Magazine Paroles d`avocats n°51
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Magazine Paroles d`avocats n°51
Paroles LE MAGAZINE DU CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX d’ avocats N° 51 - DECEMBRE 2014 - JANVIER / FEVRIER 2015 Acteurs d’avenirs ! Renaud Le Breton de Vannoise : juge du XXIe siècle B U P Publicité des avocats : la réforme Jean-Louis Debré : Pas de « démocratie judiciaire » sans avocats ! © Lucie Sassiat E D I T O R I A L Bâtonnier Jean-Marie Burguburu, Président du Conseil National des Barreaux Au moment où nous bouclons ce numéro consacré à la Convention Nationale de Montpellier, mais aussi à d’autres sujets d’actualité, il nous est apparu utile de publier à nouveau la lettre ouverte que j’avais adressée le 24 octobre dernier à Emmanuel Macron, Ministre de l’économie de l’industrie et du numérique. Deux mois après en effet, rien n’est réglé, la mobilisation du Conseil National des Barreaux et, dans toute la France, des Ordres sous la conduite de leur bâtonnier, reste entière. Le débat qui s’ouvre à l’Assemblée Nationale le 26 janvier 2015 ne se tiendra pas sans les avocats vigilants sur le respect des valeurs fondamentales du Barreau. LETTRE OUVERTE DES 60 000 AVOCATS DE FRANCE À M. EMMANUEL MACRON, MINISTRE DE L’ECONOMIE, DE L’INDUSTRIE ET DU NUMÉRIQUE Monsieur le Ministre, Votre projet de loi «relatif à la croissance et à l’activité» se prépare dans l’opacité et la plus grande précipitation. Les avocats ne vous ont pas attendu pour moderniser leur profession, au service de leurs clients et de l’ensemble des citoyens. Non, les avocats ne sont pas une profession privilégiée. En réalité, nous sommes largement ouverts à la concurrence nationale et internationale ; nous sommes la moins réglementée des professions juridiques réglementées ! Non, la profession d’avocat ne peut pas être réformée selon des impératifs purement économiques. Certes, elle représente un atout majeur pour l’économie nationale, mais elle apporte surtout aux justiciables des garanties démocratiques fondamentales. Et pourtant, vos projets ne sont précédés d’aucune étude d’impact sur le fonctionnement de la justice. Non, nous ne braderons ni notre indépendance ni notre déontologie, ni en ouvrant nos cabinets aux capitaux extérieurs, ni en admettant un statut de l’avocat en entreprise contraire à nos principes essentiels. Non, nous n’acceptons pas la création de déserts juridiques. Vos projets de réforme, notamment la suppression du mécanisme de postulation territoriale, vont asphyxier de nombreux barreaux. Ils videront certains territoires de leurs avocats, portant atteinte à la garantie des droits des citoyens devant la justice. Oui, nous sommes ouverts au développement d’une interprofessionnalité : nos discussions avec les autres professions du droit et du chiffre sont avancées. Oui, nous sommes ouverts au développement de la concurrence : l’accès à la profession ne connaît aucun numerus clausus et l’installation des avocats est totalement libre. Oui, nous nous battons pour un meilleur fonctionnement de la justice. Et nous défendons près d’un million de nos concitoyens au titre de l’aide juridictionnelle. Oui, nous agissons pour innover et moderniser nos pratiques, grâce aux outils numériques et au réseau privé virtuel des avocats (RPVA) qui fonctionne déjà devant toutes les juridictions civiles, commerciales et administratives. Si les avocats ne peuvent plus travailler en toute indépendance, ils ne contribueront pas à la croissance. Le Conseil National des Barreaux appelle le gouvernement à modifier radicalement sa position à leur égard. Vous entendrez l’appel des 60 000 avocats de France et vous y répondrez dans le souci que vous avez d’une justice égale et accessible à tous. Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de notre haute considération. Jean-Marie BURGUBURU. Président du Conseil National des Barreaux. Etablissement d’utilité publique chargé de représenter la profession d’avocat. Paroles d’avocats - 3 PA51 SOMMAIRE 3 / Editorial Jean-Marie Burguburu Président du Conseil National des Barreaux 6 / Actualités 6 - Le CNB demande le retrait du volet « avocat » de la loi Macron - Le Conseil constitutionnel valide les règles d’installation des notaires - Aide juridictionnelle : Taubira forme des groupes de travail 7 - Revue de manifs 7 10 / Vie du Conseil 10 11 12 14 - Revue de manifs Les avancées de la réforme de l’aide juridictionnelle Réforme de la formation initiale Le Cloud privé des avocats La nouvelle communication des avocats 17 / Grand entretien Jean-Louis Debré : pas de « démocratie judiciaire » sans avocats ! 20 / International Rosario Grasso : bâtonnier du Luxembourg 22 / Documentation Le coin des publications 24 / Dossier Convention Nationale des Avocats 38 / Portrait Renaud Le Breton de Vannoise : juge du XXIe siècle 40 / Manifestations 42 / Livres 17 24 Jean-Louis Debré : pas de « démocratie judiciaire » sans avocats ! 45 / Agenda culturel 46 / Observatoire Aide juridictionnelle : quand la réforme tarde à venir 50 / Paroles de bâtonniers Damien Vinet, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Blois Convention Nationale des Avocats Conseil National des Barreaux - 22, rue de Londres - 75009 Paris - Tél : 01 53 30 85 60 - Fax : 01 53 30 85 61- www.cnb.avocat.fr Président : Jean-Marie Burguburu • La rédaction est sous la responsabilité du Conseil National des Barreaux Directeur de la Publication : Jean-Marie Burguburu • Rédacteur en Chef : Eric Azoulay RéDACTION : Pascale Honorat. L’équipe de rédaction de LEXPOSIA PUBLISHING a également écrit plusieurs articles et assuré le secrétariat de rédaction. éDITION : « Paroles d’avocats » est un magazine édité par LEXPOSIA S.A, 29, rue de Trévise 75009 Paris - Tél : 01 44 83 66 70 - Fax : 01 44 83 66 71 - Site internet : www.lexposia.com - Email : [email protected] / Président du Conseil d’administration et éditeur : Frédéric Bonaventura / Maquette : Thiéry Jacquot PUBLICITé : LEXPOSIA ADVERTISING - 29, rue de Trévise - 75009 PARIS - Tél : 01 44 83 66 70 - Fax : 01 44 83 66 71 - www.lexposia-advertising.com Directeur de Publicité : Frédéric Bonaventura / Marketing publicité : Olivier Ndonga - [email protected] - Tél : 01 44 83 66 79 La reproduction, même partielle, des articles et illustrations publiées dans « Paroles d’avocats » est interdite. LEXPOSIA SA décline toute responsabilité pour les documents remis. Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus. Imprimé en France. ACTUALITéS le cnb demAnde le retrAit du « AvocAt » de lA loi mAcron Le 21 novembre, l’assemblée générale du Conseil National des Barreaux a appelé la profession à une grande manifestation nationale le 10 décembre, jour de la présentation du projet de loi Macron en conseil des ministres. Dans une « lettre ouverte des 60 000 avocats de France » à l’intention du ministre de l’économie publiée dans la presse le 24 octobre, la profession avait déjà fait part du risque « d’asphyxier de nombreux barreaux » et de créer des « déserts juridiques » si le projet de loi devait prévoir la suppression du système de la postulation. Après la réception de Jean-Marie Burguburu, président du Conseil volet National des Barreaux et de Marc Bollet, président de la Conférence des bâtonniers à Matignon le 21 novembre, les représentants de la profession, par la voix de l’assemblée générale de CNB ont estimé ne pas avoir pas été entendus et se sont prononcés pour un retrait du volet « avocat » de la loi Macron. le conseil constitutionnel vAlide les règles d'instAllAtion des notAires Le Conseil constitutionnel a validé le 21 novembre les règles d'installation des notaires que le gouvernement souhaite réformer dans le cadre du projet de loi sur l'activité, estimant que le droit dont ils jouissent, de choisir leur successeur, était conforme à la Constitution. Selon le Conseil, ce « droit de présentation » des notaires n'enfreint pas « le principe d'égal accès aux dignités, places et emplois publics » prévu par l'article 6 de la Déclaration de 1789, car ils exercent « une profession réglementée dans un cadre libéral » et non un « emploi public », régi par cet article. Les Sages se prononçaient une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), à la suite du recours engagé par un particulier, Pierre Thiollet, diplômé notaire qui avait vu sa demande de nomination refusée par le garde des Sceaux. Aussi, les Sages n'ont pas répondu à propos de l'un des arguments avancés par l'avocat de Pierre Thiollet, à savoir que si la profession de notaire est une activité privée, le « droit de présentation » enfreint la liberté d'en- treprendre protégée par l'article 4 de la Déclaration de 1789. Le gouvernement souhaite donner aux jeunes notaires le choix entre racheter la charge d'un prédécesseur - actuel système du « droit de présentation » - ou créer un nouvel office, là où ils le souhaitent dans le cadre du projet de loi Macron sur l'activité. Ce principe de libre installation pourra toutefois être limité au cas par cas par le ministère de la Justice, s'il estime que l'arrivée du nouvel entrant pourrait menacer la survie d'études existantes. Aide juridictionnelle : tAubirA forme des groupes La garde des Sceaux, Christiane Taubira, va former quatre groupes de travail pour réfléchir à plusieurs thèmes liés à l'aide juridictionnelle, a indiqué vendredi la Chancellerie, confirmant une déclaration du prési- 6 - Paroles d’avocats dent du Conseil National des Barreaux (CNB), Jean-Marie Burguburu. Les groupes de travail seront installés début décembre et leur mission s'achèvera courant mars. Selon le président du CNB la piste de trAvAil selon laquelle le gouvernement envisageait jusqu’ici de mettre à contribution les cabinets ne pratiquant pas de missions d’aide juridictionnelle serait « sur le point d’être abandonnée. » ACTUALITéS revue de mAnifs La semaine du 17 au 21 novembre a été animée par de nombreuses manifestations dans l’ensemble des barreaux français. Le projet de loi Macron et la réforme de l’aide juridictionnelle ont suscité la colère des avocats. Douai L’ensemble des bâtonniers des dix barreaux de la région et leurs confrères se sont rassemblés devant la Cour d’appel de Douai après une journée de grève totale organisée le 18 novembre. Grasse Opération « justice morte » des avocats du barreau de Grasse qui ont bloqué l’accès du palais de justice en signe de protestation. ACTUALITéS Troyes Une semaine de grève et une matinée de manifestation également à Troyes, où les avocats du barreau de l’Aube se sont réunis le 21 