More is different : La notion d`émergence et les expressions figées

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More is different : La notion d`émergence et les expressions figées
More is different :
La notion d’émergence et les expressions figées
Béatrice Lamiroy
Université de KuLeuven- FRANITALCO
1. Introduction
C’est avec un immense plaisir que je dédie cet article à Christian Leclère qui réussit un
beau triplé: être un des linguistes que je fréquente depuis le début de ma carrière (donc
depuis des lunes), être un des meilleurs syntacticiens que je connaisse et être un des
rares collègues avec qui je n’ai passé que de bons moments. Autrement dit, on est
collègue ET amis et j’espère que la retraite ne signifiera ni la fin de notre collaboration
ni celle, encore moins, de notre amitié.
Une des préoccupations scientifiques qui nous a rapprochés ces dernières années est le
travail que nous avons entrepris, à la suite de Maurice Gross, sur les expressions figées
(Lamiroy & Leclère 2001, Lamiroy et al. 2010). La recherche, longue et pénible,
d’une définition satisfaisante de la notion d’expression figée (Lamiroy 2003 et 2008)
nous a amenés à retenir comme une des propriétés de l’idiomaticité, sans doute la plus
importante de toutes, la non-compositionnalité sémantique: dans les cas d’une
expression typique telle que porter le chapeau ou vendre la mèche, l’ensemble de
l’expression figée ne signifie pas ce que signifient les parties.
Nous ne savions pas à l’époque que ce phénomène linguistique a un pendant bien
connu en physique, qu’on appelle le concept d’émergence. Le prox Nobel Phil
Anderson publia un article resté célèbre (Anderson 1972), intitulé More is different,
dans lequel il montre comment le comportement global de certains systèmes peut
différer foncièrement des multiples éléments qui sont constitutifs de l’ensemble, au
point de ne plus être comparable du tout avec eux. Est émergent ce qui apparait
comme un comportement nouveau ou imprévisible, apparemment indépendant des
éléments atomiques de départ. Ainsi, la transition entre des phases macroscopiques
comme celles qui transforment l’eau en glace ou en vapeur est spectaculaire: David
Hume cite cet exemple dans An Enquiry on Human Understanding (1748) et raconte
l’histoire du roi de Siam (l’actuelle Thailande) qui ne croit pas ce que lui raconte un
ambassadeur des Pays-Bas, à savoir que l’eau gelée peut supporter le poids d’un
éléphant. Le roi de Siam n’y croit pas parce qu’il n’a jamais vu ce miracle de ses
propres yeux. Pourtant ces changements drastiques et parfois subits existent, sans
qu’ils n’entrainent toutefois de changement au niveau des atomes: la glace ne diffère
en rien de la vapeur du point de vue microscopique. De même, les grains de sable
étudiés récemment par d’autres physiciens (Aranson et Tsimring 2008) peuvent former
2
des dunes, des avalanches et des chateaux, tout comme ils peuvent voler et être fluides
comme un liquide. Mais du point de vue microscopique, ils restent des grains de sable.
Si on y réfléchit, le principe de more is different s’applique parfaitement bien aux
expressions figées qu’on pourrait considérer au niveau sémantique comme un cas
d’émergence: du point de vue du sens, le tout ne ressemble pas aux parties. C’est en
fait exactement ce que suggère la définition donnée par le dictionnaire Cobuild
Dictionary of Idioms (2002: V):
An idiom is a special kind of phrase. It is a group of words which have a different meaning
when used together from the one it would have if the meaning of each word were taken
individually (je souligne).
J’appliquerai d’abord ce concept emprunté aux sciences exactes en prenant des
exemples dans deux langues qui ont été ou sont actuellement le véhicule des sciences,
les dures comme les molles: le latin et l’anglais. Cela montre que le principe est
valable quelle que soit la langue, il dépasse en tout cas clairement la langue sur
laquelle nous avons travaillé, le français. Les échantillons examinés se limitent à deux
classes lexicales qui fournissent nombre d’expressions et qui mériteraient chacune 1
qu’on leur consacre un ouvrage entier, 2 celle des noms parties du corps et celle des
animaux.
