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Muzikalité
Narmine Ducap sur Takamba
Ses instrumentaux de 1966 à 1976
Michel Mey à la Sacem I Mission observation I Sakifo
Édito
Sommaire
Le disquaire se meurt vive le disque !
Force est de constater que, plus le temps passe, plus le nombre de vendeurs de galettes
musicales diminue. Ces dernières années à La Réunion ont vu la disparition des
magasins Soredisc et Best Music à Saint-Denis, des enseignes Megatop à Saint-Paul et
Saint-Denis, plus récemment de la plupart des Espaces Média, spécialisés dans les biens
culturels vendus dans les galeries des hypermarchés Score à Sainte-Marie, Saint-PIerre,
Saint-Benoit, Savannah...Les derniers disquaires indépendants de nôtre île se comptent
aujourd'hui sur les doigts d'une seule main. Les rayons des hypermarchés sont
maintenant les plus gros vendeurs, mais évidemment avec un nombre de références de
plus en plus restreint aux "hits"commerciaux empilés à côté des cartons de lessive,
avec, bien sûr l'impossibilité d'y trouver le moindre conseil de quelque vendeur que ce
soit.
Les disquaires n'en sont certes pas à repousser leur première crise. L'apparition en
France et dans toute l'Europe des grands magasins spécialisés tels que la FNAC ou
Virgin a été un premier assaut. Si ces espaces ont défendu à leur manière une certaine
diversité, ils ont commencé à aggraver les difficultés des petites échoppes.
L'intrusion des grandes surfaces sur la vente de supports CD a ensuite attaqué les
disquaires restants. Peu protégés par la loi, à contrario des libraires qui avaient obtenu
via le projet Lang l'imposition d'un prix fixe sur les livres, les disquaires meurent
lentement entraînant dans leur chute les autres distributeurs.
Nouveaux modes de consommation et téléchargement illégal apparaissent aujourd'hui
comme les boucs émissaires de la crise d'un secteur qui a trop longtemps compté sur
les rentes générées par certains artistes.
Selon les explications dominantes, la diversité musicale ne serait pas menacée. Il
suffirait d'encadrer le système et de verrouiller certains processus de téléchargements
illégaux. Cette démarche est celle suivie par la loi Hadopi "Création et Internet" qui
institue une "riposte graduée" .
Le problème semble à vrai dire plus compliqué. D'abord quid des nouveaux modèles
de croissance envisageables via le net tels que la licence globale. Et puis, attribuer à un
changement technologique l'effondrement d'une filière est un raccourci qui mésestime
le poids des nombreuses erreurs commises dont le pointage ne résout pas leurs effets : yoyo sur
les prix, désengagement des majors sur le développement, réduction des linéaires...
Et quid des disquaires eux-mêmes, concurrencés dans leur métier par Internet...ou pas ?
Voir le disque sous l'angle de ventes qui se font ou ne se font pas réduit l'importance
de leur travail. Ils sont les conseillers et les guides de l'écoute dans la jungle de la
diversité. S'il est aujourd'hui enfantin d'aller sur Deezer pour écouter un morceau, il
est un tantinet plus difficile de choisir en fonction de ses affinités. Or le modèle
économique de ce type de site repose sur l'audience. Risquent donc d'être valorisés les
morceaux les plus écoutés...
Internet ne se résume cependant pas à un simple moyen de diffusion et offre aussi des
possibilités à la diversité. Forums, propositions d'écoute, web radios permettent
heureusement de guider l'utilisateur dans une démarche de découverte.
Édito
p.2
Telex p.3
Studios p.4
Kaloubadia
Guétali
L’observation, nouvelle mission du PRMA p.5
Zoom
p. 6
Tik Tak productions
À l’affiche
Le Sakifo Musik Festival p.7
Disques
Les nouveautés du trimestre p.8/9
Formation
Des écoles de musique au coeur de la cité p.10
Marmailles
Les Pat’Jaunes font Ticoulitintin p.11
Patrimoine
Axel Trémoulu s’offre une sonate “pei” p.12
Disques
Compilation Antenne Réunion et nouveau Takamba p.13
Mémoire
Le maloya en deuil p.14
Portrait
Michel Mey, nouveau délégué régional de la Sacem p.15
Export p.16
En est-ce alors fini du disquaire ? Si l'on se réfère aux tentatives des majors pour
monopoliser les nouveaux modes de diffusion numérique, on peut douter des
possibilités d'ouvrir le champ de l'écoute pour le grand public. Le disquaire doit alors
réinventer son métier et trouver sa place dans ce nouveau contexte.
Première piste : proposer du conseil sur les sites de ventes en ligne. Qu'ils s'agisse de
sites de ventes généralistes type FNAC Music, de sites dédiés à certains types de
musique - CD1D ou le futur Merlin- ou bien encore de sites de streaming - Lastfm,
Deezer...-, un choix éditorial apparaît indispensable pour échapper aux contraintes de
l'audience.
Deuxième piste, retourner à des points de vente artisanaux possédant une vraie
politique éditoriale. L'exemple du feu Rennes Musique, des magasins Harmonia Mundi,
de la Dame Blanche à Paris, ou de Mollat à Bordeaux ...illustrent cette démarche.
Enfin on pourrait imaginer un service public du disque chargé d'orienter à bon escient
les écoutes.
Muzikalité, le bulletin d’information du Pôle Régional
des Musiques Actuelles de la Réunion - N°31
juillet 2008
Des pistes donc et des idées qui restent à réaliser...En attendant, la chute sans
atterrissage.
Ont collaboré à ce numéro :
Alain Courbis, Fanie Précourt, Matthieu Meyer, Fabrice Paulee
Couverture : Narmine Ducap - Photo : D.R.
Distribution gratuite - Tirage : 5000 ex.
ISSN : 1622-2598 - Dépôt Légal N° 08 00 52
Imprimeur : Color print
Alain Courbis et Matthieu Meyer
2 / Muzikalité N° 31
Éditeur : PRMA - 6 bis rue Pasteur - BP 1018
97481 Saint-Denis CEDEX
Tél : 0262 909460 / Fax : 0262 909461
E-mail : [email protected]
Site internet : www.runmusic.com
Directeur de la publication : Dominique Carrère
Rédaction : Olivier Pioch
...TELEX....................................
:: Le beau printemps de Mounawar
Le chanteur d'origine comorienne Mounawar, sélectionné cette année aux
découvertes du Printemps de Bourges, a offert une prestation très convaincante le
19 avril avec son trio également composé de Nicolas Moucazambo et Nadège
Ichambe. La presse ne s’y est pas trompée : « Mounawar a guidé le public de
moments très rythmés, mélange de la Réunion et de l'Afrique de l'Est, en pauses, à
contretemps, voire même avec de courts silences. Surprenant mais captivant », écrit
le Berry Républicain pendant que la Nouvelle République constate que « La voix du
chanteur, la guitare, les percussions et les notes de la choriste suffisent à donner
rythme et relief à cette prestation aux parfums d'authenticité ». De nombreux
programmateurs et professionnels ont déjà manifesté leur intérêt pour cet artiste
à l’issue du concert.
