement une absence
ou très faible présence de prédateurs Phytoseiidae dans les
vignobles, à l’exception de ceux
conduits en agrobiologie. Une
enquête conduite auprès des
viticulteurs propriétaires des
vignes prospectées a permis de
«croiser» situation faunistique
des parcelles et pratiques culturales.
Les résultats issus des expérimentations conduites en Aquitaine comme dans d’autres régions viticoles sur l’évaluation
des «effets non intentionnels»
des produits phytosanitaires sur
les acariens prédateurs et les
modalités pratiques de recolonisation sont ensuite bien relayés
auprès des viticulteurs par la
communauté technique régionale.
parcelles prospectées, nous obtenons aussi un bon niveau d’information pour chacun de ces
secteurs.
Très rapidement dans les années
qui suivent, nous observons une
nette augmentation des niveaux
de populations de T. pyri dans nos
parcelles de référence et corrélativement, les consommations
d’acaricides spécifiques diminuent très régulièrement dans
la région, et ce y compris dans
les secteurs viticoles concernés
par la lutte obligatoire contre le
vecteur de la flavescence dorée,
Scaphoïdeus titanus.
A broad faunistic investigation
in the Aquitaine vineyards revealed ten years ago (92/95),
that predacious mites (T. pyri)
are scarce in the vines, whereas
phytophagous mites (P. ulmi) are
very frequent. An investigation
on vinegrowing practices has
highlighted the clear influence
of pesticides and in particular
insecticides, on the presence (or
the absence) of typhlodromus in
the vineyards. Ever since, the acquired knowledge on pesticides
side effects and on recolonisation methods have been taken
into account by vinegrowers, allowing the progressive reintroduction of T. pyri population. A
new investigation carried out in
2004 shows a complete inversion
of the faunistic situation in ten
years. T. pyri is present on 100%
of the parcels. P. ulmi has greatly decline and is now almost
marginal. The biological balance
sought for the regional vineyards
is reached for the great benefit
of the vinegrowers.
Ces indicateurs nous rendaient
optimistes par rapport à la réalité et l’efficacité de la lutte
biologique contre les acariens
phytophages dans le vignoble régional. Afin d’évaluer plus précisément ce phénomène, en 2004,
l’ITV relance une prospection
faunistique sur 215 parcelles des
533 vignobles prospectés une dizaine d’années auparavant.
Ce nombre de parcelles permettait d’espérer une bonne représentativité des résultats obtenus
au plan régional. Réparties sur
sept zones d’appellation avec
pour chaque zone entre 20 et 40
Summary
BALANCE BETWEEN PREDACIOUS AND PHYTOPHAGOUS
MITES IN THE AQUITAINE VINEYARDS : COMPARISON OF
TWO FAUNISTICS INVESTIGATIONS CARRIED OUT WITH 12
YEARS APART (1992-2004)
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
1
Matériels et Méthodes
Organisation de la prospection :
Constitution des échantillons de
parcelles prospectées et méthodes de prélèvement.
Lors de la première prospection
(1992), quatre échantillons de
parcelles sont constitués :
• échantillon «représentatif»
de parcelles de la région, tirées au hasard
• échantillon
de
parcelles
conduites en «lutte raisonnée», repérées en collaboration avec les conseillers viticoles des Chambres
d’Agriculture.
• échantillon
de
parcelles
conduites en agrobiologie
• échantillon de parcelles régulièrement traitées avec des
insecticides
neurotoxiques
(carbamates, pyréthrinoïdes).
A partir de 1993, la prospection
est poursuivie uniquement sur le
seul échantillon «représentatif».
Lors de la seconde prospection
(2004), nous revenons à deux
échantillons :
• échantillon «général», regroupant des parcelles issues
de l’échantillon tiré au hasard
en 1992, mais aussi celles
classées à l’époque en «lutte
raisonnée» (et dont la situation faunistique ne présentait
pas de différence significative avec les précédentes (cf.
chapitre résultats), et les parcelles traitées systématiquement avec des neurotoxiques,
mais ne l’étant plus actuellement)
• échantillon «agrobiologie»
Les 215 vignobles prospectés en
2004 avaient été majoritairement
déjà visités lors de la première
prospection. Dans le cas où la
parcelle viticole prélevée initialement avait été arrachée, ou
n’était pas retrouvée, le prélèvement 2004 a été effectuée sur une
autre parcelle de la même exploitation et sur le même cépage.