novembre. Versailles Rassemblement des avocats du barreau de Versailles, le 21 novembre. Montpellier Jeudi 20 novembre, les « Macron démission » fusaient devant le palais de justice de Montpellier où près de 250 avocats du barreau se sont rassemblés. Avignon Après une semaine de grève, une centaine d’avocats bâillonnés ont manifesté leur désaccord avec le projet de loi Macron sur les marches du palais de justice. VIE DU CONSEIL les AvAncées de lA réforme de l’Aide juridictionnelle Myriam Picot Ancien Bâtonnier de Lyon Présidente de la Commission Accès au Droit Où en est-on aujourd’hui concernant la réforme de l’aide juridictionnelle ? Le député Jean-Yves Le Bouillonnec a rendu son rapport au premier ministre dès septembre 2014. Il a analysé la situation de l’aide juridictionnelle en France et formé des propositions d’aboutissement sur son financement et sa gouvernance. Certaines de ces propositions rejoignent celles faites par la profession : - Conserver l’originalité du système français de l’aide juridictionnelle (universalité des champs couverts, association de la profession d’avocat à la gestion de l’AJ et aux modalités de rétribution des avocats). - Créer des financements complémentaires au budget de l’état pour faire face à l’augmentation des missions et à l’indigence de leur rétribution. Mais le montant proposé reste très insuffisant pour remédier à la situation actuelle. - Etablir un plan d’action pour le rattrapage immédiat de l’UV non revalorisée depuis 2007 puis s’attaquer à la refonte de la grille avec remise à plat du système de l’UV et des forfaits - Mettre en place une véritable gouvernance de l’AJ tant au niveau local que national, avec un partenariat fort des avocats. - Inciter les barreaux à développer une organisation plus rationnelle des missions d’AJ. D’autres sont inacceptables, notamment celle de faire dépendre l’indexation immédiate de l’UV et plus largement la réforme de l’AJ de l’acceptation par la profession d’une « cotisation volontaire de solidarité inter-barreaux pour le service de l’aide juridique ». Il n’appartient pas à la profession de financer une mission de service public. Qu’a proposé la profession ? La profession a proposé que la concertation s’ouvre sans condition préalable et sans tarder, avec mise en place d’un calendrier de travail sur les propositions de réforme. La profession est prête à s’enga- 10 - Paroles d’avocats ger plus avant dans la gestion de l’aide juridictionnelle, depuis le traitement des demandes d’AJ jusqu’à la gestion du budget de l’AJ, ou au moins à celui des financements complémentaires (par l’intermédiaire d’un fonds dédié ou par le CNB avec l’aide de l’UNCA). Il faut également revoir la place de l’assurance de protection juridique, qui ne joue pas son rôle malgré le développement des contrats. A quoi peut-on s’attendre pour 2015 ? Deux hypothèses peuvent être posées : - Soit la concertation s’ouvre en cette fin d’année et les solutions devraient émerger au printemps 2015, de manière à faire compléter les financements complémentaires nécessaires à la réforme lors de la loi de finances rectificative de juillet 2015. - Soit les avocats cesseront de porter collectivement l’AJ. De nombreux barreaux ont organisé pendant l’année 2014 des grèves du secteur assisté, démontrant ainsi leur refus de continuer à assurer cette mission de service public dans les conditions actuelles. Et à plus long terme ? La réforme exige que le gouvernement s’engage sur des financements complémentaires plus importants et que la profession s’engage sur une organisation plus judicieuse des missions d’AJ, afin d’apporter tout à la fois une réponse aux besoins de droit non satisfaits, une meilleure qualité de la défense et une rationalisation des dépenses. A défaut, je crains que nous ne rejoignions le train pris par d’autres pays d’Europe, vers une limitation des domaines couverts et des honoraires payés. Avec le risque d’une paupérisation de la défense des publics les plus fragiles, et le désintérêt d’une profession d’avocat réduite à la contrainte économique. VIE DU CONSEIL réforme de lA formAtion initiAle Jean-Marie Bédry Président délégué de la Commission Formation L’assemblée générale a adopté les rapports sur l’accès aux écoles d’avocats (2012) et sur la formation initiale (juin et octobre 2014). Un projet de décision d’harmonisation des programmes de formation a été envoyé à la concertation et sera examiné pour adoption en décembre 2014. L’examen d’entrée permettrait de mieux appréhender les aptitudes des candidats à l’exercice de la profession, et innove par des épreuves écrites nationales permettant une harmonisation des résultats, aujourd’hui très variables en fonction des Instituts d’études judiciaires (IEJ). Ces projets de réforme sont le fruit de concertations très complètes avec toutes les composantes de la profession (dont la remarquable enquête de la Fédération nationale des élèves avocats), et du travail des membres de la commission formation du CNB. La formation est raccourcie (la demande des élèves, plus âgés qu’autrefois, est très claire) et concentrée sur une véritable « boite à outils », pour préparer au métier d’avocat. La réforme rend la formation plus efficace, et (enfin) exclusivement pratique. Elle serait articulée de la façon suivante : - Quatre mois à l’Ecole, avec des méthodes innovantes : ateliers, « MOOC » (Massive Open Online Courses), e-learning … Cette formation exclusivement pratique est majoritairement orientée vers le conseil et la rédaction. Elle comporte bien sûr de la déontologie, de la gestion du cabinet et de son développement, et des langues. Le projet de programme a été rédigé en collaboration avec l’Ecole de formation de Paris. Les premiers retours de la concertation sont très positifs. - Six mois de stage en cabinet d’avocats, en France ou dans l’Union européenne. - Deux mois pour des stages de découverte optionnels, les congés et la préparation du CAPA. - Projet pédagogique individuel (PPI) de 6 mois pour les élèves qui le souhaitent, ce qui revalorise le PPI (notamment à l’étranger) par le volontariat. - CAPA à l’issue de la formation, en deux sessions, au bout d’un an, ou de 18 mois pour ceux qui ont choisi un PPI. Le CAPA sera allégé, avec une note de formation continue (70 % de la note finale), et un examen de sortie recentré autour de la déontologie et de l’exercice professionnel. L’ensemble du cursus est volontairement souple, avec par exemple une part de liberté donnée aux écoles dans le choix des formations (avec l’exigence du caractère pratique). A l’issue de cette formation, l’élève prêtera serment et deviendra avocat référendaire (titre conforme aux exigences du droit de l'Union européenne) durant une année : il ne pourra exercer qu’en qualité de collaborateur libéral ou salarié d’un confrère plus ancien, « référent » chargé de compléter sa formation. Après cette période, un certificat de fin de collaboration référendaire sera établi par l’Ordre, et permettra l’inscription au tableau. La mutualisation, qui a déjà commencé à se mettre en place, amènera une diminution des coûts (la contribution professionnelle ne doit pas et ne peut plus augmenter), tout en permettant une augmentation des bourses. Paroles d’avocats - 11 VIE DU CONSEIL le cloud privé des AvocAts Clarisse Berrebi Présidente de la Commission Nouvelles Technologies La profession se dote d’une solution mutualisée de Cloud privé exclusivement réservé aux avocats. Qu’est ce qu’un Cloud privé ? Il s’agit d’un serveur délocalisé réservé à la profession d’avocat qui permettra via une interface web de stocker les données sensibles et indispensables aux avocats dans l’exercice de leur profession. La solution offre notamment un serveur de mails, l’agenda, les contacts, les tâches, le chat, la VOIP, la visio-conférence, un espace de stockage de documents de 50 GO par utilisateur (avec synchronisation online/offline type Dropbox). L’espace de stockage redondé sur plusieurs sites en France sera accessible via internet uniquement par un chemin sécurisé. La solution dispose de plusieurs niveaux de chiffrements. L’avocat pourra renforcer la sécurité sur certains messages ou certains documents via un code envoyé automatiquement sur un terminal mobile (OTP – one time password) à l’instar d’un achat en ligne. Le Conseil National des Barreaux ouvrira à chaque avocat en exercice un accès via une adresse mail générique [email protected] permettant notamment aux jeunes avocats de disposer dès leur prestation de serment d’un outil professionnel différenciant. Les cabinets structurés pourront faire migrer leur nom de domaine et leur messagerie de cabinet vers le Cloud privé des avocats. Cette solution totalement adaptée à l’exercice de la profession d’avocat sera interopérable avec les autres outils professionnels de l’avocat. Pourquoi un Cloud privé ? Les avocats ont besoin de travailler avec les outils modernes et accessibles via le web. Toutefois, les outils « grand public », ne sont pas en mesure de garantir aux avocats le respect de leurs engagements de confidentialité. 