Etude préalable à la création de la réserve marine du Prêcheur

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Etude préalable à la création de la réserve marine du Prêcheur
 Etude préalable à la création de la réserve marine du Prêcheur
Diagnostics écologique, socio-économique, usages et pressions.
Analyse des enjeux
Résumé du rapport diagnostic
décembre 2011
Référence dossier : 1007-03
BIOS
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recyclé ou issu de la gestion de forêts durables, avec une imprimante respectueuse de
l'environnement. La mise en page est conçue pour limiter le nombre de pages et la consommation
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Décembre
11 Étude pour le compte de :
CONSEIL REGIONAL Martinique Rue Gaston Deferre -­‐ BP 601 -­‐ Cluny, 97200 Fort-­‐de-­‐France Tél : 05 96 59 63 00 ; Télécopie : 05 96 72 68 10 [email protected]
Contact : G. Bois de Fer
Rapport à citer sous la forme : IMPACT-­MER, OMMM, BIOS, CEMARE, 2011. Etude préalable à la création de la réserve marine du Prêcheur. Diagnostics écologique, socio-­économique, usages et pression. Analyse des enjeux. Résumé du rapport diagnostic pour : Conseil Régional Martinique, 21 pp (annexes inclues). Rédaction : Béatrice de Gaulejac Marine Fumaroli Jean-­‐Philippe Maréchal Gilles Leblond Pierre Failler Thomas Binet Adeline Borot de Battisti Cartographie : Guillaume Tollu Marine Fiumaroli Coordination générale : Béatrice de Gaulejac Diagnostic milieu marin
Diagnostic Avifaune
Diagnostic socio-économique
Crédit photographique : IMPACT-­‐MER OMMM BIOS Remerciements Les auteurs de ce rapport tiennent à remercier l’ensemble des personnes rencontrées ou contactées durant cette étude, qui par leur disponibilité nous ont permis de mener à bien ce travail. Introduction Sommaire 3 INTRODUCTION ......................................................................................................................................................4 A. SYNTHESE DU DIAGNOSTIC ECOLOGIQUE DE LA ZONE MARINE DU PRECHEUR ..............................................5 1 Cartographie des habitats marins ........................................................................................................5 2 Inventaire patrimonial -­‐ Zone 0-­‐30m ...................................................................................................5 2.1 Les communautés benthiques ............................................................................................................................................................ 5 2.3 Les tortues marines................................................................................................................................................................................ 7 2.2 Les peuplements de poissons ............................................................................................................................................................. 6 3 Habitats en zone profonde (30-­‐100m) .................................................................................................7 B. DIAGNOSTIC ECOLOGIQUE – L’AVIFAUNE -­ RESUME ......................................................................................8 1 Méthodologie .....................................................................................................................................8 2 Résultats .............................................................................................................................................8 C. DIAGNOSTIC DES USAGES ET PRESSIONS -­ RESUME ........................................................................................8 1 Des pressions d’origine terrestre : apports sédimentaires importants, pollutions domestiques, agricoles et industrielles ..........................................................................................................................................8 2 Une commune dans la zone d’étude : le Prêcheur ...............................................................................9 3 Des usages diversifiés du milieu marin ................................................................................................9 3.1 La pêche professionnelle, cumul de différentes techniques .................................................................................................... 9 3.3 La plongée sous marine, attractive dans la zone........................................................................................................................10 3.2 3.4 3.5 3.6 La pêche de loisir et la chasse sous marine, en pleine expansion .......................................................................................... 9 Les sorties en mer, en plein développement ...............................................................................................................................10 Les activités de plage, composante importante de la vie sociale..........................................................................................10 Des projets à visée environnementale...........................................................................................................................................10 D. DIAGNOSTIC SOCIO-­ECONOMIQUE DES ECOSYSTEMES MARINS DU PRECHEUR -­ RESUME .......................... 11 1 Evaluation économique .....................................................................................................................11 1.1 Valeurs de non-­usage...........................................................................................................................................................................11 1.3 Valeurs d’usage indirect .....................................................................................................................................................................11 1.2 Valeurs d’usage direct .........................................................................................................................................................................11 2 Perception et adhésion des usagers et des non-­‐usagers ....................................................................12 2.1 Connaissance et perception des EMP .............................................................................................................................................12 2.3 Préférences pour les mesures de gestion .....................................................................................................................................12 2.2 Adhésion au projet de réserve..........................................................................................................................................................12 3 Évaluation économique et sociale des changements résultants de la création de la réserve ..............12 E. ANALYSE DES ENJEUX .................................................................................................................................. 14 F. ANNEXES ..................................................................................................................................................... 17 Introduction 4 Introduction Des éléments de connaissance de la richesse biologique marine sont à l'origine du projet de création de la
réserve marine régionale du Prêcheur : les fonds marins et îlets de l’anse Céron à l’anse Couleuvre constituent
une zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique. L’îlet la Perle est intégré au site classé des versants nord
ouest de la Montagne Pelée. La situation exceptionnelle de ce secteur, son éloignement des pressions urbaines
sont propices au développement d’une avifaune marine riche et variée
Des potentialités d’un développement économique durable existent ; l’écotourisme se développe dans la zone
nord Martinique qui offre des perspectives variées. La plongée loisirs attire de nombreux sportifs. La beauté des
sites et leur caractère grandiose attirent des visiteurs adeptes d’une nature préservée. Le développement de
nombreux projets (RBI Prêcheur-Grand Rivière, Grande savane, Site classé, Grand St Pierre) va contribuer à
l’attractivité de cette zone.
Les pressions directes exercées par les usages et indirectes en provenance des bassins versants menacent
ces milieux exceptionnels (pollution agricoles, domestiques, industrielles, surexploitation).
La mise en place d’une réserve naturelle et donc d’une gestion concertée des usages pourrait permettre une
préservation de ce milieu sur le long terme tout en contribuant à un développement économique intégré et
durable de la zone, par une valorisation de ce patrimoine naturel.
L’homme fait partie intégrante de ces écosystèmes. La mise en place d’une réserve naturelle nécessite une
connaissance approfondie des milieux mais également une forte prise en compte des usages et de la socio
économie du secteur. La concertation avec les acteurs de terrain et les institutions concernées est essentielle.
