ETUDE PLACEMENT EXTERIEUR DISP Dijon
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ETUDE PLACEMENT EXTERIEUR DISP Dijon
2012 1 ETUDE PLACEMENTEXTERIEUR DISP Dijon Avec le soutien de : La Direction interrégionale des services pénitentiaires de DijonDISP CENTRE EST-DIJON Centre-Est Septembre 2012 2 3 SOMMAIRE Introduction p 5 1ère partie : Approche quantitative - Les conventions - Les conventions opérationnelles - Le taux de fréquentation p 13 p 15 p 16 p 17 2ème partie : Approche monographique Rappel méthodologique p 19 p 21 I. Organisation de la relation entre acteurs La relation Magistrat-SPIP La relation Association-Magistrat La relation SPIP-Association p 23 p 24 p 27 p 29 II. La demande Le profil des personnes visées Le type de peine concerné La nécessaire définition et quantification des besoins p 35 p 35 p 37 p 38 III. La démarche d’accompagnement La préparation en amont du placement extérieur La présence de l’association dès la définition du projet Un travail de planification L’offre proposée par les associations Le type d’accompagnement * La réalisation du contrôle des obligations et de l’exécution de la peine * La place de l’hébergement * Le travail de la peine et l’articulation SPIP-Association Le type d’offre p 41 p 41 p 42 p 45 p 47 p 47 IV. Les mesures concurrentielles p 61 p 48 p 49 p 51 p 53 3ème partie : Pistes de réflexion et mise en perspective p 65 ANNEXES p 71 4 5 INTRODUCTION 6 7 De plus en plus d’associations sont conventionnées pour accueillir des personnes sur du placement extérieur. Malgré une augmentation de l’utilisation des mesures, il apparaît que les places conventionnées sont largement sous-utilisées. Lors de la journée du 18 Novembre 2008, organisée par la DISP et les FNARS Bourgogne, Champagne-Ardenne et Franche-Comté, des pistes de réponses avaient été abordées : absence de connaissance des acteurs, place de l’accompagnement et des responsabilités. Toutefois, ces premiers éléments ne suffisent pas à dresser une évaluation précise de l’utilisation de cette mesure et à tracer des axes d’actions. Le placement extérieur est un aménagement de peine sous écrou, comme la semiliberté et le placement sous surveillance électronique, qui permet à une personne condamnée de bénéficier d’un régime particulier de détention lui permettant de quitter l’établissement pénitentiaire. Ce recours est conditionné à un projet d’insertion ou de réinsertion (exercice d’une activité professionnelle, d’un stage ou d’un emploi temporaire ; suivi d’un enseignement ou d’une formation professionnelle ; participation essentielle à la vie de la famille ; suivi nécessaire d’un traitement médical ; ou tout autre projet d’insertion ou de réinsertion de nature à prévenir les risques de récidive). Cet aménagement s’adresse à des personnes condamnées, dont la peine prononcée ou le reliquat de peine, est égal ou inférieur à deux ans (ou un an en cas de récidive). Il concerne aussi les personnes condamnées dites « libres », dont la peine d’emprisonnement prononcée est ferme mais, qui n’ont pas encore commencé à l’exécuter. Ainsi, la personne a la possibilité de travailler pour un employeur privé ou public, de se former, de participer à des chantiers d’insertion. A la fin de son activité journalière, la personne placée sous main de justice doit se rendre, soit dans les locaux d’une association qui l’encadre et l’héberge, soit au domicile d’un proche, soit encore à l’établissement pénitentiaire. Elle doit respecter les obligations et les interdictions fixées par le juge d’application des peines (horaires et suivi des activités, indemnisation des victimes, interdiction de se rendre en certains lieux…). Au-delà de ce descriptif, le placement extérieur comme aménagement de peine se donne un double objectif : développer l’alternative à l’incarcération et, mieux préparer à la sortie des prisons en initiant un parcours d’insertion. 8 L’aménagement de peine ne doit pas être perçu comme un moyen laxiste de gérer l’exécution de la peine ou, la population carcérale. Les sanctions alternatives à l’incarcération comme le placement extérieur, favorisent l’exécution de la peine, qui reste un point primordial et déterminant dans le processus de réinsertion sociale et professionnelle, ainsi que dans la prévention de la récidive. L’aménagement de peine et les mesures qui la concernent sont nécessaires pour favoriser une meilleure réinsertion des personnes, car cela permet de les faire bénéficier d’un accompagnement social à fort contenu d’insertion même en l’absence d’un projet de détention construit. Comme le rappelle Annie KENSEY1, toutes les études en matière de récidive depuis 1973 montrent sans ambiguïté, que les bénéficiaires des aménagements de peines rechutent moins souvent et, font plus rarement l’objet d’une nouvelle condamnation. En effet, l’aménagement de peine n’est pas une réduction de la peine, il autorise certaines personnes détenues à exécuter une partie de leur peine dans la collectivité, en les soumettant pour cela à des conditions strictes. Il rend donc possible un retour progressif, assisté et contrôlé en milieu libre. Cette articulation entre travail éducatif, obligation et réalisation de la peine à l’extérieur, peut être un véritable moyen de construction d’une pédagogie de la sanction. Ce constat a conduit la Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires CentreEst Dijon, à confier à la FNARS Bourgogne la réalisation d’un diagnostic sur l’utilisation de la mesure du Placement Extérieur sur sa zone de compétence (Régions Centre, Champagne-Ardenne et Bourgogne). Cette mission porte sur les modalités d’utilisation du placement extérieur. Il ne s’agit pas d’évaluer l’impact du placement extérieur sur les personnes placées sous main de justice. Les objectifs sont : repérer les causes de dysfonctionnements, améliorer le recours au placement extérieur et, réajuster la mise en œuvre. 1 Démographe et chef du bureau des études et de la prospective à l’administration pénitentiaire. 9 Après des échanges avec les services de la DISP, nous sommes convenus d’articuler la problématique autour de trois familles de questionnement : La relation JAP (juge d’application des peines)/SPIP (Service pénitentiaire d'insertion et de probation) /Associations : - Quelles sont les conditions en termes de responsabilité et d’accompagnement pour recourir au placement extérieur ? - Quelles sont les conditions du fonctionnement relationnel entre ces acteurs ? - Quelles sont les difficultés rencontrées ? Les prestations des associations - L’offre associative mobilisée est-elle adaptée aux besoins des populations et à la demande des magistrats ? - Comment les associations sont-elles mobilisées pour développer cet accueil ? - Quelles sont les conditions nécessaires pour les structures conventionnées afin que cela fonctionne ? - Comment concilier les obligations judiciaires et l’accompagnement social ? Les mesures ou publics qui se substituent ou complètent - Comment s’organise la mise en place du placement extérieur dans une politique d’aménagement de peine ? - Quelles sont les complémentarités ? - A qui s’adresse cette mesure ? Nous posons l’hypothèse d’un développement de la mesure de placement extérieur, fruit d’une relation triangulaire entre « Magistrat-SPIP-Associations » avec, placée au centre de cette relation, la personne sous main de justice. Cette mesure demande un véritable travail d’apprentissage collectif commun et de construction partenariale. Elle est un élément de construction de la confiance entre les partenaires, qui doit rassurer le magistrat dans le cadre de l’exécution de la peine et de son contrôle, en tant que garantie de définition des complémentarités, des différences et des modalités de régulation et d’accompagnement. Elle demande la définition d’une stratégie de développement du placement extérieur, au sens d’une politique locale, pour mener le 10 placement extérieur en concertation avec les magistrats et, dans une approche commune avec les services déconcentrés de l’Etat. Pour réaliser ce travail nous nous sommes appuyés sur un travail d’enquête, d’analyse des informations récoltées et d’analyse collective. La phase d’enquête a comme objectif, d’avoir le point de vue des acteurs sur l’utilisation du placement extérieur dans le territoire administratif de la DISP de Dijon. Cette phase s’appuie sur la réalisation de grilles d’entretien distinctes selon les fonctions des personnes rencontrées, et l’interview d’acteurs concernés par cette mesure. Les entretiens ont été semi-directifs afin d’être dans une démarche pragmatique. Nous faisons le choix de rencontrer les trois acteurs concernés par cette mesure, afin d’acquérir un point de vue exhaustif. Cela doit nous permettre d’identifier l’ensemble des causes qui interviennent dans l’efficacité du dispositif. Nous avons conduit 22 entretiens. Le panel des 28 personnes rencontrées se décompose de la manière suivante : 6 Magistrats dont 2 représentants du Parquet 6 DFSPIP 5 CPIP 2 Adjoints DFSPIP 7 Directeurs d’association 2 Chefs de service d’associations Concernant le choix de l’échantillon, nous nous sommes appuyés sur une analyse des conventions par département, et de l’utilisation des places, afin de choisir avec le comité de pilotage les personnes ou structures en fonction de leur utilisation (ou non) de la mesure. Il est donc représentatif des acteurs qui interviennent dans la mesure. Un comité de pilotage, composé d’un représentant de la DISP, un DFSPIP, un CPIP, deux représentants d’association et un représentant de la FNARS, s’est réuni 4 fois, pour valider les différentes étapes de la démarche et les préconisations. Pour réaliser ce travail, nous avons souhaité faire une analyse en terme de points forts et de points critiques dans l’utilisation de la mesure de placement extérieur et, 11 proposer des axes d’amélioration pour favoriser une progression du nombre de mesures de placement extérieur et, favoriser une meilleure appropriation de ce dispositif par les acteurs déjà concernés. Nous présenterons dans un premier temps quelques éléments quantitatifs, pour ensuite présenter dans une monographie les entretiens. Puis, les préconisations, suite à ces rencontres formeront une troisième partie. 12 13 APPROCHE QUANTITATIVE 14 15 Avant une approche monographique de l’utilisation du placement extérieur, il nous a paru important de réaliser un bilan de l’utilisation du placement extérieur. Les données présentées concernent les conventions 2010 et les placements extérieurs réalisés sur la période de novembre 2009 à octobre 2010. Des placements extérieurs ont pu être réalisés hors convention, ou non facturés à la DISP ; dans ce cas, ces mesures n’ont pas été prises en compte. Il apparaît une sous-utilisation des conventions : non utilisation des conventions signées, faible remplissage des places avec des territoires non couverts. Les conventions 35 conventions ont été étudiées. 63% des conventions ont été opérationnelles c'està-dire qu’au moins une journée de placement extérieur a été réalisée. Néanmoins l’opérationnalité des conventions est très disparate d’une région à une autre. 87% des conventions sont opérationnelles en Champagne-Ardenne pour 30% en Bourgogne. 100% 90% 87% 80% 70% 60% 60% Région Champagne-Ardenne 50% Région Centre Région Bourgogne 40% 30% 30% 20% 10% 0% Conventions opérationnelles De l’analyse par département, il ressort que la majorité d’entre eux ont des conventions opérationnelles. Mais certains départements ne présentent aucune offre de placement extérieur. Plus précisément : – 1/3 des conventions sont opérationnelles en Ardennes. – Aucune convention n’est utilisée dans l’Indre et Loire. – 13% des conventions sont utilisées en Côte d’Or. – 3 départements sont sans conventions : le Cher, le Loiret et l’Yonne (depuis 2010, l’Yonne a signée deux conventions sans les utiliser). 16 – 8 départements ont des conventions opérationnelles : la Marne, l’Aube, la Haute-Marne, l’Eure-et-Loir, l’Indre, la Nièvre, la Saône-et-Loire et le Loir-etCher. Il existe une croissance de l’utilisation des mesures de placements extérieurs mis à part pour une région. 