Découvrez tous les spectacles des Découvertes du Printemps de Bourges 2008 en
vidéo sur http://www.reseau-printemps.com.
NARMINE DUCAP SUR TAKAMBA
:: Jazz de France
La cinquième édition de cet outil professionnel indispensable à tous les amateurs et
acteurs de jazz, musiques improvisées et innovantes, swing manouche, électro-jazz,
blues, gospel et salsa est disponible sur le site de l'IRMA et bientôt dans les locaux
du PRMA.
Sur commande au prix métropole (35€)
:: 9 semaines et 1 jour
Pour la 4ème année consécutive, l’émission tremplin de RFO « 9 semaines et 1 jour »
a rendu son verdict. Cette émission a pour ambition d’offrir un rayonnement des
œuvres et des talents d’outre-mer et de porter un regard nouveau sur les musiques
et les rythmes de cette France des trois océans. Les neuf concerts ont réuni huit
artistes par station (soit soixante-douze artistes au total) et se sont déroulés entre
le 22 février et le 16 mai dernier. A l’issue des votes, six artistes ont été sélectionnés, dont les Réunionnais de Bat’Ker (voir la chronique de leur CD à la rubrique
« Disques »). Le 16 juillet, tous ces artistes seront aux Francofolies de la Rochelle
en première partie de Yelle et de Mika. Pour la première fois, ils se produiront
également à Paris Plage, le 27 juillet, dans le cadre du Festival Indétendances.
Plus d’informations sur : http://9s1j.rfo.fr.
:: Lindigo au bercail
Lindigo en a terminé avec sa tournée en métropole. Les Réunionnais ont assuré
une prestation remarquée au festival Ti Piment de Nancy, début juin, avant
d’enchaîner sur plusieurs dates dans l’hexagone : Paris, Montpellier, Marseille,
Orléans et Rennes.
Un nouvel album est en préparation pour une sortie en fin d’année.
Plus d’infos sur l’actu du groupe : www.myspace.com/lindigo
:: Formation
Formation au diplôme d'État de professeur de musiques traditionnelles
Le CEFEDEM Rhône-Alpes accueille, dans une même promotion menant au diplôme
d’Etat en deux ans, des étudiants dans cinq secteurs d¹activité musicale : musiques
actuelles amplifiées, musiques traditionnelles, musiques classiques, jazz, formation
musicale et direction d¹ensembles vocaux. Au programme : cours spécifiques et
enseignements communs pour apprendre à connaître les pratiques de chacun. La
formation est ouverte aux titulaires du baccalauréat et d’un diplôme d’étude
musicale (DEM) du Conservatoire. Il existe des procédures de validation
d’équivalence du bac et du DEM. Date limite d'inscription : avant le 7 juillet pour les
candidats ayant les diplômes requis.
SORTIE TAKAMBA PREVUE FIN JUILLET
CEFEDEM Rhône-Alpes – 14 rue Palais Grillet, B.P. 2024 – 69 226 Lyon Cedex.
Tél 04 78 38 40 00. Dossier d¹inscription en ligne sur www.cefedem-rhonealpes.org
Muzikalité N° 31
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S
tudio
Voir Saint-Jo et mûrir
Kaloubadia studio
Depuis cinq ans, le Kaloubadia studio offre une alternative aux musiciens du Sud qui désespéraient de Saint-Jo. A
sa barre, Captain Igloo et Yann Hernot.
Créé voici cinq ans pour offrir des studios de répétition aux musiciens de
Saint-Joseph, le Kaloubadia Studio est rapidement devenu un port d’attache
pour les musiciens sudistes.
« Les groupes qui venaient nous rencontrer tenaient
absolument à enregistrer quelque chose, raconte Yann Hernot, jeune
homme aux cheveux longs et aux idées pas courtes, à l’origine de cette
heureuse initiative. Lorsque Captain a rejoint l’aventure, nous nous
sommes équipés pour répondre à cette attente. »
Depuis, Kaloubadia vogue bon vent avec pour têtes d’affiches quelques
jolis porte-drapeaux aux styles bigarrés : Franswa Sintomer pour le maloya,
Andemya et Backstroke pour la musique énervée, Les Jeunes mariés,
Mounawar ou encore DO côté chanson française…
Un éclectisme dont le studio fait son miel, tout en précisant qu’il n’entend rien céder de sa liberté de choix : « On déconseille à certains groupes
d’enregistrer, explique Captain Igloo, alias Didier Ringot. Ici, c’est un
« mûrissoir » de projets. Ce qu’on aime, c’est suivre les groupes, les
coacher et leur donner des clés pour comprendre la pré-production et la
post-production. En bref, on leur donne les moyens de se trouver. Quand
ils sont prêts, on les lance ! »
Véritable label qui ne dit pas son nom, Kaloubadia cultive son
indépendance autant qu’un certain esprit de corps, l’appartenance à une
enseigne et une philosophie commune. Des dispositions qui vont, peutêtre, conduire le studio à déménager au centre-ville de Saint-Pierre dans
les prochains mois. Mais chut ! Pour l’instant, il ne faut pas en parler.
« L’ambiance est bonne. On est une bande de copains. Mais nous sommes
dans une vraie démarche professionnelle, reprend Yann. Nous choisissons
nos groupes sur leur capacité à travailler et leur motivation. »
Moyennant quoi, les artistes estampillés Kaloubadia sont finalistes de la
Clameur des Bambous depuis trois années consécutives. Cette première
balise passée, le studio leur trouve quelques amarres dans les salles du
Réso.
Kaloubadia Studio : 27, rue des 100 marches, à Saint-Joseph.
Contact : 06 92 34 23 71 ou [email protected].
« On les accompagne sur la promo. On les pousse à créer une adresse
Myspace ou Daily-Motion… On fait ce travail par passion, pas pour l’argent.
Parfois, on fait carrément dans le socioculturel ! Cela dit, le studio c’est
comme le psy : il faut bosser et il faut payer après chaque séance, sinon ça
ne marche pas ! »
Une analyse à peu de frais, pour un résultat garanti !
Ticaz Music, maxi formation
Il y a quatre ans, le studio Ticaz Music ouvrait ses portes à Trois-Mares sous la houlette
de Thierry Saubusse. Tout à la fois école de musique, studio d’enregistrement et
organisme de formation, la structure est équipée de deux studios d’enregistrement qui
ont déjà vu passer des groupes comme Tibwa, Toguna, Baster, Team Riddim, Pascal
Mallet, Apolonia, Tiana…
Avec ses deux ingénieurs du son, Thierry Saubusse propose des formations MAO
ouvertes aux jeunes ou aux adultes et une formation de technicien du son réservée
aux musiciens et techniciens confirmés.
