fêter un anniversaire est une façon de partager l

Transcription

fêter un anniversaire est une façon de partager l
2 5 R M LC
Antonio
LeS 21 000
Guide
JouRS de
et GARdien
dAnieL BARnoLA
-
-
deRRièRe
JoëL et
une poRte
JeAn-CLAude
JeAn-pAuL MidAnt
-
-
MARtine
un Jeune
et eveLYne
AvoCAt
-
pRoMetteuR
un StAGiAiRe
-
en tRoiSièMe
pLuChe
AnnÉe de LA FÉMiS
ÉMAiLLeuR
FÊTER UN ANNIVERSAIRE
EST UNE FAÇON
DE PARTAGER
L'EXPÉRIENCE
DU PASSAGE DU TEMPS.
Au moment où les travaux de rénovation
de l’immeuble du 25 rue Michel Le Comte
se terminent, plutôt que d’évoquer
en racontant la vie de ce bâtiment
où nous nous sommes installés en 1992,
mais dont on connaît l’existence
les 25 années qui viennent de s’écouler
depuis la création de Pelléas en mars 1990,
depuis la fin du XVème siècle.
Voilà plus de 500 ans que des gens vivent
partageons d’une autre façon
cette expérience du temps qui passe
et travaillent là, et ce sont quelques unes
de ces vies qui seront évoquées ici.
25 RMLC
Numéro 1
Décembre 2015
2015
RÉPARER
LES VIVANTS
BEYROUTH
HOTEL
de Katell Quillévéré
(téléfilm ARTE)
de Danielle Arbid
LA PRUNELLE
DE MES YEUX
2010
d'Axelle Ropert
DE VRAIS
MENSONGES
L’OPÉRA DE PARIS
de Pierre Salvadori
de Jean-Stéphane Bron
LES MALHEURS
DE SOPHIE
DES FILLES
EN NOIR
de Jean Paul Civeyrac
de Christophe Honoré
CLEVELAND
PEUR DE RIEN
de Danielle Arbid
CONTRE
WALL STREET
un documentaire
DIAMANT NOIR
de Jean-Stéphane Bron
d’Arthur Harari
2014
MON AMIE
VICTORIA
de Jean Paul Civeyrac
MÉTAMORPHOSES
de Christophe Honoré
COMMISSARIAT
un documentaire
d’Ilan Klipper
et Virgil Vernier
2009
LE PÈRE DE MES
ENFANTS
de Mia Hansen-Løve
L’ARMÉE
DU SALUT
d’Abdellah Taïa
LA FAMILLE
WOLBERG
d’Axelle Ropert
DANS LA COUR
de Pierre Salvadori
TRADERS
un documentaire TV
L’EXPÉRIENCE
de Jean-Stéphane Bron
BLOCHER
de Jean-Stéphane Bron
LES GRANDES
ONDES
(À L’ OUEST)
de Lionel Baier
PELLÉAS ET
MELISANDE,
le chant des aveugles
de Philippe Béziat
FAIS-MOI PLAISIR !
d’Emmanuel Mouret
UN BEAU
DIMANCHE
de Nicole Garcia
2013
(production déléguée
Moby Dick Films)
2008
CAGES
TIP TOP
d’Olivier
de Serge Bozon
Masset-Depasse
(production déléguée
TIREZ LA LANGUE,
MADEMOISELLE
Versus Productions)
d’Axelle Ropert
VERSAILLES
de Pierre Schoeller
HOLYBUS
un documentaire TV
LES GRANDS
de Thibault de
S’ALLONGENT
PAR TERRE
Chateauvieux
2012
d’Emmanuel Saget
TRAVIATA
ET NOUS
NÉS EN 68
de Philippe Béziat
et Jacques Martineau
ALYAH
2007
d’Elie Wajeman
LA FRANCE
2011
d’Olivier Ducastel
de Serge Bozon
UN AMOUR DE
JEUNESSE
TOUT EST
PARDONNÉ
de Mia Hansen-Løve
de Mia Hansen-Løve
LET MY
PEOPLE GO !
MON FRÈRE
SE MARIE
de Mikael Buch
de Jean-Stéphane Bron
NOCES
de Philippe Béziat
25 rue Michel Le Comte
75003 Paris
Photographies
Laurent Champoussin
Texte
Philippe Martin
Les Films Pelléas
www.lesfilmspelleas.com
2
Le tRop GRAnd noMBRe de CARRoSSeS qui StAtionnent
Rue MiCheL Le CoMte, L’inSoLenCe deS pAGeS et deS LAquAiS,
et enFin LeS MuLtipLeS LARCinS CoMMiS dAnS CeS enCoMBReMentS
ConduiSent Le pARLeMent à pRononCeR LA FeRMetuRe du thÉâtRe.
Antonio
guide et gArdien
Pendant presque 20 ans, travailler au 25 rue Michel Le Comte ne
revêt aucun caractère particulier, si ce
n'est celui de faire quotidiennement
le constat d’un délabrement qui n'en
finit pas. Assurer l’ eau et l'électricité
semble suffire comme entretien de
l'immeuble aux propriétaires, 40 personnes d’une même famille qui ne
sont d’accord que sur une seule chose :
ne rien faire.
De 1992 à 2010 seul Antonio le gardien de l’immeuble arrivé
en même temps que nous tente de
donner un peu d'allure à ce que les
propriétaires laissent à l'abandon.
Emprunter le passage qui dessert les
différentes montées d’escalier donne
le ton : les fils électriques pendent,
les interrupteurs sont aux normes
des installations de l'après-guerre, les
murs sont noirs, et le reste de peinture bordeaux qui part en lambeaux
laisse deviner qu’il y a bien longtemps
c'était la couleur du passage. Aucun
travail d'aménagement n'est nécessaire quand en 2009 il sert de décor
pour un film qui se déroule pendant
l'occupation.
À partir du début des années
2000 des rumeurs nous parviennent
selon lesquelles les propriétaires
envisageraient de se séparer de l'immeuble. L'état général est maintenant
à un point de non retour, et seule une
cession peut les débarrasser de ce fardeau.
Antonio nous transmet les
quelques informations qui arrivent
jusqu'à lui, et pendant 3 ans nous
nous demandons quelle sera l'issue de
cet interminable feuilleton.
