les réfuGiés Juifs DES PAYS ARABES

Transcription

les réfuGiés Juifs DES PAYS ARABES
30 novembre
Journée de commémoration de
l’expulsion et de l’exode des Juifs
des pays arabes et d’Iran
LES RéFUGIéS
JUIFS DES PAYS
ARABES
Une famille juive yéménite, marchant dans le désert vers un camp
mis en place par l’American Joint Distribution Committee, près d’Aden
Archives photographiques nationales israéliennes
Tablette cunéiforme datant de la période de l’exil babylonien attestant de l’ancienneté
de la communauté juive en Irak. La tablette contient de nombreux noms Juifs et un
contrat de location de génisse entre Haggai fils d’ Ahiqam et Yahu-azar, deux frères
de la communauté juive du sud de l’Irak, Al-Yahudu, 507 Av. JC
Collection Cindy et David Sofer. Photographe : Ardon Bar-Hama, présenté lors de l’exposition
Rivière de Babylone » au Musée biblique de Jérusalem, 2015-2016 «
Histoire et contexte
Femme Juive en terre d’Islam
XVIIème siècle - Collection de Beit Hatfutsot
Musée de la Diaspora
Docteur Juif en terre d’Islam
XVIIème siècle - Collection de Beit Hatfutsot
Musée de la Diaspora
La terre d’Israël est le berceau du peuple juif, depuis plus de trois mille
ans. Depuis l’antiquité, les centres de civilisation juive se sont installés
dans de nombreux territoires des régions adjacentes.
Des communautés juives significatives existaient dans tout le Moyen-Orient,
de l’Afrique du Nord, à la Babylonie, au Levant, dans la péninsule Arabique,
au Yémen et dans la région du Golfe ; depuis plus de 2000 ans, des siècles
avant l’avènement de l’Islam et la conquête arabe.
Extension de la conquête islamique en 750. De grandes communautés juives
existaient dans chacune des villes indiquées.
Source Sir Martin Gilbert
La conquête islamique
En vertu de la loi islamique, les Juifs étaient
considérés comme « dhimmi », citoyens de
seconde zone, obligés de payer des impôts
spéciaux, de porter des signes et des habits
distinctifs et de subir d’autres décrets et
législation discriminatoires.
Là où le régime de la « charia » a été mis en
œuvre strictement, les orphelins juifs ont été
pris par la force hors de leur communauté et
convertis sous la contrainte.
Tombe du prophète
Ézéchiel à Kifil en Irak
Collection Beit Hatfutsot
Musée de la Diaspora
Tombe du Prophète Jonas
au Nord de Mossoul, en
Irak, vers 1930
Collection Vilnai
Procession de mariage juif à Debdou au Maroc, vers 1920
Collection de cartes postales juives - Gérard Levi
Religion
Bon nombre des textes fondamentaux de la culture
juive - le Talmud, les codifications majeures de la loi
juive et le Siddour (livre de prières) - ont été écrits et
compilés par des érudits juifs vivant dans ce qui est
aujourd’hui le Moyen-Orient.
Des académies talmudiques célèbres ont prospéré
dans les villes babyloniennes de Poumbedita et Soura;
où Saadia Gaon, le père de la littérature philosophique
et juridique judéo-arabe, a été Exilarque.
En Egypte, Maïmonide a terminé son célèbre « Mishneh
Torah » et son « Guide des Egarés ».
Les Juifs ont été appelés les « gens du livre » par
leurs voisins arabes pour leur érudition séculaire et
leurs connaissances médicales, très appréciées par
de nombreux responsables musulmans ; malgré les
atteintes périodiques à leur pratique religieuse juive.
Synagogue
de la banlieue
d’Alger en 1916
Collection du Beit
Hatfutsot - Musée de
la Diaspora
Société funéraire Hevra Kadisha :
d’Algérie en 1901
Collection de JIMENA
Rituel de la circoncision à Tunis en 1909 :
Collection du Beit Hatfutsot-Musée de la Diaspora
Etudiants de Talmud Torah, Bagdad, Irak - circa 1930
Archives photos de Yad Izhak Ben-Zvi
Education
Jusqu’à l’époque moderne, l’éducation juive –
comme celles des arabes - était principalement
fondée sur l’étude des textes religieux.
Afin de mieux faire face aux pogroms et
aux graves conditions de discriminations,
l’Alliance Israélite Universelle a été créée, en
1860, afin de préparer les Juifs à la modernité
et de lutter pour l’égalité des droits.
L’Alliance a œuvré pour que les enfants
juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord
reçoivent une éducation de haut niveau.
