Sous la direction de Claire Chatelet
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Sous la direction de Claire Chatelet
Université Montpellier 3 Paul Valery Mémoire de Master 1 – 2012/2013 Arts du Spectacle, Cinéma & Audiovisuel ALEXANDRE IMPINNA Les web-séries américaines de fiction, simple évolution de la série TV ? Session de Juin 2013 Sous la direction de Claire Chatelet Les web-séries américaines de fiction, simple évolution de la série TV ? Introduction 7 1. La web-série, un format évoluant avec son média 10 1.1. Le développement de la web-série : du papier au pixel 10 1.1.1. L’origine littéraire de la web-série : la fanfiction et la web-série littéraire 10 1.1.2. La web-série embryonnaire : The Spot 12 1.1.3. De la création de Flash (1996) à l’arrivé de Youtube (2005) 1.2. L’évolution des modes de diffusion de la web-série 1.2.1. Les avantages liés à la création de YouTube 16 20 20 1.2.2. Blip.tv, plateforme de partage et productrice de web-série 25 1.2.3. Les problèmes liés à la diffusion sur Internet : archivage et restriction géographique 32 1.3. Un modèle économique incertain 37 1.3.1. Le brand content où quand la marque devient créatrice d’un produit de divertissement 38 1.3.2. Le branded content, participation d’une marque à un produit de divertissement 1.3.3. Financement participatif : exemple de cas avec Kickstarter 2. Le rapprochement de la web-série et de la série télévisée 49 67 2.1. La web-série est-elle un format défini ? 67 2.1.1.La question de la durée 67 2.1.1.Les modalités de visionnement 72 1.3.3.Les procédés d’interaction avec le public 77 1.2.La question du genre dans la web-série 86 1.2.1.La web-série est-elle un genre ? 86 1.2.2.Les formes de sérialité sur le web et à la télévision 90 1.2.3.Le problème de la liberté de ton : le cas de la représentation de la communauté homosexuelle sur internet et à la télévision 1.3.Le clivage amateur/professionnel 92 98 1.3.1.Une frontière de plus en plus floue 99 1. Une frontière de plus en plus floue 99 2. La web-série, un format idéal pour les amateurs 101 3. La télévision comme instance de légitimation ? 103 Conclusion 112 Bibliographie Annexes 118 116 45 Introduction Internet est un outil incroyablement puissant. En Avril 2012, on comptabilisait 2,27 milliards d’internautes1 dans le monde2 confirmant la puissance et l’étendue du réseau qu’était Internet. Internet est un outil évoluant sans cesse depuis sa création dans les années 60 jusqu’à l’apparition du World Wide Web, réduit à « web ». Depuis, les technologies de l’informatique évoluant très vite, suivant plus ou moins le principe de la loi de Moore3, Internet pris une place de plus en plus grande dans les foyers du monde entier de son installation au début des années 90 jusqu’à la généralisation dans les années 2000. Ce nouveau média permit donc l’émergence de nouvelles tendances artistiques et notamment la création et le développement de la web-série, objet d’étude de notre mémoire. La web-série est souvent simplement décrite comme une série TV mais qui est diffusée sur internet. Cette description, en partie vraie, est bien simpliste pour décrire l’objet audiovisuel qu’est une web-série. Si la web-série est influencée par un outil (internet) et par un format (la série TV), elle ne se résume pour autant pas comme un simple croisement des deux. Dans le cadre de ce mémoire, nous allons essayer de voir si les web-séries sont une évolution des séries TV ou au contraire un nouveau format indépendant émergeant ? Si l’on peut déterminer l’arrivée d’une première vague de web-séries à la fin des années 1990, c’est à partir de 2005 et de la création de YouTube que la web-série « moderne » a fait son arrivée. C’est donc dans cette « seconde vague » de la web-série que nous puiserons notre corpus qui est exclusivement américain. Les Etats-Unis étant bien 1 D’après Internet World Stats, un internaute est défini comme une personne de plus de 2 ans qui s’est connectée il y a moins de 30 jours sur le réseau internet. 2 http://www.zdnet.fr/actualites/2007-2012-le-nombre-d-internautes-a-double-dans-le- monde-39770934.htm 3 La loi de Moore, émise par Gordon Moore en 1965, stipule que la puissance informatique double tout les 18 mois. souvent en avance sur nous d’un point de vue technologique, ils sont aujourd’hui les créateurs de web-séries les plus prolifiques mais surtout les web-séries américaines sont les plus intéressantes d’un point de vue narratif La France, si elle possède un atout artistique fort avec le cinéma, possède de nombreuses lacunes, qu’elle semble doucement rattraper, dans la création de série TV mais aussi de web-série. Si il existe une certaine réussite autour de la web-série « de genre » pour fan de science fiction, de manga ou de jeux-vidéos comme le montre le succès critique et public de Another Hero, Noob, Hello Geekette ou encore Le Visiteur du futur, ce n’est malheureusement pas le cas pour des web-séries « normales » qui se contentent bien souvent d’histoire peu développé et d’esthétique bien trop proche du film de famille. Si la web-série est un format récent, il est compliqué d’établir des vérités à son propos car aucuns théoriciens ne semblent s’être penchés sur ce format hybride à la croisée des médiums (la télévision, internet). Dans le cadre de ce mémoire il fut donc compliqué de se baser sur des ouvrages spécifiques aux web-séries car il n’en existe encore aucun. La web-série, comme ce fut longtemps le cas pour la série TV avec laquelle nous allons beaucoup la comparer, souffre d’un manque de reconnaissance de la part des universitaires, ceux-ci ne semblant pas reconnaître l’intérêt que peux apporter ce format au domaine de divertissement qu’est l’audiovisuel. La série TV tel que nous la connaissons plus ou moins aujourd’hui, a émergé au début des années 50 avec des séries comme I Love Lucy, hors en France, ce n’est que depuis les années 2000 que les universitaires ont commencer à écrire dessus ou à les considérer comme des objets télévisuels pouvant parfois s’élever au rang d’art comme peut l’être un film de cinéma. En l’absence de source écrite papier, il fallut donc se pencher sur des sources internet, or là encore, comme vu précédemment, la France n’est pour le moment pas, un pays où la web-série est estimée, il est donc plus difficile de trouver des articles d’analyses ou des interviews de créateurs sur des sites français ou du moins francophones, si ce n’est québécois. Une grande partie des liens cités en sources sont donc issus du web anglophone, principalement américain. Les citations sont donc copiées en anglais puis ensuite traduites en français. Le travail documentaire lié à ce mémoire fut donc important car si aujourd’hui Internet peut être considéré comme une source fiable, certaines informations peuvent être erronées en particulier sur des sites web tenus par des fans de web-séries qui récupèrent eux mêmes des informations sans pour autant les vérifier. Le mémoire se compose en deux parties principales, la première étant liée à la contextualisation de la web-série dans son environnement qu’est Internet et la deuxième partie est consacrée à l’influence prétendue de la série TV sur la web-série de par son format. 1. La web-série, un format évoluant avec son média 1.1. Le développement de la web-série : du papier au pixel Dans cette première partie nous allons voir comment la web-série a su passer d’un support papier pour terminer sur un support numérique qui est Internet. 1.1.1. L’origine littéraire de la web-série : la fanfiction et la websérie littéraire Apparu une première fois dans les années 60, le terme de fanfiction désigne alors une publication dans un magazine scientifique d’une histoire de science-fiction écrite par un amateur. La fanfiction s’oppose alors aux histoires écrites par des véritables écrivains et éditées dans des recueils de nouvelles ou sorties en romans. Le terme fut ensuite repris pour désigner, quelques années plus tard, une œuvre écrite par une personne ayant apprécié un univers bien souvent science-fictionnel ou fantastique, appartenant à une série TV, à un film, à un jeu vidéo, à un roman ou bien à un manga/anime. Alors qu’elles furent au départ publiées dans des fanzines4, ces œuvres ont certainement profité de l’arrivée du web au début des années 90 pour être plus facilement partagées et par conséquent plus facilement lues. Les fanfictions sont un sous-genre littéraire qui appartient à ce qu’on appelle la webfiction. C’est à dire un ensemble d’œuvres écrites mais qui peuvent être également dessinées (on parlera alors de webcomics) pour être ensuite publiées non pas sur papier mais sur pixel, sur le web. Les moyens de partager ces écrits étaient les listes de diffusions mail (les newsletters) ou les forums de discussions qui ont ensuite laissé place aux blogs avec l’arrivée en masse de ceux ci à la fin des années 1990, début des 4 Les fanzines sont des magazines papiers souvent gratuits créés autour d’une scène ou d’une communauté (musicale par exemple) et écris par des amateurs. années 20005. C’est donc dans ce contexte au début des années 20006 qu’arrivent les premières webséries littéraires qui à l’instar des fanfictions ne se déroulent non pas dans un univers préexistant mais dans un univers de toute pièce crées par leurs auteurs. Les web-séries sont donc des créations originales contrairement aux fanfictions. La façon dont ces web-séries sont diffusés est semblable à celui des fanfictions, c’est à dire l’utilisation des listes de diffusion mails, des forums de discussions spécialisés puis des blogs. Certains sites vont se charger de regrouper ces blogs pour en faire des annuaires de web-série tel que le site La Série, en France7. On peut retrouver dans la web-série « littéraire » deux types de narration qui sont aussi applicable dans la web-série « audiovisuelle ». Le premier type de narration est une narration « continue », c’est-à-dire qui est basée sur une grande histoire que l’auteur va découper en chapitre comme un roman et qu’il publiera au fur et à mesure de son avancement dans l’écriture ou à une période donnée. La deuxième narration serait « global ». Chaque épisode n’est pas lié par l’histoire mais par un univers, par une suite de codes narratifs instaurés par le créateur. Des personnages peuvent revenir mais la narration est discontinue d’un épisode à l’autre. Dans ce second cas, la sérialité devra être mise en avant (un univers, un personnage) car il est important pour une websérie de ne pas tomber dans un autre sous genre de la webfiction qui est la webnovel. Cette dernière est un roman ou une nouvelle publiée sur le web mais indépendamment d’une œuvre ou d’un univers préexistant artistiquement. L’univers de la webfiction est très compliqué car beaucoup de termes sont employés pour désigner des choses parfois très proches. L’utilisation du même mot, web-série, pour désigner deux choses différentes peut surprendre mais nous avons vu que les deux étaient néanmoins très proches. Les notions d’amateurismes et de sérialité dans les œuvres de webfiction constituant la base de ce que deviendra ensuite la web-série 5 http://www.choblab.com/wp-content/uploads/2012/11/history-of-blogging_mini.jpg 6 http://wsn.free.fr/horseries/numero02/art07.htm 7 http://www.laserie.net « audiovisuelle »8. De plus en plus d’auteurs n’hésiteront pas à intégrer à leur histoire des illustrations afin d’indiquer visuellement au lecteur, une partie de l’univers dans lequel il se trouve ou pour donner une description plus fidèle à la vision de l’auteur d’un personnage ou d’un lieu. Cette intrusion de l’image dans le texte va peu à peu évoluer et en 1995 un homme, Scott Zakarin, aura l’idée de rajouter de la vidéo aux images et aux textes, pour créer ce que nous considérerons comme les prémices de la web-série « audiovisuelle », il s’agit de The Spot. 1.1.2. La web-série embryonnaire : The Spot The Spot fait figure de pionnière dans l’univers des web-séries pourtant il ne s’agit pas à proprement parler d’une web-série tel qu’on pourra la définir tout au long de ce mémoire. Il est essentiel de se pencher sur The Spot car cette œuvre numérique hybride va définir une partie des codes narratifs, des techniques, que nous retrouverons dans la web-série « audiovisuelle ». En 1995, la série télévisée Melrose Place est un succès en terme d’audience avec quasiment 12 millions de téléspectateurs par épisode9. C’est cette série qui inspirera alors un jeune réalisateur, Scott Zakarin pour la création de The Spot. Scott Zakarin passe ces journées sur des sites de discussion en ligne à prendre différentes identités. Il se réveille un jour après un rêve où il imaginait que toutes les identités qu’il a prises sur ces sites de discussion en ligne se retrouver à vivre ensemble dans une même maison10. Il ira voir l’agence de pub pour laquelle il travaille à l’époque, Fattal & Collins, pour leur soumettre le projet, qu’ils accepteront et le site sera lancé en Juin 1995. La web-série se déroule dans une villa, nommée The Spot, à Santa Monica en Californie 8 On parlera de web-série « audiovisuelle » pour parler d’une web-série qui ne contient uniquement que de l’image et du son en opposition à la web-série « littéraire » qui peut également contenir de l’image et du son mais qui est constituée essentiellement de texte. 9 http://en.wikipedia.org/wiki/Melrose_Place#Ratings 10 http://www.sideroad.com/gethooked/column10.html où vivent 5 jeunes gens ayant des problèmes sentimentaux et qui n’hésitent pas à en parler ouvertement dans les premières manifestations de ce que sera plus tard les blogs. En plus du texte poster quotidiennement pour raconter leurs problèmes amoureux façon soap opera, les personnages de The Spot postaient également photos et vidéos sur leur page personnelle. Les personnages que l’on voyait en photos et en vidéos étaient interprétés par des acteurs qui écrivaient également pour la plupart d’entre eux les textes qui étaient postés sur le site web. Les acteurs étaient donc aussi les principaux scénaristes de The Spot. Le vrai intérêt de The Spot résidait alors ailleurs. Scott Zakarin ayant compris qu’il ne fallait pas laisser les internautes inactifs, les spectateurs pouvaient envoyer des emails de conseil directement aux acteurs/personnages ou poster sur la « spotboard », le forum de la web-série. Grâce à ces emails, les scénaristes prenaient conseil auprès des internautes et ce qu’ils voulaient voir et pouvaient ainsi changer les histoires du jour au lendemain pour les faires correspondre plus précisément à la demande des spectateurs. Si l’on ne peut pas parler de véritable « interactivité » tel qu’on le verra dans une prochaine partie, on peut néanmoins souligner une interaction entre les spectateurs et les scénaristes de The Spot. Ces interactions sont à rapprocher de la possibilité de commenter une vidéo sur une plateforme de partage de vidéo tel que YouTube. La web-série était financée par le placement de produits dans les photos/vidéos ainsi que par des bannières de publicité sur le site par des annonceurs tels que Visa ou Apple11. Le site peu après son lancement enregistré plus de 100 000 connexions quotidiennes ce qui était beaucoup pour l’époque étant donné que le nombre d’internaute dans le monde étaient compris entre 30 et 40 millions dont 200 à 300 000 en France12. The Spot était donc un véritable succès du web et il est compréhensible que des annonceurs comme Apple voulait prendre part à cette aventure devant l’ampleur du phénomène. Si The Spot fait également figure de pionnière dans le domaine économique de la websérie pour son financement grâce aux marques que nous verrons en détails dans une 11 http://en.wikipedia.org/wiki/Web_television#1994_to_2000:_Pioneers 12 http://www.sites.univ-rennes2.fr/urfist/node/277 prochaine partie, ces rémunérations ne suffiront pas à permettre à The Spot de couvrir toutes ses dépenses en particulier pour les frais d’hébergements vidéos, très élevés à l’époque. C’est également en 1995 qu’a eu lieu la première cérémonie des Webby Awards qui se nommait alors Webbie Awards. Durant cette première édition, The Spot récolte la prestigieuse récompense du « Site of the Year ». Malgré cette récompense et le nombre de visiteurs quotidien, The Spot ne génère pas de bénéfices à cause de coûts de production (les acteurs, les décors) et de diffusion (mise en ligne et hébergement du texte, des photos et des vidéos) trop élevés. Scott Zakarin décide alors de vendre son projet à des investisseurs (American Cybercast) tout en gardant la majorité des parts et en restant à la tête du projet. Sheri Herman, Vice Président de American Cybercast décide de de se faire sponsoriser par d’autres marques et Intel investit à son tour dans le site web. Scott Zakarin se fera licencier pour cause de différends artistiques quelques mois plus tard tandis que The Spot continuera jusqu’en 1997 où American Cybercast fera faillite. Le dernier épisode de The Spot sera « diffusé » le 1er Juillet 1997. En 2013, le site internet de The Spot13 est encore accessible mais non fonctionnel. Le projet fut ressuscité par deux fois (en 2004 et en 2011) mais les deux fois, cela n’attirera pas assez de monde pour continuer à fonctionner. Aucune image ou texte n’est visible de la web-série originel, les seules images visibles sont conservées dans un court reportage d’une émission TV sur le projet lors de son lancement où l’on peut apercevoir entre autres les acteurs et Scott Zakarin. Cette vidéo fut mise en ligne sur YouTube par un amateur et n’est en aucun cas rattaché à quelque chose d’officiel.14. En 2003, le nouveau producteur exécutif de The Spot, Stewart St. John relança une première fois le projet mais non pas sur le web mais sur les premiers téléphones portables dotés d’une 13 http://thespot.com 14 http://www.youtube.com/watch?v=JjRi2RqGPS8 connexion sans fils15. Cette volonté de ne pas se limiter à l’ordinateur et de vouloir dés 2003 conquérir le marché mobile, prouve encore que The Spot était en avance de son temps. ! Figure 1 - Capture d'écran du site de The Spot 2011 Alors quel héritage aura laissé The Spot aux web-séries « audiovisuelles » d’après ? En premier lieu, elle fut l’une des premières à miser sur le concept de sérialité pour accrocher le spectateur et le faire revenir, non pas toutes les semaines comme cela se fait principalement aujourd’hui mais tous les jours. Il faut aussi souligner, l’interaction avec le spectateur puisque ce dernier participait directement à l’histoire un peu comme les Livres dont vous êtes le héros et encore aujourd’hui aucune web-série ne semble expérimenter le coté participatif aussi loin que The Spot. Ce coté participatif se retrouvera plus tard avec les commentaires ainsi que dans certaines séries télévisées dont je reparlerai plus tard. On retiendra également le financement du projet grâce à des marques et au placement de publicité que l’on retrouvera également aujourd’hui dans des stratégies plus complexes que de simples 15 http://www.prnewswire.com/news-releases/reality-tv-meets-the-mobile-world-the-spot- available-to-sprint-pcs-visionsm-customers-74017227.html bannières publicitaires accolées sur un site internet. Après The Spot, d’autres prototypes de web-séries tels que Eon-416 (sur un vaisseau spatial qui découvre des aliens) et The Pyramid (sur une entreprise informatique) seront lancés toujours par American Cybercast. Ces deux web-séries auront un certain succès, le Time Magazine citant le site de The Pyramid parmi les 10 meilleurs de 199617, mais lorsque American Cybercast fera faillite car ses web-séries leurs coûtent trop cher à produire (100.000$ par mois pour une web-série et American Cybercast en produisait 418), celles ci s’arrêteront du jour au lendemain. Une nouvelle ère de la web-série arrivera, plus moderne grâce à la technologie qui évolue vite mais plus audiovisuelle, laissant tomber le texte pour favoriser l’image et le son. 1.1.3. De la création de Flash (1996) à l’arrivé de Youtube (2005) Le lancement en Décembre 1996 de Macromedia Flash (devenu aujourd’hui Adobe Flash) permis une plus grande facilité de lecture des vidéos mais aussi de la création et de l’animation d’éléments graphiques. C’est dans ce contexte qu’arrivera à partir de 1997 de plus en plus de courts films d’animations réalisés sous Flash. Des sites internet vont s’ouvrirent et se mettre à créer des web-séries d’animation sous Flash comme la société AtomFilms, aujourd’hui racheté par Comedy Central et effacé du web mais aussi Icebox.com qui existe encore en 2013 ou bien la web-série WhirlGirl. Icebox.com est fondé en 1999 par cinq personnes : Johnatan Collier, Howard Gordon, Rob LaZebnik, Scott Rupp et Tal Vigderson19. Tout les cinq écrivent ou produisent déjà pour la télévision (The Simpsons, The X-Files, King of Hill) mais souhaitent avoir une plus grande liberté de tons dans l’écriture et c’est sur internet qu’ils pensent la trouver. Deux web-séries vont vite se démarquer dans leur production : Mr. Wong et Queer 16 http://en.wikipedia.org/wiki/Eon-4 17 http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,135245,00.html 18 http://fr.eonline.com/news/33971/american-cybercast-bankrupt 19 http://en.wikipedia.org/wiki/Icebox.com Duck. Le premier raconte l’histoire d’un asio-américain au service d’une riche femme blanche. Le show a subis beaucoup de critique de la part de la communauté asioaméricaine20 pour son image dégradante et vile d’une personne asio-américaine. La web-série faisant parler d’elle pour ses critiques, elle a attiré de nombreux spectateurs voulant voir l’objet de toute les critiques et le show fut un succès en terme d’audience bien qu’il ne comportait que 15 épisodes. ! Figure 2 - Capture d'écran de Mr. Wong ! Figure 3 - Capture d'écran de Queer Duck Les deux créateurs de Mr. Wong, Pam Brady et Kyle McCulloch écrivent aujourd’hui pour la série d’animation américaine diffusée sur Comedy Central, South Park. Le deuxième show de Icebox à avoir eu un certains succès est Queer Duck l’histoire d’un canard homosexuel qui travaille en tant qu’infirmier. Vingt épisodes seront 20 http://www.onlinepolicy.org/program/race/001016.napalc.mrwongalert.htm produits de ce show. Queer Duck fut racheté par la chaîne de télévision américaine Showtime qui le diffusa à la suite d’une autre série télévisuelle proche de la communauté homosexuelle, Queer as Folk à partir de 2002. Queer Duck fut le premier dessin animé diffusé à la télévision à contenir un personnage principal homosexuel. Les deux show à succès de Icebox.com furent donc tout les deux créés sous Macromedia Flash sans lequel il aurait été impossible, faute de moyen, de créer des web-séries d’animation avec la technique traditionnelle d’animation. Après quelques soucis financiers en 2001, le site existe toujours et tous les épisodes ont été mis en ligne sur la chaine YouTube officielle de la société en Octobre 2012. Au départ, créé comme un webcomic, WhirlGirl a l’originalité d’être accompagné par du son ainsi que par quelques animations. Jouissant d’un petit succès, le webcomic apparaît dans des publications pour Wired, USA Today ainsi que sur le site internet Lycos. En 1998, le lancement de Flash 2.0 par Macromedia permet d’améliorer l’animation de WhirlGirl et ainsi de devenir la star des web-séries animées de l’époque. ! Figure 4 - Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle Showtime pour WhirlGirl Un an plus tard, la chaine américaine Showtime décide de racheter le projet pour en faire une série télévisée tout en gardant possible le visionnement sur le web, contrairement à Queer Duck qui sera seulement diffusé à la télévision une fois racheté. Il y aura plus de 70 épisodes de 5 minutes produits entre 1999 et 2001. L’exemple de WhirlGirl est intéressant puisque c’est la première web-série (qu’elle soit animée ou pas) à avoir eu autant de soutien de la part d’une chaîne de TV puisqu’elle eu droit également à des campagnes de publicités dans des magazines ou sur des panneaux d’affichage en extérieur et le show fut doublé en espagnol pour être ensuite distribué sur le site espagnol Yopi. Aujourd’hui encore, le succès entourant la web-série reste surprenant, un jouet WhirlGirl fut même envisagé mais ne sera finalement pas produit. Un site internet récapitulant l’histoire de WhirlGirl existe encore mais il n’est plus possible de consulter les webisodes de l’époque. Figure 5 - Le prototype du jouet WhirlGirl Nous avons vu comment la web-série a réussi à se créer et a utiliser des codes venant d’un autre média, la web-série « littéraire », nous allons maintenant voir comment la web-série est rentré dans sa phase 2.021 grâce à la création de plusieurs outils. 21 On parle ici de 2.0 en référence au web 2.0 qui est un terme utilisé à partir de 2004 pour désigner une évolution du web où l’implication de l’utilisateur est au centre du web. 1.2. L’évolution des modes de diffusion de la websérie Dans la partie précédente nous avons vu que les web-séries coutaient cher à leur producteur du fait des hébergements de la vidéo. Dans cette partie nous verrons que la facilité de diffusion des web-séries permis également une facilité de création. 