Avec la Mairie de Paris comme
nouveau propriétaire, une période
d’immobilisme de plus d’un demi-siècle prend fin. On croise de plus
en plus souvent de nouvelles têtes
dans l’immeuble et Antonio devient le
guide de ces visiteurs mystérieux qui,
sans lui, auraient bien du mal à se retrouver dans ce méandre de couloirs
et de cages d’escaliers.
service de diligences, une blanchisserie, une confiturerie, une conserverie,
une chapellerie, un aubergiste et un
découpeur de peaux de lapins…
Dans les années 20 Le Corbusier
avait même proposé de raser entièrement le Marais pour le remplacer
par 18 gratte-ciel cruciformes de 200
mètres de hauteur, pouvant loger chacun entre 10 000 et 50 000 personnes !
(L’ entre-deux-guerres ne manquait
Les portes dont lui seul détenait
la clé s'ouvrent enfin et commence
alors la découverte des appartements
vides. Dans quelques appartements
il reste des jouets et des lits pour enfants, derniers témoins d’une vie de
famille qui se déroulait sans le confort
moderne : dans la plupart il n’y a ni
salle de bains, ni WC, ce qui interdit toute nouvelle location. D’autres
lieux révèlent des activités bien mystérieuses, comme celui où sont encore
installés une espèce de chaudière, des
cuves et des alambics. Qu’est ce qui se
fabriquait ici pour qu'on y ait installé
un équipement si spectaculaire ?
Un atelier sur cour est toujours
en activité, celui où Daniel Barnola
fabrique des objets en bois pour ses
clients orfèvres. Installé ici en 1948,
il ne quittera les lieux que lorsque les
travaux l'obligeront à cesser son activité…63 ans plus tard !
Pour resituer la valeur qu’avait
alors le Marais, Daniel Barnola explique que s'il y travaillait, il ne lui
serait jamais venu à l’idée d'y habiter.
Il préfère son quartier de Vincennes,
autrement plus sain et moins fréquenté par les rats !
pas de projets inattendus puisque
quelques années plus tard il fut même
envisagé, grâce à des rampes en béton, d’accéder au deuxième étage de la
Tour Eiffel…en voiture !).
Bien plus tard, seule une petite
partie du Marais fut démolie pour
laisser place à un parking, sur lequel
sera construit le centre Beaubourg.
On doit à Malraux et à une loi
de 1962 la protection de tout le quartier.
derrière une porte
JeAn-pAul MidAnt
Enfin, il est officiellement question d’une vente : le syndic rachète
l’immeuble à l’indivision familiale
pour un prix très en dessous du marché. N’ayant jamais fait aucun travaux
il est le mieux placé pour savoir que
l’immeuble ne tient presque plus
debout. Il a déjà trouvé un nouvel
acquéreur quand, le dernier jour du
délai qui lui est imparti, la Mairie de
Paris préempte et contrarie ainsi cette
belle opération immobilière.
Dans un classement établi en
1906, la rue Michel Le Comte faisait
partie des 16 îlots parisiens insalubres car considérés comme propices
aux épidémies, notamment de tuberculose. Seule une destruction des
habitations semblait pouvoir remédier à l’ insalubrité chronique de ces
vieux bâtiments, hôtels particuliers
compris, qui pour la plupart étaient
dans un état de délabrement avancé.
À titre d’exemple, l’Hôtel de Sens situé dans le quartier Saint Paul était au
XVIème siècle la résidence d’une reine
de France, Marguerite de Valois - la
reine Margot - qui décida dans ces
murs du massacre de la Saint Barthélémy. Il hébergea par la suite un
Différents experts visitent ces
appartements. Que peut-on bien faire
de bâtiments si endommagés, mais
dont certaines parties sont protégées ?
Un jour où je pousse une porte,
ce que je ne manque jamais de faire
dès que j’en vois une ouverte, je fais
la connaissance de Jean-Paul Midant,
historien de la Commission du Vieux
Paris – instance incontournable dès
qu’il s’agit de faire des travaux dans un
immeuble ancien –, chargé par celleci de préparer une étude qui sera une
sorte de cahier des charges de ce que
l’architecte peut toucher et ce qu’il
doit protéger. Il fait l’historique de
l’immeuble, et c’est cette histoire qu’il
commence à me raconter dans cet appartement désolé qui n’a plus entendu
le son d’une voix depuis plusieurs décennies. Cette histoire il la rédigera,
et c’est de ce texte que proviennent
certaines des informations contenues
dans ces lignes.
un Jeune AvocAt
proMetteur
Dans le Paris de la fin du XVème
siècle, un sport connaît un incroyable
succès : le jeu de paume. La capitale
compte jusqu’à 200 salles où l’on pratique l’ancêtre du tennis. Dans ces
mêmes lieux que l’on appelle des tripots, on vient aussi jouer au billard et
aux jeux de hasard.
En 1480 Jean Descouys, marchand et teinturier de fil de soie est
propriétaire du Jeu de Paume de La
Fontaine, au 25 rue Michel Le Comte.
Le Jeu de Paume de La Fontaine remplit son office tant que ce sport est à
la mode, mais la mode passe et au
début du XVIIème siècle beaucoup de
jeux de paume sont reconvertis en
théâtres. Les dimensions d’un jeu de
paume, environ 30 mètres sur 10, se
prêtent idéalement à des représentations théâtrales, d’autant que trois
de ses côtés sont équipés de galeries
réservées aux spectateurs, le reste du
public pouvant se tenir debout sur
l’ancien terrain de jeu.
En 1632 Martin de Mahault
sous-loue le Jeu de Paume de La Fontaine à un des plus grands comédiens
de son époque, Montdory. L’année
précédente, lors de représentations
à Rouen, Montdory a rencontré un
jeune avocat de 23 ans qui lui a fait
lire sa première pièce. Montdory décide de la créer à Paris, et c’est impasse
Bertaud – à l’angle de la rue Beaubourg et de la rue Rambuteau – que
sera créée Mélite, la première pièce de
Pierre Corneille.
Corneille témoignera de l’accueil réservé à Mélite : « Le succès en
fut surprenant, il établit une nouvelle
troupe de comédiens à Paris, malgré
le mérite de celle qui était en possession de s’y voir l’unique (la troupe de
l’Hôtel de Bourgogne). Il égala tout ce
qui s’était fait de plus beau jusque-là
et me fit connaître à la cour ». Montdory décide alors d’avoir son propre
théâtre et s’installe au Jeu de Paume
de La Fontaine pour créer les 3 pièces
suivantes de Corneille :
3
Clitandre ou l’innocence persécutée, La veuve, La galerie du palais ainsi
que Le trompeur puni de Georges de
Scudéry. Ces pièces rencontrent un
tel succès que les riverains portent
plainte au parlement contre Montdory. Le trop grand nombre de carrosses
qui stationnent rue Michel Le Comte,
l’insolence des pages et des laquais,
et enfin les multiples larcins commis
dans ces encombrements conduisent
le parlement à prononcer la fermeture
du théâtre.
