Le vol des libellules
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Le vol des libellules
Fiche Écomusée d’Alsace – Les libellules LES LIBELLULES (1) Gracieuses mais cruelles demoiselles du bord de l’eau… D’après Littré, libellule est un dérivé de libellus, petit livre, pour évoquer l’habitude qu’ont ces insectes de tenir leurs ailes comme les feuilles d’un livre. Les libellules sont classées en deux familles : 1. Celles qui au repos gardent les ailes bien étalées (comme un livre ouvert) ; elles sont pour la plupart de grande taille et volent merveilleusement bien. ce sont les Anisoptères ou Libellules vraies. 2. Celles qui au repos gardent les ailes jointes ou demi-jointes sur leur dos (comme un livre fermé) ; elles sont petites et moins vives. Ce sont les Zygoptères ou demoiselles. Les Anglais les appellent « Dragonfly », dragon volant, terme très imagé... Les Allemands quant à eux, disent Libelle, ou plus joliment « Wasser- Seejungfer », néréïde aquatique... La frissonnante libellule Mire les globes de ses yeux Dans l’étang splendide où pullule Tout un monde mystérieux. Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, XVII Comment vivent-elles ? Accouplement En été le mâle et la femelle s’accouplent en formant un joli cœur. Avec une pince placée au bout de son corps, le mâle attrape la femelle derrière la tête. La femelle plie alors son corps de manière à l’amener sous le ventre du mâle et y prélever la semence fécondante. On voit parfois certains couples voler ainsi unis. Il dure quelques minutes, puis la femelle s’envole à la recherche d’un endroit humide pour pondre ses œufs. Certaines enfoncent leurs œufs un par un dans le bois humide, ou les insèrent dans les plantes, et d’autres les laissent simplement tomber dans l’eau. La Grande aeschne (Aeshna grandis) entrain de pondre dans un morceau de bois flottant – Photo Marc Solari Accouplement d’Agrions à larges pattes (Platycnemis pennipes). Le mâle est bleu, le femelle est beige rosé. Un signe particulier de cet agrion commun est ses tibias postérieurs épaissis, enflés. Il est présent un peu partout, dans les eaux courantes et stagnantes. 1 Fiche Écomusée d’Alsace – Les libellules Que deviennent les libellules en hiver Pendant tout l’hiver, les œufs restent enfouis dans le bois humide ; au printemps, ils éclosent et donnent naissance à de petites larves qui vivent dans l’eau ; la larve est très vorace et attrape avec une sorte de bras redoutable terminé par deux crochets pointus (appelé le masque) toutes sortes de petites bêtes, des têtards, des petits poissons ... et va grandir et grossir très vite. Quand sa peau devient trop étroite elle se déchire et elle s’en dégage : elle mue ; la larve changera ainsi de peau et de forme 12 à 14 fois avant d’atteindre sa taille définitive. L’émergence Après deux ou trois ans de vie aquatique, la larve est totalement développée et arrête de se nourrir. Par un matin ensoleillé elle grimpe sur la tige d’un roseau et sort pour la première fois de l’eau. Dès qu’elle se trouve à l’air elle s’immobilise. Elle enfonce les griffes de ses pattes dans la tige puis se balance de gauche à droite comme pour vérifier si elle est bien attachée. Tout à coup sa peau commence à se fendre derrière sa tête, qu’elle sort, puis en se tortillant elle dégage peu à peu l’avant du corps, les pattes et ses ailes pliées en accordéon. Une belle libellule adulte apparaît enfin laissant son enveloppe appelée exuvie à côté d’elle pendant qu’elle se sèche au soleil. C’est la naissance ou l’émergence de la libellule. Cordulie à tâches jaunes (Somatochlora flavomaculata) qui vient d’émerger avec son exuvie à côté d’elle. Photo Marc Solari Le vol des libellules Après l’émergence, il faut attendre une quinzaine de minutes pour que les ailes atteignent leur taille définitive et environ quatre heures pour qu’elles soient sèches et solides. Une autre heure s’écoule et la libellule est prête, son corps est rigide et elle peut prendre son envol. Les libellules volent à très grande vitesse mais uniquement par beau temps. Le soleil leur est vraiment nécessaire Leur corps (le thorax