1.2.1. Les avantages liés à la création de YouTube YouTube est un des succès les plus fulgurants d’internet. La plateforme de partage de vidéos fut créée par trois employés de PayPal : Chad Hurley, Steve Chen et Jawed Karim. L’idée de YouTube serait apparue chez Chad Hurley et Steve Chen après une soirée, début 2005 chez ce dernier, où la question de savoir comment partager facilement une vidéo de la soirée fit émerger l’idée de création d’une plateforme de partage de vidéo22. Cette histoire, contestée par Jawed Karim qui n’était pas présent à la soirée, n’est peut être qu’un coup marketing de la part du duo Hurley/Chen pour montrer la facilité qu’ils ont eu à avoir une idée qui vaut aujourd’hui des milliards. Le nom de domaine www.youtube.com fut déposé le 14 Février 2005 tandis que la première vidéo (« Me at the zoo » uploadé par Jawed Karim) fut mise en ligne le 23 Avril 2005 et peut être encore aujourd’hui visionnée23. YouTube ouvrit ses portes à des betas-testeurs24 en Mai 2005 pour ensuite être officiellement lancé au grand public en Novembre 2005. Entre Novembre 2005 et Octobre 2006, le site ne cessa pas de se développer notamment grâce aux investissements de Sequoia Capital, société de capital risque, qui a investit 3,5 millions de dollars en Novembre 2005 lors de l’ouverture public du site et 8 millions de dollars en Avril 2006. L’année 2006 est important pour le site puisqu’il atteint les 100 millions de vues 22 http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1570795-5,00.html 23 http://www.youtube.com/watch?v=jNQXAC9IVRw 24 Un béta-testeur est une personne chargée de tester une application, un logiciel ou un site internet afin d’y trouver des bugs, de tester l’interface, l’ergonomie en vu d’une publication ultérieure de la version finale. quotidiennes en Juillet 2006 et tandis que le site n’a pas encore atteint sa première année d’existence, Google décide d’acquérir YouTube pour 1,65 milliards de dollars en Octobre. Depuis cette acquisition, le site s’est véritablement étendu sur internet et en Mars 2013 ce sont plus d’un milliard de personnes qui consultent mensuellement le site25. Si la création de YouTube est intéressante dans le cadre de notre objet d’étude, c’est qu’elle permis non seulement de révolutionner une partie de l’internet dans lequel notre objet d’étude est ancré mais a permis de développer la création de web-série en abaissant les couts liés à la diffusion, comme nous l’avons vu avec les proto-web-séries de American Cybercast, et qui freinaient bien souvent la création de web-série. Dans son ouvrage Free26, Chris Anderson explique que « le coût pour YouTube de la diffusion d'une vidéo en lecture continue aura baissé de moitié en un an » ce qui explique pourquoi YouTube peut se permettre d’héberger toujours plus de vidéos sur ses serveurs. De nombreuses web-séries vont donc voir le jour grâce à la création de YouTube et de sa facilité mais surtout sa gratuité de mise en ligne de contenu vidéo ce qui développera notamment la scène amateur que nous aborderons plus loin dans ce mémoire. Nous allons maintenant voir comment la création de YouTube a permis à des créateurs de web-séries de faire exister leur création. Le premier exemple de ces web-séries est lonelygirl15 diffusé en Juin 200627. Lonelygirl15 est un parfait exemple de ce qu’une web-série peut offrir comme expérience dn ligne. Dans un premier temps, lonelygirl15 a été présenté aux internautes comme une chaine YouTube appartenant à une adolescente, Bree, ayant récemment fait l’obtention d’une webcam et qui va dans des vidéos de 1 à 2 minutes commenter sa vie. 25 http://youtube-global.blogspot.fr/2013/03/onebillionstrong.html 26 ANDERSON Chris, Free, Ed. Pearson, 2009, p. 14 27 http://www.youtube.com/user/lonelygirl15?feature=watch A première vue, il ne s’agit là que d’une chaine de vlogs28 d’adolescentes comme il en existe beaucoup sur internet mais lonelygirl15 se révèlera être bien plus que ça puisque quelques mois plus tard en Septembre 2006, on apprendra que tout était fictionnalisé et que Bree alias lonelygirl15 était en fait une actrice du nom de Jessica Rose. Cette révélation fit passer lonelygirl15, une chaine YouTube appartenant à une adolescente qui poste ses vidéos personnelles à une chaine diffusant une web-série. Des vidéos étaient postées 3 à 5 fois par semaine et Bree n’hésitait pas à inviter ses « amis », qui étaient finalement aussi des acteurs, pour partager leur quotidien et faire la promotion de leur propre chaine YouTube29. ! Figure 6 - Jessica Rose alias Bree, héroïne de lonelygirl15 Après cette révélation, les créateurs (Mesh Flinders, Greg Goodfried et Miles Beckett) de LG15 décidèrent de ne pas stopper la production de nouveaux épisodes et d’exploiter ce concept de vrai/fausse fiction pour développer une intrigue plus complexe tout en gardant les habitués et les abonnées de la chaine qui sont plus de 100 000 en 2013. 28 Un vlog ou video-blog est un blog dont le principal moyen d’expression est la vidéo et non pas l’écrit comme le blog traditionnel. 29 http://youtube.com/danielbeast ; http://youtube.com/jonastko ; http://youtube.com/ soccerstar4ever D’un point de vue de la réalisation, la web-série est plutôt bien réussi et malgré la qualité de mise en ligne (240p) rien n’a vraiment vieilli. La plupart des plans sont des plans fixes de face rappelant l’usage de la webcam et le montage en jump-cuts de certains passage rappelle aujourd’hui les podcasts vidéos français tels que Norman fait des vidéos, Cyprien ou Hugo tout seul. La chaine de Lonelygirl15 cumule en 2013 plus de 270 millions de vue et bien que la web-série fut arrêtée en Décembre 2008 certains internautes n’hésitent pas à venir découvrir ou redécouvrir cette web-série comme en conteste les commentaires YouTube qui continuent d’être postés des années après son arrêt. Les commentaires YouTube faisaient, à l’époque, partit intégrante de la web-série puisque certains internautes commentaient les vidéos et lonelygirl15 répondait à ses commentaires, ce qui créait une interaction semblable à celle observé à l’époque de The Spot, dix ans auparavant. Sans la création de YouTube, la création de lonelygirl15 n’aurait pas été possible puisqu’avec 547 épisodes diffusés sur 2 ans c’était prés de 4 vidéos diffusés chaque semaine, il est difficile d’imaginer un producteur payer un serveur pour mettre en ligne autant de vidéo et payer également un webmaster pour la création d’un site, la gestion du contenu, la mise en place des commentaires, payer le salaire des acteurs… Que cela soit le jeu avec les internautes sur la frontière entre amateur et professionnel, l’utilisation des commentaires YouTube créant une interaction avec les internautes, la facilité de mise en ligne et de partage des vidéos, les créateurs de Lonelygirl15 ont utilisé au mieux les capacités de YouTube à leurs avantages et sans ce dernier le développement quantitatif et qualitatif des web-séries auraient mis plus de temps à se faire. Si aujourd’hui YouTube est le leader incontesté des plates formes de partage vidéos (il se trouve à la troisième place du Top 100 Alexa30), il n’est pas le seul à exister. La plateforme française Dailymotion se présente comme la principale concurrente à 30 Le top Alexa est le classement des sites les plus consultés dans le monde en fonction du nombre de visiteurs uniques et du nombre de pages vues par chaque visiteur. Facebook, Google et YouTube forment le Top 3. l’heure actuelle du géant américain YouTube. Créée également en 2005, elle possède une audience principalement européenne qui ne fait qu’augmenter passant de 54,8 millions de spectateurs uniques en Février 2010 à 116 millions en Octobre 201231 malgré la progression cela reste peu en comparaison au milliard de visiteurs atteint par YouTube en Mars 2013. Dailymotion est une plateforme au contenu éditorial fort. Celle ci a toujours encouragé la création française, notamment les web-séries comme elle le montre régulièrement en mettant en avant sur sa première page (en « Une » ou « Vidéos Stars ») les derniers épisodes du Visiteurs du Futur, Hello Geekette, Noob ou encore des Operateurs. Si certains créateurs de web-séries françaises préféreront Dailymotion à YouTube, beaucoup de créateurs préféreront mettre en ligne sur YouTube peut être par habitude, mettant en ligne sur la plateforme qu’il consulte le plus ou peut être pensant qu’il est plus facile d’obtenir des vues sur une plateforme plus internationale qui possède un milliard de visiteurs mensuel. Si en 2005, YouTube et Dailymotion ont vu le jour à quelques mois d’écart ce ne sont pas les seules plateformes de partage vidéo à être lancées, il y aura également deux sites qui vont particulièrement nous intéresser dans le cadre de notre objet d’étude : Revver et Blip. Nous verrons Blip en détails dans la prochaine partie puisqu’il s’agit d’une plateforme spécialisée dans la diffusion de web-série tandis que Revver était une plateforme généraliste tel que l’est encore aujourd’hui YouTube et DailyMotion. Revver fut lancé fin Octobre 2005 mais n’est plus en ligne depuis 2011. Le site, bien avant le programme de partenariat de YouTube, assurait à ses utilisateurs une compensation financière autant pour ses utilisateurs actifs que ses utilisateurs passifs32. En effet, chaque vidéo était marquée du RevTag qui agissait à chaque fin de vidéo en diffusant une publicité, quel que soit le lieu de visionnement de la vidéo, aussi bien sur 31 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/04/24/la-vente-de-dailymotion-a-yahoo-serait- suspendue_3165532_651865.html 32 Nous désignerons par utilisateurs actifs pour désigner les utilisateurs mettant en ligne du contenu sur les plateformes de partage et les utilisateurs passifs ceux qui ne font que regarder ou partager ce contenu. le site internet de Revver que d’un site extérieur sur lequel la vidéo fut intégrée. Si l’utilisateur cliquait sur cette publicité à la fin, l’annonceur dont la publicité avait été cliquée devait s’acquitter de frais envers Revver et ce dernier redistribuait 50% de ces frais à l’utilisateur à qui appartenait la vidéo. Les utilisateurs passifs étaient récompensés lorsqu’ils partageaient la vidéo et que la publicité était cliquée, ils étaient alors récompensés à hauteur de 20% de la somme donné par l’annonceur. Après avoir dévoilé la vérité sur lonelygirl15, les créateurs passèrent un partenariat avec Revver pour tenter de monétiser leur création. Malheureusement pour eux, une fois la supercherie dévoilée, les spectateurs s’abonnèrent massivement à la chaine lonelygirl15 sur YouTube, qui à l’époque était une des chaînes avec le plus d’abonnés, et personne ne visionnait les vidéos mises en ligne sur Revver puisque les créateurs continuèrent de les poster à la fois sur Revver et sur YouTube. Revver après avoir été racheté 5 millions de dollars par LiveUniverse en 2008 sombra lentement car ce dernier refusa de récompenser les utilisateurs, ce qui était pourtant la spécificité du site, ceux ci désertèrent de plus en plus le site jusqu’à sa fermeture en 2011. L’apparition de plate-formes de partage de vidéos a permis à la web-série de se démocratiser autant pour le créateur qui y trouva une facilité de mise en ligne et de diffusion tout en ayant une certaine monétisation de leur contenu mais aussi pour les spectateurs dont l’expérience fut améliorée que cela soit par l’ajout des commentaires, le partage facilité des vidéos ou par la centralisation des webisodes, parfois regroupés en liste de lecture. Dans un même temps d’autres plate-formes ont émergés sur le web et ces dernières, plutôt que de généraliser leurs contenus, vont se concentrer sur la webfiction et en particulier sur les web-séries. 1.2.2. Blip.tv, plateforme de partage et productrice de web-série Dans la partie précédente nous avons évoqué que 2005 fut une année importante durant laquelle on été lancé les grosses plateformes que sont devenus YouTube, Dailymotion et Revver mais durant cette même année, un autre site de partage de vidéo en ligne va être également lancé au mois de Mai. Il s’agit de Blip (anciennement Blip.tv) qui contrairement aux sites susnommés n’est pas un site généraliste ou même « amateur » car tout le monde ne peut pas mettre en ligne ses vidéos. En effet, Blip est spécialisé dans la web-série qu’elle soit fictionnelle, documentaire ou éducative et il n’est pas possible de simplement mettre en ligne ses vidéos tel qu’on peut le faire sur YouTube puisqu’il faut soumettre sa web-série en remplissant un dossier qui sera examiner et l’équipe éditorial de Blip jugera si oui ou non, il est intéressant pour le site d’avoir la web-série sur leur plateforme de diffusion. Blip recense essentiellement des web-séries anglophones qui proviennent des EtatsUnis, de l’Angleterre ou bien d’Australie. Blip, contrairement à un site annuaire tel que Mes Webseries, ne recense pas de lien YouTube ou DailyMotion sur son site puisque Blip possède son propre lecteur vidéo et effectue un travail éditorial afin d’avoir le plus souvent des web-séries exclusive à leur site bien que certaines sont également présentes sur d’autres sites. Le fait de posséder son propre lecteur vidéo et ainsi, d’héberger des vidéos sur ses serveurs représentaient des coûts de 2205$ pour 10000 heures de vidéos en 2005 mais ces coûts ont vite diminué puisque deux ans plus tard ces coûts ne représentait plus que 483$33. Mais cette volonté de se démarquer malgré les couts important que pouvait représenter les frais d’hébergement au départ de la start-up a permis à Blip d’entreprendre des mutations depuis sa création pour en faire aujourd’hui une des plateformes vidéo les plus intéressantes. A son lancement, Blip.tv n’était qu’une plateforme de dépôt de web-séries pour des producteurs indépendants, le site a ensuite mis en place un système de rétributions financières qui sont, encore aujourd’hui, financés par la publicité en début de vidéo que l’utilisateur actif peut choisir d’activer ou de désactiver. Mais c’est en 2012 que Blip se distinguera de la simple plateforme de partage de vidéos en créant son propre studio, 33 AGNOLA Michel, LE CHAMPION Remy, sous la direction de GREFFE Xavier et SONNAC Nathalie, Culture Web : Créations, contenus, économie numérique, Ed. Dalloz-Sire, 2008, p. 273 Blip Studios34, qui proposera des web-séries exclusives à son site grâce à la signature d’accords d’exclusivités avec des producteurs mais également avec des marques pour produire du branded content, concept marketing que nous verrons en détails dans la partie suivante du mémoire. Un des objectifs principaux des créateurs de Blip est de remédier au fait que les internautes ne cherchent plus à découvrir de nouvelles choses, en particulier dans le domaine des web-séries où les internautes ne sont pas curieux et préfère se regarder ce que leurs cercles d’amis regardent. C’est ce que voulu faire Blip avec la nouvelle version du site apparut en 2010, permettre à l’utilisateur de découvrir plus facilement de nouvelles web-séries, essayer de le rendre plus curieux. Comme nous pouvons le voir sur les captures d’écran de la page suivante, le design du site a évolué depuis 2010 pour accentuer encore plus la partie découverte avec la création de différentes rubriques (« Animation », « Comedy », « Drama ») présentent en haut du site qui permettent de facilement trouver ce que l’utilisateur peut chercher comme contenu suivant nos envies du moments. Sur cette même capture d’écran, nous remarquons que le mot « Discover » (Découvrir) est indiqué par deux fois : sur une bannière en haut de la page et sur une deuxième bannière plus bas. Ces deux bannières amèneront l’utilisateur sur une page afin de le guider et lui faire découvrir les web-séries à succès de Blip suivant si celui ci veut « rire », « manger » ou « jouer ». 34 http://studios.blip.com ! Figure 7 - La page d’accueil de Blip.TV en 2010 ! Figure 8 - La page d'accueil de Blip en 2013 En 2013, le moyen le plus simple pour découvrir et faire découvrir du nouveau contenu, est l’utilisation des réseaux sociaux qui permettent un partage simplifié de ces contenus qu’ils s’agissent de textes, de vidéos ou de photos. En Mars 2013, le premier réseau social du monde, Facebook, a atteint 1,11 milliards35 de MAU36, les plate-formes de partages vidéo n’eurent donc le choix de s’adapter et d’inclure le réseau social sur leurs sites au fil de leurs évolutions. Si il est aujourd’hui possible de se connecter sur Vimeo et Dailymotion à l’aide d’un compte Facebook afin de partager ou non ses coups de cœurs, ses lectures de vidéos ou ses dernières vidéos mises en ligne, ce n’est pas le cas de YouTube puisqu’il faut un compte Google pour se connecter sur YouTube et la simple interaction que l’on trouvera avec Facebook est un bouton de partage. Il n’est donc pas possible d’avoir une interaction plus poussée entre YouTube et Facebook telle qu’on peut la trouver sur Vimeo par exemple comme on peut le voir sur la figure ci dessous. ! Figure 9 - Une capture d'écran des différents choix de partage Facebook sur Vimeo 35 http://investor.fb.com/releasedetail.cfm?ReleaseID=761090 36 Monthly Active Users, c’est à dire le nombre d’utilisateurs actifs d’un site ou d’une application par mois. Sur Blip, l’interaction avec les réseaux sociaux est contradictoire puisqu’elle peut être à la fois approfondie ou inexistante. En effet, sur Blip, pour un utilisateur passif la seule façon de se connecter à un compte Blip est de le faire à l’aide d’un compte Facebook. Si l’on ne possède aucun compte Facebook, il ne sera en aucun cas possible d’interagir avec un quelconque réseau social comme Twitter ou Google + comme le permet Vimeo. Si l’utilisateur possède un compte Facebook et qu’il accepte de se connecter sur Blip avec, de nouvelles options s’offriront à lui pendant la lecture d’un webisode tels que le « Love » qui permettra de mettre le webisode en question dans les « favoris » de l’utilisateur, le « Talk » qui permet de poster un commentaire Facebook tout en continuant de visionner le webisode ou encore le « Share » qui permettra le partage du webisode pour l’inclure sur un site ou un blog, ou des boutons de partage Facebook, Twitter et Tumblr. Ces options de partage peuvent être désactivées si l’on ne veut pas partager nos « Love » ou les séries que l’on suit (un peu comme les chaînes YouTube) sur son profil Facebook et que l’on veut seulement profiter des avantages liés à avoir un compte Blip tel que les « Love » pour retrouver facilement un webisode ou bien le suivi de websérie afin d’être averti par email de la disponibilité de nouveaux épisodes. Une autre mutation importante de Blip est le lancement début 2013 d’une application Blip sur plusieurs supports don iOs, Android mais aussi sur Xbox et Kindle. Les web-séries par leurs formats souvent court permettent une vision facile sur mobile ;Blip a donc bien compris qu’en développant une application pour mobile, celle ci permettrait de prolonger le visionnement de web-séries commencé sur le web et donc de prolonger le plaisir de l’utilisateur nomade. L’application Blip reprend le même lecteur que le site web et permet également les interactions via Facebook. Dans l’application il est également possible via la technologie AirPlay de recopier le webisode en cours sur une télévision équipée de l’Apple TV. Cette dernière option est symptomatique du rapprochement entre la websérie et la télévision qui est partie intégrante de notre problématique et qui sera abordé dans notre deuxième partie consacrée à la web-série et à la série TV. Depuis son lancement, l’entreprise aura contribué à élever le regard porté sur le statut artistique de la web-série du fait de la légitimité d’Internet en tant que média noble comme la télévision, qui fut elle même longtemps décriée car comparée au cinéma. Mais si Blip a réussi à attirer toujours plus d’utilisateurs passifs sur son site, c’est probablement dû à la présence d’une équipe éditoriale propre au site qui a pour but d’aller à la découverte de web-séries de qualité afin de pouvoir les montrer sur Blip. C’est cette recherche constante de la qualité qui a contribué à la réputation du site et ainsi attiré de plus en plus d’utilisateurs pour atteindre aujourd’hui les 30 millions de MAU (dont 44,2% d’américains37). C’est grâce a son interaction sociale poussée, son application pour mobile et console, sa recherche constante de la nouveauté et de la qualité mais aussi sa force d’innovation et de renouvellement depuis son lancement en 2005, que Blip est devenu la plate-forme la plus importante concernant le visionnement de web-séries sur le web mais aussi sur mobile. ! Figure 10 - Captures d'écran de l'application iOs de Blip 37 http://www.alexa.com/siteinfo/blip.tv 1.2.3. Les problèmes liés à la diffusion sur Internet : archivage et restriction géographique Il y a une devise sur le web qui dit « Internet n’oublie jamais », c’est-à-dire que toute information mise en ligne, quelque soit son type (texte, photo, vidéo), ne pourra jamais vraiment être effacée. Si l’on peut aujourd’hui effacer pour le visionnement des informations postées sur un réseau social, ces informations resteront quand même sur les serveurs de ces réseaux sociaux, ne disparaissant jamais vraiment, étant présent « pour toujours ». Si l’on connaît aujourd’hui de plus en plus les dangers de l’internet liés à une utilisation trop publique de certains sites, nous savons également à quelle vitesse une information va se propager sur le web dés lors sa mise en ligne. C’est cette vitesse de partage d’informations, amplifiée au fil des années avec l’avènement des réseaux sociaux, qui a fait qu’internet n’oublie jamais. Comme vu dans l’introduction de ce mémoire, Internet est un réseau mondial. Des sites américains sont donc accessibles à des internautes japonais, des sites ukrainiens accessibles à des internautes anglais etc. Internet reposant sur le partage d’informations, de connaissances et de médias, il est essentiel de ne pas restreindre les réseaux à l’intérieur d’un seul pays et de laisser circuler librement, de pays en pays, ces informations. Pourtant lors de nos recherches dans le cadre de ce mémoire, nous avons été heurtés à deux problèmes majeurs : la restriction géographique d’informations et l’effacement d’informations. En Corée du Nord, seul une centaine de personnes ont un accès à Internet, ces quelques personnes n’ayant qu’un accès très limité, réduit à une boite mail et quelques sites de propagande gouvernementale. Le Larousse définit le mot « censurer » comme le fait d’« Interdire tout ou partie d'une communication destinée au public 38», on peut donc dire que la Corée du Nord censure l’accès à Internet à ses habitants. Le site de Blip est depuis 2007 inaccessible en Chine 38 http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/censurer/14087?q=censure#13931 et depuis 2011 inaccessible en Turquie. Ces deux pays ayant des problèmes concernant la liberté d’expression, il est normal que Blip, plateforme essentiellement occidentale et en particulier américaine, soit censuré comme l’est régulièrement YouTube dans ces deux même pays39. Si l’on parle facilement de censure pour ces deux exemples, peut-on appliquer le même mot en ce qui concerne la limitation à un seul pays d’une information ? Peut-on parler de censure extérieure ? Dans le cadre de ce mémoire, nous avons rencontrés plusieurs exemples de web-série qu’il était impossible de visionner depuis la France, ces web-séries venant principalement des Etats-Unis. La première web-série est Burning Love, diffusé par Yahoo qui ne restreint pas toute ses web-séries puisqu’une autre web-série, The Flip Side est disponible depuis la France. Il ne s’agit donc pas d’une décision du diffuseur Yahoo mais du producteur de la websérie. ! Figure 11 - Capture d'écran du site de Yahoo après le lancement de Burning Love Un deuxième cas de restriction géographique est pour la web-série SamHas7Friends. Lancée sur YouTube en 2006, cette web-série fut relancée en Octobre 2012 sur le site de la chaine américaine The CW avec Prom Queen, une autre websérie par les mêmes 39 http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_websites_blocked_in_the_People's_Republic_of_China créateurs de SamHas7Friends. Les 20 épisodes de SamHas7Friends sont toujours en ligne sur la chaine officielle YouTube mais ne peuvent pas être visionnés depuis la France. On ne peut pas vraiment parler de censure puisque il ne s’agit pas du gouvernement américain qui a restreint l’accès à ces web-séries mais les producteurs des web-séries concernées qui l’ont fait pour des questions de droits d’auteurs souvent décidées pays par pays. Si ce contenu n’est pas accessible, du moins légalement, il existe néanmoins et peut être visionné par les personnes vivant dans les pays concernés car il existe des web-séries qui ne sont plus disponible quelque soit le pays de visionnement. En 2000, la crise du dot.com fait que beaucoup d’entreprises en ligne vont fermer et leurs contenus seront perdus pour toujours. Il est aujourd’hui très dur de trouver des informations concernant certaines web-séries créées avant YouTube vu le peu d’informations qui restent de cette époque si proche en terme d’années mais si lointaine en informatique. Le coût de production d’un webisode de web-série était élevé car la création, la diffusion et le marketing coûtaient cher et très vite des entreprises se font donc racheter ou font faillite. Des web-séries tel que The East Village créé en 1996 après le succès qu’obtiens The Spot, aurait couté 12 000$ de budget par semaine (les acteurs, l’équipe technique, l’hébergement du site et des vidéos) plus 25 000$ de budget marketing mensuel40. Pourtant plus de 10 ans après il ne reste plus rien de cette web-série sur internet, mise à part son nom et quelques articles d’archives41. La situation semble d’autant plus choquante lorsqu’on apprend que suite au succès de The Spot, c’est une centaine de web-séries qui seront créées mais des années après n’existent plus que dans la tête de leurs créateurs. Les épisodes de WhirlGirl, dont nous avons parlés plus tôt, ont aussi disparu malgré l’énorme succès qu’a eu la web-série à sa sortie. 40 http://tvisual.org/2010/04/05/toward-a-history-of-web-series/ 41 http://www.nytimes.com/1996/08/11/style/the-east-village-in-again.html?src=pm Mise à part la crise qui fit fermer de nombreuses start-up, la principale raison de cette disparition est le coût que représentait à l’époque l’hébergement d’un site web en particulier lorsque celui ci contenait de la vidéo, les producteurs ne pouvaient pas se permettre de payer pour le maintien en ligne de sites web qui leurs coûtaient plus d’argent qu’ils n'en rapportaient. Gemini Division, une web-série que nous aborderons sous l’angle économique dans la prochaine partie, n’est plus disponible sur le site de la NBC et de SciFi (devenu entretemps SyFy), les deux diffuseurs de la web-série à son lancement. Le site officiel ne fonctionne plus et les épisodes furent retirés de la chaine officiel YouTube sur lequel on ne trouve plus que des épisodes en hongrois et mis en ligne par un fan hongrois de la web-série. La conservation des premières web-séries (The Spot, WhirlGirl, Eon-4) est semblable à la conservation des premiers films de cinéma qui ne disparurent pas pour cause techniques mais bien par volonté humaine. Plusieurs raisons pousseront à la destruction des premiers films notamment le peu de valeur artistique accordé au cinéma, le coût de la pellicule et son manque pendant les temps de guerre et qui furent donc réutilisés ou la destruction volontaire dans le but de recréer quelque chose de plus actuel face à quelque chose de désuet. Ces nombreuses raisons s’appliquent également à la web-série puisque nous ne sommes qu’au début de son histoire et il faudra surement plusieurs années avant que celle ci soit considérée à juste titre comme des objets artistiques par des critiques ou des théoriciens. Comme nous l’avons vu dans l’introduction, il n’y a pas encore d’ouvrage de référence sur les web-séries et les web-fictions en France. Le problème de restriction géographique étant un problème d’ordre légal, il est alors difficile de trouver une solution pour les internautes si ce n’est de frauder pour détourner cette restriction. La disparition des web-séries est moins courante car comme nous l’avons vu, le stockage et le streaming de vidéos coûtent de moins en moins cher et il existe aujourd’hui des plate-formes permettant la mise en ligne et la diffusion gratuites de vidéos. Ces deux problèmes, liés à l’utilisation d’internet comme média, sont aussi liés à la jeunesse de la web-série car plus que des problèmes de diffusion, la web-série possède avant tout des problèmes financiers. 