Mamela Nyamza mène la danse des "kids" de Soweto
Transcription
Mamela Nyamza mène la danse des "kids" de Soweto
7 octobre 2013 Mamela Nyamza mène la danse des "kids" de Soweto Une image persistante recouvre le spectacle Mamela Nyamza et les Kids de Soweto, créé par Mamela Nyamza avec les cinq danseurs du Soweto's Finest. Habillée d'une combinaison noire effet latex, la chorégraphe contemporaine sud-africaine prend chacun des jeunes dans ses bras et les pose l'un après l'autre sur le plateau. Manière de materner sa petite troupe d'hommes mais aussi de les couper de leurs habitudes et de ce qui les constitue en tant qu'interprètes. Fini le hip-hop swinguant des genoux sur un joyeux roulement de caisses dans lequel les Soweto's Finest excellent ! Place à l'immobilité et au silence. Enfin presque. Mamela Nyamza aura beau couper le son, elle n'aura pas le dernier mot : montés sur ressorts, les cinq kids sortent par la porte et reviennent par la fenêtre. Leur spécialité est le sbuja, qui vient du mot français "bourgeois", combinant danses traditionnelles et rythmes zoulous pour électriser tout le corps jusqu'au visage. Et ça siffle, et ça hulule, et que ça saute ! FORCES IRRATIONNELLES La règle de conduite de cette production cosignée par Mamela Nyamza et Thomas Bongani Gumede, leader des Soweto's Finest ? Avoir l'audace de perdre ses marques et de voir venir. Sans forcer la situation, le spectacle, à l'affiche du Musée du Quai Branly, semble reconduire devant le public le processus de la rencontre. La remise des compteurs à zéro fait surgir une série de sons et de gestes qui se propagent et entraînent une danse qui donne l'imagination d'une autre... Et ainsi de suite. Les séquences se recouvrent comme des vagues. Au fil de cette pièce volontairement déséquilibrée, tant du point de vue du casting que de l'autorité qui s'y joue, Mamela Nyamza, seule femme, et aussi la plus âgée du groupe – elle a 37 ans, les kids ont entre 18 et 26 ans –, louvoie entre le rôle de chef, de copine... Elle ne perd en revanche jamais son aura de personnage ambivalent sur lequel des forces irrationnelles se greffent. Sans ostentation, elle endosse les avatars liés à sa situation au milieu de la bande et pose discrètement des questions sur la place de la femme. Lorsqu'on sait combien le clivage entre les sexes est aigu en Afrique du Sud... Mamela Nyamza, programmée pour la première fois en France au Festival d'Avignon cet été, a créé sa compagnie en 2008 et s'est déjà taillé un nom sur le front d'un féminisme déterminé. Inconnus jusqu'à présent, les Soweto's Finest, grandis dans le township de Johannesburg, vivent de leur art au gré de shows commerciaux tout en donnant des cours aux enfants de Soweto. Ils seront à l'affiche de Suresnes Cités danse 2014. Rosita Boisseau Mamela Nyamza et les Kids de Soweto. Musée du Quai Branly, 37, quai Branly, Paris 7e. Jusqu'au 11 octobre, à 20 heures. Tél. : 01-56-6170-00. De 15 à 20 euros. En tournée le 16 novembre à Toulouse (Haute-Garonne), le 18 à Lyon (Rhône), le 19 à Chalon-sur-Saône (Saôneet-Loire), les 27 et 28 à Mulhouse (Haut-Rhin). 10 septembre 2013 Rosita Boisseau 9 octobre 2013 Mamela Nyamza et les Kids de Soweto Dans les bandes de mecs, les vrais, on se tape gaillardement sur l’épaule, d’un grand mouvement comme ça, et on se tient un instant par le cou, bras dessus bras dessous. Voilà un code de comportement viril. Les Kids de Soweto sont une bande de cinq mecs, des vrais, récemment vus sur la scène du Quai Branly. Ils cultivent un style de danse, le sbuja, hyper travaillé et sophistiqué, où ils excellent. Un style que le non connaisseur aura tendance à relier à un langage mondialisé du hip hop ; propice à l’affichage des codes de comportement viril. Explosif et transpirant. Or au Quai Branly, on voit soudain les Kids de Soweto répéter à l’infini le fameux grand