EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS
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EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) Auteurs : T. COULON (1) - E. ZABOLLONE (1) et P. SPEICH (2) (1) (2) ITV France - 39, rue Michel Montaigne – 33290 BLANQUEFORT – FRANCE - [email protected] SRPV Paca – Quartier Cantarel – BP. 95 – 84143 MONTFAVET CEDEX – FRANCE - [email protected] Introduction Une large prospection faunistique dans les vignobles aquitains révélait, il y a une dizaine d’années (1992/95), une très faible présence des acariens prédateurs (T. pyri) dans les vignes, alors que les acariens phytophages (P. ulmi) sont très fréquents. Une enquête sur les pratiques viticoles mettait alors en évidence l’influence nette de la protection chimique, en particulier insecticide, sur la présence (ou l’absence) de typhlodromes. Depuis, l’évolution des pratiques des viticulteurs permettent la restauration progressive des populations de T. pyri. Une nouvelle prospection en 2004 permet de vérifier une inversion complète de situation faunistique en 10 ans. T. pyri est présent sur 100 % des parcelles. P. ulmi a considérablement régressé et devient marginal. L’équilibre biologique recherché pour le vignoble régional est donc atteint, au grand bénéfice des viticulteurs. En 1992, l’ITV et le SRPV lançaient, en collaboration, une large prospection faunistique dans les vignobles aquitains. Cette prospection allait se poursuivre jusqu’en 1995 dans toutes les appellations régionales. A l’époque, nous constations majoritairement une absence ou très faible présence de prédateurs Phytoseiidae dans les vignobles, à l’exception de ceux conduits en agrobiologie. Une enquête conduite auprès des viticulteurs propriétaires des vignes prospectées a permis de «croiser» situation faunistique des parcelles et pratiques culturales. Les résultats issus des expérimentations conduites en Aquitaine comme dans d’autres régions viticoles sur l’évaluation des «effets non intentionnels» des produits phytosanitaires sur les acariens prédateurs et les modalités pratiques de recolonisation sont ensuite bien relayés auprès des viticulteurs par la communauté technique régionale. parcelles prospectées, nous obtenons aussi un bon niveau d’information pour chacun de ces secteurs. Très rapidement dans les années qui suivent, nous observons une nette augmentation des niveaux de populations de T. pyri dans nos parcelles de référence et corrélativement, les consommations d’acaricides spécifiques diminuent très régulièrement dans la région, et ce y compris dans les secteurs viticoles concernés par la lutte obligatoire contre le vecteur de la flavescence dorée, Scaphoïdeus titanus. A broad faunistic investigation in the Aquitaine vineyards revealed ten years ago (92/95), that predacious mites (T. pyri) are scarce in the vines, whereas phytophagous mites (P. ulmi) are very frequent. An investigation on vinegrowing practices has highlighted the clear influence of pesticides and in particular insecticides, on the presence (or the absence) of typhlodromus in the vineyards. Ever since, the acquired knowledge on pesticides side effects and on recolonisation methods have been taken into account by vinegrowers, allowing the progressive reintroduction of T. pyri population. A new investigation carried out in 2004 shows a complete inversion of the faunistic situation in ten years. T. pyri is present on 100% of the parcels. P. ulmi has greatly decline and is now almost marginal. The biological balance sought for the regional vineyards is reached for the great benefit of the vinegrowers. Ces indicateurs nous rendaient optimistes par rapport à la réalité et l’efficacité de la lutte biologique contre les acariens phytophages dans le vignoble régional. Afin d’évaluer plus précisément ce phénomène, en 2004, l’ITV relance une prospection faunistique sur 215 parcelles des 533 vignobles prospectés une dizaine d’années auparavant. Ce nombre de parcelles permettait d’espérer une bonne représentativité des résultats obtenus au plan régional. Réparties sur sept zones d’appellation avec pour chaque zone entre 20 et 40 Summary BALANCE BETWEEN PREDACIOUS AND PHYTOPHAGOUS MITES IN THE AQUITAINE VINEYARDS : COMPARISON OF TWO FAUNISTICS INVESTIGATIONS CARRIED OUT WITH 12 YEARS APART (1992-2004) EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) 1 Matériels et Méthodes Organisation de la prospection : Constitution des échantillons de parcelles prospectées et méthodes de prélèvement. Lors de la première prospection (1992), quatre échantillons de parcelles sont constitués : • échantillon «représentatif» de parcelles de la région, tirées au hasard • échantillon de parcelles conduites en «lutte raisonnée», repérées en collaboration avec les conseillers viticoles des Chambres d’Agriculture. • échantillon de parcelles conduites en agrobiologie • échantillon de parcelles régulièrement traitées avec des insecticides neurotoxiques (carbamates, pyréthrinoïdes). A partir de 1993, la prospection est poursuivie uniquement sur le seul échantillon «représentatif». Lors de la seconde prospection (2004), nous revenons à deux échantillons : • échantillon «général», regroupant des parcelles issues de l’échantillon tiré au hasard en 1992, mais aussi celles classées à l’époque en «lutte raisonnée» (et dont la situation faunistique ne présentait pas de différence significative avec les précédentes (cf. chapitre résultats), et les parcelles traitées systématiquement avec des neurotoxiques, mais ne l’étant plus actuellement) • échantillon «agrobiologie» Les 215 vignobles prospectés en 2004 avaient été majoritairement déjà visités lors de la première prospection. Dans le cas où la parcelle viticole prélevée initialement avait été arrachée, ou n’était pas retrouvée, le prélèvement 2004 a été effectuée sur une autre parcelle de la même exploitation et sur le même cépage. Les prélèvements sont constitués par 50 feuilles cueillies sur 50 ceps pris au hasard dans la parcelle (1 feuille prélevée par cep, à hauteur de la zone fructifère). Ils sont réalisés à deux stades végétatifs, floraison et véraison en 1992/95, uniquement à la floraison en 2004. L’évaluation des niveaux de populations d’acariens est effectuée par la méthode Boller de «trempage-lavage-tamisage». L’identification de l’espèce a été systématiquement effectuée sur tous les Phytoseiidae prélevés selon la méthode Kreiter/de la Bourdonnaie jusqu’à un maximum de 25 individus par parcelle. Organisation de l’enquête sur les pratiques agronomiques En 1992, une enquête est conduite auprès des viticulteurs propriétaires des vignes prospectées. L’objectif est de confronter situation faunistique des parcelles et pratiques culturales et si possible de faire ressortir statistiquement l’influence de celles ci sur les différentes espèces d’acariens prédateurs rencontrées et leurs niveaux de population. Les questionnaires remontent sur les trois années précédant la prospection et s’intéressent à deux types de critères : • caractéristiques agronomiques : cépages, porte greffes, systèmes culturaux, environnement (ZER)… • protection phytosanitaire : nature et fréquence des matières actives utilisées. Notons que si l’incidence de ces derniers facteurs était reconnue à l’époque, elle n’avait pas, à notre connaissance, été approchée sur un plan statistique à l’échelle d’un vignoble régional dans son entier. Les travaux menés sur ce thème étaient essentiellement d’ordre expérimental et localisés sur quelques parcelles (étude des effets non intentionnels des spécialités phytosanitaires en particulier). Parmi les facteurs nous intéressant également, la densité des populations de proies est aussi prise en compte, comme pouvant avoir logiquement une influence sur la présence de certains prédateurs de nettoyage et notamment de Neoseiulus californicus. Exploitation statistique Variables à expliquer • Nombre moyen de T. pyri observés/parcelle • Nombre moyen de N. californicus observés/parcelle >> pour les deux prélèvements «floraison» et «véraison» Variables explicatives • Variables «agronomiques» • Variables «protection phytosanitaire» • Variables «densité de proies» Méthodes d’analyses • Tris croisés avec production des valeurs du Khi deux et du Khi deux avec maximum de vraisemblance et les probabilités correspondantes • Les variables «protection phytosanitaire» ont été soumises à la méthode «Logit» qui permet de hiérarchiser les familles de produits par ordre d’influence (positive ou négative) sur les populations de typhlodromes. • La matrice des corrélations (coefficient de PEARSON) entre les variables «densité de proies» et «densité de