60% 50% 40% 30% 20% Champagne-Ardenne 10% Bourgogne Centre 0% Taux de croissance -10% DISP -20% -30% -40% -50% Les conventions opérationnelles Le type d’offre Selon l’analyse de l’offre conventionnée, les SPIP privilégient plutôt une offre d’hébergement, qui peut se conjuguer -ou non- avec un travail dans une ACI (atelier et chantier d’insertion), AVA (atelier d’aide à la vie active) ou EI (entreprise d’insertion). Les structures qui ne proposent que du travail sont moins nombreuses. TYPE D'OFFRE 7 6 5 4 3 2 1 0 ACI EI Hébergement Hébergement et travail 17 Le taux de fréquentation Les places effectivement occupées sont nettement en nombre inferieur comparativement aux places conventionnées. Il existe donc une sous-utilisation des places opérationnelles. Plus de 50% des conventions sont en dessous du taux de fréquentation moyen régional qui est de 25%. Nombre d’établissements en fonction du taux de fréquentation 7 6 5 4 3 2 1 0 Inférieur ou égal à Supérieur à 10% Supérieur à 20% Supérieur à 30% et Supérieur à 40% Supérieur à 50% 10% inférieur ou égal à inférieur ou égal à inférieur ou égal à inférieur ou égal à 20% 30% 40% 50% 18 19 APPROCHE MONOGRAPHIQUE 20 21 Rappel méthodologique Lors de l’élaboration du cahier des charges, nous avions défini une analyse des entretiens à travers 4 constats : la relation « Magistrat-SPIP-Association », les prestations offertes par les associations, les mesures ou publics qui se substituent au placement extérieur, et la conciliation entre obligation et accompagnement. Nous proposons une analyse des entretiens à travers quatre entrées légèrement modifiées : La relation « Magistrat-SPIP-Association », La demande de PE (placement extérieur), L’accompagnement avec : d’une part la question du temps judiciaire plus la préparation en amont, et d’autre part les prestations des associations, Les mesures concurrentielles. Nous avons souhaité traiter de la question de l’accompagnement et des obligations liés à la mesure d’aménagement de peine, en transversale des quatre entrées car, la conciliation de ces deux thématiques met en tension permanente la mesure de placement extérieur, pour tous les acteurs concernés : De quelle manière les obligations liées à l’exécution de la peine sont-elles respectées par les magistrats ? Qui assure le contrôle de ces obligations ? Qui assure l’accompagnement de la personne ? Quelles sont les conditions en termes de responsabilité entre SPIP et association ? La restitution des entretiens a pour objectif de présenter la façon dont sont traitées ces questions dans la mise en place du placement extérieur. Nous essaierons à travers leur analyse de dégager des points forts et des points faibles. 22 23 I. Organisation de la relation entre acteurs : La personne placée sous main de justice (PPSMJ) qui effectue sa peine en placement extérieur est au centre d’une relation triangulaire : judiciaire, pénitentiaire et associative. Le succès de l’utilisation du placement extérieur sur un territoire, se joue dans l’équilibre de cette relation et dans son animation. Un acteur interrogé parle « d’un apprentissage collectif et d’une acculturation ». L’enjeu de cette connaissance mutuelle des fonctionnements est de favoriser, pour la personne sous main de justice, une exécution de la peine la plus favorable, d’une part en matière d’insertion et d’accompagnement, et d’autre part en matière de contrôle et d’exécution de la peine. « Nous sommes dans un cadre répressif. La réinsertion peut offrir des possibilités mais il y a des contraintes et règles à prendre en compte. » « Le SPIP doit marquer sa présence en tant qu’institution, l’association ne doit pas porter un certain nombre de choses. Le JAP doit aussi marquer sa présence. Chacun doit avoir sa place. » Le développement de placement extérieur sur un territoire revient à construire les modalités relationnelles et organisationnelles entre ces trois acteurs et, à définir la place et les attentes des intervenants dans le dispositif. Le placement extérieur est un contrat d’engagement entre SPIP, magistrat et association, « c’est une réussite à trois ». Une relation triangulaire si nous voulons qu’elle soit réussie suppose cinq conditions : - Une définition claire des objectifs, des priorités et des actions de chacun des acteurs - Une cohérence des objectifs collectifs et individuels - Une mobilisation et motivation des ressources humaines des équipes associatives - Une communication transparente et cohérente - Une réduction des risques et des difficultés liés à la relation 24 Si aucun des départements ne réunit de manière parfaite ces cinq conditions, il semble que les territoires qui parviennent à un certain développement de la mesure réussissent à mieux articuler l’ensemble de ces conditions. L’approche monographique doit nous permettre de comprendre comment ces conditions s’articulent dans chacune des trois relations. La relation Magistrat-SPIP La politique d’aménagement de peine sur un département est portée par deux acteurs principaux, magistrat et DSPIP. Il convient d’étudier en quoi l’articulation de ces acteurs peut favoriser le développement ou non des mesures de placement extérieur et qui a effectivement la responsabilité de la politique de l’aménagement de peine. Dans de nombreux territoires où le placement extérieur a du mal à se développer, les politiques d’aménagement de peine du JAP et du DFSPIP ne sont pas partagées ; soit en matière d’objectifs, d’actions, de ressources à mobiliser, de communication. Ainsi les entretiens mettent en avant des exemples de partenariat entre SPIP et association qui fonctionnaient et, qui ont dû s’arrêter faute d’accord sur la mise en place du placement extérieur entre magistrat et DFSPIP. « Il existait un lieu de placement extérieur très ciblé et spécialisé public-justice sur 10 à 15 personnes. Il a fonctionné pendant 7 ans. Mais le nouveau magistrat n'a pas aimé le lieu ». « Nos placements extérieurs ont baissé car c’est le magistrat qui propose. » « Le JAP était opposé à la mesure. Donc le conseiller d’insertion et de probation, il propose ce qui risque de marcher. » Les garanties en matière de sécurité sont les points de divergence entre ces deux acteurs dans les objectifs de l’aménagement de peine et dans ses modalités d’application. De fait, le placement extérieur ne présenterait pas suffisamment de garanties en matière d’exécution de la peine. « La question du contrôle est toujours permanente » déclare un DFSPIP, ou encore « c’est une mesure pour lesquels les magistrats demandent des garanties et du sérieux. » Nous verrons aussi que les ressources mobilisées en matière d’offre peuvent être un blocage pour les magistrats. 25 De fait, la mesure de placement extérieur se heurterait à la politique pénale de chaque juge. Il existerait une contradiction entre, une mesure qui demande une approche collective et, une culture de travail où les décisions se prennent plutôt seuls. Comme le fait remarquer un représentant du Parquet, « chaque juge fait sa politique ». Ce qui rendrait difficile une vision globale sur le périmètre administratif de la direction interrégionale. Toutefois, il serait trop simple de renvoyer les échecs du développement du placement extérieur uniquement sur la responsabilité des magistrats, qui bloqueraient le recours à cette mesure. En effet, le SPIP est un acteur important en matière de proposition d’aménagement de peine. Si la politique du JAP peut déterminer le choix des aménagements de peine, le SPIP n’est pas tenu dans ses propositions de coller à cette politique. Il agit à deux niveaux. Premièrement, celui de l’individualisation de l’aménagement, il est celui qui prépare la mesure d’aménagement de peine notamment le contenu du projet et du suivi. Deuxièmement, il porte la responsabilité de la politique de développement de l’offre d’accueil et, de la gestion des crédits. Le SPIP est le promoteur de la politique d’aménagement de peine. Nous verrons que le lien avec les associations confirme ce rôle central du SPIP, dans le développement du placement extérieur. Le SPIP n’est pas toujours porteur de ce type de mesure car elle demande des moyens et du temps. Elle nécessite une forte implication dans des relations partenariales. Ainsi, pour un DFSPIP « dans une logique de gestion de flux de la justice, le placement extérieur est trop individualisé ». Un Conseiller Pénitentiaire d’Insertion et de Probation met en avant une « mise en œuvre trop lourde, qui prend du temps. On va vers un accès facile en terme de dispositif » de prise en charge. Car, comme le souligne une association « les CPIP sont beaucoup dans l’urgence » face à un flux de personnes à suivre. Un autre DFSPIP avoue « ne pas être très chaud pour cette mesure et qu’il a été poussé par sa hiérarchie ». « Nous devons relancer la machine. Les CPIP n’y pensent plus systématiquement. Il faut reprendre du lien avec les structures. » Les acteurs conventionnés s’interrogent face à la difficulté de remplir leur rôle : « nous sommes peu sollicités par le SPIP pourtant nos relations ne sont pas mauvaises. Cela pose la question de comment c’est promu auprès du juge ». 26 Parallèlement, les magistrats expriment une attente, celle d’avoir une palette plus grande d’outils de placement extérieur afin de pouvoir donner plus de réponses. « Il manque d’offres. » « S’il existait des places, je les utiliserais. » De son côté, un DFSPIP met en avant le juge d’application des peines comme initiateur du développement. « Le JAP était très intéressé… Le magistrat voulait passer des protocoles. » « Le nouveau procureur et le JAP veulent aller sur du PE. » Dans les départements où la mesure se développe, un travail a été mis en place conjointement entre magistrat et DFSPIP. Ce travail s’est fait en amont de la mise en place des conventions. Même si le JAP ne peut imposer de mesure, il peut accompagner le SPIP dans la prospection. « Il est important que le JAP se mobilise au démarrage. » « Nous avons travaillé en amont avec le JAP à travers deux réunions pour que le CHRS explique ce qu’il fait. » « Travail avec le JAP actuel et ancien pour développer la mesure et diversifier les possibilités d'accueil. » « Déplacement avec le JAP auprès de la structure afin d'expliquer le PE, les contreparties financières et voir ce que l'association peut proposer. » N’est pas uniquement concerné le JAP, mais également le Parquet, comme le relève cette association : « Le SPIP a fait de grosses démarches auprès de l’association en s’appuyant sur le constat que nous avions les mêmes publics en CHRS et en maison d’arrêt. Le procureur a beaucoup soutenu. Nous avons mis une dimension symbolique dans la signature de la convention en présence du procureur ». Cette présence des magistrats est en outre importante pendant toute la durée de la convention. En ce sens un DFSPIP « organise régulièrement des réunions de service en interne avec JAP et structures ». 