Les prélèvements sont constitués
par 50 feuilles cueillies sur 50
ceps pris au hasard dans la parcelle (1 feuille prélevée par cep, à
hauteur de la zone fructifère). Ils
sont réalisés à deux stades végétatifs, floraison et véraison en
1992/95, uniquement à la floraison en 2004. L’évaluation des niveaux de populations d’acariens
est effectuée par la méthode
Boller de «trempage-lavage-tamisage». L’identification de l’espèce a été systématiquement effectuée sur tous les Phytoseiidae
prélevés selon la méthode Kreiter/de la Bourdonnaie jusqu’à
un maximum de 25 individus par
parcelle.
Organisation de l’enquête sur
les pratiques agronomiques
En 1992, une enquête est conduite
auprès des viticulteurs propriétaires des vignes prospectées.
L’objectif est de confronter situation faunistique des parcelles et
pratiques culturales et si possible
de faire ressortir statistiquement
l’influence de celles ci sur les
différentes espèces d’acariens
prédateurs rencontrées et leurs
niveaux de population. Les questionnaires remontent sur les trois
années précédant la prospection
et s’intéressent à deux types de
critères :
• caractéristiques
agronomiques : cépages, porte
greffes, systèmes culturaux,
environnement (ZER)…
• protection phytosanitaire :
nature et fréquence des matières actives utilisées.
Notons que si l’incidence de ces
derniers facteurs était reconnue à
l’époque, elle n’avait pas, à notre
connaissance, été approchée sur
un plan statistique à l’échelle
d’un vignoble régional dans son
entier. Les travaux menés sur ce
thème étaient essentiellement
d’ordre expérimental et localisés
sur quelques parcelles (étude
des effets non intentionnels des
spécialités phytosanitaires en
particulier).
Parmi les facteurs nous intéressant également, la densité des
populations de proies est aussi
prise en compte, comme pouvant
avoir logiquement une influence
sur la présence de certains prédateurs de nettoyage et notamment de Neoseiulus californicus.
Exploitation statistique
Variables à expliquer
• Nombre moyen de T. pyri observés/parcelle
• Nombre moyen de N. californicus observés/parcelle
>> pour les deux prélèvements
«floraison» et «véraison»
Variables explicatives
• Variables «agronomiques»
• Variables «protection phytosanitaire»
• Variables «densité de proies»
Méthodes d’analyses
• Tris croisés avec production
des valeurs du Khi deux et du
Khi deux avec maximum de
vraisemblance et les probabilités correspondantes
• Les variables «protection
phytosanitaire» ont été soumises à la méthode «Logit»
qui permet de hiérarchiser
les familles de produits par
ordre d’influence (positive ou
négative) sur les populations
de typhlodromes.
• La matrice des corrélations
(coefficient de PEARSON)
entre les variables «densité
de proies» et «densité de prédateurs» a été analysée.
En 2004, le renouvellement d’une
enquête identique était soumis
aux résultats issus des observations biologiques (prospection).
Ceux-ci s’avérant extrêmement
tranchés, l’enquête a été allégée
et recentrée sur quelques variables d’ordre phytosanitaire
• utilisation d’insecticides neurotoxiques
• utilisation de dithiocarbamates
• parcelles en zone de lutte
obligatoire contre le vecteur
de la Flavescence dorée.
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
2
Résultats et discussion
T. pyri, espèce de phytoséiidé
majoritaire dans le vignoble
aquitain en 1992/95 (91 % des individus identifiés à floraison), le
reste en 2004 (98 % des individus
identifiés au même stade).
En 1992/95, nous constations une
très grande hétérogénéité des
situations faunistiques parcellaires.
La figure 3 illustre cette hétérogénéité, entre types d’échantillons et à l’intérieur de chaque
échantillon prospecté pour l’année 1992.
Globalement, 60 % de ces parcelles sont dépourvues de typhlodromes. Dans les autres, les
densités d’animaux sont faibles,
le plus souvent inférieures à 0.5
formes mobiles de T. pyri par
feuille, sauf chez les viticulteurs
en agrobiologie pour lesquels
la situation faunistique est plus
favorable avec plus de 90 % de
parcelles occupées et 60 % par
au moins une forme mobile par
feuille.
A l’inverse, les parcelles régulièrement concernées par des
applications insecticides sont dépourvues de typhlodromes dans
plus de 90 % des cas. Nous n’
observons pas de différence significative entre les situations
faunistiques des 2 échantillons «
hasard» et « raisonné».
Les résultats de la prospection
2004 et évolution en une dizaine
d’années.
