Passage des ultrasons à travers des substances médicamenteuses
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Passage des ultrasons à travers des substances médicamenteuses
NOTE DE TECHNIQUE Ann. Kinésith ér., 1990, t. 17, n° 9, pp. 453-458 © Masson, Paris, 1990 Passage des ultrasons à travers des substances médicamenteuses Essais en statique G. HENRION Kinésithérapeute-chef, CRF Bourgese, F34240 Lamalou-les-Bains, L'auteur met en garde les utilisateurs d'ultrasonophorèse sur le fait que certaines substances médicamenteuses utilisées comme interface empêchent le passage des ultrasons et qu'il ne semble pas logique de les utiliser en ultrasonophorèse. Il attire en outre l'attention sur le fait que l'interruption de contact avec la région traitée entraîne pour certaines substances l'inclusion d'air et diminue le passage du faisceau ultrasonique. Des substances médicamenteuses utilisées en ultrasonophorèse sont-elles traversées normalement par le faisceau d'ultrasons qui est censé les faire pénétrer? Le but de ce travail n'est pas de déterminer si la substance traverse la peau grâce à l'action des ultrasons (cela reste d'ailleurs à prouver !), mais plutôt d'attirer l'attention des utilisateurs sur le fait que, de par leur composition, certaines substances peuvent faire écran au passage du faisceau ultrasonique. Benson (2) a montré qu'il y a une grande variation de passage des ultrasons selon les préparations et il propose logiquement de n'utiliser en ultrasonophorèse, que les produits qui assurent une bonne transmission. Les substances ayant un mauvais pourcentage de transmission des ultrasons empêchent l'action ultrasonique. Tirés à part: G. HENRION, à l'adresse ci-dessus. Membre du GREEK Ultrasonophorèse L'ultrasonophorèse est l'utilisation des ultrasons en vue de faire pénétrer, par application locale de ceux-ci, une substance médicamenteuse à travers la peau; ainsi on peut cumuler deux effets: celui des ultrasons et celui de la substance choisie qui a son action spécifique. Les deux actions peuvent se compléter, peut-être même se potentialiser? Certains auteurs parlent d'augmentation de la perméabilité cutanée par les ultrasons (3, 4, 5); ce qui favoriserait la pénétration de substances médicamenteuses. Les substances médicamenteuses: pommades, gels, crèmes, baumes, émulsions, liniments, sont utilisées en masso-kinésithérapie. Étant censées pénétrer par l'intermédiaire du massage, certains n'ont pas hésité, peut-être hâtivement, à proposer de les associer à des ultrasons en ultrasonophorèse. Avant de se poser la question sur le devenir des substances médicamenteuses par ultrasonophorèse, nous avons tenté de savoir si ces substances laissent traverser les ultrasons. Interfaces Entre la tête d'ultrasons et la région à traiter, se pose un problème de liaison. Si l'on regarde l'impédance acoustique (produit de la vitesse de propagation des ultrasons et de la masse 454 Ann. Kin ésithér., 1990, t. 17, nO9 volumique du milieu traversé) dans différents milieux, on s'aperçoit que l'air a une impédance très basse, ce qui lui donne un indice de réflexion de 99,9 % (1, 3). L'air est donc un excellent isolant pour les ondes acoustiques. Il faut donc une continuité entre la surface émettrice et la peau; et, comme en plus on déplace cette tête en irradiation dynamique pour éviter les ondes stationnaires, cette continuité est loin d'être parfaite. Par contre, l'eau (dégazée par ébullition) et le gel ultrasonique (impédances voisines de la peau) sont d'excellents agents de transmission du son. L'huile minérale serait tout aussi efficace (13) ou légèrement moins efficace comme agent de liaison (6, 7, Il, 12). Crèmes - Préparation et antalgique. ayant pour excipient la glycérine et l'eau. Cyclo 3 : affections veineuses, œdèmes. Défiltran : désinfiltrante. Dolgit : anti-inflammatoire et antalgique. Thiomucase : désinfiltrante. Baumes - Préparation manière constante cinnamique. à base d'oléorésine de l'acide benzoïque renfermant de et de l'acide Algésal suractivé : antirhumatismal et analgésique. Algipan : révulsif local, décontracturant musculaire, anti-inflammatoire, antirhumatismal et analgésique. Décontractyl : action relaxante et analgésique. SUBSTANCES FLUIDES Impédance acoustique spécifique (7, 10) ± peau ± gel 1,6 à 1,8 * J06 Gels - Préparation et eau. kg/m2s avec pour excipient en général alcool Carudol : anti-inflammatoire. Percutalgine gel : anti-inflammatoire et antalgique (corticoïde). Profénid gel : anti-inflammatoire et antalgique. Voltarène : anti-inflammatoire et antalgique. 