sur le tourisme
Transcription
sur le tourisme
3 ACTES ES > RENCONTRES PARLEMENTAIRES SUR LE TOURISME MARDI 1ER JUILLET 2014 MAISON DE LA CHIMIE Et si le redressement passait par le tourisme ? Présidées par En présence de Député du Pas-de-Calais Président de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français Secrétaire d’Etat chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire Daniel Fasquelle Pascale Got Députée de la Gironde Présidente du groupe d’études “Tourisme” Rapporteure de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français Carole Delga George Pau-Langevin Ministre des Outre-mer Taleb Rifai Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme Remerciements Daniel Fasquelle et Pascale Got remercient Carole Delga, secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire et George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer pour nous avoir fait l’honneur de leur présence lors de ces Rencontres, Taleb Rifai, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme pour l’ouverture cette matinée, Sophie Jovillard, journaliste, présentatrice d’Échappées belles sur France 5 pour son édito optimiste, Franck Ferrand, historien, présentateur de Au coeur de l’histoire sur Europe 1 et L’ombre d’un doute sur France 3 pour son allocution lors du déjeuner, Philippe Lefebvre, journaliste sur France Inter pour avoir animé les débats, leurs collègues, Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne, Jean-Michel Couve, député du Var, Sophie Dion, députée de la Haute-Savoie, Édith Gueugneau, députée de Saône-et-Loire, Jean-Jacques Lasserre, sénateur des Pyrénées-Atlantiques et Monique Rabin, députée de la Loire-Atlantique, ainsi que l’ensemble des intervenants qui, par leur expertise et leur contribution aux débats, ont concouru au succès de cette manifestation. Ces Rencontres ont également été rendues possibles grâce au soutien et à l’implication de leurs partenaires : Aéroports de la Côte d’Azur Belambra Clubs Les clubs Vacanciel Fédération unie des Auberges de jeunesse (FUAJ) Alliance du Commerce - UCV Sommaire Ouverture des Rencontres 1 Taleb Rifai Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme SESSION II Défis et conditions de succès 21 Avoir une vraie démarche d’entreprise Éric Sauvage, partner d’AT Kearney, rapporteur du groupe de travail sur le Tourisme de l’Institut Montaigne 23 Une entreprise digitale au service des marques et du marketing territorial Martine Granier, présidente de vente-privee-voyage.com 24 Pourquoi la France est-elle attractive pour les étrangers (et pour les Français) ? Jean-Daniel Lévy*, directeur du département politique et opinion d’Harris Interactive 25 La fiscalité au service du développement des territoires Monique Rabin, députée de la Loire-Atlantique, co-rapporteure de la mission d’évaluation et de contrôle sur la fiscalité locale des hébergements touristiques 26 Soigner l’image de la France Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, président de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français, maire du Touquet-Paris-Plage 27 Formation : revenir aux fondamentaux Lionel Walker, vice-président national de l’Institut français du tourisme (IFT), président du pôle d’excellence IFT Paris-Est, vice-président du conseil général de Seine-et-Marne 28 Le tourisme social comme outil de développement des territoires Claudie Buisson, contrôleur économique et financier, auteur du rapport "Lutter contre la fracture touristique", rapporteur du groupe de travail "Redynamiser les vacances des Français" des Assises du tourisme Allocution 4 Carole Delga Secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire SESSION I Une industrie d’avenir pour la France 10 11 12 14 Introduction Pascale Got, députée de la Gironde, présidente du groupe d’études "Tourisme", rapporteure de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français Le potentiel touristique de la destination France Olivier Colcombet*, président du directoire de Belambra Clubs L’attractivité du territoire, comment repenser la gouvernance du tourisme en France ? Joël Giraud, député des Hautes-Alpes, co-pilote du groupe de travail "Fédérer et dynamiser les pouvoirs publics en faveur du tourisme" des Assises du tourisme Le grand projet de construction d’un groupe de tourisme dédié à la destination France Jean-Claude Nérisson, président de Vacanciel 16 Les innovations touristiques (au-delà du numérique) Christian Mantei, directeur général d’Atout France 18 DÉBATS * Synthèse des propos non validée par son auteur (intervention liminaire et échanges avec la salle) Sommaire ÉDITO OPTIMISTE 29 Le développement durable et le numérique, facteurs clés de l’attractivité des auberges de jeunesse et des territoires Édith Arnoult-Brill, secrétaire générale de la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), présidente d’Hostelling international 44 Le tourisme évènementiel comme facteur d’attractivité des territoires Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne, co-président du groupe "s’adapter aux mutations du secteur" des Assises du tourisme, co-auteur du rapport d’information "Tourisme : une place de leader à reconquérir" 46 Le tourisme « doux » et les stations thermales, leviers d’attractivité du territoire Édith Gueugneau, députée de Saône-et-Loire Sophie Jovillard* Journaliste, présentatrice d’Échappées Belles sur France 5 SESSION III Le tourisme au service des territoires 32 Le transport aérien comme soutien au développement des territoires Dominique Thillaud, président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur, vice-président de l’Union des aéroports français 34 Tourisme et aménagement du territoire Jean-Jacques Lasserre, sénateur des Pyrénées-Atlantiques, président du groupe "Tourisme et loisirs", co-auteur du rapport d’information "Tourisme : une place de leader à reconquérir" 36 42 Tourisme d’été et d’hiver, la création d’un pôle d’excellence Sport et Montagne Sophie Dion, députée de la Haute-Savoie, présidente du groupe d’études "Montagne" 38 Tourisme urbain et culturel : comment améliorer les retombées économiques et sociales ? Claude Boulle, président de l’Alliance du Commerce - UCV 40 Préserver la dynamique de Paris Jean-François Martins, adjoint à la maire de Paris, en charge du tourisme Clôture des Rencontres 47 George Pau-Langevin Ministre des Outre-mer Déjeuner-débat 51 autour de Franck Ferrand*, journaliste sur Europe 1, présentateur de Au cœur de l’histoire sur Europe 1, et L’ombre d’un doute sur France 3 * Synthèse des propos non validée par son auteur (intervention liminaire et échanges avec la salle) Animation des débats Journaliste spécialiste des questions de tourisme et de consommation sur France Inter, Philippe Lefebvre a également produit et réalisé de nombreux documentaires et émissions pour le compte de différentes chaînes de télévision : France 2, France 3, RTSI Télévision suisse italienne, LCP-Assemblée nationale et CuisineTV. Ouverture des Rencontres Taleb Rifai Philippe Lefebvre Je suis ravi de vous retrouver pour ces 3es Rencontres parlementaires sur le Tourisme, question au cœur de l’actualité puisque se sont déroulées la semaine dernière les Assises du tourisme, en présence de Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Fleur Pellerin et Carole Delga. Aujourd’hui, il convient de se demander si le tourisme va prendre sa part dans le redressement de l’économie française. Ce sera le cas, je le pense, mais la question est de savoir à quelles conditions, et à quel niveau. Les chiffres sont connus : la France accueille sur son territoire environ 81 millions de visiteurs par an, et le tourisme représente un peu plus de 7 % de son PIB. En outre, le monde devrait compter 1 milliard de touristes supplémentaires à l’horizon 2030, l’objectif affiché par Laurent Fabius consistant à en conquérir 5 % au moins. Nous étudierons tout au long de la matinée les moyens envisageables pour atteindre ces objectifs. Avant cela, permettez-moi de vous présenter Taleb Rifai, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, dont la parole est rare et compte beaucoup dans le monde du tourisme. J Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), Taleb Rifai a commencé son premier mandat de quatre ans le 1er Janvier 2010, et a été élu pour un second mandat de quatre ans, le 1er janvier 2014, par la 20e session de l’Assemblée générale de l’OMT. Taleb Rifai a une vaste expérience au niveau international, dans le domaine public, le secteur privé et le milieu universitaire. Il a été directeur général adjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT), il a été ministre de la Planification et de la Coopération internationale, ministre de l’Information et ministre du Tourisme et de l’Antiquité en Jordanie. Il a été également chef de la direction de Ciment Company, directeur de la mission économique à Washington DC et directeur général de la Société de promotion des investissements de la Jordanie. ’aurais aimé pouvoir m’exprimer dans la magnifique langue française, mais ce ne sera malheureusement pas possible. Je m’en excuse auprès de vous et tiens néanmoins à vous dire ces quelques mots dans votre langue : c’est pour moi un vrai plaisir et un grand honneur d’être parmi vous aujourd’hui. Je tiens à vous remercier pour cette invitation, qui est l’occasion pour moi de partager avec vous quelques-uns des débats, et quelques-unes des idées qui comptent le plus aujourd’hui. Je vous adresse les salutations de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), institution spécialisée de l’ONU, ainsi que celles de la communauté internationale des voyages et du tourisme. Mes chers amis, la France est le pays le plus visité au monde. Ce résultat ne doit rien au hasard. L’engagement de toutes les autorités publiques et la dynamique d’innovation du secteur privé expliquent ce succès. La France a pu ainsi consolider sa position de leader année après année. Malgré une compétition croissante sur le marché mondial, votre pays s’est maintenu à son rang, avec fermeté. Les voyages et le tourisme représentent un phénomène mondial majeur du XXIe siècle, et jouent un rôle très important dans la vie de millions de personnes à travers le monde. Le tourisme est aujourd’hui synonyme de croissance économique, de création d’emplois, d’exportation, de développement de nouvelles opportunités, et de bien d’autres choses encore. De nos jours, des millions de personnes vivent de cette magnifique activité qu’est le tourisme, 1 dont ils tirent un emploi et un bénéfice. Rien qu’en Europe, près de 20 millions d’emplois sont issus des voyages et du tourisme. En France, 8 % de l’emploi total et de l’activité commerciale proviennent de ce secteur d’activité. Le tourisme international représente 30 % des échanges commerciaux et de services à l’échelle mondiale, et près d’un milliard d’euros en recettes d’exportations. Ces recettes permettent d’équilibrer la balance des paiements, particulièrement en Europe et dans la zone euro. De plus, le tourisme est l’un des rares secteurs économiques en croissance dans le paysage économique actuel. C’est en outre, l’un des secteurs les plus résilients, puisque au cours de la dernière décennie, le tourisme a su se relever des crises économiques, du terrorisme, et des catastrophes naturelles. « En France, 8 % de l’emploi total et de l’activité commerciale proviennent du secteur du tourisme », Taleb Rifai Toutefois, soyons réalistes. De nos jours, plus de 200 millions de personnes de par le monde sont au chômage. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime à 600 millions le nombre d’emplois à créer d’ici 2025 pour pouvoir espérer maintenir la croissance économique et la stabilité sociale que l’on connaît aujourd’hui. Malgré ce contexte difficile, des forces sont à l’œuvre. Exploitées comme il se doit, ces forces permettront de transformer ce paysage d’ensemble, et de promouvoir l’objectif d’un monde meilleur. L’industrie du tourisme et des voyages est précisément l’une de ces forces qu’il s’agit d’exploiter. Pour illustrer mon propos, je vais vous soumettre certains chiffres : en 2013, le tourisme international a crû de 5,1 % par rapport à 2012, pour atteindre 1,087 milliard de touristes qui ont franchi des frontières sur une année. Un habitant de la planète sur sept réalise au moins un voyage international chaque année. Ce chiffre est sans précédent. Nous attendons de l’année 2014 qu’elle permette de consolider cette croissance à un taux moyen 4 % ou 4,5 %. Les premiers mois de l’année écoulée ont confirmé ces perspectives. D’ici 2030, l’OMT prévoit que le nombre de touristes internationaux atteindra 1,8 milliard chaque année. Et chaque année, il faudra s’attendre à ce que 6 milliards d’individus effectuent des trajets à l’intérieur des frontières de leur propre pays. Ces chiffres sont impressionnants, qui plus est lorsqu’on se penche sur le passé. En 1950, le chiffre annuel de touristes internationaux ne s’élevait qu’à 22 millions et 75 % des habitants de la planète ne dépassaient jamais un cercle de 100 kilomètres autour d’eux tout au long de leur vie. elle seule, l’Europe accueille plus de 560 millions de touristes internationaux qui génèrent 380 milliards d’euros pour les économies nationales du Vieux Continent. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’on n’avait vu autant d’individus se déplacer en autant d’endroits. Peu de lieux sur la planète résistent à la curiosité des voyageurs. Prenez une carte du monde, placez votre index au hasard à un endroit, et vous vous rendrez compte qu’il vous est possible de vous y rendre en 24 h, 36 h ou 48 h. Vous serez accueilli sur place par des visages souriants, et vous trouverez un hôtel pour vous loger. Pour favoriser la reprise économique mondiale, la croissance inclusive et le développement durable, la croissance exponentielle du tourisme constitue un atout. Par-delà tous les chiffres que j’ai cités, le tourisme se révèle être un outil – dont l’apport reste souvent sous-estimé – au service de la croissance économique, de la création d’emplois et du développement. Le message que je souhaite vous adresser aujourd’hui est très clair. Le tourisme fait partie intégrante des solutions à trouver pour relever les défis cités plus haut. l’heure où des activités traditionnelles telles que l’industrie, l’agriculture ou d’autres secteurs montrent 2 des signes d’essoufflement. Il nous faut reconnaître l’émergence de nouvelles activités : le tourisme, la culture, le sport, les nouvelles technologies, etc. Ces activités forment le cœur de la « nouvelle économie ». « La construction d’un hôtel employant 100 personnes débouche sur la création de 240 emplois », Taleb Rifai Pour conclure, je voudrais résumer les facteurs qui font du tourisme l’une des solutions à nos problèmes. D’abord, le tourisme crée des emplois à un rythme supérieur à tous les autres secteurs. Nous savons tous que le tourisme connaît un taux de croissance en matière d’emplois supérieur à la moyenne. Par ailleurs, les emplois créés dans le tourisme ne sont pas délocalisables. Ils offrent des chances d’emploi aux individus à l’intérieur des frontières de leur pays, dans des zones qui souvent sont en demande de développement économique et requièrent l’attention des pouvoirs publics. Ensuite, le tourisme permet de créer de la richesse et des emplois, non seulement dans son propre secteur, mais dans de nombreux autres domaines d’activité. D’après les conclusions de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) et de l’OMT que je représente ici, chaque emploi dans le secteur du tourisme crée 1,4 emploi dans le reste de l’économie : la construction d’un hôtel employant 100 personnes débouche ainsi sur la création de 240 emplois. De même, l’ouverture d’un restaurant qui emploie dix personnes va permettre la création de 24 emplois. l’heure où de nombreuses économies nationales sont confrontées à une contraction de la demande, le tourisme international a un impact considérable grâce à la chaîne de valeur qu’il induit. En troisième lieu, le tourisme est l’un des secteurs les plus résilients. Or, s’il est un critère fondamental pour affronter les défis du monde actuel, c’est bien la résilience, la flexibilité et la capacité à s’adapter à des conditions changeantes. Le tourisme n’a connu un recul qu’en trois occasions : d’abord, en septembre 2001, après les attaques du 11 septembre ; ensuite, en 2003, la crise du SRAS ; enfin, en 2009, après l’une des pires crises économiques de l’histoire. Chaque fois, le secteur du tourisme a été capable de rebondir l’année suivante, avec une croissance à deux chiffres. Enfin, le tourisme joue un rôle central dans la promotion de l’économie verte. L’ONU a identifié ce secteur comme étant l’un des onze secteurs dont le rôle est crucial dans la transformation de l’économie mondiale. condition que les investissements nécessaires soient effectués, le tourisme peut prendre la tête du mouvement en faveur de l’économie verte, en favorisant la création d’emplois, une meilleure efficacité énergétique et le développement d’une plus grande conscience environnementale. Mes chers amis, le tourisme fait partie intégrante des solutions à même de favoriser une reprise de la croissance, et bien au-delà, il est un vecteur de long terme pour promouvoir une croissance économique durable, résiliente et équitable. Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes voyagent à travers la planète, et six milliards d’individus effectuent des trajets à l’intérieur des frontières de leur pays. Le secteur du tourisme crée des centaines de millions d’emplois. Il devient, par conséquent, un secteur incontournable dès lors qu’il s’agit d’évoquer la croissance économique et le développement. 