L`étude et la prévention des risques
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L`étude et la prévention des risques
No 61 Juin 2002 La Lettre de l’Ingénierie Professionnelle Chambre Syndicale des sociétés d’études techniques et d’ingénierie S yntec-ingénierie a choisi de poursuivre sa réflexion sur l’étude et la prévention des risques. Après avoir consacré un précédent dossier aux effets potentiels de risques sur l’environnement, nous abordons ici les risques en fonction de leur origine. On peut les diviser en deux grandes familles : • les risques liés à l’activité humaine, • les risques liés aux événements naturels. Comme toute division, celle-ci peut paraître contestable mais elle permet d’appréhender l’ensemble des situations que l’ingénierie doit prendre en compte. Dans ce numéro, nous allons étudier les risques liés à l’activité humaine. Cela comprend, au premier chef, l’activité industrielle, mais nous verrons que d’autres secteurs peuvent aussi être concernés. Les événements parfois dramatiques qui se sont produits ces derniers mois en France ont soulevé le problème de la qualité des aménagements et des constructions sous de multiples aspects : la sécurité (explosion de l’usine AZF, incendie du tunnel du Mont Blanc), la santé publique (amiante, dysfonctionnement de l’hôpital Georges Pompidou), la réglementation (constructions près des fleuves ou près d’usines à risques), la qualité des aménagements urbains, etc. Fort justement, ces accidents ont sensibilisé l’opinion publique qui s’interroge et demande que des mesures soient prises pour que cela ne se reproduise plus. La notion de risque est inhérente à l’exercice de l’ingénierie : quelle que soit la diversité des secteurs économiques dans lesquels s’exercent les compétences de l’ingénieur, l’identification et le traitement des risques sont toujours au cœur de ses réflexions, que l’on en soit au stade de la conception, de la réalisation ou de la maintenance du projet considéré. Toutefois, l’efficacité de l’ingénieur sera à la mesure de la qualité et du volume de ses investigations et réflexions ; elle dépendra donc, pour partie, de la politique mise en œuvre par son client et/ou par le futur exploitant. Parvenir au risque zéro est un souhait de l’opinion publique qui, certes, peut heurter la rigueur scientifique et technique mais qui doit être perçu comme l’ultime objectif social recherché. Face à cette grande attente de la société toute entière, l’ingénierie doit apporter une contribution décisive car elle est un acteur majeur de l’investissement responsable. Yann LEBLAIS, Président de Syntec-Ingénierie DOSSIER L’étude et la prévention des risques Après avoir consacré un précédent dossier au risque environnemental, Syntec–ingénierie poursuit sa réflexion en analysant les risques liés à l’activité humaine. Dans un prochain numéro, nous conclurons cette question par un dernier volet sur les risques naturels. Interview de Philippe BISCH, Président Directeur Général de LECES (Groupe Séchaud Ingénierie) Sommaire Éditorial www.syntec-ingenierie.fr Dossier : L’étude et la prévention des risques 5à8 • Ingénierie et sécurité industrielle • Les centres de stockage de déchets : risques et impacts • La sécurité des transports collectifs lors de grands événements sportifs • La maîtrise des risques dans les opérations de désamiantage • TEC Ingénierie valorise le site touristique de l’Aven d’Orgnac • L’exigence de sécurité à l’hôpital 2 3 3 • La sécurité dans les tunnels 10 • La sécurité dans les opérations de stockage et de transferts de fonds 10 et 11 • L’identification des risques dans l’industrie 11 Contrats 2 à 4 et 9 à 11 Dernières nouvelles 4 4 9 12 • Actualités des entreprises, Nominations, OCPP, un observatoire de la concurrence Public/Privé, Infopresse, Promouvoir une culture de la qualité des constructions La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 1 Ingénierie et sécurité industrielle La Sécurité Industrielle prend de plus en plus d’importance notamment dans les industries chimique et pétrolière. exemple un guide concernant les salles de contrôle blast proof et un autre sur les équipements pétrochimiques vis-à-vis du séisme), ■ pour TFE, une expertise visant a évaluer les conséquences « cachées » de l’explosion du 9 novembre 1992 à la Mède (en simulant l’explosion et ses effets). L’évolution de la sécurité industrielle a de multiples raisons, les plus importantes étant: ■ la volonté toujours plus forte des dirigeants de « prévenir les pertes » notamment celles en vies humaines, ■ le renforcement des exigences réglementaires, ■ l’influence grandissante des médias lors des accidents et atteintes à l’environnement, médias qui peuvent rapidement porter préjudice à l’image d’un groupe. Une ingénierie industrielle, qui possède parfois ses propres procédés, ne peut rester passive devant cette évolution. Les premières ingénieries qui ont décidé de s’organiser pour offrir à leurs clients des services de qualité en Sécurité Industrielle l’ont fait dans les années 80. Les principales décisions ont été : de créer un service spécialisé en Sécurité Industrielle bénéficiant des liens avec le service Procédé, ■ d’imposer l’intervention systématique du service Sécurité Industrielle dans tous les projets, ce qui revenait d’une certaine façon à reproduire l’organisation de nombreux groupes industriels. ■ Etude des conséquences d’un impact dans un stockage. ■ la capacité à modéliser les phénomènes accidentels (explosion, incendie, fuite de gaz toxiques, séisme, impacts…). Cette expertise en Sécurité Industrielle est donc mise en œuvre systématiquement dans tous les projets mais aussi dans le cadre de missions de conseil pour des groupes industriels ou organismes. A titre d’exemple, TECHNIP-COFLEXIP a ainsi réalisé : ■ pour le Ministère de l’Environnement, une demi douzaine de guides de sécurité (par Ce besoin d’expertise en Sécurité Industrielle est d’ailleurs très explicite dans les Systèmes de Gestion de la Sécurité des groupes industriels puisque dans tous ces systèmes (ceux structurés sur la directive SEVESO II, l’OIMS ou l’ISRS), trois éléments parmi les 7 à 8 éléments d’un Système de Gestion de la Sécurité relèvent du domaine de l’ingénierie ; ce sont : ■ les analyses des risques en faisabilité puis projet, ■ la maîtrise de la sécurité en ingénierie et construction, ■ la gestion sûre des modifications. ■ Jean-Pierre Languy, TECHNIP-COFLEXIP A ce jour, dans une ingénierie telle que TECHNIP-COFLEXIP, le département Sécurité Industrielle comprend des ingénieurs polyvalents en sécurité et des experts dans certains domaines (incendie, explosion…). De façon plus précise, nous pouvons citer comme principales expertises : ■ l’analyse de risques des procédés et des processus, ■ la maîtrise des réglementations nationales et internationales, ■ la connaissance des systèmes de détection et intervention, Contrats Assainissement Le Syndicat d'Epuration des Régions de Thonon et d'Evian a retenu SOGREAH comme Assistant au Maître d'Ouvrage pour l'agrandissement de la station d'épuration de Thonon-les-Bains (74). HYDRACOS vient de gagner le levé topographique de l’ensemble du réseau d’assainissement de la ville de VANNES et son intégration dans le S.I.G. ARCVIEW des Services Techniques. 