sur le tourisme

Transcription

sur le tourisme
3
ACTES
ES
>
RENCONTRES PARLEMENTAIRES
SUR LE TOURISME
MARDI 1ER JUILLET 2014 MAISON DE LA CHIMIE
Et si le redressement passait par le tourisme ?
Présidées par
En présence de
Député du Pas-de-Calais
Président de la mission d’information sur l’impact
du numérique sur le tourisme français
Secrétaire d’Etat chargée du Commerce,
de l’Artisanat, de la Consommation
et de l’Economie sociale et solidaire
Daniel Fasquelle
Pascale Got
Députée de la Gironde
Présidente du groupe d’études “Tourisme”
Rapporteure de la mission d’information sur
l’impact du numérique sur le tourisme français
Carole Delga
George Pau-Langevin
Ministre des Outre-mer
Taleb Rifai
Secrétaire général de l’Organisation
mondiale du tourisme
Remerciements
Daniel Fasquelle et Pascale Got remercient Carole Delga, secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la
Consommation et de l’Économie sociale et solidaire et George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer pour nous avoir fait
l’honneur de leur présence lors de ces Rencontres, Taleb Rifai, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme
pour l’ouverture cette matinée, Sophie Jovillard, journaliste, présentatrice d’Échappées belles sur France 5 pour son édito
optimiste, Franck Ferrand, historien, présentateur de Au coeur de l’histoire sur Europe 1 et L’ombre d’un doute sur France 3
pour son allocution lors du déjeuner, Philippe Lefebvre, journaliste sur France Inter pour avoir animé les débats, leurs
collègues, Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne, Jean-Michel Couve, député du Var, Sophie Dion, députée de la
Haute-Savoie, Édith Gueugneau, députée de Saône-et-Loire, Jean-Jacques Lasserre, sénateur des Pyrénées-Atlantiques
et Monique Rabin, députée de la Loire-Atlantique, ainsi que l’ensemble des intervenants qui, par leur expertise et leur
contribution aux débats, ont concouru au succès de cette manifestation.
Ces Rencontres ont également été rendues possibles grâce au soutien et à l’implication de leurs partenaires :
Aéroports de la Côte d’Azur
Belambra Clubs
Les clubs Vacanciel
Fédération unie des Auberges de jeunesse (FUAJ)
Alliance du Commerce - UCV
Sommaire
Ouverture des Rencontres
1
Taleb Rifai
Secrétaire général de l’Organisation
mondiale du tourisme
SESSION II
Défis et conditions de succès
21
Avoir une vraie démarche
d’entreprise
Éric Sauvage, partner d’AT Kearney,
rapporteur du groupe de travail sur le
Tourisme de l’Institut Montaigne
23
Une entreprise digitale au service des
marques et du marketing territorial
Martine Granier, présidente
de vente-privee-voyage.com
24
Pourquoi la France est-elle attractive
pour les étrangers (et pour les
Français) ?
Jean-Daniel Lévy*, directeur
du département politique et opinion
d’Harris Interactive
25
La fiscalité au service
du développement des territoires
Monique Rabin, députée
de la Loire-Atlantique, co-rapporteure
de la mission d’évaluation et de contrôle
sur la fiscalité locale des hébergements
touristiques
26
Soigner l’image de la France
Daniel Fasquelle, député
du Pas-de-Calais, président de la mission
d’information sur l’impact du numérique
sur le tourisme français,
maire du Touquet-Paris-Plage
27
Formation : revenir
aux fondamentaux
Lionel Walker, vice-président national de
l’Institut français du tourisme (IFT),
président du pôle d’excellence IFT
Paris-Est, vice-président du conseil
général de Seine-et-Marne
28
Le tourisme social comme outil
de développement des territoires
Claudie Buisson, contrôleur économique
et financier, auteur du rapport "Lutter
contre la fracture touristique", rapporteur
du groupe de travail "Redynamiser les
vacances des Français" des Assises
du tourisme
Allocution
4
Carole Delga
Secrétaire d’État chargée
du Commerce, de l’Artisanat,
de la Consommation et de l’Économie
sociale et solidaire
SESSION I
Une industrie d’avenir pour la
France
10
11
12
14
Introduction
Pascale Got, députée de la Gironde,
présidente du groupe d’études
"Tourisme", rapporteure de la mission
d’information sur l’impact du numérique
sur le tourisme français
Le potentiel touristique
de la destination France
Olivier Colcombet*, président du directoire
de Belambra Clubs
L’attractivité du territoire, comment
repenser la gouvernance du
tourisme en France ?
Joël Giraud, député des Hautes-Alpes,
co-pilote du groupe de travail "Fédérer
et dynamiser les pouvoirs publics en faveur
du tourisme" des Assises du tourisme
Le grand projet de construction
d’un groupe de tourisme dédié
à la destination France
Jean-Claude Nérisson, président
de Vacanciel
16
Les innovations touristiques
(au-delà du numérique)
Christian Mantei, directeur général
d’Atout France
18
DÉBATS
* Synthèse des propos non validée par son auteur
(intervention liminaire et échanges avec la salle)
Sommaire
ÉDITO OPTIMISTE
29
Le développement durable
et le numérique, facteurs clés
de l’attractivité des auberges
de jeunesse et des territoires
Édith Arnoult-Brill, secrétaire générale de la
Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ),
présidente d’Hostelling international
44
Le tourisme évènementiel comme
facteur d’attractivité des territoires
Luc Carvounas, sénateur
du Val-de-Marne, co-président du groupe
"s’adapter aux mutations du secteur"
des Assises du tourisme, co-auteur
du rapport d’information "Tourisme : une
place de leader à reconquérir"
46
Le tourisme « doux » et les stations
thermales, leviers d’attractivité du
territoire
Édith Gueugneau,
députée de Saône-et-Loire
Sophie Jovillard*
Journaliste, présentatrice d’Échappées
Belles sur France 5
SESSION III
Le tourisme au service des territoires
32
Le transport aérien comme soutien
au développement des territoires
Dominique Thillaud, président du
directoire des Aéroports de la Côte d’Azur,
vice-président de l’Union des aéroports
français
34
Tourisme et aménagement
du territoire
Jean-Jacques Lasserre, sénateur
des Pyrénées-Atlantiques, président
du groupe "Tourisme et loisirs",
co-auteur du rapport d’information
"Tourisme : une place de leader
à reconquérir"
36
42
Tourisme d’été et d’hiver, la création
d’un pôle d’excellence Sport
et Montagne
Sophie Dion, députée de la Haute-Savoie,
présidente du groupe d’études "Montagne"
38
Tourisme urbain et culturel :
comment améliorer les retombées
économiques et sociales ?
Claude Boulle, président de l’Alliance
du Commerce - UCV
40
Préserver la dynamique de Paris
Jean-François Martins, adjoint à la maire
de Paris, en charge du tourisme
Clôture des Rencontres
47
George Pau-Langevin
Ministre des Outre-mer
Déjeuner-débat
51
autour de Franck Ferrand*,
journaliste sur Europe 1, présentateur
de Au cœur de l’histoire sur Europe 1,
et L’ombre d’un doute sur France 3
* Synthèse des propos non validée par son auteur
(intervention liminaire et échanges avec la salle)
Animation
des débats
Journaliste spécialiste des questions
de tourisme et de consommation sur
France Inter, Philippe Lefebvre a
également produit et réalisé de
nombreux documentaires et
émissions pour le compte de
différentes chaînes de télévision :
France 2, France 3, RTSI Télévision
suisse italienne, LCP-Assemblée
nationale et CuisineTV.
Ouverture
des Rencontres
Taleb Rifai
Philippe Lefebvre
Je suis ravi de vous retrouver pour ces 3es Rencontres parlementaires sur le Tourisme, question
au cœur de l’actualité puisque se sont déroulées la semaine dernière les Assises du tourisme, en
présence de Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Fleur Pellerin et Carole Delga. Aujourd’hui, il
convient de se demander si le tourisme va prendre sa part dans le redressement de l’économie
française. Ce sera le cas, je le pense, mais la question est de savoir à quelles conditions, et à
quel niveau. Les chiffres sont connus : la France accueille sur son territoire environ 81 millions
de visiteurs par an, et le tourisme représente un peu plus de 7 % de son PIB. En outre, le monde
devrait compter 1 milliard de touristes supplémentaires à l’horizon 2030, l’objectif affiché par
Laurent Fabius consistant à en conquérir 5 % au moins. Nous étudierons tout au long de la
matinée les moyens envisageables pour atteindre ces objectifs. Avant cela, permettez-moi de
vous présenter Taleb Rifai, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, dont la
parole est rare et compte beaucoup dans le monde du tourisme.
J
Secrétaire général de l’Organisation
mondiale du tourisme (OMT), Taleb Rifai a
commencé son premier mandat de quatre
ans le 1er Janvier 2010, et a été élu pour un
second mandat de quatre ans, le 1er janvier
2014, par la 20e session de l’Assemblée
générale de l’OMT. Taleb Rifai a une vaste
expérience au niveau international, dans le
domaine public, le secteur privé et le milieu
universitaire. Il a été directeur général
adjoint de l’Organisation internationale du
travail (OIT), il a été ministre de la
Planification et de la Coopération
internationale, ministre de l’Information et
ministre du Tourisme et de l’Antiquité en
Jordanie. Il a été également chef de la
direction de Ciment Company, directeur de
la mission économique à Washington DC et
directeur général de la Société de promotion
des investissements de la Jordanie.
’aurais aimé pouvoir m’exprimer
dans la magnifique langue française,
mais ce ne sera malheureusement
pas possible. Je m’en excuse auprès de
vous et tiens néanmoins à vous dire ces
quelques mots dans votre langue : c’est
pour moi un vrai plaisir et un grand
honneur d’être parmi vous aujourd’hui. Je
tiens à vous remercier pour cette
invitation, qui est l’occasion pour moi de
partager avec vous quelques-uns des
débats, et quelques-unes des idées qui
comptent le plus aujourd’hui. Je vous
adresse les salutations de l’Organisation
mondiale du tourisme (OMT), institution
spécialisée de l’ONU, ainsi que celles de la
communauté internationale des voyages
et du tourisme.
Mes chers amis, la France est le pays le
plus visité au monde. Ce résultat ne doit
rien au hasard. L’engagement de toutes
les autorités publiques et la dynamique
d’innovation du secteur privé expliquent
ce succès. La France a pu ainsi consolider
sa position de leader année après année.
Malgré une compétition croissante sur le
marché mondial, votre pays s’est
maintenu à son rang, avec fermeté.
Les voyages et le tourisme représentent
un phénomène mondial majeur du
XXIe siècle, et jouent un rôle très important
dans la vie de millions de personnes à
travers le monde. Le tourisme est
aujourd’hui synonyme de croissance
économique, de création d’emplois,
d’exportation, de développement de
nouvelles opportunités, et de bien
d’autres choses encore. De nos jours, des
millions de personnes vivent de cette
magnifique activité qu’est le tourisme,
1
dont ils tirent un emploi et un bénéfice.
Rien qu’en Europe, près de 20 millions
d’emplois sont issus des voyages et du
tourisme. En France, 8 % de l’emploi total
et de l’activité commerciale proviennent
de ce secteur d’activité. Le tourisme
international
représente
30 %
des
échanges commerciaux et de services à
l’échelle mondiale, et près d’un milliard
d’euros en recettes d’exportations. Ces
recettes permettent d’équilibrer la balance
des paiements, particulièrement en
Europe et dans la zone euro. De plus, le
tourisme est l’un des rares secteurs
économiques en croissance dans le
paysage économique actuel. C’est en
outre, l’un des secteurs les plus résilients,
puisque au cours de la dernière décennie,
le tourisme a su se relever des crises
économiques, du terrorisme, et des
catastrophes naturelles.
« En France, 8 %
de l’emploi total et de
l’activité commerciale
proviennent du secteur
du tourisme »,
Taleb Rifai
Toutefois, soyons réalistes. De nos jours,
plus de 200 millions de personnes de par
le
monde
sont
au
chômage.
L’Organisation internationale du travail
(OIT) estime à 600 millions le nombre
d’emplois à créer d’ici 2025 pour pouvoir
espérer
maintenir
la
croissance
économique et la stabilité sociale que l’on
connaît aujourd’hui. Malgré ce contexte
difficile, des forces sont à l’œuvre.
Exploitées comme il se doit, ces forces
permettront de transformer ce paysage
d’ensemble, et de promouvoir l’objectif
d’un monde meilleur. L’industrie du
tourisme et des voyages est précisément
l’une de ces forces qu’il s’agit d’exploiter.
Pour illustrer mon propos, je vais vous
soumettre certains chiffres : en 2013, le
tourisme international a crû de 5,1 % par
rapport
à
2012,
pour
atteindre
1,087 milliard de touristes qui ont franchi
des frontières sur une année. Un habitant
de la planète sur sept réalise au moins un
voyage international chaque année. Ce
chiffre est sans précédent. Nous attendons
de l’année 2014 qu’elle permette de
consolider cette croissance à un taux
moyen 4 % ou 4,5 %. Les premiers mois de
l’année écoulée ont confirmé ces
perspectives. D’ici 2030, l’OMT prévoit que
le nombre de touristes internationaux
atteindra 1,8 milliard chaque année. Et
chaque année, il faudra s’attendre à ce
que 6 milliards d’individus effectuent des
trajets à l’intérieur des frontières de leur
propre
pays.
Ces
chiffres
sont
impressionnants, qui plus est lorsqu’on se
penche sur le passé. En 1950, le chiffre
annuel de touristes internationaux ne
s’élevait qu’à 22 millions et 75 % des
habitants de la planète ne dépassaient
jamais un cercle de 100 kilomètres autour
d’eux tout au long de leur vie. elle seule,
l’Europe accueille plus de 560 millions de
touristes internationaux qui génèrent
380 milliards d’euros pour les économies
nationales du Vieux Continent. Jamais,
dans l’histoire de l’humanité, l’on n’avait
vu autant d’individus se déplacer en
autant d’endroits. Peu de lieux sur la
planète résistent à la curiosité des
voyageurs. Prenez une carte du monde,
placez votre index au hasard à un endroit,
et vous vous rendrez compte qu’il vous est
possible de vous y rendre en 24 h, 36 h ou
48 h. Vous serez accueilli sur place par des
visages souriants, et vous trouverez un
hôtel pour vous loger.
Pour favoriser la reprise économique
mondiale, la croissance inclusive et le
développement durable, la croissance
exponentielle du tourisme constitue un
atout. Par-delà tous les chiffres que j’ai
cités, le tourisme se révèle être un outil –
dont l’apport reste souvent sous-estimé –
au service de la croissance économique,
de la création d’emplois et du
développement.
Le message que je souhaite vous
adresser aujourd’hui est très clair. Le
tourisme fait partie intégrante des
solutions à trouver pour relever les défis
cités plus haut. l’heure où des activités
traditionnelles telles que l’industrie,
l’agriculture ou d’autres secteurs montrent
2
des signes d’essoufflement. Il nous faut
reconnaître l’émergence de nouvelles
activités : le tourisme, la culture, le sport,
les nouvelles technologies, etc. Ces
activités forment le cœur de la « nouvelle
économie ».
« La construction d’un
hôtel employant
100 personnes débouche
sur la création
de 240 emplois »,
Taleb Rifai
Pour conclure, je voudrais résumer les
facteurs qui font du tourisme l’une des
solutions à nos problèmes. D’abord, le
tourisme crée des emplois à un rythme
supérieur à tous les autres secteurs. Nous
savons tous que le tourisme connaît un
taux de croissance en matière d’emplois
supérieur à la moyenne. Par ailleurs, les
emplois créés dans le tourisme ne sont pas
délocalisables. Ils offrent des chances
d’emploi aux individus à l’intérieur des
frontières de leur pays, dans des zones qui
souvent
sont
en
demande
de
développement
économique
et
requièrent l’attention des pouvoirs
publics. Ensuite, le tourisme permet de
créer de la richesse et des emplois, non
seulement dans son propre secteur, mais
dans de nombreux autres domaines
d’activité. D’après les conclusions de
l’Organisation
de
l'aviation
civile
internationale (OACI) et de l’OMT que je
représente ici, chaque emploi dans le
secteur du tourisme crée 1,4 emploi dans
le reste de l’économie : la construction
d’un hôtel employant 100 personnes
débouche ainsi sur la création de
240 emplois. De même, l’ouverture d’un
restaurant qui emploie dix personnes va
permettre la création de 24 emplois.
l’heure où de nombreuses économies
nationales sont confrontées à une
contraction de la demande, le tourisme
international a un impact considérable
grâce à la chaîne de valeur qu’il induit. En
troisième lieu, le tourisme est l’un des
secteurs les plus résilients. Or, s’il est un
critère fondamental pour affronter les
défis du monde actuel, c’est bien la
résilience, la flexibilité et la capacité à
s’adapter à des conditions changeantes.
Le tourisme n’a connu un recul qu’en trois
occasions : d’abord, en septembre 2001,
après les attaques du 11 septembre ;
ensuite, en 2003, la crise du SRAS ; enfin,
en 2009, après l’une des pires crises
économiques de l’histoire. Chaque fois, le
secteur du tourisme a été capable de
rebondir l’année suivante, avec une
croissance à deux chiffres. Enfin, le
tourisme joue un rôle central dans la
promotion de l’économie verte. L’ONU a
identifié ce secteur comme étant l’un des
onze secteurs dont le rôle est crucial dans
la transformation de l’économie mondiale.
condition que les investissements
nécessaires soient effectués, le tourisme
peut prendre la tête du mouvement en
faveur de l’économie verte, en favorisant
la création d’emplois, une meilleure
efficacité
énergétique
et
le
développement d’une plus grande
conscience environnementale.
Mes chers amis, le tourisme fait partie
intégrante des solutions à même de
favoriser une reprise de la croissance, et
bien au-delà, il est un vecteur de long
terme pour promouvoir une croissance
économique
durable,
résiliente
et
équitable. Aujourd’hui, plus d’un milliard
de personnes voyagent à travers la
planète, et six milliards d’individus
effectuent des trajets à l’intérieur des
frontières de leur pays. Le secteur du
tourisme crée des centaines de millions
d’emplois. Il devient, par conséquent, un
secteur incontournable dès lors qu’il s’agit
d’évoquer la croissance économique et le
développement.
3
Allocution
Carole Delga
Philippe Lefebvre
Je vous propose désormais d’accueillir Pascale Got et Carole Delga, secrétaire d’ tat chargée
du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’ conomie sociale et solidaire. Ce
secrétariat d’ tat n’est-il pas l’un des quatre mousquetaires du tourisme ?
Pascale Got, députée de la Gironde
En effet, et lors de la clôture des Assises du tourisme, Carole Delga avait insisté sur la création
d’un comité stratégique de filières, afin de structurer l’industrie touristique française et de
contrats territoriaux d’excellence touristique quant à la promotion des territoires français. La
volonté de garantir l’accès à tous pour les vacances avait été réaffirmée. Carole Delga possède
une vision très précise de ce que peut être le tourisme axé sur la France. Mme la ministre, merci
de votre présence pour nous faire entendre vos positions.
M
Secrétaire d’État chargée du Commerce, de
’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie
sociale et solidaire auprès du ministre de
l’Économie, du Redressement productif et du
Numérique, depuis le 3 juin 2014, Carole Delga a
été élue députée du Comminges – Savès,
8ème circonscription de la Haute-Garonne, en
2012. Elle était membre de la commission des
Finances et rapporteure spéciale du budget
enseignement scolaire. Secrétaire nationale du
Parti socialiste et coordinatrice du pôle justice
sociale et cohésion territoriale, en charge de
l’agriculture et de la ruralité, Carole Delga était
auparavant secrétaire nationale du Parti
socialiste, en charge du logement et de l’égalité
des territoires. Élue maire de Martres Tolosane
(Haute-Garonne) en 2008, réélue en 2014, Carole
Delga a été vice-présidente de la région, en
charge de la ruralité, des services au public en
milieu rural et des technologies de l’information
et de la communication (TIC) – Midi-Pyrénées de
2010 à 2013. Carole Delga est licenciée en
sciences économiques (mention Bien) et titulaire
d’un diplôme universitaire en sciences juridiques
de l’Université des sciences sociales Toulouse I,
ainsi qu’un master II en droit des collectivités
locales de l’Université de Pau et des Pays de
l’Adour.
onsieur le secrétaire général
de l’OMT, mesdames et
messieurs
les
députés,
mesdames et messieurs les sénateurs, le
tourisme n’est pas un sujet anecdotique
en France, qui reste le pays le plus visité
au monde. Le tourisme est plus qu’un
simple vecteur économique : c’est un
élément essentiel du rayonnement de la
France, et donc de notre identité. Nous
pouvons être fiers de cette image que
nous renvoient les touristes du monde
entier : la France est un beau et grand
pays. Notre nation est un puzzle
harmonieux de territoires riches de leur
diversité, et complémentaires. La France
a
su
devenir
une
destination
incontournable des touristes. Nous ne
devons pas pour autant nous endormir
sur nos lauriers, mais nous devons au
contraire agir efficacement pour que la
France conserve cette place, car des
défis devront être relevés dans les
prochaines années.