3 Allocution Carole Delga Philippe Lefebvre Je vous propose désormais d’accueillir Pascale Got et Carole Delga, secrétaire d’ tat chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’ conomie sociale et solidaire. Ce secrétariat d’ tat n’est-il pas l’un des quatre mousquetaires du tourisme ? Pascale Got, députée de la Gironde En effet, et lors de la clôture des Assises du tourisme, Carole Delga avait insisté sur la création d’un comité stratégique de filières, afin de structurer l’industrie touristique française et de contrats territoriaux d’excellence touristique quant à la promotion des territoires français. La volonté de garantir l’accès à tous pour les vacances avait été réaffirmée. Carole Delga possède une vision très précise de ce que peut être le tourisme axé sur la France. Mme la ministre, merci de votre présence pour nous faire entendre vos positions. M Secrétaire d’État chargée du Commerce, de ’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire auprès du ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, depuis le 3 juin 2014, Carole Delga a été élue députée du Comminges – Savès, 8ème circonscription de la Haute-Garonne, en 2012. Elle était membre de la commission des Finances et rapporteure spéciale du budget enseignement scolaire. Secrétaire nationale du Parti socialiste et coordinatrice du pôle justice sociale et cohésion territoriale, en charge de l’agriculture et de la ruralité, Carole Delga était auparavant secrétaire nationale du Parti socialiste, en charge du logement et de l’égalité des territoires. Élue maire de Martres Tolosane (Haute-Garonne) en 2008, réélue en 2014, Carole Delga a été vice-présidente de la région, en charge de la ruralité, des services au public en milieu rural et des technologies de l’information et de la communication (TIC) – Midi-Pyrénées de 2010 à 2013. Carole Delga est licenciée en sciences économiques (mention Bien) et titulaire d’un diplôme universitaire en sciences juridiques de l’Université des sciences sociales Toulouse I, ainsi qu’un master II en droit des collectivités locales de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. onsieur le secrétaire général de l’OMT, mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les sénateurs, le tourisme n’est pas un sujet anecdotique en France, qui reste le pays le plus visité au monde. Le tourisme est plus qu’un simple vecteur économique : c’est un élément essentiel du rayonnement de la France, et donc de notre identité. Nous pouvons être fiers de cette image que nous renvoient les touristes du monde entier : la France est un beau et grand pays. Notre nation est un puzzle harmonieux de territoires riches de leur diversité, et complémentaires. La France a su devenir une destination incontournable des touristes. Nous ne devons pas pour autant nous endormir sur nos lauriers, mais nous devons au contraire agir efficacement pour que la France conserve cette place, car des défis devront être relevés dans les prochaines années. Rappelons quelques chiffres à même de caractériser l’impact du tourisme en France. Nous sommes la première destination au monde, avec 83 millions de touristes étrangers sur notre sol en 2012. Toutefois, la France n’arrive qu’en troisième position en termes de recettes. Les entreprises rattachées au secteur du tourisme – les hébergements, la restauration traditionnelle, les débits de boisson, les agences de voyages et voyagistes – représentaient plus de 273 000 entreprises employant plus d’un million de salariés en équivalent temps plein, selon une étude de l’Insee de 2011. Ces données ne comptabilisent pas toutes les entreprises ni toutes les activités induites dont on estime qu’elles supportent au moins autant d’emplois. Le tourisme est ainsi créateur d’emplois. Vous m’invitez à ouvrir vos débats autour de deux thèmes qui sont chers à mon ministre de tutelle, Arnaud Montebourg : je veux parler de l’industrie et du redressement. Nous sommes pleinement engagés auprès des professionnels du tourisme. Ce 4 « La France est non seulement la première destination internationale au monde, mais également celle qui a la préférence de nos propres concitoyens », Carole Delga secteur répond à tous les critères qui caractérisent une industrie : un produit de sortie unique et exceptionnel, une expérience qui fabriquera un souvenir durable, et de préférence agréable. Chaque séjour touristique, pour permettre ce résultat, combine ainsi des composants multiples : activité, hébergement, transport, restauration. L’industrie touristique est leader dans l’économie française, et la consommation touristique intérieure représente 7,35 % du PIB. La France est non seulement la première destination internationale au monde, mais également celle qui a la préférence de nos propres concitoyens. Il est important de s’intéresser à la composition de ces 7,35 % du PIB. La consommation des touristes français représente à elle seule 4,87 % du PIB, contre 2,47 % de PIB pour les touristes étrangers. Nos concitoyens privilégient donc leur propre pays, à l’inverse de ce que l’on observe chez d’autres nations. Les Français partent aussi à la découverte d’autres pays, mais leur attachement à leur propre territoire est très fort. L’industrie française du tourisme doit néanmoins réagir. De nombreux défis se posent à nous. La concurrence s’accroît, et depuis plusieurs années, la France ne bénéficie plus autant que par le passé de la croissance du tourisme mondial. S’il s’agit d’une question majeure concernant l’attractivité de notre destination, qui concerne également nos concitoyens à qui nous devons une offre d’excellence, ce sujet est également sensible pour les territoires qui connaissent de grandes inégalités face aux retombées économiques touristiques. Le gouvernement s’est très largement mobilisé autour du tourisme. Comme je l’ai annoncé lors de la clôture des Assises du tourisme, le ministère de l’ conomie, du Redressement productif et du Numérique défendra un ensemble de nouvelles actions aux côtés de celles déjà déclinées par les ministères sectoriels, et rappelées par Laurent Fabius. Nous souhaitons doter la filière d’un comité stratégique, à l’image de celui mis en œuvre pour les secteurs prioritaires et adaptés à sa spécificité. Cette spécificité devra tenir compte du fait que ce secteur est composé d’acteurs de toutes natures et de toutes tailles. Il conviendra de bâtir une feuille de route inclusive qui ne laisse personne de côté. Rappelons rapidement les cinq axes stratégiques exposés par Laurent Fabius, et qui font ensuite l’objet de trente mesures concrètes : le développement d’une offre touristique de qualité diversifiée ; l’amélioration de l’accueil ; le développement du numérique ; le renforcement de la formation – outil essentiel pour un meilleur accueil et des prestations de qualité ; et enfin l’accessibilité aux vacances, y compris pour les ménages les plus modestes. Cette dernière question, particulièrement importante, permet de fédérer les Français. Le ministère de l’ conomie, du Redressement productif et du Numérique ne manquera pas d’y ajouter un certain nombre de mesures en faveur de la compétitivité. C’est ce souci d’équité qui nous conduira à déployer un nouvel outil de structuration de l’offre parallèlement aux contrats de destination, davantage réservés aux territoires à visibilité internationale. Il est nécessaire, dans le cadre d’une équité territoriale, d’avoir des contrats qui permettent à un échelon plus local de décliner les atouts, de les mettre en valeur et de les faire reconnaître de façon complémentaire à ces contrats de destination qui sont des aimants sur le plan touristique au niveau international. Nous accorderons, en outre, une attention particulière au taux 5 de départ en vacances, car le gouvernement et le président de la République sont convaincus que l’objectif de 100 millions de visiteurs internationaux ne doit pas se traduire par un désintérêt pour le tourisme des Français, qui continuera à être encouragé. Conformément à sa mission, le ministère continuera à travailler aux dispositions nécessaires pour inscrire de manière pérenne tous les acteurs économiques dans une économie créatrice de valeur et contributive à la société. « Avant d’augmenter la taxe de séjour, il aurait fallu s’assurer au préalable de son équité », Carole Delga Comme cela a été annoncé, les mesures en cours de finalisation par les services pourront prospérer dans le cadre du projet de loi d’habilitation qui permet au gouvernement de légiférer par ordonnance, ce aux fins de simplifier l’environnement économique des entreprises. Il devrait aboutir d’ici à la fin de l’année. Je vous invite donc à partager ce programme de travail, qui ne pourra être collectif que si vous participez ; son succès dépend d’ailleurs précisément de son caractère collectif. Dans ce contexte économique difficile, il peut être tentant de baisser les bras. Si les Français doutent d’eux et n’ont pas confiance en l’avenir, il est urgent de nous remobiliser et de reconsidérer l’image que nous renvoient les touristes venus du monde entier, qui se bousculent dans notre pays pour y découvrir l’art de vivre à la française. Pour des dizaines de millions de visiteurs, la France est un pays qui fait rêver. Ne perdons pas de vue cet élément qui doit être à même de nous redonner confiance. Le redressement du pays peut passer par le tourisme. Je suis ravie d’observer que nous nourrissons des préoccupations communes et que nous pouvons unir nos forces en faveur de ce secteur essentiel qu’est le tourisme. Je vous assure de la détermination du gouvernement pour développer ces secteurs. Nous pourrons agir en ce sens de manière collective et volontaire. PASCALE GOT, députée de la Gironde Merci, madame la ministre. Le tourisme a pris un nouvel élan – du moins si l’on en croit l’organisation gouvernementale, avec plusieurs ministères concernés. Il serait intéressant de savoir comment va s’articuler la politique touristique entre les différents ministères, notamment avec Fleur Pellerin ou encore avec Axelle Lemaire s’agissant du numérique. Pouvez-vous nous en dire plus sur la déclinaison de cette politique et le rôle de chacun ? CAROLE DELGA Les décrets d’attribution prévoient clairement que le ministère des Affaires étrangères œuvre à la promotion à l’international du tourisme. Il doit pouvoir mener des actions qui facilitent la communication de l’image France à l’international, en utilisant de manière complémentaire Atout France et le réseau des ambassades. Il participe également à l’élaboration de produits touristiques innovants et attractifs. Dans notre ministère, dirigé par Arnaud Montebourg, le suivi des professionnels, la nécessité de remettre à niveau les équipements touristiques, la simplification des normes et le tourisme social sont autant de sujets de préoccupation. Le tourisme est un secteur transversal, ce qui justifie la cohérence de l’intergouvernementalité, qu’il faut encourager. Les touristes qui visitent notre pays sont Français, mais aussi internationaux, et il est dès lors nécessaire de disposer de produits qui correspondent à cette visibilité internationale, mais également à une nécessité d’ancrage territorial, afin de renforcer l’identité de la France. Nous avons commencé à travailler ensemble, Laurent Fabius, Fleur Pellerin et moimême, concernant le projet de loi par habilitation, pour pouvoir légiférer en 6 matière d’ordonnance. L’information circule de manière fluide entre nos cabinets. L’aspect numérique sera pris en charge par Axelle Lemaire, en coordination avec Fleur Pellerin. PHILIPPE LEFEBVRE La semaine dernière, lors des Assises du tourisme, les acteurs du secteur avaient le moral, et se réjouissaient de la perspective de voir ainsi quatre ministres chargés de s’occuper d’eux. Quelques jours plus tard, cet enthousiasme est vite retombé, avec l’hypothèse de voir la taxe de séjour passer de huit euros à dix euros pour Paris – une hausse destinée à financer les travaux du Grand Paris. Avec ce dispositif, les députés n’ont-ils pas porté un coup au tourisme français ? CAROLE DELGA Je suis familière des initiatives parlementaires en tant qu’ex-députée. Je regrette que ces amendements aient été déposés, comme j’ai déjà pu l’expliquer aux professionnels. En effet, un rapport est en cours en ce moment même sur la fiscalité des hébergements touristiques, à la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Il aurait été utile de pouvoir attendre les conclusions de ce rapport pour pouvoir disposer d’une vision d’ensemble sur tous les hébergements touristiques. « Augmenter le plafond de la taxe de séjour ou financer les investissement du transport par les acteurs du tourisme est une très mauvaise idée », Daniel Fasquelle Actuellement, la taxe de séjour pose problème. Il peut exister une iniquité dans l’application de cette taxe selon les différents modes d’hébergement touristique en France. Or précisément, cette question a été abordée par la commission en charge du rapport. Avant d’augmenter la taxe de séjour, il aurait fallu s’assurer au préalable de son équité. Par ailleurs, affirmer que l’on augmente la taxe de séjour et qu’un complément est prévu par l’intermédiaire d’une taxe régionale est un signal défavorable adressé aux touristes internationaux. Enfin, il faut rappeler qu’en France, près de 60 % des touristes sont des Français. Il est inexact de dire que la contribution viendra principalement des touristes internationaux. D’autre part, les transports ne sauraient être financés au coup par coup par nous-mêmes ; il ne s’agit certainement pas de la bonne méthode. Je respecte l’initiative parlementaire, mais je regrette que ces mêmes députés n’aient pas attendu les conclusions du rapport sur la fiscalité de l’hébergement touristique. Une réforme était à mener sur la taxe de séjour, telle avait d’ailleurs été ma position devant la commission. Une taxe de séjour plus équitable, plus proportionnée est à imaginer. M. Faure s’est dit ouvert à une discussion, donc Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et moi-même tâcherons de rappeler la nécessité d’une cohérence sur le secteur du tourisme et d’une fiscalité de l’hébergement qui soit équitable et proportionnée. DANIEL FASQUELLE, député du Pasde-Calais En effet, augmenter le plafond de la taxe de séjour ou financer les investissements du transport par les acteurs du tourisme est une très mauvaise idée. Si les emplois ne sont pas délocalisables, les clients le sont. Pour les attirer en France, le prix des séjours doit être compétitif, or la question de la fiscalité sur ce sujet est très importante. Étant donné la situation financière des communes françaises, un déplafonnement constituerait une aubaine pour de nombreux maires et l’occasion d’une très forte hausse. Il faudra donc remettre à plat ces questions, d’autant plus que dans ce secteur les entreprises doivent investir en permanence et que la main d’œuvre y est importante. En ce qui concerne les agences de réservation en ligne, nous rendrons prochainement notre rapport et 7 j’aimerais savoir si Carole Delga s’y intéresse. Concernant l’image de la France, je dirais qu’il importe de l’entretenir et de la mettre en adéquation avec les attentes des clients, au risque que ces derniers s’en détournent. Je m’inquiète car, chaque année, le budget d’Atout France et de la promotion de la destination France est réduit ; droite et gauche doivent se mobiliser, car la dépense dans ce secteur rapporte de l’argent ultérieurement : c’est un investissement utile. J’aimerais connaître le point de vue de Carole Delga sur ce sujet. « Obtenir plus d’égalité entre les opérateurs en évitant le déséquilibre entre les prestataires hôteliers les grandes centrales de réservation », Carole Delga CAROLE DELGA Il est nécessaire de maintenir une politique offensive en matière de promotion de l’image de la France à l’international, y compris avec des images plus modernes qui montrent à quel point la France propose un panel d’offres diverses et complémentaires. Au niveau de mon secrétariat d’État, je prône le maintien des moyens d’Atout France. Les réservations en ligne sont un sujet complexe sur le plan de notre intervention juridique. Nous devons faire des propositions afin d’obtenir plus d’égalité entre les opérateurs en évitant le déséquilibre entre les prestataires hôteliers et les grandes centrales de réservation. Cela nécessitera un ciselage juridique très délicat. Nous attendrons les conclusions des députés afin de trouver une solution solide sur ce plan. DE LA SALLE Nous représentons 90 % des hôtels en France et nous protestons vigoureusement contre la mise en place de la taxe locale régionale et le rehaussement de la taxe de séjour. Il suffirait d’appliquer la taxe de séjour à tout l’hébergement en France. Nous subissons de plein fouet une concurrence illégale. 8 SESSION I Une industrie d’avenir pour la France Présidente Animateur Pascale Got Députée de la Gironde, présidente du groupe d’études "Tourisme", rapporteure de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français Philippe Lefebvre Journaliste sur France Inter Intervenants Olivier Colcombet Président du directoire de Belambra Clubs Jean-Michel Couve Député du Var, président de l’association Avenir Tourisme Christian Mantei Directeur général d’Atout France Jean-Claude Nérisson Président de Vacanciel Joël Giraud Député des Hautes-Alpes, co-pilote du groupe de travail "Fédérer et dynamiser les pouvoirs publics en faveur du tourisme" des Assises du tourisme 9 Introduction Pascale Got N Députée de Gironde, Pascale Got préside à l’Assemblée nationale le groupe d’études sur le Tourisme. Elle est aussi membre du Conseil national du tourisme au sein duquel elle préside la section “Economie touristique” et a participé à la rédaction du rapport commandé par la ministre du tourisme et le ministre du Travail sur le développement de l’emploi dans le tourisme en France. Dans le cadre des Assises du tourisme, elle est membre du comité de pilotage et du groupe de travail sur la diversification de l’offre touristique. En avril 2013, elle a déposé une proposition de loi relative aux résidences mobiles de loisirs afin d’instaurer un cadre contractuel dans les relations entre acquéreurs de mobilhomes et gestionnaires de terrains. Pascale Got est députée de la Ve circonscription de la Gironde depuis 2007 et a été élue conseillère générale en 2011. Engagée depuis longtemps sur les problématiques touristiques, elle a rédigé en 2010, avec Jean-Louis Léonard, un rapport d’information sur les résidences mobiles de loisirs et les habitats de plein air. ous avons la volonté de redynamiser le secteur du tourisme. Pour ma part, j’aimerais que ces 3es Rencontres parlementaires sur le Tourisme marquent une volonté de tourner définitivement le dos au « tourisme de cueillette » et de créer une véritable industrie touristique. Grâce, entre autres à Olivier Colcombet, Joël Giraud, Jean-Claude Nérisson et Christian Mantei, nous nous pencherons sur notre politique nationale du tourisme et le potentiel touristique de la France. J’aimerais que l’on puisse notamment évoquer les innovations touristiques, la construction du groupe de tourisme dédié à la destination France, les pratiques anti-concurrentielles et l’attractivité du territoire. 10 Le potentiel touristique de la destination France Olivier Colcombet Philippe Lefebvre Olivier Colcombet, il existe un potentiel intéressant dans le développement du tourisme mondial, sommes-nous armés pour y prendre part ? J e ne peux pas parler au nom de la diversité du tourisme, mais seulement au nom de Belambra. Tout d’abord, je dirais que le terme « industrie » comporte une idée de professionnalisme et d’organisation, ce que j’apprécie. Président du directoire de Belambra Clubs, Olivier Colcombet est membre du comité de direction du groupe de la Caisse des Dépôts. Il a été directeur de la vente par correspondance chez Yves Rocher, directeur du marketing et du développement du groupe Nouvelles Galeries de 1984 à 1989 puis directeur des grands magasins du groupe Galeries Lafayette de 1989 à 1997. Olivier Colcombet est ingénieur diplômé de l’École supérieure d’électricité et de l’Institut des administrations (IAE). Il est auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Nous nous trouvons au cœur du sujet avec nos 58 sites en France, une capacité d’accueil de 40 000 lits et une offre de services élaborée (restauration, activités sportives, accueil des enfants, etc.). Fort de cette expérience, je peux dire que c’est un métier méconnu, qui nécessite un professionnalisme extrêmement pointu et un pilotage de tous les services et de la chaîne de distribution. Je précise qu’en trois heures ce matin, plus de 6 000 personnes ont déjà consulté notre site Internet pour un départ en vacances cet été, 200 ont réservé, générant 300 000 euros de chiffre d’affaires (auxquels s’ajoutent 300 000 euros pour notre plateforme téléphonique). Ces chiffres montrent les enjeux du tourisme : marketing, technologie et services. Notre stratégie repose notamment sur la séduction des clients. Il importe de susciter leur envie, comme le montre le dynamisme de l’activité touristique, avec un renouvellement important, tel le réenchantement des campings auquel nous assistons actuellement. Pour notre part, nous avons besoin de la clientèle étrangère, car les Français sont très sollicités et leur pouvoir d’achat a baissé. C’est pourquoi je pense qu’annoncer que la France vise un gain de 100 000 millions de touristes étrangers par an est un bon signal lancé par le gouvernement. Je suis heureux de pouvoir m’adresser à des responsables élus pour rappeler que le tourisme englobe des métiers à faible marge soumis à une forte saisonnalité. Cette contrainte très forte nous pousse à solliciter le même marché au même moment, avec malheureusement des arguments fondés sur la baisse de prix, alors que ces métiers et services coûtent cher et que les normes sont très nombreuses (accueil des personnes handicapées, hygiène, sécurité, normes vétérinaires, etc.). Face à ces contraintes, si nous ne pouvons pas investir en permanence dans nos sites, nous disparaissons. Je tiens à vous rappeler que Belambra, malgré sa longue histoire et la qualité de ses sites, avait failli disparaître précisément par manque d’investissement dans ses équipements qui sont pourtant magnifiques. Belambra doit son salut à des investissements massifs : il est donc impératif que les entreprises de nos secteurs soient en capacité de réinvestir en permanence. 