L’objectif est de trouver et de mettre en place ensemble les moyens pour valoriser et protéger la ressource et
l’espace de façon durable.
La zone d’étude est comprise entre pointe Lamare au sud à Cap St Martin au nord, soit un linéaire de 12 km.
Trois diagnostics complémentaires ont été réalisés début 2011 :
• Un diagnostic environnemental, du milieu marin et de l’avifaune
• Un diagnostic socio-économique
• Une présentation des usages et des pressions dans la zone d’étude
Leur analyse croisée a permis une définition succincte des enjeux pour le secteur étudié.
Ce document résume les principaux résultats.
Il a pour vocation de contribuer à leur partage et d’informer toutes les parties concernées : usagers, acteurs et
décideurs. Sur la base de ces résultats, qui nourriront les discussions, une concertation approfondie avec les
parties prenantes sera menée.
Elle a pour objectif d’aboutir à l’adhésion des acteurs au projet et à leur participation active. Cela doit permettre
d’établir de façon concertée les limites de la réserve au sein de la zone d’étude, ainsi qu’un zonage des
pratiques et des usages.
Synthèse du diagnostic écologique de la zone marine du Prêcheur 5 A. Synthèse du diagnostic écologique de la zone marine du Prêcheur 1
Cartographie des habitats marins Dix biocénoses ont été identifiées sur le secteur allant de la pointe Lamare au cap Saint Martin (12 km de
linéaire côtier) : communauté corallienne, herbier, communauté de spongiaires et gorgonaires, blocs de roche
nus …(Annexes 1 à 3).
2
Inventaire patrimonial -­‐ Zone 0-­‐30m Afin de caractériser la zone d’étude, 17 sites ont été échantillonnés entre 0 et 30m de profondeur : 10 sites de
communautés coralliennes, 5 sites d’herbier et 2 sites de fonds sableux (Annexe 4).
Les inventaires faunistiques et floristiques ont été réalisés par tranche de profondeur 30-20m, 20-10m, 10-0m.
Les évaluations quantitatives de la couverture benthique (% de coraux, % d’algues, % d’éponges, etc.) et des
peuplements de poissons (densités et biomasses) ont été réalisés à la profondeur de biodiversité maximale en
région caraïbe, soit entre 10 et 15m, et sur 6 sites de communautés coralliennes.
2.1
Les communautés benthiques La géomorphologie des sites sous-marins du secteur nord caraïbe de la Martinique est proche de celle
observée à terre sur les flancs de la Montagne Pelée, à savoir des coulées basaltiques et des fonds rocheux de
nature volcanique. Les sites explorés révèlent des fonds très complexes dans leurs reliefs, avec des tombants
verticaux, des surplombs, des canyons, des vallées profondes, offrant une variété d’habitats très favorable au
développement de la vie sous-marine. La nature même des fonds et l’hydrodynamisme du secteur ne sont
toutefois pas favorables à l’installation de récifs coralliens du même type que ceux rencontrés dans la région de
Sainte Luce, où l’on trouve de véritables récifs bioconstruits. Toutefois, les communautés biologiques évaluées
révèlent une biodiversité très importante (110 à 190 espèces benthiques identifiées par site). Les sites de
Pointe Lamare Ouest et de la Citadelle abritent la richesse spécifique benthique (nombre d’espèces) la plus
élevée.
Les communautés coralliennes qui se développent sur le substrat rocheux sont complexes et sont dominées
par les éponges de grandes tailles. Les coraux sont présents mais leurs peuplements sont peu denses (2% à
35% de couverture corallienne). Le secteur La Perle, le Sous-marin et Les Basses présente le plus fort
recouvrement corallien.
C’est aussi dans ce secteur que sont présentes les colonies de Corail Corne d’Elan (Acropora palmata), espèce
classée sur la liste rouge de l’IUCN comme en "danger critique d’extinction". Soixante dix colonies ont été
recensées sur trois secteurs : Nord de l’Anse à Voile (18), Nord de l’Anse Couleuvre (20) et Nord de l’Anse
Céron (32) (Annexe 5). Les colonies en très bon état représentent 17% des colonies recensées. Les individus
adultes avec un fort potentiel de reproduction sont bien représentés dans les trois secteurs. Des colonies de
Corail cierge (Dendrogyra cylindrus) (Statut IUCN "vulnérable") ont également été observées lors des plongées.
La rareté et la fragilité des ces colonies implique de considérer les zones proches des plages avec beaucoup
d’intérêt (Figure 1).
Figure 1 : Illustrations des deux espèces de coraux classées par l’IUCN et présentes sur la zone marine du Prêcheur Synthèse du diagnostic écologique de la zone marine du Prêcheur 6 Les sites prospectés ont des populations algales très denses qui reflètent un état de santé moyen pour
l’ensemble de la zone, même pour les sites éloignés géographiquement des secteurs d’activités humaines. En
profondeur, l’envasement est important et caractérise une hypersédimentation chronique qui limite le
développement des communautés benthiques. Ces observations sont particulièrement vraies sur le site La
Citadelle, menacé par les apports de la rivière du bourg du Prêcheur.
Tous les sites ont une configuration très similaire avec une alternance de tombants, de zones sableuses avec
des blocs rocheux et des zones d’herbiers. La présence de ces habitats très différents et la continuité entre les
écosystèmes sont favorables à la circulation des espèces. Ce système favorise une diversité spécifique
importante. Les herbiers notamment assurent une fonction de nurserie fondamentale dans ce secteur où les
pentes abruptes sont peu adaptées au développement des poissons juvéniles. Les blocs rocheux,
anfractuosités des tombants, grottes et surplombs hébergent des espèces différentes. Les zones sableuses
abritent de nombreuses espèces fouisseuses, notamment des macroinvertébrés de petites tailles (crustacés,
vers, mollusques …) qui sont des maillons importants de la chaîne alimentaire.
2.2
Les peuplements de poissons La richesse spécifique varie en fonction des sites principalement en raison des différents habitats rencontrés
(39 à 90 espèces de poissons par site). Les tombants, les anfractuosités, la densité des éponges massives, les
communautés coralliennes sur roche sont des habitats favorables à l’installation de nombreuses espèces de
poissons.
Les sites la Citadelle (90 espèces), Pointe Lamare Est (89), Les Basses (84), le Sous-marin (84), Pointe
Lamare Ouest (83), Babody Nord (80), Babody Sud (81) et la Perle (75) ont des peuplements de poissons très
riches qui leur confèrent une valeur écologique élevée.
