Les Juifs des Yvelines

Transcription

Les Juifs des Yvelines
LES JUIFS DANS L’OUEST PARISIEN
OU LE PEU QUE JE CONNAISSE D’EUX
‘’L’incompréhension du présent
est la conséquence de la
méconnaissance du passé’’.
Marc Bloch’’
Les Communautés Juives de Versailles et de Fontainebleau prirent
naissance et commencèrent à se développer sous Louis XVI, dans ces villes royales
où la Cour se déplaçait assez souvent. La population juive autorisée à séjourner à
Paris et dans l’Ile-de-France était de condition sociale assez basse : petits
marchands, colporteurs, instituteurs du culte, les quelques notables résidaient à
Paris. La majorité des juifs de Paris habitait dans le Marais et principalement dans
les deux sections révolutionnaires ! ‘’La Réunion’’ et celle de ‘’L’Homme Armé’’. La
principale industrie autour de laquelle tournait certains de ces notables était la
fabrique de Porcelaine. Quelques fabriques de porcelaines à Paris furent tenues par
des juifs dont l’une des plus importantes par Jacob Benjamin qui joua un rôle
important dans la fourniture de différents biens à l’Armée : chevaux, fourrage,
chaussures, pantalons.. Sous le Premier Empire une fabrique fut ouverte à
Fontainebleau qui sera reprise par Baruch Weil, aïeul de Marcel Proust, et une à
Sèvres dont il conçut le Musée de porcelaine. Sur le plan national, une grande
question se posa en 1870, qui serait la Capitale de la France : Fontainebleau ou
Versailles. Finalement le choix se porta sur Versailles mais de nombreux
responsables des Consistoires de Paris et du Central se réfugièrent à Fontainebleau
pendant la Commune dont le Grand Rabbin de Paris, avant qu’il ne devienne
Grand Rabbin de France : Zadock Kahn. Dans la seconde moitié du XIXème siècle,
la Communauté Juive de Versailles a vécu une grande page du Judaïsme français.
Par le biais de Mahir Charleville, Grand Rabbin de Versailles, le développement
de l’histoire des Juifs de France a été marqué profondément par un certain
modernisme. Il inaugurera, notamment le très beau temple de la Rue Joly, offert
par Mme Cécile Furtado-Heine et la communauté versaillaise à l’aube du nouveau
siècle rejoindra la Consistoire de Nantes.
Versailles, dans l’ouest parisien, fut une plaque tournante pour les Juifs
d’Europe Orientale en partance vers le Nouveau Monde. Le rôle du rabbin prenait
alors toute sa signification envers ceux qui étaient en route vers la nouvelle ‘’Terre
Promise’’. A partir de la Révolution de 1789, l’instruction et l’apprentissage de
nouveaux métiers furent le principal souci des chefs de communauté en vue de
l’intégration et de l’émancipation de leurs coreligionnaires. Dans les premières
années du XXème siècle, les Mouvements de Jeunesse prennent naissance dans les
différents cultes, il se développera aussi dans le Judaïsme d’abord sous la forme du
‘’B.L.E.’’ (Boursiers et Lauréats des Ecoles) qui ira se former au scoutisme. Le B.L.E.
dessina en effet la première image floue de ce qui deviendra les ‘’Eclaireurs
Israélites de France’’ avec Robert Gamzon. Au Plessis-Piquet et à Brie-Comte-Robert
des écoles d’horticulture, l’une pour garçons, l’autre pour filles ouvrirent leurs
portes. De ces horticulteurs, certains peupleront les ‘’Kvouzot’’ (colonies)
d’Argentine ou de Palestine. A Versailles, s’ouvrit aussi l’Ecole Normale Israélite
Orientale pour jeunes filles. Celles-ci venaient étudier à Paris afin d’être
institutrices ou directrice dans les écoles de l’Alliance Israélite Universelle à travers
le monde. En ce qui concerne la Jeunesse, il ne faut pas oublier les associations de
sauvegarde et de sauvetage de l’OSE et du Mizrahi qui donnèrent refuge à des
enfants rescapés pendant et après la Seconde Guerre Mondiale.
De nombreux illustres vécurent aussi dans l’ouest de la région parisienne, le
plus connu fut sans doute l’Abbé Guénée qui œuvra contre l’obscurantisme antijuif. Philosophe des Lumières, il s’est distingué aussi bien au Plessis, à Versailles
qu’à Fontainebleau. Educateur né, il fut le précepteur des futurs Louis XVIII et
Charles X. Dans son livre : ‘’Lettres de quelques juifs portugais, allemands et
polonais à M. de Voltaire’’, il permettra à certains penseurs ou hommes politiques
de faire connaissance avec l’histoire du peuple juif. Parmi les autres personnalités
qui touchèrent de près ou de loin la communauté versaillaise, il faut compter, Le
Commandant Lippmann, l’Amiral Louis Kahn, l’Actrice Rachel, Joseph Kessel,
Camille Pissarro, Emile Zola, etc….
Les cercles concentriques de l’histoire se déplacent et amènent toujours un
renouveau. Si la population juive de l’ouest parisien a été en grande majorité
ashkénaze depuis la Révolution de 1789 depuis les années 1960, avec l’arrivée
massive des juifs d’Afrique du Nord est devenue séfarade. Elle a apporté dans
l’hexagone une nouvelle vitalité, une nouvelle religiosité, des rites (Minaguim)
nouveaux, et de nouveaux dirigeants. Ainsi après 200 ans de période
contemporaine dans la région versaillaise, les fils d’Israël ont su s’intégrer et à
s’adapter à la culture française et cultiver leur identité nationale……
Au Moyen-Age
Bruyères-le-Châtel
Le Cartulaire de l'Abbaye de Notre-Dame des Vaux-de-Cernay parle d'une
''Rue des Juifs'' sous le toponyme de ''Vinea de Judée'' à Bruyères-le-Châtel. Cette
Rue des Juifs se trouve près de l’Eglise.
Joyenval
L'Abbaye de Prémontrés, dans le diocèse de Chartres, ne figure pas au
dictionnaire des Communes. Les Archives Nationales conservent encore les actes
de vente ou des donations concernant les biens juifs à Joyenval après l’expulsion
de 1306. En 1313, Philippe-Le-Bel fait don à l'Abbaye de Joyenval d'un four dans
une maison où étaient les écoles des Juifs : ''In domo in qua solebant esse scole
judéorum apud joyenval''.
Garancières
Entre Garancières et Millemont, prés du Château du Moulinet, il y avait une
‘’Rue (chemin) des Juifs’’. M. Walter Eytan, ancien ambassadeur d’Israël en France,
fait état d’une ‘’Rue de la Synagogue’’, en bordure de forêt.
Poissy
Il y avait une ‘’Rue de la Juifverie’’ qui est attestée aux Archives
départementales des Yvelines (anciennement Seine-et-Oise). Cette ville est citée
dans une relation de Salomon Bar Siméon. Il est dit dans cette relation que le roi
Louis VII accueillit avec bienveillance à Poissy des Juifs qui avaient été accusés
d’un meurtre rituel.
A Poissy, en mars 1310 ; confirmation par le roi de la donation faite par
Marie de Brabant, sa belle-mère, reine de France, à Hennequin de Perwis, son
valet, d'une place située à Mantes et faisant partie du douaire de la dite reine,
estimée valoir 200 livres parisis, laquelle place s'appelle le cimetière des Juifs.
Limay
E. Fosse* par d’une ‘’Rue aux Juifs’’. Il y a une inscription hébreu dans
l’Eglise de Limay. Cette inscription semble provenir d’un mur de soutien d’un
cimetière chrétien.
Mantes-la-Jolie
Au Moyen-Âge, il y eut une Juiverie à Mantes dont l’un des souvenirs est la
‘’Rue des Juifs’’. La ‘’Rue de la Juiverie’’ était parallèle à la ‘’Rue de la Vieille Prison’’ et
était située entre celle-ci et la Collégiale Notre-Dame. L’abbé J. Rance** parle d’une
synagogue changée en église en 1204. Une salle souterraine vers la ‘’Rue Thiers’’, a
été retrouvée, puis remblayée. Cette salle aurait été une synagogue. Les Juifs de
Mantes possédaient aussi un cimetière puisque des actes entre 1308 et 1310 parlent
d’un terrain appelé le ‘’Cimetière des Juifs’’. En mars 1310 est signé à Poissy une
confirmation par le Roi de la donation faite par Marie de Brabant, sa belle-mère,
reine de France, à Hennequin de Perwis, son valet d’une place située à Mantes et
faisant partie du douaire de la dite reine, estimé valoir 200 livres parisis, laquelle
place s’appelle cimetière des Juifs. Il est fait état d’une communauté Juive et d’une
synagogue, appelée ‘’l’école des Juifs’’ à Mantes dans une charte de 1359. En 1380,
des émeutes antijuives, qui partirent de Paris, se répandirent jusqu’à Mantes-laJolie. Ces émeutes nous sont connues par cette relation : ‘’ l’an mil CCC LXXX
derrienirement passé, lendemain que la commocion fu de plusieurs habitans de nostre ville
de Paris sur les Juifs demeurant icelle, lesquielx furent pillez et robez par aucuns des
habitans d’icelle, plusieurs gens d’armes et autres qui estoient venus et estoient lors au
païs d’environ ladicte ville de Mante, vindrent et se boutérent en icelle heure de portes
ouvrir, crions au menu peuple et aux habitans d’icelle qu’ils alassent chez les juifs qui y
demeuraient et que nous leur avions donné congé, ce que non, et que ceulz de la ville de
Paris estoient pillez’’.
A l’avènement de Charles VI, le peuple de Paris se révolta en faisant
entendre ses plaintes contre les aides et les impôts trop lourds. Il demanda que ‘’les
Juifs et usuriers’’ fussent mis hors Paris. Les Maillotins rompirent les ‘’bouëttes’’ des
fermiers généraux, jetèrent l’argent dans les rues et après avoir crié ; ‘’Aux Juifz,
aux Juifz, aux Juifz’’ pillèrent quarante maisons de Juifs. L’émeute s’étendit aux
environs de Paris. Deux ans plus tard, les Parisiens mécontents du rétablissement
des impôts se soulevèrent au nouveau. Les mutins enlevèrent l’Hôtel de Ville,
s’emparèrent des massues et des maillets de fer et assommèrent les financiers. Des
massacres eurent lieu dans la plupart des Communautés Juives de France.
Montmorency
Joseph de Montmorency était un des descendants de Rachi.
Richebourg
‘’La Juiverie’’ ; Hameau, sur la Commune de Richebourg.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------* E. Fosse : ‘’Histoire de Limay des origines à nos jours’’.
** J. Rance : ‘’Hugues de Noyers et Pierre de Courtenay’’.
Prunay-le-Temple
‘’La Juiverie’’ ; lieudit, commune de Prunay-le-Temple, peut être dans le
domaine d’une ancienne commanderie.
Chevreuse
‘’Lévy-Saint-Nom’’ ; Commune de Chevreuse.
Palaiseau
‘’Les Revenus tirés des Juifs dans le domaine royal’’ ne mentionnent qu’un seul
Juif à Palaiseau :’’Léoni Anglico de Palatiolo’’.
Les Inscriptions hébraïques
Dans un article sur l’épigraphie, G. Nahon fait l’état des régions
épigraphiques et recense pour l’Ile-de-France, outre Paris : Guerville, Limay,
Palaiseau et Mantes-la-Jolie. MM. M. Schwab, B. Blumenkranz et G. Nahon font
état en tout onze inscriptions funéraires. Les inscriptions médiévales en hébreu
sont situées selon Gérard Nahon :
- à Guerville : Hameau de Senneville, dont l’une est la propriété de M. Norbert
Bechet.
Deux pierres tombales ont été trouvées à Guerville, Moïse Schwab en donne ces
traductions :
1° Ceci est la stèle de Maître Rabbi Isaac, fils de Rabbi Abraham décédé le sixième jour
(vendre) de la section Yitro de l’an 99 du petit comput (29 janvier 1339).
2° Ceci est la stèle du généreux
(Maître) Menahem, fils de l’honoré Maître Perez qui est allé au Paradis.
- à Limay : Deux pierres tombales ont été découvertes à Limay. La première pierre
tombale se trouve dans l’Eglise et est fixée à la droite de l’entrée. La deuxième a été
trouvée sur les bords de la Seine, en face de Mantes-la-Jolie. B. Blumenkranz* en a
fait la traduction suivante :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------* B. Blumenkranz: ‘’Archives Juives’’ n° 2, 1965-1968
1° La première épitaphe servait autrefois de matériau de remplissage au mur de la
clôture du cimetière paroissial. Elle a été placée à l’intérieur de l’Eglise.
‘’Ceci est la stèle de Rabbi Meïr, fils de Rabbi Elie, décédé le troisième jour (Mardi)
section Tazna, l’an 5 (mille) et 3 du comput, (17 mars 1243).
Le Souvenir du juste est béni’’.**
2° La seconde pierre est en forme de trapèze de 50-60 cm de haut et 43 de large
brisée à gauche avec l’inscription hébraïque suivante :
‘’Ceci est le monument funèbre
de Belnia, fille (de) Salom(on).’’
- à Mantes-la-Jolie : Gérard Nahon*** dit que les inscriptions de cette ville ‘’sont des
dalles longitudinales’’.
Nous étudierons ici uniquement trois épitaphes qui sont très connues à
Mantes ainsi qu’une dernière qui a été trouvée dans les années 1960 :
1° ‘’Ceci est la stèle sépulcrale de Juet(e)**** fille de l’honoré Maître Hayyim, épouse du
compagnon
Rabbi Hayyim, décédé le mardi de la section Wayakel …. l’an….’’
2° ‘’Ceci est la stèle de Rabbi Obadia
fils de l’honoré Maître Eliah, qui est allé au
Paradis, le deuxième jour (lundi) de la section Wahyi l’an 9 du (petit) comput
(5009) 28 décembre 1248’’.
3° ‘’Ceci est la stèle de l’honoré Maître Yéhiel Menahem Ha-Lévy qui est allé au Paradis le
quatrième jour (mercredi) de Shemot l’an 53 du petit comput (31 décembre 1292).
4° Cette pierre formait une marche d’escalier dans la cave du 7 rue de la Sangle.
C’est un trapèze irrégulier de 108 cm (grande base), 99 cm côté droit, 58 cm (petite
base) et 39 cm côté gauche. Voici sa traduction :
‘’Ceci est la tombe de dame
Esther fille du compagnon Rabbi
Berakhita, qui est allé au Paradis’’.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------** ‘’Les Archives Israélites’’ n° 50, 1889, p. 256.
*** Gérard Nahon : ‘’Inscriptions hébraïques médiévales de Mantes-la-Jolie’’.
**** Yvette.
- à Palaiseau : Hameau de Lozère. Pour Yves Ramette, la pierre de Lozère
(Palaiseau) est un grès ‘’vraisemblablement originaire de la célèbre carrière d’Orsay
située à un kilomètre de distance’’. La texture et le grain l’attestent. Gérard Nahon
donne la traduction qui suit :
‘’Ceci est la stèle
funéraire de Rabbi Juda
fils du compagnon Rabbi Zacharie
qui s’en fut au jardin d’Eden
le cinquième jour (jeudi) de la péricope
Be Shalakh de l’an (50)52 (3 janvier 1292)
Du comput, que son âme soit dans le faisceau des vivants’’.
Les Juifs durant la période contemporaine
Des Juifs à Versailles
Durant le XVIIIème siècle, des documents mettent en évidence une présence
juive à Versailles ou dans les environs notamment à travers les Archives de la
Bastille qui donnent par exemple :
- En 1726, Catherine Koëlle, juive de Metz, est arrêtée puis relâché pour mener une
vie de débauche avec Salomon Lévy, bien que celui-ci se fait instruire dans la foi
catholique. Catherine Koëlle avait été au service du Sieur Mureaux à Versailles.
- Samuel Hirsch reçut le 9 décembre 1764 un brevet et une pension de preneur de
rats afin d’être envoyé toute l’année dans les parcs de Versailles.
- Au mois d’août 1783, le Ministre de l’Intérieur adressa une note à l’attention de
M. Vergennes, approuvant la politique rigoureuse de l’Intendant Lenoir à l’égard
des Juifs. Les Juifs Portugais furent autorisés à résider où ils le désiraient selon leur
lettre de naturalisation. Pourtant, alors qu’ils étaient d’honnêtes commerçants lors
de leur arrivée en France, ils tombèrent dans un état de misère très avancé. A Paris
et à Versailles, ils commirent des vols : 50.000 livres de marchandises, dont 15.000
chez une veuve, ils furent complices de vols de vases sacrés à Senlis et furent
considérés par l’Intendant Général comme bandits de grands chemins. C’est pour
cette raison qu’il fut demandé que les Juifs Portugais soient assujettis comme les
autres Juifs aux mêmes règles.
A Versailles comme à Fontainebleau, la présence de bateleurs juifs était
attestée devant la Cour Royale : en 1779, le Comte d’Artois fait remettre un
certificat à Cerf Bernard, Juif de Nation, pour ses tours de souplesse et de gobelet
devant le Roy et la famille royale à Versailles alors qu’en 1721 Lévi de Ferrare,
muni d’un passeport de M. le Duc de Lorraine et d’une lettre pour son Altesse
Royale Madame, sollicita l’autorisation de se rendre à Fontainebleau pour y jouer
des gobelets.
En 1789, tous les Juifs et les marchands, arrêtés sur les routes des environs
de Versailles, furent soupçonnés de se rendre dans cette ville pour y commettre
des vols et des escroqueries.
Patrick Girard* donne quelques précisions sur la présence de Juifs sefardim
et ashkénazim dans le royaume de France : ‘’Pendant cette période s’installèrent
dans la région parisienne, notamment à Arcueil, Arpajon, Saint-Mandé, Versailles,
Dijon, Orléans, Fontainebleau, Lille et Dunkerque comprenaient quelques
habitants juifs presque tous originaires d’Alsace-Lorraine’’ . Nous savons par
d’autres sources qu’ils y avaient des Juifs à Versailles dans les dernières années de
l’Ancien Régime, c’est-à-dire entre 1769 et 1789. C’étaient généralement des
colporteurs ou des marchands fripiers ambulants, sefardim ou ashkenazim, qui
venaient des provinces de l’Est ou du Sud-Ouest de la France. A Versailles,
quelques autres travaillèrent dans la Manufacture Royale de Porcelaine à Sèvres
comme employé ou peintre. Tous ces Juifs demeuraient entre la rampe Satory, le
passage Saint-Jean, la rue des Tournelles, la rue Montbauron, aux Quatre Pavés, la
rue de l’Orangerie et la rue Saint-François.
Hida à Versailles
Haïm Joseph David Azoulay
Le Rabbin palestinien Haïm Joseph David Azoulay (Hida) ne parle
aucunement d’avoir rencontré des Juifs à Versailles lorsqu’il assista au passage du
Roi à la Cour de Louis XVI en 1778. Le Grand Rabbin Maurice Liber* raconte la
venue de cet émissaire des ‘’quatre communautés de Terre Sainte’’ à Versailles: ‘’A
Versailles, le roi le prit pour un ambassadeur oriental et les dames lui firent la
révérence’’. Lorsque H.I.D. Azoulay arriva à Paris, la Reine Marie-Antoinette était
enceinte et des prières furent ordonnées pour sa bonne délivrance. Les Juifs de
Paris organisèrent des offices et firent publier une prière à l’occasion de la
grossesse de la Reine.
Haïm Joseph David Azoulay
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------* Patrick Girard : ‘’Les Juifs de France de 1789 à 1860’’
* Maurice Liber : ‘’Un rabbin a Paris et à Versailles en 1778’’
Haïm Joseph David Azoulay se rendit à Versailles avec Mardochée Venture,
maître de langues hébraïques, chaldaïque et talmudique. D’après les témoignages
qu’ils laissèrent de cette visite, Maurice Liber a repris : ‘’Le Jour où il alla, le 3
janvier (1778), était celui où le Parlement de Paris, la Chambre des Comptes, la
Cour des aides et la Cour des Monnaies ils eurent l’honneur de rendre leurs
respects au roi et à la famille royale à l’occasion de la nouvelle année. Conduit par
M. Fabre, notre rabbin s’arrêta dans la grande galerie, où il admira surtout les
guéridons dorés qui supportaient de grands chandeliers d’argent et la voûte peinte
par Lebrun ; il passa ensuite, si nous le suivons bien, par les appartements royaux
pour arriver à la Salle d’Apollon ou Chambre du Trône, au fond de laquelle une
estrade supportait un trône d’argent surmonté d’un dais. Il traversa les
appartements intérieurs et s’arrêta au bout pour voir passer un cortège, au milieu
duquel on lui montra les deux frères du roi, le comte de Province et de comte
d’Artois. Enfin le roi lui-même parut, portant sans doute ce jour-là le costume de
l’ordre de Saint Louis, dont il était le grand maître. Comme tout bon juif en pareil
cas, notre rabbin récita à sa vue la ‘’bénédiction du roi’’, qui est ainsi conçue : ‘’Soit
Béni, Seigneur notre Dieu, Maître de l’Univers, qui as départi de Ta Gloire à un
être mortel’’. Aussitôt après, un personnage de la suite du roi se détacha du
cortège et vint demander à M. Fabre de quel pays ce visiteur oriental était
l’ambassadeur. M. Fabre répondit que c’était un voyageur venu d’Egypte. Le
rabbin n’en reçut pas moins les saluts des seigneurs et les révérences des dames’’.
Il est impossible de dire exactement depuis quelle époque il y a une
présence juive à Versailles. C’est sans doute vers 1780 puisque lorsque Hida, le
célèbre bibliophile palestinien, ne parle pas de Juifs dans cette ville. La première
mention des Juifs est référencée dans le recensement de la Ville de Versailles en
1792. Après la parution du Décret de Bayonne du 20 juillet 1808, les Juifs vont
s’inscrire à la Mairie et fixer leur nom de famille. Dans les deux registres
d’adoption des noms (1808-1818), trente individus ou familles se déclarèrent selon
la loi. La population juive de Versailles s’élevait alors au total de 114 âmes enfants
compris.
