La basse énergie dope la construction bois

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La basse énergie dope la construction bois
Architecture La pratique professionnelle
BOURGOGNE
La basse énergie
dope la construction bois
Les architectes bourguignons
sont de plus en plus nombreux
à choisir le bois pour l’ossature
de maisons individuelles
et de bâtiments collectifs.
Le matériau aux vertus
écologiques profite pleinement
de l’engouement récent
pour la construction à faible
consommation énergétique.
A
Marigny-les-Reullée, dans le
sud de la Côte-d’Or, une petite
maison de 125 m2 annonce
peut-être une révolution dans
une région très attachée aux matériaux
traditionnels. Adieu pierres, briques et
parpaings. Dans ce modeste pavillon
dessiné par les architectes dijonnais
Agnès et Pierre-Étienne James, les murs
ne sont que bois et dérivés. Ouate de
cellulose et laine de bois pour l’isolation. Panneaux Fermacell en contreventement. Panneaux de fibres de bois
recouverts d’enduit à l’extérieur. Ajoutez
pour l’agrément visuel un bardage en
douglas et vous obtenez un modèle
de bâtiment économe en énergie.
43,5 kWh par m2 et par an suffisent
à chauffer le logement.
La maison de Marigny est dans l’air
du temps, et elle n’est pas un cas isolé
en Bourgogne. A son image, une quarantaine de projets de bâtiments à basse
consommation devraient voir le jour
d’ici 2009. “Le seul moyen de faire
décoller la construction en bois c’est de
développer la basse énergie”, assène
Dominique Marie du conseil régional
de Bourgogne. Depuis deux ans, la
collectivité encourage les constructions
à basse consommation énergétique
et son premier bilan est prometteur.
La région a ramené dans ses filets
Agnès et Pierre-Étienne James, architectes à Dijon.
L’ossature bois constitue plus de la moitié de leur activité.
46 projets (1), soit un peu plus de 300
logements collectifs, 15 maisons et
25 bâtiments tertiaires. Autant de
constructions (60.000 m2 au total) qui
utilisent le bois peu ou prou. Quand ce
n’est pas dans l’ossature, il est présent
dans l’enveloppe, comme à Autun
où le matériau renouvelable servira
à réhabiliter 100 logements sociaux.
Le bois, une évidence
en Bourgogne
Les architectes accompagnent avec
enthousiasme ce mouvement né
de préoccupations environnementales.
Sur les 365 “archis” de Bourgogne, une
bonne trentaine pratiquent l’ossature
bois. Patrice Bailly, le président de l’association Architectes et ingénieurs bois
(AIB), prédit que ces effectifs vont
doubler grâce au concept de développement durable. Un autre précurseur,
le Dijonnais Patrick Bidot, utilise
le bois depuis 20 ans.
“Exerçant en Bourgogne, il m’a paru
évident d’employer la ressource locale,
comme le douglas, le sapin ; nous
avons une économie locale à développer derrière”.
D’autres bâtisseurs surfent sur la nouvelle vague. Dès sa sortie de l’école
en 2004, Pierre-Étienne James a suivi
la formation du CNDB. A 31 ans,
il est un prosélyte infatigable.
“Avec Agnès, nous parvenons à
convaincre des clients qui partaient sur
un projet traditionnel de choisir l’ossature bois. Ses qualités environnementales, thermiques, son cycle de vie
en font un matériau vraiment intéressant, plein d’atouts. Le seul inconvénient est le manque d’inertie l’été”.
Le
jeune
architecte
privilégie
les résineux à croissance lente pour
la structure, le chêne de Bourgogne
9 février 2008 - Le Bois International - 13
Architecture
Crédit photo : TOPOIEIN / MO2B
La pratique professionnelle
Un pavillon de 125 m2 en Côte-d'Or, conçu par Agnès et Pierre-Étienne James, construit par la société MO2B.
Le système constructif bois favorise les économies d’énergie et permet de stocker 18 tonnes de CO2.
pour les sols, le douglas en bardage. La
basse énergie fait aussi de nouvelles
recrues dans la corporation. Aprovalbois,
l’interprofession du bois en Bourgogne,
n’a eu aucun mal à “vendre” la formation “Architecture bois et développement durable” qu’elle organise cette
année à Dijon avec le CNDB. Les 21 et
22 janvier, quinze architectes ont participé à la première session consacrée
aux technologies de construction.