Beaucoup de ses diplômés ont étudié plus
tard dans des universités à l’étranger et
obtenu de nombreuses distinctions, tels
Claude Cohen-Tannoudji et Serge Haroche
qui ont remporté le prix Nobel de Physique.
Cependant, avec la montée du nationalisme
arabe au cours du vingtième siècle, les Juifs
ont été marginalisés et progressivement
exclus de la vie publique. Des quotas sur
l’enseignement supérieur ont été introduits
dès les années 1930 et 1940.
Salle de classe de la Yeshiva Beit David,
Maroc, circa 1930
Archives photos de Yad Izhak Ben-Zvi
Enfants en costumes de Pourim au Centre
communautaire juif, Alger, Algérie 1956
Rassemblement d’étudiants à
l’école Otzar Torah, Casablanca,
Maroc, circa 1930
Archives photos de Yad Izhak Ben-Zvi
Sports
Jour du Sport Hébreu,
Damas, Syrie 1936
Archives photos de Yad Izhak Ben-Zvi
Victor « Young Perez » originaire de Tunis,
Champion du Monde poids Coqs, 1931
Dans l’impossibilité de rejoindre des
associations sportives locales arabes,
les Juifs ont organisé leurs propres
associations, telles que le Maccabi.
Certains Juifs ont excellé au niveau
international, comme Alphonse Halimi
- Champion du monde poids Coqs originaire d’Alger, et Zizi Taieb, un
champion tunisien de natation et de
water-polo ; ou encore Guido Asher
vedette de l’équipe nationale de basket égyptienne, et Pierre Darmon –
né à Tunis- qui était classé huitième
espoir international de tennis.
L’équipe féminine de basket du Maccabi,
Le Caire, Egypte 1943
Collection de Levana Zamir
Tout en conservant une identité distincte,
les Juifs ont été de grands contributeurs
de la culture arabe en littérature, en poésie
et en musique.
Jacob Bilbul, a été l’un des pionniers du
roman irakien et de ses nouvelles.
Togo Mizrahi, était un célèbre réalisateur
égyptien, également acteur, producteur
et scénariste.
Saleh al-Kuwaity est considéré par
beaucoup comme le père de la musique
irakienne moderne et Dawood Hosni
écrivit la première Opérette en arabe.
Cheikh El Afrite, Chanteur, poète, auteur et
compositeur juif, Tunis 1884
Collection de Beit Hatfutsot
Culture
Orchestre juif, Irak 1933
(Collection du Centre de l’Héritage juif
babylonien, Or Yehuda, Israël
Violoniste juif, Tunis 1920
Collection de Beit Hatfutsot
Dès que les Juifs se sont vus
accorder des libertés, ils ont
prospéré, mais lorsque celles-ci
ont été restreintes, ils ont souffert
d’une pauvreté écrasante.
De nombreux Juifs en Egypte, en
Irak et à Aden ont réussi dans les
affaires et le commerce ; et leur
contribution aux économies des
pays arabes a été inversement
proportionnelle à leur nombre.
A leur expulsion, les membres
des communautés juives ont été
contraints de laisser derrière
eux ou d’être expropriés de
leurs actifs pour une valeur de
plusieurs milliards de dollars.
Vie économique
Sir Heskel Sassoon, Ministre des Finances du Gouvernement
d’Irak, 1920-1925
Collection Beit Hatfutsot
Magasin d’Isaac Gabbai, en
Egypte, en 1930
Collection Beit Hatfutsot
Vendeur juif de bonbons, en Syrie
durant la Première Guerre Mondiale
Collection Beit Hatfutsot
Au fil des siècles, la position des
Juifs fut bien souvent précaire. Il y
eu de nombreux cas de massacres et
de nettoyages ethniques, comme la
destruction des communautés juives
de la péninsule Arabique au septième
siècle.
Au Maroc, en Libye et en Algérie, les
Juifs furent forcés de vivre dans des
« ghettos » ou « mellahs ». Au Yémen
et en Irak, à certains moments, les Juifs
ont été contraints de choisir entre la
conversion à l’islam et la mort.
Meurtres rituels et autres fausses
accusations ont conduits à des émeutes
massives ; et dans les années 1930 et
1940, des massacres d’inspiration nazie
ont été commis contre des Juifs en
Libye, en Egypte et en Algérie, dont
le plus tristement célèbre à Bagdad,
mieux connu sous le nom du « Farhud ».
Herzila Lukal, arrêtée pour activités
sionistes, Erbil, Irak, 1948
Collection Beit Hatfutsot
Discrimination
et pogroms
Funérailles de
Shmuel Jorni,
adolescent juif
assassiné à Tunis,
juin 1952
Collection Beit Hatfutsot
Synagogue incendiée, Aden, 1948
Collection Yigal Ben Shalom
Maison juive pillée et vandalisée lors
d’un pogrom, Zuwiya, Libye, 1945
Collection Levana Zamir
Croquis du camp de
détention d’Aboukir,
proche d’Alexandrie, où des
centaines de Juifs ont été
détenus durant environ 18
mois, jusqu’à leur expulsion.