Population Juive de Versailles
La ‘’Nouvelle Gallia Judaïca’’ a publié, sous la plume de Claudie Blamont et
d’Elie Nicolas, le recensement des Juifs de France sous le Premier Empire, pour
Versailles, ils donnent ainsi :
n°
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
Prénom
nom
adresse
date
Philippe-Pierre
Lyon ne demeure pas
à Versailles.
Salomon
Lambert rampe Satory
Alexandre
Moyse
Isaac
Henry
Sara
Cerf
Joseph
Henry
Aaron
Henry
Léon
Henry
Moyse
Bloch St François 4
Marie
Bloch St François 4
Raphaël
Bloch St François 4
Isaac
Bloch St François 4
Adèle
Bloch St François 4
David
Bloch St François 4
Rosalie
Bloch St François 4
Lion
Bloch St François 4
David
Bloch St François 4
Rachel
Bloch St François 4
Fleurette
Bloch St François 4
Jacob
Daniel Paris 94
Belotte
Daniel Paris 94
naissance marié T
1751
1791
1794
1799
F
G
marié
mariée
G
G
G
marié 8
mariée
G
G
F
G
F
G
1784
1785
1776
1779
marié 6
mariée
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
44
45
46
47
48
49
50
51
52
53
54
55
56
57
58
59
60
61
62
63
64
Brunette
Emée
Henry
Julie
Jacob
Brunette
Lazard
Louis
Jean
Simon
Alexandre
Charlotte
David
Rachel
Jacob
Abraham
Pauline Brunette
Garçon
Abraham
Rose
Jacob
Moïse
Simon
Hélène
Félicité
Aaron
Emane
David
Augustine
Françoise
Marie Anne
Félicité
Charles
Louis
Cerf
Salomon
Fleure
Rachel
Babet
Jacob
Emane
Nanette
Bernard
Daniel Paris 94
Daniel Paris 94
Daniel Paris 94
Daniel Paris 94
Samson avenue de St Cloud
Garçon avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Samson avenue de St Cloud
Cahen d’Anjou 50
Simon d’Anjou 50
1778
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 50
Cahen d’Anjou 56
Bloch du marché neuf 49
Vrentz du marché neuf 49
David du marché neuf 49
David du marché neuf 49
David du marché neuf 49
David du marché neuf 49
David du marché neuf 49
David du marché neuf 49
Jacob de la Pompe 15
Emane de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
Jacob de la Pompe 15
F
F
G
F
marié 14
mariée
G
G
G
G
G
F
G
F
G
G
F
G
marié 8
mariée
G
G
G
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F
G
1
G
marié
mariée
F
F
F
G
G
G
marié 8
mariée
F
F
G
G
F
G
65
66
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68
69
70
71
72
73
74
75
76
77
78
79
80
81
82
83
84
85
86
87
88
89
90
91
92
93
94
95
96
97
98
99
100
101
102
103
104
105
106
107
Abraham
Sara
Bram
Emane
Rachel
Jacob
Moyse
Caroline
Gabriel
Esther Garçon
Caroline
Isaac
David
Rose
Cerf
Rosine
Hyppolite
Désirée
Daniel
Fradette
Samuel
Abraham
Victoire
Adèle Désirée
Jacob
Hyppolite
Joseph
Manuel
Emane
Manuel
Manuel
Manuel
Manuel
Manuel
Manuel
Cerf
Petite Place 7
Isaac
Petite Place 7
Cerf
Petite Place 7
Cerf
Petite Place 7
Daniel Maurepas 13
Henry Maurepas 13
Daniel Maurepas 13
Daniel Maurepas 13
Daniel Maurepas 13
Daniel Maurepas 13
Daniel Impérial 92
Samuel Impérial 92
Daniel Impérial 92
Daniel Au bas de la rampe
Lévy
Au bas de la rampe
Daniel Au bas de la rampe
Daniel Au bas de la rampe
Daniel Au bas de la rampe
Cand Place Napoléon 12
Caen Place Napoléon 12
Abraham Caen
Cand Place Napoléon 12
Isaac
Daniel Impérial 92 Indigent
Elisabeth
Haina Impérial 92
Abraham Salomon Picard avenue St Cloud 34
Flore
Abraham av de St Cloud 34
Henry
Brongevick Ste Elisabeth 24
Michel
Lyon avenue St Cloud 47
Jeannette
Cahen Petite Place 7
Victor
Mayer St Elisabeth 24
Brunette
Mayer St Elisabeth 24
David
Hersel des deux portes 4
Lazard
Joseph Bld de l’Impératrice
Esther
Nathan Bld de l’Impératrice
Babet
Joseph Bld de l’Impératrice
Clarisse
Joseph Bld de l’Impératrice
marié 8
mariée
G
G
F
G
G
F
marié 4
mariée
F
G
marié 6
mariée
G
F
G
F
marié 3
mariée
G
marié 5
mariée
F
G
G
marié 3
mariée
G
marié 1
mariée 1
marié 2
mariée
célibataire 1
célibataire 1
marié 2
mariée
marié 5
mariée
F
F
108
109
Agache
Aaron
Joseph Bld de l’Impératrice
Lyon Impérial 91
F
célibataire 1
Le Décret Infâme du 17 mars 1808 remettait en cause tout ce qui avait été
acquis par les Juifs en 1791, c’est-à-dire l’Emancipation. De ce Décret étaient
exceptés automatiquement les Juifs du Sud-Ouest et du Comtat Venaissin ; les
Juifs Séfardim. Napoléon 1er, compte tenu des informations de ses conseillers, avait
une image déformée des Communautés d’Alsace-Lorraine et ne voyait dans les
Juifs de ces régions que des personnes superstitieuses, mais éduquées et
pratiquant l’usure. Certains Juifs, bien qu’originaires, mais résidants hors de ces
deux provinces demandèrent à être exceptés à ce fameux décret qui au bout de dix
ans devait être reconduit ou abrogé. Dans le tableau des départements et des villes
d’Empire, dont les habitants professent la religion de Moïse, sont exceptés des
dispositions du décret impérial du 17 mars 1808 :
Nombre
2733
1808
121
95
1810
département
Seine*
date
Décision de S.M. du 28 avril
Seine-et-Marne
Seine-et-Oise
?
Décret impérial du 11 avril
Les Juifs de Versailles furent exceptés au Décret du 17 mars 1808 selon une
décision de sa Majesté par un décret impérial en date du 16 juin 1808. En ce qui
concerne les demandes d’exemption au Décret ‘’Infâme’’, Robert Anschel, après
avoir consulté les enquêtes poursuivies dans les départements où les juifs furent
exceptés, dit à propos de Versailles : ‘’Sur quinze familles qui constituaient la
population juive du département, douze étaient fixées à Versailles depuis plus de trente
ans. Leurs chefs faisaient le commerce de la bijouterie, de la soie et des toiles. Plusieurs
d’entre eux, rapporte le Préfet, avaient des boutiques du temps des derniers rois dans les
galeries du château de Versailles et jouissaient du privilège de suivre la cour dans ses
voyages. Aucune plainte d’aucun ordre ne s’élevait contre eux, ils ne possédaient pas
d’hypothèques. Une enquête suffit pour leur valoir le bénéfice de l’exception’’.
En 1809, d’après le recensement des Israélites de Paris par le Comité de
Bienfaisance, il y avait 55 individus venant de Versailles.
Dans l’''Etat numérique des Israélites des arrondissements de Corbeil, Etampes,
Mantes, Pontoise et Rambouillet en 1810’’, il est constaté:
‘’Pour l'arrondissement de Corbeil; il existe 2 israélites (homme et femme); à Arpajon, 4
d'une seule famille à Montgeron, 1 à Corbeil, mais aucun dans le canton de Longjumeau.
Aucun à Etampes, Mantes, Pontoise et Rambouillet. L'histoire de la Communauté de
Versailles a été l'objet d'études beaucoup plus sérieuse que j'aurais pu le faire.''
-
Les Mariages endogamiques à Versailles
Le 3 août 1788 fut célébré le mariage de Benjamin Ducas, demeurant à
Versailles, fils de feus Lazare-Abraham Ducas et de Judith Isaac, avec Guiton
Jacob, fille de Lazare Jacob et de feue Guiton.
Le 14 septembre 1814, Gothon Bernard épouse à Fontainebleau Abraham
Daniel, de Versailles. Gothon, fille majeure d’Abraham et Babet Bernard, est né à
Fontainebleau en 1783. Son futur époux, Abraham Daniel était le fils d’Isaac Daniel
et d’Elisabeth Hainaut, habitants 12 rue Royale à Fontainebleau. Gothon Abraham
Bernard est décédée à Versailles le 5 février 1867 dans sa 74ème année et repose dans
le cimetière juif de cette cité royale.
Suite au Décrit dit de Bayonne du 20 juillet 1808, Abraham Bernard se
déclarait à la Mairie de Fontainebleau, comme suit :
‘’Abraham Bernard, né à Marly, près de Metz, 38 ans, époux de Babé Jacob de Metz, 39
ans, domicilié rue des Maudinets (Protestants) à Fontainebleau depuis 16 ans (1794)
conserve ses nom et prénom’’.
Les Jacob, une famille ayant transité par Versailles.
Selon le Décret du 20 juillet 1808, les membres de la famille Jacob, venant de
Versailles, se déclarèrent à la Mairie de Paris et fixèrent leur nom et prénom ainsi :
• David Jacob, né en 1759 en Allemagne, brocanteur, à Paris depuis 4 ans
• Babet Goschal, née en 1764 à Francfort
• Charlotte Jacob, née à Versailles en 1784
 Israël Jacob, né à Versailles en 1789, soldat fourrier au 11ème régiment de ligne
en Espagne depuis deux ans et demi.
• Mardochée Jacob, né à Versailles en 1796.
• Esther Jacob née à Versailles en 1799.
Les Juifs de Versailles
et la Section Révolutionnaire de la ‘’Réunion’’ à Paris
En 1790, l’Assemblée Constituante demanda la redistribution du plan de Paris
en un découpage plus rationnel : elle ne supportait plus les rivalités entre elle et la
Municipalité de Paris. Le Conseil des Vingt-quatre, dont le Président était
Condorcet, se mit en relation avec le Comité de Constitution de l’Assemblée et les
représentants des districts. C’est ainsi que les 21 mai et 27 juin 1790, les quarante-
huit sections révolutionnaires parisiennes furent organisées. Elles ne disparaîtront
que le 10 vendémiaire an IV. Les Juifs Ashkenazim de Paris étaient surtout
concentrés dans le Marias et près du ‘’Temple’’ dont la Section révolutionnaire
principale était celle de la ‘’Réunion’’. La Bibliothèque Historique de la Ville de
Paris conserve différents manuscrits dans lesquels se trouvent des documents sur
la ‘’Section de la Réunion’’. Dans ces documents, il apparaît que cette Section a
entretenu une correspondance très privilégiée avec la Ville de Versailles sur
différents sujets : la conscription, le recensement des farines, les accusations
publiques, etc…
D’autres documents traitent spécifiquement des actions entreprises dans la
Section, parmi lesquelles :
• Libération de Joly, Section de la Réunion (13-14 frimaire an III)
• Assemblée Générale, comptes-rendus au Ministère de la Guerre sur le
remboursement des avances faites pour l’habillement des volontaires de la Section
à l’Armée du Nord en 1793 (23 nivôse – 25 germinal) an III.
• Section Beaubourg ou de la Réunion : Assemblée Générale, élection de Fissard,
sergent major de la Compagnie des Canonniers 29 juin 1793, Comité Civil,
certificat d’enrôlement, etc..
• Section de la Réunion : Comite Révolutionnaire, ordre d’incarcération de
Maupas,
• Recensement des farines chez les boulangers
• Cartes individuelles bleues ou blanches de la Section
• Notes sur les changements de Section.
A travers ces documents, il est possible de se rendre compte du Civisme et de
l’esprit d’entreprise des Juifs dans cette Section. Compte tenu de certains métiers
itinérants des Juifs de cette Section, il est aisé de retracer leur route : Versailles,
Fontainebleau, Nevers, Clamecy, Rouen, Le Havre, etc… Certains de ces Juifs
s’étaient spécialisés dès la seconde moitié du XVIIIème siècle à suivre la Cour. S’il
fallait donner un exemple ; celui d’Assure Mayer semble être le plus parlant :
‘’Venu d’Allemagne à Paris pour recouvrer des créances importantes, Assure Mayer, se
vite refuser le droit de résider à Paris’’. Léon Kahn * continue : ‘’Toujours sur la route de
Versailles ou de Fontainebleau, hôte assidu des antichambres ministérielles….’’. Assure
Mayer fit intervenir le Baron de Groewenbroch, ‘’Cy devant ministre de l’Electeur
Palatin’’. Or, le Comte de Choiseul n’en pouvant plus de ses tergiversations pour
quitter Paris dit au Lieutenant de Police en 1759: ‘’Ayez à (lui) signifier à ce jour de
sortir de Paris dans les vingt-quatre heures, et s’il n’obéit pas vous aurez pour agréable de
le faire arrêter et conduire au cachot’’. Pourtant, après complément d’information auprès
des autorités prussiennes, Assure Mayer obtint définitivement la possibilité de résider à
Paris et de continuer à jouir de Rosette, veuve Salomon, rue Beaubourg, où elle ‘’donnait à
manger aux Juifs’’.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------* Archives Israélites 3 mars 1892
D’après le recensement de 1808, il y avait 1500 individus originaires des
départements français et de l’étranger dont 55 venant de Versailles et 12 de
Fontainebleau. Quelques années avant la Révolution, il n’y avait que deux
Communautés constituées autour de Paris. Ces Communautés étaient des Kéhilot
ashkénazim, c’est-à-dire dont les Juifs étaient originaires d’Alsace, de Lorraine ou
d’Europe Orientale. Les Juifs de Versailles et de Fontainebleau eurent des rapports
commerciaux ou familiaux avec les Juifs de Paris et particulièrement avec ceux de
la ‘’Section de la Réunion’’. Compte tenu de la position spécifique de Versailles et de
Fontainebleau qui étaient souvent fréquentées par la Cour, de nombreux juifs
gravitaient autour de ces deux villes. Hertz Cerfbeer était un familier de ces deux
villes, il écrivit de Fontainebleau sa fameuse lettre demandant l’abolition du Péage
corporel. Cerf Lesion sera en contact avec les frères Wahl de Fontainebleau et sur
le plan commercial des actes font apparaître des liens particuliers unissant Baruch
Weil aux Fabriques de Porcelaine de Fontainebleau et de Sèvres à Paris.
En ce qui concerne les liens familiaux entre les Juifs de Versailles et ceux de la
‘’Section de la Réunion’’, une preuve datant de 1790 nous est apportée : Rachel,
femme d’Isaac Segal (Lévi) de Versailles, fut enterrée dans le Cimetière Juif de
Montrouge.
Lors de la répartition de la population Juive de France par le Consistoire en
1809, les Juifs de Seine-et-Oise entrèrent dans le giron du Consistoire de Paris.
Parmi les nouvelles attributions du Consistoire de Paris, il fut décidé la fusion de
toutes les Sociétés de Secours Mutualistes à Paris. Isaïe, de Versailles, fut enregistré
comme membre en 1809 de la nouvelle Société des ‘’Derniers Devoirs’’ (Hevra
Kadisha) de ‘’Guemilout Hasidim’’.
Liste des habitants israélites de Versailles
Sous la Monarchie de Juillet
L’état nominatif de la population israélite de la Communauté de Versailles en
1846 est constitué comme suit. Il comprend le n+ d’ordre, le nom, le prénom, le
sexe, l’année de naissance, le lieu de naissance, la profession et les personnes qui
accompagnent le chef de famille :
1° Gabriel Cerf, H, 1763, Furth, Commissaire du Mont Piété
2° Bloch Moyse, H, 1802, Strasbourg, Fabricant, sa femme, sa belle-mère
3° Bouchim Joseph, H, 1777, Pologne, M. Revendr, sa femme et son fils
4° Bouchim Jacob, H,1712, Verdun, Blanchisseur, sa femme
5° Bouchim Philippe, H, 1816, Verdun, Bijoutier, sa femme, son fils et sa fille
6° Junte Salomon, H, 1806, ?, Md de nouveauté, sa femme
7° Simon Levy, H, 1798, Strasbourg, Colporteur, sa femme et une fille
8° Daniel Adolphe, H, 1819, Versailles, Md de fourrures, sa femme, 1 fils, 2 filles
9° Moyse Horowitz, H, 1774, ?, Rentier, Veuf
10° Horrewitz Joseph, H, 1738, Versailles, Md de nouveautés, sa femme, 3 fils
11° Léopold Festel, H, 1816, Etendorf, Colporteur, sa femme, 2 fils, 1 fille
12° Asquenet Alexandre, H, 1810, ?, Colporteur, sa femme, 2 fils, 2 filles
13° Vorms Isaac, H, 1823, Boulay, Colporteur, sa femme, 1 fille
14° Caen Lageunel, H, 1810,?, Colporteur, sa femme, 2 filles
15° Nathan Moyse, H, 1796, ?, Colporteur, sa femme, 1 fils, 1 fille
16° Baher Samuel, H, 1816, Merville, Md de Meubles, sa femme
17° Haguenes Edouard, H, 1823, Bergenhelm, Tailleur, sa femme, 1 fils
18° Levy Jacob, H, 1790, Haguenau, Md d’habits, sa femme, 5 fils, 2 filles
19° Cerf Edouard, H, 1817, Versailles, Peintre
20° Lambert Salomon, H, 1775, ?, Md de Schales, sa femme, 3 fils
21° Michel Caen, H, 1800, Bouzanville, Opticien, sa femme, 1 fils, 1 fille
22° Brach Léon, H, 1810, Bouzanville, Pédicure, sa femme, 2 filles
23° Wal Louis, H, 1798, Forbach, Empl. au Château, sa femme, 1 fils
24° Langre Félix, H, 1776, Vinsenhelm, Colporteur, sa femme
25° Léon Adolphe, H, 1816, Toul, Colporteur, célibataire.
26° Godchu Moyse, H, 1783, ?, Md de nouveauté, sa femme
27° Gauthier Léon, F, 1775, Rentière, Veuve,
28° Mayer Léon, H, 1801, ?, Md de nouveauté, sa femme, 3 fils, 2 filles
29° Croisé Salomon, H, 1791, Rotherdam, Dentiste,
30° Daniel Marianne, F, 1790, ?, Mde de Toilette, 5 filles, 3 fils
31° Daniel Rose, F, 1763, ?, Rentière, 2 fils, 3 filles
32° Daniel Daniel, H, 1800, Versailles, Peintre, sa femme, 3 fils,
33° Daniel Henri, H, 1805, ? , Empl. du cadastre, sa femme, 3 fils,
34° Daniel F. Ernest, H, 1800, Versailles, Fondé de pouvoir du receveur général du
département, sa femme, 1 fille.
35° Womsier Léon, H, 1795, ?, Graveur, sa femme
36° Lazares Ducaze, H, 1791, Nîmes, Md de nouveauté
37° Marpes Hamelin, H, 11791, ?, Md de nouveauté, sa femme
38° Bloch Samuel, H, 1822, ?, Md de nouveauté
39° Bloch Ephraïm, H, 1824, ?, Commis
40° Samuel Gabriel, H, 1795,?, Graveur
41° Franc, H, 1801, ?, Lieutenant du Génie à Rambouillet
42° Worms Doramelly, H, ?, Chirurgien major à l’Ecole Royale de St-Cyr
43° Moyse, H, Empl. au chemin de fer de St-Germain
44° Nathan, H, Empl. comme surveillant au chemin de fer de St-Germain
45° Marianne, F, 1776, ?, Domestique
46 David Nanette, F, 1775, ?, Domestique
47° Fould, H, Boulay, Propriétaire de Rocquencourt commune de Versailles.
Il existe en outre une quinzaine de familles dans l’arrondissement de Versailles
qui viennent assister à notre temple les jours de grandes cérémonies, nous ne
pouvons pas donner de plus amples renseignements ne les connaissant pas.
Fait par nous membres de la Communauté Israélites de Versailles,
Versailles, ce 25 janvier 1846
(signé) Bouchim
Daniel
Bloch
Jung
Gabriel
Cerf
Vu par nous, Maire de Versailles, pour légalisation des signatures au bas de l’état énoncé
de l’autre part des Sieurs, Bouchen, Daniel, Bloch, Yung, Gabriel et Cerf, tous de la
Communauté Israélite, résidants à Versailles, à l’Hôtel de Ville, le 28 janvier 1846’’.
Nombre d’Israélites à Versailles en 1849
Hommes
Femmes
Enfants
Domestiques
Soit
40
43
95
28
----------------206
Le dénombrement des israélites de Versailles en 1852 est signé par M. Bloch,
Président de la Communauté, soit :
Hommes :
Femmes :
104
120
La répartition en 1866 de la Population par le Consistoire et le Département est de
519 pour la Seine-et-Oise.
Etat nominatif des Juifs de Versailles et alentours en 1867.
Hommes
115
Femmes
121
Enfants masculins 10
Enfants féminins
97
-------------------Soit
443
La Synagogue
Il est impossible de situer à quel moment est née la Communauté Juive de
Versailles. Pourtant certains historiens font remonter l’existence d’un temple
depuis 1769. Dans ‘’Historique sommaire de la population israélite de Versailles’’ écrit en
1850, l’auteur propose : ‘’En 1789, Monsieur Daniel Daniel a fondé un Temple à
Versailles’’, il est donc fort possible que le culte juif fut célébré dans cette ville entre
1769 et 1789.
La première synagogue devait ses situer probablement dans un local où le
culte fut exercé durant la Révolution, dans la maison dite du ‘’Tambour’’ au
numéro 9 de l’Avenue d’Orient, aujourd’hui avenue de Saint-Cloud, au domicile
du Ministre-Officiant. Cet oratoire fut transféré dans l’ancien Hôtel du Duc de
Richelieu situé au n° 36 de la même avenue.
