Maroc - Espagne

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Maroc - Espagne
Maroc - Espagne
Passer de la méfiance à la confiance
Rencontre du CDS avec l’Ambassadeur d'Espagne
Alberto NAVARRO
Rencontre du 6 décembre 2012
Avec l’aimable contribution de
“Écouter l’Espagne, car elle a quelque chose à dire…”
Un état des lieux sans tabou
Mohamed Benamor, président du CDS
Alberto NAVARRO, Ambassadeur d’Espagne
et Mohamed BENAMOUR, Président du CDS
D
ans son intervention, Mohamed
Benamour a déclaré qu’il était heureux d’accueillir une éminente personnalité, connue pour ses qualités humaines,
comme pour ses connaissances approfondies
des affaires européennes, et sud-américaines
et comme un artisan respecté et apprécié dans
le raffermissement des relations marocoespagnoles.
Il s’agit de Son Excellence Alberto Navarro,
ambassadeur d’Espagne au Maroc depuis
octobre 2010, dont le parcours professionnel remarquable est digne d’éloges. Avant de
décliner un aperçu biographique de son hôte,
M. Benamour a rappelé que l’Espagne a toujours été au confluent de plusieurs courants
civilisationnels et la tête de pont du monde
hispanophone, qu’elle paraît être le miroir
d’interaction entre l’Occident et l’Orient.
Le grand philosophe espagnol Ortega disait
que «l’humanité devrait apprendre à écouter l’Espagne, car elle a quelque chose à
dire au monde». L’Espagne est plurielle et
c’est le propre des démocraties, et le Maroc,
son voisin du Sud l’est aussi.C’est pour ces
raisons et bien d’autres, explique M. Benamour, qu’il a sollicité son hôte afin qu’il fasse
part aux membres du CDS, venus en nombre,
de ses analyses et ses réflexions sur les
différents aspects de coopération entre les
deux pays, et au-delà entre l’Europe et le
Maroc, dans différents domaines. Selon le
Président du CDS, M. Navarro est connu pour
sa franchise, son expérience et son éloquence.
«Il nous tracera les contours d’une approche
réaliste et porteuse d’espoir entre deux pays
que des relations séculaires condamnent à
une plus grande solidarité. L’héritage historique doit permettre un meilleur développement de nos relations culturelles, commerciales et diplomatiques. En un mot, «des liens
affectifs pour mieux servir les intérêts de nos
deux peuples», a ajouté M. Benamour. Le
CDS aujourd’hui, comme le mois dernier avec
l’Ambassadeur de France, participe à travers
ces rencontres, en tant qu’espace de débat
démocratique, et en tant que Think tank
indépendant, œuvre pour apporter des
réponses pragmatiques et originales à des
sujets essentiels en matière de solidarité, de
répartition des richesses, de bien-être du
citoyen et de développent intégré.
Les relations internationales et la coopération
à renforcer avec les partenaires constituent un
axe prioritaire pour encourager davantage la
diplomatie économique, sujet auquel le CDS
a consacré une large part de ses travaux.
Maroc - Espagne
«Conseil du développement et de la solidarité», think tank indépendant, organise des
séminaires sur différents sujets et des rencontres avec les ambassadeurs pour faire le
point sur les relations bilatérales.
Après l’invitation faite à l’ambassadeur
de France, Charles Fries, c’est Alberto
Navarro qui a décliné l’état des relations
Espagne-Maroc, mais aussi sa vision quant
à l’avenir de ces relations, devant un aréopage de personnalités, dont Saâd Kettani,
président du Conseil d’affaires marocoespagnol au sein de la CGEM, qui a mis
l’accent sur l’inflexion des réformes et la
résilience de l’économie marocaine.
Des personnalités qui ont eu à cœur de poser
les vraies questions : celle de Sebta et Melilla,
les îles Jaafarines, la délivrance des visas, la
perception du Maroc en Espagne, la question
du Sahara et du Sahel, questions qui ont suscité un débat soutenu après l’intervention de
l’ambassadeur et que nous partageons avec
nos lecteurs, compte tenu de son intérêt.
Beaucoup de questions débattues trouvent
leurs racines dans une histoire tumultueuse
et tourmentée, mais M. Navarro a fait sienne
la réflexion du chef du gouvernement,
Abdelilah Benkirane qui, lors de la visite de
M. Rajoy, Président du gouvernement, lui
déclarait : «Nous partageons une mémoire
commune, nous avons une histoire partagée
difficile, mais dans laquelle les choses positives
dépassent, de loin, les choses négatives».
Ce sont, souligne M. Navarro, «ces choses positives que je garde en tête, car aucun pays n’a
autant besoin que l’Espagne d’avoir comme
voisin un pays stable et je ne répéterai jamais
assez que ce qui est bon pour le Maroc est bon
pour l’Espagne, et vice-versa. C’est dans cette
optique que nous inscrivons nos actifs».
Au-delà de l’échec du processus de décolonisation, comme le reconnaît M. Navarro,
de l’échec du grand projet de liaison fixe qui
devait rapprocher les deux continents, les
«actifs» sont très nombreux, pour peu que
l’on sache les exploiter et pour peu, comme
le soulignait Hassan Chami, ex-président
de la CGEM, «que la confiance remplace la
Les membres du CDS autour de Alberto NAVARRO, Ambassadeur d’Espagne
méfiance». C’est justement ce à quoi s’attèle
cet ambassadeur qui multiplie les visites bilatérales, qui, dit-il, veut donner plus de fluidité à la circulation des personnes. C’est ainsi
qu’il annonce la suppression des visas pour les
passeports de services dès que la décision sera
ratifiée par le Parlement, que le nombre des
visas annuels (150 000) a augmenté et qu’il
s’engage à donner des visas de long terme
(3 ans) pour certaines catégories, présidents
d’université, directeurs d’hôpitaux, entrepreneurs, chercheurs… Il reconnaît au passage le
caractère «discriminatoire» du code civil qui
accorde la nationalité espagnole aux LatinoAméricains et Ibériens, «les binas», après un
séjour de 2 ans, alors qu’une résidence de 10
ans est exigée pour les Marocains. On apprend
au passage que quelque 15 000 Marocains
nés au Sahara sont espagnols, et que chaque
année, ce sont jusqu’à 20 000 Marocains qui
prennent la nationalité espagnole.
Concernant le récent débat sur l’octroi de
la nationalité espagnole pour tout acquéreur d’un logement de plus de 220 000 euros, M. Navarro confirme l’information en
soulignant qu’il faut attendre une loi dans
ce sens, et que c’est chose courante au Portugal et au Royaume-Uni. Autres points à
retenir : la situation au Sahel où, dit-il, il faut
faire preuve de prudence, en tenant compte
de la nature des problèmes, celui des séparatistes, les Touaregs qui réclament l’autodétermination dans la région du Sahel, et
les partisans d’Aqmi qui menacent toute la
région. Pour lui, «dans un contexte régional
plus large, la question du Sahara aurait une
meilleure solution. La fermeture des frontières avec l’Algérie menace la stabilité de la
région.» Il donne l’exemple de l’époque de
guerre feutrée entre l’Espagne et le Portugal,
«la guerre des oranges», qui, dit-il, «a duré
100 ans et qui a pu être réglée au sein de
l‘Union européenne».
Autre point qui ne manquera pas d’étonner,
c’est son analyse sur les relations entre le
Maroc et l’Europe, ou plutôt sa vision de ces
relations.
L’Europe, dit-il, se porte mal, il faut aller vers
une Europe politique. En attendant, nous
avons tout intérêt à nous élargir au Maroc,
qui avait demandé, du temps de feu Hassan
II, son adhésion à la CEE, la politique agricole commune, la politique de cohésion, les
programmes communautaires… Cela assurerait indéniablement notre stabilité, poursuit-il, et il faudrait, dit-il encore, que les
fonds agricoles européens profitent aussi à
l’agriculture du Maroc, cela ferait monter les
revenus de nos agriculteurs. Les fonds communautaires amélioreraient la politique des
infrastructures au Maroc, ce qui profiterait
indirectement à la France et à l’Espagne, et
l’Europe profiterait d’un pourtour de prospérité.» Il reste, conclut-il, que «malheureusement nous n’en sommes pas là !»
Avec l’aimable contribution de Farida MOHA
De gauche à droite : Mostapha MELLOUK, Brahim
BENJELLOUN TOUIMI et Abdellatif BEL MADANI
De gauche à droite : M’hammed DRYEF,
Fathia BENNIS, Hassan CHAMI
Intervention de l’Ambassadeur du Royaume
d’Espagne Alberto NAVARRO
Saâd KETTANI, Brahim BENJELLOUN TOUIMI, Mohamed BENAMOUR et l’Ambassadeur Alberto NAVARRO
J
’ai fait le choix de ne pas regarder en
arrière, de ne pas lorgner le passé, car
nous partageons une longue histoire,
souvent tumultueuse. Cette histoire a débuté il y a plusieurs siècles avec les Iberos, les
Berbères de la péninsule ibérique et de
l’Afrique du Nord, elle s’est renforcée avec la
puissance Romaine en Méditerranée.
Je n’oublierai pas d’évoquer la présence
arabe et musulmane en Espagne pendant
huit siècles qui a laissé un bel héritage.
De cette histoire lourde, j’ai retenu le mot du
chef du gouvernement Abdelilah Benkirane,
que j’ai vu lors de la visite du Premier ministre
espagnol M. Rajoy ou lors de la visite des
ministres espagnols, et qui m’a dit : «Nous
partageons une mémoire commune, nous
avons une histoire partagée, dans laquelle les
choses positives dépassent, de loin, les choses
négatives».
