Mutation du paysage transformé à Bad Hindelang dans l`Allgäu
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Mutation du paysage transformé à Bad Hindelang dans l`Allgäu
Markus Pingold Université d’Erlangen Mutation du paysage transformé à Bad Hindelang dans l’Allgäu Dimensions, perception et évaluation Sommaire 1. Origine et objectif...............................................................................................................2 2. Concepts et état des recherches...........................................................................................3 3. Zone soumise à d’étude ......................................................................................................5 4. Méthodologie .....................................................................................................................8 4.1 Qualitative ou quantitative ? - Approche méthodique....................................................8 5. Résultats...........................................................................................................................11 5.1 Modifications du paysage ...........................................................................................11 Surfaces urbanisées...................................................................................................12 Surfaces boisées........................................................................................................13 Prairies et pâturages ..................................................................................................15 Analyse des grands espaces...........................................................................................16 Sol de la vallée..........................................................................................................16 Versants et flancs ......................................................................................................16 Secteur de pacage......................................................................................................17 Terres incultes alpestres ............................................................................................17 Synthèse concernant la mutation des paysages transformés ...........................................17 5.2 Perception et évaluation – Analyse qualitative ............................................................18 Perception des modifications du paysage ......................................................................18 Perception de l’accroissement forestier .....................................................................19 Perception de l'augmentation de l’urbanisation..........................................................21 Perception des modifications des infrastructures .......................................................21 Évaluation de la mutation du paysage ...........................................................................21 Évaluation de l’accroissement forestier .....................................................................23 Évaluation de l’augmentation de l’urbanisation.........................................................24 Évaluation des modifications des infrastructures .......................................................25 6. Problématique...................................................................................................................25 La mutation du paysage alpin comme facteur de risque ? - Scénarii futurs ....................25 Idées de conversion.......................................................................................................27 Susciter une prise de conscience sur la mutation du paysage .....................................27 Plaidoyer pour une nouvelle image des Alpes à l’école .............................................29 1 Markus Pingold Université d’Erlangen 1. Origine et objectif Situées au cœur de l’Europe, les Alpes sont l’objet depuis longtemps de différentes considérations. Indépendamment des conditions sociétales fondamentales, des images très différentes se sont formées concernant les Alpes, allant d'un lieu romantique à une région en danger écologique. Photos 1 à 3 : Qu’aimeriez-vous faire ? Les Alpes selon trois représentations, qui ne peuvent pas être plus différentes : la vision romantique, l’espace de loisirs et le drame écologique. Insidieusement, les développements économiques et autres ont marqué de manière intense l’image du paysage sans que cela ne soit le but recherché : La plupart du temps, ce processus n’était pas contrôlé et ne pouvait donc être évalué ni quantitativement ni qualitativement, telle est la théorie. Ainsi, la situation était clairement structurée dès le début du travail : Il existait des orientations nettement définies et un lot de questions ouvertes : o Comment le paysage s’est-il modifié ? o Quelles modifications sont frappantes, lesquelles sont à peine remarquables ? o La mutation du paysage est-elle perçue et par qui ? o Comment les modifications sont-elles évaluées ? o La signification économique de la mutation du paysage est-elle reconnue ? Comme réagit-on à ce phénomène ? o Quels scénarii se dessinent pour l’avenir ? En raison du caractère rampant, il était également très intéressant de s’interroger sur l’ampleur de la perception de la mutation du paysage. 2 Markus Pingold Université d’Erlangen Deux étapes peuvent être déduites de cette démarche : Dans un premier temps, il était nécessaire de détailler les modifications apparues au cours des 120 dernières années (étape 1). A partir de cette base, il était possible d’étudier comment les modifications étaient perçues et évaluées (étape 2). L'illustration n° 4 présente la division du travail en deux étapes distinctes mais liées entre elles. Ainsi, les différences dans la méthode de travail qui étaient nécessaires apparaissent évidentes. Objectifs Méthodologie Zone Phase 1 Détermination empirique des modifications apportées au paysage transformé dans les zones de forêts / surfaces ouvertes, zones urbanisées, infrastructures au cours des 120 dernières années Comparaisons de photos, cartes et photos aériennes couvrant la surface pour la documentation de l’ensemble des mutations du paysage (environ 50 tableaux DIN A3) Bordure septentrionale des Alpes : Commune de Bad Hindelang – Bavière - Allemagne Phase 2 Analyse empirique de la perception et de l’évaluation de la mutation des paysages (rampante et par conséquent passant inaperçue) Entretiens qualitatifs et analyse herméneutique des locaux, de la population et des experts Illustration n° 4 : Conception du travail 2. Concepts et état des recherches La question était d’autant plus claire que l'objet des analyses était complexe. Le terme Landschaft (paysage en allemand) a plus de 1000 ans mais sa signification a souvent été modifiée (cf. JOB 1999 : 18). Le paysage est un phénomène diffus qui ne trouve pas de réponse directe et qui peut être compris de façons très différentes. Cela s’exprime dans l’estimation suivante, qui forme la base d’un travail complet concernant la mutation du paysage transformé : Le paysage est un « élément si complexe et différencié qu’il a nécessité des décennies de discussions pour établir sa forme et sa position méthodique et encore aujourd’hui les points de vue ne sont pas totalement uniformisés » (JOB 1999 : 19). La complexité repose par exemple sur le fait que les modèles d'interprétation utilisés pour les décisions relatives aux paysages dépendent de la situation sociétale. Il n’existe pas de « paysage type », il ne peut pas y en avoir car beaucoup trop d'aspects subjectifs apparaissent dans la définition même de ce concept. Consciemment ou inconsciemment, nous regardons à travers des paires de lunettes différentes et, de cette façon, nous sommes influencés par des suppositions subjectives individuelles ou subjectives collectives. 3 Markus Pingold Université d’Erlangen Suppositions subjectives individuelles Suppositions subjectives collectives Regard sur le paysage à travers deux paires de lunettes Illustration n° 5 : Modèle de regard sur le paysage à travers deux paires de lunettes Bien que le paysage, tant d’un point de vue physique que par la perception technique, soit toujours présent et que le concept de paysage transformé soit presque devenu un mot à la mode, peu de travaux sont consacrés à la mutation des paysages transformés. Et ceci pour plusieurs bonnes raisons. Le plus important étant que les processus de mutation des paysages sont rampants et sont donc difficiles à percevoir, même pour de grandes dimensions. En outre, on ne peut pas mesurer la mutation des paysages à l'aide de données statistiques ni établir des cartes administratives en raison de la succession rapide qui, le plus souvent, ne tient pas compte de l’état actuel du paysage. Au cours des dernières années, le travail de comparaison à l’aide de photos s’est avéré efficace comme base. Étant donné que le travail de recherche de photos et de prise de nouvelles photos est très lourd et que la méthode est peu connue, la comparaison de photos n’a été mise en place que ponctuellement jusqu’à présent. Cela requiert donc des déclarations très significatives et surtout concrètes sur la mutation des paysages. Les modifications évidentes facilement visibles sur les comparaisons de photos même pour les non-spécialistes sont dans ce cas un facteur important car efficace vis-à-vis du public. Dans le domaine des mutations de paysages, il existe ponctuellement des photos comparatives provenant de régions alpines très différentes. Par exemple, les photos de Suisse orientale (Davos, Pontresina) et de Lenggries (Alpes de Haute-Bavière) sont connues. Mais du point de vue scientifique, ces travaux ne sont pas satisfaisants. D’une part, parce qu'ils n'ont pas été réalisés globalement, et d'autre part, parce qu'en se concentrant sur les lieux, souvent seul le développement de l’urbanisation a été retenu. Comme le montrent les résultats de nos propres études, les zones des plus importantes modifications