Café – interview avec Marie Laure Plano, alias

Transcription

Café – interview avec Marie Laure Plano, alias
Café – interview avec
Marie Laure Plano, alias
Lili Graffiti
Montréal comme une occasion de réinventer
la vie de famille et mon activité de loisirs est
devenue mon activité principale.
De quelle région de France es tu ?
Nous habitions à Paris avant d’arriver à
Montréal, mais je suis originaire de
Toulouse.
Et pourquoi «Lili » ?
Marie Laure est une française expatriée à
Montréal depuis un an et demi. Graphiste et
créatrice d’objets décoratifs et d’accessoires
de mode, elle se dit passionnée par la
couleur qui rend la vie plus belle !
Comment Lili Graffiti et MarieLaure sont-elles arrivées à Montréal?
Je suis arrivée à Montréal en juillet 2010
suite à un projet que nous avons eu avec
mon mari. Il rêvait depuis longtemps de
vivre l’expatriation, mais je n’ai pas été prête
aussi vite que lui. Puis, après réflexion, pour
son anniversaire, je lui ai donné mon feu
vert pour partir. En un mois il avait deux
propositions dont une à Montréal, qui nous
convenait davantage pour notre vie de
famille et nous semblait plus adaptée pour
une première expatriation. J’ai donc
démissionné de mon travail et l’ai rejoint à la
fin de l’année scolaire. On est partis sans se
fixer d’ objectifs sur la durée.
En ce qui concerne Lili Graffiti, elle existait
déjà depuis 2008, c'est-à-dire depuis
l’ouverture de mon blog créatif. Le blog était
pour moi un pari sur des défis créatifs que je
me fixais pour apprendre telle ou telle
technique créative, comme la couture, le
tricot, le crochet. J’ai d’abord réalisé des
articles pour moi, pour mes enfants, puis
pour mes copines et puis pour les copines
des copines… c’est comme ça que j’ai
démarré, en faisant mes créations le soir
après mon travail. J’ai vu notre arrivée à
Montréal Accueil - février 2012
Avant de créer mon blog, je cherchais un
nom original et enfantin. Et un jour en
revenant de la bibliothèque avec ma fille, le
titre d’un des livres qu’elle avait emprunté
m’a tout de suite interpellé : Lili pour le côté
enfantin et Graffiti pour le côté graphique,
c’était ça, c’était moi !
As-tu une
l’origine ?
formation
artistique
à
Je suis graphiste et j’ai travaillé dans
plusieurs agences de communication sur
Paris pendant 13 ans et enfin les trois
dernières années avant de venir à Montréal
je m’occupais de la direction artistique d’un
laboratoire de cosmétiques. J’ai un diplôme
de
plasticienne
de
l’environnement
architectural. Au départ j’ai travaillé dans la
création de mobilier urbain pour un
architecte, mais ce n’était pas assez «girly»
donc je me suis redirigée vers l’édition, puis
enfin vers la création d’accessoires.
Qui t’a inspiré et où cherches-tu des
nouvelles idées ?
J’ai toujours baigné dans les activités
manuelles. Ma mère était modiste, ma tante
couturière, la créativité a donc fait partie de
mon quotidien dès mon plus jeune âge.
Au début, je m’inspirais surtout des blogs
créatifs. Maintenant, c’est la rue : les gens
dans leur quotidien, les boutiques, les
reportages, les voyages et les blogs
photographiques.
Parle-moi des débuts de ton business à
Montréal ?
Je suis arrivée en juillet 2010 avec mes
enfants (mon mari était déjà à Montréal
depuis cinq mois) et en septembre, j’avais
créé ma société. Ensuite, j’y suis allée par
étape. Octobre/novembre – créer des
articles, observer, chercher les idées et
comprendre le marché. Puis j’ai visé
plusieurs marchés de Noel, dont le Marché
de Noel de MA. J’en ai tiré des leçons pour
déterminer quels produits marchaient et
lesquels ne marchaient pas.