27 Cette association avec le juge dès le début du processus est fondamentale car elle permet d’instaurer un climat de confiance. Elle favorise une connaissance mutuelle et conjointe, notamment entre juge et association. « Il est important de bien expliquer les responsabilités avec le JAP, entre l'association et le SPIP. Il s'agit de mettre en confiance le JAP. » « Il y a un apprentissage collectif de ce qui est un incident ou pas un incident. » Le développement de cette mesure est bien le fruit d’une co-construction entre magistrat et SPIP. Comme le rappelle un DFSPIP, « les nouvelles circulaires amènent à construire un dialogue avec le Parquet. Il devient difficile aux magistrats de toujours dire non ». Il semble essentiel d’établir un « dialogue » entre magistrat et service pénitentiaire. Un autre DFSPIP rappelle qu’il est « nécessaire d’avoir une approche institutionnelle » pour construire une politique cohérente en matière d’aménagement de peine. Dans les rencontres réalisées nous n’avons pas réellement vu de stratégie co-construite conjointement en matière de politique d’utilisation du placement extérieur. Rendre visible les objectifs de la politique d’aménagement de peine sur un territoire est un moyen pour développer les conventions, mais surtout d’optimiser leur utilisation. La relation Association-Magistrat Le lien entre magistrat et association est une nécessité pour permettre le développement de la mesure. Tous les acteurs impliqués dans le placement extérieur font le constat commun de ce besoin. Dans la mise en place du placement, il est important à la fois d’associer les trois acteurs pour échanger sur les attentes, d’être sûr qu'ils soient entendus et, de définir le mode de fonctionnement. Ce temps tripartite est « primordial » pendant toute la durée de vie des conventions. « Importance d'un suivi régulier ». Effectivement les entretiens le démontrent, les territoires où la mesure fonctionne moins bien sont ceux où le juge est peu présent dans le suivi des mesures. Les motivations pour ce temps conjoint sont bien expliquées par les SPIP et les associations : « Il y a très peu de garanties sur les conditions d'exécution de la peine il est donc nécessaire avant de les conventionner, de les rencontrer pour le JAP et s'il arrive en 28 cours de convention de les rencontrer pour établir un rapport de confiance. Il n'y a pas de défiance particulière seulement le besoin d'être sûr qu'il répercute. » « C’est la crédibilité qui se construit. » « Il est important de rencontrer le JAP : temps de rencontre, d’écoute, donne de la crédibilité, explique notre manière de faire. On se donne les moyens. Il prend en compte les contraintes. » Nous devons signaler une exception où l’association n’a jamais eu aucun contact avec le magistrat. Si cela n’a pas été un frein c’est qu’ « il y a une stabilité des CPIP avec un noyau dur, le JAP n’a pas changé. Nous ne l’avons jamais rencontré. Il ne nous connaît pas mais il a confiance dans l’accompagnement. » Le partenariat a donc pu ainsi se construire dans la durée. Les associations sont demandeuses de ces rencontres, notamment quand les JAP changent fréquemment. L’absence du juge dans cette relation est souvent vécue comme un manque et, une cause de dysfonctionnement de la mesure. « Nous essayons d’associer le magistrat dans le partenariat. Ce n’est pas assez contrôlé. Nous avons peu de relations avec les magistrats. » De même cette association qui accompagne régulièrement des personnes sous mesures de placement extérieur déclare : « il est important de définir ce qui nous lie, qui sont nos interlocuteurs. Car la place et le rôle des uns et des autres n’est pas très bien définie. Il serait bien de mettre en place une charte de fonctionnement. Il est difficile de définir les obligations et contraintes entre association, et CPIP ». Un JAP rappelle que « cela permet d’entendre les contraintes des uns et des autres et le sens des décisions prises. » Ces temps de rencontre représentent un facteur propice au développement de la mesure : « le Parquet s’est rendu compte qu’on jouait le jeu. On se rencontre régulièrement. Cela met du temps mais permet de développer les placements ». Si la présence du magistrat auprès de l’association apparaît importante, « le danger est que le magistrat court-circuite le SPIP. Il est nécessaire d’avoir un tiers entre le magistrat et l’association même s’il ya un travail à mener avec le magistrat ». 29 Il semble bien que le SPIP, dans le cadre d’une mesure de placement extérieur, joue un rôle de chef de file entre les différents partenaires impliqués. Cela nous amène à nous interroger sur la nature des relations entre SPIP et association. La relation SPIP – Association Le cœur de la relation triangulaire est, la façon dont les obligations liées à la mesure se mettent en place ainsi que, l’accompagnement des personnes. Nous aborderons ce dernier point plus en détail dans notre seconde partie pour nous attarder sur l’exécution de la mesure. Pour que la mesure fonctionne dans la durée, il est impératif d’être précis sur les objectifs, les actions des uns et des autres en matière d’accompagnement et de contrôle, de même que sur les modalités de communication afin de réduire les risques et les difficultés. Le cahier des charges du placement extérieur, rappelle les responsabilités des uns et des autres en matière de suivi de la personne en placement extérieur. L’ensemble des acteurs sont globalement au clair sur ces définitions du cahier des charges. La mission du SPIP est l'accompagnement judiciaire, c'est-à-dire le respect des obligations liées à la mesure. L’association est en charge de l’accompagnement au quotidien dans les démarches d’insertion, « le SPIP doit être sur l'aspect judiciaire et le contrôle de la peine, l’association doit être sur l'aspect social » ; « le CPIP est sur le contrôle de la peine et l’éducateur sur l’aspect social et professionnel ». Le risque du placement extérieur, est de réduire la mission d’accompagnement du CPIP à cette mission de contrôle, en oubliant tout le volet insertion. Ce point est une ligne de tension avec les associations, Ainsi un juge d’application des peines définit opérationnellement le cadre des responsabilités décrites, « pour le suivi du placement extérieur c'est le SPIP qui doit faire la vérification du contrôle des obligations, en collaboration avec le référent de la structure. Le SPIP doit être l’interlocuteur direct de l’association. C’est au SPIP de relater [au JAP] les manquements aux obligations dans un rapport d’incidents ou dans un rapport d’évaluation ». Pour une association « c’est le SPIP qui doit reprendre et prévoir des réunions avec le JAP ». Pour un DFSPIP, « le CPIP est une courroie de transmission entre le JA et 30 l’association… Il faut donner de l’information aux CPIP et faire un lien permanent avec eux. Il faut définir les complémentarités ». Le risque de confusion n’est jamais loin comme le souligne un JAP. « L'interlocuteur est le SPIP pas l'association, ce n’est pas à l'association de faire des recadrages. Des fois ce n’est pas très orthodoxe : c'est le SPIP qui doit assurer l'exécution judiciaire mais c'est le prestataire qui fait les comptes-rendus d'incidents ». La bonne répartition des rôles est un facteur clé de la réussite du fonctionnement du placement extérieur sur un territoire. Comme nous l’avons vu précédemment, le temps de préparation en amont est important. « Nous avons beaucoup travaillé sur le dispositif avec la pénitentiaire pour mettre en place un protocole, c’est la base pour construire une confiance qui doit s’installer. Au début il vaut mieux éviter de chercher à faire du chiffre. » Une autre association qui a développé le placement extérieur rappelle, « nous avons défini avec le SPIP les règles de réactivité : prévenir de suite si incident. Les règles ont été définies au moment où nous avons mis en place la convention et, cela correspond à nos règles de fonctionnement. C’est dans notre culture. Cela contribue à la confiance mutuelle ». Contrairement au positionnement d’un DFSPIP qui ne « définit rien au démarrage pour être le plus souple, pour ne pas être contraignant avec l’association. Les choses se régulent toutes seules», les conventions les plus opérationnelles sont celles où les DFSPIP mettent « en place des procédures de suivi et d'information avec l'association ». Les associations fortement inscrites dans la mesure de placement extérieur, ont pleinement conscience d’être dans un « dispositif spécifique », avec des contraintes liées aux spécificités de l’exécution de la peine et, qu’elles doivent s’adapter au fonctionnement de la justice à qui elles doivent « rendre des comptes », « Les règles de la justice nous sont imposées nous devons faire avec ». « C’est un public particulier avec des règles que nous avons mises en place en matière de suivi des obligations. » « L’association doit signaler les absences et les problèmes rencontrés, cela peut être l’alcoolisation, les stupéfiants, ou encore des manquements graves aux règles de 31 travail. La structure d’accueil doit accepter de rendre compte du mandat judiciaire qui est donné. » La définition de ces protocoles est un élément clé qui rassure et met en confiance le juge. « Nous avons établi une relation de confiance avec le procureur. Le magistrat a une vision axée sur la surveillance. Il est important que le SPIP tienne un discours d’explication et fasse un travail en interne pour expliquer la démarche et établir la confiance. » « La relation est très fragile… La confiance avait été cassée… recommence à augmenter depuis le début de l’année. » Cette répartition des rôles dans le contrôle et le respect des obligations liées à l’exécution de la peine, doit être mise en permanence à l’épreuve des faits et évaluée régulièrement. En effet les habitudes peuvent s’installer et, des dysfonctionnements survenir. Les associations sont les premiers acteurs à mettre en avant les risques et le défaut de régulation, si les conditions d’exécution de la peine ne sont pas toujours très bien définies. « Au début nous avions un comité de pilotage une fois par trimestre, puis c’est devenu une fois par an. Mais il est important de se rencontrer sur des temps plus techniques. On avait arrêté et, on a du reprendre car il y a eu de gros problèmes. C’est un travail important et indispensable en commun. Autrement on peut se retrouver bouc émissaire. » « Nous avons eu une expérience négative où la personne avait des comportements transgressifs. L’équipe avait rendu compte mais le SPIP et le JAP n’avaient pas réagi. » Pour un DFSPIP « Le danger est de ne plus faire de « rendu compte » ou de superposer les rôles avec les CPIP, de ne pas respecter les liens JAP et SPIP. Il peut y avoir des manipulations entre les trois. Il faut manipuler ces relations avec diplomatie ». Il s’agit de trouver un juste équilibre. Pour un DFSPIP, « l’association partage l'accompagnement social en donnant des informations mais, le SPIP n'a pas besoin de tout savoir. Il doit savoir ce qui concerne l'acte judiciaire et, la non-capacité à prendre en compte un certain nombre de choses ». 32 La mise en place d’un placement extérieur est donc à chaque fois une occasion, de renouveler et de mettre à l’épreuve, les rapports définis. Il s’agit de faire vivre le travail commun et de construire de manière permanente une relation de partenariat. Ce processus d’apprentissage permanent, permet de développer la confiance et en conséquence les mesures. « Nous avons une bonne connaissance partenariale. Les rôles sont bien définis. Les relations sont quotidiennes avec le CPIP et le SPIP ; même le commissaire de police peut être associé car, nous sommes sur un territoire qui est petit, qui permet un véritable maillage. » Des temps collectifs et de synthèses sont organisés afin de créer une dynamique commune. Ils permettent de donner un cadre à l’accompagnement, de montrer que tous les interlocuteurs sont présents. Il semble qu’un temps mensuel s’impose assez souvent dans le suivi individuel des personnes. « La synthèse mensuelle joue un rôle important : rôle d'apprentissage de la mesure pour le référent, le CPIP. » « Le rythme du suivi avec « CPIP-Référent-Personne » va dépendre de la personne mais doit être au moins une fois par mois, plus des rapports d'incidents si il y a des difficultés. » « On organise des réunions tripartites « association-CPIP-personne » en PE. Cela rappelle à chacun où il va intervenir et les différents degrés de responsabilité. » D’autres territoires ne formalisent pas de manière si précise leur temps de rencontre. « Nous n’organisons pas de vraie synthèse mais beaucoup de communication téléphonique et de rencontre informelle. » « Nous avons très peu de rencontres mais beaucoup de contacts téléphoniques. » Quelles que soient les modalités d’organisations des relations entre acteurs, les conventions qui fonctionnent s’appuient sur une relation étroite entre CPIP et éducateur de l’association. Cette relation est d’abord faite de temps informel et de grande disponibilité et ensuite, de temps de synthèse plus ou moins structuré. Sur certains départements où les conventions sont moins opérationnelles, les acteurs associatifs constatent : « Nous ne sommes pas des partenaires. L’administration 33 pénitentiaire fonctionne sur des modes de relation hiérarchique ». Il s’agit alors souvent d’acteurs qui vont mettre en avant des tensions dans le partage des objectifs et des missions, un manque de transparence dans la communication. La question sous tendue est celle de savoir quelle est la nature de la relation entre association et SPIP. Le cahier des charges du placement extérieur pose comme principe fondamental le partenariat, comme mode de relation privilégié du SPIP dans le cadre du placement extérieur Beaucoup de DFSPIP rencontrés soulignent que ce partenariat délègue une responsabilité et un suivi pour lequel le SPIP est toujours « maitre d’ouvrage de la mesure ». « Délègue un accompagnement socio éducatif (démarche sociale et insertion professionnelle). » « Délègue le suivi quotidien. » Toutefois comme nous le verrons dans la troisième partie, les associations pour lesquelles les conventions sont opérationnelles, sont aussi largement porteuses du développement du placement extérieur dans leur projet associatif, dans leur implication au quotidien. Elles sont plus qu’un prestataire à qui on délègue une mission. La relation peut être très fragile entre les trois acteurs. Il apparaît clairement que le SPIP joue un rôle central dans cette relation triangulaire. Il est celui qui va permettre la clarification des missions entre acteurs, la transparence dans l’information, qui va donner les moyens de l’action. Cette réalité de la relation à trois, se confronte de manière permanente au déroulement de la mesure de placement extérieur au quotidien. 