La troupe de Montdory qui s’appelle maintenant La troupe du Marais
quitte la rue Michel Le Comte et s’en
va à quelques centaines de mètres
créer le Théâtre du Marais, toujours
dans un jeu de paume. C’est rue
Vieille du Temple, là où se trouvent
aujourd’hui les jardins de l’Hôtel Salé
– le musée Picasso – que seront données les pièces suivantes de Corneille,
notamment La Place Royale et le Cid.
Le succès des pièces de Corneille ne se dément pas, au point que
devant l’afflux du public on prend
l’habitude d’installer des chaises là où
jouent les comédiens, habitude qui se
gardera dans de nombreux théâtres
où seront construites des loges de part
et d’autre de la scène. Rodrigue est le
dernier rôle créée par Montdory, une
paralysie de la langue l’empêchera de
continuer sa carrière.
À cette époque la Troupe du
Marais est la seule à concurrencer
celle de l’Hôtel de Bourgogne, lieu de
création et de représentation officielle
du théâtre. Mais en 1643 Molière
crée L’Illustre Théâtre qui devient la
grande rivale de la troupe du Marais,
avant de fusionner avec elle en 1673.
Louis XIV ordonne alors à ces deux
troupes réunies de rejoindre celle de
l’Hôtel de Bourgogne pour donner
naissance en 1680 à une nouvelle
troupe, la Comédie Française.
25 RMLC
numéro 1
décembre 2015
2006
2001
HORS DE PRIX
LE LAIT
DE LA TENDRESSE
HUMAINE
de Pierre Salvadori
COMMENT
J’AI FÊTÉ LA FIN
de Dominique Cabrera
DU MONDE
LA RÉPÉTITION
de Catalin Mitulescu
de Catherine Corsini
(prod. déléguée
Strada Films)
2000
LAISSONS
CABARET
PARADIS
LUCIE FAIRE
d’Emmanuel Mouret
de Corinne
et Gilles Bénizio
LES YEUX FERMÉS
CHANGEMENT
D’ADRESSE
d’Olivier Py
d’Emmanuel Mouret
DRÔLE DE FÉLIX
(téléfilm ARTE)
(prod. déléguée
d’Olivier Ducastel
Moby Dick Films)
et Jacques Martineau
2005
PEINDRE OU
FAIRE L’AMOUR
LES MARCHANDS
DE SABLE
de Pierre Salvadori
d’Arnaud
et Jean-Marie Larrieu
LES SOLITAIRES
de Jean Paul Civeyrac
VOICI VENU
LE TEMPS
1998
d’Alain Guiraudie
…COMME ELLE
RESPIRE
À TRAVERS
de Pierre Salvadori
LA FORÊT
de Jean Paul Civeyrac
UNE SAISON
SIBELIUS
(téléfilm Arte)
de Mario Fanfani
2004
1997
NI D’EVE NI
D’ADAM
de Jean Paul Civeyrac
1995
LES APPRENTIS
de Pierre Salvadori
VENUS ET FLEUR
d’Emmanuel Mouret
FAST
(production déléguée
de Dante Desarthe
Moby Dick Films)
2003
APRÈS VOUS…
CIRCUIT CAROLE
d’Emmanuelle Cuau
de Pierre Salvadori
1994
MARIÉES
MAIS PAS TROP
L’HISTOIRE DU
GARÇON QUI
VOULAIT QU’ON
de Catherine Corsini
L’EMBRASSE
de Philippe Harel
UN HOMME
UN VRAI
d’Arnaud
et Jean-Marie Larrieu
1993
CIBLE
ÉMOUVANTE
de Pierre Salvadori
TOUTES CES
BELLE PROMESSES
1992
(téléfilm ARTE)
LOIN DU BRÉSIL
de Jean Paul Civeyrac
de Tilly
CLÉMENT
d’Emmanuelle Bercot
(production déléguée
Moby Dick Films)
2002
FANTÔMES
de Jean Paul Civeyrac
COMME IL VIENT
de Christophe Chiesa
LE DOUX AMOUR
DES HOMMES
de Jean Paul Civeyrac
25 rue Michel le comte
75003 paris
Photographies
laurent champoussin
Texte
philippe Martin
les Films pelléas
www.lesfilmspelleas.com
4
Si LeS GenS ChAntent à LonGueuR de JouRnÉe,
et pAS SeuLeMent dAnS Son AteLieR, LA vie de LA CouR eSt AuSSi RYthMÉe
pAR LeS inStRuMentS de MuSique que FABRique Son voiSin,
deS tAMBouRS et deS xYLophoneS.
pluche
éMAilleur
Dans les années 1640, alors
qu’un incendie a détruit le Jeu de
Paume de La Fontaine, ce quartier
connaît son siècle d’or. On construit
au 25 rue Michel Le Comte un hôtel
particulier sur rue, par lequel on entre
encore aujourd’hui.Dans certains appartements qui correspondent à la
salle à manger de l’hôtel particulier,
on peut encore voir des poutres sur
lesquelles restent les traces de peinture
qui les décoraient à la construction de
l’immeuble.
En 1715, le numéro 29 et le numéro 31 de la rue Michel Le Comte
sont réunis pour ne faire qu’un seul
bâtiment avec le numéro 25, et à partir
d’août 1734 on connaît le nom des occupants de l’immeuble et leur métier :
un maitre au Conseil d’Etat, un chevalier de l’Ordre du Roi, un précepteur
des rentes, un payeur des rentes de
l’Hôtel de Ville, un conseiller à la cour
des Aides et un procureur au Châtelet. Après avoir été commerçante, la
rue est maintenant habitée par des
financiers et des parlementaires, et
aussi par un personnage qui jouera
un rôle majeur dans la politique de la
France.