2 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61 L’agence ROMANS de SAUNIER ENVIRONNEMENT assure la maîtrise d'œuvre de la station d'épuration du Syndicat Intercommunal d'Assainissement du Pays d'Albon. La filière d'épuration est prévue suivant un schéma classique de boues activées en aération prolongée. Le syndicat a retenu le principe des filtres plantés de roseaux, plus important projet réalisé avec cette solution en France. Audit La Commission Européenne a confié à SOGREAH l’organisation et la réalisation des missions d’évaluation des projets de développement qu’elle finance en Asie. Déchets La Communauté de Communes du Nord de la Martinique a choisi SOGREAH pour la maîtrise d'œuvre des travaux de mise en conformité et de réhabilitation de la décharge du site Le Poteau. Les centres de stockage de déchets : risques et impacts Les principaux dangers d’un centre de stockage de déchets sont liés à la présence de matériaux combustibles, et de gaz de fermentation (biogaz) susceptibles d'être à l'origine d'explosion ou d’incendie si certaines conditions particulières sont réunies. Maîtriser les risques de pollution La maîtrise des risques de pollution accidentelle est un point qui doit être pris en compte dès les premières étapes de conception d'un projet de Centre de Stockage. Ces nuisances que l'on cherche à maîtriser sont liées à la production des deux effluents typiques des Centres de Stockage : le biogaz et les lixiviats. par la mise en œuvre de réseaux de dégazage permettant de brûler le biogaz dans des torchères spécialisées. La conception des réseaux de dégazage s'appuie sur l'évaluation de la production de biogaz. Le dimensionnement des réseaux permet de brûler le biogaz à des températures supérieures à 900 °C, garantissant une bonne destruction des composés organiques à l'origine des odeurs. Il est à noter que les dioxines et les furanes ne sont pas présents dans les gaz de combustion. Le premier est lié au caractère fermentescible des déchets stockés dans des conditions d'anaérobie. La maîtrise du biogaz passe La sécurité des transports collectifs lors de grands événements sportifs Les transports en commun, lors de grands événements sportifs, doivent faire l’objet de mesures de sécurité particulières. En effet, les potentialités d’atteinte à la sûreté des personnes ou à la sécurité des installations augmentent brutalement avec la concentration des personnes transportées, la multiplicité des lieux et la diversité des moyens de transport. Dans le cadre des futurs Jeux Olympiques d’Athènes par exemple, le comité organisateur prévoit 2 500 bus supplémentaires, le transport de 25 000 passagers à l’heure (au lieu de 15 000) et environ 100 km de nouvelles voies routières. Prévoir, détecter et réagir regroupe plusieurs moyens de lutte, en particulier la mise en place de moyens humains supplémentaires, la création d’un réseau de communication, commandement et contrôle entre les acteurs chargés de la sécurité et l’installation d’équipements spécifiques (détection, surveillance vidéo, contrôle d’accès…). D’un point de vue technologique, jamais les industriels n’ont apporté autant de réponses pour détecter les incidents, contrôler les accès, surveiller l’espace aérien ou au sol, identifier les objets dangereux… Outre la communication qui doit donner aux voyageurs un sentiment de sécurité, il faut assurer la prévention des conflits, mais aussi déjouer toute tentative malveillante (sabotage, terrorisme…), savoir intervenir en cas de nécessité, et, si besoin, faciliter les enquêtes. Dans ce domaine, Thales Engineering & Consulting a apporté à ses clients des solutions globales et performantes, en particulier pour les systèmes de sécurité des réseaux, le plan de lutte contre les actions terroristes Vigipirate, le plan de ■ sécurité des J.O. d’Albertville… Ce dispositif est défini en fonction d’une évaluation très précise des risques et Gérard Revellin, THALES ENGINEERING & CONSULTING Les lixiviats sont le résultat de la percolation des eaux de pluie dans les alvéoles de stockage en cours d'exploitation. Le traitement des lixiviats a donné lieu au développement de nombreux procédés : traitement biologique, physico-chimique, thermique ou encore par filtration. Des risques réels peu élevés Seul le risque sanitaire est encore incertain, certaines recherches sont en cours (ministère de l’Environnement) sur les effets pathologiques des émanations diffuses. Mais globalement les risques réels liés à la présence d’un Centre de Stockage de déchets sont peu élevés et les techniques de l’ingénieur permettent une bonne maîtrise de ces ■ nuisances. Contrats LECES, filiale du Groupe SÉCHAUD Ingénierie, participe avec MICHELIN au développement du recyclage des pneumatiques dans des réacteurs de fusion. Eau L’Agence Nationale des Barrages (ANB) a confié à SOGREAH l’assistance technique et la surveillance des travaux (3 ans) pour la station de pompage de Beni Haroun (180 MW) dans le cadre du projet d’alimentation en eau de Constantine (Algérie). d’œuvre des travaux d’assainissement du secteur rive gauche de l’Adour de la ville de Bayonne. La Communauté d’Agglomération de Châteauroux a confié simultanément à SAUNIER TECHNA une étude sur l’alimentation en eau potable desservant 71 000 habitants et à SAFEGE, l’organisation de la collecte et du traitement des eaux usées. ALSTOM a décidé de confier les études d'exécution des ouvrages génie civil de son projet de Dunkerque au Groupe SECHAUD Ingénierie. La Communauté d’agglomération BayonneAnglet-Biarritz a confié à BCEOM la maîtrise Energie SOGREAH a été retenu par Electricité du Laos pour la maîtrise d’œuvre du projet de développement hydroélectrique de Nam Mang III. La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 3 La maîtrise des risques dans les opérations de désamiantage Le traitement de l’amiante présent dans les constructions nécessite une approche particulière afin de maîtriser les risques techniques et économiques ainsi que les impacts sur la santé et l’environnement. Une cartographie exhaustive La première mesure consiste à recenser et à dresser une cartographie la plus exhaustive possible des différentes formes d’amiante – friables ou non friables – présentes sur le site pour limiter les découvertes en cours de chantier. TEC INGENIERIE, en partenariat avec EDF CIH, a réalisé la maîtrise d’œuvre pour un ascenseur qui comprenait : ■ le creusement d’un puits vertical de section ellipsoïdale de 120 mètres de profondeur dans des calcaires massifs, ■ la fabrication et l’installation de deux ascenseurs permettant un débit de 450 personnes par heure (vitesse de 2,5 mètres/ secondes, propulsion en 48 secondes à la surface), ■ la réalisation d’un tunnel horizontal de liaison. la limitation des nuisances sonores provoquées par la ventilation des zones confinées, ■ la gestion des déchets à partir d’un tri sélectif sur le chantier et le respect des filières spécifiques à chaque type de déchets. Les risques ultérieurs liés à