Rappelons quelques chiffres à même
de caractériser l’impact du tourisme en
France. Nous sommes la première
destination au monde, avec 83 millions
de touristes étrangers sur notre sol en
2012. Toutefois, la France n’arrive qu’en
troisième position en termes de
recettes. Les entreprises rattachées au
secteur du tourisme – les hébergements,
la restauration traditionnelle, les débits
de boisson, les agences de voyages et
voyagistes – représentaient plus de
273 000 entreprises employant plus
d’un million de salariés en équivalent
temps plein, selon une étude de l’Insee
de 2011. Ces données ne comptabilisent
pas toutes les entreprises ni toutes les
activités induites dont on estime
qu’elles supportent au moins autant
d’emplois. Le tourisme est ainsi créateur
d’emplois.
Vous m’invitez à ouvrir vos débats
autour de deux thèmes qui sont chers à
mon ministre de tutelle, Arnaud
Montebourg : je veux parler de
l’industrie et du redressement. Nous
sommes pleinement engagés auprès
des professionnels du tourisme. Ce
4
« La France est non
seulement la première
destination internationale
au monde, mais
également celle qui a la
préférence de nos propres
concitoyens »,
Carole Delga
secteur répond à tous les critères qui
caractérisent une industrie : un produit
de sortie unique et exceptionnel, une
expérience qui fabriquera un souvenir
durable, et de préférence agréable.
Chaque
séjour
touristique,
pour
permettre ce résultat, combine ainsi des
composants
multiples :
activité,
hébergement, transport, restauration.
L’industrie touristique est leader dans
l’économie
française,
et
la
consommation touristique intérieure
représente 7,35 % du PIB. La France est
non seulement la première destination
internationale
au
monde,
mais
également celle qui a la préférence de
nos propres concitoyens. Il est
important
de
s’intéresser
à
la
composition de ces 7,35 % du PIB. La
consommation des touristes français
représente à elle seule 4,87 % du PIB,
contre 2,47 % de PIB pour les touristes
étrangers. Nos concitoyens privilégient
donc leur propre pays, à l’inverse de ce
que l’on observe chez d’autres nations.
Les Français partent aussi à la
découverte d’autres pays, mais leur
attachement à leur propre territoire est
très fort.
L’industrie française du tourisme doit
néanmoins réagir. De nombreux défis se
posent à nous. La concurrence s’accroît,
et depuis plusieurs années, la France ne
bénéficie plus autant que par le passé
de la croissance du tourisme mondial.
S’il s’agit d’une question majeure
concernant l’attractivité de notre
destination, qui concerne également
nos concitoyens à qui nous devons une
offre d’excellence, ce sujet est
également sensible pour les territoires
qui connaissent de grandes inégalités
face aux retombées économiques
touristiques. Le gouvernement s’est très
largement mobilisé autour du tourisme.
Comme je l’ai annoncé lors de la clôture
des Assises du tourisme, le ministère de
l’ conomie, du Redressement productif
et du Numérique défendra un ensemble
de nouvelles actions aux côtés de celles
déjà déclinées par les ministères
sectoriels, et rappelées par Laurent
Fabius. Nous souhaitons doter la filière
d’un comité stratégique, à l’image de
celui mis en œuvre pour les secteurs
prioritaires et adaptés à sa spécificité.
Cette spécificité devra tenir compte du
fait que ce secteur est composé
d’acteurs de toutes natures et de toutes
tailles. Il conviendra de bâtir une feuille
de route inclusive qui ne laisse personne
de côté.
Rappelons rapidement les cinq axes
stratégiques exposés par Laurent
Fabius, et qui font ensuite l’objet de
trente
mesures
concrètes :
le
développement d’une offre touristique
de qualité diversifiée ; l’amélioration de
l’accueil ;
le
développement
du
numérique ; le renforcement de la
formation – outil essentiel pour un
meilleur accueil et des prestations de
qualité ; et enfin l’accessibilité aux
vacances, y compris pour les ménages
les plus modestes. Cette dernière
question, particulièrement importante,
permet de fédérer les Français. Le
ministère
de
l’ conomie,
du
Redressement
productif
et
du
Numérique ne manquera pas d’y ajouter
un certain nombre de mesures en faveur
de la compétitivité.
C’est ce souci d’équité qui nous
conduira à déployer un nouvel outil de
structuration de l’offre parallèlement
aux contrats de destination, davantage
réservés aux territoires à visibilité
internationale. Il est nécessaire, dans le
cadre d’une équité territoriale, d’avoir
des contrats qui permettent à un
échelon plus local de décliner les atouts,
de les mettre en valeur et de les faire
reconnaître de façon complémentaire à
ces contrats de destination qui sont des
aimants sur le plan touristique au niveau
international. Nous accorderons, en
outre, une attention particulière au taux
5
de départ en vacances, car le
gouvernement et le président de la
République sont convaincus que
l’objectif de 100 millions de visiteurs
internationaux ne doit pas se traduire
par un désintérêt pour le tourisme des
Français, qui continuera à être
encouragé. Conformément à sa mission,
le ministère continuera à travailler aux
dispositions nécessaires pour inscrire de
manière pérenne tous les acteurs
économiques dans une économie
créatrice de valeur et contributive à la
société.
« Avant d’augmenter la
taxe de séjour, il aurait
fallu s’assurer au
préalable de son équité »,
Carole Delga
Comme cela a été annoncé, les
mesures en cours de finalisation par les
services pourront prospérer dans le
cadre du projet de loi d’habilitation qui
permet au gouvernement de légiférer
par ordonnance, ce aux fins de simplifier
l’environnement
économique
des
entreprises. Il devrait aboutir d’ici à la fin
de l’année. Je vous invite donc à
partager ce programme de travail, qui
ne pourra être collectif que si vous
participez ; son succès dépend d’ailleurs
précisément de son caractère collectif.
Dans ce contexte économique difficile, il
peut être tentant de baisser les bras. Si
les Français doutent d’eux et n’ont pas
confiance en l’avenir, il est urgent de
nous remobiliser et de reconsidérer
l’image que nous renvoient les touristes
venus du monde entier, qui se
bousculent dans notre pays pour y
découvrir l’art de vivre à la française.
Pour des dizaines de millions de
visiteurs, la France est un pays qui fait
rêver. Ne perdons pas de vue cet
élément qui doit être à même de nous
redonner confiance.
Le redressement du pays peut passer
par le tourisme. Je suis ravie d’observer
que
nous
nourrissons
des
préoccupations communes et que nous
pouvons unir nos forces en faveur de ce
secteur essentiel qu’est le tourisme. Je
vous assure de la détermination du
gouvernement pour développer ces
secteurs. Nous pourrons agir en ce sens
de manière collective et volontaire.
PASCALE GOT, députée de la Gironde
Merci, madame la ministre. Le
tourisme a pris un nouvel élan – du
moins si l’on en croit l’organisation
gouvernementale,
avec
plusieurs
ministères
concernés.
Il
serait
intéressant de savoir comment va
s’articuler la politique touristique entre
les différents ministères, notamment
avec Fleur Pellerin ou encore avec Axelle
Lemaire s’agissant du numérique.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la
déclinaison de cette politique et le rôle
de chacun ?
CAROLE DELGA
Les décrets d’attribution prévoient
clairement que le ministère des Affaires
étrangères œuvre à la promotion à
l’international du tourisme. Il doit
pouvoir mener des actions qui facilitent
la communication de l’image France à
l’international, en utilisant de manière
complémentaire Atout France et le
réseau des ambassades. Il participe
également à l’élaboration de produits
touristiques innovants et attractifs. Dans
notre ministère, dirigé par Arnaud
Montebourg, le suivi des professionnels,
la nécessité de remettre à niveau les
équipements
touristiques,
la
simplification des normes et le tourisme
social sont autant de sujets de
préoccupation. Le tourisme est un
secteur transversal, ce qui justifie la
cohérence de l’intergouvernementalité,
qu’il faut encourager. Les touristes qui
visitent notre pays sont Français, mais
aussi internationaux, et il est dès lors
nécessaire de disposer de produits qui
correspondent
à
cette
visibilité
internationale, mais également à une
nécessité d’ancrage territorial, afin de
renforcer l’identité de la France. Nous
avons commencé à travailler ensemble,
Laurent Fabius, Fleur Pellerin et moimême, concernant le projet de loi par
habilitation, pour pouvoir légiférer en
6
matière d’ordonnance. L’information
circule de manière fluide entre nos
cabinets. L’aspect numérique sera pris
en charge par Axelle Lemaire, en
coordination avec Fleur Pellerin.
PHILIPPE LEFEBVRE
La semaine dernière, lors des Assises
du tourisme, les acteurs du secteur
avaient le moral, et se réjouissaient de la
perspective de voir ainsi quatre
ministres chargés de s’occuper d’eux.
Quelques
jours
plus
tard,
cet
enthousiasme est vite retombé, avec
l’hypothèse de voir la taxe de séjour
passer de huit euros à dix euros pour
Paris – une hausse destinée à financer
les travaux du Grand Paris. Avec ce
dispositif, les députés n’ont-ils pas porté
un coup au tourisme français ?
CAROLE DELGA
Je suis familière des initiatives
parlementaires en tant qu’ex-députée.
Je regrette que ces amendements aient
été déposés, comme j’ai déjà pu
l’expliquer aux professionnels. En effet,
un rapport est en cours en ce moment
même sur la fiscalité des hébergements
touristiques, à la commission des
Finances de l’Assemblée nationale. Il
aurait été utile de pouvoir attendre les
conclusions de ce rapport pour pouvoir
disposer d’une vision d’ensemble sur
tous les hébergements touristiques.
« Augmenter le plafond de
la taxe de séjour ou
financer les
investissement du
transport par les acteurs
du tourisme est une très
mauvaise idée »,
Daniel Fasquelle
Actuellement, la taxe de séjour pose
problème. Il peut exister une iniquité
dans l’application de cette taxe selon les
différents
modes
d’hébergement
touristique en France. Or précisément,
cette question a été abordée par la
commission en charge du rapport.
Avant d’augmenter la taxe de séjour, il
aurait fallu s’assurer au préalable de son
équité. Par ailleurs, affirmer que l’on
augmente la taxe de séjour et qu’un
complément
est
prévu
par
l’intermédiaire d’une taxe régionale est
un signal défavorable adressé aux
touristes internationaux. Enfin, il faut
rappeler qu’en France, près de 60 % des
touristes sont des Français. Il est inexact
de dire que la contribution viendra
principalement
des
touristes
internationaux.
D’autre
part,
les
transports ne sauraient être financés au
coup par coup par nous-mêmes ; il ne
s’agit certainement pas de la bonne
méthode.
Je
respecte
l’initiative
parlementaire, mais je regrette que ces
mêmes députés n’aient pas attendu les
conclusions du rapport sur la fiscalité de
l’hébergement touristique. Une réforme
était à mener sur la taxe de séjour, telle
avait d’ailleurs été ma position devant la
commission. Une taxe de séjour plus
équitable, plus proportionnée est à
imaginer. M. Faure s’est dit ouvert à une
discussion, donc Laurent Fabius, Arnaud
Montebourg et moi-même tâcherons de
rappeler la nécessité d’une cohérence
sur le secteur du tourisme et d’une
fiscalité de l’hébergement qui soit
équitable et proportionnée.
DANIEL FASQUELLE, député du Pasde-Calais
En effet, augmenter le plafond de la
taxe de séjour ou financer les
investissements du transport par les
acteurs du tourisme est une très
mauvaise idée. Si les emplois ne sont
pas délocalisables, les clients le sont.
Pour les attirer en France, le prix des
séjours doit être compétitif, or la
question de la fiscalité sur ce sujet est
très importante. Étant donné la situation
financière des communes françaises, un
déplafonnement
constituerait
une
aubaine pour de nombreux maires et
l’occasion d’une très forte hausse. Il
faudra donc remettre à plat ces
questions, d’autant plus que dans ce
secteur les entreprises doivent investir
en permanence et que la main d’œuvre
y est importante.
En ce qui concerne les agences de
réservation en ligne, nous rendrons
prochainement
notre
rapport
et
7
j’aimerais savoir si Carole Delga s’y
intéresse. Concernant l’image de la
France, je dirais qu’il importe de
l’entretenir et de la mettre en
adéquation avec les attentes des clients,
au risque que ces derniers s’en
détournent. Je m’inquiète car, chaque
année, le budget d’Atout France et de la
promotion de la destination France est
réduit ; droite et gauche doivent se
mobiliser, car la dépense dans ce
secteur
rapporte
de
l’argent
ultérieurement : c’est un investissement
utile. J’aimerais connaître le point de
vue de Carole Delga sur ce sujet.
« Obtenir plus d’égalité
entre les opérateurs en
évitant le déséquilibre
entre les prestataires
hôteliers les grandes
centrales de réservation »,
Carole Delga
CAROLE DELGA
Il est nécessaire de maintenir une
politique offensive en matière de
promotion de l’image de la France à
l’international, y compris avec des images
plus modernes qui montrent à quel point
la France propose un panel d’offres
diverses et complémentaires. Au niveau
de mon secrétariat d’État, je prône le
maintien des moyens d’Atout France.
Les réservations en ligne sont un sujet
complexe sur le plan de notre
intervention juridique. Nous devons faire
des propositions afin d’obtenir plus
d’égalité entre les opérateurs en évitant
le déséquilibre entre les prestataires
hôteliers et les grandes centrales de
réservation. Cela nécessitera un ciselage
juridique très délicat. Nous attendrons les
conclusions des députés afin de trouver
une solution solide sur ce plan.
DE LA SALLE
Nous représentons 90 % des hôtels en
France
et
nous
protestons
vigoureusement contre la mise en place
de la taxe locale régionale et le
rehaussement de la taxe de séjour. Il
suffirait d’appliquer la taxe de séjour à
tout l’hébergement en France. Nous
subissons de plein fouet une concurrence
illégale.
8
SESSION I
Une industrie d’avenir pour la France
Présidente
Animateur
Pascale Got
Députée de la Gironde, présidente
du groupe d’études "Tourisme",
rapporteure de la mission
d’information sur l’impact
du numérique sur le tourisme français
Philippe Lefebvre
Journaliste sur France Inter
Intervenants
Olivier Colcombet
Président du directoire de Belambra
Clubs
Jean-Michel Couve
Député du Var, président de
l’association Avenir Tourisme
Christian Mantei
Directeur général d’Atout France
Jean-Claude Nérisson
Président de Vacanciel
Joël Giraud
Député des Hautes-Alpes, co-pilote
du groupe de travail "Fédérer et
dynamiser les pouvoirs publics
en faveur du tourisme" des Assises
du tourisme
9
Introduction
Pascale Got
N
Députée de Gironde, Pascale Got préside
à l’Assemblée nationale le groupe
d’études sur le Tourisme. Elle est aussi
membre du Conseil national du tourisme
au sein duquel elle préside la section
“Economie touristique” et a participé à la
rédaction du rapport commandé par la
ministre du tourisme et le ministre du
Travail sur le développement de l’emploi
dans le tourisme en France. Dans le
cadre des Assises du tourisme, elle est
membre du comité de pilotage et du
groupe de travail sur la diversification de
l’offre touristique. En avril 2013, elle a
déposé une proposition de loi relative
aux résidences mobiles de loisirs afin
d’instaurer un cadre contractuel dans les
relations entre acquéreurs de mobilhomes et gestionnaires de terrains.
Pascale Got est députée de la
Ve circonscription de la Gironde depuis
2007 et a été élue conseillère générale en
2011. Engagée depuis longtemps sur les
problématiques touristiques, elle a
rédigé en 2010, avec Jean-Louis Léonard,
un rapport d’information sur les
résidences mobiles de loisirs et les
habitats de plein air.
ous avons la volonté de
redynamiser le secteur du
tourisme. Pour ma part,
j’aimerais
que
ces
3es
Rencontres
parlementaires
sur
le
Tourisme marquent une volonté de
tourner définitivement le dos au
« tourisme de cueillette » et de créer une
véritable industrie touristique.
Grâce, entre autres à Olivier Colcombet,
Joël Giraud, Jean-Claude Nérisson et
Christian Mantei, nous nous pencherons
sur notre politique nationale du tourisme
et le potentiel touristique de la France.
J’aimerais que l’on puisse notamment
évoquer les innovations touristiques, la
construction du groupe de tourisme
dédié à la destination France, les
pratiques
anti-concurrentielles
et
l’attractivité du territoire.
10
Le potentiel touristique
de la destination France
Olivier Colcombet
Philippe Lefebvre
Olivier Colcombet, il existe un potentiel intéressant dans le développement du tourisme
mondial, sommes-nous armés pour y prendre part ?
J
e ne peux pas parler au nom de la
diversité du tourisme, mais seulement
au nom de Belambra. Tout d’abord, je
dirais que le terme « industrie » comporte
une idée de professionnalisme et
d’organisation, ce que j’apprécie.
Président du directoire de Belambra
Clubs, Olivier Colcombet est membre
du comité de direction du groupe de la
Caisse des Dépôts. Il a été directeur de
la vente par correspondance chez
Yves Rocher, directeur du marketing et
du développement du groupe
Nouvelles Galeries de 1984 à 1989 puis
directeur des grands magasins du
groupe Galeries Lafayette de 1989 à
1997. Olivier Colcombet est ingénieur
diplômé de l’École supérieure
d’électricité et de l’Institut des
administrations (IAE). Il est auditeur
de l’Institut des hautes études de
défense nationale (IHEDN).
Nous nous trouvons au cœur du sujet
avec nos 58 sites en France, une capacité
d’accueil de 40 000 lits et une offre de
services élaborée (restauration, activités
sportives, accueil des enfants, etc.). Fort de
cette expérience, je peux dire que c’est un
métier méconnu, qui nécessite un
professionnalisme extrêmement pointu et
un pilotage de tous les services et de la
chaîne de distribution. Je précise qu’en
trois heures ce matin, plus de
6 000 personnes ont déjà consulté notre
site Internet pour un départ en vacances
cet été, 200 ont réservé, générant
300 000 euros de chiffre d’affaires (auxquels
s’ajoutent 300 000 euros pour notre
plateforme téléphonique). Ces chiffres
montrent les enjeux du tourisme :
marketing, technologie et services. Notre
stratégie repose notamment sur la
séduction des clients. Il importe de susciter
leur envie, comme le montre le dynamisme
de l’activité touristique, avec un
renouvellement
important,
tel
le
réenchantement des campings auquel
nous assistons actuellement.
Pour notre part, nous avons besoin de la
clientèle étrangère, car les Français sont
très sollicités et leur pouvoir d’achat a
baissé.
C’est
pourquoi
je
pense
qu’annoncer que la France vise un gain de
100 000 millions de touristes étrangers par
an est un bon signal lancé par le
gouvernement.
Je suis heureux de pouvoir m’adresser à
des responsables élus pour rappeler que le
tourisme englobe des métiers à faible
marge soumis à une forte saisonnalité.
Cette contrainte très forte nous pousse à
solliciter le même marché au même
moment, avec malheureusement des
arguments fondés sur la baisse de prix,
alors que ces métiers et services coûtent
cher et que les normes sont très
nombreuses (accueil des personnes
handicapées, hygiène, sécurité, normes
vétérinaires, etc.). Face à ces contraintes, si
nous ne pouvons pas investir en
permanence dans nos sites, nous
disparaissons. Je tiens à vous rappeler que
Belambra, malgré sa longue histoire et la
qualité de ses sites, avait failli disparaître
précisément par manque d’investissement
dans ses équipements qui sont pourtant
magnifiques. Belambra doit son salut à des
investissements massifs : il est donc
impératif que les entreprises de nos
secteurs soient en capacité de réinvestir en
permanence.
11
L’attractivité du territoire, comment
repenser la gouvernance du tourisme
en France ?
Joël Giraud
Philippe Lefebvre
Joël Giraud, vous êtes député des Hautes-Alpes et, notamment, co-président du groupe de
travail "Fédérer et dynamiser les pouvoirs publics en faveur du tourisme". Quand on nous dit de
dynamiser le tourisme, à qui doit-on s’adresser : au Quai d’Orsay, à Bercy, à l’ART ou encore au
CDT ? Le gouvernement nous parle de simplification administrative mais, en matière de
tourisme, on a l’impression d’être confronté à un mille-feuille d’institutions et d’organismes
différents.
N
Député des Hautes-Alpes depuis le
20 juin 2002, Joël Giraud est membre
du groupe Radical républicain
démocrate et progressiste (RRDP),
vice-président du conseil régional
PACA de 2004 à mars 2014 et maire de
L’Argentière-La Bessée (Hautes-Alpes).
Joël Giraud est président du Comité du
massif des Alpes, président de la
commission permanente du Conseil
national de la montagne et membre
titulaire du Conseil national du
tourisme. Joël Giraud est secrétaire de
la commission des Affaires
économiques de l’Assemblée
nationale et membre du comité de
pilotage des Assises nationales du
tourisme, dont il co-préside le groupe
de travail n°7 : “Fédérer les pouvoirs
publics“.
otre groupe de travail avait pour
objet d’améliorer la vision du
tourisme en France et de
concourir à une meilleure appréhension
de nos produits et marchés par les
touristes étrangers. À ce titre, le contrat de
destination représente un très bon
exemple de notre contribution. Son
intérêt est de créer de la transparence visà-vis du client. Ces contrats ont, en effet,
permis d’introduire de la fluidité dans un
système complexe où tout le monde a son
pré carré. Et de faire en sorte que la
promotion d’un espace territorial puisse
bénéficier
d’une
certaine
professionnalisation dans les produits que
nous proposons. Dans cette optique, nous
devons arriver à trouver les spécificités
des marchés que nous sélectionnons pour
que les contrats de destination aient un
sens à l’international.