J’illustrerai ensuite l’émergence des expressions en empruntant quelques exemples à
l’italien, en particulier à la langue informelle des jeunes, qui comme on le verra, est à
certains égards proche d’un domaine qui a toujours intéressé de près Christian Leclère,
l’argot. 3
2. Les expressions figées en latin
L’échantillon des expressions latines analysées ici, empruntées au dictionnaire de De
Rudder (2002), ont une propriété lexicale en commun: toutes les expressions
contiennent un nom partie du corps, un Npc. On comprend que des locutions de ce
genre soient fréquentes: les parties du corps se prêtent par excellence au procédé de la
métaphore, et comme elles entrent par définition dans une relation de partie-à-tout,
elles peuvent également être aisément exploitées par métonymie. Les deux
mécanismes sont bien connus et très productifs, c’est-à-dire à la base de beaucoup
d’expressions figurées. Comme dans la très grande majorité des cas, les parties du
1
Certaines expressions contiennent d’ailleurs les deux à la fois, par ex. prendre le taureau par les
cornes, ou contiennent un Npc qui renvoie à un animal, comme avoir du plomb dans l’aile ou se
pourlécher les babines.
2
En fait, comme C. Leclère se souviendra, cette idée a été évoquée par certains membres de l’équipe
pendant les travaux consacrés au dictionnaire BFQS (cf. Lamiroy et al. 2010).
3
Je remercie mes étudiantes Alicia Eelen, Johanna De Bie et Elien Nuyttens qui ont fait leur mémoire
de licence respectif sur les expressions figées dans ces trois langues.
3
corps figurant dans l’expression n’ont pas leur sens référentiel (caput / tête dans caput
sibi frangere / se casser la tête renvoie plutôt au contenu de la tête, le cerveau, tout
comme casser ne signifie d’ailleurs pas ‘rompre’ ici, etc.), le sens global de
l’expression ne peut qu’être émergent.
Des 50 expressions latines examinées, la majorité (31 expressions) ont un équivalent
qui correspond à une expression contenant un Npc en français, ce qui n’est guère
surprenant vu la proximité des deux langues. Cependant, dans dix cas seulement, le
Npc est identique, par exemple:
(1)
a. Caput sibi frangere
‘se casser la tête’
tête se-DATIF casser
b. Oculi avidiores sunt quam venter
‘avoir les yeux plus grands que
les yeux plus avides sont que le ventre le ventre’
c. Ossa ac pellis totus esse
‘n’avoir que les os et la peau’
des os et de la peau tout être
Les Npc sont parfois en partie les mêmes:
(2)
a. Unguibus ac pedibus repugnare
‘se défendre bec et ongles’
avec les ongles et les pieds se défendre
b. Nec caput nec pedes habere
‘n’avoir ni queue ni tête’
ni tête ni pieds avoir
Mais dans 19 cas, il s’agit d’un Npc différent, la différence entre les deux langues
n’étant d’ailleurs pas toujours spectaculaire (par ex. dans 3a-c):
(3)
a. Digitum non discedere
‘ne pas s’éloigner d’un pouce’
un doigt ne pas bouger
b. Compressis manis sedere
‘ne pas bouger le petit doigt’
avec les mains serrées être assis
c. Pendere ab ore narrantis
‘être suspendu aux lèvres de qqn’
pendre de la bouche du narrateur
d. Usque ab unguicolo ad capillum summum
‘des pieds à la tête’
de l’ongle jusqu’au dernier cheveu
e. Tenere lupum auribus
‘prendre le taureau par les cornes’
tenir le loup par les oreilles
f. Quod in buccam venerit [scribere]
Ce qui vient à la bouche [écrire]
4
‘[écrire] ce qui passe par la tête’
Des dix-neuf expressions avec Npc qui n’ont pas d’équivalent avec Npc en français,
neuf correspondent à des expressions (4), tandis que dix autres ne peuvent être rendues
que par une paraphrase (5):
(4)
a. Manus vobis do
‘je me rends à l’évidence’
mes mains à vous je donne
b. Corniculum oculis configere
‘bayer aux corneilles’
la petite corneille avec les yeux fixer
c. Surdibus auribus dicere
‘prêcher à un sourd’
à de sourdes oreilles dire qqch
d. In stomacho ridere
‘rire sous cape’
dans l’estomac rire
e. Manus manum lavat
‘rendre la pareille’
une main une (autre) main lave
(5)
a. Auriculas asini quis non habet? ‘qui n’a pas de manies ?’