12 - Paroles d’avocats Les failles de sécurité de ces outils ont été révélées et, eu égard à leur gravité, aurait pu conduire la profession à une décision radicale d’interdiction d’utilisation de certaines plateformes. Cette décision aurait les avocats à s’exclure des outils modernes sauf à investir dans des systèmes coûteux et refuser l’usage par les clients eux-mêmes de ces outils largement adoptés. Cette approche aurait été mal reçue par les avocats et davantage encore par leurs clients. Il était donc indispensable de penser une solution professionnelle et mutualisée qui, si elle n’exclut pas les risques, les encadre pour garantir à tout avocat - sans investissement financier individuel spécifique un niveau de sécurité sérieux pour lui permettre l’exercice de sa profession. Cette solution garantit l’égalité de traitement de tous les avocats de France et fait basculer l’ensemble de la profession dans l’environnement numérique. Elle offre à nos clients un haut niveau de sécurité sur les données dématérialisées qu’ils nous confient. Les avocats ont toujours porté une attention toute particulière aux informations confiées par leur client. Cette solution permet de transposer nos principes essentiels et notamment le secret professionnel, directement lié au droit de la protection de la vie privée, dans l’espace dématérialisé. VIE DU CONSEIL lA nouvelle communicAtion des AvocAts Francis Poirier Président de la Commission Règles et Usages Jean-Louis Schermann Membre de la Commission Règles et Usages L’article 3 bis de la loi du 31 décembre 1971, complété par la loi du 17 mars 2014 relative à la consommation, autorise les avocats à recourir à la publicité et à la sollicitation personnalisée dans les conditions définies par décret. La loi précise que toute prestation réalisée à la suite d’une sollicitation personnalisée doit faire l’objet d’une convention d’honoraires. Le décret d’application relatif aux modes de communication des avocats est intervenu le 28 octobre 2014. Le 10 octobre 2014, le CNB adoptait le nouvel article 10 du RIN déclinant les principes applicables à ces modes de communication et définissant la sollicitation personnalisée comme un mode de publicité destinée à promouvoir les services d’un avocat à l’attention d’une personne physique ou morale déterminée. Jusqu’alors, aux termes de l’article 15 du décret du 12 juillet 2005, la publicité était permise à l’avocat mais toute offre de service personnalisée adressée à un client potentiel lui était interdite. Par ailleurs, quiconque s’est livré à un acte de démarchage en vue de donner des consultations ou de rédiger des actes juridiques sera passible des peines prévues à l’article L 121-23 du code de la consommation. Ces sanctions ne sont pas applicables aux avocats qui sont soumis aux dispositions de l’article 3 bis. Ces nouveaux modes de communication offerts à l’avocat français sont de nature à assurer le déve- 14 - Paroles d’avocats loppement de son activité sans porter atteinte aux principes essentiels de notre profession. S’il en est ainsi, c’est parce qu’en cette matière, la profession a toujours agi avec un temps d’avance sur les pouvoirs publics, grâce au CNB. La commission des règles et usages n’ignorait pas qu’elle aurait à traiter de ce sujet depuis que la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) avait jugé, le 5 avril 2011 dans l’affaire C-119/09 , que l'article 24 de la directive du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur s'opposait à une réglementation nationale qui, sous couvert d'interdiction du démarchage, revenait à prohiber tous les moyens de communication permettant la mise en œuvre de cette forme de communication commerciale. En octobre 2011, sous la présidence de Pierre Berger, la commission des règles et usages présentait un premier rapport. En septembre 2012, le gouvernement français a été interpellé par la Commission européenne sur la nonconformité du décret du 25 août 1972 relatif au démarchage et à la publicité en matière de consultation et de rédaction d’actes juridiques avec les dispositions de l’article 24 de la directive services, ainsi qu’avec l’arrêt de la CJUE, concernant la profession d’avocat. La Chancellerie a alors demandé au CNB de faire connaître ses propositions. Dès le mois d’octobre 2012, l’assemblée du CNB approuvait les propositions de la commission des règles et usages, lesquelles ont été reprises dans la loi du 17 mars 2014. Dans l’attente de l’adoption de VIE DU CONSEIL cette loi, la commission des règles et usages a, tout au long de l’année 2013, travaillé à la réforme de l’article 10 du RIN, non seulement pour que la profession soit prête à accueillir le nouveau dispositif législatif mais aussi pour pouvoir nourrir la Chancellerie de ses réflexions dans l’élaboration du décret. Le chemin à suivre était tracé par la directive services. Cette directive pose en son article 24 le principe de la liberté de toute communication tout en disposant dans son second alinéa que les Etats veillent à ce que les communications commerciales faites par les professions réglementées respectent les règles professionnelles, conformes au droit communautaire, qui visent notamment l’indépendance, la dignité et l’intégrité de la profession ainsi que le secret professionnel, en fonction de la spécificité de chaque profession. Les règles professionnelles en matière de communication commerciale doivent être non discriminatoires, justifiées par une raison impérieuse d’intérêt général et proportionnées. Le nouvel article 10 du RIN en trace les contours. Ce court article ne pouvant reprendre toute l’analyse de ce nouveau texte, le lecteur est invité à prendre connaissance sur le site du CNB du rapport présenté le 10 octobre 2014 à l’assemblée générale. Mais quel progrès que de permettre aujourd’hui aux avocats de faire connaître leurs services à des personnes déterminées en nombre ou non. Comment ne pas imaginer que demain, c’est-à-dire dès aujourd’hui, les avocats qui sont exclus de l’action de groupe pourront rassembler, grâce à ces nouveaux modes de communication, des clients pour engager des actions de masse. C’est dans cet esprit que nos nouvelles règles ont été adoptées. Elles excluent les démarches physiques ou téléphoniques, y compris les SMS. En effet, une telle démarche serait indigne et indélicate car elle serait susceptible de surprendre le consommateur à un moment où il ne s’y attend pas ou alors qu’il se trouve en état de faiblesse. De plus, en l’absence d’une trace écrite, aucun contrôle de nature déontologique par les ordres ne serait possible a posteriori alors qu’il s’impose au regard de l’alinéa 2 de l’article 24 de la directive services. Le nouvel article 10 du RIN, après avoir défini les modes de communication (art 10.1), fixe les dispositions communes à toute communication (art 10.2), traite ensuite de la publicité et de la sollicitation personnalisée (art 10.3), des annuaires (art 10.4), de la publicité par Internet (art.10.5) et enfin, de l’information professionnelle (art 10.6 – documents destinés à la correspondance, plaques et cartes de visite). Ce nouvel espace de liberté met les avocats en mesure de communiquer avec des moyens modernes dans le respect de nos principes essentiels. Il appartiendra certainement au CNB de définir les bonnes pratiques. Paroles d’avocats - 15 GRAND ENTRETIEN pAs de « démocrAtie judiciAire » sAns AvocAts ! Depuis sept ans, Jean-Louis Debré, magistrat, ancien ministre de l’intérieur et président de l’Assemblée nationale, préside le conseil des Sages de la rue Montpensier. Une juridiction dont il a su « pousser les murs » pour accueillir dans les meilleurs conditions les justiciables amenés à contester une loi à l’occasion du nouveau recours offert par la question prioritaire de constitutionnalité. Dans une salle d’audience flambant neuve, les avocats plaident comme devant n’importe quelle juridiction. Preuve que l’institution a réussi sa mue en opérant une justice moderne où le contradictoire est au centre de l’œuvre de justice. Preuve aussi du crédit que le président accorde aux avocats, une profession qu’il juge indispensable aujourd’hui et demain pour que se réalise la « démocratie judiciaire. » La Convention Nationale des Avocats mettait cette année l’avocat « Acteur d’avenirs » à l’honneur, rejoignez-vous cette vision ? L’avocat trouve tout son rôle dans ce que j’appelle la démocratie judiciaire. Il n’y a pas de justice sans avocat. Il y a un droit à l’avocat qui est un droit pour chaque justiciable d’être assisté dans les procès pénal, judiciaire, administratif ou constitutionnel… L’avocat est auprès de son client, pour s’assurer du respect de ses droits et du respect de la procédure. Il n’existe pas de démocratie judiciaire, si le justiciable n’a pas la possibilité d’être assisté et conseillé par un avocat. Quels sont les défis qui se posent pour la profession ? Trois défis majeurs se posent, me semble t-il. D’abord, le temps de la justice n’est plus le temps des magistrats ou des avocats, mais celui des justiciables. L’avocat doit donc faire en sorte que la justice se passe rapidement. Deuxièmement, l’avocat doit être en mesure de répondre à l’internationalisation des rapports économiques et sociaux. Enfin, le défi de la compétence juridique s’impose. Aujourd’hui, on ne respecte que celui qui est compétent. En conséquence, si l’avocat du XIXe siècle pouvait être comparé à un « médecin généraliste », je pense que maintenant en rai- son de la complexification, de l’internationalisation, de l’européanisation et de la technicité et spécificité du droit, l’avocat est devenu aussi un « médecin spécialiste. » Comment renforcer cette spécialisation ? Cela suppose un effort permanent d’information, de formation et d’actualisation des connaissances. On ne peut plus se contenter d’a priori ou d’émotionnel. Et je le crois même en matière de droit pénal classique. Les effets de manche de l’avocat traditionnel sont de moins en moins efficaces. La plaidoirie de l’avocat s’adresse à des magistrats spécialisés, compétents et Paroles d’avocats - 17 GRAND ENTRETIEN pour emporter la conviction du juge, pour rédiger des contrats, un avocat doit assurer la sécurité juridique, il faut faire preuve d’expertise. L’avocat doit être un communiquant mais pas forcément un ténor, le justiciable a avant tout besoin d’un conseiller, c’est-à-dire un avocat qui démonte l’accusation en partant du droit et des éléments constitutifs de l’infraction. Le droit prend des accents de plus en plus internationaux, comment les avocats doivent-ils s’adapter dans ces conditions, surtout face à une concurrence accrue de confrères étrangers ? Il faut que les avocats français soient les meilleurs. Comment ? D’abord, je crois, en connaissant le droit européen. Au Conseil constitutionnel, même si nous ne faisons que du contrôle de constitutionnalité, le droit européen n’est jamais loin. L’avocat ne peut se contenter aujourd’hui du droit franco-français. Je suis allé récemment au Brésil dans le cadre d’un colloque sur la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), et j’ai été frappé de constater le nombre de magistrats mais aussi d’avocats qui n’avaient pas besoin de traduction. C’est à la profession de s’organiser notamment grâce à des accords entre avocats étrangers et avocats français et en construisant des cabinets d’avocats groupés. 