mouvement de bras pour se taper sur l’épaule, mais le retirer, et remettre ça. Et encore et encore. De quoi produire comme un geyser, une gerbe, un bouquet de gestes qui pètent joyeusement dans l’air. Viril, mais débridé. Déluré. Car, insufflant ce genre de détournements, une présence cloche dans le spectacle des Kids de Soweto : une femme, de beaucoup leur aînée, passablement stricte et réservée, gainée dans une tenue de latex ultra-contemporaine, paraissant extra-terrestre débarquée au pays des Nike et du baggy. Quand les kids s’époumonent, quand leurs interjections sont amplifiées par des micros, Mamela Niamza – c’est la dame – parle presque inaudible. Mais assez clairement pour perturber gravement, voire suspendre, les gesticulations savantes de ses compagnons de scène. Mamela Niamza est une danseuse contemporaine, instruite de l’art-performance, issue de l’époque de l’apartheid, féministe active. Chez elle, un certain travail de corps supplée à bien des discours. Mamela Nyamza @MQB Cyril Zannettacci Veut-on une autre figure hors du commun, émaillant cette rencontre : voici que la danseuse experte est transportée, jambes en grand écart impeccablement horizontales, passant de main en main, de jeune mec en jeune mec, eux disposés frontalement en chaîne, se refourguant l’encombrant colis vivant, qui finit par retrouver une verticale extrême, cuisse collée contre l’oreille, incongrue, une fois parvenue à bon port au terme de ce trajet à bouts de bras. Que ne se souvient-on, à cet instant, de la façon dont le ballet romantique réduisit les hommes à n’être plus que des porteurs de femmes, dans leur splendeur ? Et qu’en cela réside l’une des sources de la mise en doute de la virilité du danseur dans le mental occidental des deux siècles passés. On perçoit quantité d’allusions malicieuses de ce type, dans ce spectacle apparemment sans titre. Rien de plus que Mamela Niamza et les Kids de Soweto. Autrement dit : cette seule mise en coprésence de ces deux forces artistiques distinctes, et l’unique sujet et contenu de la pièce. Voilà qui est dit. Dès lors, il faut regarder celle-ci non pour ce qu’elle raconte, mais pour ce qui s’y vit, à l’intérieur, de relation effective entre performers la vivant a présent ; entre Mamela Niamza et les kids de Soweto. Vu ainsi, ce spectacle devient celui de l’impossibilité de cette rencontre même, et donne à voir la situation de l’échec à produire un spectacle comme on pourrait l’attendre. Mise en spectacle de la situation réelle de l’impossibilité de faire spectacle, cette pièce devient proprement loufoque dans sa douce façon de rater la rencontre. Et de rater tout court. Plus les garçons en rajoutent dans leur fabuleuse virtuosité, tant le public marche à tous leurs tours en tapant dans ses mains, moins probable paraît l’impassible présence féminine à leurs côtés. Et plus s’effondre, de l’intérieur, le modèle viril qui s’épuise à se surafficher. Accessoirement se dérègle aussi l’attente, passablement post-coloniale, qui voudrait qu’on aille voir, en provenance d’Afrique du Sud, de furieux indigènes urbains noirs, domestiqués à la hâte, par les vertus d’une production d’actualité, par une artiste contemporaine hybridée. Il est heureux qu’un ratage magnifique sanctionne pareil projet, et pousse le regard spectateur au comble de ses contradictions. Gérard Mayen Mamela Nyamza et les Kids de Soweto. Musée du Quai Branly, Jusqu’au 11 octobre, à 20 heures. Tél. : 0156-61-70-00. le 16 /11 à Toulouse, CDC le 18 /11 à Lyon, Maison de La Danse le 19/11 à Chalon-sur-Saône, Festival Instances, L’Espace des Arts les 27 et 28/11 à Mulhouse, La Filature Scène Nationale 5 octobre 2013 Afrique du Sud : danser l’Histoire Engagée et pleine de vitalité, la danse sud-africaine continue sa conquête des scènes internationales. Moyen d’expression artistique et politique, elle se