des oreilles d’âne qui n’a pas ?
b. Molli bracchio tractare
‘traiter qqn avec gentillesse’
avec un mou bras traiter
c. Fronti non credere
‘ne pas croire aux apparences’
au front ne pas croire
Du point de vue syntaxique, on voit qu’en latin comme en français, la structure des
expressions figées ne diffère guère de celle de la phrase libre: on y trouve des
constructions intransitives (ex. 3b-c-f, 4d) comme des transitives (1a, 3a-e, 5b), elles
contiennent des verbes lexicaux tout comme les verbes être (1b-c) et avoir (2b, 5a),
des phrases négatives (2b, 3a, 5a-c) ou interrogatives (5a). Deux propriétés évidentes
opposent typologiquement le latin au français: là où l’expression française contient des
syntagmes prépositionnels, le latin recourt à la déclinaison casuelle, souvent le datif
(fronti par ex. dans 5c) ou l’ablatif (bracchio par ex. dans 5b). D’autre part, l’ordre des
mots, fixe en français, était libre en latin, tant pour la phrase libre que pour les
locutions figées.
2. Les expressions figées en anglais
5
La comparaison avec l’anglais aboutit aux mêmes cas de figure notés ci-dessus pour le
latin. Dans un tiers des cas 4, l’expression contient le même nom d’animal dans les
deux langues :
(6)
a. To fall like flies
‘tomber comme les mouches’
b. To play cat and mouse
‘jouer au chat et à la souris’
c. Cats always land on their feet
‘retomber sur ses pattes comme un chat’
d. To get on one’s high horse
‘monter sur ses grands chevaux’
e. To lead a dog’s life
‘mener une vie de chien’
f. To take the bull by the horns
‘prendre le taureau par les cornes’
g. It’s like casting pearls before swine
‘jeter des perles aux cochons’
Dans un cas, la « bête » est la même parce qu’il s’agit simplement d’un emprunt au
français : to be one’s bête noire ‘être la bête noire de qqn’ ! On aura noté que, comme
nous avons pu l’observer pour les variétés francophones (Lamiroy et al. 2010 :72),
parfois le nombre du SN change d’une langue à l’autre, comme dans (6c-d) : cats vs
chat horse vs chevaux On observe dans le cas suivant une variation intéressante qui
consiste en une transcatégorisation, un SN les vers correspondant à un SV to worm en
anglais :
(7)
To worm information out of somebody ‘tirer les vers du nez à qqn’
L’observation faite ci-dessus pour le latin vaut évidemment pour l’anglais : les
expressions données en (6-7) sont émergentes puisque le sens ‘se mettre en colère’ de
l’ensemble to get on one’s high horse, pour ne prendre que cet exemple, est
absolument imprévisible et imprédictible à partir des « atomes » lexicaux, to get on,
high et horse.
Dans un tiers des cas examinés, les expressions ne se ressemblent qu’en partie (8) ou
introduisent carrément un autre animal (9):
(8)
a. To be neither fish nor fowl
‘n’être ni chair ni poisson’
être ni poisson ni volaille
b. To be feather-brained/bird-brained
‘avoir une cervelle d’oiseau/moineau’
avoir un cerveau de plumes/d’oiseau
(9)
a. To have gooseflesh
‘avoir la chair de poule’
avoir la peau d’oie
b. To kill the goose that lays the golden eggs
4
‘tuer la poule aux œufs d’or’
L’étude porte sur environ 150 expressions mais inclut des SN (ex. a scapegoat ‘bouc émissaire’) et
des adjectifs (ex. proud as a peacock ‘fier comme un paon’). Nous nous limitons ici aux expressions
verbales (100 cas).