prédateurs» a été analysée. En 2004, le renouvellement d’une enquête identique était soumis aux résultats issus des observations biologiques (prospection). Ceux-ci s’avérant extrêmement tranchés, l’enquête a été allégée et recentrée sur quelques variables d’ordre phytosanitaire • utilisation d’insecticides neurotoxiques • utilisation de dithiocarbamates • parcelles en zone de lutte obligatoire contre le vecteur de la Flavescence dorée. EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) 2 Résultats et discussion T. pyri, espèce de phytoséiidé majoritaire dans le vignoble aquitain en 1992/95 (91 % des individus identifiés à floraison), le reste en 2004 (98 % des individus identifiés au même stade). En 1992/95, nous constations une très grande hétérogénéité des situations faunistiques parcellaires. La figure 3 illustre cette hétérogénéité, entre types d’échantillons et à l’intérieur de chaque échantillon prospecté pour l’année 1992. Globalement, 60 % de ces parcelles sont dépourvues de typhlodromes. Dans les autres, les densités d’animaux sont faibles, le plus souvent inférieures à 0.5 formes mobiles de T. pyri par feuille, sauf chez les viticulteurs en agrobiologie pour lesquels la situation faunistique est plus favorable avec plus de 90 % de parcelles occupées et 60 % par au moins une forme mobile par feuille. A l’inverse, les parcelles régulièrement concernées par des applications insecticides sont dépourvues de typhlodromes dans plus de 90 % des cas. Nous n’ observons pas de différence significative entre les situations faunistiques des 2 échantillons « hasard» et « raisonné». Les résultats de la prospection 2004 et évolution en une dizaine d’années. La figure 4 présente les résultats comparés obtenus en 1992/95 et en 2004 sur les 215 même propriétés viticoles. et minoritaires sur les parcelles, alors que P. ulmi est présent fréquemment et majoritaire. On assiste à une inversion complète de la situation faunistique dans les dix années écoulées • En 2004, P. ulmi a pratiquement disparu et T. pyri domine largement, avec des niveaux de populations élevés. • En 1992/95, les populations de T. pyri sont peu nombreuses Les tydeides, famille d’acariens neutres (reconnus sans action phytophage ou prédatrice particulière) mais bons indicateurs de vie biologique, augmentent également significativement entre 1992/95 et 2004. En 2004, l’équilibre biologique prédateurs x proies est établi et les phytophages sont maîtrisés. EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) 3 La figure 5 distingue les résultats des deux échantillons «général» et «agrobiologie» • en 1992/93, la situation «agrobio» est plus favorable, avec des typhlodromes plus fréquents et plus nombreux sur les parcelles, des araignées rouges plus correctement maîtrisées. • en 2004, on constate une situation homogène d’équilibre faunistique pour les deux échantillons La figure 6 précise les résultats obtenus pour les différentes zones du vignoble et compare les situations 1992/95 et 2004, très belle illustration de l’évolution générale constatée. Sauf exception, sur l’échantillon de parcelles prospectées, les niveaux de population de T. pyri en 2004 autorisent sans problème une régulation naturelle efficace des phytophages. Dans cette situation, toute application d’acaricides est inutile et même dommageable pour la faune auxiliaire. Notons qu’en tendance, les parcelles médocaines présentent des populations un peu moins nombreuses, mais suffisantes pour assurer cette régulation. Les résultats de l’enquête des pratiques conduite en 1992 Une exploitation est possible à partir de 246 questionnaires correctement renseignés par les viticulteurs. Les analyses statistiques effectuées (méthodes Logit + tris croisés) font clairement ressortir l’influence de la protection chimique, en particulier insecticide sur la présence (ou l’absence) des typhlodromes dans les vignes. L’augmentation du nombre de traitements à base de cabarmates ou pyréthrinoïdes s’avère significativement pénalisante comme l’illustre la figure 7. Les réponses obtenues pour les orgnophosphorés sont moins tranchées. Deux effets contraires semblent ressortir : Les traite- ments organophosphorés auraient un effet dépressif sur les parcelles peu pourvues en typhlodromes (entre 1 et 9 formes mobiles sur 50 feuilles) selon la méthode des tris