se trouvent en dehors des zones urbanisées, dans les zones pentues voisines. Elles ne sont donc pas étudiées par les photos comparatives ponctuelles. Il reste à déterminer que, jusqu’à présent, aucune étude globale comparable au niveau communal n'est connue dans le domaine alpin. Notre travail s’attaque donc à un nouveau domaine méthodique. Actuellement, un intérêt grandissant porte sur l'évolution des paysages. Notamment, le groupe de recherche suisse HUNZIKER a montré la voie que pourraient ou devraient suivre les travaux dans les prochaines années. WOLFGANG HABER interprète leurs projets comme « l’expression de l’intérêt scientifique croissant au niveau mondial depuis les 10-12 dernières années concernant la thématique du paysage et de l’habitat » (HABER 2001 : 6). Cette 4 Markus Pingold Université d’Erlangen sollicitude est motivée en particulier par la crainte d’une perte de qualité et de valeur des paysages. Les résultats suisses sont très instructifs, du moins en partie, mais ils présentent un problème fondamental : ils n’ont pas été établis sur la base de photos comparatives, le fondement empirique est donc inexistant. En résumé, on peut constater que des premiers travaux et différentes démarches sont certes disponibles mais qu'une relation systématique de la dimension objective et subjective des domaines de la perception et de l’évaluation des paysages manque encore à ce jour. C’est pourquoi nous avons développé pour ce travail notre propre méthode qui se fonde sur la comparaison objective de photos et qui tient compte des perceptions et des évaluations subjectives d'une analyse intensive. Grâce à la double stratégie empirique de ce travail (cf. illustration n° 4), on atteint une signification toute différente des déclarations car il est possible de discuter à partir d’images concrètes de paysages et de vérifier les déclarations grâce aux photos comparatives. 3. Zone soumise à d’étude Les analyses ont été réalisées à Bad Hindelang dans l’Allgäu bavarois (de 800 à 2500 m), une commune de 5000 habitants (répartie sur 6 sites) totalisant 1 million de nuitées et représentant un site touristique attractif dans les Alpes. Illustration n° 6 : Hindelang dans la vallée d’Ostrach, en arrière-plan la montagne des crêtes constituant la frontière avec le Vorarlberg (Autriche) Ce lieu a été choisi car il représente les structures typiques d’une commune bavaroise située au cœur des Alpes et fortement orientée vers le tourisme. 5 Markus Pingold Université d’Erlangen Illustration n° 7 : Situation de la zone d’étude de Bad Hindelang sur la bordure septentrionale des Alpes à proximité du point de convergence des trois frontières allemande-autrichienne-suisse. Illustration n° 8 : L’ancienne image des Alpes : Structure de paysage transformé avec des surfaces ouvertes dans la vallée de Hinterstein (1947) Afin de caractériser les conditions naturelles de la zone d’étude, deux aspects doivent être pris en compte à titre d’exemple : la forte pression de la succession naturelle et les prairies bosselées illustrent l'exploitation agricole aggravée. Après que la vallée a été peuplée il y a plus de 800 ans et transformée par le défrichage, les constructions, les rectifications du tracé des fleuves, etc., l’Homme a contrôlé de manière intensive l’évolution des paysages. Mais en même temps, la succession naturelle, c’est-àdire l’extension du domaine forestier sans intervention humaine dans les étages en altitude où se situe Bad Hindelang, représente le principal adversaire de l’Homme dans le processus dynamique du devenir et remplace un paysage transformé. Le paysage transformé d’aujourd’hui est donc le résultat d’un siècle d'exploitation par l’Homme, marquée par deux processus contraires : l’intervention active dans l’équilibre naturel, par exemple le défrichage, et l’abandon des surfaces. De cette façon, l’Homme a provoqué de manière active et passive une mutation durable sur le paysage transformé. 6 Markus Pingold Université d’Erlangen Les prairies bosselées symbolisent les conditions de production aggravées de l’agriculture qui, dans la course aux prix des marchés européen et mondial, font que ces surfaces sont abandonnées car elles ne peuvent pas être exploitées de manière rentable. Cependant, les prairies bosselées confèrent également au paysage une image caractéristique. Lorsque l'on parvient à les utiliser pour le tourisme, le bénéfice de ces surfaces a alors une utilité économique. La photo montre une prairie bosselée située près de Hinterstein ; ici, certaines ont été épargnées par les mesures de nivellement des années 1930. Photos 9 et 10 : Deux particularités de l’espace naturel qui sont très significatives d’un paysage transformé : la succession naturelle, la forte extension de la forêt et les prairies bosselées comme exemples d’une aggravation agricole. Ces deux exemples montrent que a) le paysage transformé est un état dynamique de niveau élevé et que b) une action mais aussi une inaction de l’Homme ont des répercussions lourdes sur l’image du paysage. En même temps, le paysage est le fondement écologique mais également économique de la commune et ce point sera d’une importance élémentaire à la fin de cette synthèse. C’est pourquoi les modifications du paysage sont d’une importance vitale pour l’ensemble de la commune. En résumé, la signification et l’évaluation de l’espace naturel dans le cadre de ce travail seront exprimées sous les formes suivantes : 1) Tous les espaces ne sont pas utiles. 2) Sur les surfaces utiles de la commune, il reste à observer si les aggravations et les exigences particulières de la montagne pour une exploitation humaine requièrent une vie et une exploitation contraignantes à plusieurs égards. La transformation du paysage par les mesures d'urbanisation, d’exploitation agricole ou d’infrastructure (routes, lignes électriques, etc.) requiert donc souvent des interventions très lourdes et coûteuses. Un exemple représentatif est la route du col (finition du tracé actuel en 1900) servant à relier la vallée d’Ostrach au col d’Oberjoch, route très coûteuse en termes d'installation et d'entretien. 3) Le paysage et tous les processus humains en eux-mêmes présentent en outre deux dynamiques d’ordre naturel : une dynamique rapide (crues, coulées boueuses, éboulements, etc.) et une dynamique très lente et rampante. Cette dernière a pour conséquence par exemple que les prairies laissées à l’abandon se transforment en espaces boisés fermés en l’espace d’une dizaine d’années et que l’image du 7 Markus Pingold Université d’Erlangen paysage se modifie profondément. Cette forme de mutation du paysage ne provient pas d’une intervention active de l’Homme mais de l’interruption d’une mesure. Ces modifications passives d’un point de vue anthropogène sont probablement le plus bel exemple de l’espace naturel. Une mutation du paysage s’explique aussi de cette façon. 4) Le paysage joue un rôle très important pour le tourisme. En raison de l’importance du tourisme, le paysage représente aussi un facteur économique très important. Et les points fondamentaux du paysage transformé font d’autre part partie de l’espace naturel. En conclusion, on peut retenir que : Le paysage transformé de la commune de Bad Hindelang place des fonctions importantes dans les trois domaines centraux que sont la société, l'écologie et l'économie. Étant donné que l’exploitation du paysage est impliquée dans de nombreux domaines et qu’elle est considérée comme normale, il est souvent difficile d’interpréter globalement la signification de l’espace naturel pour les nombreuses facettes des activités humaines. Illustration n° 11 : On peut déchiffrer un paysage comme un livre – « Blick auf den Ortsrand von Bad Hindelang » (Regard sur la lisière de Bad Hindelang) (2001) : Histoire du paysage en format poche. Terrasses champêtres ème ème ème historiques (15 siècle), grange traditionnelle (19 siècle), poteaux électriques modernes (20 siècle), ème panneaux solaires postmodernes (21 siècle). 4. Méthodologie 4.1 Qualitative ou quantitative ? - Approche méthodique Dans le cadre d’une approche scientifico-sociale, la première question à se poser est de savoir si les méthodes qualitatives ou quantitatives sont les plus justifiées sur ce sujet. Afin de rendre les idées, qui composent ce travail, plus opérationnelles, il me semble que l’on ne puisse pas, ou que de manière insuffisante, enregistrer la perception du paysage avec des méthodes quantitatives ou semi-quantitatives, à partir des connaissances du concept souvent diffus de paysage. Ainsi, le principal objectif méthodique était de trouver des méthodes grâce auxquelles il était possible de déterminer les dimensions subjectives de l’image de paysage sans renoncer aux connaissances objectives relatives aux modifications du paysage. Nous avons trouvé la solution dans l’approche suivante composée de trois parties : 8 Markus Pingold Université d’Erlangen 1) La base des entretiens et de toutes les interprétations se compose d’environ 50 tableaux de photos comparatives au format DIN A3. Ils représentent, globalement pour toutes les zones voisines de la commune, la mutation des paysages dans les secteurs d'augmentation des zones boisées / diminution des surfaces ouvertes, expansion de l‘urbanisation et modifications infrastructurelles. De cette façon, les entretiens ont été menés sur une base fiable, indépendante des interprétations (dimension objective). Les processus centraux de la mutation des paysages devaient être clairement visibles sur les photos comparatives, dans un processus diachronique (par exemple, lente augmentation du domaine forestier ou augmentation de l'urbanisation dans les secteurs délicats tels que la ceinture verte entre les différents lieux-dits) mais aussi dans les dimensions totales de la modification. En outre, l’augmentation des massifs linéaires (haies, arbres isolés) le long des rues et des bordures de parcelles, l’augmentation des différents types d’infrastructures (routes, infrastructures touristiques, lignes électriques) et les modifications à un niveau plus large (par exemple, clôtures) devaient apparaître. Illustration n° 12 : Prise ultérieure des photos historiques dans le paysage. 