1.3. Un modèle économique incertain De manière mondiale, la web-série 2.0, bénéficie de la création et du succès grandissant depuis 5 ans des sites de partages de vidéos tel que YouTube passant de 100 millions de vues quotidiennes en Octobre 2006 à plus de 4 milliards en Janvier 201242. Les webséries étant de plus en plus nombreuses, il est difficile pour certains créateurs de se faire démarquer en particulier pour les créations les plus amatrices et ceux qui se démarqueront seront souvent ceux qui ont le plus d’argent à investir en campagne de promotion pour leurs web-séries et qui auront donc bien souvent, les plus grosses audiences sur YouTube. Que cela soit aux Etats-Unis ou en France, la création de web-série pose des problèmes financiers autant pour les auteurs/créateurs amateurs que pour les producteurs les plus professionnels qui dans les deux cas auront bien du mal à boucler les budgets de leurs web--séries. En 2006, une des web-séries qui a le plus de succès dans le monde anglophone est Break A Leg43 qui cumule aujourd’hui en 2013, plus de 2 millions de vues pour la totalité de sa série et ses 17 épisodes. Si aujourd’hui cela paraît peu il ne faut pas oublier que le premier épisode de Break a Leg fut mis en ligne le 27 Novembre 2006 sur YouTube soit un peu plus d’un an après la création du site internet et les épisodes frôlaient les 10 minutes, chose qui reste assez rare encore aujourd’hui. De plus, la série n’est pas seulement en ligne sur YouTube mais aussi sur Blip sur lequel il est impossible de voir le nombre de vues. Dans une interview, le créateur de Break a Leg, Yuri Baranovsky avoue avoir gagné environ 2500$ pour ses deux ans de travail dont 1600$ venant du programme de partenariat avec YouTube44. D'après le site IMDB.com, chaque épisode aurait coûté à produire en moyenne 400$ sachant qu'il y a 17 épisodes, cela fait un total de 6800 dollars dépensés au minimum pour la création de cette web-série, sois 4300$ de dépenses qui ne seront pas remboursées et qui resteront à la charge des créateurs/ 42 http://techcrunch.com/2012/01/23/youtube-reaches-4-billion-views-per-day/ 43 http://breakaleg.squarespace.com 44 http://gigaom.com/2008/03/31/how-not-to-get-rich-quick-create-a-web-series/ producteurs. Yuri Baranovsky avait financé sa web-série en autofinancement usant de ses propres finances et de celles de son équipe. Il s’agissait d’un financement intérieur à la websérie et non pas extérieur. Cinq ans après, l’offre et la demande de web-séries ont changé ainsi que la manière de les financer. Aujourd’hui, les principaux moyens de financement de web-séries sont extérieurs, c’est-à-dire venant d’une personne extérieure aux tournages comme des amis, des entreprises, des connaissances ou des inconnus. Les deux moyens de financement extérieur les plus utilisés pour la production de websérie sont le brandcontent et le crowdfunding. Ces deux moyens de financement possèdent chacun des qualités et des défauts mais ne s’excluent pas pour autant, les deux pouvant également être complémentaires l’un l’autre. 1.3.1. Le brand content où quand la marque devient créatrice d’un produit de divertissement Les marques ne peuvent plus de nos jours promouvoir leurs produits ou même tenter de renouveler leurs images comme elles le faisaient avant, en utilisant seulement des médias traditionnels (radio, télévision, presse), le public délaissant de plus en plus ces médias là, au profit d’un média plus jeune, Internet. Certaines grandes marques ont compris plus ou moins vite qu’Internet était un média très puissant à utiliser et qu’il était essentiel de l’avoir à leur avantage. C’est en comprenant qu’il était urgent de récupérer à tout prix cette audience désertant de plus en plus la TV, que ces marques ont décidé d’agir ne pouvant laisser filer cette tranche d’âge si importante. Aux Etats-Unis, sur la tranche des 18-24 ans, la durée d’écoute est passé de 25 heures et 4 minutes par semaines en 2011 à 23 heures et 7 minutes en 2012 et sur la tranche des 25-34 ans de 29 heures et 6 minutes en 2011 à 28 heures et 9 minutes en 201245. En 2011 en France, plus de 3 adolescents sur 10 ne regardent jamais la TV, c’est autant qui ne regardent plus les publicités accolées aux programmes qu’ils jugent « débiles » ou de qualité 45 http://www.marketingcharts.com/wp/television/are-young-people-watching-less-tv-24817/ « trop faible 46». Pour ces marques, il s’agit d’arriver à montrer leurs produits, à exposer leurs images, leurs valeurs, sur un média que les jeunes privilégient de plus en plus, internet, qu’ils ne consultent plus seulement sur ordinateur mais aussi sur tablette tactile ou sur Smartphone. Pour ces marques, une des solutions est de faire appel à des agences de communication pour mettre en place une stratégie de brand content ou contenu de marque en français. D’après le site Definitions Marketing, le brand content se définit comme des « contenus produits directement par une marque à des fins de communication publicitaire et d’image 47». Il s’agit donc d’une stratégie de communication d’une marque qui aurait pour objectif de créer des liens, de transmettre des valeurs, de donner une image positive auprès d’une audience.. Les moyens mis en place par les agences responsables des stratégies de brand content sont souvent la supervision et la création d’un produit de divertissement (film, jeux vidéo, site internet interactif) qui est souvent éloigné du domaine initial de la marque. Red Bull fait partie des marques les plus novatrices en matière de communication et en particulier d’utilisation de brand content puisque ce dernier initialement fabricant de boisson énergisante, a développé un empire médiatique autour de la marque en produisant de nombreux films sur les sports extrêmes ou en sponsorisant de nombreuses compétitions sportives de snowboard, de motocross ou de football. L’utilisation du brand content (ou contenu de marque en français) ne date pas de l’arrivée d’internet, cette stratégie remonte aux premiers feuilletons radiophoniques sponsorisés et produits par des grandes firmes de savon, ce qui donnera le terme de soap opera (feuilleton savon) ensuite appliqué pour les feuilletons télévisés. Tandis que l’on mesure l’efficacité d’une publicité en ROI48, celle du brand content se mesurera en 46 http://www.lesinrocks.com/2011/07/16/actualite/pourquoi-les-jeunes-regardent-de-moins-en- moins-la-tele-1112359/ 47 http://www.definitions-marketing.com/Definition-Brand-content 48 Return on Investment (Retour sur Investissement), c’est à dire le montant d’argent gagné ou perdu en rapport à l’argent initialement investi ROA49. En 2010 aux Etats-Unis, les stratégies brand content représentaient prés de 30% des investissements en communication.50 C’est donc aux Etats-Unis que l’on trouvera des exemples de brand content efficacement adaptés à des web-séries et qui sauront exploiter l’interactivité avec les internautes. La marque de grande distribution américaine Target lança en Octobre 2012 leur websérie Falling for you. Cette web-série est disponible exclusivement sur le site internet de Target car l’originalité de la web-série produite par Target est la possibilité d’acheter pendant la diffusion de l’épisode les divers objets et vêtements que l’on aperçoit dans la web-série. ! Figure 12 - Capture d'écran de Falling for You avec les produits qu'il est possible d'acheter en ligne Un autre groupe américain, AT&T lancera sa web-série « brandée », Daybreak51 pendant l’été 2012. Cette web-série, créée par Tim Kring (créateur des séries télévisées Heroes et Touch) se distingue par son interaction avec le spectateur mise en avant par l’histoire de conspiration technologique. En effet le groupe américain de télécommunication, mit à disposition un site très complet pour visionner les épisodes mais aussi pour promouvoir leur service de télécommunication et les produits mobiles 49 Return on Attention (Retour sur Attention), c’est-à-dire, suite à la diffusion du contenu combien de personnes seront réceptif au message, aux valeurs ou à l‘image diffusé dans le contenu 50 http://www.atelier.net/trends/articles/web-contenu-de-marque-simpose-aupres-communicants 51 http://www.daybreak2012.com les accompagnant. Target créa également une application (iOs et Android) pour immerger l’internaute un peu plus loin dans l’histoire en lui proposant des indices et des informations supplémentaires sur l’histoire de Daybreak. Bien que la web-série soit disponible au visionnement en France, l’application elle ne l’est pas puisqu’elle est seulement disponible sur l’Itunes Store Américain. ! Figure 13 - Capture d'écran de Daybreak qui met en avant le HTC One X qu'il est possible de commander en cliquant sur le lien sous le lecteur Si nous venons de voir deux exemples de web-séries issues du « brand content » qui ont misé avant tout sur l’interaction avec le spectateur et sur peu d’épisodes (3 pour Falling for You, 5 pour Daybreak), d’autres web-séries « brandées » vont choisir une autre approche pour mettre en avant leurs produits comme Ikea et leur web-série, Easy to Assemble. Easy to Assemble est une web-série de 51 épisodes divisés en 4 saisons. Le premier épisode fut diffusé le 22 Septembre 2008 et le dernier fut diffusé le 11 décembre 2012. Easy to Assemble est une web-série brandée de Ikea mais contrairement au brand content habituel, sa genèse est un peu inhabituelle. Le projet n’est pas à l’origine de Ikea mais de Illeana Douglas, scénariste, productrice et actrice principale du projet. Si Ikea n’est pas à l’origine du projet, celui ci finance entièrement la web-série et prête un de ces magasins (à Burbank en Californie) afin de pouvoir servir de décors. La société Ikea est essentielle à la création de cette web-série et sans Ikea celle ci n’aurait pu exister car elle dépeint la vie fictionnelle de Illeana Douglas, actrice, qui décide de quitter le monde d’Hollywood pour celui d’Ikea mais cette dernière sera vite rattrapée par son passé d’actrice. Si Ikea n’avait pas accepté que Illeana Douglas utilise son image et son magasin, la web-série n’existerait probablement pas, Easy to Assemble est donc une série brandée, malgré l’origine « artistique » du projet et non pas « commerciale ». Pour Illeana Douglas, il est évident que ce partenariat avec Ikea est très intéressant car il lui permet de produire une web-série, « gratuitement » tout en gardant un contrôle sur son œuvre : « I’m working with the directors I want to work with, the actors I want to work with, incorporating music and dance, which is something I always wanted to do. “Too far out” was always the note I was given. One of the great things about the web is that no one is standing over your shoulder, no one is saying “I don’t like that.” 52» (Je travaille avec les réalisateurs avec lesquels je veux travailler, les acteurs avec lesquels je veux travailler, je peux incorporer de la musique et de la danse, ce qui est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. « Tu vas trop loin » était toujours ce que j’entendais comme retour. Une des choses géniales à propos du web est qu’il n’y a personne qui se tient derrière vous, personne ne va dire « Je n’aime pas ça » 53». Illeana Douglas semble confirmer ses propos de liberté en disant que la seule remarque sur le scénario que les responsables d'Ikea ont faite était sur le fait qu'Ikea ne vendait pas de la crème glacée mais des yaourts glacés54. Nous avons vu les nombreux avantages d’Illeana Douglas à travailler avec Ikea, mais est-ce qu’Ikea possède un avantage à financer une web-série et prêter un de leur magasin si ce n’est pour avoir en retour ? La réponse est bien évidemment oui, Ikea étant une des marques usant le plus du brand content qui représente entre 2 et 3% de son budget marketing total, elle connaît les enjeux et les avantages du brand 52 http://www.tubefilter.com/2008/08/01/has-illeana-douglas-found-the-secret-to-web-television/ 53 Traduction personnelle 54 http://grewallevymarketing.com/2012/10/29/the-sets-are-already-there-ikeas-web-series- advertising/ entertainment. Pour Ikea, il s’agit avant tout de montrer une image positive de Ikea et des conditions de travail de ses employés. Alia Kemet, directrice de communication de Ikea US, le confirme : « Cette web-série permet à nos clients de voir de façon amusante les coulisses de nos magasins et la culture de notre entreprise : un lieu sympa pour acheter et pour travailler ! 55». Ikea montre une image décomplexée de leurs magasins et de leurs employés grâce au ressort comique de Illeana Douglas qui n’hésitera pas à se moquer des fameuses boulettes de viande suédoise, des clichés physiques (les employés sont très souvent blond/blonde) et de l’accent suédois. En montrant qu’ils cautionnent ces « moqueries » et même les encouragent, la société suédoise prouve qu’elle sait prendre du recul et rire d’elle même. ! Figure 14 - Captures d'écran de Easy to Assemble 55 http://blog.placetobemedia.com/index.php/2011/10/la-3e-saison-d-easy-to-assemble-la-web- serie-d-ikea-est-lancee/ Il est difficile à l’heure actuelle de dire combien de fois les épisodes ont été vus car il existe énormément de moyens de voir la série, le site TubeFilter dans un article écrit lors du lancement de la deuxième saison, en répertoriait 10 différents !56. Il est donc périlleux de faire un compte rendu précis du ROA, néanmoins la série fut énormément partagée sur les réseaux sociaux (plus de 1,5 millions de fois en septembre 201257), Facebook en tête alors que la page Facebook de la série ne fut créée qu’en 2012 pour la quatrième saison. Easy to Assemble est donc un succès pour Ikea mais aussi dans le monde de la websérie puisque la série récolta de nombreux prix : Streamy Awards de 2010 (Best Ensemble et Best Brand Integration pour 7 nominations totales) ; Webby Award de 2010 (Best Individual Comedy Episode pour l’épisode "Triumph of Sparhusen" et Best Branded Show pour 4 nominations totales) ; Webby Award de 2012 (Honoree Best Writing, Best Individual Performance pour Illeana Douglas) Quand on lui demande pourquoi Easy to Assemble fut un tel succès critique, public mais aussi en terme d’image de marque, Alia Kemet répond « Our content resonates because it's produced by entertainers, not salespeople 58» (Notre contenu fonctionne car il est produit par des gens issus du divertissement et non pas des commerciaux.59). Ikea l’a compris, du brand entertainment, c’est avant tout de l’entertainment, du divertissement. Le brand content est une stratégie utile non pas pour des petites marques qui souhaiteraient se faire connaître mais plutôt pour des groupes sociétaires ou des grosses marques qui peuvent se permettre d’investir financièrement dans des web-séries ou dans le développement d’applications dédiées sans contre partie financière directe, presque à perte. Contrairement à la publicité qui marche sur du court terme (un spot de 56 http://www.tubefilter.com/2009/10/28/how-ikeas-easy-to-assemble-broke-1-9m-views-without- cheating/ 57 58 59 http://online.wsj.com/article/SB10000872396390444358404577609932125128046.html Op. Cit Traduction personnelle publicité de 30 secondes qui va donner envie d’acheter un produit), le brand content marche sur du long terme puisque la web-série va se dérouler en général sur plusieurs semaines ou même plusieurs mois. Si le brand content représente des coûts financiers importants pour les sociétés voulant s’y aventurer, il existe une alternative moins coûteuse, pour que celles ci puissent lier leurs produits à un produit du divertissement, il s’agit non pas de brand content mais de branded content. 1.3.2. Le branded content, participation d’une marque à un produit de divertissement Tandis que le brand content consiste à créer un produit de divertissement autour d’une marque, le branded content est un contenu artistique créé indépendamment d’une marque. Lorsque Red Bull produit une web-série documentaire sur la musique tel que H∆SHTAG$60 , la société produit alors du brand content puisque c’est elle qui est à l’origine créatrice de la web-série. Si un créateur de web-série vient démarcher Red Bull pour proposer à ce dernier de participer financièrement à sa web-série en échange d’un placement de produit, on est alors dans le branded content, Red Bull n’étant plus dans la création d’un contenu mais dans la participation à un contenu. Red Bull peut alors se retirer du projet, celui ci existera toujours. Dans le cas de Easy to Assemble, si l’on peut penser qu’il s’agit alors de branded content puisque le projet est à l’origine d'Illeana Douglas, il ne faut pas oublier que Ikea joue ici un rôle plus important que la simple participation puisque la société finance entièrement la web-série qui se déroule dans leur univers, Illeana Douglas se rendant même dans un Ikea suédois lors de la quatrième saison. Si Ikea se retire du projet, les créateurs de la web-série ne perdent pas une simple participation financière mais tout leur concept, il s’agit donc de brand content. 60 http://www.redbullmusicacademy.com/magazine/hashtags-trailer Le branded content se rapproche donc du sponsoring qui est définit par Definitions Marketing comme « un soutien financier ou matériel apporté à un évènement par un partenaire annonceur en échange de différentes formes de visibilité sur l’événement 61». Pour le branded content, il s’agit du même concept appliqué, non pas à un événement, mais à du contenu de divertissement. Parmi les formes de visibilités possibles, la plus communément utilisée dans la web-série, est le placement de produit. Definitions Marketing donne la définition suivante du placement de produit : « Le placement produit est une technique publicitaire qui consiste pour une entreprise à placer sa marque ou son produit de manière la plus visible possible dans un film, un feuilleton ou une émission de télévision62. » Nous allons voir dans la suite de ce mémoire, deux exemples d’utilisation de placement produit différents l’un de l’autre. Le premier exemple est la web-série Good People in Love63 créée par Tina Cesa Ward déjà responsable de la web-série Anyone But Me qui a récolté de nombreux prix dans des festivals (Telly Awards, Streamy Awards, Writers Guild Awards). Les cinq épisodes de Good People in Love furent diffusés de Novembre à Décembre 2011. L’histoire est celle de plusieurs amis qui se réunissent la veille de l’adoption de la mesure en faveur du mariage homosexuel à New York pour un repas. Durant ce repas, deux des personnages vont essayer de se prouver l’un à l’autre que leur vision de l’amour est la plus juste. Il n’y pas moins de 6 marques représentées tout au long de ces 5 épisodes : Abiouness Wine Company pour le vin, Emperor’s Brand pour la Vodka, Miao Yun Kuang pour les tableaux de peinture, Fishs Eddy pour les couverts de table, Urban Garden City pour les plantes à l’extérieur de l’appartement dans le premier épisode et tous les plats viennent du chef Jessica Young64. 61 http://www.definitions-marketing.com/Definition-Sponsoring 62 http://www.definitions-marketing.com/Definition-Placement-produit 63 http://blip.tv/goodpeopleinlove 64 http://minu.me/90n7 Pour Kristin R. Thomas, chargée du placement de produit pour l’agence MountainGirl Productions, il était important d’avoir des sociétés qui ne souhaitaient pas seulement apparaître à l’écran mais qui soutenaient la communauté LGBT65 et qui comprenaient donc l’histoire, son message et ses enjeux. On est dans un placement de produit où il n’y a pas d’échange financier puisque aucune des deux parties ne recevra directement de l’argent l’une de l’autre, mais une aide logistique pour la web-série et commerciale pour les marques. ! Figure 15 - Captures d'écran du placement de produit dans Good People in Love Le deuxième exemple est différent du premier exemple puisque l’échange financier est ici essentiel. Gemini Division est une web-série professionnelle de science fiction produite par Electric Farm et diffusée sur le site internet du groupe audiovisuel NBC dont les droits ont été également vendus à Sony. Dans cette web-série ce sont des marques très connues comme Microsoft, Cisco ou encore Intel qui ont participé à la web-série. On peut remarquer, la différence de marques entre Gemini Division et Good People in Love, tandis que la première emploie des groupes internationaux possédant une forte notoriété, la seconde s’est tournée vers des marques locales, inconnues pour l’internaute moyen. Il y a également deux autres points sur lesquels le placement de produit de Good People 65 Lesbiennes, gays, bisexuels et trans in Love et Gemini Division divergent : la subtilité des intégrations de marques et le coût financier du placement de produit. Dès les premières images de Gemini Division, (Voir Figure 1) on aperçoit la marque Microsoft et son Windows Mobile sur un écran de téléphone. On a donc une opposition directe avec l’intégration toute en subtilité de Good People in Love où les marques n’apparaissaient pas en gros plan à l’écran et n’étaient citées qu’au générique. Si les marques sont montrées de façon peu subtile, c’est car celles ci ont payé la production (Electric Farm) pour apparaître et veulent donc être vu. Les marques ont d’ailleurs probablement négocié le temps de visibilité de leur produit à l’écran. Gemini Division n’a pas eu de problème de financement puisque grâce aux placements de produits et aux droits de diffusion achetés par NBC et Sony, elle avait déjà rentabilisé son budget de 1,75 millions de dollars avant même sa production ! ! Figure 16 - Capture d'écran du placement de produit dans Gemini Division Comme on a pu le voir dans cette première partie sur le brand content, l’association partielle ou totale avec une marque peut permettre à un producteur de web-série de libérer une partie de son budget ou bien de financer totalement sa web-série. Malheureusement, le monde de la web-série est plus rempli d’amateurs que de professionnels et il est difficile de convaincre une grande marque d’investir dans son projet de web-série lorsqu’on est amateur et que l’on souhaite monter son premier projet professionnel. Il est plus facile pour les amateurs de se faire sponsoriser par des marques ou des enseignes locales afin d’éviter des frais logistiques (vêtements, repas, mobilier, location de lieux) et pouvoir favoriser un autre poste de dépense tel que la technique par exemple. Tout n’est pas sans risque en utilisant du brand content, puisqu’il faut que les marques soient attentives à la créativité et à l’intérêt artistique de leur projet afin de capter le spectateur et que celui ci ne se rendent pas compte que la vidéo qu’il regarde est avant tout une publicité déguisée. Une web-série se construisant sur plusieurs épisodes, si les spectateurs n’accrochent pas dès le premier épisode car la qualité n’est pas au rendezvous, la campagne de communication sera un échec pour la marque. De manière générale, le brand content est souvent plus profitable aux marques qu’aux créateurs des contenus car ces derniers n’ont pas de pouvoir face aux marques et bien souvent comme au cinéma, si le projet n’est pas soutenu par une star télévisuelle ou cinématographique il devient alors très dur d’obtenir un quelconque support de la part d’une grosse marque. Sans Rosario Dawson, il est peu probable que de telles marques auraient rejoint le projet Gemini Division. Heureusement pour les productions moins professionnelles mais également pour des créateurs confirmés, il existera une autre alternative de financement, il s’agit du crowdfunding. 