11 L’attractivité du territoire, comment repenser la gouvernance du tourisme en France ? Joël Giraud Philippe Lefebvre Joël Giraud, vous êtes député des Hautes-Alpes et, notamment, co-président du groupe de travail "Fédérer et dynamiser les pouvoirs publics en faveur du tourisme". Quand on nous dit de dynamiser le tourisme, à qui doit-on s’adresser : au Quai d’Orsay, à Bercy, à l’ART ou encore au CDT ? Le gouvernement nous parle de simplification administrative mais, en matière de tourisme, on a l’impression d’être confronté à un mille-feuille d’institutions et d’organismes différents. N Député des Hautes-Alpes depuis le 20 juin 2002, Joël Giraud est membre du groupe Radical républicain démocrate et progressiste (RRDP), vice-président du conseil régional PACA de 2004 à mars 2014 et maire de L’Argentière-La Bessée (Hautes-Alpes). Joël Giraud est président du Comité du massif des Alpes, président de la commission permanente du Conseil national de la montagne et membre titulaire du Conseil national du tourisme. Joël Giraud est secrétaire de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale et membre du comité de pilotage des Assises nationales du tourisme, dont il co-préside le groupe de travail n°7 : “Fédérer les pouvoirs publics“. otre groupe de travail avait pour objet d’améliorer la vision du tourisme en France et de concourir à une meilleure appréhension de nos produits et marchés par les touristes étrangers. À ce titre, le contrat de destination représente un très bon exemple de notre contribution. Son intérêt est de créer de la transparence visà-vis du client. Ces contrats ont, en effet, permis d’introduire de la fluidité dans un système complexe où tout le monde a son pré carré. Et de faire en sorte que la promotion d’un espace territorial puisse bénéficier d’une certaine professionnalisation dans les produits que nous proposons. Dans cette optique, nous devons arriver à trouver les spécificités des marchés que nous sélectionnons pour que les contrats de destination aient un sens à l’international. Par ailleurs, il nous faudrait utiliser les sites Internet des ambassades, premières clefs d’entrée sur notre territoire des touristes étrangers. Je milite donc pour mettre dans le plan d’actions des ambassades tout ce qui relève du tourisme en France. Cela me semblerait une avancée très importante. Par exemple, dans la coopération entre le Massif des Alpes et la province du Sichuan en Chine, on a utilisé une personne ad hoc d’un consulat général chinois pour faciliter le travail des entreprises et faire de la promotion de niches (ventes de remontées mécaniques, de sports de plein air...). D’ailleurs, nous nous sommes aperçu à cette occasion que le tourisme, chez nous, s’est développé via des missions entrepreneuriales. Je crois donc au réseau des ambassades car beaucoup de personnes souhaitent promouvoir la France et peuvent ainsi rediriger les clients vers des destinations touristiques. Mais je pense aussi aux associations de Français à l’étranger. En fait, il importe d’utiliser l’ensemble de ces réseaux de manière plus efficace. Nous groupe de travail a également participé à la simplification des mesures d’obtention des visas pour les étrangers. Depuis janvier, les Chinois peuvent 12 obtenir en moins de 48 heures un visa de court séjour pour visiter la France, ce qui auparavant était impossible pour eux. Nous travaillons également sur des exceptions de visas pour accéder à certains territoires et œuvrons à la création, dans la prochaine loi sur l’immigration, d’un passeport « talent » pour les artistes et les entrepreneurs. En résumé, nous avons énormément avancé au travers de ces groupes de travail. Nous avons progressé sur la vision que peuvent avoir les étrangers de la France. « Depuis janvier, les Chinois peuvent obtenir en moins de 48 heures un visa de court séjour pour visiter la France, ce qui auparavant était impossible pour eux », Joël Giraud 13 Le grand projet de construction d’un groupe de tourisme dédié à la destination France Jean-Claude Nérisson Philippe Lefebvre Nous comptons de nombreux tour-opérateurs dans notre pays, mais nous n’avons pas encore un grand groupe dédié à la destination « France » ; c’est le but de votre projet, Monsieur Nérisson... E Président de Vacanciel, Jean-Claude Nérisson a rejoint les services de la direction générale des impôts le 1er Décembre 1967, après avoir été diplômé de l’École nationale des impôts. Il participe très vite à la vie sociale de cette administration, par des responsabilités syndicales à la CFDT d’abord et à la Mutuelle générale des impôts ensuite, dont il devient le président en1983. Il contribue à la création de la Mutuelle des agents des impôts, par fusion, le 1er Janvier 1987, et s’occupe alors des activités vacances de cette mutuelle. Administrateur de la Fédération nationale de la Mutualité fonction publique et de la Mutualité française, il prend en charge la mutualisation des activités vacances en leur sein. À la fin des années 1990, il contribue au regroupement de la gestion des établissements de vacances des mutuelles de la Drôme et de l’Ardèche, de la Mutuelle des PTT et de la Mutuelle des agents des impôts. C’est ainsi que naît Vacanciel le 1er janvier 2001. Jean-Claude Nérisson a par ailleurs été administrateur de l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV), de l’Union nationale des associations de tourisme (UNAT). Il est également membre du Conseil national du tourisme. n effet. Vacanciel que je préside est à la base un organisme créé pour gérer le patrimoine « vacances » de Mutuelles. Nous possédons 30 établissements pour 48 millions d’euros de chiffre d’affaires. La destination France représente, aujourd’hui, notre unique métier. Le marché domestique français s’avère important, car 70 % de nos compatriotes qui partent, passent leurs vacances en France. Cela représente 5 % du PIB. La France a donc un fort potentiel de développement. L’Hexagone constitue un socle incontournable au niveau de l’industrie touristique, même si les marchés étrangers nous intéressent également... Les « villages clubs/hôtel clubs » sont une formule très appréciée, car ladite formule reste très facile d’accès. Elle est sécurisante pour les familles avec son principe du « tout compris » : hébergement, animation, clubs enfants, restauration... J’ai souvent l’habitude de dire que les vacanciers des villages clubs sont les acteurs de leurs vacances et non pas spectateurs des vacances des autres. Mais c’est aussi un secteur très morcelé. Il comprend beaucoup de petits acteurs vulnérables, car ils ne disposent pas de gros moyens financiers par rapport à une demande conséquente et à des clients réagissant à la dernière minute face à des aléas économiques, sociétaux et climatiques. Nous sommes aussi une activité à marges faibles avec beaucoup de prestations de services où les salaires représentent une part importante des charges. Cela nécessite une recherche constante de synergies afin de dégager des économies d’échelle. Un regroupement, une fusion, une taille critique favorisent toutes ces économies et facilitent la résistance aux diverses fluctuations du marché. C’est pourquoi Vacanciel et Belambra réfléchissent depuis quelque temps à un regroupement de leurs activités allant jusqu’à une fusion. Nous partageons la même philosophie, le même métier ; celui des hôtels/clubs, le même créneau des familles, avec des tarifs adaptés. Nous avons également le même souci de la qualité d’hébergement et de la prestation, les mêmes priorités pour nos clients en termes de sécurité des biens et des personnes, la même assise en matière 14 de politique sociale de l’entreprise, car nous avons désormais la même convention collective. Et enfin nous disposons tous deux d’un socle d’actionnaires quasi institutionnels (Caisse des Dépôts d’un côté, les Mutuelles de l’autre) qui peuvent stabiliser et pérenniser notre activité aux côtés d’actionnaires privés. Il y a donc une forte convergence entre les deux sociétés, mais aussi une grande complémentarité. Nos forces s’ajoutent. Belambra est plus axé sur les réservations individuelles, alors que nous sommes plus en pointe sur les réservations de groupe. « Avec cette fusion, nous pourrons devenir le premier opérateur français de l’hôtel club », Jean-Claude Nérisson JEAN-CLAUDE NÉRISSON Il nous faut environ huit à dix mois pour finaliser le dossier. OLIVIER COLCOMBET Pour fusionner deux entreprises, nous devons respecter des obligations. Cela va prendre un petit peu de temps. Nous espérons pouvoir être réunis début 2015. Fusionner nous offrira la possibilité de capitaliser sur tous les aspects : gestion, innovation, commercialisation et marketing. Nous avons tous deux une notoriété de marque sur laquelle nous pouvons capitaliser. Ainsi, Belambra enregistre un taux de notoriété de 45 %, Vacanciel de 20 %. Ce regroupement favorisera le maintien et le développement de l’emploi. Enfin, l’ensemble des deux entités atteindra une taille critique avec un volume de 150 millions de CA d’un côté, et de 50 millions de l’autre. Avec cette fusion, nous pourrons devenir le premier opérateur français de l’hôtel club. Une entreprise incontournable d’un point de vue économique et politique, mais aussi un groupe plus fort pour résister aux aléas évoqués précédemment. Cela nous permettra aussi de nous positionner à l’étranger. Aujourd’hui, ce projet « industriel » est prêt. Pour aboutir, il reste toutefois un verrou juridique à faire sauter. Il nous faut faire évoluer le statut de coopérative de Vacanciel et pour cela, nous attendons encore un accord ministériel. PHILIPPE LEFEBVRE Alors, une fois que vous aurez l’accord ministériel, combien de temps vous faudra-t-il pour la fusion ? 15 Les innovations touristiques (au-delà du numérique) Christian Mantei Philippe Lefebvre Un mot qui revient beaucoup au cours de cette matinée, c’est le terme « innovation ». Christian Mantei, comment faire pour innover en termes de tourisme ? D ans l’ADN du tourisme, il y a évidemment l’innovation. De tous les secteurs économiques, notre activité est celle qui porte le plus ladite innovation. Directeur général d’Atout France, Christian Mantei intègre en 1991 le groupement d’intérêt économique Maison de la France, où il y exerce la fonction de directeur du marketing et de l’information, après avoir créé plusieurs entreprises dans le domaine du tourisme depuis le début de sa carrière professionnelle. En 1996, il accède au poste de directeur général adjoint. En 1997, Christian Mantei prend la tête de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris. En 2002, il devient directeur associé de Parishotels.com et directeur du cabinet d’ingénierie touristique Christian Mantei Consultants. En 2004, il est directeur général adjoint de l’Exposition internationale. Cette même année, il prend la direction de l’Agence française de l’ingénierie touristique (AFIT), orientée vers l’adaptation de l’offre touristique française. C’est alors, en 2005, qu’est créé le groupement d’intérêt public ODIT France, né de la fusion de l’AFIT, de l’Observatoire national du tourisme (ONT), et du Service d’études et d’aménagement touristique de la montagne (SEATM). Une nouvelle plateforme d’expertise française du tourisme est née, et Christian Mantei en devient le directeur général. Le 29 décembre 2008, il est ensuite nommé préfigurateur d’Atout France, nouvelle agence de développement touristique. Il en devient le directeur général le 17 juin 2009. En 2012, il est nommé président de la commission Tourisme de la Rydercup 2018. Le numérique, c’est l’innovation. L’urbanisme, c’est l’innovation. L’aménagement du territoire aussi, tout comme le design de service et l’architecture. Nous faisons beaucoup de benchmark pour analyser ce que réalise la concurrence. Mais la limite de la promotion, c’est le produit. Nous parlons beaucoup de promotion, elle est indispensable. Sur nos 1 200 partenaires, nous dénombrons 670 actions de communication off et on line chaque année dans le monde. Mais l’industrie est également liée aux notions de stock et de volume. Or, en France, nous réduisons nos stocks de chambres dans l’hôtellerie, alors que nos concurrents, comme l’Espagne, les développent et font un gros effort sur l’environnement, en ayant des hôtels bien intégrés dans les sites. Il faut récréer des stocks pour arriver sur le marché de la distribution avec un rapport de force plus favorable. Nous travaillons espace par espace : mer, campagne, montagne, ville et littoral... On s’aperçoit que l’on réduit notre nombre de chambres d’hôtel en montagne et sur le littoral. Elles ne suffisent pas. Je suggère, par ailleurs, que le groupe parlementaire fasse un voyage au cœur des entreprises de tourisme pour bien comprendre notre activité. PHILIPPE LEFEBVRE J’ai encore une question. Un professionnel du tourisme étranger me disait récemment que les Français savaient bien vendre l’été et l’hiver, mais qu’entre les deux saisons, ce n’était pas « terrible » en termes de promotion. Ne faut-il pas un changement de mentalité pour éviter cette saisonnalité et réussir une promotion linéaire ? CHRISTIAN MANTEI Il faut faire des promotions toute l’année et sur toute la filière, mais pour cela, il nous faut des produits. Cela passe par une mobilisation collective de l’ensemble des acteurs de façon intelligente. Il importe de synchroniser nos efforts entre, par exemple, les transports et l’hôtellerie. C’est une question d’intelligence collective. Nous nous y employons avec les organisations professionnelles, en particulier en montagne, pour que la montagne, l’été, soit vendue aussi bien que la montagne l’est l’hiver et que l’on puisse ainsi répondre aux demandes nées de la « seniorisation » de la clientèle telles que la marche ou d’autres activités. 16 « Je suggère, par ailleurs, que le groupe parlementaire fasse un voyage au cœur des entreprises de tourisme pour bien comprendre notre activité », Christian Mantei OLIVIER COLCOMBET J’approuve d’abord totalement l’idée d’inviter des élus et des parlementaires à s’immerger dans nos entreprises. Avec Belambra et Vacanciel, nous sommes d’ailleurs candidats pour accueillir des parlementaires et pour leur faire comprendre les secrets et la complexité de notre métier. Sur la question de la saisonnalité proprement dite, il ne faut pas rêver. Quand vous avez un établissement qui peut accueillir 600/700 lits, mais que toutes les activités dans la station balnéaire sont fermées à partir du mois de septembre, il est extrêmement difficile de porter la dynamique tout seul. Les clients ne viennent pas seulement s’isoler et se reposer, ils viennent aussi pour rencontrer des compatriotes. Ceci étant, il faut savoir reconnaître nos insuffisances. Nous avons des progrès à faire sur les périodes du printemps et du début de l’automne : mai, juin, septembre. C’est une de nos priorités. Pour faire immerger une activité attractive au printemps, nous avons ainsi testé ce que nous appelons les « breaks » en associant séjours et œnologie dans les régions viticoles ou encore séjours et art dans les régions où cela s’y prête. Nous devons inventer et densifier notre offre. Mais, quand vous avez deux saisons à la montagne, je dirais que tout va bien sur le plan économique. 17 DÉBATS « Les calendriers scolaires nous pénalisent beaucoup sur les vacances de printemps et ne conviennent à aucune des stations françaises », Laurent Reynaud, délégué général, Domaines skiables de France BRUNO COURTIN, rédacteur en chef, Hospitality-on Le secteur du tourisme se compose du marchand et du non marchand. Auparavant complémentaire et marginal, ce secteur du non marchand (location d’appartements privés, de maisons) devient très important. Est-ce pour vous une bonne ou une mauvaise chose ? CHRISTIAN MANTEI D’abord, il faut avouer que les statistiques sont très troublées par le marchand et le non marchand, parce qu’on ne sait plus vraiment ce qui relève du non marchand ou du non marchand « marchand ». Ensuite, c’est un indicateur très très fort de l’évolution de notre marché. Une étude en vraie grandeur permanente. Le tourisme constitue une locomotive de l’économie collaborative où ce sont désormais les consommateurs qui font l’opinion avant les journalistes. Tous les hébergeurs doivent donc tenir compte de cette nouvelle donne. Les nouveaux entrants représentent bien évidemment une concurrence qu’il faut surveiller de près tout en gardant à l’esprit que ceux qui sont à la pointe en termes d’emploi et de qualification des métiers, restent pour le moment les hôteliers... Car, c’est bien par l’hôtellerie que se crée de l’emploi. PASCALE GOT Je dirais aussi que ce secteur non marchand représente, bien entendu, une concurrence, mais elle correspond à l’évolution des pratiques touristiques via les réseaux Internet qui redistribuent l’offre. Certes, il y a désormais un déséquilibre entre le marchand qui paye la TVA, de la fiscalité, et le non marchand qui n’est pas soumis à ces charges. Il faudra donc rééquilibrer tout cela, car on constate une professionnalisation de ce non marchand. Toutefois, cette concurrence est aussi stimulante, car elle nous incite à retravailler l’offre et son contenu. Nous devons faire un effort d’imagination sur du potentiel existant. Ainsi, les thématiques doivent arriver dans l’offre, notamment par rapport à la saisonnalité. Exemple : le contrat de destination sur la mémoire n’est pas saisonnier, il peut se décliner à l’année. Dans ce sens, comme dans tout secteur industriel, la concurrence s’avère une bonne chose. LAURENT REYNAUD, délégué général, Domaines skiables de France Je suis tout à fait d’accord sur ce qui vient d’être dit et sur l’importance du C to C. Néanmoins, deux questions sont restées sur le bord du chemin lors des Assises du Tourisme : la première est celle des calendriers scolaires qui nous pénalisent beaucoup sur les vacances de printemps et qui ne conviennent à aucune des stations françaises. La deuxième, c’est l’immobilier de loisirs. Le C to C permet de réchauffer les lits, mais le gouvernement doit aller plus loin sur ce sujet. JOËL GIRAUD Un cercle vertueux avait été mis en place par Sylvia Pinel. Il consiste à réunir 18 « En 2013, une famille qui loue un gîte a dépensé 385 euros par semaine, un chiffre qui double en raison de la taxe de séjour », Yannick Fassaert, président, Fédération nationale des Gîtes de France l’ensemble des acteurs de l’éducation nationale et de l’économie pour aboutir à quelque chose de consensuel. Il faudrait reprendre ce cercle vertueux. 60 % du tourisme français provient du tourisme national, et on ne pourra bâtir un tourisme international que si nationalement, on a réussi. Sur cette question des calendriers scolaires, je suis persuadé que l’on arrivera à trouver un terrain d’entente. Concernant l’immobilier de loisirs, ce sujet était effectivement absent des Assises du Tourisme. Moi, je suis favorable à une taxe de non séjour. Pour doper l’économie, il vaut mieux s’occuper des lits froids et les réchauffer d’une manière ou d’une autre. Il faut arriver à des incitations fiscales inverses par rapport à ce qu’on fait d’habitude. Taxer des gens parce qu’ils viennent chez vous comme touristes est une chose, taxer des gens parce qu’il n’y a pas de mise sur le marché d’un certain nombre de biens en est une autre. Cela peut aussi répondre à la saisonnalité, car cela peut permettre une ouverture beaucoup plus importante de certains établissements. Sur l’immobilier de loisirs, il nous faut trouver des outils qui ne soient pas des usines à gaz. Nous devons tout tester sur nos territoires pour voir ce qui fonctionne ou non, afin de généraliser les bonnes solutions. plaçons dans le secteur du tourisme marchand : à chaque fois que quelqu’un vient chez nous, nous payons des impôts, de la TVA... Ce n’est pas la même chose que le tourisme non marchand. Aujourd’hui, nous sommes remontés et vigilants. Et nous vous invitons à nous rencontrer. C’est un minimum que nous vous demandons. PASCALE GOT Nous nous sommes déjà rencontrés. Vous ne pouvez pas ne pas prendre en considération ce qu’il y a autour de vous. Si une offre émerge, c’est qu’elle correspond à une attente. Ne nous prêtez pas de mauvaises intentions, laissez-nous terminer notre mission et nous ferons des propositions dans ce sens-là. YANNICK FASSAERT, président, Fédération nationale des Gîtes de France Les Gîtes de France, c’est la troisième marque en France après le Club Med et Pierres et Vacances, avec 1 million de visiteurs uniques par mois. En 2013, une famille qui loue un gîte a dépensé 385 euros par semaine, un chiffre qui double en raison de la taxe de séjour. Avec cette mesure de la taxe de séjour, vous risquez de casser notre élan, de casser le tourisme à la campagne. Essayez d’améliorer la concertation. Nous demandons de la reconnaissance et du respect. Nous, Gîtes de France, nous nous 19 SESSION II Défis et conditions de succès Présidents Animateur Pascale Got Députée de la Gironde, présidente du groupe d’études "Tourisme", rapporteure de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français Philippe Lefebvre Journaliste sur France Inter Daniel Fasquelle Député du Pas-de-Calais, président de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français, maire du Touquet-Paris-Plage Intervenants Claudie Buisson Contrôleur économique et financier, auteur du rapport "Lutter contre la fracture touristique", rapporteur du groupe de travail "Redynamiser les vacances des Français" des Assises du tourisme Martine Granier Présidente de vente-priveevoyage.com Jean-Daniel Lévy Directeur du département Politique et Opinion d’Harris Interactive Monique Rabin Députée de la Loire-Atlantique, co-rapporteure de la mission d’évaluation et de contrôle sur la fiscalité locale des hébergements touristiques Éric Sauvage Partner d’AT Kearney, rapporteur du groupe de travail sur le Tourisme de l’Institut Montaigne Lionel Walker Vice-président national de l’Institut français du tourisme (IFT), président du pôle d’excellence IFT Paris-Est, vice-président du conseil général de Seine-et-Marne 20 Avoir une vraie démarche d’entreprise Éric Sauvage Philippe Lefebvre Éric Sauvage, vous travaillez à l’Institut Montaigne. Vous avez réalisé une étude sur les conditions du succès. Alors, quelles sont vos recommandations pour que la France reste le leader mondial du tourisme ? D Partner d’A.T. Kearney, cabinet de conseil en stratégie, Éric Sauvage est le responsable Europe, Afrique et MoyenOrient des secteurs du transport, du tourisme et de l’hôtellerie. Il travaille depuis plus de 20 ans auprès de grands groupes français et internationaux en particulier sur des problématiques de transformation, de stratégie de développement et de programmes d’amélioration de la performance. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et rapporteur du groupe de travail sur le Tourisme de l’Institut Montaigne. ans ce rapport, nous faisons douze propositions, et nous nous positionnons comme des consultants en entreprise. Notre démarche est celle d’un projet national avec toutes les dimensions d’une démarche stratégique pour la France. Notre première recommandation consiste à nous fixer un objectif. Le tourisme représente une chance formidable pour la France et son redressement économique. C’est un effet très positif de la mondialisation. Notre objectif est de permettre à la France d’accueillir quelque 140 millions de touristes en 2030 afin de conserver sa première place dans le monde, et que notre pays puisse consolider sa part de marché. Notre deuxième recommandation, c’est de bien nous situer dans notre univers concurrentiel. Si l’on évoque souvent Londres ou Berlin comme les principaux concurrents de Paris, ou l’Espagne par rapport à la France, nous pensons que ce sont les États-Unis qui deviennent les plus intéressants en termes de politique volontariste par rapport à l’activité touristique. En effet, Barack Obama veut faire des États-Unis la première destination touristique mondiale à l’horizon 2020. Pour conserver sa position de leader, la France doit, tout d’abord, travailler sur la demande et sur la segmentation de ses clients. Il faut, en effet, mieux comprendre la demande et mieux la segmenter. C’est un peu le B.A BA du marketing. Le parcours client doit ainsi être mieux détaillé. Nous devons parvenir à enlever ce que nous appelons les « irritants » ressentis par le client pendant son parcours dans l’Hexagone : obtention des visas, attente des bagages aux aéroports, sécurité en ville, ouverture des magasins le dimanche. Dans ce rapport, nous faisons des propositions en ce sens. La France est riche d’atouts. Elle dispose d’un « stock » de produits phares. Il est donc difficile de sélectionner des produits pour effectuer des promotions. Il importe donc de réfléchir à la façon de concentrer les moyens - notamment au point de vue du digital. Comment arriver à mieux promouvoir nos marques « blockbuster » ? Il faut ensuite se poser une question cruciale. Au point de vue de l’image de marque de notre pays, que sommes-nous finalement ? Une sorte de Grèce, un pays de l’ancien temps, un simple lieu de vie, ou à l’image de New York, une ville, une nation à forte vitalité et à capacité créative ? Nous pensons que l’innovation reste essentielle. Les touristes ne doivent 21 pas seulement venir pour visiter notre passé, il nous faut leur faire découvrir aussi notre présent et notre avenir. J’en arrive au sujet de la gouvernance. En définitive, dans ce rapport, nous nous sommes posé la question de savoir comment piloter un tel projet. Comment arriver à diriger ce projet sur cinq ans afin de garder notre position de leader en 2020 ? « Notre objectif est de permettre à la France d’accueillir quelque 140 millions de touristes en 2030 », Éric Sauvage 22 Une entreprise digitale au service des marques et du marketing territorial Martine Granier Philippe Lefebvre Martine Granier, vous êtes la dirigeante de vente-privee-voyage.com. Vous allez nous parler d’un sujet d’importance, l’e-tourisme... N Martine Granier rejoint vente-privee.com en 2011 à la direction internationale de son département exclusivement dédié à l’activité voyages et loisirs : vente-priveevoyage.com. À ce titre, elle est en charge d’assurer le développement de l’offre internationale de vente-privee.com sur ce secteur, identifié comme un relais de croissance de l’entreprise. Martine Granier justifie de plus de trente années d’expérience essentiellement acquises dans le secteur du tourisme. Elle débute sa carrière au sein du groupe Accor, où elle occupera pendant 13 ans différentes fonctions, notamment celle de directeur des agences de voyage, avant de devenir directeur commercial des Croisières Paquet, puis de Costa-Paquet. Après quatre années passées au sein de Potel & Chabot, filiale gastronomie du groupe Bongrain, en tant que directeur commercial, elle rejoint Festival Croisières dont elle prend la direction générale puis la présidence jusqu’en 2002. Elle quitte la compagnie et devient directeur général de Selectour, qu’elle accompagne dans sa croissance pendant près de 5 ans. Dès lors, Accor, premier opérateur hôtelier mondial, et leader en Europe, l’invite à rejoindre à nouveau le groupe pour piloter sa division Bien-Être, Thalassa, en qualité de directeur général. otre vocation chez venteprivee.com consiste à savoir comment adapter votre offre pour promouvoir la destination France et valoriser vos marques. En quelques mots, Vente-privee.com est le premier site de vente e-commerce en France dans le domaine événementiel. Nous avons trois axes d’action : la médiatisation de vos marques/produits, la décote sur les prix et la proximité dans le service apporté à nos membres. Nous sommes, comme on dit dans notre jargon, full digital. Sur Vente-privee.com, nous proposons un service de proximité pour lequel nous sommes régulièrement oscarisés. Je tiens à souligner une nouvelle fois que nous ne sommes pas un site de distribution, mais bien un site événementiel. Un site d’envie, de curiosité, de plaisir. Autre point très important, nous ne sommes pas dépendants de Google. Vente-privee a créé sa propre communauté, qui regroupe plus de 21 millions de membres en Europe et qui engendre 1,6 milliard d’euros de CA avec un trafic de plus de 2 millions de visiteurs par jour et 38 minutes passées en moyenne par ces visiteurs sur notre site. Ce sont quelque 2 500 marques qui nous font actuellement confiance. La digitalisation pour les marques coûte cher. Il faut créer du contenu et le faire vivre. Auparavant, j’étais de l’autre côté, de votre côté. Je sais donc parfaitement incarner une marque. VP Voyage a été créée il y a un peu plus de deux ans. Aujourd’hui, nous réalisons 150 millions de chiffre d’affaires pour 3,5 millions de visiteurs sur l’activité voyage, et nous réalisons 50 % de notre CA sur la destination France dont les DOM-TOM. Vente-privée est une entreprise innovante qui s’adapte aux besoins des marques. Nous sommes également le premier vendeur de vin sur Internet et proposons par ailleurs de la gastronomie et des spectacles. Nous sommes aussi capables de faire découvrir des commerces de proximité avec Rosedeal. Nous développons donc une vraie démarche de marketing territorial. Le tourisme est une activité transversale qui crée du lien. Audelà des marques, un certain nombre de territoires, représentés dans la salle, peuvent donc nous rejoindre. 23 Pourquoi la France est-elle attractive pour les étrangers (et pour les Français) ? Jean-Daniel Lévy Philippe Lefebvre Jean-Daniel Lévy, vous êtes directeur du département Politique et Opinion de Harris Interactive. Au-delà des chiffres, qu’est-ce qui attire les touristes en France ? Est-ce seulement Disney ? N Directeur du département Politique et Opinion d’Harris Interactive, Jean-Daniel Lévy travaille dans le secteur des sondages d’opinion depuis plus de 16 ans dans différents instituts (IFOP, CSA...). Il a créé le département Politique et Opinion d’Harris Interactive France. L’activité qu’il mène a vocation à “prendre le pouls de l’opinion”, des opinions : grand public, leaders d’opinion, acteurs économiques et sociaux. À travers des recueils qualitatifs et quantitatifs (Internet, téléphone, face-àface, mobile, réseaux sociaux...), il cherche à offrir à ses clients une restitution allant “ plus loin que les discours ”. Il intervient auprès de clients politiques nationaux et locaux, institutionnels, syndicaux, DRH, responsables de la communication interne, agences de communication, etc. JeanDaniel Lévy est, en outre, éditorialiste à LCP-AN (La Chaîne ParlementaireAssemblée Nationale). Harris Interactive, dont la maison mère est aux États-Unis, est un institut de sondages reconnu au niveau international pour la fiabilité de ses enquêtes et pour sa recherche perpétuelle d’innovation au service d’une meilleure compréhension de l’opinion et des consommateurs. L’institut a publié dernièrement une étude sur le budget vacances des Français. ous avons mené une étude en France pour savoir pourquoi nos concitoyens partaient en vacances. Les réponses sont les suivantes. Les Français citent d’abord le repos et la détente. Ensuite vient le dépaysement. Puis, la possibilité de faire des visites. Enfin vient l’attrait de la gastronomie. Ces réponses soulèvent la question que posait Éric Sauvage au sujet du regard que nous portons sur notre pays : un regard novateur empreint de dynamisme ou un regard rétrospectif à l’égard d’une image d’ pinal. Les Français portent un regard historique sur leur pays et recherchent une forme de réassurance autour des fondamentaux cités plus haut. Si l’on pose la question dans d’autres pays, les clients nous donnent à peu près les mêmes raisons de venir en France. Belges, Allemands et Italiens, bien qu’ayant des références culturelles différentes, citent dans l’ordre : la beauté des paysages, l’authenticité des villages et la gastronomie. De fait, les personnes interrogées ne recherchent pas la promesse de découvertes sur l’avenir et le monde de demain. Seuls les Italiens mettent plus en avant le patrimoine français. Les touristes étrangers ne se rendent pas dans les mêmes lieux en France. En effet, les Allemands préfèrent Paris, la Bretagne et la Côte d’Azur, les Belges préfèrent la Bretagne, la Côte d’Azur et le Sud-Ouest, enfin les Italiens vont plutôt à Paris, dans la vallée de la Loire et sur la Côte d’Azur. À la question « quel souvenir ramenez-vous de votre séjour en France ? », les personnes interrogées répondent « des spécialités régionales, du vin ou un produit artisanal », ce qui renvoie plutôt à l’histoire de la France. L’autre tendance un peu surprenante qui ressort de notre étude, c’est que les étrangers considèrent la France comme un pays très bien organisé, avec des infrastructures et des réseaux de transport remarquables. Selon eux, le système de transport français fonctionne très bien. Enfin, à la question « pourquoi choisissez-vous la France ? », les touristes étrangers ne savent pas répondre précisément : ils sont attirés par une image générale, par exemple véhiculée par un reportage télévisé. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il est nécessaire de travailler sur l’image et la représentation de la France à l’étranger. 24 La fiscalité au service du développement des territoires Monique Rabin Philippe Lefebvre Monique Rabin, est-ce que la fiscalité est un élément attractif pour nos territoires ? L Députée de la Loire-Atlantique et membre de la commission des Finances, Monique Rabin lie étroitement le tourisme aux questions d’attractivité globale du territoire et de commerce extérieur. Elle est également corapporteure, avec Éric Woerth, député de l’Oise, sur la fiscalité du tourisme. Au cours de son mandat à la Région des Pays-de-la-Loire, de 2004 à 2012, elle s’est impliquée dans ce domaine, notamment comme vice-présidente du comité régional du tourisme. Son approche du secteur est directement dépendante de son expérience de terrain. Si le tourisme est spontanément attaché au patrimoine culturel et naturel, il reste pour elle, avant tout, un facteur de développement économique, non négligeable, dont les mutations doivent être soutenues collectivement. Élue locale à Saint Philbert de Grand Lieu (44) depuis mars 2001, elle a été maire de cette commune de 2008 à 2014. Diplômée en droit public, elle commence sa carrière en 1975 dans la fonction publique territoriale. Quelques années plus tard, elle devient collaboratrice d’Edmond Hervé, maire de Rennes, avant de le suivre à l’Assemblée nationale. es cinquante grandes mesures annoncées par Laurent Fabius sont tournées vers la qualité, mais outre l’image et la gastronomie, l’attractivité du territoire repose aussi sur les coûts. Après des années marquées par le low cost en provenance d’Asie notamment, la question du coût perd de son importance. Avec ric Woerth et ric Straumann, nous sommes co-rapporteurs de la mission d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée nationale sur la fiscalité des hébergements touristiques. Nous avons décidé de dépoussiérer la fiscalité touristique, car elle ne correspond plus à la réalité. Inventée en 1910, son montant maximum est 1,50 euro et elle ne frappe pas les touristes uniformément. Par exemple, les hôtels sont trop lourdement frappés par rapport à d’autres types d’hébergement : à Paris, 20 000 chambres en meublé sont louées, mais seulement 3 000 sont affectées d’une taxe de séjour. Nous faisons donc, dans notre rapport qui sort dans deux semaines, un certain nombre de propositions. Avec une préoccupation majeure : accompagner le renouveau du tourisme français. La fiscalité est intéressante s’il existe une contrepartie et si elle est réellement affectée à la promotion touristique. Il faut donc associer les professionnels du tourisme à son utilisation. Or, à Paris par exemple, la collecte de la taxe de séjour représente 40 millions d’euros. Les professionnels sont attentifs à l’utilisation qui peut susciter de l’incompréhension : 7 millions sont versés à la préfecture de police pour protéger les touristes. L’emploi de la taxe devrait être étudié avec les PME et TPE du tourisme pour qu’elle bénéficie à la promotion du territoire. Je propose qu’une partie de la taxe de séjour soit réaffectée à l’investissement des professionnels dans leurs équipements ; ainsi, fiscalité et qualité seraient jumelées. Le dernier vote de l’Assemblée a montré un clivage entre les régions touristiques qui ont besoin de moyens financiers et celles qui sont moins avancées. Pour ma part, je suis totalement opposée à la hausse de la taxe de séjour. Il faut avant tout taxer les acteurs qui ne le sont pas et travailler sur la question d’Internet. Je suis également opposée à la taxe additionnelle sur le STIF. Si nous voulons réhabiliter la fiscalité, celle-ci doit être utilisée à bon escient. Enfin, lors des auditions que j’ai menées, j’ai compris que les professionnels du tourisme étaient plus que d’autres soumis à un grand nombre de normes. C’est pourquoi je suis particulièrement les travaux de Thierry Mandon sur un allègement des normes dans ce secteur. 25 Soigner l’image de la France Daniel Fasquelle Philippe Lefebvre Daniel Fasquelle, pouvez-vous nous en dire plus sur cette nécessité d’une meilleure mise en lumière de nos territoires ? E n effet, nous aurions intérêt à attirer l’attention sur tous les territoires français. Par ailleurs, je suis frappé par le fait que nous ne faisons pas suffisamment le lien entre le transport et le tourisme. Or, il y a une relation évidente entre tourisme et transport, car la question du tourisme est transversale. Député du Pas-de-Calais depuis 2007, Daniel Fasquelle est vice-président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. Il a été élu maire du Touquet-Paris-Plage en 2008 et est égale- ment président de la communauté de communes Mer et Terre d’Opale. Depuis novembre 2010, il est le président départemental de la fédération UMP du Pas-de-Calais. Professeur agrégé des facultés de droit, il est doyen honoraire de la Faculté de droit de Boulogne-sur-Mer. Sur le sujet de la fiscalité, je dirais que l’on ne peut pas demander à chaque usager de payer la totalité des services que l’État peut lui rendre. Je suis donc contre une augmentation de la taxe de séjour. La fiscalité est un élément déterminant de notre compétitivité et de notre attractivité. Or, les entreprises de tourisme sont fragiles car elles impliquent investissement et main d’œuvre. mutualisés où toutes les régions ont pu se mettre en valeur. Il importe enfin de s’adresser aux jeunes. Dans ce domaine, Londres, Berlin, Barcelone prennent le dessus sur Paris. Attention aux messages que l’on envoie aux nouvelles populations et aux futurs clients : fermer commerces et restaurants la nuit pour ne pas gêner les riverains peut être un mauvais choix. Nous ne devons pas renvoyer une image trop passéiste de la France, sous peine de perdre progressivement du terrain. Il est primordial de montrer que la France innove, que c’est un pays moderne et que les nouvelles générations sont les bienvenues dans notre pays. Au sujet de l’image de la France, c’est bien de proposer aux étrangers une France de carte postale. Il faut leur offrir cette carte postale, mais pas seulement. J’ai ainsi été surpris que le pavillon France à l’Exposition universelle de Shanghaï ne propose que cette facette de notre pays, nostalgique des années 1950. Alors que l’Italie, par exemple, valorisait son patrimoine architectural et montrait aussi sa capacité à innover. De plus, les régions Alsace et Rhône-Alpes disposaient chacune d’un pavillon séparé alors que l’Italie avait un seul et unique espace d’exposition grâce à des moyens 26 Formation : revenir aux fondamentaux Lionel Walker Philippe Lefebvre Alors, il y a un autre dossier qui fâche : c’est celui du commerce. Comment avoir du personnel mieux formé dans nos établissements ? La parole est à Lionel Walker, vice-président national de l’Institut français du tourisme... E Vice-président de l’Institut français du tourisme, Lionel Walker est diplômé de l’Institut des Sciences Politiques de Paris en 1980. Il exerce le métier de professeur d’histoire-géographie jusqu’en 2004. Très investi dans la vie publique locale, il est élu en 1995 maire de Saint-FargeauPonthierry et conseiller général du canton de Perthes-en-Gâtinais, en Seineet-Marne. Depuis 2004, Lionel Walker exerce au sein de l’Assemblée départementale la fonction de viceprésident du conseil général en charge du tourisme, du patrimoine et des musées, il est président de l’Agence de développement touristique “Seine-etMarne Tourisme“. Il est pleinement investi dans les politiques touristiques et patrimoniales, tant au niveau départemental qu’au niveau national, en tant que secrétaire général du Réseau national des destinations départementales, depuis septembre 2011. n France, il est vrai que ce qui pèche un peu, c’est la question de la formation et des métiers. Nous nous trouvons face à un paradoxe parce que notre secteur est une activité qui emploie beaucoup de monde. L’autre paradoxe, c’est la profusion des formations (près de 1 500) et la centaine de licences. Notre secteur est dépourvu de pôle de recherche ou de compétitivité. En réalité, là où le bât blesse, c’est que nous n’avons pas de politique nationale de formation. De ce fait, les professionnels sont obligés de recruter du personnel dans d’autres filières que celles relevant précisément du tourisme. Il nous faut revenir à des fondamentaux sur des questions de culture générale, de langues, de numérique. Nous devons structurer la filière et mettre en œuvre les bons outils, mais aussi travailler sur la question de l’excellence, alors qu'il y a profusion d'offres de formations d'une école ou structure de référence nationale et internationale. uvrons à l’ouverture de masters et de clusters dédiés au tourisme. Enfin, il me semble important de mettre en avant les possibilités d’évolution de carrière dans le secteur touristique. Je tiens à formuler une dernière proposition. Quand un saisonnier a du temps, il serait bon de profiter de sa disponibilité pour le pousser à une meilleure professionnalisation et l’inciter à renforcer sa formation de base. PHILIPPE LEFEBVRE En somme, c’est une véritable révolution culturelle que vous proposez. Vous nous expliquez que le tourisme n’est pas un pis-aller, un métier par défaut, mais que c’est un métier à part entière, valorisant. LIONEL WALKER C’est un challenge personnel, c’est aussi un challenge national et international. 