2) Les enquêtes réalisées étaient des entretiens qualitatifs individuels. Afin de pouvoir enregistrer correctement la perception et l’évaluation des modifications du paysage, nous avions besoin d’une technique d’entretien perfectionnée et s’adressant aussi bien aux groupes individuels (experts, locaux, touristes) qu’aux aspects spécifiques dont fait partie la perception du paysage. Parmi la palette des différents modèles d’entretiens s’offrait l’entretien ouvert (semi-standardisé) qui est particulièrement adapté à la reconstitution du savoir subjectif. FLICK entend par là que la personne interrogée dispose de connaissances complexes sur le sujet. « Ces connaissances incluent des hypothèses disponibles de manière explicite que la personne interrogée peut exprimer spontanément pour répondre à des questions ouvertes et des hypothèses disponibles de manière implicite qui doivent être appuyées à l’aide d’outils méthodiques et d'impulsions verbales ou imagées pour leur articulation » (FLICK 2002 : 127). Les images et photos comparatives, sur lesquelles les modifications de paysage doivent être reconnues, doivent être présentées selon une approche didactique en trois parties : a) Images historiques uniquement ; b) Images actuelles (nouvelle prise de photos) uniquement ; c) Images historiques et actuelles en comparaison (les mêmes que celles qui ont été montrées précédemment). 9 Markus Pingold Université d’Erlangen Avec cette approche en trois parties, à partir de laquelle les questions ont été adaptées, toute suggestion de tendances ou toute intonation ont pu être évitées. Cette procédure contribue ainsi également à déceler la sensibilité aux modifications du paysage. En outre, plusieurs photos comparatives ont été utilisées pour chaque entretien afin d’observer si la sensibilité de perception des personnes interrogées évoluait au cours de l’entretien et si un regard modifié sur le paysage était adopté. Après la détermination de la perception, nous avons essayé de progresser au niveau de l’évaluation. La différenciation entre une dimension émotionnelle personnelle et une dimension rationnelle s’est avérée profitable. De cette façon, des appréciations aussi bien subjectives qu’objectives ont été visibles dans presque tous les entretiens. La question de l’impact du paysage a également mis en évidence des aspects intéressants. Notamment le fait que la perception du paysage soit très subtile et qu’elle ne puisse souvent être approchée que par la négative, par la distinction d’autres aspects, doit être pris en compte de manière judicieuse (dimension subjective). L’intérêt de cette procédure est de demander l’évaluation du paysage de manière à ce qu’elle soit compréhensible. C’est pourquoi les modèles d’entretien se composent de telle façon, leur ordre thématique permet également une meilleure compréhension de la représentation des résultats. Afin d’ordonner et d’interpréter judicieusement les déclarations concernant la modification des paysages, il est important par exemple de demander, dans un premier temps, la vision individuelle du paysage et le comportement pour les loisirs, entre autres. 3) L’approche herméneutique constituait la troisième étape méthodique, au centre de laquelle se trouvent la compréhension, le suivi constant et l’ordre des déclarations. L’utilisation de cette démarche correspond d’une part à une conversion logique des réflexions portant sur l'image subjective du paysage et d’autre part, seuls les recoupements nécessaires des différentes déclarations peuvent être réalisés et les conditions individuelles comprises. De cette façon, nous avons essayé de justifier les éléments subjectifs de la perception du paysage. En raison de la dimension subjective de l'image du paysage et de la perception du paysage ainsi que de la procédure herméneutique, les méthodes quantitatives sont écartées, par exemple, la détermination de grandes quantités de points en remplissant de manière autonome des questionnaires standardisés, car ainsi les tenants et les aboutissants nécessaires (connaissances du contexte, image personnelle du paysage, comportement en matière de loisirs, etc.) ne sont pas recensés assez précisément. Une méthode associée globale serait donc impossible. Néanmoins, sans ces recoupements et ces informations de fond, il ne serait pas possible d'ordonner et d'évaluer de nombreuses déclarations de manière appropriée. En outre, par exemple, l’aspect émotionnel, qui s’exprime le mieux par des réponses spontanées non filtrées, joue un rôle important en ce qui concerne le point « Le paysage comme foyer ». A mon avis, une procédure purement qualitative selon le modèle en trois parties décrit ci-dessus peut répondre à ces exigences. 10 Markus Pingold Université d’Erlangen 5. Résultats 5.1 Modifications du paysage L’énoncé des photos comparatives peut se résumer en une phrase : Le travail nous a apporté de nouvelles conclusions inopinées sur un paysage bien connu et ses intérêts économiques. Sur cette base, les conclusions les plus importantes doivent être rassemblées dans un paragraphe : Dans le rapport entre terrain ouvert et forêt, il apparaît que la forêt a augmenté d’environ 30 % et qu’elle a même été multipliée par deux à certains endroits (cf. illustration n° 2). Ce démarrage précoce de l’accroissement de la forêt était surprenant et n’avait pas pu être documenté jusqu’à présent. On a ainsi pu démontrer que déjà vers 1910, soit à une époque où l'agriculture jouait encore un rôle très important, les premiers phénomènes d’accroissement de la forêt non contrôlés étaient observés. De manière générale, l’accroissement naturel de la forêt dépassait largement les actions de boisement. En ce qui concerne l’urbanisation, les surfaces ont doublé de manière spectaculaire à partir de 1950 pour une population restant stable. Cette croissance doit donc être uniquement imputée aux besoins économiques qui ont changé (par exemple, besoin accru en surfaces commerciales et de loisirs) et non plus à une augmentation de la population. En ce qui concerne les infrastructures, il est apparu que, encore plus que les pistes de ski, c’est l’installation de nouvelles voies d’exploitation qui a entraîné des modifications linéaires frappantes et que celles-ci ont en particulier augmenté rapidement au cours des vingt dernières années. Deux dimensions concernant ces conclusions étaient intéressantes : D’une part, il a été confirmé que l’utilisation logique des photos comparatives en faisant attention à des caractéristiques bien définies était tout à fait appropriée à l’empirisme scientifique. Ce procédé, peu utilisé jusqu’à présent, a ouvert des possibilités d’une grande portée. En matière de contenu, les deux étapes du procédé ont apporté de nouvelles conclusions et ont fait apparaître les processus qui n’étaient que soupçonnés jusqu’à maintenant. Pour la première fois dans l’ensemble du domaine alpin pour une commune entière, la comparaison de photographies a apporté un aperçu fiable de toutes les modifications du paysage. Le résumé, l’analyse et la synthèse des conclusions concernant la mutation des paysages transformés se font en trois étapes : a) Analyse des aspects individuels (surfaces urbanisées, forêt, infrastructure, prairies et pâturages, haies et rangées d’arbres, éléments isolés et microstructures) ; b) Analyse des grands espaces ; c) Synthèse. 11 Markus Pingold Université d’Erlangen Illustration n° 13 : Construction de la route du col (1897). [En résumé, la signification et l’évaluation de l’espace naturel dans le cadre de ce travail seront exprimées sous les formes suivantes :]* Les trois secteurs les plus importants (urbanisation, forêt et prairies) doivent être étudiés de plus près dans cette synthèse, et ce à partir des divers aspects analysés et documentés avec précision au cours des changements de ces 120 dernières années. Surfaces urbanisées Au début du XXème siècle, le développement de l’urbanisation était en retard sur la forte croissance de la population. Dans les années 1930 environ, des constructions individuelles ont été bâties en dehors de l’ancien centre du village. C’est de cette façon que la tendance à l’expansion actuelle des surfaces s’est très tôt étendue à tous les sites de la commune. À partir des années 1950, le développement de la surface urbanisée s’est alors détaché de l’évolution démographique et on a alors observé une forte augmentation des surfaces pour une population stagnante voire en léger recul. Le fait que l’évolution démographique soit un indicateur de la situation économique, ce qui était le cas depuis de nombreux siècles, n'était plus vrai pour la première fois. Les causes de cette évolution sont à chercher dans les modifications complexes de la société et les nouvelles exigences (plus d’espace habitable par personne, maisons individuelles, besoin d’infrastructures de loisirs telles que terrains de sport, courts de tennis, etc.). Le tourisme, qui a contribué directement et indirectement à l’augmentation de l’urbanisation, a également joué un rôle double : directement, par le biais de la construction de nombreux hôtels, pensions, établissements thermaux, appartements de vacances et résidences secondaires (aujourd’hui regrettées) ; et indirectement, par le biais de la création d’emplois, qui ont accru la valeur de la commune comme lieu de résidence, qui ont de cette façon maintenu la population sur place et qui ont entraîné l’afflux de nouvelles personnes ; ce qui a engendré par conséquent la construction de nouvelles maisons. En outre, une estimation fausse de la croissance de la commune dans les années 1950 a pu jouer un rôle décisif : Les objectifs de l’évolution de la commune étaient autrefois perçus en grande partie comme une croissance quantitative et moins, comme cela s’impose aujourd’hui, comme des améliorations qualitatives. * NDT: il doit s’agir d’une erreur dans le texte original. Cette phrase n’a pas