Par ailleurs, il nous faudrait utiliser les
sites Internet des ambassades, premières
clefs d’entrée sur notre territoire des
touristes étrangers. Je milite donc pour
mettre dans le plan d’actions des
ambassades tout ce qui relève du
tourisme en France. Cela me semblerait
une avancée très importante. Par
exemple, dans la coopération entre le
Massif des Alpes et la province du Sichuan
en Chine, on a utilisé une personne ad hoc
d’un consulat général chinois pour faciliter
le travail des entreprises et faire de la
promotion de niches (ventes de
remontées mécaniques, de sports de plein
air...). D’ailleurs, nous nous sommes
aperçu à cette occasion que le tourisme,
chez nous, s’est développé via des
missions entrepreneuriales. Je crois donc
au réseau des ambassades car beaucoup
de personnes souhaitent promouvoir la
France et peuvent ainsi rediriger les clients
vers des destinations touristiques. Mais je
pense aussi aux associations de Français à
l’étranger. En fait, il importe d’utiliser
l’ensemble de ces réseaux de manière plus
efficace.
Nous groupe de travail a également
participé à la simplification des mesures
d’obtention des visas pour les étrangers.
Depuis janvier, les Chinois peuvent
12
obtenir en moins de 48 heures un visa de
court séjour pour visiter la France, ce qui
auparavant était impossible pour eux.
Nous travaillons également sur des
exceptions de visas pour accéder à
certains territoires et œuvrons à la
création, dans la prochaine loi sur
l’immigration, d’un passeport « talent »
pour les artistes et les entrepreneurs. En
résumé, nous avons énormément avancé
au travers de ces groupes de travail. Nous
avons progressé sur la vision que peuvent
avoir les étrangers de la France.
« Depuis janvier,
les Chinois peuvent
obtenir en moins de
48 heures un visa de court
séjour pour visiter la
France, ce qui auparavant
était impossible
pour eux »,
Joël Giraud
13
Le grand projet de construction
d’un groupe de tourisme dédié
à la destination France
Jean-Claude Nérisson
Philippe Lefebvre
Nous comptons de nombreux tour-opérateurs dans notre pays, mais nous n’avons pas encore
un grand groupe dédié à la destination « France » ; c’est le but de votre projet, Monsieur
Nérisson...
E
Président de Vacanciel, Jean-Claude
Nérisson a rejoint les services de la direction
générale des impôts le 1er Décembre 1967,
après avoir été diplômé de l’École nationale
des impôts. Il participe très vite à la vie
sociale de cette administration, par des
responsabilités syndicales à la CFDT
d’abord et à la Mutuelle générale des
impôts ensuite, dont il devient le président
en1983. Il contribue à la création de la
Mutuelle des agents des impôts, par fusion,
le 1er Janvier 1987, et s’occupe alors des
activités vacances de cette mutuelle.
Administrateur de la Fédération nationale
de la Mutualité fonction publique et de la
Mutualité française, il prend en charge la
mutualisation des activités vacances en
leur sein. À la fin des années 1990, il
contribue au regroupement de la gestion
des établissements de vacances des
mutuelles de la Drôme et de l’Ardèche, de la
Mutuelle des PTT et de la Mutuelle des
agents des impôts. C’est ainsi que naît
Vacanciel le 1er janvier 2001. Jean-Claude
Nérisson a par ailleurs été administrateur
de l’Agence nationale pour les chèques
vacances (ANCV), de l’Union nationale des
associations de tourisme (UNAT). Il est
également membre du Conseil national
du tourisme.
n effet. Vacanciel que je préside est
à la base un organisme créé pour
gérer le patrimoine « vacances » de
Mutuelles.
Nous
possédons
30 établissements pour 48 millions d’euros
de chiffre d’affaires. La destination France
représente, aujourd’hui, notre unique
métier. Le marché domestique français
s’avère important, car 70 % de nos
compatriotes qui partent, passent leurs
vacances en France. Cela représente 5 %
du PIB. La France a donc un fort potentiel
de développement. L’Hexagone constitue
un socle incontournable au niveau de
l’industrie touristique, même si les
marchés étrangers nous intéressent
également...
Les « villages clubs/hôtel clubs » sont
une formule très appréciée, car ladite
formule reste très facile d’accès. Elle est
sécurisante pour les familles avec son
principe
du
« tout
compris » :
hébergement, animation, clubs enfants,
restauration... J’ai souvent l’habitude de
dire que les vacanciers des villages clubs
sont les acteurs de leurs vacances et non
pas spectateurs des vacances des autres.
Mais c’est aussi un secteur très morcelé. Il
comprend beaucoup de petits acteurs
vulnérables, car ils ne disposent pas de
gros moyens financiers par rapport à une
demande conséquente et à des clients
réagissant à la dernière minute face à des
aléas
économiques,
sociétaux
et
climatiques. Nous sommes aussi une
activité à marges faibles avec beaucoup
de prestations de services où les salaires
représentent une part importante des
charges. Cela nécessite une recherche
constante de synergies afin de dégager
des économies d’échelle.
Un regroupement, une fusion, une taille
critique favorisent toutes ces économies
et facilitent la résistance aux diverses
fluctuations du marché. C’est pourquoi
Vacanciel et Belambra réfléchissent depuis
quelque temps à un regroupement de
leurs activités allant jusqu’à une fusion.
Nous partageons la même philosophie, le
même métier ; celui des hôtels/clubs, le
même créneau des familles, avec des tarifs
adaptés. Nous avons également le même
souci de la qualité d’hébergement et de la
prestation, les mêmes priorités pour nos
clients en termes de sécurité des biens et
des personnes, la même assise en matière
14
de politique sociale de l’entreprise, car
nous avons désormais la même
convention collective. Et enfin nous
disposons tous deux d’un socle
d’actionnaires quasi institutionnels (Caisse
des Dépôts d’un côté, les Mutuelles de
l’autre) qui peuvent stabiliser et
pérenniser notre activité aux côtés
d’actionnaires privés. Il y a donc une forte
convergence entre les deux sociétés, mais
aussi une grande complémentarité. Nos
forces s’ajoutent. Belambra est plus axé
sur les réservations individuelles, alors que
nous sommes plus en pointe sur les
réservations de groupe.
« Avec cette fusion, nous
pourrons devenir le
premier opérateur
français de l’hôtel club »,
Jean-Claude Nérisson
JEAN-CLAUDE NÉRISSON
Il nous faut environ huit à dix mois pour
finaliser le dossier.
OLIVIER COLCOMBET
Pour fusionner deux entreprises, nous
devons respecter des obligations. Cela va
prendre un petit peu de temps. Nous
espérons pouvoir être réunis début 2015.
Fusionner nous offrira la possibilité de
capitaliser sur tous les aspects : gestion,
innovation,
commercialisation
et
marketing. Nous avons tous deux une
notoriété de marque sur laquelle nous
pouvons capitaliser. Ainsi, Belambra
enregistre un taux de notoriété de 45 %,
Vacanciel de 20 %. Ce regroupement
favorisera
le
maintien
et
le
développement de l’emploi. Enfin,
l’ensemble des deux entités atteindra une
taille critique avec un volume de
150 millions de CA d’un côté, et de
50 millions de l’autre. Avec cette fusion,
nous pourrons devenir le premier
opérateur français de l’hôtel club. Une
entreprise incontournable d’un point de
vue économique et politique, mais aussi
un groupe plus fort pour résister aux aléas
évoqués précédemment. Cela nous
permettra aussi de nous positionner à
l’étranger.
Aujourd’hui,
ce
projet
« industriel » est prêt. Pour aboutir, il reste
toutefois un verrou juridique à faire sauter.
Il nous faut faire évoluer le statut de
coopérative de Vacanciel et pour cela,
nous attendons encore un accord
ministériel.
PHILIPPE LEFEBVRE
Alors, une fois que vous aurez l’accord
ministériel, combien de temps vous
faudra-t-il pour la fusion ?
15
Les innovations touristiques
(au-delà du numérique)
Christian Mantei
Philippe Lefebvre
Un mot qui revient beaucoup au cours de cette matinée, c’est le terme « innovation ». Christian
Mantei, comment faire pour innover en termes de tourisme ?
D
ans l’ADN du tourisme, il y a
évidemment l’innovation. De
tous les secteurs économiques,
notre activité est celle qui porte le plus
ladite innovation.
Directeur général d’Atout France, Christian
Mantei intègre en 1991 le groupement
d’intérêt économique Maison de la France,
où il y exerce la fonction de directeur du
marketing et de l’information, après avoir
créé plusieurs entreprises dans le domaine
du tourisme depuis le début de sa carrière
professionnelle. En 1996, il accède au poste
de directeur général adjoint. En 1997,
Christian Mantei prend la tête de l’Office du
Tourisme et des Congrès de Paris. En 2002, il
devient directeur associé de
Parishotels.com et directeur du cabinet
d’ingénierie touristique Christian Mantei
Consultants. En 2004, il est directeur
général adjoint de l’Exposition
internationale. Cette même année, il prend
la direction de l’Agence française de
l’ingénierie touristique (AFIT), orientée vers
l’adaptation de l’offre touristique française.
C’est alors, en 2005, qu’est créé le
groupement d’intérêt public ODIT France,
né de la fusion de l’AFIT, de l’Observatoire
national du tourisme (ONT), et du Service
d’études et d’aménagement touristique de
la montagne (SEATM). Une nouvelle
plateforme d’expertise française du
tourisme est née, et Christian Mantei en
devient le directeur général. Le 29
décembre 2008, il est ensuite nommé
préfigurateur d’Atout France, nouvelle
agence de développement touristique. Il en
devient le directeur général le 17 juin 2009.
En 2012, il est nommé président de la
commission Tourisme
de la Rydercup 2018.
Le numérique, c’est l’innovation.
L’urbanisme,
c’est
l’innovation.
L’aménagement du territoire aussi, tout
comme le design de service et
l’architecture. Nous faisons beaucoup de
benchmark pour analyser ce que réalise
la concurrence. Mais la limite de la
promotion, c’est le produit. Nous parlons
beaucoup de promotion, elle est
indispensable. Sur nos 1 200 partenaires,
nous dénombrons 670 actions de
communication off et on line chaque
année dans le monde. Mais l’industrie est
également liée aux notions de stock et de
volume. Or, en France, nous réduisons
nos stocks de chambres dans l’hôtellerie,
alors que nos concurrents, comme
l’Espagne, les développent et font un
gros effort sur l’environnement, en ayant
des hôtels bien intégrés dans les sites. Il
faut récréer des stocks pour arriver sur le
marché de la distribution avec un rapport
de force plus favorable. Nous travaillons
espace par espace : mer, campagne,
montagne, ville et littoral... On s’aperçoit
que l’on réduit notre nombre de
chambres d’hôtel en montagne et sur le
littoral. Elles ne suffisent pas. Je suggère,
par ailleurs, que le groupe parlementaire
fasse un voyage au cœur des entreprises
de tourisme pour bien comprendre notre
activité.
PHILIPPE LEFEBVRE
J’ai encore une question. Un
professionnel du tourisme étranger me
disait récemment que les Français
savaient bien vendre l’été et l’hiver, mais
qu’entre les deux saisons, ce n’était pas
« terrible » en termes de promotion. Ne
faut-il pas un changement de mentalité
pour éviter cette saisonnalité et réussir
une promotion linéaire ?
CHRISTIAN MANTEI
Il faut faire des promotions toute
l’année et sur toute la filière, mais pour
cela, il nous faut des produits. Cela passe
par une mobilisation collective de
l’ensemble des acteurs de façon
intelligente. Il importe de synchroniser
nos efforts entre, par exemple, les
transports et l’hôtellerie. C’est une
question d’intelligence collective. Nous
nous y employons avec les organisations
professionnelles, en particulier en
montagne, pour que la montagne, l’été,
soit vendue aussi bien que la montagne
l’est l’hiver et que l’on puisse ainsi
répondre aux demandes nées de la
« seniorisation » de la clientèle telles que
la marche ou d’autres activités.
16
« Je suggère, par ailleurs,
que le groupe
parlementaire fasse un
voyage au cœur des
entreprises de tourisme
pour bien comprendre
notre activité »,
Christian Mantei
OLIVIER COLCOMBET
J’approuve d’abord totalement l’idée
d’inviter des élus et des parlementaires à
s’immerger dans nos entreprises. Avec
Belambra et Vacanciel, nous sommes
d’ailleurs candidats pour accueillir des
parlementaires et pour leur faire
comprendre les secrets et la complexité de
notre métier. Sur la question de la
saisonnalité proprement dite, il ne faut pas
rêver. Quand vous avez un établissement
qui peut accueillir 600/700 lits, mais que
toutes les activités dans la station
balnéaire sont fermées à partir du mois de
septembre, il est extrêmement difficile de
porter la dynamique tout seul. Les clients
ne viennent pas seulement s’isoler et se
reposer, ils viennent aussi pour rencontrer
des compatriotes. Ceci étant, il faut savoir
reconnaître nos insuffisances. Nous avons
des progrès à faire sur les périodes du
printemps et du début de l’automne : mai,
juin, septembre. C’est une de nos priorités.
Pour faire immerger une activité attractive
au printemps, nous avons ainsi testé ce
que nous appelons les « breaks » en
associant séjours et œnologie dans les
régions viticoles ou encore séjours et art
dans les régions où cela s’y prête. Nous
devons inventer et densifier notre offre.
Mais, quand vous avez deux saisons à la
montagne, je dirais que tout va bien sur le
plan économique.
17
DÉBATS
« Les calendriers scolaires
nous pénalisent beaucoup
sur les vacances de
printemps et ne
conviennent à aucune des
stations françaises »,
Laurent Reynaud,
délégué général, Domaines
skiables de France
BRUNO COURTIN, rédacteur en chef,
Hospitality-on
Le secteur du tourisme se compose du
marchand et du non marchand.
Auparavant complémentaire et marginal,
ce secteur du non marchand (location
d’appartements privés, de maisons)
devient très important. Est-ce pour vous
une bonne ou une mauvaise chose ?
CHRISTIAN MANTEI
D’abord, il faut avouer que les
statistiques sont très troublées par le
marchand et le non marchand, parce
qu’on ne sait plus vraiment ce qui relève du
non marchand ou du non marchand
« marchand ». Ensuite, c’est un indicateur
très très fort de l’évolution de notre
marché. Une étude en vraie grandeur
permanente. Le tourisme constitue une
locomotive de l’économie collaborative où
ce sont désormais les consommateurs qui
font l’opinion avant les journalistes. Tous
les hébergeurs doivent donc tenir compte
de cette nouvelle donne. Les nouveaux
entrants représentent bien évidemment
une concurrence qu’il faut surveiller de
près tout en gardant à l’esprit que ceux qui
sont à la pointe en termes d’emploi et de
qualification des métiers, restent pour le
moment les hôteliers... Car, c’est bien par
l’hôtellerie que se crée de l’emploi.
PASCALE GOT
Je dirais aussi que ce secteur non
marchand représente, bien entendu, une
concurrence, mais elle correspond à
l’évolution des pratiques touristiques via
les réseaux Internet qui redistribuent l’offre.
Certes, il y a désormais un déséquilibre
entre le marchand qui paye la TVA, de la
fiscalité, et le non marchand qui n’est pas
soumis à ces charges. Il faudra donc
rééquilibrer tout cela, car on constate une
professionnalisation de ce non marchand.
Toutefois, cette concurrence est aussi
stimulante, car elle nous incite à retravailler
l’offre et son contenu. Nous devons faire un
effort d’imagination sur du potentiel
existant. Ainsi, les thématiques doivent
arriver dans l’offre, notamment par rapport
à la saisonnalité. Exemple : le contrat de
destination sur la mémoire n’est pas
saisonnier, il peut se décliner à l’année.
Dans ce sens, comme dans tout secteur
industriel, la concurrence s’avère une
bonne chose.
LAURENT REYNAUD, délégué général,
Domaines skiables de France
Je suis tout à fait d’accord sur ce qui
vient d’être dit et sur l’importance du C to
C. Néanmoins, deux questions sont
restées sur le bord du chemin lors des
Assises du Tourisme : la première est celle
des calendriers scolaires qui nous
pénalisent beaucoup sur les vacances de
printemps et qui ne conviennent à aucune
des stations françaises. La deuxième, c’est
l’immobilier de loisirs. Le C to C permet de
réchauffer les lits, mais le gouvernement
doit aller plus loin sur ce sujet.
JOËL GIRAUD
Un cercle vertueux avait été mis en
place par Sylvia Pinel. Il consiste à réunir
18
« En 2013, une famille qui
loue un gîte a dépensé
385 euros par semaine,
un chiffre qui double
en raison de la taxe
de séjour »,
Yannick Fassaert, président,
Fédération nationale
des Gîtes de France
l’ensemble des acteurs de l’éducation
nationale et de l’économie pour aboutir à
quelque chose de consensuel. Il faudrait
reprendre ce cercle vertueux. 60 % du
tourisme français provient du tourisme
national, et on ne pourra bâtir un tourisme
international que si nationalement, on a
réussi. Sur cette question des calendriers
scolaires, je suis persuadé que l’on arrivera
à trouver un terrain d’entente. Concernant
l’immobilier de loisirs, ce sujet était
effectivement absent des Assises du
Tourisme. Moi, je suis favorable à une taxe
de non séjour. Pour doper l’économie, il
vaut mieux s’occuper des lits froids et les
réchauffer d’une manière ou d’une autre.
Il faut arriver à des incitations fiscales
inverses par rapport à ce qu’on fait
d’habitude. Taxer des gens parce qu’ils
viennent chez vous comme touristes est
une chose, taxer des gens parce qu’il n’y a
pas de mise sur le marché d’un certain
nombre de biens en est une autre. Cela
peut aussi répondre à la saisonnalité, car
cela peut permettre une ouverture
beaucoup plus importante de certains
établissements. Sur l’immobilier de loisirs,
il nous faut trouver des outils qui ne soient
pas des usines à gaz. Nous devons tout
tester sur nos territoires pour voir ce qui
fonctionne ou non, afin de généraliser les
bonnes solutions.
plaçons dans le secteur du tourisme
marchand : à chaque fois que quelqu’un
vient chez nous, nous payons des impôts,
de la TVA... Ce n’est pas la même chose
que le tourisme non marchand.
Aujourd’hui, nous sommes remontés et
vigilants. Et nous vous invitons à nous
rencontrer. C’est un minimum que nous
vous demandons.
PASCALE GOT
Nous nous sommes déjà rencontrés.
Vous ne pouvez pas ne pas prendre en
considération ce qu’il y a autour de vous.
Si une offre émerge, c’est qu’elle
correspond à une attente. Ne nous prêtez
pas de mauvaises intentions, laissez-nous
terminer notre mission et nous ferons des
propositions dans ce sens-là.
YANNICK
FASSAERT,
président,
Fédération nationale des Gîtes de France
Les Gîtes de France, c’est la troisième
marque en France après le Club Med et
Pierres et Vacances, avec 1 million de
visiteurs uniques par mois. En 2013, une
famille qui loue un gîte a dépensé
385 euros par semaine, un chiffre qui
double en raison de la taxe de séjour. Avec
cette mesure de la taxe de séjour, vous
risquez de casser notre élan, de casser le
tourisme à la campagne. Essayez
d’améliorer
la
concertation.
Nous
demandons de la reconnaissance et du
respect. Nous, Gîtes de France, nous nous
19
SESSION II
Défis et conditions de succès
Présidents
Animateur
Pascale Got
Députée de la Gironde, présidente
du groupe d’études "Tourisme",
rapporteure de la mission
d’information sur l’impact du
numérique sur le tourisme français
Philippe Lefebvre
Journaliste sur France Inter
Daniel Fasquelle
Député du Pas-de-Calais, président
de la mission d’information
sur l’impact du numérique
sur le tourisme français,
maire du Touquet-Paris-Plage
Intervenants
Claudie Buisson
Contrôleur économique et financier,
auteur du rapport "Lutter contre la
fracture touristique", rapporteur du
groupe de travail "Redynamiser les
vacances des Français" des Assises
du tourisme
Martine Granier
Présidente de vente-priveevoyage.com
Jean-Daniel Lévy
Directeur du département Politique
et Opinion d’Harris Interactive
Monique Rabin
Députée de la Loire-Atlantique,
co-rapporteure de la mission
d’évaluation et de contrôle
sur la fiscalité locale
des hébergements touristiques
Éric Sauvage
Partner d’AT Kearney, rapporteur
du groupe de travail sur le Tourisme
de l’Institut Montaigne
Lionel Walker
Vice-président national de l’Institut
français du tourisme (IFT), président
du pôle d’excellence IFT Paris-Est,
vice-président du conseil général
de Seine-et-Marne
20
Avoir une vraie démarche
d’entreprise
Éric Sauvage
Philippe Lefebvre
Éric Sauvage, vous travaillez à l’Institut Montaigne. Vous avez réalisé une étude sur les
conditions du succès. Alors, quelles sont vos recommandations pour que la France reste le
leader mondial du tourisme ?