Les formations MAO se font à l’année (deux heures par semaine) ou par sessions de
48h, 64h ou 72h (à raison de 6h/jour). Logiciels enseignés : Protools, Reason, Live,
Logic Studio Pro, Garage Band, T-racks, etc. La formation de technicien du son sur
Protools s’effectue en session de 64h, à raison de 8 heures par jour. Contenu de la formation : prise de son, mixage, édition
et mastering.
Plus d’informations : 02 62 57 10 48 / 06 92 70 18 43 ou www.ticazmusic.com
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G
uétali
Mission : Obser vation !
La cinquième mission du PRMA a livré ses premières conclusions : une enquête socio-économique
des musiciens réunionnais signée Guillaume Samson. Explications.
Doctement intitulée « Eléments de caractérisation socio-économique et
culturelle des musiciens réunionnais », la première étude de la mission
d’observation du PRMA vient de livrer d’intéressantes conclusions.
Sous la direction de l’ethnomusicologue Guillaume Samson, cette enquête
de grande ampleur – la première de ce type à la Réunion – a permis
d’interroger un échantillon de cent musiciens de « musiques actuelles ».
Objectif : qualifier au mieux, et dans leur diversité, les comportements,
statuts et pratiques des musiciens locaux.
L’hypothèse de départ étant que les musiciens « péi » accèdent
difficilement à un véritable statut économique et social par leur activité
(difficultés susceptibles de fragiliser le processus de création et de freiner la
structuration du secteur à la Réunion), cette enquête a permis d’identifier
les différents profils socioculturels des artistes et de cerner la diversité des
attentes et des pratiques. Se dégagent ainsi des grandes tendances
susceptibles d’éclairer, voire d’orienter, les politiques d’action publique.
En termes de catégories socioprofessionnelles, de niveaux d’études, de
trajectoires sociales ou de tranches de revenus, les données mises au jour
dans cette étude confirment un ressenti global : en dépit de quelques « réussites », le milieu des
musiciens réunionnais est majoritairement marqué par la précarité.
Une précarité qui peut être identifiée comme cause du « turn-over » chez les musiciens locaux et un
constat qui permet de mieux évaluer les difficultés lorsqu’il s’agit de remplir un dossier de subventions, négocier
avec un producteur, une salle de spectacle…
L’enquête dégage ainsi quatre profils types : les « musiciens en vocation », qui ont un fort investissement
personnel mais de faibles revenus liés à leur activité ; les « professeurs musiciens », qui cherchent à équilibrer leur
activité musicale et l’enseignement ; les « musiciens professionnels », intermittents, indépendants ou
« débrouillards » qui vivent de leur activité ; et les « amateurs confirmés », qui ont abandonné toute prétention de
professionnalisation pour « faire de la musique » de manière récréative.
Evidemment, ces profils ne sont pas étanches puisqu’un musicien peut passer par chacune de ces « étapes ». En
outre, les quatre profils peuvent coexister au sein d’un même groupe ; ce qui peut poser des problèmes
multiples : collaboration, définition du projet de groupe, attentes de chacun (qu’elles soient identitaires,
financières ou professionnelles).
Bien sûr, nous ne pourrons résumer ici les différents points d’interrogations et les conclusions qui se dégagent
de cette riche étude. Sachez simplement que Guillaume Samson décortique jusque dans le détail tout ce qui
caractérise les musiciens locaux, leur rapport à la musique, leurs goûts, leur investissement personnel et leurs
aspirations. L’étude s’attache également à cerner l’industrie musicale et la création péi ; une économie souvent
souterraine et informelle avec une faiblesse relative des revenus liés au disque tandis qu’une large part des modes
de production va vers l’autoproduction et l’autodistribution. Autant de caractéristiques qui ont une incidence sur
la création musicale, l’apprentissage et la transmission des genres.
Au final, cette enquête constitue une solide base de réflexion pour les institutionnels chargés de mettre en œuvre
les politiques de soutien aux artistes et à la création.
L’enquête complète peut être téléchargée sur le site du PRMA : www.runmusic.com
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Z
oom
La tactique de Tik-Tak
Réalisateur multicarte, éditeur du mensuel gratuit « Big-Up », Laurent Médéa, créateur de
Tik-Tak productions, veut mettre les cultures urbaines à l’honneur.
Réalisateur, éditeur du magazine mensuel
gratuit « Big-Up » et concepteur d'un
festival pluridisciplinaire en projet sur
Saint-Denis (les « Rencontres des cultures
urbaines », un projet repoussé pour cause
de changement de municipalité), Laurent
Médéa, créateur de Tik-Tak productions,
ne manque pas d’idées ni d’énergie pour
mettre en valeur les cultures urbaines.
« Tik-Tak était au départ une association,
explique-t-il. L’objectif était de mettre en
valeur ces cultures urbaines auxquelles je
m’étais frotté à l’occasion de recherches universitaires sur la délinquance des jeunes. J’ai constaté qu’il y avait
énormément de talents inexploités dans les quartiers. Il y a un fossé entre la réalité culturelle de la Réunion
et les projets institutionnels ou économiques. Le magazine Big-Up est né de ce constat. Réalisé par des
jeunes du Chaudron et des Camélias, il met en valeur les différentes facettes de cette culture : graph, style
vestimentaire, slam, sport, musique… Il est distribué gratuitement aux abords des collèges et lycées, dans les
Cases, les MJC et les médiathèques. C’est plus une démarche personnelle qu’un projet économique viable.
Le but est de donner à voir et à connaître ces cultures encore sous-estimées. »
Depuis quelques mois, Tik-Tak production a le statut de SARL. Si l’objectif sur les cultures urbaines reste le
même, le jeune chef d’entreprise y a ajouté une activité de production audiovisuelle qui lui tient aussi
beaucoup à cœur.
« Tik-Tak a co-produit des clips de Meddy Gerville, Alain Peters, Davy Sicard, Rodee Cox, Baster et plusieurs
artistes de hip-hop, reprend Laurent Médéa. Nous avons aussi réalisé un film de vingt-six minutes sur le
voyage de Hamsa en Inde. Et l’an dernier, nous réalisions l’émission « Le Réso » sur RFO. C’était un peu le
pendant audiovisuel des activités de cette association qui fédère les salles de concerts à la Réunion.