La figure 4 présente les résultats
comparés obtenus en 1992/95 et
en 2004 sur les 215 même propriétés viticoles.
et minoritaires sur les parcelles, alors que P. ulmi est
présent fréquemment et majoritaire.
On assiste à une inversion complète de la situation faunistique
dans les dix années écoulées
• En 2004, P. ulmi a pratiquement disparu et T. pyri domine largement, avec des niveaux de populations élevés.
• En 1992/95, les populations de
T. pyri sont peu nombreuses
Les tydeides, famille d’acariens
neutres (reconnus sans action
phytophage ou prédatrice particulière) mais bons indicateurs de
vie biologique, augmentent également significativement entre
1992/95 et 2004.
En 2004, l’équilibre biologique
prédateurs x proies est établi et
les phytophages sont maîtrisés.
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
3
La figure 5 distingue les résultats
des deux échantillons «général»
et «agrobiologie»
• en 1992/93, la situation
«agrobio» est plus favorable,
avec des typhlodromes plus
fréquents et plus nombreux
sur les parcelles, des araignées rouges plus correctement maîtrisées.
• en 2004, on constate une situation homogène d’équilibre
faunistique pour les deux
échantillons
La figure 6 précise les résultats obtenus pour les différentes
zones du vignoble et compare les
situations 1992/95 et 2004, très
belle illustration de l’évolution
générale constatée.
Sauf exception, sur l’échantillon de parcelles prospectées,
les niveaux de population de T.
pyri en 2004 autorisent sans problème une régulation naturelle
efficace des phytophages. Dans
cette situation, toute application
d’acaricides est inutile et même
dommageable pour la faune auxiliaire. Notons qu’en tendance, les
parcelles médocaines présentent
des populations un peu moins
nombreuses, mais suffisantes
pour assurer cette régulation.
Les résultats de l’enquête des
pratiques conduite en 1992
Une exploitation est possible à
partir de 246 questionnaires correctement renseignés par les viticulteurs.
Les analyses statistiques effectuées (méthodes Logit + tris
croisés) font clairement ressortir l’influence de la protection
chimique, en particulier insecticide sur la présence (ou l’absence) des typhlodromes dans
les vignes. L’augmentation du
nombre de traitements à base
de cabarmates ou pyréthrinoïdes
s’avère significativement pénalisante comme l’illustre la figure 7.
Les réponses obtenues pour les
orgnophosphorés sont moins
tranchées. Deux effets contraires
semblent ressortir : Les traite-
ments organophosphorés auraient un effet dépressif sur
les parcelles peu pourvues en
typhlodromes (entre 1 et 9 formes
mobiles sur 50 feuilles) selon la
méthode des tris croisés, mais
à l’opposé la méthode Logit les
fait ressortir comme favorisants
dans le cas de populations mieux
installées, plus nombreuses.
Globalement, l’effet dépressif des
insecticides est bien plus prononcé que celui des fongicides, pour
lesquels nous ne distinguons pas
de différence significative nette
quant à leur incidence sur T. pyri.
La grande variabilité de compo-
sition des spécialités fongicides
utilisées associant plusieurs matières actives à des doses différentes, l’imprécision sur les dates
de traitements, les doses effectivement appliquées (cas du soufre
souvent employé à faible dose en
vignoble atlantique), la qualité de
pulvérisation, constituent autant
de facteurs incontrôlés qui ne
permettent pas de conclure. De
même, les facteurs culturaux ne
ressortent pas comme ayant une
influence sur les densités de T.
pyri.
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
4
Pour ce qui est des relations entre
prédateurs (T. pyri) et phytophages
(P. ulmi), on observe que les densités de P. ulmi sont corrélées :
• négativement avec les densités de T. pyri quelque soit la
date d’observation, floraison
ou véraison (effet hautement
significatif).
• Positivement avec les densités de N. californicus lors de
la véraison uniquement (effet
significatif).
Ces résultats confirmaient sur
notre réseau d’observations les
comportements relatifs des deux
espèces :
• T. pyri, prédateur de protection, régule la densité de
proies (cf. figure 8).
• Néoseiulus californicus, prédateur de nettoyage, est d’autant
plus présent que la densité de
proies (P. ulmi) est élevée (cf.
figure 9). C’est bien la densité
de proies qui conditionne sa
présence
Par ailleurs, la loi de Piganeau
(1979) nous permet d’obtenir le
pourcentage de feuilles occupées
par P. ulmi en fonction du nombre
de formes mobiles décomptées
lors de la prospection, tant à floraison qu’à véraison.
