Notes sur l`Entretien d`une Colostomie par Irrigation
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Notes sur l`Entretien d`une Colostomie par Irrigation
Notes sur l’entretien d’une colostomie par irrigation Une introduction à l’irrigation Les colostomisés ignorent souvent qu’il y a trois approches différentes pour entretenir une colostomie. L’une se contente de recueillir ce qui sort dans une poche, une autre consiste à empêcher que quoi que ce soit n’en sorte à l’aide d’un bouchon, la dernière contrôle ce qui en sort et quand. L’utilisation de la poche requiert que le colostomisé évite de porter des vêtements très ajustés, ce qui n’est pas toujours pratique ou souhaité. Le bouchon fonctionne bien, mais pour de nombreuses personnes, il crée la sensation inconfortable d’être bouché, et ne peut être accepté comme solution. L’irrigation est une technique qui implique l’introduction d’une quantité d’eau chaude dans la stomie, qui est ensuite expulsée, en même temps que le contenu d’une longueur de colon qui est fonction de la quantité d’eau utilisée. L’espace vide ainsi créé entraîne un temps pendant lequel il n’y a aucune production provenant de la stomie. Les chances de succès pour une irrigation sont plus grandes lorsque la stomie est située sur le colon descendant (ou gauche), avec seulement l’absence du colon sigmoïde et du rectum, ou autrement dit, quand il y a un maximum de longueur du colon capable d’être partagé entre d’une part le fonctionnement normal et d’autre part une utilisation de stockage. Bien que la majorité des colostomisés aux Etats-Unis, et une forte proportion de ceux du Royaume Uni entretiennent leur colostomie par irrigation, pour certaines raisons il semble qu’en France ce soit considéré comme malsain et anti-hygiénique, et c’est peu connu. Les fidèles de certaines religions estiment aussi qu’interférer avec la nature de cette façon est inacceptable, quoique cette attitude semble provenir d’anciennes règles sur l’hygiène, qui avaient cours avant que les systèmes sanitaires ne se soient développés. NB ! la CPAM pourrait aussi prendre en considération le fait qu’elle réaliserait des économies substantielles si on n’utilisait plus la poche en permanence, c’est d’ailleurs pour cette raison que c’est très répandu aux Etats-Unis, où les colostomisés ne reçoivent pas de fournitures gratuites. On peut se demander, quels résultats peut-on espérer avec l’irrigation ? Cela dépend d’un certain nombre de facteurs, parmi lesquels les plus importants sont la longueur restant du colon, le régime et le style de vie des personnes concernées, et la quantité d’eau introduite qu’ils peuvent tolérer. Pratiquement n’importe qui peut parvenir à 24 heures sans production de la stomie, en utilisant environ 800 ml d’eau. La plupart des colostomisés peuvent tenir deux jours sans production de la stomie, en utilisant environ 1,4 litres d’eau, et avec un régime pas trop chargé en fibres il est possible d’atteindre 3 jours, qui nécessiteront d’introduire jusqu’à 2 litres d’eau. Programme pour l’usage de l’irrigation Les notes suivantes représentent les résultats d’essais et d’expériences, ainsi que ma propre expérience, au cours des dix dernières années d’irrigation. Cependant je ne supposerai pas que chaque détail est directement applicable à chaque lecteur, cela devrait constituer un point de départ pour ceux qui souhaitent essayer cette technique. On doit se souvenir, cependant, que chacun est différent, et que chacun devra en fin de compte décider de ce qui est le mieux pour lui ou elle. Les lecteurs qui utilisent déjà l’irrigation peuvent s’en servir comme d’un manuel d’assistance, et il y a assez d’indications pour être utilisé comme manuel d’instruction par ceux qui n’ont pas encore -2essayé l’irrigation, cependant certains préfèreront discuter du contenu avec une infirmière en stomie. Avant de se lancer dans une irrigation il est souhaitable de contrôler avec son spécialiste qu’il n’y a pas de contre-indications. En particulier, un problème cardiaque exclurait l’irrigation, car l’introduction d’un liquide dans le colon stimule le nerf vague, qui ralentit le rythme cardiaque. L’irrigation est aussi possible seulement lorsque le colon est sain, et ce n’est pas indiqué généralement pour ceux qui ont une hernie. Combien de temps faut-il attendre après une chirurgie pour débuter l’irrigation ? Il peut y avoir diverses