Ce sont ces choses positives que je garde en
tête, car aucun pays n’a autant besoin que
l’Espagne d’avoir comme voisin un pays
stable et je ne répéterai jamais assez que
ce qui est bon pour le Maroc est bon pour
l’Espagne, et vice-versa. C’est dans cette
optique que nous inscrivons nos actifs.
Parmi ces actifs, je rappellerai en premier
que nous sommes deux royaumes voisins.
Le Royaume d’Espagne est le voisin du
Royaume du Maroc et le Royaume du Maroc
est le voisin du Royaume d’Espagne et, dans
la conjoncture actuelle, il faut rappeler que ce
sont les monarchies qui sont les régimes les
plus stables.
Nos relations sont nourries par les visites
au plus haut niveau, celle du Premier ministre et des ministres, mais aussi celles du
Prince héritier d’Espagne qui s’est rendu à plusieurs reprises à Casablanca et à
Marrakech, pour l’inauguration du Centre
Cervantes, ET LA VISITE DU ROI JUAN
CARLOS au lendemain de l’attentat d’Argana.
C’était la première visite d’un chef d’Etat qui
a voulu délivrer un message de soutien en
ces circonstances difficiles, que l’Espagne a
également vécues avec l’attentat de Madrid.
Au-delà de ces actifs, il y a la situation géographique stratégique que nous partageons.
L’Espagne est la porte naturelle pour entrer
en Europe, et le Maroc est la porte naturelle
pour entrer en Afrique. 35% de nos exporta-
tions vers l’Afrique se font au Maroc, tandis
que plus de 60% des exportations du Maroc
vers l’Europe se font vers l’Espagne et la
France. Nos pays partagent une façade avec la
Méditerranée et une autre avec l’Atlantique.
Dans le détroit de Gibraltar, seul passage
maritime entre l’océan Atlantique et la mer
Méditerranée, situé au sud de l’Espagne, au
nord du Maroc, à l’est de l’océan Atlantique,
à l’ouest de la Méditerranée, il passe chaque
jour plus de 300 bateaux contre 70 dans le
canal de Suez. C’est l’endroit où il y a le plus
important trafic maritime au monde, ce qui
engrange une importante pollution et c’est
l’un des thèmes abordés par la réunion des
ministres de la Défense des 5 plus 5 qui a eu
lieu récemment à Rabat. Nous pouvons, le
Maroc et l’Espagne, travailler ensemble, sur
le continent africain, le Maroc étant déjà présent. L’Espagne à son tour offrirait toute cette
dimension ibéro-américaine dans les pays qui
parlent espagnol et portugais, des langues
déjà partagées par 800 millions de personnes,
qui ont un grand avenir et qui sont de plus
en plus enseignées dans le monde, à l’instar
de l’arabe, parlé par plus de 600 millions
de personnes. Ce sont là des complémentarités intéressantes. Il y a un autre facteur de
rapprochement et de mixité, c’est l’importance de la communauté marocaine vivant en
Espagne qui atteint le million de personnes, dont
170 000 enfants qui étudient dans le système scolaire en espagnol, auxquels il faut
ajouter les 5 000 élèves qui étudient dans les
11 instituts espagnols au Maroc. Ce
réseau des instituts regroupe plus de 500
enseignants et professeurs à Casablanca,
Tétouan, Rabat, Tanger, Laayoune, Nador,
Larache et Alhoceima.
Nous avons également 6 centres Cervantès
pour l’enseignement de la langue espagnole,
avec des antennes nouvellement ouvertes à
Agadir, Essaouira et Nador qui viennent enrichir le réseau à Chaouen, Meknès, Larache,
Fès, Marrakech, Tanger, Tétouan, Casablanca
et Rabat, et ce sont là, autant d’éléments de
proximité humaine et linguistique qui contribuent à cimenter notre relation.
2012 : une année historique qui marque un
tournant dans nos relations bilatérales et une
proximité accrue entre nos pays et nos sociétés Dans le champ diplomatique, les visites
sont importantes et contribuent à renforcer
la capacité d’écoute et de compréhension des
positions des uns et des autres.
Elles témoignent d’une bonne entente et d’une
volonté de coopération.
Dans ce sens, l’année 2012 a été exceptionnelle pour nous. Nous avons commencé
l’année 2012 avec la visite à Rabat du chef
du gouvernement espagnol, M. Rajoy, le 18
janvier. Nous avons en Espagne une tradition
non écrite, mais qui est respectée par tous les
chefs de gouvernement de quelque obédience
politique qu’ils soient.
Le chef du gouvernement ne se rend ni à
Lisbonne, avec qui on a partagé une longue
histoire, ni à Bruxelles, ni à Paris, mais à Rabat.
Cela a été le cas avec Felipe Gonzalez, avec
José Maria Aznar, José Louis Zapatero et
Mariano Rajoy, qui est revenu en octobre
accompagné de 8 ministres et 7 secrétaires
d’État, c’est-à-dire avec plus de la la moitié
du gouvernement espagnol pour présider la
commission mixte.
M. Rajoy a reçu à son tour à Madrid
Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement
du Royaume du Maroc au mois de mai dernier, qui a également été reçu par le président
du Sénat. Madrid a été jusque-là la seule
capitale européenne qu’il a visitée et la seule
visite officielle en Europe qu’il ait effectuée.
Nous avons reçu plusieurs visites de ministres
espagnols qui, à la suite de la rencontre de
janvier, ont décidé de se parler franchement
pour faire avancer les dossiers.
Parmi eux, le ministre de l’Intérieur, les
ministres des Affaires étrangères, de l’Agriculture, de la Pêche. Je rappellerai aussi d’autres
visites importantes au mois d’avril, comme
celle du Président de la Catalogne, accompagné d’une délégation de 200 entrepreneurs,
à Casablanca, Rabat et Tanger où il a inauguré une usine.
Le Président des îles Canaries s’est également
rendu au Maroc et il a inauguré la liaison
aérienne qui relie Casablanca à Las Palmas,
renforçant ainsi les liaisons qui existent déjà
entre Laayoune, Agadir, Marrakech et les
Canaries, un archipel qui a fait du tourisme
standard une tradition et qui reçoit chaque
année quelque 13 millions de touristes Allemands, Britanniques, Européens du Nord...
Dans ce chapitre des visites, nous avons à
cœur de rapprocher nos sociétés civiles pour
changer le regard des uns sur les autres.
Un groupe de journalistes marocains a été
récemment invité à rendre visite aux médias et
partis espagnols, la composition du comité
Averroès va évoluer et nous allons multiplier
les visites des jeunes et lancer des programmes
de tourisme de proximité qui marchent très
fort au Portugal.
Un renforcement des relations qui passe par
une meilleure connaissance des uns et des
autres pour préparer l’avenir, pour mieux
se connaître. Dans ce sens, le Prince héritier d’Espagne, Felipe de Bourbon, a reçu, la
semaine dernière au palais de la Zarzuela à
Madrid, une délégation composée de secrétaires généraux et de présidents de la jeunesse
de différents partis politiques au Maroc, en
visite en Espagne. La visite a été initiée par
l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID).
Elle s’inscrit dans le cadre du Programme
d’accompagnement des processus de gouvernance démocratique dans le monde arabe
MASAR) et a pour objectif de renforcer la
participation politique des jeunes du Maroc
et la promotion des échanges d’expériences
entre es jeunes marocains et espagnols.
Dans cette même veine, nous avons organisé
à Rabat, le 3 septembre dernier, le premier
Forum parlementaire qui a réuni le président
des Cortés et le président du Sénat accompagné de députés et de sénateurs. On n’avait
jamais jusque-là organisé une telle rencontre entre les présidents des 4 Chambres
d’Espagne et du Maroc. L’année 2012 a
été une année historique, marquée par ces
rencontres de haut niveau, mais aussi par une
série d’initiatives prises d’un commun accord,
comme l’ouverture du Commissariat conjoint
à Algésiras et Tanger-Med qui est une première
entre nos pays en matière de coopération dans
le domaine sécuritaire.
Nous avons 5 commissariats conjoints avec la
France, autant avec le Portugal avec qui nous
partageons de longues frontières.
C’est la même approche que nous voulons
établir avec le Maroc, approche qui a été
initiée il y a deux ans avec le gouvernement
socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero et
qui montre le degré de coopération entre nos
deux pays. Pour en mesurer l’importance, il
faut rappeler que ces initiatives n’existent pas
entre les États-Unis et le Mexique ou entre les
États-Unis et le Canada, qui partagent pourtant de longues frontières.