et l’abdomen) abritent des poches d’air , des sacs aériens qui chauffés par le soleil allègent l’insecte et lui permet de voler avec facilité ; toute son énergie est consacrée à se mouvoir et non à se soutenir en l’air. Les demoiselles (Caloptéryx et agrions) volent lentement (volettent) : 2 kms / h. Mais certaines libellules, les plus grosses aux allures d’hélicoptères se déplacent à 36 kms /h et même à 70 lors d’accélérations fulgurantes. Lors d’accélération leurs ailes sont synchrones et simultanées. En vol stationnaire les ailes sont synchrones et inversées. Aeschne affine (Aeschne affinis) Photos Marc Solari 2 Fiche Écomusée d’Alsace – Les libellules De plus les libellules ont une particularité unique dans le monde des insectes : les mouvements des ailes ne sont pas provoqués par les déformations de la carapace du thorax, mais par des muscles directement reliés aux ailes ; celles-ci sont alors absolument indépendantes et tout devient possible : planer, voler sur place , en avant, en arrière, monter, descendre, virer sur l’aile ... tel un hélicoptère. Les libellules n’en finissent pas de s’en aller. Ce qui nous est à tous le plus familier chez les libellules, leur vol, est aussi le plus inaccessible, le plus étranger à celui qui tente de les approcher passionnément. Alain Cugno – La libellule et le philosophe La Grande aeschne (Aeshna grandis) en vol stationnaire. Les ailes sont ici synchrones et inversées. Lors d’accélérations elles seraient synchrones et simultanées. Ce qui lui permet, de voler sur place, avec de soudaines accélérations spectaculaires. Photo Marc Solari. La chasse Les libellules sont des prédatrices, carnivores voraces. Elles se nourrissent de petits insectes qu’elles saisissent en plein vol avec leurs pattes, puis qu’elles déchiquètent avec leurs mandibules puissantes et acérées .Certaines chassent en patrouillant sans presque jamais se poser. D’autres se perchent et chassent à l’affût. Des petits agrions (comme l’Agrion de Mercure) explorent en vol stationnaire les tiges des herbes pour dévorer les pucerons. Le territoire Les mâles volent aussi pour délimiter leur territoire d’où tous les mâles de la même espèce qu’eux sont chassés au cours de poursuites vertigineuses ; certains poursuivent aussi des rivaux d’autres espèces souvent bien plus grosses. Une semaine après son envol, la libellule mâle cherchera une compagne pour s’accoupler en vue de se reproduire. Où vivent- elles ? Les milieux humides sont indispensables à la vie de ces superbes insectes. Certaines préfèrent les eaux courantes, d’autres faiblement courantes et d’autres encore, nombreuses, les eaux stagnantes. Leur « biodiversité » est ainsi liée à la qualité des eaux et la variété des milieux aquatiques. L’Ecomusée d’Alsace est exemplaire de ce point de vue et abrite 36 espèces à ce jour (juin 2012). (Voir feuillet Libellules N°2). Leur protection dépend beaucoup de la sauvegarde des milieux aquatiques et de leur gestion. 3 Fiche Écomusée d’Alsace – Les libellules La Nature au village... Naturalistes Bibliographie et sources La vie des libellules. Jean Rostand. 1954. La libellule et le philosophe. Alain Cugno. 2011. La Hulotte N° 13. 2007 Ecomusée d’Alsace Corporation Naturalistes Guide de détermination : Guide des libellules de France et d’Europe. Ed. Delachaux et Niestlé. Pour les enfants : La libellule. De Barrie Watts. Ed. Clin d’œil. Les associations IMAGO : Association de protection de la nature consacrée à la conservation des invertébrés en Alsace. OPIE : Office (national) pour les insectes et leur environnement. Et leur très intéressante revue trimestrielle « Insectes », pour tout public. Textes et photos Textes : Annick Kiesler – Edition du 14/06/12. Photos : Marc Solari La Corporation des Naturalistes Dans le florilège des Corporations de l’Ecomusée d’Alsace, celle des Naturalistes regroupe les bénévoles et amis de l’Ecomusée sur le thème de la Nature et de l’environnement. Vous aussi pouvez y participer. Contacts : Annick Kiesleri au 03 89 44 76 73 – [email protected] ou [email protected] 4
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