D
Partner d’A.T. Kearney, cabinet de conseil
en stratégie, Éric Sauvage est le
responsable Europe, Afrique et MoyenOrient des secteurs du transport, du
tourisme et de l’hôtellerie. Il travaille
depuis plus de 20 ans auprès de grands
groupes français et internationaux en
particulier sur des problématiques de
transformation, de stratégie de
développement et de programmes
d’amélioration de la performance. Il est
diplômé de l’Institut d’études politiques
de Paris et rapporteur du groupe de
travail sur le Tourisme de l’Institut
Montaigne.
ans ce rapport, nous faisons
douze propositions, et nous
nous positionnons comme des
consultants en entreprise.
Notre démarche est celle d’un projet
national avec toutes les dimensions d’une
démarche stratégique pour la France.
Notre première recommandation consiste
à nous fixer un objectif. Le tourisme
représente une chance formidable pour la
France et son redressement économique.
C’est un effet très positif de la
mondialisation. Notre objectif est de
permettre à la France d’accueillir quelque
140 millions de touristes en 2030 afin de
conserver sa première place dans le
monde, et que notre pays puisse
consolider sa part de marché. Notre
deuxième recommandation, c’est de bien
nous
situer
dans
notre
univers
concurrentiel. Si l’on évoque souvent
Londres ou Berlin comme les principaux
concurrents de Paris, ou l’Espagne par
rapport à la France, nous pensons que ce
sont les États-Unis qui deviennent les plus
intéressants en termes de politique
volontariste par rapport à l’activité
touristique. En effet, Barack Obama veut
faire des États-Unis la première
destination touristique mondiale à
l’horizon 2020.
Pour conserver sa position de leader, la
France doit, tout d’abord, travailler sur la
demande et sur la segmentation de ses
clients. Il faut, en effet, mieux comprendre
la demande et mieux la segmenter. C’est
un peu le B.A BA du marketing. Le
parcours client doit ainsi être mieux
détaillé. Nous devons parvenir à enlever
ce que nous appelons les « irritants »
ressentis par le client pendant son
parcours dans l’Hexagone : obtention des
visas, attente des bagages aux aéroports,
sécurité en ville, ouverture des magasins
le dimanche. Dans ce rapport, nous
faisons des propositions en ce sens.
La France est riche d’atouts. Elle dispose
d’un « stock » de produits phares. Il est
donc difficile de sélectionner des produits
pour effectuer des promotions. Il importe
donc de réfléchir à la façon de concentrer
les moyens - notamment au point de vue
du digital. Comment arriver à mieux
promouvoir nos marques « blockbuster » ?
Il faut ensuite se poser une question
cruciale. Au point de vue de l’image de
marque de notre pays, que sommes-nous
finalement ? Une sorte de Grèce, un pays
de l’ancien temps, un simple lieu de vie,
ou à l’image de New York, une ville, une
nation à forte vitalité et à capacité
créative ? Nous pensons que l’innovation
reste essentielle. Les touristes ne doivent
21
pas seulement venir pour visiter notre
passé, il nous faut leur faire découvrir aussi
notre présent et notre avenir. J’en arrive
au sujet de la gouvernance. En définitive,
dans ce rapport, nous nous sommes posé
la question de savoir comment piloter un
tel projet. Comment arriver à diriger ce
projet sur cinq ans afin de garder notre
position de leader en 2020 ?
« Notre objectif est de
permettre à la France
d’accueillir quelque
140 millions de touristes
en 2030 »,
Éric Sauvage
22
Une entreprise digitale au service des
marques et du marketing territorial
Martine Granier
Philippe Lefebvre
Martine Granier, vous êtes la dirigeante de vente-privee-voyage.com. Vous allez nous parler
d’un sujet d’importance, l’e-tourisme...
N
Martine Granier rejoint vente-privee.com
en 2011 à la direction internationale de
son département exclusivement dédié à
l’activité voyages et loisirs : vente-priveevoyage.com. À ce titre, elle est en charge
d’assurer le développement de l’offre
internationale de vente-privee.com sur
ce secteur, identifié comme un relais de
croissance de l’entreprise. Martine
Granier justifie de plus de trente années
d’expérience essentiellement acquises
dans le secteur du tourisme. Elle débute
sa carrière au sein du groupe Accor, où
elle occupera pendant 13 ans différentes
fonctions, notamment celle de directeur
des agences de voyage, avant de devenir
directeur commercial des Croisières
Paquet, puis de Costa-Paquet. Après
quatre années passées au sein de Potel &
Chabot, filiale gastronomie du groupe
Bongrain, en tant que directeur
commercial, elle rejoint Festival
Croisières dont elle prend la direction
générale puis la présidence jusqu’en
2002. Elle quitte la compagnie et devient
directeur général de Selectour, qu’elle
accompagne dans sa croissance
pendant près de 5 ans. Dès lors, Accor,
premier opérateur hôtelier mondial, et
leader en Europe, l’invite à rejoindre à
nouveau le groupe pour piloter sa
division Bien-Être, Thalassa, en qualité
de directeur général.
otre vocation chez venteprivee.com consiste à savoir
comment adapter votre offre
pour promouvoir la destination France et
valoriser vos marques. En quelques mots,
Vente-privee.com est le premier site de
vente e-commerce en France dans le
domaine événementiel.
Nous avons trois axes d’action : la
médiatisation de vos marques/produits, la
décote sur les prix et la proximité dans le
service apporté à nos membres. Nous
sommes, comme on dit dans notre jargon,
full digital. Sur Vente-privee.com, nous
proposons un service de proximité pour
lequel nous sommes régulièrement
oscarisés.
Je tiens à souligner une nouvelle fois
que nous ne sommes pas un site de
distribution,
mais
bien
un
site
événementiel. Un site d’envie, de
curiosité, de plaisir. Autre point très
important, nous ne sommes pas
dépendants de Google. Vente-privee a
créé sa propre communauté, qui regroupe
plus de 21 millions de membres en Europe
et qui engendre 1,6 milliard d’euros de CA
avec un trafic de plus de 2 millions de
visiteurs par jour et 38 minutes passées en
moyenne par ces visiteurs sur notre site.
Ce sont quelque 2 500 marques qui nous
font actuellement confiance.
La digitalisation pour les marques coûte
cher. Il faut créer du contenu et le faire
vivre. Auparavant, j’étais de l’autre côté,
de votre côté. Je sais donc parfaitement
incarner une marque. VP Voyage a été
créée il y a un peu plus de deux ans.
Aujourd’hui, nous réalisons 150 millions
de chiffre d’affaires pour 3,5 millions de
visiteurs sur l’activité voyage, et nous
réalisons 50 % de notre CA sur la
destination France dont les DOM-TOM.
Vente-privée est une entreprise innovante
qui s’adapte aux besoins des marques.
Nous sommes également le premier
vendeur de vin sur Internet et proposons
par ailleurs de la gastronomie et des
spectacles. Nous sommes aussi capables
de faire découvrir des commerces de
proximité
avec
Rosedeal.
Nous
développons donc une vraie démarche de
marketing territorial. Le tourisme est une
activité transversale qui crée du lien. Audelà des marques, un certain nombre de
territoires, représentés dans la salle,
peuvent donc nous rejoindre.
23
Pourquoi la France est-elle attractive
pour les étrangers (et pour les
Français) ?
Jean-Daniel Lévy
Philippe Lefebvre
Jean-Daniel Lévy, vous êtes directeur du département Politique et Opinion de Harris
Interactive. Au-delà des chiffres, qu’est-ce qui attire les touristes en France ? Est-ce seulement
Disney ?
N
Directeur du département Politique et
Opinion d’Harris Interactive, Jean-Daniel
Lévy travaille dans le secteur des sondages
d’opinion depuis plus de 16 ans dans
différents instituts (IFOP, CSA...). Il a créé le
département Politique et Opinion d’Harris
Interactive France. L’activité qu’il mène a
vocation à “prendre le pouls de l’opinion”,
des opinions : grand public, leaders
d’opinion, acteurs économiques et sociaux.
À travers des recueils qualitatifs et
quantitatifs (Internet, téléphone, face-àface, mobile, réseaux sociaux...), il cherche à
offrir à ses clients une restitution allant “
plus loin que les discours ”. Il intervient
auprès de clients politiques nationaux et
locaux, institutionnels, syndicaux, DRH,
responsables de la communication interne,
agences de communication, etc. JeanDaniel Lévy est, en outre, éditorialiste à
LCP-AN (La Chaîne ParlementaireAssemblée Nationale). Harris Interactive,
dont la maison mère est aux États-Unis, est
un institut de sondages reconnu au niveau
international pour la fiabilité de ses
enquêtes et pour sa recherche perpétuelle
d’innovation au service d’une meilleure
compréhension de l’opinion et des
consommateurs. L’institut a publié
dernièrement une étude sur le budget
vacances des Français.
ous avons mené une étude en
France pour savoir pourquoi
nos concitoyens partaient en
vacances. Les réponses sont les
suivantes. Les Français citent d’abord le
repos et la détente. Ensuite vient le
dépaysement. Puis, la possibilité de faire
des visites. Enfin vient l’attrait de la
gastronomie.
Ces réponses soulèvent la question que
posait Éric Sauvage au sujet du regard que
nous portons sur notre pays : un regard
novateur empreint de dynamisme ou un
regard rétrospectif à l’égard d’une image
d’ pinal. Les Français portent un regard
historique sur leur pays et recherchent
une forme de réassurance autour des
fondamentaux cités plus haut. Si l’on pose
la question dans d’autres pays, les clients
nous donnent à peu près les mêmes
raisons de venir en France. Belges,
Allemands et Italiens, bien qu’ayant des
références culturelles différentes, citent
dans l’ordre : la beauté des paysages,
l’authenticité
des
villages
et
la
gastronomie. De fait, les personnes
interrogées ne recherchent pas la
promesse de découvertes sur l’avenir et le
monde de demain. Seuls les Italiens
mettent plus en avant le patrimoine
français.
Les touristes étrangers ne se rendent
pas dans les mêmes lieux en France. En
effet, les Allemands préfèrent Paris, la
Bretagne et la Côte d’Azur, les Belges
préfèrent la Bretagne, la Côte d’Azur et le
Sud-Ouest, enfin les Italiens vont plutôt à
Paris, dans la vallée de la Loire et sur la
Côte d’Azur. À la question « quel souvenir
ramenez-vous de votre séjour en
France ? », les personnes interrogées
répondent « des spécialités régionales, du
vin ou un produit artisanal », ce qui
renvoie plutôt à l’histoire de la France.
L’autre tendance un peu surprenante
qui ressort de notre étude, c’est que les
étrangers considèrent la France comme
un pays très bien organisé, avec des
infrastructures et des réseaux de transport
remarquables. Selon eux, le système de
transport français fonctionne très bien.
Enfin, à la question « pourquoi
choisissez-vous la France ? », les touristes
étrangers ne savent pas répondre
précisément : ils sont attirés par une
image générale, par exemple véhiculée
par un reportage télévisé. C’est la raison
pour laquelle je pense qu’il est nécessaire
de travailler sur l’image et la
représentation de la France à l’étranger.
24
La fiscalité au service
du développement des territoires
Monique Rabin
Philippe Lefebvre
Monique Rabin, est-ce que la fiscalité est un élément attractif pour nos territoires ?
L
Députée de la Loire-Atlantique et
membre de la commission des Finances,
Monique Rabin lie étroitement le
tourisme aux questions d’attractivité
globale du territoire et de commerce
extérieur. Elle est également corapporteure, avec Éric Woerth, député de
l’Oise, sur la fiscalité du tourisme. Au
cours de son mandat à la Région des
Pays-de-la-Loire, de 2004 à 2012, elle
s’est impliquée dans ce domaine,
notamment comme vice-présidente du
comité régional du tourisme. Son
approche du secteur est directement
dépendante de son expérience de
terrain. Si le tourisme est spontanément
attaché au patrimoine culturel et
naturel, il reste pour elle, avant tout, un
facteur de développement économique,
non négligeable, dont les mutations
doivent être soutenues collectivement.
Élue locale à Saint Philbert de Grand Lieu
(44) depuis mars 2001, elle a été maire de
cette commune de 2008 à 2014.
Diplômée en droit public, elle commence
sa carrière en 1975 dans la fonction
publique territoriale. Quelques années
plus tard, elle devient collaboratrice
d’Edmond Hervé, maire de Rennes, avant
de le suivre à l’Assemblée nationale.
es cinquante grandes mesures
annoncées par Laurent Fabius sont
tournées vers la qualité, mais outre
l’image et la gastronomie, l’attractivité du
territoire repose aussi sur les coûts. Après
des années marquées par le low cost en
provenance d’Asie notamment, la
question du coût perd de son importance.
Avec ric Woerth et ric Straumann,
nous sommes co-rapporteurs de la
mission d’évaluation et de contrôle de
l’Assemblée nationale sur la fiscalité des
hébergements touristiques. Nous avons
décidé de dépoussiérer la fiscalité
touristique, car elle ne correspond plus à
la réalité. Inventée en 1910, son montant
maximum est 1,50 euro et elle ne frappe
pas les touristes uniformément. Par
exemple, les hôtels sont trop lourdement
frappés par rapport à d’autres types
d’hébergement : à Paris, 20 000 chambres
en meublé sont louées, mais seulement
3 000 sont affectées d’une taxe de séjour.
Nous faisons donc, dans notre rapport
qui sort dans deux semaines, un certain
nombre de propositions. Avec une
préoccupation majeure : accompagner le
renouveau du tourisme français. La
fiscalité est intéressante s’il existe une
contrepartie et si elle est réellement
affectée à la promotion touristique. Il faut
donc associer les professionnels du
tourisme à son utilisation. Or, à Paris par
exemple, la collecte de la taxe de séjour
représente 40 millions d’euros. Les
professionnels sont attentifs à l’utilisation
qui peut susciter de l’incompréhension :
7 millions sont versés à la préfecture de
police pour protéger les touristes.
L’emploi de la taxe devrait être étudié
avec les PME et TPE du tourisme pour
qu’elle bénéficie à la promotion du
territoire. Je propose qu’une partie de la
taxe de séjour soit réaffectée à
l’investissement des professionnels dans
leurs équipements ; ainsi, fiscalité et
qualité seraient jumelées.
Le dernier vote de l’Assemblée a montré
un clivage entre les régions touristiques
qui ont besoin de moyens financiers et
celles qui sont moins avancées. Pour ma
part, je suis totalement opposée à la
hausse de la taxe de séjour. Il faut avant
tout taxer les acteurs qui ne le sont pas et
travailler sur la question d’Internet. Je suis
également
opposée
à
la
taxe
additionnelle sur le STIF. Si nous voulons
réhabiliter la fiscalité, celle-ci doit être
utilisée à bon escient.
Enfin, lors des auditions que j’ai menées,
j’ai compris que les professionnels du
tourisme étaient plus que d’autres soumis
à un grand nombre de normes. C’est
pourquoi je suis particulièrement les
travaux de Thierry Mandon sur un
allègement des normes dans ce secteur.
25
Soigner l’image de la France
Daniel Fasquelle
Philippe Lefebvre
Daniel Fasquelle, pouvez-vous nous en dire plus sur cette nécessité d’une meilleure mise en
lumière de nos territoires ?
E
n effet, nous aurions intérêt à
attirer l’attention sur tous les
territoires français. Par ailleurs, je
suis frappé par le fait que nous ne faisons
pas suffisamment le lien entre le transport
et le tourisme. Or, il y a une relation
évidente entre tourisme et transport, car
la question du tourisme est transversale.
Député du Pas-de-Calais depuis 2007,
Daniel Fasquelle est vice-président de la
commission des Affaires économiques de
l’Assemblée nationale. Il a été élu maire
du Touquet-Paris-Plage en 2008 et est
égale- ment président de la
communauté de communes Mer et Terre
d’Opale. Depuis novembre 2010, il est le
président départemental de la fédération
UMP du Pas-de-Calais. Professeur agrégé
des facultés de droit, il est doyen
honoraire de la Faculté de droit de
Boulogne-sur-Mer.
Sur le sujet de la fiscalité, je dirais que
l’on ne peut pas demander à chaque
usager de payer la totalité des services
que l’État peut lui rendre. Je suis donc
contre une augmentation de la taxe de
séjour. La fiscalité est un élément
déterminant de notre compétitivité et de
notre attractivité. Or, les entreprises de
tourisme sont fragiles car elles impliquent
investissement et main d’œuvre.
mutualisés où toutes les régions ont pu se
mettre en valeur.
Il importe enfin de s’adresser aux jeunes.
Dans ce domaine, Londres, Berlin,
Barcelone prennent le dessus sur Paris.
Attention aux messages que l’on envoie
aux nouvelles populations et aux futurs
clients : fermer commerces et restaurants
la nuit pour ne pas gêner les riverains peut
être un mauvais choix. Nous ne devons
pas renvoyer une image trop passéiste de
la France, sous peine de perdre
progressivement du terrain. Il est
primordial de montrer que la France
innove, que c’est un pays moderne et que
les nouvelles générations sont les
bienvenues dans notre pays.
Au sujet de l’image de la France, c’est
bien de proposer aux étrangers une
France de carte postale. Il faut leur offrir
cette carte postale, mais pas seulement.
J’ai ainsi été surpris que le pavillon France
à l’Exposition universelle de Shanghaï ne
propose que cette facette de notre pays,
nostalgique des années 1950. Alors que
l’Italie, par exemple, valorisait son
patrimoine architectural et montrait aussi
sa capacité à innover. De plus, les régions
Alsace et Rhône-Alpes disposaient
chacune d’un pavillon séparé alors que
l’Italie avait un seul et unique espace
d’exposition grâce à des moyens
26
Formation : revenir
aux fondamentaux
Lionel Walker
Philippe Lefebvre
Alors, il y a un autre dossier qui fâche : c’est celui du commerce. Comment avoir du personnel
mieux formé dans nos établissements ? La parole est à Lionel Walker, vice-président national
de l’Institut français du tourisme...
E
Vice-président de l’Institut français du
tourisme, Lionel Walker est diplômé de
l’Institut des Sciences Politiques de Paris
en 1980. Il exerce le métier de professeur
d’histoire-géographie jusqu’en 2004. Très
investi dans la vie publique locale, il est
élu en 1995 maire de Saint-FargeauPonthierry et conseiller général du
canton de Perthes-en-Gâtinais, en Seineet-Marne. Depuis 2004, Lionel Walker
exerce au sein de l’Assemblée
départementale la fonction de viceprésident du conseil général en charge
du tourisme, du patrimoine et des
musées, il est président de l’Agence de
développement touristique “Seine-etMarne Tourisme“. Il est pleinement
investi dans les politiques touristiques et
patrimoniales, tant au niveau
départemental qu’au niveau national,
en tant que secrétaire général du Réseau
national des destinations
départementales, depuis septembre
2011.
n France, il est vrai que ce qui
pèche un peu, c’est la question de
la formation et des métiers. Nous
nous trouvons face à un paradoxe
parce que notre secteur est une activité
qui emploie beaucoup de monde. L’autre
paradoxe, c’est la profusion des
formations (près de 1 500) et la centaine
de licences.
Notre secteur est dépourvu de pôle de
recherche ou de compétitivité. En réalité,
là où le bât blesse, c’est que nous n’avons
pas de politique nationale de formation.
De ce fait, les professionnels sont obligés
de recruter du personnel dans d’autres
filières que celles relevant précisément du
tourisme. Il nous faut revenir à des
fondamentaux sur des questions de
culture générale, de langues, de
numérique. Nous devons structurer la
filière et mettre en œuvre les bons outils,
mais aussi travailler sur la question de
l’excellence, alors qu'il y a profusion
d'offres de formations d'une école ou
structure de référence nationale et
internationale. uvrons à l’ouverture de
masters et de clusters dédiés au tourisme.
Enfin, il me semble important de mettre
en avant les possibilités d’évolution de
carrière dans le secteur touristique.
Je tiens à formuler une dernière
proposition. Quand un saisonnier a du
temps, il serait bon de profiter de sa
disponibilité pour le pousser à une
meilleure professionnalisation et l’inciter à
renforcer sa formation de base.
PHILIPPE LEFEBVRE
En somme, c’est une véritable
révolution culturelle que vous proposez.
Vous nous expliquez que le tourisme n’est
pas un pis-aller, un métier par défaut, mais
que c’est un métier à part entière,
valorisant.
LIONEL WALKER
C’est un challenge personnel, c’est aussi
un challenge national et international.
27
Le tourisme social comme outil
de développement des territoires
Claudie Buisson
Philippe Lefebvre
Nous allons, pour finir cette session, nous intéresser au tourisme dit social, c’est-à-dire, aux 40 à
50 % de Français qui ne partent pas en vacances, alors qu’ils pourraient contribuer à
développer le tourisme dans nos régions.
U
Claudie Buisson est haut fonctionnaire
au ministère de l’Économie et des
Finances, mais a occupé durant toute sa
carrière des postes atypiques, alliant
l’économique et le social, qu’il s’agisse de
gérer des activités (Agefiph, Entreprises
d’insertion) ou d’exercer le contrôle
financier d’établissements publics
chargés d’une mission sociale (ACSE,
ANRU, Agence du médicament, INPES...).