34 35 II. La demande : « Le SPIP dit qu’il n’y a pas de public. Etonnant ! Car il doit bien en exister ». Au regard des données quantitatives présentées en première partie, on pourrait se demander s’il existe bien des publics pour le placement extérieur. Cependant, les personnes rencontrées qualifient le type de demande notamment en termes de besoin des personnes ou de typologie. Elle dépend notamment du type de peine, des magistrats et, de la politique du SPIP en matière d’aménagement de peine. La détermination des besoins tant qualitatifs que quantitatifs apparaît complexe. Le profil des personnes visées Les acteurs sont unanimes pour souligner la notion « d’accompagnement des personnes », comme la source principale de réponse aux besoins des personnes. Toutefois dans cette description, des différences se manifestent selon le type de public concerné, qui peuvent avoir un impact sur l’utilisation du placement extérieur. « C’est une mesure orientée vers l’insertion. » « Public qui ne peut pas être seul avec des accompagnements spécifiques car problèmes de violence, addictions, pas de travail, pas de qualification, instabilité personnelle c'est à dire un cumul de difficultés. » « Public qui pourrait construire un projet d'où l'importance de l'accompagnement. » « Si pas besoin d’accompagnement pas besoin d’association, ni de PE. » Si la mesure de placement extérieur semble être celle « qui s'adapte aux publics les plus en difficultés », les problématiques d’accompagnement sont diverses et avec des perceptions différentes entre les SPIP. Il s’agit de prendre en charge des personnes qui cumulent un certain nombre de difficultés (travail, logement, santé, absence d’autonomie, récidive) et/ou en situation d’errance. « Public qui n'a pas beaucoup de projet et souvent des projets irréalistes. » « Personne qui ne sait pas se débrouiller. » « Public qui ne va pas être autonome pour une recherche d'emploi, a besoin d'être assisté dans ses démarches administratives, sanitaires. » « Public qui cumule les handicaps. » 36 « Personnes très perdues dans les démarches et souvent très loin de l’emploi, problème d’illettrisme, pas de capacité à se prendre en charge. » « Public en grandes difficultés, récidive, et addiction. » Pourtant cette tentative de description du public ne fait pas consensus. Ainsi pour certains DFSPIP et magistrats, il existe des spécificités du placement extérieur avec des pré-requis qui peuvent être contradictoires avec un public trop déstructuré : pas de cumul de trop grosses difficultés, autonomie, capacité à se projeter. « Mesure importante pour les publics mais pas évident pour eux de comprendre les contraintes, pas une liberté totale. Il est important de l’expliquer à la personne. Il y a des engagements vis-à-vis des services pénitentiaires. » « Pas de délinquance multiple. » « Si cumul addiction et problème psy c’est difficile. » « Exclut cas psychiatrique et grand dépendant à l’alcool car il faut des personnes qui ont une capacité d’autonomie. » « Apte à être à l’extérieur et mise au travail. » « Important que la personne adhère et ait un projet mature. » Cette différence de perception dans la demande, peut être un facteur qui explique une utilisation plus ou moins importante du placement extérieur. En effet nous l’avons vu, les SPIP sont très acteurs dans le cadrage et le développement de la mesure. Et comme le souligne ce CPIP : « la demande vient quand on la crée ». Ces écarts peuvent être renforcés par les magistrats et par les associations. Les magistrats vont construire une politique d’aménagement de peine avec des critères qui écartent certains profils de personnes. « Pas fait pour des personnes avec des problèmes de mœurs ou des pathologies mentales. » « Parquet exclut systématiquement les situations de violence conjugales et les problèmes de mœurs. » Le développement de la demande va dépendre aussi de l’offre associative sur un territoire et, ce qu’elle est capable de proposer en terme de services et de prise en charge. Nous reviendrons sur ce point plus en détail par la suite. 37 « Pour des personnes avec des problématiques particulières qu’une association peut traiter. » « Va dépendre de l'offre. » « Il y a des situations qu’on sait gérer et d’autres pas, notamment les cas pathologiques. Il faut faire ce qu’on est capable de faire. » Il n’existe pas, un seul type de placement extérieur, mais plusieurs types en fonction du public. Le type de peine concerné Sans remettre en cause l’entrée principale de l’accompagnement, une autre façon de définir la demande est de s’appuyer sur le type d’exécution de la peine et d’emprisonnement. « Il faut penser le placement extérieur en fonction de la diversité des établissements pénitentiaires. » Avec cette entrée, les visions contradictoires sur le public persistent. Ainsi le placement extérieur serait plus adapté pour des personnes qui sont dans le cadre d’une longue peine car il permettrait de préparer la sortie, de prendre en compte le temps de préparation en amont de la mesure. « Cela doit se faire pour des peines longues. » « Doit se programmer à l’avance pour donner des dates d’entrée aux associations. C’est pour ça que cela doit se faire pour des peines longues. » « Pour des personnes condamnées à des peines relativement longues car permet de connaître et apprécier la personnalité du détenu. » « Pour les personnes qui sont en centre de détention on peut prendre le temps. » « L’accompagnement doit se faire sur une certaine durée à moyen terme. » La demande ne concernerait donc pas les courtes peines. Et pour certains, « le public maison d’arrêt » ne relèverait pas du placement extérieur. En conséquence, les départements avec uniquement ce type d’établissement pénitentiaire, rencontreraient plus de difficultés à faire du placement extérieur. Pourtant les personnes en maison d’arrêt purgent parfois des peines de deux ans. « Le problème est sur les très courtes peines qui ne peuvent pas y rentrer. » 38 « Se fait sur des peines trop courtes alors que l'évaluation, l'étayage de la situation demande des délais longs de mise en place. Il peut se rajouter des vieilles peines à porter à l'écrou, la purge de la situation pénale, des sursis révoqués, des incidents disciplinaires et reports. » « A partir de 6 à 8 mois. » « Doit être sur une peine de plus de 6 mois car autrement cela n’a pas de sens. » Toutefois, certains acteurs soulignent que le placement extérieur peut permettre d’éviter des sorties sèches en fin de peine. Par ailleurs, une expérimentation positive existe sur un territoire où un dispositif spécifique a été construit en matière d’aménagement de peine, qui permet à des personnes se trouvant en phase finale d’exécution de la peine (les 6 dernières semaines d’incarcération), de bénéficier d’un placement extérieur (alors qu’aucun autre aménagement de peine n’a pu être élaboré). Sans réellement construire une réponse, d’autres SPIP partagent cette vision. « PE pour les publics les plus en difficultés et doit servir à préparer la sortie, à utiliser 3/4 semaines avant la fin de la peine. » « Idéal serait d'utiliser le PE pour les 6 dernières semaines d'incération pour anticiper la sortie. » « Cela permet de faire une évaluation de leur situation et capacité. Cela va éviter les sorties sèches. » Cependant le dispositif du PE peut complexifier la SEFIP [Surveillance Electronique de Fin de Peine] : « mais reste très compliqué avec la SEFIP ». Pour résumer, l’utilité d’un PE se démarque : Lors d’une fin de peine pour éviter une sortie sèche en permettant l’accès à des outils sur un temps donnée et réduit. Lors d’un temps de plusieurs mois pour des personnes dont la situation de précarité nécessite la définition d’objectifs à court, moyen et, long terme. Une nécessaire définition et quantification des besoins Ces divergences dans le profil de la demande renvoient à une difficulté, la détermination des besoins avec notamment le passage d’une définition du besoin 39 individuel à un besoin plus global. Comme le souligne ce magistrat « il y a une incohérence entre le public et la manière dont le placement extérieur est développé ». En effet, il semble difficile pour les acteurs de définir un besoin collectif en matière de placement extérieur, même s’ils reconnaissent l’existence d’une demande. Les personnes renvoient à la définition du besoin par une approche individualisée. « Il faut partir du besoin de la personne et de sa demande d'aménagement de peine. » « Il y a toujours un besoin pour ce type de mesure. C'est le SPIP qui doit proposer par rapport au besoin. » « La justice est sur de l’individualisation et, n’a pas de vision globale des besoins. Il n’y a pas de vision sur les peines prononcées. » Cette absence d’évaluation d’un besoin collectif amène à faire du chiffrage approximatif de la demande potentielle. « Représentent 10 à 15 personnes par mois. » « Pressent un besoin depuis 1 an. » « Besoin autour de 20 personnes par an. » « Il y a bien 50 à 60 personnes qui relèvent du PE. » Ainsi comme le déclare ce SPIP, il est « nécessaire de travailler sur les besoins et les problématiques pour une vue correcte » ; ou encore ce représentant du Parquet « il est nécessaire d’avoir une évaluation sur l’expression des besoins ». « Il n’y a pas de vision sur les peines prononcées. Cela doit se faire avec le JAP dès le démarrage et de manière collective. » En effet, cette approche renvoie à la stratégie que veut développer le DFSPIP avec les magistrats en matière d’aménagement de peine. Cette absence de vision globale réelle du besoin explique les difficultés rencontrées dans le développement de l’offre et dans le positionnement des associations. « Quels sont les profils ? Il est nécessaire de faire un travail sur les besoins et une photographie la plus fiable possible pour affiner la connaissance. C’est un élément important pour les partenariats. » 40 Les associations peuvent avoir dans ce cadre un rôle actif pour faire formuler la demande. Un représentant du Parquet pense que « l’association doit exiger que le magistrat envoie des personnes car il a une convention. On doit lui assurer un remplissage de ses places pour qu’il fasse du bon boulot et puisse embaucher une équipe capable de prendre en compte le PE. C’est ce type de convention qu’il faut développer ». Cependant actuellement la convention « Association – SPIP » ne lie pas le magistrat. 