Des espèces classées « vulnérables » ou « quasi menacées » sur la liste rouge IUCN ont été observées sur les
sites la Citadelle, Pointe Lamare Est et Ouest, Les Basses, Babody Nord et Sud : le Capitaine, la Sorbe, la
Vierge gueule jaune, le Baliste royal, le Pagre dispo et la Raie léopard (Figure 2).
Figure 2 : Illustrations de six espèces de poissons classées par l’IUCN et présentes sur la zone du Prêcheur Les herbiers ont une richesse spécifique en poissons plus faible que les zones de communauté corallienne.
Toutefois, les sites Pointe Lamare Ouest et Les Charmeuses totalisent respectivement 62 et 51 espèces.
Leurs herbiers denses et en bon état de santé, entrecoupés par des zones de sable et des patchs rocheux
(recouverts de corail) sont des habitats favorables à l’installation de peuplements de poissons complexes et au
recrutement de poissons juvéniles.
Ces herbiers sont aussi utilisés comme site d’alimentation. Des espèces patrimoniales rares comme la tortue
verte et la raie léopard ont été observées en alimentation sur l’herbier de l’Anse à voile.
Synthèse du diagnostic écologique de la zone marine du Prêcheur 7 2
2
Les densités de poissons varient entre 476 individus/200m à Pointe Lamare Est et 1226 individus/200m à la
2
2
Citadelle. Les biomasses de poissons varient entre 5,3kg/200m à Babody Nord et 7,8kg/200m à Babody
Sud. Ces données serviront de base pour la mise en place d’études de suivi-évaluation de l’effet réserve.
L’étude de la richesse spécifique et l’analyse des peuplements de poissons à travers la densité, la biomasse et
le régime trophique permettent de dégager quatre zones de fort intérêt halieutique : la zone composée des sites
la Perle, Sous-marin et Les Basses ; plus au sud, le site de la Citadelle ; Babody Sud et Nord, avec leur
complexité structurale et leur diversité d’habitats (herbiers, sable, communautés coralliennes sur roche) ; les
sites Pointe Lamare Est et Ouest.
2.3
Les tortues marines La présence de sites de ponte et d’aires d’alimentation pour au moins trois espèces protégées de tortues
marines – la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), la tortue verte (Chelonia mydas) et la tortue luth
(Dermochelys coriacea) – a motivé la mise en place d’actions pour leur préservation (Figure 3).
Figure 3 : Tortue imbriquée (E. imbricata) ; Tortue verte (C. mydas) ; Tortue luth (D. coriacea) © OMMM D’après les données de 2006/2007, le Prêcheur est l’un des trois secteurs les plus fréquentés par les tortues
marines après les Anses d’Arlet et le Diamant. Les populations de tortues imbriquées sont importantes dans la
zone du Sous-Marin.
Le réseau de plages isolées de l’Anse à Voile, l’Anse Lévrier et l’Anse Couleuvre forme l’un des plus grands
sites de ponte de tortues marines en Martinique. La plage de l’Anse à voile est fréquentée par les trois espèces,
et surtout par les tortues Luth qui sont les moins représentées sur les sites de ponte de Martinique.
La plupart des espèces étant très fidèles à leur site de ponte, la protection des plages de pontes est primordial
dans les stratégies de conservation des tortues marines (aménagements touristiques adaptés, régulation des
espèces prédatrices introduites …).
La zone du Prêcheur a été identifiée comme une zone principale de captures accidentelles de tortues. Les filets
droits et les trémails de fonds ciblant les langoustes et lambis provoquent une mortalité importante par
noyade pour les tortues marines.
Les autres menaces et pressions pour les tortues marines en mer sont les pollutions chimiques, l’ingestion de
macrodéchets, les maladies, les collisions avec les embarcations à moteur et la dégradation des zones
d’alimentation.
3
Habitats en zone profonde (30-­‐100m) La réalisation de vidéos sous-marines en zone profonde (30-100m) a permis de décrire la géomorphologie des
secteurs rocheux profonds et d’estimer les potentialités d’habitats de certaines espèces de poissons d’intérêt
patrimonial. Les zones profondes de La Citadelle et Pointe Lamare semblent avoir un fort potentiel d’accueil.
Le tombant largement colonisé ainsi que la présence au fond (80m et plus) d’éponges et de blocs de roches
colonisés, sont des critères favorables (surplombs, failles, grottes) à l’installation d’espèces de poissons
d’intérêt patrimonial ou à fort potentiel commercial (gros mérou, sorbe…).
Diagnostic écologique – l’avifaune -­‐ résumé 8 B. Diagnostic écologique – l’avifaune -­‐ résumé 1
Méthodologie Afin de déterminer les enjeux patrimoniaux concernant l’avifaune dans la zone d’étude, le bureau d’étude BIOS
a mené une étude sur l’aire marine et le littoral qui s’étendent de Fond Canonville au Cap Saint Martin. Pour ce
faire, deux campagnes (avril et mai) de deux jours ont été diligentées au cours desquelles, systématiquement,
le littoral a été longé et l’aire marine sillonnée en zigzag de la côte à 1.5km au large. Pendant ces transects, les
oiseaux marins et l’avifaune terrestre inféodée au littoral ont été relevés ainsi que leurs comportements,
l’objectif étant de déterminer des zones privilégiées de reproduction, d’alimentation et de dortoir.
2
Résultats A l’issue de ces deux missions, 246 oiseaux ont été relevés répartis en 15 espèces et l’oiseau le plus
couramment observé a été la Frégate magnifique (Fregata magnificens), la plupart du temps en déplacement.
Entre les mois d’avril et mai il y a eu des variations significatives d’abondance sur les populations de sternes :
noddi brun et sterne bridée apparues en mai sur l’îlet la Perle pour se reproduire, d’Hirondelle à ventre blanc qui
niche sur les falaises et enfin de frégate dont les passages ont été plus abondants en avril. D’un point de vue
patrimonial, deux espèces vulnérables en Martinique sont à considérer : la Sterne de Dougall (Sterna dougallii),
aperçue sur l’îlet la Perle, et le Phaéton à bec jaune (Phaethon lepturus), dont au moins deux colonies ont été
identifiées au nord de l’Anse Belleville.