Les six mois suivants, j’ai démarché les
boutiques. Tous les lundis et mardis de
janvier et de février dans le froid et la neige,
France Dechberry (Princesse et Dragon) et
moi avons démarché les boutiques : à la fin
du mois de février, j’en avais quatre. En juin
2011, j’avais six ou sept boutiques
vendaient mes créations.à Montréal.
m’intègre dans
québécois.
le
milieu
professionnel
Avec ton background professionnel, tu
es bien équipée pour te faire un bon plan
marketing….
Oui, j’ai une idée assez précise des étapes
à franchir pour faire grandir ma marque. Je
perçois aussi les limites de mon activité. Je
mets un point d’honneur à communiquer le
plus possible car sinon on vous oublie vite
…
C’est pour cela qu’il est très important d’être
entourée de gens qui ont du recul et ne pas
y aller toute seule. C’est un peu de là que
vient l’idée du collectif créatif des Miss
Coquettes.
Aujourd’hui, j’en suis à dix, mais je ne
prospecte plus, car c’est le bouche à oreille
qui a repris la relève. Avant je mettais mes
créations là où on me les prenait.
Maintenant, je suis plus difficile. Je me suis
même déjà retirée d’une boutique. Au début,
je
vendais
par
consignation,
mais
aujourd’hui je travaille pour vendre
directement mes articles aux boutiques.
Un achat Lili, c’est un achat plaisir. Le gros
avantage est que Lili Graffiti est facilement
transportable, c’est un achat qui s’envoie
facilement. Ce concept de travail me permet
de profiter enfin de mes enfants et de faire
ce que j’aime en plus !
En plus de ton blog, es-tu présente sur
d’autres plateformes sur le web ?
J’ai une page Facebook pro et mon blog
avec quelques boutiques en ligne.
Rien de meilleur pour s’intégrer que de
créer son business ….
Quand je suis arrivée à Montréal, je n’avais
pas d’à priori. C’était un vent de liberté
après Paris pour moi. Comme mes enfants
n’étaient pas très chauds pour venir, j’ai
adopté la « positive attitude » qui nous a
bien aidé.
En travaillant je rencontre des gens d’ici, je
Montréal Accueil - février 2012
Mais mon projet actuel pour janvier et février
est de créer un nouveau site internet, un vrai
site marchand pour regrouper toutes mes
créations, éviter les commissions pour les
particuliers et ne plus avoir d’intermédiaires.
Je veux créer une vraie image de marque et
que ce site devienne ma vitrine pour toucher
les grandes boutiques. Je vais d’ailleurs
faire les photos pour mon site avec
Sylvianne Robini.
Je souhaite développer mon périmètre de
ventes par conséquent je dois trouver un
atelier à Montréal pour fabriquer en plus
grosses quantités. Il faut prendre des
risques….. Dans mon travail, j’aime la
partie création, mais un peu moins la
production et la prochaine étape est donc
l’externalisation
d’une
partie
de
la
production.
1O points de vente à Montréal au mois de
novembre, une émission sur une télé
française - un vrai succès !!!
J’ai été mise en relation par Montréal
Accueil avec la chaine française France 5
pour l‘émission «Echappées belles» qui
cherchait quelqu’un venant d’arriver et ayant
une activité professionnelle non conforme
(artistique, artisan...), et qui s’était intégrée
dans le milieu québécois grâce à son travail.
J’ai eu mes 3 minutes dans l’émission, suite
à quoi beaucoup de gens m’ont écrit sur le
blog.
Pour la suite, je dois faire grandir ma petite
entreprise et devenir plus professionnelle
avec un site internet plus représentatif de ce
qu’est Lili Graffiti !
des photos d’Outremont sur mon blog
(http://www.liligraffiti.com/).
J’ai d’ailleurs connu certaines des Miss
Coquettes, car elles visitaient mon blog.
Cela a été un vecteur très important pour
mon intégration ici. Grâce à mon blog je
voyage, j’ai des amis un peu partout dans le
monde… ce n’est pas qu’une relation
virtuelle, comme on pourrait le penser, car
on communique depuis 3 ans.
Est-ce que tu as un objet fétiche dans tes
créations ?
C’est toujours le dernier ! En ce moment
j’adore mes petits bibis Louison et Nina.