Il semble que le premier pasteur de la Communauté naissante fut un certain
Moyse, maître de l’école des Juifs. Il est fort possible qu’il cumula les fonctions de
Hazan, Mélamed et Shokhet (chantre, instituteur et sacrificateur) comme Salomon
Lévy à la même époque à Fontainebleau. Dans un rapport sur le clergé daté du 1 er
janvier 1798 apparaît le nom du Ministre-Officiant : ‘’Brounschweig, ministreofficiant du culte israélite, âgé de 56 ans, marié, habite Versailles, il a un oratoire, avenue
de l’Orient ; il est instituteur des enfants de sa secte. A prêté serment de Liberté et
d’Egalité et fait la déclaration ordonnée par la loi du 19 fructidor. Il sera à désirer que les
ministres du culte catholique fussent aussi tranquils que ceux du culte izraélites ; la
Révolution aurait eu bien des ennemis de moins’’. Brounschweig meurt le 20 juillet
1815 à l’âge de 73 ans. En 1808, Michel Lion est qualifié de Ministre-Officiant du
culte hébraïque, pourtant Joseph Cam était employé déjà comme ‘’ministre-officiant
de la sinagogue de Versailles’’ car en 1839, dans l’’’Etat des propositions d’indemnités en
faveur des divers ministres du culte israélite’’, les ‘’Archives’’ restituent pour la Seineet-Oise :
Cam Joseph à Versailles
accordés sur l’exercice précédent : 150 francs
proposés sur l’exercice courant :
Ce Ministre-Officiant était vivement recommandé par le Consistoire Central
et par la Mairie de Versailles. Il avait déjà reçu une indemnité de 150 francs en
1837. Alors âgé de 74 ans, Joseph Cam, dans une lettre du 1 er décembre 1841,
rappelle qu’il exerce depuis trente et quelques années et ne disposant que de cent
francs d’honoraires par année, il demandait un secours au Ministère des Cultes.
Parmi les autres Ministres-Officiants, il y a eu Léon Hirsch. Celui-ci, dans
une lettre au Consistoire de Paris en date du 26 janvier 1848, indiquait qu’il était
ministre-officiant à Versailles moyennant un salaire de 400 francs par an. En fin
décembre 1848, Abraham Berr occupait ce poste puis ensuite Halphen Gompritch.
Les Archives Nationales conservent encore la demande de création d’une place de
Ministre-Officiant à Versailles en 1849. Or selon l’arrêté du 9 avril 1853, un décret
créa un poste de Ministre-Officiant à Versailles et fixa son traitement à 700 francs.
•
En 1854, le sacrificateur (Shokhet) était Léon Frankstein et le bedeau
(Shamas) s’appelait Jean Salomon.
•
En 1865, Emmanuel Weil fut nommé au poste de ministre-officiant dans
cette ville et en 1867 les juifs de cette cité royale formulèrent une demande de
création d’un Rabbinat à Versailles. Le 16 décembre 1867 vit la création d’un
rabbinat dans cette ville, Emmanuel Weil, ministre-officiant fut donc nommé
rabbin à Versailles.
•
En 1876 ; M. Emmanuel Weil, rabbin de Versailles, est nommé rabbin de la
place nouvellement crée à Paris le 13 janvier 1876.
•
Le 28 mars 1877, Mahir Charleville, qui était alors Grand Rabbin d’Oran, est
nommé au poste de rabbin à Versailles en remplacement de M. Weil nommé à
Paris.
Mahir Charleville
Mahir Charleville en chaire
Jusqu’au XIXème siècle, les offices étaient célébrés dans le temple qui se
trouvait Avenue de Saint-Cloud, n° 36 chez le ministre-officiant d’abord, puis chez
le rabbin. Les Juifs de Versailles essayèrent par tous les moyens de bâtir un temple
digne du culte israélite. Mme Cécile Furtado-Heine, par un généreux don, mit à la
disposition de ses coreligionnaires la très belle synagogue de la rue Albert Joly.
Le 24 décembre 1884 fut publié un Décret de déclaration d’utilité publique
pour la construction d’une synagogue. ‘‘Les Archives Israélites’’ répercutèrent
l’information sous cette forme :
‘’Nous publions, à titre de document, le décret qui suit déclarant d’utilité publique la
construction de la synagogue de Versailles, élevée rue Albert Joly, tout près de la gare de la
rive droite. On se rappelle qu’une généreuse coreligionnaire Mme Charles Furtado-Heine,
la châtelaine de Rocquencourt a pris à sa charge les frais d’édification ;
Le Président de la République
Sur le rapport du Ministre de l’Intérieur
Vu les délibérations du Conseil Municipal de Versailles (S-et-O), en date du 29 mars 1883
et 9 juin 1884.
Le Procès verbal de l’enquête à laquelle il a été procédée les 4, 5 et 6 juin 1884,
L’avis du Préfet et les autres pièces de l’affaire, l’Avis du Ministre des Cultes du 2 juillet
1884, etc.. , etc…
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------* ‘’Archives Israélites’’ 3 mars 1892
(photos F. Viey°
Décrète :
Article Premier : est déclaré d’utilité publique la construction d’une synagogue ou temple
israélite à Versailles (S et O). En conséquence, etc…
Article 2 : les Ministres de l’Intérieur et de la Justice et des Cultes sont chargés de
l’exécution du présent décret.
Fait à Mont-sous-Vaudrey, le 24 septembre 1884
Par le Président de la République
Le Ministre de l’Intérieur
Waldeck Rousseau’’.
Après enquête Commodo-Incomodo
La synagogue fut édifiée en 1886 d’après les plans de l’architecte AlfredPhiliber Aldrophe, à qui l’on doit la synagogue de la Rue de la Victoire à Paris.
L’inauguration de cet édifice eut lieu le 22 septembre 1886 en présence de Zadock
Kahn, Grand Rabbin de Paris, qui fit un discours très remarqué. Il fut lu à cette
occasion un poème composé en hébreu et en français, en l’honneur de Mme Cécile
Furtado-Heine, par Léon Schlosberg. L’ensemble comprend la Synagogue et un
immeuble attenant dans lequel se trouvent un petit oratoire pour les jours de la
semaine ainsi que deux appartements, celui du rabbin et celui du ministreofficiant.
Cécile Charlotte Heine, née Furtado, était née à Paris en 1821. Elle meurt au
Château de Rocquencourt le 10 décembre 1896. Fille d’Elie Furtado et petite fille
par sa mère de Fould, mort en 1855. Madame Cécile Charlotte Furtado-Heine
finança la construction de la synagogue de Versailles ainsi que de nombreuses
œuvres caritatives, notamment elle prodigua ses bienfaits par l’établissement d’un
dispensaire à Paris. Pour toutes ses bonnes œuvres, elle fut fait Chevalier de la
Légion d’Honneur.
En 1892, un legs est fait au temple israélite de Versailles par Belle Pauline
Picard, veuve du Sieur Moïse Francfort suivant son testament publié le 19 janvier
1881 et consistant en une somme de 1000 francs pour dire des prières chaque
année, le jour anniversaire du décès de la testatrice et de celui de son mari.
Moïse Bloch fut rabbin de Versailles de 1888 à 1901. Pendant l’Affaire
Dreyfus, il affronta l’assaut d’une bande d’antisémites contre la Synagogue le 25
juin 1899. De jeunes manifestants se ruèrent aux cris de ‘’Mort aux Juifs ! A bas les
Youpins’’ sur M. Loeb, bedeau de la synagogue, et le rouèrent de coups. Moïse
Bloch, s’étant interposé, fut frappé à la figure par un des jeunes gens, armé d’une
canne brisée. Il obtint du Préfet des mesures énergiques et une instruction
judiciaire fut ouverte.
Des Commissaires-Surveillants et des Présidents
Par décret du 12 novembre 1809, dans le cadre de la Commission de
surveillance pour les Communautés, le Consistoire de Paris nomma Samson de
Versailles, Commissaire-Surveillant pour le Département de Seine-et-Oise. Cette
nomination fut signée par De Oliviera et Worms de Romilly.
En 1810, Jacob Salomon remplaça le Sieur Samson comme CommissaireSurveillant à Versailles et M. Jacob fut nommé à ce poste en 1822. Dans un acte
concernant le cimetière, il est même appelé : ‘’Syndic, sous-commissaire-surveillant
des israélites de Versailles’’.
En 1833 et en 1839, Joseph Bouchaim (1777-1852), marchand revendeur, est
appelé dans différents documents ‘’Commissaire-Surveillant’’ de la Communauté.
Moyse Bloch, fabricant de boulons, rue du Vieux-Coche, 15, à Versailles,
Président de la Communauté Juive de la Ville, adressa le 7 octobre 1852, la lettre
suivante au Consistoire de Paris :
‘’… Dans le principe il n’y avait dans cette ville que quelques familles israélites, qui
remplissaient les pouvoirs de leur religion comme elles pouvaient ; mais depuis plusieurs
années notre communauté a tellement augmenté qu’elle compte aujourd’hui 40 ménages !
Malheureusement sur ces 40 ménages nous avons 36 pères de famille pouvant à peine
soutenir leurs femmes et leurs enfants…. Le temple est très petit, il ne peut contenir que 32
places et notre communauté renferme 40 ménages, sans compter les militaires qui sont très
nombreux à Versailles en raison de sa forte garnison, et un grand nombre d’israélites
étrangers que les beautés de notre ville y attirent, de sorte que les jours de fêtes, la moitié
au moins ne peut trouver place dans le temple et nos moyens ne nous permettent pas
d’avoir un local plus vaste… Il demande avec ses deux collègues de la commission
administrative, une subvention annuelle de ‘’ 4 à 500 francs’’ pour pouvoir agrandir le
temple et recevoir dignement tout le monde d’autant que Versailles n’était situé qu’ à une
demi-lieue de Paris et n’étant pour ainsi dire qu’un faubourg de cette capitale, une foule
d’étrangers, et parmi eux beaucoup d’israélites, y viennent passer la belle saison’’.
Le Cimetière
Un premier carré juif de 50 m2 fut accordé par Louis XVI dans le Cimetière
Notre-Dame à Versailles. Goudechaux Baruch Weil, alias Ben Lévi, rédacteur aux
‘’Archives Israélites de France’’ écrivit l’histoire romancé d’un champ de repos juif
pour les Juifs de Versailles dans ses ‘’Matinées du Samedi’’ :
‘’Trente cinquième Matinée
Le Cimetière Israélites de Versailles
Nouvelle
C’était en 1788 ; ce jour là le roi Louis XVI était d’humeur charmante en partant de
Versailles pour la chasse ; le conseil des ministres avait paré aux embarras de
l’administration ; le contrôleur-général avait indiqué de nouvelles ressources financières ;
le comte de Provence n’avait cité que deux fois Horace, et le comte d’Artois n’avait relevé
aucune faute de lèse-étiquette. Et comment Louis XVI n’aurait-il pas oublié les soucis de la
royauté ? Il venait de passer une heure à Trianon, auprès de cette belle Marie-Antoinette,
parés des grâces de l’esprit et de la jeunesse ; il s’était promené bourgeoisement avec elle
sous les tilleuls en fleur de cette Suisse miniature, devisant avec bonhomie sur les
difficultés qu’il avait rencontrées dans un ouvrage de serrurerie qu’il avait achevé ce matin
même en se levant au point du jour. En ce moment, les enfants du couple royal lui avaient
été amenés par la princesse de Lamballe et la comtesse Jules de Polignac ; et la reine, chez
qui, comme dans tous les cœurs allemands, dominaient les sentiments de la famille, avait
oublié qu’elle était fille d’impératrice et femme de roi, pour se livrer avec simplicité aux
joies pures de l’épouse et de la mère.
Ces souvenirs caressaient agréablement les pensées du monarque, dont la voiture
roulait rapidement vers le rendez-vous de chasse, lorsqu’au détour d’une allée qui avoisine
Rocquencourt, une certaine confusion se mit dans les gardes-du-corps de l’escorte, et la
voiture royale s’arrêta brusquement. Louis XVI mit la tête à la portière et vit avec
étonnement quatre vieillards à figure étrangère, ornées de longues barbes blanches, vêtus
d’une grosse étoffe grise et portant sur l’épaule un brancard sur lequel reposait une bière
d’un bois grossier, à peine recouverte par un drap mortuaire en lambeaux. Derrière le
funèbre cortège marchaient deux jeunes gens pleurant à chaudes larmes, et dont les
vêtements étaient déchirés, en signe de deuil ; la marche était fermée par une douzaine
d’individus de mises et de tournures bigarrées, mais portant sur leurs traits le type
oriental : le nez allongé, le menton proéminent, la barbe courte et en désordre ; et tous, le
chapeau sur la tête, ils marchaient gravement et d’un pas mesuré en psalmodiant des
paroles étrangères sur un air inconnu.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Ce cimetière, abandonné depuis plus de trente ans, et sur la Commune de Montrouge,
près de Paris ; c’est là que dorment les Israélites revenus dans la capitale depuis le
désastreux bannissement de 1394.
Cette apparition fantastique troubla le roi, et son premier mouvement fut de se
découvrir devant cette bière modeste ; et de faire dévotement un signe de croix. Puis, se
tournant vers M. de Benseval, qui se trouvait auprès de luis dans la voiture : ‘’Qu’est-ce
ceci ? lui dit-il. Aussitôt le capitaine des gardes, qui avait entendu cette question,
s’approcha avec respect et dit au roi : ‘’Pardonnez, Sire, le retard que ces malotrus
viennent de faire éprouver à la marche de Votre Majesté ; je viens de tancer vertement vos
piqueurs, pour n’avoir pas passé sur le ventre à ces Juifs. – Comment des Juifs ! reprit le
roi étonné. – Oui, Sire ; depuis quelques années déjà, une colonie de ces mécréants, venue
du pays messin et de l’Alsace, a osé s’établir dans votre bonne ville de Versailles ; ils y
trafiquent de matières d’or et d’argent, de vieux habits et d’objets de parfumerie pour
toilette. – Mais que font-ils dans ce bois ? 6 C’est ce que je viens de leur demander, et tout
ce que j’ai compris dans leur jargon tudesque, c’est qu’ils enterrent pas leurs morts dans le
cimetière des chrétiens, et comme ils n’ont ni les moyens ni le droit d’avoir à eux un champ
de repos à Versailles, ils sont obligés de porteur leurs morts à Paris, où ils les enterrent
dans le cimetière que les Juifs possèdent en la paroisse de Montrouge (1). – Pauvres gens !
dit le roi d’un air pensif, cinq lieues à faire ainsi !… En ce moment sa voiture fut
rapidement entraînée vers Saint-Germain, où la cour chassait ce jour-là, et le cortège
funèbre s’en alla lentement du côté de Paris, plus occupé de sa douleur que de la rencontre
du roi de France.
Vers le soir, le roi revenait à Versailles, et déjà le château imposant de Louis XIV se
dressait à l’horizon avec ses statues et ses apothéoses de marbre, lorsque la foule qui
encombrait l’avenue s’ouvrant pour faire passage au cortège royal, laissa à découvert un
pompeux cercueil, -richement orné, accompagné d’une procession nombreuse de prêtres
vêtus de leurs habits sacerdotaux et chantant le cantique des morts, auquel répondaient le
fausset des enfants de chœur et le bourdon des cloches qui sonnaient à pleine volée. ‘’C’est,
dit Benseval au roi, l’enterrement d’un riche marchand de draps de la rue de la
Paroisse…..’’ Le roi ne répondit pas, mais il rentra au château d’un air préoccupé, que, ni
les douces caresses de la reine, ni les caresses du jeune dauphin, ne purent entièrement
dissiper.
Toute la nuit, des songes funèbres agitèrent le sommeil du monarque, et, dès son
petit lever, il fit demander son ministre Malesherbes, auquel il raconta les pénibles
réflexions qu’il avait faites la veille en assistant, comme conduit par la Providence, à deux
enterrements dont le contraste, était si tranché ; puis il ajouta, en digne descendant de
Henri IV ; ‘’Tous les Français ne sont-ils pas mes enfants, et faut-il que la religion
poursuive une grande partie de nos sujets de ses tristes exclusions, jusqu’au moment où ils
vont paraître devant Dieu, qui a donné aux rois la missions de le représenter sur terre !’’.
C’est dans cette conversation qu’il fut pour la première fois question d’une enquête à faire
sur les moyens d’améliorer la situation politique des Juifs en France, et que le roi dit à son
ministre ces belles paroles, que l’histoire a conservées : ‘’Monsieur de Malesherbes, vous
vous êtes fait protestant, et moi je vous fais Juif !’’.Malesherbes qui avait déjà demandé la
suppression des lettres de cachet et la liberté de presse, Malesherbes qui avait en toute
circonstance, plaidé dans le conseil du roi les droits de la justice et de l’humanité, avec
autant d’énergie qu’il en mit à disputer plus tard la tête de son roi à l’échafaud
révolutionnaire, Malesherbes qui couronna par une mort sublime une vie toute de vertus,
d’étude et d’abnégation, Malesherbes remercia le roi, comme d’une faveur, de ce qu’il
voulait bien l’associer au grand acte de réparation qu’il méditait en faveur des Israélites
français. Ce vertueux conseiller quittait le roi, lorsque Louis XVI le rappela et lui dit : ‘’A
propos, Monsieur de Malesherbes, écrivez je vous prie, à l’intendant de la province, qu’il
ait à donner, sans délai, aux juifs de notre bonne ville de Versailles, un coin de terre pour y
enterrer leurs morts : si la ville n’a pas de terrain libre, qu’il en prenne un dans notre
propre domaine, et même au besoin dans notre parc royal !…’’
Cet acte de munificence s’est accompli, et quand les israélites de tous les coins du
monde visiteront ce beau château de Versailles, envahi aujourd’hui par toutes les gloires de
la France, qu’ils y donnent un pieux souvenir à Louis XVI et à son vertueux ministre, qui
ont fait luire pour les fils d’Israël une ère d’égalité par l’assemblée constituante, et achevée
par le roi Louis Philippe.
Non loin de ce musée national, lorsqu’il rencontre l’allée de Rocquencourt, où la
vue d’un cercueil juif ranima dans le cœur des fils de Saint Louis les sentiments d’une
équitable tolérance, l’Israélite France pense avec orgueil qu’aujourd’hui M. Fould, maire de
Rocquencourt, est Israélite, et que son fils siège parmi les députés de la France !’’.
Ainsi Louis XVI aurait octroyé aux Juifs de Versailles un terrain de
cinquante mètres carrés près du Boulevard Saint-Antoine, derrière le cimetière
Notre-Dame. Ce cimetière étant devenu trop petit, en 1821, les Juifs de Versailles
obtinrent un autre cimetière particulier, rue de la Butte des Moulins de Picardie.
En 1822, onze familles étaient enterrées dans ce cimetière. La Mairie proposa 600 f
de subvention pour clôturer le terrain du cimetière en 1822. De 1780 à 1822, il y
avait eu 25 enterrements. Un problème se posa car la Communauté Juive en 1865
était en possession de deux cimetières : celui de Notre-Dame et celui de la Butte et
qu’il fallait songer à les réunir.
En 1872, les autorités municipales acceptèrent l’idée de l’agrandissement du
deuxième cimetière. Après le décès de Mme Cécile Furtado-Heine, les corps de sa
famille enterrés dans le jardin du Château de Rocquencourt furent inhumés dans
le Cimetière de la Rue des Moulins rebaptisée rue du Général Pershing.
Lorsque la loi de séparation des biens de l’église et de l’état fut publiée en
1905, le décret faisait obligation aux Communautés de se déclarer sous forme
d’association d’après la Loi de 1901. Selon les accords passés avec la Mairie, le
Cimetière Israélite de Versailles resta propriété de l’Association Cultuelle Israélite
de Versailles.
Pour le Cimetière la presse juive* fit paraître l’article ci-dessous :
‘’Le Conseil d’administration de l’Association Cultuelle Israélite de Versailles, autorisé
après de laborieuses démarches, à agrandir son cimetière sis rue des Moulins, fondé sous le
règne et par la volonté de Louis XVI, sur le terrain duquel il n’existe plus actuellement de
places disponibles, fait un appel pressant à tous les membres et à toutes les familles dont un
être cher repose dans ce cimetière, ainsi qu’à tous les israélites charitables, en vue de
recueillir les fonds nécessaires à l’aménagement d’un nouveau terrain et à la remise en état
de l’ancien cimetière.
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------* ‘’L’Univers Israélite’’ du 10 août 1928.
Les dépenses prévues étant élevées et ne pouvant être assumées par l’Association Cultuelle
dont le budget est insuffisant, le Conseil d’Administration serait reconnaissant à tous ceux qui pourraient l’aider dans cette tache pieuse et lui permettraient de
réaliser cette entreprise.
Prière d’envoyer les souscriptions à M. le Grand Rabbin Emile Lévy, 10 rue Albert
Joly, Versailles ; M. le Dr Paul Weil, Président, 1 av. de Paris ; M. Alfred Cahen,
Trésorier, 18 rue Montbauron ; M. Maurice Lanowitch, secrétaire, 64 rue de la Paroisse.
Première liste de souscription :
M. Eugène Cahen
Mme Vve Riss
M et Mme Paul Weil
M le Commandant et Mme Lippman
Anonyme
M et Mme Léon Gintzburger
M et Mme Maurice Lanowitz
M et Mme Raphaël Lévy
1000 f
1000 f
500 f
400 f
100 f
100 f
200 f
500 f
Mme Beer
Mme Henriette Famery
Mme Vve Lanowitz
Mme et M Berson
M et Mme Kaplan
M et Mme Henri Lanowitz
Mme Vve Cam
M et Mme Waisbord
M et Mme Salomon Kahn
M Paul Goltman
Mme Vve Demaille
M et Mme Berkowitsch
Total
200 f
100 f
100 f
100 f
100 f
50 f
50 f
50 f
100 f
100 f
5f
500 f
5.455 f
Pour le Conseil d’Administration
Le Secrétaire
Lanowitch’’.
Madame Cécile Furtado-Heine, une femme de cœur
Cécile Furtado-Heine (6 mars 1821- 10 décembre 1896) était la fille d’Elie
Furtado (1796-1867) et de Rose Furtado née Fould. Elie Furtado a été au sein du
Consistoire Central le représentant de Bayonne. Il était le fils de Joseph Furtado
(1750-1840), officier municipal de Bayonne et rabbin. Celui-ci avait épousé Rachel
Lévy Recio et était le neveu d’Abraham Furtado, Président de l’Assemblée des
Notables en 1806. La mère de Cécile Furtado-Heine était la fille de Beer Léon Fould
(1767-1855) qui fut Maire de Rocquencourt et directeur de la Banque du même
nom. Ses frères furent Achille (1800-1867), Benoît (1792-1858) et Louis. Achille
Fould fut sous le Second Empire successivement Ministre des Finances, Ministre
d’Etat et Membre du Conseil Privé, il s’était converti au Protestantisme.