Elle a mené durant l’année 2013 une
mission à la demande de Sylvia Pinel,
secrétaire d’État chargée du Tourisme,
sur la lutte contre la fracture touristique
puis piloté début 2014 avec Serge
Trigano, dans le cadre des Assises du
tourisme, le groupe de travail consacré à
la redynamisation des vacances des
Français.
n Français sur deux ne part pas
en vacances. La question que
nous devons nous poser est :
comment les faire repartir ? Vous l’avez
dit, la France possède d’énormes atouts
en matière de tourisme. Et loin de moi
l’idée d’opposer le développement du
tourisme des étrangers et le tourisme des
Français. Mais plus qu’ailleurs, ne pas
partir en vacances dans notre pays est
synonyme de déclassement social. Par
ailleurs, le tourisme français, c’est, comme
nous l’avons évoqué, cinq points de PIB.
D’un
point
de
vue
strictement
économique, cela montre tout l’impact de
la perte de 300 000 touristes français par
an, observée depuis dix ans. Par ailleurs,
j’ajouterai que le tourisme des Français se
répartit beaucoup plus largement sur
notre territoire. Nos concitoyens aiment
explorer de nouvelles zones touristiques
et contribuent ainsi à enrichir l’offre
touristique et améliorer l’accueil.
La perte des touristes français s’explique
par trois raisons. En premier lieu, le coût
des vacances a augmenté plus vite que le
pouvoir d’achat, et le « panier touristique »
est de dix points supérieur au coût de la
vie dans les zones non touristiques.
L’autre explication repose sur un obstacle
culturel. Bon nombre de nos compatriotes
ont peur de rater leurs vacances, n’ont pas
l’habitude des vacances et n’osent pas
partir. Cela constitue un véritable frein
psychologique au départ. Enfin, notre
offre n’a pas suffisamment évolué. Nous
sommes très en retard sur la
diversification des produits dans le
domaine du tourisme populaire. Par
exemple, l’offre destinée aux jeunes reste
insuffisante. Ils ont envie d’autres façons
de passer leurs vacances ; ce que nous ne
savons pas encore toujours leur proposer.
Il nous faut aussi prendre en compte les
évolutions de notre société. Ainsi, la
recomposition
des
familles
et
l’augmentation du nombre des seniors
changent la donne. Il est nécessaire de s’y
adapter. Illustration : les personnes du
troisième âge n’ont pas forcément envie
d’être reléguées là où personne ne veut
aller, ou quand les lieux touristiques sont
vides. Prenons conscience qu’il y a un
potentiel de développement énorme du
côté de nos familles, de nos jeunes, de nos
seniors et aussi des classes moyennes
chez nos voisins européens, car notre offre
de tourisme populaire mérite vraiment
d’être régénérée et promue.
28
Édito optimiste
Sophie Jovillard
Philippe Lefebvre
L’émission « Échappées belles » sur France 5 est une invitation immédiate au voyage. Quelle est
votre expérience de terrain concernant le tourisme ?
P
our le salon IFM Top Résa, je fais
partie des sélectionneurs des
meilleurs agents de voyages
dans le cadre de la Travel Agents
Cup. Je me considère moi-même comme
un agent de voyages, car j’ai la chance de
voyager à travers le monde et la France.
Journaliste et animatrice de l’émission
Échappées Belles, le magazine de
voyage et de découverte diffusé sur
France 5 depuis 2006, Sophie Jovillard
vient de publier Les Carnets de Sophie
en France, aux éditions Chêne. Elle a
présenté de 2011 à 2013 Paris en +
grand sur France 2, programme court
sur le patrimoine de Paris et sa région.
Elle collabore actuellement au
programme le monument préféré
des Français sur France 2. Sophie
Jovillard écrit pour le magazine
Lonely Planet. Cette globe-trotteuse,
qui allie douceur et dynamisme et
ouvre les portes du monde avec un
regard "grand angle", aime aussi aller
à la rencontre des gens quand
elle est en France.
Tout en n’étant pas une experte de la
question, j’estime que le tourisme français
se porte bien. La France se bat pour
conserver sa place de leader mondial du
tourisme. La hausse de la taxe de séjour et
le redécoupage administratif constituent
des questions fondamentales pour les
professionnels du tourisme. De mon côté,
je promeus l’idée d’une France « qui vaut
le détour ». Globetrotteuse, je suis aussi
une accoucheuse d’histoires et je permets
aux spectateurs de voyager dans l’espace
et dans l’imaginaire. Il y a quelques
années, Reporters d’espoirs, qui a pour
vocation de valoriser des initiatives
positives et des projets qui ont du sens,
m’avait demandé d’être marraine. J’ai
envie de considérer la France sous ce
prisme positif.
Nombre d’initiatives dans le monde du
tourisme sont porteuses de solutions.
Mon rôle est de les valoriser et de leur
offrir une caisse de résonance. Il suffit de
suivre le fil de l’actualité dans le domaine
du voyage et du tourisme pour être fier
des initiatives françaises. Par exemple, la
grotte Chauvet en Ardèche a été
récemment classée au patrimoine
mondial de l’Unesco. La caverne y rejoint
Djeddah en Arabie saoudite ou le Chemin
des Incas qui traverse l’Amérique du Sud.
Il y a presque neuf ans, France 5, chaîne
de service public, a décidé de placer en
première partie de soirée, le samedi, une
émission de voyages à travers le monde.
Nous affrontions alors des mammouths de
l’audience.
Partis
de
300 000 téléspectateurs, nous dépassons
aujourd’hui régulièrement le million de
personnes, avec des pics d’audience à
1,6 million. Le postulat de base était de
proposer
aux
téléspectateurs
des
destinations du bout du monde pour les
faire rêver et donner aux plus casaniers
d’entre eux des envies d’évasion. Après
avoir sillonné le monde au travers de
260 émissions, nous nous sommes
recentrés sur la destination France. En
effet, nous connaissions des pics
d’audience la plupart du temps quand
l’émission portait sur la France. L’un de
nos meilleurs scores a été atteint pour une
émission autour du mont Blanc. J’espère
que les émissions que nous avons
récemment tournées dans le Cantal ou le
Nord connaîtront les mêmes résultats
d’audience. Nous avons compris que
29
l’exotisme et le dépaysement peuvent se
trouver au coin de la rue, sans qu’il
s’agisse d’un renfermement sur soi. Aussi,
pour la neuvième saison d’Échappées
belles, 50 % des émissions seront
consacrées à la destination France. En tant
que Lyonnaise née à Lille, ayant vécu à
Marseille, et avec des parents habitant
dans la région bordelaise, j’éprouve un
véritable attachement pour les régions
françaises.
« L’exotisme
et le dépaysement
peuvent se trouver au coin
de la rue, sans
qu’il s’agisse d’un
renfermement sur soi »,
Sophie Jovillard
Il y a quelques semaines, j’étais invitée
au Printemps de l’optimisme. D’après un
sondage mené par Opinion Way, 64 % des
personnes interrogées exprimaient leur
désir de partager des moments de plaisir.
Or, les voyages et la découverte se
rangent dans la catégorie du plaisir. Pour
85 % des sondés, la qualité de vie
constituait un atout majeur en France.
24 %
des
personnes
interrogées
comptaient sur les médias pour
développer et véhiculer l’optimisme. Ces
derniers
prennent
donc
une
responsabilité considérable en proposant
aux téléspectateurs une offre d’évasion.
l’ensemble des métiers et des savoir-faire
montre à quel point la France est belle.
Dans mes carnets de voyage, je mets en
exergue Marseille qui s’est développée
culturellement, et non qui fait la une des
faits-divers. Je préfère évoquer le MuCem
bâti par Rudy Ricciotti qui permet à ses
visiteurs de se réapproprier un territoire.
Je participe également à l’émission Le
Monument préféré des Français présentée
par Stéphane Bern. 120 magnifiques
monuments ont été sélectionnés à
l’attention des téléspectateurs.
Parallèlement à ma responsabilité
d’offrir aux téléspectateurs de petits
moments de plaisir et de découverte, vous
avez, à votre tour, la responsabilité de
valoriser les projets des artisans ou
artistes, et de développer les structures
touristiques. Les institutions médiatiques
et politiques sont toutes parties prenantes
dans la mise en valeur de notre territoire.
Avant Échappées belles, j’avais travaillé
sur des émissions de découverte
territoriale avec France 3 en région. Je
m’étais alors déjà intéressée aux initiatives
locales dans les petits villages de France.
Aujourd’hui, j’ai écrit des carnets de
voyage en France aux éditions du Chêne,
dans lesquels je fais part de mes coups de
cœur. J’ai également produit des
souvenirs de voyages, pour le magazine
Lonely Planet, dans lequel j’aime mettre en
avant des initiatives françaises. Dans mon
prochain article, j’évoquerai ainsi Patricia,
éleveuse de Salers dans le Cantal, qui
communique tous les jours via Facebook
pour donner au monde des nouvelles de
ses vaches. En valorisant le travail de
Patricia, il s’agit également de parler de
tourisme, de chambres d’hôtes et de
gastronomie.
La
valorisation
de
30
SESSION III
Le tourisme au service des territoires
Président
Animateur
Daniel Fasquelle
Député du Pas-de-Calais, président
de la mission d’information
sur l’impact du numérique
sur le tourisme français,
maire du Touquet-Paris-Plage
Philippe Lefebvre
Journaliste sur France Inter
Intervenants
Édith Arnoult-Brill
Secrétaire générale de la Fédération
unie des auberges de jeunesse (FUAJ),
présidente d’Hostelling international
Claude Boulle
Président de l’Alliance
du Commerce - UCV
Luc Carvounas
Sénateur du Val-de-Marne,
co-président du groupe "s’adapter aux
mutations du secteur" des Assises
du tourisme, co-auteur du rapport
d’information "Tourisme : une place
de leader à reconquérir"
Sophie Dion
Députée de la Haute-Savoie,
présidente du groupe d’études
"Montagne"
Édith Gueugneau
Députée de Saône-et-Loire
Jean-Jacques Lasserre
Sénateur des Pyrénées-Atlantiques,
président du groupe "Tourisme
et loisirs", co-auteur du rapport
d’information "Tourisme : une place
de leader à reconquérir"
Jean-François Martins
Adjoint à la maire de Paris,
en charge du tourisme
Dominique Thillaud
Président du directoire des Aéroports
de la Côte d’Azur,
vice-président de l’Union
des aéroports français
31
Le transport aérien comme
soutien au développement
des territoires
Dominique Thillaud
Philippe Lefebvre
Il semble exister de moins en moins de lignes directes à l’international hors de Paris.
L
Président du directoire des Aéroports de
la Côte d’Azur depuis septembre 2012,
Dominique Thillaud est vice-président de
l’Union des aéroports français. Il est
également président du Conseil
d’administration de la S.A.S. Nice Airport
Management, et président du Conseil
d’administration de la S.A. Aéroport du
Golfe de Saint-Tropez, depuis juillet 2013.
Il est diplômé de l’ISC Paris, Majeure
Finance-Stratégie et a obtenu un master
en ingénierie financière de l’EM Lyon.
Après un début de carrière dans le
secteur bancaire, Dominique Thillaud a
rejoint la SNCF en 2002 comme directeur
général de SNCF Participations, la
structure qui porte les participations de
la SNCF dans les différentes entreprises
qui composent le groupe (Eurostar,
Thalys, Geodis, Voyages-sncf.com,
Systra, SNCF Energie...). Depuis 2007, il a
combiné cette responsabilité avec,
notamment, la direction de la stratégie
corporate, des investissements et du
développement du Groupe SNCF.
e développement des longs
courriers directs en région s’est
heurté
à
une
politique
malthusienne. Les liaisons directes depuis
Nice, Lyon ou Bordeaux ont démontré leur
rentabilité et leur impact pour le
développement économique de leur
territoire afférent. Il est à noter que sur les
aéroports français, le passager aérien est
soumis à une taxe destinée à financer la
sécurité et la sûreté. Cette taxe payée
directement par la compagnie au travers
du prix du billet pénalise l’attractivité de la
France, dans la mesure où dans nos pays
concurrents, une bonne partie, voire la
totalité de ces missions sont payées par
l’impôt et non par une taxe sur le
passager.
Également
pénalisante,
l’existence
d’une taxe additionnelle à la précédente
de 1,25 € par passager qui sert
essentiellement
à
financer
la
sûreté/sécurité de petits aéroports qui
sont très utilisés par des compagnies dont
les pratiques notamment sociales sont
particulièrement critiquables. À noter
également que les Aéroports de Paris,
malgré une taxe déjà à son niveau
maximum, ont accumulé un déficit de
plusieurs millions d’euros qu’il faudra bien
financer par une augmentation et non,
souhaitons-le, par la taxe additionnelle à
laquelle nos passagers des aéroports de
région contribuent largement. L’une des
causes avouées de ce déficit par les
aéroports
parisiens
est
d’ailleurs
l’abattement sur le prix de la taxe pratiqué
pour les passagers en transit dont une
partie significative est naturellement
détournée du potentiel de vols directs qui
pourraient être opérés à partir des
régions.
Par ailleurs, dans les pays européens, le
trafic est réparti de manière relativement
équilibrée, avec de nombreux points
d’entrée, au bénéfice du développement
des régions : Manchester et Londres en
Angleterre, Munich, Francfort, Hambourg
et Berlin en Allemagne, Milan, Rome et
Venise en Italie, Barcelone, Malaga, Madrid
et Palma en Espagne, etc. Pour croître, le
tourisme d’affaires vers les centres de
congrès a besoin de liaisons directes. Or,
en France, l’organisation du réseau sous
forme de hub semble être considérée
comme la panacée. Les autres pays
32
d’Europe bénéficient d’une répartition
beaucoup plus équilibrée du trafic aérien
sur leur territoire national avec de
nombreux points d’entrée en régions.
Certes, en France, les intérêts de la
compagnie nationale sont souvent
opposés à ceux du constructeur
européen, mais nous tendons à oublier les
territoires eux-mêmes, tant dans la
dimension du tourisme que dans celle de
l’économie. En effet, les longs courriers
transportent jusqu’à 25 tonnes de fret, en
sus de leurs passagers. Les intérêts des
territoires ne doivent pas être minorés par
l’opposition traditionnelle entre la
compagnie historique et les constructeurs.
Le développement des lignes en région
bénéficie au tourisme de vacances et
d’affaires, ainsi qu’à la capacité
d’exportation et de libération de la valeur
ajoutée pour beaucoup de petites
entreprises. Le potentiel est présent et les
compagnies demandeuses : il s’agit donc
de demander un « permis de croissance ».
« Le développement des
lignes en région bénéficie
au tourisme de vacances
et d’affaires, ainsi qu’à la
capacité d’exportation et
de libération de la valeur
ajoutée pour beaucoup
de petites entreprises »,
Dominique Thillaud
DOMINIQUE THILLAUD
Le transit ne s’effectue pas via l’aéroport
Charles de Gaulle mais via celui de Rome,
Londres, Francfort, Amsterdam, Zurich,
etc... Au demeurant, une partie de la
clientèle reste à Rome. Le lien direct crée
du trafic dédié et, partant, de la dépense
locale. Cet enjeu est essentiel pour tous
les aéroports régionaux français. Il nous
faut résoudre cette question pour
atteindre l’objectif des 140 millions de
visiteurs prévus pour 2030 en France par
Laurent Fabius.
PHILIPPE LEFEBVRE
Pourquoi avez-vous récemment perdu
la desserte d’une grande compagnie pour
l’aéroport de Nice-Côte d’Azur ?
DOMINIQUE THILLAUD
Aucune explication ne m’a été donnée.
Jusqu’en mai 2013, Qatar Airways se
posait à Nice quatre fois par semaine. La
compagnie souhaitait organiser une
desserte quotidienne dans la mesure où
les chiffres de trafic étaient performants.
Beaucoup d’Australiens et d’Asiatiques
accédaient ainsi à la Côte d’Azur. Cette
compagnie n’a plus eu le droit d’opérer
cette liaison.
PHILIPPE LEFEBVRE
Cette fermeture de ligne aura-t-elle un
impact sur la clientèle qui se rend sur la
Côte
d’Azur
ou
constituera-t-elle
seulement un aléa, puisque les passagers
devront transiter par l’aéroport Charles
de Gaulle ?
33
Tourisme et aménagement
du territoire
Jean-Jacques Lasserre
Philippe Lefebvre
Jean-Jacques Lasserre, le tourisme et l’aménagement du territoire sont étroitement liés.
Comment pouvons-nous agir davantage et mieux en ce domaine ?
N
Sénateur des Pyrénées-Atlantiques, JeanJacques Lasserre est conseiller général du
canton de Bidache et président du Conseil
des élus du Pays basque. Agriculteur de
profession, il a présidé la coopérative Lur
Berri pendant une quinzaine d’années.
Adhérent de l’UDF puis du Mouvement
Démocrate, il siège actuellement au sein du
groupe de l’UDI-UC au Sénat et préside le
groupe Forces 64 qu’il a créé au Conseil
général des Pyrénées-Atlantiques, qu’il a
également présidé. Il a laissé son siège de
conseiller régional d’Aquitaine lors de son
élection au Sénat, en septembre 2011.
Depuis plusieurs années, il préside le
Conseil des élus du Pays basque,
association qui a pour objet la promotion
du projet de territoire du Pays basque et qui
en élabore les orientations stratégiques.
Membre de la commission des Affaires
économiques, il est, au Sénat, président du
groupe d’études “Tourisme et Loisirs“ et
également rapporteur du rapport de
l’évaluation sur l’application de “loi
tourisme” du 22 juillet 2009.
ous sommes tous attachés à
nos racines et à nos terroirs.
Chaque fois que nous isolons
les conditions permettant de
favoriser l’aménagement du territoire et le
tourisme, nous tentons d’agir dans ce
sens. Les goûts comme les offres sont
particulièrement divers en France. Au
regard de sa richesse patrimoniale,
culturelle et paysagère, ainsi que de la
qualité de ses acteurs, aucune parcelle du
territoire ne doit être à l’abri d’opérations
permettant d’améliorer son aura. Nous
disposons d’une série de leviers
performants. J’ai la certitude que tous ces
avantages concurrentiels, qui sont autant
de symboles de l’histoire passée, peuvent
acquérir une modernité tout en ne
dispersant que peu de moyens.
Ainsi, dans les Pyrénées, la glisse est
particulièrement à la mode sous trois
formes, à savoir la montagne, le rafting et
le surf. Ce sont les conditions
géographiques et naturelles qui nous ont
procuré cet atout, mais il n’était pas
complexe d’y adjoindre une modernité. Il
nous faut sortir d’une nostalgie qui n’a pas
lieu d’être. La France dispose d’avantages
concurrentiels que les autres pays ne
possèdent pas, et qui peuvent se
conjuguer avec la recherche du repos et
de l’émotion. Une personne qui se
procure de l’émotion tout en pratiquant
un tourisme de masse est fière de le
raconter.
Le Sénat mène actuellement une
intense
réflexion
avant
d’aborder
prochainement la loi sur l’aménagement
du territoire. Au niveau régional et
départemental, il existe beaucoup de
gaspillage d’argent public pour la
promotion au niveau international des
terroirs et des marchés. Il faut que chaque
acteur se place à l’échelon qui lui convient
le mieux. Dans le débat qui doit se tenir
entre les régions et les départements, il
faut
distinguer
les
dynamiques
géographiques :
l’aménagement
de
20 kilomètres de côte basque pour du surf
ne peut être travaillé de la même façon
que celui du chemin de Saint-Jacques-deCompostelle. Il existe des porteurs
naturels de la valorisation du patrimoine
en fonction des thématiques. Ce critère
permettrait d’arbitrer harmonieusement la
répartition des compétences.
Tous les acteurs s’accordent pour une
réforme de la fiscalité. Nous ne pouvons
agir sur tous les leviers fiscaux. Deux
grands domaines d’action peuvent être
envisagés, à savoir les taxes de
fonctionnement et le soutien à la
34
transmission
du
patrimoine
pour
encourager l’investissement. Dans cette
perspective, il nous faut sérier les points
sur lesquels nous voulons agir.
« Tous ces avantages
concurrentiels, qui sont
autant de symboles de
l’histoire passée, peuvent
acquérir une modernité
tout en ne dispersant que
peu de moyens »,
Jean-Jacques Lasserre
35
Tourisme d’été et d’hiver, la création
d’un pôle d’excellence Sport
et Montagne
Sophie Dion
Philippe Lefebvre
Comment procédez-vous pour attirer des touristes l’été en Haute-Savoie ?
J
Députée de la Haute-Savoie depuis le 17
juin 2012, Sophie Dion est avocate
spécialisée en droit du travail et en droit du
sport. Pour défendre au mieux les intérêts
de son département et du monde de la
montagne, elle préside le groupe d’études
“Montagne“ à l’Assemblée nationale depuis
le 6 février 2013. Élue locale engagée, elle a
été conseillère municipale de MorzineAvoriaz en 2001, puis maire adjoint en
charge du sport et tourisme, avant d’être
conseillère régionale de Rhône-Alpes entre
mars 2010 et juin 2012 (elle a démissionné
suite à son élection à l’Assemblée nationale,
conformément à son engagement de
campagne). À l’Assemblée nationale, elle
s’investit prioritairement sur trois grands
thèmes : le tourisme, l’industrie du
décolletage et l’agriculture de montagne.
e remercie Sophie Jovillard qui a
souligné que la meilleure audience
d’Échappées belles (France 5)
concernait l’émission consacrée au MontBlanc et j’observe avec bonheur que sur
les cartes postales exposées devant nous,
le mont Blanc a été placé à côté de la Tour
Eiffel…C’est un symbole fort. Vous avez
confirmé tout à l’heure que le critère le
plus important pour des touristes
étrangers se rendant en France est la
beauté des paysages.