déploie en France jusqu’à la fin de l’année grâce aux Saisons France et Afrique du Sud 2012-2013. Un formidable moyen de découvrir ceux qui la font, comme Dada Masilo qui, dans un Lac des Cygnes revisité, mêle ballet, danse contemporaine et traditionnelle. Le Lac des Cygnes revisité par Dada Masilo Ils sont quinze sur scène, hommes et femmes, tous sud-africains, "tous égaux". Ils dansent pieds nus, sur pointes à l’occasion, quand la séquence – et la tradition - le demande. Tous portent un tutu, hommes et femmes sans distinction. Tous sont Noirs, sauf deux. Ca commence comme Le Lac des cygnes qu’on connaît, la musique de Tchaïkosvki reconnaissable entre mille, puis ils tournent le dos avec un gracieux port de bras, et se mettent à agiter les fesses à un rythme d’enfer. La mousseline vole, on est plus près d’un French Cancan que de Nijinsky. Ce ne sera pas la moindre des entorses au ballet le plus connu du monde, ici revisité par Dada Masilo, jeune chorégraphe sud-africaine de 27 ans, qui le ponctue de danse traditionnelle zoulou, de youyous et de thèmes qu’on n’avait pas vus chez les Russes : homosexualité, mariages forcés et Sida, entre autres. Son Swan Lake triomphe depuis trois ans, en Afrique du Sud d’abord, puis à l’international, en France notamment, où la pièce fut montrée l’année dernière au Musée du Quai Branly avant d’être reprise au Théâtre du Rond-Point à la rentrée, et jusqu’au 6 octobre. Dada Masilo se joue des codes, s’amuse à les dynamiter, à les fusionner. Une arabesque précède une esquisse de gumboots, danse pratiquée traditionnellement à l’aide de bottes en caoutchouc ; la partition de Tchaïkovski se trouve soudain striée de percussions zouloues. Une manière de désacraliser le ballet et la danse classique ? "Oui, mais pas de m’en moquer. Le Lac des Cygnes est le tout premier ballet que j’ai vu : je me souviens avoir pensé que c’était magique.", raconte-t-elle au cours de l’entretien qu’elle nous a accordé. Ce n’est pas un hasard si Swan Lake débute par un texte ironique, où l’en entend par exemple que "tous les ballets que nous avons pu voir pourraient se résumer dans un unique ballet dont le titre générique serait : Filles en tutus au clair de lune". Une professeur de danse l’a donné à Dada Masilo quand elle avait seize ans, elle a voulu en faire une sorte de "Guide pour les Nuls". Gérard Mayen, journaliste spécialisé en danse contemporaine notamment pour la revue Mouvement, explique pourquoi c’est intéressant : "Souvent, lorsqu’on pense Afrique, on pense danse traditionnelle d’un côté et danse moderne de l’autre, qui serait venue d’ailleurs. Là, Dada Masilo révèle que la danse classique n’est peut-être pas si étrangère que ça à l’Afrique du Sud. Il y a sans doute un lien plus complexe, de plus longue date." La chorégraphe Dada Masilo Tradition et modernité Ce n’est pas la première fois que Masilo explose les genres : après avoir gagné en 2008 le prestigieux Standard Bank Young Artist Award on lui commande une première "vraie" pièce. Elle monte un Romeo et Juliette où elle mélange déjà danse classique et contemporaine. Suivra Carmen, dans lequel elle injecte du flamenco, qu’elle apprend spécialement pour l’occasion. On pourrait déceler là une signature, l’idée la terrifie : "Je veux être une artiste qui s’interroge sans cesse, sur la forme, la norme… Je ne veux pas être dans une boîte. Je ne veux pas qu’on puisse prévoir exactement ce que je vais faire ensuite", même si elle reconnaît aimer la dynamique qu’entraîne en matière de vocabulaire le fait de croiser les styles. Dada Masilo a commencé la danse à l’âge de douze ans, "avec un groupe amateur de filles à Soweto", où elle est née. "On faisait des mouvements à la Michael Jackson, qui abîmaient le corps." Elles sont ensuite invitées au Arts Alive International Festival, puis présentées à la Dance Factory de