41 III. La démarche d’accompagnement Le succès du placement extérieur dépend de l’articulation des trois acteurs présents dans la mise en œuvre. L’enjeu est que les obligations liées à la peine soient respectées mais surtout qu’il n’y ait pas de récidive. Après avoir analysé la place des différents acteurs dans une vision globale, il s’agit de comprendre comment se joue cet accompagnement notamment dans l’individualisation du placement extérieur. Deux étapes sont importantes : premièrement la préparation en amont de la mise en place effective de la mesure de placement extérieur, il semblerait alors que le temps judiciaire soit une vraie contrainte dans la réalisation du placement extérieur ; la seconde étape est celle de la mesure en tant que telle, avec comme ligne de tension la répartition des rôles entre CPIP et éducateurs. Il s’agit de s’interroger sur la place de l’association et l’offre qu’elle apporte. La préparation en amont du placement extérieur Le cahier des charges du placement extérieur rappelle, que le repérage des personnes placées sous main de justice et la définition du projet d’aménagement de peine, dépendent du SPIP. Cette responsabilité se prolonge sur l’orientation vers la structure d’accueil et, l’élaboration du dossier de demande de placement. Nous n’avons pas noté de différence dans les pratiques de terrain avec le contenu du cahier des charges. Les acteurs enquêtés apportent des précisions, notamment sur la préparation du projet. Les pratiques sont multiples avec des positions d’acteurs différents et en évolution. Le lien entre « SPIP / Association / Personnes Placées Sous Main de Justice (PPSMJ) » montre que les relations sont très imbriquées. Le projet se construit de manière conjointe entre les acteurs. Il semble que, les territoires qui associent le plus possible les associations en amont du placement extérieur, apportent une qualité d’intervention dans les projets et, sécurisent la réalisation du placement. Tous les acteurs sont soumis à une forte contrainte, celle de la procédure judiciaire et de sa temporalité. Cette réalité peut être un frein au développement du placement extérieur. 42 Une présence de l’association dès la définition du projet La mise en place de la mesure de placement extérieur, demande un temps de préparation en amont de l’exécution de la mesure. Ce temps est considéré par les magistrats et les associations comme important pour le succès de la démarche. Si « le CPIP doit toujours identifier les personnes. » comme le rappelle une association, la construction du projet de la personne est bien une réflexion dans laquelle l’association intervient. Plusieurs DFSPIP rajoutent : « Le diagnostic sur la situation de la personne doit être partagé… Ce double diagnostic est important ». La question qui se pose est celle du rôle que doit avoir l’association dans ce diagnostic partagé. S’agit-il simplement d’un avis favorable d’admission ou d’une coconstruction à trois du projet ? Il existe une ligne de tension entre départements dans les pratiques. Dans certain cas, l’association n’a qu’un rôle de recruteur : « Nous avons une séance de recrutement une fois par mois sur des critères notamment administratifs ». « Ne sélectionne pas les personnes, fait confiance à l’orientation du SPIP. Reçoit les personnes en info collective comme tous les autres candidats, si l’embauche est possible alors le JAP déclenche le PE. » « Je demande en amont une visite de l'association, soit en prison soit dans la structure, à partir de là l'association peut dire je prends ou pas. Il est rare d'avoir des refus si c'est le cas je demande une explication. » Pour les associations, ce peu de concertation peut avoir des conséquences sur l’accompagnement. « Il existe des pressions pour qu’on prenne des personnes mais on ne peut pas prendre n’importe quel risque lié à notre cadre de travail » «Ne peut rien préparer en amont, il est fait abstraction de ce travail en amont alors que c’est nécessaire pour l’accompagnement ». Les conventions portées par ces associations ont des difficultés à être opérationnelles. Pour d’autres départements, au contraire le SPIP associe pleinement l’association à la construction du projet. 43 « Le travailleur social doit aller en prison pour faire le diagnostic partagé et aider ensuite à construire un projet ». Quelques départements (en minorité) ont engagé un travail avec le Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation. Ce n’est plus les associations qui vont participer au diagnostic partagé mais le SIAO. « Avec le SIAO on a changé. C’est la coordinatrice du SIAO qui va en prison et fait l’analyse du besoin avec plusieurs entretiens. La coordinatrice fait le retour au CPIP. Elle voit ensuite avec le référent associatif. » Par suite, l’intervention en amont des associations en collaboration avec le SPIP est un élément de qualité pour le magistrat dans le projet. Un juge d’application des peines souligne : « Le SPIP doit prendre contact avec les détenus en difficulté le plus rapidement possible. La structure sollicitée doit avoir un rôle actif pour l’admission autrement c’est préjudiciable ». Cette intervention rassure sur l’ensemble des modalités d’exécution de la peine, le projet de la personne dans la structure, son parcours et ses liens avec l’environnement. L'accompagnement, le travail et l'hébergement sont des arguments importants auprès du JAP. Il s’agit d’expliquer comment le projet est sécurisé afin de minimiser les risques de récidive. Un juge d’application des peines détaille : « je vais regarder le projet d’insertion, la structure qui le reçoit et le projet rédigé, a-t-il fait des efforts et des démarches pour prendre en main son projet ? La question de la prévention, de la récidive et le comportement en détention, incident, effort de soin, réflexion sur le passage à l’acte, réparation des victimes. Il est important que le projet soit bien travaillé en amont avec le CPIP et l’association… Les conditions d'acceptation sont liées au profil de la personne et à des questions administratives, mais aussi l'intégration dans le collectif de personnes accueillies. Ce dernier point est un vrai facteur de réussite ». Les SPIP expliquent la manière dont la demande va être étudiée. « Le JAP va regarder la situation pénale, le parcours et le comportement en détention, le profil, le suivi socio-judiciaire, le type de délinquance, et le projet en lui même (travail, situation familiale, addiction). Il est important d'expliquer pourquoi un PE est proposé, la manière dont va se passer le PE dans la structure. » 44 « Le parquet va s’attarder plus sur le compte rendu du projet et sur le profil de la personne. » « Les magistrats ont des attentes très fortes. Il est important que le projet soit balisé. » Comme nous l’avons dit ce temps est aussi important pour les associations. « Important de rencontrer la personne en amont afin de vérifier l’adhésion de la personne, regarder si on a l’offre adaptée au besoin de la personne. » « Important de connaître la problématique de la personne notamment en matière d’addiction et de problème de mœurs d’une part pour protéger la personne et connaître les points de vigilance, d’autre part d’éviter de mettre la personne en danger. » Même les associations qui refusaient d’intervenir au sein des prisons, évoluent dans leurs modes de faire. « On se rend compte qu’il peut être problématique de ne pas connaître des éléments sur les problèmes de justice de la personne. Sans forcément intervenir en amont, nous réfléchissons pour voir comment se caler avec le SPIP sur les aspects risques harcèlements. Il s’agit de le faire de manière plus systématique et le plus objectivement possible. » « Nous ne voulons pas de visite en prison. Nous recevons en amont les personnes avec des autorisations de sortie et sans gendarmes. On doit améliorer la préparation de la sortie en amont jusqu’à présent on avait refusé d’intervenir en amont. » L’intervention en amont est aussi une prise en compte de la situation du détenu. En effet, tous les détenus n’ont pas forcement accès à des possibilités de sorties ou, pas suffisamment de ressources pour financer une permission de sortie. Un JAP rappelle le préjudice de l’absence des associations, « on ferme la porte à la construction du projet pour la personne. On a des projets qui manquent de consistance. Un détenu qui ne s’approprie pas le projet de placement extérieur ce n’est pas facile et on va à l’échec ». 45 Un travail de planification Ce temps de préparation en amont réalisé conjointement par l’association, le SPIP et la personne, est aussi une façon de préparer et d’organiser temporellement le placement extérieur ; car nous sommes dans un paradoxe comme le relève cette association, il est « important d’aller vite. La réactivité de la justice est faible. » Un DPSIP affirme qu’il est « nécessaire de travailler en amont de la mesure, prévoir des délais raisonnables. C’est un travail de planification et d’anticipation ». Effectivement, les procédures d’instruction et les délais de la justice peuvent amener à des situations difficiles pour les personnes placées sous main de justice et, amener les associations à se montrer souples. « Pas informé à l’avance de quand on va accueillir la personne. Nécessaire d’anticiper et d’avoir une souplesse d’organisation. Nous jouons entre ALT et place CHRS. » « Il est nécessaire d’anticiper les sorties et les gestions prévisionnelles des entrées. » La souplesse des associations est confrontée à des limites, notamment en matière de législation du travail quand les personnes sont bénéficiaires de contrat aidé. Les décisions de justice ne respectent pas les règles des contrats de travail. « Nous avons des problèmes sur des renouvellements de contrat et des délais d’attente. Nous avons du nous battre avec le JAP pour que la personne ne soit pas réincarcérée dans l’attente du renouvellement. » « Il y a la question de la concordance de la mesure judiciaire avec des contrats de 6 mois renouvelables. Les mesures ne correspondent pas forcement à ces temps là. Il faut travailler sur la période de renouvellement des contrats. Il faut prévenir et préparer la fin des contrats. Car la mesure peut être conditionnée par la durée du contrat. » Pour l’ensemble des acteurs, la question « du temps est une contrainte qui peut ralentir le taux d’occupation dans l’association» et, l’utilisation du placement extérieur. La recherche de solution est très variable d’un département à un autre. Dans certains cas les associations sont laissées à leurs obligations d’innovation et de souplesse. Certaines jonglent avec les places, d’autres mettent en place des 46 tableaux de bord. Globalement, « l’association doit anticiper le temps judiciaire » et se débrouiller. Pourtant comme le rappelle ce représentant du Parquet « c’est l’administration pénitentiaire qui doit dire aux associations ce que je suis capable de vous offrir et pour combien de temps ». En effet comme nous l’avons vu dans la précédente partie, nous sommes sur des temps liés à la justice et à son organisation, ainsi qu’aux types de situations qui juridiquement mènent à l’article 723-15 ou 723-192 du CPP. La nouvelle loi pénitentiaire a comme objectif la simplification des procédures d’aménagement de peine. Il s’agit ainsi de se poser la question de savoir comment territorialement, entre « Parquet, JAP, SPIP et associations », s’organise la réponse et la gestion du PE de manière conjointe. L’enjeu est de permettre la fluidité des entrées dans les places conventionnées. Comme le souligne ce DFSPIP, « la difficulté est qu’on gère du flux. Cela va dépendre du repérage du CPIP, des contraintes à anticiper, notamment les purges des situations pénales ». Une association précise le travail à faire sur les procédures : « Il faut trouver un délai raisonnable sur les procédures contradictoires. Nous sommes tributaires de l’organisation entre le JAP et le SPIP. On