Parmi ces initiatives, je mentionnerai aussi
l’opération Retour qui a lieu chaque année et qui permet à quelque 3 millions de
Marocains de traverser l’Europe et au Sud
Karim BAINA , Abdelaziz RAMADANE, Youssef IBEN MANSOUR,
Tarafa MAROUANE, Omar ESSAKALLI HOUSSAINI, Majid BOUTALEB
l’Espagne pour revoir le Maroc. Cette année, à
cause de la faillite de la Comanav, nous avons
ouvert la ligne Motril-Alhoceima- Nador qui a
permis de faciliter le passage. À ces liaisons
maritimes, s’ajoutent les lignes aériennes entre
Casablanca et l’Espagne et celles ouvertes récemment entre Rabat et Madrid, trois fois par
semaine. Certaines compagnies espagnoles
seraient même intéressées par l’ouverture de
lignes régionales au Maroc pour relier Tanger
et Ouarzazate, Rabat et Agadir…
D’autres compagnies maritimes seraient intéressées par la création de lignes vers l’Afrique
ou les pays du Golfe, car il existe un fort
potentiel, compte tenu des bonnes relations
entre le Maroc et ces régions, et l’Espagne
serait très intéressée par le développement
de relations triangulaires dans les secteurs
du tourisme, de l’éducation, de l’environnement et de l’agro-industrie. Si nos deux pays
travaillent ensemble, si le Maroc et l’Espagne
joignent leurs efforts, ce ne sera plus 1+1
égal 2, mais 3, car le développement sera
exponentiel, tant nos atouts sont grands !
2012, Année historique marquée aussi par
un moment fort, celui du discours royal de
la Fête du Trône du 30 juillet dans lequel
le Souverain a parlé de l’Espagne et de la
nécessité pour les deux Royaumes de travailler
ensemble pour une zone de prospérité parta-
gée, de mettre en avant tout ce qui nous unit,
dans une vision gagnant-gagnant. C’est cet
esprit qui nous a animé lorsque nous avons
invité le Maroc au Sommet ibéro-américain
de Cadix qui réunit les chefs d’État et de gouvernement de l’ensemble des pays de langues
espagnole et portugaise d’Amérique latine,
l’Espagne et le Portugal.
Par sa présence, le ministre des Affaires
étrangères, Saad-Eddine El Othmani, a montré l’intérêt que portait le Maroc à sa dimension atlantique ibéro-américaine. Je rappellerai qu’il y a 5 à 6 millions de Marocains qui
parlent espagnol et cette pluralité linguistique et culturelle, ce «melting pot», est un
atout, un actif non négligeable dans le monde
d’aujourd’hui et de demain. Toujours sur le
plan diplomatique, je voudrais rappeler que
l’Espagne a soutenu le Maroc pour devenir
membre du Conseil de sécurité.
C’est le seul pays arabe qui est présent dans
cette institution et c’est le Maroc qui préside
ce mois de décembre le Conseil de sécurité.
Nous comptons de notre côté sur le Maroc,
qui a beaucoup d’influence en Afrique, pour
soutenir la candidature de l’Espagne pour
devenir membre non permanent au Conseil
de sécurité de l’ONU pour la période 20152016. La décision sera prise en octobre 2014.
Je rappelle que la dernière fois que l’Espagne
était membre non permanent du Conseil de
sécurité des Nations-Unies, c’était en 20032004, sous le gouvernement de José Maria
Aznar.
Je pourrais aussi rappeler tout ce que nous
faisons ensemble dans le cadre de l’Union pour
la Méditerranée, qui a remplacé le processus
de Barcelone et les approches communes que
nous avons pour la région du Sahel.
«Travailler ensemble pour une zone de
prospérité partagée, de mettre en avant
tout ce qui nous unit, dans une vision
gagnant-gagnant.»
Nous sommes conscients des évolutions qui
ont lieu actuellement, notamment dans le
domaine de l’émigration : le Maroc, qui était
un pays d’émission d’immigrants, est devenu
lui-même un pays d’immigration avec toutes
les conséquences que cela induit quand on
reçoit près de 250 000 migrants subsahariens chaque année. Nous avons connu ces
problèmes à une échelle plus grande encore,
car pendant plus d’une décennie nous avons
reçu presque 1 million de migrants par an.
L’Espagne est le pays qui a reçu le plus de
migrants au monde après les États-Unis !
Actuellement, nous avons 6 millions d’immigrés, la moitié communautaire, l’autre moitié
latino-américaine et marocaine.
2012 nous sommes devenus le premier
partenaire commercial du Maroc qui, malgré
la crise, se bat sur tous les fronts, se modernise, se réforme. L’année 2012 est pour nous
une année record, car c’est en 2012, et les
statistiques le confirment, que nous sommes
devenus le premier partenaire commercial
du Maroc, dépassant ainsi le partenaire traditionnel qu’est la France.
Entre janvier et juillet 2012, les exportations espagnoles vers le Maroc ont progressé de plus de 20% par rapport à la même
période de 2011. Avec la crise en Europe, en
Espagne, nous portons un nouveau regard sur
le Maroc, le pays où quelque 20 000 petites
et moyennes entreprises espagnoles exportent
et où 800 entreprises espagnoles sont installées, créant de l’emploi. Contrairement à la
France où toutes les grandes entreprises du
CAC 40 sont représentées, il y a cependant
peu de grandes entreprises espagnoles comme
Repsol ou Zara.
Il y a eu une rencontre entre la CGEM et la
CEOE, la Confédération espagnole des organisations d’entreprises, où le problème a été
abordé. La bonne nouvelle, c’est le contrat
de 500 millions d’euros décroché pour la
construction de la plus grande centrale thermo-solaire du monde à Ouarzazate qui sera
réalisée par une grande entreprise espagnole,
Acciona. Nous avons eu d’autres contrats
stratégiques, comme celui récemment signé
à Rabat avec l’ONEE pour l’acheminement
de l’eau à Casablanca. Pour l’avenir, nous
sommes dans l’esprit du discours du Trône de
Sa Majesté, qui a invité le Roi Juan Carlos à
effectuer une visite au Maroc en 2013 et qui
sera accompagné par une importante délégation d’entrepreneurs.
Avec la mondialisation et l’interdépendance,
l’économie est devenue l’un des champs majeurs de l’activité diplomatique. Nous travaillons ainsi à renforcer les relations à tous les
niveaux : multiplication des visites, organisation de séminaires communs… J’ai rendu
visite à Driss Jettou, président de la Cour des
Au milieu, le Conseiller de l’Ambassade d’Espagne
comptes, pour renforcer nos relations, nous
pouvons également travailler ensemble sur le
dossier de la régionalisation sur lequel nous
avons accumulé beaucoup d’expériences.
Le modèle d’autonomie qui est différent selon
les régions a relativement bien fonctionné en
Espagne, libérant les énergies et mettant en
œuvre des politiques de proximité. Mais il
n’est pas exempt de dérapages, dont il faut
tirer les leçons. Ce qu’il faut savoir, c’est que
la mise en œuvre des processus de régionalisation a un coût : il faut répartir les compétences, mais aussi les richesses par le biais
des politiques publiques et des infrastructures, comme ce qui se fait avec le projet du
port de Nador. Il faut former, mettre en place
toute une dynamique avec prudence, avec les
précautions nécessaires. Nous pouvons réaliser ensemble de grands projets, comme nous
l’avons fait avec le Portugal, un pays avec qui
nous avons partagé une histoire tumultueuse
qui est aujourd’hui apaisée et porteuse d’avenir.
En 1986, nous avons adhéré, l’Espagne et
le Portugal, à la Communauté économique
européenne. À l’époque, l’Espagne était le
sixième partenaire du Portugal. Aujourd’hui,
nous partageons, grâce à l’UE, la même monnaie et nous sommes de loin le premier partenaire commercial du Portugal, devançant des
pays comme la France ou les États-Unis. Pour
prendre un exemple, le volume des échanges
commerciaux de la seule région de l’Andalousie avec le Portugal représente le double de
celui réalisé avec le Brésil.
Le voisinage, la proximité a été bien sûr un
facteur déterminant dans ce saut qualitatif et
quantitatif et c’est ce que nous espérons faire
avec le Maroc. Des échanges qu’il faut multiplier pour changer le regard des uns et des
autres et surtout celui des Espagnols, dont
le regard était biaisé et plus «préjudiciable»,
le Maroc étant perçu comme un pays à problème : émigration clandestine, drogue…
Aujourd’hui, ce regard a profondément
changé, on découvre un voisin qui, malgré
la crise, se bat sur tous les fronts, se modernise, se réforme, un pays qui pourrait être
pour nous l’Espagne source de croissance,
car nous avons beaucoup à donner en termes
de connaissances, de recherche, d’innovation, comme dans les énergies renouvelables
où nous sommes un champion d’envergure
mondiale. Avec d’autres partenaires, nous
sommes prêts à créer des synergies, à mutualiser nos relations commerciales, comme nous
le faisons à travers l’exemple de l’usine
Renault de Tanger Med, car ce sont les usines
d’Espagne qui produisent les moteurs et les
boîtes à vitesse et d’autres équipements.
Mais ce n’est pas le seul secteur où nous
sommes performants. Dans le domaine des
trains à haute vitesse, c’est un consortium
espagnol qui a remporté le méga contrat du
train à grande vitesse Djeddah-La MecqueMédine en Arabie saoudite pour la réalisation
d’une ligne de 450 kilomètres ! La grande
vitesse espagnole est un modèle qui s’exporte
très bien dans le monde et nous sommes devenu le champion européen de la grande vitesse
en nombre de kilomètres installés, en n’étant
dépassé dans le monde que par la Chine.
Intervention de l’ambassadeur du Royaume
d’Espagne Alberto Navarro
Retranscrite par Farida Moha
BIO EXPRESS DE ALBERTO NAVARRO
Alberto Navarro est natif de Tenerife en 1955. Il est licencié en droit par
l’Université de Salamanca et a intégré le corps diplomatique en 1980.
Avant son poste au Maroc, il était ambassadeur au Portugal et avait occupé
plusieurs fonctions au Honduras et en Tchécoslovaquie, avant d’être nommé directeurgénéral chargé de la coordination juridique et institutionnelle
communautaire, puis chef du cabinet du ministre des Affaires étrangères.