Les deux missions ont permis de déterminer plusieurs zones à enjeu :
des aires de reproduction comme l’îlet la Perle qui accueille des colonies de sternes et les
falaises situées entre l’Anse Belleville et le Cap Saint Martin : elles sont occupées par deux
colonies de Phaéton à bec jaune et au moins cinq d’Hirondelles à ventre blanc,
deux zones d’alimentation, une au nord de l’Anse Céron et une au sud du Prêcheur.
L’identification des différents enjeux liés à l’avifaune incite à réfléchir sur d’éventuelles mesures préventives
destinées à préserver les populations d’oiseaux présents dans l’aire d’étude : elles concernent principalement la
circulation nautique, le mouillage et le débarquement.
Au regard de la courte période d’étude, l’extension des investigations au reste de l’année est indispensable
pour apprécier les enjeux concernant les autres populations d’oiseaux marins absents à cette époque. De
même, un élargissement du champ d’investigation à l’ensemble du littoral Martiniquais serait utile pour bien
connaître à l’échelle du département les différentes zones sensibles liées aux oiseaux marins.
C. Diagnostic des usages et pressions -­‐ résumé 1
Des pressions d’origine terrestre : apports sédimentaires importants, pollutions domestiques, agricoles et industrielles La zone d’étude située au pied des bassins versants de la montagne Pelée est soumise aux apports terrigènes
de 5 principaux cours d’eau ; ce vaste réseau hydrographique dans un contexte de relief volcanique entraîne
une hyper sédimentation des écosystèmes marins récepteurs (envasement des herbiers et communautés
coralliennes).
Bien que située dans la partie peu urbanisée de l’île, les rejets des stations d’épuration peuvent affecter le
milieu récepteur (ravine, mer). L’audit des STEP a révélé des non conformités pour la Charmeuse, Ecole
Maternelle (2008) et St Pierre (2010) entrainant des pollutions. Une nouvelle station d’épuration est prévue au
Prêcheur dont le lieu des rejets en mer est à définir.
Des risques de pollution d’origine domestique sont liés au réseau d’assainissement non collectif.
La décharge publique est réhabilitée en déchèterie, ce qui réduit l’émission de polluants.
Au Prêcheur l’agriculture est artisanale, essentiellement maraîchère et la surface utilisée est faible. Sur la
commune de St Pierre l’exploitation de la canne est sucre et de la banane sont dominantes ; les engrais et
pesticides drainés par les eaux de ruissellement provoquent un enrichissement en nutriments et en molécules
toxiques des eaux côtières. Toutefois, aucune statistique sur les charges polluantes exercées n’est disponible.
Diagnostic des usages et pressions -­‐ résumé 9 L’élevage faiblement développé dans la zone impacte peu le milieu.
Trois infractructures d’exploitations minières situées dans la zone sont de sources de pollutions : rejets directs
de matières en suspension dans le milieu (extraction, érosion, chargement des barges) contribuant à la turbidité
des eaux littorales, vidange du système hydraulique.
Les rejets des effluents des distilleries dans les cours d’eau en saison sêche, bien que traités, ont un impact fort
sur l’environnement : pH acide, température élévée, teneur en matière organique, azote et phosphore élevées.
2
Une commune dans la zone d’étude : le Prêcheur Cette commune dynamique, au passé riche en histoire, possède 8 km de façade maritime qui subit
actuellement un recul de son rivage. Les préchotains (1699 habitants) se livrent à des activités traditionnelles,
issues du secteur primaire telles que la petite agriculture et la pêche ; le tourisme actuellement se développe, le
Prêcheur tirant profit de ses anses, de ses plages et de sa situation exceptionnelle au pied de la montagne
Pelée.
3
3.1
Des usages diversifiés du milieu marin La pêche professionnelle, cumul de différentes techniques La commune du Prêcheur est tournée vers la mer, la pêche constituant la seconde activité après l’agriculture ;
toutefois cette activité décroit ; depuis 2007 l’effectif des pêcheurs inscrits sur la commune est en baisse, il est
actuellement de 22.
La zone d’étude est fréquentée principalement par les pêcheurs du Prêcheur mais également par des
professionnels de St Pierre, du Carbet et de Bellefontaine, rarement d’autres communes trop éloignées ; 75
pêcheurs sont inscrits sur ces 4 communes, dont 22 au Prêcheur structurés au sein de l’association Ti Tak Pou
Yo.
La pêche professionnelle se caractérise par une diversification des activités de pêche en cumulant différentes
techniques selon les saisons et la disponibilité de la ressource. La moitié des navires actifs du Prêcheur sont
mixte côtiers / large.
La pêche au large sur DCP garanti une certaine ressource toute l’année ; 6 navires la pratiquent
exclusivement. Deux DCP sont accessibles au large (15 et 20 km), difficiles à exploiter d’avril à juin (forts
courants). La pêche à Miquelon, moins rentable, se pratique le plus de novembre à juin.
La pêche côtière, pratiquée autrefois d’août à novembre est maintenant devenue continue. 13 navires du
Prêcheur pratiquent strictement une pêche côtière, 15 pratiquent également la pêche au large. De nombreux
engins et techniques sont utilisés.
L’effort de la pêche au casier est élevé en 9 secteurs de la zone d’étude ; pratiquée toute l’année, les captures
sont fonction de la saison et de la profondeur. 16 navires du Prêcheur posent des casiers, deux seulement sont
des caseyeurs exclusifs (données Ifremer).
La pêche à la senne, très spécialisée, exploite l’ensemble des baies et l’effort est important (supérieur à 240
sorties annuelles) ; autrefois exclusive, les maître senneur exploitent maintenant d’autres engins. Un système
mis en place par les anciens de gestion de cette pêche perdure et évite les conflits : un cahier de concession
permet de gérer la pratique.
Le trémail à langouste est peu utilisé car contraignant et destructeur, déploré par de nombreux acteurs.
Ces engins ont un impact sur les juvéniles (maille 31 des casiers, sennes en nurserie) et sur le fond (raclage).
Les pêches au filet dérivant (balaous, orphies) sont saisonnières et n’impactent que la ressource ; la pêche au
filet maillant fixe est très peu pratiquée.
Les pêches à l’hameçon (au palangre profond, à la piscine, à la boule, à la douce) se pratiquent non ancrée.