l’enfouissement et au stockage des déchets contenant de l’amiante en décharge peuvent être supprimés par la vitrification, ■ le contrôle de la qualité du travail d’éradication de l’amiante en zone avant réception et libération. ■ Pendant les travaux Même si les réglementations prévoient le recours à des entreprises spécialisées, l’ingénierie apporte toute la rigueur dans le contrôle de la qualité indispensable pour la maîtrise des risques. La vigilance porte notamment sur : ■ les consignations des réseaux électriques, ■ la santé des intervenants en zone confinée, ■ le contrôle du maintien de la qualité du confinement (physique et dépression), ■ le contrôle de la qualité de l’air par la mesure en continu des taux d’empoussièrement à l’amiante dans les zones contiguës, ■ le risque de perte de production par une pollution des zones contiguës, ■ le contrôle de la qualité des effluents (traitement des eaux résiduelles,…), en privilégiant la sécurité pour les visiteurs et pour l’environnement Compte tenu de la configuration du site et des travaux envisagés, la gestion des risques constituait le point central du dossier. Pendant les études Lors des études, il faut rechercher les solutions et méthodologies de traitement adaptées aux contraintes du site et aux exigences particulières de fonctionnement. Le maintien de l’activité dans les zones contiguës aux espaces à désamianter nécessite des précautions particulières. Le repérage des réseaux et canalisations présents ainsi que leurs conditions de consignation sont notamment indispensables à la sécurité. TEC Ingénierie valorise le site touristique de l’Aven d’Orgnac Aujourd’hui, les ingénieries techniques comme OTHEM (filiale du Groupe OTH) sont à même de prévenir les risques liés à la santé, à l’environnement et aux pertes de production. Des opérations comme le curage-désamiantage de l’ancien siège social d’EDF à Paris VIIIe ou le désamiantage de la soufflerie à Modane sont traitées dans cette approche. ■ Claude Leroux, OTHEM Il aura fallu, pendant les quinze mois de travaux, maîtriser quelques solides contraintes et aléas. Ainsi, les prescriptions draconiennes imposées en matière de tirs à l’explosif ont assuré la conservation parfaite des fragiles et précieuses concrétions existantes. La traversée d’un imposant karst rempli d’argile ultrafine et colmatante, non détecté par le sondage de reconnaissance, a nécessité trois semaines d’efforts supplémentaires et la réalisation d’un cuvelage en béton de 12 mètres de hauteur. L’agressivité des eaux d’infiltration chargées en gaz carbonique a obligé la société Schindler, constructeur de l’ascenseur, à repenser son dispositif anti-corrosion. Dans un environnement particulièrement délicat et inhabituel, l’ensemble des risques liés à ce chantier auront été maîtrisés jusqu’au résultat final qui a donné entière ■ satisfaction. Contrats Enseignement JACOBS SERETE s’est vu confier par le Rectorat de l’Académie de Paris et l’EMOC, mandataire de la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et la mission d’OPC de la restructuration lourde de la Halle aux Farines. Hôpital INGEROP a gagné le concours de la restructuration du Centre Hospitalier de GOLBEY, dans les Vosges, 4 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61 avec ses partenaires architectes de CRR à Clermont-Ferrand. Les travaux, estimés à 17,5 M€, seront réalisés en 3 phases, entre 2004 et 2007, permettant la continuité de l'activité de l'hôpital. Industrie INGEROP Clermont-Ferrand s’est vu confier par EDF, les études de structures béton et charpente métallique de la centrale thermique au gaz Phu My 2 au Vietnam, d’une puissance de 715 MW. LECES Risques & Environnement, filiale du Groupe SECHAUD Ingénierie, participe à l’élaboration d'une méthodologie d'analyse et de maitrise des risques industriels et environnementaux pour Airbus France. Infrastructures L’agence bordelaise de THALES ENGINEERING & CONSULTING a signé avec la DDE le contrat de maîtrise d’œuvre de l’itinéraire routier à très Dossier L’étude et la prévention des risques Interview de Philippe BISCH, Président Directeur Général de LECES (Groupe Séchaud Ingénierie) Comment peut-on définir la notion de risques ? Un risque est issu du mariage d’un aléa, c’est-à-dire la survenance d’une situation exceptionnelle ou accidentelle, et d’une situation humaine particulière, liée par exemple à l’urbanisation. Cette conjonction peut engendrer un danger pour la vie humaine ou son environnement. Un séisme puissant n’a pas de conséquence particulière si son épicentre est éloigné de toute terre habitée ; il peut donc y avoir un fort aléa et un faible risque. En revanche, une industrie potentiellement dangereuse implantée dans une ville présente un risque notable, même si l’aléa est modéré. Les risques dont s’occupe l’ingénieur et sur lesquels il peut avoir un moyen d’action sont de deux sortes : ils sont d’origine naturelle, comme les inondations, les séismes, les tempêtes, ou sont dus à l’activité humaine. Dans les deux cas, l’ingénieur apporte ses méthodes d’analyse pour identifier, comprendre et maîtriser le risque, puis mettre en œuvre les mesures préventives. Nous allons, pour cette fois, nous attacher aux risques liés à l’activité humaine. Pouvons-nous partir de quelques exemples ? Les accidents les plus spectaculaires sont souvent liés à l’activité industrielle. Les catastrophes de Seveso, Bhopal, Tchernobyl, la rupture du barrage de Malpasset ou les accidents de Sandoz à Bâle, de la raffinerie de Feyzin, des silos de Blaye, de l’usine AZF de Toulouse, ont particulièrement marqué leur temps. Hors industrie, on se souvient des incendies dans le tunnel sous la Manche et le tunnel du Mont-Blanc et de divers accidents dans les stations de sports d’hiver d’Europe. Mais les événements les plus médiatiques ne doivent pas faire oublier le reste : en 2000, environ 1 800 accidents industriels ont été répertoriés en France. et la société entière se sent concernée et mobilisée. Aussi, une pression forte s’exerce sur les États qui sont amenés à durcir leur réglementation. De gravité variable, ils ont été à l’origine de 50 décès et d’un millier de blessés. Ils résultent de l’activité d’usines, de dépôts, de chantiers, de carrières, d’élevage et du transport de matières dangereuses. Dans 60 % des cas, l’accident s’est accompagné d’un incendie et dans 40 % des cas d’une explosion. L’Europe elle-même s’est emparée de ces problèmes, les conséquences des accidents n’étant évidemment pas contenues à l’intérieur des frontières des États. Ainsi, les directives actuelles dites « SEVESO II » s’appliquent à la plupart des installations présentant des risques majeurs, comme les sites pétrochimiques, les usines chimiques, certains dépôts… Enfin, environ 40 % des accidents sont à l’origine de rejets dangereux (matières ou organismes) et de pollutions chroniques aggravées. L’impact de ces accidents sur l’opinion a été très important. Quelles en ont été les conséquences ? Évidemment, les accidents majeurs sont intolérables pour les populations directement concernées, qui exigent de leurs gouvernements des mesures fortes comme