M. Navarro avait occupé aussi la fonction de chef du cabinet de Javier
Solana, l’ex-Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité
commune de l’Union européenne.
Il a ensuite poursuivi ses missions pour l’Union européenne en étant
nommé ambassadeur-chef de la Commission européenne au Brésil en
septembre 2003, puis secrétaire d’État espagnol pour l’Union européenne en 2004.
Alberto Navarro remplace Luis Planas Puchades, qui a été nommé
ambassadeur représentant permanent de l’Espagne auprès de l’Union
européenne.
Accueil de l’Ambassadeur d’Espagne par les membres du CDS à Casablanca
Rappel de quelques éléments
du débat et réflexions
des membres
Abdellatif BEL MADANI
Président Délégué du CDS
Sur la régionalisation
Alberto NAVARRO
Le processus marocain rappelle la transition que nous avons vécue en Espagne,
avec toutefois de grandes différences.
Quand on regarde ce qui s’est passé après
la mort de Franco - l’intronisation du roi
Juan Carlos Ier, le gouvernement d’Adolfo
Suárez et l’adoption de la nouvelle Constitution en 1978 –, la nouvelle Constitution
marocaine et le démarrage du processus de
régionalisation ont des similitudes.
En Espagne, le modèle d’autonomie a
généralement bien fonctionné avec certes
quelques dérapages, des problèmes en
Catalogne et au Pays basque ; mais,
globalement, c’est un succès. Le processus a permis de libérer des énergies et de
prendre les décisions de la meilleure manière, c’est-à-dire la plus proche possible
du citoyen.
Vous avez également évoqué le processus de régionalisation, qui comporte
des coûts. Quelles précautions avezvous été amené à prendre sur le plan
financier ? Quel conseil donneriez-vous
à la commission chargée de la mise en
place de la régionalisation pour éviter
cet effet inflationniste ?
L’Espagne a un régime d’autonomie ; mais
toutes ses régions n’ont pas le même modèle ni les mêmes compétences. C’est ce
qui nous distingue du régime fédéral de
l’Allemagne, des États-Unis, du Mexique
et de l’Italie. Par exemple, le Pays basque
et la Navarre sont les seules communautés
autonomes à avoir un système fiscal
propre. Elles récoltent tous les impôts, et
à la fin de l’année font les comptes avec
l’État central. Le président de la Catalogne réclame le même régime fiscal et le
droit de décision. En revanche, et c’est un
cas unique en Espagne, le gouvernement
régional de la Catalogne gère son système
pénitentiaire. Six régions ont leur langue
propre : la Galice, le Pays basque, la
Navarre, la Catalogne, Valence, les îles
Baléares.
En Espagne, les réactions sont quelque
peu contradictoires. Si certains disent que
la régionalisation va trop loin, entraînant
un risque de dérapages, les nationalistes,
insatiables, vont demander toujours plus.
Le coût de tous les régimes autonomes et
fédéraux du monde, qui doivent notamment créer de nouvelles administrations,
former les gens, est élevé. Après de nombreux entretiens, particulièrement avec
Omar Azziman (à l’origine de cette nouvelle carte régionale du Maroc), je pense
que la loi organique sera discutée au
Parlement afin que soient attribuées des
compétences spécifiques aux différentes
régions.
Le conseil :
Bien faire les choses dès le début, et avec
prudence. Clarifier au départ les préroga-
tives, même si l’on peut toujours se référer
à la Constitution pour trancher, assurer
un bon partage des compétences entre les
régions et le pouvoir central, et une répartition efficace des ressources.
En Espagne, la moitié des recettes tirées
de l’impôt sur le revenu et de la TVA
sont redistribuées aux régions. S’ajoutent
des impôts récoltés exclusivement par les
régions, comme l’impôt sur les successions.
Le financement des régions exige ces clarifications. En outre, à la suite des élections régionales coexisteront un président
régional élu et le wali, à qui distribuer les
compétences et pouvoirs de décision.
Cela se fera sans doute à la marocaine,
en fonction de vos réalités, telles que la
question de la langue, l’amazigh, et le
découpage régional, qui a ses complexités,
comme c’est le cas en Espagne.
Mohcine JAZOULI, Thami GHORFI ,
Raja AGHZADI
Une vue de l’assistance
Le port de Nador
Ce projet de construction est une très bonne
décision. Alors que le lancement de Tanger Med a suscité de la méfiance des deux
côtés de la mer, Algésiras et Tanger Med
fonctionnent aujourd’hui presque comme
un seul port. Les bateaux qui vont vers
l’Égypte s’arrêtent à Tanger Med, et ceux
qui viennent de Suez s’arrêtent à Algésiras.
Je suis convaincu que Nador Ouest Med
(quand il sera opérationnel), Almeria, le
port de Malaga et le port d’Alicante développeront des synergies. Le point le plus
important est l’élargissement du canal
de Panamá, qui permettra le passage des
grands navires. Le Maroc et l’Espagne ont
tous deux intérêt à ce que les bateaux arrivent dans nos ports au lieu d’aller, comme
c’est le cas actuellement, à Rotterdam, premier port en Europe.
Les principaux ports dans le monde sont
en Asie, et les deux plus grands ports aux
États-Unis ne sont pas sur l’Atlantique
mais sur le Pacifique. Nous avons donc
là un intérêt commun. L’Espagne regarde
Nador et ses investissements comme un
atout pour notre région partagée, qui nous
apportera sans doute encore plus de commerce et de prospérité.
Le projet de liaison fixe
Des sociétés en Espagne et au Maroc réfléchissent à un tunnel sous le détroit de Gibraltar, ressemblant à celui qui existe entre
la France et le Royaume-Uni. De moindre
importance certes que le tunnel sous la
Manche, lequel unit la première place
financière au monde (devant New York et
Hong Kong) et le continent européen.
Une formule de trois tunnels pour les trains
a été retenue, et en Espagne un tunnel
exploratoire de 200 mètres a été construit
à Tarifa. On attend la nomination du
nouveau président de la SNED (Société nationale des études du détroit) pour
pouvoir dynamiser les contacts avec la société
publique espagnole.
L’investissement, qui dépasse les huit milliards d’euros, sera soutenu par la Banque
européenne d’investissement.
Les travaux du TGV Tanger-Casablanca
ont été lancés ; une compagnie espagnole
fera les mouvements de terre, avant la
construction du nouveau tronçon entre
Tanger et Kénitra, lequel sera d’abord relié
à l’ancienne voie existant entre Kénitra et
Casablanca. Un contrat de gré à gré a été
signé entre les Chemins de fer marocains et
le groupe français Alstom pour la fourniture de rames à très grande vitesse. Cette
procédure sans appel d’offres a conduit
la BEI (Banque européenne d’investissement) à refuser tout prêt pour le financement de ce projet, à la suite d’un veto de
l’Allemagne - qui n’a pu faire concourir
Siemens.
En 2015, vous pourrez alors comparer
les technologies française et espagnole : le
TGV de Médine, qui représente un contrat
de sept milliards d’euros, sera réalisé par
l’Espagne.
Très peu de pays au monde ont la technologie de la haute vitesse. En nombre
de kilomètres, l’Espagne est le deuxième
pays au monde après la Chine, dépassant
la France. C’est le seul pays au monde
où roulent toutes les autres technologies,
l’Allemand Siemens, le Français Alstom,
l’Espagnol Talgo, et le Canadien Bombardier. L’Espagne a gagné le concours pour le
TGV Istanbul-Ankara, aujourd’hui en service. Notre deuxième contrat à l’interna-
tional est celui que nous avons signé avec
l’Arabie saoudite.
Il y a très peu de contrats au monde pour
la haute vitesse. Nous soumissionnons pour
la ligne qui reliera Saint-Pétersbourg à
Moscou, et celle de Rio de Janeiro à São
Paulo, d’où les visites de notre roi en
Russie et au Brésil. Mais ce sont les Chinois
qui pourraient l’emporter...
Le marché américain présentera aussi de
formidables opportunités, si le président
Barack Obama fait le choix d’investir dans
le secteur du train à grande vitesse.
Le renforcement des liens entre les deux sociétés civiles
Nous tissons, grâce à différentes mesures,
des liens solides entre nos sociétés civiles
et nos opinions publiques. Récemment, un
groupe de journalistes marocains a été invité en Espagne. Le directeur général de la
MAP et son adjoint, plusieurs directeurs de
journaux arabophones et francophones ont
rencontré les médias espagnols, El País,
El Mundo, la télévision espagnole… Une
autre visite a suivi, celle des jeunes leaders
politiques de différents partis.
Nous allons mettre en place un Circulo
de Amistad hispano marroqui. Mme Leila
Benjelloun est la présidente d’honneur de
ce cercle, qui réunit M. Driss Dahhak, M.
Omar Azziman, et d’autres membres, tous
hispanophones.
Nous espérons que ce Circulo contribuera
à renforcer les liens entre les deux pays. La
dernière haute commission mixte a décidé
de transformer le comité, actuellement
composé par de très hautes personnalités
(comme Felipe González), qu’il est très
difficile de réunir, en fondation-conseil, et
d’y inviter les entreprises.