Jacques Necker, banquier installé juste en face dans l’hôtel d’Halwyll,
deviendra malgré sa nationalité suisse,
le ministre des finances de Louis
XVI. En 1766 sa fille Germaine naît
dans cet hôtel particulier sur lequel
donne la plupart des appartements
sur rue du 25. C’est sous le nom de
Madame de Staël qu’elle contribue à
faire connaitre le mouvement romantique en France. Et malgré la fonction
de son père, elle devient une grande
partisane de la Révolution Française,
puis une grande adversaire de Napoléon. De nombreux exils l’obligent à
quitter Paris. Condamnée à s’en tenir
éloignée d’au moins 40 lieues, c’est sur
les bords du Lac Léman qu’elle passe
une grande partie de sa vie.
Toujours en 1766 le Comte
d’Halwyll propriétaire de l’Hôtel demandera à un jeune architecte alors
inconnu, Claude Nicolas Ledoux, de
restaurer le bâtiment qui date de 1628.
L’hôtel particulier est alors considéré
comme le plus moderne du Marais. Il
contribue à lancer la carrière de l’architecte et reste aujourd’hui le seul
témoignage de son travail sur les hôtels particuliers parisiens.
Mais retraversons la rue et
retrouvons l’immeuble qui nous intéresse, racheté le 10 mai 1786 par
Nicolas Sylvain Gabriel, Vicomte de
Jancourt.
À partir du début du XIXème
siècle, la nature de l’immeuble change,
les habitations cédant le pas à des artisans puis à des commerçants. En
1821, alors que se développent dans
le Marais des activités industrielles
et artisanales, s’installe un bijoutierjoailler, puis deux autres en 1822.
En 1838 l’immeuble est devenu un
petit centre de bijouterie-joaillerie
puisqu’ils sont maintenant six à travailler l’or et l’argent. L’expansion
continue et viennent s’installer Théodore fabricant de papier fantaisie,
Fourny libraire, Roquantin teinturier
de peaux, Madame Eschévilliers-Baudouin fabricante de corsets, Tardy
et Balchet qui font des amorces. Les
rejoignent Derau qui fabrique des
chaussures, Tournois sertisseur, Durost Jeune tourneur en cuivre, Pluche
émailleur et aussi Thibert Fils qui fabrique des lorgnettes.
À partir de 1858 de nouveaux
métiers viennent s’ajouter aux anciens : un papetier, un fabricant
d’enveloppes, un confiseur, des fabricants d’épingles, de registres, de
carnets, d’étiquettes. On trouve aussi un monteur de boîtes, un graveur
sur métal, un fabricant de presses, un
fontainier, un brunisseur, un menuisier et un tabletier. Enfin il y a aussi
un fabricant de stéréoscope, procédé
inventé en 1838 et qui peut être considéré comme le premier pas vers la 3D
puisqu’il permettait de voir une image
en relief.
Pour accueillir toutes ces activités, des aménagements importants
ont lieu. Une parcelle située au 40
de la rue Beaubourg vient compléter
le 25 rue Michel Le Comte et permet d’agrandir la cour. En 1850 on
construit autour de la cour de nouveaux immeubles qui correspondent
aujourd’hui aux bureaux de Pelléas.
Ces petits immeubles de trois étages
sont faits pour accueillir des activités commerciales et complètent celui
construit en 1820 sur les restes du
jeu de paume, surélevé et agrandit en
1830. Raccordant mal avec les autres
bâtiments de la cour, il sera le seul
bâtiment entièrement démoli pour
laisser place à un immeuble moderne.
En 1830 on ouvre une rue à l’intérieur de l’immeuble ! Les livraisons
sont facilitées et les activités nécessitants des produits chimiques ont
enfin une ventilation, appréciée des
voisins…
On imagine sans mal la vie
qui régnait dans ce passage, entre
les commerçants et les habitants, le
tout dans une promiscuité certaine
et une grande effervescence. Cette effervescence dure jusqu’en 1880, car à
l’exception d’un fabricant de tambours
venu récemment s’installer, les artisans quittent peu à peu l’immeuble.
Les bâtiments construits dans la
cour deviennent alors un couvent de
jeunes filles et on agrandit la porte de
l’entrée pour permettre à leur carriole
de passer au retour des courses faites
aux Halles.
En 1900 il y a moitié moins
d’activité dans l’immeuble qu’ en
1850. Sœur Marie Amélie Bauer qui
dirige le couvent a quitté l’immeuble,
et quelques années plus tôt est venu
s’installer un marchand de vin. Mais
n’y voyons pas de liens de cause à effets…
À partir de 1930 les affaires
reprennent ! C’est maintenant un serrurier, un tourneur-repousseur, un
ciseleur, un doreur sur métaux, un
horloger, un graveur et un quincailler
qui viennent s’installer, rejoints par un
fabricant de casquettes, un chapelier
pour dames, un fourreur, un fabricant
de parapluies et un autre de bas à varices. Enfin, s’installe un coiffeur pour
Une autre matière précieuse est
dames. La plupart de ces activités res- travaillée dans l’atelier, l’ivoire. Ceteront jusqu’aux années 60, 70.
lui-ci arrive des colonies françaises
et alimente leurs comptoirs parisiens. C’est au comptoir de la rue de
Bretagne qu’il va choisir les défenses
dont il a besoin. À une époque où
beaucoup d’objets sont encore faits en
ivoire, comme les brosses à cheveux
ou les éventails, les artisans viennent
choisir parmi les centaines de défenses d’éléphants entreposées dans la
cave du comptoir. Une défense faisant
facilement 30 kg et pouvant mesurer jusqu’à 2 mètres, elle est sciée sur
place à la demande. Daniel Barnola
rapporte régulièrement à pied depuis
la rue de Bretagne les morceaux de
défenses qu’il va travailler, avec une
préférence pour l’ivoire du Gabon.
Il travaille seul.