Si notre objectif est de ne pas dépasser le seuil de nuisibilité de
30 % de feuilles occupées par P.
ulmi, nous constatons qu’à partir
d’une densité d’une forme mobile
de T. pyri/feuille, ce seuil n’est pas
atteint dans la grande majorité
des cas : une parcelle sur 28 occupées par P. ulmi à floraison et
trois parcelles sur 30 dans ce cas
à véraison (cf. tableau 1).
Nombre de parcelles avec seuil de nuisibilité de P. ulmi (30 %) dépassé
Tableau 1 : Relations entre densités de T. pyri et P. ulmi sur parcelles infestées par P. ulmi lors des deux prélèvements effectués à floraison et véraison
en 1992 (résultats méthode tris croisés pour les deux plus hautes classes de
densité de T. pyri).
Les informations apportées par
l’enquête des pratiques en 2004
Une exploitation est possible à
partir de 176 questionnaires renseignés par les viticulteurs. Nos
analyses ont porté sur l’incidence
des familles de produits phytosanitaires utilisées sur les niveaux
de populations de T. pyri.
Nous n’observons pas de différence significative de ces niveaux
de populations entre les parcelles
faisant l’objet d’applications insecticides ou non (fig. 10).
Les organophosphorés ressortent
comme étant largement les plus
utilisés. Dans un quart des cas,
ils sont complétés par des pyréthrinoïdes sur la campagne (essentiellement zone «flavescence
dorée»). Les stratégies exclusivement pyréthrinoïdes sont minoritaires. Les agrobiologistes
emploient la roténone. La figure
11 détaille les niveaux moyens (et
écart types) des populations de T.
pyri pour chacun des groupes précédents.
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
5
Nous n’observons pas non plus
de différences significatives entre
les niveaux de population de T.
pyri pour les parcelles situées en
zone de traitement obligatoire
contre Scaphoïdeus titanus et les
parcelles hors zone.
Enfin, nous n’observons également aucune différence significative entre les parcelles faisant
l’objet de traitements fongicides
incluant des dithiocarbamates ou
non que ceux ci soient associés
avec un insecticide neurotoxique
ou non en cours de campagne.
Dans les conditions actuelles
du vignoble aquitain pour ce qui
concerne les populations d’acariens Phytoseiidae et phytophages, nous ne mettons donc
plus en évidence d’effet significatif des pratiques phytosanitaires
ou agronomiques sur le niveau
de populations de T. pyri dans le
vignoble, ce y compris en zone de
traitement obligatoire contre le
vecteur de la flavescence dorée.
Une variabilité interparcellaire
de ces niveaux de population
existe pourtant au regard des
écarts types constatés sur certains échantillons, mais la très
grande majorité des parcelles
présentent des niveaux de population de T. pyri au delà du seuil
assurant le contrôle complet des
phytophages (P. ulmi), et ce dans
les conditions variées des pratiques rencontrées.
Conclusion
La prospection faunistique réalisée en 2004 en Aquitaine confirme
à l’échelle régionale la restauration des populations de T. pyri
sur l’ensemble du vignoble. Cette
restauration est généralisée. T.
pyri est présent sur 100 % des
215 parcelles prospectées. Le niveau moyen des populations est
élevé : 6, 28 formes mobiles par
feuille. Dans 92 % des parcelles,
il est supérieur à une forme mobile par feuille (198 parcelles sur
215).
Dans ce contexte, P. ulmi a considérablement régressé dans le
vignoble et devient pratiquement
marginal.
Les pratiques agronomiques et
phytosanitaires actuelles ne ressortent donc plus limitantes par
rapport à l’implantation de populations significatives de T. pyri
permettant sans problème la
régulation des phytophages. La
lutte biologique contre ces phytophages est donc une large réalité
du vignoble aquitain et ce y compris dans un contexte de mise
en œuvre massive d’insecticides
neurotoxiques dans les zones de
flavescence dorée.
Comment une telle évolution
a-t-elle pu se produire, de façon
aussi nette et somme toute assez
rapidement ?
• Les viticulteurs ont sensiblement modifié leur choix de
spécialités phytosanitaires au
bénéfice des matières actives
les plus respectueuses de
la faune, ou plus faiblement
dosées quand elles étaient
toxiques.
• Quelques pionniers ont engagé une recolonisation active
de leurs vignes à partir de
vignobles «réservoir» et les
populations de ces derniers
ont pu se disperser sur les vignobles voisins dont les stratégies phytosanitaires étaient
aménagées, mieux maîtrisées.
