lire la suite
Transcription
lire la suite
AOUT/SEPT 14
Mensuel
OJD : 21479
4 RUE DU TEXEL
75014 PARIS - 01 40 47 44 00
Surface approx. (cm²) : 1771
N° de page : 94-97
Page 1/4
Rentrée littéraire
Les écrivains qu'il faut aussi lire...
L'entremetteur
1940. Dona, 15 ans, fille du Nobel Eugene O'Neill et personnalité la plus
en vue de New York, rencontre un écrivain de six ans son aîné : Salinger.
Après quèlques mois de flirt, elle part faire l'actrice à LA. Lui, sauver
le monde en Normandie. Ils ne se reverront plus. Elle épousera Chaplin,
il écrira L'Attrape-cœurs. Beigbeder raconte leurs destins dans
cette saga qui joue sur tous les registres, du plus pétillant (Truman
Capote et ses mondanités, Hollywood et ses mirages) au plus douloureux
(le Débarquement, la libération des camps). Avec, toujours, ce ton
désinvolte et inventif qui, à sa façon, est une forme de la politesse. Son
meilleur roman peut-être. »
BERNARD QUIRINY
• Dona & Salinger, Frederic Beigbeder, ed Grasset 334 p 19 €
Le révélateur
L
'un voulait révolutionner la littérature,
l'autre changer la face du monde,
tous deux ont fini au Mexique... Après
être parvenu à passionner les lecteurs avec les
tribulations du découvreur du bacille de la peste
(Peste & choléra), Patrick Deville s'attaque ici à
deux chercheurs d'absolu, Lowry l'écrivain et Trotski
le politique. Et s'ingénie à tresser, entre ces deux
destins, des liens qui excèdent rapidement
la géographie - et à établir des digressions qui
débordent le parallèle initial. Car comment parler
du Trotski mexicain sans évoquer les peintres
Diego Rivera et Frîda Kahlo, qui l'accueillirent?
Et comment évoquer Lowry sans raconter ces
autres écrivains aventuriers tentés par le Mexique
- Cendrars, Cravan? Conduit par une autre plume,
ce livre aurait pu rapidement devenir un monstre
foisonnant et illisible. Deville réussit à tout
rassembler - y compris son enquête - en 200 pages
serrées de phrases apparemment simples,
en faits riches de suggestions, capables de déployer
des univers entiers. Pas besoin d'écrire long quand
on sait si bien concentrer le sens. * ALEXIS BROCAS
*Viva, Patrick Deville, ed du Seuil 212 p 17 so e
LIANALEVI
6237901400507/GFS/OTO/2
Tous droits réservés à l'éditeur
Apres Beijing Coma, ou
un rescapé de Tian'anmen
observait, impuissant,
l'amnésie generale Ma Jian
s'attaque a la politique
de l'enfant unique en usant
d'un procede de narration
semblable a l'esprit
de I étudiant plonge dans
le coma succède celui
d'un enfant a naître dans
une famille rurale qui fuit
les avortements forces
Le pere desire un fils Meili
rêve quant a elle
de richesse, voudrait que
leur fille lui suffise,
et que ni son epoux ni l'État
ne s approprient son corps
souffrant En suivant
ces nouveaux Misérables,
clandestins dans leur pays,
Ma Jian dénonce avec brio
le coùt social, ecologique
et sanitaire du miracle
economique chinois *
MAIALEN BERASATEGUI
• La Route sombre, Ma Jian,
traduit de I anglais par Pierre Menard
(et du chinois par Flora Drew)
ed Flammarion 450 p 22 €
Un roman à la hauteur de
son ambition : raconter le territoire
français. En surface, par le récit
de ('aménagement de l'Hexagone,
de la lutte sans merci de l'autoroute
et du train, et des transformations
des anciennes Marches de Bretagne.
Et en profondeur, à travers les combats
et collusions du public et du privé,
représentés par trois familles
mayennaises. Lesquelles s'apprêtent à
se déchirer quand une polytechnicienne
(fille d'industriel) et une députée
(juriste et aristocrate) fomentent
le passage du TGV dans la petite ville
où leurs pères ont chacun
un château... »
AB.