la mise en cause des exploitants concernés et la fermeture des usines. Les médias se font largement l’écho de tels événements GAZ NEUTRES En France, suite à l’accident de Toulouse, une nouvelle loi sur la maîtrise des risques industriels est en préparation. Elle doit renforcer les dispositions existantes, dans les domaines de l’urbanisation autour des sites à risques, de la concertation entre les acteurs concernés localement par le risque industriel et de l’amélioration de la prévention et de la gestion des risques. Elle modifierait le code de l’environnement, le code du travail et le code de l’urbanisme. D’une façon générale, les textes réglementaires sont en perpétuelle modification en raison du principe de la « meilleure technologie disponible », ce qui oblige les industriels à une amélioration permanente. DIFJET Gaussien 2 600 2 000 2 400 1 000 2 000 800.0 0 800.0 1 600 -1 000 1 200 800 -2 000 400 1 000 2 000 3 000 4 000 5 000 6 000 7 000 8 000 9 000 10 000 La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 5 Dossier INCENDIE EN MILIEU CONFINÉ Risques liés : flux thermiques, températures, perte de visibilité, intoxication MAGIC Modèle Zonale C 9.402e+001 9.066e+001 8.730e+001 8.393e+001 8.057e+001 7.720e+001 7.384e+001 7.047e+001 6.711e+001 6.374e+001 6.038e+001 5.701e+001 5.365e+001 5.029e+001 4.692e+001 4.356e+001 4.019e+001 EXEMPLE DE MODÉLISATION INCENDIE AU MOYEN DU CODE MAGIC V3.4.8 Quels sont les moyens de contrôle et d’action dont disposent l’État et les acteurs concernés ? Au titre de la nouvelle loi, l’État élabore et met en application des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) destinés à limiter les effets d’accidents susceptibles de survenir dans les installations. La philosophie de l’élaboration des plans de prévention des risques technologiques est clairement affichée: tout d’abord, réduire le risque à la source et, dans l’hypothèse où l’accident surviendrait malgré tout, tout faire pour en réduire au maximum les conséquences. Pour les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE), la législation oblige au dépôt d’une demande d’autorisation d’exploiter. Une étude d’impact est alors demandée par l’administration. Les objectifs de cette étude sont d’étudier les risques encourus par les populations exposées, d’informer les dites populations et de proposer tous moyens pour prévenir ces risques. Le contrôle de l’État est confié aux DRIRE, qui sont placées sous la double tutelle des Ministères de l’Industrie et de l’Environnement. Jusqu'à présent, les inspecteurs des installations classées, chargés de faire respecter la loi en matière d'environnement, jouaient également un rôle de conseil auprès des industriels pour les aider à se conformer à la réglementation. Dorénavant, les inspecteurs se cantonnent à un 6 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61 rôle de « police » ; ils sont chargés de contrôler et de sanctionner le cas échéant les industriels. Mais ce que je viens de dire pour les ICPE ne constitue qu’un des moyens dont disposent les acteurs concernés. D’autres instances sont impliquées dans la prévention des risques, notamment au sein même des entreprises par le biais des Comités d’Entreprise et des CHSCT, auxquels devront d’ailleurs participer maintenant les entreprises sous-traitantes présentes sur le site. Aujourd’hui quels sont les risques encourus par les Maîtres d'Ouvrage et les exploitants ? Face à une réglementation de plus en plus contraignante, les exploitants sont exposés à des responsabilités multiples et cumulatives. Le nouveau code pénal a apporté deux nouveautés fondamentales: la notion de mise en danger d'autrui et la responsabilité pénale des personnes morales. Ces dispositions s'appliquent lorsqu'un accident s'est produit. La répression s'avère proportionnelle à la gravité des conséquences pour les populations avoisinantes, dans le domaine de l’environnement, ou pour le personnel dans les domaines de l’hygiène et de la sécurité. Les principes fondamentaux de responsabilité civile s'appliquent bien entendu à l'environnement. Mais la mise en jeu des responsabilités pour fait de pollution a fondamentalement évolué, de la responsabilité avec charge de la preuve vers une responsabilité sans faute. La jurisprudence admet aujourd'hui que la responsabilité d'un industriel peut être recherchée sans que nécessairement une faute ait été commise. En effet, la réduction du risque à la source incombe à l’exploitant industriel. Enfin, les exploitants sont soumis à une pression médiatique très grande en cas d’accident ou d’impacts fortement négatifs sur la santé. Leur image peut en souffrir ce qui aura inévitablement un impact économique comme cela a été le cas par exemple pour des industries utilisant de l’amiante. Face à ces responsabilités nouvelles, que peut faire l’exploitant ? Le premier moyen pour limiter un risque est de l'assurer. Les risques industriels font naturellement partie des risques assurables. Cependant les récents événements ont conduit les assureurs à limiter, voire à réduire la portée des garanties, avec comme corollaire une augmentation significative des primes d'assurance et dans certains cas le refus d'assurance. L'industriel doit donc se poser la question de l’acceptabilité du risque. Un autre moyen pour réduire les risques est de les maîtriser. La maîtrise peut passer par la mise en place d'un « système de management environnemental », en s’appuyant sur un référentiel telle la norme ISO 14001. Ce système a pour objectif de promouvoir l'amélioration constante des performances, de réduire et d'éliminer la pollution à la source, de favoriser une approche préventive, de responsabiliser toute l'entreprise par des « engagements », d'assurer la prise de conscience des salariés et leur formation, enfin de garantir le libre accès à l'information de tous. Une des exigences de la norme ISO 14001 est d’identifier, de hiérarchiser et de mettre en place des mesures afin de prévenir, réduire et tester les accidents potentiels ainsi que les situations d’urgence environnementale. Cela se fait par la mise en place de plans de réduction des risques. Cela passe aussi par l’établissement de plans d'opération interne (POI) et de plans particuliers d'intervention (PPI) définis lors Dossier de l’étude de dangers. Celle-ci doit permettre à l'exploitant de définir les paramètres, les équipements, les procédures opératoires, les instructions et les formations des personnels importants pour la sécurité, et ceci dans toutes les phases d'exploitation des installations, y compris en situation dégradée. Elle doit également lui permettre d’adapter son organisation, par exemple en favorisant la mise en place d’un système intégré en charge de la sécurité, de la sûreté, de l’environnement et de la qualité. Cette analyse préventive des risques peut-elle s’appliquer à d’autres secteurs que l’industrie ? Bien évidemment, ce que j’ai développé précédemment ne limite pas l’analyse de risques aux installations industrielles. Il existe bien d’autres ouvrages à risque, comme les barrages, les voies navigables ou les tunnels, ainsi que l’a montré une