18 - Paroles d’avocats La défense du droit continental est également un enjeu ? La concurrence entre droit continental et la common law n’est pas nouvelle, cela ne s’arrêtera pas. Il y a deux façons de l’observer, soit en disant c’est dramatique, soit en luttant. Il y a des pays comme la Chine, qui regardent de très près les efforts faits par les avocats de common law, je ne suis pas sûr que l’on fasse les mêmes efforts pour faire valoir l’importance, l’intelligence, la spécificité et l’utilité du droit continental. Une bataille perdue est une bataille qu’on ne livre pas. Allons sur le terrain. Les pouvoirs publics ont bien sûr une responsabilité, mais c’est aussi le rôle des acteurs du droit, comme les avocats. Lors de déplacements au Mexique, en Colombie et au Brésil, j’ai été interpellé par les attentes que suscite le droit français, à quel point elles sont importantes. Ce sont des pays qui se cherchent. L’intérêt est là, à nous juristes de partir à leur rencontre. La dématérialisation et la numérisation sont des sources majeures de la modernisation de la justice, mais ne prendt-on pas le risque de la déshumaniser ? Si je prends l’exemple de ce que nous avons fait ici avec la QPC, tout est dématérialisé. Cela permet un gain de temps et d’efficacité, mais cette dématérialisation n’a pas entraîné la disparition de l’audience publique. La justice doit être respectée et doit être légitime. Pour cela le justiciable doit avoir la certitude que juste avant le moment où sa cause va être examinée, son avocat a pu s’exprimer en regardant dans les yeux son ou ses juges. Il a ainsi la certitude qu’à la veille du moment ultime, il y a une dernière explication de juge à avocat. Ne faisons pas disparaitre ce moment, l’oralité du débat est essentielle pour renforcer l’autorité de la décision de justice. Peut-être faut-il que l’audience se passe de façon différente, mais il y a un moment privilégié qui ne doit pas disparaître. L’oralité ne veut pas dire des audiences qui durent des heures, ici les avocats ne plaident que quinze minutes par exemple. Ce contradictoire doit être public. Sauf si les parties ne le souhaitent pas bien sûr. Au Conseil constitutionnel, l’audience est filmée et mise en ligne automatiquement. Le contradictoire ne va pas sans cette publicité des débats, cela doit bien sûr être le droit commun. Vous avez été le parrain de plusieurs promotions d’élèves-avocats, avez-vous le sentiment que leur formation répond à leurs attentes ? Les écoles de formation sont de bonnes écoles car on y apprend la procédure, la déontologie et des modules pratiques. Je recevais récemment des étudiants à qui je conseillais d’aimer profon- GRAND ENTRETIEN dément leur métier, de ne jamais être blasé, résigné ou sceptique, de garder une capacité d’écoute leur client, mais aussi d’apprendre au moins deux langues étrangères. Après leur sortie de l’école, les avocats doivent rester à l’écoute de leur formation, ils ne doivent pas renoncer à se doter d’une culture générale ou une culture historique. Un très bon spécialiste, c’est aussi quelqu’un qui a une grande culture juridique, historique et générale et qui peut contextualiser les sinon d’autres prendront la place. Les sociétés qui se développent ont besoin de conseils juridiques. Il faut comprendre qu’il n’y a plus une seule profession d’avocat mais une multitude de professions d’avocat. Le challenge est d’en trouver les règles communes, bien sûr. Penser qu’il n’y a qu’une profession d’avocat c’est je pense se tromper, et c’est dans ce cadre qu’il faut inscrire la réflexion sur l’avocat en entreprise. choses. Ils ne peuvent pas être ignorants, le droit est l’expression d’une société et d’une évolution. Certains professionnels appellent à un rapprochement entre professionnels du droit et du chiffre, ces professions sontelles compatibles ? Plaçons-nous du côté du client ! Celui-ci aura plutôt tendance à s’adresser à une structure au sein de laquelle où il y a des compétences multiples plutôt qu’une structure où il n’y a qu’une compétence et où il faut aller chercher les autres dans d’autres établissements. Les petits cabinets d’avocats ont aussi leur rôle à jouer. Peut-être plus en province qu’à Paris où il est plus facile de se spécialiser. Il faut avant tout faire du sur-mesure et non du prêt-àporter. L’avocat est un des acteurs essentiel de la paix sociale, dans la certitude qu’il offre que « Il n’y a plus une seule profession d’avocat mais une multitude de profession d’avocat » Avec le sport, l’immobilier, la fiducie, de nouveaux territoires s’ouvrent pour les avocats, doit-on également le voir intégrer l’entreprise ? La société est en train de se judiciariser totalement. Là où jadis c’était un champ de friches et où on faisait ce qu’on voulait, ce n’est aujourd’hui plus possible. La notion de responsabilité a gagné du terrain. Pour l’avocat en entreprise, cela me semble être inscrit dans l’évolution des sociétés. Cela génère plusieurs points problématiques qu’il faudra régler, mais attention à ne pas rater ce tournant, les conflits et les difficultés se régleront par l’intermédiaire du droit. Comme dans le domaine médical, le Samu, c’est l’avocat généraliste, compétent, capable d’écouter, conseiller et de réorienter chez un spécialiste. Ce facteur d’équilibre suppose que l’on ne fasse pas disparaitre complètement l’avocat généraliste. Après quatre années de pratique, trouvez-vous les avocats plus à l’aise avec la procédure de la QPC ? Nous sommes satisfaits car dès le départ nous avons souhaité que les avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation ne soient pas les seuls à plaider devant nous, ce qui est bien le cas aujourd’hui puisqu’ils représentent seulement 50 % des avocats que nous recevons. Le plus important, c’est la confiance entre l’avocat et son client, ce dernier doit pourvoir être représenté par l’avocat de son choix. Le succès de la QPC est en très grande partie dû aux avocats, ils ont compris la procédure, ils se l’ont appropriée et l’ont fait triompher. Et leur action n’est pas vaine, puisque le taux de décisions annulant une loi ou une disposition est important. Il approche les 30 %. Je remercie les avocats, car nous n’étions pas nombreux à croire dans ce droit nouveau qui consiste à donner aux justiciables le droit de contester une loi. Paroles d’avocats - 19 INTERNATIONAL rosArio grAsso : bâtonnier du luxembourg Niché au sein du cœur économique de l’Europe, le barreau du Luxembourg attire des avocats du monde entier. Son bâtonnier, Rosario Grasso en dresse portrait. Entretien. Combien d’avocats sont inscrits au barreau du Luxembourg ? Le barreau de Luxembourg se caractérise par une grande diversité d’origine des 2 230 avocats, issus de plus de 35 nationalités différentes, dont presque la moitié est composée de femmes. Notre barreau, varié dans sa composition, est aussi socialement et culturellement divers et ce de manière très enrichissante. Il est ouvert, moderne, jeune et international, ce qui fait aussi son originalité et sa force. Le droit international et les échanges internationaux occupent-ils une place prépondérante dans les affaires trai- 20 - Paroles d’avocats tées par les avocats luxembourgeois ? Depuis la fin des années 1990, début 2000, on observe une croissance importante non seulement du nombre des avocats, mais aussi des grandes études internationales, de même que des avocats européens exerçant sous leur titre d’origine. Contrairement à ce que certains pourraient penser, la renommée et l'importance de notre barreau ou encore son attrait, tant au niveau national qu'international, ne sont pas uniquement liées à la seule place financière et à l'industrie des fonds d'investissement où notre pays est le numéro un de l'UE et le numéro deux mondial. Nous sommes à la veille de l'échange automatique des informa- tions en matière fiscale. Ceci n'est pas un scoop, mais connu depuis plusieurs années déjà. La mort du secret bancaire, qui n'a d'ailleurs jamais été absolu, a été annoncée depuis de longues années, sans que le barreau n'ait cessé de se développer et de se spécialiser. Ceci montre bien que cette image réductrice et presque caricaturale semble bien être véhiculée que pour servir les intérêts de certains. On occulte presque de mauvaise foi les autres activités des télécommunications, du secteur des assurances et réassurances, de la flotte sous pavillon luxembourgeois, des technologies de l'information, de la communication et des « data center », INTERNATIONAL pour ne citer que ceux-ci. Les avocats du barreau de Luxembourg répondent aux attentes et besoins des acteurs et décideurs de toutes ces activités, que ce soit en matière de conseil ou de contentieux judiciaire et même extrajudiciaire. Avec la place centrale du Luxembourg dans l’UE, ceci explique et justifie aussi le ratio important « avocats par nombre d'habitants au Grandduché de Luxembourg ». Vous avez été élu récemment bâtonnier du Luxembourg, quels sont vos engagements ? S’il est incontestable que le barreau de Luxembourg a su relever avec succès les défis au niveau de ses prérogatives et obligations en matière d’autorégulation, il n’en reste pas moins qu’il ne doit pas se reposer sur ses lauriers. De mon côté j’entends rendre encore plus efficace et surtout plus visible l’exécution de ces pouvoirs et ce notamment dans le cadre des procédures disciplinaires. Dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme le barreau s’est doté de moyens nécessaires pour pleinement remplir ses devoirs et obligations comme autorité de contrôle. Au cours de ces trois dernières années, plus de 230 cabinets d’avocats ont fait l’objet de contrôles par la commission anti-blanchiment mise en place par le conseil de l’Ordre. Ces contrôles doivent à mon avis être complétés par des formations régulières, au moins une par année, que le conseil de l’Ordre doit offrir gratuitement aux membres du barreau. En effet, nos confrères suivent déjà des formations payantes en cette matière et je veux compléter cette offre également au niveau de la qualité et de la substance des formations qui seront offertes par le barreau. Le barreau de Luxembourg suit l’évolution des lois et de la jurisprudence et offre aussi gratuitement plusieurs séances de formation permanentes gratuites au courant de chaque année judiciaire. J’ai voulu compléter ces formations par des conférences ou séminaires qui viendront enrichir, dans des matières ou sujets spécifiques, notamment la formation des jeunes avocats par exemple. Ainsi, il y a quelques semaines, avec le Comité de la Conférence du jeune barreau de Luxembourg, nous avons déjà offert gratuitement une première formation en matière de procédure pénale par rapport au flagrant délit et à la « garde à vue ». Peut-on comparer le marché du droit français et celui du Luxembourg ? Oui, car ils sont similaires. Je pense qu’il n’y a pas de grandes différences entre ces barreaux. Lors de mes visites de courtoisie auprès des barreaux français j’ai pu comprendre que nous avions les mêmes problèmes à résoudre : l’aide juridictionnelle, l’amélioration et la facilitation de l’accès à la justice, les questions sur la participation de capitaux étrangers dans les cabinets d’avocats, protéger