+ L'Aménagement du territoire,
Aurélien Bellanger, ed Gallimard, 480 p 22 €
AOUT/SEPT 14
Mensuel
OJD : 21479
4 RUE DU TEXEL
75014 PARIS - 01 40 47 44 00
Surface approx. (cm²) : 1771
N° de page : 94-97
Page 2/4
Le buteur
Ile, Marina, est une jeune beauté
qui rêve de paillettes et de célébrité.
Lui, Andrea, aspire à vivre dans
les montagnes au rythme de la nature. Au fond,
tous deux poursuivent la même quête : celle
de la reconnaissance de leurs parents. Entre eux,
Silvia Avallone fait éclore une histoire d'amour
violente et passionnelle. Les cités populaires
de son roman précédent, D'acier, laissent place aux
villages du Piémont. Mais c'est la même Italie
bigarrée, et surtout la même écriture vive, inventive,
capable de restituer les émois d'une jeunesse
avide de réinventer l'avenir, tout en exposant
les blessures du présent. *
MOORÉA LAHALLE
• Marina Bellezza, Silvia Avallone,
traduit de l'italien par Françoise Brun ed LianaLevi 542 p 23 €
Les amateurs éclaires le
savent bien, une part des joies
du football vient de la
répétition - des actions, des
matchs, des championnats
toujours ressemblants, jamais
semblables et sans cesse
recommences Et c'est
pourquoi ils relèvent d'une
forme de liturgie laïque
Et c'est pourquoi David
Peace, pour raconter
l'aventure du FC Liverpool
et de son entraîneur
emblématique, s'appuie sur
la plus simple des figures
de style la répétition
Parce que le nom de Liverpool
repris par les 50 000 voix
des spectateurs d'Anfield peut
donner le frisson Parce que
l'on sait, depuis les épopées
homériques, que le nom
des heros, et renonciation
répétée de leurs exploits,
suffit a faire rêver Et parce
que le personnage central,
Bill Shankly, est un authentique
genie populaire, humble,
loyal, travailleur, fier, roublard
Qui a son point de vue
sur la langue pour lui,
les mots « soumission »
et « satisfaction » devraient
être rayes des dictionnaires. *
A B.
• Rouge ou mort, David Peace,
traduit de I anglais par Jean Paul
Gratias, ed Rivages 798 p 24 €
Le décodeur
Attendu comme le messie par
les admirateurs de Pynchon, Fonds perdus
se déroule a New York en 2001,
apres l'essoufflement de la bulle Internet et
avant l'attentat sur le WTC Maxine, detective
spécialisée dans les fraudes financieres,
s'intéresse a des mouvements suspects vers
un site web desactive Impossible de
résumer l'intrigue de ce polar postmoderne
que les fans américains décortiquent
sur des pages Wikipedia créées a cet effet
Cet impressionnant roman s'intéresse,
LIANALEVI
6237901400507/GFS/OTO/2
entre autres, a la mise au pas du web par
le capitalisme et aux trous noirs du reseau,
ces pages « secrètes » non référencées
par Google et Yahoo Roman politique,
méditation historique, labyrinthe narratif,
Fonds perdus envoûte et déconcerte
a 77 ans, Pynchon reste peut-être le meilleur
decodeur du monde qui nous entoure •
B Q.
• Fonds perdus, Thomas Pynchon,
traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard,
ed du Seuil, 496 p, 24 €
Tous droits réservés à l'éditeur
De l'oppression libérale
à l'oppression conjugale! Après
avoir désossé l'économie
contemporaine dans son roman
Le Système Victoria, puis cherché
la réconciliation des classes
dans sa pièce Elisabeth ou
l'Équité, voilà qu'Éric Reinhardt
signe le roman le plus intime
et le plus bouleversant de cette
rentrée. L'histoire d'un auteur
et d'une lectrice intelligente, mais
manipulée par un mari sadique,
qui la dépossédera peu à peu
de tout. Une histoire contée
par un Reinhardt si engagé dans
la cause de son héroïne qu'il en
ressuscite d'un coup tout le roman
psychologique - vous savez, celui
qui demande tant de vocabulaire,
tant d'inventivité dans
les tournures pour dépeindre
les affaires de l'esprit, quand
il est si facile de s'arrêter à la
description des faits et de laisser
le lecteur imaginer le reste.