actualité récente dans ce dernier cas. Pour chacune de ces installations, une telle analyse peut être menée et des plans de prévention sont à établir. sous forme d’audits et de diagnostics, dans la confection des études d’impact, des études de dangers, dans l’analyse de risques spécifiques, dans l’élaboration des plans de prévention, mais également dans l’étude de méthodes et d’ouvrages de prévention ou de protection, puis dans la maîtrise d’œuvre de conception et de réalisation de tels ouvrages, ce qui est son métier traditionnel. Mais elle a également un rôle à jouer dans la formation du management à la maîtrise des risques, à la formation et à la sécurité des salariés appelés à travailler sur les sites à risque. Elle peut enfin soutenir l’industriel dans ses efforts pour adapter son organisation à un système de management de l’environnement (ISO 14001 par exemple). ■ identifier et analyser les risques, que leurs causes soient d'origine interne ou externe à l'installation concernée ; ■ évaluer l'étendue et la gravité des conséquences des accidents majeurs identifiés; ■ justifier les paramètres techniques et les équipements installés ou à mettre en place pour la sécurité des installations. Elle vise également à exposer les éventuelles perspectives d'amélioration en matière de prévention des accidents majeurs, à contribuer à l'information du public et du personnel, à fournir les éléments nécessaires à la préparation des plans d'opération interne (POI) et des plans particuliers d'intervention (PPI). Elle doit aussi favoriser une concertation ultérieure entre acteurs locaux en vue d'une définition des zones autour de l’établisse- Flux radiatif incident (kW.m-2) 10 20 Température de surface (°C) 98 900 600 450 Quel est le rôle de l’ingénierie dans ce processus d’analyse et de prévention ? L’exploitant dispose rarement d’une expertise technique complète lui permettant de répondre à toutes les demandes de l’administration et d’organiser sa propre prévention. Pour toutes les études demandant une identification de risques, il est nécessaire de créer des équipes pluridisciplinaires pouvant répondre à des questions sur la santé, les produits dangereux, l’environnement, la sécurité et les risques liés aux activités de l’entreprise. Outre ses propres moyens, l’entreprise fait appel à des bureaux d’études pouvant fournir l’ensemble de ces compétences. L’ingénierie est là pour apporter ses connaissances techniques et scientifiques et ses méthodes de travail en appui à l’exploitant. Elle peut intervenir à différents niveaux : dans l’expertise de la situation, Peut-on donner un exemple précis de l’apport de l’ingénierie dans ces domaines ? Lorsqu’il participe à une étude de dangers, le bureau d’études suit une méthodologie lui permettant d’aborder les sujets suivants : la description des installations et de leur environnement, l’analyse des risques, l’évaluation des conséquences des accidents majeurs, la description de la politique de prévention des accidents majeurs et une description synthétique du système de gestion de la sécurité. Cette étude vise à rendre compte dans le dossier remis à l’administration de l'examen qu'a effectué l'exploitant pour : ment dans lesquelles une maîtrise de l'urbanisation est nécessaire pour limiter les conséquences des accidents. L’ingénierie s’avère donc un partenaire indispensable des exploitants. Est-ce également le cas pour les autres acteurs ? Tout à fait. Si l’État dispose des moyens et des services qualifiés nécessaires, les DRIRE peuvent consulter des experts, chargés d’analyser les dossiers établis par les exploitants et de remettre un avis indépendant. La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 7 Dossier Il en est de même des organismes proches de l’État comme les hôpitaux… Pour les autres acteurs c’est encore plus vrai, car ils sont souvent démunis sur le plan technique. Par exemple, le recours à l’ingénierie est souvent indispensable pour mettre un CHSCT en mesure d’appréhender des domaines complexes. Les collectivités locales doivent également faire appel à des compétences techniques extérieures. Sur tous ces sujets, c’est le rôle de l’ingénierie d’apporter les appuis nécessaires. L’actualité met souvent en exergue le thème de l’insécurité. L’ingénierie a-t-elle un rôle à jouer sur ce sujet ? Pas un rôle de premier plan, bien sûr. Mais, d’une façon générale, la fonction de l’ingénierie est de comprendre les besoins des Maîtres d’Ouvrage, d’analyser les situations et d’apporter les solutions les plus satisfaisantes sur les plans fonctionnel et économique. Construire un bâtiment, une infrastructure, une usine comporte toujours une part d’analyse et de prévention des risques, et donc de réduction de l’insécurité, même si cela se fait simplement par l’application de normes appropriées. Sans déborder de sa fonction, l’ingénierie peut intervenir dans les problèmes de sécurité des banques, des transports publics, d’accès aux installations, et de façon générale dans tout processus de sécurisation où une analyse rationnelle et la mise en place de solutions techniques sont nécessaires. Que peut apporter l’ingénierie pour une meilleure maîtrise des risques dans l’avenir ? L’ingénierie joue, dans beaucoup de domaines, un rôle charnière entre les sciences et la vie de tous les jours. Elle contribue à la fois au développement des techniques et à leur mise en application au profit de la Société. Par exemple, comme je l’ai dit précédemment, les normes en matière de rejets suivent de près ce que la technique peut permettre d’obtenir. Les méthodes associées sont mises au point dans les laboratoires et les bureaux d’études et utilisées par les ingénieries dans le développement de nouveaux procédés de fabrication. L’ingénierie fait également appel aux progrès des sciences fondamentales qui trouvent de nombreuses applications dans les études de transferts de pollution, de propagations d’accidents, d’analyse de risques. Elle est donc à l’écoute de la recherche. Mais le rôle de l’ingénieur dans la Société n’est pas seulement technique et économique. Malheureusement, bien que les ingénieurs jouissent dans le public d’une bonne notoriété, leur avis est trop peu souvent demandé par les médias. Or les ingénieurs, par formation et par fonction, disposent d’éléments d’information issus d’une analyse objective des données, permettant d’évaluer et de quantifier les risques et de les situer dans un cadre économique. Si cela ne constitue qu’une partie de l’analyse, qui comporte également des aspects sociaux et politiques, cette approche rationnelle des faits dans leurs dimensions techniques et économiques constitue un des éléments indispensables à l’information ■ du public voulue par la loi. ALOFT Code Eulérien champs « plat » DISPERSION DES FUMÉES Risques liés : perte de visibilité, intoxication z 12 000 Condition météo D5 : concentration en HCN (mg.m-3) x 11 000 10 000 Z [m] y Vue tridimensionnelle d’un panache de fumées calculé par ALOFT-FT dans les premiers kilomètres de son développement 500 9 000 8 000 0 7 000 500 1 000 1 500 2 000 2 500 X [m] 3 000 3 500 4 000 4 500 5 000 6 000 5 000 