Cécile Furtado Heine
Cécile Furtado-Heine épousa Charles Heine, cousin du poète Henri Heine et
fils du fameux banquier de Hambourg ; Salomon Heine (17887-1844). A sa mort, en
1866, Charles Heine laissa à sa femme une fortune de deux cents millions. N’ayant
pas eu d’enfant, Cécile Furtado-Heine adopta une de ses nièces, fille de son frère
Joseph-Paul Furtado (1824-1848). Cette fille adoptive épousa le Général Michel
Ney, duc d’Elchingen, fils du héros de la Moskova. Ils eurent deux fils : le Prince
de la Moskova et le duc d’Elchingen et trois filles dont l’aînée épousa le Prince
Joachim Murat, fils du Général Murat. Après son veuvage, la fille adoptive de
Cécile Furtado-Heine épousa en secondes noces le descendant d’André Masséna,
le duc de Rivoli, ancien officier de cavalerie, membre du Corps Législatif et l’un
des bibliophiles les plus distingués de son temps, de ce mariage naquirent un fils
et deux filles. Madame Cécile Furtado-Heine est ainsi alliée aux plus grandes
familles du Premier Empire et de la noblesse française, puisqu’elle est la tante de la
Princesse de Monaco, duchesse de Richelieu en premières noces, et tante du Prince
Della Rocca dont la mère était une Heine. Une de ses petites filles se maria avec
Paul Lebaudy.
Madame de Furtado-Heine fut un grand mécène et philanthrope. Il est
possible de dire que la Charité était sa principale vertu et avec quelle intelligence
elle sut donner. Pendant la Guerre de 1870, elle prodigua son argent à la Croix
Rouge, donna de son temps pour les soins des blessés et organisa un service
d’ambulances à Paris pour rapatrier les milliers d’officiers et de soldats. En 1884,
elle créa un dispensaire dans le XIVème arrondissement et en 1896 une crèche au
Petit-Montrouge. Elle fit construire une école maternelle à Bayonne et installa une
école professionnelle pour aveugles. Elle constitua ensuite dans une forte
proportion à l’établissement de l’Institut Pasteur, au Croisic elle fit bâtir sur le
modèle de l’établissement de Berck-sur-Mer, un hôpital pour enfants, qu’elle
offrira à l’Assistance Publique. Bien que pas trop observante en matière religieuse,
elle manifesta un vif intérêt à ses coreligionnaires, c’est ainsi qu’elle fit construire
la Synagogue de Versailles uniquement à ses frais et participa financièrement à la
construction de la synagogue de rite portugais de Paris, rue Buffault et à celle de
Bruxelles.
‘’La Presse’’ du 7 décembre 1893 publiait un article fort élogieux sur Mme
Furtado-Heine :
‘’Décorée de la Légion d’Honneur, il y a trois ans, Mme Furtado-Heine est la créatrice du
dispensaire qui porte son nom. Et la sèche statistique ne s’attendrit pas quant à l’actif de
1891, elle porte ce chiffre : 60.000 consultations gratuites, 235.000 distributions de
remèdes… ? Surintendante au ministère de la bienfaisance, c’est le titre qu’il conviendra
d’attribuer à cette charitable mondaine quand ce département sera fondé en France. Or
quel plus nécessaire se pourrait imaginer ?
En la vie de Mme Furtado-Heine, existence de grande dame et par conséquent, la plus
affairée qui soit par mille soucis d’élégance et de luxe est-il, on le voudrait savoir un seul
jour qui ne soit point marqué par une sollicitude ? celle qui se penche ainsi sur les
déshérités, demeure-t-elle inactive un seul jour ?
A Paris, pendant la guerre, l’hôtel de la rue de Monceau – et ses beaux jardins, furent par
son ordre, changées en ambulance et parce que cette charité est faite surtout de tendresse,
soignés à merveille, les blessés y furent encore l’objet de mille diligences exquises. Mais on
ne sait pourtant hélas§ -Si grande et ombrageuse est ici la modestie, et cette inépuisable et
ardente charité s’applique parfois à se dissimuler, comme une coupable.
Fidèle au passé, sans bouder le présent – Madame Furtado-Heine a depuis longtemps
résolu d’ouvrir très largement ses salons et de ne point demander au mérite un certificat
politique. C’est que la pratique de la charité disposa son cœur et inclina son esprit vers
cette haute indulgence.
Voici, du moins en usage de la vie aristocratique et des fenêtres éclairées par les fêtes –
contre lesquelles ne s’élèvera point, j’imagine, une protestation socialiste. Et l’une des
émotions que Mme Furtado-Heine se plait à évoquer davantage – n’est-ce point celle que
lui fit éprouver l’année dernière l’hommage des enfants qui l’attendaient à la porte de son
dispensaire – avec de douces fleures anniversaires en leurs petites mains ?
Jules Meulemans’’.
‘’Le Petit Journal’’ rappelle les bienfaits que Mme Furtado-Heine apportait
aux enfants :
‘’Au Dispensaire Furtado-Heine
Le dispensaire était en fête hier, l’asile de la douleur n’était pas reconnaissable, au milieu de
l’indescriptible joie qui anime tous ces enfants, pleins de reconnaissance pour les bienfaits
déjà reçus et pour les générosités dont ils vont avoir une preuve nouvelle.
Dès midi la rue Delbet est envahie. Les gardiens de la paix ont quelque peine à contenir
tous ces petits impatients dont les rires et les cris éclatent gaiement.
On entre par petits groupes, et les premiers arrivés vont se placer sur les bancs de la
grande salle d’attente transformée pour la circonstance en salle de spectacle.
Le guignol d’Anatole est préparé et déjà plus de 500 enfants attendent le lever de rideau
tandis que M. Thrémien, l’interne du dispensaire, occupe brillamment le piano, en
accompagnant les enfants qui chantent ‘’La Marseillaise’’.
A une heure précise, Mme Furtado-Heine fait son entrée, saluée par les cris
d’enthousiasme de tous ces enfants qui l’adorent et qui viennent lui offrir des compliments
et des bouquets de fleurs.
La représentation commence, tandis que la généreuse bienfaitrice, secondée par Mme
Frary-Gross, et par Mme Laurent, le cœur délicieusement ému par toute cette joie qui est
son œuvre, préside à tout avec sa grande bonté qui lui fait trouver mot aimable pour
chacun.
Après la représentation de guignol, la salle se vide pour faire place aux nouveaux
arrivants, car ils sont près de 2,000 qui successivement, viennent écouter guignol, pour
lequel Anatole a dû donner trois représentations.
A la sortie, les enfants reçoivent d’abord des gâteaux et des oranges et passent ensuite dans
le grand vestibule ou deux véritables comptoirs de jouets et de vêtements ont été dressés.
La distribution généreuse se continue là et c’est beau de voir avec quels élans de bonheur
ces petits reçoivent des mains des dames qui se sont faites les dispensatrices des bienfaits de
Mme Heine, tous ces présent qui réunissent les deux grandes qualités : l’utile et l’agréable.
Dans une salle spéciale, un amoncellement de viandes de boucherie a été distribué aux
parents. Pour satisfaire tout le monde, on a du dévaliser les boucheries voisines ; mais ceci
n’est pas pour décourager Mme Heine. Elle ne veut qu’une chose, faire du bien, et le faire
dans la plus large mesure.
Nous ne saurions dire à quel point cette touchante fête nous a profondément émus.
S’il est pour Mme Heine une récompense à ses nombreux bienfaits, c’est assurément le
concert unanime de bénédictions qui s’est élevé hier de cette foule dont elle sait si bien et
par tous les moyens soulager les souffrances.’’
Cette distribution de jouets au dispensaire Furtado-Heine est pérenne. Tous
les ans, un rapport est adressé à la Police Municipale sur le déroulement de cette
manifestation. Le12 août 1885, l’inspecteur Féger adresse le rapport suivant :
‘’J’ai l’honneur de faire connaître à Monsieur le Chef de la Police Municipale,
qu’une distribution de jouets a eu lieu aujourd’hui, rue Delbet, n° 6, au dispensaire
Furtado-Heine, à l’occasion de l’anniversaire de l’inauguration de cet établissement.
Environ, 1.000 enfants y assistaient. Cette distribution a été suivie d’un banquet
donne par Mme Furtado-Heine, fondatrice de cet établissement.
Y ont assisté M. Mme Lazies, Maire du 14ème arrondissement, Jacques et
Davoust, Conseillers Municipaux, Dubief, Maire du 5ème arrondissement, et les
docteurs Lavaux et Charien attachés au dispensaire.
Commencée à 10heures du Matin
Terminée à 3 heures du Soir
Aucun incident à signaler’’.
Décès de Mme Furtado-Heine en 1896.
C’est avec stupeur que les pauvres gens de Paris apprirent la nouvelle de la
disparition de Mme Cécile Furtado-Heine. La presse nationale et parisienne se
firent l’écho des éloges adressées à la défunte :
‘’ Une grande et noble dame israélite, Mme Furtado (née Fould) épouse de l’ancien membre
du Consistoire Central, vient de mourir. Renommée et admirée dans la société la plus
élevée, elle était surtout connue et bénie des pauvres et des malheureux. Sa charité était
immense.’’
‘’Paris Journal’’ du 30 avril 1896 publia la recension des funérailles:
‘’Les funérailles de Mme Furtado ont eu lieu ce matin à Rocquencourt. En dépit des
événements qui ont dispersé la société parisienne aux quatre coins de l’Europe, l’assistance
était nombreuse. Le Colonel Duc D’Elchingen, arrivé en grande hâte des avant-postes,
conduisait le deuil. Après les cérémonies d’usage, accomplies dans l’un des salons du
château, deux discours ont été prononcés, où ont été retracés les principaux événements de
la vie de Mme Furtado et rappelés les nombreux actes de charité et de bienfaisance
accomplis par elle. Puis sa dépouille mortelle a été conduit au Cimetière de la ButtePicardie, où elle attendra des temps plus calmes pour aller reposer au Père Lachaise dans le
caveau de la famille Fould.
Les discours dont parle journal ont été prononcés par M. Albert Cohn et M. le Rabbin
Emmanuel Weil, de Versailles. ‘’M. le Grand Rabbin Z. Kahn, informé trop tard n’a pas
pu assister à la cérémonie funèbre, qui s’est faite selon les prescriptions religieuses
israélites. La défunte était trop attachée à son culte pour que sa famille eut osé ne pas
respecter ses croyances.
Notre Communauté fait une perte sérieuse en Mme Furtado. Esprit distingué, cœur
généreux, elle était aussi pieuse que bienfaisante. On eut dit qu’à force de charité et de
sincère dévouement au Judaïsme, elle voulait réparer la vie anti-israélite de la famille
Fould. Mieux entourée, quelles nobles actions israélites auraient-on pu attendre d’elle !!!
Sa mémoire sera à tout jamais vénérée et bénie au milieu de nous’’.
Les élections consistoriales à Versailles
En 1850, une demande de réunion est adressée au Président de la
Communauté pour la tenue d’élections à Versailles en vue d’élire un délégué au
Consistoire Central.
En 1852, le Conseil d’Administration prépare les élections qui devaient
avoir lieu dans un local du secrétariat du temple.
Le Président de la Communauté adressa les résultats suivants au
Consistoire Central :
Sur 23 bulletins
Candidats
Sourdis
12
St Paul
4
Carvallo
4
Neumark
2
Athias
1
Le même jour se tenait l’élection de deux délégués, les résultats étaient les
suivants :
Candidats
Lunel
Baron de Rothschild
Bloqué
Albert Kohn
16 bulletins
10 bulletins
10 bulletins
51 bulletins
Les Métiers
La Manufacture de Porcelaine à Sèvres.
La Révolution en matière de porcelaine fut la découverte en 1769 dans la
région de Limoges du kaolin. Ce minéral est indispensable pour la fabrication de la
porcelaine dure, c’est-à-dire celle qui, comme la porcelaine chinoise est translucide
et ne se raie pas au couteau. L’un des aspects les plus caractéristiques de l’histoire
des manufactures de porcelaine de l’Ancien Régime est celui de la lutte contre les
privilèges exorbitants accordés depuis 1745 à la Manufacture royale, installée
d’abord à Vincennes puis à Sèvres. Elle possédait le privilège exclusif de faire ‘’de
la porcelaine façon Saxe, peinte et dorée’’ et ce n’est qu’en 1760 que le Roi autorisa ‘’les
petites manufactures’’ ‘’à fabriquer de la porcelaine commune en blanc et peinte en bleu,
façon de Chine seulement’’. La Manufacture royale de Sèvres continua cependant un
certain temps à fabriquer simultanément de la porcelaine tendre qu’elle
abandonna seulement à la fin du siècle. Il est impossible de savoir depuis quelle
date, il y avait des ouvriers juifs dans cette manufacture de Sèvres ; employés,
peintres ou décorateurs. Pourtant nous savons que peu de temps avant la
Révolution ou sous le Premier Empire quelques artisans ou commanditaires juifs
s’intéressaient beaucoup à ce qui se faisait à Sèvres notamment le Porcelainier
Baruch Weil qui écrivit un mémoire sur les possibilités de créer un musée de la
porcelaine dans cette cité. Sous la Monarchie de Juillet, parmi les membres de la
Communauté de Versailles, quelques-uns travaillent à la Manufacture :
•
Waza, peintre (à Sèvres)
•
Mayer Abraham, peintre sur Porcelaine (à Sèvres)
•
Mayer à la fabrique de la porcelaine (à Sèvres)
•
Mayer Jacob, artiste peintre à la Manufacture de Porcelaine (à Sèvres).
Avant de s'installer définitivement à Fontainebleau, Jacob Mardochée, alias
Jacob Petit, créa un four à Sèvre. En effet, en 1845, un certain sieur Jacob, demeurant
au 26 rue de Bondy (à Paris) obtint l'autorisation de construire un four à Sèvres,
pour la cuisson de la faïence. L'entreprise projetée ne prospéra pas car, à la date
du 25 avril 1850, le Préfet de Police invitait le Maire de Sèvres à constater la
suppression du four. Dans la liste dressée par le Comité de Bienfaisance en 1812
des professions exercées par les enfants israélites de Paris, on trouve:
« Jacob Mardochée, âgé de 15 ans est peintre sur porcelaine depuis 6 mois alors que son
frère Bernard Mardochée, (qui rentrera plus tard à Polytechnique), âgé de 18 ans est
employé au bureau de la guerre depuis 2 ans». Ce sont les fils de Moïse Mardochée,
Vieille rue du Temple à Paris.’’
Dans différents documents, on trouve des employés de porcelaine
autour de Versailles notamment la demande de passeport en mairie de
Fontainebleau le 6 fructidor 1805 de Nicolas Lion, ouvrier en Porcelaine, sortant
de la Manufacture du Sieur Baruch Weil depuis 18 mois à Fontainebleau, né à Saint
Cloud, pour Paris.
Au Salon des Tuileries en 1936, les visiteurs pouvaient remarquer pendant la
visite de l'exposition une vitrine de vases en grès composés et exécutés par Janes
Lévy à la Manufacture Nationale de Sèvres.
Baruch Weil, Porcelainier,
Une fabrique de Porcelaine blanche, pâte dure, fut établie à Fontainebleau
par Jacob Benjamin et Lalouette en 1795. En 1801 elle appartenait à Aaron Schmoll
et à Baruch Weil. De l'ancien Hôtel de Pompadour, la fabrique de Porcelaine fut
translatée en 1810 rue de Ferrare dans les anciennes écuries de la Reine. Jacob Petit,
Godchaux Baruch Weil et Cerf Weil tentèrent de continuer la fabrique de
porcelaine à Fontainebleau après le décès de Baruch Weil. Vendue à Lheureux,
Jacob Petit fonda donc une nouvelle manufacture qu'il domicilia en 1851 au Prieuré
des Basses Loges à Avon.
Madame Régine de Plinval de Guillebon, dans son livre: "Porcelaine de
Paris, 1770-1850" corrige quelques données biographiques erronées sur Baruch
Weil. Elle précise notamment: "Tout d'abord, s'il ressort de divers actes notariés
que Schmolle et Baruch Weil avaient un lien de parenté, on peut affirmer que
Baruch Weil n’était pas le gendre d’Aaron Schmolle, car les femmes qu’il avait
épousé s’appelait l’une Hélène Schoubach et l’autre Margueritte Nathan. La
famille Benjamin – dont Jacob Benjamin et son beau-frère Aaron Schmolle –
avait acquis, en l’an IV, l’ex-manufacture privilégiée du Faubourg Saint-Denis
et l’avait en fait, en l’an VI, revendue à Schoelcher. A cette époque la famille
Benjamin était domiciliée à Paris. De 1801 à 1804, Benjamin est cité dans
l’Almanach du Commerce avec la mention fabricant à Fontainebleau et une
adresse à Paris ; 187 rue Chapon. C’est en 1805 que nous verrons apparaître le
nom de Baruch Weil, fabricant de Porcelaine, et 101 rue du Temple, à Paris’’.
Baruch Weil avait également un dépôt de Porcelaine rue Chapon,
dans la « Section de la Réunion ». Il s'installa ensuite rue du Temple qui est la
continuation de la rue Sainte Avoye puis au 23 rue Boucherat. Madame De
Plinval précise: "De 1809 à 1815, le dépôt était 23 rite Boucherat, puis à partir de
1816, nie de Bondit, et c'est à cette dernière adresse que Baruch Weil mourut le 8
avril 1828".
Outre la porcelaine, il semble que Baruch Weil ait également travaillé
dans la lithographie. Le Musée Carnavalet conserve encore une "Vue perspective
du Temple de la rue de Nazareth en 1822" (d'après une lithographie du temps, par
MM. Baruch Weil et Raph. Jeramec). Cette lithographie représente un rabbin
en chaire dans l'intérieur du nouveau temple consistorial central et parisien
situé entre la rue du Vertbois et la rue Notre Dame de Nazareth.
Baruch Weil compta parmi ses clients: La Dauphine et la Duchesse de Berry.
Quelques mois avant sa mort, il reçut la Légion d'Honneur des mains de Charles
X lors de l'exposition de 1827 où il exposait deux grands vases "recouverts d'un
bleu œil de Sèvres", un déjeuner à fond chamois et d'autres pièces. Baruch Weil
occupait alors dans sa manufacture quatre vingt ouvriers et ses prix en était
relativement modérés.
Avec sa position sociale, Baruch Weil fut éligible au Collège des
Notables israélites de Paris. Apparemment il ne souhaita pas participer à
l'Assemblée de Notables qui se tint en 1806, pas plus qu'il ne voulut siéger
dans les rangs du Grand Sanhédrin convoqué par Napoléon 1er. Par contre il
participa activement à la création des Consistoires de Paris et Central, dès
1809 il fut élu au Consistoire de Paris et participa à l'administration de
plusieurs œuvres de bienfaisance.
Création d'un Musée de la Porcelaine
Baruch Weil était un porcelainier réputé, dont on a malheureusement
perdu la marque. Il se battit pour défendre sa profession et pour établir un Musée
de la Porcelaine. Voici une lettre de Baruch Weil à M. Rey, membre du Conseil
Général des Manufactures: "Lettre à M. Rey, membre dit Conseil Général (les
Manufactures et du Jury Central de 1827.
Relative à son mémoire sur la nécessité de bâtir un édifice consacré aux expositions
générales des produits de l'industrie, par Baruch Weil, Chevalier de l'Ordre Royal de la
Légion d’Honneur et Fabricant de Porcelaine.
Paris, septembre 1827
Monsieur,
Permettez à un Manufacturier français de vous offrir le tribut de ses
reconnaissances et de son estime, pour l'excellent Mémoire (lue vous avez publié sur la
grande question qui agite en ce moment le commerce français à l'égard des prochaines
expositions.
Vous avez clairement démontré qu'en 1813, les produits de l'Industrie
française, exilés au Louvre, ne trouveront pas d'asile digne d'eux. Vous avez passé
en revue les moyens de raffermir l'existence compromise des expositions de nos
produits, et vous avez conclu par ces mots: "il est évident qu'un monument spécial
est indispensable aux expositions nationales, et que le posséder soit ne le posséder pas,
c'est désormais, pour ces solennités, flotter entre les conditions extrêmes d'être ou de
n'être point.
Vos raisonnements, dictés par la sagesse, ont convaincu tous les esprits;
d'unanimes suffrages ont accueilli votre demande : une auguste approbation lui est
sans doute réservée, car tout ce qui est beau et noble en France trouve un secours
protecteur dans le cœur de notre auguste souverain.
Que dis-je ? la source de votre proposition n'est-elle pas ait pied du trône ?
n'est-ce-pas au Roi, que rions devons le retour régulier des expositions ? au Roi, qui,
héritier des plus nobles sentiments, prêta toujours, au commerce français l'appui le plus
efficace et le patronage le plus éclaire ? Enfin si le Louvre, comme vous le prouvez,
Monsieur, est sur le point d'échapper aux expositions nationales, n 'est-ce pas parce que
les arts vont bientôt l'envahir, et (que de nouveaux musées, dus à la munificence royale,
y vont être établis pour attester aux siècles à venir le règne d'un monarque ami des
arts....
Si je saisis la plume dans cette occasion, je n'ai pas été riait seulement par le vain
désir de joindre nui faible voix ait tribut d'éloges qu'on vous adresse; un homme tel que
vous; Monsieur, a trop bien immérité de la patrie pour titre eut butte à ces éloges qu'une
certaine banalité a entachés de ridicule. Honneur ait citoyen recommandable (lotit toits
les efforts tendent à la prospérité de sort pays ! Pour palme civique il a le spectacle de ses
vœux réalises ; et l'auréole de gloire, dont il a enrichi la patrie, est plus chère à soit
cœur que la couronne de chêne des Spartiates ! Mais j'ai crut qu'il était de mon
devoir comme citoyen, comme fabricant et exposant, de vous soumettre quelques
réflexions qu'a provoqué la lecture de votre Mémoire.