Au point que ce vaste roman
empathique - et marqué en ses
débuts par une histoire d'amour
inoubliable - finit par apparaître
comme le contraire d'un roman
à la mode. Espérons que l'époque
pardonnera à Reinhardt cette
belle réussite. •
AB.
• L'Amour et les Forêts,
Éric Reinhardt,
ed Gallimard 368 p 21 90 €.
AOUT/SEPT 14
Mensuel
OJD : 21479
4 RUE DU TEXEL
75014 PARIS - 01 40 47 44 00
Surface approx. (cm²) : 1771
N° de page : 94-97
Page 3/4
... et ceux
Les écrivains qu'il faut lire aussi..
L'arpenteur
Pierre a travaillé
vingt ans comme guide
en Syrie et au Yémen.
Une aventure
inattendue lui permet
de rentrer en France et
de décrocher un travail
de journaliste : le voilà
sommé d'enquêter
dans un village isolé
qui a plébiscite le Front
national. Apparaît
un milieu provincial
délaissé par l'État,
et cependant soumis
aux flux du monde
globalisé, comme
l'immigration.
En somme, l'univers
que le sociologue
Christophe Guilluy
décrit dans Fractures
françaises. Beinstingel
décrit ce village
en additionnant
brillamment les
histoires individuelles
- et en laissant
affleurer des eléments
de l'histoire collective,
telle cette hache
néolithique surgie d'un
champ sous les roues
d'un tracteur. •
ARTHUR MONTAGNON
• Faux nègres,
Thierry Beinstingel,
ed Fayard, 424 p , 20 €
Qui veut reussir aujourd'hui dans les arts plastiques
peut se passer de pinceau, maîs pas de pénis,
estimait l'artiste fictive et américaine Harnet Burden
Celle-ci souffrit tant de l'incompréhension de ses pairs
et du machisme propre au milieu de l'art qu'elle
exposa masquée, cachee derriere des prête-noms
masculins Et, pour raconter son destin, Sin Hustvedt
invente ce roman maquille en dossier les extraits
des (faux) carnets de Harnet sont entrecoupes
d'entretiens, de citations d'articles, de temoignages .
Comme si Hustvedt avait repris certains thèmes
de son celebre roman sur l'art contemporain, Tout
ce que j'aimais, pour les reagencer dans une fiction
postmoderne fragmentée, multipliant les effets
de reel, nourrie de théorie, et empreinte d'un
féminisme parfois furieux Une palpitante aventure
humaine et intellectuelle »
ALEXIS BROCAS
• Un monde flamboyant, SIM Hustvedt. traduit de l'anglais
(États Unis) par Christine Le Bœuf ed Actes Sud, 404 p , 23 €
LIANALEVI
6237901400507/GFS/OTO/2
Tous droits réservés à l'éditeur
L
'objet se presente
comme l'autobiographie
d'un homme de lettres,
ecrite au moment ou ses satisfactions
d'amour-propre ont pps le pas
sur sa vie artistique Chez beaucoup
d'écrivains c'est, disons, l'âge de
l'Académie française, ou le Narcisse se
regarde moins dans le miroir que dans
sa memoire il peut plus facilement
maquiller le rendu Cette veine produit
des récits parfois agréablement
nostalgiques, un brin pontifiants, qui
offrent un angle a la fois subjectif, étroit
et nécessaire sur la vie litteraire
La méchanceté, la curiosite mal placée
et la nostalgie des voluptés ont
leurs nécessiteux, et l'autobiographie
de Jean-Marie Rouart, ou alternent
les mondanités bourgeoises, les
couchenes bourgeoises et les portraits
bourgeois, dort les contenter un peu
Dans Ne pars pas avant moi, il raconte
au lecteur qu'il a eu des petites amies
et qu'il a toujours des grands amis
Disons tout net que le portrait
qu'il dresse de lui-même en Cosette
arrive par hasard au sommet de
la chaîne alimentaire litteraire est d'une
fausse modestie impatientante C'est
un faux Petit Chose, pseudo-fauche,
ignorant, malheureux d'être dénué
de particule, un faux jeune tapi dans
l'ombre des beaux quartiers, voulant a
toute force publier un roman, draguant
la petite soeur un peu contrefaite de
la très belle jeune femme qui a le droit,
elle, de fréquenter Jean d'Ormesson
(omniprésent) himself et de rouler
dans son cabriolet Mercedes gare en
troisième file rue de la Pompe .