Collection Levana Zamir
Décret de confiscation
des biens d’Hizkiahu
Ibrahim Basrawi, par les
autorités égyptiennes,
ainsi que des biens
d’autres Juifs.
Expulsion
du monde arabe
Avant le plan de partage des Nations unies, qui a appelé à la création d’un Etat
juif aux côtés d’un Etat arabe en Palestine mandataire, le Comité politique de la
Ligue arabe a rédigé une loi régissant le statut juridique des résidents juifs.
Cette loi prévoyait que les comptes bancaires des Juifs des pays de la Ligue
arabe devaient être gelés et utilisés pour financer la « résistance aux ambitions
sionistes en Palestine» ; et que les Juifs - soupçonnés d’être des sionistes actifs seraient internés en tant que prisonniers politiques et leurs biens confisqués.
De tels actes de répression parmi d’autres encore ainsi que des violences d’État,
ont précipité un départ en masse des anciennes communautés juives, souvent
dans des circonstances économiques désespérées.
Au total, plus de 850 000 Juifs ont été contraints de quitter les pays arabes, dans
un processus d’expulsion et d’exode qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970.
Opération aérienne « Tapis magique », évacuation des Juifs
du Yemen en route vers Israël
Collection Beth Hatfutsot
Petite fille portant son frère dans la boue
du Camp de Beit Lid, hiver 1950.
Archives Photographiques Nationales d’Israël
Le 14 Mai 1948, l’Etat d’Israël fût proclamé.
Malgré l’attaque de six armées arabes
vouées à son éradication, des vagues
d’immigration massives amenèrent des
milliers de Juifs sur les rives d’Israël.
Des survivants de l’Holocauste en Europe,
et la presque totalité des communautés
juives de Libye, du Yemen et d’Irak.
L’état naissant, après une longue guerre
pour gagner son indépendance, faisait
face à des difficultés économiques
et luttait afin de procurer emplois et
logements aux nouveaux arrivants. Les
camps d’hébergement ou « Ma’abarot »
étaient composés de cabanes et de tentes
qui leur donnèrent un abri temporaire. Des
emplois furent créés et l’Hébreu enseigné
à tous. Le système éducatif élargi, afin de
répondre aux besoins de milliers d’enfants
venant de multiples horizons.
Une nouvelle immigration massive eut
lieu à la fin des années 50 et au début
des années 60, provenant des pays
d’Afrique du nord récemment devenus
indépendants, Maroc et Tunisie.
Le capital humain – les compétences,
le talent et la force morale - des Juifs
venant des pays arabes a immensément
contribué au succès d’Israël, en dépit de
décennies de conflit dans une région en
proie à la violence.
Juifs du Yemen attendant de s’envoler à
destination d’Israël, Aden, 1949.
Archives Photographiques Nationales d’Israël
Femme immigrée du Maroc avec
ses enfants, dans une tente pour
réfugiés, Israël, 1949.
Archives Photographiques Nationales d’Israël
Intégration en israël
Statut international
La définition d’un réfugié selon le Droit international
s’applique clairement aux Juifs des pays arabes, qui
connaissaient « une crainte bien fondée, d’être persécutés
en raison de leur race ou de leur religion » et les Hauts
Commissaires aux Réfugiés aux Nations-Unies l’ont
confirmé à maintes occasions considérant les Juifs, fuyant
la persécution dans les pays arabes, comme réfugiés
tombant sous le mandat de l’Agence des Nations-Unies
pour les réfugiés (UNHCR).
Dans tous les accords internationaux pertinents multilatéraux et bilatéraux : résolution de l’ONU n°242,
Conférence de Madrid, Traité de Paix entre Israël et
l’Egypte, Feuille de route vers la paix ; il est fait référence
aux « réfugiés » de façon générique, comprenant la
reconnaissance de tous les réfugiés du Moyen-Orient –
Juifs et Arabes confondus.
A la « Une » du New York Times, ce titre : « Les Juifs en danger
dans tous les pays musulmans »
Justice et recherche
de la paix
La reconnaissance des droits des Juifs, expulsés des pays
arabes, constitue un appel à la vérité et à la réconciliation.
Pour qu’un processus de paix soit crédible et pérenne, il
doit s’assurer que tous les véritables réfugiés reçoivent
égalité en droits et traitement, conformément au Droit
international.