lieu d'être ici. 12 Markus Pingold Université d’Erlangen Outre l’expansion des surfaces, la densification des surfaces urbanisées peut être considérée comme le deuxième phénomène important du développement de l’urbanisation. Cet aspect devrait encore prendre de l’importance dans le futur car la politique actuelle de la commune en matière de construction voit le potentiel de développement plutôt à l’intérieur du site de la commune que dans une expansion des surfaces. L’attitude des services communaux s’est entretemps modifiée de telle sorte que les décideurs, lors des séances de la commission de la construction, sont aujourd’hui confrontés aux artisans qui leur reprochent d'être trop restrictifs en ce qui concerne les permis de construire et donc de freiner l’économie. Cependant, il est impossible de dire globalement que la tendance actuelle se détourne déjà totalement du développement de surfaces. Cela apparaît par exemple dans les discussions actuelles concernant l’autorisation d’un grand hôtel 4 étoiles à Oberjoch, ce qui entraînerait un nouvel agrandissement significatif de la superficie du site. Surfaces boisées Un accroissement de la forêt peut être observé dans presque tous les secteurs de la commune mais avec des différences importantes sur de petites zones. En particulier, la forêt située dans les zones pentues supérieures et inférieures s’est beaucoup accrue, c’est-à-dire sur les surfaces qui étaient autrefois utilisées comme prairies. Les zones de forêts et d’arbres ont également augmenté dans la vallée mais moins que sur les versants, et ce pour deux raisons : d’une part, les surfaces planes de la vallée peuvent être entretenues plus facilement à l’aide de machines et d’autre part (et c’est le point crucial), il existe une pression plus forte dans la vallée pour une exploitation destinée à l’urbanisation et aux infrastructures. Illustrations 14 et 15 : Versants Est du mont Wertacher Hörnle à Unterjoch (1895 et 2001) De plus, les processus se manifestent dans tous les lieux-dits et sont moins marqués uniquement à Oberjoch. Cela peut surprendre car aucun autre lieu n’a connu une aussi forte mutation de structure qu'à Oberjoch et nulle part ailleurs dans la commune, l’agriculture ne joue un rôle aussi marginal aujourd’hui. Les raisons se trouvent cependant justement dans cette mutation de structure socio-économique. Après l’abandon de l’agriculture, les sports d’hiver ont pris le relais au niveau de l’occupation des sols. Certes, d’une tout autre manière et pour de tout autres motifs, mais le résultat est que l’accroissement des forêts n’a pas eu lieu car l’activité de ski a naturellement besoin de surfaces ouvertes. Ce phénomène se retrouve sur l’ensemble du domaine skiable d’Oberjoch. Le fait qu'un accroissement beaucoup plus important de la forêt soit décrit à proximité plutôt que dans les zones abandonnées s’explique facilement : À l’époque de l’exploitation agricole 13 Markus Pingold Université d’Erlangen intensive vers la fin du XIXème siècle, il y avait beaucoup moins de forêts disponibles dans les secteurs voisins que dans les vallées. Ainsi, de plus grandes surfaces étaient restées disponibles ici pour l’afforestation. Dans la vallée de Hinterstein, les conditions de l’économie de pacage déterminent l’image du paysage. C’est pourquoi ces surfaces sont difficiles à comparer aux secteurs étudiés. Une déclaration claire se dégage de la question de la signification du domaine forestier pour la croissance de la forêt : Étant donné qu’il n’y a eu pratiquement aucune modification quantitative sur les surfaces publiques, l’ensemble de la croissance forestière s’est produit sur les surfaces privées. Cela semble également logique puisque ces surfaces étaient autrefois exploitées entièrement pour l’agriculture. Quant à la forme de l’accroissement forestier, plusieurs phénomènes entrent en jeu : La succession naturelle, ainsi que le reboisement graduel non contrôlé d’une surface autrefois ouverte, ont fait que notamment les prairies ouvertes situées dans les forêts fermées (clairières, pâturages en forêt) ont été recouvertes en peu de temps (par exemple, photo comparative n° 3). La pression de la succession naturelle est si forte ici que les surfaces ne pouvaient rester ouvertes d'aucune autre manière que par une exploitation conséquente. Au niveau des limites inférieures de la forêt et le long de toutes les rangées d’arbres, l'expansion est également très forte. On observe souvent qu’une zone d’arbres ponctuelle et linéaire apparaît d’abord sur une surface totalement ouverte et prend petit à petit un caractère plus étendu. Parallèlement à cet accroissement forestier naturel, ont été menées dans les années 195060 des actions de reboisement ciblées sur les surfaces inoccupées. Grâce au versement de primes, ces opérations étaient assez lucratives. L’objectif ainsi visé (des surfaces boisées fermées) est aujourd’hui contrarié car des subventions sont désormais versées pour la conservation d’un paysage ouvert. Même si cette forme de soutien semble plus judicieuse en ce qui concerne la transformation des paysages mais aussi d'un point de vue économique (le tourisme) que les primes de reboisement, cet exemple montre bien la contradiction des programmes de soutien agricoles. Quelques photos comparatives amènent à tirer des conclusions instructives sur l’évolution dans le temps de l’accroissement forestier à de nombreuses époques. Comme exemple, on peut citer le versant présentant les plus importantes modifications dans la commune : le secteur du Wertacher Hörnle (photo comparative n° 30). Il est évident que l’évolution a vraisemblablement commencé bien avant. Déjà vers 1920, on pouvait distinguer l’abandon de quelques prés et un accroissement forestier correspondant. En 1950 et au moment où les importantes modifications socio-économiques sont entrées en action, une part considérable des mutations du paysage était déjà lancée. Même si ce phénomène n’est pas aussi évident pour tous les versants, la question se pose toujours de la même façon pour de nombreux versants. Et ainsi on peut dire qu’il est prouvé que ce processus a commencé au début du siècle. On peut donc en tirer la conclusion que les modifications de l’agriculture, qui ont conduit à l’abandon des terres, ne sont pas uniquement dues à l’avènement du tourisme. Car dans les villages comme Unterjoch, le tourisme n’avait encore aucune influence particulière sur l’activité agricole au début du siècle. 14 Markus Pingold Université d’Erlangen L’évolution suivante qui a commencé après la seconde guerre mondiale a perpétué la tendance à l’abandon des terres par les agriculteurs. Le processus de l’accroissement forestier semble s’être encore renforcé dans les années 1960 (photos comparatives n° 14). Sinon, l’accroissement forestier se poursuit de manière constante. Cependant, ce processus ne doit pas être considéré comme achevé en aucune manière, ce qui sera décisif pour l’avenir. En y regardant de plus près, on perçoit sur de nombreuses photos actuelles les traces significatives de la succession active. Prairies et pâturages Les prairies ouvertes à usage agricole sont depuis environ 150 ans, c’est-à-dire depuis que l’exploitation herbagère occupe largement les champs et que l’Allgäu bleue est devenue l’Allgäu verte, l’élément dominant des paysages transformés de l’Allgäu. Même s’ils n'occupent pas (ou plus) la plus grande surface des zones de la commune, les prairies et pâturages sont la caractéristique principale du paysage, qui établit en premier le lien avec le paysage de l’Allgäu. Même en matière de marketing pour le tourisme, les paysages de prairies jouent un rôle primordial. Comme l’a montré la documentation, les surfaces ouvertes sont impliquées dans la mutation des paysages transformés à de nombreux endroits et dans une proportion importante. Le phénomène central doit également être mis en évidence : La part des surfaces ouvertes (prairies et pâturages) diminue fortement. Comme l’analyse a démontré que cette évolution se produisait exactement en opposition et par rapport aux surfaces de l’évolution de la forêt, il n’est pas utile de donner une explication détaillée de ces relations. En outre, lors de la détermination des modifications dans la documentation, il était largement question du recul des surfaces ouvertes utilisées à des fins agricoles. Photos 16 et 17 : Vue de l’Est sur la route du col dans la vallée d'Ostrach (1929 et 2001) Les aspects les plus centraux doivent simplement être cités une nouvelle fois : 1) Le recul des prairies est observé dans tous les secteurs de la commune et dans tous les lieux-dits ; 2) Il se produit en exacte opposition de l'accroissement forestier, c’est-à-dire que les prairies ouvertes deviennent des surfaces boisées fermées ; 3) Même cette évolution s’établit très tôt, au début du XXème siècle, c’est-à-dire plus tôt qu’on le supposait jusqu’à présent. 