lors des perquisitions de nos cabinets, le secret professionnel qui est en faveur et protège le justiciable… Quels sont les profils susceptibles d’intéresser les cabinets luxembourgeois, notamment pour les candidats français ou étrangers ? Comme je l’ai annoncé le droit se développe et devient de plus en plus complexe et technique. Des questions de conflits entre lois et droits sont plus fréquentes. Il suffit de penser à la protection des données personnelles par exemple. Il s’en suit que les avocats devront nécessairement se spécialiser de plus en plus. Ce ne sont pas nécessairement des avocats spécialisés au niveau universitaire en telle ou telle autre matière qui intéressent nos cabinets. Ce sera bien sûr un atout non négligeable mais le profil recherché est celui de l’avocat expérimenté qui a plusieurs années d’exercice de la profession avec une expertise conséquente. Un avocat français peut donc facilement venir exercer au Luxembourg ? A priori oui, s’ils répondent aux conditions légales exigées pour exercer la profession d’avocat et à celles requises en matière d’inscription à notre barreau. Par rapport aux candidats « avocats stagiaires » nombreux sont ceux qui ne maîtrisent pas les trois langues officielles. Un nombre non négligeable arrive néanmoins à s’inscrire et ceci montre bien que leurs efforts et préparation ont donné les fruits espérés. L’inscription comme avocat exerçant sous son titre d’origine et qui répond à ces critères et exigences ne pose quant à elle pas de problèmes majeurs. Paroles d’avocats - 21 DOCUMENTATION 22 - Paroles d’avocats CONVENTION NATIONALE 24 - Paroles d’avocats CONVENTION NATIONALE Convention Nationale 2014 retour sur un succès ! CONVENTION NATIONALE Pascale Modelski Vice-présidente du Conseil National des Barreaux Paule Aboudaram Vice-présidente du Conseil National des Barreaux Plus de 5 600 participants, Mille mercis à tous … A tous les participants de la Convention Nationale des Avocats de Montpellier nous adressons nos plus sincères remerciements ! Avec leur verve, leur sensibilité aux débats et aux échanges mais aussi leur joie de vivre, les avocats ont su donner à cette 6e édition toute la convivialité et la richesse que nous espérions y trouver. Parmi les 5 600 participants, les personnalités invitées ont joué un rôle de premier plan pour remplir l’objectif que nous nous étions fixé : c’est-à-dire dessiner les contours de l’avocat de demain. Philosophes, juristes, élus, confrères, acteurs de l’économie et bien d’autres nous ont démontré l’importance de notre profession, son intégration au sein de l’économie, de la société et de la démocratie, mais aussi la nécessité de renforcer encore sa place pour les années à venir. Les organismes techniques qui nous accompagnent depuis les débuts, et les Écoles d’avocat qui fêtaient lors de cette édition leur seconde participation à l’évènement ont été des acteurs actifs du succès de la manifestation. Les premiers en dévoilant aux professionnels, les dernières innovations au service de la profession et les réformes réglementaires qui les impactent directement. Les Écoles ont elles, rempli avec brio leur mission inédite cette année : celle d’organiser plusieurs ateliers de formation afin de proposer une nouvelle gamme de formations, orientées sur les savoirs concrets. Deux années d'échanges, de réunions, de travail nous ont permis d'amener cette 6e édition à un niveau de qualité jamais égalé comme en témoignent l'excellence des formations organisées par des avocats pour des avocats, ces instants de partage et de convivialité autour des déjeuners et soirées et enfin une présence forte des délégations étrangères permettant que la Convention Nationale des Avocats de France puisse également rayonner sur le plan international. Le nombre des inscrits démontre le plein investissement de l’ensemble des barreaux de France qui ont relayé la communication de cet évènement majeur pour notre profession. Cela n'aurait pas été possible sans l'appui du barreau de Montpellier, la détermination de son bâtonnier, Luc Kirkyacharian, l'accompagnement constant de notre consœur, Michelle Tisseyre. Nous remercions tous nos partenaires et annonceurs qui se sont totalement investis pour rendre le Village de la profession attrayant et qui par leur soutien financier ont permis que cette 6e édition se démarque également par son succès économique puisqu'elle s'est totalement autofinancée. Des mois de préparations avec les membres du comité de pilotage et du comité scientifique, pour trois jours de festivités qui auront permis d’assoir la force, l’unité et la détermination de l’ensemble de notre profession. Une fierté pour nous, et de riches enseignements pour tous ! MERCI ! ------ BRAVO ! ------ ENSEMBLE ! 26 - Paroles d’avocats CONVENTION NATIONALE Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel et ancien garde des Sceaux a participé vendredi 31 octobre à la table ronde « L’avocat promoteur et défenseur des droits et libertés » aux côtés de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil Économique, Social et Environnemental, François Roux, avocat honoraire, chef du Bureau de la Défense au Tribunal Spécial pour le Liban et Pascal Turlan, conseiller en coopération judiciaire au Bureau du Procureur de la CPI. Une Convention inscrite dans l’actualité de la profession, qui a réuni des avocats très à l’écoute. Paroles d’avocats - 27 Philippe Saurel, maire de Montpellier a salué « l’indépendance et la liberté de pensée » de la profession à l’occasion des discours d’ouverture, mercredi 29 octobre. Durant la première journée consacrée à l’économie, Jean-Louis Cocusse, membre du bureau du CNB, a remis le prix « Avocat, acteur de l’économie » à Dorothé Cossi Sossa, secrétaire permanent de l’OHADA pour l’action de cette organisation en faveur de l’harmonisation du droit des affaires en Afrique. Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL, Jacques Toubon, Défenseur des droits et Alain Minc, économiste et président d’AM Conseil ont évoqué « Les nouvelles générations de droits » au cours de la journée consacrée à « L’avocat, acteur de la société », jeudi 30 octobre. 28 - Paroles d’avocats CONVENTION NATIONALE Dans son discours, la ministre de la justice, Christiane Taubira a évoqué la réforme de l’aide juridictionnelle, mais aussi celle de la postulation, un système « qui a pour effet de maintenir l’ancrage de certains barreaux » a-t-elle déclaré, appelant à la « plus grande des prudences » sur le sujet. Face aux avocats, le président du Conseil National des Barreaux, Jean-Marie Burguburu a lancé un message à l’attention de Christiane Taubira : « Madame la ministre, défendez-nous ! », sous les applaudissements d’une salle comble. Paroles d’avocats - 29 CONVENTION NATIONALE extrAits du discours de jeAn-mArie burguburu, président du conseil nAtionAl des bArreAux L’aide juridictionnelle « Il semble acquis et traduit dans le projet de loi de Finances pour 2015 : par la taxation des contrats d’assurance de protection juridique (25 M€), la revalorisation du droit fixe sur les décisions pénales (7 M€) et la taxe forfaitaire sur les actes d’huissier (11 M€). Avec le prélèvement de 7 M€ sur le FIDA (Fonds d’indemnisation des Avoués), on arrive à 50 M€ mais on est loin du doublement du budget de l’aide juridictionnelle ! On est même en dessous du rattrapage nécessaire à la fin de la CPAJ. Ce budget reste donc insuffisant, même s’il marque un progrès. » « Enfin, un sujet qui fâche : la solidarité inter-barreaux devant contribuer au financement complémentaire. Sur le fondement initial erroné mettant à la charge des avocats ce qui est en réalité un devoir de l’État envers nos concitoyens, cette conclusion n’est pas étonnante. Elle reste pour autant inacceptable. » 30 - Paroles d’avocats « Le CNB peut prendre sa part dans la gouvernance de l’aide juridictionnelle pour répartir le mieux possible les fonds nécessaires actuellement insuffisants. Mais non, le CNB ne sera pas le percepteur interne de la profession pour prendre chez les uns de quoi payer les autres ! » La réforme Macron « Bien que le barreau constitue la moins réglementée des professions juridiques réglementées, le projet soulève à la fois la colère, l’incompréhension, le désordre et l’inquiétude. La colère, car la méthode retenue par Bercy est inacceptable dans un pays démocratique. Les représentants de la profession convoqués dans l’urgence ont été méprisés et maltraités par les énarques de Bercy n’ayant aucune connaissance du fonctionnement de la justice et du rôle des avocats. C’est totalement scandaleux et inadmissible. » « Ce projet est totalement inacceptable sur tous les points : la suppression envisagée de la territorialité de la postulation dont vous savez bien qu’elle porterait atteinte et sans doute d’une manière fatale, à de nombreux barreaux de taille moyenne ou petite, donc à la présence des avocats sur l’ensemble du territoire, mais aussi la prise de participation minoritaire, mais jusqu’à 49,9 % dans les sociétés d’exercice libéral, qui pourrait porter gravement atteinte à l’indépendance des avocats qui la subiraient, aussi la suppression envisagée du contrôle ordinal d’ouverture des bureaux secondaires, qui priverait les barreaux d’accueil de la surveillance, voire de la simple connaissance de l’existence de nouveaux avocats dans leur ressort et enfin le projet de création d’un avocat en entreprise qu’un certain nombre appellent de leurs vœux, mais que d’autres, en apparence plus nombreux, redoutent comme à la fois, un concurrent à leur propre exercice professionnel et un dévoiement de l’exercice normal de la profession. » CONVENTION NATIONALE gArde des La justice du XXIe siècle « Je sais bien que certains d'entre vous ont considéré que cette réforme de la justice du XXIe siècle n'était pas une grande réforme et c'était bien dommage. C'est une grande réforme mais c'est une réforme sans brutalité, ce n'est pas une réforme industrielle, c'est une réforme je dirais artisanale dans le sens où elle est pointilliste, méticuleuse et fondée sur le savoir-faire. » Les écoutes téléphoniques « Les interceptions téléphoniques sont un enjeu démocratique incontestable et sans mettre en cause ni l'action des magistrats ni l'action des enquêteurs, nous pouvons interroger ce régime de l’encadrement des écoutes téléphoniques, nous avons commencé de la faire, puisque vous avez acceptés de participer à une concertation, le Conseil National des Barreaux, le barreau de Paris et la Conférence des bâtonniers. A la suite de cette concertation, notre