1.3.3. Financement participatif : exemple de cas avec Kickstarter Bien que sa traduction ne soit pas tout à fait définie (« financement participatif » ou « production communautaire »), le crowdfunding ne signifie qu’une seule chose : « the practice of funding a project or venture by raising many small amounts of money from a large number of people, typically via the Internet 66» (la pratique de financer un projet ou une entreprise en levant des petites sommes d’argent d’un grand groupe de personnes, en général via internet67). Le principe du crowdfunding n’est pas vraiment nouveau, un réalisateur comme Sam Raimi, pour son premier film Evil Dead, sorti en 1981, avait lui aussi utilisé des fonds de plusieurs investisseurs privés (de riches dentistes) pour financer son film68. Avec le crowdfunding, le projet à financer peut être de nature artistique (un film), 66 http://oxforddictionaries.com/definition/english/crowdfunding 67 Traduction personnelle 68 http://www.contactmusic.com/news-article/dentists-funded-horror-classic-the-evil-dead solidaire (aider le projet personnel d’une personne) ou scientifique (faire des recherches). Tout est finançable grâce au crowdfunding mais deux secteurs semblent être particulièrement enclins à être finançables : la musique et la vidéo (cinéma, court métrage, web série). A l’heure actuelle, de plus en plus de sites de crowdfunding ouvrent leur porte avec plus ou moins de succès comme on peut le voir sur le site annuaire AlloProd69 qui va regrouper des sites de crowdfunding que ceux ci soient actifs ou non. Si certains sites n’arrivent pas à se démarquer et ne tiennent que quelques mois, d’autres sont là depuis maintenant quelques années et se portent très bien. Le principe du crowdfunding est simple, il s’agit de proposer un projet que l’on souhaite financer sur une plate-forme de crowdfunding. Ce projet doit être décrit avec précision et notamment la répartition de l’argent récolté. Pour chaque don, il existe alors un « contre don » c’est à dire un cadeau pour remercier la personne qui a donné son argent au projet. Ces contres dons sont proportionnels aux sommes données, ainsi pour 1$ donné le donneur ne recevra qu’un simple merci de la part du porteur du projet, pour 20$ il peut recevoir un DVD du film/série, pour 100$, un DVD + un tee shirt + une affiche, pour 1000$ assister à l’avant première etc. C’est à chaque porteur de projet de déterminer les différents contres dons et ceux ci ne seront bien évidemment pas les mêmes d’un projet à l’autre. Le financement se fait en général sur 1 mois. Avant la fin de sa campagne de récolte de fonds, le porteur du projet doit atteindre 100% du financement qu’il désire, si il ne les atteint pas, le projet n’est pas financé et les backers, c’est à dire ceux qui donnent de l’argent, sont remboursés. Dans la catégorie des sites de crowdfunding généralistes (comme on le verra plus tard), on citera surtout les deux principaux, à savoir Ulule pour la France (1808 projets financés depuis Octobre 2010, le 13 Mars 201370) et Kickstarter aux Etats-Unis qui est arrivé à financer plus de 37 000 projets (pour plus de 48 000 non financés) pour un peu plus de 435 millions de dollars levés71 depuis sa création en Avril 2009. Ces deux sites sont généralistes, c’est-à-dire qu’ils permettent le financement de projets 69 http://www.alloprod.com/labels-participatifs/ 70 http://fr.ulule.com/about/faq/ 71 http://www.kickstarter.com/help/stats de nature très différente. En Mars 2013, sur la page d’accueil des projets Kickstarter, nous pouvions trouver pêle-mêle : un projet de sweat à capuche, une bande dessinée, une comédie musicale, un jeux vidéo ou encore un récipient pour bière. Des projets tous différents les uns des autres mais pourtant tous financer à 100% (parfois plus) et souvent bien avant la date limite de projet. ! Figure 17 - Capture d'écran d'exemple de contre don avec le nombre de backers ayant souscris à ces contres dons ! Figure 18 - Capture d'écran de la catégorie Webseries du site Kickstarter Pour lutter contre l’arrivée toujours plus nombreuse de site de crowdfunding, certains sites vont se spécialiser dans le « financement participatif » de niches. Petridish pour les projets scientifiques, My Witty Games pour les jeux de plateaux, Sporty Projects pour les projets sportifs, Offbeatr pour le financement de films pornographiques ou en encore emphas.is pour les projets de photojournalisme. On pourrait donc se demander aujourd’hui quel projet ne pourrait pas être financé ou du moins ne pourrait être proposé en financement ? Il semblerait que seul ce qui serait contre la loi ou contre la morale. On trouve sur le site de Kickstarter une liste de ce que le site n’accepte pas comme projet de financement72 mais que l’on peut retrouver sur d’autres sites de crowdfunding tel que le financement de films à caractère pornographique. Comme il est spécifié plus haut, les projets audiovisuels présentés sur les plate-formes de crowdfunding sont de plus en plus importants et sont généralement des succès. Tout d’abord des succès de financements puisque sur Kickstarter la catégorie « Film & Video » est la deuxième la plus financée après la catégorie « Music » mais elle contient beaucoup plus de projets financés entre 100 000 et 1 millions de dollars que cette dernière (87 projets financés pour « Film & Video » contre 15 pour « Music »73). On peut expliquer cette différence car un projet de film coûte en moyenne plus cher qu’un projet musical. Le nombre de projets musicaux est supérieur dans la tranche de dons récoltés entre moins de 1000$ et 10 000$ et ceux ci sont au nombre de 9306, soit 85% du nombre total de projet financés. Dans cette même tranche, la catégorie Film correspond seulement à 72% soit 6777 projets sur un total de 9367 de projets financés à terme. La différence de projets financés dans la catégorie « Music » et « Film & Video » n’est « que » de 1522. En mars 2013 fut lancé le projet Kickstarter de l’adaptation cinéma de la série Veronica Mars. La série s’étant constituée une base de fans au fil de ses trois saisons, ceux ci, déçus par l’arrêt de la série en 2007, avaient crée des pétitions qui furent partagées sur les réseaux sociaux pour que The CW, chaine d’origine de la série, fasse en sorte de 72 http://www.kickstarter.com/help/guidelines 73 http://www.kickstarter.com/help/stats finir dignement la série. Le 13 Mars après six ans d’attente, le projet de film maint fois évoqué dans les médias est finalement lancé sur Kickstarter avec pour but de récolter un minimum de 2 millions de dollars en 1 mois, temps accordé en moyenne à chaque projet Kickstarter74. Moins de 10 heures après, le projet était déjà entièrement financé. A la fin de son temps imparti, le projet avait récolté 5 702 153 de dollars. ! Figure 19 - Une capture d'écran du projet Kickstarter de Veronica Mars Il s’agit du plus gros financement pour un projet « Film & Cinema » du site, battant le précédent record datant seulement de Février 2013, détenu par la deuxième saison de la web-série Video Game High School qui a atteint 808,341$ 75 et dont nous reviendrons sur le cas plus tard. Aujourd’hui il est encore trop tôt pour savoir si le projet Kickstarter sera une réussite puisque même si le projet est aujourd’hui amplement financé, il faut penser qu’on parle ici d’un film cinéma. Malgré la somme récoltée, cela reste une somme en dessous de la moyenne des budgets de films de studios puisque Veronica Mars appartient de droit à Warner Bros. De plus, la somme fut financée, pour le moment, par un total de 91 585 personnes, sachant que la série avait des audiences de 74 75 funded http://www.kickstarter.com/projects/559914737/the-veronica-mars-movie-project http://www.kickstarter.com/projects/freddiew/video-game-high-school-season-two?ref=most- 2,5 millions de personnes en moyenne76. Une première remarque nous laisse entendre qu’il s’agit donc d’une minorité de la fanbase de la série qui a financé le projet, soit environ 3,6% des spectateurs. Avec cet échec en nombre de backers mais pas en terme d’argent récolté, il est légitime de se demander combien de spectateurs iront voir le film pour parler de succès véritable ? Nous pouvons également nous demander comment sera réparti l’argent récolté durant la campagne Kickstarter ? Est-ce que cet argent servira pour la pré-production afin de décider la maison mère de la série, Warner Bros., d’investir dans le film ? Est-ce qu’il servira pour certaines parties du film ? Pour la distribution ou le marketing ? Tout cela reste flou sur la page du projet. Si le projet n’est là que dans le but de faire un film pour finir la série et faire plaisir au public, pourquoi vouloir le faire distribuer en salle (via Warner Bros. comme spécifier sur la page du projet) et ne pas seulement le distribuer en ligne gratuitement ou presque, puisque le projet dés sa pré-production déjà entièrement financé ? Il ne faut pas oublier que sur 8,000 films financés, 86 seulement ont une sortis cinéma77. De nombreuses questions restent encore sans réponse sur ce projet là et il faudra attendre la fin de la campagne de financement, voire de la post-production (prévue en Automne 2013) pour avoir un semblant de réponse. Un des autres succès récents du crowdfunding est le succès critique d’un film financé par le crowdfunding. Inocente est le premier film financé via Kickstarter à recevoir un Oscar, dans son cas, l’Oscar du Meilleur Court Métrage Documentaire en Février 2013. Inocente a réussi à réunir 52,527$ sur les 50,000 demandés durant l’été 2012. Le projet ne fut pas un gros succès de financement mais il a réussi à atteindre un peu plus que son objectif. Grâce à ce financement, le film est devenu un symbole auprès de toute une communauté d’artistes indépendants, éloignés des grands studios ou des modes de financements traditionnels. Bien que cela soit le premier projet à gagner, ce n’est pas le premier projet Kickstarter à être nominé aux Oscars puisque l’on peut citer Sun Come 76 http://en.wikipedia.org/wiki/Veronica_Mars#Ratings 77 http://www.theverge.com/2013/1/3/3832596/kickstarter-passes-100-million-in-pledged- funding-for-film Up en 2010 ou encore Incident in New Baghdad et The Barber of Birmingham en 2011. Tout ces succès pourraient nous laisser croire que le crowdfunding serait une sorte de poule aux œufs d’or pour les cinéastes de tout type (court métrage/long métrage/fiction/ documentaire/web-séries), hors bien souvent ces gros succès font de l’ombre aux projets qui échouent et dont on ne parle pas. Sur le site de Kickstarter, on apprend que seulement 39.79% des projets « Film & Video » lancés arrivent à 100% de leur financement au bout des 30 jours. Pour toutes catégories confondues (« Film & Video » inclus) ce nombre est de 43,74% en Mars 2013. En 2010, le total de projets financés était de 43% et de 46% en 201178, soit toujours entre 4 et 5 projets financés sur 10 lancés. Si le taux de succès de financement n’a presque pas bougé en 1 an (de 2010 à 2011), le nombre de projets financés en valeur absolue n’aura de cesse d’augmenter ainsi que la somme totale qui est investie à l’année : 3 910 projets financés pour 11 130 lancés en 2010 et 11 836 financés pour 27 086 en 2011. Le nombre de projets financés est plus important en 2011 que le nombre de projets lancés en 2010, preuve que le site réussi à attirer de plus en plus de monde. En 2010, il y a 27 millions de dollars investis dans l’ensemble des projets Kickstarter, en 2011 il s’agit de 99 millions de dollars. En moyenne, 7000$ étaient investis par projet en 2010, contre 9000$ en 2011. Si le taux de succès ne bouge pas, le nombre de projets lancés, le nombre de projets financés à 100% ou encore la somme d’argent investie dans les projets, ne cessent eux d’augmenter d’année en année. Si l’on a pour le moment évoqué seulement des formats cinématographiques, les webséries ne sont pas en reste dans le monde du crowdfunding, il paraît même impensable aujourd’hui en tant qu’amateur de ne pas avoir recours au crowdfunding, ne serait-ce que pour compléter un budget un peu trop court. Comme on l’a vu, le crowdfunding est le fait de faire appel à une foule (« crowd »), à une communauté pour financer son projet, il est donc logique de voir des web-séries 78 http://www.kickstarter.com/blog/2011-the-stats « communautaires 79» s’appuyer sur ce type de financement pour leur projet de web- série. La communauté homosexuelle, jugeant qu’elle est peu ou mal représentée dans les séries TV traditionnelles, va décider de ne pas laisser les dirigeants de chaînes imposer un certain cliché ou stéréotype sur les homosexuels et de prendre en main l’image de leur communauté en créant des web-séries qui montreront ce qu’ils estiment être un quotidien plus proche de la réalité que celui décrit à la télévision. Parmi les plus belles réussites de web-séries gay, on retrouvera The Outs et Husbands, toutes deux financées grâce au crowdfunding. La première fut créée par ce qu’on pourrait considérer comme un amateur tandis que l’équipe derrière la deuxième est plus professionnelle, plus ancrée dans le milieu de la série télévisée. The Outs est une web-série de 6 épisodes qui montre la vie de Mitchell, jeune homosexuel d’une vingtaine d’années vivant à Brooklyn, New York. Mitchell est interprété par Adam Goldman, également créateur, réalisateur et scénariste de The Outs. Les raisons qui le poussèrent à tourner cette web-série sont clairement expliquées dans la page de campagne Kickstarter : « We're making the show because we want to watch the show, and it's not out there. Sometimes when you want something and it doesn't exist, you have to make it. » (Nous faisons la série parce que nous voulons regarder ce type de série et qu’elle n’existe pas. Parfois quand tu veux voir quelque chose et que cela n’existe pas, tu dois le créer.80) Le premier épisode fut autofinancé et lancé le 27 Mars 2012 sur la plate-forme de partage de vidéo, Vimeo81. Ce premier épisode permit à l’équipe du film de lancer une première campagne sur Kickstarter afin de financer les deux épisodes suivants pour la 79 Nous parlerons de web-séries communautaires pour des web-séries qui seront faites par et pour une certaine communauté tel que la communauté homosexuelle, afro-américaine ou encore une communauté musicale. 80 Traduction personnelle 81 https://vimeo.com/39287297 somme de 1000 $82. La campagne réussi à récolter 1 685 $ ce qui permit de mettre en chantier les épisodes 2 et 3. Adam Goldman le dit, les 49 backers (c’est à dire les gens qui ont soutenu le projet financièrement) étaient « des amis, de la famille et des amis d’amis »83. Après le succès de cette première campagne de financement et le succès grandissant de la web-série auprès de la communauté homosexuelle et plus généralement des amateurs de web-séries, Adam Goldman décida de lancer une deuxième campagne sur Kickstarter afin de financer les 3 épisodes restant de la websérie84. Cette deuxième campagne fut nettement plus ambitieuse mais aussi fructueuse : 8000$ demandés pour 22 339$ récoltés grâce à l’aide de 503 backers. The Outs fait partie de ces web-séries américaines les plus réussies et les plus ambitieuses puisque chaque épisode étant d’une durée comprise entre 20 et 30 minutes, ce qui est au dessus des durées moyennes des épisodes web-séries qui se trouvent généralement entre 3 et 7 minutes. La durée des webisodes de The Outs va se rapprocher d’un format plus conventionnel d’épisode de série TV. Avec le surplus d’argent récolté lors de la campagne Kickstarter, l’équipe de The Outs tournera un épisode spécial (« Chanukah Special ») d’une durée de 45 minutes, ce qui est exceptionnellement long pour un épisode de web-série mais les qualités narratives, techniques et esthétiques de The Outs font d’elle une web-série qui pourrait potentiellement passer à la télévision. C’est peut être parce qu’elle travaille pour la télévision, que la créatrice et scénariste de Husbands, Jane Espenson (productrice et scénariste pour Buffy, Battlestar Galactica, Torchwood, Once Upon a Time) eu l’envie de rompre avec la durée d’un épisode de série télévisuelle classique qui se situe entre 20 minutes et 1 heure par épisode. Les épisodes de la première saison de Husbands sont d’une durée moyenne de 2 minutes et furent diffusés de Septembre à Octobre 2011. Husbands raconte l’histoire de deux hommes qui se réveillent à Las Vegas après une 82 83 http://www.kickstarter.com/projects/236250953/the-outs http://www.indiewire.com/article/futures-the-outs-creator-writer-director-star-is-making-a- webseries-worth-talking-about 84 http://www.kickstarter.com/projects/236250953/the-outs-part-2 soirée un peu trop arrosée et se rendent compte qu’ils sont officiellement le premier couple homosexuel à s’être marié. Cette première saison constituée de 11 épisodes (tous autofinancés) eu un très grand succès critique comme l’atteste la page presse du site internet85 qui contient de nombreuses citations de la part de la presse américaine. Après l’arrêt de la série, de nombreux fans ont réclamé la reprise de la web-série pour une deuxième saison. La production accepta finalement mais étant à court d’argent, elle décida de lancer une campagne sur Kickstarter pour permettre l’existence de cette deuxième saison. La campagne commença le 19 Mars 2012 soit 6 mois après la diffusion du dernier épisode. L’objectif de campagne était de 50 000 dollars ce qui sera atteint puisque les 956 backers donneront un total de 60 000 dollars. La saison 2 est constituée de trois épisodes de 9 minutes chacun. Même si elle s’éloigne des standards télévisuels par sa durée, Husbands n’hésita pas à inviter des guests stars télé (Joss Whedon, Felicia Day ou encore Jon Cryer.) pour sa deuxième saison grâce à l’argent récolté en plus, Jane Espenson d’ailleurs a un avis bien tranché sur la question de la frontière web-série/série TV : « We consider Husbands television. It's just television that arrives in a different box.86 » (Nous considérons Husbands comme de la télévision. C’est juste de la télévision qui arrive dans une boîte différente. 87» Même si l’on peut féliciter le succès critique et financier (grâce au crowdfunding) de Husbands et de The Outs, la communauté gay n’est pas la seule à soutenir massivement des projets de web-série et si il y a une communauté extrêmement nombreuse et puissante au 21ème siècle, c’est celle des gamers, des joueurs de jeu vidéo. Machinima, la chaîne YouTube88 spécialisée dans le divertissement pour joueurs de jeux vidéos fait partie des chaînes YouTube les plus consultées du site : plus de 7 85 86 http://husbandstheseries.com/press/ http://www.guardian.co.uk/tv-and-radio/tvandradioblog/2013/mar/05/gay-web-dramas- television-networks 87 Traduction personnelle 88 http://www.youtube.com/user/machinima millions d’abonnés, plus de 4 milliards de vues cumulées pour ses vidéos sur sa chaine principale, elle possède plusieurs sous-chaînes qui engendrent elles aussi des millions de vues. Avec ces 7 millions d’abonnés, Machinima est la 6ème chaine YouTube qui contient le plus de d’abonnés89 elle est également la deuxième chaîne ayant posté le plus de vidéo (plus de 20 000) après IGN (plus de 80 000 vidéos, une chaine de jeux vidéo également) mais elle est la première ayant le plus de vues cumulées sur sa chaine avec 4,15 milliards de vues, ce qui fait une moyenne de 180 000 vues par vidéos postées. Freddie Wong, créateur de la web-série Video Games High School est le détenteur de la cinquième chaîne YouTube90 possédant le plus d’abonnés (plus de 5 millions). Il est connu pour son savoir faire des effets spéciaux qu’il exploite dans de nombreux courtmétrages qu’il réalise et qui ont la plupart du temps un rapport avec les jeux-vidéo et que sa web-série ne fera que reprendre. VGHS est situé dans un futur proche où les joueurs de jeux vidéo sont les nouveaux sportifs à la mode, avec leurs propres superstars. The Law en est une, c’est le meilleur joueur du monde jusqu’au jour où un simple joueur va arriver à le tuer. Ce dernier joueur, c’est Brian et pour avoir réussi à tuer The Law, il obtient une bourse pour la Video Games High School, l’école de l’élite vidéoludique. La première saison de Video Games High School, fut financée grâce au crowdfunding et encore une fois sur Kickstarter. Freddie Wong lança la campagne de financement le 21 Septembre 2011 pour un objectif de 75 000 dollars, 24h après il en récolta 77 00091. Un mois et 5,661 backers après, la campagne se termine à 273 725 dollars, presque 4 fois la somme demandé de départ. Quasiment 8 mois après la fin de la campagne, Video Games High School fut enfin diffusé gratuitement sur YouTube de mai à juillet 2012. Après le succès de la première saison (4 millions en moyenne de vues YouTube par épisode, plus de 7 millions pour le premier épisode, disponible en Blu-Ray et DVD mais aussi sur les stores de iTunes, Netflix, de Xbox et de la PS3), il était normal de 89 http://vidstatsx.com/youtube-top-100-most-subscribed-channels 90 http://www.youtube.com/user/freddiew/ 91 http://gigaom.com/2011/10/02/kickstarter-independent-creators/ vouloir renouveler l’expérience pour une seconde saison. Le 11 janvier 2013, Freddie Wong lança la deuxième campagne Kickstarter pour le financement de la deuxième saison de VGHS avec un objectif beaucoup plus élevé que celui de la première campagne puisqu’il demande cette fois ci 636 000 dollars. Un mois après la campagne réussi à récolter plus de 800 000 dollars de la part de plus de 10 000 backers pour son projet ce qui en fait aujourd’hui le deuxième projet le plus financé dans la catégorie « Film & Video » après le succès que fut la campagne pour le film Veronica Mars, comme vu plus tôt. Les web-séries étant bien souvent des séries de niche communautaire que cela soit la communauté afro-américaine (Awkward Black Girl92), la communauté gay (The Outs), la communauté des gamers (Video Games High School) ou encore évoquant une ville, un métier, une situation amoureuse, les spectateurs s’identifient bien souvent à ces personnages de web-séries. Il est donc logique de vouloir se servir d’un mode de financement qui exploite cette idée de communauté, d’appartenance à un groupe social/ ethnique/culturel/géographique pour arriver à se financer. Comme le disait Adam Goldman, créateur de The Outs : « Quand tu veux voir quelque chose et que cela n’existe pas, tu dois le créer. », c’est sur cette idée que repose bon nombre de projets de web-séries, les communautés se sentant abandonnées ou déçues par les séries télévisées traditionnelles, des artistes décident de prendre les choses en main et d’essayer de réunir des gens semblables autour d’un projet. Si le crowdfunding marche bien pour certains créateurs et même très bien pour d’autres, c’est loin d’être une généralité. Fin 2010, sur 100 projets Kickstarter de web-séries, seuls 38% ont réussi en moyenne à financer entièrement leur projet et donc à le faire exister93. Cela représente moins de 4 projets sur 10 pourtant ces projets étaient de véritable projets parfois soutenus par des producteurs ayant déjà eu affaire à un projet de web-série. 92 93 http://awkwardblackgirl.com http://tvisual.org/2010/10/09/kickstarter-and-crowdfunding-the-web-series- success-rate/ Tina Cesa Ward, créatrice/productrice/réalisatrice des web-séries Anyone but Me (pour laquelle elle gagnera une récompense au Writers Guild Awards) et Good People in Love que l’on a vu déjà vu plus haut dans la partie sur le brand content, lançat sa campagne de financement en Mai 2012 pour un nouveau projet de web-série, Guards of Dagmar94. A la fin de la campagne, le projet ne récolta que 6 123 dollars sur les 31 000 dollars qui étaient demandés. Seulement 111 backers pour sa nouvelle web-série alors que Anyone But Me avait en moyenne 300 000 vues et parfois même jusqu’à plus de 850 000 vues pour le serie finale ! Malgré ces scores d’audiences importants (il n’y a qu’à les comparer avec ceux de Husbands), les investisseurs ne furent pas au rendezvous. On peut se demander pourquoi cette campagne ne fonctionna t elle pas ? Pas assez de promotion autour de cette campagne ? Sujet peu intéressant ? Les récompenses de dons pas assez importantes et intéressantes ? Impossible de répondre à ces questions qui sont souvent les questions que l’on peut se poser après l’échec d’une tentative de financement sur une plate-forme de crowdfunding. Il est donc judicieux de se demander dans un premier temps pourquoi les backers investissent ils dans un produit ? Il n’y a pas de retour sur investissement dans Kickstarter, il n’y a en aucun cas une promesse de richesse grâce à la générosité, certains sites de crowdfunding permettent d’investir dans des personnes, des produits (des créations albums par exemple) en espérant avoir un retour d’investissement mais les investisseurs de Kickstarter ne peuvent s’attendre qu’à avoir un « contre don » à leur don, c’est à dire un geste, parfois un cadeau pour leur générosité. L’investissement est donc loin d’être innocent et idyllique. Si le don n’était pas récompensé par un contre don, le crowdfunding aurait-il autant de succès ? C’est moins sur. Si les backers, sont moins mécènes qu’ils aiment le penser, il ne faut pas oublier que Kickstarter n’est pas non plus aussi altruiste que ça et se rémunère sur les dons effectués. En effet, Kickstarter est avant tout une entreprise et n’hésite pas à prendre 5% 94 http://www.kickstarter.com/projects/tinacesaward/guards-of-dagmar-new- dramatic-adventure-series de commission sur le projet si il arrive à être entièrement financé95. Si ces 5% ne sont pas grand chose pour des projets financés avec un montant assez bas, sur un projet comme Video Games High School qui a récolté plus de 800 000 dollars, cela représente la somme de 40 000 dollars et pour un projet comme Veronica Mars, cela représente prés de 250 000 dollars pour avoir juste mis quelques personnes en relation. En 2012, le total des dons versés pour les projets Kickstarter s’est élevé à 119 millions de dollars soit environ 6 millions de dollars de commission pour le site96. Amazon récupère, lui aussi, une commission sur les dons car il fournit le service bancaire (Amazon Payments) qui permet les transactions financières sur Kickstarter. Avec les 2,9% de commission, Amazon a gagné environ 3 millions de dollars en 2012 grâce à Kickstarter. Si il est dur du coté des backers de savoir précisément la raison de leurs dons, du coté des porteurs de projet, les raisons ne semblent pas que financières. Tout d’abord, il faut savoir que les projets Kickstarter permettent bien souvent de ne couvrir qu’une partie du budget total de la création/production, du budget final du produit crowdfundé ou de compléter un budget lorsque celui ci fut un peu dépassé, pour la post-production par exemple. Les porteurs de projet se tournent donc aussi vers le crowdfunding pour être rassuré sur leur projet, se sentir en confiance vis à vis de la possibilité, de la viabilité de leur projet. Il ne s’agit pas que d’un support financier mais donc aussi d’un support moral de la part des backers. Lisanne Pajot, réalisatrice du documentaire Indy Game : The Movie, sur les jeux vidéo indépendants qui fut financé grâce à deux campagnes Kickstarter (la première pour le voyage au USA et le tournage, la deuxième pour la post-production) confirme cette impression de soutien : « Avant même sa sortie, nous avions 4 000 personnes qui s’étaient investies, financièrement, personnellement et émotionnellement dans le projet. Elles sont devenues nos meilleurs avocats et porte-parole pour le film. Ça a augmenté notre 95 96 http://www.kickstarter.com/help/faq/kickstarter+basics#faq_41854 http://thenextweb.com/insider/2012/04/22/in-its-3rd-year-kickstarter- successfully-raises-over-119-million-taking-home-6-million-in-commission/ confiance et nos ambitions.97 » Comme nous l’avons vu dans ce dossier, les deux principales sources de financement extérieur pour une web-série que sont le brand content et le crowdfunding, ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Tandis que le brand content permet d’obtenir gratuitement des objets de tournage (décors, vêtements, technique) ou d’être pris en charge par une société pour l’intégralité du budget de la web-série, il est utile de se demander si cela ne nuit pas à l’intégrité artistique de départ du créateur, sachant que l’on sait que les marques sont bien plus puissante que les artistes surtout que celles ci pourront facilement remplacer un artiste si ce dernier ne convient pas ou est en désaccord avec la marque. Le branded content, lui, ne semble profiter qu’au projet ambitieux d’un point de vue scénaristique ou aux web-séries à gros casting comme on l’a vu avec Gemini Division, tandis que pour du brand content où la marque veut faire passer un message, il faut que la narration soit plus simple. De son coté, le crowdfunding est encore un modèle de financement, peu sûr car récent (Kickstarter n’a ouvert qu’en 2009). Si ce dernier permet la création amateure plus facilement que le brand content, il sera plus dur, voir impossible de financer une websérie à partir d’une simple idée, de la seule bonne volonté de son créateur si celui ci n’a rien à prouver et rien n’a offrir en contre don. Les créateurs de The Outs ont dû autofinancer le premier épisode pour ensuite pouvoir essayer de financer leur web-série, ceux de Husbands de son coté ont dû autofinancer toute une saison tandis que Guards of Dagmar la web-série de Tina Cesa Ward, n’a pas réussi son financement malgré l’importance du nom qui portait le projet. A l’heure actuelle, il n’existe pas encore de modèle de financement parfait pour les web-séries, celles ci coûtent souvent cher pour ce qu’elles rapportent. L’autofinancement reste la manière la plus sûre pour qu’un projet aboutisse, malheureusement bien souvent il n’y a pas de retour sur investissement et si la websérie ne fonctionne pas, l’argent aura été investi pour rien (d’un point de vue économique) par le créateur, souvent producteur de la web-série. 