• Ces conditions plus favorables
se sont progressivement développées sur le vignoble. A
partir de 1995 sur certaines
parcelles de référence, le niveau des populations de T.
pyri augmente brutalement
en début de saison au mois de
mai (4 à 6 FM/feuille de 1995
à 1997, jusqu’à 20 FM/feuille
en 1998….).
• Les populations plus nombreuses, qui se disséminent
alors largement et rapidement, confrontées à des pressions de sélection en zone
de traitement obligatoire
contre la flavescence dorée,
s’adaptent à ces conditions
et deviennent tolérantes ou
résistantes aux matières ac-
tives neurotoxiques, y compris pyréthinoïdes, comme
nous l’avons constaté à partir
de monitoring sur ces zones
de vignobles.
• Ce constat nous ramène à
l’un des résultats issus de
l’enquête des pratiques phytosanitaires insecticides obtenu en 1992, où nous mettions déjà en évidence un
effet «dépressif» des organophosphorés sur les parcelles
peu colonisées par T. pyri, et
à l’inverse «favorisant» (en
fait non limitant) sur des parcelles présentant des populations plus élevées (cf. p 7)
• Quoiqu’il en soit, l’évolution
constatée est «tout bénéfice»
pour le vigneron et contribue
à matérialiser tout l’intérêt
d’une démarche de protection
intégrée de nos vignobles.
Bibliographie
BAILLOD M., BASSINO J.-P., PIGANEAU P., 1979. L’estimation du risque provoqué par l’acarien rouge (Panonychus
ulmi Koch) et l’acarien des charmilles (Eotetranychus arpini
Oudemans) en viticulture. Revue suisse viti. Arboric. Hortic.
11(3) :123-130.
BOLLER E.F., 1984. Eine Einfache Ausschwemm-methode
zur schellen Erfassung von Raumilben, Trips und anderen
Kleinarthropoden im Weinbau. Schweitz. Zeitschr.Obstund
Weinbau, 120, 16-17.
COULON T., ARTIGAU J., BENAC G., SIOHAN L., DUBREUIL
L., SPEICH P., LEMAIRE C.,
CHAILLOU L.; 1992. Les phytoseiidae de la vigne en Aquitaine. Etude de la faisabilité d’une lutte biologique contre les
acariens phytophages. Résultats de l’inventaire faunistique
réalisé en 1992. Compte-rendu travaux ITV 1992 et 1993.
COULON T., ARTIGAU J., SPEICH P., CHAILLOU L.; SIOHAN
L., DUBREUIL L., ELIA C., GIRARD D. ; 1995. Bilan de l’inventaire faunistique réalisé en Aquitaine de 1992 à 1995.
Compte-rendu travaux ITV 1995.
KREITER S., GARCIN TIXIER M.S., BONAFOS R., AUGER
P., GUICHOU S., CHEVAL B., BOURGEOIS T., LAPORTE M.&
CAUMETTE S. ; 2003 . Les acariens ravageurs et auxiliaires
des plantes, Journée < <formation-information, stage>>,
AGRO-Montpellier, 14 avril 2003 ; pp. 61-76
KREITER S., de la BOURDONNAYE D. ; 1993 . Les typhlodromes, acariens prédateurs. Clé simplifiée d’identification
des principales espèces des cultures de plein champs de
France. Les cahiers de Phytoma. La défense des végétaux.
Supplément au n° 246, pp.12
KREITER S., SENTENAC G., RAVOUX M., BAILLOD M., BLANC
D., LAGOUARDE P., MALBRUNOT P., TRANCHEFORT J.,
VALENTIN G., WEBER M. ; Janvier 1993. Commission des
essais biologiques, méthodes d’étude des effets non intentionnels à moyen terme sur les Phytoseiidae (typhlodromes)
de la vigne des produits phytophamaceutiques utilisés en
traitement des parties aériennes. Méthode N° 167.
KREITER S., SENTENAC G., VALENTIN G.; 1993. Les phytoseiides des vignobles français. Synthèse de huit années
de recensement. In : Proceedings of the third International
Conference on Pests in Agriculture. F. Leclant (ed), 597-609.
ANPP. Pub. Paris.
WEBER M., SENTENAC G., VALENTIN G., HARDY D. ; 1993.
Bilan de cinq années d’expérimentation de la lutte biologique
contre les acariens phytophages de la vigne à l’aide d’acariens prédateurs phytoseiides. Annales A.N.P.P., Vol 1,3.
EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX
PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004)
6