L’aventure a duré huit mois puis s’est arrêtée faute de budget. Aujourd’hui, je compte poursuivre en
musique mais aussi élargir mes activités. »
D’autant qu’un projet de production de CD est finalement tombé à l’eau : « J’ai contacté la Fnac et Virgin
mais ils m’ont clairement fait comprendre qu’en dehors de Waro, Baster ou Ziskakan, ils n’étaient pas
intéressés. En plus, ils ont laissé entendre qu’ils cesseraient progressivement la vente de CD à partir de fin
2009 pour favoriser le téléchargement légal. Alors… »
Alors Laurent a changé son fusil d’épaule. Entre autres, il voudrait se spécialiser sur le documentaire grand
format : « Les projets les plus avancés sont un document sur Thérésien Cadet, un autre sur les ravines et
un docu-réalité sur les grands crimes à la Réunion. Mais je veux aussi faire de la fiction ! D’abord des courts
et des moyens métrages avant de produire le premier long métrage réunionnais. J’espère qu’il sera sur les
écrans d’ici trois ans. »
Laurent a quelques arguments à faire valoir : son film « Temps d’avance » a reçu le prix du public au tout
dernier festival Selluloïd de Selle-sur-Cher. Un autre vient de recevoir le prix spécial du scénario (signé
William Cally) au festival OHOAA de RFO. Un prix remis à Cannes, s’il vous plaît !
Pour contacter Laurent Médéa : 06 92 22 36 80 ou [email protected]
Narmine >Ducap - Photo : Thierry Hoarau
6 / Muzikalité N° 31
A
l’affiche
Le Sakifo à l’heure saint-pierroise
Déménagé à Saint-Pierre, le Sakifo 2008 n’en promet pas moins une programmation riche. Le point sur les artistes
à suivre et les lieux à découvrir.
Inutile de revenir là-dessus : chacun sait désormais
que l’édition 2008 du Sakifo n’aura pas lieu à SaintLeu mais bien à Saint-Pierre, du 6 au 10 août
prochain. Loin d’être lésés, les spectateurs du
festival auront droit cette année encore à une
programmation riche et le plaisir de découvrir de
nouveaux lieux festifs !
Il y en aura deux en vérité : le site de la ravine
Blanche, avec trois scènes, et le site de TerreSainte, qui accueillera notamment Ziskakan le
dimanche matin pour un brunch péi de riz
chauffé.
Lo Griyo et Baster ouvriront le bal mercredi 6,
dès 18h, à ravine Blanche. Suivront Asa, Emily
Loizeau, Avial (rock alternatif indien) et Tiken
Jah Fakoly.
Le lendemain, c’est Mikea (blues malgache) et
Gramoun Sello qui lanceront les hostilités. Ils
seront suivis de Keziah Jones, The Sweet
Vandals (funk espagnol), Lo’Jo (chanson française
roots) et l’afro-beat de Seun Kuti & Egypt 80.
Le vendredi 8 débutera avec les Mauriciens de
Crossbreed Supersoul (rock-pop) et Bibi Tanga
& le Professeur inlassable (jazz-funk électro de
Centrafrique). Dans la foulée, on pourra suivre
The Do (folk-rock franco-finlandais), Moriarty
(la révélation folk-rock franco-américaine), Soha
(musique du monde franco-cubaine) et Bazbaz
(France – reggae).
Samedi 9, c’est Brisa Roché (folk-rock francoaméricain) et Sharko (pop-rock belge) qui
débuteront la soirée. Suivront Cali (qu’on ne
présente plus), Cocorosie (indie-pop francoaméricaine), Natiebumcello (rencontre de
Nathalie Natiembé et Bumcello) et Dionysos
(qu’on ne présente plus non plus).
Enfin, dimanche 10, Ziskakan débutera la journée
dès 9h avec son « risofé » sur la scène de Terre-Sainte. Ensuite, cela se passera de nouveau à la ravine Blanche avec un
Bazar kréol (création originale) et Lansiv dès 15h. Suivront Firmin Viry, Jeff Lang (blues australien), Keny Arkana (rap
français) et, pour terminer, le blues touareg de Tinariwen.
Le tout sans oublier, à partir de minuit, les sets électro du DJ lyonnais Agoria et du Réunionnais Sal Paradise
(le vendredi) pour finir, le samedi, par une nuit consacrée au label parisien Expressillon avec 69db feat. MC Tablloyd,
IxY et Crystal Distorsion.
Côté tarifs, vous l’avez réclamé, Sakifo l’a fait ! Le Pass arrive enfin et vous propose un site réunissant trois scènes et
six groupes pour le prix d’un billet. Dans le détail, cela donne un billet pour 25 € (formule Saki-aime), trois billets pour
66 € (formule Saki-kiff) et cinq billets pour 100 € (formule Saki-déchire). Les billets n’étant pas nominatifs, on peut se
réunir pour en profiter à plusieurs !
Infos, programme et billetterie sur www.sakifo.com/edition2008 et 02 62 32 11 29 ou www.otebiye.com
Muzikalité N° 31
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F
ormation
Des écoles de musique au cœur de la cité
Le CFEA (Centre de formation et d’enseignement artistique) a ouvert six écoles dans le sud de l’île. Le point sur
les formations.
Durant la dernière décennie, la vie musicale à la Réunion a connu un extraordinaire développement. Comme le précise
le site Internet du CFEA : « Aujourd’hui, 38 % des Réunionnais âgés de plus de 15 ans ont au moins un instrument de
musique chez eux. Et chez les 15-19 ans, près d’un Réunionnais sur deux joue d’un instrument » !
Un tel engouement pour la pratique musicale a entraîné dans toutes les communes une forte demande de la population
pour « apprendre la musique » dans de bonnes conditions. Pour la vie de la cité, l’ouverture d’un lieu dédié à
l’enseignement artistique constitue en effet un choix important.
Véritables points de rassemblement pour les musiciens, amateurs et mélomanes, ces centres de formation permettent
d’irriguer le « tissu » culturel et scolaire. Par le dynamisme de leurs activités, ils contribuent également à développer la
vie associative. C’est fort de cette ambition que le CFEA entend être au cœur de la cité, de sa vie quotidienne et de ses
événements festifs.
Constatant que le sud de l’île était jusqu’à présent le parent pauvre de la formation institutionnelle à la Réunion, le
CFEA y a ouvert six écoles : au Tampon, Saint-Pierre, l’Etang-Salé, la Plaine des Cafres, la Rivière Saint-Louis et PetiteIle.
Avec une douzaine de professeurs et intervenants, ces « écoles » dispensent un enseignement multicarte qui va de l’éveil
musical (à partir de 3 ans) au cours hebdomadaire en orchestre. Entre les deux, toute la panoplie des formations est
assurée : instruments et solfège (à partir de 6 ans), chant individuel, duo ou trio avec accompagnement au piano
(à partir de 6 ans), cours en groupe (une quinzaine d’élèves réunis par niveau), informatique musicale, fanfare et chorale
(pour adultes ou enfants à partir de 7 ans).
Disséminés au cours de la saison, des auditions permettent aux élèves de jouer les uns devant les autres, seuls ou en
petite formation. En outre, un concert de fin d’année offre un panorama du travail réalisé par les différentes classes.
L’évaluation des élèves (pour ceux qui souhaitent s’y soumettre) a lieu en fin d’année en présence du directeur du
CFEA M. Thierry Hoarau et du directeur de l’école doctorale de musique de l’université Paris 8, président et responsable pédagogique du CFEA.