97 http://www.ecrans.fr/Le-crowdfunding-foule-aux-oeufs-d,14184.html En autofinancement il n’y a que très peu de moyen d’avoir un retour sur investissement, le premier étant d’être racheté par un producteur télé pour la création d’un pilot TV comme Broad City98, de proposer du merchandising tels que des DVD, Blu-Ray, tee shirts basé sur sa web-série comme le propose The Guild99 ou Anyone But Me100 ou de faire partis du programme de partenariat YouTube. Ce programme rapporte en moyenne 1€ pour 1000 vues101, en prenant l’exemple d’une web-série comme Husbands qui fait en moyenne 100 000 vues par épisode on peut en déduire qu’elle aurait touché 100€ pour chaque épisode de la première saison. Sur les 11 épisodes de la saison, cela fait un total de 1100€. Le budget de la production de la saison est probablement supérieur à 1100€, le programme de partenariat n’est donc pas rentable, surtout que cela impose des publicités sur les vidéos, ce qui aura tendance à ennuyer et décourager les internautes en particulier sur des vidéos de moins de 2 minutes avec 20 secondes de publicité. Se lancer aujourd’hui dans la création d’une web-série en tant qu’amateur, lorsqu’on n’est pas soutenu par une marque ou par une communauté est risqué, il faut s’attendre à ce que l’on investisse peut être de l’argent sans aucun retour financier mais c’est une tout autre question de savoir ce qui motive les créateurs et si l’argent reste à l’heure actuel, leur seule motivation. Comme nous l’avons vu dans la première partie de ce mémoire, la web-série « audiovisuelle » a puisé beaucoup de ses codes dans la web-série littéraire et a su les faire évoluer au fil du temps mais surtout au fil des évolutions technologiques comme la baisse des coûts d’hébergement, le développement de site de partage de vidéos tel que YouTube ou Blip ou la création de nouveaux formats de création comme Flash. La websérie est un format puissamment ancré dans son média qu’est Internet et la web-série 98 http://entertainment.time.com/2013/03/14/watch-broad-city-the-web-series- amy-poehler-is-helping-turn-into-a-tv-show/ 99 100 http://www.watchtheguild.com/buy/ http://www.amazon.com/s/ref=nb_sb_noss?url=search-alias%3Dmovies- tv&field-keywords=%22Anyone+But+Me%22+ 101 http://cweb.fr/la-monetisation-avec-youtube-ne-rapporte-presque-rien.html profitera des évolutions technologiques de son média pour évoluer en conséquence. Si la web-série a puisé pour sa création dans la web-série « littéraire » et a aujourd’hui assimilé et digéré ses codes, elle se tourne désormais de plus en plus vers la série télévisée tout en tentant de conserver son originalité lié à internet comme nous allons le voir dans la deuxième partie de ce mémoire. 2. Le rapprochement de la web-série et de la série télévisée Comme nous l’avons vu dans la première partie, dès la proto-web-série, The Spot, il y a eu rapprochement de la série télévisée et de la web-série. Il s’agissait pour The Spot de l’influence de la série télévisée Melrose Place. Pour WhirlGirl, il s’agissait là d’un autre type de rapprochement puisque la série est passée de son statut web à télévisée. Ce changement de statut et de média de la part d’une série, nous le verrons en détails dans la dernière partie de ce mémoire. Nous allons tout d’abord voir la différence entre le format web-série et le format série télévisée. 2.1. La web-série est-elle un format défini ? Dans une enquête Médiamétrie de Mars 2013102, il est indiqué qu’en France, un internaute regarde en moyenne 3h36 heures de vidéos par mois sur YouTube tandis que les français visionnent 3h50 de télévision par jour103 ce qui fait qu’internet reste considérablement au second plan en terme de visionnement d’images animées. Tandis qu’à la télévision le format des programmes est codifié pour respecter les exigences des chaînes de télévisions et leurs responsables de programmes, Internet ne possède aucuns décideurs. Nous allons voir dans cette partie si la web-série est un format défini tel que la série TV ou bien si elle n’est en aucun cas codifiée comme peut l’être la vidéo sur Internet. 2.1.1.La question de la durée La principale différence de format entre la web-série et la série TV est la durée des deux. 102 http://www.mediametrie.fr/internet/communiques/l-audience-de-la-video-sur-internet-en- mars-2013.php?id=861#.UZtDNZWIMw0 103 http://television.telerama.fr/television/les-francais-regardent-la-television-3h50-par-jour-en- moyenne,91812.php Sur les séries télévisées américaines, la durée des épisodes est déterminée par le format de la série et non pas par l’histoire des épisodes. A la télévision américaine il existe deux formats dominants : la sitcom et le drama. Dans son ouvrage, Les miroirs de la vie, Martin Winckler défini la sitcom comme ceci : « Contraction de SITation COMedy- comédie de situation. Série humoristique mettant en scène les membres d’une famille puis, plus récemment, un groupe d’amis (Dream On, Friends, Sex and the City) et/ou de collègues de travail (Just Shoot Me !, The Drew Carey Show). Les episodes, en général d’une demie heure, sont enregistrés en public. Certaines sont tournées dans des conditions proches du cinéma (Dream On, Sex and the City) ou du reportage (The Larry Sanders Show). Elles sont en général diffusées en première partie de soirée (20H-22h). 104» Le format sitcom est donc un format de 20-22 minutes étendu dans une case horaire de 30 minutes avec la diffusion des publicités. Citons pour exemple de sitcom les séries Cheers, The Cosby Show, Friends, Arrested Development ou Les Simpsons. Le deuxième format, le drama, est définit par Martin Winkler comme ceci : « Série dramatique en général constituée d’épisodes d’une heure. Aux Etats-Unis, les dramas sont diffusés en deuxième partie de soirée (22h-23h). » Encore une fois, si la case horaire est d’une heure, les épisodes de drama sont compris dans une durée de 45 à 55 minutes, puisqu’il faut inclure dans la case horaire d’une heure, les placements de publicités. Mad Men, Les Sopranos, Game of Thrones ou Oz sont des séries drama américaines. Il existe également un troisième format, à la croisée des deux précédents, le dramedy, contraction de drama et comedy. Ce format plus proche de la sitcom en terme de durée (au alentour de 30mn) est souvent plus sérieux dans les thèmes abordés que ceux des sitcom tout en se voulant drôle. La réalisation des épisodes des dramedy est semblable à celle des drama en ne faisant pas, par exemple, appel à un public, à plusieurs caméras ou à tourner dans un studio. Des séries telles que Californication, Sex and The City (que Martin Winckler citera dans sa définition de la sitcom mais qui appartient bien plus au 104 WINCKLER M., Les miroirs de la vie, Ed. Le Passage, 2002, p. 21 dramedy), Bored to Death ou encore Girls, dont on parlera en détails plus tard, sont toutes des séries associées au dramedy. La longueur des épisodes n’est donc pas déterminée par l’étendue de l’histoire à raconter mais elle est prédéfinie par une case horaire et par la nature (sérieuse ou comique, pour stéréotypé) de la série. Pour la durée des web-séries, il n’y a pas de règles prédéfinies. Tout d’abord parce qu’il n’y a pas de contrainte de publicité sur internet et en particulier sur YouTube. Les publicités existent sur la plateforme de passage mais seulement au début de certaines vidéos, une fois la publicité vue, peut importe la longueur de la vidéo, il n’y a pas de risque que notre vidéo soit interrompue par une publicité. Il s’agit donc à chacun des créateurs de web-séries d’adapter leur durée d’épisode suivant la longueur de leur histoire. Dans la web-série Broad City, nous avons deux épisodes à la durée très différentes, l’épisode 3 dure en effet 1 minute et 43 secondes tandis que l’épisode 10 dure 5 minutes et 22 secondes, nous avons donc un épisode trois fois plus long qu’un autre. Ces épisodes sont donc optimisés en fonction de l’histoire à raconter, la durée n’étant pas déterminée à l’écriture mais probablement au montage, contrairement à la série télévisée. Si il existe à l’intérieur même d’une web-série, plusieurs durées différentes, dans le monde de la web-série, les durées sont toute différentes les unes des autres même si il existe des particularités qui vont être défini par des facteurs technologiques mais aussi humains comme nous allons le voir. En 2011 dans une étude faite par la plate-forme de mise en ligne de vidéos pour professionnels Wistia105, nous apprenions que 85% des internautes regardés une vidéo de 30 secondes jusqu’à la fin, quand il s’agit d’une vidéo de 5 à 10 minutes, il ne sont plus que 45 % et pour les vidéos de plus d’une heure ils ne sont plus que 20% à aller jusqu’à la fin. 105 http://www.labnol.org/internet/optimum-length-of-video/18696/ ! Figure 20 - Graphique sur le taux de personnes qui regarderont une vidéo entière suivant la durée de la vidéo La durée d’attention de l’homme a chuté en 12 ans passant de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2012, soit une seconde de moins que la durée d’attention du poisson rouge106. Cette durée d’attention est d’autant plus faible quand il s’agit de vidéo en ligne puisque 75% des internautes abandonneraient la lecture de leur vidéo si celle ci ne charge pas après 10 secondes107. Ce manque d’attention explique en partie la décision de la part de créateurs de websérie de ne pas vouloir créer de trop longs programmes puisque en moyenne un épisode de web-série aura une durée comprise entre 3 et 8 minutes108, c’est à dire un taux d’abandonnement compris entre 35 et 55%. Les créateurs n’ont donc pas intérêt à créer des vidéos trop longues si les internautes ne les visionnent pas jusqu’au bout et les créateurs de web-séries étant des spectateurs de web-série ceux ci connaissent donc les particularités du visionnement sur internet. Ce manque d’attention n’est pas la seule raison qui expliquerait pourquoi les web-séries 106 http://www.statisticbrain.com/attention-span-statistics/ 107 http://www.hindustantimes.com/technology/WebService-Reviews/Internet-video-viewers-have- a-two-second-attention-span/SP-Article1-958777.aspx 108 http://digitalchicktv.com/2010/08/23/episode-length-the-stats/ sont plus courtes que les épisodes de sitcom ou de drama. Il y a également une explication technique à cela. Comme vu précédemment, YouTube a permis à toute une partie de la communauté artistique de se lancer dans la création de web-séries beaucoup plus facilement qu’avant son arrivée. Si la gratuité de mise en ligne, les fonctions de partages, la facilité d’utilisation étaient les points clés de réussite du site, certains se sont vite exposés à un problème, celui de la limitation à 15 minutes par vidéo. YouTube jusqu’en Novembre 2011 limitait à certains utilisateurs la mise en ligne de vidéos de plus de 15 minutes pour limiter probablement la mise en ligne de films commerciaux par des personnes n’ayant pas les droits. Il était donc impossible pour des créateurs de web-série de créer des vidéos plus longues que 15 minutes mis à part en les séparant en deux parties. Cette contrainte technique n’a certainement limité qu’une certaine partie de la création de web-série mais elle a participé au développement d’un certain « format internet » où les vidéos de plus de 15 minutes n’auraient pas leurs places, ne seraient pas autorisées. De plus les raisons financières abordées dans la partie précédente poussent les créateurs à favoriser des durées courtes réparties sur de nombreux épisodes plutôt que des durées longues sur très peu d’épisodes, il y ainsi plus de chance d’être vu et de pouvoir attirer du monde sur plusieurs semaines. Malgré le choix de la majorité des créateurs de web-séries, que cela soit pour des problèmes financiers, de mise en ligne, ou bien d’attention du spectateur, de créer des web-séries courtes, il existe des web-séries dont la durée des webisodes se rapproche de celle d’épisodes des dramedy. Nous avons vu un premier exemple dans la partie consacré au crowdfunding avec The Outs et ses épisodes postés sur Vimeo d’une durée tournant autour des 25 minutes mais ce n’est pas la seule. La web-série Brody Stevens: Enjoy It produite par HBO possède des épisodes compris entre 15 et 25 minutes, Girl/ Girl Scene lancé en 2011 a des épisodes d’une durée de 40 minutes ou encore les épisodes de Video Game High School sont d’une durée supérieure à 10 minutes, le season finale109 atteignant 21 minutes. 109 Le season finale d’une série est l’épisode qui clôture la saison en cours de la série. On parle aussi de series finale pour l’épisode qui clôture une série. D’autres web-séries au contraire vont avoir une durée inférieure à 3 minutes, il s’agit par exemple de Couple Time ou de Kicking Dan Out. Ces web-séries ne vont pas chercher à créer une histoire mais plutôt à créer des situations comiques reposant sur une seule idée. Comme nous l’avons vu dans cette partie, si la durée moyenne d’un épisode de webséries est déterminée par des contraintes techniques (la limitation de la mise en ligne) ou des spécificités humaines (la durée d’attention) et non pas par son format comme la série télévisée, la web-série a un avantage sur cette dernière, c’est qu’elle est libre de tout format. En effet, une web-série contrairement aux séries télévisées, peut très bien bouleverser la durée d’un épisode à l’autre suivant l’histoire qu’elle veut raconter. Ce n’est bien évidemment pas possible avec une série télévisée puisqu’il y a derrière les producteurs de la série télévisée souvent une chaine et des annonceurs qui ont une grille horaire à respecter qui comme nous allons le voir dans la prochaine partie, n’existe pas sur internet. 2.1.1.Les modalités de visionnement La télévision, à la différence d’internet, est un média qui fédère les gens autour de son objet de diffusion. Une famille peut se réunir autour de la télévision pour une émission de télévision, comme le journal de 20 heures par exemple, contrairement à Internet qui ne fera pas se réunir une famille autour d’un ordinateur pour la consultation d’un site web. De plus, la télévision est un objet à la symbolique forte car elle nous a habitué à des images fortes depuis sa création. C’est autour d’une émission, d’une série télévisée, d’un évènement politique ou sportif que nous appellerons des amis, de la famille, des camarades à venir chez nous, autour de l’objet qu’est le poste de télévision pour regarder le programme et partager ses impressions sur le moment. Le partage est alors physique, les émotions sont partagées physiquement avec les personnes présentes autour de nous. Sur internet, ces émotions ne seront pas partagées physiquement mais retranscrites par du texte ou des émoticônes. Cette différence de partage est due à plusieurs raisons, comme la tradition télévisuelle de rassemblement autour du poste de télévision qui existe depuis l’explosion de l’apparition de la télévision dans les foyers à partir des années 50, où les foyers ne pouvaient alors se permettre de posséder deux téléviseurs et toute la famille se réunissait alors autour du seul poste du foyer. Une autre différence à cette réunion autour du téléviseur est expliquée par la mise en place par les chaînes, d’une grille de programme. La grille de programme est la disposition temporelle quotidienne des programmes d’une chaine de télévision ou d’une station de radio, prévue en amont de la saison télévisuelle afin de permettre une organisation de la part du diffuseur sur le long terme. Cette grille de programme est essentielle au fonctionnement d’une chaine de télévision puisque c’est elle qui va permettre l’organisation de diffusion des programmes, ce qui va déterminer l’audience des programmes et ainsi la monétisation du temps de publicité pour les annonceurs. D’après Jean-Pierre Esquenazi, la grille de programmes « induit un système de cases horaires aisément mémorisables qui orientent la téléspectateur. Elle permet de construire habitudes et familiarités réceptives, de conjuguer de façon heureuse les rythmes des programmes et la vie familiale des téléspectateurs. 110» Cette grille de programmes participe donc à la réunion autour du téléviseur en adaptant la diffusion des programmes en fonction de la vie familiale. Une chaine placera par exemple les dessins animés le matin afin de réunir les enfants autour du poste et les programmes les plus « large public » le soir à l’heure du dîner. C’est cette grille de programmes qui va créer le concept de linéarité de programmation propre à la télévision. En effet, tous les jours nous aurons telle émission quotidienne qui sera diffusée, toute les semaines une émission hebdomadaire etc. La programmation des émissions est linéaire car elle ne change pas, elle reste fixe d’un jour, d’une semaine à l’autre. La télévision est également linéaire car les chaînes de télévision vont diffuser en continu des programmes, comme un flux d’informations qui ne s’arrête pas. 110 ESQUENAZI, J.-P., Les séries télévisées : L’avenir du cinéma ?, Ed. Armand Colin, 2012, p. 23 Ce concept de linéarité n’existe pas avec les web-séries. Le spectateur de web-série n’est plus soumis aux choix de programmation des chaînes de télévision, il choisi l’épisode qu’il veut regarder et quand il veut le regarder. Il s’agit d’un mode de visionnement éloigné de celui de la télévision où l’on ne peut (en principe) pas commencer une émission à tout moment de la journée. Avec la télévision nous prenons le temps de regarder une émission, nous arrêtons notre activité, notre travail pour regarder une émission car nous savons à quelle heure elle commence, à quelle heure elle finit suivant sa place dans la grille des programmes. Au contraire, avec les web-séries nous les regardons quand nous avons le temps. Il n’y a plus d’obligation à être présent à un endroit à une certaine heure. De plus, par leurs durées, les web-séries se visionnent très rapidement et surtout n’importe où : tablette tactile, Smartphone, ordinateur ou même télévision grâce aux télévisions connectées. Cette manière de concevoir le visionnement à tout moment et à tout endroit, est la marque de fabrique du géant du streaming de film Netflix. Netflix est une société proposant le visionnement de films et de séries télévisées grâce à une connexion internet. Son slogan est « Watch TV shows & movies anytime, anywhere. » qui se traduit par « Regarder des séries TV et des films à tout moment, à tout endroit ». En effet, après s’être abonné pour 7,99$ par mois, l’utilisateur a accès à un catalogue de plus de 100 000 titres, sans restrictions de visionnement et avec la possibilité de visionner ces films et séries sur plusieurs supports dont l’ordinateur (Mac/PC) mais aussi les consoles de jeux (PS3, Xbox, WII) ainsi que les smartphones et les tablettes tactiles. Netflix lança en Février 2013 la série House of Cards, exclusive au visionnement sur son service et donc autant sur smartphone que sur ordinateur. Netflix brisa d’autant plus les règles de linéarité que le service en ligne décida de proposer au visionnement tous les épisodes de la première saison, donnant le choix à l’utilisateur de pouvoir regarder toute la saison d’une traite le jour de la sortie si celui ci le désirait. Pour l’utilisateur du service, il n’y avait plus l’obligation d’attendre un horaire précis pour regarder un épisode, une fois par semaine. Kevin Spacey, producteur de la série et acteur principal était d’accord pour proposer l’intégralité de la saison d’un coup car pour lui cela faisait partie des nouvelles habitudes des consommateurs de séries : « When I ask my friends what they did with their weekend, they say, 'Oh, I stayed in and watched three seasons of Breaking Bad or it's two seasons of Game of Thrones. » (Quand je demande à mes amis ce qu’ils ont fait du week-end, ils me disent « Oh, je suis resté chez moi et j’ai regardé trois saisons de Breaking Bad ou les deux saisons de Game of Thrones.) House of Cards n’est pas vraiment une série télévisée puisqu’elle ne fut pas diffusée par une chaine de télévision mais n’est pas non plus une web-série puisque Netflix n’est pas un service web mais un service internet présent sur plusieurs outils. La publicité va également influencer le visionnement d’une série télévisée et de la websérie. En effet la publicité est importante pour les chaînes de télévision car c’est comme ça qu’elles monétisent leurs programmes, en vendant des espaces de publicités, plus ou moins cher suivant le taux d’audience, à des annonceurs pendant les programmes. Ces publicités vont interrompre les séries télévisées à des moments souvent cruciaux de l’histoire pour permettre aux chaînes de télévision de garder sur leurs chaînes, les spectateurs et ainsi les exposer aux annonces publicitaires. Pour Jean-Pierre Esquenazi « ces interruptions sont le prix à payer pour tous les médias « gratuits ». 111», autant il est vrai que pour profiter d’une chaine de télévision gratuite cette publicité est nécessaire mais sur internet, la publicité ne joue pas exactement le même rôle. Sur des sites tels que YouTube, la publicité est présente car elle permet de monétiser la vidéo que l’on est en train de regarder. Cette publicité n’interrompt pas pour autant le programme puisqu’elle est placée avant le début de celui ci et une fois la vidéo lancée aucune publicité ne viendra interrompre la vidéo. Si l’interruption des séries télévisées par la publicité était jusqu’alors l’occasion pour le téléspectateur de changer de chaine, aujourd’hui celui ci a définitivement modifié ses habitudes de consommations des programmes de télévision. En 2013, « 76% des téléspectateurs français utilisent un deuxième écran, c'est à dire leur mobile, leur 111 ESQUENAZI, J.-P., Les séries télévisées : L’avenir du cinéma ?, Ed. Armand Colin, 2012, p. 23 tablette ou leur ordinateur portable, lorsqu'ils regardent la télévision. 112». Ces 76% de téléspectateurs profitent donc bien souvent de la coupure publicitaire pour échanger avec d’autres personnes sur les réseaux sociaux. On parle pour définir cette nouvelle pratique de visionnement de la télévision, de social TV, la télévision sociale. Avec l’avènement des tablettes tactiles et des smartphones, il est de plus en plus facile de partager sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête. Les réseaux sociaux permettent de partager en direct pendant le programme diffusé ses impressions, son avis avec d’autres personnes qui nous sont plus ou moins inconnues, grâce au principe des hashtags113. Ce partage entre utilisateurs est possible pour partager autour d’un épisode de web-série mais n’est en aucun cas aussi populaire que pour les séries télévisées. D’autres moyens sont plus facilement mis en place pour partager entre utilisateurs lors du visionnement d’une web-série comme les commentaires YouTube ou les commentaires qu’on peut laisser sur Blip via un compte Facebook. Mais encore une fois ce partage n’est pas effectué en direct, puisque, les web-séries brisent tout concept de linéarité, chacun verra les commentaires et pourra y répondre lorsqu’il verra l’épisode en question contrairement à l’émission de télévision où tous les commentaires sont postés au moment de la diffusion et même après afin de continuer à faire vivre, au plaisir des producteurs, les émissions. Comme nous l’avons vu dans cette partie, les modalités de visionnement diffèrent d’un média à l’autre que cela soit par son outil de visionnement (télévision et ordinateur), les possibilités de visionnement étendus pour la web-série, la linéarité de visionnage et de partage de la série télévisée qui s’oppose au concept de visionnage anachronique de la web-série. Si nous avons vu, que la social TV avait changé les habitudes de visionnement, nous allons voir que les créateurs de web-séries mais aussi de séries 112 http://www.huffingtonpost.fr/capucine-graby/television-sociale_b_3286461.html 113 Les hashtags ou mot-dièses en francais, sont des balises insérées dans les commentaires postés sur les réseaux sociaux afin de mettre en contexte le commentaire. Dans le cadre d’une émission diffusé sur TF1 par exemple, le hashtag #TF1 permettra à la communauté Twitter de comprendre que le commentaire posté fait référence à l’émission diffusée actuellement sur TF1. télévisés, vont de plus en plus tenter d’exploiter les deuxièmes écrans présents prés des spectateurs pour créer une interaction plus immersive ou parfois plus informative dans le programme en cours. 