Condition météo F3 : concentration en HCN (mg.m-3) 4 000 Z [m] 3 000 2 000 500 1 000 500 0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 X [m] 3 000 3 500 4 000 4 500 5 000 200 100 50 8 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61 L’exigence de sécurité à l’hôpital La sécurité des patients, des visiteurs et du personnel hospitalier recouvre de nombreux domaines. Cela influe largement sur les techniques utilisées pour les projets hospitaliers et sur la conception fonctionnelle d’un hôpital. La sécurité incendie La réglementation en matière de sécurité incendie a beaucoup évolué depuis une quarantaine d’années pour les établissements recevant du public (ERP) et en particulier pour les hôpitaux (établissements de soins) de type U (réglementation du 23/05/89). Ces textes ont une influence directe sur les techniques utilisées en milieu hospitalier, notamment pour le chauffage, la climatisation, la plomberie ou en matière de restructuration. En effet, les dispositions constructives liées à la sécurité contre l’incendie sont de plus en plus draconiennes et l’intervention en phase de conception d’un coordonnateur SSI (Système de Sécurité Incendie) montre la complexité des techniques employées. IL s’agit là d’une gestion complexe du fait de la contradiction existant entre le principe de l’hôpital public qui est d’accueillir toute personne en danger et la demande de protection légitime des patients et des personnes travaillant dans l’hôpital, alliés à la préservation des biens technologiques installés. Ces concepts nécessitent la mise en place de flux spécifiques, de systèmes de contrôle d’accès, de surveillances vidéo et d’interphonies venant souvent à l’encontre du libre accès à un service public ou des exigences de la sécurité incendie vis-à-vis de l’évacuation de l’établissement. Du fait des techniques de plus en plus complexes utilisées dans les hôpitaux, les besoins électriques ont beaucoup augmenté ce qui a nécessité des installations de plus en plus puissantes, autonomes et surdimensionnées. Il n’est pas rare de parler pour un centre hospitalier de véritable centrale d’énergie soumise à la réglementation des installations classées, là où on ne prévoyait que de simples postes de livraison, chaufferies, etc. Ces exemples se multiplient de plus en plus au fil de la réglementation ce qui entraîne une complexité grandissante de la conception d’un bâtiment hospitalier en matière de sécurité incendie. Les textes réglementaires qui datent d’environ trois ans n’instaurent pas une liste exhaustive des causes des infections nosocomiales mais on peut retenir : ■ les infections liées à un dispositif médical contaminé, comme les endoscopes ou les respirateurs, ■ les infections liées à une source environnementale : l’air (aspergillose) ou l’eau (légionellose). La sécurité liée à la malveillance La sécurité des équipements A titre d’exemple, il est nécessaire depuis 1965 de désenfumer toutes les circulations servant à l’évacuation du public, de prévoir des zones de mise en sécurité permettant le transfert des malades en dehors de la zone sinistrée sans les évacuer vers l’extérieur et depuis peu de mettre en œuvre des clapets coupe-feu dans chaque gaine de ventilation au droit des passages de parois. La sécurité liée aux risques des infections nosocomiales lation de poussières ou risque de contamination. Elles impliquent l’emploi de techniques très complexes, soit au niveau des champs opératoires avec la mise en œuvre de faux plafonds diffusants créant des ambiances asceptiques, soit au niveau des robinets avec la mise en place de procédures de chocs thermiques ou de chloration de l’eau pour éviter le développement de bactéries dans les tuyauteries. Elles impliquent également une nouvelle conception de tous les corps d’Etat dits de « finition » qui doivent permettre un nettoyage aisé des locaux afin d’éviter toute accumu- En particulier, ces installations électriques doivent répondre actuellement aux normes C 15100 et C 15211 pour les locaux à usage médical. Il existe aussi, depuis environ cinq ans, des recommandations spécifiques pour les hôpitaux (guide blanc) augmentant la fiabilité des réseaux électriques tant sur l’aspect conceptuel de l’architecture du réseau électrique que sur l’aspect maintenance. Ces recommandations, qui ont été créées à la suite des incidents survenus au CHU de Lyon, portent essentiellement sur le mode raccordement au réseau public et sur le type d’architecture interne, pour une meilleure gestion du risque électrique. Elles visent également à garantir la continuité de fonctionnement de l’hôpital en cas de défaillan■ ce de l’alimentation électrique. Valérie Gorge, SECHAUD et BOSSUYT Contrats grand gabarit destiné au transport des pièces des avions A380 entre Bordeaux et Toulouse. INGEROP Nord vient d’être retenue par le Conseil Général du Nord pour intervenir sur 25 opérations routières à des niveaux divers allant du dossier de DUP jusqu’au DCE. Après plusieurs années de réflexion, l’agglomération de Clermont-Ferrand a confié à INGEROP, avec OTRA, la maîtrise d’œuvre de l’ensemble des infrastructures, pour une ligne de 14 km d’une nouvelle génération de tramway sur pneus, selon un prototype conçu par la firme alsacienne LOHR. Inondation de la Somme, risques provenant à la fois de risques de ruissellements, des débordements de la rivière et des remontées de nappe. Lauréat en 2000 du concours de maîtrise d’œuvre, le département Génie Civil de SAFEGE assure la direction de l’exécution des travaux du viaduc de l’Anguienne à Angoulême. Infrastructures portuaires La DDE de la Somme vient de confier à SAFEGE la réalisation du Plan de Prévention des Risques La Direction Transport de Gaz de France a confié à SOGREAH les études maritimes du projet du Terminal de Fos II à Fos-sur-Mer. La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 9 La sécurité dans les tunnels L’accident du tunnel sous le Mont-Blanc a eu pour conséquence majeure d’imposer une vérification systématique de la sûreté de fonctionnement des ouvrages de travaux publics. Cette démarche, classique dans les milieux de l’aéronautique, de la construction ferroviaire ou des industries comportant un risque pour l’environnement, était jusqu’à présent limitée à l’application d’une réglementation empirique. Cela conduisait souvent à ne prendre en compte que les accidents passés, sans véritable projection dans l’avenir, avec une évaluation insuffisante du risque potentiel de tel ou tel choix technologique réalisé par les ingénieurs. Une étude spécifique des dangers Aujourd’hui, la circulaire interministérielle 2000-63 du 25/08/00 stipule que pour les tunnels une étude spécifique des dangers est à entreprendre. Elle doit décrire les accidents susceptibles de se produire en phase d’exploitation, ainsi que la nature et l’importance de leurs conséquences éventuelles. Elle précise et justifie les mesures prises pour réduire la probabilité des accidents et l’importance de leurs conséquences. L’autoroute A36 comportement du système en phase d’exploitation. Une description complémentaire par scénarios catastrophes Afin d’illustrer