Il n’existe pas de données de capture pour la zone ; elles sont fonction des techniques, de la saisonnalité de
présence et de reproduction des espèces mais une diminution des captures depuis 10 ans est observée par les
pêcheurs.
3.2
La pêche de loisir et la chasse sous marine, en pleine expansion La pêche de loisir est pratiquée à la ligne depuis la côte ou en embarcation en de nombreux secteurs
(particulièrement à la Perle), à la traine ou au jig. La pression de la pêche plaisancière est percue comme
importante par de nombreux professionnels. L’utilisation d’engins spécifiques de la pêche professionnelle est
notée. L’impact de cette activité sur la resssource est certain.
La chasse sous-marine est pratiquée en de nombreux secteurs, particulièrement au sous-marin et à l’anse
Céron ; elle cible des barracudas, carangues et thazards mais capture de nombreux juvéniles.
Diagnostic des usages et pressions -­‐ résumé 3.3
10 La plongée sous marine, attractive dans la zone La zone d’étude est fréquentée par la moitié des clubs de la Martinique soit 13 clubs dont 5 basés à St Pierre ;
elle présente 11 sites qui font l’objet de 18000 plongées annuelles. Les canyons de Babodry et la pointe
Lamare représentent 46 % des sorties. La Perle, le Sous-marin et les Basses sont fréquentées saisonnièrement
et représentent 23 % des sorties.
La fréquentation des sites est inférieure au seuil de fréquentation acceptable évalué à 5000 plongées par an.
Les impacts de cette activité peuvent être mécaniques (ancrage) ou biologiques (les plongeurs peuvent
perturber la quiétude ou les activités en cours). L’ensemble des clubs s’accordent sur la nécessité de la mise en
place de mouillages permanents. Des propositions d’aménagements et d’action pour la préservation des sites
et de la rentabilité économique ont déjà été émises.
L’activité hors club est susceptible d’avoir un impact plus fort sur la zone et sur les relations inter acteurs.
3.4
Les sorties en mer, en plein développement Cette activité récente se développe rapidement avec l’apparition de nouveaux acteurs (activité complémentaire
pour des pêcheurs). 2 structures existent au Prêcheur et 6 viennent du sud de façon ponctuelle. Toutes les
plages de la zone sont fréquentées, au cours de pique nique, bivouac, pêche traditionnelle. Néanmoins, les
sorties dans le nord de la zone sont saisonnières (juin à octobre) car liées aux conditions météo. Les bivouacs
peuvent entraîner le pietinnement de nids de tortues et des pollutions organiques. Les mouillages des bateaux
ont un impact mécanique. L’observation des mammifères marins se développe ; l’impact est fonction de la
distance aux animaux, du comportement et du temps sur site.
L’activité plaisancière de particulier (voile et moteur) se développe également ; les pollutions et nuisances
résultent de comportements irresponsables (ancrage sur coraux, collision avec tortues). Une augmentation du
nombre de matériel de pique nique jetable sur les fonds marins est signalée dans le secteur d’étude. Une
information préalable au tour des yoles ciblée sur les zones sensibles est nécessaire.
Les jet-skis ont un impact sonore difficile à localiser pour les mammifères ; la nuisance est fonction du
conducteur. Le kayak de mer sans ancrage ni motorisation est sans impact sur le milieu.
3.5
Les activités de plage, composante importante de la vie sociale Les plages de l’anse Céron et anse Couleuvre sont les plus fréquentées car accessibles par la route ; la
fréquentation peut atteindre 200 personnes à l’anse Céron. L’impact sur le milieu est fonction de l’implication
environnementale (pollutions sonores, utilisation des sanitaires, ramassage des déchets, respect des
consignes).
Les 4 autres plages de la zone revètent un caractère de plus en plus sauvage et isolé en remontant vers le
nord. Seule l’anse Lévrier est accessible à pied, l’anse à voile est peu fréquentée, l’anse la Celle
occasionnellement, anse des galets régulièrement par les opérateurs touristiques. Les impacts sont atténués du
fait de la faible fréquentation ; toutefois, elle peut perturber la ponte des tortues ou l’émergence.
3.6
Des projets à visée environnementale De nombreux projet à visée environnementale sont en cours dans la zone : RBI Prêcheur-Grand Rivière, site
classé des versants nord-ouest de la montagne Pelée, Grande Savane, aménagement de l’anse couleuvre et
parc ethno botanique. Ces projets traduisent la volonté des communes du nord d’attirer du tourisme nature de
qualité dans un environnement préservé.
Diagnostic socio-­‐économique des écosystèmes marins du Prêcheur -­‐ résumé 11 D. Diagnostic socio-­‐économique des écosystèmes marins du Prêcheur -­‐ résumé Le diagnostic économique a tout d’abord consisté à évaluer la valeur économique des écosystèmes marins du
Prêcheur. Il s’est ensuite attaché à appréhender la perception et l’adhésion des usagers et non-usagers au
projet de création de réserve marine. Il s’est achevé par l’étude et l’évaluation des effets économiques et
sociaux de la création de la réserve marine.
1
Evaluation économique La valeur économique totale (VET) des écosystèmes marins du Prêcheur (EMP) est estimée annuellement à
près de 58 millions d’euros. Cette valeur représente l’équivalent monétaire du bien-être que résidents et
touristes retirent des usages liés aux EMP (pêche, plongée, activités ludiques, etc.) ainsi que de leur usage
passif ou non-usage (associé à l’existence des EMP pour eux-mêmes et comme patrimoine, à leur transmission
aux générations futures, à la culture, etc.)
1.1
Valeurs de non-­‐usage De toutes les valeurs qui composent la VET, les valeurs de non-usage sont les plus importantes : elles
représentent près de 95% de la VET (soit près de 55 million €). Leur prépondérance sur les autres valeurs
s’explique par la base calcul qui est utilisée : plus d’un million de personnes représentant l’ensemble de la
population résidente et touristique pour les valeurs de non-usage contre quelques centaines d’usagers
(pêcheurs plongeurs, excursionnistes etc.) pour les valeurs d’usage, dans un contexte de très faible degré
d’industrialisation et d’entreprise individuelle.