6
tuer l’oie qui pond les œufs d’or
‘mettre la charrue avant les bœufs’
c. To put the cart before the horse
mettre la charrue avant le cheval
d. To have a frog in one’s throat
‘avoir un chat dans la gorge’
avoir une grenouille dans la gorge
e. To have other fish to fry
‘avoir d’autres chats à fouetter’
avoir d’autres poissons à frire
Et enfin, les cas restants sont des idioms anglais auxquels il ne correspond pas
d’expression contentant un N d’animal : soit il existe un autre correspondant figé en
français (10) soit ils ne peuvent être rendus que par une paraphrase (11) :
(10)
a. To wait till the cows come home
‘attendre la semaine des quatre jeudis’
attendre que les vaches rentrent à la maison
b. To put on the dog
‘faire de l’épate’
y mettre le chien
c. It is a real dog’s dinner
‘c’est du n’importe quoi’
c’est un vrai diner de chien
(11)
a. To have a tiger by the tail
‘déclencher qqch qu’on ne contrôle plus’
tenir un tigre par la queue
b. To have a bee in one’s bonnet
‘avoir une idée fixe’
avoir une abeille dans son bonnet
c. There is too much beef on him
‘être trop gros’
il y a trop de bœuf sur lui
Que les animaux peuplent les expressions figées n’est guère étonnant puisque, comme
l’avait bien vu La Fontaine ou Ésope avant lui, leur forme physique ou leurs traits de
caractère rappellent souvent ceux des hommes et se prêtent par conséquent à être
exploités comme métaphores. Les cas où des animaux identiques ou proches (par ex.
angl. goose vs fr. poule) se retrouvent dans les expressions dans les deux langues sont
parfois dus au fait que les animaux évoquent les mêmes images du point de vue
référentiel (la cervelle d’un oiseau n’est pas très grand, les poules comme les oies sont
de la volaille, les chats retombent en effet sur leurs pattes, etc.), mais s’expliquent
parfois aussi parce que les deux langues partagent en grande partie le même
patrimoine culturel, ainsi dans l’exemple (6g), l’image des perles jetées aux pourceaux
est empruntée à la Bible et dans (9b) il s’agit d’une fable d’Esope reprise par La
Fontaine.
7
3. Les expressions figées en italien
Les expressions traitées ci-dessous se caractérisent par le fait qu’elles sont propres à la
langue des jeunes (Ambrogio & Casalegno 2004, Marcato 2005). 5 Ce sociolecte se
caractérise par un certain nombre de propriétés bien connues: comme toute langue
d’une communauté restreinte, il a une fonction identitaire évidente qui permet à celui
qui l’utilise de marquer son territoire et son appartenance au groupe. En outre, la
langue des jeunes présente un caractère ludique et désinvolte qui va à l’encontre de la
langue normée des aînés. C’est sans doute ce dernier trait qui explique, comme on le
verra ci-dessous, que les expressions ne présentent pas seulement des euphémismes
comme dans
(12)
a. Rompere le scatole a qualcuno
‘les casser à qqn, emmerder qqn’
casser les boîtes à qqn
‘uriner’
b. Cambiare l’acqua alle olive
changer l’eau aux olives
mais aussi des disphémismes dus à une tendance ‘détabouisante’ chez les jeunes,
comme dans
(13)
a. Cagare/scassare/spaccare il cazzo a qualcuno
‘embêter qqn’
chier/défoncer/éclater la verge à qqn
b. Cagarsi nelle mutande
‘avoir peur’
chier dans ses culottes
Certains thèmes semblent particulièrement productifs, notamment les expressions qui
signifient ‘battre violemment qqn’, ‘emmerder qqn’, ‘se masturber’, ‘uriner’, ‘se
saoûler’, ‘se droguer’, ‘devenir fou’ et ‘avoir peur’. Du point de vue comparatif, on
constate ce qu’on a observé pour le latin et pour l’anglais, à savoir que certaines
expressions italiennes se retrouvent pratiquement mot à mot en français :
(14)
a. Farsi / spararsi un cannone
cf.
Bourrer le canon
cf.