1,6 0,0004 2,3 1,5 kg/m2s kg/m2s 1,2 * J06* J06 kg/m2s =raffine = 1••••••. Ribalgilase : anti-inflammatoire Srilane : Décontracturante. Émulsions - Préparation à base d'huile de vaseline, de glycérine et d'eau. Il serait intéressant de mesurer l'impédance spécifique de toutes les substances médicamenteuses utilisées. Nous essayons, comme de nombreux auteurs, de mesurer cette transmission de manière différente. Alphacutané Percutalgine (corticoïde) . : protéolytique et anti-inflammatoire. : anti-inflammatoire et antalgique Liniments - Préparation obtenue par simple mélange de principes actifs sous forme liquide. Dolal : antalgique (salycilé). 21 substances ont été essayées. Le choix de ces substances a été uniquement dicté par la disponibilité de ces produits dans le service de rééducation; il ne saurait être exhaustif. Surfaces utilisées SUBST ANCES MOLLES Pommades - Mélange de substances médicamenteuses à Protocoles divers un excipient approprié. Alphachymotrypsine : anti-inflammatoire et an tiœdémateux. Dextrarine-phénylbutazone : anti-inflammatoire et antalgique. Nifluril : anti-inflammatoire et antalgique. Phénylbutazone Midy : anti-inflammatoire et antalgique. Phénylbutazone Monot : anti-inflammatoire et antalgique. Dans la littérature, de nombreux protocoles sont utilisés afin d'essayer de mesurer la qualité de l'interface des agents couplants (de liaison entre la tête d'ultrasons et la peau). Warren (13) propose un montage complexe qui tient compte d'une pression d'application de 40 newtons (force théorique de pression en Ann. Kinésithér., 1990, t. 17, n° 9 455 utilisation pratique, correspondant à 3,624 kg). Il recueille les résultats du passage des ultrasons de 1 MHz à 1 Watt/cm2 sur une tête réceptrice au moyen d'un voltmètre. Reid (12), au moyen d'un oscilloscope, mesure le pourcentage de passage d'ultrasons à 870 kHz, à travers 3 mm d'agent couplant et ce à des intensités allant de 0,7 à 3,5 Watts/cm2 à 20°. Griffin (8) plonge les deux têtes, face à face, dans le liquide testé à des distances variables de 0,5 à 5 cm et à des intensités de 0,1 à 2 Watts/cm2• Il recueille les résultats sur un voltmètre. Balmaseda (1) comme Reid, utilise la mesure à l'oscilloscope et des micropositionneurs lui permettant de régler la distance entre les têtes de 1 mm à 3 cm pour une fréquence de 1 MHz. Benson (2) teste un nombre important de substances au moyen d'une chambre de mesures à 4 mm de la membrane; le générateur délivrant 1,5 Watt/cm2 pour une fréquence de 0,75, 1 et 3 MHz. Il présente ses résultats en pourcentage par rapport à de l'eau. Nous avons, dans un premier travail (9), réalisé avec un appareil d'ultrasons possédant une échelle de diodes électroluminescentes, testé 21 substances utilisées couramment en rééducation et ce en continu et en pulsé, à 3 puissances différentes; tout cela en irradiation dynamique. Malgré la rigueur du protocole employé dans ce premier travail, certains résultats paraissaient tellement étonnants que d'autres mesures s'imposaient. Trop de variables nous ont fait entièrement modifier le protocole de travail. Protocole des essais Celui-ci a été réalisé avec un générateur de courants rectangulaires ayant à sa sortie une différence de potentiel crête à crête de 9 volts *. Ce générateur débite sa tension dans une tête à ultrasons de 500 kHz. La fréquence de 500 kHz a été choisie pour des commodités de mesures (mesures plus faciles à des fréquences plus basses). Cette tête est fixée à sa partie opposée à l'émission, au niveau de son fil d'alimentation, sur un bâti au moyen d'un étau, surface émettrice vers le haut et