croisés, mais à l’opposé la méthode Logit les fait ressortir comme favorisants dans le cas de populations mieux installées, plus nombreuses. Globalement, l’effet dépressif des insecticides est bien plus prononcé que celui des fongicides, pour lesquels nous ne distinguons pas de différence significative nette quant à leur incidence sur T. pyri. La grande variabilité de compo- sition des spécialités fongicides utilisées associant plusieurs matières actives à des doses différentes, l’imprécision sur les dates de traitements, les doses effectivement appliquées (cas du soufre souvent employé à faible dose en vignoble atlantique), la qualité de pulvérisation, constituent autant de facteurs incontrôlés qui ne permettent pas de conclure. De même, les facteurs culturaux ne ressortent pas comme ayant une influence sur les densités de T. pyri. EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) 4 Pour ce qui est des relations entre prédateurs (T. pyri) et phytophages (P. ulmi), on observe que les densités de P. ulmi sont corrélées : • négativement avec les densités de T. pyri quelque soit la date d’observation, floraison ou véraison (effet hautement significatif). • Positivement avec les densités de N. californicus lors de la véraison uniquement (effet significatif). Ces résultats confirmaient sur notre réseau d’observations les comportements relatifs des deux espèces : • T. pyri, prédateur de protection, régule la densité de proies (cf. figure 8). • Néoseiulus californicus, prédateur de nettoyage, est d’autant plus présent que la densité de proies (P. ulmi) est élevée (cf. figure 9). C’est bien la densité de proies qui conditionne sa présence Par ailleurs, la loi de Piganeau (1979) nous permet d’obtenir le pourcentage de feuilles occupées par P. ulmi en fonction du nombre de formes mobiles décomptées lors de la prospection, tant à floraison qu’à véraison. Si notre objectif est de ne pas dépasser le seuil de nuisibilité de 30 % de feuilles occupées par P. ulmi, nous constatons qu’à partir d’une densité d’une forme mobile de T. pyri/feuille, ce seuil n’est pas atteint dans la grande majorité des cas : une parcelle sur 28 occupées par P. ulmi à floraison et trois parcelles sur 30 dans ce cas à véraison (cf. tableau 1). Nombre de parcelles avec seuil de nuisibilité de P. ulmi (30 %) dépassé Tableau 1 : Relations entre densités de T. pyri et P. ulmi sur parcelles infestées par P. ulmi lors des deux prélèvements effectués à floraison et véraison en 1992 (résultats méthode tris croisés pour les deux plus hautes classes de densité de T. pyri). Les informations apportées par l’enquête des pratiques en 2004 Une exploitation est possible à partir de 176 questionnaires renseignés par les viticulteurs. Nos analyses ont porté sur l’incidence des familles de produits phytosanitaires utilisées sur les niveaux de populations de T. pyri. Nous n’observons pas de différence significative de ces niveaux de populations entre les parcelles faisant l’objet d’applications insecticides ou non (fig. 10). Les organophosphorés ressortent comme étant largement les plus utilisés. Dans un quart des cas, ils sont complétés par des pyréthrinoïdes sur la campagne (essentiellement zone «flavescence dorée»). Les stratégies exclusivement pyréthrinoïdes sont minoritaires. Les agrobiologistes emploient la roténone. La figure 11 détaille les niveaux moyens (et écart types) des populations de T. pyri pour chacun des groupes précédents. EQUILIBRE ACARIENS PREDATEURS/ACARIENS PHYTOPHAGES DANS LE VIGNOBLE AQUITAIN : BILANS COMPARES DE DEUX PROSPECTIONS FAUNISTIQUES REALISEES A 12 ANS D’INTERVALLE (1992-2004) 5 Nous n’observons pas non plus de différences significatives entre les niveaux de population de T. pyri pour les parcelles situées en zone de traitement obligatoire contre Scaphoïdeus titanus et les parcelles hors zone. Enfin, nous n’observons également aucune différence significative entre les parcelles faisant l’objet de traitements fongicides incluant des dithiocarbamates ou non que ceux ci soient associés avec un insecticide neurotoxique ou non en cours de campagne. Dans les conditions actuelles du vignoble aquitain pour ce qui concerne les populations d’acariens Phytoseiidae et phytophages, nous ne mettons donc plus en évidence d’effet significatif des pratiques phytosanitaires ou agronomiques sur