L’ état de son atelier l’empêche d’embaucher : les machines ne sont pas
aux normes, et il n’y a – et il n’y aura
les 21 000 Jours
jamais - ni eau, ni électricité, ni WC,
ni chauffage ! Malgré ses nombreuses
de dAniel BArnolA
demandes, les propriétaires ne feront
Mais revenons à Daniel Barno- aucun aménagement.
la. Il a 14 ans quand il est embauché
en 1948 au 25 rue Michel Le Comte
Quand il arrive comme apprenti
comme apprenti tourneur tabletier en 1948, l’atelier compte 9 ouvriers.
dans une entreprise qui se transmet L’ambiance est joyeuse, tout le monde
de père en fils depuis 1820. L’essentiel connait les chansons de l’époque, et
des machines qui se trouvent alors l’on chante du matin au soir. L’alcool
dans l’atelier datent de la création, et doit contribuer à mettre un peu d’amsi certaines se sont électrifiées, Da- biance puisque dans son travail, le
niel Barnola continuera jusqu’en 2011 jeune apprenti est chargé de l’approà utiliser une scie à pédale datant de visionnement. C’est à la tireuse du
1820, seule machine lui permettant de quartier qu’il va chercher un vin algéscier avec une extrême précision !
rien à 14 degrés, et ce n’est pas moins
Le monde dans lequel il travaille d’un litre et demi que chacun de ses
est celui des bois précieux : ébène, collègues boit quotidiennement ! Si
palissandre, macassar, court baril, les gens chantent à longueur de jourpalissandre de Rio, amourette, sental, née, et pas seulement dans son atelier,
cochenille, tuya, bois d’Indochine ou la vie de la cour est aussi rythmée par
palissandre de Madagascar, c’est tous les instruments de musique que fales bois du monde qu’il aura travail- brique son voisin, des tambours et des
lés, à une époque où leur importation xylophones. Au milieu de la cour un
n’était pas encore interdite, pour fa- cartonnier a son entrepôt, un impribriquer anses, manches à couteaux, meur est au premier étage à côté d’un
isoloirs, socles ou bijoux en bois pour cristallier. Un atelier de confection
les plus grands orfèvres français et - où là aussi on chante beaucoup - est
étrangers. Il sera le dernier artisan au deuxième. Un fondeur d’alumifrançais à faire ce métier.
nium est dans un angle de la cour, et
Les bois précieux qu’il travaillait pendant un temps c’est un boucher
arrivaient au Havre par bateaux. Da- qui s’installe dans l’autre angle : il
niel Barnola allait les choisir dans les amène ses carcasses, les découpe, et
hangars à même les quais. Ils partaient part les livrer dans les restaurants et
ensuite par péniche jusqu’à Rouen cantines du quartier.
où ils étaient débités, puis étaient livrés par cheval rue Michel Le Comte.
C’est le passage du premier bus dans
la rue dans les années 60 qui mettra
un terme à la circulation des chevaux.
5
À la place des architectes installés aujourd’hui sous une verrière, un
serrurier forge ses clés sur un foyer
au dessus duquel est installé un grand
soufflet.
Sur la façade, trois enseignes
sont accrochées pour rappeler les
commerces que l’on peut trouver : une
grande clé pour le serrurier, un tuba
pour le marchand d’instruments de
musiques, et un immense gant pour
un gantier.
En 1870 c’est un clairon et
une clé qui étaient accrochés à la façade, comme le montrait une photo
d’Eugène Atget, malheureusement
aujourd’hui introuvable.
Apprenti, puis ouvrier, Daniel
Barnola rachètera l’atelier à son patron, un patron qu’il aura toujours vu
en blouse, béret et col cassé blanc.
Patron à son tour en 1971, il travaillera tous les jours sauf le dimanche
après-midi.
Daniel
Barnola
a
bien
conscience que pendant ces 63 années
passées ici la civilisation a changé, et
aussi les mentalités. Il témoigne de la
gaité qui régnait dans l’immeuble et
rappelle qu’à cette époque les ouvriers
étaient heureux à partir du moment
où ils avaient du travail.
« Aujourd’hui qui sont
les ouvriers heureux,
en dehors des artistes ? »
En commençant à travailler ici à
14 ans, Daniel Barnola a eu conscience
qu’il y passerait toute sa vie. Il savait
en arrivant qu’un jour il reprendrait
cet atelier et que toute sa vie professionnelle s’y déroulerait. L’intuition
n’était pas fausse : si on lui donne 4 semaines de congés par an c’est près de
21 000 jours qu’il aura passés dans son
atelier du 25 rue Michel Le Comte.
Depuis 5 siècles, qui dit mieux ?
25 RMLC
Numéro 1
Décembre 2015
25 rue Michel Le Comte
75003 Paris
Photographies
Laurent Champoussin
Texte
Philippe Martin
Les Films Pelléas
www.lesfilmspelleas.com
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nouS SoMMeS en 1978 et qui pouRRAit penSeR qu’un inSpeCteuR
deS iMpôtS, JeAn CLAude, et un ContRôLeuR de GeStion de LA CoMpAGnie
deS CoMpteuRS, JoëL, Sont en tRAin de donneR nAiSSAnCe
à un quARtieR GAY AuJouRd’hui MondiALeMent Connu, Le MARAiS.
Joël et JeAn clAude
Un des rares commerces sur
rue de l’immeuble est le café de Madame Veuve Pilard. C’est là que se
retrouvent les ouvriers de l’immeuble,
pour déjeuner ou boire un verre.
À la fin des années 70 Madame
Veuve Pilard commence à sentir la
fatigue, voilà plus de 50 ans qu’elle
tient ce petit restaurant avec sa sœur.
Elle décide de céder son fond de
commerce. À quelques centaines
de mètres, rue du Plâtre, Le Village
connaît un grand succès. Ce bar d’un
genre nouveau a été ouvert par Joël
Leroux et Jean-Claude Zamora. Ces
deux amis cherchaient à retrouver à
Paris un lieu comme ceux qu’ils aiment fréquenter à Amsterdam, un
lieu de liberté, sympa, chaleureux, pas
cher, et où l’on peut se montrer gay
ouvertement. À l’époque les lieux gays
parisiens sont situés rue Sainte Anne
et à Saint Germain des Prés. Il s’agit de
restaurants ou de boîtes de nuit, avec
portes à judas et videurs. Mais là où
Joël et Jean-Claude aimeraient pouvoir sortir, c’est tout simplement dans
un café, un café pour les gays.
Ils ouvrent donc Le Village et le
succès est immédiat.
Nous sommes en 1978 et qui
pourrait penser qu’un inspecteur des
impôts, Jean-Claude, et un contrôleur de gestion de la Compagnie des
Compteurs, Joël, sont en train de
donner naissance à un quartier gay
aujourd’hui mondialement connu, le
Marais.
Le Village marche si bien qu’ils
décident d’ouvrir un deuxième lieu.
Joël et Jean-Claude rencontrent Madame Veuve Pilard, visitent le local et
le trouve parfait.
Le Duplex ouvre en juillet 1980.