la validité des choix réalisés, une description par scénarios catastrophes est proposée en complément, puis soumise à des experts du domaine, avant d’être éventuellement entérinée par une commission ad-hoc. Ainsi conçu l’ouvrage d’art devient l’un des composants d’un système complexe où interviennent la structure, l’ouvrage d’art proprement dit, les équipements de gestion, les usagers, l’exploitant et les services de secours. Ce « système » doit faire l’objet d’une analyse des risques encourus par les usagers, les services de secours, l’exploitant ou les riverains. Cette analyse est à entreprendre dès la phase d’étude, lorsque sont réalisés les choix techniques qui détermineront le La sécurité dans les opérations de stockage et de transferts de fonds Un nouveau marché s’ouvre à l’ingénierie, celui de la sécurisation des transferts de fonds. Cette nouvelle approche sécuritaire élargie traduit le décloisonnement des activités traditionnelles d’ingénierie en imposant une réflexion approfondie sur l’ensemble des métiers qui concourent, autour de l’ouvrage principal, à la première qualité de celui-ci : garantir la qualité et la sécurité du service offert. Gageons que cette démarche actuellement limitée aux tunnels sera étendue à toutes les réalisations du domaine des travaux ■ publics. INGÉROP La Poste a lancé une consultation de maîtrise d’œuvre pour : ■ ■ ■ Ces projets nécessitent en effet l’intervention de l’ingénierie en raison de la haute technicité de ce type d'opération et de la nécessité d’assurer un management de projet rigoureux. Les deux exemples ci-après de mise en sécurité de bâtiments dans le cadre de stockage ou de transferts de fonds illustrent les possibilités variées d’intervention de l’ingénierie. Une meilleure sécurisation des accès des bureaux de La Poste aux entreprises de transports de fonds le montage des dossiers de faisabilité de 140 sites, la gestion et le suivi des dossiers de demandes administratives, la maîtrise d’œuvre et le pilotage des travaux d’aménagement. Un décret du 18 décembre 2000 impose à La Poste la mise en conformité des accès de certains bureaux aux transporteurs de fonds. A partir d’une étude préalable déterminant les principes de mise en conformité faite par La Poste, Séchaud et Bossuyt a géré l’interface technique, urbanistique et économique entre les différents intervenants d’un tel projet. Aussi la Direction de l’Immobilier des Hauts-de-Seine et du Val d’Oise de (suite page ci-contre) Contrats Santé THALES ENGINEERING & CONSULTING fournit clé en main les nouveaux locaux IRM (Imageur par Résonance Magnétique) de l’hôpital de Papeete en Polynésie. Tertiaire THALES ENGINEERING & CONSULTING réalise pour le promoteur privé Meunier Immobilier d’Entreprise (Groupe BNP Paribas) la maîtrise 10 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61 d’œuvre technique du casino du Palais de la Méditerranée à Nice, vaste complexe hôtelier de luxe. Transport THALES ENGINEERING & CONSULTING a signé avec le groupement mené par Lohr Industrie un contrat d’assistance et d’étude pour équiper la ville de Clermont-Ferrand d’un tramway sur pneus. Ce premier tramway desservira le centre et les principales infrastructures de la ville sur 12 km. TECHNICATOME mène les études de définition de l’informatique de sécurité des prochaines rames de métro fer de la RATP dont elle assurera la fourniture dans le cadre du projet MF2000. Rappelons, par ailleurs, que TECHNICATOME est le mandataire du lot de maîtrise d’œuvre du projet train pour l’ensemble du projet MF2000, La sécurité dans les opérations de stockage et de transferts de fonds (suite) L’Eurofiduciaire : une sécurité de très haut niveau Dans le cadre des missions qui lui ont été confiées par la Direction des Monnaies et Médailles puis par la Banque de France pour le stockage (phase de production) et la distribution des euros, Jacobs Serete a assisté la Banque de France dans la réalisation des aménagements de grands entrepôts de stockage et de conditionnement des pièces. Vu l’enjeu de première importance, la sûreté de ces stockages a été conçue, mise en œuvre et vérifiée suivant la règle 53 de l’APSAD (remplacée depuis le 01/01/02 par la règle 55) applicable aux « Risques très lourds », c’est-à-dire aux établissements constituant des cibles privilégiées pour la grande criminalité. L’étude de risques effectuée a conduit à mettre en œuvre des solutions évoluées de protection physique contre l’effraction et l’intrusion, de détection, de contrôle d’accès, de vidéo surveillance, et à établir des procédures drastiques pour le gardiennage et l’accès dans les différents ■ scénarios d’exploitation. SECHAUD, BOSSUYT et JACOBS SERETE L’identification des risques dans l’industrie L'analyse des risques des installations porte sur toutes leurs conditions d'exploitation (phases transitoires et d'arrêt incluses). Elle peut nécessiter l'utilisation de méthodes systémiques (HAZOP, AMDEC, what-if, arbres de défaillances, par exemple). La prise en compte de l'analyse d'accidents passés, survenus dans l'établissement, dans des installations ou dans des situations similaires en France ou à l'étranger, est essentielle dans l'analyse des risques. Elle permet d'évaluer l'efficacité des mesures de sécurité prévues. Des hypothèses d’accident Les hypothèses d'accident qui sont utilisées au stade d’une étude de dangers doivent clairement expliciter les causes et les facteurs aggravants, de même que les éléments favorables à la sécurité et à la fiabilité des installations. Parmi ces accidents, certains servent de référence : ■ à l'évaluation des risques d'effet domino : action d'un premier phénomène (émission de débris par explosion, par exemple) qui pourrait en déclencher un second (fuite d'un réservoir perforé par un équipement, par exemple), ■ à la concertation en vue de définir les règles de maîtrise de l'urbanisation, ■ à l'élaboration des PPI (plans particuliers d'intervention, définissant l'organisation et les moyens publics à mettre en place en cas d'accident majeur). L'évaluation des conséquences des accidents envisagés permet de déterminer, à partir de modélisations, les conséquences pour l'environnement et les populations. Modéliser les évaluations Suivant les événements étudiés, les évaluations suivantes peuvent être réalisées par modélisation : ■ évaluation du risque thermique lié aux effets radiatifs d'un incendie ou à d’autres causes (ex.: modélisation de l'incendie pour l’étude du rayonnement thermique et de la dispersion des fumées, modélisation de l'écoulement accidentel et du rayonnement thermique liés au transport de métal en fusion, modélisation des scénarios incendie et explosion pour une aciérie électrique) ; ■ évaluation du risque d'intoxication par inhalation d'un gaz toxique ou de produits de combustion générés par un incendie (exemples : modélisation de la dispersion des rejets à l'atmosphère en fonctionnement normal et en cas d'incendie, modélisation de la dispersion d'un nuage d'ammoniac dans plusieurs configurations) ; ■ évaluation du risque lié à la propagation d'une onde de surpression consécutive à une explosion ; ■ évaluation