L’ensemble des études instrumentales se divise en quatre cycles de trois ans. A la fin de chaque cycle, un examen
donne lieu, le cas échéant, à l’obtention d’un certificat ou d’un diplôme.
Pour plus d’informations ou vous inscrire : [email protected] / Tél. : 02 62 59 25 79 (numéro unique) ou par
courrier : CFEA – BP 27 – 97 831 – Tampon cedex
Saint
CHARTIER
130 luthiers
30 concerts & bals
11 > 14
juillet 2008
Indre - France
33
èmes
Rencontres Internationales
de Luthiers et Maîtres Sonneurs
Té l . : 0 2 5 4 4 8 6 0 6 0
- w w w. s a i n t c h a r t i e r. o r g
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Rendez-vous cette année du 11 au 14 juillet à Saint-Chartier
(France-Berry-Indre) où se déroule depuis plus de 30 ans le
premier festival européen de musiques traditionnelles.
Au cœur du festival, un Salon de Lutherie unique en son genre
qui accueille 130 luthiers venus de toute l’Europe pour présenter et vendre leurs instruments, et une programmation offrant
30 concerts et bals.
Coordonnées :
Rencontres de Saint-Chartier
7 avenue George Sand - 36400 La Châtre France
Tél. : 02 54 48 60 60 - Fax : 02 54 48 21 29
[email protected] - www.saintchartier.org
M
armailles
Les Pat’jaune font Ticoulitintin
Rencontre inédite entre les textes en créole de Joëlle Ecormier
et la musique des Pat'Jaune, Ticoulitintin est un disque-livre
pour enfants à goûter en famille.
Ticoulitintin, c’est un peu l’histoire de toutes les premières !
Pour la première fois, le groupe Pat'Jaune travaille sur des textes
qu’il n’a pas écrits. Et pour la première fois, François Gonthier,
membre du groupe, illustre un livre après avoir signé les
pochettes des CD. En outre, les chansons de cet album sont pour
la plupart des créations originales, même si quelques-unes sont
empruntées au folklore enfantin de la Réunion.
Mais surtout, Ticoulitintin, c’est l’histoire d’une rencontre
inédite entre un auteur à succès et un groupe qu’on ne présente
plus. Romancière et auteur en littérature jeunesse, Joëlle
Ecormier a écrit plusieurs romans et contes illustrés. Elle joue
ici avec la musique des mots pour créer des berceuses
tendres et des chansons pleines d’humour. En contrepartie, la
sensibilité « yab » des Pat’Jaune entoure ces textes d’un univers
cocasse rythmé, comme d’habitude, par des airs de polka aux
accents cajun, quadrille, mazurka et séga acoustique.
Au son du banjo, de la guitare, de la mandoline, du
violon et de la contrebasse, cet album est l’occasion d’un voyage
dépaysant et « en-chantant » en pays d’enfance ! Un livre-disque
aux airs doux ou enlevés qui plonge avec délice dans la culture péi.
A noter que l’objet devrait également séduire les enseignants avec des pages dédiées à la découverte des instruments
et quatre titres en version instrumentale.
« Ticoulitintin, chansons et berceuses de la Réunion », par Joëlle Ecormier et Pat’Jaune. Livre 36 p. et CD 13 titres +
4 instrumentaux. Océan Editions, collection Jeunesse, déc. 07. En vente sur www.livranoo.com ou
www.ocean-editions.fr
Deux autres sorties marmailles à signaler
La première est l’œuvre de Patricia Tatel. Cette conteuse-écrivain-clownmarionnettiste est également cofondatrice de la troupe Bistrac avec Jacques Poustis,
artiste autoproclamé « chanteur pour enfants et adultes accompagnés », et Roland
Fontaine, un « raconteur d’histoires créoles » qui n’aime rien moins que se déguiser !
A leurs côtés, la jeune femme a publié en fin d’année 2007 un très joli disque intitulé
« Le CD de Tatipat’, chansons pour l’école et la maison ». A noter qu’un spectacle en
forme de conte musical interactif accompagne la sortie du CD. Représentations sur
demande.
Autre galette réservée aux marmailles : « De la misik lontan ziska la misik koméla ».
Il s’agit cette fois d’un projet scolaire mené par les élèves de la 6ème Daurade sous
la direction de Gilbert Valcares, professeur de musique au collège Plateau Goyaves
de Saint-Louis.
Fruit d’un travail de mémoire mené l’an dernier, ce CD est une reprise de thèmes
anciens et actuels retraçant l’évolution du répertoire réunionnais. Tous les titres
sont chantés et joués par les élèves.
A noter, trois titres originaux : deux sont signés des élèves et de leur professeur, le
troisième est signé de Frédéric Joron, intervenant de luxe en cours d’année. Un CD
publié chez Oasis.
Pour « Le CD de Tatipat’ », contactez Patricia Tatel : 02 62 22 94 69 ou www.bistrac.fr
Pour « La misik lontan… » : 02 62 26 17 65 (Collège de Plateau Goyaves) ou www.discoasis.com.
Muzikalité N° 31
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atrimoine
Axel Trémoulu s’offre une Sonate Péi
Après de longues années de mutisme, Axel Trémoulu fait son grand retour sur le devant de la scène avec un
nouvel album inspiré.
Axel Trémoulu est une figure bien connue dans le milieu artistique réunionnais. Pourtant, à soixante-douze ans, ce guitariste hors-pair compte
finalement peu d’albums à son actif. C’est qu’Axel a toujours exercé son talent dans la
pure tradition orale. Deux raisons à cela : l’artiste ne sait ni lire ni écrire et il fait partie
d’une génération qui préférait le rapport direct au public au cours de soirées endiablées.
Né à Saint-Denis, en 1935, le jeune Axel apprend d’abord le banjo avant de se passionner
pour la guitare. Gamin, il joue avec Herbert Thivernet, son voisin et copain, dans la « kour
gramoun » d’un certain Jules Arlanda. Ce dernier les initie à son art en leur offrant une flûte
à piston et une flûte en porcelaine. Dès lors, les marmailles s’accompagnent mutuellement.
Et leurs jeux d’enfants se résument bien souvent à des concerts improvisés.
Au fil du temps, Axel devient un instrumentiste recherché. Tailleur de métier, il se produit
le week-end et certains soirs de semaine dans les boutiques chinoises du quartier. Mais le
véritable tournant a lieu en 1955, quand Herbert Thivernet décide de créer le trio
Fantasio. Axel répond présent, de même qu’Arsène « Petio » Rebecca. Tous les soirs, le
joyeux trio enflamme la boutique Chan-Kon et fait le bonheur des clients du restaurant
Chez Marcel. Une légende locale est née.