doit être exigeant sur les commissions d’aménagement des peines ». Un juge d’application des peines met en avant « un travail d’anticipation des CIP qui n’est pas évident dans le cadre des entretiens premiers arrivants. Nous devons aller vers une autre logique. C’est évident qu’il y aura des échecs avec des logiques d’aller-retour ». D’autres départements essaient de construire des solutions. L’enjeu est alors de savoir comment se partagent les rôles entre associations et les SPIP. Comme nous l’avons vu il s’agit de construire les complémentarités et les limites d’action. Sur les mesures de l’article 723-15, un département confie à une association des enquêtes sociales ce qui permet de commencer un travail en amont avec l’association pendant la durée où le juge d’application des peines peut statuer. Le lien avec le SPIP est organisé afin que l’association ne fasse que des propositions de projet d’insertion au CPIP. Comme le signale ce juge d’application des peines, « pour les personnes détenues cela peut aller plus vite. Le CPIP et prestataire réduisent les délais d'où 2 CPP : Code de Procédure Pénale 47 l'importance d'une concertation à trois ». Ainsi sur un département où le partenariat association et SPIP fonctionne très bien, l’association dit, « en général pas de problème de délais. On est synchro, ce qui pose problème c’est quand la personne est hors département car pas les mêmes interlocuteurs, les temps sont plus longs ». L’offre proposée par les associations Nous avons vu que la dimension « accompagnement » était l’élément fondateur du placement extérieur. Le SPIP délègue une partie de l’accompagnement aux associations. Les magistrats sont vigilants sur, ce qui est travaillé dans le projet et, comment la structure concilie « accompagnement et obligations » dans la prise en charge de la personne. Nous pouvons nous interroger sur les caractéristiques de cette offre, sur ce qui est travaillé en matière d’accompagnement et, les limites entre associations et SPIP. Il apparaît sur ces questions des lignes de tension entre ‘association et SPIP’, entre magistrats, entre SPIP. Le type d’accompagnement L’accompagnement social des PPSMJ, correspond au travail social réalisé par ces associations, avec les personnes qu’elles accueillent et accompagnent globalement. « Travail sur l'insertion sociale : ouverture de droit, lien au travail, accompagnement sur les parcours de soin, les projets de famille. » « Pas de prise en charge différentes que les autres publics. » « Propose un accompagnement global avec hébergement et emploi. » « Personnaliser le projet. » « Va d’abord évaluer les capacités des personnes, prise en compte de la situation familiale sociale, professionnelle. » L’accompagnement proposé est aussi un accompagnement continu, qui va au-delà de l’exécution d’un placement extérieur. Ainsi, l’accueil et l’accompagnement peut se poursuivre après la fin de la mesure. « L’accompagnement offre une continuité après la fin du PE et permet donc à la personne de s’engager dans un projet et de s’y tenir. » « Les contrats sont de 6 mois et le PE est des fois moins long. L’aide financière s’arrête à la levée d’écrou mais nous accompagnons la personne jusqu’à la fin du contrat. » 48 Pour autant. il semble difficile de se contenter d’une description aussi simple. En effet une association rappelle que le placement extérieur est une « alternative à la détention associant l’éducatif et le répressif, c'est-à-dire mise en place d’un accompagnement dans le cadre pénal ». Il y a donc bien des spécificités à prendre en compte, notamment comme on l’a vu, pour donner des assurances aux magistrats et, répondre aux décisions du juge. Si les associations veulent prendre en compte la réalité d’un placement extérieur, elles doivent accepter : d’une part une mission de contrôle dans l’accompagnement réalisé, ce qui interroge l’utilisation de l’hébergement comme outil de contrôle ; et d’autre part, la prise en compte des modalités d’exécution de la peine. La répartition des missions et des rôles (accompagnement, contrôle de l’exécution des obligations liées à la mesure, du règlement intérieur de la structure…) est à définir dans la convention association-SPIP : certaines associations acceptent une mission de contrôle d’autres pas * La réalisation du contrôle des obligations et de l’exécution de la peine Les associations ont une mission d’accompagnement social, cela concerne également les SPIP et les magistrats de contrôle. Un DFSPIP précise que c’est « un accompagnement qui est un suivi à la culotte ». Un JAP rappelle que « le placement extérieur demande un contrôle supplémentaire pour l'association sur les sorties et les horaires des gens ». Il s’agit à la fois d’un contrôle physique, mais aussi d’un contrôle social de la personne. La personne se doit d’être occupée dans la journée par du travail, par des tâches à accomplir. « On n’hésite pas à rendre compte des incidents. On se rend régulièrement chez la personne avec des contrôles aléatoires. » « Le contrôle fait partie du contrat passé avec la personne. ». « Suivi tous les jours si besoin, éducateur va rendre visite tous les jours notamment si problématique alcool ou toxicomanie. » « L’accompagnement doit permettre un contrôle plus fort que d’autre aménagement de peine. Car il y a une normalisation de la personne dans son environnement. L’accompagnement va faire apparaître toutes les difficultés sociales. » « L’association doit proposer un emploi du temps dans le rapport avec des objectifs pour la personne. » 49 « Il faut déterminer du contenu dans la journée. » « Le travail à temps partiel dans le cadre d’un PE est intéressant car il laisse du temps à la personne pour ses démarches de soin, de recherche de logement, de rencontre du SPIP. Il permet de remplir des obligations judiciaires pour la personne. » Toutefois, selon les problématiques de la PPSMJ, la logique du contrôle n’est pas évidente, notamment dans le cadre des démarches de soin qui dans les projets prennent une grande importance, « difficulté liée aux obligations de soin pas facile à contrôler ». Selon un JAP interrogé, il existe une singularité dans le placement extérieur. « Le PE n'est pas très contraignant, pas de système de contrôle au jour le jour. On propose la solution la plus souple aux personnes les plus en difficultés. On doit se fier à l'expérience des travailleurs sociaux si il y a des incidents ». Ainsi les associations portent une responsabilité importante, celle de rendre visible et explicite le travail rendu. Un DFSPIP rappelle que, « la problématique n’est pas sur l’hébergement, la question est plus celle de l’accompagnement socio éducatif ». * La place de l’hébergement Pourtant, pour beaucoup de magistrats et de SPIP, la mesure du placement extérieur ne peut être envisagée que dans le cadre d’un hébergement, garantie de l’effectivité du contrôle. Nous avons là une vraie pierre d’achoppement qui explique l’utilisation ou non du placement extérieur sur le territoire. Ainsi, un DPSIP demande que l’offre associative soit « un hébergement fiable, c'est à dire pas de nuitée d'hôtel, sécurisant et sécurisé avec une mixité des populations, une continuité de l'accueil et une clarté de l'organisation ». « Si pas d'hébergement pas dans le cadre d'une prise en charge globale. » « L’hébergement est important. Il permet le contrôle. Son absence est un manque en matière de sécurité. » « La présence d'hébergement collectif est plus sécurisant. » « PE à domicile pose des questions en matière de contrôle de la personne. » « Une vraie offre de PE c’est un travail plus un hébergement pour le respect de la vie en collectivité. » 50 « La présence d’un veilleur de nuit rassure le magistrat, il remplace le bracelet. Et si on propose un PE sans hébergement le JAP ne comprend pas » A l’inverse, des magistrats, des DFSPIP et associations soulignent : « Pas d’hébergement. Les personnes sont logées chez un 1/3 ou en famille. » « Utilise très peu l’outil CHRS ; Utilise le logement en ALT, la famille, autre logement. » « Proposer des placements extérieurs en dehors du collectif peut être intéressant mais avec des garanties qui ne sont pas les mêmes. » « Peut se faire en hébergement éclaté. Ce qui compte est l’accompagnement global. du moment que tous les jours il ya une rencontre quotidienne avec la personne. Le PE au domicile demande une prise en charge soutenue, avec au moins une activité type chantier, un accompagnement physique et des liens avec des visites à domicile. » « Le contrôle de jour est facile à faire car on voit les démarches. Le problème est celui du soir. L’association fait des contrôles aléatoires. Pour autant la pratique du placement extérieur montre qu’on n’a pas plus de problème et de récidive. Ni plus ni moins. » Il existe deux perceptions différentes de l’utilisation du placement extérieur. Elle renvoie à la manière dont s’est construite une culture commune entre acteurs, à la définition des besoins sur le territoire (aussi bien en termes d’individualisation de la prise en charge que de réponse collective). « Les personnes préfèrent retourner dans leur territoire d’origine car elles ont des liens familiaux. En plus sur le territoire nous n’avons pas de problème de logement. Les besoins sont moins sur l’hébergement que le travail. » Enfin nous pouvons noter que les structures qui développent le plus le PE sont souvent celles qui ne proposent pas d’hébergement collectif. 51 * Le travail autour de la peine et l’articulation SPIP-Association Dans le cahier des charges du placement extérieur, il est précisé que : l’association participe à l’accompagnement global de la personne mis en œuvre par le SPIP. Cet accompagnement peut porter sur de l’accès aux droits ; ou prendre une dimension plus globale et généraliste en mobilisant un ensemble d’outil. Les frontières de cette participation sont à cerner de manière plus précise, car comme le souligne ce JAP « Il y a une dualité dans l’accompagnement : SPIP/association ». Les acteurs qui ont pris l’habitude de travailler ensemble définissent assez bien leur collaboration. Les associations exercent un travail d’évaluation, de suivi dans le quotidien, de prise en charge globale et individualisée. « La construction du projet de la personne c’est plus nous association mais, le CPIP a son mot à dire en permanence sur l’insertion de la personne. Au bout du compte nous faisons des propositions qui émanent d’un travail en commun sinon on perd en qualité. » « Prise en charge régulière, suivi différent et complémentaire du SPIP : social, éducation et hébergement. » « Les structures jouent le jeu. C'est un travail de collaboration important car on met les personnes les plus fragiles. » Le travail du CPIP parallèlement, est plus centré sur l’exécution de la peine : « Nous convoquons la personne tous les 15 jours. On essaye de comprendre les choses différemment de l’association. On va travailler sur le contrôle de l’obligation : les soins, l’indemnisation des victimes…On garde une étiquette répressive. L’association a plus de marge de liberté ». Pourtant selon les SPIP cette vision peut différer, « nous n’avons pas qu’un travail de contrôleur. Nous faisons un accompagnement éducatif. Cela nécessite de se connaître et travailler à trouver un discours commun ». Pour les associations, l’accompagnement global peut signifier aussi d’aborder les questions liées à la peine. « Il s’agit de pouvoir travailler avec la personne sur la prise de conscience de l’acte délictueux pour travailler sur la prévention de la récidive. » 52 « Nous travaillons avec la personne sur son comportement pour l’accompagner et travailler sur la prise de conscience. Nous avons mis en place des outils éducatifs, il faut avoir une approche de pédagogue et dans une relation d’adulte. » « Important de travailler sur le sens de la peine. » « Faire comprendre à la personne que le temps de la peine peut être quelque chose de positif. » A ce niveau une tension peut se révéler entre « SPIP et association ». En effet pour les SPIP, le rapport aux faits ayant entraîné la condamnation doit rester au niveau de ses services et relève de leur domaine exclusif. « Le sens de la peine c’est plus à nous de le faire. Avec le DAVC (diagnostic à visée criminologique), la position par rapport à la loi, à la condamnation, à la victime sont des éléments qu’on doit prendre en compte. » « L’association ne peut pas travailler sur le sens de la peine car elle n’a pas tous les éléments pénaux. Elle n’échange pas sur la nature des faits. Cela reste la ligne blanche. » « Le sens de la peine ? Le travail qu’on fait et qui nous reste. C’est notre priorité. L’accès aux droits on se met en retrait car c’est plus efficace quand c’est une structure qui les voit tous les jours. Le travail sur le délit c’est nous. Mais forcément cela se fait en partenariat » Mais comme le déclare un DFSPIP, cela « dépend de ce qu’on appelle le sens de la peine. Je pense que dans beaucoup de CHRS même sans placement extérieur ils vont travailler cette question. Si c’est avoir un entretien sur le sujet, non. Mais si cela se travaille dans le suivi de manière courante ; au contraire, c’est à nous, SPIP et association dans la phase de concertation que cela doit s’échanger et se travailler ». Les contours des rôles des uns et des autres sont à définir au moment de l’élaboration de la convention et, de la définition des objectifs et des missions. Par exemple pour un DFSPIP : « dans les conventions, les questions du sens de la peine et de l’exécution de la peine ne sont pas très bien définies ». 