horizontale. Face à la première tête, parfaitement parallèle, la seconde tête est fixée de la même façon sur une colonne sensitive à réglage millimétrique. Cette colonne est isolée acoustiquement du premier bâti par du polystyrène expansé. La seconde tête est reliée à un oscilloscope sur lequel sont lues les déviations maximales crête à crête pour chaque substance utilisée. La syntonisation entre les deux têtes a été réalisée avant les essais. Les deux têtes ont une surface identique. La substance est déposée sur la tête, puis la partie mobile de la colonne est abaissée à 1 mm de la tête opposée. Cette valeur a été choisie car cette distance minime permet de retenir un liquide tel que l'eau. Du fait d'un préréglage de la colonne, la distance entre les têtes est restée constante pour chaque mesure et a été vérifiée à plusieurs reprises au moyen d'une jauge de 1 mm. Avec un tel montage, les mesures sont parfaitement reproductibles et ont permis 3 tests au minimum pour chaque substance essayée. En utilisation thérapeutique, la tête ne quitte normalement pas la zone traitée. Reconnaissons que si ce n'est le fait du relief, la tête ultrasonique s'écarte de la peau. Aussi nous avons interrompu le contact entre têtes et substances 5 fois de suite et puis avons noté les résultats. Ces essais ont été réalisés à une température de 20°-22°. L'inversion du branchement des têtes d'ultrasons ne modifie pas les résultats. Résultats Afin de se référer aux travaux de Balsameda, Docker, Reid, Warren (1, 7, 11, 12, 13) des essais ont été réalisés avec de l'eau, des gels ultrasoniques et de l'huile de paraffine. POURCENTAGE DE PASSAGE DES ULTRASONS DANS LES SUBSTANCES UTILISÉES PAR RAPPORT A L'EAU (100 %). Le second chiffre correspond à la mesure après 5 interruptions de contact. Eau à 20° : utilisée comme référence (100 %) Huile de paraffine : 90,5 %, 90,5 % Contact sans sel : 95,2 %, 88,1 % Polaris : 90,2 %, 57,1 % Gel ultrasound : 95,2 %, 90,5 %. Il est à remarquer que Polaris présente un passage bien diminué après les interruptions (fig. 1). L 456 Ann. Kin ésithér., 1990, t. 17, nO 9 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 o E<lU à 20" Gel utrasound Polaris HuIle de PiltTat1ne \_Nonn[J ~ FIG. 1. - Pourcentage de passage des ultrasons par rapport à l'eau (100 %) " produits de contact. * 5, correspond à la mesure après 5 interruptions de contact. 70 60 50 40 20 10 o illpMchymotr. Riba1gi1ase Cycl0 FIG.2. i _ Nonn CI ~fi1tI"M ~ r1git - Pourcentage de passage des ultrasons par rapport à l'eau (100 %) " substances molles. * 5, correspond à la mesure après 5 interruptions de contact. Ei1$ 100 9ü 80 70 60 50 40 30 20 10 o Caru<lol Perwt<l19iroe ~l ProtenidGel 1_ FIG.3. Norm [J *5 - Pourcentage de passage des ultrasons par rapport à l'eau (100 %) " substances fluides. * 5, correspond à la mesure après 5 interruptions de contact. Ann. Kinésith ér., 1990, t. 17, na 9 SUBSTANCES MOLLES (fig. 2) 457 Discussion Pommades l Alphachymotrypsine : 57,1 %, 23,8 % Dextrarine-phénylbutazone : 0 % Nifluril : insignifiant Phénylbutazone Midy : 0 % Phénylbutazone Monot : 0 % Ribalgilase : 57,1 %, 28,6 % Srilane : insignifiant Crèmes Cyclo 3 : 52,4 %, 47,6 % Défiltrant : 61,9 %, 47,6 % Dolgit : 57,1 %, 47,6 % Thiomucase : 0 % Baumes Algésal suractivé: insignifiant Agipan : 42,9 %, 7,1 % Décontractyl : 23,8 %, II,9 %. SUBSTANCES FLUIDES (fig. 3) Gels Carudol : 81 %, 81 % Percutalgine gel: 90,5 %, 90,5 % Profénid gel : 85,7 %, 61,9 % Voltarène : 95,2 %, 88,1 % Émulsions 1 B Alphacutane : 90,5 %, 90,5 % Percutalgine : le passage est excellent au départ, cependant ce produit pénètre presque immédiatement en formant un dépôt blanc. Du fait de sa pénétration trop rapide son application ne paraît pas indiquée en ultrasonophorèse. Liniments Dolal : ce produit laisse passer les ultrasons de façon excellente à condition de sortir le produit du flacon au moyen d'une seringue par exemple. Il ne faut pas utiliser l'applicateur du flacon car il délivre de multiples bulles d'air (visibles à la loupe) mélangées avec le produit et dans ce cas le passage est nettement