15 Markus Pingold Université d’Erlangen Pour illustrer ces phénomènes, quelques photos comparatives doivent encore être observées : D’une part, les caractéristiques les plus importantes des paysages de prairies de Bad Hindelang ont été réunies dans la photo comparative 40. Et d’autre part, les prairies réservées aux bovins (photo comparative 36) ont été abandonnées aux prés qui constituaient autrefois la surface prédominante de la commune. L’exemple des prairies de Hirschberg (photo comparative 39) montre également de quelle façon les granges en tant qu'élément secondaire de l’exploitation traditionnelle des prairies témoignent des temps passés et marquent encore aujourd'hui l’image du paysage. Analyse des grands espaces En conclusion, les modifications les plus importantes des grands espaces doivent être ordonnées, pour servir d’aperçu, de synthèse et de classement des mutations de paysage. Sol de la vallée Vue dans sa globalité, la vallée a connu des modifications très profondes. L’exploitation purement agricole, qu’elle avait adoptée depuis le XIXème siècle à la suite des régulations d’Ostrach, a périclité à cause de cette mutation. Au lieu de cela, il existe dans ce secteur, un pluralisme de différentes formes d’exploitation. Le sol de la vallée a ainsi acquis un caractère très dynamique par rapport aux modifications. Un autre critère est que les modifications n’ont probablement jamais été achevées dans ce secteur, même si, par exemple selon la position actuelle de l’administration, le développement de l’urbanisation ne doit plus représenter de processus de surface. Le secteur situé entre Oberjoch et les pics prend une position privilégiée des espaces naturels sous forme d’un haut plateau avec de larges surfaces que la commune ne connaît pas ailleurs (photos comparatives 22.4, 26.3, 32). En raison d'une plus grande aptitude de ces surfaces à une exploitation agricole mécanique, l'accroissement forestier y est plus faible. C’est pourquoi ce secteur présente une pression très élevée à l’exploitation qui est apparue par le biais de l’expansion des surfaces urbanisées, des mesures fortes d’infrastructure pour la construction de routes, des terrains de sport qui nécessitent beaucoup de place et des détournements de fleuves et rivières. En outre, la croissance des haies le long des ruisseaux et la forte expansion du boisement autour de l’Ostrach est frappante. Versants et flancs C’est dans ce secteur qu'ont eu lieu les grandes modifications de surface des forêts et prairies. Le parc de surfaces ouvertes domine encore aujourd’hui dans les zones pentues inférieures (au moins sur les versants plats au Sud, qui peuvent être exploités mécaniquement). C’est sur les versants plus élevés que se situe encore presque uniquement le patrimoine forestier. L’alternance de forêts et prairies qui marquait autrefois le paysage dans les zones pentues supérieures (type de végétation appelé « Fleckerlteppich ») a pratiquement disparu. Le secteur des versants devait également supporter une série de nouvelles interventions, par exemple, les installations touristiques, les voies d’exploitation et bien d’autres. 16 Markus Pingold Université d’Erlangen Secteur de pacage Même si ce secteur n’a pas été étudié d’un point de vue de la surface, les quelques déclarations qualitatives suivantes ont pu être dégagées sur la base de considérations et d’analyses exemplaires. Les modifications de la vallée de Retterschwang ont été étudiées dans une analyse des photos aériennes des pacages de Nudler et Ställenalpe (photos aériennes comparatives 1). Ainsi on peut se reporter à des travaux préparatoires (VÖTT 1995), la seule fois pour l’ensemble de ce travail empirique. On a également pu enregistrer comme résultat dans ce grand espace un accroissement de la surface forestière simultanément avec un recul des surfaces centenaires de pacage. Les interventions frappantes pour les voies d’exploitation sont à attribuer d’une part aux programmes déjà mentionnés de soutien aux activités d’exploitation modernes des pacages et d’autre part au chablis ou au retraitement. La photo comparative 37 (itinéraire et maison centrale*) donne un autre exemple à Retterschwang. La photo comparative 44 donne trois exemples de pâturage à Hinterstein, où deux types de pâturage alpin abandonnés (« Taufersalpe », « Gehrenalpe ») ont été confrontés à une récente exploitation. La structure de l’économie de pacage étant soumise à des conditions particulières (subventions), les modifications de surface ont été plus faibles dans ce secteur. Terres incultes alpestres Dans cette zone atteignant pratiquement 2500 m à Bad Hindelang, on ne soupçonne probablement aucun élément de paysages transformés. Cependant, on a également trouvé dans ce secteur les premières interventions de l’Homme au cours de la période étudiée. Et, même si ça n’est que ponctuel ou linéaire, cela a participé à la formation d’un paysage transformé. Cependant dans ce cas, l’exploitation est uniquement liée au tourisme. Les variantes estivales ont entraîné par exemple la mise en place de chemins de randonnée, de sentiers d’escalade ou l’installation de refuges. Le tourisme d’hiver a progressé sous la forme de remontées mécaniques et de pistes jusque dans cette zone. Le projet le plus connu des hautes Alpes de l’Allgäu, les installations du Nebelhorn, ne se situe plus sur le territoire de Bad Hindelang. Cependant comme le Nebelhorn n’est pas très loin, les effets de ce tumulte se voient également dans la commune. Synthèse concernant la mutation des paysages transformés Dans une dernière étape de synthèse, les connaissances les plus importantes concernant les mutations du paysage transformé de Bad Hindelang doivent être rassemblées : Le caractère le plus frappant de la mutation du paysage transformé est son rythme très soutenu. D’un point de vue qualitatif (modifications profondes) et quantitatif (larges surfaces), * NdT : traduction sous réserves 17 Markus Pingold Université d’Erlangen les modifications du paysage sont de dimensions très importantes dans six domaines : urbanisation, infrastructure, forêt, prairies/pâturages, haies et éléments isolés/microstructures. Les modifications apparaissent dans tous les secteurs de la commune et dans tous les grands espaces/étages en altitude. Les processus de modification du paysage, en particulier ceux qui ne sont contrôlés qu’indirectement, sont apparus au début du XXème siècle et donc plus tôt qu'on ne le pensait. L’état actuel, par exemple en ce qui concerne l’expansion des surfaces urbanisées, était souvent déjà visible il y a 50 ans. La force d’impulsion qui se cache derrière les modifications visibles se décompose en premier lieu en quatre domaines : 1) Les raisons économiques : La principale cause des modifications de surface est la mutation de structure de l’agriculture, qui a laissé en friche de nombreuses surfaces. Cependant, il faut également prendre en compte le rôle du tourisme (besoin de surfaces, conséquences sur la construction, par rapport aux ressources lucratives de l’agriculture) ; 2) La mutation de la société (besoin plus grand en surfaces d’habitation et de loisirs) ; 3) Les interventions communales contrôlées (mesures constructives, entre autres) ; 4) Processus nationaux contrôlés (politique agricole, primes de reboisement). Ainsi, il faut noter que de nombreuses modifications ont été suscitées uniquement de manière passive (et par des relations qui ne sont souvent pas faciles à discerner). 5.2 Perception et évaluation – Analyse qualitative La sélection des personnes à interroger a été établie de manière très méthodique. Afin d’inclure tous les groupes de personnes impliquées dans le paysage de Bad Hindelang, il est apparu évident de former trois groupes : a) Les experts (spécialistes de l’administration communale, des forêts et divers fonctionnaires, dont la profession est liée à la forme du paysage) ; b) Les locaux (partie de tous les groupes de population, prise en compte de différents groupes d’intérêt) ; c) Et les touristes. Perception des modifications du paysage C’est dans le domaine de la perception concrète que sont apparues les premières grandes différences entre les trois groupes interrogés. Tandis que les modifications du paysage étaient perçues par tous parmi les experts et les locaux, sous quelque forme que ce soit (cependant, de manière très hétérogène en matière de précisions et intrinsèquement), elles n'étaient pas toutes identifiables pour certains touristes. En matière de précision, les différences dépassaient les attentes émises dans les hypothèses de travail. L’analyse des entretiens a établi que les modifications étaient perçues dans la plupart des cas dans l’ordre suivant : 18 Markus Pingold Université d’Erlangen 1) 2) 3) 4) Dégâts causés par des tempêtes ; Accroissement forestier / diminution des surfaces ouvertes ; Modifications liées à l’urbanisation ; Modifications liées aux infrastructures. À partir de cet ordre, on peut tirer deux conclusions : D’une part, il apparaît que pour les modifications les plus importantes, le lieu où elles se trouvent en réalité est effectivement supposé : dans le secteur des forêts et des prairies ; là où notamment ont été perçus les dégâts causés par les tempêtes. D’autre part, en ce qui concerne la question sur le paysage, les villages et les zones urbanisées ont été inconsciemment exclus par une partie des personnes interrogées. D’une certaine façon et contrairement à l’hypothèse générale, nous avons été surpris par le fait que les modifications étaient plus facilement perçues sur les photos à faible distance et avec peu de perspective que sur les photos qui offraient un aperçu global. Par rapport au début dans le temps de la perception des mutations du paysage, le propos des experts était de percevoir les processus existant depuis plusieurs décennies, qui était une connaissance des 5 à 10 dernières années, même si des individus1 l’indiquaient. Cependant, plusieurs décennies se sont écoulées avant que l’angle de vue nécessaire ne soit adopté. Rétrospectivement, on peut observer au moins deux phases temporelles : d’une part, la phase de la forte rationalisation de l’agriculture dont on peut voir les conséquences dans les grandes vagues de reboisement des années 1960-1970 ; d’autre part, les années 1980 - début des années 1990, au cours desquelles la rédaction multipliée de rapports sur le dépérissement forestier et les effets des tempêtes et des scolytes a donné à la forêt l’image d’un malade dans l'opinion publique. De ce point de vue, il n’était pas possible de discerner plus tôt les modifications réelles des proportions du paysage comme le prouvent par exemple les photos comparatives de 2001. On remarque en particulier chez les touristes que les réponses (et donc la perception) se modifiaient souvent à partir du moment où ils avaient vu la première photo comparative et qu’ils avaient ainsi détecté les points essentiels de la modification. En général, la première photo comparative produisait également d’autres déclarations comme indiqué ci-après. Perception de l’accroissement forestier Illustration n° 18 : Un paysage qui recèle des siècles de travail : Autrefois, des terrasses champêtres, aujourd’hui des prairies et demain la forêt ? 