Avec le trio Fantasio, l’aventure se poursuivra jusqu’en 1971. Mais Axel est de toutes les
épopées : avec les Compagnons, en 1977 ; avec Fred Espel, en 1978. Et dans le sud de l’île,
ses solos font le bonheur des spectateurs lorsqu’il joue aux côtés de Jules Arlanda ou
Serge Barre.
En même temps, le guitariste poursuit une carrière de musicien de bal avec l’ensemble Jazz
Tropical de Claude Vinh-San. Au programme, les musiques de danses populaires : tango,
valse, cha-cha-cha, boléro…
Axel Trémoulu a joué pendant dix-sept ans avec Claude Vinh-San. Il a aussi côtoyé Loulou
Pitou, Julien Vauzelle, Benoîte Boulard, Maxime Laope ou Marc Mirault ; autant de grandes
vedettes du séga qu’il accompagnait en studio.
Compositeur recherché, ses thèmes riches et élaborés ont souvent été repris, voire
appropriés, par d’autres musiciens sans que personne n’en connaisse la véritable source…
Autodidacte touche-à-tout, Axel Trémoulu a exploré tous les styles et toutes les
influences, des musiques traditionnelles de la Réunion (séga, maloya) aux thèmes sudaméricains (cha-cha-cha, tango, boléro, samba…) en passant par le jazz, le swing et même
le funk ou la variété.
Avec Sonate péi, son tout dernier opus enregistré en août 2007, Axel Trémoulu retrouve
enfin le devant de la scène. Une belle surprise qui doit beaucoup au travail d’Evie
Cizeron-Grondin, musicologue, artiste et enseignante à l’origine du projet. C’est elle qui
a assuré le collectage des thèmes et qui les a fixés sur partitions. Elle aussi qui s’est chargée
de l’instrumentation et des arrangements, avec la collaboration de Jean Cizeron. Elle, enfin,
qui a assuré la direction musicale des quatorze musiciens et la production du CD. La galette
regroupe sept titres qui brassent l’univers d’Axel Trémoulu, entre séga, maloya, seggae,
swing, boléro, funk et chacha. Un album pour mémoire et des thèmes à écouter ou
réécouter !
« Sonate péi » par Axel Trémoulu. Enregistré en août 2007 au Digital Studio de Saint-Denis.
Produit par Evie Cizeron-Grondin en partenariat avec Radio Vie. Ventes au 02 62 29 34 07.
Axel Trémoulu - Photo : D.R.
12 / Muzikalité N° 31
S
ortie de disques
Tremplin 2008
Premier acte du nouveau label musique d’Antenne Réunion, la compil « Tremplin » dévoile dix-sept
jeunes talents de la Réunion.
Dans les bacs à la Réunion depuis le 10 juin, la compilation « Tremplin » du tout nouveau label musique d’Antenne
Réunion fait un pari sur les jeunes talents. Au programme : dix-sept artistes
et dix-huit titres, dont un sous la houlette des trois finalistes malheureux
des sélections locales de la Star’ AC.
« Pour ce premier opus, nous avons privilégié l’éclectisme, la pluralité des
genres, explique Julie Hoarau, chez Antenne Réunion. Parmi nos jeunes
talents, certains font du rock alternatif, d’autres du hip-hop underground,
du séga lontan, du rap à la Diam’s, du R&B ou encore de la soul
acoustique. L’objectif était de mettre l’accent sur ces artistes et de leur
donner un coup de pouce pour la suite de leur carrière. »
Pour Antenne Réunion, c’est aussi l’occasion de lancer une nouvelle
activité de promotion musicale. « En partenariat avec Akout.com, le
PRMA et Discorama, qui distribuera tous nos disques, cet album est le
premier acte de notre tout nouveau label de musique, reprend Julie
Hoarau. Nous voulons nous positionner comme des découvreurs de
talents. Pour cela, nous mettrons nos moyens techniques et nos
compétences en matière de promotion télévisuelle à disposition des
artistes que nous comptons suivre. »
Les dix-sept jeunes talents ont été sélectionnés à l’issue d’un tremplin lancé le 15 mars dernier. Une centaine de
candidatures ont ainsi été décortiquées, sur la base de quatre titres envoyés par les artistes. Au final, trois des
quatre finalistes des sélections locales de la Star’ AC et quatorze perdreaux de l’année ont réussi leur examen
d’entrée !
Plusieurs de ces artistes se sont produits sur la scène du Kabardock, le 21 juin, pour la fête de la musique.
Une manière, pour ces artistes, de mieux se faire connaître du grand public et, pour Antenne Réunion, de lancer
officiellement son nouveau label.
Pour voir les bios des artistes, connectez-vous sur : www.antennereunion.fr.
Takamba fait des vagues
Chroniqué dans ces pages à l’occasion de notre précédent numéro, le
dernier né du label Takamba – La famille Gado, entre romances et
maloyas – a reçu un bel accueil chez les spécialistes de la musique
vernaculaire. Pour preuve : Bertrand Dicale, musicologue et chroniqueur
respecté (il officie chez Chorus, France Inter, le Monde de la musique, le
Figaro…) en fait une critique dithyrambique sur son blog perso
(www.pasplushautquelebord.blogspot.com). Cela méritait d’être noté.
Côté projets, le label patrimonial du PRMA a quelques CD sur le feu. Le
double-album consacré à Narmine Ducap devrait, comme prévu, sortir
en juillet. Suivront une réédition des musiques de danses populaires
signées Claude Vinh-San et son fameux orchestre Jazz Tropical.
Pour la fin de l’année, le PRMA travaille également à la réédition d’un
CD-DVD d’Alain Peters avec des extraits de concerts et d’interviews et
une version remastérisée de Parabolèr comprenant deux titres
inédits.
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M
émoire
L e maloya en deuil
Avec les décès successifs de Marie-Thérèse Philéas et Serge Sinamalé, la Réunion vient de
perdre deux figures marquantes du patrimoine culturel réunionnais.
Epouse de feu Granmoun Lélé, Marie-Thérèse Philéas
nous a quittés le 13 mai. Grande dame du maloya Kabaré
et de la musique traditionnelle à la Réunion, elle était le
second pilier d’une longue lignée familiale qui porte
fièrement l’étendard de cette musique héritée des
champs de l’esclavage.
Sur scène, son sourire et son énergie ont mené la
troupe Lélé au plus haut sommet. Sa disparition laisse
un vide immense dans ces servis’ kabaré où MarieThérèse Philéas avait un rôle de guide dans la
transmission du culte des ancêtres cafres et malgaches.
Une perte inestimable pour la culture péi, saluée
comme il se devait par l’ensemble de la communauté
culturelle réunionnaise.
Photo : Willy Philéas
Encore sous le choc de cette triste nouvelle, nous avons
appris le mois dernier la disparition d’une autre figure de
la Réunion. Militant politique et culturel, défenseur des
traditions et du patrimoine réunionnais, notamment à
travers la troupe Cimendèf qu’il avait créée, Serge
Sinamalé est mort le 12 juin à Saint-André.