1.3.3.Les procédés d’interaction avec le public Avec l’envol des réseaux sociaux et le changement de modalités de visionnement observés dans la partie précédente, les créateurs de contenu vont chercher à profiter de cet envol pour ramener les spectateurs qui avait déserté la télévision, c’est à dire les 18-25 ans, pour booster l’audience en les impliquant leurs programmes. On parlera alors d’interaction avec le public. Nous distinguerons dans ce mémoire, l’interactivité et l’interaction. L’interaction est définie communément comme un échange entre deux personnes, tandis que l’interactivité est un échange en un homme et une machine, principalement informatique. Nous parlerons malgré tout ici d’interaction car l’interactivité doit compter pour exister, comme le dit Marida Di Crosta, sur « le travail de dialogue et l’interface entre le spectateur et un programme informatique inséré dans la mémoire de l’ordinateur.114 ». Or l’interactivité que nous évoquerons est avant tout entre deux personnes, on utilisera donc le terme d’interaction. Dans un récit nécessitant une interactivité, l’utilisateur aura le besoin de faire un choix pour faire avancer le récit dans lequel il est immergé. Sans choix, le récit, la narration n’avance pas et l’utilisateur reste bloqué à un certain point. Les jeux vidéo sont ainsi partis prenante d’une interactivité avec leurs utilisateurs, si ces derniers ne prennent pas la manette de jeu ou le clavier et n’effectuent aucune action, le jeu-vidéo restera statique et il n’y aura aucune progression dans l’histoire. Avec l’interactivité, le contenu se créé autour de l’utilisateur. Nous allons voir deux cas d’interaction narrative, le premier dans une web-série, le 114 DI CROSTA, Marida, in « Nouvelles formes de récit cinématographique : Vers une écriture des interactions film/spectateur », http://www.omnsh.org/spip.php?article72 deuxième dans une série télévisée. Help Me Get Laid est une web-série diffusée entre Février et Avril 2013 sur YouTube et Viméo. La web-série raconte l’histoire de Spencer Hymen, un jeune homme n’ayant pas vraiment eu de chance dans la vie coté sentimental et qui décide de se prendre en main et de demander conseil auprès des internautes pour essayer de conclure. Bien évidemment, Spencer Hymen est un personnage de fiction, créé pour l’occasion et incarné par un acteur, dont le nom reste inconnu pour mieux s’affranchir du coté fictionnel de l’histoire. Le fonctionnement d’interaction du spectateur avec la web-série fonctionne en deux temps. Dans un premier temps celui ci va devoir décider ce que Spencer fera dans le prochain épisode à l’aide d’un sondage, à trois choix possibles, disponible sur la page Facebook de Spencer Hymen. On remarquera une première faille à ce système d’interaction car en ne misant que sur un sondage accessible aux utilisateurs de Facebook, la portée de cette action est limitée car tout le monde ne possède pas un compte Facebook, il aurait peut être été plus judicieux d’utiliser un système de sondage indépendant ne nécessitant aucune inscription. ! Figure 21 - Capture d'écran du sondage Facebook pour déterminer l'issue du prochain épisode Dans un second temps, l’utilisateur va pouvoir commenter sur la page YouTube ou sur la page Facebook, les sondages, les épisodes ou les statuts postés par Spencer Hymen et celui ci sélectionnera certains de ces commentaires afin de les exposer au début de ses vidéos et de les tourner en dérision. Les commentaires postés par les utilisateurs nourrissent donc le « spectacle » comique de Spencer Hymen et participent donc à la narration de la web-série. Cette façon d’interagir entre l’internaute et la web-série rappelle là The Spot dont nous avions détaillé le cas en début de mémoire. La façon dont les internautes pouvaient envoyer des emails afin de changer le déroulement de l’histoire est ici simplifiée à un simple sondage de trois propositions. ! Figure 22 - Capture d'écran d'un webisode de Help Me Get Laid où Spencer Hymen commente les commentaires Facebook et YouTube En demandant son avis à son public, les créateurs de Help Me Get Laid ont compris que c’était un moyen de les faire revenir chaque semaine en leur montrant ce qu’ils voulaient voir. Ce ne fut pas pour autant une réussite en terme d’audience puisque sur YouTube, diffuseur principal de la web-série, les webisodes ont une moyenne de 300 vues et prés de 1500 pour le deuxième webisodes, pour une participation d’une cinquantaine de personne aux sondages ce qui reste très peu autant en terme d’audience qu’en participation. Hawaii 5.0 est une série TV lancée en Septembre 2010 sur la chaine américaine CBS. La série est un remake d’une série diffusée également sur CBS entre 1968 et 1980. En Janvier 2013, les producteurs de l’émission en partenariat avec la chaine eurent l’idée de demander aux téléspectateurs de choisir la propre fin de l’épisode diffusé ce soir là, « Kapu ». Le vote se faisait entre trois suspects d’un meurtre que le public devait choisir en votant sur le site internet de CBS ou sur Twitter en utilisant les hashtags #THEBOSS, #THETA ou THESTUDENT. Les votes s’effectuaient différemment d’une côte américaine à l’autre, par rapport au décalage horaire, il y avait donc possibilité de choisir un coupable différent par côte. Les votes ne se faisaient pas en amont mais durant les 40 premières minutes de l ’ é p i s o d e . ! Figure 23 - Capture d'écran du site de CBS où le téléspectateur américain pouvait voter durant la diffusion de l'épisode L’intérêt de ce genre d’opération de la part de la chaine est évident, attirer des téléspectateurs par un concept qui se veut original. Est-ce que la stratégie déployée par CBS fonctionna ? L’épisode attira 9,37 millions de téléspectateurs ce qui est inférieur à l’épisode diffusé précédemment, au mois de Décembre, qui fit 10,54 millions de téléspectateurs. De plus sur Twitter, seulement 8500 votes furent enregistrés pour prés de 20 000 tweets consacrés à la série durant 24 heures. Il y a également eu les votes sur le site de CBS, bien qu’il soit impossible de savoir combien exactement. Le site de la CBS est indisponible pour toute personne habitant à l’extérieur des EtatsUnis, il n’est donc pas possible dans le cadre de ce mémoire de comparer les différentes fins, néanmoins un article du New York Times écrit par Mike Hale fait part de son point de vue115. Dans cet article, Mike Hale explique que les différentes « fins » ne durent que deux minutes et qu’ils contiennent de nombreux plans en commun les uns des autres et qu’il n’y avait que 75 mots de différence entre les trois fins. 115 http://artsbeat.blogs.nytimes.com/2013/01/15/channel-surfing-hawaii-five-os-choose-your-own- adventure/ Comme vu en début de cette partie, nous sommes loin de l’interactivité puisque le spectateur ne créer ici rien, deplus l’interactivité suggère que chaque utilisateur est unique et créé une séquence unique sans quoi le récit n’existe pas, hors des millions d’utilisateurs ne votèrent pas et purent quand même voir l’épisode. Nous venons de voir deux exemples d’interaction narrative qui malgré leur média différent (internet et la télévision) ont le même procédé d’exécution (le vote) et la même finalité, c’est-à-dire montrer au spectateur ce qu’il souhaite voir. Nous allons maintenant voir comment les chaînes se sont servies du second écran non pas passivement en laissant faire les utilisateurs, mais activement en développant des applications pour optimiser au mieux l’utilisation de ce second écran qu’est le smartphone ou la tablette, il s’agit des sync app, pour synchronization application. En 2010, la chaine ABC était la première à lancer son application de synchronisation ABC’s My Generation Sync, qui permettait à l’utilisateur d’optimiser son deuxième écran (un iPad étant donné que l’application était conçu exclusivement pour le système d’exploitation iOs d’Apple) pour la série My Generation qui fut arrêtée après la première saison. L’application se synchronisait automatiquement à l’épisode regardé grâce à un tag audio, semblable à ceux utilisé par Revver pour marquer leur vidéo, et qui permet à l’application via le micro de l’iPad de savoir quel épisode était en train d’être regardé. L’intérêt de l’application est seulement informatif puisque l’application ne permet que de répondre à des quizz, d’obtenir des informations supplémentaires sur les personnages et de participer à des sondages comme de savoir si tel personnage a bien agit par exemple. Ce genre de sondage est sûrement utile aux producteurs de série puisque il permet d’avoir un retour officiel sur les actions des personnages et donc sur la question du scénario de la série afin de l’orienter vers ce que le spectateur voudrait potentiellement voir. ! Figure 24 - Capture d'écran de l'application ABC's My Generation Sync avec ici un quizz D’autres applications seront développées par d’autres chaînes telle que l’application Sho Sync par la chaine Showtime qui regroupe plusieurs séries dans la même application comme Nurse Jackie, Dexter, The Big C ou encore Homeland. En Février 2012 c’est la chaîne AMC (Mad Men, Breaking Bad, The Killing) qui sortira son application dédiée à la série, The Walking Dead. The Walking Dead Story Sync permet pour les fans de The Walking Dead, qu’ils possèdent ou non une tablette puisqu’il existe une version web du programme, une interaction plus divertissante que celle de My Generation. Dans l’application de The Walking Dead est intégrée un compteur de mort (humain ou zombie) ainsi que le meilleur tueur comme on peut en trouver dans des jeux vidéo tel que Call of Duty. On trouve également un sondage de jugement sur une action que va effectuer le personnage, une jauge « gore » pour savoir sur une échelle de 1 à 5 où la violence de la scène se situait, des fiches techniques sur les armes utilisées, des comparatifs de décors avec la bande dessinée originale… Figure 25 - Capture d'écran du compteur de morts de l'application The Walking Dead Sync L’application est plus divertissante, plus spécifique à une série puisque le compteur de morts ne pourrait pas apparaître dans n’importe quelle application pour série. Nous avions vu qu’une application similaire au sync app existait pour les web-séries avec par exemple Daybreak, série brand de AT&T. Nous allons maintenant détailler une web-série qui repoussera l’immersion du spectateur puisque celui ci ne regardera plus une web-série mais sera dans la web-série. Diffusée à partir du 25 Juillet 2011, The Inside Experience est une web-série très intéressante dans le cadre de ce mémoire puisqu’elle regroupe plusieurs aspects des plus intéressants du format web-série. Christina Perasso se réveille dans une chambre qui n’est pas la sienne et d’où il est impossible de sortir. Le seul objet dans la pièce est un ordinateur et une connexion internet. Christina (incarnée par l’actrice Emily Rossum) va se servir de cet ordinateur et de la connexion internet pour se connecter sur sa page Facebook (possédant aujourd’hui plus de 22 000 fans) afin de poster des photos de l’endroit où elle se trouve et demander des conseils aux internautes afin de l’aider à la sortir de là. Twitter et YouTube étaient aussi les deux autres sites où Christina demandait conseil pour s’en sortir en postant régulièrement tweets et vidéos filmées à la webcam. Si pour l’instant on assiste à une interaction sociale assez sommaire (l’échange de commentaires entre un personnage fictif et les spectateurs), là où The Inside Experience a innové, c’est en intégrant physiquement le spectateur dans la web-série. Cette intégration physique se déroula en deux étapes, d’une part l’équipe de la web-série fit un casting sur YouTube pour trouver un personnage qui jouera un ami à Christina dans la web-série et qui lui donnera des conseils à travers la webcam de l’ordinateur que l’héroïne possède. ! Figure 26 - Capture d'écran de The Inside Expérience où l'on peut apercevoir l'ordinateur Toshiba La deuxième étape de cette intégration fut une caméra cachée où des fans furent interrogées par un acteur déguisait en policier afin que les séquences soient ensuite montées à l’intérieur du récit. The Inside Experience est une web-série brandé de Intel et Toshiba dans le but de promouvoir leur association dans la création d’un ordinateur fait pour le divertissement. Cet ordinateur est bien sur l’ordinateur utilisé par Christina Perasso pour sortir de la pièce. The Inside Experience décris par Intel et Toshiba comme le « first social film », fut un succès, durant les 11 jours d’ « expérience » les vidéos engendrèrent plus de 50 millions de vues, prés de 4 millions d’interactions sur Facebook (« Like » ou Commentaires) ainsi que plus d’une centaine d’articles dans la presse. De plus, des campagnes marketing étaient organisées dans les cinémas mais aussi en extérieur, chose assez rare pour une web-série. Intel et Toshiba renouvelleront l’expérience l’année suivante avec la web-série The Beauty Inside, constituée de six épisodes qui racontent l’histoire d'Alex, qui change de corps tous les matins au réveil, se réveillant ainsi aléatoirement dans un corps d’homme, de femme, de jeune, de personne âgée… Ce changement de corps dans la narration permit à Intel et Toshiba de faire participer encore une fois l’audience de la web-série en les auditionnant et en leur donnant la chance d’incarner Alex un court moment. L’interaction avec le public peut prendre trois formes différentes : l’interaction narrative (le spectateur choisit ce qu’il veut voir), l’interaction informative (le spectateur en apprends plus son divertissement) et l’interaction immersive (le spectateur participe physiquement au contenu). L’interaction est une forme de plus en plus développée dans les fictions car les spectateurs ont un besoin d’échange, ce qui explique le succès des réseaux sociaux, en proposant une interaction facultative, les créateurs de contenu ne peuvent qu’attirer du monde supplémentaire devant leur programme. L’interaction montre rapidement deux limites. La première est la nécessité de posséder un compte Facebook, un compte Twitter ou une tablette tactile pour y participer ce qui exclut une partie de l’audience. La deuxième limite imposée par cette interaction est d’ordre temporel puisqu’aujourd’hui cette interaction n’existe plus, il est impossible de changer le déroulement de l’histoire de Help Me Get Laid, d’interagir avec Christina Perasso dans The Inside Experience, la page Facebook annonce que les épisodes de The Beauty Inside seront retirés en Juillet 2013… Une fois passée la date de diffusion, l’interaction est terminée, il ne reste plus que de simples web-séries et on pourrait y voir là une autre différence avec la notion d’interactivité, qui elle est intemporelle puisque le contenu a besoin de l’interactivité pour exister. La télévision ne permet une interaction aussi poussée que le permet la web-série car les moyens sont tout autres et les producteurs de série TV ne sont pas les seuls décideurs puisqu’il y a les chaînes de télévision qui ont également leur mot à dire contrairement à la web-série où il y a plus de liberté car il y a souvent moins de pression. Nous avons vu dans cette première partie les différences de format entre la série TV et la web-série qu’ils s’agissent de leurs durées, de la façon dont on les regarde ou de la façon dont on interagit avec elles. Nous allons maintenant voir si la web-série est un genre en soi ou si comme la série TV elle se décline en plusieurs genres. 1.2.La question du genre dans la web-série 1.2.1.La web-série est-elle un genre ? Nous allons essayer de déterminer si l’on peut classer la web-série en tant que genre possédant ses propres code ou bien si à l’instar du cinéma et de la série TV, la web-série n’est qu’un format qui se décline en genre. Pour Vincent Colonna, auteur de L'art des séries télé ou comment surpasser les Américains, « Le genre n'existe pas116». Dans son ouvrage, celui ci défends l’idée selon laquelle il est impossible d’établir des codes propres à un genre car celui ci « ne cesse d’évoluer, de muter parfois très vite, il n’est jamais stable 117». Raphaëlle Moine est spécialiste du genre du cinéma qui fut le premier art audiovisuel à établir des genres ensuite repris par la télévision. Pour Raphaëlle Moine, « Rien de plus courant en effet chez les spectateurs, ordinaires ou savants, que l'usages classificatoire des catégories génériques, […], pour repérer et hiérarchiser des formes et des constantes, thématiques, narratives, idéologiques et esthétiques dans l'ensemble de la production cinématographique. 118» D’après Raphaëlle Moine, la catégorisation en genre serait donc une constante du visionnement du spectateur qui chercherait à classifier les divers éléments narratifs ou esthétiques pour en ressortir des catégories thématiques. Ainsi nous trouverons ces catégories de genre, au cinéma et qui serons également présent, à des degrés plus ou moins forts, dans la série TV. Comme nous l’avons vu, la web-série de par son format se différencie de la série TV pourtant la web-série n’est pas défini par des codes précis, il est donc difficile de parler de genre web-sérielle, les « formes et constantes, thématiques, narratives, idéologiques et esthétiques » étant différentes d’une web-série à l’autre. Si l’on ne retrouve pas un genre dans la web-série, nous allons retrouver des genres, tel qu’on peut le voir dans les séries TV. Nous allons voir deux tableaux classant les genres au cinéma et à la télévision avec un exemple illustrant le genre cité. 116 COLONNA Vincent., L'art des séries télé ou comment surpasser les Américains, Ed. Payot, 2010, p. 323 117 Op. Cit. 118 MOINE Raphaëlle, Les genres du cinéma, Ed. Armand Colin Cinéma, 2005, p.5 Tableau 1 - Tableau des genres cinématographiques Genre cinématographique Exemple Comédie En Cloque, mode d’emploi Film de super-héros Superman Film policier Les Infiltrés Film de guerre Il faut sauver le soldat Ryan Film d’horreur Scream Film romantique Love Actually Western Rio Bravo Film de Science Fiction Star Wars Film catastrophe 2012 Thriller Seven Film d’animation Aladdin Film d’action The Expendables Comédie Musicale Singing in the Rain Fantastique Le Seigneur des Anneaux Tableau 2 - Les genres de série TV Genre des séries TV Exemple Science Fiction Battlestar Galactica Soap Opera Les feux de l’amour Série d’animation Adventure Time Série de super-héros Heroes Série de guerre The Pacific Série policière Esprits criminels Dans la série TV les genres ne sont pas aussi étendus que ceux du cinéma. En effet, il est difficile par exemple de parler de séries de comédie musicale car le genre est moins représenté et codifié qu’au cinéma. De plus, le western genre très codifié au cinéma ne le sera pas autant à la télévision. Un genre comme le « film d’action » n’existe pas à la télévision et sera souvent associé au genre policier, au thriller ou à la guerre. Les deux principaux genres de la télévision sont la sitcom et le drama, bien qu’il s’agit avant tout de format plutôt que de genre. Pourtant ces deux formats vont intégrer des codes propres à des genres cinématographiques, en effet, le mélange des genres est très présent à la télévision, comme le souligne Vincent Colonna, les genres évoluent vite. Dans la web-série, la frontière entre les genres est encore plus floue puisque, pour des raisons économiques, elle ne peut se permettre de mettre à disposition des moyens parfois importants liés à certains genres tels que les séries de science-fiction, les séries policières ou les séries de super-héros, même si certains créateurs passionnés par la sous-culture souhaiteront développer des web-série dans ces genres là. On retrouve, comme dans la série TV, deux inspirations majeures : la sitcom et le drama, qui se résumerais en une web-série où l’on rigole (la sitcom) et une web-série où on réfléchis (le drama). La web-série est bien souvent un mélange des deux, correspondant au dramedy, format composite de la série TV. Le ton peut être léger mais les thèmes invoqués, plus sérieux. Il serait ainsi plus juste de parler de thème plutôt que de genre. En effet, comme déjà vu dans ce mémoire, il existe de nombreuses web-séries qui cible la communauté homosexuelle, pour autant on ne parlera pas de web-série de genre homosexuelle. En plus des thèmes déjà vu comme l’homosexualité, on retrouve aussi des thèmes récurant dans les web-séries, par exemple la ville de New York et sa banlieue, en particulier est très souvent représenté comme l’atteste le nombre de web-séries se déroulant dans la ville américaine : Big City, Broad City, I Hate Being Single, Brooklyn is for Lovers, Good People in Love, Jack in a Box, The Burg etc. Un autre thème bien souvent développé est la web-série à destination de la population afro-américaine, on parlera ainsi de black webseries. Parmi ces black webseries, créées par et pour des afro-américains, nous pouvons citer : Afro City, Blue Belle, Hello Cupid, Homo Thugs, Make Love Not War, Almost 30 etc. On retrouve aussi dans ces thèmes sur les communautés ethniques des web-séries sur la communauté latino (Happy Cancer Chick, Los Americans, No Kids, no Cry, Plan V) ou asio-américaine (Awesome Asian Bad Guys, Chop Socky Boom, Katana, Boystown). Ces thèmes sont souvent perméables d’une web-série à l’autre, on trouvera ainsi des black web-séries mêlant la ville de New York et l’homosexualité ou des séries asioaméricaine qui se concentrerons sur des thèmes plus larges comme l’amitié ou la recherche de l’amour qui sont des thèmes qui reviendront bien souvent dans les webséries américaines. Il est difficile de parler de genre dans la web-série car il n’y a pas assez de web-série de genre pour les définir comme telle. Si l’on cherche des web-séries américaines de « western » on n’en trouve seulement deux : Rapaces et Thurston. La première fut arrêtée après son premier épisode en Mars 2011 tandis que la deuxième en est à sa deuxième saison, la première saison étant constituée de 9 épisodes de 10 minutes. Il est ainsi difficile de parler d’un genre « western » dans la web-série lorsqu’il n’existe qu’une seule web-série pour référence. 1.2.2.Les formes de sérialité sur le web et à la télévision Dans son ouvrage, Les Séries télé pour les nuls, Marjolaine Boutet propose une définition de la série : « œuvre de fiction télévisée à épisodes, diffusée sur un rythme hebdomadaire, dont les personnages, la thématique ou la forme narrative sont des éléments constants.119 » Nous remarquons dans cette définition qu’il y a trois constantes qui permettent à la série d’exister : les personnes, la thématique et la forme narrative. Une série peut donc exister si une des trois caractéristiques se retrouvent d’un épisode à l’autre. Il existe néanmoins différents types de séries, qui vont au delà du genre ou du format sérielle mais qui se distingueront par la nature de leur sérialité. Dans son ouvrage, Marjolaine Boutet, en distingue quatre : - L’anthologie est « une série sans personnage récurrent et dont chaque épisode, construit autour d’une thématique commune, constitue une histoire complète. 120» - La mini-série est un « feuilleton constitué d’un nombre d’épisodes fini (2 à 8 le plus 119 BOUTET Marjolaine, Les Séries télé pour les nuls, Ed. General First, 2009, p. 330 120 Op. Cit., p. 327 souvent). Il s’agit en général de l’adaptation d’une œuvre littéraire. » - Le feuilleton est une « œuvre de fiction à épisodes dont chacun est la suite du précédent. Les soap operas sont des feuilletons diffusés quotidiennement. S’agissant d’un feuilleton, la vision d’un épisode isolé n’a pas plus de sens que la lecture d’un chapitre pris au hasard dans un roman. 121» - La série feuilletonesque qui est une « série dont les épisodes racontent une histoire complète mais aussi des lignes narratives, principales ou secondaires, pouvant courir pendant plusieurs semaines, voir toute la durée de la série… 122» Les séries sitcom sont en majorités des séries feuilletonesques, permettant le visionnement des épisodes d’une saison dans le désordre sans en perdre l’arc narratif principal souvent propre à chaque épisode. Les drama au contraire construisant leur arc narratif principal sur la longueur d’une saison, sont des feuilletons. Nous retrouverons cette distinction des types de séries dans la web-série bien qu’une majorité de web-série préfèreront un modèle de web-séries feuilletonesques pour permettre aux spectateurs fidèles de suivre une ligne narrative secondaire au fil des semaines, tandis que les spectateurs occasionnels pourront profiter de l’arc narratif principal propre à l’épisode qui reposent souvent sur une idée. Une des principales différences de la sérialité entre la série TV et la web-série est le nombre d’épisodes produits et le nombre d’épisodes par saison. Les séries TV américaines sont en général constituées de 24 épisodes par saison pour les séries sitcom et de 13 épisodes par saison pour les séries drama. Les web-séries ne disposent bien souvent pas d’autant d’épisodes par saison, qui ne dépassent, pour la plupart, pas plus de 2 saisons. Les créateurs des web-séries n’étant pas rémunérés pour leur travail, il est difficile pour eux de faire exister sur plusieurs années leur création. Ils ne se contentent que de 5 à 10 épisodes par saison, quelque que soit la durée moyenne des épisodes. 121 Op. Cit., p.328 122 Op. Cit., p. 330 Le nombre d’épisode des web-séries ne permet donc pas de développer une intrigue, comme le pourrait le faire, les scénaristes de série TV, sur une voir plusieurs saisons. Il faut donc que les créateurs de web-séries souhaitant faire du feuilleton condensent leurs idées. Cette façon d’écrire pour un format plus court en terme de minutage et de quantité d’épisodes, se ressentira sur la façon dont seront traiter certains sujet, les créateurs décidant d’optimiser leur temps en allant seulement à l’essentiel, là où la série TV peut se permettre de prendre son temps pour combler le minutage et parfois développer des sous-intrigues, peu intéressante. 