Quelques mois plus tard s’établit à
l’angle des rues Sainte Croix de la
Bretonnerie et Vielle du Temple le
premier bar gay concurrent : Le Central. La clientèle se répartira dans
chacun des deux bars (Le Village
ayant fermé) selon un critère très
naturel, les moustachus et les barbus
iront au Central alors que la clientèle
du Duplex sera imberbe !
À partir de 1984, Joël continue
l’aventure seul et prend l’habitude
d’ouvrir les portes de son bar aux expositions de photos et de peinture,
mais aussi à des associations qui n’ont
pas de lieu où se réunir.
Le GAGE, association gay des
étudiants des grandes écoles vient
d’être créée. Présidé par Frédéric Martel, l’association passe rapidement de
quelques membres à plus d’une centaine. L’habitude se prend de se réunir
une fois par semaine au Duplex. Des
personnalités comme Yves Navarre,
Edmund White, Roger Peyrefitte ou
Cyril Collard sont invitées à débattre
sur un sujet proposé par le GAGE. En
accueillant généreusement les associations, Joël veut aussi participer au
militantisme de la communauté gay.
Nous sommes au milieu des années 80, cette communauté doit faire
face au Sida et n’a pas encore trouvé le
moyen d’organiser son combat.
Au dessus du Duplex, à côté
de l’appartement de Joël vit Frédéric Edelman, journaliste au Monde
spécialiste en architecture. C’est chez
lui que va naître AIDES, la première
association de lutte contre le Sida.
Créée par Frédéric Edelman et son
ami médecin Jean-Florian Mettetal,
elle sera présidée par Daniel Defert
qui vient de perdre son compagnon
débauche – sont abordées. Mais ces
dimanches soirs sont aussi l’occasion
de simplement écouter le témoignage de malades racontant leur vie
quotidienne, les problèmes qu’ils
rencontrent et la lourdeur des traitements qu’ils prennent : on soigne alors
le Sida à l’AZT ou à l’Interféron et les
effets secondaires sont particulièrement éprouvants.
Les réunions du Duplex sont
tellement marquantes, qu’elles font
régulièrement l’objet d’articles ou de
reportages au point que même la télé
japonaise viendra les filmer.
Elles se tiendront jusqu’en 1992.
Les informations sont alors relayées
par de nombreux médias et il est
moins indispensable d’avoir un lieu
spécifique pour débattre.
Dans son livre Richie, Raphaëlle
Bacqué évoque longuement cette période, les soirées du Duplex et le rôle
que Richard Descoings joua les premières années de l’association, dont il
rédigea les statuts.
Joël continuera d’ouvrir le
Duplex à d’autres initiatives autour du Sida qui ne manqueront
pas d’alimenter les discussions de la
clientèle, comme cette exposition de
patchworks fabriqués par des garçons qui ont perdus leur compagnon
et se retrouvent au sein d’une association pour coudre et assembler des
éléments qui rappellent le disparu :
vêtements, lettres ou photos.
D’autres associations font du
Duplex leur QG temporaire : les Gay
and Greys, dont le slogan annonce la
couleur : « c’est pas parce qu’on a les
cheveux blancs qu’on est devenu hétéros », les GGG « les Gays Grimpent
et Glissent », ou les Gros, sans slogan.
Enfin la Gay Pride organisa ici
ses premiers défilés.
L‘association des étudiants gays
des grandes écoles continue d’avoir
ses habitudes au Duplex en s’y retrouvant toujours le lundi. Et tous les soirs
depuis bientôt 40 ans, Joël ouvre ce
bar dont l’esprit et l’histoire ne se comparent à aucun autre dans le quartier.
Mais il est temps de parler de
cinéma, et avant d’évoquer les Films
Pelléas c’est d’une autre société de production dont il faut parler, ou plutôt
des deux autres :
Michel Foucault, sans qu'on ait osé lui
La Cécilia et Pierre Grise.
dire de quoi il est mort. C’est fortuitement, en consultant un registre, qu’il
apprendra que Michel Foucault est
mort du Sida.
Très vite le Duplex accueille les
réunions d'AIDES. Elles ont lieux tous
les dimanches soirs et se déroulent de
façon rituelle : les trois fondateurs
d'AIDES se tiennent d’un côté du
comptoir qui sépare le bar en deux
et organisent la parole. Pendant des
années, le Duplex sera le seul endroit
où l’on peut discuter de la maladie,
échanger des témoignages, partager
des expériences. Des médecins, des
juristes, des infirmières viennent répondre aux problèmes qui se posent
aux malades, qu’ils soient médicaux
ou administratifs. Des questions aussi cruciales que la prise en charge de
la maladie par la sécurité sociale, ou
la possibilité de faire de la publicité
pour les préservatifs – celle-ci étant
interdite pour cause d’incitation à la
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25 RMLC
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Numéro 1
Décembre 2015
25 rue Michel Le Comte
75003 Paris
Photographies
Laurent Champoussin
Texte
Philippe Martin
Les Films Pelléas
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leBeAu & Associés
les indépendAnces
les BrigAnds
la co(operA)tive
egalement au 25 rMlc :
Lebeau & associés est né en 2012 pour
donner un élan et un cadre à des projets
issus aussi bien des arts visuels que des
arts vivants et qui souvent mêlent les
deux. Animée par Françoise Lebeau,
cette structure de production permet
à des artistes de faire un pas de côté
pour confronter leur pratique
à de nouveaux défis esthétiques.
S’il fallait définir une ligne éditoriale,
elle reposerait sur l’hybride, l’impur
et un goût prononcé pour l’art
de l’interprète, qu’il soit théâtral,
chorégraphique, musical…
Les Indépendances est un bureau de
production fondé à l’automne 2011 par
Philippe Chamaux. Cette maison
d’artistes regroupe des talents divers,
situés aux croisements des disciplines,
restant dans une perpétuelle curiosité et
elle accompagne le travail de Séverine
Chavrier, Giuseppe Chico et Barbara
Matijevic, Frédéric Deslias, le Groupe
Entorse, Raimund Hoghe, Nicolas
Kerszenbaum, Marc Lainé, Hervé Robbe,
Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre.