Un hommage unanime lui a été rendu. Dans son
atelier de fabrication d’instruments réunionnais, où son
corps était installé, bon nombre sont venus lui rendre
hommage. A l’enterrement, artistes, activistes
culturels, militants associatifs, universitaires et
politiques de tous bords étaient là pour saluer la
mémoire d’un « grand militant politique et culturel de
Saint-André ».
Des obsèques émouvantes, au son du maloya pléré,
comme pour rappeler que, l’homme parti, son œuvre
et son combat continueront de perdurer.
Photo : Christian Baptisto
14 / Muzikalité N° 31
P
ortrait
« Un délégué pas cigale mais fourmi »
Michel Mey, nouveau délégué régional de la Sacem
A la Réunion depuis quelques mois à peine, Michel Mey a bien voulu
répondre à nos questions. Entretien sans langue de bois et sans concessions !
Michel Mey est un homme atypique ! Stéphanois d’origine, il n’est pas pour autant
amateur de ballon rond. Plus exactement, il n’est plus amateur de football depuis
qu’il a passé de longues années dans le sud-ouest de l’hexagone. Il faut dire que
Carcassonne, Albi, Toulouse et Perpignan ont quelques arguments pour vous
faire virer en ovalie. Dont acte !
Plus surprenant, le nouveau délégué régional de la Sacem n’est pas non plus
musicien. Amateur éclairé, bien sûr, et même croyant pourrait-on dire. Mais pas
pratiquant ! Non, sa religion à lui, c’est la gestion. Pour l’expliquer : le jovial
délégué à une réponse toute prête qu’il a murie pendant de longues années
d’activité.
« Je ne suis pas cigale mais fourmi. La plupart des délégués de la Sacem ont fait
du droit. Personnellement, j’ai plutôt un profil de gestionnaire puisque
commercial à l’origine. Cela ne me semble pas contradictoire avec ma
fonction. Après tout, je suis là pour « vendre » les artistes et la création ! Pour
cela, je compte mettre l’accent sur la communication et l’information,
sensibiliser plutôt que réprimer. Bref, je veux « casser » l’image de flic de la
musique qui s’attache trop souvent à nos fonctions. »
Vaste chantier ! D’autant que la délégation locale date des années 1980 alors
qu’à l’échelon national, l’honorable institution compte plus d’un siècle
d’ancienneté…
« Notre délégation est jeune : à peine trois délégués se sont succédés à mon
poste. En même temps, nous gérons 1 300 sociétaires. C’est énorme ! Il va
falloir mettre en place un certain nombre de choses pour s’implanter
durablement, solidifier la structure, trouver de nouvelles formes d’actions,
renouer le contact avec les sociétaires et les pouvoirs publics… Le tout en
installant une antenne à Mayotte ! Alors, oui, le chantier est vaste mais
singulièrement excitant car tout est à inventer ! »
Pour y parvenir, le nouveau délégué n’entend pas ruer dans les brancards. S’il
concède du bout des lèvres que la délégation régionale était « un peu à la dérive »,
il sait aussi qu’on « ne débarque pas ici en pays conquis ». Résultat : avant de
faire sa révolution, Michel Mey veut d’abord rencontrer tout le monde.
Michel Mey - Photo : D.R.
« Pour l’instant, on est en phase de diagnostic. Pour moi, il s’agit de me
familiariser avec la création « péi », les structures, les intervenants, programmateurs, producteurs, directeurs de salles, etc.
Ensuite, il faudra mettre en place des axes de travail censés répondre aux problématiques posées par ce diagnostic. »
Entre autres chantiers qui déjà se dessinent : la lutte contre la piraterie (« Il faut régler le problème de la copie privée. ») et
la refonte totale du système de répartition.
« A l’heure actuelle, 88 % de notre budget est reversé aux auteurs-compositeurs ; soit 1.7 millions d’euros sur un budget
annuel de 2 millions. C’est plutôt un bon score, mais reste à savoir si cette répartition est équitable alors que la Réunion
est dans un exceptionnel foisonnement créatif. La musique ici est une richesse culturelle sans équivalent. Mais c’est un
phénomène identitaire avant d’être un vecteur économique. Pour faire évoluer les choses, il faut travailler sur la
professionnalisation. Cela dit, pour le peu que j’en ai vu, la Réunion semble gâtée en termes d’offre de spectacles,
d’équipements publics, de scènes et de salles de répétition. Il ne faut pas grand chose pour que çà décolle ; peut-être juste
un peu d’information et de pédagogie. »
Sans surprise, sa première action sera donc de mettre en place des sessions d’information en forme de rencontres
informelles réunissant tous les institutionnels impliqués dans cette démarche de professionnalisation. La première est
prévue pendant le Sakifo. D’autres devraient suivre à rythme régulier. Pour le reste, il faudra attendre un peu. Après tout,
le nouveau délégué n’a pris son poste qu’en février…
À noter que Michel Mey tient une permanence SACEM chaque dernier jeudi du mois à Saint-Pierre - Tel : 0262 94 82 22
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...EXPORT................................
:: Toguna est partout !
:: Davy Sicard
Grosse actu à l’export pour Toguna et son reggae soul ! Le groupe vient d’être
nominé aux Césaires de la musique dans la catégorie « Meilleur groupe ». Verdict :
le 23 septembre, au théâtre parisien du Châtelet. L’an dernier, la prestigieuse
récompense avait été décernée à Ziskakan comme meilleur groupe World et à
Gramoun Sello comme groupe tradition de l’année. Avant cela, le groupe se
produira au Sakifo Maurice, du 1er au 3 août, en compagnie de Tiken Jah Fakoly
et Keziah Jones. Suivront une tournée à Madagascar avec Rajery, du 1er au 13
septembre et, surtout, une tournée promotionnelle à Tokyo, du 15 au 21
septembre ; tournée mise au point par le label japonais Meta Compagny (Tété…)
qui a pris directement contact avec le groupe sur son adresse MySpace. Après
plusieurs showcases en acoustique pour faire connaître leur nouvel album au
public nippon, les dalons enchaîneront sur un showcase de trois jours à Paris
avant de revenir à la Réunion pour le Manapany festival, le 27 septembre. Enfin,
une tournée en Europe (Allemagne, Autriche, France) devrait se confirmer pour
le mois de décembre. Et une tournée aux USA est en cours de construction pour
2009. Quand on vous disait qu’ils étaient partout !
Pour la sortie de son nouvel album (« Kabar », à sortir le 22 septembre chez Up
Music), Davy Sicard bénéficie d’une belle couverture médiatique. Cet album en
forme de conte initiatique où la quête de spiritualité conduit à la redécouverte
du maloya est d’ores et déjà programmé sur la playlist d’été de France Inter.
Dans la foulée, Davy se produira le 12 octobre au Nancy Jazz Pulsation, le 21
octobre à Niort (au Moulin du Roc) et le 23 octobre à Paris (à L’Européen).