1.2.3.Le problème de la liberté de ton : le cas de la représentation de la communauté homosexuelle sur internet et à la télévision La télévision est souvent source de critique pour sa restriction de liberté de certaines de ses séries. En effet, les producteurs de série TV ne sont pas les seuls à décider des tenants et des aboutissants de leur série puisque les dirigeants de chaînes sont là pour vérifier que les séries vont bien correspondre à la « charte » que la chaîne se serait fixée ainsi qu’aux attentes des annonceurs. Au contraire, Internet a toujours été vu comme un espace de liberté dont certains sont prêts à tout pour le protéger tel que le groupe Anonymous. Les créateurs de web-séries sont donc libres, dans le cadre de la loi, de mettre en ligne leur web-série sans avoir à faire des coupures ou à modifier une ligne de texte. Nous allons donc essayer de voir dans cette partie, si la TV est aussi restreinte qu’elle semble l’être et si Internet est un espace de liberté sans limite, en comparant deux séries, l’une télévisée, l’autre web, concernant l’homosexualité, thème souvent jugé tabou par les chaînes. Si pour les téléspectateurs d’aujourd’hui, il semble normal d’avoir à la télévision des séries TV où des personnages homosexuels ont des rôles principaux (Glee, Modern Family) ou bien qui sont centrées autour des problématiques de la vie d’un couple homosexuel (The New Normal) tel que l’adoption, le mariage ou le regard des autres, ce ne fut pas toujours le cas et il y a derrière cette « victoire » une longue bataille. A partir de 1934 était appliqué à la production de film de cinéma, le Code Hays qui était un code de censure visant à interdire à l’écran certains comportement jugés immorals par le sénateur William Hays. Ce sont deux religieux, Martin Quigley et Daniel A. Lord, respectivement éditeur catholique et prêtre jésuite qui rédigèrent le code, le sénateur Hays n’étant là que pour l’appliquer. L’homosexualité, qu’elle soit entre deux hommes ou deux femmes, faisait partie avec la prostitution, le viol, l’adultère ou encore la sympathie envers les meurtriers des interdits du code Hays. Le code Hays pris fin en 1966 mais il fallut attendre prés de 10 ans pour voir à la télévision le premier couple homosexuel dans une série TV, il s’agit de George et Gordon dans la série Hot’l Baltimore diffusée sur ABC de Janvier 1975 à Avril 1975. Mais il faudra attendre les années 90 pour que la communauté homosexuelle soit vraiment identifiée. En 1991, c’est dans la série TV L.A. Law (diffusée sur NBC) que sera montré pour la première fois à la TV un baiser entre deux femmes. Ce baiser déclencha une polémique parmi les annonceurs qui ne voulaient pas être assimilés à l’homosexualité, ils menacèrent de retirer leur financement mais ne firent rien. ! Figure 27 - Photo du baiser entre les deux personnages de L.A Law En 1997, la sitcom Ellen (diffusée sur ABC) qui fut la première à avoir un personnage principal homosexuel (interprété par Ellen DeGeneres) qui avoua son homosexualité dans un épisode de la saison 4. L’année suivante, la sitcom Will & Grace (diffusée sur NBC) introduit dés le début l’homosexualité de son personnage principal Will. Il a plusieurs remarques à effectuer sur cette évolution de l’acceptation, plus par les chaînes de télévision que par les téléspectateurs, de la représentation de l’homosexualité à l’écran. Tout d’abord les séries TV qui ont participer aux évolutions majeures que nous venons de voir (premier couple, premier baiser, premier personnage féminin homosexuel, premier personnage masculin homosexuel) n’ont été diffusées que par deux chaînes différentes, ABC et NBC. Ces deux chaînes font partie avec CBS des trois chaînes historiques du réseau de télévision américain, les trois ayant été créés entre 1938 et 1948. La Fox, quatrième grosse chaine du groupe ne fut lancée qu’en 1986. ABC est régulièrement félicitée par la GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation), association qui défend la représentation de la communauté homosexuelle dans les medias pour son nombre d’intégrations de personnages LGBT dans ses séries TV. La deuxième remarque est qu’il s’agit bien souvent de Sitcom et non pas de Drama, il s’agit donc de séries souvent légères n’utilisant l’homosexualité de leur personnage que comme ressort comique et peu souvent comme enjeu narratif. Dans les années 2000, deux dramas « homosexuels » vont être lancés sur la chaîne Showtime, il s’agit de Queer as Folk et et The L Word. Nous allons mettre en comparaison Queer as Folk avec la web-série The Outs. Une des questions fondamentales qui se posent dans la création d’une série (TV ou web) qui dépeint la vie en particulier d’une communauté, est de savoir si cette représentation est crédible vis à vis de la communauté que l’on souhaite dépeindre ? Adam Goldman, créateur/producteur/réalisateur/acteur de The Outs parle de cette crédibilité comme ceci : « I wish there was a show about gay people that I felt like I could relate to. There are shows with gay characters on them. There's "Modern Family." Those people aren't me. One of them is literally a clown. I like that. I laugh at that. But is that the best we can do? I don't think it is. 123» (Je souhaiterais qu’il y ai une série sur des personnes homosexuelles à laquelle je puisse m’identifier. Il y a des séries avec des personnages homosexuels dedans. Il y a Modern Family. Ces gens là ne sont 123 http://www.indiewire.com/article/futures-the-outs-creator-writer-director-star-is-making-a- webseries-worth-talking-about pas moi. Un d’eux est littéralement un clown. J’aime ça. Cela me fait rire. Mais est-ce vraiment ce qu’on peut faire de mieux ? Je ne pense pas. 124» Queer as Folk lancé en 2000 sur Showtime est une réadaptation américaine d’une série TV anglaise diffusé de Février 1999 à Février 2000. La série américaine fut diffusée de Décembre 2000 à Aout 2005. La série montre le quotidien de cinq hommes gays vivant en Pennsylvanie. La série est la première a montrer un acte sexuel, simulé, entre deux hommes à la télévision américaine. La série reçut de nombreuses critiques positives mais également négatives. Les critiques positives s’appuyaient sur le coté novateur de cette série TV puisqu’il s’agissait du premier drama homosexuelle qui évoquait de nombreux thèmes important tel que l’homoparentalité, le coming-out, le sida, le mariage homosexuel, l’homosexualité chez les prêtres, l’homophobie mais aussi plus grave comme la prostitution de mineurs, l’usage récréatif de drogues ou la discrimination au travail. Ces thèmes là n’étaient jusque là pas traités dans une série aussi populaire que Queer as Folk qui réunissait aussi bien homosexuels que hétérosexuels, preuve qu’il s’agissait avant tout d’une bonne série avant d’être une série « sur » les homosexuels et « pour » les homosexuels. L’utilisation de ces thèmes là sera pourtant sujette à critiques de la part de la communauté homosexuelle. En effet, de nombreuses personnes ont critiqué la série TV pour la vision négative que cela donnait de la communauté homosexuelle notamment sur l’usage des drogues et l’aspect fermé de la communauté homosexuelle dépeint par la série puisque les homosexuels ne semblent fréquenter aucun hétérosexuel dans leur vie de tous les jours. Le recourt à une certaine imagerie de débauche pour choquer le téléspectateurs fut également mis en avant, certains relatant que cela ferait reculer la lutte pour les droits pour tous alors débattus à cette époque. Queer as Folk s’arrêta en 2005 après 83 épisodes et 5 saisons. Depuis aucune autre série TV américaine centrée principalement sur la communauté gay n’a été lancée. C’est peut être en réponse à ce manque laissé par Queer as Folk que de nombreuses web-séries visant la communauté gay émergeront sur le web à partir de 2005 citant 124 Traduction personnelle parmi les plus populaires Where the Bears are, Husbands, In Between Men, Acting Out, Hunting Season et bien sur The Outs. The Outs est une web-série que nous avons déjà abordé pour son financement dans la partie sur le crowdfunding et que nous allons maintenant aborder d’un point de vue narratif. Parmi les web-séries citées précédemment The Outs est la seule à se rapprocher le plus de Queer as Folk par sa durée (les épisodes tournent autour de 20 minutes) et par son ton, plus « dramatique » que les autres web-séries. L’histoire de The Outs tourne autour de Mitchell, interprété par le créateur de la websérie Adam Goldman, et de son ex petit ami Jack, interprété par Hunter Canning. Tout au long des six épisodes nous avons un aperçu de la façon dont chacun se remet, plus ou moins bien, de sa rupture à Brooklyn, New York. Pour Adam Goldman, sa série est « about big relationships, the ones that really define people, and what happens when they fall apart, and how that can change someone 125» (sur les grandes relations, celles qui définissent vraiment les gens, et ce qu’il arrive quand tout s’écroule et comment cela peut changer quelqu’un126). La web-série fut très bien perçue dans la communauté gay puisque celle ci participa au financement de la web-série via le crowdfunding et Kickstarter. La web-série eu le soutien de la communauté gay car Adam Goldman comprit leurs besoins et leurs attentes en matière de représentation dans les médias. Adam Goldman créa une web-série à l’image qu’il percevait de sa vie de jeune homosexuel à Brooklyn. En utilisant de plus des personnages au physique « banal » (contrairement au physique parfait des personnages de Queer as Folk) et des musiciens ainsi que des marques locales, Adam Goldman a réussi à représenter à l’écran la vie d’une communauté qui pouvait enfin se reconnaître. Bien que Queer as Folk et The Outs présentent une similitude thématique, les aventures sentimentales d’une petite communauté d’homosexuelle, leur traitement est pourtant éloigné l’une de l’autre. 125 http://www.huffingtonpost.com/2012/05/30/the-outs-gay-web-series_n_1557113.html 126 Traduction personnelle Dans Queer as Folk, le traitement de l’histoire est excessif car la série passant à la TV, le fait d’être provocante attire de l’audience grâce au bouche à oreille. Pourtant cet excès fut la raison de beaucoup de critiques de la part de la presse ou du public, même ceux visés par la série, c’est à dire les homosexuels. Il est intéressant de se demander si la liberté de ton accordé à Queer as Folk ne l’a au final pas restreint auprès de son audience. Au contraire, la liberté qu’avait The Outs et qu’ont pris avec parcimonie (la web-série contient des scènes d’actes sexuels simulés et est souvent décrite comme NSFW127) les créateurs de la web-série, ont permis une représentation réaliste plus accru et une indentification plus forte aux personnages de la part des spectateurs. Il faut souligner que The Outs n’est pas la série que d’un seul homme, Adam Goldman, créateur/producteur/réalisateur/scénariste et acteur de la web-série. Il a créé la web-série car il ne trouvait pas d’histoire qu’il lui convenait, il a donc crée lui même l’histoire qu’il voulait voir. Queer as Folk étant une série TV, le nombre de personnes à donner le ton de la série est beaucoup plus élevé, la série étant déjà une réadaptation américaine d’une série anglaise. On peut d’ailleurs noter qu’il y a eu plusieurs scénaristes et réalisateurs différents durant les 83 épisodes de la série. Cette différence de travail entre professionnel (Queer as Folk) et amateur (The Outs) est quelque chose qui va se développer de plus en plus et que nous allons voir en détail dans la prochaine partie. 127 Not Safe For Work, littéralement « Pas sur pour le travail ». Le terme est utilisé par la presse web pour un contenu sensible dont le visionnement n’est pas conseillé au travail car il peut choqué ou dérangé les autres. 1.3.Le clivage amateur/professionnel L’apparition du web 2.0. à la fin des années 90 permit à l’utilisateur de devenir actif tandis que celui ci était jusqu’alors passif. Avec la création de services tels que Wikipedia, Bittorent, Flickr ou les diverses plateforme de blogging, l’utilisateur ne se contente plus de récupérer des informations, il les créé et les partage. C’est grâce à cette création d’informations et de contenus, que s’est développé la figure de l’amateur. Patrice Flichy dans son ouvrage, Le sacre de l’amateur, l’explique comme ceci : « Grâce aux instruments fournis par l'informatique et par Internet, les nouveaux amateurs ont acquis des savoirs et des savoir-faire qui leur permettent de rivaliser avec les experts. On voit apparaître un nouveau type d'individu, le pro-am (pour "professionnel-amateur"). Celui ci développe ses activités amateurs selon des standards professionnels128 » Nous allons voir dans un premier temps comment la figure de l’amateur est devenu de plus en plus difficile à décrire, puis voir pourquoi la web-série est un format pour les amateurs et enfin nous verrons si la télévision est ou non une instance de légitimation pour les créateurs amateurs de web séries. 1.3.1.Une frontière de plus en plus floue L’apparition du web 2.0. à la fin des années 90 permis à l’utilisateur de devenir actif tandis que celui ci était jusqu’alors passif. Avec la création de services tels que Wikipedia, Bittorent, Flickr ou les diverses plate-forme de blogging, l’utilisateur ne se contente plus de récupérer des informations, il les crée et les partage. C’est grâce à cette création d’informations et de contenus, que s’est développé la figure de l’amateur. Patrice Flichy dans son ouvrage, Le sacre de l’amateur, l’explique comme ceci : « Grâce aux instruments fournis par l'informatique et par Internet, les nouveaux amateurs ont acquis des savoirs et des savoir-faire qui leur permettent de rivaliser avec les experts. On voit apparaître un nouveau type d'individu, le pro-am (pour "professionnel-amateur"). Celui ci développe ses activités amateurs selon des standards professionnels129 » Nous allons voir dans un premier temps comment la figure de l’amateur est devenu de plus en plus difficile à décrire, puis voir pourquoi la web-série est un format pour les amateurs et enfin nous verrons si la télévision est ou non une instance de légitimation pour les créateurs amateurs de web séries. 1. Une frontière de plus en plus floue Définir ce qu’est un amateur n’est pas chose aisée tant le terme renvoie à plusieurs significations, Roger Odin, spécialiste de la question de la place de l’amateur dans 128 FLICHY Patrice, Le sacre de l'amateur, Ed. Seuil, 2010, p. 8 129 FLICHY Patrice, Le sacre de l'amateur, Ed. Seuil, 2010, p. 8 l’audiovisuel, en retient deux : « « amateur » renvoie aussi bien au passionné (à celui qui aime vraiment ce qu’il fait, conformément à l’étymologie du terme) qu’au dilettante qui fait quelque chose « en amateur ». 130». Patrice Flichy parlera d’ « amateur » et d’ « amateur de », le premier est un créateur, le second est un « connaisseur 131». L’amateur, dans le cadre de notre objet d’étude, réunira bien souvent ces différentes définitions au sein de la même personne. L’amateur s’oppose, à priori, au professionnel. Roger Odin liste plusieurs caractéristiques qui différencient les deux comme les revenus, la formation, le savoir faire, le temps de pratique, (« loisir vs travail ») et les contraintes132. L’amateur serait donc définit par ce qu’il ne n’est pas, c’est-à-dire une personne qui ne tire pas de revenus de son art (en situant la figure de l’amateur dans un domaine artistique), qui ne possède pas de formation propre à cet art, ni de savoir faire, qui ne se consacre à son art que peu de temps par rapport à son travail et serait régit par de nombreuses contraintes (financières, humaines, techniques). Pourtant dans le domaine de la web-série, certaines de ces caractéristiques ne sont pas applicables à la figure de l’amateur créateur. Tout d’abord très peu de créateurs de webséries qu’ils soient amateurs ou professionnels, peuvent prétendre vivre grâce à leurs contenus, si cela est vrai dans la web-série à sketch car celle ci est souvent, celle qui a le plus de succès133 ce n’est pas le cas, comme on l’a vu dans la partie consacré à l’économie, de la web-série de fiction puisque les créateurs qu’ils soient amateurs ou professionnels dépensent souvent plus qu’ils ne gagnent quand ils n’arrivent pas à simplement limiter leurs dépenses en faisant produire à moindre frais (grâce au 130 ODIN Roger, La question de l’amateur in Communications n°68, Ed. Le Seuil, 1999, p. 47 131 FLICHY Patrice, op. cit., p. 11 132 ODIN Roger, op. cit., p. 47 133 Quatre chaînes des cinq premières chaînes YouTube possédant le plus d’abonnés hébergent des web-séries à sketches comiques. En Mai 2013, Smosh est la première chaîne à dépasser les dix millions d’abonnés YouTube. Ray William Johnson est le premier à être devenu en 2012 un YouTube Millionnaire, c’est à dire un créateur de vidéo original à gagner plus d’un million par an grâce à ses vidéos. crowdfunding par exemple) leurs web-séries. Les professionnels de la télévision deviendraient-ils des amateurs lorsqu’ils produiraient du contenu sur internet, il est difficile de le dire. La frontière entre amateur et professionnel est de plus en plus difficile à cerner car pour le spectateur la différence dans les contenus produits par les deux devient aussi de plus en plus petite. Dans le domaine de la web-série, un amateur est souvent un passionné qui a une volonté de raconter, de mettre en images une histoire qu’elle soit personnelle, fictive, science fictionnelle ou non. La volonté de l’amateur est là mais les moyens disposés ne sont pas toujours ceux souhaités. Pourtant celui ci sait qu’il a autant de chance qu’un professionnel de d’être diffusé même si cela ne signifie pas forcément être vu. Contrairement à la TV où les amateurs n’ont, à priori, pas leur place dans la création de contenu, Internet permet à chacun d’entre nous de devenir un créateur de contenu. Dans la première partie de ce mémoire consacrée à l’origine des web-séries, nous avons vu que celles ci prenaient en partie leurs sources dans les fanzines, ces créations d’amateurs liées à une sous-culture artistique (musicale, littéraire, cinématographique) qui n’était pas représentée dans les médias traditionnels. C’est ce manque de représentation et d’information qui a poussé des amateurs, des fans à se lancer dans la création de ces fanzines. La figure de l’amateur n’est pas née avec l’arrivée d’internet et du numérique, mais la démocratisation de certains outils de production audiovisuels a permis de lui accorder une plus grande place dans la création et la reconnaissance de leurs talents par les spectateurs. 2. La web-série, un format idéal pour les amateurs Dans la web-série « audiovisuelle », les facilités de créations liées au numérique ont permis aux amateurs de participer à la création d’un contenu plus proche d’eux et de leurs envies de ce qui était déjà proposé à la télévision. Si l’on a évoqué dans la partie précédente l’exemple de Adam Goldman et The Outs en rapport avec la communauté homosexuelle, il existe aujourd’hui de nombreuses webséries qui furent créées avec l’envie de participer et d’enrichir une communauté peu souvent ou mal représentée à la télévision ou sur le web par les professionnels. C’est ainsi que l’on trouve de nombreuses web-séries se déroulant dans un univers de science-fiction ou de fantasy, ces deux genres étant très prisés d’un certain type de public qui est parfois en manque de ce genre d’univers à la télévision, mais aussi la black webseries que nous avons évoquée dans la partie sur les genres. Un des genres le plus représenté dans la web-série est ce que nous avons appelé la webdramedy, sorte de genre hybride entre la sitcom et le drama par le ton mais possédant le format incertain propre à la web-série. Si ce genre est le plus prisé, c’est avant tout parce qu’il raconte des histoires du quotidien, demandant souvent peu de moyen, pouvant être tourné dans des lieux facilement accessibles, ne demandant pas beaucoup d’efforts de post-production etc. Il est donc peu cher et accessible. Cette manière de faire de la web-série pourrait rappeler la Nouvelle Vague française. En effet tels les critiques des Cahiers du Cinéma, « amateurs de » cinéma qui se lanceront dans la création cinématographique (écriture de scénario et réalisation), des « amateur de » web-série se lanceront à leur tour dans la création d’œuvres audiovisuelles qui reposeront sur des codes très semblables à ceux utilisés par la Nouvelle Vague. Les créateurs amateurs de web-séries américaines et plus particulièrement New Yorkaise vont ainsi reprendre certains de ses codes esthétiques et les réadapter au numérique pour réaliser leurs web-séries. Comme les films de la Nouvelle Vague, les webdramedy (tel que Chloe + Zoe, I Hate Being Single, Broad City) sont tournés en décors naturels n’hésitant pas à tourner en extérieur et en lumière naturelle pour ajouter du réalisme, les créateurs cumulent les postes (créateur, scénariste, réalisateur parfois également acteur principal) et les thèmes sont souvent légers tels que l’amitié, l’amour, la remise en question de soi, le passage à la vie d’adulte (les créateurs de web-séries ont souvent entre 20 et 30 ans) etc. Le coût peu élevé des nouvelles techniques de productions permet donc à n’importe quelle personne ayant la volonté de partager une histoire de le faire. Il est aujourd’hui possible de filmer avec de nombreux outils qui n’étaient pas disponibles il y a dix ans. Les smartphone, les appareils photos numériques, les tablettes tactiles permettent aujourd’hui de disposer d’une caméra souvent de bonne qualité à peu de frais et donc de pouvoir se lancer dans la création de contenu audiovisuel, du webfilm à la web-série. De plus amateurs et professionnels ne sont pas en opposition car les deux sont placés, à priori, sur le même pied d’égalité en ce qui concerne la diffusion, ce qui leur donne la même chance d’être vus, néanmoins les professionnels auront souvent plus de moyens pour les campagnes marketing ou pour le tournage puisqu’ils puiseront directement dans leur propre économie accumulée grâce à leur travail ou parce qu’ils ont le soutien de chaînes de télévision avec qui ils signent des accords pour ensuite être diffusés sur le site web de la chaine ou directement à la télévision. La démocratisation des outils de production et de diffusion permet à de nouveaux talents d’émerger sur internet par leur propre moyen. Chris Anderson parle des ces talents vis à vis du cinéma : « Hollywood, si efficace soit-il, n'est pas capable de dénicher tous les grands cinéastes potentiels de la planète. La technologie, peu coûteuse et omniprésente, y parvient bien mieux. Dans le passé, le talent faisait son chemin jusqu'aux outils de production ; à présent, c'est l'inverse.134» Aujourd’hui, les talents quelque que soit leur domaine n’attendent plus d’être révélés par quelqu’un d’autre mais forcent leur entrée dans le monde du travail grâce à de nombreux outils mis à leur disposition. Cette découverte de talents révélés par internet intéressera les chaînes de télévisions qui essayeront de récupérer des talents dont la notoriété sur Internet n’est plus à faire. Reste à savoir, si ce qui fonctionne sur un médium fonctionne également sur un autre médium. 3. La télévision comme instance de légitimation ? « La télévision fabrique de l'oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs.», cette phrase attribuée à Jean-Luc Godard est une des preuves du snobisme qu’a subit la télévision de la part des cinéastes pendant de longues années. 134 ANDERSON Chris, La Longue traine, Ed. Pearson, 2009, p.73 Pourtant depuis quelques années pour apercevons un décloisonnement de la télévision et du cinéma. Si l’ont peut assimiler série TV et cinéma dans un premier temps avec Alfred Hitchcock et Alfred Hitchcock Presents dans les années 50, Michael Mann et Miami Vice dans les années 80 et David Lynch avec Twin Peaks au débuts des années 90, c’est à partir des années 2000 que le rapprochement entre les deux va vraiment s’effectuer. Que ce soit aux Etats-Unis avec Martin Scorsese (Boardwalk Empire), David Fincher (House of Cards), Michael Mann (Luck), Steven Spielberg (Band of Brothers, The Pacific), Gus van Sant (Boss) ou en France avec Olivier Marchal (Braquo), Mabroul El Mechri (Maison close), Olivier Assayas (Carlos), de nombreux cinéastes prestigieux se sont lancés dans la réalisation d’épisodes de séries TV qu’ils produisent également. Si aujourd’hui la télévision et plus particulièrement la série TV peuvent être considérées comme un art (le 8ème), il fallut de nombreuses années pour que les critiques cinématographiques voient dans la série TV quelque chose se rapprochant de l’art audiovisuel premier, le cinéma. Ce même phénomène arrive aujourd’hui avec la création sur internet, quelque soit son type, souvent classé de simple divertissement, de hobbie ou de passe-temps mais rarement d’art. La web-série en fait partie mais voit depuis quelques temps maintenant une réappropriation de la part de cinéastes ou de personnes de la télévision. En 2012, c’est Tom Hanks qui créait sa web-série d’animation, Electric City, diffusée et produite par Yahoo, la même année Bryan Singer, connu pour son travail sur X-Men et Usual Suspects, produisit une web-série orientée science fiction, H+ The Digital Series. Anthony E. Zuiker, créateur des Experts, lança sa série Cybergeddon également sur Yahoo. On citera également Dr. Horrible's Sing-Along Blog, web-série musicale créée par Joss Whedon, connu pour avoir créé Buffy contre les vampires, Firefly ou encore Dollhouse à la télévision et réalisé le film de super-héros, The Avengers. L’exemple de production de Dr. Horrible's Sing-Along Blog est intéressant. En effet la web-série de trois épisodes fut imaginée par Joss Whedon suite à la grève des scénaristes durant l’été 2008. Ce dernier voulu prouver qu’il était possible de créer du contenu de qualité sur internet avec peu de moyen et hors des systèmes de production habituels tel que les chaînes de télévision et les studios de cinéma. Joss Whedon finança par ses propres moyens sa web-série qu’il tourna en seulement 6 jours et fit appel à ses frères Zack et Jed Whedon pour écrire le scénario. Dr. Horrible's Sing-Along Blog fut un véritable succès aussi bien public que critique. La web-série récolta 4 Streamy Awards, 1 Hugo Awards, 1 People’s Choice Awards ainsi qu’1 Emmy Awards pourtant d’habitude réservé aux séries TV. Après avoir été éditée en DVD quelques mois après sa diffusion puis retirée de Hulu, la plate-forme de streaming qui diffusait gratuitement les épisodes de Dr. Horrible, la web-série fut ensuite diffusée à la TV sur la chaine The CW en Octobre 2012. Aujourd’hui, Dr. Horrible’s Sing-Along Blog, reste une des web-séries les plus connues aussi bien chez les amateurs de web-série que chez les novices, notamment grâce à un casting composé de stars de la série TV américaine : Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother), Nathan Fillion (Castle), Simon Helberg (The Big Bang Theory) mais aussi Felicia Day, créatrice de la web-série à succès The Guild. Figure 28 - Capture d'écran d'une scène de Dr. Horrible's Sing-Along Blog Si l'exemple de transposition vers la télévision est un peu spéciale pour Dr. Horrible’s Sing-Along Blog puisqu’elle fut diffusée une fois finie mais surtout plus de 4 ans après sa diffusion initiale sur Hulu, d’autres web-séries vont également passer sur le « petit écran ». De 2010 à 2011, c’est ainsi quatre web-séries qui seront diffusées à la TV. Il s’agit de Web Therapy, Childrens Hospital, Sanctuary et Goodnight Burbank. ! Figure 29 - Capture d'écran de Web Therapy, Childrens Hospital, Sanctuary et Goodnight Burbank Web Therapy est une web-série créé en 2008 par Lisa Kudrow (Friends) qui joue également le rôle principal de la thérapeute aux méthodes un peu originales. Deux ans après son lancement, la chaine américaine Showtime, décida de récupérer, pour une diffusion télévisée, la web-série en prenant le soin de filmer des scènes supplémentaires afin de faire correspondre les épisodes à un format Sitcom. Childrens Hospital fut créé en 2008 par Rob Corddry (Jackpot, Les rois du patin, La Machine à démonter le temps) et qui joue également dans sa web-série. Dix épisodes de 5 minutes furent diffusés en Décembre 2008 sur le site internet de The WB. Après l’acquisition de la série par la chaine Adult Swim, Rob Corddry eu le choix d’étendre son programme en format sitcom (30 minutes avec les publicités) ou un format encore plus court de 15 minutes souvent propres aux séries déjà diffusées de la chaine telles que Loiter Squad, Superjail ou Robot Chicken. Rob Corddry opta pour le format le plus court, plus proche de son format de départ. Les 10 premiers webisodes de 5 minutes furent donc transformés en 5 épisodes de 10 minutes pour constituer la première saison TV de la série diffusée en Juillet 2010. Ensuite, contrairement à Web Therapy, la série arrêta sa diffusion web pour ne devenir qu’une série TV dont chaque épisode était tourné pour la télévision et non pas pour le web. Sanctuary est une web-série de science fiction de 8 webisodes diffusée de Mars 2007 à Août 2007 et qui fut ensuite rachetée et développée pour la télévision par SyFy qui diffusa la série TV à partir d’Octobre 2008. La web-série passa d’un format de 10 minutes sur Internet à 45 minutes à la télévision. La série fut annulée après 4 saisons en Juillet 2012. Damian Kindler, créateur de Sanctuary travailla pendant des années sur les séries Stargate sur lesquelles il rencontra Amanda Tapping, principale interprète de Sanctuary. La dernière web-série à avoir fait la transition du web à la télévision est Goodnight Burbank. La web-série fut d’abord diffusée sur Hulu à partir d’Avril 2011 puis sur la chaine HDNet (devenu AXS TV en 2012) à partir d’Octobre 2011. Le propriétaire de la chaine HDNet, Mark Cuban, contacta Hayden Black, créateur de Goodnight Burbank moins de 24h après la diffusion du premier épisode sur Hulu. La récupération de ces web-séries par des chaînes de télévision leurs permit une exposition plus grande que celle vécue sur le web. En effet Sanctuary fut regardée quotidiennement par plus d’un million de spectateurs aux Etats-Unis et est diffusée aujourd’hui sur les télévisions de plusieurs pays notamment la France sur NRJ12. Le succès d’audience est d’ailleurs la raison qui poussa les chaînes aux rachats de ses webséries. En effet les quatre web-séries eurent un certains succès sur Internet notamment Web Therapy et Childrens Hospital de part leur casting135 ce qui leur permit de faire leurs preuves et d’être achetées sans risque par des chaînes comme Showtime et Adult Swim sans modifier considérablement le format de base comme ce put être le cas sur Sanctuary. 