administration a rédigé un projet de texte qui vous sera soumis de nouveau très prochainement. » L’aide juridictionnelle « Je ne prétends pas que l'on puisse prendre 350 millions d'eu- extrAits du discours de christiAne tAubirA, sceAux, ministre de lA justice ros pour doubler l'aide juridictionnelle sur les seuls contrats de protection juridiques, donc nous prélevons sur ces contrats, nous prélevons sur les taxes d'huissiers, mais c'est le justiciable qui va payer au bout du compte et ça je ne peux pas le perdre de vue, j'ai une responsabilité politique, je l'assume en tant que telle. » « Il y a des chiffres qui sont une réalité qui doivent être pris en compte, comme le fait que 7 % des avocats assurent 55 % de l'aide juridictionnelle ou que 58 % de la profession n'effectue aucun acte d'aide juridictionnelle. Je souhaite qu'on en tire les enseignements. » « Dans une profession composite où des cabinets ne font pas du tout d'aide juridictionnelle et qui font par exemple principalement de la fiducie, de la transaction immobilière, du conseil fiscal international, ce que je proposais c'est que l'on sollicite ces cabinets qui ont ces activités en exclusivité et qui n'entraînent pas l'aide juridictionnelle et je proposais qu'on leur demande une demie heure ou une heure d'honoraires par année. » La réforme Macron « Pour moi le risque est là, et il est là au-delà de la question de la territorialité de la postulation. Il est dans le fait que cette territorialité à des effets pour maintenir l'ancrage de certains barreaux, c'est empirique, mais je crois qu’elle a un effet réel. Compte tenu de cela, je n'ai pas envie de voir se réduire ou se dissoudre des barreaux dans certains territoires car je conserve cet objectif général de l'accès au droit sur l'ensemble du territoire. » L’avocat en entreprise « Sur l'avocat en entreprise moi cela me pose la question de la subordination, votre profession a ceci de merveilleux que c'est une profession indépendante, c'est-àdire une indépendance dans l'esprit, votre maître c'est le droit, c'est l'efficacité dans le droit, je suis interpellée moi-même par cette question de l'avocat en entreprise. Il nous faut définir si nous restons sur la même formation, sur le même serment, sur la même déontologie, sur la même éthique, donc sur la même probité en général. » Paroles d’avocats - 31 CONVENTION NATIONALE Sur son stand de 240 m2 le Conseil National des Barreaux a reçu de nombreuses visites, répondant ainsi aux questions de l’ensemble des avocats. LE VILLAGE DE LA PROFESSION Plus de 70 exposants se sont retrouvés dans le « Village de la profession ». 5 000 m2 pour exposer et répondre aux attentes des avocats. Suivre les évolutions du marché et les dernières tendances, un jeu d’enfant avec les exposants ! Les écoles d’avocats étaient également représentées au sein du Village. Une Convention Nationale qui fut aussi pour elles, une occasion inédite d’organiser une dizaine d’ateliers de formation, à la demande du Conseil National des Barreaux. Les vices-présidentes du CNB, Paule Aboudaram e et Luc Kirkyacharian, bâtonnier de Montpellier s et Pascale Modelski, le président du CNB, Jean-Marie Burguburu sont venus assister au cocktail du village, le mardi 28 octobre. CONVENTION NATIONALE Très fréquenté également, le stand du barreau de Montpellier a assuré l’animation en organisant des dégustations de produits locaux et plusieurs quizz. L’Observatoire du Conseil National des Barreaux a profité de l’évènement pour publier ses derniers chiffres sur l’évolution de la profession. CONVENTION NATIONALE Atelier « Individualisation de la réparation du préjudice corporel », jeudi 30 octobre, sous la direction de Bertrand Couderc, membre du CNB et avec les interventions de Laurence Clerc-Renaud, maître de conférences en droit privé à la Faculté de Chambéry, Gisèle Mor, ancien bâtonnier du barreau du Val d’Oise, ancien membre du CNB, Michel Ehrenfeld, coordinateur règlement de Axa France, chargé d’enseignement à l’ Institut des assurances de Paris. Une première ! Chaque jour, les avocats ont pu profiter des 23 salles aménagées pour leur permettre d’assister à des formations de qualité, choisies en amont par les membres du comité de pilotage parmi une large sélection. Un programme pensé par des avocats, pour des avocats. L’atelier « Le patrimoine et l’immobilier » sous la direction de Michel Bénichou, 2e vice-président du Conseil des Barreaux Européens, ancien président du Conseil National des Barreaux s’est intéressé à la fois aux clients des avocats mais également à la gestion du cabinet. CONVENTION NATIONALE Ils ont dit.... L’international était également à l’honneur, comme lors de l’atelier « Entreprise et droits de l’Homme » placé sous la direction de Bertrand Debosque, président de la commission Affaires européennes et internationales du CNB. Au total, 74 ateliers ont été proposés aux avocats. Les évolutions de la profession, dont la féminisation croissante du métier d’avocat, ont été abordées au sein de l’atelier sur « L’égalité Femmes-Hommes » dirigé par Nicolas Sanfelle, président de la commission Collaboration du CNB, en présence d’Elisabeth Ferro-Vallé, référente du Label Égalité du Groupe AFNOR, Sébastien Denaja, député de l’Hérault et Anne Cadiot-Feidt, bâtonnier du barreau de Bordeaux, ancien membre du CNB. Pierrick Salle, avocat au barreau de Bourges « Je trouve que la ministre a été très bonne face à un public loin d’être acquis à sa cause. Elle a très bien assuré sur la forme, mais sur le fond elle n’a fait que souffler le froid et le chaud. Mais j’ai retenu qu’elle souhaitait défendre la profession. » Patrick Lecuyer, avocat au barreau de Paris « Ce que j’ai trouvé le plus intéressant ce sont les assemblées plénières. La diversité des intervenants, et le fait qu’ils soient pointus sur les questions ayant trait aux nouvelles technologies nous a permis de sortir du cadre habituel et de voir la profession d’un œil extérieur. » Jacqueline Navarro, avocat au barreau de la Haute-Loire « J’ai participé à des ateliers intéressants et j’ai également particulièrement apprécié l’assemblée plénière du jeudi sur « l’avocat acteur de la société » en présence d’Erik Orsenna, Jacques Toubon et Alain Minc. Le lieu d’accueil était très agréable, j’avais participé à l’édition de 2008 à Lille et j’ai noté que c’était mieux organisé, plus fluide. » Paroles d’avocats - 35 LES SOIRÉES Deux grandes soirées organisées sur le lieu de l’évènement pour échanger et partager en toute convivialité. La Revue des revues s’est projeté en grand pour divertir les congressistes au cours d’une soirée dédiée à la bonne humeur et au divertissement. La soirée de gala, a quant à elle attiré plus de 4 500 participants dans un cadre prestigieux. CONVENTION NATIONALE Les membres du Bureau du Conseil National des Barreaux : Jean-Louis Cocusse, Stéphane Lallement, Eric Azoulay, Paule Aboudaram, vice-présidente de CNB, Jean-Marie Burguburu, président du CNB, Pascale Modelski, vice-présidente du CNB, Patricia Savin, Pierre Lafont et Catherine Glon. Des mois de travail pour trois grandes journées de célébration, de formation et de rencontres. PORTRAIT renAud le breton de vAnnoise : juge du xxie siècle Président du tribunal de grande instance de Pontoise, Renaud Le Breton de Vannoise compte sur le savoir-faire des avocats pour contribuer au désengorgement des tribunaux. « Lorsqu’on se rend sur les lieux avec les parties, on ne peut pas tricher et le plus souvent la causalité du litige devient évidente. » Renaud le Breton de Vannoise, président du tribunal de grande instance de Pontoise milite pour une nouvelle forme de justice : une justice dont la preuve ne se formerait plus forcément devant le juge, mais également en dehors des tribunaux grâce au ministère de l’avocat. Dès le début de sa carrière, en tant que juge d’instance à Saint-Dizier (Haute-Marne) le magistrat a pris conscience de l’importance capitale de sortir du palais. « Chaque fois que je me suis déplacé sur les lieux avec les parties, j’ai toujours obtenu un accord » argue-t-il. A l’occasion de la réflexion menée par la Chancellerie sur la justice du XXIe siècle, le président de TGI a été intégré au groupe de travail Delmas-Goyon sur le « juge du XXIe siècle. » Il y sou- 38 - Paroles d’avocats tient une proposition qui deviendra recommandation : la mise en œuvre de l’acte de procédure d’avocat. Un acte qui se distingue de l’acte d’avocat et qui est plutôt « un acte d’administration de la preuve instrumenté par l’avocat. » Prochainement, il proposera avec un groupe de travail qu’il anime, un projet de décret à la Chancellerie pour que cette nouvelle procédure intègre la réglementation. Un nouveau rôle pour l’avocat Pour être en mesure de plancher sur ce projet de décret, le magistrat a dû « arracher » quelques créneaux à un emploi du temps déjà bien rempli. Au TGI de Pontoise, il gère 70 magistrats. Quand il ne siège pas lui-même en tant que juge des requêtes, juge des libertés et de la détention, en correctionnelle… Celui qui fut président du tribunal de grande instance de Bonneville à l’occasion du procès du tunnel du Mont-Blanc et sous-directeur de l’organisation judiciaire au ministère de la justice où il gérait les affections budgétaires de l’ensemble des tribunaux (soit 2,6 milliards d’euros) ne cache pas que sa mission est très difficile. Notamment du fait de l’engorgement de sa juridiction, comme dans de nombreux tribunaux en France. « Notre spécificité judiciaire est que l’on manage par les valeurs professionnelles, on est en grande souffrance concernant les moyens, mais ce qui tient les gens ce sont ces valeurs professionnelles qui se confondent avec la raison d’être de la justice » explique-t-il. Sans désengorgement de la justice, pour lui, « avocat et magistrats sont en danger de mort. Le nombre de magistrats risque de baisser, du fait des vacances de postes, des temps partiels plus nombreux, de la pyramide des âges tandis que PORTRAIT le nombre de litiges ne fait qu’augmenter. Donc si les justiciables ne voient plus leurs litiges jugés, les avocats se retrouvent sans revenus. C’est pourquoi, on doit se diriger vers une justice plus pacificatrice, où l’avocat adopte un nouveau rôle auprès des parties. » Désamorcer le litige L’acte de procédure d’avocat défendu par le magistrat aurait vocation à s’appliquer à l’ensemble des litiges judiciaires. Pour tous, le point de départ est identique : l’audition des parties. En présence de leurs avocats, elles confrontent leurs points de vue. Une première étape censée les aider