J’aimerais voir plus de programmes consacrés aux jeunes, et plus de jeunes Marocains venir l’été en Espagne apprendre
notre langue à l’université. Si nous
ne sommes pas toujours les meilleurs,
nos succès sont évidents dans certains
domaines. Par exemple, celui des transplan-
tations d’organes, où nous sommes numéro
1 au monde, devant les États-Unis. Même
les immigrés qui viennent en Espagne
adoptent les procédures espagnoles et
deviennent des donneurs d’organes.
L’Organisation nationale des aveugles
espagnols, très active, travaille aujourd’hui,
en collaboration avec l’institut Cervantès
de Tétouan, à améliorer les conditions de
vie des aveugles marocains.
Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, l’Imserso (Institut espagnol des
migrations et des services sociaux) a mis en
place le programme de vacances pour les
seniors, qui offre aux retraités des forfaits
de voyages ou de séjours à l’hôtel à prix
réduit (200 € maximum pour 2 semaines en
pension complète). Ce programme, unique
au monde, permet à la fois de maintenir
des emplois en utilisant par exemple des
infrastructures hôtelières fermées en hiver,
et d’améliorer la qualité de vie des retraités. Moins de chômage, et plus de mariages !
Ce programme à grand succès, ouvert
aussi au Portugal et en Andorre, pourrait s’étendre au Nord du Maroc. Ainsi, la
visite de nos aînés à Tétouan, à Chaouen
ou à Tanger inciterait leurs proches à venir
découvrir la région. En cette période de
crise, il est très important de dynamiser le
tourisme de proximité, et ce sont de telles
initiatives que nous voudrions explorer
pour nos sociétés civiles.
Thami GHORFI
Sur les visas,
Vice Président du CDS
Alberto NAVARRO
“Compte tenu du flux humain espagnol
vers le Maroc qui n’a pas besoin de visa,
est ce que les espagnols qui investissent
dans l’immobilier au Maroc attendent
d’avoir des cartes de séjour?!“
Tout d’abord, lors de la dernière haute
commission mixte, nous avons signé un
accord pour supprimer les visas sur les
passeports de service marocains, délivrés
aux hauts fonctionnaires, aux secrétaires
généraux des ministères, aux députés et aux
conseillers. Cette mesure, analogue à la
suppression par l’Espagne des visas pour
les passeports de service mauritaniens
et algériens, s’applique déjà dans toute
l’Union européenne, à l’exception de
l’Allemagne et de la France. Elle sera
effective dans quelques mois, après ratification parlementaire.
Nous avons également signé un mémorandum pour faciliter les procédures de délivrance des visas. C’est
une mesure importante pour la société marocaine, car nos sept consulats
délivrent, à l’instar de la France,
150 000 visas par an. Ce mémorandum, signé à Rabat, engage l’Espagne
à donner des visas de plus longue
durée, de 3 à 5 ans selon les cas, à plusieurs
catégories de personnes : les présidents des
universités, les directeurs des hôpitaux, les
officiers supérieurs de l’armée…
Majid BOUTALEB
Vice Président du CDS
“Monsieur l’Ambassadeur, ma question
concerne surtout votre ambition de
faciliter le plus possible l’obtention des
visas, en citant les hommes d’affaires de
la CGEM comme référence.
Je souhaiterais faire inclure également
le C.D.S. Parce qu’il y a beaucoup de
membres du C.D.S qui ne sont pas à
la CGEM Cce serait un encouragement
de votre part au C.D.S pour obtenir
une espèce de prime dans sa politique
de solidarité et de citoyenneté.”
Quelques participants à la rencontre
Abdellatif BEL MADANI
Président Délégué du CDS
Nezha LAHRICHI, M’hammed DRYEF
“Vous êtes le premier ambassadeur
européen à vous être engagé sur des
visas de cinq ans. Nous sommes un
certain nombre à détenir des visas
à entrées multiples, d’une obtention
facile. Mais, pour la plupart d’entre nous,
ils ont une durée de validité de quatre
ans, contre 5 ans pour les passeports.
Ce qui supprime le bénéfice de la
cinquième année.
Les ambassadeurs mettent en cause
l’Union européenne. Un ambassadeur
devrait s’emparer de cette question,
d’autant que les ressortissants des pays
du Golfe peuvent bénéficier de visas
de cinq ans. Ce double traitement vous
semble-t-il pertinent ?”
Les consulats seraient prêts également
à donner des visas de plus longue durée
aux entrepreneurs dont la demande serait
garantie par la CGEM. Toutefois, la libre
circulation au sein de l’espace Schengen
– l’Espagne ouvre non seulement la porte
de son territoire, mais aussi les portes de
toute l’Europe – implique une articulation
des moyens afin d’éviter tout abus.
À la suite de la victoire électorale des
islamistes au Maroc comme en Tunisie,
un de nos partenaires Schengen a imposé
une consultation préalable de ses autorités centrales pour toute demande de visa
Schengen émanant des ressortissants
marocains et tunisiens. D’où un rallongement des délais de délivrance. Mais, aussi
bien en France - où le ministre de l’Intérieur, lors de sa première visite au Maroc en
juillet 2012, s’est engagé à alléger les procédures administratives - qu’en Espagne,
nous souhaitons faciliter la délivrance des
visas. Nous envisageons même de donner
un visa de trois ou cinq ans aux personnes
qui multiplient les séjours en Espagne.
L’instauration de visas et de passeports
biométriques, qui contiennent une photo
et des empreintes numérisées (stockées
dans une base de données européennes à
Strasbourg), permet maintenant d’accorder des visas de plus longue durée à ceux
qui en font la demande.
Sur les visas
Alberto NAVARRO
Quand tous nos consulats seront équipés pour délivrer les nouveaux passeports
biométriques, nous pourrons alors donner
des visas de cinq ans.
Afin de mettre en place ce mémorandum
pour la facilitation réciproque des procédures de délivrance de visas, nous allons
réunir à Rabat tous nos consuls généraux
au Maroc. Participera à la réunion notre
directeur général des Affaires consulaires,
qui viendra de Madrid.
Mr l’Ambassadeur répond aux questions de l’assistance
Najib BENAMOUR
Membre du CDS
La nationalité
Alberto NAVARRO
Le Maroc, qui fait beaucoup d’efforts pour
ouvrir de nouveaux consulats en Espagne,
en a actuellement douze, qui prennent soin
de la population marocaine en Espagne.
Le premier en date est celui de Barcelone,
en Catalogne, puis ont été successivement
ouverts ceux de Tarragone, de Lleida et
de Majorque (Mallorca). En 2013, il est
prévu d’ouvrir deux consulats, l’un à
Murcie (Murcia), où résident un bon nombre
de Marocains, et l’autre dans le Nord de
l’Espagne, dont le lieu exact n’est pas
encore choisi.
“Qu’en est-il de la réforme en Espagne pour donner la nationalité à
tous les descendants des juifs séfarades
chassés du temps d’Isabelle la Catholique ? Beaucoup d’entre eux se sont
installés au Maroc et convertis à l’islam.
Quelle est votre position à leur sujet ?”
Selon notre code civil, la nationalité
espagnole n’est accordée aux Marocains qu’après dix ans de résidence en
Espagne, contre deux ans pour les LatinoAméricains. Ce n’est pas juste dans le sens
où il y a également une présence espagnole
forte au Maroc.
Quelque 15 000 Marocains, nés au
Sahara avant 1975, sont espagnols, et,
chaque année, entre 20 000 et 50 000 Marocains acquièrent la nationalité espagnole.
Alors a été émise l’idée que l’Espagne, à
l’instar du Portugal et du Royaume-Uni,
pourrait accorder la résidence permanente
à ceux - en fait, surtout des Russes et des
Chinois - qui achèteraient un bien immobilier de 200 000 dollars (160 000 euros).
Toutefois, il n’y a pas encore de projet de
loi allant en ce sens.
L’Espagne a adopté une loi pour ceux
qui ont des grands-parents espagnols.
C’est ainsi que des centaines de milliers
de personnes, vivant pour la plupart en
Amérique latine, ont acquis la nationalité
espagnole pendant la seconde législature
de Zapatero.
Enfin, pour répondre à votre question
concernant les juifs séfarades d’origine
espagnole, un nouveau processus s’est
enclenché, qui devrait permettre à certains d’entre eux d’obtenir la nationalité
espagnole.
Sur la problématique du Sahara
Abdellatif BEL MADANI
Alberto NAVARRO
Président Délégué du CDS
Tout d’abord, nous autres Espagnols avons
conscience de ne pas avoir réalisé une
bonne décolonisation au Sahara, peut-être
en raison de la relation très forte que Franco entretenait avec le Maroc… En 1958,
l’Espagne cède la bande de Tarfaya au
Maroc. En 1969, elle restitue la région
d’Ifni au Maroc.
Mohamed CHAIBI, Abdellatif BEL MADANI,
Ali KETTANI
“Monsieur l’Ambassadeur, je voudrais
revenir sur votre intervention concernant l’espace saharien et la mission de
Christopher Ross.
Pour nous, l’espace saharien commence en
Atlantique et finit au Nil. Il faudrait envisager le problème saharien sous cet angle.
Or, chacun a son Sahara, véritable boîte de
Pandore. Une petite anecdote à ce sujet.
Nous avions, avec le ministère du Commerce extérieur, ouvert un certain nombre
de dispositifs pour sensibiliser les entrepreneurs au Consortium d’exportation, qui a
l’appui technique de l’ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel). Or, lors d’une visite que
nous avions projetée à Laâyoune pour rencontrer les entrepreneurs, le représentant
de l’ONUDI n’a pu nous accompagner en
raison du problème des frontières, de la
portion du Sahara rattachée au Maroc.