27 Le tourisme social comme outil de développement des territoires Claudie Buisson Philippe Lefebvre Nous allons, pour finir cette session, nous intéresser au tourisme dit social, c’est-à-dire, aux 40 à 50 % de Français qui ne partent pas en vacances, alors qu’ils pourraient contribuer à développer le tourisme dans nos régions. U Claudie Buisson est haut fonctionnaire au ministère de l’Économie et des Finances, mais a occupé durant toute sa carrière des postes atypiques, alliant l’économique et le social, qu’il s’agisse de gérer des activités (Agefiph, Entreprises d’insertion) ou d’exercer le contrôle financier d’établissements publics chargés d’une mission sociale (ACSE, ANRU, Agence du médicament, INPES...). Elle a mené durant l’année 2013 une mission à la demande de Sylvia Pinel, secrétaire d’État chargée du Tourisme, sur la lutte contre la fracture touristique puis piloté début 2014 avec Serge Trigano, dans le cadre des Assises du tourisme, le groupe de travail consacré à la redynamisation des vacances des Français. n Français sur deux ne part pas en vacances. La question que nous devons nous poser est : comment les faire repartir ? Vous l’avez dit, la France possède d’énormes atouts en matière de tourisme. Et loin de moi l’idée d’opposer le développement du tourisme des étrangers et le tourisme des Français. Mais plus qu’ailleurs, ne pas partir en vacances dans notre pays est synonyme de déclassement social. Par ailleurs, le tourisme français, c’est, comme nous l’avons évoqué, cinq points de PIB. D’un point de vue strictement économique, cela montre tout l’impact de la perte de 300 000 touristes français par an, observée depuis dix ans. Par ailleurs, j’ajouterai que le tourisme des Français se répartit beaucoup plus largement sur notre territoire. Nos concitoyens aiment explorer de nouvelles zones touristiques et contribuent ainsi à enrichir l’offre touristique et améliorer l’accueil. La perte des touristes français s’explique par trois raisons. En premier lieu, le coût des vacances a augmenté plus vite que le pouvoir d’achat, et le « panier touristique » est de dix points supérieur au coût de la vie dans les zones non touristiques. L’autre explication repose sur un obstacle culturel. Bon nombre de nos compatriotes ont peur de rater leurs vacances, n’ont pas l’habitude des vacances et n’osent pas partir. Cela constitue un véritable frein psychologique au départ. Enfin, notre offre n’a pas suffisamment évolué. Nous sommes très en retard sur la diversification des produits dans le domaine du tourisme populaire. Par exemple, l’offre destinée aux jeunes reste insuffisante. Ils ont envie d’autres façons de passer leurs vacances ; ce que nous ne savons pas encore toujours leur proposer. Il nous faut aussi prendre en compte les évolutions de notre société. Ainsi, la recomposition des familles et l’augmentation du nombre des seniors changent la donne. Il est nécessaire de s’y adapter. Illustration : les personnes du troisième âge n’ont pas forcément envie d’être reléguées là où personne ne veut aller, ou quand les lieux touristiques sont vides. Prenons conscience qu’il y a un potentiel de développement énorme du côté de nos familles, de nos jeunes, de nos seniors et aussi des classes moyennes chez nos voisins européens, car notre offre de tourisme populaire mérite vraiment d’être régénérée et promue. 28 Édito optimiste Sophie Jovillard Philippe Lefebvre L’émission « Échappées belles » sur France 5 est une invitation immédiate au voyage. Quelle est votre expérience de terrain concernant le tourisme ? P our le salon IFM Top Résa, je fais partie des sélectionneurs des meilleurs agents de voyages dans le cadre de la Travel Agents Cup. Je me considère moi-même comme un agent de voyages, car j’ai la chance de voyager à travers le monde et la France. Journaliste et animatrice de l’émission Échappées Belles, le magazine de voyage et de découverte diffusé sur France 5 depuis 2006, Sophie Jovillard vient de publier Les Carnets de Sophie en France, aux éditions Chêne. Elle a présenté de 2011 à 2013 Paris en + grand sur France 2, programme court sur le patrimoine de Paris et sa région. Elle collabore actuellement au programme le monument préféré des Français sur France 2. Sophie Jovillard écrit pour le magazine Lonely Planet. Cette globe-trotteuse, qui allie douceur et dynamisme et ouvre les portes du monde avec un regard "grand angle", aime aussi aller à la rencontre des gens quand elle est en France. Tout en n’étant pas une experte de la question, j’estime que le tourisme français se porte bien. La France se bat pour conserver sa place de leader mondial du tourisme. La hausse de la taxe de séjour et le redécoupage administratif constituent des questions fondamentales pour les professionnels du tourisme. De mon côté, je promeus l’idée d’une France « qui vaut le détour ». Globetrotteuse, je suis aussi une accoucheuse d’histoires et je permets aux spectateurs de voyager dans l’espace et dans l’imaginaire. Il y a quelques années, Reporters d’espoirs, qui a pour vocation de valoriser des initiatives positives et des projets qui ont du sens, m’avait demandé d’être marraine. J’ai envie de considérer la France sous ce prisme positif. Nombre d’initiatives dans le monde du tourisme sont porteuses de solutions. Mon rôle est de les valoriser et de leur offrir une caisse de résonance. Il suffit de suivre le fil de l’actualité dans le domaine du voyage et du tourisme pour être fier des initiatives françaises. Par exemple, la grotte Chauvet en Ardèche a été récemment classée au patrimoine mondial de l’Unesco. La caverne y rejoint Djeddah en Arabie saoudite ou le Chemin des Incas qui traverse l’Amérique du Sud. Il y a presque neuf ans, France 5, chaîne de service public, a décidé de placer en première partie de soirée, le samedi, une émission de voyages à travers le monde. Nous affrontions alors des mammouths de l’audience. Partis de 300 000 téléspectateurs, nous dépassons aujourd’hui régulièrement le million de personnes, avec des pics d’audience à 1,6 million. Le postulat de base était de proposer aux téléspectateurs des destinations du bout du monde pour les faire rêver et donner aux plus casaniers d’entre eux des envies d’évasion. Après avoir sillonné le monde au travers de 260 émissions, nous nous sommes recentrés sur la destination France. En effet, nous connaissions des pics d’audience la plupart du temps quand l’émission portait sur la France. L’un de nos meilleurs scores a été atteint pour une émission autour du mont Blanc. J’espère que les émissions que nous avons récemment tournées dans le Cantal ou le Nord connaîtront les mêmes résultats d’audience. Nous avons compris que 29 l’exotisme et le dépaysement peuvent se trouver au coin de la rue, sans qu’il s’agisse d’un renfermement sur soi. Aussi, pour la neuvième saison d’Échappées belles, 50 % des émissions seront consacrées à la destination France. En tant que Lyonnaise née à Lille, ayant vécu à Marseille, et avec des parents habitant dans la région bordelaise, j’éprouve un véritable attachement pour les régions françaises. « L’exotisme et le dépaysement peuvent se trouver au coin de la rue, sans qu’il s’agisse d’un renfermement sur soi », Sophie Jovillard Il y a quelques semaines, j’étais invitée au Printemps de l’optimisme. D’après un sondage mené par Opinion Way, 64 % des personnes interrogées exprimaient leur désir de partager des moments de plaisir. Or, les voyages et la découverte se rangent dans la catégorie du plaisir. Pour 85 % des sondés, la qualité de vie constituait un atout majeur en France. 24 % des personnes interrogées comptaient sur les médias pour développer et véhiculer l’optimisme. Ces derniers prennent donc une responsabilité considérable en proposant aux téléspectateurs une offre d’évasion. l’ensemble des métiers et des savoir-faire montre à quel point la France est belle. Dans mes carnets de voyage, je mets en exergue Marseille qui s’est développée culturellement, et non qui fait la une des faits-divers. Je préfère évoquer le MuCem bâti par Rudy Ricciotti qui permet à ses visiteurs de se réapproprier un territoire. Je participe également à l’émission Le Monument préféré des Français présentée par Stéphane Bern. 120 magnifiques monuments ont été sélectionnés à l’attention des téléspectateurs. Parallèlement à ma responsabilité d’offrir aux téléspectateurs de petits moments de plaisir et de découverte, vous avez, à votre tour, la responsabilité de valoriser les projets des artisans ou artistes, et de développer les structures touristiques. Les institutions médiatiques et politiques sont toutes parties prenantes dans la mise en valeur de notre territoire. Avant Échappées belles, j’avais travaillé sur des émissions de découverte territoriale avec France 3 en région. Je m’étais alors déjà intéressée aux initiatives locales dans les petits villages de France. Aujourd’hui, j’ai écrit des carnets de voyage en France aux éditions du Chêne, dans lesquels je fais part de mes coups de cœur. J’ai également produit des souvenirs de voyages, pour le magazine Lonely Planet, dans lequel j’aime mettre en avant des initiatives françaises. Dans mon prochain article, j’évoquerai ainsi Patricia, éleveuse de Salers dans le Cantal, qui communique tous les jours via Facebook pour donner au monde des nouvelles de ses vaches. En valorisant le travail de Patricia, il s’agit également de parler de tourisme, de chambres d’hôtes et de gastronomie. La valorisation de 30 SESSION III Le tourisme au service des territoires Président Animateur Daniel Fasquelle Député du Pas-de-Calais, président de la mission d’information sur l’impact du numérique sur le tourisme français, maire du Touquet-Paris-Plage Philippe Lefebvre Journaliste sur France Inter Intervenants Édith Arnoult-Brill Secrétaire générale de la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), présidente d’Hostelling international Claude Boulle Président de l’Alliance du Commerce - UCV Luc Carvounas Sénateur du Val-de-Marne, co-président du groupe "s’adapter aux mutations du secteur" des Assises du tourisme, co-auteur du rapport d’information "Tourisme : une place de leader à reconquérir" Sophie Dion Députée de la Haute-Savoie, présidente du groupe d’études "Montagne" Édith Gueugneau Députée de Saône-et-Loire Jean-Jacques Lasserre Sénateur des Pyrénées-Atlantiques, président du groupe "Tourisme et loisirs", co-auteur du rapport d’information "Tourisme : une place de leader à reconquérir" Jean-François Martins Adjoint à la maire de Paris, en charge du tourisme Dominique Thillaud Président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur, vice-président de l’Union des aéroports français 31 Le transport aérien comme soutien au développement des territoires Dominique Thillaud Philippe Lefebvre Il semble exister de moins en moins de lignes directes à l’international hors de Paris. L Président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur depuis septembre 2012, Dominique Thillaud est vice-président de l’Union des aéroports français. Il est également président du Conseil d’administration de la S.A.S. Nice Airport Management, et président du Conseil d’administration de la S.A. Aéroport du Golfe de Saint-Tropez, depuis juillet 2013. Il est diplômé de l’ISC Paris, Majeure Finance-Stratégie et a obtenu un master en ingénierie financière de l’EM Lyon. Après un début de carrière dans le secteur bancaire, Dominique Thillaud a rejoint la SNCF en 2002 comme directeur général de SNCF Participations, la structure qui porte les participations de la SNCF dans les différentes entreprises qui composent le groupe (Eurostar, Thalys, Geodis, Voyages-sncf.com, Systra, SNCF Energie...). Depuis 2007, il a combiné cette responsabilité avec, notamment, la direction de la stratégie corporate, des investissements et du développement du Groupe SNCF. e développement des longs courriers directs en région s’est heurté à une politique malthusienne. Les liaisons directes depuis Nice, Lyon ou Bordeaux ont démontré leur rentabilité et leur impact pour le développement économique de leur territoire afférent. Il est à noter que sur les aéroports français, le passager aérien est soumis à une taxe destinée à financer la sécurité et la sûreté. Cette taxe payée directement par la compagnie au travers du prix du billet pénalise l’attractivité de la France, dans la mesure où dans nos pays concurrents, une bonne partie, voire la totalité de ces missions sont payées par l’impôt et non par une taxe sur le passager. Également pénalisante, l’existence d’une taxe additionnelle à la précédente de 1,25 € par passager qui sert essentiellement à financer la sûreté/sécurité de petits aéroports qui sont très utilisés par des compagnies dont les pratiques notamment sociales sont particulièrement critiquables. À noter également que les Aéroports de Paris, malgré une taxe déjà à son niveau maximum, ont accumulé un déficit de plusieurs millions d’euros qu’il faudra bien financer par une augmentation et non, souhaitons-le, par la taxe additionnelle à laquelle nos passagers des aéroports de région contribuent largement. L’une des causes avouées de ce déficit par les aéroports parisiens est d’ailleurs l’abattement sur le prix de la taxe pratiqué pour les passagers en transit dont une partie significative est naturellement détournée du potentiel de vols directs qui pourraient être opérés à partir des régions. Par ailleurs, dans les pays européens, le trafic est réparti de manière relativement équilibrée, avec de nombreux points d’entrée, au bénéfice du développement des régions : Manchester et Londres en Angleterre, Munich, Francfort, Hambourg et Berlin en Allemagne, Milan, Rome et Venise en Italie, Barcelone, Malaga, Madrid et Palma en Espagne, etc. Pour croître, le tourisme d’affaires vers les centres de congrès a besoin de liaisons directes. Or, en France, l’organisation du réseau sous forme de hub semble être considérée comme la panacée. Les autres pays 32 d’Europe bénéficient d’une répartition beaucoup plus équilibrée du trafic aérien sur leur territoire national avec de nombreux points d’entrée en régions. Certes, en France, les intérêts de la compagnie nationale sont souvent opposés à ceux du constructeur européen, mais nous tendons à oublier les territoires eux-mêmes, tant dans la dimension du tourisme que dans celle de l’économie. En effet, les longs courriers transportent jusqu’à 25 tonnes de fret, en sus de leurs passagers. Les intérêts des territoires ne doivent pas être minorés par l’opposition traditionnelle entre la compagnie historique et les constructeurs. Le développement des lignes en région bénéficie au tourisme de vacances et d’affaires, ainsi qu’à la capacité d’exportation et de libération de la valeur ajoutée pour beaucoup de petites entreprises. Le potentiel est présent et les compagnies demandeuses : il s’agit donc de demander un « permis de croissance ». « Le développement des lignes en région bénéficie au tourisme de vacances et d’affaires, ainsi qu’à la capacité d’exportation et de libération de la valeur ajoutée pour beaucoup de petites entreprises », Dominique Thillaud DOMINIQUE THILLAUD Le transit ne s’effectue pas via l’aéroport Charles de Gaulle mais via celui de Rome, Londres, Francfort, Amsterdam, Zurich, etc... Au demeurant, une partie de la clientèle reste à Rome. Le lien direct crée du trafic dédié et, partant, de la dépense locale. Cet enjeu est essentiel pour tous les aéroports régionaux français. Il nous faut résoudre cette question pour atteindre l’objectif des 140 millions de visiteurs prévus pour 2030 en France par Laurent Fabius. PHILIPPE LEFEBVRE Pourquoi avez-vous récemment perdu la desserte d’une grande compagnie pour l’aéroport de Nice-Côte d’Azur ? DOMINIQUE THILLAUD Aucune explication ne m’a été donnée. Jusqu’en mai 2013, Qatar Airways se posait à Nice quatre fois par semaine. La compagnie souhaitait organiser une desserte quotidienne dans la mesure où les chiffres de trafic étaient performants. Beaucoup d’Australiens et d’Asiatiques accédaient ainsi à la Côte d’Azur. Cette compagnie n’a plus eu le droit d’opérer cette liaison. PHILIPPE LEFEBVRE Cette fermeture de ligne aura-t-elle un impact sur la clientèle qui se rend sur la Côte d’Azur ou constituera-t-elle seulement un aléa, puisque les passagers devront transiter par l’aéroport Charles de Gaulle ? 33 Tourisme et aménagement du territoire Jean-Jacques Lasserre Philippe Lefebvre Jean-Jacques Lasserre, le tourisme et l’aménagement du territoire sont étroitement liés. Comment pouvons-nous agir davantage et mieux en ce domaine ? N Sénateur des Pyrénées-Atlantiques, JeanJacques Lasserre est conseiller général du canton de Bidache et président du Conseil des élus du Pays basque. Agriculteur de profession, il a présidé la coopérative Lur Berri pendant une quinzaine d’années. Adhérent de l’UDF puis du Mouvement Démocrate, il siège actuellement au sein du groupe de l’UDI-UC au Sénat et préside le groupe Forces 64 qu’il a créé au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, qu’il a également présidé. Il a laissé son siège de conseiller régional d’Aquitaine lors de son élection au Sénat, en septembre 2011. Depuis plusieurs années, il préside le Conseil des élus du Pays basque, association qui a pour objet la promotion du projet de territoire du Pays basque et qui en élabore les orientations stratégiques. Membre de la commission des Affaires économiques, il est, au Sénat, président du groupe d’études “Tourisme et Loisirs“ et également rapporteur du rapport de l’évaluation sur l’application de “loi tourisme” du 22 juillet 2009. ous sommes tous attachés à nos racines et à nos terroirs. Chaque fois que nous isolons les conditions permettant de favoriser l’aménagement du territoire et le tourisme, nous tentons d’agir dans ce sens. Les goûts comme les offres sont particulièrement divers en France. Au regard de sa richesse patrimoniale, culturelle et paysagère, ainsi que de la qualité de ses acteurs, aucune parcelle du territoire ne doit être à l’abri d’opérations permettant d’améliorer son aura. Nous disposons d’une série de leviers performants. J’ai la certitude que tous ces avantages concurrentiels, qui sont autant de symboles de l’histoire passée, peuvent acquérir une modernité tout en ne dispersant que peu de moyens. Ainsi, dans les Pyrénées, la glisse est particulièrement à la mode sous trois formes, à savoir la montagne, le rafting et le surf. Ce sont les conditions géographiques et naturelles qui nous ont procuré cet atout, mais il n’était pas complexe d’y adjoindre une modernité. Il nous faut sortir d’une nostalgie qui n’a pas lieu d’être. La France dispose d’avantages concurrentiels que les autres pays ne possèdent pas, et qui peuvent se conjuguer avec la recherche du repos et de l’émotion. Une personne qui se procure de l’émotion tout en pratiquant un tourisme de masse est fière de le raconter. Le Sénat mène actuellement une intense réflexion avant d’aborder prochainement la loi sur l’aménagement du territoire. Au niveau régional et départemental, il existe beaucoup de gaspillage d’argent public pour la promotion au niveau international des terroirs et des marchés. Il faut que chaque acteur se place à l’échelon qui lui convient le mieux. Dans le débat qui doit se tenir entre les régions et les départements, il faut distinguer les dynamiques géographiques : l’aménagement de 20 kilomètres de côte basque pour du surf ne peut être travaillé de la même façon que celui du chemin de Saint-Jacques-deCompostelle. Il existe des porteurs naturels de la valorisation du patrimoine en fonction des thématiques. Ce critère permettrait d’arbitrer harmonieusement la répartition des compétences. Tous les acteurs s’accordent pour une réforme de la fiscalité. Nous ne pouvons agir sur tous les leviers fiscaux. Deux grands domaines d’action peuvent être envisagés, à savoir les taxes de fonctionnement et le soutien à la 34 transmission du patrimoine pour encourager l’investissement. Dans cette perspective, il nous faut sérier les points sur lesquels nous voulons agir. « Tous ces avantages concurrentiels, qui sont autant de symboles de l’histoire passée, peuvent acquérir une modernité tout en ne dispersant que peu de moyens », Jean-Jacques Lasserre 35 Tourisme d’été et d’hiver, la création d’un pôle d’excellence Sport et Montagne Sophie Dion Philippe Lefebvre Comment procédez-vous pour attirer des touristes l’été en Haute-Savoie ? J Députée de la Haute-Savoie depuis le 17 juin 2012, Sophie Dion est avocate spécialisée en droit du travail et en droit du sport. Pour défendre au mieux les intérêts de son département et du monde de la montagne, elle préside le groupe d’études “Montagne“ à l’Assemblée nationale depuis le 6 février 2013. Élue locale engagée, elle a été conseillère municipale de MorzineAvoriaz en 2001, puis maire adjoint en charge du sport et tourisme, avant d’être conseillère régionale de Rhône-Alpes entre mars 2010 et juin 2012 (elle a démissionné suite à son élection à l’Assemblée nationale, conformément à son engagement de campagne). À l’Assemblée nationale, elle s’investit prioritairement sur trois grands thèmes : le tourisme, l’industrie du décolletage et l’agriculture de montagne. e remercie Sophie Jovillard qui a souligné que la meilleure audience d’Échappées belles (France 5) concernait l’émission consacrée au MontBlanc et j’observe avec bonheur que sur les cartes postales exposées devant nous, le mont Blanc a été placé à côté de la Tour Eiffel…C’est un symbole fort. Vous avez confirmé tout à l’heure que le critère le plus important pour des touristes étrangers se rendant en France est la beauté des paysages. La montagne constitue à ce titre l’un des plus beaux panoramas qui soit. Elle représente un tiers de l’espace métropolitain de la France. La contribution de la montagne va au-delà de ses retombées directes : un euro investi dans un forfait de ski correspond à 6 euros dépensés dans la station. Les retombées économiques s’élèvent à 7 milliards d’euros, pour un secteur qui représente plus de 120 000 salariés. Ces chiffres prouvent à quel point la montagne est un espace touristique attractif et compétitif. La montagne française constitue la première destination mondiale devant la Suisse, l’Autriche et les États-Unis. La France possède le plus grand domaine skiable du monde. Cependant, quelques inquiétudes méritent d’être relevées. Cette année, la fréquentation durant la saison hivernale a connu une baisse de 4 %. Des efforts sont à consentir, notamment concernant le calendrier scolaire pour les vacances de printemps. Par exemple en Haute-Savoie, la rentrée des vacances de Pâques a été effectuée le 15 mai dernier. Cette fixation tardive des vacances de printemps serait justifiée par l’intérêt des enfants. Mais comment parler d’équilibre pour les enfants si le troisième trimestre ne dure que quelques petites semaines notamment en raison des périodes d’examens de fin d’année (brevet des collèges, baccalauréat). L’économie de la montagne ne doit pas être sacrifiée. Il ne faut pas abîmer ce secteur que le monde nous envie et qui apporte valeurs et richesse. Pour que le tourisme français reste sur la plus haute marche du podium de nouvelles pistes doivent aussi être explorées. À l’issue des Assises nationales du tourisme, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international a fait part de plusieurs annonces, en particulier de sa volonté de rapprocher le sport et la montagne. 