En 2000, Loïc Boissier ouvre avec le
pianiste Nicolas Ducloux la partition
du Barbe-Bleue d’Offenbach et propose
à quinze de ses collègues du Choeur des
Musiciens du Louvre d’en monter une
version légère. L’ équipe s’organise en
2001 pour faire tourner ce spectacle en
France. Les Brigands, du nom d’un
ouvrage d’Offenbach est née. Benjamin
Lévy dirige et Stéphan Druet met en
scène : Geneviève de Brabant, Le Docteur
Ox puis Ta Bouche en 2004, dont les
représentations à l’Athénée Théâtre
Louis-Jouvet leur valent un succès
considérable. Les distributions se
régénèrent sans cesse et le baryton
Christophe Grapperon devient en 2007
directeur musical de la compagnie.
De 2008 à 2011, la compagnie collabore
avec le Théâtre musical de Besançon et
s’ouvre à de nouvelles collaborations :
les 26000 couverts, Johanny Bert, Pierre
Guillois, en 2013 création de La Grande
Duchesse mise en scène par Philippe
Béziat. Les chevaliers de la table ronde
nouvelle production des Brigands,
vient d’être crée au Théâtre de Bordeaux.
Dernière arrivée dans la cour,
la CO(OPERA)TIVE a pour vocation
de produire des opéras. Les scènes
nationales de Besançon, Quimper,
Dunkerque et le théâtre Impérial de
Compiègne, partagent avec Loïc Boissier
la volonté commune de faire vivre l’opéra
partout en France et idéalement pour
plus d’une vingtaine de représentations.
Ils revendiquent une réelle exigence
artistique tant pour le théâtre que pour la
musique. Ils s'engagent à mettre en œuvre
des créations dont le format technique
et financier puisse concerner un vaste
réseau de diffusion du spectacle vivant
en France et en Europe. Ils s’emploieront
à développer des outils de médiation
et à collaborer avec des ensembles
instrumentaux ou vocaux constitués
et indépendants. Ils préconisent le choix
de metteurs en scène de théâtre qui
n'auraient pas nécessairement une grande
expérience de l’opéra. Les noces de Figaro,
première production de la CO(OPERA)
TIVE, sera présentée dans une quinzaine
de villes en France pendant la saison
2015/2016.
L’agence d’architecture de François Sahuc
et Jean-Luc Katchoura, fondée en 1988,
a construit de nombreux cinémas dans
toute la France, des salles de spectacles
et des espaces culturels.
www.lesbrigands.fr
www.lacoopera.com
dAnS
LA CouR
www.le-beau.paris
www.lesindependances.com
www.sahuc-katchoura.fr/
Depuis 1985 Polymago fondée
par Juliette Weisbuch et Jean-Baptiste
Blom conçoit et crée des identités
visuelles, des campagnes d’informations
des éditions, des affiches, des expositions
et des signalétiques. Ils travaillent avec de
nombreux musées, maisons d’éditions...
www.polymago.fr
Basse cour pratique depuis 1995
une activité de conseil en communication
en stratégie, édition, événementiels
mais aussi stand et multimédia
et communication digitale. Ils réunissent
de nombre d’acteurs autour de leur
projets : graphistes photographes mais
aussi fabricants d’objets et de mobilier.
ALoRS qu’un AGent d’ARtMÉdiA vient diSCuteR un ContRAt AveC
MARtine MARiGnAC, iL Lui Avoue qu’ApRèS AvoiR tRAveRSÉ Le pASSAGe
et pRiS L’eSCALieR, iL n’A pLuS Le CœuR de Lui deMAndeR
un CAChet iMpoRtAnt pouR Son ACteuR !
MArtine et evelYne
Martine Marignac veut bien
prendre des risques dans son métier
de productrice, mais pas sur son lieu
de travail. Le jour où elle manque de
passer à travers le plancher de son
bureau pour se retrouver dans la synagogue de l’étage du dessous, elle
décide de déménager.
Cet effondrement confirme ce
qu’elle pense depuis longtemps : vivre
dans cet immeuble est dangereux.
Cela fait bientôt dix ans qu’elle y a installé La Cécilia créée avec Jean-Louis
Comolli et pas moins de 15 associés,
parmi lesquels Maurice Tinchant et
Philippe Carcassonne, jeune journaliste à Cinématographe.
Evelyne July, épouse de Serge
July et créatrice de MK2 Distribution
avec Marin Karmitz est une grande
amie de Martine Marignac. C’est elle
qui a trouvé les bureaux pour y loger
sa jeune société, Partner’s, qui produira notamment La Banquière de
Francis Girod, en association avec
Ariel Zeitoun.
Le premier bureau de la Cécilia était le salon de Martine. C’est là
qu’elle produit Le Pont du Nord de
Jacques Rivette, l’Ombre rouge de Jean
-Louis Comolli et Passion de JeanLuc Godard, en coproduction avec
Alain Sarde. Au 25 Rue Michel Le
Comte elle produira La diagonale du
fou de Richard Dembo, Golden Eighties de Chantal Akerman, La dernière
chanson de Denis Berri, La femme de
papier de Suzanne Schiffman, Hurlevent et l’Amour par terre de Jacques
Rivette.
En 1985 un projet d’envergure est
en train de voir le jour, l’adaptation de
La valse des adieux de Milan Kundera, deuxième film de Marc Grunbaum
pour lequel sont réunis Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Alain Delon
et Burt Lancaster ! Le financement
est bouclé et le film déjà bien préparé
quand Marc Grunbaum meurt d’une
crise cardiaque à un mois du tournage. Martine Marignac essaie de lui
trouver un remplaçant mais Milan
Kundera refuse de céder les droits de
son livre à un autre réalisateur. Le film
sera définitivement arrêté, et jamais
plus Milan Kundera ne cèdera les
droits d’un de ces livres.
La Cécilia vit encore quelques
temps mais n’arrive pas à se remettre
de cette tragédie qui lui coûte très
cher. Elle disparaît à la fin des années
80…quand apparaît Pierre Grise.
Maurice Tinchant et Martine Marignac en sont les principaux associés,
Evelyne July a déménagé et c’est un
jeune producteur qui la remplace au
25 rue Michel Le Comte, Denis Freyd
qui vient de créer Archipel 33.
À cette époque, la cour a
son charme : on entend les chants
qui montent de la synagogue, on
construit chaque hiver une cabane
pour Sukkot, une famille chinoise
crée l’événement pour les fêtes du Têt
et accroche régulièrement des canards
morts à ses fenêtres avant de les cuisiner. Le tout est rythmé par le son des
tambours de la garde républicaine que
répare Monsieur Deslauriers, le fabricant d’instruments de musique. Un
autre charme de ce lieu est de faciliter les négociations : alors qu’un agent
d’Artmédia vient discuter un contrat
avec Martine Marignac, il lui avoue
qu’après avoir traversé le passage et
pris l’escalier, il n’a plus le cœur de lui
demander un cachet important pour
son acteur !