Mais mon symbole est la salamandre qui me
rappelle le soleil du sud d’où je viens.
Est-ce-que c’est la matière qui décide de
la forme finale de l’objet ou c’est
l’inverse ?
Pour moi c'est la couleur et le graphisme qui
m'inspirent. Lorsque j'aime un tissus, je
m'arrange toujours pour lui trouver une
utilité.
Tu as évoqué ton initiative Miss
Coquettes dont avait également parlé
Sylvianne Robini lors de notre dernier
entretien.
Je crée toujours des objets qui me plaisent,
même si après je les décline dans des
couleurs différentes pour satisfaire le plus
de monde. Lili
Nous sommes une petite dizaine de
créatrices passionnées, regroupées pour
partager et échanger nos expériences. C’est
un petit réseau qui grandit, il réunit plein de
talents très différents pour donner un panel
créatif plus ouvert. L’idée est d’organiser
une vente commune tous les printemps,
d’être invitées à des gros marchés, de
partager nos clients potentiels et
de
s’entraider, se donner de bons tuyaux. C’est
un groupe tout à fait ouvert et vivant. Quand
je suis arrivée à Montréal, je ne connaissais
personne. Ma première vente a été pour
Maïté Doltz que j’ai connu par mon blog, elle
le lisait tout simplement quand j’étais encore
à Paris. Et elle m’a contactée quand j’ai mis
Graffiti a deux domaines de prédilection : le
côté enfantin et ludique avec la gamme pour
enfant et
le côté «girly» avec les
accessoires pour les femmes.
Montréal Accueil - février 2012
J’ai vu que tu donnais des noms à tes
créations ?
Oui, j’aime bien ce côté ludique. Je ne le
faisais pas avant, mais maintenant j’ai des
Cols marron glacé, Oiseaux de Nuit, des
bibis Nina, Louison…
Tes magasins préférés à Montréal ?
J’en ai deux. Le premier, c’est « Général
54 » dans le quartier des créateurs dans le
Mile-End, c’est un magasin de vêtements et
accessoires pour femmes. Le deuxième,
c’est « Fait Ici » sur la rue Notre-Dame
Ouest, on y trouve que des produits faits au
Québec. comme du Lili Graffiti.
Aurais-tu une histoire intéressante de ton
parcours à partager ?
Ce qui m’a marquée c’est la différence entre
les démarches pour inscrire ma société.
Pour la petite histoire : en France j’étais un
auto-entrepreneur
et
la
procédure
d’inscription a pris en tout 6 mois. Ici, je suis
arrivée à 10 heures du mat’à Revenu
Québec et à 10h15, pour 32 $, j’en sortais
avec mon numéro de société …..en me
disant « il n’y a plus qu’à ! ».
Depuis quand fais-tu partie de MA et
qu’est-ce que cela t’a apporté ?
Je me suis inscrite tout de suite. Je n’en
avais jamais entendu parler auparavant et
c’est un collègue de mon mari qui nous a
conseillé de nous y inscrire. Montréal
Accueil m’a beaucoup aidée pour rencontrer
des filles sympathiques, passionnées et
créatives. MA m’a permis de faire mes
premières ventes et enfin de tester ma
capacité à transmettre mes connaissances
avec les cours de couture que j’y donne.
Quels seraient tes conseils à donner à
quelqu’un qui arrive à Montréal pour que
son intégration se passe au mieux ?
Montréal Accueil - février 2012
Mon premier conseil : être conscient de la
chance qu’on a de vivre à Montréal !
Mon deuxième conseil : il ne faut pas
comparer avec sa vie d’avant, les gens, la
ville. Il faut être ouvert et se dire que C’EST
différent.
Mon troisième conseil : Il faut aussi passer
par toutes les étapes et toutes les saisons
avant de décider si oui ou non on aime. Car
il y a 4 saisons donc 4 Montréal.
Et en ce qui me concerne le climat, ce n’est
- pour le moins que l’on puisse dire certainement pas un climat ennuyant !
Merci, Marie-Laure !!!!!
Interview réalisée par Lada Billard