Je prends la question au point où vous l'avez laissée, j'adopte vos principes, j'en
admets les conséquences.
L'avenir réclame un établissement spécialement consacre aux expositions
générales de l'industrie. Point de moyens provisoires, point de demi-mesures; il faut des
dispositions stables, stables comme le commerce français, fermes comme la volonté royale
qui a ouvert la lice à tous les genres d'industrie; c'est enfin sur des bases durables, et
d'une manière digne de la nation française, que doit s'élever le « Palais et Musée des
Manufactures’’.
J'appelle aussi de tous mes voeux une exposition libre, où la véritable fabrication ne
fut pas étouffée sous le poids d'efforts extraordinaires grue cette solennité a fait naître, et
qui mourront avant elle. Je désire aussi voir s'élever cette immense encyclopédie de
l'Industrienationale(je répugne à me servir du titre de Palais, je le trouve incompatible
avec la simplicité commerciale), mais je désirerai cette institution plus importante, plus
générale, plus populaire.
Appartement pour recevoir le Roi, logement du directeur des manufactures,
bureaux pour le Jury, bibliothèque, etc., etc, tout cela y serait facilement aménagé/Mais
n'y pourrait-on joindre un but plus utile encore ? Une réunion mensuelle des
principaux de chaque? Je m'explique : il est malheureusement que trop vrai que la
nationalité n'est parvenue à s'acclimate titi sol de France, qu'au prix de nombreux
efforts ; si l'Angleterre nous écrasa longtemps du poids de sa supériorité, elle lien était
redevable qu'à son ensemble d'opération, son unanimité de sentiments, son abnégation
d'ambition personnelle, pour contribuer ait bien public. C'est ainsi qu'elle a conquis le
pouvoir des mers.
Le trident de Neptune est le sceptre du Monde ;
et quand ce faisceau de fortune, de science et de pouvoir eut formé un colosse, il
était trop tard pour l'abattre, trop tôt pour lutter avec liai. Depuis la restauration
cependant nos fabriques ont pris tin essor plus rapide, la nationalité s'est introduite
dans nos usages ; nos intérêts, liés naguère par la gloire, s'enchaînèrent par le
commerce, et la fière Albion, qui jusqu'alors n'avait connu d'émule, trouva un
rival.
Ce n'est donc que dans la nationalité que reposent les destinées futures de notre
industrie, et quel moyen plus sage pour entretenir le feu sacré que de provoquer des
réunions de commerçants, tant fabricants que marchands, pour régler d'un commun
accord les intérêts de chaque branche, fixer le cours des marchandises et le solde des
ouvriers, aviser aux nouvelles entreprises, améliorer les produits nationaux, se
communiquer des détails sur la solvabilité des acquéreurs, enfin faire respecter le commerce,
que l'on voit chaque jour prostitué à des étrangers qui viennent à Paris avec 50.000
fr. et emportent pour plus de 100.000 écus de marchandises, fruits des sueurs de
l'ouvrier français, de la mine de fabricants, et souvent du déshonneur du marchand.
On m'objecterait en vain que ce serait ravir à la Bourse un de ses apanages, car la
Bourse est spécialement affectée à la finance et à la haute aristocratie commerciale; plus
d'un marchand y serait déplacé, et plus d'uni jeune fabricant pourrait y puiser le funeste
désir de jouer à la rente.
Je voudrais encore que les expositions fussent permanentes, que ce noble champs de
bataille fut continuellement ouvert, et que, toujours en armes, notre arsenal industriel
en imposât ait monde commerçant. Qu'importe une distinction obtenue par le Jury,
si le vainqueur se repose pendant l'olympiade suivante, et dédaigne de redescendre
dans l'arène ! J'aimerais qu'on put, chaque Jour, embrasser d'un regard nos richesses
commerciales; que l'ont pût comparer à l’ instant même; et nul doute que le spectacle de
cette lutte continuelle nie produise d'admirables résultats ! Par ce moyen, l'industriel
quai aurait trouvé quelque nouveau procédé ne se verra pas forcé d'ajourner son triomphe
jusqu'au jour indiqué par l'ordonnance du Roi : le fabricant (les produits dont la France
s'honorerait; le marchand qu'un manque de fonds va forcer à vendre à vil prix,
trouveront, au « Musée des Manufactures », un appui secourable, et un tribunal où le
mérite sera jugé au jour le jour.
Jusqu'ici, Monsieur, j'ai complètement partagé vos vites, niais les finances
viennent tout-à-coup s'interposer entre ma plume et l'exécution de votre plan, en une
demandant sévèrement aux frais de qui serait bâti le « Palais des Manufacturiers ».
A cela vous avez répondu : « Si c'est le génie créateur de lit nation entière qui brille
aux Dédalies françaises, et qui force à l'admiration et le témoin désintéressé et l'étranger
rival, c'est à la nation entière aussi à témoigner, (a ceux de ses industrieux en faits qui
l'élèvent si haut dans l'opinion des autres peuples, ce qu'elle éprouve de reconnaissance
pour le sacrifice qu'ils lui ont fait de leurs veilles et de leur travaux ».
Ainsi, Monsieur, vous pensez qu'une contribution «ad hoc » devrait peser sur la
France entière; mais elle est déjà frappée d'un milliard d'impositions, mais demain un
nouveau projet aussi utile viendra s'étayer de cet antécédent, pour demander un
supplément d'impositions; comme la route des améliorations est vaste, qui sait où
l'on s'arrêterait ? Une autre considération vient encore me frapper : tel département
français, que la nature de son sol invite à l'exploitation rurale, délaisse l'industrie pour
les travaux agricoles; à peine si quelques fabriques de tous les départements sont
représentées à l'Exposition, et vous voudriez les faire contribuer autant que les autres,
autant qu'à Paris, par exemple, qui sur les 1795 exposans de cette année, en a seul fourni
993 !
Plan d'établissement d'un Musée des Manufactures.
Un « Musée des Manufactures » sera construit sur titi terrain concédé à cet
effet par le Gouvernement. La forme et le but de cet édifice seront détaillés
ultérieurement.
Toute marchandise de fabrication française, approuvée par le Jury
d'Administration et bien et duement étiquetée pour le prix, trouvera place dans le
«Musée des Manufactures», pendant le cours de chaque olympiade industrielle, sans
préjudice toutefois des Expositions Générales instituées par ordonnance royale, et qui
seules peuvent servir de comparaison pour les progrès de l'industrie.
Les Marchandises, classées et entretenues avec ordre par les employés de
l'administration, serviront d'échantillons continuels des fabriques françaises. Il suffira à
l'étranger de visiter ce vaste bazar, pour étudier les produits de chaque fabrique, et en
apprécier le mérite et le prix.
Les constructions et dépenses premières ne pourront dépasser la somme de
trois millions. Pour faire face à cette dépense, il sera créé 3,000 actions de 1,000
francs chaque, portant intérêt à 6 pr %, et remboursable d'année en aimée dans le délai
de vingt ans.
Les fonds, pour le paiement de l'intérêt et le remboursement du capital, seront faits
de la manière suivante :
Il sera créé, chaque année, par l'administration dit « Musée des Manufactures »
5000 billets à 300 francs, formant un total de 1,500,000 francs chaque année. Ces billets
portant les n°1 à 5000, seront placés de Janvier à Juillet, et leur tirage s'effectuera
ensuite, dans les six autres mois de l'année par la voie du sort. ….
Ainsi au bout de vingt ans une institution destinée a devenir le palladium du
commerce français se trouvera au sein de la capitale, sur des bases solides et à la vue d'un
avenir plein de gloire et d'éclat ; et cet édifice non-seulement n'aura pas coûté à la
France de frais d'établissement et d'entretien, mais encore il offrira une bonification de
153,000 francs, et durant ces vingt ans une multitude d'employés y auront puisé
des moyens d'existence, et vingt quatre millions de marchandises y auront été
vendues au profit de tous les genres d'industrie !
Bien plus, l'administration continuera à en tirer annuellement les mêmes
bénéfices qui devront, suivant les lois de la justice, être répartis entre tous les actionnaires.
A cet effet, lorsqu'une action désignée par le sort aura été remboursée dans le cours de
ces vingt ans, il sera remis au porteur, outre le solde en espèces, une reconnaissance qui
lui servira, après le remboursement total, de titre pour la qualité et les droits d'
«actionnaire-propriétaire du Musée des Manufactures ».
Qui se refuserait à encourager dès sa naissance un établissement dont les bienfaits
immense imprimeraient à la France entière leur influence salutaire ! Conseillers-d'Etat,
députés, banquiers, etc..., quel Français, placé sur l'échelle la plus élevée oit dans le rang le
plus modeste, refusera de risquer 300 francs, qui peuvent en rapporter 50,000 dans une
opération qui offre des chances favorables à plies d'un tiers de ceux qui la tentent. Je n'ai pas
nommé les fabricans, car, sans qu'il soit nécessaire d'énumérer ici les avantages
innombrables que leur offre ce projet, je crois que peu d'entre eux refuseront de prendre
des actions et des billets dans une entreprise qui offre annuellement un nouveau
débouché pour 1,200,000 francs de marchandises de toutes sortes, fait connaître
davantage et les beaux produits de leurs établissenients, et les ingénieux procédés
employés à leur amélioration; et qui mettra enfin des entraves au torrent de faillites, un
terme à l'egoïsme en matière de commerce.
C'est là, Monsieur, le plan que je désirais avoir l'honneur de vous soumettre
comme suite à votre Mémoire; je n'ai point la prétention de l'avoir créé
invulnérable, ni celle plus ridicule encore de m'associer au triomphe que votre Mémoire
a remporté dans l'opinion publique; mais j'ai désiré prouver qu'il y a des l'écho en France
pour tous les sentiments généreux, pour toutes les propositions utiles.
Vous avez eu le talent de faire admettre le principe, j'ai tenté le moyen d'aplanir
la route des conséquences. Peut être un autre plus heureux que moi présentera un projet
moins informe au conseil général des Manufactures, premier juge en cette matière.
Puisse-t-il, mûri par la sagesse d'une réunion aussi éclairée, être soumis bientôt à
l'auguste approbation d'un Roi, protecteur du commerce et d'un gouvernement
paternel, dont le premier besoin est le bonheur de la France
Agréé, Monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée,
Baruch-Weil ».
Un atelier de Porcelaine à Sèvres.
Un document émanant de la Manufacture de Porcelaine de Sèvres fait état
de Baruch Weil et de Jacob Petit:
1) En 1840 Baruch Weil (1) avait encore un atelier de décoration à Paris,
rue de Bonde, n° 26
2) En 1845, un sieur Jacob, (2) demeurant à cette adresse obtint
l'autorisation de construire un four pour la cuisson de la faïence. L'entreprise
projetée ne prospéra pas, car, à la date du 2 avril 1850, le Préfet de Police invitait
le Maire de Sèvres à constater la suppression de ce four.
" Né en 1796, De son nom Jacob Mardoché, il composa son surnom de son prénom
et du patronyme de son épouse Anne-Amélie Petit. Jacob étudia d'abord la peinture, puis
fit de nombreux voyages en Italie, en Allemagne... mais c'est en Angleterre qu'il
séjourna le plus longtemps. A son retour en France, il reprit la fabrique de porcelaine
fondée par Jacob Benjamin et Aaron Schmoll dans une dépendance de l'Hôtel
Pompadour à Fontainebleau puis transféra à l'ancienne Hôtel des Ecuries de la ReineMère, rue de Ferrare. Bientôt ses talents furent employés avec succès à la
Manufacture de Porcelaine de Sèvres. En peu de temps, Jacob Petit rehaussa et
développa la réputation de la maison qu'il installe en 1851 aux Basses Loges à Avon
dans les communs de l'ancienne propriété d'Etienne Bezout. L'entreprise employa
alors plus de cent cinquante personnes. Jacob Petit travailla avec Delacroix comme
associé. Mais la création de maisons récentes et la concurrence étrangère produisant
en quantité et à bon marché, font péricliter la manufacture dont on ne sait pas assez
apprécier la qualité des produits! Décorateur, industriel, Jacob Petit a surtout été un
inventeur, de 1848 à 1864, il déposa des brevets pour un système de moulage de
porcelaine transparente, un procédé d'application de l'or sur la porcelaine etc...
Ses porcelaines sont avant tout, des objets de luxe et ses pièces d'ornement révèlent
l'étourdissante virtuosité de l'artiste par exemple, une cheminée entière représentée à
l'Exposition Industrielle de Paris en 1834"
Jacob Mardochée, né à Paris en 1796. Dans les documents sur les Juifs
sous le Premier Empire, Jacob Mardochée, qui sera connu sous le nom de
Jacob Petit, est Peintre Porcelainier. En effet, dans la liste du Comité de
Bienfaisance de 1812 concernant les professions exercées par les enfants des
familles israélites de Paris, Léon Kahn cite:
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------nom et adresse : nom
: profession
: âge : époque
----------------------------------------------------------------------------------------------Moïse Mardochée : Jacob Mardochée : Peintre porcelaine: 15 ans : 6 mois
Vieille rue du
:
:
:
:
Temple
: Bernard Mardochée : Employé au Bureau
: 18 ans : 2
ans
:
: de la Guerre
:
:
-------------------------------------------------------------------------------------------------Bernard Mardochée, le frère de Jacob-Petit (Jacob Mardochée), termina sa
carrière comme officier dans les Armées de Napoléon 1er,
Jacob Petit fut l'élève de Gros et appartint au groupe primitif des peintres
de Barbizon. 1l a publié un "Recueil de Décorations intérieures" ouvrage composé
de planches dessinées et gravées par lui, où sont représentés des objets
mobiliers, des cheminées, des panneaux de murailles, des plafonds, le tout
dans le style de la Restauration. En 1845, il obtint l'autorisation de construire à
Sèvres un four pour la cuisson de la faïence. L'entreprise projetée ne prospéra
pas, car, à la date du 2 avril 1850, le Préfet de Police invitait le Maire de Sèvres à
constater la suppression de ce four. En 1847 il avait transporté sa fabrique de
Belleville à Fontainebleau. Dans cette nouvelle fabrique Jacob Petit put
commencer à faire œuvre de céramiste. A l'Exposition de 1839, il reçut la médaille
de Bronze et à celle de 1850 lui fut décerné celle d'argent. Il meurt à Paris le 10
décembre 1868 à 11h00 du matin à son domicile parisienne du Faubourg-SaintHonoré alors que son épouse Adélaïde Petit était restée à Fontainebleau, rue du
Chemin de Fer.
Les autres métiers
Grâce au recensement effectué en 1854, il est facile de se rendre compte
de l'évolution des métiers pratiqués par les juifs. S'il existe encore quelques
colporteurs, et un fripier, la plupart des juifs tiennent boutique, il v avait ainsi
des négociants, des marchands, des tailleurs, un restaurateur, un imprimeur,
un paveur, un marchand de tissus, deux employés, un boucher, un
marchand de confection, un relieur et un médecin. Parmi eux il faut compter
quelques rentiers et rentières.
Des juifs prussiens à Versailles
Le Dr Lewin, aumônier militaire juif pour les troupes prussiennes, fit
une tournée rabbinique qui le mena de Reims, à Paris, à Versailles et à Orléans.
Différentes sources font état de soldats juifs prussiens à Versailles dès
novembre 1870. Le "Journal hebdomadaire israélite" avait reçu en décembre 1870
une lettre où il était dit: " la conduite des juifs français envers nos soldats juifs m'a été
signalée de divers côtés, et directement par les soldats mêmes, comme des plus amicales.
Cela s'applique surtout aux juifs de Nancy et de Versailles. Dans cette dernière
ville, le Rabbin Weill a bien mérité de nos soldats; il a procuré à beaucoup
d'entre eux la table et de bons soins pendant Rosh Hachana, il a organisé
notamment pour le jour de Kippour, un service très solennel auquel plus de cent
soldats ont pris part. Ceux-ci ne peuvent assez louer son sermon".
La première fois que le Dr Lewin passa à Versailles ce fut au début de
l'année 1871. «L’Univers Israélite», qui n'interrompit sa parution que lors des
tragiques événements de la "Commune" faisait part à ses lecteurs du passage
du Rabbin Lewin et des offices qui furent célébrés dans la synagogue de
Versailles en ces termes:
« Il.... sur sa demande (Dr Lewin) d'être conduit chez tut israélite, "ce qui me
serait très agréable à cause de la nourriture", il fait logé chez M. le Rabbin Weil, qui le
reçut avec grand plaisir. Le Commandant de la 9ème division lui promit de requérir la
synagogue pour le service divin des soldats juif après l'office de la Communauté"
"Il y eut une quarantaine réunis dans la synagogue de Versailles. M. Lewin
officiait lui-même et prononçait un sermon sur Exode 111, 2. Des services divins
ont été célébrés dans la semaine le lundi et le jeudi’’.
Le Rabbin Lewin est allé dîner au restaurant israélite de Versailles: " Je ne puis
continuer ainsi dit-il, et dois me borner au seul déjeuner". Cependant ce même
cher restaurant donnait souvent à manger gratuitement aux soldats."
On a de nouveau célébré l'office le 4 février, avec une cinquantaine de soldats, de
la 9 ème division et de nombreux fournisseurs de l'armée. L'aumônier prêcha à la
fin de la prière, après que quelques français enragés eurent quittés la
synagogue".
Lors du dernier office organisé au mois de Mai pour les troupes
juives allemandes, la recension de «L'Univers Israélite» est plus longue et
plus incisive envers le Rabbin Lewin:
" Le dernier service religieux célébré par M. Lewin au temple de cette ville
eut lieu le Sabbat Sachor. Il partit dans le courrait de la semaine suivante.
D'après le rapport des Allemands et des quelques français qui l'ont entendu, le
rabbin étranger a montré dans ses discours un talent réel de prédication. Par ses
nombreuses démarches, par les peines qu'il s'est données pour amener le plus grand
nombre possible de ses coreligionnaires allemands aux offices et à ses conférences
religieuses, il s'est montré énergique et intelligent, parfaitement à la hauteur de
la louable mission qu'il s'était volontairement imposée.
Quand aux soldats israélites allemands, je n'étonnerai personne en disant
beaucoup de bien. Ils sont instruits pour la plupart, et pour la plupart aussi
religieux. Ils fréquentaient volontiers le Temple, qu'ils encombraient
littéralement les jours de Rosch Hashana et de Kippour. Presque tous portent
sur eux leur livre de prières, beaucoup leurs Tephillin. Un certain nombre
s'enquérait parfois d'une nourriture cascher, principalement aux jours de fête, et
enfin quelques-uns s' arrangeaient même de façon à ne jamais manger trefa. Par
contre, il y en avait aussi qui ne se gênaient pas, au sortir du sermon, le sabbat,
de mettre le cigare à la bouche. Mais enfin l'impression d'ensemble que ces
hommes nous ont laissée de leur éducation et de leur piété était bonne. Rendre
justice ainsi à nos ennemis ne peut d'ailleurs que nous profiter".
Versailles, Capitale de la France ?
Alors que les Versaillais se préparaient à réprimer la "Commune",
"l'Univers Israélite" publia en 1871, l'humeur sombre d'un juif versaillais en
ces termes:
"On nous écrit de cette ville le 10 Octobre; Versailles est devenu le siège du
gouvernement provisoire, Versailles ayant recouvre une partie sinon de son éclat,
du moins de son importance d'autrefois, Versailles, est on-en droit de demander,
renferme-t-il une Communauté digne de sa nouvelle situation?
Eh oui! Nous sommes ainsi fait, nous autres israélites, qui semblent toujours
avoir présente à la mémoire la parole de Jacob mourant:
…………………………………
Traduisant librement; ions disons: "Le pouvoir et Juda ne peuvent vivre
loin de l'autre". Eh bien! quoi que vous en pensiez, mes chers coreligionnaires,
la parole de Jacob ne s'est pas encore confirmée à Versailles, et jusqu’à l'heure
présente !tous sommes restés petite communauté comme auparavant. Notre petit
temple sans offrir le miracle du ohel moed, qui contenait les foules si
nombreuses qu'elles fiassent, suffit encore à nos besoins.
il n'affirmerais pas que les daines ne tassent un peu serrées les tantes contre les
autres les Jours de Rosch Hachana et de Kippour; mais après ces deux grandes
solennités, Soukoth, par exemple les vides et les pleins se valaient, je crois, ce qui
n'est pas, comme on sait, en parfaite conformité avec la halacha, qui exige
expressément
:
..................................................................................................................................................
Pourtant notre temple, petit, mais vraiment joli, et si conventablement
administré par notre nouvelle commission admintistrative, nos offices, si dignement, st
consciencieuseemnt récités par notre Rabbin, prédicateur et hazan à la fois, tout cela
mériteraitun plus grand empressement, sans en appeler aux autres attraits de la
ville elle même, et je ne puis que partager l'étonnement de ceux qui ne veulent
pas comprendre comment nous continuons à rester en si petit nombre. Se décidera-ton peut être à nous venir (en aide) quand même un de ces jours ? Si le gouvernement
persiste à demeurer à Versailles, quelques sommités du Judaïsme ne peuvent manquer de
se trouver attirées à nous, d'autres les suivront. Nous voudrions bien pouvoir calculer
aussi, mais nous nous défions des sommités. Le Judaïsme leur parait trop vite au-dessous
d'elles. Versailles en comptait quelques unes, sous la Commune, pendant la fête de
Pessah, à Une exception près, nous ne les avons jamais vues au Temple. Cependant les
sommités chrétiennes, plus humbles, M. Thiers en tête, furent souvent visibles alors à
Notre-Dame de Versailles. Et depuis, je sais bien des députés qui vont le dimanche à
l'église, aun temple protestant surtout, et parmi ceux qui y voit beaucoup portent des
noms célèbres, dont ils ne croient pas démériter sans doute en accomplissant cet acte de
piété. Quant à nous, nous n'en avons Pas vu un seul qui ait daigné honorer de sa
présence le Dieu d' Israël "………………………………….