de l'impact d'un missile projeté par une explosion (fragment de récipient ou de bâtiment). L'analyse des risques doit permettre à l'exploitant de définir les paramètres, les équipements, les procédures opératoires, les instructions et les formations des personnels importants pour la sécurité, ceci dans toutes les phases d'exploitation des installations, y compris en situation dégradée. Ce type d’études de risques et de modélisation trouve son application également hors de l’industrie, par exemple : modélisation de l'incendie d'un véhicule à l'intérieur du tunnel, étude de risques sur le transport, la manutention et le stockage de matières dangereuses par voie d’eau, étude du risque d'explosion sur l'emprise d’un projet autoroutier, lié à la proximité des zones industrielles… Les études mentionnées ci-dessus à titre d’exemples ont été réalisées, pour des clients publics ou privés, par LECES Risques et Environnement (Groupe Séchaud Ingénie■ rie). Philippe Bisch, PDG de LECES Contrats qui prévoit la fourniture de 161 métros à la RATP. TECHNICATOME vient de livrer pour essais à EUROTUNNEL un système informatique au sol permettant d’augmenter le trafic des rames de fret dans le tunnel sous la Manche en toute sécurité. THALES ENGINEERING & CONSULTING vient de gagner la mission de pilotage délégué du groupement Interinfra, pour réaliser la dernière extension de la ligne 2 du métro du Caire. Rappelons que Thales avait réalisé auparavant les missions de pilotage et d’ingénierie pour la construction de toute la ligne. des travaux de la rocade méditerranéenne, sur financement MEDA de l’Union Européenne. Chef de file d’un groupement d’entreprises, BCEOM s’est vu confier par le ministère de l’Equipement au Maroc un contrat d’assistance technique à la Direction Régionale de l’Equipement d’Al Hoceima pour la surveillance L’agence de Bordeaux de THALES ENGINEERING & CONSULTING réalise une mission de maîtrise d’œuvre portant sur l’extension et la restructuration du château Meyney à SaintEstèphe en Gironde. Vin La Lettre de l’Ingénierie – No 61 – 11 Dernières nouvelles Infopresse Actualités des entreprises SECHAUD et METZ prend son indépendance. Ancienne filiale d’EDF, SECHAUD et METZ exerce son activité dans le bâtiment, l’énergie, le génie civil et l’environnement. Paul Frantz Vidal, Philippe Bruel et cinq autres cadres dirigeants ont pris la majorité d’un holding financier qui détient 51 % de l’entreprise. SNC–Lavalin s’est porté acquéreur du capital de la société BOPLAN INGÉNIERIE. Ceci va permettre à PINGAT et à BOPLAN de poursuivre leur stratégie de croissance et de développement. Jean-Claude Pingat, PDG de Pingat ingénierie assurera la présidence de la nouvelle entité. GEOMETRE LA LETTRE DE L’EXPANSION 1er avril 2002 11 mars 2002 En direct des entreprises ■ Sechaud et Metz. Syntec ingénierie : pour un aménagement global et durable. 12 avril 2002 essionnels Documents prof s tâches de n io sit po ■ décom uvre. œ d’ ise tr aî m de 22 mars 2002 L’ingénierie privée craint une nouvelle offensive du public. • TECHNICATOME La direction commerciale et du marketing du pôle « transport, environnement, industrie » a été confiée à Xavier Joubert, celle du pôle « énergie et propulsion » à Serge Rodrigues. @ www.syntec-ingénierie.fr ENVIRONNEMENT MAGAZINE 1er mai 2002 Dossier ■ L’ingénierie publique n’est plus hors de la règle des marchés publics. C’est l’occasion de définir son rôle, complémentaire à celui de l’ingénierie privée. Il est difficile de comparer les offres des sociétés d’ingénierie, surtout pour les études non nommées. Certains critères de choix s’imposent. Nominations 5 avril 2002 Dossier environn em l’impact de l’éco ent ■ logie sur le scrutin. Retrouvez à cette adresse des informations sur les 200 plus importantes sociétés d’ingénierie, un répertoire complet des prestations (plus de 700 missions) et l’actualité de la profession mise à jour en temps réel. Bon surf ! Promouvoir une culture de la qualité des constructions La prise de conscience collective des responsabilités en matière de développement durable a amené de nombreux maîtres d’ouvrage à repenser leurs exigences relatives à la qualité des constructions et des aménagements. OCPP, un observatoire de la concurrence Public/Privé Syntec-ingénierie s’est associé à plusieurs organisations professionnelles de l’ingénierie, de l’architecture et des professions voisines pour créer l’Observatoire de la concurrence Public/Privé. Association 1901, cet observatoire a pour objectif de promouvoir des principes et règles de référence sur la concurrence entre les acteurs publics ou parapublics et les acteurs privés du marché : recueillir des informations et les diffuser à tous les acteurs, faire respecter les règles de concurrence et agir devant les tribunaux si nécessaire. Présidé par Philippe François, président de l’UNGE, l’OCPP est domicilié dans ses locaux : 40, avenue Hoche - 75008 Paris. Ainsi, par exemple, l’association HQE a formalisé certaines de ces exigences pour les bâtiments tertiaires. De son coté, FIDIC (Fédération Internationale des Ingénieurs Conseils) va diffuser dans les prochains mois un guide sur la qualité des constructions. Au nom de Sociétés d’ingénierie très impliquées par ces nouvelles exigences, Syntec Ingénierie vient d’engager une vaste campagne de réflexion sur le thème de la qualité globale et durable des constructions. Cette campagne associant des maîtres d’ouvrage, des responsables politiques et des responsables de la filière construction vise à promouvoir une acceptation commune à tous les partenaires du concept de qualité globale et durable applicable à tout type de construction, bâtiment, industrie ou infrastructure. La Table ronde clôturant l’Assemblée Générale de Syntec Ingénierie, le 13 juin, pose les principales questions sur les moyens de parvenir à la qualité globale et durable des constructions. Des débats sont organisés dans les principales régions françaises pour valoriser l’implication dans la vie quotidienne et l’expertise technique des sociétés d’ingénierie. Ils débuteront à Lyon le 24 juin et permettront de faire émerger les principales questions que se posent des sociétés d’ingénierie pour une véritable politique de la qualité des constructions. Ces questions seront débattues lors d’un forum organisé par Syntec Ingénierie au sénat, le 5 novembre 2002. ■ L’ingénierie professionnelle est éditée par SYNTEC INGÉNIERIE, Chambre Syndicale des Sociétés d’Études Techniques et d’Ingénierie 3, rue Léon Bonnat 75016 Paris — Tél. : 01 44 30 49 60 / Fax : 01 45 24 23 54 / www.syntec-ingenierie.fr — Le numéro 2 euros TTC Directeur de la publication : Jean Félix — Rédacteur en Chef : Karine Leverger Ont participé à ce numéro : Dominique Baricheff, Philippe Bisch, Virginie Cordier, Corinne Figueras, Valérie Gorge, Claire Guillon, Yoursa Hakim, Jean-Pierre Languy, Virginie Le Roux, Claude Leroux, Michel Le Sommer, Joëlle Mauti, Renaud Mesnager, Jean Mottaz, Gérard Pissier, Michel Roméro, Jean-Marc Usseglio, Simone Vales ISSN 0753-633 X — Conception et Édition : Les Éditions de l’Aulne, Paris. 12 – La Lettre de l’Ingénierie – N o 61