53 Le type d’offre Nous venons de voir que selon les territoires, l’offre d’hébergement collective est privilégiée car, plus sécurisante ; et que le mix « hébergement et travail » apporte des garanties. Ce sujet reste une ligne de désaccord entre acteurs de la justice mais aussi, au sein des structures d’accueil. Cette ligne de tension amène à s’interroger sur la spécificité de l’offre avec des publics dédiés ou non, la nécessité d’avoir des places d’hébergement réservées et, de manière plus générale, la construction d’une offre de placement extérieur sur un territoire. Les DFSPIP interrogés, mettent tous en avant le fait qu’il ne faut pas de structures spécialisées sur l’accueil des personnes placées sous main de justice : « L’accueil spécialisé c’est dangereux ». Pourtant la structure qui a permis les plus forts taux de placement est une structure spécialisée et inversement, les départements qui ne réalisent pas de placement sont conventionnés avec des structures généralistes. Entre ces deux extrêmes, on observe des associations qui sont plutôt des structures généralistes, avec une spécialisation de leur accueil et de leur accompagnement. « Il faut spécialiser l’accueil mais pas forcement être sur une mono activité pour l’association. Il faut concentrer les places sur quelques structures ». Elles intègrent les personnes dans des structures mixtes que ce soit dans le travail ou l’hébergement. Dans la continuité de la ligne de tension autour de l’hébergement, il existe des divergences de point de vue sur la double dimension accueil généraliste et collectif. Elle serait favorable car source d’intégration ou, au contraire, rendrait difficilement lisible le travail fait et serait sans bénéfice d’insertion pour les personnes. « Il ne faut pas spécialiser les places car on recrée une sous-culture carcérale. » « Il vaut mieux avoir une structure généraliste, cela a l'intérêt de mettre les personnes comme dans la société sans apporter de danger. » « Éviter les structures d’insertion type EI et CHRS c'est-à-dire ce qui est collectif et, mixé des publics qui ont les mêmes difficultés. » « L’inconvénient des structures généralistes est qu’on se retrouve avec un « mix » de population. Il est difficile de cibler l’accompagnement, les obligations restent symboliques. » 54 Nous pouvons supposer qu’une offre associative spécialisée ou avec un pôle dédié aux aménagements de peine est aussi un facteur de développement du placement extérieur. Plusieurs éléments peuvent être mis en avant : la question du projet associatif et social, l’organisation humaine, la place de l’association comme acteur du développement Les associations rencontrées qui réalisent du placement extérieur, mettent en avant une volonté de travailler avec le « public justice », même si elles ne sont pas spécialisées sur cette thématique. Elles l’expriment par un engagement associatif très fort. « Dès le début nous avions l’idée sous jacente de travailler davantage avec les personnes incarcérées, notamment pour éviter la récidive, car nous avons la certitude que l’enfermement ne règle pas les problèmes. Notre seule condition c’était de ne pas travailler au sein de la prison. » « Il existe une sensibilité particulière au sein de l’association sur cette question » « Des administrateurs sont issus de la justice. » « L’association a contacté le SPIP. Nous avons mis en place une convention-cadre afin de mieux se connaître : l’association fait de la visite de prison, les CIP sont présents dans les structures ; car autrement deux mondes fonctionnent en parallèle sans se connaître. » « L’association accueillait beaucoup de PPSMJ mais dans le cadre de sortie sèche. » « L’association est acteur. Nous croyons dans la philosophie du PE. » Les DFSPIP qui ont développé les placements extérieurs avancent comme élément de choix des associations avec qui ils conventionnent : l’implication de l’association. « Les administrateurs sont une garantie de sérieux. » « Cela demande un investissement de la structure, le PPSMJ doit être dans le projet social. » Les associations qui se spécialisent tout en restant sur un accueil généraliste, ont une réflexion sur les modalités de l’intervention, et notamment sur la question de la prise en charge des publics en terme de mixité des publics « 2 à 3 personnes en même temps pour des questions d’équilibre. Nous sommes en zone rurale ». 55 « Il faut être vigilant à ne pas recevoir trop de PE car nous ne voulons pas déséquilibrer la structure (Signature d’une charte de la diversité). » Ces associations rappellent l’importance de la réflexion collective interne des structures, sur la signification de l’accueil des personnes placées sous main de justice. En effet, comme le souligne un DFSPIP, « nous ne demandons pas de conditions particulières aux associations seulement ce qu’elles sont capables de supporter. Il existe des structures qui sont capables d’absorber des chocs plus importants ». De plus, ainsi que le rappelle une représentante du Parquet : « Il peut y avoir une culpabilité d’être à l’origine de la réincarcération. Pour les associations c’est difficile car elles sont là pour réinsérer. Même difficulté avec le corps médical ». Les associations ont bien pris en compte cette demande et démontrent une organisation interne où les professionnels développent une spécialisation de leur savoir-faire. « Nous avons dû travailler en équipe et la préparer car, la personne emprisonnée véhicule des représentations et des angoisses pour les équipes. » « Il faut une maturité d’équipe. » « Importance d’avoir un psy dans son équipe. » « Travail collectif et réflexion sur ce processus d’accompagnement. » « Nous travaillons en collectif et partageons l’information en réunion d’équipe. Nous avons eu sur 2011, 20% d’échec, ce qui n’est pas plus important que pour les autres publics. » « Connaissance de la population pénale et cadre judiciaire. » Mais surtout, les associations se sont dotées d’une organisation interne avec des référents, des formations, des équipes spécifiques. « Les équipes doivent être formées aux questions de violence. » « Mise en place d’un binôme pour l’accompagnement avec un éducateur qui est plutôt cadrant. » « Nous avons un référent. » « Un éducateur référent pour permettre une dynamique partenariale et de proximité et de centralisation. » 56 Nous avons vu dans la section précédente que, l’hébergement collectif pouvait être important pour certains magistrats et SPIP. En même temps, l’exigence du collectif se trouve confrontée à une contrainte qui est le manque de place. « Difficultés d'avoir des places. » « On attend 6 mois. » « Les structures d'hébergement sont tellement encombrées. » Le temps judiciaire est une véritable contrainte. Il amène les SPIP et les magistrats à avoir une exigence de souplesse et d’adaptation des associations, notamment en matière de réactivité de l’accueil. Les places doivent être disponibles quand le DFSPIP en a besoin : « Je veux une structure où il n’y a pas d’attente ». Ainsi pour certains DFSPIP, il n’est pas possible de développer une offre de placement extérieur car, ce dernier doit se faire dans de l’hébergement collectif où il n’existe pas de place. La réponse serait la possibilité d’avoir des places réservées : « Il faut des places réservées ». La question des places réservées est un vrai débat qui interroge le fonctionnement des DFSPIP dans leur politique de développement du placement extérieur. Elle met en tension dans certain SPIP une approche individualisée de la mesure et des besoins de la personne, avec une vision plus globale et la construction d’un dispositif. La réservation de place n’est pas une impossibilité en soit. Ce que nous avons pu constater dans certaines associations avec effectivement des places réservées. Et bien que les places sont réservées directement pour les sortants de prison sans aménagement de peine, nous pouvons imaginer que si la solution est possible pour des sorties dites « sèches » elle peut l’être pour des aménagements de peine. « Nous avons une convention sur les sorties sèches avec un droit de réservation de places CHRS fléchées SPIP et avec un accès privilégié. L’équipe logement en charge de cette convention rencontre régulièrement le SPIP. Elles sont remplies en permanence. » Dans d’autres cas, les associations ont construit un dispositif avec des places ALT dédiées pour cet accueil. 57 « La DDCS nous a octroyé 5 places en ALT. Nous travaillons à la fois sur ALT et 3 places CHRS. Nous plaçons les personnes sur des places CHRS en favorisant une sortie plus rapide vers l’ALT en fin de parcours. Cela permet de fluidifier le CHRS. Le public sous main de justice ne se substitue pas aux personnes orientées sur le CHRS. J’ai mis des indicateurs à mon équipe en matière de temps de présence. Les places ne sont pas réservées. » La mise en place du placement extérieur s’apparente à la construction d’un dispositif d’accueil et d’hébergement sur un territoire. Cette construction interroge le lien entre administration pénitentiaire et cohésion sociale. Sur les départements les plus efficients en matière de PE, les binômes SPIP et associations ont œuvré pour que les dispositifs d’aménagement de peine intègrent les politiques publiques de cohésion sociale. Ce lien est crucial car comme le souligne un DFSPIP : « Le problème est qui paye ? Avec la disponibilité des places ». Or, dans une logique où les dispositifs d’hébergement sont sur-fréquentés, il apparaît que pour le dispositif « Accueil-Hébergement-Insertion », les personnes placées sous main de justice ne sont « pas prioritaires ». « Inscription dans le PDAHI avec une fiche action et un projet présenté à la DDCSPP. C’est un public qui rentre de plein droit dans le PDAHI en mettant en avant la notion de prévention. » « Equilibre financier atteint avec financement CUCS dans le cadre de l’insertion et lutte contre la récidive. Le PE est intégré avec une complémentarité de financement comme l’ALT. » Par ailleurs, sur les territoires rencontrés où l’utilisation du placement extérieur fonctionne difficilement, les relations entre DFSPIP et cohésion sociale sont peu présentes. « Pas de lien avec le PDAHI. » « Pas au SPIP de travailler dans le PDAHI. C’est à l’association de se débrouiller, de voir avec les financeurs. » Ainsi pour ces DFSPIP, le financement des associations est présenté comme négatif avec une suspicion de double financement, pouvant être en contradiction avec les besoins des personnes. Les relances des associations pour remplir les