Il n'y a qu’Israël qui ne comprenne pas ses intérêts. Isaïe a toujours raison. Nous
ne compterons donc pas sur les sommités d'Israël, et pourtant nous voulons avoir
foi dans l'avenir, dans l'avenir qui appartient quand même à qui sait attendre et
persévérer. Sinon ne pouvons nous multiplier, nous agrandir aussi vite que nous le
désirerions, nous tacherons de mériter cette prospérité plus tard, en ne cessant d'entourer
notre petit sanctuaire de notre respect et de notre sollicitude".
La prison
Le 6 mars 1841, réclamation des détenus israélites de la Maison
Centrale de Poissy (Seine-et-Oise) pour l'exercice du culte. Comme ceux de
Melun, les détenus juifs de la Centrale de Poissy obtinrent de pratiquer leur
culte à partir du vendredi soir ainsi que pour les fêtes. Lors des fêtes de
Pessah, ils recevaient du Comité de Bienfaisance des galettes de Matsa. Il est
fort possible que la Communauté fournissait aux prisonniers de la viande
casher pour les fêtes comme le faisait celle de Fontainebleau pour les
détenus de Melun.
L'Alliance Israélite Universelle.
L'idée de fonder une organisation internationale pour sauver les Juifs
persécutés à travers le Monde fit son apparition très tôt dans les cercles libéraux.
L'un des rédacteurs des « A r c h i v e s Israélites», Godchaux Baruch Weil, alias Ben
Levi, proposa dès 1845, quelques années après l'affaire de Damas, de constituer une
société mondiale pour la défense des droits des juifs. Les personnalités juives
qui furent pressenties pour cette grande œuvre étaient alors: Adolphe Crémieux,
Achille Fould, Max Théodore Cerfbeer, Adolphe Franck, Philippe Anspach et
Joseph Salvador, mais la société juive française n'était pas encore mûre pour cette
grande réalisation.
Pourtant, Jules Carvallo reprit en 1851 les suggestions de Ben-Levy et d'Isidore
Cahen et voulut réunir à Paris une grande assemblée des délégués de toutes
les Communautés qui aurait pour mission de défendre les juifs à l'échelle
internationale. Or que peut faire une voix isolée prêchant dans le désert? Sept ans
plus tard l'affaire Mortara allait précipiter le mouvement.
Edgar Mortara était un jeune juif dont la famille habitait Bologne (Italie) et qui
fut baptisé en secret par une servante chrétienne. Cette femme avant fait part de son
acte à son entourage, le Saint-Siège décida que l'enfant devait être élevé
dorénavant dans la religion catholique et le fit arracher à ses parents. Cette
affaire provoqua la stupeur, l'émotion et l'indignation dans le monde juif et dans
tous les milieux libéraux. Des démarches furent entreprises pour obtenir la
restitution de l'enfant à ses parents. Pie IX se montra intraitable prétextant que
l'enfant voulait devenir prêtre et une campagne antisémite fut menée tambour
battant par "L'Univers" de Veuillot, porte-parole des catholiques intransigeants.
Les Consistoires Israélites temporisèrent en conseillant la prudence mais Isidore
Cahen et Jules Carvallo réagirent en démontrant qu'il était temps de serrer les
rangs pour résister.
Le 17 mai 1860, une quinzaine de personnes conscientes qu'il fallait mener une
action constante et énergique pour défendre la liberté au nom des Droits de
l'Homme, se réunirent au domicile de Charles Netter. Ils y jetèrent les bases
d'une société internationale et désignèrent un comité provisoire pour l'organiser:
l'Alliance Israélite Universelle était née. Les Comités de l'Alliance Israélite
Universelle s'étendirent jusqu'en Chine. Les principaux fondateurs de l'A.I.U.
étaient: Charles Netter, Narcisse Leven, Isidore Cahen, Eugène Manuel, Aristide
Astruc et Jules Carvallo, les objectifs de cette nouvelle association furent fixés dans
les statuts:
1) travailler partout pour l'émancipation et aux progrès moraux des Israélites
2) prêter un appui efficace à ceux qui souffrent pour leur qualité d'Israélite
3) encourager toute publication propre pour amener ces résultats.
Il s'agissait de défendre les juifs sur le plan politique et social mais
aussi de répandre les bienfaits de la société libérale et des idées françaises par
l'école, par le journal et par le livre. L'Alliance Israélite Universelle créa un réseau
d'écoles juives à travers le monde; Maroc, Turquie, Moyen-Orient, etc et pour
pouvoir former des maîtres qui puissent enseigner dans toutes ces écoles, l'Alliance
Israélite Universelle jeta les bases à Paris en 1867 de l'Ecole Normale Israélite
Orientale. Charles Netter organisa également en Palestine la première fermeécole: Mikvé Israël.
La souscription pour les Chrétiens du Liban.
A peine créée, L'Alliance Israélite Universelle fut à l'origine de la
souscription des Juifs de France en faveur des chrétiens du Liban en 1860. A la fin
du mois de Juin 1860, et durant les mois de juillet et août de la même année,
des troubles religieux éclatèrent au Liban et en Syrie. Des Druses, secte
dissidente de l'Islam, massacrèrent des Maronites chrétiens. La France, outre le
Corps Expéditionnaire qu'elle envoya avec l'accord des autres puissances
étrangères européennes au Moyen-Orient, lança une souscription sur l'initiative
d'Adolphe Crémieux en faveur de ces chrétiens du Liban. Dans les semaines qui
suivirent, l'Alliance Israélite Universelle profita de l'enthousiasme provoqué
chez les juifs français par cette souscription pour enregistrer de nombreuses
adhésions.
Parmi les listes publiées dans le "Moniteur Universel" entre le l’er juillet
et le 30 juin 1861 figurent des personnalités très importantes comme : Napoléon
III; 2500 frs, et l'Impératrice; 1000 frs, Léopold Javal, député de l'Yonne, 500 frs,
Mirés; 1000 frs, Emile et Isaac Pereire; 10.000 frs, Fromental Halévy; 50 frs, le
Baron James de Rothschild; 15.000 frs, B. Fould. 3000 frs, ou différentes
communautés comme: Versailles; 146,50 frs, Fontainebleau; 538,50 frs, Lille; 153
frs, Clermont-Ferrand; 50 frs, Alger; 1561 frs, Oran; 1375 frs.
Quelques Juifs versaillais furent membres du Comité Parisien de l’AIU.
Sous le Second Empire Worms de Romilly fut élu dans la Seine-et-Oise. A cette
époque le Baron Gustave de Rothschild avait été élu dans son fief de Ferrières.
‘’Indicateur Israélite’’ pour Versailles en 1897.
‘’L'indicateur Israélite’’ donne les noms et adresse de tous les Juifs de la
France entière publié par Philippe Sapin paru en 1897.
Seine-et-Oise
Versailles
Synagogue: rue Albert Joly, 10
Rabbin:
Bloch Moise, 10 rue Albert Joly
Ministre-Officiant
Kahn, (S), 40 rue Albert Joly
Administration
Président
Vice-Président
Secrétaire
Trésorier
Wormser, agrégé, 10 r. Sainte Victoire
Mannheimer
Dr Weil, 24 av. de Paris
Lambert, 1 rue de la Paroisse
Enseignement religieux des Enfants
les Jeudis et les dimanches de 9 h. à 11 heures.
Lycée
M. Bloch, aumônier israélite. Instruction religieuse le
Jeudi de 10 h. à midi.
Dignitaires et Fonctionnaires
Président de la Chambre de Commerce
Juge d'Instruction
Juge supp. Trib. Civil
Ing. des Arts et Manuf.
Cerf Léopold, imp. 59, rue Duplessis
Worms, 10, rue de la Pompe
Levylier, 7 place Hoche
Auscher, 22, rue du Réservoir.
Armée
Franck, lieut au 11ème d'artillerie, 10, rue Tournelles
Hermann, lieutenant au 5ème génie, r. Royale, 14
Lippmann, méd. major au 5ème génie, 45 boul. de la Reine
Loeb-Léwy, Cap. 22è d'artil.,16, rue Hoche,
Sée, lieut. au 11è d'art. 45, rue Saint Cloud
Weill, contrôl. adm. D'armes, 4, rue Remilly
Walch, lieut. au 22è d'artil., 4, place Hoche,
Mayer, cap. d'artil. 3, boul. du Roi.
Parmi les commerçants juifs Versaillais, il y a Nathan Lévy qui est le
propriétaire du magasin "Pont Neuf". Il écrit le 10 Octobre 1896 à Philippe Sapin en
ces termes:
"Monsieur le Directeur, Lyon
En réponse à la circulaire que je viens de recevoir, je viens vous prier de prendre bonne
note de ne pas me faire figurer en aucune façon sur votre indicateur.
Né Français, de parents français, je suis français, et je reste français. C'est le seul titre que
j'envie et que je suis heureux de posséder, et comme tel soucieux de l'honneur de mon pays.
Nathan Lévy
Propriétaire du Pont-Neuf, 66, rue de la Paroisse, à Versailles".
Statuts de l’Association Cultuelle Israélite
de Versailles (décembre 1906)
A la fin de l’année 1906, le Conseil d’Administration de la nouvelle
Association cultuelle déposait les statuts de ladite association en Préfecture :
‘’Projet des Statuts de l’Association Cultuelle Israélite de Versailles
Titre I
Formation, But et Siège de l’Association.
Article 1er
Il est formé à Versailles entre les Israélites qui ont adhéré aux présents statuts une
association ayant pour objet l’entretien à l’exercice du culte israélite à Versailles et
dans les arrondissements de Versailles, Mantes, Rambouillet et Pontoise, à
l’exception des cantons de Montmorency et du Raincy.
Article 2 ème
Elle a pour titre : ‘’Association Cultuelle Israélite de Versailles.
Elle a son siège à Versailles, 10 rue Albert-Joly.
L’association fonctionnera à partir du premier décembre 1906.
Article 3ème
Elle donne pouvoir à son Conseil d’administration de négocier les conditions de son adhésion
à l’Union des Associations Cultuelles Israélites de France.
Article 4ème
L’Association comprend des membres titulaires et des adhérents. Pour être membre titulaire,
il faut remplir les conditions suivantes :
I . Etre âgé de vingt et un ans révolus
2 . Payer une cotisation annuelle qui ne pourra être moindre de six francs.
3. Etre agréé par le Conseil de l’association.
Les femmes sont admises au même titre et aux mêmes conditions que les hommes.
Article 5ème
Pour être membre adhérent il suffit de payer une cotisation annuelle de Deux francs.
Article 6ème
Les Membres de l’association peuvent s’en retirer en tout temps après paiement des
cotisations échues et de celles de l’année courante.
Titre II .
Administration
Article 7ème
L’Association est administrée par un conseil composé :
1° De quatre membres laïques élus au scrutin secret par l’assemblée générale des électeurs.
2° Du Rabbin de l’association, Membre de droit :
Article 8ème
La liste des électeurs est dressée chaque année par le Conseil : elle est affichée aux parvis du
temple du 1er et 31 mars. Durant cette période les réclamations sont admises.
La liste est close du seize avril et sert pour toutes les élections qui auront lieu jusqu’au 31
mars de l’année suivante.
Sont seuls éligibles au conseil les membres titulaires de l’association, Français, du sexe
masculin, âgés de vingt cinq ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques.
Article 9ème
L’élection des membres du Conseil a lieu lors de l’assemblée Générale annuelle du
mois de mars, au scrutin secret et à la majorité absolue des votants, dont le nombre
doit être égal au moins de deux tiers des électeurs inscrits.
Si l’une ou l’autre de ces conditions n’est pas remplie, il est procédé quinze jours
après à un second tour de scrutin pour lequel la majorité relative suffira, quel que
soit le nombre des votants.
Le vote par correspondance pourra être admis quand une délibération du conseil
d’administration l’aura décidé et en aura réglementé la forme.
Article 10ème
Les Membres du conseil sont élus pour quatre ans. Les membres sortants sont
rééligibles. Leur entrée en fonctions est fixée au premier mai qui suit leur élection.
Exceptionnellement lors de l’élection du premier conseil il sera tiré au sort deux
membres sur les quatre, lesquels ne seront élus que pour eux ans.
Il y aura ainsi tous les deux ans des élections de deux Membres du Conseil.
En cas de vacances, il est procédé, dans le délai de trois mois, au remplacement provisoire du
membre décédé où empêché, par voie de cooptation, en attendant l’assemblée annuelle.
Article 11ème
Le conseil nomme un Président, un vice Président, un trésorier et un secrétaire.
En cas de partage des voix dans les délibérations, celle du Président est prépondérante.
Article 12ème
Le Conseil est investi des pouvoirs les plus étendus pour l’administration du culte et la
gestion des intérêts de l’association y compris le droit d’acquérir et d’aliéner les valeurs
mobilières et immobilières. Il représente l’association en justice et dans les actes de la vie
civile et peut déléguer des pouvoirs à l’un de ses membres.
Il vote le budget avant l’ouverture de chaque exercice ; il dresse chaque année le compte
financier de l’exercice écoulé.
Il a la police du Temple et fait les règlements administratifs relatifs à l’exercice du Culte.
Il nomme, suspend et révoque les fonctionnaires et employés de l’association.
Il peut prononcer, pour motif grave, à la majorité des deux tiers des membres présents la
radiation de tout membre de l’association après l’avoir appelé à fournir des explications et
sauf recours de l’assemblée générale.
Article 13ème
Toute délibération en matière religieuses sera soumises à l’avis du Rabbin de l’association ; en
cas de dissentiment, il en sera référé au conseil de l’Union qui statuera.
Titre III
Des recettes et des Dépenses.
Article 14ème
Le compte des recettes et des dépenses sera établi conformément à la loi. Il en sera rendu
compte en assemblée générale.
A la fin de chaque exercice, les excédents de recettes disponibles du budget serviront à
constituer deux réserves prévus par l’exercice 22 de la loi du neuf décembre 1906.
Titre IV
Des Assemblées Générale
Article 15ème
L’Assemblée générale se compose de tous les Membres titulaires de l’association.
Elle a lieu une fois par an dans le courant du mois de mars et plus souvent si le Conseil le
juge utile.
Elle se réunit à la dite date et au lieu fixé par le Conseil.
Elle est présidée par la Président du Conseil. Les décisions sont prises à la majorité absolue
des votants, quel que soit le nombre, sous réserve des dispositions de l’article 16.
Article 16ème
Le Conseil présente à l’assemblée les comptes de l’exercice écoulé.
lieu que si elle a été adoptée par les deux tiers au moins d’une assemblée composée de plus la
moitié des membres de l’association. La proposition en est faite par le Conseil, être revêtues de
la signature du tiers au moins des membres titulaire.
Ces dispositions sont applicables aux proposition s tendant à la dissolution de l’association ou
à la fusion avec une association similaire.
En cas de dissolution, l’assemblée générale désigne le ou les liquidateurs et le mode de la
liquidation conformément aux dispositions réglementaires.
Titre V
Fonctionnaire du culte
Article 17ème
Le Rabbin doit être Français et jouir de ses droits civiles et politiques. Il est choisi par les
anciens élèves diplômés du Séminaire Israélite ou de l’institution qui viendrait à le remplacer.
Le rabbin est nommé par une commission des membres
élus du conseil et d’un nombre égal de délégués élus par l’association.
Dans le cas ou après trois votes de la commission ainsi composée aucun des candidats
n’aurait obtenu la majorité, les électeurs seront convoqués de nouveau et désigneront un
nouveau et désigneront un neuvième membre lequel concourrera ensuite avec les huit autres
à la nomination d’un rabbin.
Article 18ème
Le Ministre –Officiant est choisi par le Conseil d’administration parmi ceux actuellement en
fonction en France ou parmi les sous-Rabbins diplômés de la classe spéciale des Hazanim du
Séminaire Israélite. A défaut de candidat appartenant à ces catégories, le choix peut se porter
sur d’autres postulants offrant les garanties voulues.
Dispositions transitoires
Jusqu’au 30 avril 1907, le Conseil se composera des membres actuels de la commission
administrative l’élection de quatre membres du Conseil d’Administration aura lieu dans le
courant du mois de mars 1907 en se conformant d’ailleurs aux prescriptions de l’article 9 et
10 qui précèdent.
Dans le cas où l’un des membres de la Commission serait empêché de faire partie du Conseil
d’Administration, l’Assemblée Générale Constitutive procéderait à son remplacement et ce
membre ainsi élu n’aurait de pouvoir comme les autres que jusqu’au 31 mars 1907.
Approuvé deux mots rayés nuls.
Le Président
(illisible)
Le Trésorier
E. Druffay’’
Election d'un délégué au Consistoire Central en 1907
En 1905 fut votée la loi sur la séparation des biens de l'Eglise et de
l'Etat. Les Communautés juives de France furent obligées de se constituer en
Association selon la loi de 1901. Tous les biens des Communautés devaient
être dévolus aux Associations Cultuelles. L'association Cultuelle Israélite de
Versailles déposa ses statuts en 1906 à la Préfecture de Seine-et-Oise et adhéra à
l'Union des Associations Cultuelles Israélites de France et d'Algérie.
L'Union prend la place de l'ancien Consistoire Central des Israélites de
France et en Algérie. Son Conseil d'administration en a gardé le nom. Cette
Union se proposait de pourvoir aux intérêts généraux du Culte Israélite en
France et en Algérie et d'assurer le fonctionnement, le maintien et le
développement des institutions et services communs aux Associations affiliées.
Les Associations devaient être représentées au Consistoire Central par un
délégué à raison de 200 électeurs inscrits sans que le maximum des délégués
d'une même association puisse dépasser 21.
C'est à cette époque que le Consistoire Central proposa d'incorporer
au Consistoire Régional de Nantes les Communautés de Fontainebleau et de
Versailles afin de leur permettre de participer à l'élection du 10 novembre
1907 pour élire un délégué au Consistoire Central. Le 24 mars 1907, le
Consistoire Central des Israélites de France adressa le courrier suivant au
Président de l'Association Cultuelle de Nantes*:
"Monsieur le Président,
Veuillez réunir votre Conseil d'Administration et lui faire examiner le projet de
groupement, préparé par notre Commission, en elle des élections des Représentants des
Associations au Conseil d'Administration de l’Union (Consistoire Central).
Vous nous adresserez, le plus tôt possible l'avis qui aura été épris par votre conseil
’Administration.
Il ne faut pas oublier qu’un Représentant sera élit par deux cents électeurs et que, dans les
circonscriptions comportant quatre cents soit six cents électeurs, il y aura lien
d'élire deux soit trois Représentants.
Nantes
66
Tours
24
Orléans
47
Fontainebleau
51
Versailles
50
1 représentant’’
"Monsieur le Président,
L'Art. 30 des Statuts de l’Union nonce que les élections des Membres, appelés à
composer le futur Consistoire Central, devront être effectuées au plus tard le quinze
décembre 1907.
Le Consistoire Central actuel, s'est préoccupé de la date à laquelle ces élections
pourraient avoir lieu et en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par l'Art. 6, il les a
fixées au Dimanche 10 Novembre 1907.
Il convient, Monsieur le Président, pour que tourtes les Associations Cultuelles Israélites
de France puissent, le même jour, désigner leurs Représentants au Consistoire Central,
que, d'accord avec le Conseil d'Administration de votre Association, vous preniez les
dispositions nécessaires pour appeler tous les électeurs de votre Association à participer
au scrutin qui aura lieu le 10 Novembre prochain, à l'effet de désigner le Représentant
de votre Groupement.
Le nombre des représentants de votre groupement est fixé à 1 en conformité des
Art. 4 et 5 des Statuts, le nombre des électeurs, tant de ………..
Le Groupement n'est pas un empiétement sur l'indépendance de chacune des
Associations qui le compose.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
* documents adressés par M. Ernest Gluck, Président d'Honneur de la
Communauté de Nantes.
Le Groupement n'est institué, uniquement que pour faciliter les élections des
représentants et des délégués de ces Associations.
Le scrutin ne durera qu'un seul jour.
Il importe que les bureaux des localités dépendant des Associations ne
remettent pas au lendemain l'envoi des Procès-Verbaux au Président de leur
Association Cultuelle. Il est de tolite nécessité, en effet, que les bureaux des
Associations puissent proclamer sans retard le résultat de l'élection.
L'association comprenant à elle seule 200, 400 ou 600 lecteurs adressera,
aussitôt la proclamation du résultat, le procès-verbal au Consistoire Central.
En ce qui concerne le Groupement d'Association, le Consistoire Central a pensé
grue le bureau qui devait centraliser les procès-verbaux des différentes associations qui le
composent, devait être celui de l'Association comprenant le nombre le plus élevé
l'électeurs (Art. 6).
Le Centre de votre Groupement, pour le recensement général des votes seulement, sera
donc: Nantes
Nantes:
66
Fontaineble 50
Versailles
51
Orléans
47
238
Tours
24
Vous coudrez bien nous adresser sans retard vos procès verbaux.
Les procès-verbaux établiront le nombre définitif des suffrages obtenus par chacun des
candidats et mentionneront les observations aux votes contestés et les décisions prises à
leur égard.
Ils seront dressés en deux expéditions signées l'aine et l'autre par les
Membres lier Bureau.
CONDITIONS D'ELIGIB1LITE
Conformément à l'Art. 9 des Statuts de l'Union, nul ne peut faire partie
dit Consistoire Central, à titre de Membre laïque, s'il n'est pas membre d'une
Association Cultuelle adhérente; âgé de trente ans accomplis; en possession de ses
droits civils et politiques, ou s'il ne fait pas partie dit corps électoral.
Les Bureaux devront uniquement se borner à recevoir les résultats
numériques des dépouillements.
En cas de contestation sur l'éligibilité dit candidat élit, ce sera ait
Consistoire Central qu'il appartiendra de statuer. (Art. 7).
Pour les Membres dit Consistoire Central. Le VicePrésident."
Pour mieux comprendre le désir du Consistoire de voir un collègue de 200
électeurs participer au scrutin du 10 Novembre 1907, voici la lettre du Président de
Nantes au Président de l'Association Cultuelle de Fontainebleau qui était à cette
époque Adolphe Caïn, il ne fait aucun doute que celui de Versailles a reçu la même:
"Monsieur le Président,
Les Conseils d'Administration des Associations Cultuelles Israélites d'Orléans,
de Tours et de Nantes ont l'intention de nie présenter comme candidat aux
élections du Consistoire Central du 10 novembre. J'ai accepté cette candidature avec la
tenue intention (le mettre raton entier dévouement et mon expérience "Je suis depuis 19
ans président de la Communauté de Nantes" au service des associations cultuelles de
notre circonscription électoral.