1 Parmi les experts : 2 sur 16 19 Markus Pingold Université d’Erlangen On observe parmi les trois groupes, en particulier chez les locaux, que les importants dégâts causés par les tempêtes des années 1990, qui sont encore considérés comme les « stigmates du paysage », ont été classés comme significatifs par les habitants (première association dans la rubrique « Forêt ») plus souvent que l’accroissement forestier réel. Il est apparu que l’impression de ces dégâts sur presque tous les touristes mais également sur une partie des locaux obstruait leur regard sur le véritable accroissement forestier. La thèse selon laquelle les modifications apparaissant brusquement étaient perçues plus facilement que les processus rampants a donc été confirmée. L’hypothèse, selon laquelle les habitués qui viennent dans la vallée d’Ostrach depuis plusieurs années pouvaient le mieux détecter les modifications du paysage, n’a pas pu être confirmée. On a pu déterminer chez quelques nouveaux visiteurs une observation du paysage plus précise (emploi perceptible de l’opposition du paysage et des nouvelles constatations de mutation du paysage) que chez les touristes plus anciens. Les habitués montraient une plus grande tendance aux considérations clichées sur le paysage, comme si leur regard n’était plus du tout neuf sur le paysage mais rempli d’images idéales attendues. Il est également apparu que de nombreux experts citaient les dégâts causés par les tempêtes en premier, mais la plupart avaient une perception différenciée et reconnaissaient l'extension effective des surfaces. Bon nombre d’experts ont pu non seulement décrire les mutations du paysage de manière différenciée mais ils ont également pu comparer les modifications avec les anciens paysages typiques de l’Allgäu. Parmi la population, les opinions divergeaient : environ la moitié des personnes interrogées n’avait pas détecté l'augmentation des surfaces forestières jusqu’à la confrontation des photos comparatives. D’autres locaux pouvaient au contraire décrire les modifications de manière très pertinente. Il est intéressant d’observer une répartition en deux parties des locaux interrogés, qui ont perçu la modification du paysage soit de manière très précise soit presque pas. Une position intermédiaire a rarement été trouvée. Cela montre que visiblement un moment de reconnaissance est nécessaire et qu'ensuite la perception et la description précise des modifications ne sont plus aussi difficiles. Un agriculteur ayant déclaré qu’à sa connaissance, aucune surface agricole utile n’a été reboisée au cours de la dernière décennie, mais uniquement les surfaces touchées par les tempêtes, les forêts protectrices et les exploitations forestières, a apporté une appréciation temporelle qui est difficile à vérifier par d’autres moyens (statistiques, etc.) en raison de la part importante du domaine forestier privé, mais qui paraît réaliste. Illustration n° 19 : Un des nombreux éléments qui ne peuvent pratiquement plus être photographiés aujourd’hui car les surfaces ont depuis longtemps fait place à la haute forêt : des prairies à Hindelang. 20 Markus Pingold Université d’Erlangen Contrairement aux experts, les touristes n'avaient aucune perception ou présomption de l'accroissement forestier. La supposition que la forêt avait diminué s’est faite unanime. L’effet de surprise que déclenchaient les photos comparatives était tout aussi grand. Les dégâts causés par les tempêtes étaient certes décrits par les touristes mais, contrairement aux deux autres groupes, ils n’étaient pas reconnus en tant que tels. Des intérêts économiques (exploitation du bois) ou touristiques (défrichage pour les pistes de ski) présumés étaient beaucoup plus souvent avancés comme raisons du défrichage visible des surfaces. Perception de l'augmentation de l’urbanisation En ce qui concerne la perception des modifications liées à l’urbanisation, les trois groupes se distinguent dans la mesure où les experts et les locaux ont pu estimer précisément les modifications de manière semblable alors que les touristes pratiquement pas. Cependant et contrairement aux modifications de la forêt, des questions complémentaires ont souvent été nécessaires afin d’aborder le sujet des modifications liées à l'urbanisation. Outre l’évolution globale des surfaces, les mesures spécifiques (par exemple, l’affectation d’une zone constructible) ont souvent été prises en considération. L’exploitation des surfaces et le fait que la surface urbanisée (les terrains de sport compris notamment) a doublé au cours des 50 dernières années et que le nombre d’habitants a légèrement diminué, ont créé la surprise et n'avaient été évalués exactement de cette manière que par quelques personnes interrogées. Perception des modifications des infrastructures Généralement, les experts ont reconnu précisément les modifications d’infrastructures. Il convient de mentionner particulièrement le raisonnement d’un expert selon lequel la conservation du paysage ouvert à Oberjoch est à attribuer aux remontées mécaniques car cela apporte beaucoup à la discussion. Le point clé de la perception de la population repose entre autres sur les voies d’exploitation apparues au cours des 15 dernières années, qui ont par exemple été mises en place pour réparer les dégâts causés par les tempêtes et qui marquent l’image du paysage. Évaluation de la mutation du paysage Dans l'évaluation des modifications du paysage, on peut différencier d'une part les causes esthétiques, rationnelles et émotionnelles et d’autre part les secteurs spécifiques des modifications. L’argument esthétique qui a été avancé en premier lieu par les experts se fonde sur des sensations subjectives. Ainsi, certains adjectifs ont été attribués au paysage (par exemple, « paysage accueillant ») et en conséquence, la forme historique ou actuelle du paysage était perçue comme plus belle. Parmi les experts, l’ancien paysage marqué par une part supérieure d'espace ouvert et des zones urbanisées moindres était, presque sans exception, évalué de manière plus positive. Le paysage historique éveillait par exemple une association d’idées d’un « parc de paysage » qui apparaît aujourd’hui comme un grand ensemble fini non seulement d’un point de vue économique (rapport productif immédiat entre le paysage et les personnes qui en vivent) mais également d’un point de vue esthétique. En ce sens, les personnes interrogées regrettaient le caractère intrinsèque passé et perdu, marqué par les nombreux tons de vert et les modèles changeants de prairies. 21 Markus Pingold Université d’Erlangen Les séries d'arguments rationnels replaçaient la mutation du paysage dans le contexte de l’élargissement européen à l’Est et des contraintes de la mondialisation et l’acceptaient comme l’adaptation logique aux nouvelles conditions économiques. En ce qui concerne le futur développement, un tel point de vue formait le fondement des opinions qui partaient du fait que le processus de mutation du paysage n’était guère influençable. On rencontrait déjà chez les experts des visions très pessimistes à ce sujet. Les réflexions, qui portaient sur les conséquences de l’inversion des proportions du paysage, pouvaient également être considérées comme rationnelles. Ainsi, on peut tirer la conclusion que les banalités et le rejet de toute modification n’entraient pas dans le débat mais qu’il s’agissait beaucoup plus de déclarations détaillées. On a pu constater une troisième dimension, de l’ordre de l’émotionnel, parmi un groupe d'experts et de nombreux locaux. Comme les raisons rationnelles n’étaient pas loin, comme indiqué précédemment, l’aspect émotionnel ne portait pas préjudice ; la subjectivité n’est pas péjorative. Une identification personnelle avec le paysage peut être d’une plus grande aide pour obtenir des traits caractéristiques de ce paysage et le sentiment pour ce paysage et ses modifications. En outre, cela peut créer une motivation à prendre ses responsabilités envers le paysage. Ainsi on empêche que le paysage devienne un élément quelconque : Un autre aspect émotionnel peut également être déterminé et qui a joué un rôle important et inattendu pour de nombreux locaux et experts : Aussi bien l’accroissement forestier naturel rampant incontrôlé des suites de l’exploitation des surfaces que la gestion forestière seminaturelle en partie consciente, en partie involontaire, ont été repoussés par les personnes interrogées de manière affectée. Par exemple, le bois mort qui est abandonné après le passage d’une tempête car les frais du traitement entraîneraient une augmentation de la valeur du bois, est perçu comme une perte de ressources utiles. Il est encore plus significatif que l’abandon des anciennes surfaces utiles est considéré comme un gaspillage des surfaces de production de denrées alimentaires. Dans cet esprit, on peut également observer que c'est considéré comme une perte lorsque les constructions des pâturages tombent en ruine, que les surfaces utiles des forêts disparaissent et que les travaux souvent très détaillés pour la conservation du paysage transformé sont négligés. Dans ce contexte, les éléments émotionnels, que montrent de nombreux habitants de l’Allgäu lorsqu’ils parlent de leur paysage, sont importants. Ce qui est valable pour les ascensions de montagne, s’applique ici aussi : Les montagnes, auxquelles on ne peut pas accéder facilement et seulement au prix d'efforts, offrent une expérience intense. Avec un paysage transformé qui a été créé péniblement et qui est menacé par des dangers naturels, le comportement est manifestement similaire. Ainsi s’explique aussi le fait que les habitants de l’Allgäu – ou plus généralement dans les régions montagneuses et en particulier dans les régions (comme à Bad Hindelang) où de nombreuses personnes vivent directement ou indirectement du tourisme – éprouvent non seulement une dépendance économique au paysage, puisque les visiteurs viennent pour le paysage et les montagnes, mais également un lien émotionnel. Cela est