36 Un pôle d’excellence « Sport et Montagne » devrait donc être créé. En effet, les deux domaines partagent les mêmes valeurs : le respect des règles et le dépassement de soi. Par ailleurs, dans la perspective de développer le tourisme en hiver comme en été, il faut notamment réhabiliter l’immobilier de loisirs et préserver les capacités d’investissement des communes touristiques. Pour maintenir un accueil répondant aux attentes des touristes et offrir des prestations de qualité, il faut aussi tenir compte de la population touristique et pas seulement des habitants qui vivent dans nos villages tout au long de l’année. « La montagne française constitue la première destination mondiale devant la Suisse, l’Autriche et les États-Unis », Enfin, dans le cadre du tourisme social, et pour que nos enfants acquièrent les valeurs de la montagne, il faut développer les classes de découvertes et les classes de neige. Un enfant qui apprendra à découvrir et aimer la montagne sera un adulte qui l’aimera tout au long de sa vie. Sophie Dion 37 Tourisme urbain et culturel : comment améliorer les retombées économiques et sociales ? Claude Boulle L ’Alliance du commerce représente 25 000 points de vente en France, agissant essentiellement dans le domaine de l’équipement de la personne (cosmétiques, mode, habillement, accessoires). Ses 500 entreprises comptent 200 000 salariés travaillant pour la plupart en centre-ville. Président exécutif de l’Union du grand commerce de centre-ville depuis 2008, Claude Boulle est diplômé de l’IEP de Paris, licencié en allemand et ancien élève de l’ENA. Il a été administrateur civil au ministère du Travail et des Affaires sociales (1980-84), conseiller commercial auprès de l’Ambassade de France en Allemagne (1984-88) et conseiller technique au cabinet de Roger Fauroux (ministre de l’Industrie 1988- 90). Claude Boulle a ensuite été à la direction des ressources humaines de Thomson-CSF (1990-94) puis sous-directeur de l’Assurance maladie au ministère du Travail et des Affaires sociales (1994-97). Il a été directeur général d’Hexagone hospitalisation (1997-98), vice-président de Toyota Motor Manufacturing France (19982004), directeur général du groupe Serience-Suren (2004-2006) et directeur adjoint chargé de la santé de la ville de Paris (2006-2008). PHILIPPE LEFEBVRE Le commerce et le tourisme sont liés, mais ils ne se déploient ni à la même vitesse, ni dans le même sens. CLAUDE BOULLE En mai 1981, Jack Lang affirmait que l’économie et la culture constituaient un seul et même combat. À partir de ce slogan, nous pouvons aussi réfléchir sur le développement du tourisme, qui connaît un formidable essor, en dépit des lamentations d’une partie de la profession. Pour l’année 2013, 88 millions de visiteurs pourraient être comptabilisés. Même si la population en transit est ôtée du total, on peut dire qu’il existe davantage de consommateurs mobiles que de résidents. De plus, le tourisme culturel et urbain connaît un fort développement : 200 villes sont desservies par le TGV et, malgré le manque de navettes aériennes, il est possible de voyager rapidement à travers le territoire. 30 % des séjours sont désormais motivés par le tourisme culturel et urbain. Les élus ont fait des efforts considérables pour l’investissement dans des équipements. Ainsi, le Centre Pompidou Metz a induit une hausse de 800 000 visiteurs dans la ville. Le Louvre Lens et le musée Soulages à Rodez devraient provoquer un effet d’attractivité similaire. Nombre d’initiatives sont inspirées par l’effet Bilbao, à savoir l’effet de revitalisation régionale provoqué par la construction du musée Guggenheim par Frank Gehry. Par ailleurs, la pratique du tourisme shopping prend un nouvel essor, notamment dans les centres-villes, avec l’arrivée de la clientèle des pays émergents extra-européens. Les Chinois représentent plus d’un million de touristes en France, les Brésiliens quasiment un million, les Russes 600 000, etc. La France se distingue par des produits de marque et d’artisanat, dans la maroquinerie, la mode, le parfum ou la joaillerie. Enfin, les nouvelles générations se caractérisent par une mixité des activités et des comportements, appelée aussi fun shopping : derrière l’alibi de découverte ou de culture, un comportement affirmé d’acheteur existe. Dans ce cadre, la question de l’ouverture dominicale fait souvent l’objet de couvertures médiatiques éphémères. Sa simple résolution n’est pas suffisante. Il faut qu’une proposition complète de déambulation et de découverte du centre- 38 « Nous souhaitons que les acteurs locaux deviennent eux-mêmes des ambassadeurs de leur territoire », Claude Boulle ville soit promue par les communes afin de mettre en valeur conjointement toutes les richesses du territoire. Nous souhaitons que la question de l’harmonisation des circuits soit posée au moment de la délimitation d’une zone culturelle, commerciale ou touristique. De plus, les horaires des magasins doivent être adaptés à la fréquentation des touristes : beaucoup de commerces ferment le midi, le soir et le dimanche en pleine saison touristique. Il faut s’adapter aux flux et aux clientèles et proposer une offre lisible, en particulier vis-à-vis de personnes qui viennent de pays où les commerces sont tout le temps ouverts. Il ne s’agit pas de faire de même en France, mais de prendre en considération ces flux. Au demeurant, les grandes villes concurrentes à travers le monde sont souvent ouvertes de manière plus que souple qu’en France. Enfin, il faut synchroniser les horaires des événements et des lieux pour les activités touristiques, commerciales et culturelles. La préparation à l’accueil de nouvelles clientèles est essentielle. La maîtrise des langues doit être décente ; l’attitude vis-àvis des clients doit être adaptée, mêlant bienveillance, empathie et disponibilité. Nous souhaitons que les acteurs locaux deviennent eux-mêmes des ambassadeurs de leur territoire. 39 Préserver la dynamique de Paris Jean-François Martins Philippe Lefebvre Disneyland reçoit 13 millions de visiteurs et constitue la première destination touristique devant le Louvre et la Tour Eiffel réunis. Nombre de chantiers sont engagés pour renforcer l’attractivité de Paris intra muros, à destination notamment de la population qui se rend au parc d’attraction de Marne-la-Vallée. E Adjoint à la maire de Paris en charge du tourisme et des sports, Jean-François Martins a été élu conseiller de Paris le 8 avril 2010 et réélu le 30 mars 2014. Il a par ailleurs été président de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) de 2004 à 2006. n parallèle des chiffres cités pour Disneyland, 16 millions de visiteurs traversent chaque année Paris intra muros. Une autre forme de transfert de tourisme existe également entre Paris et Versailles. La destination parisienne a désormais une dimension fortement métropolitaine : les grands sites d’intérêt touristique et culturel sont appréhendés à l’échelle de la métropole, de même que les aéroports et l’offre hôtelière. La croissance des visiteurs étrangers s’élève à 7 % pour Paris contre 5 % pour le marché mondial. Non seulement Paris est leader des destinations touristiques au niveau mondial, mais le nombre de ses visiteurs étrangers continue à croître plus rapidement que le marché mondial. Ces deux constats sont facteurs d’optimisme, mais il faut adapter les capacités hôtelières à cette croissance, notamment au niveau de la petite couronne. Il faudra partager la manne touristique à l’échelle de la métropole et adapter les transports et tous les grands investissements. L’équilibre de la position touristique de Paris est fondamental, car il nous met à l’abri de certaines difficultés. Tout d’abord, l’équilibre des saisons est garanti par le quasi-équilibre entre le tourisme d’affaires (congrès et salons) et le tourisme de loisirs. Paris est classée parmi les quatre premières villes de congrès au monde. Ce sont dans les investissements que consentiront les collectivités locales que se décidera l’avenir. Ainsi, nous investirons pendant plus de dix ans pour faire de la Porte de Versailles le plus grand centre des congrès, foires et salons du monde. L’activité de tourisme d’affaires est vertueuse pour l’ensemble du tourisme, car elle permet de nous épargner les effets de saisonnalité et d’afficher, pour les hôteliers parisiens, des taux d’occupation de plus de 80 % sur l’ensemble de l’année. Cet équilibre est aussi fragile que précieux. De plus, il existe un autre équilibre entre les visiteurs nationaux et internationaux, loin de l’image d’Épinal des cars de touristes chinois. La première nationalité des visiteurs de Paris est française, au travers du tourisme familial, du séjour de classes découvertes, de colonies de vacances, etc. De même, les premiers destinataires du tourisme d’affaires sont les directeurs de PME en région. Or, c’est cette activité qui tend à souffrir le plus de la crise et qui provoque quelques signes d’inquiétude. 40 « Non seulement Paris est leader des destinations touristiques au niveau mondial, mais le nombre de ses visiteurs étrangers continue à croître plus rapidement que le marché mondial », Jean-François Martins Un équilibre est également prégnant entre résidents permanents et touristes. Ces derniers contribuent au façonnage de la ville de façon souvent vertueuse au travers d’investissements de voierie, de propreté, de sécurité, d’entretien du patrimoine et d’animations culturelles. Ces aménagements participent ainsi à l’amélioration de la qualité de vie des Parisiens. Inversement, l’action sur la qualité de vie des résidents peut devenir un atout touristique, à l’instar de l’aménagement des voies sur berge ou de la Place de la République. 10 000 commerces sont déjà ouverts le dimanche à Paris, soit 20 % de l’ensemble. Une ouverture massive le dimanche aura un impact sur la vie des 2,3 millions de résidents en termes de propreté, de sécurité ou de garde d’enfants. Comment peut-on organiser le travail des femmes le dimanche ? Il est donc impossible de n’emprunter qu’une perspective touristique pour décider de l’ouverture des commerces le dimanche. La question de l’acceptabilité des aménagements pour les Parisiens est à prendre en compte. 41 Le développement durable et le numérique, facteurs clés de l’attractivité des auberges de jeunesse et des territoires Édith Arnoult-Brill Philippe Lefebvre Le monde des auberges de jeunesse semble nous ramener à une préhistoire du tourisme. L Secrétaire générale de la Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), Édith Arnoult-Brill est présidente d’Hostelling international (Fédération internationale des auberges de jeunesse). Présidente du Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (Fonjep) de 1993 à 1998, puis présidente du Conseil national de la vie associative entre 2000 et 2011, elle est vice-présidente de la Fondation du Crédit coopératif et membre du Conseil d’administration de la Fondation de la Française des Jeux en tant que personnalité qualifiée. Elle est vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), membre du groupe des associations. Elle est l’auteure de l’avis sur “la sécurisation des parcours professionnels“ et corapporteure de l’avis sur “le fait religieux en entreprise“. Elle est co-auteure de La nouvelle économie sociale, efficacité, solidarité, démocratie parue en 2001. e concept des auberges de jeunesse a effectivement plus de 100 ans et connaît à la fois une forte notoriété et un défaut d’image. La Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ) représente 160 établissements sur l’ensemble du territoire français. La Fédération internationale est implantée dans 81 pays pour plus de 5 000 auberges de jeunesse dans le monde. L’organisation est partenaire de l’UNESCO. Il y a quelques années, elle a signé un protocole d’accord avec son directeur général sur une campagne. Les auberges de jeunesse défendent en effet des convictions et des valeurs, notamment la construction à travers le voyage d’une culture de la paix. Plus récemment, un protocole d’accord a été signé avec l’Organisation mondiale du tourisme autour du Big Blog Exchange : ce projet mobilise des blogueurs du monde entier autour du voyage à travers les auberges de jeunesse et donc, partant, sur l’attractivité des territoires. Une expérience de transformation de bâtiment en auberge de jeunesse nécessite une démarche de co- construction de projet avec des équipes municipales, qui défendent en général une vision de l’accueil des jeunes et du développement de l’urbanisme. Les auberges de jeunesse ne sont pas nécessairement installées dans les endroits proches des lieux de découverte culturelle et touristique. Nous implantons aujourd’hui une nouvelle génération d’auberges de jeunesse. Notre organisme est une association de tourisme social destinée à la jeunesse. Sa démarche et son organisation économique relèvent de l’économie sociale et solidaire. Comment une auberge de jeunesse peut-elle contribuer à l’attractivité d’un territoire et participer à son développement ? À Rouen, nous avons investi une friche artisanale du XVIIIe siècle abandonnée depuis une trentaine d’années. La presse régionale avait ainsi titré : « L’auberge de jeunesse rénove le patrimoine. » Portés par les élus dans une perspective de développement durable, un puits canadien et des toits végétalisés y ont été installés. Une autre auberge de jeunesse a été implantée dans le 42 « Une auberge de jeunesse peut-elle contribuer à l’attractivité d’un territoire et participer à son développement ? », Édith Arnoult-Brill de Paris, à XVIIIe arrondissement dix minutes à pied de la Gare du Nord. Il s’agit de créer un éco-îlot solidaire dans un quartier populaire, mêlant bâtiments publics et l’auberge de jeunesse. La construction est écodurable et va au-delà des critères du bâtiment de basse consommation (BBC) : un stockage de 300 mètres cube d’eau a été prévu pour le jardin public, 3 500 mètres carrés de capteurs photovoltaïques ont été installés sur le toit, des panneaux solaires ont été prévus pour le chauffage de l’eau sanitaire, un puits de géothermie sert au rafraîchissement des locaux. À Lille, nous étions déjà présents au cœur de la ville, mais la réimplantation est en cours dans un éco-quartier, dans un cadre d’architecture exceptionnel. Le bâtiment se caractérisera par sa haute performance énergétique. La Ville prend le parti d’une gestion des eaux fluviales dans le quartier par infiltration : elles seront donc gardées dans le site où sont construits les bâtiments. À Cahors, l’auberge de jeunesse est créée au pied du pont Valentré, site du Patrimoine mondial de l’UNESCO. donnée aux jeunes du monde entier. Nous drainons la jeune génération des voyageurs qui parcourent le monde via des outils numériques : les jeunes attendent les bons plans, la convivialité, ils recherchent l’authenticité et la rencontre interculturelle. Ils recherchent avant tout une expérience de vie, qu’ils espèrent inoubliable. Au demeurant, une nouvelle plateforme internet a été créée. Elle a concentré un investissement de 2 millions de livres sterling. Il ne s’agit pas d’un site de réservation, mais de l’agrégation de tous les réseaux sociaux. Nous attirons les jeunes dans les auberges de jeunesse, y compris dans des villes qui ne sont pas réputées, en leur proposant des carnets de voyage qui leur permettent de partir hors des sentiers battus. La plus-value de notre dynamique est de leur offrir la possibilité de créer, puis de partager leur carnet de voyage. Riches d’une histoire au niveau international qui n’est pas un passé nostalgique, nous voulons développer le storytelling, chargé de valeurs, pour construire un avenir prometteur pour les jeunes. L’un de nos atouts est l’originalité : aucune auberge ne ressemble à une autre, contrairement aux chaînes d’hôtels. L’esthétique et la qualité sont également des marqueurs importants des auberges de jeunesse au XXIe siècle. Une auberge de jeunesse doit être le reflet d’une culture, d’un territoire et du peuple qui l’habite. Nous nous implantons au milieu du quotidien des habitants, ce qui constitue un élément de valeur ajoutée exceptionnel dans la découverte touristique et culturelle pour les usagers. Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, les 330 lits connaissent un bon taux de remplissage. Une autre image de Paris est 43 Le tourisme évènementiel comme facteur d’attractivité des territoires Luc Carvounas Philippe Lefebvre Vous venez de faire la preuve de l’élément incontournable que constitue l’enthousiasme. Luc Carvounas, les touristes d’affaires qui visitent Villepinte ou la Porte de Versailles se transmutent-ils en touristes de loisirs ? C Sénateur du Val-de-Marne, Luc Carvounas est devenu en 2001, le plus jeune adjoint au maire d’Alfortville, à 29 ans et le plus jeune vice-président du conseil général du Val-de-Marne chargé de la politique de la ville en 2008. En 2011, il est le directeur de campagne de Manuel Valls dans le cadre des primaires citoyennes et tête de liste de la gauche aux élections sénatoriales Il devient sénateur et démissionne alors du conseil général. Vice-président du groupe socialiste au Sénat, il est membre de la commission des Lois. Luc Carvounas a également été désigné par ses collègues secrétaire de la Commission sénatoriale pour l’application des lois. Le 18 mars 2012, il est élu maire d’Alfortville, où il succède à René Rouquet. Le 30 mars 2014, il est réélu maire d’Alfortville avec 58,24 % des voix. ’est sans doute le cas pour une partie d’entre eux. L’industrie du tourisme de grands événements peut être liée au développement des territoires. En tant que maire d’Alfortville, je porte depuis deux ans, avec Jean-Christophe Fromentin, député-maire de Neuilly-surSeine, le projet ExpoFrance 2025, qui consiste à faire le pari d’accueillir une grande exposition universelle en 2025. Nous saurons, en 2016, si nous sommes éligibles. La ville de Paris a gardé des traces de l’exposition universelle de 1900, avec le Grand Palais, le métro et la tour Eiffel. En 1900, 48 millions de visiteurs avaient été reçus. En parallèle, 70 millions de personnes se sont rendues à Shanghai en 2010. Une exposition universelle est un concentrateur d’attractivité. Même si la France est la première destination mondiale, elle ne tient que la troisième position pour les recettes liées au tourisme. Dans une récente étude de Trip Advisor, Paris n’apparaît qu’au septième rang en termes d’attractivité. Nous devons donc contrer cette tendance, sans nous reposer sur nos lauriers. L’industrie du tourisme est la première en France, mais son budget ne connaît pas d’augmentation. Les retombées économiques liées à l’organisation d’une exposition universelle seraient considérables. Pour la préparation de Milan 2015, 70 000 emplois sont créés entre 2010 et 2015 pour une prévision de 30 millions de visiteurs et une plus-value espérée de 44 milliards d’euros pour les milieux économiques milanais. Le coût d’organisation d’une exposition universelle est donc compensé par ses retombées sur le plan de l’économie et de l’aménagement. Dans le cadre du Grand Paris, l’organisation du grand métro parisien a été prévue à l’horizon 2030. Or, l’exposition universelle peut constituer un accélérateur de ce grand chantier, à l’instar de ce qui s’est produit au Brésil pour la préparation de la Coupe du monde. Elle peut donc contribuer à la création de nouvelles infrastructures pérennes. Un débat a récemment pris place à l’Assemblée nationale autour de l’introduction d’un amendement portant sur le relèvement de la taxe de séjour. J’estime que la discussion n’aurait pas dû prendre ce tour. Il vaut mieux attendre que la mission parlementaire rende ses conclusions sur les rapports entre la fiscalité et le tourisme plutôt que de faire 44 passer une mesure en force. De plus, les transports ne sont pas financés de cette manière au niveau européen. Par ailleurs, notre nuitée moyenne est l’une des plus chères d’Europe. En 2025, les nouvelles technologies auront connu un nouvel essor. Un Grand Palais du numérique pourrait voir le jour, dans une passerelle entre hier et demain. J’invite tous les acteurs à rejoindre l’association ExpoFrance 2025, qui compte déjà toutes les universités et grandes écoles, ainsi que tous les grands groupes économiques. Tous les territoires étant concernés, 900 retours ont pu être comptabilisés lors du dernier congrès de l’Association des maires de France. « Une exposition universelle est un concentrateur d’attractivité », Luc Carvounas 45 Le tourisme « doux » et les stations thermales, leviers d’attractivité du territoire Édith Gueugneau L Députée de Saône-et-Loire, Édith Gueugneau est maire de Bourbon-Lancy depuis mars 2014. En 1993, elle est élue conseillère municipale de BourbonLancy, puis adjointe au maire en 1997. En 2004, elle devient conseillère régionale de Bourgogne, élue sur la liste du sénateur socialiste François Patriat, puis vice-présidente au groupe d’études Tourisme et vice-présidente du conseil régional en charge du tourisme et à l’expérimentation de décentralisation des canaux bourguignons. Elle prend rapidement des responsabilités importantes en tant que référente du Pays du Charolais-Brionnais et viceprésidente du comité régional de tourisme. En 2009, elle est portée à la présidence de la Communauté de communes de Bourbon- Lancy, qui se crée et met aussitôt en œuvre la fusion de cette intercommunalité avec celle d’Issy l’Evêque. Élue en juin 2012 à l’Assemblée nationale, 2e circonscription de Saône-et-Loire (Charolais-Brionnais), elle est aujourd’hui membre de la commission de la Défense nationale et secrétaire de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Elle exerce enfin les fonctions extra parlementaires suivantes : elle est membre titulaire du Comité national du tourisme et du Conseil supérieur de la réserve militaire et vice-présidente du groupe d’amitié France-Italie. e tourisme vert ou rural participe au développement de notre territoire. Depuis la loi d’orientation et d’aménagement du territoire de 1999, la démarche mise en place a porté ses fruits. En Saône-et-Loire, des véloroutes ont été mises en place. En parallèle, un Tour de Bourgogne à vélo a été organisé et le territoire se trouve également sur l’EuroVélo 6. En tant que vice-présidente du conseil régional en charge du tourisme, j’ai fait l’expérience de la décentralisation des canaux : nous avons ainsi analysé pendant deux ans comment le tourisme autour des canaux pouvait être optimisé. L’économie fluviale est déjà considérable, mais son développement touristique constitue une opportunité pour les territoires ruraux. Aussi, des véloroutes, des circuits et des itinéraires ont été organisés autour des canaux. Ce tourisme, doux, est aussi une expérience de vie : nous pouvons y rencontrer des hommes et des femmes comme des savoir-faire. Le développement de cette dimension humaine et solidaire constitue un enjeu fort. À titre d’exemples : une randonnée cycliste est organisée sous forme de croisière depuis Vienne jusqu’à Nantes. Elle traverse le territoire de six régions françaises, avec 45 étapes en Bourgogne. Il ne s’agit pas d’une compétition sportive mais d’un cyclisme de tourisme qui mobilise un réseau transeuropéen. Le tourisme rural implique un engagement des acteurs économiques et des élus locaux. Le besoin d’accompagnement est considérable. Nous souhaiterions que les contrats de destination soient davantage appropriés en proximité : le tourisme rural manque d’ingénierie et nécessite d’être travaillé en réseau. En matière de tourisme de bien-être, chaque année, le remboursement des cures thermales est souvent évoqué lors du projet de loi de finances. Il s’agit d’emplois majoritairement féminins qui demeurent sur nos territoires. Les stations thermales travaillent aussi à développer, pour l’avenir la notion de bien-être. En vacances, les Français veulent se reposer et découvrir des paysages. Un euro d’investissement dans l’aménagement des itinéraires cyclistes engendre dix euros de retombée économique. Cet aménagement doit être accompagné. Les acteurs de l’itinérance douce et durable promeuvent une démarche solidaire et innovante. Toutefois, le tourisme vert ne peut se développer sans culture : nous avons besoin de créer des événements. 46 Clôture des Rencontres George Pau-Langevin Philippe Lefebvre Nous n’avons pas encore évoqué le tourisme dans les Outre-mer. P Ministre des Outre-mer depuis avril 2014, George Pau-Langevin a été ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de la Réussite éducative, de mai 2012 à mars 2014. Réélue députée de la 15e circonscription de Paris, le 17 juin 2012, elle a été vice-présidente du groupe SRC. George Pau-Langevin a été conseillère du 20e arrondissement de Paris, chargée de la protection de l’enfance et de l’enfance maltraitée, de 2008 à 2014, conseillère régionale d’Ile-de-France, de 1992 à 1998, et conseillère du 20e arrondissement de Paris, de 1989 à 1995. George PauLangevin a par ailleurs été déléguée nationale aux ressortissants des départements d’Outre-mer en métropole de 1989 à 1999. Avocate de formation, George Pau-Langevin a exercé au barreau de Paris tout en ayant des responsabilités associatives importantes dans le domaine de la lutte contre le racisme. our les Outre-mer, le tourisme constitue un facteur-clé de croissance. Les entreprises du secteur sont contraintes de se réinventer sans cesse, et de s’adapter à des modes de consommation et des environnements régionaux en pleine mutation. De plus, leur développement est fondé sur une exploitation raisonnée et intelligente des ressources et du patrimoine des territoires. Je ne peux que m’associer à cette triple ambition de croissance, d’évolution et de développement. Une semaine après la clôture des Assises du tourisme, je vous remercie de me donner l’occasion de réaffirmer les points suivants. Par la beauté de leurs paysages, leur diversité et leurs richesses, les destinations ultramarines participent du prestige de la France, de son attractivité touristique et de sa renommée internationale. Par leurs écosystèmes uniques, leur variété patrimoniale, leurs spécificités culturelles, elles constituent ce que l’on appelle communément des « destinations de rêve ». Cependant, il semble qu’elles ne soient pas toujours des destinations effectives. Sans rompre avec l’optimisme affiché dans l’édito de Sophie Jovillard, nous devons faire vivre ce rêve, qui est le fil directeur sans lequel il n’existe pas de volonté d’entreprendre et de tirer parti de nos atouts. Le tourisme se trouve à la croisée de cette équation de l’Outre-mer : objet de rêve dans un univers qui en a bien besoin ; objet en pleine mutation qui doit s’adapter et se réinventer pour croître ; objet de développement pour des sociétés en quête de souffle ; objet qu’il nous faut saisir. Le tourisme occupe une place centrale dans la vie des territoires d’Outre-mer. Selon les lieux, il représente jusqu’à 10 % du PIB et de l’emploi, parfois plus comme en Polynésie où cette proportion dépasse 15 %. En tant que politique, je ne puis être insensible à ces chiffres, d’autant que les taux de chômage que connaissent les Outre-mer peuvent atteindre entre 20 et 30 % de la population active, avec parfois plus de 60 % pour les jeunes. Comment pouvons-nous agir pour que ce marché en expansion constitue réellement une chance pour les Outre-mer ? Après un essor considérable, l’activité touristique a connu un coup d’arrêt en 2008, dans le sillage de crises sanitaires et sociales qui ont frappé nombre de territoires. À l’heure où une timide relance 47 « L’indétermination du profil touristique de nos territoires constitue l’une de leurs principales faiblesses », George Pau-Langevin s’amorce, il serait trop facile de considérer ces crises comme la seule explication de la perte de vitesse du tourisme en Outremer. Lorsque La Réunion accueillait 446 000 touristes en 2012, l’Île Maurice en recevait le double. Quand la Martinique affichait le chiffre de 487 000 vacanciers, la République dominicaine bénéficiait d’un chiffre de 4 millions de visiteurs. Comment nos territoires peuvent-ils monter dans le train de la croissance du tourisme mondial ? Comment pouvons-nous le faire de manière responsable ? La République dominicaine, Porto Rico, Cuba, les Bahamas dans les Caraïbes, Maurice, les Maldives dans l’océan Indien, Hawaii, les Îles Cook et le Vanuatu pour l’Océanie : la concurrence régionale ne décroîtra pas. La main d’œuvre y est certes meilleur marché et les normes moins drastiques au regard des Outre-mer, mais il ne s’agit pas des seules explications des difficultés que rencontrent nos territoires. S’il ne faut pas en nier l’importance, il ne faut pas non plus limiter au coût du travail les termes de notre équation. L’offre et son adéquation aux attentes des consommateurs sont aussi un élément essentiel. Les territoires d’Outre-mer sont sous-dotés en termes d’offre hôtelière, et la tendance n’est pas à la croissance en ce domaine. Cette situation nous empêche donc de profiter d’une augmentation substantielle des flux touristiques. De plus, quels touristes voulons-nous attirer ? Plusieurs rapports ont mis en exergue que l’indétermination du profil touristique de nos territoires constitue l’une de leurs principales faiblesses. Lorsque le marqueur existe, les clients sont présents : tourisme bleu, tourisme vert, tourisme populaire, tourisme de luxe, tourisme riche en contenus, tourisme d’affaires, nouvelle clientèle… Il s’agit de choix de société. La collectivité doit jouer son rôle, des communes jusqu’à l’État, mais les acteurs économiques eux-mêmes doivent choisir le tourisme qu’ils veulent promouvoir. Les Assises du Tourisme ont beaucoup insisté sur l’importance de la formation et de l’accueil. Je n’ignore pas le déficit d’image dont souffrent certaines de nos destinations en la matière. La qualité peut se déployer selon différents critères, dont par exemple celui de la chaîne de l’eau. Par ailleurs, les bons hôtels doivent être référencés sur les sites que consultent les clients et dans les lieux ressources des territoires. Il faut également que le maillage des transports vers les hôtels soit plus efficace. La faible diversification de la desserte aérienne représente une difficulté pour l’attractivité des territoires. Le transit par Paris et le changement d’aéroport sont obligatoires pour les voyageurs européens. La situation est pire pour les touristes de la zone régionale proche qui doivent souvent passer par les États-Unis ou le continent américain. Nous devons continuer à réfléchir collectivement sur l’amélioration des prix et des temps de transport. Nous ne disposons pas d’une infinité de solutions pour encourager l’emploi dans les Outre-mer. Le tourisme en fait partie. C’est pourquoi ces préoccupations sont essentielles pour un ministère comme le mien, et j’ai souhaité en faire un axe fort de sa feuille de route. Nous partageons ces préoccupations : je tiens d’ailleurs à saluer les contributions apportées par la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion lors des Assises du Tourisme, qui ont mis en avant certains enjeux d’avenir : • la nécessité de requalifier l’attractivité des destinations et la compétitivité du tissu des acteurs économiques ; • la nécessaire hôtelière ; relance de l’offre • la diversification de l’offre par la mise en valeur de la richesse environnementale et culturelle ; • le développement des démarches qualité et la certification de la formation professionnelle. 48 Nous avons commencé à répondre à ces enjeux de manière concrète et visible. Le gouvernement vient d’annoncer un train de mesures sans précédent pour l’assouplissement des conditions d’entrée des ressortissants des pays étrangers dans différents territoires des Outre-mer. Ces dispositions touchent : • les ressortissants indiens et chinois se rendant en Polynésie française ou à La Réunion par le biais d’agences agréées ; • les ressortissants équatoriens et péruviens se rendant dans l’un des trois départements français d’Amérique ; • les ressortissants d’Anguilla se rendant à Saint-Martin. « Comment la défiscalisation dans le secteur hôtelier peut-elle être un atout ? Un crédit d’impôt dédié pourrait aussi constituer un dispositif innovant », George Pau-Langevin Ces mesures font suite au dispositif Visa mis en place par les Îles Vanille en 2013 et qui avait pour objectif de mieux faire profiter La Réunion du dynamisme des marchés aux alentours et de faciliter l’inclusion de l’île dans les circuits régionaux. Pour soutenir la compétitivité, le gouvernement vient de présenter des modalités simples et lisibles de déclinaison du Pacte de responsabilité et de solidarité dans les Outre-mer. La mise en place d’un CICE renforcé à 9 % garantira le plein effet des mesures prises pour alléger le coût du travail. Compte tenu du niveau de rémunération concerné, cette disposition profitera pleinement au secteur touristique. Je serai attentive à ce que ces aides supplémentaires soient assorties des contreparties nécessaires. Des engagements pourraient être pris en matière d’emploi et de formation des jeunes demandeurs d’emploi inscrits localement et des bénéficiaires des minima sociaux. Lorsque tous les acteurs économiques et politiques s’attellent à une tâche commune, nous pouvons aller de l’avant. Certains chantiers demeurent à entamer. Lors de la clôture des Assises, le gouvernement a annoncé la constitution de pôles d’excellence, la mobilisation des investissements d’avenir en faveur du tourisme et la promotion de destinations phares. Les Outre-mer doivent prendre part à ces nouveaux dispositifs. Il nous reste également à développer l’écotourisme en Guyane, le tourisme sport et montagne à La Réunion, et le tourisme de croisière qui a crû de 13 % à la Martinique. Parmi les pistes envisagées avec les professionnels et les élus régionaux, l’accueil individuel en gîte et chez l’habitant pourrait être développé en complément de l’accueil hôtelier traditionnel. Des initiatives doivent également être prises pour relancer l’hôtellerie, structure par structure, avec les conseils régionaux qui nous semblent être les pilotes les plus appropriés. Un certain nombre de critiques ont été émises quant à l’aide à la rénovation des chambres. Comment la défiscalisation dans le secteur hôtelier peut-elle être un atout ? Un crédit d’impôt dédié pourrait aussi constituer un dispositif innovant. En outre, un meilleur accès au crédit peut apporter une aide aux professionnels. Nous comptons sur le partenariat avec les régions pour favoriser la mise en place de produits de financement spécifiquement adaptés par la BPI, à l’instar du prêt participatif de développement outre-mer. Nous participons également au financement de campagnes de communication sur les grands marchés émetteurs européens. Nous menons des actions d’ingénierie avec Atout France. En 2014, ces actions ont porté sur la formation des personnels, l’analyse de la demande et la recherche de réponses aux effets de forte saisonnalité de ce secteur. Elles ont mobilisé près d’un million d’euros. J’espère que nous pourrons prochainement aboutir à la signature d’une convention avec Atout France. 49 Nos ambitions sont à la mesure de l’énormité de la tâche, avec des atouts réels. Si nous faisons du tourisme dans les Outre-mer une priorité nationale, nous parviendrons à améliorer le développement des territoires, la qualité de vie et la vitalité sociale. Le tourisme permet le rapprochement entre les cultures. Il renforce le prestige de la France et son influence dans le monde. La France est le pays le plus visité au monde, notamment par la contribution des Outremer. J’espère que, tous ensemble, nous nous inscrirons dans la dynamique de ce secteur. « Le tourisme doit s’adapter aux nouvelles technologies », Pascale Got Par ailleurs, il nous faut réfléchir aux besoins spécifiques suscités par le vieillissement de la population. Un tourisme de santé pourrait par exemple être promu. Enfin, l’impact des médias est réel. Ils doivent nous apporter leur aide pour promouvoir le tourisme. Un équivalent de l’émission Top Chef pour les métiers touristiques pourrait être inventé. PASCALE GOT Malgré des marges de progression, un professionnalisme est déjà à l’œuvre. Néanmoins, la filière touristique demeure à constituer plus précisément, avec une formation dédiée. Nous avons notamment besoin d’une école similaire à celle de Lausanne. De plus, nous devons réaffirmer un meilleur partenariat entre le public et le privé, que ce soit sur la fiscalité, les aides aux entreprises ou les reconnaissances de spécificité sur les territoires. À cet égard, de multiples rapports remis par le Conseil national du tourisme ont fléché des innovations et des aides. Les startups et TPE doivent être encouragées sur la mobilité, afin de mieux couvrir le territoire et répondre à des recherches personnalisées de déplacement. Dans l’objectif de coordonner les acteurs, les pôles de compétitivité et les contrats de destination peuvent constituer deux outils conséquents. Atout France aura peut-être à continuer son action d’information vis-àvis des différents acteurs concernés. La question de l’innovation doit être mise en exergue : le tourisme doit s’adapter aux nouvelles technologies en parallèle de la société. Il faut pouvoir anticiper les nouveaux modes de relation développés par la jeunesse. 50 DÉJEUNER-DÉBAT Franck Ferrand Philippe Lefebvre J’aimerais vous présenter notre dernier invité. Les médias s’intéressent beaucoup au tourisme, que ce soit sur Europe 1, RTL, France 5 ou France Inter, ce qui devrait rassurer les élus de nos belles régions françaises. Franck Ferrand est journaliste conférencier sur Europe 1 et France 3. Pourquoi dites-vous que le tourisme culturel se trouve menacé ? E Historien, écrivain et conférencier, Franck Ferrand consacre sa vie à l’Histoire. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Le dictionnaire amoureux de Versailles (Plon, 2013). Ce surdoué anime Au cœur de l’Histoire chaque jour sur Europe 1 et L’ombre d’un doute chaque mois sur France 3 en première partie de soirée. n l’occurrence, il s’agit du tourisme historique qui est menacé. J’aimerais d’abord vous saluer chaleureusement et m’excuser de devoir vous quitter rapidement en raison de mon émission. Cependant, je tenais à être présent, car ce sujet me tient particulièrement à cœur. Cela fait des années que nous avons l’impression, notamment dans les médias, de prêcher dans le désert. Un parlementaire m’expliquait dernièrement que lors des réunions importantes, les ministres et directeurs de cabinet avaient tendance à évincer la question. Pourtant, vous, initiés à la problématique, savez que le domaine représente un million d’emplois directs et indirects, non délocalisables. 