le niveau de populations de T. pyri dans le vignoble, ce y compris en zone de traitement obligatoire contre le vecteur de la flavescence dorée. Une variabilité interparcellaire de ces niveaux de population existe pourtant au regard des écarts types constatés sur certains échantillons, mais la très grande majorité des parcelles présentent des niveaux de population de T. pyri au delà du seuil assurant le contrôle complet des phytophages (P. ulmi), et ce dans les conditions variées des pratiques rencontrées. Conclusion La prospection faunistique réalisée en 2004 en Aquitaine confirme à l’échelle régionale la restauration des populations de T. pyri sur l’ensemble du vignoble. Cette restauration est généralisée. T. pyri est présent sur 100 % des 215 parcelles prospectées. Le niveau moyen des populations est élevé : 6, 28 formes mobiles par feuille. Dans 92 % des parcelles, il est supérieur à une forme mobile par feuille (198 parcelles sur 215). Dans ce contexte, P. ulmi a considérablement régressé dans le vignoble et devient pratiquement marginal. Les pratiques agronomiques et phytosanitaires actuelles ne ressortent donc plus limitantes par rapport à l’implantation de populations significatives de T. pyri permettant sans problème la régulation des phytophages. La lutte biologique contre ces phytophages est donc une large réalité du vignoble aquitain et ce y compris dans un contexte de mise en œuvre massive d’insecticides neurotoxiques dans les zones de flavescence dorée. Comment une telle évolution a-t-elle pu se produire, de façon aussi nette et somme toute assez rapidement ? • Les viticulteurs ont sensiblement modifié leur choix de spécialités phytosanitaires au bénéfice des matières actives les plus respectueuses de la faune, ou plus faiblement dosées quand elles étaient toxiques. • Quelques pionniers ont engagé une recolonisation active de leurs vignes à partir de vignobles «réservoir» et les populations de ces derniers ont pu se disperser sur les vignobles voisins dont les stratégies phytosanitaires étaient aménagées, mieux maîtrisées. • Ces conditions plus favorables se sont progressivement développées sur le vignoble. A partir de 1995 sur certaines parcelles de référence, le niveau des populations de T. pyri augmente brutalement en début de saison au mois de mai (4 à 6 FM/feuille de 1995 à 1997, jusqu’à 20 FM/feuille en 1998….). • Les populations plus nombreuses, qui se disséminent alors largement et rapidement, confrontées à des pressions de sélection en zone de traitement obligatoire contre la flavescence dorée, s’adaptent à ces conditions et deviennent tolérantes ou résistantes aux matières ac- tives neurotoxiques, y compris pyréthinoïdes, comme nous l’avons constaté à partir de monitoring sur ces zones de vignobles. • Ce constat nous ramène à l’un des résultats issus de l’enquête des pratiques phytosanitaires insecticides obtenu en 1992, où nous mettions déjà en évidence un effet «dépressif» des organophosphorés sur les parcelles peu colonisées par T. pyri, et à l’inverse «favorisant» (en fait non limitant) sur des parcelles présentant des populations plus élevées (cf. p 7) • Quoiqu’il en soit, l’évolution constatée est «tout bénéfice» pour le vigneron et contribue à matérialiser tout l’intérêt d’une démarche de protection intégrée de nos vignobles. Bibliographie BAILLOD M., BASSINO J.-P., PIGANEAU P., 1979. L’estimation du risque provoqué par l’acarien rouge (Panonychus ulmi Koch) et l’acarien des charmilles (Eotetranychus arpini Oudemans) en viticulture. Revue suisse viti. Arboric. Hortic. 11(3) :123-130. BOLLER E.F., 1984. Eine Einfache Ausschwemm-methode zur schellen Erfassung von Raumilben, Trips und anderen Kleinarthropoden im Weinbau. Schweitz. Zeitschr.Obstund Weinbau, 120, 16-17. COULON T., ARTIGAU J., BENAC G., SIOHAN L., DUBREUIL L., SPEICH P., LEMAIRE C., CHAILLOU L.; 1992. Les phytoseiidae de la vigne en Aquitaine. Etude de la faisabilité d’une lutte biologique contre les acariens phytophages. Résultats de l’inventaire faunistique réalisé en 1992. Compte-rendu travaux ITV 1992 et 1993. COULON T., ARTIGAU J., SPEICH P., CHAILLOU L.; SIOHAN L., DUBREUIL L., ELIA C., GIRARD D. ; 1995. Bilan de l’inventaire faunistique réalisé en Aquitaine de 1992 à 1995. Compte-rendu travaux ITV 1995. 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