De ce fait, comment envisagez-vous la
mission de Christopher Ross au sein de cet
espace ?”
Mohcine JAZOULI, Thami GHORFI
La situation au Sahara occidental doit
avoir sans doute beaucoup changé depuis
1975. Nous avons une école, le College de
la Paz, qui continue d’enseigner l’espagnol,
à un petit nombre d’élèves.
Nous appuyons les efforts de l’envoyé
spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, M. Christopher Ross, afin que soit
trouvée, dans le cadre des Nations unies, une
« solution politique, juste et réaliste ».
M. Ross propose de s’orienter vers
« une charte diplomatique », selon ses
termes, de faire des visites ponctuelles, en
lieu et place de nouvelles réunions informelles, pour bien préparer le redémarrage
des négociations.
Le secrétaire général des Nations unies,
M. Ban Ki-moon, encourage le développement de meilleures relations entre l’Algérie et le royaume du Maroc, qui est sans
doute la clé du conflit au Sahara occidental
(même si l’Espagne a sa part de responsabilité).
Mais le développement économique du
Sahara occidental passe avant la question
politique. C’est ainsi que l’Union européenne progresse d’abord dans le cadre de
projets économiques, ce qui permet ensuite
d’avoir un autre regard sur les problèmes
politiques.
En visite pendant trois jours à Laâyoune,
Christopher Ross a multiplié les rencontres
avec les autorités marocaines locales
comme avec les chefs de tribus sahraouis,
avec les défenseurs d’un Sahara adminis-
tré par le Maroc comme avec les partisans
de l’indépendance de la région. Dans sa
présentation au Conseil de sécurité, Christopher Ross a préconisé un dialogue accru
entre les parties en présence, notamment
avec la société civile et les tribus sahraouies.
C’est l’atout du Maroc d’avoir permis cette
visite en totale liberté, pendant laquelle
l’envoyé spécial a pu rencontrer tous ceux
qu’il a voulu voir, interlocuteurs officiels et
représentants de la société civile.
CEUTA et MELILIA
“Enfin, nous avons escamoté tous ensemble
la question importante de Ceuta et de
Melilla, que le roi Hassan II avait liée au
statut de Gibraltar, établissant un parallèle
entre ces trois villes : lorsque le gouvernement espagnol récupérerait la souveraineté
sur Gibraltar, l’Espagne devrait automatiquement restituer Ceuta et Melilla au
Maroc. L’Espagne a-t-elle évolué aujourd’hui, ou reste-t-elle campée sur une
vision un peu passéiste pour nos deux
pays, qui constituera à un moment donné
un abcès de fixation ?”
Abdellatif BEL MADANI
Alberto NAVARRO
Ville portugaise à la fin du 15e siècle,
Ceuta devient espagnole un siècle plus
tard, quand Philippe II d’Espagne est
proclamé roi du Portugal. Elle le reste au
17e siècle bien que le Portugal ait recouvré
son indépendance. Elle est devenue à la fin du
20e siècle ville autonome espagnole et fait
partie de l’Union européenne.
Aujourd’hui, j’essaye surtout de faciliter
les contacts, et d’assurer la sécurité et la
fluidité aux postes frontières. Les contacts
des deux côtés et les passages sont plus
faciles à Ceuta (qui ne relève pas du
contrôle douanier européen) qu’à Melilla,
laquelle a encore une douane datant du
19e siècle - le franchissement de la frontière de Melilla peut demander 3 heures.
L’autoroute d’Oujda devrait aujourd’hui
améliorer la circulation.
En raison de la situation à Ceuta et à
Melilla, nous n’avons pu profiter de la
coopération transfrontalière encouragée
par l’UE, qui vise à favoriser le développement socio-économique des territoires.
Plus de 200 millions d’euros, que nous
n’avons pas pu dépenser ici, sont finalement partis en Ukraine, en Moldavie, à la
frontière Est de l’Europe.
Enfin, nous espérons que l’imagination
sera au pouvoir pour le prochain cycle
2014-2020, afin que cet argent dont on a
besoin arrive et contribue au tissage des
relations entre nos deux pays.
Nezha LAHRICHI
Membre du CDS
L’Europe
Alberto NAVARRO
Je suis pleinement d’accord pour aller
dans la direction d’une Europe politique.
L’Europe a commencé avec l’économie,
instituant d’abord le marché commun de
l’acier et du charbon, et tout cela s’est fait
à petits pas. C’est la méthode communautaire et c’est ainsi que l’Europe s’est
construite.
Je ne poserai pas de questions sur
les relations bilatérales, parce que les
conditions objectives sont là, ainsi que
les diktats de la géographie et de la
conjoncture. Mais il faut rappeler une
évidence, c’est que l’Espagne fait partie de l’Europe, et que celle-ci est en
crise. Quelles que soient les thèses,
certaines déclinistes, d’autres optimistes,
cette construction pose des problèmes
parce qu’on a créé une monnaie sans
État et que l’aboutissement logique de
l’Europe serait le fédéralisme.
Quelle est votre lecture et votre
appréciation d’une Europe à deux
vitesses ?
Le rythme pour arriver à ce fédéralisme budgétaire peut-il être maîtrisé
à la lumière des opinions publiques et
surtout des parlements régionaux, ce
qui fait beaucoup de monde à mettre
d’accord ?
Malgré des relations bilatérales certes
importantes, notre sort est lié à
l’Europe. Quel que soit l’effort de
diversification que nous avons fait, nous
sommes dans cet espace européen.
Cela me donne l’occasion de vous
demander ce que vous pensez de
l’Union pour la Méditerranée.
Partagez-vous l’idée dominante du
moment - une Union de projets - en
faisant abstraction du verrou politique ?
Est-ce possible ?
Au début, la Seconde Guerre mondiale
n’était autre qu’une guerre civile européenne. Les deux guerres mondiales ont
commencé en Europe, avant d’être exportées vers le reste du monde.
Après la fin de la Première Guerre, on a
imposé à l’Allemagne le traité de Versailles,
aux coûts si exorbitants qu’elle ne pouvait
les payer. Ce qui a engendré le nazisme
avec Hitler, et la Seconde Guerre mondiale.
L’après-Seconde Guerre mondiale a vu le
marché français s’ouvrir à Mercedes-Benz,
à BMW, à Audi, à toute l’industrie allemande, en échange de quoi l’Allemagne
payait l’agriculture française. La politique
agricole commune (PAC), créée en 1957
pour garantir l’autosuffisance alimentaire
de la Communauté européenne et mise en
place en 1962, a été l’un des fondements de
la construction européenne. La PAC, qui
représente aujourd’hui environ 40 % du
budget communautaire européen, a permis
à l’Europe de s’unifier et de s’épargner une
nouvelle guerre. Quand l’Espagne intègre
en 1986 la Communauté européenne, c’est
un pays encore essentiellement agricole.
L’Espagne est aujourd’hui le deuxième
bénéficiaire des aides de la PAC.
La France, régime centralisé, avait également cherché à affaiblir l’Allemagne
en lui imposant un régime régional ou
fédéral - elle pensait que cela amoindrirait le pays. En réalité, les pays d’avenir
sont les pays régionalisés, qui permettent
la libération des énergies, la prise de
décision au plus près des gens... C’est ce
qui se passe aux États-Unis, au Brésil, en
Allemagne et en Espagne.
L’objectif final doit être une Europe politique. Mais, lorsqu’on avance, on touche les
noyaux durs… Par exemple, permettra-ton un jour que la force de frappe française
puisse être appuyée par un non-Français ?
De même, le Conseil de sécurité de l’ONU,
en charge du maintien de la paix, va-t-il
conserver sa composition actuelle, faite
de quinze membres ? On connaît les cinq
membres permanents, dits « p. 5 » ou Permanent Five, qui ont un droit de veto sur
les décisions : ce sont la Chine, la Russie
et les trois membres permanents occidentaux, ou « p. 3 », à savoir les États-Unis,
le Royaume-Uni, la France. Des projets de
résolutions sont étudiés au sein du Conseil,
qui comprend aussi dix membres non permanents, élus pour deux ans. C’est ainsi
que le Maroc a un mandat pour la période
2012-2013.
Si l’Allemagne dit vouloir une Europe
plus politique, il nous manque à tous cette
vision de l’Europe. Rappelons que la ratification du traité constitutionnel européen - qui devait faire avancer l’Europe
politique- a été repoussée par les Français
lors du référendum du 29 mai 2005. Après ce
« non » à la Constitution européenne a
été lancée l’idée d’une Europe des projets,
soutenue par Catherine Colonna, alors
en France ministre déléguée aux Affaires
européennes (2005-2007) : une Europe
qui doit répondre aux préoccupations des
citoyens par des politiques plus concrètes,
plus efficaces.
Mais comment fera-t-on l’Europe des projets si nous n’adoptons pas un projet pour
l’Europe ? Il nous faut une Europe politique, alors que l’Union européenne ressemble à un système à la carte : pick and
choose, « prenez ce qui vous intéresse ».
Probablement, les Nordiques en sont le
meilleur exemple.
La Norvège n’a pas intérêt à partager son
poisson, ni son gaz ; alors elle a décidé de
rester en dehors de l’Union européenne.