En ce (lui nie concerne, j'avais demandé et j'aurais désiré que les Associations de Tours,
Orléans et Nantes aient un délégué an Consistoire et que Fontainebleau et
Versailles soient rattachés à un autre groupement.
Le Consistoire Central en a décidé autrement. Par suite le délégué des
associations cultuelles des bords de la Loire sera aussi le délégué de cotre association. C'est
pourquoi je viens vous demander si votre conseil d'administration à l'intentions de une
prêter son concours.
En tous cas je tiens a vous dire que, quelqu’il en soit, vous pouvez compter
si je siège au Consistoire sur tout mon zèle et mon dévouement pour faire aboutir vos
justes revendications.
Je tiens à vous dire qu'allait très souvent à Paris, je suivrai assidûment les
séances du Consistoire.
En attendant le plaisir de vous lire,
Recevez Monsieur le Président l'assurance de ma considération distinguée’’
En réalité les électeurs de Fontainebleau et de Versailles durent élire le 10
novembre 1907
- Un délégué ait Consistoire Central
- Un délégué pour la nomination du Grand Rabbin dit Consistoire Central.
Le seul candidat pour ce groupement fut :
Monsieur Michel Schwartz pour le poste de délégué an Consistoire Central
Voici sa profession de foi
"Election d'un délégué au Consistoire Central
(Union des Associations Cultuelles Israélites de France
Cher Coreligionnaire,
Le Consistoire Central matit décidé que, aux termes des articles 4 et 5 des
Statuts, les Associations Cultuelles d'Orléans, Tours, Nantes, Versailles et
Fontainebleau seraient représentées par un délégué, nous avons l'honneur de porter
à votre connaissance que cette élection aura lieu le 10 Novembre prochain.
Les Conseils d'Administration des Associations d'Orléans, Tours et
Milites ont décidé de présenter comme candidat
Mons ieu r Michel SCHWA RTZ
Président de l'Association Cultuelle Israélite de Nantes.
Depuis 19 ans, que Monsieur Schwartz est président de la Communauté de
Nantes, il a fait preuve des plus grandes qualités d'administrateur et s'est toujours
occupé avec le plus complet dévouement des intérêts qui lui étaient confiés. Les
questions se rapportant aux besoins du Culte lui sont familières et nous sommes
persuadés que la cause des Associations de notre groupement ne saurait être placée en de
meilleures mains.
De plus, Monsieur Schwartz allant fréquemment à Paris sera à même de
suivre assidûment les séances du Consistoire.
L'importance de cette élection ne Vous échappera pas, aussi trous vous prions de
bien vouloir apporter votre suffrage an candidat crue noirs vous présentons.
Veuillez agréer, cher Coreligionnaire, nos sincères salutations................................"
Les juifs de Versailles et de Fontainebleau durent retourner aux urnes
le 19 janvier 1908 pour l'élection d'un délégué pour la nomination du Grand
Rabbin du Consistoire Central. Monsieur César Meyer brigua le poste de
délégué pour la nomination du Grand Rabbin du Consistoire Central et envoya
aux différents conseils d'Administration des Associations Cultuelles de son
groupement la profession de foi suivante:
‘’Election d'un délégué
pour la Nomination du Grand Rabbin du Consistoire Central.
Groupe de Versailles, Fontainebleau, Nantes, Tours, Orléans.
Cher Coreligionnaire,
Conformément à l'Art. 28 des Statuts de l' Union (les Associations
Cultuelles de France, les Associations de Versailles, Fontainebleau, Nantes, Tours,
Orléans, sont appelées à nommer, le 19 janvier courant, un Délégué qui participera à
l'élection dit Grand Rabbin de France.
Les Conseils d'administration des Associations de Fontainebleau-Melun,
Tours, Nantes, Orléans, ont décidé de présenter connue candidat
Monsieur César Meyer
Membre de l'Association Cultuelle Israélite d'Orléans.
Monsieur César Meyer fait partie de la Communauté d'Orléans depuis vingt
sept ans. Chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Médaille Militaire, il a toujours
fait preuve d'un grand dévouement aux intérêts de la Communauté d'Orléans.
Nous espérons que vous voudrez bien ratifier ce choix, et que vous ne manquerez
pas de voter pour notre candidat.
Veuillez agréer, Cher Coreligionnaire, l'assurance de nos meilleurs sentiments…’’
Selon la liste des membres composant l'Assemblée électorale de
l'Union des Associations cultuelles Israélites de France, Messieurs Michel
Schwartz et César Meyer ont été élus aux élections du 10 novembre 1907 et 19
janvier 1908. Dans cette liste Versailles, Fontainebleau, Orléans et Tours ont le
numéro 34.
Si en 1923 la Communauté juive de Fontainebleau demanda au
Consistoire de Paris de racheter ses biens celle de Versailles continua à graviter
dans autour du Consistoire de Nantes. En 1950 dans liste des Associations
cultuelles ayant adhéré à l'Union au 31 décembre 1948 figure encore Versailles
et parmi les délégués du Consistoire Central Monsieur N. Savelski de
Versailles représente la délégation de Nantes-Versailles.
M. Elie Cyper, nouveau rabbin de Versailles en 1935
‘’Dans sa dernière réunion, la section permanente du Consistoire Central a ratifié
de la décision de la Commission administrative de la Communauté de Versailles
élisant M. le Rabbin Elie Cyper au poste de Rabbin de cette Communauté. A ce poste
rabbinique est rattachée la circonscription qui comprend les départements de Seine-et-Oise, (Sauf l'arrondissement de Pontoise), de la Sarthe et de l'Eure-et-Loir. Né en 1908,
M. Cyper est entré au Talmud Torah en 1922 où il se distingue bientôt par son ardeur au
travail. Il entre ensuite au Séminaire où il est également très apprécié de ses
maîtres. Il en sort pourvu du diplôme de Rabbin en 1933. Après avoir accompli son
service militaire, M. Cyper fut, par intérim chargé du Cours de Talmud Torah et
bientôt nommé Rabbin stagiaire par le Consistoire de Paris. En cette qualité, il fut
attaché à l'oratoire Secrétan. Cependant qu'il acquittait avec honneur de ces diverses
fonctions, il apportait son concours aux Sociétés de Jeunesse plus particulièrement au
Zeïr Mizrahi, où son activité de secrétaire fut beaucoup appréciée. Appelé maintenant à
diriger la communauté de Versailles; il aura l'occasion de déployer ses qualités de
dévouement et d'énergie et saura insuffler une vie nouvelle à cette communauté, en
même temps qu'il pourra donner la mesure de ses qualités de pédagogue comme
professeur d'hébreu et de religion à I'Ecole Normale Orientale de jeunes filles à
Versailles.
M. le rabbin Cyper est entré en fonctions à Souccoth. Son installation officielle
aura lieu le dimanche 22 décembre"
Le rabbin Elie Cyper exerça à Versailles de 1935 à 1939. Il fut ensuite
nommé à Dijon puis à Périgueux où il s'employa au sauvetage des enfants juifs.
Elie Cyper participa activement à la résistance, particulièrement au groupe
"Combat", fut arrêté par la Gestapo le 8 avril 1944: dirigé Sur Drancy puis vers
Kovno en Lithuanie, il ne devait pas revenir de déportation.
Lorsque le Rabbin Elie Cyper était en poste à Versailles, le MinistreOfficiant à cette époque était M. Nordo.
Le B.L.E.
« Boursiers et Lauréats des Ecoles »
C'est à partir de 1919 que le Rabbin Maurice Liber et Suzanne Aron
créèrent l'association Cheema Israël et ensuite le Secrétaire Général du Patronage
de la jeunesse Israélite, René Dreyfus réadapta le B.L.E. qui avait disparu
pendant la première guerre. Outre ses activités, le B.L.E.; «Boursiers et Lauréats des
Ecole », voulait donner une dimension spirituelle de germinaison. Le patronage
offrait en effet les guides fournis par Chema Israël et donnait aux adhérents la
possibilité de participer à des causeries, des jeux mais aussi à des sorties en
plein air. Le principal souci des fondateurs du B.L.E et de Chema Israël était la
sauvegarde la religion juive. Le B.L.E. avec ses sorties le dimanche ouvrait la voie
du scoutisme. Robert Gamzon se forma au B.L.E et proposa ensuite la création
d'une section scoutiste au patronage juif et encouragé par le Rabbin Maurice
Liber, il créa les premières patrouilles des Eclaireurs Israélites de France. En
parallèle de Chema Israël et du B.L.E. se développa un autre mouvement: l'Union
Universelle des la jeunesse juive. En 1926, la Synagogue Libérale de la rue
Copernic créa une section pour ses jeunes: "La jeunesse libérale Israélite" avec
l'aide d'Aimé Pallière.
Avant de créer à Versailles le mouvement des Éclaireurs Israélites de
France, Robert Gamzon participa à l'initiative du groupement B.L.E. (Boursiers et
Lauréats des Écoles) - à ce propos « L'Univers Israélite » de 1922 faisait paraître ce
petit article:
"Par ailleurs, les Communautés, dans les villes qui ont été visitées, ont accueilli avec
empressement les membres du groupement B.L.E. C'est ainsi qu'à Versailles, M. le
Grand Rabbin Lévy, et à Fontainebleau, M. Cerf ministre-officiant, ont organisé des o ces
à leur attention et leur ont offert la plus cordiale hospitalité. Si le groupement ne fait
point de "scoutisme intégral", si ses meryildres ne comptent point être fort, ne font point
la cuisine, s'ils ne portent pas le costume, le blet et l'idéal de l’œuvre sont les
mêmes que ceux des organisations scoutistes qui veulent donner n la jeunesse une
bonne santé physique et morale. »
Fondation des Éclaireurs Israélites de France à Versailles.
Avec l'appui du Grand Rabbin Maurice Liber, Robert Gamzon, alors
âgé de 17 ans, fonda le Mouvement des Éclaireurs Israélites de France (E. I. F.). R.
Gamzon avait eut raison de penser qu'il manquait quelque chose à la
jeunesse juive. Le premier embryon de ce mouvement fut recruté dans un
patronage auquel se joignit plusieurs élèves du Séminaire Rabbinique. Venant
d'horizons différents, ils furent coulés dans un même moule, s'enrichissant
mutuellement et créant peu à peu un type nouveau de juif français où les
jeunes d'origine alsacienne, russe, polonaise, roumaine, hongroise, salonicienne
et nord-africaine, parlaient une langue commune, forgeant lentement, à toute la
communauté, un visage nouveau.
Isaac Pougatch dans son livre sur Robert Gamzon explique que: "Le seul
fait que les premiers membres du Mouvement aient fait leur " promesse" scoute
tous ensemble à la synagogue de Versailles, tendait à prouver qu'ils
plaçaient délibérément leur groupe dans le cadre de la Communauté".
En matière d'éducation, il faut préciser qu'il y avait à cette époque l'Ecole
Normale Orientale des filles à Versailles financée par l'Alliance Israélite
Universelle.
Ecole Normale Israélite Orientale pour les Jeunes filles.
L'Ecole Normale Israélite Orientale vit le jour en 1867 à Paris. David
Cazès et Nissim Béhar allaient être les plus brillants des premiers étudiants de
l'E.N.I.O. Les deux sœurs de Nissim, Fortunée et Rachel Béhar, qui arrivèrent
à Paris en 1872, furent les premières institutrices à être formées par l'Alliance
Israélite Universelle. Après s'être installée dans les locaux de l'Ecole du
Travail, dans le Marais, puis dans ceux du Séminaire Israélite, l'Ecole
Normale ne trouva ses marques définitives qu'en 1889 lorsqu'un don de la
Baronne de Hirsch permit l'acquisition d'un hôtel particulier à Auteuil.
L’École Normale Israélite Orientale pour les Jeunes filles dut attendre
jusqu'en 1922 pour avoir son propre bâtiment. C'est à Versailles que les autorités
de l'A.I.U. purent achetés un bâtiment grâce à la générosité d'un ancien
pensionnaire de 1'l:cole de l'Alliance à Bagdad : Ezéchiel Schamoon. Jusqu'à la fin
de la Première Guerre Mondiale, l'enseignement pour les futures institutrices de
l'Alliance se déroulait à l'Institut Bischoffsheim, à l'école de Mme Isaac et à celle
de Mme Weill-Kahn, trois internats juifs situés à Paris. Parmi les éminents
professeurs qui enseignèrent à l'E.N.I.O. il faut compter, l'Orientaliste Joseph
Halévy, Isaïe Levaillant, 1. Carré ou Ferdinand Buisson. Les études dans
cette école étaient les mêmes que dans toutes les autres Ecole Normale trois
ans d'études sanctionnés par un examen ; le brevet élémentaire. Ce diplôme
était le viatique pour accéder à l'exercice du métier d'instituteur en France ou
dans les écoles françaises à travers le monde.
Des personnalités Versaillaises
Les Personnalités enterrées à Versailles sont :
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Paul Furtado
Rose Furtado, née Fould
Beer Charles Heine
[Elie Furtado
Cécile Furtado-Heine
Mahir Charleville, Grand Rabbin de Versailles;
Wormser Albert, Avocat-agréé honoraire, Président de la Communauté;
Bloch Moise, rabbin de Versailles
Commandant Eliezer (Armand) Lippmann, fils du Grand Rabbin
Benjamin Lippman, Chef d'escadron d'artillerie breveté, officier de la Légion
d'Honneur, Croix de Guerre.
Quelques personnalités ayant habité à Versailles:
Fould Achille, Ministre et secrétaire d'Etat
Son frère, Fould fut maire de Rocquencourt
Halphen, Juge suppléant
Cerf Maurice, juge au Tribunal de Commerce,
Dreyfus-Brissac Lucien, médecin des hôpitaux de Paris, Chevalier de la
Légion d'Honneur.
Heymann Isidore, Médecin-Major de 1 er classe, Chevalier de la Légion
•
•
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d'Honneur
Hirtz Mathieu, docteur en médecine, professeur de clinique médicale à
l'ancienne
Faculté de Strasbourg et à celle de Nancy, médecin honoraire des hôpitaux
civils de Strasbourg, membre de l'Académie nationale de médecine, officier
de l'instruction publique, Chevalier de la Légion d'Honneur.
Oulmont Léon, officier de la Légion d'Honneur, Inspecteur général des
Finances, Directeur Général des Manufactures d'Etat.
Rosenfeld Jules, Philanthrope, Chevalier de la Légion d'Honneur,
Sasias Isidore, officier de santé,
Salomon Kahn, un ministre-officiant pas comme les autres.
Salomon Kahn, père de l'Amiral Louis Kahn, exerça pendant cinquante ans
la fonction de Hazan (chantre) dans la synagogue de Versailles. Sa femme
entretint une correspondance très assidue avec de grandes personnalités
européennes; la fille de Herzen, Madame Nonod, Malwida de Meysenburg,
l'amie de Nietzche, le grand germaniste Andler et le juriste et révolutionnaire
Tchernov. Ils eurent trois enfants; Marthe Kahn qui épousa Robert Weil, Président
de la Communauté, Louis Kahn, qui devint ingénieur général du génie maritime,
Président du Consistoire Central et Renée Kahn, qui devint la femme de Joseph
Darmon, Trésorier de la Communauté.
Jacques Salomon Hadamar.
Né le 8 décembre 1865 à Versailles, Jacques Hadamar, fut un des plus
éminents Mathématiciens français. Professeur au Collège de France, à l'Ecole
Polytechnique et à l'Ecole Centrale, il professa également à l'Ecole Libre des
Hautes Etudes et pendant un certain temps à l'Université de Columbia. 11 a été
fait commandeur de la Légion d'Honneur.
Marcel Schwob
L'écrivain et Journaliste Marcel Schwob est né à Chaville le 23 août 1867 et
meurt à Paris 27 février 1905. C'était le fils de Georges Schwob l'ami de Gustave
Flaubert et l'éditeur du journal de Nantes: "Le Phare e de la Loire". Il passe son
adolescence à Nantes où il reçoit une bourgeoise et solide instruction et sous
l'influence de son oncle, Léon Cahun, curateur de la Bibliothèque Mazarine, il
fit des études universitaires.
Professeur à l'Ecole des Hautes Etudes, il contribua à l'influence des
périodiques français. Dès son arrivée à Paris, il avait pris contact avec "L'écho de
Paris" qui publia sa première nouvelle, il était également en rapport avec "La
Revue des Deux Mondes" et "Événement journal". C'était un expert dans le vieux
français, l'argot de François Villon et l'Anglais Elisabéthain.
Il écrivit également de nombreux poèmes dont: Mimes (1894), Livre de
Monelle, et Mœurs des Diurnales. Ces autres travaux sont: le roi au masque d'or, La
croisade des enfants, Vies imaginaires, La lampe de Psyché. P. Champion, son
biographe, a réuni son oeuvre sous le titre "Oeuvres complètes". Marcel Schwob
fut l'un des plus brillants écrivains français modernes mais il traduisit
également l' «Hamlet» de Shakespeare avec Eugène Moran. Sarah Bernhardt
interpréta cette version ainsi (lue celle de Stevenson. Marcel Schwob était marié
avec l'actrice Marguerite Moréno. Ce couple fut l'ami de Cipa et Ida Godebski.
Marcel et Marguerite Schwob vinrent passer quelques jours à Valvins, près
d'Avon (Seine-et-Marne), dans la "Grangette", qui avait appartenu à Nathé
Natanson et Misia Godebski.
Maurice Rheims
Maurice Rheims est né à Versailles en 1910. Parachevant ses études à l’Ecole du
Louvre et à la Sorbonne, il couronna par une thèse sur le Gréco sa préparation à la
carrière de commissaire-priseur. Il prête serment en 1935 et n’abandonnera sa charge
qu’en 1972. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il s’est engagé dans les Forces
Françaises Libres, participant en 1941642 à la création du premier commando de
parachutistes. Voué à la littérature depuis 1960, il a publié ‘’La vie secrète des choses’’,
puis un roman ‘’la main’’ et un recueil de nouvelles ‘’Le cheval d’argent’’. Il collabore à
des ouvrages collectifs sur Gauguin et Lautrec, mais c’est ‘’L’objet’’ 1900’’ qui consacre
sa réputation. Dans ‘’Haute curiosité’’ , il raconte ses souvenirs. Viennent ensuite son
‘’Dictionnaire des mots sauvages’’ et sa ‘’Sculpture du XIXème siècle’’ qui attestent le
vaste éclectisme de son esprit. Maurice Rheims a été élu le 23 mai 1976 à l’Académie
Française, au siège de Robert Aron.
Louis Kahn, Ingénieur Général du Génie Maritime
et enfant de Versailles.
Le "journal des Communautés" de février 1967 relata dans ces pages les
obsèques de Louis Kahn, ingénieur général du Génie Maritime et fils de Salomon
Kahn en ce mot:
"Aux Invalides
Les honneurs militaires ont été rendus lundi après-midi dans la Cour d'Honneur des
Invalides, à la dépouille mortelle de l'ingénieur général du Génie Maritime, en
présence du Général d'Année Aérienne Fourquet, délègue ministériel pour
l'armement, représentant le Ministre des années, de l'Amiral Cabanier, chef d’ÉtatMajor de la Marine, du Général Dio, inspecteur général de l'armée de terre.
La dépouille mortelle de l'ingénieur général Kahn, accueillie dans la Cour d'Honneur
par la sonnerie, "Aux Champs" réservée aux officiers généraux saluée par un
détachement de la marine et par les drapeaux des associations d'anciens de la France
Libre, a été placée dans un cénotaphe recouvert du drapeau tricolore devant lequel
étaient disposés des coussins portant, épinglées, les décorations de l'ingénieur
général.
Après l'adieu de l'Académie de Marine à son secrétaire perpétuel, celui dit Général
Dio, ait none de l'Association des Forces Françaises Libres (l'Ingénieur Général Louis
Kahn était Président de l'Association des Forces Navales Françaises Libres), qui a
salué en l'ingénieur Général "une des plus imites figures de cette Association" et "le
grand serviteur de l'État, le résistant" qu'il fut, le Général Fourquet a prononcé son
éloge au nom de M. Pierre Messmer. Il fut, a-t-il dit, un "des plus grands chefs du corps
du Génie Maritime. Un homme de caractère et de devoir". "Patriote sans défaillance,
s'exclama le Général Fourquet, l'ingénieur Général Louis Kahn était un homme de
science et d'action qui fit honneur à son pays."
La dépouille mortelle de l'Ingénieur Général fut ensuite porté par huit marins jusqu'au
fourgon funèbre tandis que retentissait de nouveau la sonnerie "Aux Champs", adieu de
l'armée française à l'un de ses officiers généraux, et que le détachement de marins
présentait les armes. Le cercueil a été transporté à Versailles où eurent lieu le service
religieux et l'inhumantion dans le cimetière israélite de cette ville".
La Légion d'Honneur
Plusieurs notables juifs de la Communauté Juive de Versailles reçurent la
Légion d'honneur à différent titre, notamment dans le cadre de l'Armée :
Charles Schwab: Capitaine au 118è de ligne, chevalier de la Légion d'Honneur,
né à Paris le 30 octobre 1839. En 1871 M. Schwab à la dissolution de l'armée
de Versailles fut avec son régiment à Melun. Croix de chevalier de la Légion
d'Honneur le 28 janvier 1881.
François Ignace Haas, Capitaine au ler régiment des cuirassiers, officier
de la Légion d'Honneur, né à Burnhaupt le Haut (68) le 27 janvier 1819
successivement en poste à Vesoul, Chartres, St-Germain-en-Laye, Lille et
Versailles. Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 9 décembre 1860,
chargea deux fois à Reichshoffen en 1870, blessé à la trouée de Mézières et
resta deux mois au Val-de-Grâce. Meurt le 15 novembre 1872 à Melun où
était cantonné son régiment.