Bref, c'est un peu Cosette, maîs surtout
Tartuffe, car on sent bien qu'il ne croit
pas une seconde a son portrait Rouart
a une grosse difficulte a se décrire
Un coup Bel-Ami, un coup Fabrice
del Dongo ça ne marche pas
En revanche, ses portraits des figures
du milieu litteraire ont un debut de
méchanceté inspirée - Nounssier plus
noir que Flaubert et plus cérébral
que Robbe-Gnllet, par exemple, n'est
pas mal A force de se faire inviter,
le narrateur, de Petit Chose, devient un
moyen chose, et on a peine a se réjouir
pour lui Le tout en produisant
des aphonsmes de type Foenkinos en
version senior, et des volutes grand
genre qui font rire votre serviteur
l'expression « la joliesse italianisante »,
parmi mille exemples, me met en joie
C'est au nom de cette joie que nous
sommes au bord de recommander la
lecture de l'ouvrage * MARIN DE VIRY
• Ne pars pas avant moi, Jean-Marie
Rouart, ed Gallimard, 236 p , 17,90 €
Le révolté
Sous-titré Une histoire de Buffalo Bill Cody, le dernier livre d'Éric Vuillard
tient plus de la réflexion sur la société du spectacle que de la biographie.
En revenant sur les Wild West Shows du célèbre cow-boy, à l'origine
de nombreux stéréotypes sur les Indiens, l'auteur montre qu'il n'a pas
fallu attendre la téléréalité pour exciter les foules en exigeant
de célébrités déchues qu'elles incarnent leur propre parodie. De révolte
en désenchantement, Éric Vuillard peint l'horreur des guerres indiennes.
L'absolue quiétude du dernier chapitre est une réussite, mais l'auteur
ressent la tristesse de la terre plus qu'il n'en connaît les contours,
et sa croisade ne suffit pas à nous eclairer sur les enjeux
de la mémoire américaine. •
MAIALEN BERASATEGUI
• Tristesse de la terre, Éric Vuillard, ed Actes Sud, 176 p, 18 €
AOUT/SEPT 14
Mensuel
OJD : 21479
4 RUE DU TEXEL
75014 PARIS - 01 40 47 44 00
Surface approx. (cm²) : 1771
N° de page : 94-97
Page 4/4
qu'on peut éviter
L'affecté
Robert Alexis fait halte aux editions du Tripode avec L'Homme qui s'aime, qui rappelle
son premier roman, La Robe Les premieres pages installent une ambiance a la Huysmans
le narrateur, dandy de 20 ans riche et très beau, s'ennuie a Paris jusqu'à ce qu'il decouvre
qu'il ne deteste pas s'habiller en femme La réussite des précédents romans de Robert
Alexis tenait en partie a leur brièveté adaptée a un style délibérément date Or L Homme
qui s'aime est beaucoup plus long, et il n'est pas sûr que l'art de I auteur se coule aussi bien
dans les grands formats Le rythme fait defaut, les préciosités tournent au kitsch (on fixe
« des yeux dont la brillance retenue dans l'épaisseur d'une pensée embrasait en moi des
terres longtemps chauffées par un feu interieur »), l'ennui guette »
BERNARD QUIRINY
* L'Homme qui s'aime, Robert Alexis, ed Le Tripode, 312 p, 19 €
L'essoufflé
Dans un futur pas très lointain - où l'emploi s'est
si effondré qu'on fournit aux 80 % d'inactifs non du
travail mais des occupations -, une rame de RER se
retrouve bloquée avec deux mille passagers, pour
un temps indéfini qui se chiffre bientôt en années...