Les résidents contribuent à plus de la moitié de la création des valeurs de non-usage (28 millions d’euros). Les
valeurs qu’ils attribuent aux EMP sont, par personne, une fois et demi supérieure à celles des visiteurs, ce qui
témoigne d’un fort attachement social et culturel.
Les valeurs de legs, d’existence et d’option composent à part presque égale les valeurs de non-usage. La
valeur de legs traduit l’intérêt pour les générations futures ; la valeur d’existence exprime la volonté de
préserver les EMP simplement parce qu’ils existent ; l’objectif de se réserver la possibilité de jouir des EMP
dans l’avenir est enfin qualifié de valeur d’option. L’importance relative de ces trois valeurs est la même pour les
résidents et les visiteurs.
1.2
Valeurs d’usage direct Les valeurs d’usage direct, qui expriment la valeur monétaire de l’ensemble des activités liées aux EMP,
s’élèvent à près de 3 millions d’euros. Parmi elles, ce sont les usages directs qui représentent la plus grosse
part. Le surplus du consommateur, lié aux activités récréatives (la baignade dans les anses, le surf et la
plongée en apnée), pèse pour près de la moitié des valeurs d’usage direct, soit 1,3 millions d’euros. L’industrie
du tourisme représente plus de 1 million d’euros, réparti ainsi : 600 000 € pour la plongée en club, 270 000 €
pour les excursions et 330 000 € pour les activités d’hébergement et de restauration. La valeur de la pêche
professionnelle est estimée à plus de 170 000 €, tandis que la pêche plaisancière et de subsistance est estimée
à environ 57 000 €. Ces valeurs, plus faibles, représentent toutefois des activités de premier ordre pour les
résidents de la commune du Prêcheur.
1.3
Valeurs d’usage indirect Les valeurs d’usage indirect, liées aux services écologiques des EMP, sont relativement modestes : elles ne
représentent que 197 000 € Elles se repartissent comme suit : 73% de traitement des eaux et nutriments, 22%
de production de biomasse capturable et 5% de séquestration de carbone atmosphérique. Le traitement des
eaux et des nutriments apparait ainsi comme une valeur importante pour le site, particulièrement au regard des
apports terrigènes des cours d’eau qui peuvent charrier de grandes quantités de sédiments. Le service de
protection côtière est inexistant sur le site car il n’existe pas de récifs coralliens bio-construits et les
communautés d’herbiers sont trop profondes pour ralentir l’effet des vagues sur le littoral. La séquestration de
carbone atmosphérique représente une faible valeur en raison de la faible surface d’herbiers mais surtout de
récifs présents dans les EMP.
Les herbiers sont les principaux contributeurs des valeurs d’usage indirect (80% du total). Ils contribuent ainsi
pour la plus grande part de la fourniture de service de support et de régulation. Cette observation confirme les
travaux réalisés dans le cadre de l’évaluation économique des récifs coralliens et écosystèmes associés de
Diagnostic socio-­‐économique des écosystèmes marins du Prêcheur -­‐ résumé 12 Martinique qui a estimé une valeur des herbiers supérieure à celle des récifs coralliens. Les herbiers du
Prêcheur sont donc un écosystème à ne pas négliger dans le cadre de mesures de protection des
écosystèmes.
2
2.1
Perception et adhésion des usagers et des non-­‐usagers Connaissance et perception des EMP Le niveau de connaissance de l’état de santé des EMP est inégal entre les résidents et les visiteurs de
Martinique. Plus de trois résidents sur huit pensent que ces écosystèmes sont en danger, contre seulement un
sur huit parmi les visiteurs (la plupart affirme ne pas connaitre l’état de santé des écosystèmes). Qui plus est,
90% des visiteurs envisagent que les EMP puissent un jour disparaître et pensent être affectés si cela arrivait,
alors que seulement 70% des résidents imaginent que ces écosystèmes puissent être détruits. Aucun d’entre
eux n’y serait indifférent.
Parmi les menaces qui pèsent sur les EMP, résidents comme visiteurs s’accordent à penser que les facteurs
humains sont la première cause de dégradation. Le rôle des facteurs naturels (cyclones, houle, séismes, etc.)
suscite une divergence d’opinion : pour les visiteurs, ils pèsent peu dans la balance ; pour les résidents ils
constituent une menace sérieuse. Le manque de volonté politique comme facteur explicatif de la dégradation
latente des EMP, peu mis en cause chez les visiteurs, est en revanche souligné par les résidents ; les visiteurs
incriminent plutôt le manque de connaissance sur l’importance des milieux marins.
2.2
Adhésion au projet de réserve Résidents comme visiteurs affirment savoir ce qu’est une réserve naturelle et montrent un bon niveau de
connaissance des exigences liées à la mise en place et au fonctionnement d’une réserve. Les visiteurs
adhèrent plus largement que les résidents au projet de mise en place de la réserve marine régionale. Si peu de
personnes veulent s’y impliquer, les résidents sont plus enclins à être actifs dans la création et le
fonctionnement de la réserve (80% de ce qui sont favorables au projet de réserve). Les visiteurs, en revanche,
sont moins nombreux à vouloir participer, alléguant des contraintes spatiales et temporelles incompatibles avec
leur implication. Cette explication corrobore les résultats observés sur les modalités de participation. Les
visiteurs privilégient la contribution financière, plutôt que le don en temps. Le contraire est observé chez les
résidents, qui manifestent plus régulièrement leur agacement vis-à-vis d’une nouvelle sollicitation pécuniaire.
Globalement, résidents et visiteurs montrent peu d’empressement à rechercher d’autres formes d’implication
dans le projet de réserve. Néanmoins, deux suggestions retiennent particulièrement l’attention : i) la mise en
place de visites d’échange pour partager les expériences entre différentes réserves (aux Antilles notamment,
mais aussi dans les îles voisines – Sainte Lucie et Dominique- et avec la France métropolitaine), et ii) la mise
en place et la formation de guides pour enseigner les écosystèmes marins et leur fonctionnement aux visiteurs
de la réserve.
2.3
Préférences pour les mesures de gestion Pour les résidents, la réglementation des activités nautiques et marines est l’action prioritaire à mettre en œuvre
dans le cadre de la réserve marine régionale. Cette préférence fait écho à la forte mise en cause des facteurs
humains concernant l’origine des menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins du Prêcheur. Confirmant leur
préférence pour un site sauvage et désert, les visiteurs semblent laisser au second plan les mesures
envisageables liées à l’accueil du public.