toujours revenu dans les nombreux entretiens qui ont permis de déterminer la perception des mutations du paysage et la mise au point sur le paysage. Les paroles d’un habitant de l’Allgäu illustrent cela de manière impressionnante : « Cela me fait simplement du bien de m'arrêter dans un beau paysage. Pour moi, c’est la valeur inestimable [du paysage] qui n’a pas de prix. C’est une pure qualité de vie. Pour moi, c'est le "foyer" dans toutes les formes. C’est une relation émotionnelle très étroite. Je crois que tous les habitants de Bad Hindelang le voient de la même façon. Je crois que c’est encore plus marqué chez nous que dans d’autres régions, comme par exemple à Augsbourg. » Au fond, ces quelques lignes montrent la structure complète de la perception 22 Markus Pingold Université d’Erlangen quasi-émotionnelle du paysage : Tout d’abord, un paysage est simplement perçu comme beau. Comme ce sentiment est perçu comme agréable, l'esthétisme du paysage devient de cette façon un élément émotionnel. Photos 20 et 21 : une autre forme de mutation du paysage : clôture traditionnelle et mur moderne. Évaluation de l’accroissement forestier La croissance massive de la forêt a été jugée, souvent mais pas toujours, de manière négative par les experts. Des comparaisons précises comme « l’évolution de la Forêt Noire », expression que les locaux ont couramment employée, ont été rejetées pour la plupart, car d’une part, elles témoignent d’associations négatives et, d’autre part, elles sont considérées comme loin de la réalité. L’augmentation des buissons le long des cours d’eau et des limites de parcelles a été évaluée comme négative par certains experts (perte du caractère ouvert) mais comme positive par d’autres. Il n’a pas été possible de dégager une pensée unique sur ce point. Illustration n° 22 : Aujourd’hui hors d’usage. Une grange délabrée. Parmi le groupe des experts, d’importantes différences sont apparues entre les différentes spécialités. Dans ce contexte, il est très instructif d’évaluer le fait que même les gardes-forestiers ne considéraient pas l’accroissement forestier objectivement comme positif mais qu’ils voyaient la forêt uniquement dans son rôle dans la structure globale du paysage transformé. C’est sans aucun doute une vision moderne globale. La vision de l’agriculture s’est vue partagée en deux parties. Pour de nombreux agriculteurs, le point de vue traditionnel basé sur la production de denrées alimentaires représente la seule solution "cohérente". D’autres, au contraire, se sont montrés ouverts aux nouveaux rapports économiques et ont déclaré qu’ils pouvaient très bien interpréter la production de paysages comme le sens essentiel de leur activité. 23 Markus Pingold Université d’Erlangen Le point de vue classique de protection de la nature a été adopté par les associations de protection de la nature (analyse critique de l’accroissement forestier conjointement au rejet de l’état désastreux des prairies grasses) alors que sous différents aspects, des points de vue standard sont apparus, qui ne reflétaient pas la réelle évolution. Par exemple, l’hypothèse selon laquelle les haies avaient diminué s’est avérée fausse. Les institutions officielles de protection de la nature nous ont surpris en rejetant la gestion des paysages car l’agriculture n’a plus aucun sens sans le fondement de production économique. Ainsi, des personnes du monde agricole et de la protection de la nature ont finalement fait des déclarations similaires même si c’était dans des argumentations différentes. Contrairement aux experts, tous les touristes interrogés2 sans exception ont jugé les photos actuelles positives avec une part plus importante de forêt. Les locaux ont pris une position intermédiaire entre les deux extrêmes de l’évaluation positive de l’ancienne image du paysage faite par les experts et de la nouvelle image du paysage faite par les touristes. Les opinions pour et contre la situation actuelle représentaient à peu près la même part. Les personnes qui définissaient la forme actuelle du paysage comme plus belle ou de plus grande valeur, basaient leur jugement sur le « côté naturel » qui, selon eux, était associé à un domaine forestier plus important. On peut tirer des conclusions des déclarations de la population, à savoir qu’une afforestation des zones pentues et une part forestière beaucoup plus importante dans l’ensemble sont visiblement acceptées tant que la vallée conserve son caractère de paysage ouvert. En outre, il semble qu’il y ait une certaine limite dans l'augmentation de la surface de la forêt à partir de laquelle la proportion de forêt n'est plus ressentie comme positive. Évaluation de l’augmentation de l’urbanisation En ce qui concerne l’augmentation de l’urbanisation, des évaluations divergentes sont également apparues, allant d’une acceptation totale jusqu’à un rejet déterminé et au regret de l’invasion du paysage. La question du développement souhaitable futur et du potentiel d'évolution des surfaces a également été considérée de manière différente et même de manière surprenante. Les points de vue suivants semblent importants : Une légère majorité des opinions (en particulier, chez les experts mais également chez les locaux) penche pour une utilisation économe des surfaces non construites et pour un entretien conscient des prairies, des connexions vertes (voies visuelles) et la séparation spatiale des lieux-dits dans la vallée. Cette conception s’accorde avec la directive officielle communale (aussi bien au niveau de la commune que du district) du « développement vers l’intérieur, avec un compactage des constructions et sans une expansion des surfaces vers l’extérieur ». 3 D’autres participants jugeaient même souhaitables les développements légers de construction à la périphérie, dans l’esprit d'un développement du site qui donnerait de la latitude pour l'avenir. 2 Au total, l’opinion de 20 touristes a été recueillie au cours de 16 entretiens détaillés. Cette ligne directrice a été décrite par la commune dans « l’abrégé de construction » local et par le district dans un plan directeur pour l’urbanisation. 3 24 Markus Pingold Université d’Erlangen Contrairement au premier groupe, plusieurs personnes interrogées (parmi la population et les touristes) considéraient un débordement de la surface de la vallée (fin de la parcelle non construite entre Bad Oberdorf et Bad Hindelang) comme possible et pas obligatoirement négatif. Ce dernier point de vue n’a cependant aucune chance d’être réalisé dans la situation actuelle de prise de conscience du paysage et ne présente en outre aucune nécessité au vu du recul du nombre d’habitants dans la commune. Évaluation des modifications des infrastructures L’évaluation des modifications des infrastructures s’est concentrée sur deux domaines qui ont été jugés à la fois positifs et négatifs : l’augmentation des voies d’exploitation et des rénovations techniques dans le domaine des installations de sport d’hiver. Dans ces deux cas, les évaluations ont été légèrement influencées par les discussions sur les investissements menées de manière intensive au cours des dernières années. Selon le point de vue, les rénovations des chemins de fer de montagne, les installations d'enneigement et le Bike Park, entre autres, ont été décrits comme un « complément » ou un « appauvrissement » de l’image touristique. Savoir si l’idée du paysage transformé et du tourisme paisible souffre des modifications les plus récentes ou si un compromis peut être trouvé est encore actuellement une des questions les plus captivantes. L’hypothèse selon laquelle la jonction entre différents points clés touristiques peut être établie avec succès et de manière authentique est émise aussi bien par les locaux que par les experts tout comme son contraire, la crainte que l’on y perde en crédibilité si l’on ne se décide pas pour une orientation claire. 6. Problématique La mutation du paysage alpin comme facteur de risque ? - Scénarii futurs Tout comme les principaux processus de mutation du paysage, l’estimation du développement futur se divise en deux domaines : l’évolution future de l’espace ouvert de forêt et l'évolution future de l'urbanisation. Tous les experts sans exception ont vu de manière réaliste que la tendance actuelle ne pouvait pas être modifiée fondamentalement à court terme en raison de la dimension et du rythme de la mutation du paysage : l'évolution du paysage n'est pas voulue ainsi mais elle ne peut pas non plus être arrêtée. Parmi les conséquences de l’évolution passée et actuelle, il apparaît inéluctable à bon nombre d’experts que l’on doive oublier l’image du paysage passé qui marque encore l’image de l’Allgäu chez les générations actuelles. Le fait que l’évolution du paysage est aujourd’hui soumise de manière plus marquée aux conditions des subventions qu’aux véritables processus économiques a également été mis en évidence par une des personnes interrogées. Au contraire, d’autres souhaitaient préciser que, du moins dans une certaine proportion, non seulement les conditions cadres mais également les interventions de l’Homme sur le paysage influenceraient l’évolution. Tandis que l’évolution de l’urbanisation doit être facilement contrôlée grâce aux restrictions communales concernant les permis de construire, le développement futur des surfaces de 25 Markus Pingold Université d’Erlangen forêts et de prairies semble ne pas être contrôlable du point de vue des experts et des locaux. Cependant il est clairement apparu que le développement en lui-même ne pouvait pas continuer mais que des secteurs choisis, intéressants par exemple d’un point de vue touristique ou écologique, pouvaient être conservés en leur état actuel. En résumé, on peut dire qu'un contrôle futur du paysage doit être déterminé sur la base d’un nouveau rapport économique encore à établir entre paysage et tourisme. Un fait, qui a été mis en évidence à égale mesure par les personnes interrogées des trois groupes, est évident aujourd’hui : Le tourisme profite aujourd’hui encore d’un paysage qui est apparu