Tarafa MAROUANE, Omar ESSAKALLI
HOUSSAINI, Majid BOUTALEB
Mais elle a besoin des États-Unis ; alors
elle fait partie de l’OTAN. La Suède, elle,
ne veut pas entrer dans l’OTAN, parce que
cela ne l’intéresse pas et qu’elle veut rester
neutre. Elle a intégré l’Union européenne,
mais elle refuse l’euro, car elle veut simplement avoir accès aux grands marchés,
comme les Britanniques, pour pouvoir
faire du commerce ; elle ne veut pas de
politique commune. La Finlande, comme
la Suède, n’adhère pas à l’OTAN, qui ne lui
assurerait pas la sécurité contre les Russes.
En revanche, à la différence de la Suède,
elle veut l’euro. Le Danemark a rejoint
l’OTAN comme la Norvège, fait partie de
l’Union européenne mais n’a pas adopté
l’euro. Chacun prend ce qu’il lui plaît.
Sans les Britanniques, qui souhaitent
conserver le contrôle de leurs frontières,
les Européens ont assuré la libre circulation des personnes, des biens, des services,
des capitaux à l’intérieur de « l’espace
Schengen », qui comprend aujourd’hui
26 États membres. Les premiers à ratifier la convention de l’accord Schengen
ont été les six pays fondateurs de l’Europe
(France, Allemagne, Benelux, Italie), puis
l’Espagne et le Portugal. On peut ainsi estimer qu’il y a un noyau dur de pays qui
souhaitent avancer sur le chemin d’une
Europe politique : les six pays fondateurs,
qui continuent à se réunir toujours en
tant que tels et à différents niveaux ; et
probablement le Portugal et l’Espagne, qui
participent à toutes les politiques. Nous
Najib BENAMOUR, Rachid AGOUMI, Nezha LAHRICHI, Abdelaziz RAMADANE
voulons l’euro, nous voulons la cohésion,
nous voulons l’environnement, la pêche,
l’agriculture, etc.
Je ne suis pas un adversaire de l’Europe
à deux vitesses, s’il y a toujours ce noyau
dur qui progresse. D’autres suivront, à leur
rythme. Sauf peut-être les Britanniques,
qui ne conçoivent l’Europe que comme un
grand marché - qu’ils continuent à nommer « marché commun » et non « Union
européenne ».
À cette nouvelle dénomination d’« Union
européenne », je préfère certes l’ancien
mot de « Communauté européenne », qui
respecte la personnalité de chaque pays.
L’objectif est de partager des valeurs, non
de tout unifier.
Et l’Europe, qui en ces temps de crise en
aurait besoin, profiterait ainsi d’un pourtour de prospérité.
Je m’entretiens souvent avec M. Charles
Fries, nommé ambassadeur de France au
Maroc à la toute fin du mandat de Nicolas
Sarkozy. Il poursuit sa tâche sous la présidence plus calme de François Hollande,
ce qui ne peut être que bénéfique pour le
Maroc. Moi-même, secrétaire d’État à l’UE
lors du premier gouvernement de M. Zapatero, j’ai été nommé par M. Zapatero lors de
son second mandat, et confirmé dans mes
fonctions d’ambassadeur au Maroc par le
gouvernement de M. Rajoy, que j’apprécie
beaucoup.
L’Europe se porte mal actuellement.
Si l’Europe avait une vision, elle commencerait à exporter la prospérité vers
ses voisins, en commençant par le Maroc,
qui avait demandé l’adhésion à l’Union
européenne sous Hassan II (en 1986). Nous
aurions tout intérêt à élargir au Maroc la
politique agricole commune, la politique
des cohésions, les programmes d’échanges
européens tels qu’Erasmus, parce qu’ils
assurent notre stabilité.
Il serait souhaitable par exemple que
des fonds agricoles européens aillent au
Maroc. Cela ferait monter les revenus de
nos agriculteurs et baisser la concurrence.
Ces fonds amélioreraient la politique des
infrastructures au Maroc, ce qui profiterait
indirectement à la France et à l’Espagne.
Mohamed Ali GHANNAM, Fathia BENNIS
J’ai proposé à Charles Fries d’ouvrir
à Oujda notre école bilingue, francoespagnole, parce que c’est l’intérêt des
Marocains d’avoir de telles écoles. Nous
avons des bâtiments, mais je n’ai pas en ce
moment de moyens pour l’ouvrir et engager des professeurs.
J’ai donné à Charles Fries les documents
préliminaires concernant toutes les négociations sur les visas et le mémorandum.
La France, qui manifeste un grand intérêt pour la collaboration policière entre
l’Espagne et le Maroc - lesquels ont ouvert
deux commissariats conjoints, à Tanger
Med et à Algésiras -, participera au poste
de police conjoint d’Algésiras. D’autres
États membres ont demandé à partager
cette expérience et à travailler avec nous
dans ces commissariats.
Farida MOHA, Othman Chérif ALAMI, Mohamed TAMER, Thami GHORFI, Rachid AGOUMI,
Karim AMOR, Jawad KERDOUDI, Abdeljalil GREFFT ALAMI, Abdelhafid El FASSY
Nabila BERRADA, Mehdi QOTBI, Karim BAINA, Waleed AL FEHAID, Ali GHANNAM
La situation au Mali
Farida MOHA
Journaliste
L’idée formulée par M. l’Ambassadeur,
à savoir que l’Espagne a intérêt à avoir
un pays voisin stable comme le Maroc,
m’a frappée. Les deux royaumes voisins
partagent une situation stratégique : le
Maroc est l’entrée naturelle de l’Afrique, et
l’Espagne, l’entrée naturelle de la Communauté européenne. Cela me rappelle le mot
de Clemenceau, selon lequel on peut tout
changer sauf la géographie.
L’Afrique connaît en ce moment une grave
crise au Mali. Le véritable problème est
celui des populations touareg, qui vivent
au Mali, mais aussi au Burkina Faso, au
Niger et en Algérie. Depuis les années 1960
et l’indépendance du Mali sous la prési-
dence de Modibo Keita, ces populations
ont connu des révoltes et ont demandé
leur indépendance. Aujourd’hui encore,
on essaye de revenir sur l’unité du Mali.
Cette situation ne vous rappelle-t-elle pas
l’histoire du Sahara ? Acceptez-vous ce qui
se passe au Sahara ? Souvenez-vous des
massacres de milliers de Touareg (maliens
comme algériens), perpétrés par l’armée
malienne : le gouvernement algérien avait
en effet autorisé celle-ci en 1963-1964 à
poursuivre les rebelles sur son territoire.
Acceptez-vous le déplacement de dizaines
de milliers de Touareg ?
Alors, Monsieur l’Ambassadeur, compte
tenu de cette situation, et puisque l’Espagne,
comme toute l’Europe, a intérêt à avoir une
stabilité sur son flan Sud, ne devrions-nous
pas réfléchir à une grande région et tâcher
de régler le problème du Sahara, puisque
les micro-États ne sont pas viables ? Ils
ne sont source que de nuisance, de trafic,
d’armement et de terrorisme.
L’Espagne est-elle en mesure d’apporter
son appui avant une intervention dans
la région qui serait un terrible désastre ?
Nous voulons vraiment avoir une région de
paix, car on sait quand on commence une
guerre, mais on ne sait jamais quand on la
finit. En atteste l’exemple de la Libye.
La situation au Mali
Alberto NAVARRO
La situation au Mali et au Sahel nous
préoccupe tous, ici au Maroc, aux Nations unies, en Europe, en Espagne… Le
wministre espagnol de la Défense est venu à
Rabat assister à la 8e réunion des ministres
de la Défense des pays membres de l’initiative « 5 + 5 Défense » ; il s’est entretenu
de cette question avec son homologue
marocain, avec le général Abdelaziz
Bennani, et avec le chef du gouvernement
M. Abdelilah Benkirane.
Vous avez raison de souligner l’intérêt de
la stabilité dans la région et la nécessité d’éviter qu’AQMI puisse profiter de la
déstabilisation qui a suivi le Printemps
arabe. Il y a trop d’armes dans la région
depuis la chute de Kadhafi.
La France a toutefois une position plus
radicale : elle veut intervenir le plus vite
possible. Mais tous les échos que nous
avons, de l’envoyé spécial du secrétaire
général des Nations unies, de l’Union
européenne qui a nommé un envoyé
spécial pour le Sahel, du général
Bennani côté marocain, sont des messages de prudence. Le Mali possède un très
grand territoire, qui fait plusieurs fois la
France ou l’Espagne, il est vrai peu peuplé.
Or, l’Union européenne a décidé, et
l’Espagne se place dans ce même contexte,
d’essayer d’abord dans le Nord de séparer
« les bons des mauvais » - d’un côté AQMI,
et de l’autre les gens avec qui on peut
s’entendre.
Il faut aussi travailler avec Bamako à
la stabilité du gouvernement malien, relativement fragile. Par ailleurs, il faut former
l’armée malienne, et l’Espagne prendra
sa part. Enfin, il est impératif de former
l’armée de la CEDEAO, qui doit intervenir
au Mali.
Il n’y aura pas d’intervention européenne,
sauf un support logistique minimal,
concernant le transport, le renseignement,
l’équipement. Cette tâche est celle de
l’Espagne, de l’Union européenne et des
Nations unies.
Vous avez tout à fait raison de dire que
sans doute ce type de question, ainsi que
la situation au Sahara, trouveraient une
meilleure solution dans un contexte régional plus large. On se heurte toujours au
problème de la frontière entre le Maroc
et l’Algérie, fermée depuis 1994. Cette
fermeture, qui a trop duré, menace notre
stabilité et la vôtre également.