à se concentrer sur l’objet essentiel du litige. « Quand on creuse un peu, on se rend compte qu’au-delà des premiers griefs, le litige est beaucoup plus profond. La partie est amenée à verbaliser ses griefs et à entrer dans un discours cohérent, ce qui permettra de circonscrire le litige » témoigne Renaud Le Breton de Vannoise. La méthode a d’ailleurs déjà fait ses preuves. Le président a trouvé une source d’inspiration dans les techniques du droit collaboratif. Après s’y être formé aux côtés d’avocats, il confirme qu’on y passe « beaucoup de temps à comprendre ce que veulent les parties, leur ressenti. On déclenche ainsi un processus qui aura plus de chance de se conclure dans un règlement amiable du litige. » Si le litige n’est pas réglé à l’issue de cette première étape les avocats ont la possibilité de prendre un acte de procédure cadre détaillant comment les parties chercheront à résoudre le conflit. En prévoyant par exemple une liste de personnes à auditionner, notamment des experts qualifiés. Un nouveau mode d’administration de la preuve C’est l’autre intérêt de l’acte de procédure d’avocat : pouvoir récolter des éléments de preuve qui pourront, si nécessaire, être portés devant une juridiction. « C’est une procédure totalement innovante » souligne Renaud Le Breton de Vannoise, « la possibilité d’auditionner un expert hors juridiction n’existe pas aujourd’hui. » Les avocats consignent chacune de ces déclarations. « Cela permet d’être plus souple car les avocats peuvent, par exemple, aller directement chez un tiers qui dispose d’un élément de preuve. Ce dernier n’aura ni à se déplacer ni à sortir la preuve de chez lui, ce qui peut faire gagner beaucoup de temps en comparaison de la procédure juridictionnelle » ajoute le magistrat. Une fois les liens de causalité identifiés les parties vont pouvoir déterminer s’il s’agit d’une faute ou non. Les avocats pourront à cette occasion rédiger un acte de constatation de pièces ou un acte de qualification pour en prendre acte. Si les parties souhaitent finalement résoudre leur litige devant le juge, chacun des actes rédigés par leurs avocats sera utilisable durant la procédure. « Et cela en procédure orale ou écrite devant un tribunal mais aussi à l’intérieur d’une procédure participative ou d’une mode de règlement alternatif des conflits, car les éléments de preuves viendront se superposer à la procédure en cours » explique le président du TGI. Changer de culture Critiqué par certains représentants de la profession d’huissier de justice, l’acte de procédure d’avocat n’enlève pourtant rien de leurs prérogatives selon Renaud Le Breton de Vannoise : « on n’est pas du tout sur leur terrain : quand on fait appel aux huissiers c’est un acte de guerre, là les parties sont dans une démarche mutuelle de compréhension de la cause du litige, l’huissier de justice ne dit que ce qu’il voit, il ne peut donc pas entrer dans le champ de l’interprétation des éléments de causalité. » Aux avocats donc de se mobiliser. La profession sera déterminante pour faire aboutir ce projet confesse Renaud Le Breton de Vannoise : « je suis fermement convaincu que les avocats vont changer de culture et que ce sont eux qui vont faire évoluer la pratique judiciaire. » Pour aboutir à un règlement des litiges moins judiciarisé ? Peut-être, si l’on en croit le magistrat : « je rêve qu’on puisse dire un jour que la saisine du juge est le nouveau mode alternatif de règlement des litiges ! » Paroles d’avocats - 39 MANIfESTATIONS Paris Conseil économique, social et environnemental Les Etats de la France 17 décembre Pour la 9e édition des « Etats de la France », plus de 400 hauts responsables de sociétés à capitaux étrangers seront à cette occasion réunis pour échanger sur l’attractivité de notre pays. Un an après la publication du Manifeste de la communauté des sociétés étrangères implantées en France, paru le 19 décembre 2013, les intervenants dresseront le bilan des réformes engagées et leur impact sur l’attractivité de la France. A l’issue des débats, seront formulées des recommandations. Une démarche auto-proclamée « francoptimiste » par les organisateurs ! Une conférence à ne pas rater pour mieux cerner les enjeux économiques de notre pays. Renseignements : www.lesetatsdelafrance.com Maison de la Chimie 10e Entretiens de la sauvegarde 26 janvier Sous la présidence de Madame Agnès Mouillard, Présidente de la Chambre Commerciale, Financière et Economique de la Cour de cassation, l’Institut français des praticiens des procédures collectives (IFPPC), avec la participation des Avocats conseils d'entreprises (ACE) et le Conseil National des Barreaux, organise la 10e édition des Entretiens de la sauvegarde. Renseignements : www.cnb.avocat.fr 40 - Paroles d’avocats 7e assises de la propriété intellectuelle 27 janvier L’essor du « tout » digital, l’internationalisation et la course permanente à l’innovation, constituent des défis de taille pour les entreprises ! Porteuse d’indéniables opportunités, l’explosion des technologies mobiles recèle des risques juridiques parfois mal cernés. Big data, social media, objets connectés… où placer le curseur entre développement commercial, valorisation des marques et protection des données ? Le 27 janvier prochain, bénéficiez des retours d’expérience de directeurs juridiques de la propriété intellectuelle, brevets et licensing, mais aussi de l’expertise de l’INPI et de la Direction générale des douanes. Renseignements : www.developmentinstitute.com Maison de la Chimie 11e Etats généraux du droit de la famille 29 et 30 janvier Nul besoin de présenter les Etats généraux du droit de la famille qui ont fêté l’an dernier avec succès leurs 10 ans d’existence. Plus de 2 000 avocats membres de ce que l’on à désormais coutume d’appeler le « barreau de famille » sont attendus pour cette manifestation qui est après la Convention Nationale des Avocats, le plus gros rassemblement d’avocats en France. Comme chaque année, un panel diversifié d’ateliers, adaptés selon le niveau d’expertise de chacun, seront proposés et de nombreux experts et spécialistes du droit de la famille seront présents. Renseignements : www.cnb.avocat.fr Salons Hoche 3e Rencontres interprofessionnelles du Patrimoine 30 janvier L'AGEFI Actifs organise le 30 janvier 2015 à Paris la 3e édition des « Rencontres interprofessionnelles du patrimoine. » Fort du succès confirmé de la deuxième édition des « Rencontres interprofessionnelles du patrimoine » qui ont réuni plus de 400 participants le 11 février 2014, L'AGEFI Actifs a le plaisir d'organiser la 3e édition de cet événement unique en France pour l'ensemble des acteurs du conseil patrimonial que sont les experts-comptables, les notaires, les conseillers en gestion de patrimoine, les avocats, les banquiers privés, les family-offices, les courtiers d'assurance... Véritable événement, « les Rencontres interprofessionnelles du patrimoine » sont soutenues par les principales instances professionnelles des métiers du conseil patrimonial. Renseignements : www.evenements.agefi.fr Ile de France et Régions Université Paris Ouest Conférence-débat 19 janvier Le Centre de droit international MANIfESTATIONS (CEDIN) de l’Université Paris Ouest Nanterre-La Défense et le Master 2 « Droits des relations internationales et de l’Union européenne » invitent M. RolfEinar FIFE, ambassadeur de Norvège en France, ancien conseiller juridique du ministère norvégien des affaires étrangères et M. François Alabrune, directeur des affaires juridiques du ministère français des affaires étrangères et du développement international pour une conférence-débat sur le thème : « une fonction singulière : Directeur des affaires juridiques d’un ministère des affaires étrangères. » Renseignements : www.u-paris10.fr Bordeaux 16e Assises de l’énergie Du 27 au 29 janvier Organisées conjointement par la Communauté urbaine de Bordeaux, la Communauté urbaine de Dunkerque, la Communauté d’agglomération de Grenoble et l’Ademe, les Assises de l’énergie est le plus grand rendez-vous des collectivités locales françaises dans le domaine de l’énergie. Le public cible est composé d’élus, de responsables de collectivités locales, d’institutionnels, d’organismes privés et associatifs. Avec pour cette année comme thème central : « transition énergétique : tous concernés, faisons-la ensemble », cette édition questionne la gouvernance territoriale en mettant les acteurs et leurs pratiques au centre du jeu et en situation de réponse face aux limites des forces d’intervention publique traditionnelle. Elle montre le rôle de catalyseur que peu- vent jouer les collectivités locales pour faire de la transition énergétique une transition sociétale. Renseignements : www.assises-energie.net/ Strasbourg Colloque annuel de la SFDI Du 28 au 30 mai Le prochain colloque annuel de la Société française pour le droit international, organisé par l’Université de Strasbourg, se déroulera les 28-30 mai 2015. Il portera sur le thème : « le précédent en droit international » et sera précédé d’une rencontre entre la Société française pour le droit international (SFDI) et les sociétés savantes « sœurs » qui œuvrent dans le domaine du droit international ou des domaines voisins. Renseignements : www.sfdi.org International Université de Genève Les agglomérations : institutions, gestion et développement 11 février Nos structures territoriales traditionnelles – nationales, cantonales ou communales – datent pour l’essentiel du 19e siècle. C’est peu dire que les enjeux actuels en matière d’urbanisme, d’environnement, de transports, pour ne prendre que quelques exemples, ne sont plus du tout corrélés à ces structures. La notion d’agglomération peut être une réponse partielle, mais utile par sa souplesse et son ancrage concret, à ce décalage entre espace d’action et espace de décision. L’objectif de cette « Journée de droit administratif », organisée en collaboration avec l’Université de Savoie, est d’analyser le régime juridique existant des agglomérations et d’explorer leur potentiel. L’approche ne se limitera pas au droit suisse, mais fera une large place aux règles de droit français dans cette matière, ainsi qu’à la dimension transfrontalière de la problématique.. Renseignements : www.unige.ch Vienne Echanges commerciaux en Europe et à l’international Du 1er au 3 mars Cet atelier de formation fait partie du programme 2015 de l’Union internationale des avocats (UIA). L'objectif affiché est de fournir des outils complets dans le domaine du droit des affaires. Les jeunes avocats ainsi que des praticiens