Serrer le cul / les fesses
cf.
Les gonfler à qqn
cf.
Casser les couilles à qqn
‘prendre de la cocaïne’
b. Stringere il culo
‘avoir très peur’
c. Gonfiare i testicoli a qualcuno
‘emmerder qqn’
d. Rompere i coglioni a qualcuno
‘emmerder qqn’
5
Certaines des expressions sont empruntées au Dizionario giovani (http://www://italysoft.com/curios/dozopgiovani et à LinguaGiovanni (http://www.maldura.unipd.it/linguagiovani )
8
Certaines sont très proches :
(15)
a. Invertire l’ordine delle costole a qualcuno
cf. Travailler les côtes à qqn
‘battre violemment qqn’
b. Cambiare l’acqua alle olive
cf. Changer ses olives/son poisson d’eau
‘uriner’
Mais, comme on pouvait s’y attendre, l’italien présente dans ces mêmes domaines des
originalités pour lesquelles il n’existe pas d’équivalent littéral en français :
(15)
a. Vedere i puffi / fondersi la cotenna
‘perdre la tête’
voir les schtroumfs / se fondre la couenne
b. Tirarsi una pugnetta/un manichetto
‘se masturber’
se tirer une manchette
c. Caricare la valigia a qualcuno
‘battre violemment qqn’
porter la valise à qqn
d. Avere /prendersi una scimmia
‘avoir/ prendre une cuite’
avoir / se prendre un singe
e. Fumare le banane
‘perdre la tête’
fumer les bananes
Il est cependant évident que le français argotique, domaine bien connu de Christian
Leclère (Cf. Colin et al. 1990), dispose dans les mêmes domaines et pour exprimer les
mêmes sens, d’innombrables expressions tout aussi suggestives, telles que fréquenter
la veuve poignet, jouer de la mandoline ou faire sa lessive à la main pour ‘se
masturber’, suivre le chemin de fer ou sucer le bambou pour ‘se droguer à la cocaïne’,
etc. Du point de vue syntaxique, on aura observé que certaines expressions italiennes
présentent les mêmes variantes aspectuelles que celles qu’on trouve en français, dans
des cas comme avere/prendersi una scimmia vs avoir/prendre une cuite.
Conclusions
Les trois langues illustrées ci-dessus montrent amplement ce que nous avons pu
observer lorsque nous avons étudié, avec Christian Leclère notamment, les expressions
figées du français. Les expressions les plus (proto)typiques sont en même temps les
plus émergentes, au sens défini plus haut : plus le sens global s’éloigne du sens des
mots individuels qu’elles contiennent, plus elles sont spectaculairement figées. Le
concept d’émergence que j’ai exploitée ici montre ainsi non seulement que des notions
prises aux sciences exactes peuvent être fructueuses lorsqu’elles s’appliquent aux
sciences humaines, mais aussi que les expressions figées, contrairement à ce qu’on a
longtemps cru, constituent bel et bien un objet d’un grand intérêt scientifique.
9
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LAMIROY, BÉATRICE (COORD.), JEAN RENÉ KLEIN, JACQUES LABELLE, CHRISTIAN LECLÈRE,
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communicazione giovanile. Roma: Il Calamo, 167-221.
***************************************************************************
More is different . The notion of emergence and idioms
The paper is devoted to the concept of emergence, which is used in physics to indicate that the
macroscopic behavior of certain systems is totally different from the microscopic elements that
constitute it. It is argued here that this notion applies to idioms because their meaning differs
significantly from the one it would have if the meaning of each word were taken individually. The
data are taken from Latin, English, Italian and French.
Keywords : idiom, emergence, semantics, Latin, English, Italian, French
Résumé
L’article montre comment le concept d’émergence utilisé en physique pour indiquer que le
comportement de certains systèmes est imprédictible à partir des atomes qui le constituent, peut
s’appliquer aux expressions figées dont le sens est le plus souvent non compositionnel. L’hypothèse
est illustrée avec des exmples empruntés au latin, à l’anglais, à l’italien et au français.
Mots-clés : expression figée, émergence, semantique, latin, anglais, italien, français
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