Plus d’infos sur : www.myspace.com/toguna ou [email protected]
:: Tabernacle ! Les Pat’Jaune au Québec !
Ils en rêvaient depuis longtemps… le rêve devient réalité ! Les Pat’Jaune seront
au Québec pendant tout le mois d’août pour prendre la température et
préparer la tournée 2009. Au programme : une dizaine de dates dont trois
concerts-auditions pour le Festival d’été de Québec, le Festival international des
Rythmes du monde et le Festival de Gaspésie. A noter, un spectacle commun
avec les Réunionnais résidant au Québec et quelques rencontres avec des artistes
québécois.
Plus d’infos sur : www.davysicard.com et www.davysicard.com
:: Salem Tradition
Christine Salem, sa voix ensorcelante, son kayanm et ses dalons seront le 29
juillet à Anger (festival Anger l’été), le 31 juillet à Nantes (festival Aux heures
d’été), le 1er aout à Châteaudun, et le 9 août à Crozon (festival du Bout du
monde). Ils en ont de la chance les Bretons !
Plus d’infos sur : www.myspace.com/salemtradition
:: Olivier Ker Ourio
Le jazzman touche-à-tout promènera son harmonica sur de nombreuses scènes
pour présenter, notamment, son dernier projet : l’album Oversea, paru l’an
dernier. Quelques dates à retenir : le 3 juillet, à Rennes, aux Tombées de la Nuit ;
le 16 juillet au Festival de Radio France et Montpellier ; les 18 et 19 juillet à Saint
Petersburg (Russie) ; le 20 juillet à Moscou (Russie) ; le 30 août à Brême ; les 12
et 13 septembre à Paris, au Duc des Lombards ; le 20 septembre à Hédé (35) à
Jazz aux Ecluses.
Plus d’infos sur : www. kerourio.com et www.myspace.com/olivierkerourio
Plus d’infos sur : www.patjaune.com
:: Danyel Waro
:: Jozéfinn’ s’invite en Belgique
Le barde créole engagé sera dans l’hexagone (et plus si affinités) en juillet : le 3,
à Fougères ; le 6, à Pont de Ce ; le 8, à Cartagena (Espagne) ; le 10, à Bourg-enBresse (festival Les Temps Chauds) ; le 12, à Thouars ; le 13, à Paris (festival
Musiques et Jardins) ; et le 15, à Grimaud.
Du 8 au 10 août, Jean-Pierre Josephine sera l’un des invités de choix de la vingtquatrième édition du Gaume Jazz Festival, dans la province du Luxembourg belge,
pour une création originale en compagnie du guitariste Steve Louvat. L’occasion
pour Laurent Barbiot, un programmateur de spectacle récemment débarqué à
la Réunion depuis sa Belgique natale, d’initier un projet d’échange entre la
Réunion et le « Plat pays ». Intitulé « BelgoRun », ce projet devrait permettre
d’autres échanges artistiques entre frites et cari ! Ainsi, Lansiv devrait se produire en Belgique dans les prochains mois. En sens inverse, l’accordéoniste belge
Tuur Florizoone viendrait à la Réunion dès l’an prochain pour une possible création avec René Lacaille. A suivre…
Plus d’infos sur : www.danyel_waro.mondomix.com
:: Ti piment
Un festival aux petits oignons
Du 6 au 14 juin, Nancy accueillait la troisième édition de son festival
Ti Piment dédié aux arts et cultures de l’océan Indien. Retour sur
événement.
Plus d’infos sur : www.gaume-jazz.be
:: Ziskakan et Zong en goguette au Maroc
Pour la cinquième édition du festival Timitar d’Agadir (Maroc), Ziskakan et Zong
seront, avec le comorien Maalesh, parmi les rares artistes non marocains conviés
à ce festival plus centré que jamais cette année sur le Maghreb. Si vous passez par
là, halte indispensable à Agadir, du 1er au 6 juillet.
Plus d’infos sur la programmation : www.festival-timitar.com
:: Meddy Gerville
Le pianiste de jazz le plus remuant de sa génération présente son nouvel album
« Fo kronm la vi ». Il sera à Paris, le 29 juillet, pour un concert au Baiser Salé. A
suivre : trois sets au célèbre Marciac Jazz Festival, du 1er au 3 août.
Plus d’infos sur : www.meddygerville.com et www.myspace.com/meddygerville
:: Maloy’az
Pour leur premier album en duo, Maykéz et Pierre Ydier font très fort (voir nos
pages Disques) ! Maloy’az fera découvrir son « Sen’Mêlé » au public poitevin, le
11 juillet à Notre-Dame-la-Grande et le 27 septembre, à la FNAC de Poitiers.
Plus d’infos sur : www.maloyaz.fr ou [email protected]
:: DJ Dan
Le « bidouilleur » de génie de la tribu Kermaron va mettre Paris à l’heure du 974 !
Il sera à la Scala, le 5 juillet, pour un set d’enfer avec DJ Noox et le 12 juillet à la
Villa.
Plus d’infos sur : www.kermaronprod.skyrock.com
16 /Muzikalité N° 31
Occasion d’un retour aux sources, la troisième édition du festival Ti Piment, qui
avait lieu à Nancy, du 6 au 14 juin, n’ambitionnait rien moins que de résumer, en
quelques spectacles bien choisis, les étapes essentielles de la vie : naissance, âge
adulte, mariage, mort. Autant de rituels de passage au sein de cultures fortes et
bien vivantes, comme on les trouve encore dans l’océan Indien, qui se déroulent
souvent dans la danse et en musique.
Suivant ce fil rouge, le festival Ti Piment invitait cette année encore au voyage au
fil d’une programmation pluridisciplinaire mêlant le chant et la danse, le cinéma
et la peinture, les conférences et le one man show. Des Mascareignes à l’Inde en
passant par l’Afrique de l’Est, de discipline en discipline et de lieu en lieu, comme
à chaque édition, Ti Piment promettait un programme alléchant.
Côté Mascareignes, il ne fallait pas manquer les contes comoriens de Salim
Hatubou et le slam de son compatriote Ahamada Smis. On aura aussi retenu
« Destin tracé », un film sur la tradition du grand mariage signé de la Comorienne
Ahamada Hachimiya, auquel répondait le « Destin dansé » de Valérie Berger et
sa Compagnie Tetra Danse.
Pour la musique, on avait aussi le choix : de l’ambiance chaude de Tuléar, avec le
tsapiky de Damily, au patrimoine antandroy purement traditionnel de
Remanindry et son chant Beko, en passant par les couleurs malgaches de Lindigo
et la fusion électro-acoustique de Lo Griyo.
Le tout entre restauration, artisanat et librairie. Bref, encore un festival aux
petits oignons pour nos artistes locaux !
Plus d’infos sur le festival : 03 83 25 96 09 / [email protected] /
www.tipiment.com