Mais ces charmes ne suffisent
pas à retenir nos producteurs qui
quittent ensemble la rue Michel Le
Comte pour s’installer dans un même
immeuble de la rue Charlot où eux
aussi resteront 25 ans.
En octobre 1997, David Thion
vient faire son stage de 3ème année de
la Fémis et deviendra quelques années
plus tard associé aux films Pelléas.
Nous avions déjà produit une
cinquantaine de longs métrages
quand nous avons appris que la Mairie de Paris rachetait l’immeuble et
qu’elle le destinait à des logements
sociaux, tout en décidant de garder
les quelques entreprises qui s’y trouvaient : des architectes, des graphistes
et Les Films Pelléas.
un stAgiAire en
troisièMe Année
de lA FéMis
Peu de temps avant les travaux,
les derniers artisans partent : Monsieur Bonnote émailleur, Monsieur
Gallon horloger, Monsieur Annamet
spécialiste de métaux précieux, et
Monsieur Hagège, dernier bijoutier à
perpétuer la tradition de l’orfèvrerie
joaillerie installée ici depuis près de 2
siècle.
À la fin des années 2000 disparaitra Monsieur Petitjean, un
personnage mystérieux à qui pendant près de 20 ans nous avons cédé
le passage dans notre escalier - il était
handicapé par une jambe raide - sans
que jamais la conversation n’aille au
delà de « bonjour » ou « bonsoir ». Sa
mère avait été la gardienne de l’immeuble des dizaines d’années plus tôt,
il était né là et n’était jamais parti.
La Mairie de Paris a regroupé les
surfaces que nous avions – et qui pour
partie était dans l’état de l’atelier de
Daniel Barnola : ni eau, ni chauffage,
ni WC – et les a regroupées dans l’immeuble de la cour.
Pendant les travaux nous
sommes installés dans des bureaux
provisoires correspondants précisément à l’appartement que Joël habitait
jusqu’à notre installation, et à celui où
AIDES était née 30 ans plus tôt.
Maintenant que nous avons réintégré nos bureaux d’origine, nous
ont rejoints 4 associations qui produisent de l’opérette, de l’opéra, du
théâtre et de la danse : Les Brigands,
La Coopérative, Lebeau et Associés et
Les Indépendances.
En 1992 c’est Maurice Tinchant
qui me fait visiter des bureaux inoccupés depuis 2 ans. Après avoir passé
quelques mois dans un 2 pièces au 8
rue de Paradis, et une année dans des
bureaux sous-loués chez un architecte
d’intérieur au 52-56 rue des haies dans
le 20 ème arrondissement, l’opportunité
d’installer Pelléas dans les anciens bureaux de Pierre Grise est une véritable
aubaine. Le jour de la visite je ne me
souviens pas avoir trouvé l’immeuble
vétuste et les planchers fragiles, j’étais
juste heureux de trouver des bureaux
si grands, si beaux, si bien placés et si
peu chers.
Loin du Brésil, la première production de Pelléas était sortie – ou
avait pris l’ air, comme disait alors
René Bonnell pour désigner un film
qui n’avait pas marché –, les finances
n’allaient déjà pas fort mais les projets
ne manquaient pas. Nous étions en
montage de Cible Emouvante et nous
préparions le premier film de Philippe
Harel.
Assez vite nous avons pu louer
un entrepôt dans la cour pour un
loyer défiant toute concurrence, puis
des bureaux inutilisables pour autre
chose que des préparations de films,
et que certains réalisateurs en les découvrant n’hésitaient à qualifier de
squat !
Bertrand Gore qui dès les premiers mois de notre installation
occupe une pièce dans nos bureaux,
devient pendant plus de 15 ans notre
plus proche voisin dans l’immeuble
une fois qu’il est associé à Nathalie
Mesuret.
La salle où sont exposées aujourd’hui les photos de Laurent
Champoussin accueillera régulièrement des expositions de jeunes
artistes. Et dans les 25 ans qui viennent
Pelléas continuera à produire des
films et à faire de cet immeuble ce
qu’il est depuis si longtemps, un lieu
où le travail, la création et la découverte se partagent.
L'Équipe pÉLLeAS
Création en mars 1990
avec le soutien amical
et précieux de Chantal Richard
1990 - Benoit Pilot
1991 - Françoise Lebeau
Nathalie Le Toux
1992 - Olivier Masclet
Viviane Labas
1993 - Stéphane Even
Caroline Gosselin
1994 - Florence Lemoine
1996 - Hélène Bastide
Farida Fdani
1997 - David Thion
2000 - Stéphanie Meilhac
Lola Gans
Géraldine Michelot
2001 - Benjamin Pasquier
2002 - Juliette Mallon
2003 - Chrystèle Bru
2005 - Henri Zytnicki
Johana Hazan
2007 - Florian Mole
David Hedrich
2008 - Agathe Vadon
Mathilde Boisgontier
Siham Siati
2010 - Lucie Fichot
2012 - Eiji Yamazaki
Laure Parleani
2014 - Victoria Richel
2015 - Estelle Jaugin
Guillaume Schmitt
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C’eSt à pRopoS d’une diSpARition,
d’un Monde enGLouti,
deS SiGneS du pASSÉ.
C’eSt à pRopoS de pARiS,
de pieRReS GRiSeS,
de tApiSSeRieS JAunieS.
C’eSt à pRopoS de MuRS
devenuS SuRFACeS ARtiStiqueS,
de FAiLLeS expReSSiveS,
de poutReS ÉCLAtÉeS,
de CouLÉeS de CouLeuRS
d’ÉCAiLLeS de peintuReS.
C’eSt à pRopoS de Cette nuAnCe
tÉnue MAiS eSSentieLLe
qui ChAnte LA MÉLAnCoLie
MAiS JAMAiS LA noStALGie.
laurent champoussin
Conception graphique : Mathieu Bonnin & Dimitri Krassoulia
et puiS C’eSt à pRopoS
d’une tRAnSFoRMAtion,
de GRAndeS LiGneS veRtiCALeS,
du pLâtRe et de L’ACieR,
d’ApLAtS MonoChRoMeS,
de veineS ÉLeCtRiqueS.