opinions à ce sujet, mais ma propre suggestion est que le moment pour commencer se situe lorsqu’un appétit normal est revenu, la digestion ne semble plus fragile, et qu’un régime plus ou moins normal est repris. Notez bien les mots « plus ou moins normal » ils reflètent ma propre expérience qui quoique je mange presque tous les aliments cela a toujours été le cas, je continue d’éviter les curry autres que les doux, et les amuse-gueules trop épicés à l’apéritif, tous deux ayant pour effet de stimuler ma stomie ce qui engendre une activité indésirable. Equipement La composition de base d’un équipement pour l’irrigation est constituée d’un sac en plastique pour contenir l’eau, avec un tube de plastique menant à un moyen permettant de contrôler ou d’arrêter le débit, à partir de là un tube qui mene à un bout sous forme d’un cône qui permet une insertion facile et confortable dans la stomie. C’est un avantage si le sac en plastique dispose d’un indicateur de température à cristaux liquides, pour s’assurer que la température se maintient entre 37°et 38°C, quoique je préfère un degré plus haut. Je crois que la position accroupie sur les toilettes (WC) est favorable à l’évacuation, mais n’est pas idéale pour l’introduction du liquide dans le colon. Donc j’ai l’habitude de m’asseoir à côté des WC sur un tabouret de cuisine de 60 cm de haut, afin que mes hanches soient juste légèrement fléchies. Lorsque je ne suis pas à la maison je prends une canne siège légère en deux parties, que je peux assembler à la même hauteur que le tabouret. La hauteur exacte n’est pas impérative, pour quelqu’un d’autre la cible pourra être d’un angle des hanches de 135° plutôt que près de 90°. Depuis que je suis installé en France, dans une maison avec un petit WC séparé de la salle de bain, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de place pour un tabouret, et j’ai résolu le problème en achetant un siège de douche pliant en plastique, que j’ai fixé au mur. L’écoulement provenant de la stomie est versée dans la cuvette des WC au moyen d’un manchon de plastique qui peut être auto-adhésif, ou clipsé sur un support porte manchon en plastique fixé solidement sur la stomie par une ceinture élastique qui fait le tour de la taille. Ma préférence personnelle va à cette dernière : voir la page suivante. Bien que ceux -3qui sont assis sur les WC se rapetissent, les manchons sont d’une longueur idéale pour être utilisés avec le tabouret. Je déporte le manchon d’environ 20° vers la gauche ainsi il passe aisément sur ma jambe. On en a rapidement terminé lorsqu’on ajuste le manchon sur le support porte manchon, avant de le mettre en place, il faut positionner la petite saillie sur la position « onze heures ». Il est préférable de s’assurer que le manchon passe sur la jambe et descend dans la cuvette des WC sans aucune forme de boucle ou de ligne horizontale ; si cette précaution est négligée, le poids de la décharge des matières provenant de la stomie traînera le manchon hors de la cuvette des WC et tout sera éjecté sur le sol. Celui qui commet cette erreur ne le fera probablement qu’une seule fois ! Avant d’utiliser un manchon je vérifie que le polythène du manchon est solidement attaché à la collerette, depuis que j’ai eu deux échecs quand les deux se sont séparés partiellement. Si cela se produit alors que vous introduisez l’eau, alors vous pouvez changer de manchon et continuer. Si cela arrive plus tard, quand la stomie s’écoule, si vous êtes assis sur les WC vous pouvez changer de position afin que la production trouve son chemin vers la cuvette, mais si vous êtes assis sur un tabouret vous n’avez plus qu’une ligne de conduite à tenir : la repérer rapidement, et immédiatement vous lever et vous pencher au-dessus de la cuvette des WC. Ce sera sûrement salissant, mais pas autant que si vous aviez ignoré le problème ! Ceci nous amène à parler d’une autre situation catastrophique : lorsque vous passez une nuit dehors, et que vous vous apercevez le matin que vous avez votre trousse d’irrigation mais pas de manchon. Je peux vous assurer grâce à mon expérience personnelle qu’il est possible de réaliser une irrigation sans manchon, en vous agenouillant devant les WC et en pressant l’abdomen contre le bord de la cuvette. Il ne devrait rien y avoir sur le sol, mais vous devrez vous attendre à avoir besoin d’une douche ensuite ! Poches, etc. Après l’introduction