Joseph Kessel
du Fils de l'Impossible aux Enfants du Rêve
Joseph Kessel naquit à Clara dans une colonie argentine du Baron Maurice de
Hirsch où son père était médecin en 1898. De ses parents globe-trotters, il garda le
goût des voyages en passant son enfance entre la France et l'Oural. Il
meurt le 23 juillet 1979 d'une rupture d'anévrisme dans sa maison
d'Avernes ou il avait posé son sac de bourlingueur. Intrépide, Jef le fut dès son
adolescence, à dix-neuf ans, il s'engagea durant la Grande Guerre dans
l'aviation comme observateur-mitrailleur. Or peut-on imaginer qu'il ait été
un aspirant obéissant à l'Ecole d'Artillerie à Fontainebleau ? Michel Droit dans son
discours de récipiendaire à l'Académie Française fit l'éloge de Joseph Kessel en
soulignant cette période qui allait le former à la vie militaire et à
l'aviation. Laissons la parole à Michel Droit : « .... Mais l'heure de vérité
sonne enfin, le 31 janvier 1916, Joseph Kessel a dix-huit ans. Il s'engage dans
l'artillerie car l'aviation n'a pas encore acquis son statut d'arme indépendante. Il fait ses
classes à Fontainebleau, devient aspirant et s'étant porté volontaire , rejoint
l'escadrille 39 où il découvrira vraiment la guerre dont il rêve, la guerre
menée par ce qu'il appellera lui-même « la cavalerie de l'azur, de la tempête
et des nuages ». Un jeune officier de vingt-trois ans - l'âge de Gu yn e mer , - le
capitaine Vachon, commande l'escadrille 39. Il porte non seulement le prénom
de Thélis, mais il le porte bien. Il tombera très vite au combat. Mais il le
ressuscitera, en devenant, quelques années plus tard, le capitaine Thélis, de «
L' Equipage».
Il se porta volontaire pour combattre dans une escadrille en formation à
Vladivostok destinée à soutenir les troupes blanches contre les
bolcheviks. Se fit adopter par les Cosaques de l'atarnan Semenoff puis
au retour passa par Shanghaï, Hong Kong, Ceylan et Suez. Il se lia d'amitié
avec jean Cocteau, Radiguet, Clara et André Malraux. Kessel, boulimique de
la vie, se lança dans d'autres aventures, par exemple le sort de ses
frères de Palestine l'intéressait beaucoup aussi raconta-t-il son premier
atterrissage à Tel Aviv dans « Terre d'amour et de feu » et un autre vol
vers le Moyen Orient fit naître « Les fils de l'Impossible ». Ce fils de la
Pampa tournant auto ur du mon de ramena de fam eux repo rtag es et les
pl us beaux ro man s com me : Le Lion, Les Cavaliers, etc…..
Après avoir écrit avec son cousin Maurice Druon : le «Chant des
Partisans», symbole de la Résistance en France, après avoir vu la Renaissance d'Israël,
après bien d'autres péripéties, il s'émerveillait encore du Monde. En effet « Le monde
est extraordinaire. Regarde comme c'est beau» dit-il à une amie quelques
instants avant de mourir en regardant un reportage télévisé dans sa maison
d'Avernes.
Des Juifs à l'Ouest de Paris
Autour de la Communauté juive de Versailles gravitèrent au cours des
décennies de petites communautés ou des groupes d'individus. Les Archives
Départementales de Seine-et-Oise font état d'un contrat de Mariage de Louis
Oulf, ‘’hébreu de nation et converty à la foi catholique, apostolique et romaine, et Louise
Sivry, 17 ans, fille de Nicolas Sivry, ancien garde du roi en la prévoté de l'Hôtel, et
Margueritte Boulogne, le 27 novembre 1748 ainsi que du contrat de Mariage de Joseph
Moyse Horowitze et Adèle Désirée Daniel le 24 mars 1825’’.
Dans l'état numérique des israélites des arrondissements de Corbeil,
Etampes, Mantes, Pontoise et Rambouillet en 1840, en ce qui concerne
l'arrondissement de Corbeil, il existe 2 israélites (homme et femme), à Arpajon; 4
d'une seule famille, à Montgeron, 1 à Corbeil, mais aucun dans le canton de
Longjumeau. Il n'y a aucun juif à Etampes, Mantes, Pontoise et Rambouillet.
• Meudon, des offices religieux pour les soldats juifs allemands
Le 30 janvier 1 870, il y au un service divin pour les soldats juifs
allemands des 20ème et 21ème division à Meudon.. « L'Univers Israélite »
commente ainsi: "Le service divin à Meudon, a été célébré rue de Bourgogne
n°5, clans une maison déserte. Il y avait quatre vingt soldats appartenant à
plusieurs armes; fantassins, chasseurs, hussards, artilleurs et hommes de
train; tous étaient commander à venir". Le Dr Lewin visita les camps
militaires de Longjumeau et de Palaiseau mais il n'y avait que peu de juifs.
Bièvres, l'invasion prussienne en 1 871
M. Lewin a célébré un service divin le 17 février à la Mairie de Bièvres;
il y avait 27 soldats. Le samedi (Chekalim) 18 février, il y avait eu une
réunion de prières à Villeneuve-le-Roi dans une vaste chambre bien située, le
rabbin avant refusé l'église que le Commandant militaire en avait offerte à cet
usage. Les soldats, au nombre de 80, sont venus de 3 lieues d'alentour. Le 25
il v eu un autre service religieux à Versailles.
• Plessis Piquet: Inauguration du Refuge et de l'Ecole d'Horticulture
Le Refuge de Plessis-Piquet ouvrit ses portes en début 1888, et en avril, par
l'entremise de "L'Univers Israélite", le Conseil d'administration demandait un
directeur en ces termes: ‘’La société du Refuge de Plessis-Piquet (Établissement
d'apprentissage pour les jeunes garçons israélites abandonnés) demande un directeur.
Adresser les propositions, avec références et états de service, à Mr. Hirsch, Président du
Comité d'organisation, 1 rue de Castiglionne, à Paris". Le 28 octobre 1888,
"L'Univers Israélite" annonce la nomination d'un directeur-: " Désignation par le
Comité d'organisation du Refuge de Plessis-Piquet de Mr. Isaac* lieutenant-colonel
d'artillerie en retraite, officier de la Légion d'honneur, commue directeur".
En 1888, la Commission d'administration du Plessis-Piquet se
composait de vingt six membres, dont un chrétien, M. Bonjean, Président de la
Société de Protection de l'Enfance Abandonnée ou Coupable. Le bureau se
composait de MM. le Grand Rabbin de Paris, M. Hirsch; ingénieur en chef des
Ponts et Chaussée et Président, A. Bloc et Georges Saint Paul, Vice-Présidents,
Achille Dreyfus, trésorier et René Dreyfus secrétaire.
Le Refuge de Plessis-Piquet fut inauguré le 3 mai 1891 et "L'Univers
israélite" relatait cet événement à ses lecteurs ainsi:
« Un grand nombre d'invités, plus de 200 personnes, s'étaient rendus le dimanche 3
niai à l'appel dit Comité. Le Gouvernement était représenté par M. Tisserand, inspecteur
général de l'agriculture. Etaient présents en outre,: les membres du Comité; M.
Goldschmidt, président de l'Alliance Israélite, le directeur et plusieurs professeurs du
Séminaire, plusieurs rabbins et membres dit Consistoire; une délégation des élèves dit
séminaire; M. lourda, directeur de l'orphelinat-, M. Rellaub, directeur de 1'Ecole dit
Travail, Mine Zadock et sa fille, Mine Wogue et son fils; M. Eugène Bloc, délégué
cantonal, etc....
Les invités arrivent par la gare de Fontenay, où des voitures les attendent. Le temps
était splendide. Les invités en profitent pour parcourir la vaste propriété, dont ils admirent
le bel aménagement. Ce domaine, construit par Colbert et qui a appartenu
successivement au Duc du Maine, à la Princesse d’Orléans, etc…, est
merveilleusement situé sur la colline qui domine la vallée de Fontenay-auxRoses, à peu de distance de Sceaux et de Robinson. Une superbe grille donna accès à une
vaste cour où les élèves prennent d'ordinaire leurs récréations. Le domaine est composé
de deux parties bien, distinctes, séparées par la route de Fontenay au Plessis-Piquet, la
partie du sud de cette route mesure 8 hectares et constitue le parc ou la plaine, terminée à
l'Est par un étang de 2 hectares. La partie Nord (Clos de la Montagne et Clos aux
Asperges) comporte 7 hectares; on y remarque un magnifique belvédère.
A trois heures oui se rend dans une salle de classe, décorée pour la circonstance. Sur
l'estrade prennent place les élèves avec leurs surveillants et leurs professeurs, les
membres du Comité et autres notabilités.
Le Président (du Comité, M. Joseph Hirsch, ingénieur en chef des ponts et chaussées,
prend la parole. Il fait l'historique de l’œuvre du Refuge, dont les promoteurs ont tenu
avant tout à trouver un emplacement éloigné de la capitale, où la jeunesse est exposée à
tant de périlleuses tentations.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------* Le lieutenant-colonel Isaac est le père de Jules Isaac
Après de longues recherches on trouva le domaine du Plessis-Piquet, qu'on acquit au
prix de 190.000 francs. Mais tout if était dans un état déplorable. L'appropriation, dirigée
l'habille architecte M. Aldrophe a nécessité une dépense de 144.000 francs. M. Hirsch
raconte ensuite par le henni tout ce qui a été fait pour atteindre le double but de l’œuvre;
moraliser et secourir. L'institution reçoit: 1) les enfants abandonnés ou insoumis; 2) les
enfants qui lui sont confiés par l'autorité administrative et judiciaire. Tous doivent
avoir, au moment de leur admission, plus de huit ans et moins de seize. Ils reçoivent
une bonne instruction primaire et religieuse. ils exécutent, ayant que possible, tous
les travaux nécessaires à l'entretien de l'établissement et du matériel. Les
promoteurs de l’œuvre ont acquis à cet usage une propriété importante de près de 18
hectares, car ils avaient et ont encore pour but de créer un établissement horticole,
capable d'inspirer aux jeunes israélites l'amour de l'horticulture.
Au point de vue physique, les progrès sont constatés par des pesées mensuelles,
dont les chiffres comparatifs témoignent de l'excellent régime de la maison. Tous
les élèves jouissent d'une santé parfaite et chacun a été frappé de leur bonne mine.
Au point de vue de l'instruction primaire et religieuse, les progrès ne sont pas
moins sensibles. Tous savent aujourd'hui lire, écrire et assez bien calculer, outre
l'instruction primaire, un professeur leur fait deux fois par semaine un cours de
botanique. L'instruction religieuse, à laquelle le Comité attache beaucoup d'importance,
est confiée au soussigné, qui est chargé en outre de faire l'office du samedi. Tous les
élèves lisent couramment l'hébreu, traduisent les principales prières, et presque tous
savent le "Shéma", la prière après le repas, etc... C'est en parlant de Dieu et de beaux
principes dut Judaïsme que nous espérons faire de ces jeunes gens de bons israélites et de
bons français.
Benedict, Rabbin".
En 1918, le Refuge et l'Ecole d'horticulture pour garçons du Plessis-Piquet
furent transférés à Ars-sur-Moselotte (Moselle). A l'occasion de la
Commémoration de l'Armistice en 1928, "L'Univers Israélite" publia un article sur
la Cérémonie patriotique qui fut organisée au Plessis-Robinson:
" L'Anniversaire de l'Armistice, dimanche 11 novembre, fuit commémoré dans la
petite commune de Plessis-Robinson par l’inauguration d'un monument aux morts de la
guerre. Cette cérémonie a pris une importante participation pour nous par suite d'une
circonstance émouvante ; parmi les 77 noms gravés sur le monument, 47 sont juifs, sur
lesquels 45 engagés volontaires, tous élèves de l'école d'horticole, établie au Plessis-Piquet.
Peu de personnes se rappellent aujourd'hui cette institution créée aux portes de Paris et
qui a réussi à transformer un grand nombre de jeune gens immigrés en bon Jardiniers..."
La forge de St-Benoît a été créée en 1847 à Ars-sur-Moselle par MM.
Dupont et Dreyfus. "La Forge de St-Benoît" consista d'abord en un haut fourneau
qui produisit des moulages notamment des coussinets de chemins de fer.
C'est à Ars-sur-Moselle que fut transférée l'Ecole d'Horticulture du PlessisPiquet.
Un grand nombre d’anciens élèves horticulteurs immigrèrent en Palestine
dans les orangeraies du Baron Edmond De Rothschild ou dans les établissements
du Baron Maurice De Hirsch en Argentine. Cette école d’Horticulture ferma ses
portes en 1933.
Société Amicale de la Maison de Refuge pour l’Enfance.
A Neuilly sur Seine
les Membres du Conseil d’Administration de la Maison Israélite de Refuge
pour l’Enfance à Neuilly sur Seine demande la reconnaissance d’Utilité Publique de
cette Maison , fondée en 1862, Bld de la Saussaie.
En 1908, une association est fondée selon la loi de 1901 et de 1905 et à son
siège au 19 bld de la Saussaye. Sa présidente est Mme Georges Leven,
La Vice Président : Mme Ignace Kahn
La Secrétaire : Mme Paul Crémieux
La Secrétaire adjointe : Mme Fanny Harbleiche
La Trésorière : Mme Jo Cahen
Membres : Mmes Bruhl, Henriette Schuman et Rachel Baur.
Mme Rachel Baur, née Weill, le 10 octobre 1869, à Versailles de Emmanuel et de
Dreyfus Adèle, de nationalité française, de confession israélite, est mariée à
Charles Baur, né en 1869. Ils habitent au 15 rue d’Eylau à Paris.
L'Ecole Gilbert Bloch à Orsay.
Après avoir créer les Éclaireurs Israélites en 1923, Robert Gamzon, eut
l'idée en 1946 de fonder une école des cadres éducatifs comme celle ouverte par
l'O.P.E.J. (Oeuvre de Protection des Enfants Juifs) à Plessis-Trévisse, afin de
former l'encadrement des E.I. Dans son livre: "Un bâtisseur, Robert Gamzon", Isaac
Pougatch, à propos de l'Ecole d'Orsay, dit " tandis que Plessis-Trévisse penche pour
le Kibboutz, Orsay fait penser à une yéchiva moderne. Castor (R. Gamzon) donna à son
école le nom de Gilbert Bloch, cet ancien de Lautrec, polytechnicien promis à un grand
avenir, tombé dans le maquis F.I. installé dans un petit château, à Orsay, cette école
accueille une vingtaine de jeunes gens et jeunes filles à qui elle donnera, en un an, une
formation de moniteur pour les maisons d'enfants ou de chefs scouts responsables formation à la fois pédagogique et juive. Castor voudrait aussi susciter des vocations
d'assistantes sociales: quatre filles de la première promotion entrent dans une école
sociale spécialisée." Robert Gamzon instaura comme devise pour cette école: "Chaque juif
doit y apprendre qu'il ne peut pas vivre sans judaïsme, mais aussi que le judaïsme ne
peut pas vivre sans lui".
• Enghien les Bains: L'inauguration de l'oratoire en 1889
Le pieux et méritoire projet de doter Enghien d'un oratoire, projet caressé
depuis longtemps, aboutit finalement en 1889. Dorénavant Enghien possédait, lui
aussi, son oratoire, dont l'inauguration s'est faite le 12 septembre sous les
auspices du Grand Rabbin de France, qui fut Invité officiellement par le Comité
et personnellement par M. Eugène Mirtil (l'honorable président de la Société
Civile du Temple Buffault) à assister à la cérémonie. Grâce à l'initiative de
quelques personnes pieuses et dévouées, une synagogue fut construite en
quelques mois à Enghien. MM. Simon Hayem, Nissim Léon, Mirtil, Jules
Lajeunesse purent avec l'aide de souscriptions volontaires faire ériger un
charmant petit temple, à l'inauguration duquel assistèrent le Conseil Municipal
et son Maire, MM. les Rabbins Lehmann, Weil et Israël Levi, le Grand Rabbin
Cahen; secrétaire général du Consistoire, en présence du Grand Rabbin de
France M. Zadock Kahn. Le rabbin de cette communauté devait être M. Seligman
Lévy.
Après la cérémonie, M. Nissim Léon, trésorier du Comité, a offert un
lunch et le soir M. et Mme Mirtil ont fait l'honneur de leur villa à un groupe de
privilégiés.
La Seconde Guerre Mondiale décima les Communautés Juives d’Ile-deFrance,
quelques-unes
telle
que
La
Ferté-sous-Jouarre
disparurent
définitivement. Pourtant dès 1949, les institutions communautaires se remirent en
place. En 1950, l’Association Cultuelle de Versailles, 10 rue Albert Joly, faisait
partie de ‘’l’Union’’. Cette communauté, qui était antérieure à 1788, se remettait
doucement de ses blessures. Plusieurs de ses membres s’étaient illustrer dans la
Résistance. Son Président, à cette époque, M. R. Weil, Vice-Président : M. R.
Kaplan, Trésorier ; M. H. Waisbrod et les membres du Comité : MM. Brisac,
Benhamou, Berkovitsch et Nathan. Le Délégué de Versailles auprès du Consistoire
était M. Savelski N.
Les Maisons de l’OSE
Des maisons d’enfants dépendantes de l’OSE ouvrirent leurs portes à
Bellevue, Taverny, Mesnil-le-Roi, Le Vésinet, Versailles, Saint-Germain, Sèvres et
Draveil. Un aérium à Sèvres : plus de 7000 enfants furent hébergés, surveillés et
secourus par l’OSE. En 1950, le Président était M. Justin Godart et le Président du
Comité d’Aide aux Enfants : la Baronne de Gunzbourg.
En 1965, la Communauté Juive de Versailles est régie par la loi du 1905, art. 6
sur les associations. Elle Compte environ 70 membre et n’a pas de rabbin, seulement
un Bal Téphila sert lors des grandes fêtes. L’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord allait
relancer la ferveur religieuse.
Chose extraordinaire, la présence juive dans cette région est encore en compléte
mutation…….
Mes plus sincères remerciements vont à mon ami Samuel Sandler,
Président de la Communauté Juive de Versailles.
Frédéric VIEY
Avril 2010
Bibliographie
Ayoun Richard : Typologie d’une carrière rabbinique. L’exemple de Mahir
Charleville, Nancy, P.U.N. 1993
Ben Levy : le Cimetière de Versailles , in ‘’Les Matinées du Samedi’’.
Chassin Ch. : Les Electeurs et les Cahiers de Paris en 1789 : ‘’Extraits délibérations de
l’Assemblée Générale de la Section des Amis de la Patrie du 20 brumaire de la
deuxième année républicaine et indivisible (Paris, an II). 4 pp.
De Plinval de Guillebon R. : La Porcelaine sous le Consulat et l’Empire
De Plinval de Guillebon R. : Porcelaine Parisienne 1770-1870, catalogue de
l’exposition de 1983.
Elkouby S. : La Communauté Israélite de Versailles (1789-1975)
Lévy Nathan : Histoire du Cimetière de Versailles, Versailles 1936
Girard Patrick : Les Juifs et la Révolution
Houth Emile et Nahon Gérard : La Communauté israélite de Versailles
Kahn L. : Les Juifs durant la Révolution
Kahn L. : Le Comité de Bienfaisance, p. 158
Loeb Isidore : Biographie d’Albert Cohn
Monnin H. : Les Juifs de Paris à la fin de l’Ancien Régime REJ XXIII p. 85-91
Nahon G. : Juifs de Versailles, Juifs de France, dans ‘’Centenaire de la Synagogue
de Versailles, Versailles 1986,
Rodrigue Aron : De l’instruction à l’émancipation, les enseignants de l’AIU
et les Juifs d’Orient 1860-1939 ;
Sapin Philippe : L’indicateur des Juifs.
Schwab M. : Archives Israélites, Vol XXIX 1868, p. 645
Szajkowski Zoza : Jewish emigrés during the French Revolution
Szajkowski Zoza: The emancipation of Jews during the French Revolution
La Synagogue de Versailles A.C.I.V. 2006
Articles sur:
Les Archives de la Communauté de Versailles: ‘’Archives Juives 1ère année n°1 p.5
Etat sommaire sur les Archives de la Communauté de Versailles, Archives Juives
1965-1970, p.5
Les Allemands dans la Synagogue de Versailles U.I. 1870-1871 p. 397-399
Versailles, siège du Gouvernement en 1871 : U.I. 1871 p. 148
Louis Kahn, son décès : 10 février 1967, Journal de la Communauté
Moïse Bloch à Versailles, rubrique nécrologique, Archives Israélites 1901, p.388
La Maison d’Orsay : Le Trait d’Union Août 1957
La Pratique du Judaïsme ; Roger Berg in ‘’Yod 1985’’
Archives Israélites 10 septembre 1896, p. 298
Archives de la Communauté de Versailles.
1784-86 : Divers titres concernant l’ancien cimetière Juif de Versailles concédé par le
roi ; acte de propriété, actes de ventes, protocole de vente.
1810-14 et 1854 : Actes de vente concernant le cimetière.
1883 : Pièces concernant la synagogue : arrêté du Conseil d’Etat, affiche de l’enquête
de Commodo.
Registre de comptabilité
recettes 1839-1873
recettes et dépenses 1839-1865
recettes et dépenses 1865-1874
dépenses 1882-1891
Correspondance : Registre des lettres avec réponses.
Délibérations : Registre des délibérations
Titres et documents : Plusieurs dossiers de pièces notariées concernant les droits de
la communauté sur le cimetière et la synagogue.
Société de Bienfaisance : 1888-1910 ; Livre de Caisse.
Archives Municipales de Versailles
F.1 Recensement
Carton 290 Recensement 1790
Carton 583 Recensement 1852
Carton 601 Recensement 1886
F5 Hygiène publique et Salubrité.
P3 Culte Israélite
Carton 5 et 9 ; Legs de Mme Furtado et Mme Heine
Carton 209. Association Cultuelle Israélite de Versailles.
Carton 1100. Inauguration du Temple Israélite. Rapport du commissaire central 1886
Carton 1274 Arrêt rendu le 20 février 1851
Carton 1810. Communauté israélite de Versailles. Etat des Israélites résidant à
Versailles.
Carton 1812. Registre des déclarations 1795-1798
Carton 1817. Renseignements sur les ministres des cultes
Carton 1850. Etats des Israélites. frais de culte
Brochure 497 : Centenaire de la Synagogue de Versailles ;
Frédéric Viey