Johannesburg. Elle passe cinq ans à la National School of the Arts avant de passer un an au Cap : elle est formée dans plusieurs disciplines dont la danse classique, devenue plus accessible aux Noirs depuis la fin de l’Apartheid. Puis l’Europe, trois ans à Bruxelles, à P.A.R.T.S., l’école fondée par Anne Teresa de Keersmaeker, prêtresse de la danse contemporaine flamande : "Une opportunité incroyable, je n’ai jamais autant appris de toute ma vie." La danse y est pourtant trop abstraite, elle préfère raconter des histoires. "C’est grâce à P.A.R.T.S. que j’ai commencé à travailler la narration. L’abstraction, c’est ce qu’on fait au studio, quand on répète des heures par jour ! Je ne sais pas si le public a envie de voir ça. Moi, je veux le toucher avec autre chose que juste des mouvements périphériques." C’est ainsi qu’elle décide de faire de Siegfried un cygne non seulement Noir, mais gay, "une manière de tordre le cou au stéréotype selon lequel tous les danseurs le sont," inspiré par les histoires de coming-out que les membres de la compagnie se racontaient, "très drôles dans tout ce qu’elles avaient de dramatique! En Afrique du Sud, les homosexuels sont toujours tabassés, assassinés, insultés…" Et font partie de ceux qui, chaque année, meurent par milliers du Sida : cela aussi, elle le met en scène avec délicatesse, en vêtant ses danseurs de noir, et en les faisant s’éteindre un à un à la fin du spectacle. Femmes et politique Dada Masilo affirme que son spectacle n’a pas été pensé de manière politique, il en ressort pourtant quelque chose d’engagé, ce qu’elle conçoit, et qu’elle accepte : "Le fait que j’aime raconter des histoires m’oblige à être attentive à tout ce qui se passe socialement, et autour de moi." De fait, la danse contemporaine sud-africaine est une discipline très impliquée, très en lien avec la société, ses développements et ses bouleversements. Gérard Mayen souligne que "c’est une danse ancrée dans la réalité sociale. Il existe une veine importante de la "danse performance", des formes qui sont moins soucieuses de composer du mouvement, des belles formes chorégraphiques, et qui s’expriment dans des formes d’actions scéniques qui perturbent, contestent, jouent beaucoup sur la mise en cause des représentations habituelles et des codes sociaux." C’est aussi le cas pour Dada Masilo qui, si elle aime les belles formes, a des choses à dire. Pour Marie-Christine Vernay, journaliste spécialisée en danse pour Libération, "la danse en Afrique du Sud est considérée comme un acte politique. Le fait de monter un Lac des Cygnes avec des danseurs noirs est en soi un acte politique, le ballet ayant toujours été réservé aux Blancs." L’aspect politique de la danse se retrouve chez tous les chorégraphes sud-africains, notamment du côté des femmes, "à surveiller particulièrement" selon Marie-Christine Vernay. Rien que la programmation du Festival d’Automne le prouve - Nelisiwe Xaba (avec qui Masilo a travaillé) présentait Uncles & Angels, qui interroge la subversion de la Danse du Roseau, rituel célébrant la pureté des jeunes femmes avant le mariage ; dans Scars & Cigarettes, elle explore les rites de passage et plus particulièrement celui de la circoncision chez les hommes. Mamela Nyamza (qui a été la professeur de Masilo) a confronté son univers, celui d’une performeuse solo ultra-contemporaine, au nouveau courant ishbuja, incarnation d’une jeunesse militante née dans les bidonvilles de Soweto pour le spectacle Mamela Nyamza et les Kids de Soweto, présenté au Quai Branly jusqu’au 11 octobre. Robyn Orlin, quant à elle, présentera fin novembre au Théâtre de la Bastille une nouvelle pièce protéiforme, In a world of butterflies, it takes balls to be a caterpillar… some thoughts on falling…, où elle prend pour point de départ la photo d’un homme chutant des Twin Towers pour interroger les limites