de l’eau, il viendra sûrement un moment où on a la sensation que tout ce qui devait être évacué est sorti, et que l’on peut appliquer une mini poche. Ce temps varie avec la quantité d’eau utilisée, d’un minimum de peut-être une demie heure pour 800 ml jusqu’à bien trois heures pour 2 litres. C’est souvent signalé par l’émission de flatuosités qui sont remontées dans le colon par l’eau. Si on a de légers doutes, et en particulier si on doit se vêtir complètement, on peut appliquer une petite poche pour récupérer les rejets qui surviendraient après coup. Parce que la stomie reste propre, il n’est pas nécessaire que le trou dans la poche soit d’une taille exacte de votre stomie, et la taille au-dessus d’un trou prédécoupé est tout à fait acceptable. Libérer la peau des problèmes de douleur est un bénéfice supplémentaire de l’irrigation. Quand le moment est venu, la poche pour les « rejets après coup » peut être ôtée, et remplacée par une couverture de stomie celle qui est designée un mini poche. Les minis poches sont relativement petites, et comme elles ont un très petit volume, elles nécessitent de bons filtres pour faire face au flot maximum de flatuosités qui pourraient se produire. L’une des -4plus petites est juste un peu plus large qu’une carte de crédit, et ressemble tout à fait à ces sortes de pansements qu’on poserait sur un genou écorché. Ayant tout d’abord acheté des shorts de bain assez larges pour couvrir une poche, je ne les ai jamais utilisés : étant moi-même professeur de natation professionnel, je préfère le plus conventionnel slip de bain, et laisser apparaître la poche. Très peu de personnes l’ont remarquée : ils se sont probablement demandé comment j’avais fait, pour écorcher mon abdomen à cet endroit ! En vacances, j’aime aller sur les plages nudistes, et porter uniquement une mini poche. Si vous en avez une, montrez là ! Organisation La consigne habituelle est que le réservoir d’eau soit pendu afin que son extrémité la plus basse soit au niveau de l’épaule, bien que je préfère l’avoir 15 cm plus haut pour accélérer le processus ; un utilisateur qui serait satisfait du débit de l’écoulement pourrait l’accrocher même plus haut (peut-être 0,5 m au-dessus du niveau de l’épaule). C’est une économie de temps aussi si on peut juger de la température de l’eau avec précision. Bien entendu, on peut toujours se servir d’un thermomètre, mais je fais couler l’eau du robinet d’eau chaude dans un pichet, le laissant déborder pendant que la température de l’eau augmente, et l’arrêtant quand ça me semble correct. J’ai remarqué que si je plonge les quatre doigts dans l’eau, si c’est trop froid je sens le froid autour de la base des doigts, et si c’est trop chaud ça pique le bout des ongles ; quand c’est juste bien il n’y a aucune sensation particulière autour de la bases des doigts, mais un agréable picotement du base des ongles. Je peux normalement en juger à un degré près de cette façon. Evidemment, l’eau refroidit pendant qu’elle s’écoule, aussi il est souhaitable de commencer à la température au plus fort du niveau acceptable. Je la règle de façon à ce que les chiffres 38° et 39° de l’indicateur de température à cristaux liquides soient indiqués simultanément . J’ai entendu dire qu’une température un peu plus élevée donnait de meilleurs résultats, mais je n’ai pas tenté de le vérifier. Une autre alternative pour obtenir la bonne température, si vous disposez d’une douche à contrôle thermostatique équipée d’une sécurité qui règle la température, c’est de régler la température à 39° et remplir le réservoir à la pomme de la douche. Notez, cependant, qu’il est parfois possible au cours de ces réglages d’être atteint par le débit du jet, aussi votre propre jugement sera sûrement le meilleur. Une autre alternative, si elle est disponible, est de profiter des avantages de la valve fixée sur l’arrivée d’eau chaude qui limite la température pour les personnes âgées, et qui peut être normalement réglée à 39° environ. Dans de nombreux lieux de vacances autour du monde le visiteur est averti de ne pas boire l’eau du robinet, et certaines personnes pensent qu’elles devraient utiliser des bouteilles d’eau pour s’irriguer. Je ne considère pas que ce soit nécessaire, dans de tels endroits j’utilise seulement de l’eau du robinet bouillie. Cela nécessite que la veille, je mette à chauffer une bouilloire d’eau et que je la