Ce constat existe également chez les résidents quoique dans une mesure moindre. Selon eux, l’attention
devrait être également portée sur les infrastructures d’accueil du public et la protection des espèces menacées.
Il faut à nouveau noter ici que cet intérêt est porté par le souci de garantir l’accès à la plage afin de préserver
les traditions culturelles dont elle est le cadre.
3
Évaluation économique et sociale des changements résultants de la création de la réserve Trois scénarii hypothétiques de gestion sont envisagés : 1) un statu quo sur la règlementation des activités et
l’accès au site (c’est-à-dire pas de changement par rapport à la situation actuelle) ; 2) la mise en place d’une
aire de protection intégrale où toutes les activités économiques sont interdites ou limitées ; et 3) la mise en
place d’une aire gérée où des mesures de gestion sont mise en place qui visent une exploitation durable des
ressources marines et la conservation des écosystèmes. Pour chacun de ces trois scénarii, l’évolution des
valeurs composantes la VET des EMP est étudiée.
Pour les valeurs d’usage direct, le scénario 1, prévoit une perte continue de valeur pour l’ensemble des usages
directs. Pour le scénario 2, l’évolution prévue est une diminution importante des valeurs d’usage direct extractif
Diagnostic socio-­‐économique des écosystèmes marins du Prêcheur -­‐ résumé 13 et non-extractif, sous l’effet de l’interdiction de la pêche, de la plongée, des excursions en mer et de l’ensemble
des activités ludiques gratuites. Pour le scénario 3, une augmentation progressive des valeurs d’usage direct
extractif est prévue du fait de l’amélioration de l’état de santé des écosystèmes, tout comme une augmentation
très importante des valeurs d’usage direct non-extractif grâce à l’attrait touristique pour la baignade et la
plongée engendré par la création de la réserve.
Les valeurs d’usage indirect augmentent proportionnellement à l’état de santé des EMP. Pour autant, il est
difficile de connaître avec précision les conséquences d’une limitation des usages et des pressions sur les EMP
et l’augmentation de valeur d’usage indirect qui en découle. La valeur de biomasse capturable est fonction de la
productivité des écosystèmes et du niveau d’exploitation des EMP. Aussi, une interdiction de la pêche dans la
zone aura pour conséquence directe une augmentation de la valeur de biomasse de poissons. Pour la
séquestration de carbone et le service d’épuration, un meilleur état de santé des EMP implique a priori une
valeur plus importante. Globalement, les valeurs d’usage indirect vont être peu affectées par une modification
du statut des EMP.
Bien qu’il soit sensé de penser que la valeur de non-usage est sensible à l’état de santé des EMP, il demeure
difficile de présumer de sa tendance d’évolution en fonction des scenarii proposés. On peut imaginer que la
valeur d’existence et la valeur de legs augmentent avec la préservation des EMP, mais rien ne permet toutefois
de conclure en ce sens sans plus d’analyse. A contrario, il est certain que la valeur d’option varie
proportionnellement à l’amélioration de l’état de santé des EMP : préserver les EMP garantit d’offrir un panel
plus large de choix pour l’avenir. Il est possible de dire que la valeur d’option est certainement plus importante
dans les scenarii 2 et 3 que dans le scenario 1.
Analyse des enjeux 14 E. Analyse des enjeux L’ensemble des résultats du diagnostic environnemental établi pour le milieu marin et l’avifaune, du diagnostic
socio-économique et des usages et pressions exercées permettent d’identifier 5 zones d’enjeux prioritaires,
dont une spécifique à l’avifaune.
Chacune de ces zones, à forte valeur patrimoniale, fait l’objet d’usages à visée professionnelle ou récréative ;
ces usages justifiés entrainent des pressions sur le milieu ou la ressource qui sont ici listées. L’objectif n’est
pas d’incriminer les activités mais de présenter leurs pressions afin de fournir des éléments de
réflexion pour diminuer de façon concertée les impacts en certains secteurs.
• Du nord de l’anse à Voile au Nord de l’anse Couleuvre
Ce secteur est situé au nord de la zone d’étude. Cette zone très exposée, actuellement accessible que par la
mer, est fréquentée seulement de façon saisonnière, les conditions météo rendant son approche souvent
délicate. Des plages sauvages cernées de végétation tropicale au pied de falaises abruptes confèrent au site un
intérêt paysager est fort, ainsi qu’un intérêt floristique. La présence d’herbier, zone de nurserie, à partir de 10 m
contribue à l’intérêt éco systémique.
Les enjeux patrimoniaux identifiés sont :
o La présence de colonies d’Acropora palmata
o Les Anses Couleuvre, anse Lévrier et anse Voile constituent une zone majeure de ponte de
tortues en Martinique
o Les d’herbiers à H. stipulacea constituent des zones de nourrissage des tortues
o Des raies aigle (espèce patrimoniale) sont présentes
o Ce secteur constitue une zone d’alimentation prioritaire pour l’avifaune
Les usages professionnels et les pressions exercées sont :
o Les trois anses comprises dans ce secteur font l’objet de sennes occasionnelles. Cette activité
traditionnelle, gérée par les pêcheurs de façon ancienne peut néanmoins impacter les herbiers
(action mécanique, raclage) et capture des espèces patrimoniales (tortues, raies)
o Le trémail profond à langouste qui capture des tortues
o Les casiers profonds occasionnels entrainant une destruction mécanique de l’habitat
o Les excursions nautiques : impact des PMT sur les colonies d’A. palmata, et pollution
éventuelle des sites
• Anse Couleuvre – Anse Céron, Ilets la Perle et le Sous-marin
Cet espace, accessible par la route, présente différents habitats. Coté terrestre, il offre deux plages, l’une
accessible et fréquentée l’autre plus éloignée au sein d’un massif forestier ; en mer la présence de milieu
sableux, de plateaux rocheux avec un recouvrement corallien, de failles et de tombants, de deux ilots isolés et
de grande profondeur à proximité constitue un ensemble offrant une multitude d’habitats. Cette géomorphologie
particulière contribue à l’existence de conditions écologiques variées au sein de cet espace, favorable à une
biodiversité élevée. De nombreuses espèces considérées comme rares ou occasionnelles sur la côte caraïbe
sont observées.