diminué. Le premier protocole (9) était très différent et de ce fait toute comparaison simpliste pourrait être source d'erreur. Dans ce premier protocole l'irradiation est dynamique; elle se pratique sur un sujet; on utilise un appareil du commerce avec plusieurs intensités de sortie; l'essai est effectué pendant 3 minutes en continu et en pulsé. Dans ce protocole-ci l'irradiation est statique; le potentiel est recueilli sur une autre tête; la sortie du générateur de laboratoire est fixe (continu seulement); le temps de l'essai ne semble pas avoir d'influence. Certaines substances ne semblent pas permettre le passage des ultrasons dans les deux protocoles: il ne semble pas logique de les utiliser en ultrasonophorèse : Dextrarine-phénylbutazone, Nifluril, Phénylbutazone Midy, Phénylbutazone Monot, Srilane, Thiomucase, Algésal suractivé [Benson (2) arrive à la même conclusion pour ce produit]. D'autres présentent des résultats différents selon les protocoles. Ribalgilase : passait d'une façon excellente lors du premier protocole, mais ne passe qu'à 58,1 % et 28,6 % après interruptions. Cyclo 3 : passait de 90 à 100 %, mais présentait des difficultés de passage en pulsé. Ne passe qu'à 52,4 % et 47,6 % après interruptions dans ce protocole. Il est à remarquer que de nombreuses substances présentent un pourcentage de passage bien amoindri après les interruptions. Peut-on faire un rapprochement avec la viscosité des produits essayés? Warren (13) a rajouté de l'air à de la glycérine qui selon ses mesures a une transmissibilité de 75 %, elle passe à 15 %. L'inclusion de microbulles d'air freine le passage du faisceau ultrasonore. Les substances fluides permettent en général un bon passage ultrasonore; rappelons cependant que certains gels pénètrent ou sèchent trop rapidement et posent le problème de continuité de l'interface pendant la durée du traitement surtout en irradiation dynamique. 458 Ann. Kinésithér., 1990, t. 17, nO 9 Conclusion Certaines substances ne laissent pas passer les ultrasons et il est donc logique de ne pas les utiliser en ultrasonophorèse. Cependant des divergences subsistent pour d'autres substances et la poursuite de ces études avec un protocole différent, notamment à des intensités différentes, permettrait peut-être d'affiner notre opinion quant au passage des ultrasons à travers les substances médicamenteuses. REMERCIEMENTS. Nous tenons à remercier madame Esclafit, pharmacienne, de l'aide apportée pour les différentes substances médicamenteuses; monsieur F. Berthelin pour le prêt des têtes d'ultrasons; messieurs V. Brun, G. Dhoms et B. Joly pour la lecture critique de cet article. Générateur Substances de fréquence : FELEC Mod. 2431 nO 604. utilisées : AIgésal suractivé: Latéma, Laboratoires de Thérapeuti. que Moderne. Algipan : Laboratoire Midy-Lafarge. Alphacutane : Laboratoire Leurquin. Alphachymotrypsine : Laboratoire Choay. Carudol : Laboratoire Français de Thérapeutique. Cyclo 3 : Laboratoires PFM. Décontractyl : Laboratoires Synthelabo France. Défiltran : Jouveinnal Laboratoires. Dextrarine-Phénylbutazone : Laboratoires Synthelabo France. Dolal : Laboratoires Biocodex. Dolgit : Laboratoires Merck-Clevenot. Nifluril : Upsa Laboratoires. Percutalgine : Laboratoires Besins-Iscovesco. Percutalgine gel : Laboratoires Besins-Iscovesco. Phénylbutazone Midy : Laboratoires Clin-Midy. Phénylbutazone Monot : Laboratoires Monot. Profénid gel : Specia. Ribalgilase : Laboratoire Choay. Srilane : Laboratoire Aron-Medicia. Thiomucase : Laboratoire Millot-Solac. Voltarène : Laboratoires Ciba-Geigy. Huile de paraffine : Gifrer Barbezat 69 Decines. Contact sans sel : Laboratoire de l'IREPS Marseille. Polaris: Numéris Suresnes. Références 1. BALMASEDA M. T., FATEHI M. J., KOOZEKANANI S. H., LEE A. L. - Ultrasound therapy : a comparative study of different coupling media. Arch. Phys. Med. Rehabil., 1986, 67, 147-150. 2. BENSON H., McELNAY J. - Transmission of ultrasound energy through topical pharmaceu'tical products. Physiotherapy, 1988, 74, 587-589. 3. 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