verse dans un pichet. Le lendemain matin je fais chauffer une autre bouilloire qui me fournit une eau chaude que je mélange avec l’eau maintenant refroidie dans le pichet pour obtenir de l’eau à la bonne température pour l’irrigation. Un autre problème quand on est hors de chez soi c’est comment suspendre le sac du réservoir d’eau. L’une des solutions quand il n’y a pas de crochet disponible, est de faire un « S » avec un porte manteau en fil de fer, qui s’accrochera à la barre de la douche ou à -5la porte d’une armoire. Toutefois il y a habituellement un miroir ou des carreaux vitrifiés dans une salle de bain, et ma pratique habituelle est d’utiliser une ventouse munie d’un crochet. Il est bon d’être prudent, toutefois, cette sorte de crochets ne peut être laissée en place pendant de longues périodes ; utilisé juste une fois il n’y a pas de problème, mais si vous restez au même endroit pendant une semaine ou deux il est raisonnable de prendre des précautions, puisque peu d’événements sont moins favorables à la réussite de l’irrigation que la chute du mur d’un réservoir. Avant chaque utilisation je vérifie le bon état du support en tirant sur le crochet, et j’utilise également deux crochets, ainsi je ne dépends pas d’un seul. De nombreux réservoirs ont une ouverture pour les doigts aussi bien qu’un trou pour le suspendre, et je recommande une deuxième ventouse s’accrochant à cette ouverture. Il y a certaines surfaces souples sur lesquelles, bien que la succion soit maintenue, le crochet glisse sous la charge, et si c’est le cas vous revenez au système porte manteau. Le système du Velcro peut être une autre aide fort utile, il peut s’enrouler autour d’un rail. Quelle quantité d’eau ? La quantité d’eau qui peut être utilisée, et l’intervalle qui en résulte entre les irrigations, seront limités par la longueur du colon restant. Si la stomie est localisée sur le colon descendant, et que l’on ait perdu seulement le rectum et le colon sigmoïde, un intervalle de trois jours entre les irrigations peut être possible. La quantité optimum d’eau à utiliser, et l’intervalle qui peut être atteint entre les irrigations, dépendront aussi du régime et dans une certaine mesure du style de vie du colostomisé. A titre de repère, une quantité de 800 ml suffira généralement pour une journée d’intervalle, 1,4 l pour deux jours et 1,8 l pour 3 jours, et ce peut être un bon point de départ à expérimenter par l’utilisateur. Si l’intervalle « propre » n’est pas obtenu, il faudra augmenter le volume de 100 ml, et observer le résultat lors de trois irrigations successives avant de procéder à d’autres changements. Il n’y a aucun mal à utiliser plus d’eau que nécessaire, sauf que cela prolongera le temps qu’exige l’irrigation pour être achevée, ce qui fera probablement environ une heure par journée escomptée entre les irrigations. Vous pourrez souhaiter vous référer à la fiche technique séparée, intitulée « OPTIMISING YOUR IRRIGATION TECHNIQUE » (actuellement seulement en anglais, mais avec espoir en francais bientôt) pour des explications plus détaillées sur comment une quantité d’eau peut être établie pour un intervalle donné. Le réservoir devrait tout d’abord être débordant, afin que l’excès d’eau s’écoulant entraîne l’air du tube et du contrôle de débit. En réalité remplir d’eau un réservoir flexible peut être très incommode. Je me suis aperçu que si je le tenais avec la graduation face à moi, que je mettais mon pouce dans le trou du côté le plus proche et mon index dans le trou du côté opposé, je pouvais alors le tenir ouvert avec les autres trois doigts à l’intérieur, et le remplir d’eau devenait facile. Insérer le cône Je lubrifie le bout avec Aquagel (au R-U), Hydragel ou mieux, K-Y Jelly (en France) et en enduit un petit peu autour de la stomie bien que cela ne soit pas nécessaire mais pour être vraiment tranquille. Si la stomie n’est pas restée tout à fait propre depuis l’irrigation précédente, il est bon de masser ou de presser autour de la stomie, pour extraire les quelques matières fécales qui pourraient obstruer l’entrée du cône. J’introduis le bout dans -6la stomie avec deux doigts de la main gauche, un sur chaque côté du tube, et en pressant l’intérieur du cône, un peu comme une marionnette à gaine, ce qui permet un bon contrôle à l’entrée et de l’angle auquel il est positionné. Cela dépend comment est formée votre stomie, vous aimerez