Les enjeux patrimoniaux identifiés sont :
o Des colonies d’Acropora palmata abondantes et en bonne santé
o La présence d’espèces patrimoniales de poissons
o Des grands pélagiques fréquents : marlin, thazards, barracudas, carangues
o Un site de nidification pour l’avifaune : Sterne de Dougall (?), sterne bridée et Noddi brun
Les usages professionnels et les pressions exercées sont :
o La chasse sous-marine : impact sur la ressource pélagique et poisson de récif
o Les casiers qui par impacts mécaniques détruisent habitat
o La pêche plaisancière à la canne : impact sur la ressource
o Des impacts sur les colonies d’A. palmata si la fréquentation en PMT est trop élevée
o Les impacts dus aux mouillages
o La pression exercée par les plongeurs débutants sur les sites sensibles
o Une circulation maritime importante entre les ilets la perle et le sous-marin, à vitesse non
contrôlée, qui perturbe l’avifaune et peut impacter les tortues en surface
Analyse des enjeux 15 • La Citadelle
Ce site exclusivement marin se situe à proximité du rivage. Il présente à faible profondeur un jardin à gorgones
puis successivement une zone en escalier et enfin un tombant. Cette morphologie particulière offre
d’innombrables habitats. Les zones profonde et moyenne sont soumises à un courant régulier. Le jardin est
exposé à la houle. Ces conditions et la variété des écosystèmes sont favorables à une diversité spécifique
élevée. Toutefois ce site est exposé régulièrement aux apports sédimentaires de la rivière du Prêcheur.
Les enjeux patrimoniaux identifiés sont :
o Une richesse spécifique en poissons maximale pour la zone étudiée
o La présence de 18 espèces de poissons classées patrimoniales
o Des biomasse et densité de poissons élevées
o Une richesse spécifique totale élevée
Les usages professionnels et les pressions exercées sont :
o Les plongeurs débutants s’ils sont mal encadrés ou mal informés
o La pêche au casier qui a un impact mécanique sur les gorgones et les spongiaires
o La pêche plaisancière qui impacte la ressource et la faune fixée (arrachage)
o Une hyper sédimentation de la zone en provenance de la rivière du Prêcheur
o Des impacts mécaniques dus aux mouillages des bateaux
• Pointe Lamare – Babodry
Ce secteur strictement marin, situé au sud de la zone d’étude, présente une continuité écosystémique. A faible
profondeur, le développement d‘herbier sur substrat sableux constitue une zone de nurserie pour de
nombreuses espèces. Une zone intermédiaire en plateau précède les tombants basaltiques.
La zone profonde est caractérisée par des coulées basaltiques en sillons, des tombants qui plongent et qui en
certains secteurs se rapprochent vers la profondeur et constituent des canyons, au fond desquels la pente
sableuse se poursuit. Des communautés coralliennes se développent au sommet des cayons.
Le site est exposé à un courant régulier qui est favorable au développement de nombreuses espèces. La
géomorphologie globale du site offre donc des habitats variés et des conditions écologiques favorables au
développement d’une forte biodiversité.
Les enjeux patrimoniaux identifiés sont :
o Une biomasse en poissons maximale
o La biodiversité totale est maximale pour la zone d’étude
o Une continuité éco systémique herbier – récif
o Une forte valeur paysagère par l’architecture des canyons
o La présence signalée d’espèces patrimoniales : mammifères marins, raies, poisson lune
Les usages professionnels et les pressions exercées sont :
o La pêche au casier qui a un impact mécanique sur les organismes fixés
o Le trémail à langouste qui par son action mécanique impacte les fonds et capture des tortues
o La chasse sous-marine qui impacte la ressource et peut affecter la biodiversité
o La pêche plaisancière qui impacte la ressource et la faune fixée
o Les ancrages qui entrainent une destruction mécanique des habitats
Un dernier secteur d’enjeux spécifiques à l’avifaune est identifié :
• Les falaises au nord de l’anse Belleville
Ces falaises constituent des sites de nidification pour le Phaéton à bec jaune, espèce patrimoniale.
Les pressions exercées proviennent de la circulation nautique et du mouillage qui affectent les colonies
provoquant une baisse des succès de reproduction ou bien une délocalisation des oiseaux.
La cartographie de synthèse des enjeux patrimoniaux présente pour chacun des secteurs identifiés la
valeur patrimoniale ainsi que l’intensité des usages pratiqués et leurs impacts.
Analyse des enjeux 16 !"#$%&'()%*%+",-)%*%!"#$%&'()%."/-)/0#)%
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Usages
B Balaou
Intensité de l’usage
S Senne
Chasse sous-marine
Excursions nautiques
F Filet
Pêche plaisancière
Plongée
C Casier
Mouillage
Circulation nautique
Impact de l’usage
Figure 4 : Synthèse des enjeux patrimoniaux Moyen
Fort
Annexes/ 17 F. Annexes
Annexe 1 : Cartographie réactualisée des biocénoses de la zone Cap Saint Martin -­‐ Anse Céron. Tranche 0-­‐15m, données 2011, Tranche 15-­‐40m données 2006/2008 et points de contrôle 2011. Annexes/ 18 Annexe 2 : Cartographie réactualisée des biocénoses de la zone Anse Céron -­‐ Ponton des Abymes. Tranche 0-­‐15m données 2011, Tranche 15-­‐40m données 2006/2008 et points de contrôle 2011. Annexes/ 19 Annexe 3 : Cartographie réactualisée des biocénoses de la zone Abymes -­‐ Pointe Lamare. Tranche 0-­‐
15m données 2011, Tranche 15-­‐40m données 2006/2008 et points de contrôle 2011. Annexes/ 20 Annexe 4 : 17 Sites de prospection pour les inventaires floristiques et faunistiques : Zone corallienne (Cap Saint Martin, Anse couleuvre, La Perle, Le Sous-­‐marin, Les Basses, La Citadelle, Babody Nord et Sud, Pointe Lamare Ouest et Est) ; Zone d’herbier (Anse à Voile, Sud Anse Belleville, Nord Citadelle, Les Charmeuses, Nord Pointe Lamare) ; Zone de sable (Anse des Galets, Anse Belleville). Annexes/ 21 Annexe 5 : Localisation des trois secteurs à Acropora palmata et état de santé de chaque colonie recensée.