La montagne constitue à ce titre l’un
des plus beaux panoramas qui soit. Elle
représente
un
tiers
de
l’espace
métropolitain
de
la
France.
La
contribution de la montagne va au-delà
de ses retombées directes : un euro investi
dans un forfait de ski correspond à 6 euros
dépensés dans la station. Les retombées
économiques s’élèvent à 7 milliards
d’euros, pour un secteur qui représente
plus de 120 000 salariés. Ces chiffres
prouvent à quel point la montagne est un
espace touristique attractif et compétitif.
La montagne française constitue la
première destination mondiale devant la
Suisse, l’Autriche et les États-Unis. La
France possède le plus grand domaine
skiable du monde.
Cependant,
quelques
inquiétudes
méritent d’être relevées. Cette année, la
fréquentation durant la saison hivernale a
connu une baisse de 4 %. Des efforts sont
à consentir, notamment concernant le
calendrier scolaire pour les vacances de
printemps. Par exemple en Haute-Savoie,
la rentrée des vacances de Pâques a été
effectuée le 15 mai dernier. Cette fixation
tardive des vacances de printemps serait
justifiée par l’intérêt des enfants. Mais
comment parler d’équilibre pour les
enfants si le troisième trimestre ne dure
que
quelques
petites
semaines
notamment en raison des périodes
d’examens de fin d’année (brevet des
collèges, baccalauréat). L’économie de la
montagne ne doit pas être sacrifiée. Il ne
faut pas abîmer ce secteur que le monde
nous envie et qui apporte valeurs et
richesse.
Pour que le tourisme français reste sur la
plus haute marche du podium de
nouvelles pistes doivent aussi être
explorées. À l’issue des Assises nationales
du tourisme, le ministre des Affaires
étrangères
et
du
Développement
international a fait part de plusieurs
annonces, en particulier de sa volonté de
rapprocher le sport et la montagne.
36
Un pôle d’excellence « Sport et
Montagne » devrait donc être créé. En
effet, les deux domaines partagent les
mêmes valeurs : le respect des règles et le
dépassement de soi.
Par ailleurs, dans la perspective de
développer le tourisme en hiver comme
en été, il faut notamment réhabiliter
l’immobilier de loisirs et préserver les
capacités d’investissement des communes
touristiques. Pour maintenir un accueil
répondant aux attentes des touristes et
offrir des prestations de qualité, il faut
aussi tenir compte de la population
touristique et pas seulement des habitants
qui vivent dans nos villages tout au long
de l’année.
« La montagne française
constitue la première
destination mondiale
devant la Suisse, l’Autriche
et les États-Unis »,
Enfin, dans le cadre du tourisme social,
et pour que nos enfants acquièrent les
valeurs de la montagne, il faut développer
les classes de découvertes et les classes de
neige. Un enfant qui apprendra à
découvrir et aimer la montagne sera un
adulte qui l’aimera tout au long de sa vie.
Sophie Dion
37
Tourisme urbain et culturel : comment
améliorer les retombées économiques
et sociales ?
Claude Boulle
L
’Alliance du commerce représente
25 000 points de vente en France,
agissant essentiellement dans le
domaine de l’équipement de la
personne
(cosmétiques,
mode,
habillement,
accessoires).
Ses
500 entreprises comptent 200 000 salariés
travaillant pour la plupart en centre-ville.
Président exécutif de l’Union du grand
commerce de centre-ville depuis 2008,
Claude Boulle est diplômé de l’IEP de Paris,
licencié en allemand et ancien élève de
l’ENA. Il a été administrateur civil au
ministère du Travail et des Affaires sociales
(1980-84), conseiller commercial auprès de
l’Ambassade de France en Allemagne
(1984-88) et conseiller technique au cabinet
de Roger Fauroux (ministre de l’Industrie
1988- 90). Claude Boulle a ensuite été à la
direction des ressources humaines de
Thomson-CSF (1990-94) puis sous-directeur
de l’Assurance maladie au ministère du
Travail et des Affaires sociales (1994-97). Il a
été directeur général d’Hexagone
hospitalisation (1997-98), vice-président de
Toyota Motor Manufacturing France (19982004), directeur général du groupe
Serience-Suren (2004-2006) et directeur
adjoint chargé de la santé de la ville de
Paris (2006-2008).
PHILIPPE LEFEBVRE
Le commerce et le tourisme sont liés,
mais ils ne se déploient ni à la même
vitesse, ni dans le même sens.
CLAUDE BOULLE
En mai 1981, Jack Lang affirmait que
l’économie et la culture constituaient un
seul et même combat. À partir de ce
slogan, nous pouvons aussi réfléchir sur le
développement du tourisme, qui connaît
un formidable essor, en dépit des
lamentations d’une partie de la
profession. Pour l’année 2013, 88 millions
de visiteurs pourraient être comptabilisés.
Même si la population en transit est ôtée
du total, on peut dire qu’il existe
davantage de consommateurs mobiles
que de résidents.
De plus, le tourisme culturel et urbain
connaît un fort développement : 200 villes
sont desservies par le TGV et, malgré le
manque de navettes aériennes, il est
possible de voyager rapidement à travers
le territoire. 30 % des séjours sont
désormais motivés par le tourisme culturel
et urbain. Les élus ont fait des efforts
considérables pour l’investissement dans
des équipements. Ainsi, le Centre
Pompidou Metz a induit une hausse de
800 000 visiteurs dans la ville. Le Louvre
Lens et le musée Soulages à Rodez
devraient provoquer un effet d’attractivité
similaire. Nombre d’initiatives sont
inspirées par l’effet Bilbao, à savoir l’effet
de revitalisation régionale provoqué par la
construction du musée Guggenheim par
Frank Gehry.
Par ailleurs, la pratique du tourisme
shopping prend un nouvel essor,
notamment dans les centres-villes, avec
l’arrivée de la clientèle des pays
émergents extra-européens. Les Chinois
représentent plus d’un million de touristes
en France, les Brésiliens quasiment
un million, les Russes 600 000, etc. La
France se distingue par des produits de
marque
et
d’artisanat,
dans
la
maroquinerie, la mode, le parfum ou la
joaillerie. Enfin, les nouvelles générations
se caractérisent par une mixité des
activités et des comportements, appelée
aussi fun shopping : derrière l’alibi de
découverte
ou
de
culture,
un
comportement affirmé d’acheteur existe.
Dans ce cadre, la question de
l’ouverture dominicale fait souvent l’objet
de couvertures médiatiques éphémères.
Sa simple résolution n’est pas suffisante. Il
faut qu’une proposition complète de
déambulation et de découverte du centre-
38
« Nous souhaitons que les
acteurs locaux deviennent
eux-mêmes des
ambassadeurs de leur
territoire »,
Claude Boulle
ville soit promue par les communes afin
de mettre en valeur conjointement toutes
les richesses du territoire. Nous souhaitons
que la question de l’harmonisation des
circuits soit posée au moment de la
délimitation d’une zone culturelle,
commerciale ou touristique. De plus, les
horaires des magasins doivent être
adaptés à la fréquentation des touristes :
beaucoup de commerces ferment le midi,
le soir et le dimanche en pleine saison
touristique. Il faut s’adapter aux flux et aux
clientèles et proposer une offre lisible, en
particulier vis-à-vis de personnes qui
viennent de pays où les commerces sont
tout le temps ouverts. Il ne s’agit pas de
faire de même en France, mais de prendre
en considération ces flux. Au demeurant,
les grandes villes concurrentes à travers le
monde sont souvent ouvertes de manière
plus que souple qu’en France. Enfin, il faut
synchroniser les horaires des événements
et des lieux pour les activités touristiques,
commerciales et culturelles.
La préparation à l’accueil de nouvelles
clientèles est essentielle. La maîtrise des
langues doit être décente ; l’attitude vis-àvis des clients doit être adaptée, mêlant
bienveillance, empathie et disponibilité.
Nous souhaitons que les acteurs locaux
deviennent
eux-mêmes
des
ambassadeurs de leur territoire.
39
Préserver la dynamique
de Paris
Jean-François Martins
Philippe Lefebvre
Disneyland reçoit 13 millions de visiteurs et constitue la première destination touristique
devant le Louvre et la Tour Eiffel réunis. Nombre de chantiers sont engagés pour renforcer
l’attractivité de Paris intra muros, à destination notamment de la population qui se rend au
parc d’attraction de Marne-la-Vallée.
E
Adjoint à la maire de Paris en charge du
tourisme et des sports, Jean-François
Martins a été élu conseiller de Paris le 8
avril 2010 et réélu le 30 mars 2014. Il a
par ailleurs été président de la
Fédération des associations générales
étudiantes (FAGE) de 2004 à 2006.
n parallèle des chiffres cités pour
Disneyland,
16 millions
de
visiteurs traversent chaque année
Paris intra muros. Une autre forme
de transfert de tourisme existe également
entre Paris et Versailles. La destination
parisienne a désormais une dimension
fortement métropolitaine : les grands sites
d’intérêt touristique et culturel sont
appréhendés à l’échelle de la métropole,
de même que les aéroports et l’offre
hôtelière. La croissance des visiteurs
étrangers s’élève à 7 % pour Paris contre
5 % pour le marché mondial. Non
seulement
Paris
est
leader
des
destinations touristiques au niveau
mondial, mais le nombre de ses visiteurs
étrangers continue à croître plus
rapidement que le marché mondial. Ces
deux constats sont facteurs d’optimisme,
mais il faut adapter les capacités
hôtelières à cette croissance, notamment
au niveau de la petite couronne. Il faudra
partager la manne touristique à l’échelle
de la métropole et adapter les transports
et tous les grands investissements.
L’équilibre de la position touristique de
Paris est fondamental, car il nous met à
l’abri de certaines difficultés. Tout d’abord,
l’équilibre des saisons est garanti par le
quasi-équilibre entre le tourisme d’affaires
(congrès et salons) et le tourisme de
loisirs. Paris est classée parmi les
quatre premières villes de congrès au
monde. Ce sont dans les investissements
que consentiront les collectivités locales
que se décidera l’avenir. Ainsi, nous
investirons pendant plus de dix ans pour
faire de la Porte de Versailles le plus grand
centre des congrès, foires et salons du
monde. L’activité de tourisme d’affaires
est vertueuse pour l’ensemble du
tourisme, car elle permet de nous
épargner les effets de saisonnalité et
d’afficher, pour les hôteliers parisiens, des
taux d’occupation de plus de 80 % sur
l’ensemble de l’année. Cet équilibre est
aussi fragile que précieux.
De plus, il existe un autre équilibre entre
les visiteurs nationaux et internationaux,
loin de l’image d’Épinal des cars de
touristes chinois. La première nationalité
des visiteurs de Paris est française, au
travers du tourisme familial, du séjour de
classes découvertes, de colonies de
vacances, etc. De même, les premiers
destinataires du tourisme d’affaires sont
les directeurs de PME en région. Or, c’est
cette activité qui tend à souffrir le plus de
la crise et qui provoque quelques signes
d’inquiétude.
40
« Non seulement Paris est
leader des destinations
touristiques au niveau
mondial, mais le nombre
de ses visiteurs étrangers
continue à croître plus
rapidement que le marché
mondial »,
Jean-François Martins
Un équilibre est également prégnant
entre résidents permanents et touristes.
Ces derniers contribuent au façonnage de
la ville de façon souvent vertueuse au
travers d’investissements de voierie, de
propreté, de sécurité, d’entretien du
patrimoine et d’animations culturelles.
Ces aménagements participent ainsi à
l’amélioration de la qualité de vie des
Parisiens. Inversement, l’action sur la
qualité de vie des résidents peut devenir
un atout touristique, à l’instar de
l’aménagement des voies sur berge ou de
la
Place
de
la
République.
10 000 commerces sont déjà ouverts le
dimanche à Paris, soit 20 % de l’ensemble.
Une ouverture massive le dimanche aura
un impact sur la vie des 2,3 millions de
résidents en termes de propreté, de
sécurité ou de garde d’enfants. Comment
peut-on organiser le travail des femmes le
dimanche ? Il est donc impossible de
n’emprunter
qu’une
perspective
touristique pour décider de l’ouverture
des commerces le dimanche. La question
de l’acceptabilité des aménagements pour
les Parisiens est à prendre en compte.
41
Le développement durable
et le numérique, facteurs clés
de l’attractivité des auberges
de jeunesse et des territoires
Édith Arnoult-Brill
Philippe Lefebvre
Le monde des auberges de jeunesse semble nous ramener à une préhistoire du tourisme.
L
Secrétaire générale de la Fédération unie
des auberges de jeunesse (FUAJ), Édith
Arnoult-Brill est présidente d’Hostelling
international (Fédération internationale
des auberges de jeunesse). Présidente du
Fonds de coopération de la jeunesse et
de l’éducation populaire (Fonjep) de
1993 à 1998, puis présidente du Conseil
national de la vie associative entre 2000
et 2011, elle est vice-présidente de la
Fondation du Crédit coopératif et
membre du Conseil d’administration de
la Fondation de la Française des Jeux en
tant que personnalité qualifiée. Elle est
vice-présidente du Conseil économique,
social et environnemental (CESE),
membre du groupe des associations. Elle
est l’auteure de l’avis sur “la sécurisation
des parcours professionnels“ et corapporteure de l’avis sur “le fait religieux
en entreprise“. Elle est co-auteure de La
nouvelle économie sociale, efficacité,
solidarité, démocratie parue en 2001.
e concept des auberges de
jeunesse a effectivement plus de
100 ans et connaît à la fois une
forte notoriété et un défaut d’image. La
Fédération unie des auberges de jeunesse
(FUAJ) représente 160 établissements sur
l’ensemble du territoire français. La
Fédération internationale est implantée
dans 81 pays pour plus de 5 000 auberges
de jeunesse dans le monde. L’organisation
est partenaire de l’UNESCO. Il y a quelques
années, elle a signé un protocole d’accord
avec son directeur général sur une
campagne. Les auberges de jeunesse
défendent en effet des convictions et des
valeurs, notamment la construction à
travers le voyage d’une culture de la paix.
Plus récemment, un protocole d’accord a
été signé avec l’Organisation mondiale du
tourisme autour du Big Blog Exchange : ce
projet mobilise des blogueurs du monde
entier autour du voyage à travers les
auberges de jeunesse et donc, partant, sur
l’attractivité des territoires.
Une expérience de transformation de
bâtiment en auberge de jeunesse
nécessite une démarche de co-
construction de projet avec des équipes
municipales, qui défendent en général
une vision de l’accueil des jeunes et du
développement de l’urbanisme. Les
auberges de jeunesse ne sont pas
nécessairement installées dans les
endroits proches des lieux de découverte
culturelle et touristique. Nous implantons
aujourd’hui une nouvelle génération
d’auberges de jeunesse. Notre organisme
est une association de tourisme social
destinée à la jeunesse. Sa démarche et son
organisation économique relèvent de
l’économie sociale et solidaire.
Comment une auberge de jeunesse
peut-elle contribuer à l’attractivité d’un
territoire
et
participer
à
son
développement ? À Rouen, nous avons
investi une friche artisanale du XVIIIe siècle
abandonnée depuis une trentaine
d’années. La presse régionale avait ainsi
titré : « L’auberge de jeunesse rénove le
patrimoine. » Portés par les élus dans une
perspective de développement durable,
un puits canadien et des toits végétalisés
y ont été installés. Une autre auberge de
jeunesse a été implantée dans le
42
« Une auberge de jeunesse
peut-elle contribuer à
l’attractivité d’un territoire
et participer à son
développement ? »,
Édith Arnoult-Brill
de
Paris,
à
XVIIIe arrondissement
dix minutes à pied de la Gare du Nord. Il
s’agit de créer un éco-îlot solidaire dans
un quartier populaire, mêlant bâtiments
publics et l’auberge de jeunesse. La
construction est écodurable et va au-delà
des critères du bâtiment de basse
consommation (BBC) : un stockage de
300 mètres cube d’eau a été prévu pour le
jardin public, 3 500 mètres carrés de
capteurs photovoltaïques ont été installés
sur le toit, des panneaux solaires ont été
prévus pour le chauffage de l’eau
sanitaire, un puits de géothermie sert au
rafraîchissement des locaux. À Lille, nous
étions déjà présents au cœur de la ville,
mais la réimplantation est en cours dans
un éco-quartier, dans un cadre
d’architecture exceptionnel. Le bâtiment
se caractérisera par sa haute performance
énergétique. La Ville prend le parti d’une
gestion des eaux fluviales dans le quartier
par infiltration : elles seront donc gardées
dans le site où sont construits les
bâtiments. À Cahors, l’auberge de
jeunesse est créée au pied du pont
Valentré, site du Patrimoine mondial de
l’UNESCO.
donnée aux jeunes du monde entier. Nous
drainons la jeune génération des
voyageurs qui parcourent le monde via
des outils numériques : les jeunes
attendent les bons plans, la convivialité, ils
recherchent l’authenticité et la rencontre
interculturelle. Ils recherchent avant tout
une expérience de vie, qu’ils espèrent
inoubliable. Au demeurant, une nouvelle
plateforme internet a été créée. Elle a
concentré un investissement de 2 millions
de livres sterling. Il ne s’agit pas d’un site
de réservation, mais de l’agrégation de
tous les réseaux sociaux. Nous attirons les
jeunes dans les auberges de jeunesse, y
compris dans des villes qui ne sont pas
réputées, en leur proposant des carnets
de voyage qui leur permettent de partir
hors des sentiers battus. La plus-value de
notre dynamique est de leur offrir la
possibilité de créer, puis de partager leur
carnet de voyage.
Riches d’une histoire au niveau
international qui n’est pas un passé
nostalgique, nous voulons développer le
storytelling, chargé de valeurs, pour
construire un avenir prometteur pour les
jeunes. L’un de nos atouts est l’originalité :
aucune auberge ne ressemble à une autre,
contrairement aux chaînes d’hôtels.
L’esthétique et la qualité sont également
des marqueurs importants des auberges
de jeunesse au XXIe siècle. Une auberge de
jeunesse doit être le reflet d’une culture,
d’un territoire et du peuple qui l’habite.
Nous nous implantons au milieu du
quotidien des habitants, ce qui constitue
un
élément
de
valeur
ajoutée
exceptionnel
dans
la
découverte
touristique et culturelle pour les usagers.
Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, les
330 lits connaissent un bon taux de
remplissage. Une autre image de Paris est
43
Le tourisme évènementiel comme
facteur d’attractivité des territoires
Luc Carvounas
Philippe Lefebvre
Vous venez de faire la preuve de l’élément incontournable que constitue l’enthousiasme. Luc
Carvounas, les touristes d’affaires qui visitent Villepinte ou la Porte de Versailles se
transmutent-ils en touristes de loisirs ?
C
Sénateur du Val-de-Marne, Luc Carvounas
est devenu en 2001, le plus jeune adjoint
au maire d’Alfortville, à 29 ans et le plus
jeune vice-président du conseil général du
Val-de-Marne chargé de la politique de la
ville en 2008. En 2011, il est le directeur de
campagne de Manuel Valls dans le cadre
des primaires citoyennes et tête de liste de
la gauche aux élections sénatoriales Il
devient sénateur et démissionne alors du
conseil général. Vice-président du groupe
socialiste au Sénat, il est membre de la
commission des Lois. Luc Carvounas a
également été désigné par ses collègues
secrétaire de la Commission sénatoriale
pour l’application des lois. Le 18 mars
2012, il est élu maire d’Alfortville, où il
succède à René Rouquet. Le 30 mars 2014,
il est réélu maire d’Alfortville avec 58,24 %
des voix.
’est sans doute le cas pour une
partie d’entre eux. L’industrie du
tourisme de grands événements
peut
être
liée
au
développement des territoires. En tant
que maire d’Alfortville, je porte depuis
deux
ans,
avec
Jean-Christophe
Fromentin, député-maire de Neuilly-surSeine, le projet ExpoFrance 2025, qui
consiste à faire le pari d’accueillir une
grande exposition universelle en 2025.
Nous saurons, en 2016, si nous sommes
éligibles. La ville de Paris a gardé des
traces de l’exposition universelle de 1900,
avec le Grand Palais, le métro et la tour
Eiffel. En 1900, 48 millions de visiteurs
avaient été reçus. En parallèle, 70 millions
de personnes se sont rendues à Shanghai
en 2010. Une exposition universelle est un
concentrateur d’attractivité.
Même si la France est la première
destination mondiale, elle ne tient que la
troisième position pour les recettes liées
au tourisme. Dans une récente étude de
Trip Advisor, Paris n’apparaît qu’au
septième rang en termes d’attractivité.
Nous devons donc contrer cette tendance,
sans nous reposer sur nos lauriers.
L’industrie du tourisme est la première en
France, mais son budget ne connaît pas
d’augmentation.
Les retombées économiques liées à
l’organisation d’une exposition universelle
seraient
considérables.
Pour
la
préparation
de
Milan
2015,
70 000 emplois sont créés entre 2010 et
2015 pour une prévision de 30 millions de
visiteurs et une plus-value espérée de
44 milliards d’euros pour les milieux
économiques
milanais.