peut-être mieux introduire le cône dans un mouvement un peu circulaire, pour vous assurer qu’il pénètre dans le colon, plutôt que de s’arrêter dans un « atrium » qui existe quelques fois juste derrière la stomie. Si vous utilisez un cône qui s’ajuste très près du trou dans le support porte manchon, il est nécessaire de s’assurer que le support ne pousse pas le cône hors de sa place, car si cela arrive vous aurez beaucoup de difficultés à obtenir une bonne étanchéité entre le cône et la stomie. Je trouve que la meilleure technique est de tenir le support éloigné de la peau pendant que vous poussez fortement le cône dedans, et ensuite abaisser prudemment le support dans sa position sans déplacer le cône. C’est important d’ obtenir une bonne étanchéité entre le cône et la stomie, et vous ne vous ferez aucun mal en pressant le cône dedans presque? aussi loin qu’il pourra aller : la stomie et la peau sont très élastiques. Technique Parfois il peut vous sembler qu’il est impossible de réussir une étanchéité satisfaisante entre la cône et la stomie. Dans ces cas là, essayez d’introduire environ 100 ml d’eau, puis fermez le contrôle du débit et retirez le cône. Habituellement quelques petits boulettes de fèces sortiront qui avaient obstrué l’écoulement. Le cône peut alors être replacé, et tout ira bien. Souvent au début le colon n’acceptera pas un débit d’une forte pression, et cela pourrait vous aider de diminuer la pression du débit jusqu’à ce que vous trouviez que la pression du débit augmente doucement lorsque la valve de contrôle est ouverte. A moins que l’utilisateur ne trouve inconfortable le débit maximum, le contrôle du débit peut être laissé à la position du maximum aussi longtemps que l’eau s’écoule librement dans la stomie. Si le flot ralentit de manière très importante, ou s’arrête aussi bien, alors cela peut aider de prendre une grande bouffée d’air et de le laisser échapper rapidement ; on suppose souvent que cela sert à relaxer le colon, quoique je soupçonne que l’effet soit plus de donner un coup au colon avec le diaphragme. Une autre astuce est de secouer légèrement le côlon à l’aide de quelques contractions brusques du muscle de la traverse de l’abdomen : celui que vous utilisez pour « rentrer le ventre ». A chaque fois que le flot s’inverse momentanément, alors le contrôle du flot doit être fermé pour un court instant pour permettre d’obliger l’eau contaminé à retourner dans le réservoir. Quand le réservoir est vide, je trouve qu’il est utile d’attendre quelques secondes pour que le niveau d’eau se stabilise au contrôle du débit dans le tube, ce qui a lieu habituellement environ au niveau du milieu de la poitrine. Ceci représente la pression dans l’abdomen et sert de confirmation que l’eau n’a pas fuit entre le cône et la stomie. Quelques fois l’eau sera presque aussitôt forcée de retourner dans le réservoir, et il est alors souhaitable de fermer le contrôle du flot pendant quelques secondes pour empêcher l’eau d’être éjectée prématurément de la stomie quand on enlève le cône. Le temps requis pour introduire l’eau peut être au moins de cinq minutes, et au plus de quinze minutes, cela dépend de la quantité d’eau et de l’adresse de l’utilisateur pour supporter un débit du flot donné. Après avoir ôté le cône (assurez vous que vous pouvez le poser quelque part) et bouché l’extrémité servant à l’ouverture du manchon, accordez peut-être vingt ou trente minutes à -7votre colon pour décharger les matières fécales. Habituellement, les utilisateurs liront un livre, ou vérifieront leurs mails, ou même travailleront sur leur portable pendant cette période. En général la fin de cette étape sera évidente. Débouchez le manchon, nettoyez le avec un pichet d’eau (chaude c’est plus agréable), tirez la chasse d’eau tandis que vous rincez la fin du manchon dans l’eau propre qui entre, et ensuite faites une bouche avec le manchon en repliant la fin dans le bout ouvert, et enroulez le de quelques tours autour du lien pliant du manchon. Il est très important alors de plier ensemble vers l’intérieur les extrémités du lien pliant, en s’assurant que les plis rentrent à l’intérieur de la largeur du repli dans l’extrémité la plus basse du manchon. De façon à conserver une sorte de réservoir en place. Si ce n’est pas fait, et qu’il y ait une prochaine décharge de la stomie, c’est parfaitement possible que l’extrémité du manchon ressorte