Voilà une intrigue originale, qui allie anticipation et
fantastique, Bèckett et Bradbury. Le problème, c'est
qu'il faut environ 70 pages pour qu'elle devienne
intelligible. Avant, le lecteur se sera demande
pourquoi le personnage de Vincent possède cinq
mères et un nombre incertain d'oncologues,
pourquoi le chômeur
Kevin est défendu par
un conseiller lors
de matchs de catch, et
si lui, lecteur, n'est pas
victime d'un canular
surréaliste. Cette
première partie apparaît
d'autant plus décevante
I que la deuxième
contient de bons
passages : les
prouesses de Kevin en
gibier pour chasseurs
armés de paint-ball, les
modifications physiologiques induites par l'attente
et la promiscuité, les réflexions que l'auteur en tire
sur la surpopulation. Mais cela est livré dans un
tel chaos... Une pirouette, une résolution aurait pu
sauver le tout - faute de direction, le roman aurait
au moins eu une destination. Hélas, Frioux choisit
d'immobiliser son train narratif à quai. C'est
sans doute plus moderne. Mais on le préférait
reconfigurant géopolitiquement le monde dans
Brut, si maîtrise qu'on l'aurait cru l'œuvre
d'un romancier confirmé. Incident voyageurs
appelle le commentaire inverse. •
AB.
* Incident voyageurs, Dahbor Frioux, Seuil 300 p, 19 €
LIANALEVI
6237901400507/GFS/OTO/2
Tous droits réservés à l'éditeur
Antoine qui traverse sa vie
de footballeur amateur comme
une particule inflammable, finit
par prendre feu et brutalise
un adversaire De la l'agression
qui le laissera dans le coma?
L'intrigue permet a Olivier Adam
de laisser la parole
a vingt-deux narrateurs plus
ou moins bien incarnes
- la maîtresse d'Antoine, son
pere, la mere de son enfant,
une collègue de celle-ci Petit
a petit, la narration s'éloigne
du fait divers originel tandis
qu'une tempête tonne sur
le pays Olivier Adam n'a pas
son pareil pour décrire les ciels
en furie, les mers déchaînées
ll se montre en revanche moins
adroit quand il s'agit d'évoquer
la climatologie interieure de
ses narrateurs Ce n est pas
qu'il manque d'inspiration, maîs
celle ci semble fonctionner
sur courant alternatif Certaines
phrases crèvent la page
D'autres donnent envie de
fermer le livre * JEAN HURTIN
• Peine perdue, Olivier Adam,
ed Flammarion, 416 p ,21,50 €
Devenu célèbre avec ses
étonnantes nouvelles (Un goût dè
rouille et d'os), Craig Davidson
s'était déjà essayé au roman avec
Juste etre un homme, brillant tour
de chauffe. Il vise cette fois plus
haut, aussi bien pour le format (près
de 500 pages) que pour
la complexité de l'histoire. L'intrigue
se situe à Niagara Falls, ville
moyenne non loin de Toronto. C'est
là qu'ont grandi les héros,
Owen et Duncan, dont les destins
sont soudés en raison d'une
mésaventure d'enfance qui occupe
la première partie du roman.
Ensuite, l'un est devenu flic tandis
que l'autre a séjourné derriére les
barreaux. Davidson alterne les deux
points de vue, en se passionnant
toutefois plus pour Duncan,
le marginal, que pour Owen,
l'homme de loi. L'intrigue est
articulée autour des activités
dangereuses auxquelles s'adonne
le premier, telles que les courses
de levriers, les combats de chiens
et les tournois de boxe clandestins.
Du coup, le roman s'apparente
à une succession de scènes ultraviolentes, très efficaces mais
franchement répétitives, d'autant
qu'on a déjà lu les mêmes dans ses
nouvelles. Écrivain de l'adrénaline
et de l'intensité, Davidson semble
moins à l'aise sur les formats longs,
et a tendance à se réfugier dans un
scénario convenu. L'impact de ses
excellentes scènes d'action ne fait
pas oublier la médiocrité du ciment
qui les tient ensemble. »
B Q.
• Cataract City, Craig Davidson, traduit
de l'anglais (Canada) par Jean Luc Piningre,
ed Albin Michel, 486 p, 22,90 €