Le
coût
d’organisation
d’une
exposition
universelle est donc compensé par ses
retombées sur le plan de l’économie et de
l’aménagement. Dans le cadre du Grand
Paris, l’organisation du grand métro
parisien a été prévue à l’horizon 2030. Or,
l’exposition universelle peut constituer un
accélérateur de ce grand chantier, à
l’instar de ce qui s’est produit au Brésil
pour la préparation de la Coupe du
monde. Elle peut donc contribuer à la
création de nouvelles infrastructures
pérennes.
Un débat a récemment pris place à
l’Assemblée
nationale
autour
de
l’introduction d’un amendement portant
sur le relèvement de la taxe de séjour.
J’estime que la discussion n’aurait pas dû
prendre ce tour. Il vaut mieux attendre
que la mission parlementaire rende ses
conclusions sur les rapports entre la
fiscalité et le tourisme plutôt que de faire
44
passer une mesure en force. De plus, les
transports ne sont pas financés de cette
manière au niveau européen. Par ailleurs,
notre nuitée moyenne est l’une des plus
chères d’Europe.
En 2025, les nouvelles technologies
auront connu un nouvel essor. Un Grand
Palais du numérique pourrait voir le jour,
dans une passerelle entre hier et demain.
J’invite tous les acteurs à rejoindre
l’association ExpoFrance 2025, qui compte
déjà toutes les universités et grandes
écoles, ainsi que tous les grands groupes
économiques. Tous les territoires étant
concernés, 900 retours ont pu être
comptabilisés lors du dernier congrès de
l’Association des maires de France.
« Une exposition
universelle est un
concentrateur
d’attractivité »,
Luc Carvounas
45
Le tourisme « doux » et les stations
thermales, leviers d’attractivité
du territoire
Édith Gueugneau
L
Députée de Saône-et-Loire, Édith
Gueugneau est maire de Bourbon-Lancy
depuis mars 2014. En 1993, elle est élue
conseillère municipale de BourbonLancy, puis adjointe au maire en 1997.
En 2004, elle devient conseillère
régionale de Bourgogne, élue sur la liste
du sénateur socialiste François Patriat,
puis vice-présidente au groupe d’études
Tourisme et vice-présidente du conseil
régional en charge du tourisme et à
l’expérimentation de décentralisation
des canaux bourguignons. Elle prend
rapidement des responsabilités
importantes en tant que référente du
Pays du Charolais-Brionnais et viceprésidente du comité régional de
tourisme. En 2009, elle est portée à la
présidence de la Communauté de
communes de Bourbon- Lancy, qui se
crée et met aussitôt en œuvre la fusion
de cette intercommunalité avec celle
d’Issy l’Evêque. Élue en juin 2012 à
l’Assemblée nationale, 2e circonscription
de Saône-et-Loire (Charolais-Brionnais),
elle est aujourd’hui membre de la
commission de la Défense nationale et
secrétaire de la Délégation aux droits des
femmes et à l’égalité des chances entre
les hommes et les femmes. Elle exerce
enfin les fonctions extra parlementaires
suivantes : elle est membre titulaire du
Comité national du tourisme et du
Conseil supérieur de la réserve militaire
et vice-présidente du groupe d’amitié
France-Italie.
e tourisme vert ou rural participe
au développement de notre
territoire. Depuis la loi d’orientation
et d’aménagement du territoire de 1999,
la démarche mise en place a porté ses
fruits. En Saône-et-Loire, des véloroutes
ont été mises en place. En parallèle, un
Tour de Bourgogne à vélo a été organisé
et le territoire se trouve également sur
l’EuroVélo 6.
En tant que vice-présidente du conseil
régional en charge du tourisme, j’ai fait
l’expérience de la décentralisation des
canaux : nous avons ainsi analysé pendant
deux ans comment le tourisme autour des
canaux pouvait être optimisé. L’économie
fluviale est déjà considérable, mais son
développement touristique constitue une
opportunité pour les territoires ruraux.
Aussi, des véloroutes, des circuits et des
itinéraires ont été organisés autour des
canaux. Ce tourisme, doux, est aussi une
expérience de vie : nous pouvons y
rencontrer des hommes et des femmes
comme
des
savoir-faire.
Le
développement de cette dimension
humaine et solidaire constitue un enjeu
fort.
À titre d’exemples : une randonnée
cycliste est organisée sous forme de
croisière depuis Vienne jusqu’à Nantes.
Elle traverse le territoire de six régions
françaises, avec 45 étapes en Bourgogne.
Il ne s’agit pas d’une compétition sportive
mais d’un cyclisme de tourisme qui
mobilise un réseau transeuropéen.
Le tourisme rural implique un
engagement des acteurs économiques et
des
élus
locaux.
Le
besoin
d’accompagnement est considérable.
Nous souhaiterions que les contrats de
destination soient davantage appropriés
en proximité : le tourisme rural manque
d’ingénierie et nécessite d’être travaillé en
réseau.
En matière de tourisme de bien-être,
chaque année, le remboursement des
cures thermales est souvent évoqué lors
du projet de loi de finances. Il s’agit
d’emplois majoritairement féminins qui
demeurent sur nos territoires. Les stations
thermales travaillent aussi à développer,
pour l’avenir la notion de bien-être. En
vacances, les Français veulent se reposer
et découvrir des paysages.
Un
euro
d’investissement
dans
l’aménagement des itinéraires cyclistes
engendre dix euros de retombée
économique. Cet aménagement doit être
accompagné. Les acteurs de l’itinérance
douce et durable promeuvent une
démarche
solidaire
et
innovante.
Toutefois, le tourisme vert ne peut se
développer sans culture : nous avons
besoin de créer des événements.
46
Clôture
des Rencontres
George Pau-Langevin
Philippe Lefebvre
Nous n’avons pas encore évoqué le tourisme dans les Outre-mer.
P
Ministre des Outre-mer depuis avril
2014, George Pau-Langevin a été
ministre déléguée auprès du ministre
de l’Éducation nationale, chargée de
la Réussite éducative, de mai 2012 à
mars 2014. Réélue députée de la
15e circonscription de Paris, le 17 juin
2012, elle a été vice-présidente du
groupe SRC. George Pau-Langevin a
été conseillère du 20e arrondissement
de Paris, chargée de la protection de
l’enfance et de l’enfance maltraitée,
de 2008 à 2014, conseillère régionale
d’Ile-de-France, de 1992 à 1998, et
conseillère du 20e arrondissement de
Paris, de 1989 à 1995. George PauLangevin a par ailleurs été déléguée
nationale aux ressortissants des
départements d’Outre-mer en
métropole de 1989 à 1999. Avocate de
formation, George Pau-Langevin a
exercé au barreau de Paris tout en
ayant des responsabilités associatives
importantes dans le domaine de la
lutte contre le racisme.
our les Outre-mer, le tourisme
constitue un facteur-clé de
croissance. Les entreprises du
secteur sont contraintes de se réinventer
sans cesse, et de s’adapter à des modes de
consommation et des environnements
régionaux en pleine mutation. De plus,
leur développement est fondé sur une
exploitation raisonnée et intelligente des
ressources et du patrimoine des territoires.
Je ne peux que m’associer à cette triple
ambition de croissance, d’évolution et de
développement. Une semaine après la
clôture des Assises du tourisme, je vous
remercie de me donner l’occasion de
réaffirmer les points suivants.
Par la beauté de leurs paysages, leur
diversité et leurs richesses, les destinations
ultramarines participent du prestige de la
France, de son attractivité touristique et
de sa renommée internationale. Par leurs
écosystèmes
uniques,
leur
variété
patrimoniale, leurs spécificités culturelles,
elles constituent ce que l’on appelle
communément des « destinations de
rêve ».
Cependant, il semble qu’elles ne soient
pas toujours des destinations effectives.
Sans rompre avec l’optimisme affiché dans
l’édito de Sophie Jovillard, nous devons
faire vivre ce rêve, qui est le fil directeur
sans lequel il n’existe pas de volonté
d’entreprendre et de tirer parti de nos
atouts. Le tourisme se trouve à la croisée
de cette équation de l’Outre-mer : objet de
rêve dans un univers qui en a bien besoin ;
objet en pleine mutation qui doit
s’adapter et se réinventer pour croître ;
objet de développement pour des
sociétés en quête de souffle ; objet qu’il
nous faut saisir.
Le tourisme occupe une place centrale
dans la vie des territoires d’Outre-mer.
Selon les lieux, il représente jusqu’à 10 %
du PIB et de l’emploi, parfois plus comme
en Polynésie où cette proportion dépasse
15 %. En tant que politique, je ne puis être
insensible à ces chiffres, d’autant que les
taux de chômage que connaissent les
Outre-mer peuvent atteindre entre 20 et
30 % de la population active, avec parfois
plus de 60 % pour les jeunes. Comment
pouvons-nous agir pour que ce marché en
expansion constitue réellement une
chance pour les Outre-mer ?
Après un essor considérable, l’activité
touristique a connu un coup d’arrêt en
2008, dans le sillage de crises sanitaires et
sociales qui ont frappé nombre de
territoires. À l’heure où une timide relance
47
« L’indétermination
du profil touristique de
nos territoires constitue
l’une de leurs principales
faiblesses »,
George Pau-Langevin
s’amorce, il serait trop facile de considérer
ces crises comme la seule explication de la
perte de vitesse du tourisme en Outremer. Lorsque La Réunion accueillait
446 000 touristes en 2012, l’Île Maurice en
recevait le double. Quand la Martinique
affichait le chiffre de 487 000 vacanciers, la
République dominicaine bénéficiait d’un
chiffre de 4 millions de visiteurs. Comment
nos territoires peuvent-ils monter dans le
train de la croissance du tourisme
mondial ? Comment pouvons-nous le faire
de manière responsable ? La République
dominicaine, Porto Rico, Cuba, les
Bahamas dans les Caraïbes, Maurice, les
Maldives dans l’océan Indien, Hawaii, les
Îles Cook et le Vanuatu pour l’Océanie : la
concurrence régionale ne décroîtra pas. La
main d’œuvre y est certes meilleur marché
et les normes moins drastiques au regard
des Outre-mer, mais il ne s’agit pas des
seules explications des difficultés que
rencontrent nos territoires. S’il ne faut pas
en nier l’importance, il ne faut pas non
plus limiter au coût du travail les termes
de notre équation.
L’offre et son adéquation aux attentes
des consommateurs sont aussi un élément
essentiel. Les territoires d’Outre-mer sont
sous-dotés en termes d’offre hôtelière, et
la tendance n’est pas à la croissance en ce
domaine. Cette situation nous empêche
donc de profiter d’une augmentation
substantielle des flux touristiques. De plus,
quels touristes voulons-nous attirer ?
Plusieurs rapports ont mis en exergue que
l’indétermination du profil touristique de
nos territoires constitue l’une de leurs
principales
faiblesses.
Lorsque
le
marqueur existe, les clients sont présents :
tourisme bleu, tourisme vert, tourisme
populaire, tourisme de luxe, tourisme
riche en contenus, tourisme d’affaires,
nouvelle clientèle… Il s’agit de choix de
société. La collectivité doit jouer son rôle,
des communes jusqu’à l’État, mais les
acteurs économiques eux-mêmes doivent
choisir le tourisme qu’ils veulent
promouvoir. Les Assises du Tourisme ont
beaucoup insisté sur l’importance de la
formation et de l’accueil. Je n’ignore pas le
déficit d’image dont souffrent certaines de
nos destinations en la matière. La qualité
peut se déployer selon différents critères,
dont par exemple celui de la chaîne de
l’eau.
Par ailleurs, les bons hôtels doivent être
référencés sur les sites que consultent les
clients et dans les lieux ressources des
territoires. Il faut également que le
maillage des transports vers les hôtels soit
plus efficace. La faible diversification de la
desserte
aérienne
représente
une
difficulté pour l’attractivité des territoires.
Le transit par Paris et le changement
d’aéroport sont obligatoires pour les
voyageurs européens. La situation est pire
pour les touristes de la zone régionale
proche qui doivent souvent passer par les
États-Unis ou le continent américain. Nous
devons
continuer
à
réfléchir
collectivement sur l’amélioration des prix
et des temps de transport.
Nous ne disposons pas d’une infinité de
solutions pour encourager l’emploi dans
les Outre-mer. Le tourisme en fait partie.
C’est pourquoi ces préoccupations sont
essentielles pour un ministère comme le
mien, et j’ai souhaité en faire un axe fort
de sa feuille de route. Nous partageons ces
préoccupations : je tiens d’ailleurs à saluer
les contributions apportées par la
Guadeloupe, la Martinique et la Réunion
lors des Assises du Tourisme, qui ont mis
en avant certains enjeux d’avenir :
• la nécessité de requalifier l’attractivité
des destinations et la compétitivité du
tissu des acteurs économiques ;
• la nécessaire
hôtelière ;
relance
de
l’offre
• la diversification de l’offre par la mise
en valeur de la richesse environnementale
et culturelle ;
• le développement des démarches
qualité et la certification de la formation
professionnelle.
48
Nous avons commencé à répondre à ces
enjeux de manière concrète et visible. Le
gouvernement vient d’annoncer un train
de mesures sans précédent pour
l’assouplissement des conditions d’entrée
des ressortissants des pays étrangers dans
différents territoires des Outre-mer. Ces
dispositions touchent :
• les ressortissants indiens et chinois se
rendant en Polynésie française ou à La
Réunion par le biais d’agences agréées ;
• les ressortissants équatoriens et
péruviens se rendant dans l’un des trois
départements français d’Amérique ;
• les ressortissants d’Anguilla se rendant
à Saint-Martin.
« Comment la
défiscalisation dans le
secteur hôtelier peut-elle
être un atout ? Un crédit
d’impôt dédié pourrait
aussi constituer un
dispositif innovant »,
George Pau-Langevin
Ces mesures font suite au dispositif Visa
mis en place par les Îles Vanille en 2013 et
qui avait pour objectif de mieux faire
profiter La Réunion du dynamisme des
marchés aux alentours et de faciliter
l’inclusion de l’île dans les circuits
régionaux.
Pour soutenir la compétitivité, le
gouvernement vient de présenter des
modalités simples et lisibles de
déclinaison du Pacte de responsabilité et
de solidarité dans les Outre-mer. La mise
en place d’un CICE renforcé à 9 %
garantira le plein effet des mesures prises
pour alléger le coût du travail. Compte
tenu du niveau de rémunération
concerné, cette disposition profitera
pleinement au secteur touristique. Je serai
attentive
à
ce
que
ces
aides
supplémentaires soient assorties des
contreparties
nécessaires.
Des
engagements pourraient être pris en
matière d’emploi et de formation des
jeunes demandeurs d’emploi inscrits
localement et des bénéficiaires des
minima sociaux.
Lorsque tous les acteurs économiques et
politiques s’attellent à une tâche
commune, nous pouvons aller de l’avant.
Certains chantiers demeurent à entamer.
Lors de la clôture des Assises, le
gouvernement a annoncé la constitution
de pôles d’excellence, la mobilisation des
investissements d’avenir en faveur du
tourisme et la promotion de destinations
phares. Les Outre-mer doivent prendre
part à ces nouveaux dispositifs. Il nous
reste
également
à
développer
l’écotourisme en Guyane, le tourisme
sport et montagne à La Réunion, et le
tourisme de croisière qui a crû de 13 % à
la Martinique.
Parmi les pistes envisagées avec les
professionnels et les élus régionaux,
l’accueil individuel en gîte et chez
l’habitant pourrait être développé en
complément
de
l’accueil
hôtelier
traditionnel. Des initiatives doivent
également être prises pour relancer
l’hôtellerie, structure par structure, avec
les conseils régionaux qui nous semblent
être les pilotes les plus appropriés. Un
certain nombre de critiques ont été émises
quant à l’aide à la rénovation des
chambres. Comment la défiscalisation
dans le secteur hôtelier peut-elle être un
atout ? Un crédit d’impôt dédié pourrait
aussi constituer un dispositif innovant. En
outre, un meilleur accès au crédit peut
apporter une aide aux professionnels.
Nous comptons sur le partenariat avec les
régions pour favoriser la mise en place de
produits de financement spécifiquement
adaptés par la BPI, à l’instar du prêt
participatif de développement outre-mer.
Nous
participons
également
au
financement
de
campagnes
de
communication sur les grands marchés
émetteurs européens. Nous menons des
actions d’ingénierie avec Atout France. En
2014, ces actions ont porté sur la
formation des personnels, l’analyse de la
demande et la recherche de réponses aux
effets de forte saisonnalité de ce secteur.
Elles ont mobilisé près d’un million
d’euros. J’espère que nous pourrons
prochainement aboutir à la signature
d’une convention avec Atout France.
49
Nos ambitions sont à la mesure de
l’énormité de la tâche, avec des atouts
réels. Si nous faisons du tourisme dans les
Outre-mer une priorité nationale, nous
parviendrons
à
améliorer
le
développement des territoires, la qualité
de vie et la vitalité sociale. Le tourisme
permet le rapprochement entre les
cultures. Il renforce le prestige de la France
et son influence dans le monde. La France
est le pays le plus visité au monde,
notamment par la contribution des Outremer. J’espère que, tous ensemble, nous
nous inscrirons dans la dynamique de ce
secteur.
« Le tourisme doit
s’adapter aux nouvelles
technologies »,
Pascale Got
Par ailleurs, il nous faut réfléchir aux
besoins spécifiques suscités par le
vieillissement de la population. Un
tourisme de santé pourrait par exemple
être promu.
Enfin, l’impact des médias est réel. Ils
doivent nous apporter leur aide pour
promouvoir le tourisme. Un équivalent de
l’émission Top Chef pour les métiers
touristiques pourrait être inventé.
PASCALE GOT
Malgré des marges de progression, un
professionnalisme est déjà à l’œuvre.
Néanmoins, la filière touristique demeure
à constituer plus précisément, avec une
formation dédiée. Nous avons notamment
besoin d’une école similaire à celle de
Lausanne.
De plus, nous devons réaffirmer un
meilleur partenariat entre le public et le
privé, que ce soit sur la fiscalité, les aides
aux entreprises ou les reconnaissances de
spécificité sur les territoires. À cet égard,
de multiples rapports remis par le Conseil
national du tourisme ont fléché des
innovations et des aides. Les startups et
TPE doivent être encouragées sur la
mobilité, afin de mieux couvrir le territoire
et
répondre
à
des
recherches
personnalisées de déplacement. Dans
l’objectif de coordonner les acteurs, les
pôles de compétitivité et les contrats de
destination peuvent constituer deux outils
conséquents. Atout France aura peut-être
à continuer son action d’information vis-àvis des différents acteurs concernés.
La question de l’innovation doit être
mise en exergue : le tourisme doit
s’adapter aux nouvelles technologies en
parallèle de la société. Il faut pouvoir
anticiper les nouveaux modes de relation
développés par la jeunesse.
50
DÉJEUNER-DÉBAT
Franck Ferrand
Philippe Lefebvre
J’aimerais vous présenter notre dernier invité. Les médias s’intéressent beaucoup au tourisme,
que ce soit sur Europe 1, RTL, France 5 ou France Inter, ce qui devrait rassurer les élus de nos
belles régions françaises. Franck Ferrand est journaliste conférencier sur Europe 1 et France 3.
Pourquoi dites-vous que le tourisme culturel se trouve menacé ?
E
Historien, écrivain et conférencier,
Franck Ferrand consacre sa vie à
l’Histoire. Il est l’auteur de nombreux
ouvrages dont Le dictionnaire
amoureux de Versailles (Plon, 2013). Ce
surdoué anime Au cœur de l’Histoire
chaque jour sur Europe 1 et L’ombre
d’un doute chaque mois sur France 3 en
première partie de soirée.
n l’occurrence, il s’agit du
tourisme historique qui est
menacé. J’aimerais d’abord vous
saluer
chaleureusement
et
m’excuser de devoir vous quitter
rapidement en raison de mon émission.
Cependant, je tenais à être présent, car ce
sujet me tient particulièrement à cœur.
Cela fait des années que nous avons
l’impression, notamment dans les médias,
de prêcher dans le désert. Un
parlementaire m’expliquait dernièrement
que lors des réunions importantes, les
ministres et directeurs de cabinet avaient
tendance à évincer la question.
Pourtant,
vous,
initiés
à
la
problématique, savez que le domaine
représente un million d’emplois directs et
indirects, non délocalisables. 50 de nos
départements
voient
le
secteur
secondaire disparaître et l’agriculture
défaillir. Nous devons donc miser sur le
tourisme pour redynamiser nos territoires.
Nous nous abritons souvent derrière
l’idée que la France représente la première
destination touristique du monde.
L’année dernière, je participais à
l’émission Le monde d’après et j’écoutais
les intervenants louer notre gastronomie
et notre art de vivre. Pourtant, il nous faut
nous interroger sur ce qu’est le tourisme
aujourd’hui et sur les attentes des
touristes passant en France. Paris est en
perte de vitesse et vient de se faire
dépasser par Londres. L’Italie et l’Espagne
profitent de la baisse du tourisme au
Maghreb, suite au Printemps arabe, alors
que la France n’en bénéficie que très
secondairement.
Lorsque je me suis intéressé à Atout
France et que j’ai voulu connaître le
budget consacré chaque année à la
promotion du tourisme, j’ai découvert que
l’on n’y apportait que 40 millions d’euros,
soit un dix-millième de nos dépenses
publiques.
Certes,
l’État
soutient
parallèlement les territoires via des
politiques annexes, mais l’effort reste très
insuffisant.