et déverse son contenu sur le sol, une perspective à laquelle je n’ose même pas penser ! (une autre erreur qu’on ne fait qu’une fois !) Il n’y a aucune raison impérative de passer un long moment avec le manchon en boucle, et si l’utilisateur a développé assez de pratique pour être relativement confiant qu’il n’y a plus rien qui risque de sortir, alors il est faisable de se doucher., et d’appliquer une poche « après coup »,ou si l’on très confiant, une mini poche. Les rejets »après coup » sont habituellement assez liquides, et peuvent aisément partir au lavage s’il se produisent dans la douche. Une indication que le vidage est fini peut souvent être l’émission de flatuosités qui ont été repoussées dans le colon quand qu’on introduisait l’eau. Cependant, on devra être conscient que plus la période entre les irrigations sera longue, plus long sera le temps dont on aura besoin pour un vidage complet. L’irrigation pour un intervalle de trois jours prendrait trois heures, et après qu’on aura fait une boucle avec le manchon il peut encore y avoir plusieurs décharges très liquides. Il vaut mieux prévenir que guérir ! Le rythme On me pose souvent la question de la nécessité d’un rythme régulier. Le point fondamental repose sur la capacite du colon à contenir les fèces. Si, par exemple, on a déterminé la meilleure quantité d’eau pour un cycle de 48 heures, mais qu’ensuite on commence à passer d’une irrigation le matin à une irrigation le soir, l’intervalle passera de 36 à 60 heures, et la différence du contenu des trois repas également . C’est peu probable que cela réussisse. On ne doit pas être trop dogmatique : si la variation est inévitable, en optimisant le processus pour un l’intervalle plus long, on peut très bien y arriver, aussi n’hésitez pas à l’essayer, mais gardez à l’esprit que vous pourriez y aller un peu fort ! Parlons maintenant du moment de la journée et du moment des repas, je ne pense pas que la réponse soit clairement tranchée. Les repas et la défécation ont tendance chez une personne normalement constituée à être liés par le réflexe gastro-colique, de telle façon que par exemple, après le petit-déjeuner on a tendance à vouloir aller aux WC. Je n’ai pas retrouvé de preuve de ce réflexe chez un colostomisé qui irrigue, et il est probable qu’il vaudrait mieux considérer cela comme le réflexe gastro-rectal qui ne se produit donc plus si l’on n’a pas de rectum. Manifestement comme l’estomac se vide dans le duodénum, le débit de décharge qui circule de l’iléon dans le colon augmentera, mais les répercussions possibles d’un colon qui décharge ne semble pas se produire avec un colon qui est -8nettoyé par irrigation .Ayant mis de côté cette relation, je suggérerait simplement qu’une personne doit se sentir tout à fait à l’aise avec la façon dont le rythme des irrigations trouve sa place dans leur journée. Chez chacun de nous, stomisé ou non, le colon est sensible au stress, et la meilleur irrigation se réalisera quand la personne est complètement relaxée. Etre inquiet de savoir si l’irrigation sera terminée à temps pour ne pas bouleverser un emploi du temps chargé est la meilleure recette pour une irrigation ratée. N’essayez pas si vous avez un train à prendre ! A partir de là, sera-t-il préférable de la faire le matin ou le soir ? Pour commencer sa journée, quand on a tendance à penser à ce qu’on aura à faire pendant cette journée, ou le soir après le dîner, quand le temps ne risque plus d’être un problème ? Si l’irrigation est un peu lente, alors se coucher quelques minutes plus tard n’est pas un problème. J’ai une longue expérience des deux, et ma préférence va à l’irrigation du soir. Efficacité de l’irrigation La plupart du temps, je constate que l’irrigation est si efficace que rien n’est émis de la stomie pendant tout l’intervalle entre les irrigations, et chaque poche ou mini poche reste parfaitement propre, à part une légère trace de mucosité, ou une petite boulette de fèces. Occasionnellement, l’effet de l’irrigation ne dure pas pendant toute une période. Cela peut être causé par un changement de régime, comme aller au restaurant ou lorsqu’on se rend chez des amis, et cela se corrige tout seul quand on reprend son régime habituel - pour ceux, bien sûr, dont l’irrigation a été adaptée. Quelques fois l’effet peut se prolonger sur plusieurs irrigations, et peut être dû à un trouble de la bactérie de l’intestin. Il