places ne 58 sont pas considérées comme de la motivation à réaliser un projet mais comme une motivation financière. « PE est la seule mesure qui permet d’avoir un financement justice. Il y a une attente financière des associations. » « Paye deux fois. » « Certaines structures ont des logiques de remplissage. » « La crainte est de remplir la place pour remplir. Il faut partir des besoins des personnes. » « Demande financière très forte des associations mais ne prend pas en compte cette dimension doit être axé avant tout sur le besoin de la personne. » Cette vision négative du partenariat avec les associations cache souvent une méconnaissance du financement de ces dernières. Car, les recettes provenant du placement extérieur sont considérées le plus souvent comme des recettes en atténuation donc elles ne sont pas forcément un élément moteur pour les structures. « Pour les personnes placées sur les 3 places CHRS les 35 euros vont en déduction de charges mais les personnes ne sont pas prises en compte dans la durée moyenne de séjour. » « C’est un droit de réservation. Ils vont en recettes en atténuation. » Au contraire, quand les SPIP et les associations ont construit des dispositifs et des actions innovantes, le financement de l’association est abordé avec les services de la cohésion sociale. Le financement de l’association est légitimement en lien avec l’accompagnement réalisé et les demandes faites en termes de contrôle. Il s’agit de trouver les complémentarités qui vont permettre de construire une réponse adaptée avec la cohésion sociale. « Le PE est intéressant car les associations sont payées » « Il est normal que les structures soient financées pour l’accompagnement de personnes sous écrou. » « Il s’agit d’une orientation supplémentaire pour l’association avec possibilité financière. » « Car nécessite un accompagnement supplémentaire. » « Mais les 35 euros sont bien des moyens complémentaires pas un redéploiement. » 59 « Pas de souci de crédit sur le PE. Le paiement à la facturation demande une motivation des associations. » « Le Préfet a mobilisé une aide sur le FIP. » Le travail avec la cohésion sociale est d’autant plus important que les dispositifs AHI (accueil, hébergement et insertion) sont saturés et, la non-utilisation de places réservées est non admissible pour les pouvoirs publics. Or comme le dit cette association, « on relance pour dire qu’on peut accueillir. Nous avons 5 places mais jamais 5 personnes à l’année. Nous arrivons au maximum à avoir 2 personnes en même temps… Une chambre réservée baisse le taux de fréquentation ». Comme l’avance ce magistrat, « l’association doit exiger que le magistrat envoie des personnes car elle a une convention. On doit lui assurer un remplissage de ses places pour qu’il fasse du bon boulot et puisse embaucher une équipe capable de prendre en compte le PE. C’est ce type de convention qu’il faut développer ». Ainsi, le placement extérieur est une mesure exigeante en matière d’aménagement de peine. Son efficacité demande de passer par des relations étroites avec les associations et d’autres services de l’Etat. Il existe un véritable travail d’ingénierie sociale, souvent laissé aux associations car elles portent un projet social fort autour des « publics justice », au mieux développé dans un lien étroit DFSPIP et association ou, au pire pas réalisé au profit d’autres mesures d’aménagement de peine. 60 61 IV. Les mesures concurrentielles Le placement extérieur est une mesure parmi d’autres pour aménager la peine d’une personne condamnée. Les données statistiques font apparaître que cette mesure est moins choisie que d’autres mesures d’aménagement de peine ou est choisie à défaut : « dernier ressort quand aucun autre aménagement de peine n’est possible » dit ce DFSPIP. Il lui est clairement préféré le placement sous surveillance électronique (PSE). Parallèlement, les acteurs mettent en avant des complémentarités avec d’autres aménagements de peine. Pour l’ensemble des DFSPIP, le PSE est largement plus favorisé que le placement extérieur ou d’autres aménagements de peine. Les arguments mis en avant sont multiples : plus rassurant, plus simple à utiliser, la recherche de logement ou d’hébergement n’est pas nécessaire, cela ne demande pas un travail de construction d’un partenariat associatif. « PSE est plus sur. » « PSE fait confiance car c’est la machine. » « PSE a un contenant simple. Le PE a un contenu mais pas de contenant. Il est nécessaire d’avoir des places. » « Poussé à faire du PSE faute d’offre. Il est plus facile de trouver une activité professionnelle dans le privé et un hébergement chez un tiers. » « PSE car on sait ce qui se passe le soir. » Le PSE permet aux personnes de réintégrer leur domicile ou le territoire où ils ont des habitudes de vie et un travail, notamment pour les départements ruraux. Ainsi, souvent les détenus construisent un projet autour de cet aménagement de peine. « Souvent le détenu préfère le PSE. » « Exécution de la peine chez soi. » « Permet une bonne couverture territoriale. » « Le PSE donne des ouvertures plus intéressantes notamment en conjuguant PSE et travail. » « PSE permet de couvrir le territoire notamment en ruralité et apporte un confort en matière d'exécution de la peine. » 62 Enfin pour certains DFSPIP, la question du coût du PE est pointée. De fait, certains SPIP vont utiliser le PSE avec des chantiers d’insertion sans rémunérer l’accompagnement réalisé. « Question du prix. » « Il n’y a pas de financement. Les chantiers d’insertion ne sont pas rémunérés. » « Travail beaucoup avec les chantiers d’insertion avec du PSE, les personnes sont suivies par l’association. » Pour les magistrats, comme nous l’avons vu, le PSE est beaucoup plus rassurant. Il est aussi plus facile d’utilisation dans une préoccupation de gestion de flux notamment dans le cadre de l’article 723-15 du CPP. « Le PSE rassure les magistrats. » « Pour les personnes en liberté le juge n’a aucun élément relatif à la personne souvent de très courte peine d’emprisonnement sans contact avec le SPIP ; il doit faire des propositions et, il n’a eu aucun contact avec les personnes. Il va convoquer les personnes et comme il gère des flux il va partir sur du PSE car il n’aura pas besoin de beaucoup d’investigation. » Pourtant les DFSPIP qui utilisent le placement extérieur et placement sous surveillance électronique apportent une analyse critique à l’utilisation du bracelet. Il ne correspond pas aux besoins de tous les publics, il n’offre pas les possibilités d’accompagnement, il permet de reconnaître le travail d’accompagnement des associations à travers un financement. « Le PSE ne s’adresse pas aux mêmes personnes uniquement si logement et travail. » « Le PSE n’est pas intéressant pour des personnes qui ont des difficultés d’insertion. » « Le PSE ne donne aucune garantie sur des obligations autre que le respect d’horaires. » « Le PSE pose plus de contraintes. » « Le PE est souple et donne plus de garanties. » « Le PSE limite la question de l'accompagnement. » Le PE peut s’articuler avec d’autres mesures d’aménagement de peine notamment dans une logique de préparation à la sortie des personnes ; même si les montages 63 ne sont pas forcément évidents à réaliser ou encore s’il paraitrait faire concurrence à d’autres mesures notamment quand il est axé sur le travail. « Le PE peut être intéressant pour préparer une conditionnelle. » « Il serait intéressant de croiser avec de la semi-liberté car pourrait rentrer en semiliberté et cela donnerait une meilleure sécurité/ » « Appliqué à des personnes qui sont en recherche de travail mais cela devrait plutôt être une mesure de semi-liberté. » « Si on l’articule avec une semi-liberté autour du travail on remplit vite. » « Diminue la semi-liberté et la libération conditionnelle » 64 65 PISTES DE REFLEXION ET MISE EN PERSPECTIVE 66 67 Après cette présentation des résultats des entretiens, le cahier des charges de l’étude demandait une analyse en termes de points forts et de points de vigilance afin de dégager des axes de préconisations avec le comité de pilotage. Nous présenterons ces éléments à travers les axes suivants : Relations Spip/Magistrats/Associations Points forts remarqués – L’association du Parquet et des Juges d’Application des Peines dans la définition des conventions – La présence du JAP dans des points réguliers avec les associations – Une stratégie de développement du placement extérieur définie dans des départements – Des dispositifs construits entre SPIP et associations avec définition des complémentarités, des différences et des modalités de régulation Un fort ajustement mutuel et informel entre CPIP et éducateurs dans le suivi des mesures Points de vigilance – L’absence de stratégie commune entre magistrat et DFSPIP – Absence d’évaluation des conventions – La confusion entre missions de contrôle et d’accompagnement social pour les associations – Absence de lien entre les associations et SPIP 68 L’offre associative et l’accompagnement des personnes Points forts remarqués – Un diagnostic partagé associant le plus en amont SPIP et association dans la prise en charge de la personne – Des tableaux de bord dans les associations pour piloter les entrées et sorties – Une offre diversifiée et pas centrée uniquement sur l’hébergement collectif – Des associations qui assument la notion du contrôle Points de vigilance – Absence de réflexion sur la planification et l’organisation du flux de placement – Absence de définition de ce qui relève de l’accompagnement de l’association et du SPIP – Centrer le placement extérieur uniquement sur de l’hébergement collectif – Des structures conventionnées qui ne portent pas une – Des actions inscrites dans les PDAHI réflexion sur la question de l’aménagement de peine et – Des actions cofinancées de l’accueil de personne placée sous main de justice – Des places dédiées – Spécialiser l’accueil dans une mono-activité Les publics et autres mesures d’aménagement de peine Points forts remarqués – Un dispositif spécifique construit pour les sortants de prison en fin de peine Points de vigilance – Aucune évaluation du besoin des personnes en matière de placement extérieur et du type de réponse à apporter – Aucune différenciation entre courte peine et plus longue peine – Des mesures de PSE qui se substituent au PE notamment dans les ACI 69 Les axes de travail proposés : A court terme – Organiser des comités de pilotage annuels systématiques avec magistrat, association et SPIP – Spécifier les conventions notamment en matière de contrôle et des modalités d’accompagnement – Donner des engagements aux associations sur le nombre de mesures – Inscrire les politiques d’aménagement de peine dans les PDAHI et dédier des places – Travail sur la phase amont et la planification A moyen terme – Planifier la politique de placement extérieur en fonction de ces besoins – Observer les besoins intégrant les typologies de établissements pénitentiaires – Définir entre SPIP et magistrat un plan d’action des politiques d’aménagement de peine par département qui tient compte des besoins et des réalités territoriales – Travailler sur les articulations des différents aménagements de peine – Financer les associations dans le cadre des enquêtes sociales pour une intervention en amont afin de permettre la détection des personnes susceptibles de pouvoir bénéficier du placement extérieur et de commencer à élaborer un projet d’insertion – Ne pas multiplier les conventions pour les centrer sur un nombre d’opérateurs restreints généralistes mais avec une spécificité PE en fonction de la taille des territoires A long terme – Faire une étude d’impact sur le PE 70 ANNEXES 71 72 Liste des acteurs rencontrés SPIP Marne SPIP Aube SPIP Indre et Loire SPIP Côte d'Or SPIP Yonne SPIP Cher SPIP Loiret ALSO Nouvel Objectif Es Sologne Tremplin Entr'aide Ouvrière Le Mars SDAT Tribunal Grande Instance Orléans Tribunal Grande Instance de Reims Tribunal Grande Instance de Chalon sur Saône Tribunal Grande Instance de Dijon Tribunal Grande Instance de Troyes