Un contexte régional permet plus facilement de trouver des solutions aux
problèmes. Lorsque nous avons adhéré
avec le Portugal à l’Union européenne,
nous avions des problèmes de voisinage.
Au sein de l’Union, il a été plus simple de
discuter. De même, dans le cadre du cycle
de conférences à Al Hoceima sur la coopération de nos deux pays, nos deux monarchies devraient dépasser les questions
de souveraineté, qui parfois excitent trop
nos opinions publiques ou les hommes
politiques.
À Gibraltar aussi, un dialogue entre
le Royaume Uni et l’Espagne a permis de
résoudre des problèmes concrets.
C’est dans cette optique qu’on doit
travailler, et pour cela, il faut beaucoup de
contacts et d’intérêts mutuels.
Saâd KETTANI Président du comité d’affaires
Marocco-Espagnol
M. l’Ambassadeur a présenté l’état des
lieux et les perspectives. On se réjouit de
voir le chemin parcouru. Avant l’entrée
de l’Espagne dans la Communauté économique européenne, les oranges marocaines
étaient exportées en franchise de droits
de douane sur le marché commun alors
que l’Espagne était le pays des droits de
douane. On allait en Espagne pour parler
du Maroc ; on survolait l’Espagne pour
aller en France, et il a fallu des années pour
rattraper cette méconnaissance.
Depuis son entrée dans l’Union européenne, l’Espagne a montré une dynamique remarquable, que nous avons tous
suivie avec admiration. L’Espagne nous a
surpris par son modèle de développement
rapide, même si dernièrement celui-ci a
montré ses faiblesses, notamment avec la
bulle immobilière.
Nous aussi avons franchi des étapes importantes. Le Maroc a complètement changé
de visage ces quinze dernières années ; en
témoignent sa modernisation, ses infrastructures, sa nouvelle culture de travail,
comportant des visions stratégiques et des
plans de développement sectoriels, etc. Ce
sont les accords avec l’Union européenne,
le libre-échange et la libéralisation du
commerce qui ont forcé les entrepreneurs à
se remettre en question, à revoir leur productivité et leur compétitivité. Le Maroc
aussi a donc fait un parcours immense en
l’espace de quinze ans, avec l’objectif de
créer un environnement compétitif et
attractif pour l’investissement.
Nous ne pouvons que nous réjouir de l’état
actuel de nos relations, si denses que nous
sommes devenus les premiers partenaires
de l’Espagne. Maintenant, il faut investir en qualité. Il n’y a pas beaucoup de
grandes entreprises espagnoles au Maroc.
On a évoqué Santander, mais elle a aujourd’hui une position tout à fait symbolique dans Attijariwafa bank, et Telefonica
a quitté notre pays. Il y a donc un travail
important de rattrapage à faire.
Si la régionalisation espagnole exige de
« libérer les énergies » selon votre expression, nous visons ce même objectif dans
nos relations, qui doivent être de qualité, profondes, intenses – et se situer à
un niveau stratégique, d’abord au plan
de la société civile, où existent encore des
stéréotypes. En Espagne, la société civile
est très importante et, au Maroc, elle s’est
aussi beaucoup développée.
D’une part, il conviendrait de multiplier
les points d’ancrage entre nos différentes
ONG, ainsi que les relations entre des
segments ayant les mêmes intérêts et les
mêmes préoccupations. D’autre part, il
faudrait placer nos relations sous l’éclairage des grands défis qui se posent à nos
deux pays et à la région tout entière : ceux
de la sécurité, de l’eau, de l’énergie, de
l’alimentation, de la santé et du savoir...
Replaçons ces défis dans le contexte régional, avec nos atouts et nos complémentarités ; nous entrerons alors dans une relation
qualitative, d’autant que tous ces secteurs
recèlent des opportunités économiques
immenses.
Le Maroc investit dans le domaine du
savoir. Al Qaraouiyine , après sa fondation au 9e siècle, était devenue l’une des
premières universités au monde.
Aujourd’hui, le projet d’université euro-méditerranéenne de Fès renouvelle
cette ambition. Calquée sur le modèle
des grandes universités nord-américaines,
elle va s’investir principalement dans les
sciences, les nanotechnologies, et dans tous
les autres domaines précités (santé, eau,
énergie, etc.). Des partenariats sont déjà
bien engagés avec les plus grandes universités dans le monde - espagnoles, françaises
(Polytechnique, Centrale, etc.), et améri-
caines comme Stanford.
C’est un projet très ambitieux : l’université accueillera à terme 6 000 étudiants
issus des pays de la zone euro-méditerranéenne, et s’organisera autour d’une
co-diplômation avec les meilleures institutions euro-méditerranéennes partenaires.
Brahim BENJELLOUN TOUIMI Membre du CDS
degré. Mon rêve pour ce pays, c’est que l’on
retrouve la splendeur de l’esprit de l’Andalousie, qui a perduré pendant des siècles et
a connu son apogée au 10e siècle, avec la
rencontre des peuples, le métissage, la tolérance des religions, la coexistence pacifique
et fraternelle, le raffinement qui est celui
des villes du Maroc, de ses médinas, et de
son architecture. C’est ce qui a fait la terre
d’Andalousie, même s’il y eut aussi des apports berbères, orientaux, arabes, etc.
La relation entre l’Europe et le Maroc, qui
se manifeste notamment par les échanges
entre les jeunes et par le rapprochement
des parlementaires, se situe à mi-chemin
Monsieur l’Ambassadeur, je vous félicite et entre l’association et l’adhésion.
je suis très heureux de voir pareille densité de relation entre l’Espagne et le Ma- Quant aux relations spécifiques qu’entreroc. Pour ceux qui introduisent toujours tiennent le Maroc et l’Espagne, le Maroc
cette espèce de compétition entre les deux et la France, ne se trouvent-elles pas, au
vraies nations les plus proches du Maroc, niveau des ambassadeurs, dans une sorte
la France et l’Espagne, j’aurai tendance à de coordination ? Voire de « coopétition »,
répondre qu’il faut les considérer comme c’est-à-dire de coopération et de compétiles très proches parents du côté paternel tion en même temps, entre les deux puiset du côté maternel, et qu’on ne doit pas sances vis-à-vis du Maroc ?
choisir entre son père et sa mère.
J’ai passé treize ans en France, et, pendant une dizaine d’années, j’ai traversé
l’Espagne pour me rendre au Maroc. Et,
chaque fois que j’arrivais en Andalousie,
je regardais le territoire et j’imaginais les
mêmes autoroutes se construire au Maroc.
Quelle que soit la crise que traverse
l’Espagne, je suis extrêmement optimiste
pour des pays comme le vôtre, fondés sur
l’accueil et sur le métissage des cultures,
qui porte les civilisations à leur plus haut Joël SIBRAC, Hicham LARAQUI, Karim BAINA
Hassan CHAMI
Membre du comité du CDS
Je suis venu avec l’idée que le Maroc était à
l’Espagne ce que l’Algérie était à la France,
car j’avais l’impression que les Espagnols
du Maroc n’avaient pas encore fait le deuil
des relations antérieures. Mais, après avoir
écouté M. l’Ambassadeur, je me rends
compte que ma vision était exagérée ; les
choses sont en train de changer.
J’étais resté sur cette impression d’incompréhension, décrite par M. Saâd Kettani,
que nous ressentions quand nous allions en
Espagne dans les années 1990 et 2000 ;
sur ce regard négatif que portait sur nous
la population espagnole en général, y compris nos interlocuteurs dans le domaine
économique.
L’intervention de M. l’Ambassadeur m’a
rendu beaucoup plus optimiste sur les relations entre le Maroc et l’Espagne ; j’espère
que ce n’est qu’un début et qu’elles vont
s’approfondir.
de ses vacances en France, alors que
nous étions élèves en 1954-1955 au lycée
mixte de Fès, qui accueillait beaucoup de
Français et quelques Marocains : l’Espagne,
me disait-il, aurait tiré avantage à être
colonisée aussi par la France. Il pensait que
la colonisation du Maroc avait entraîné un
certain nombre de progrès économiques,
dont l’Espagne avait besoin. Mais, au vu
des progrès réalisés depuis par l’Espagne,
la célérité du développement économique
et social est frappante. Il y a des avancées
certaines dans beaucoup de domaines, et
l’Espagne aujourd’hui est à l’avant-garde
du développement social par rapport à
nombre de lois et de questions que l’on
discute encore en France.
Le CDS vise à faciliter la prise de décision des hommes politiques, en étudiant
un certain nombre de dossiers difficiles.
Profitons de l’expérience espagnole pour
faire avancer quelques-uns de nos chantiers au Maroc, prenons exemple sur nos
amis ou nos frères espagnols, car nous
avons tous un peu de sang arabe ou andalou dans les veines. Le CDS peut faire
des propositions touchant à la régionalisation, à l’enseignement préscolaire ou aux
villes nouvelles : ce sont des domaines où
l’Espagne a fait beaucoup de progrès - et
aussi des erreurs, que nous pourrions ainsi
éviter. Pour le CDS, il y a un large champ
de coopération avec l’Espagne.
Quant au rocher d’Al Hoceima (évoqué par
M. Othman Alami), que le Maroc dispute à
l’Espagne, on fera un grand pas en avant
quand on aura substitué la confiance à la
méfiance - d’abord en tissant des relations
économiques, puis en les prolongeant au le
plan politique.
Je me souviens aussi de la déclaration
naïve que m’avait faite un ami au retour
Hassan CHAMI et Mohamed Ali GHANNAM
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