dans de toutes autres conditions économiques et qui n’existera plus sous cette forme encore fiable d’ici quelques générations. Dans quelle mesure le tourisme reconnaît la signification économique, écologique et émotionnelle du paysage transformé et s’il est prêt à en endosser la responsabilité est une des questions les plus importantes du futur proche. Comme il apparaît important de considérer la possible évolution de l’image du paysage sans la séparer des idées sous-jacentes du triptyque Homme – exploitation du paysage - paysage, la considération suivante ne se base pas sur les modifications visibles du paysage mais sur le rapport au paysage. À partir des résultats de l’enquête, on peut déduire trois scénarii du rapport futur au paysage, dans lesquels différentes évolutions du paysage se dégagent : 1) Séparation de l’économie humaine et du tourisme du rapport au paysage ; 2) Un modèle écologique « light » avec différents points clés pour le tourisme ; 3) Concept classique du modèle écologique avec un tourisme doux et un rapport étroit entre l’économie locale et le paysage. Les trois scénarii couvrent toute l'étendue de l'évolution possible. Les scénarii 1 et 3 forment ainsi les extrêmes des opinions qui sont importantes, même si elles ne sont pas fortement représentées, car elles montrent quelle conception pour la conservation (au moins dans la démarche) d'une image fiable est nécessaire (scénario 3) ou de quel point de vue le comportement par rapport au paysage peut être contrôlé. Le premier scénario n’est pas si improbable, comme cela peut le sembler au premier abord, car il voit la modification du paysage finalement comme une adaptation logique aux nouvelles conditions économiques et, c’est ce qui est décisif, il est prêt à accepter cette évolution. Les adeptes de cette vision étaient représentés dans les trois groupes (cependant, chez les experts, cette opinion n’était partagée que par une personne appartenant aux institutions officielles de protection de la nature). Il reposait en partie sur le point de vue précédemment détaillé des touristes, selon lequel le caractère majeur du paysage (dans le rapport de la forêt et des espaces ouverts) doit être abandonné et que des accentuations ponctuelles importent beaucoup plus. Le paysage, qui résulte à long terme d’une telle vision, diffère profondément de l'image du paysage traditionnel de l'Allgäu, qui reflétait les conditions économiques du XIXème siècle et qui a bâti les fondations du tourisme estival du XXème siècle. La plupart des opinions ont pu être coordonnées de manière chiffrée dans le deuxième scénario. Il s’agit vraisemblablement de l’évolution qui a été instaurée par la commune au cours des dernières années. Ainsi, à la fin des années 1990, on a réagi aux contraintes économiques dans le domaine du tourisme et on s’est décidé à suivre à l’avenir l’orientation touristique sous trois angles. L’idée du tourisme de randonnée paisible représente donc un 26 Markus Pingold Université d’Erlangen axe, les deux autres accentuations sont le thermalisme et les sports d’hiver. Comme l’a montré le débat public de ces dernières années, il n’a pas toujours été facile de rassembler les intérêts du paysage dans ces diverses orientations. L’image future du paysage, qui conduit à une telle conception, est très difficile à dessiner car elle contient de nombreuses inconsidérations. Par exemple, du point de vue actuel, il ne se dégage pas clairement quelles tendances vont être adoptées dans le cadre d'un tel concept et si on va parvenir à trouver un compromis acceptable pour toutes les parties prenantes. La seule certitude est qu’un tel compromis doit se différencier des deux extrêmes que sont la transformation en un véritable musée et la technicité touristique. La conservation en musée n'est en aucun cas une solution, et ce à deux niveaux : d’une part, car elle n’a aucune justification économique et d’autre part, car il semble impossible de maintenir les proportions des surfaces en raison du dynamisme de l’espace naturel (rythme et dimension des modifications de surfaces). Le troisième scénario représente l’opposé du premier et reflète l’opinion des personnes qui considèrent « l’adaptation » des dernières années comme un « appauvrissement » de l’ancienne image touristique et qui donc la rejettent. Parmi la population mais également parmi les experts, quelques voix exprimaient cette vision dont l’objectif est un enchevêtrement étroit d'une agriculture productive et d’un tourisme local dans l’esprit de l’ancien modèle écologique de Hindelang. Ainsi, la motivation des agriculteurs pour l'exploitation des surfaces devrait être maintenue. Dans ce cas, le paysage devrait encore moins se modifier, par comparaison à l’image traditionnelle du paysage transformé des petits paysans. Idées de conversion Susciter une prise de conscience sur la mutation du paysage Les résultats montrant que : a) la mutation du paysage en elle-même n’est perçue que de manière ponctuelle et b) les effets qu’elle a sur les communes des Alpes vivant du tourisme ne sont pas clairement identifiés, il semble responsable de susciter une prise de conscience publique concernant les modifications. Le principal objectif est donc que la signification du paysage soit reconnue comme principe économique et que les effets économiques de la mutation du paysage soient calculés. Dans le cadre de la crise financière internationale actuelle, il semble plus qu’opportun que les principes économiques d’une commune orientée à plus de 80 % vers le tourisme soient connus et que les risques que les modifications de ces principes de vie économiques entraînent puissent être évalués. 27 Markus Pingold Université d’Erlangen Publications scientifiques et de vulgarisation (tirage : 25 000) Exposés (plus de 100 auditeurs) Mise en application des connaissances des mutations du paysage dans l’opinion publique Exposition des tableaux de photos comparatives Deux contributions télévisuelles sur la mutation des paysages à Bad Hindelang Illustration n° 23 : Aperçu des mesures de sensibilisation du public Au cours des entretiens réalisés avec les acteurs locaux de la commune et de l’office des forêts, il est ressorti, sur la base d’un exemple, comment la responsabilité du paysage pouvait être vue. Le résultat de l’analyse des modifications du paysage a ainsi été établi : De nombreux points panoramiques et bancs publics situés le long des chemins de randonnées ne peuvent plus assurer leur fonction d’origine de perspective car la perspective a été coupée par la croissance de la végétation forestière (cf. illustration n° 12). Ces bancs ont été dégagés par les jeunes de l’association alpine allemande lors d’une journée d’action (cf. illustration n° 13). Même si ces mesures ponctuelles ne peuvent naturellement pas modifier le caractère du paysage, celle-ci avait un double objectif : D’une part, par une action simultanée de sensibilisation du public (cf. illustration n° 14) à la mutation du paysage, la population devait en prendre conscience. D’autre part, les bancs devaient retrouver leur fonction d’origine, à savoir la perspective et la possibilité d'une perception consciente du paysage (regard sur l'ensemble de la vallée d'Ostrach). Photos 24 et 25 : Banc disponible pour la perspective mais qui est bouchée par la végétation au-dessus de Bad Hindelang et les jeunes de l’association alpine allemande qui dégagent la vue depuis ce banc. 28 Markus Pingold Université d’Erlangen Illustration n° 26 : Interview de l’auteur pour la télévision dans le cadre de la sensibilisation du grand public. Afin de faire connaître à la population le processus de mutation du paysage, deux reportages portant sur ce travail ont été réalisés en 2004 et 2006. La collaboration avec la CIPRA Allemagne représente un autre point important de la conversion. Les résultats de mon travail complètent le travail de la CIPRA. La CIPRA a largement contribué au travail de sensibilisation du grand public dans le cadre du projet, notamment avec l’édition d’un livre (qui reprend en grande partie mon travail) et par la création d’un site Internet spécifique. Toutes les photos comparatives de ce travail et de nombreuses informations complémentaires peuvent être consultées à l’adresse www.landschaftswandel.com. Plaidoyer pour une nouvelle image des Alpes à l’école Les résultats sont également significatifs et représentatifs du paysage mais ils ne sont pas encore intégrés dans les manuels de géographie allemands, autrichiens et suisses. Actuellement, les ouvrages de toutes les maisons d’édition sont encore marqués par l’image des Alpes victimes du drame écologique. L’illustration n° 27 représente une image des manuels scolaires caractéristique dans son contenu et sa signification. Le travail à venir devra être : a) d’amener nos connaissances sur la mutation du paysage dans les cours de géographie et ainsi de remplacer la vision répétée et unilatérale de l’image des Alpes et b) d’introduire la méthode de comparaison photographique qui est très riche en enseignements. Les premiers pas ont déjà été faits dans ce sens par le biais de formations continues, de cours et de petites contributions à des manuels scolaires. Le chemin restant à faire paraît encore long mais il est clair. Actuellement, il s’agit d'une conversion des résultats de ce travail qui semble payante, car ainsi les conclusions sur la mutation du paysage auront une influence très large (dans toutes les écoles) et durable (sur l'image des Alpes que se font les écoliers). Les résultats de ce travail sont donc en bonne voie d’atteindre une prise de conscience de l’opinion publique et pas seulement au niveau régional de l’Allgäu. 29 Markus Pingold Université d’Erlangen Photos 27 à 29 : La confrontation entre les illustrations d’un manuel scolaire (à gauche) et des photos comparatives (versants Est du Wertacher Hörnle dans l’Allgäu, 1895 et 2001) permet de voir que la problématique est trop simplifiée et que la représentation est en partie trop plane. Légende : Il y a 80 ans Il y a 40 ans Aujourd’hui 30