de la représentation. Mamela Nyamza et les kids de Soweto Société et résistance Pourrait-il y avoir en Afrique du Sud, comme en Europe, un courant du "mouvement pour le mouvement" ? Pour Dada Masilo et Marie-Christine Vernay, c’est "non", catégoriquement. La danse sud-africaine est trop impliquée, "avec une très forte détermination sociale, un besoin de prendre en charge les contradictions et les violences extrêmes de cette société," souligne Gérard Mayen. Le danseur Gregory Maqoma confiait dernièrement à Télérama qu’après le drame de la mine de Marikana, l’an dernier, il ne pourrait plus produire une pièce joyeuse. Mamela Nyamza, rencontrée par notre consoeur Pascale Achard, explique, elle, que sa dernière pièce est "une rencontre qui ne s’est pas faite", car les kids de Soweto avaient du mal à la respecter en tant que femme, et encore moins en tant qu’artiste. Nyamza évoque "les viols perpétuels" en Afrique du Sud, pense toujours le rapport hommes-femmes dans ses spectacles, et particulièrement dans celui-ci, où elle questionne la supériorité des hommes, "même si jeunes encore". Car les kids avec lesquels elle a monté ce work in progress ont entre 18 et 26 ans, l’un d’entre eux est encore au lycée. Et pourtant, "il a fallu que je m’impose, que je fasse entendre ma voix. C’était difficile, et épuisant." Quand on lui demande si elle souhaite renouveler l’expérience, elle esquisse un sourire fatigué et dit "non". Miss Thandi, par Gregory Maqoma La danse sud-africaine, si elle semble travaillée par les questions sociales et politiques, ne saurait se résumer en un seul grand courant. Les formes sont extrêmement diverses, notamment du fait de leur origine populaire. Pour preuve, Dada Masilo nous l’apprend : "En Afrique du Sud, à chaque langue correspond une danse traditionnelle." Son dialecte à elle est le tswana, elle ne connaît pas les mouvements qui vont avec, mais compte "l’apprendre bientôt, pour un prochain spectacle peut-être." Qu’il existe onze langues officielles en Afrique du Sud donne une idée du nombre d’expressions qui co-habitent dans le pays. La danse y est profondément ancrée, "tout le monde danse, tout le temps", dit Masilo. Forme de célébration pour le culte des ancêtres, manifestation des guerriers à l’approche des combats ou expression de la colère et du soulèvement, ses formes initiales sont nombreuses, et viennent contaminer la danse contemporaine. Gregory Maqoma s’est distingué dans un solo reprenant le personnage de Miss Thandi, artiste appartenant à la culture xhosa, comme lui, et drag queen exilée en Hollande ; Désiré Davids, danseuse et chorégraphe métisse, s’approprie la danse zouloue ; la compagnie Via Katlehong croise gumboots et pantsula, sorte de hip hop contestataire qui s’est forgé durant l’Apartheid. Pendant cette période sombre de l’histoire du pays, la danse était pratiquée de façon clandestine et encore aujourd’hui, elle se pratique dans "des conditions précaires", avec des aides "dérisoires", affirme Marie-Christine Vernay, qui a fait le déplacement à Soweto l’an dernier pour couvrir le festival Danse Afrique Danse, l’une des rares vitrines de la danse contemporaine avec le festival Jomba ! de Durban et Dance Umbrella à Johannesburg. La journaliste insiste, il n’y a quasiment "rien", "pas de centre chorégraphique national, très peu de structures, peu de lieux de répétition". Certains dansent dans leur chambre, d’autres dans la rue – ceux qui parviennent à s’en sortir sont ceux qui quittent le territoire, qui voyagent. Ce n’est pas pour rien que l’immense majorité des chorégraphes sud-africains dansent eux-mêmes dans leurs pièces : parce que la danse est encore menacée, très peu soutenue, et qu’elle jaillit souvent de ses interprètes, comme pour encore s’affirmer, comme une manière de penser et de danser l’Histoire du pays. Jean-Baptiste ViaudIls