faut se souvenir que le colon est une chose vivante, avec ses propres goûts et dégoûts, et ses particularités, probablement d’avantage chez un stomisé que chez une personne qui a un système digestif normal. La situation devrait parfois s’améliorer à la prochaine irrigation en réduisant le débit auquel l’eau est envoyée dans le colon, mais cela se corrigera en temps voulu. De plus profondes perturbations seront causées si vous prenez des antibiotiques par voie orale, et cela vous aidera de manger des yaourts fermentés, comme ce sera expliqué ensuite au paragraphe « régime ». Il faut savoir qu’il n’y a pas deux colostomisés pareils, et que seule l’expérience personnelle peut déterminer combien de temps on peut rester sans émission après une irrigation, quelle est la quantité d’eau optimale nécessaire pour y parvenir, et la variation des résultats de l'irrigation en réponse à des changements de régime. Régime J’ai toujours apprécié un régime riche en fibres, et je continue de le faire, en ayant constaté que c’est bénéfique à une irrigation efficace, et je l’aide avec d’avantage que les cinq portions de fruits et de légumes recommandées chaque jour. Ma préférence va au pain aux céréales, et la consommation de fruits au cours d’une journée type comprend un pamplemousse entier, une pomme, et deux ou trois petites oranges ou d’autres fruits, en plus des légumes verts à un ou deux repas. Une autre contribution utile est la consommation régulière d’Oméga 3 (des acides gras) sous la forme de capsules d’huile de poisson. La cohérence de ces habitudes diététiques semble avoir été fort utile. Je n’ai jamais apprécié les currys forts, mais maintenant je fais très attention même à ceux qui sont doux, depuis qu’ils ont tendance à stimuler la stomie à des activités non désirées. Il vaut mieux éviter aussi toute nourriture qui contient des piments. J’attirerais aussi votre -9attention sur ces amuse-gueules très épicés apparemment inoffensifs, qu’on vous offre souvent avec l’apéritif ; certains peuvent avoir un effet encore plus puissant que le curry ! Pourvu qu’un régime raisonnablement normal soit conservé, voyager en soi ne devrait pas présenter de problème, et il ne devrait pas y avoir de difficulté à voyager en avion. Pendant les vacances sous des climats chauds, j’avais l’habitude pendant un temps de reprocher à la nourriture mes problèmes d’irrigation, mais après un été très chaud au Royaume Uni pendant lequel j’avais rencontré des problèmes pour mener à bien mon irrigation, j’en vins à la conclusion que le problème réellement fondamental pourrait bien être la déshydratation. On dit aux athlètes qu’au moment où ils ont soif, ils sont déjà déshydratés, c’est pourquoi ils essaient de garder à la main leur bouteille d’eau, et s’ils le peuvent tâcher de boire un peu d’eau toutes les quinze ou vingt minutes. Combien d’entre nous le font ? Vous devrez en tout cas éviter de boire de l’eau qui est très froide : elle est absorbée lentement, et reste dans l’estomac en vous donnant l’impression que vous n’êtes plus assoiffé, même si pourtant votre corps en a encore besoin. Si vous trouvez que l’eau à température ambiante est désagréable, essayez d’y ajouter un peu de jus de citron (Pulco citron vert, par exemple). On dit souvent qu’on doit boire environ 2 litres d’eau par jour, et au risque de simplifier à l’extrême, il faut considérer que ce que nous refusons de boire doit être déduit du contenu du colon, en causant des fèces plus dures qui répondront moins bien à l’irrigation. Bien que j’hésiterais à réclamer une preuve, ma propre expérience est que d’une prise d’eau adéquate il en résulte une émission de fèces plus souples et plus liquides, et une irrigation rapide et plus complète, généralement avec bien moins de rejets « après coup ». Plus le climat est chaud, plus la consommation d’eau est souhaitable. En résumé, si vous vous déshydratez, votre colon essaiera de compenser ce déficit, de la même façon qu’un chameau économise l’eau. Rappelez-vous, les chameaux ne peuvent pas irriguer : ne soyez pas un chameau ! Comme je suivais un traitement d’antibiotiques oraux, j’ai pris 100 g de Danone Actimel chaque matin pour rétablir la capacité d’irrigation, et j’ai été si satisfait du résultat que depuis je continue malgré tout, en général, seulement tous les deux ou trois jours. Autres considérations Des poils qui poussent autour de la