135 Web Therapy fait venir un invité à chaque épisode pour la session de thérapie. On y retrouve ainsi Jane Lynch, Meryl Streep, Alan Cumming, Courtney Cox et David Schwimmer, Selma Blair etc. Childrens Hospital est composé d’un casting de comédiens américains très prisés du public tel que Ken Marino, Malin Akerman, Ed Helms, Megan Mullaly, Nick Offerman, Michael Cera, Jon Hamm etc. Il est légitime de se demander si ces séries furent des concepts de série TV, mais que cela soit par leur liberté de ton (Childrens Hospital), par leur concept (Web Therapy) ou par leur public incertain (Sanctuary), elles ne furent pas développées pour la TV dans un premier temps. La télévision n’était peut être pas dans un premier temps, l’objectif premier de ces créateurs de web-séries, mais celle ci est devenue pour deux d’entre elles une finalité (Childrens Hospital et Sanctuary) puisque la production et la diffusion sur Internet fut arrêtée dés le passage à la télévision. Ces exemples de transition du format web-séries vers la télévision ont été effectués par des créateurs « professionnels de l’audiovisuel » étant donné qu’ils gagnent leurs vies en travaillant pour la télévision (Damian Kindler et Hayden Black) ou le cinéma (Lisa Kudrow ou Rob Corddry) en parallèle de leurs web-séries. Existe-t-il donc dans le cadre de la web-série amateur, c’est à dire créée par un nonprofessionnel de l’audiovisuel, une web-série qui aurait réussi la transition jusqu’à la télévision ? Actuellement, en 2013, il n’existe aucune web-série américaine de fiction créée par un amateur qui fut transposée telle quelle à la télévision américaine. En effet, les chaînes de télévision ont su récupérer des talents d’internet mais aucune chaine n’a encore fait le pari de transposer à la manière de Childrens Hospital par exemple, un format de web-série à la télévision. Une web-série comme The Annoying Orange par exemple lancée sur internet en 2009 et rachetée par Cartoon Network pour être diffusée à partir de 2012 ne fut pas créée par un amateur puisque son créateur Dane Boedigheimer travailla plusieurs années pour MTV en tant qu’assistant de production et fonda sa propre société de production Gagfilms en 2005. Pourtant le programme semble être l’œuvre d’un amateur s’amusant avec de simples programmes informatiques grand public et les fruits de chez lui. Il existe néanmoins un exemple d’une créatrice de web-séries qui réussi à se faire connaître grâce à ses projets et qui aujourd’hui possède sa propre série TV qu’elle a créée, il s’agit de Lena Dunham et de sa série Girls diffusée sur HBO. Lena Dunham a un parcours assez atypique, en effet celle ci, durant ces études « d’écriture créative » à New York, créa et développa une première web-série, Tight Shots, diffusée à partir de 2007 sur Nerve. Tight Shots ne fit à l’époque pas beaucoup d’écho si ce n’est un article dans le New York Times qui se terminait par « JUST WATCH » (« REGARDER SIMPLEMENT136»). Après cette première web-série et après avoir obtenu son diplôme, Lena Dunham se lanca dans la production de son premier long-métrage, Creative Nonfiction, qu’elle écrivit, réalisa, et monta en plus de jouer dedans. Le film sorti en 2009 et fut projeté dans quelques festivals aux Etats-Unis dont South by South West, festival réunissant musique et films à Austin, Texas. Après cette aventure sur le format long, Lena Dunham retourna vers la web-série avec Delusional Downtown Divas qui connut 2 saisons de 2009 à 2010. Grâce à cette websérie Lena Dunham réalisa un nouveau film Tiny Furniture qui eu beaucoup plus de succès que Creative Nonfiction puisqu’il eu une sortie limitée en salle et récolta prés de 4 fois son budget de départ de 50000$. De plus Lena Dunham, fut nommée aux Independent Spirit Awards dans la catégorie Best First Screenplay. C’est suite au succès engendré par le film que Judd Apatow, réalisateur et producteur de nombreuses comédies américaines tels que 40 ans, toujours puceau, Funny People, En Cloque, mode d’emploi ou Mes meilleurs amis repéra Lena Dunham et se lança dans le développement d’un pilot pour la chaine HBO. En avril 2012, était lancé Girls, produite par Judd Apatow et Lena Dunham, qui s’occupa aussi du scénario, de la réalisation de plusieurs épisodes et qui interprète le rôle principal, Hannah. Lena Dunham n’est pas donc passé directement du format web-série au format série TV même si la web-série lui a permis de développer son univers ainsi que ses approches de la réalisation du montage qu’elle a ensuite pu exploiter dans ces long métrages ou dans l’écriture des épisodes de Girls. Citons enfin deux web-séries en développement pour deux chaînes de télévisions : Broad City et Couple Time. Ces deux web-séries furent créées par des acteurs non136 Traduction personnelle professionnels, Ilana Glazer et Abbi Jacobson pour la première et Patrick Carlyle et Allyn Rachel pour la seconde. Ces deux web-séries font partie des nombreuses webséries se déroulant à New York et les quatre acteurs/créateurs font partie de la troupe du Upright Citizens Brigade, théâtre d’improvisation situé à New York et à Los Angeles. Ce théâtre vit de nombreux comédiens travailler ensuite pour le Saturday Night Live, 30 Rock ou The Office. L’une des fondatrices du UCB est Amy Poehler, actrice principale de la série Parks and Recreation et qui travailla de nombreuses années pour le Saturday Night Live. Cette dernière est d’ailleurs celle qui repéra Broad City et qui s’accorda à la développer en série TV pour la chaine américaine Comedy Central. Pour Couple Time c’est Ellen DeGeneres et sa société de production qui s’occupa du développement du pilot pour Fox TV. Aujourd’hui aucun des deux projets n'a été diffusé à la télévision, les deux pilot étant encore en développement. Néanmoins, si un des deux projets réussissait à obtenir l’accord de la part d’une chaine pour tourner une saison complète, cela serait la première fois qu’une web-série amateur de fiction atteindrait le petit écran. ! Figure 30 - Capture d'écrans des web-séries The Annoying Orange, Delusional Downtown Divas, Couple Time et Broad City Si nous avons vu qu’il n’y a pas d’amateur à avoir fait le chemin vers la télévision, il faut néanmoins souligner que rare sont ceux à avouer créer une web-série dans le but de percer sur un autre média tel que la télévision. Pour beaucoup, la facilité de production des web-séries est le principal avantage pour raconter l’histoire qui les intéresse et il s’agit souvent d’un premier contact avec le monde de l’audiovisuel et ses codes pour ceux sortant d’écoles ou d’universités et souhaitant travailler dans ce monde là. L’amateur est une figure complexe puisque si la web-série semble de prime abord le format idéal d’un point de vue matériel pour s’exprimer, dés lors que les créateurs auront pour ambition de monétiser leurs œuvres, ils devront faire face à des premières contraintes financières afin de pouvoir assurer la promotion de leur web-série. Ces problèmes de coût financier n’ont pas lieu d’être chez les professionnels pour qui la web-série n’est pas une vitrine de leur talent mais un simple format de divertissement moins contraignant qu’une série TV ou un film de cinéma. Conclusion Dans l’introduction de ce mémoire, nous nous sommes posés la question de déterminer le statut de la web-série, si celle ci était une évolution de la série TV et par conséquent qu’elle la remplacerait un jour ou si il s’agissait d’une nouvelle forme de divertissement, certes influencé par d’anciens formats tels que la série TV mais aurait une toute autre finalité. Dans la première partie de ce mémoire nous avons vu que la web-série est un format profondément ancré dans son médium qui est Internet. Au fil des évolutions de son médium, la web-série a su se renouveler, évoluer pour profiter des derniers changements technologiques (amélioration de la qualité de diffusion, rapidité des chargements vidéos permettant des vidéos plus longues, mise en ligne simplifiée etc.) afin de permettre aux créateurs d’améliorer la qualité de leurs créations. Nous avons ensuite vu dans la seconde partie, un rapprochement comparatif entre la web-série et le format qui est, à priori, le plus proche de la web-série, la série TV. Or dans cette partie, nous avons vu qu’il existait de nombreuses différences entre les deux, notamment au niveau du format, celui de la télévision étant plus normalisé que la web-série, la brisure de la linéarité imposée par la télévision, support de visionnement ou encore les genres bien plus présent dans la série TV que dans la web-série. La web-série puise sa principale inspiration dans la série TV comme celle ci puise son inspiration dans le cinéma. Toutes ces formes de divertissement, aussi bien de format court ou long, ont pour objectif de raconter des histoires et de les partager avec un public. La web-série s’inspire donc indirectement du cinéma. Nous pouvons considérer les premiers films de Charlie Chaplin, comme une série, puisque ceux ci sont de format plutôt court (entre 15 et 30 minutes), la sérialité repose sur un personnage, Charlot, les films appartiennent à un genre, la comédie, ils sortaient de manière régulière (36 films en 1914, soit plus d’un chaque deux semaines) et ils étaient produits par une même personne, Mack Sennett pour les studios Keystone. La web-série s’inspire ainsi des grands deux arts audiovisuels que sont la télévision et le cinéma. Malgré ces influences, en 2013, prés de 7 ans après l’arrivée des web-séries nouvelles générations portées par la création d’un web 2.0 permettant à l’utilisateur d’être plus actif, plus libre, plus créateur, celles ci n’ont toujours pas leur place dans les magazines ou les journaux grand public. L’esprit de recherche, de curiosité, de découverte promulgué par des plate-formes comme Blip, n’existe plus parmi les journalistes qui ne se contentent désormais plus que de mettre en avant des « phénomènes internet ». Les médias traditionnels, tels que la télévision et la presse écrite, tenteront de s’emparer du buzz137 autour d’une vidéo car ils sont conscients de l’attention que peut leur apporter un article, sur une vidéo générant des millions de vues auprès d’un certain public qui a vu la vidéo et qui chercherait à en savoir d’avantage. Les articles sur le chanteur sud-coréen, PSY, qui fut le premier à dépasser le milliard de vues pour son clip Gangnam Style, arrivèrent pour beaucoup lorsque celui ci dépassait les centaines de millions de vues et non pas lors des premières centaines de vues ou même des premiers millions. Il est ainsi plus astucieux de faire un article sur une vidéo qui compte 500 millions de vues plutôt qu’une centaine car la portée de l’article sera ainsi plus forte et les chiffres de ventes plus hauts. Ces articles permettent aux médias les plus anciens, de ne pas se sentir dépassés, démodés par ce qui pourrait arriver sur Internet et qui les exclut, ils essayent de se réapproprier ces phénomènes pour ramener vers eux une partie des lecteurs ou des téléspectateurs. Le rapport des médias à la web-série est aujourd’hui problématique puisque, ne bénéficiant d’aucune attention médiatique, celle ci peine à s’établir artistiquement auprès du grand public qui ne verra dans les web-séries que de courts films réalisés entre copains, sans ambition artistique aucune. La web-série possède ainsi des problèmes pour se développer économiquement et trouver un modèle économique qui permettrait aux créateurs, bien souvent producteurs également, de ne pas dépenser à perte de l’argent pour leur création. Si certains professionnels du secteur de l’audiovisuel peuvent se permettre de le faire car ils possèdent d’autres sources de revenus et ne voit dans la web-série qu’une occupation mineure de leur activité 137 On parlera d’un contenu (vidéo, photo, musique) qui buzz lorsque ce contenu fait beaucoup parler de lui. On parlera en français de ramdam. principale de travail souvent lié au secteur de la télévision ou du cinéma. Ce rapport fantasmé aux médias grand public de la part des créateurs de web-séries est risqué pour les créateurs. Johnatan Nail arrêta sa web-série, Solo, deux ans après son lancement. Dans un article138 pour le site GigaOm, il revient sur son expérience en tant qu’amateur déçu du format web-série. Il parle ainsi des investissements financiers à perte, de l’illusion d’être un jour repéré par une chaine de télévision comme SyFy, du statut de créateur/réalisateur/scénariste/producteur/acteur trop soutenu pour un seul homme, des contrats avec des sponsors impossibles à obtenir pour les petits budgets etc. Johnatan Nail préféra ainsi mettre un terme à la production de sa web-série, dont les épisodes étaient visionnés en moyenne 3000 fois, déçu du peu de reconnaissance obtenu essentiellement, de la part du public et des professionnels, la série ayant reçu un accueil critique plutôt favorable puisque SOLO fut sélectionnée dans trois festivals américains en 2010 ainsi que 4 nominations aux International Academy of Web Television Awards en 2011. Deux ans après l’abandon de Johnatan Nail peu de choses ont finalement changées, la vision de la web-série n’a pas évolué auprès de la presse et une large partie des internautes considèrent toujours que les web-séries ne sont ni intéressantes ni artistiquement réussies de par l’image négative de l’amateur, perçu comme une personne sans argent et sans talent plutôt que comme quelqu’un de passionné et d’investi. La web-série est un format de divertissement indépendant, né avec l’essor d’un nouveau médium de communication, Internet. Celui ci prenant de l’ampleur dans nos vies au profit de la télévision, devrait permettre à la web-série de continuer à exister et à évoluer au fil des évolutions d’Internet vers plus de facilité de création (mise en ligne, promotion, visionnage) et d’interactivité avec l’internaute afin de se démarquer un peu plus de la série TV. Malgré ces prochaines évolutions, la web-série doit arriver à trouver un modèle économique durable afin de permettre aux amateurs désireux de se lancer dans la création d’une web-série puissent le faire. Sans ce modèle économique, les 138 http://gigaom.com/2011/08/14/what-happens-when-youre-not-the-guild-one-creator-speaks/ amateurs se retireront progressivement de ce format, n’ayant aucune opportunité de rentabiliser leur investissement tandis que les professionnels s’approprieront ce format. La web-série n’est-elle pas la dernière vitrine d’exposition des talents amateurs qui risque de disparaître ? Cette situation ne risque-t-elle pas de transformer la web-série en format d’autopromotion pour des chaînes de télévision ou pour des entreprises ? Bibliographie Ouvrages ANDERSON Chris, Free, Ed. Pearson, 2009, p. 288 ANDERSON Chris, La Longue traine, Ed. Pearson, 2009, p. 400 AGNOLA Michel, LE CHAMPION Remy, sous la direction de GREFFE Xavier et SONNAc Nathalie, Culture Web : Créations, contenus, économie numérique, Ed. Dalloz-Sire, 2008, p. 886 BOUTET Marjolaine, Les Séries télé pour les nuls, Ed. General First, 2009, p. 348 COLONNA Vincent., L'art des séries télé ou comment surpasser les Américains, Ed. Payot, 2010, p. 374 ESQUENAZI Jean-Pierre, Les séries télévisées : L’avenir du cinéma ?, Ed. Armand Colin, 2012, p. 224 FLICHY Patrice, Le sacre de l'amateur, Ed. Seuil, 2010, p. 96 MOINE Raphaëlle, Les genres du cinéma, Ed. Armand Colin Cinéma, 2005, p. 206 ODIN Roger, La question de l’amateur, in Communications n°68, Ed. Le Seuil, 1999, p. 300 WINCKLER Martin, Les miroirs de la vie, Ed. Le Passage, 2002, p. 335 Articles web DI CROSTA Marida, in « Nouvelles formes de récit cinématographique : Vers une écriture des interactions film/spectateur », http://www.omnsh.org/spip.php?article72 Annexes Corpus Web-séries Acting Out : http://www.actingoutseries.com Afro City : http://www.afrocitytv.com Almost 30 : http://almost30series.tumblr.com Another Hero : http://www.another-hero.com Anyone but Me : http://www.anyonebutmeseries.com Awkward Black Girl : http://awkwardblackgirl.com Big City : http://www.youtube.com/user/bigcitywebseries Blue Belle : http://www.youtube.com/watch?v=PyRt3iN13A8 Boystown : http://boystownshow.tumblr.com Break a Leg : http://breakaleg.squarespace.com Broad City : http://www.broadcitytheshow.com Brody Stevens : Enjoy It : http://www.youtube.com/watch?v=ETjxxKv4VSw Brooklyn is for Lovers : http://bi4l.tv Burning Love : http://screen.yahoo.com/burning-love/ Chidrens Hospital : http://www.youtube.com/watch?v=Hs5QbUjmtt8 Chloe + Zoe : http://www.chloeandzoeshow.com Chop Socky Boom : http://chopsockyboom.com Couple Time : https://vimeo.com/album/1688665 Cybergeddon : http://fr.cinema.yahoo.com/cybergeddon/ Daybreak : http://www.daybreak2012.com Delusional Downtown Divas : http://www.delusionaldowntowndivas.com Dr. Horrible’s Sing-Along-Song : http://drhorrible.com Easy to Assemble : http://www.easytoassemble.tv Electric City : http://fr.cinema.yahoo.com/electric-city/ Eon-4 : http://en.wikipedia.org/wiki/Eon-4 Falling for You : http://fallingforyou.target.com Gemini Division : http://www.youtube.com/watch?v=o82tzXTCBfc Girl/Girl Scene : http://blip.tv/girlgirlscene Goodnight Burbank : http://goodnightburbank.com Good People in Love : http://blip.tv/goodpeopleinlove Guards of Dagmar : http://www.guardsofdagmar.com/ H+ The Digital Series : http://hplusdigitalseries.com Happy Cancer Chick : http://www.happycancerchick.com Hello Cupid : http://www.youtube.com/watch?v=t0eHcbez_LU Hello Geekette : http://www.hellogeekette.com Help Me Get Laid : http://www.youtube.com/watch?v=jfIk_BO6JYc Homo Thugs : http://www.youtube.com/watch?v=6A2vGH3P6PE Hunting Season : http://huntingseason.tv Husbands : http://husbandstheseries.com I Hate Being Single : http://ihatebeingsingleseries.tumblr.com In Between Men : http://inbetweenmen.com Jack in a Box : http://www.jackinaboxsite.com Katana : http://www.strike.tv/show/katana/pilot/ Kicking Dan Out : http://www.youtube.com/watch?v=TKRbN7Ow31Q Le Visiteur du futur : http://www.levisiteurdufutur.com Les Opérateurs : http://www.frenchnerd.com/pages/Les_Operateurs--8356985.html Lonelygirl15 : http://www.youtube.com/user/lonelygirl15 Los Americans : http://pic.tv/losamericans/ Make Love not War : http://webseriesnetwork.com/profile/AnthonyPerkins Mr. Wong : http://www.icebox.com/?cat=8 No Kids, No Cry : http://blip.tv/nokidsnocry Noob : http://noob-tv.com Plan V : http://www.youtube.com/watch?v=XMCwGUZzjSM Prom Queen : http://www.youtube.com/watch?v=JDwoMAV0Hys Queer Duck : http://www.icebox.com/?cat=32 Rapaces : http://www.rapaceswebseries.com Sanctuary : http://www.youtube.com/playlist?list=PLA13668D45AD4C2F9 SamHas7Friends : http://www.youtube.com/user/SamHas7Friends Video Game High School : http://www.rocketjump.com/category/vghs Web Therapy : http://www.lstudio.com/web-therapy/ Where the Bears are : http://wherethebearsare.tv WhirlGirl : http://www.whirlgirl.com The Annoying Orange : http://www.youtube.com/user/realannoyingorange The Beauty Inside : http://www.thebeautyinsidefilm.com The Burg : http://www.theburg.tv The Flip Side : http://screen.yahoo.com/flip-side/ The Guild : http://www.watchtheguild.com The Inside Experience : http://showcase.noagencyname.com/INSIDE/media/ The Outs : http://theouts.squarespace.com The Pyramid The Spot : http://www.thespot.com The Vault : http://thevaultshow.com Thurston : http://www.thurston-series.com Tight Shots : http://www.nerve.com/love-sex/lena-dunhams-tight-shots-episode-1 Séries TV Adventure Time Alfred Hitchock Presents Arrested Development Band of Brothers Battlestar Galactica Boardwalk Empire Bored to Death Boss Braquo Buffy Californication Carlos Cheers Dollhouse Dream On Ellen Esprits Criminels Firefly Friends Games of Thrones Girls Glee Hawaii 5.0 Heroes Hot’l Baltimore House of Cards I Love Lucy L.A. Law Les feux de l’amour Les Simpsons Les Sopranos Loiter Squad Mad Men Maison Close Melrose Place Miami Vice Modern Family My Generation Once Upon a Time Oz Park and Recreation Queer as Folk Robot Chicken Sex and the City South Park Stargate Superjail The Cosby Show The L Word The Larry Sanders Show The New Normal The Pacific The Walking Dead Torchwood Touch Twin Peaks Veronica Mars Will & Grace Tableaux des figures Figure 1 - Capture d'écran du site de The Spot 2011 ......................................................10 Figure 2 - Capture d'écran de Mr. Wong .........................................................................12 Figure 3 - Capture d'écran de Queer Duck .....................................................................13 Figure 4 - Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle Showtime pour WhirlGirl........14 Figure 5 - Le prototype du jouet WhirlGirl ....................................................................15 Figure 6 - Jessica Rose alias Bree, héroïne de lonelygirl15 ...........................................18 Figure 7 – La page d’accueil de Blip.TV en 2010 ..........................................................23 Figure 8 - La page d'accueil de Blip en 2013 .................................................................23 Figure 9 - Une capture d'écran des différents choix de partage Facebook sur Vimeo ....24 Figure 10 - Captures d'écran de l'application iOs de Blip ..............................................26 Figure 11 - Capture d'écran du site de Yahoo après le lancement de Burning Love ......28 Figure 12 - Capture d'écran de Falling for You avec les produits qu'il est possible d'acheter en ligne ....................................................................................................34 Figure 13 - Capture d'écran de Daybreak qui met en avant le HTC One X qu'il est possible de commander en cliquant sur le lien sous le lecteur ...............................35 Figure 14 - Captures d'écran de Easy to Assemble .........................................................37 Figure 15 - Captures d'écran du placement de produit dans Good People in Love ........40 Figure 16 - Capture d'écran du placement de produit dans Gemini Division .................41 Figure 17 - Capture d'écran d'exemple de contre don avec le nombre de backers ayant souscris à ces contres dons......................................................................................44 Figure 18 - Capture d'écran de la catégorie Webseries du site Kickstarter .....................45 Figure 19 - Une capture d'écran du projet Kickstarter de Veronica Mars.......................47 Figure 20 - Graphique sur le taux de personnes qui regarderont une vidéo entière suivant la durée de la vidéo.....................................................................................61 Figure 21 - Capture d'écran du sondage Facebook pour déterminer l'issue du prochain épisode ....................................................................................................................68 Figure 22 - Capture d'écran d'un webisode de Help Me Get Laid où Spencer Hymen commente les commentaires Facebook et YouTube ...............................................69 Figure 23 - Capture d'écran du site de CBS où le téléspectateur américain pouvait voter durant la diffusion de l'épisode ...............................................................................70 Figure 24 - Capture d'écran de l'application ABC's My Generation Sync avec ici un quizz ........................................................................................................................71 Figure 25 - Capture d'écran du compteur de morts de l'application The Walking Dead Sync ........................................................................................................................72 Figure 26 - Capture d'écran de The Inside Expérience où l'on peut apercevoir l'ordinateur Toshiba.................................................................................................73 Figure 27 - Photo du baiser entre les deux personnages de L.A Law .............................81 Figure 28 - Capture d'écran d'une scène de Dr. Horrible's Sing-Along Blog .................91 Figure 29 - Capture d'écran de Web Therapy, Childrens Hospital, Sanctuary et Goodnight Burbank.................................................................................................92 Figure 30 - Capture d'écrans des web-séries The Annoying Orange, Delusional Downtown Divas, Couple Time et Broad City ........................................................96