Cependant, la violation massive des droits de l’homme pour
les réfugiés Juifs du monde arabe, la destruction de leurs
communautés anciennes et prospères, l’expropriation de
leurs biens et propriétés, ainsi que leur déplacement et leur
expulsion de leurs pays de résidence, pendant les millénaires,
n’ont jamais bénéficié d’un traitement correct de la part des
Nations-Unies et de la communauté internationale.
La reconnaissance des droits des Juifs déplacés des pays
arabes est un appel à la justice, à l’équité et à reconnaître une
vérité historique dans la quête de la paix au Moyen-Orient.
Les populations Juives quittant les pays arabes
suite à l’établissement de l’Etat d’Israël.
Remerciements à Sir Martin Gilbert.
Histoire personnelle
Maurice Shohet : récit d’Irak
« Nous avons eu l’occasion de jeter un dernier
regard en arrière sur le pays où nous avions
grandi et vécu. Plusieurs pensées me vinrent à
l’esprit sur le pays que nous étions sur le point
de laisser derrière nous. Nous avions aimé l’Irak
presque plus que de nombreux Irakiens... Je me
suis rappelé les souvenirs des terres du Tigre et
de l’Euphrate. Comme dans un film, j’ai vu des
photos défiler dans mon esprit, depuis l’école
où je l’avais grandi, les synagogues où je priais,
et les tombeaux des prophètes où je me suis
rendu.
Je pensais aux descendants de l’ancienne
communauté juive irakienne, qui remonte à
l’époque de l’empire babylonien, et la fin qui
leur était réservée… après que l’Etat d’Israël
ait été créé. Je pensais à la communauté de
Juifs miséreux sur lesquels l’Irak avait déversé
sa colère parce que l’Irak a eu honte, quand
son armée a partagé la défaite avec d’autres
armées arabes durant la Guerre des Six
Jours. »
Histoire personnelle
Regina Bublil Waldman:
récit de Libye )1967(
« Lorsque la guerre des Six Jours a éclaté entre Israël et son
environnement arabe voisin, j’étais âgée de 19 ans.
Gina Bublil Waldman,
en 1960, en costume à
Pourim
Ma mère m’a appelée au travail pour me dire que des
milliers de personnes avaient envahi les rues, provoquant
des émeutes et brûlant propriétés juives. Elle me supplia de
trouver une cachette, parce qu’il était trop dangereux pour
moi de rentrer chez eux. Un des ingénieurs britanniques
de la société a accepté de me cacher dans sa maison.
Incidemment, il était chrétien. De ma cachette, je regardais
les feux consumer l’entrepôt de mon père. Tuant des gens,
saccageant et brûlant les biens juifs pendant des jours …
J’ai donc vécu dans la clandestinité pendant un mois avant
de rentrer.
Tous les Juifs ont été expulsés et leurs biens, y compris leurs
comptes bancaires, ont été expropriés par le gouvernement.
Nous étions seulement autorisés à prendre quelques valises
et très peu d’argent.
Le jour de notre départ, des soldats armés nous ont mis
sur un camion pour nous escorter “en toute sécurité” à
l’aéroport. Au lieu de cela, ils nous ont jeté sur le côté de
la route. Nous sommes montés dans un bus de l’aéroport,
qui s’est ensuite arrêté en plein milieu du désert. Le
conducteur a dit qu’il avait un problème de moteur et le
conducteur est parti obtenir de l’aide et nous a laissés
seuls, une fois de plus. Je regardais mon père pour le
soutien, mais il était figé dans l’horreur. Je suis sortie
de l’autobus et ai couru chercher de l’aide. Alors que je
courais, tout mon corps tremblait de peur, mais c’est la
colère qui m’a poussée vers l’avant.
Lorsque je suis arrivée à la station d’essence, le chauffeur
était au téléphone. Après avoir lutté avec lui, je lui ai arraché
le téléphone de la main et ai appelé l’ingénieur britannique
qui m’avait caché. Je me suis retournée pour partir, mais à
ce moment-là, la porte a été bloquée par trois hommes, y
compris le conducteur. Je fus pétrifiée. Ma gorge se serra.
Mon cœur battait la chamade. Je forçais mon chemin à
travers la porte et courus vers le bus.
Il y avait de l’essence partout, le chauffeur tenait une boîte
d’allumettes dans sa main. Le plan était de brûler le bus
avec ma famille dedans.
C’est juste à ce moment que l’ingénieur britannique est
arrivé sur les lieux et nous a fait monter. Ma famille a sauté
dans sa voiture et nous avons accéléré hors de l’aéroport. À
l’arrivée, les porteurs ont refusé de charger nos bagages et
ont craché sur nous.
Notre vol nous a conduits à Rome, en Italie, où ma famille
vit toujours.