stomie peuvent poser un problème de deux façons : cela rend les poches et mini poches douloureuses à retirer, et cela peut conduire à des fuites. Il est généralement souhaitable de les raser une fois par semaine, et j’ai pris l’habitude de les raser dans la douche en me servant d’un rasoir jetable, l’un d’entre eux m’a duré plusieurs mois. A cause de l’irrigation, la peau autour de la stomie est rarement en contact avec les fèces , et une douleur a peu de chances d’être un problème, aussi j’ai l’habitude d’utiliser du gel de rasage (Sanex) sur la peau quand je la rase. Avec l’arrivée des rasoirs électriques lavables, j’ai abandonné le rasage humide autour de la stomie, et maintenant je me sers d’un rasoir électrique, sachant que si ma stomie se conduit mal, je peux nettoyer le rasoir. La plupart du temps le lavage enlève les traces d’adhésif sur la peau, mais ne les enlève pas du support porte manchon, qui lui nécessite un nettoyant pour adhésif ou un spray pour nettoyer les salles de bain ; de légères traces d’adhésif n’empêchent pas ses - 10 performances, mais n’importe quelle accumulation importante peut conduire à des fuites. Les dépôts d’adhésif font aussi qu’il est plus difficile de le nettoyer après usage. L’idéal est d’utiliser un nettoyant pour adhésif pour retirer la poche ou la mini-poche avant d’irriguer, afin que le bourrelet soit en contact avec une peau propre. Malheureusement, le nettoyant pour adhésif médical ne semble pas disponible en France, mais du liquide vaisselle ou du « White Spirit » peuvent être utilisés sur le support porte manchon. Il est recommandé de remplacer la trousse d’irrigation tous les trois mois, mais ce n’est pas nécessaire si elle reste propre et qu’elle est stérilisée périodiquement avec une solution d’eau de javel bien diluée. D’un autre côté, je ne supporte pas cette recommandation de réutiliser les manchons d’irrigation, parce que le polythène garde les odeurs, et pour le peu que ça coûte je ne tiens pas particulièrement à avoir un manchon puant qui traîne pendant deux ou trois jours de suite. De plus, réutiliser accroît les risques que le manchon lâche quand on s’en sert, une conséquence qu’il vaut mieux éviter. Un autre problème que soulève l’irrigation c’est que les WC sont occupés pendant des périodes assez longues, augmentant les risques que l’odeur soit un problème, et l’usage d’une sorte de désodorisant peut être souhaitable. L’équipement Il y a un grand nombre de fabricants qui proposent des trousses d’irrigation, et en faisant son choix on doit prendre particulièrement en considération la qualité de l’indicateur de température fourni, la commodité du contrôle du flot, et la forme du cône qui est inséré dans la stomie. L’un que j’ai trouvé excellent, que j’ai moi-même utilisé, et que je peux vous recommander personnellement, c’est Coloplast. A la différence de l’arrangement au Royaume-Uni, pour démarrer l’irrigation en France on doit acheter la trousse d’irrigation complète (ACL 4529565) qui comprend le sac à eau, le régulateur de débit, le cône d’irrigation (ACL4291299), 4 mini poches (ACL6010011), et 30 manchons adhésifs (ACL 6151792). Je voudrais signaler que la forme du cône d’irrigation est particulièrement bien dessinée, et facile à introduire dans la stomie. Au moins cela donne au stomisé l’opportunité d’essayer les manchons auto-adhésif avant d’envisager l’alternative du manchon emboîtable (ACL 4563562 qui inclut le support) utilisé avec un support porte manchon en plastique fixé par une ceinture (ACL 7624494). Il devrait être noté qu’un support porte manchon durera au moins cinq ans (j’en ai un qui a plus de dix ans), aussi c’est inutilement dispendieux d’en inclure un dans chaque boite de manchons, laquelle, dépend du cycle d’irrigation de chacun, elle durera un, deux, ou trois mois. Eu égard à la sensibilité actuelle pour le réchauffement de la planète, quelle est l’empreinte carbone d’un support porte manchon ? Conclusion J’espère que ces notes s’avèreront utiles, mais si quelqu’un trouve qu’elles peuvent induire en erreur, ou qu’elles seraient peu claires, ou encore qu’il aimerait me faire part de sa propre expérience, je vous invite à m’en informer. Il serait probablement mieux de me contacter à l’adresse [email protected] ou [email protected] Adrian March Consultant à l’Association Colostomie du R-U Le 7 mai 2011 Les illustrations fournies par Coloplast