Gérard Van der Kemp, le french curator,
m’a dit un jour que nous avions trois
locomotives en France : Louis XIV, MarieAntoinette et Napoléon. Il me semble que
ces trois emblèmes ne possèdent pas la
place qu’ils méritent. Chaque année,
1,3 million de visiteurs se rendent sur le
prétendu tombeau de Napoléon aux
Invalides. Mais comment expliquer que
Napoléon, figure historique la plus connue
en Amérique du Sud, en Chine, en Russie
ou au Japon, ne puisse pas posséder une
structure autour de son personnage qui
traduise cet intérêt au niveau touristique ?
51
Pour aborder la question du patrimoine,
je ne rappellerai pas le budget qui lui est
consacré, avoisinant le zéro. Pourtant,
notre patrimoine est le deuxième
d’Europe après celui de l’Italie, et le
troisième ou quatrième au monde. Il est
constitué
de
44 000 monuments
historiques dont 14 000 sont classés, de
4 000 musées dont 1 200 sont labellisés
Musée de France, de 1 200 festivals de
musique et des centaines de festivals
historiques. La matière est donc présente,
mais elle est très largement inexploitée. Je
n’évoque pas la quarantaine de sites
inscrits au patrimoine de l’Unesco et les
103 secteurs sauvegardés sur notre
territoire.
En discutant avec l’ancien directeur de
l’Observatoire national du tourisme, Alain
Montferrand, j’ai appris que, selon les
dernières études, nous n’utilisons qu’entre
5 et 10 % de notre patrimoine
extraordinaire sur le plan touristique.
« Notre patrimoine est
le deuxième d’Europe
après celui de l’Italie, et le
troisième ou quatrième au
monde »,
Franck Ferrand
De plus, si vous observez le palmarès de
fréquentation de nos institutions, vous
vous rendrez compte qu’à partir du
53e musée et 47e château, nous passons
au-dessous du seuil des 100 000 visiteurs
annuels, ce qui signifie que les autres ne
sont pas économiquement rentables.
Finalement, sur l’ensemble de nos sites
historiques, seuls cinquante sont visités
par les touristes français et étrangers.
En revanche, certains sites sont très,
voire trop fréquentés. 58 % des entrées
culturelles se trouvent à Paris ou dans la
région parisienne. Les trois quarts des
touristes qui viennent dans notre pays se
concentrent sur quatre régions, et
notamment Paris. Il faut donc inciter les
gens à voyager ailleurs, et nous pourrions
penser à certaines villes comme Lyon ou
Bordeaux. Mais ces dernières doivent
encore devenir attrayantes sur le plan
international en comparaison de villes
italiennes ou espagnoles.
La rénovation du palais des ducs de
Bretagne à Nantes ou la restauration des
jardins à Giverny ont permis d’accroître
très fortement la fréquentation de ces
sites. Il existe donc des exemples
encourageants, comme il existe des
échecs. C’est notamment le cas du musée
de l’Air et de l’Espace au Bourget qui
reçoit entre 300 000 et 350 000 visiteurs
contre 9,5 millions de visiteurs à
Washington pour un musée de moins
bonne qualité.
Il y a quelques années, j’ai été invité par
le
conservateur
du
château
de
Compiègne. J’ai voulu visiter le musée des
carrosses et j’ai découvert un espace en
décrépitude. Je prends cet exemple pour
vous montrer la mauvaise politique qui a
été menée sur ce point précis, en dehors
de la forte attraction que peuvent exercer
les voitures. Si nous faisions de ce musée
un spot privilégié, nous pourrions drainer
des millions de visiteurs.
Quels sont les grands axes de
développement du tourisme historique
qui s’appuie sur notre patrimoine et nos
grands personnages ? Il faut d’abord
déconcentrer les lieux de visite et donner
envie aux gens de s’y rendre. Il nous faut
ainsi mettre en avant les routes
touristiques, soutenues par des structures
efficaces. Il nous faut également favoriser
d’autres endroits populaires comme le
Puy du Fou, qui a été élu meilleur parc
d’attractions du monde en 2012 alors qu’il
se trouve « perdu » en pleine Vendée. Ce
parc constitue un modèle pour les villes
de Manchester et de Moscou. Il faut savoir
« mettre en tourisme » : il ne suffit pas
qu’un lieu soit connu et apprécié, il faut
développer tout autour une infrastructure
capable d’y accueillir les visiteurs. Il faut
finalement élargir la palette touristique en
privilégiant
l’essor
du
tourisme
maritime (Cherbourg, Brest, Marseille),
littéraire,
militaire,
industriel,
de
l’architecture moderne ou du tourisme
religieux. Sur ce dernier point, je signale
que des milliers d’églises se portent mal et
sont méprisées pour des raisons
52
budgétaires, alors qu’il s’agit d’un trésor
du tourisme français.
PHILIPPE LEFEBVRE
Vous avez cité le musée de l’Air et de
l’Espace du Bourget. Ne s’agit-il pas
uniquement d’une question d’argent ?
FRANCK FERRAND
En effet, il faut que les professionnels du
tourisme et les dirigeants politiques
inventent des modèles qui permettent,
peut-être en supprimant les droits
d’entrée, de rendre un site rentable. Mais
cela demande de l’imagination et des
prises de risque pour certains secteurs. Il
existe
également
un
problème
d’éducation, d’accueil, d’accès. J’insiste
également sur la notion d’éducation qui
est importante : les enfants doivent
apprendre à aimer l’histoire et le
patrimoine dès leur plus jeune âge.
« Les enfants doivent
apprendre à aimer
l’histoire et le patrimoine
dès leur plus jeune âge »,
Franck Ferrand
PASCALE GOT
Je suis d’accord avec Franck Ferrand.
Cependant, je ne pense pas qu’il s’agisse
uniquement d’une question financière,
même si je reconnais que le budget alloué
au tourisme peut sembler dérisoire à
l’échelle nationale. Depuis ce matin, nous
avons mis en avant nos atouts formidables
et nos potentiels, mais une grande partie
de la réussite tient à la volonté d’hommes
et de femmes. En effet, là où les élus ont
fait le choix du tourisme, on s’aperçoit que
la machine se met en route malgré
l’absence
de
dispositifs
ou
de
financements nationaux. Je crois que le
tourisme doit constituer une priorité
nationale et locale. Par ailleurs, les acteurs
privés et publics doivent apprendre à se
mettre à l’unisson, dans une approche
territoriale et nationale.
Je regrette qu’il n’existe pas de
responsables de la politique touristique
aux différents échelons territoriaux.
FRANCK FERRAND
Je ne peux qu’abonder dans votre sens,
mais j’ai le sentiment que les idées à ce
sujet progressent. J’entends de plus en
plus
d’initiatives
remonter.
Les
problématiques du tourisme me semblent
davantage reconnues et prises en compte.
J’insiste sur le fait que les médias sont
fortement demandeurs et prêts à relayer
les initiatives touristiques. À la rédaction
d’Europe 1, il m’arrive régulièrement de
recevoir des dossiers concernant des lieux
ou des routes touristiques. Lorsque
j’expose ces cas à mes collègues
journalistes, cela fait bien souvent l’objet
d’un, voire deux articles.
Il est étonnant de constater que nous
sommes très sollicités par certains
secteurs, mais très peu par les acteurs du
tourisme. Je lance donc un appel à ces
derniers.
Si j’ai paru alerté au cours de mon
intervention, je pense qu’une majorité
d’entre vous êtes conscients de la
nécessité d’agir en faveur du tourisme
d’une part, et de l’incroyable potentiel que
nous possédons en France. Si le tourisme
est une affaire d’hommes et de femmes,
tous les beaux exemples que nous venons
de citer en sont des illustrations. Je vous
remercie.
PHILIPPE LEFEBVRE
Franck Ferrand a évoqué le cas de
Giverny, exemple d’un partenariat
transatlantique, puisqu’une fondation
américaine s’y est installée. Pensez-vous
qu’il faille développer davantage de
partenariats public/privé pour augmenter
l’attractivité de nos sites touristiques ?
DANIEL FASQUELLE
L’économie
touristique
est
une
économie partenariale qui ne fonctionne
qu’en cas d’implication totale des acteurs
publics et privés. Nous le vivons tant à
l’échelle de la commune que dans nos
départements et régions, ou même au
plan national. Il existe effectivement un
immense potentiel autour de la peinture
pour attirer les étrangers. Dans mon
département, l’école de peinture d’Étaples
53
est plus connue aux États-Unis et en
Australie qu’elle ne l’est en France.
« Il ne paraît dans ce type
de presse aucune enquête
sur l’économie touristique
française, et cette dernière
n’est pas reconnue
comme un secteur
d’activité
à part entière »,
Daniel Fasquelle
Je me réjouis de l’enthousiasme de nos
amis journalistes qui désirent informer sur
les initiatives prises dans les territoires.
Mais je suis déçu par le journalisme
économique, qui ne publie aucune
enquête sur l’économie touristique
française, laquelle n’est pas reconnue
comme un secteur d’activité à part
entière. Le tourisme semble être, à lire la
presse en question, l’apanage des pays en
voie de développement. Pourtant, ce
domaine représente en France 6 % du PIB
et 2 millions d’emplois directs et indirects,
ce qui est loin d’être négligeable.
L’économie touristique doit être reconnue
et soutenue.
PHILIPPE LEFEBVRE
Sophie Jovillard, lors des recherches des
sujets de vos émissions, comment les gens
vous approchent-ils ?
SOPHIE JOVILLARD
On se plaint souvent des médias, mais la
responsabilité de la sous-médiatisation
des régions est souvent collatérale. Nous
recevons tellement de sollicitations que
nous valorisons les sujets qui nous
semblent originaux. Nous savons que
nous devons montrer lors de notre
émission des images clés (la tour Eiffel à
Paris ou la basilique de Fourvière à Lyon,
par exemple), mais ce qui nous intéresse
est de dénicher les petites pépites de nos
régions et de nos départements, comme
celle de Patricia dans le Cantal ou des
jeunes filles majorettes dans le nord de la
France. Nous aimons raconter de belles
petites
histoires
plutôt
que
de
communiquer « en bloc » sur tout un
territoire. Il ne faut pas vouloir vendre son
musée ou son institution, mais savoir
prendre les chemins de traverse.
Par ailleurs, nous ne sommes jamais
exhaustifs sur une destination, mais nous
apportons un regard. Nous devrions,
d’ailleurs, nous appuyer sur des modèles
comme celui de Saint-Jacques-deCompostelle pour valoriser nos petits
chemins et nos chapelles.
PHILIPPE LEFEBVRE
Danielle Auroi, le Parc des volcans
d’Auvergne est-il un site important ?
DANIELLE AUROI, députée du Puy-deDôme, présidente de la commission des
Affaires européennes
Effectivement, le puy de Dôme est le
deuxième site naturel le plus visité de
France. En tant que présidente de la
Commission des affaires européennes de
l’Assemblée nationale, je suis bien placée
pour affirmer qu’aux yeux des Européens,
la France est d’abord une destination
touristique. Je peux témoigner que les
Européens pensent souvent à la France
comme
destination
touristique,
notamment grâce à ses paysages naturels.
Je crois donc que nous devons
développer une transversalité dans le
domaine du tourisme (nature, art,
patrimoine), car tout territoire est
intéressant à visiter. Le fait que ce soit aux
communautés
de
commune
que
reviennent les attributions du tourisme
me semble positif.
PHILIPPE LEFEBVRE
Qu’en est-il de la cohabitation avec
Vulcania ? Est-ce complémentaire avec la
découverte des petits sentiers naturels ?
DANIELLE AUROI, députée du Puy-deDôme, présidente de la commission des
Affaires européennes
Malgré une période compliquée, les
deux aspects sont complémentaires. La
valorisation du parc renvoie les visiteurs à
des interrogations sur la Terre et sa
composition, et les pousse à en découvrir
davantage. Désormais, ce sont les
relations entre les visiteurs et les
propriétaires qui s’avèrent plus difficiles,
mais si des règles sont posées, la
cohabitation sera harmonieuse.
54
« La fréquentation du Clos
Lucé a triplé en dix ans,
grâce à des
investissements privés »,
Gaël Ibramsah,
directeur commercial et
marketing, Château du Clos
Lucé, Parc Leonardo da Vinci
GAËL IBRAMSAH, directeur commercial
et marketing, Château du Clos Lucé, Parc
Leonardo da Vinci
Au Clos Lucé, nous recevons environ
80 tournages par an, et il y a trois ans, la
chaîne Globo, principal réseau de
télévision au Brésil, est venue faire un
reportage. Certains Brésiliens nous
demandent encore où le journaliste est
passé sur le site. Le château du Clos Lucé,
situé
à
Amboise,
accueille
360 000 visiteurs par an. Sa fréquentation
a triplé en dix ans, grâce à des
investissements privés. Nous avons en
effet les moyens d’investir environ
500 000 euros tous les ans.
J’insiste sur le fait que le tourisme des
jeunes gens et le tourisme social sont
importants dans notre région, car cela
permet d’entretenir des châteaux et de les
rendre accessibles aux visiteurs.
PHILIPPE LEFEBVRE
Comment avez-vous fait pour attirer des
journalistes d’une des principales chaînes
d’Amérique latine ?
GAËL IBRAMSAH, directeur commercial
et marketing, Château du Clos Lucé, Parc
Leonardo da Vinci
Les services d’Atout France y ont
largement contribué grâce à leur réseau
qui permet d’envoyer des dossiers de
presse aux différentes rédactions.
PHILIPPE LEFEBVRE
Jean-Pierre Mas, savons-nous mesurer
les attentes des touristes étrangers ?
JEAN-PIERRE MAS, président, Syndicat
national des agences de voyages (Snav)
Il est très difficile d’avoir une vision
exacte des attentes des étrangers tant
leurs envies sont diverses. Néanmoins,
majoritairement, ces derniers recherchent
de l’authenticité et de l’originalité. Comme
tous les touristes, ils veulent voir ce qu’ils
ont l’impression d’être les seuls à avoir vu.
Cela demande d’investir dans de petits
produits comme Salers dans le Cantal, par
exemple. Il nous faut rechercher de
nouveaux visiteurs et les attirer dans des
territoires moins connus que la région
parisienne, la Côte d’Azur ou la vallée de la
Loire. Les agences de voyages y
contribuent. Mais pour que ce processus
fonctionne, nous devons apprendre, en
tant que Français, à bien accueillir nos
invités, et notamment à leur arrivée à
Roissy.
SOPHIE JOVILLARD
Je suis d’accord avec vous. Je participe
en tant que juré à la Travel Agent Cup, et
j’ai pu rencontrer plusieurs personnalités
du monde du tourisme. Notre but, à
travers ce tournoi, est de valoriser les
métiers du tourisme et d’inciter les
professionnels à tenir un discours singulier
pour faire ressurgir les initiatives du
territoire français. Il faut mettre en avant
les agents de voyages qui sont les
premiers ambassadeurs de nos régions et
leur apprendre à communiquer sur la
destination France.
PHILIPPE LEFEBVRE
On lit et on entend que les Français ne
seraient pas sympa. Qu’en est-il ? Ne
sommes-nous pas capables d’aller audevant des gens ?
SOPHIE JOVILLARD
Effectivement. Selon moi, l’accueil se
prépare dès l’arrivée à l’aéroport. Nous
devons vraiment développer le sens de
l’hospitalité qui est une petite lacune
française.
PHILIPPE LEFEBVRE
En Chine, à l’aéroport, vous avez des
machines pour évaluer la satisfaction des
clients sur le service à l’aéroport. De telles
machines devraient peut-être être
installées en France.
JEAN-PIERRE MAS, président, Syndicat
national des agences de voyages (Snav)
Je ne crois pas que le Français soit mal
accueillant par nature, mais je crois qu’il
55
ne réalise pas à quel point le tourisme
contribue à l’économie nationale, ce que
les pays touristiques savent. J’aimerais que
les élus puissent opérer une réelle
médiatisation politique de ce secteur.
PHILIPPE LEFEBVRE
Dominique Thillaud, recevons-nous un
meilleur accueil à Nice qu’à Paris ?
« Le parcours du passager
est important et il faut
pouvoir les recevoir sans
les faire atterrir
systématiquement
à Paris »,
Dominique Thillaud
DOMINIQUE THILLAUD
Je ne rentrerai pas dans ce débat-là.
Cela dit, je rappellerai à Jean-Pierre Mas
qu’à l’heure actuelle, les visiteurs n’entrent
plus nécessairement en France qu’à
travers Roissy. L’objet des liaisons directes
est de pouvoir décentraliser la destination
France. Il existe des marchés potentiels
pour réaliser des vols long-courriers et
accueillir les visiteurs directement en
région. Le parcours du passager est
important et il faut pouvoir les recevoir
sans les faire atterrir systématiquement à
Paris.
JEAN-PIERRE BŒUF, directeur général,
Office du tourisme d’Arles
Je voudrais insister sur la question de la
formation, et notamment sur la maîtrise
des langues. Il n’existe qu’une seule
solution pour résoudre nos difficultés à
parler une langue étrangère : recourir à la
formation initiale dès le plus jeune âge
avec des cours en anglais dès la
maternelle ou le primaire.
CLAUDE DE LOUPY, président, Syllabs
Je travaille sur le tourisme à travers le
spectre du web. Je regrette que le digital
n’ait pas pris davantage de place dans nos
discussions de ce matin. 62 % des
touristes français consultent Internet
avant de voyager. Par ailleurs, Laurent
Fabius annonçait son désir d’accueillir
100 millions de touristes chaque année en
France. Or, ce qu’attendent les touristes,
c’est que nous sachions parler leur langue.
Finalement, je crois qu’il existe un
devoir politique à mettre en avant l’open
data pour que des acteurs locaux privés
puissent mettre en avant la France à
l’étranger.
PASCALE GOT
Pour répondre premièrement à la
question du dernier intervenant, puisque
je mène une mission d’information à ce
sujet, je sais combien Internet peut
redistribuer l’offre touristique et combien
le e-tourisme existe déjà. Le fait que nous
n’ayons pas évoqué le digital dans nos
discussions de la matinée prouve que les
nouvelles technologies sont pleinement
intégrées au secteur du tourisme, créant
parfois des disparités entre professionnels
marchands et non marchands. Il nous faut
désormais mieux reconsidérer notre offre
et nos produits qui seront très vite
véhiculés via le digital.
Je voudrais souligner que les acteurs du
tourisme que nous avons déjà auditionnés
avec Daniel Fasquelle ne mettent pas
toujours en avant le digital, mais
réfléchissent davantage à la manière de
conquérir de nouvelles parts de marché.
PHILIPPE LEFEBVRE
Si nous avons parlé des initiatives
comme vente-privée-voyage.com ce
matin, nous nous apercevons que d’autres
acteurs
du
numérique
comme
Promovacances cherchent à rétablir une
présence physique avec leurs clients en
ouvrant des agences. Daniel Fasquelle,
pensez-vous qu’il soit difficile de
coordonner tous les acteurs du secteur ?
DANIEL FASQUELLE
Premièrement, je ne crois pas que le
monde et l’Europe de demain ne parleront
que l’anglais. J’incite les jeunes gens à
apprendre d’autres deuxièmes langues
européennes ou asiatiques par exemple.
Nous devons aussi nous battre pour
défendre notre langue. De plus,
développer l’apprentissage des langues
permet de créer du lien avec d’autres
cultures et d’inciter aux voyages et au
tourisme.
56
Pour conclure, je pense que le domaine
du tourisme doit acquérir une réelle
reconnaissance économique et que les
acteurs doivent apprendre à se mobiliser
autour d’objectifs communs. Je me réjouis
que Laurent Fabius ait évoqué la vision de
100 millions de visiteurs par an.
Cependant, nos visées doivent être tant
quantitatives que qualitatives. Nous
devons être attentifs aux attentes de nos
invités. La France est une marque et un
produit qu’il faut savoir faire évoluer et
mettre en marché. Cela suppose que nous
mettions en place une politique de
promotion efficace et coordonnée à tous
les échelons territoriaux.
« Nous devons être
attentifs aux attentes
de nos invités. La France
est une marque
et un produit qu’il faut
savoir faire évoluer
et mettre en marché »,
Daniel Fasquelle
Je crois, pour finir, que si nos jeunes ne
se dirigent pas uniquement dans les bars
et les boîtes de nuit, nous devons, en
France, retrouver le sens de la fête que
nous avons perdu.
PHILIPPE LEFEBVRE
Je remercie chaleureusement Pascale
Got et Daniel Fasquelle pour ces
Rencontres
parlementaires,
et
particulièrement le secrétaire général de
l’Organisation mondiale du Tourisme car
je sais que sa parole est rare.
PASCALE GOT
J’aimerais également vous remercier de
votre présence. J’espère que nous
poursuivrons nos échanges, car si nous
n’avons pas évoqué l’échelon européen et
mondial, ce sont des approches
auxquelles nous devons réfléchir. Je
remercie encore chacun d’entre vous de
contribuer à l’évolution du tourisme en
France.
57
Avec la participation de
Organisées par
M&M CONSEIL
41-43 rue Saint Dominique - 75007 Paris
Tél. : 01 44 18 64 60 - Fax : 01 44 18 64 61
www.mmconseil.com
M&M Conseil
#rptourisme
ISBN : 978-2-84541-297-2
PRIX : 49 e TTC