du droit ayant un intérêt dans les aspects de fond et de procédure concernant le commerce transfrontalier, international et en Europe (la procédure civile internationale et européenne, le droit international privé européen, vente internationale de marchandises) sont invités à y prendre part. Toutefois, les participants doivent posséder un niveau d'anglais suffisant pour suivre ces présentations anglophones. Renseignements : www.uianet.org Paroles d’avocats - 41 LIVRES A découvrir MUTATIONS Les avocats risquent d'être évincés du marché des services juridiques par des acteurs innovants s'ils ne modifient pas leur pratique individuelle et ne se dotent pas d'une stratégie collective cohérente. C'est de leur capacité à y parvenir que dépend l'avenir de la profession. Tel est le constat que livre Thierry Wickers, qui conduit actuellement la délégation française au Conseil des barreaux européens (CCBE), après avoir été bâtonnier du barreau de Bordeaux, président de la Conférence des bâtonniers et président du Conseil national des barreaux (CNB). La profession doit donc renouer son pacte avec le public en garantissant l'accès le plus large au droit. Cet objectif justifie le recours à des moyens qui lui ont toujours été étrangers : les services standardisés, l'accroissement de la publicité, l'ouverture du capital des cabinets et la participation des étudiants, futurs avocats, aux programmes des cliniques du droit. En rupture avec les paradigmes habituels de la profession, cet essai inaugure une nouvelle orientation dans la stratégie à mener. La grande transformation des avocats, Thierry Wickers – Dalloz – 22 € INVESTIGATION Condamné, Dany Leprince est-il bien le meurtrier de son frère et de sa famille ? Acquitté, Jacques Viguier ne serait-il pas impliqué dans la disparition de sa femme Suzy ? Comment se fait-il que Ian Bailey, le journaliste mis en cause dans l'assassinat de Sophie Toscan du Plantier, ne soit pas sous les verrous ? Arpentant les lieux des crimes, fouillant les zones d'ombre, ne se laissant jamais prendre au jeu des apparences, Karl Zéro s'intéresse aux faits, rencontre les témoins clés et pose les bonnes questions. Les réponses qu’il apporte, avec précision et exigence, ne cessent de passionner le grand public. Coupable, non-coupable ?, Karl Zero – Editions l’Archipel – 19,95 € DETENTION Pendant plus de six mois, la juge Isabelle Rome a visité des femmes emprisonnées à la maison d'arrêt de Versailles. Une démarche inédite pour un magistrat. Elle rencontre Sophie, incarcérée alors qu'elle avait encore les fils de sa césarienne et qui ne voit son bébé qu'une fois par mois. Berry, condamnée à dix-huit ans de réclusion criminelle qui attend depuis un an d'être rejugée en appel ; Soumia détenue depuis l'âge de quinze ans, devenue accro à l'héroïne après un premier long passage en prison. Elle raconte les silences, les portes demeurées fermées de certains services et les rendez-vous reportés, puis manqués, avec des professionnels parfois réticents à témoigner de leur activité. Isabelle Rome dresse un tableau sans complaisance du quotidien des femmes en prison. Elle interpelle aussi notre société sur le sens et l'efficacité de la peine, au moment où la France bat un triste record, avec un chiffre inégalé de plus de 80 000 détenus. Dans une prison de femmes, Isabelle Rome et Robert Badinter – Editions du moment – 16,95 € PULSIONS On pourrait parier que les tueurs qui hantent cet ouvrage ne sortent pas du lot. Ce serait commettre une erreur impardonnable. En effet, ces « virtuoses » ne se sont pas contentés de liquider des êtres humains sans laisser d'autre trace qu'une tombe dans un cimetière. Non, ils ont fait mieux. Beaucoup mieux. Non seulement leurs crimes s'inscrivent dans l'histoire, mais ils ont carrément modifié son cours, sur le plan politique, militaire, juridique ou social. Autant dire que les auteurs de ces méfaits devraient figurer dans n'importe quel manuel scolaire ou autre grand livre d'or du bestiaire humain. Ce qui n'est pas le cas. D'où la nécessité de réparer cette injustice.... Criminels, Philippe Di Folco et Yves Stavridès – Editions Sonatines – 22 € 42 - Paroles d’avocats AGENDA CULTUREL DU 22 AU 31 JANVIER Carbur'en scène Carbur'en scène est un festival de spectacle vivant. Déjà la 7e édition de ce festival où l’on peut voir des spectacles sous chapiteau. Beaucoup de surprises vous attendent mais aussi un geyser de spectacles destinés au jeune public... Sont programmés : la Cie Chicken Street, La Grange à papa, La Dieselle Cie, Groupe ToNNe, Cie de la Panthère Noire, Cie Mine de Rien, Michel Beraud, Lune et l'autre, Le Bottom Théâtre, La Maladroite, Titou, La Nuit de la Tchatche, La Cie Les Strapontins , Cie Les Airs en Zik... Bourg-en-Bresse (01) www.carburenscene.fr JUSQU’AU 31 JANVIER Déambulations urbaines Une exposition d’art contemporain et de street-art. Le mur a été le premier support d’expression de l’humanité. Des premières peintures sur des parois de cavernes, jusqu’à aujourd’hui avec le graffiti, en passant par des hommages religieux dès l’Egypte ancienne, des récits chevaleresques au Moyen-âge, plus tard de l’embellissement pictural et encore aujourd’hui de la revendication politique. Des supports qui ont inspiré Pierre Fava pour sa collection de peintures et de sculptures intitulée : « Trash Wall ». Chez cet artiste, vous ne verrez pas de tag, pas de lettre, mais tout un univers complexe, étrange, mystique, fantastique et poétique inspiré de ses voyages et des civilisations tribales, incas, aztèques. Marseille (13) http://lappartementmarseille.com Que reste-t-il de la Grande Guerre ? Plus de 600 m² pour découvrir et comprendre la Grande Guerre, son impact sur le XXe siècle, l’Europe et le monde, telle est l’ambition de cette exposition destinée à tous publics et à découvrir au Centre Mondial de la Paix de juin 2014 à juin 2018. En 5 étapes, dans une scénographie créée pour le Centenaire de la Grande Guerre, l’exposition « Que reste-t-il de la Grande Guerre ? » offre un parcours accessible à tous, riche de collections inédites mises en valeur par de nombreux compléments audio et vidéo. Une visite indispensable pour aborder le Centenaire de la Grande Guerre. Verdun (55) http://cmpaix.eu JUSQU’AU 2 FÉVRIER Niki de Saint Phalle Niki de Saint Phalle (1930-2002) est l’une des artistes les plus populaires du milieu du XXe siècle, à la fois plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films. Si elle est surtout connue du grand public pour ses célèbres « Nanas », son œuvre s’impose aussi par son engagement politique et féministe et par sa radicalité. Le Grand Palais propose la plus grande exposition consacrée à l’artiste depuis vingt ans et un nouveau regard porté sur son travail. Paris (75) www.grandpalais.fr JUSQU’AU 27 AVRIL Jeff Koons Le Centre Pompidou présente la première rétrospective majeure consacrée, en Europe, à l’œuvre de Jeff Koons. Celui qui est devenu l’un des artistes contemporains les plus importants demeure toutefois parmi les plus controversés. Depuis 35 ans, il explore de nouvelles approches du « readymade » et de l’appropriation, jouant de la lisière entre culture des élites et culture de masse, poussant les limites de la fabrication industrielle et changeant le rapport des artistes au culte de la célébrité comme aux règles du marché. À tester. Paris (75) www.centrepompidou.fr Paroles d’avocats - 45 OBSERVATOIRE 46 - Paroles d’avocats OBSERVATOIRE Paroles d’avocats - 47 OBSERVATOIRE 48 - Paroles d’avocats PAROLES DE BâTONNIERS PLUS QUE 26,95 € SUR LE COMPtE CARPA… En juillet, la présidente déléguée de la CARPA m’alerte sur le fait que les dotations ne nous permettraient pas de procéder aux paiements de septembre au titre de l’aide juridictionnelle. Passée l’effervescence de la rentrée judiciaire, les services de la CARPA harcèlent l’UNCA pour obtenir le déblocage des fonds complémentaires. Il nous faut indemniser les missions achevées au titre de l’aide juridictionnelle et les permanences gardes à vue. Le SADJAV à la Chancellerie nous rassure « le nécessaire va être fait. » Après nombre de relances téléphoniques aimables mais vaines auprès de nombreux interlocuteurs tous plus incapables de nous renseigner les uns que les autres, nous finissons par écrire directement au garde des Sceaux. Nous sommes en septembre, je reçois par dizaines des demandes de désignation d’office pour mineurs et majeurs impécunieux pour les audiences à venir jusqu’à la fin 2015 : tribunal pour enfants, assistance éducative, tribunal correctionnel, CRPC, préjudices corporels, divorces, expulsions etc… Le solde du compte CARPA ne peut plus assurer qu’une semaine de règlement… Le 3 octobre, le solde du compte CARPA est créditeur de 26,95 €. Puis-je continuer à désigner des confrères, à les commettre de garde à vue et d’assises, à les assigner à des tâches parfois ingrates, qu’ils s’atteindront à exercer avec cœur et compétence, sans certitude de pouvoir les en rémunérer. Non. Je décroche mon téléphone pour m’enquérir de la situation des CARPA de la Cour. Le bâtonnier d’Orléans, confronté au même dilemme suspend comme moi les désignations d’office. Les bâtonniers de Tours et de Montargis sont solidaires. Gardes à vue, sans avocat. Victimes confrontées, sans avocat. Comparutions immédiates, sans avocat, CRPC et demi-journées entières d’audiences devant le juge des enfants renvoyées, dans tout le ressort de notre cour d’appel... Rien n’y fait. Le 23 octobre, l’AG extraordinaire de mon barreau vote deux semaines de grève totale des audiences : le report à 2015 du procès du « bus de l’A10 », relayé par les médias, parvient à affoler nos chefs de juridiction. Bercy envoie l’argent pour nous faire taire… rassurez-vous… Nous ne sommes pas rassurés du tout. La dotation ne permettra pas de boucler les paiements d’aide juridictionnelle de fin d’année et la prochaine dotation n’arrivera que début février. Nous n’avions pas d’autre moyen de révolte que la grève face à des pouvoirs publics qui nous méprisent. Mais qui peut bien s’apitoyer sur le sort d’une profession « nantie » faisant grève pour des sous ? Nous croit-on dupes une seconde d’une orchestration politique grossière et perfide quand l’impopularité et l’asphyxie des cabinets généralistes contestataires créée le contexte idéal pour distiller puis imposer les projets Macron. Les rabats rouges de la colère portent notre message : nous ne sommes pas dupes et nous ne laisserons pas faire. Damien Vinet Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Blois 50 - Paroles d’avocats