“Un public très mélangé, certains ne
connaissent pas le bois”, constate Vincent
Protais, jeune ingénieur, animateur de
la filière au sein de l’association.
Passer de l’artisanat à l’industrie
Le mouvement est amorcé. Mais il
reste du chemin pour concurrencer
la construction traditionnelle. “L’offre est
atomisée ; aujourd’hui trop de particuliers ont du mal à faire construire une
maison individuelle en bois”, regrette
Dominique Marie.
Certains constructeurs se lancent dans
l’aventure de manière artisanale, comme
MO2B, à Dijon. Née de l’association
entre les Charpentiers de Bourgogne et
le fabricant d’emballages bois Javaux
14 - Le Bois International - 9 février 2008
Lévêque, MO2B a construit six maisons
et deux extensions en 2007. “C’est le
résultat de 150 contacts sur l’année”,
comptabilise Romain Solnon.
“Les choses évoluent positivement.
Les fournisseurs de matériaux ont
maintenant en stock de la ouate de
cellulose et des panneaux isolants en
laine de bois. Nous avons aussi un projet de maison modulaire avec l’architecte Patrice Bailly. Nous devrions
rapidement atteindre les 15 réalisations
par an”. Pour maîtriser les coûts,
d’autres rêvent d’une industrialisation de
la filière, sur le modèle, isolé en
Bourgogne, de la société Pobi (La
Charité-sur-Loire) fabricant de planchers,
murs et charpentes en kit.
S'inspirer de l'exemple belge
Le pôle innovation de la chambre
régionale de commerce et d’industrie
a organisé en fin d’année dernière
un voyage au salon énergie et habitat
de Namur. L’occasion de découvrir
un cluster (2) d’entreprises formant
une offre globale en matière d’écoconstruction. Les Bourguignons aimeraient s’inspirer de ce modèle, en parti-
culier pour investir les marchés publics
de la construction qui pourraient faire
décoller l’activité. “Nous devons créer
une dynamique au niveau des industriels
de la filière, leur apporter des idées,
faire naître des projets”, insiste Ludovic
Denoyelle, responsable du pôle innovation. Telle est l’ambition d’un forum
organisé le 26 mars prochain à Dijon
à l’intention des industriels et acteurs
de la filière bois.
La CRCI leur présentera les dernières
innovations nationales et européennes
comme le séchage électromagnétique,
le soudage du bois ou encore le collage structural.
Former le second oeuvre
Il faudra aussi préparer le second
œuvre aux exigences de l’ossature bois.
“Il nous faudrait une meilleure organisation dans les entreprises. Cela pêche
au niveau du montage sur chantier,
l’ossature bois exige une vigilance
permanente, le souci du détail”, reconnaît Patrick Bidot. “On ne peut travailler comme autrefois avec quinze
corps de métiers sur un chantier
confirme Dominique Marie. Quatre
La pratique professionnelle
Crédit photo : Patrice BAILLY
Architecture
Crédit photo : Patrick BIDOT
L’architecte Patrice Bailly a dessiné la Galerie européenne de la forêt et du bois à Dompierre-les-Ormes (Saône-et-Loire).
Les essences utilisées, douglas, chêne et hêtre, sont issues des forêts bourguignonnes.
suffiront pour monter en deux jours
une maison fabriquée en kit en usine”.
L’approvisionnement en produits de
première transformation pose aussi
problème. Pobi utilise du douglas
allemand alors que l’essence abonde
en Bourgogne et certains architectes
préfèrent chercher à l’étranger des
sciages labellisés parfaitement secs.
L’offre en douglas devrait augmenter
sensiblement dès 2008 avec l’ouverture
à Autun (Saône-et-Loire) puis à La
Roche-en-Brenil (Côte-d’Or), de scieries
entièrement dédiées au résineux.
De notre correspondant
Pascal Charoy
L’école maternelle de Ladoix-Serrigny (Côte-d’Or). L’architecte Patrick Bidot a utilisé du sapin
pour les structures. La claire-voie est en douglas.
(1) La région a distribué 4 millions d’euros d’aides.
(2) Un cluster est un regroupement d’entreprises du même sec-
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