50 de nos départements voient le secteur secondaire disparaître et l’agriculture défaillir. Nous devons donc miser sur le tourisme pour redynamiser nos territoires. Nous nous abritons souvent derrière l’idée que la France représente la première destination touristique du monde. L’année dernière, je participais à l’émission Le monde d’après et j’écoutais les intervenants louer notre gastronomie et notre art de vivre. Pourtant, il nous faut nous interroger sur ce qu’est le tourisme aujourd’hui et sur les attentes des touristes passant en France. Paris est en perte de vitesse et vient de se faire dépasser par Londres. L’Italie et l’Espagne profitent de la baisse du tourisme au Maghreb, suite au Printemps arabe, alors que la France n’en bénéficie que très secondairement. Lorsque je me suis intéressé à Atout France et que j’ai voulu connaître le budget consacré chaque année à la promotion du tourisme, j’ai découvert que l’on n’y apportait que 40 millions d’euros, soit un dix-millième de nos dépenses publiques. Certes, l’État soutient parallèlement les territoires via des politiques annexes, mais l’effort reste très insuffisant. Gérard Van der Kemp, le french curator, m’a dit un jour que nous avions trois locomotives en France : Louis XIV, MarieAntoinette et Napoléon. Il me semble que ces trois emblèmes ne possèdent pas la place qu’ils méritent. Chaque année, 1,3 million de visiteurs se rendent sur le prétendu tombeau de Napoléon aux Invalides. Mais comment expliquer que Napoléon, figure historique la plus connue en Amérique du Sud, en Chine, en Russie ou au Japon, ne puisse pas posséder une structure autour de son personnage qui traduise cet intérêt au niveau touristique ? 51 Pour aborder la question du patrimoine, je ne rappellerai pas le budget qui lui est consacré, avoisinant le zéro. Pourtant, notre patrimoine est le deuxième d’Europe après celui de l’Italie, et le troisième ou quatrième au monde. Il est constitué de 44 000 monuments historiques dont 14 000 sont classés, de 4 000 musées dont 1 200 sont labellisés Musée de France, de 1 200 festivals de musique et des centaines de festivals historiques. La matière est donc présente, mais elle est très largement inexploitée. Je n’évoque pas la quarantaine de sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et les 103 secteurs sauvegardés sur notre territoire. En discutant avec l’ancien directeur de l’Observatoire national du tourisme, Alain Montferrand, j’ai appris que, selon les dernières études, nous n’utilisons qu’entre 5 et 10 % de notre patrimoine extraordinaire sur le plan touristique. « Notre patrimoine est le deuxième d’Europe après celui de l’Italie, et le troisième ou quatrième au monde », Franck Ferrand De plus, si vous observez le palmarès de fréquentation de nos institutions, vous vous rendrez compte qu’à partir du 53e musée et 47e château, nous passons au-dessous du seuil des 100 000 visiteurs annuels, ce qui signifie que les autres ne sont pas économiquement rentables. Finalement, sur l’ensemble de nos sites historiques, seuls cinquante sont visités par les touristes français et étrangers. En revanche, certains sites sont très, voire trop fréquentés. 58 % des entrées culturelles se trouvent à Paris ou dans la région parisienne. Les trois quarts des touristes qui viennent dans notre pays se concentrent sur quatre régions, et notamment Paris. Il faut donc inciter les gens à voyager ailleurs, et nous pourrions penser à certaines villes comme Lyon ou Bordeaux. Mais ces dernières doivent encore devenir attrayantes sur le plan international en comparaison de villes italiennes ou espagnoles. La rénovation du palais des ducs de Bretagne à Nantes ou la restauration des jardins à Giverny ont permis d’accroître très fortement la fréquentation de ces sites. Il existe donc des exemples encourageants, comme il existe des échecs. C’est notamment le cas du musée de l’Air et de l’Espace au Bourget qui reçoit entre 300 000 et 350 000 visiteurs contre 9,5 millions de visiteurs à Washington pour un musée de moins bonne qualité. Il y a quelques années, j’ai été invité par le conservateur du château de Compiègne. J’ai voulu visiter le musée des carrosses et j’ai découvert un espace en décrépitude. Je prends cet exemple pour vous montrer la mauvaise politique qui a été menée sur ce point précis, en dehors de la forte attraction que peuvent exercer les voitures. Si nous faisions de ce musée un spot privilégié, nous pourrions drainer des millions de visiteurs. Quels sont les grands axes de développement du tourisme historique qui s’appuie sur notre patrimoine et nos grands personnages ? Il faut d’abord déconcentrer les lieux de visite et donner envie aux gens de s’y rendre. Il nous faut ainsi mettre en avant les routes touristiques, soutenues par des structures efficaces. Il nous faut également favoriser d’autres endroits populaires comme le Puy du Fou, qui a été élu meilleur parc d’attractions du monde en 2012 alors qu’il se trouve « perdu » en pleine Vendée. Ce parc constitue un modèle pour les villes de Manchester et de Moscou. Il faut savoir « mettre en tourisme » : il ne suffit pas qu’un lieu soit connu et apprécié, il faut développer tout autour une infrastructure capable d’y accueillir les visiteurs. Il faut finalement élargir la palette touristique en privilégiant l’essor du tourisme maritime (Cherbourg, Brest, Marseille), littéraire, militaire, industriel, de l’architecture moderne ou du tourisme religieux. Sur ce dernier point, je signale que des milliers d’églises se portent mal et sont méprisées pour des raisons 52 budgétaires, alors qu’il s’agit d’un trésor du tourisme français. PHILIPPE LEFEBVRE Vous avez cité le musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. Ne s’agit-il pas uniquement d’une question d’argent ? FRANCK FERRAND En effet, il faut que les professionnels du tourisme et les dirigeants politiques inventent des modèles qui permettent, peut-être en supprimant les droits d’entrée, de rendre un site rentable. Mais cela demande de l’imagination et des prises de risque pour certains secteurs. Il existe également un problème d’éducation, d’accueil, d’accès. J’insiste également sur la notion d’éducation qui est importante : les enfants doivent apprendre à aimer l’histoire et le patrimoine dès leur plus jeune âge. « Les enfants doivent apprendre à aimer l’histoire et le patrimoine dès leur plus jeune âge », Franck Ferrand PASCALE GOT Je suis d’accord avec Franck Ferrand. Cependant, je ne pense pas qu’il s’agisse uniquement d’une question financière, même si je reconnais que le budget alloué au tourisme peut sembler dérisoire à l’échelle nationale. Depuis ce matin, nous avons mis en avant nos atouts formidables et nos potentiels, mais une grande partie de la réussite tient à la volonté d’hommes et de femmes. En effet, là où les élus ont fait le choix du tourisme, on s’aperçoit que la machine se met en route malgré l’absence de dispositifs ou de financements nationaux. Je crois que le tourisme doit constituer une priorité nationale et locale. Par ailleurs, les acteurs privés et publics doivent apprendre à se mettre à l’unisson, dans une approche territoriale et nationale. Je regrette qu’il n’existe pas de responsables de la politique touristique aux différents échelons territoriaux. FRANCK FERRAND Je ne peux qu’abonder dans votre sens, mais j’ai le sentiment que les idées à ce sujet progressent. J’entends de plus en plus d’initiatives remonter. Les problématiques du tourisme me semblent davantage reconnues et prises en compte. J’insiste sur le fait que les médias sont fortement demandeurs et prêts à relayer les initiatives touristiques. À la rédaction d’Europe 1, il m’arrive régulièrement de recevoir des dossiers concernant des lieux ou des routes touristiques. Lorsque j’expose ces cas à mes collègues journalistes, cela fait bien souvent l’objet d’un, voire deux articles. Il est étonnant de constater que nous sommes très sollicités par certains secteurs, mais très peu par les acteurs du tourisme. Je lance donc un appel à ces derniers. Si j’ai paru alerté au cours de mon intervention, je pense qu’une majorité d’entre vous êtes conscients de la nécessité d’agir en faveur du tourisme d’une part, et de l’incroyable potentiel que nous possédons en France. Si le tourisme est une affaire d’hommes et de femmes, tous les beaux exemples que nous venons de citer en sont des illustrations. Je vous remercie. PHILIPPE LEFEBVRE Franck Ferrand a évoqué le cas de Giverny, exemple d’un partenariat transatlantique, puisqu’une fondation américaine s’y est installée. Pensez-vous qu’il faille développer davantage de partenariats public/privé pour augmenter l’attractivité de nos sites touristiques ? DANIEL FASQUELLE L’économie touristique est une économie partenariale qui ne fonctionne qu’en cas d’implication totale des acteurs publics et privés. Nous le vivons tant à l’échelle de la commune que dans nos départements et régions, ou même au plan national. Il existe effectivement un immense potentiel autour de la peinture pour attirer les étrangers. Dans mon département, l’école de peinture d’Étaples 53 est plus connue aux États-Unis et en Australie qu’elle ne l’est en France. « Il ne paraît dans ce type de presse aucune enquête sur l’économie touristique française, et cette dernière n’est pas reconnue comme un secteur d’activité à part entière », Daniel Fasquelle Je me réjouis de l’enthousiasme de nos amis journalistes qui désirent informer sur les initiatives prises dans les territoires. Mais je suis déçu par le journalisme économique, qui ne publie aucune enquête sur l’économie touristique française, laquelle n’est pas reconnue comme un secteur d’activité à part entière. Le tourisme semble être, à lire la presse en question, l’apanage des pays en voie de développement. Pourtant, ce domaine représente en France 6 % du PIB et 2 millions d’emplois directs et indirects, ce qui est loin d’être négligeable. L’économie touristique doit être reconnue et soutenue. PHILIPPE LEFEBVRE Sophie Jovillard, lors des recherches des sujets de vos émissions, comment les gens vous approchent-ils ? SOPHIE JOVILLARD On se plaint souvent des médias, mais la responsabilité de la sous-médiatisation des régions est souvent collatérale. Nous recevons tellement de sollicitations que nous valorisons les sujets qui nous semblent originaux. Nous savons que nous devons montrer lors de notre émission des images clés (la tour Eiffel à Paris ou la basilique de Fourvière à Lyon, par exemple), mais ce qui nous intéresse est de dénicher les petites pépites de nos régions et de nos départements, comme celle de Patricia dans le Cantal ou des jeunes filles majorettes dans le nord de la France. Nous aimons raconter de belles petites histoires plutôt que de communiquer « en bloc » sur tout un territoire. Il ne faut pas vouloir vendre son musée ou son institution, mais savoir prendre les chemins de traverse. Par ailleurs, nous ne sommes jamais exhaustifs sur une destination, mais nous apportons un regard. Nous devrions, d’ailleurs, nous appuyer sur des modèles comme celui de Saint-Jacques-deCompostelle pour valoriser nos petits chemins et nos chapelles. PHILIPPE LEFEBVRE Danielle Auroi, le Parc des volcans d’Auvergne est-il un site important ? DANIELLE AUROI, députée du Puy-deDôme, présidente de la commission des Affaires européennes Effectivement, le puy de Dôme est le deuxième site naturel le plus visité de France. En tant que présidente de la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, je suis bien placée pour affirmer qu’aux yeux des Européens, la France est d’abord une destination touristique. Je peux témoigner que les Européens pensent souvent à la France comme destination touristique, notamment grâce à ses paysages naturels. Je crois donc que nous devons développer une transversalité dans le domaine du tourisme (nature, art, patrimoine), car tout territoire est intéressant à visiter. Le fait que ce soit aux communautés de commune que reviennent les attributions du tourisme me semble positif. PHILIPPE LEFEBVRE Qu’en est-il de la cohabitation avec Vulcania ? Est-ce complémentaire avec la découverte des petits sentiers naturels ? DANIELLE AUROI, députée du Puy-deDôme, présidente de la commission des Affaires européennes Malgré une période compliquée, les deux aspects sont complémentaires. La valorisation du parc renvoie les visiteurs à des interrogations sur la Terre et sa composition, et les pousse à en découvrir davantage. Désormais, ce sont les relations entre les visiteurs et les propriétaires qui s’avèrent plus difficiles, mais si des règles sont posées, la cohabitation sera harmonieuse. 54 « La fréquentation du Clos Lucé a triplé en dix ans, grâce à des investissements privés », Gaël Ibramsah, directeur commercial et marketing, Château du Clos Lucé, Parc Leonardo da Vinci GAËL IBRAMSAH, directeur commercial et marketing, Château du Clos Lucé, Parc Leonardo da Vinci Au Clos Lucé, nous recevons environ 80 tournages par an, et il y a trois ans, la chaîne Globo, principal réseau de télévision au Brésil, est venue faire un reportage. Certains Brésiliens nous demandent encore où le journaliste est passé sur le site. Le château du Clos Lucé, situé à Amboise, accueille 360 000 visiteurs par an. Sa fréquentation a triplé en dix ans, grâce à des investissements privés. Nous avons en effet les moyens d’investir environ 500 000 euros tous les ans. J’insiste sur le fait que le tourisme des jeunes gens et le tourisme social sont importants dans notre région, car cela permet d’entretenir des châteaux et de les rendre accessibles aux visiteurs. PHILIPPE LEFEBVRE Comment avez-vous fait pour attirer des journalistes d’une des principales chaînes d’Amérique latine ? GAËL IBRAMSAH, directeur commercial et marketing, Château du Clos Lucé, Parc Leonardo da Vinci Les services d’Atout France y ont largement contribué grâce à leur réseau qui permet d’envoyer des dossiers de presse aux différentes rédactions. PHILIPPE LEFEBVRE Jean-Pierre Mas, savons-nous mesurer les attentes des touristes étrangers ? JEAN-PIERRE MAS, président, Syndicat national des agences de voyages (Snav) Il est très difficile d’avoir une vision exacte des attentes des étrangers tant leurs envies sont diverses. Néanmoins, majoritairement, ces derniers recherchent de l’authenticité et de l’originalité. Comme tous les touristes, ils veulent voir ce qu’ils ont l’impression d’être les seuls à avoir vu. Cela demande d’investir dans de petits produits comme Salers dans le Cantal, par exemple. Il nous faut rechercher de nouveaux visiteurs et les attirer dans des territoires moins connus que la région parisienne, la Côte d’Azur ou la vallée de la Loire. Les agences de voyages y contribuent. Mais pour que ce processus fonctionne, nous devons apprendre, en tant que Français, à bien accueillir nos invités, et notamment à leur arrivée à Roissy. SOPHIE JOVILLARD Je suis d’accord avec vous. Je participe en tant que juré à la Travel Agent Cup, et j’ai pu rencontrer plusieurs personnalités du monde du tourisme. Notre but, à travers ce tournoi, est de valoriser les métiers du tourisme et d’inciter les professionnels à tenir un discours singulier pour faire ressurgir les initiatives du territoire français. Il faut mettre en avant les agents de voyages qui sont les premiers ambassadeurs de nos régions et leur apprendre à communiquer sur la destination France. PHILIPPE LEFEBVRE On lit et on entend que les Français ne seraient pas sympa. Qu’en est-il ? Ne sommes-nous pas capables d’aller audevant des gens ? SOPHIE JOVILLARD Effectivement. Selon moi, l’accueil se prépare dès l’arrivée à l’aéroport. Nous devons vraiment développer le sens de l’hospitalité qui est une petite lacune française. PHILIPPE LEFEBVRE En Chine, à l’aéroport, vous avez des machines pour évaluer la satisfaction des clients sur le service à l’aéroport. De telles machines devraient peut-être être installées en France. JEAN-PIERRE MAS, président, Syndicat national des agences de voyages (Snav) Je ne crois pas que le Français soit mal accueillant par nature, mais je crois qu’il 55 ne réalise pas à quel point le tourisme contribue à l’économie nationale, ce que les pays touristiques savent. J’aimerais que les élus puissent opérer une réelle médiatisation politique de ce secteur. PHILIPPE LEFEBVRE Dominique Thillaud, recevons-nous un meilleur accueil à Nice qu’à Paris ? « Le parcours du passager est important et il faut pouvoir les recevoir sans les faire atterrir systématiquement à Paris », Dominique Thillaud DOMINIQUE THILLAUD Je ne rentrerai pas dans ce débat-là. Cela dit, je rappellerai à Jean-Pierre Mas qu’à l’heure actuelle, les visiteurs n’entrent plus nécessairement en France qu’à travers Roissy. L’objet des liaisons directes est de pouvoir décentraliser la destination France. Il existe des marchés potentiels pour réaliser des vols long-courriers et accueillir les visiteurs directement en région. Le parcours du passager est important et il faut pouvoir les recevoir sans les faire atterrir systématiquement à Paris. JEAN-PIERRE BŒUF, directeur général, Office du tourisme d’Arles Je voudrais insister sur la question de la formation, et notamment sur la maîtrise des langues. Il n’existe qu’une seule solution pour résoudre nos difficultés à parler une langue étrangère : recourir à la formation initiale dès le plus jeune âge avec des cours en anglais dès la maternelle ou le primaire. CLAUDE DE LOUPY, président, Syllabs Je travaille sur le tourisme à travers le spectre du web. Je regrette que le digital n’ait pas pris davantage de place dans nos discussions de ce matin. 62 % des touristes français consultent Internet avant de voyager. Par ailleurs, Laurent Fabius annonçait son désir d’accueillir 100 millions de touristes chaque année en France. Or, ce qu’attendent les touristes, c’est que nous sachions parler leur langue. Finalement, je crois qu’il existe un devoir politique à mettre en avant l’open data pour que des acteurs locaux privés puissent mettre en avant la France à l’étranger. PASCALE GOT Pour répondre premièrement à la question du dernier intervenant, puisque je mène une mission d’information à ce sujet, je sais combien Internet peut redistribuer l’offre touristique et combien le e-tourisme existe déjà. Le fait que nous n’ayons pas évoqué le digital dans nos discussions de la matinée prouve que les nouvelles technologies sont pleinement intégrées au secteur du tourisme, créant parfois des disparités entre professionnels marchands et non marchands. Il nous faut désormais mieux reconsidérer notre offre et nos produits qui seront très vite véhiculés via le digital. Je voudrais souligner que les acteurs du tourisme que nous avons déjà auditionnés avec Daniel Fasquelle ne mettent pas toujours en avant le digital, mais réfléchissent davantage à la manière de conquérir de nouvelles parts de marché. PHILIPPE LEFEBVRE Si nous avons parlé des initiatives comme vente-privée-voyage.com ce matin, nous nous apercevons que d’autres acteurs du numérique comme Promovacances cherchent à rétablir une présence physique avec leurs clients en ouvrant des agences. Daniel Fasquelle, pensez-vous qu’il soit difficile de coordonner tous les acteurs du secteur ? DANIEL FASQUELLE Premièrement, je ne crois pas que le monde et l’Europe de demain ne parleront que l’anglais. J’incite les jeunes gens à apprendre d’autres deuxièmes langues européennes ou asiatiques par exemple. Nous devons aussi nous battre pour défendre notre langue. De plus, développer l’apprentissage des langues permet de créer du lien avec d’autres cultures et d’inciter aux voyages et au tourisme. 56 Pour conclure, je pense que le domaine du tourisme doit acquérir une réelle reconnaissance économique et que les acteurs doivent apprendre à se mobiliser autour d’objectifs communs. Je me réjouis que Laurent Fabius ait évoqué la vision de 100 millions de visiteurs par an. Cependant, nos visées doivent être tant quantitatives que qualitatives. Nous devons être attentifs aux attentes de nos invités. La France est une marque et un produit qu’il faut savoir faire évoluer et mettre en marché. Cela suppose que nous mettions en place une politique de promotion efficace et coordonnée à tous les échelons territoriaux. « Nous devons être attentifs aux attentes de nos invités. La France est une marque et un produit qu’il faut savoir faire évoluer et mettre en marché », Daniel Fasquelle Je crois, pour finir, que si nos jeunes ne se dirigent pas uniquement dans les bars et les boîtes de nuit, nous devons, en France, retrouver le sens de la fête que nous avons perdu. PHILIPPE LEFEBVRE Je remercie chaleureusement Pascale Got et Daniel Fasquelle pour ces Rencontres parlementaires, et particulièrement le secrétaire général de l’Organisation mondiale du Tourisme car je sais que sa parole est rare. PASCALE GOT J’aimerais également vous remercier de votre présence. J’espère que nous poursuivrons nos échanges, car si nous n’avons pas évoqué l’échelon européen et mondial, ce sont des approches auxquelles nous devons réfléchir. Je remercie encore chacun d’entre vous de contribuer à l’évolution du tourisme en France. 57 Avec la participation de Organisées par M&M CONSEIL 41-43 rue Saint Dominique - 75007 Paris Tél. : 01 44 18 64 60 - Fax : 01 44 18 64 61 www.mmconseil.com M&M Conseil #rptourisme ISBN : 978-2-84541-297-2 PRIX : 49 e TTC