lettre de l`observatoire
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ET CITÉ NETÉ YEN O T I C PES -AL OBLE OLE N E GR TROP MÉ Communauté d’agglomération GRENOBLE-ALPES MÉTROPOLE LETTRE DE L’OBSERVATOIRE DE L’HABITAT Programme Local de l’Habitat 2010-2015 Mai 2012 - n°11 DÉVELOPPER LE LOGEMENT ABORDABLE DANS L’AGGLOMÉRATION Dans une agglomération traditionnellement plutôt chère, le mouvement national de hausse des prix immobiliers de la dernière décennie, déconnecté de l’évolution des revenus, est venu raréfier l’offre de logement abordable. La crise économique fragilisant les emplois et les revenus, il est de plus en plus difficile aux classes moyennes familiales, gagnant entre un et trois smic, de trouver un logement correspondant à leurs ressources en primoaccession comme en location. Avec pour conséquences le blocage des trajectoires résidentielles, la congestion du parc locatif social, la périurbanisation des classes moyennes. C’est ce constat qui est illustré dans ce numéro, ainsi que les pistes de réflexion développées avec les communes et les acteurs lors de l’atelier PLH du 6 avril 2012. © GRENOBLE-ALPES MÉTROPOLE . DCOM Une diminution généralisée du pouvoir d’achat immobilier des ménages Une disparition progressive de l’offre abordable Au cours de la dernière décennie, l’élévation des valeurs foncières et immobilières a été très forte et s’est déconnectée de façon inédite de l’évolution des revenus des ménages. Dans la Métro, le budget moyen nécessaire à l’acquisition d’un appartement ancien d’environ 66 m² est passé de 92 000 € en 2002 à 152 000 € en 2010 (respectivement 1 378 et 2 314 €/m²). À l’échelle nationale, les logements anciens, principal segment de l’offre en accession, ont vu leurs prix plus que doubler entre 2000 et 2010. Les loyers du parc privé, dont l’évolution est en partie régulée par l’indice de référence des loyers, ont quant à eux augmenté de 29 %. Dans le même temps, les revenus des ménages n’ont augmenté que de 33 %. Évolution des prix moyens au m2 des appartement dans la Métro depuisÉvolution 2002 des prix moyen au m des appartements dans la Métro depuis 2002 2 4 000 3 000 225 1 500 210 131 133 129 75 50 2009 2010 C’est aussi le cas de près de 13 % des primo-accédants (remboursements d’emprunts, taxe d’habitation, taxes foncières, dépenses d’eau et d’énergie). Maisons récentes Appartements récents Appartements anciens 0% Agriculteurs Artisans Appartements anciens Maisons anciennes Terrains 60% 70% Cadres Professions Intermédiaires 80% Employés Ouvriers 90% 100% Retraités Autres Inactifs 314 041 310 720 248 347 136 194 284 964 271 456 182 943 142 750 6,0 142 267 13,6 150 091 12,8 137 724 202 928 27,3 20,2 50% Trop peu de références 19,1 0 0 0 34,2 40% Les cadres sont quant à eux, pleinement présents sur le marché de l’ancien comme du neuf. Ils ont contribué à alimenter la hausse des prix de par leur important pouvoir d’achat immobilier : ils achètent un appartement ancien pour environ 50 000 € plus cher que les ouvriers en moyenne. 1,1 30,8 30% Source : Perval – Notaires de France. 7,7 89,3 49,6 20% 157 733 2,0 36,8 10% Budget moyen des acquéreurs des logements anciens selon la catégorie socio-professionnelle en 2010 Budget moyen d'acquisition en 2010 Répartition des ménages par taux d’effort brut selon le Répartition des ménages par taux d’effort brut selon le statut statut d’occupation en 2010 (France Métropolitaine d'occupation en 2010 (France Métropolitaine) 26,5 2010 Maisons anciennes Elle démontre que parmi les locataires du secteur privé, près de 20 % d’entre eux consacrent au moins 40 % de leur budget à la dépense inhérente au logement (loyers, charges, taxe d’habitation, dépenses d’eau et d’énergie). Locataires du secteur privé 2008 Catégorie socio-professionnelle des acquéreurs en 2010 Pour un grand nombre de ménages, le logement constitue le poste de dépenses obligées le plus important. Une série d’enquêtes menées au niveau national par l’INSEE témoigne d’une situation des plus préoccupantes. L’étude d’où est tirée le graphique suivant illustre le poids de la dépense « logement » dans son ensemble dans le budget des ménages. Locataires du secteur social 2007 Catégorie socio-professionnelle des acquéreurs en 2010 143 783 2008 301 485 2007 180 261 2006 153 011 2005 Le logement constitue la principale composante du budget des ménages 23,1 2006 373 333 2004 Si la modération des taux d’intérêt, l’allongement des durées d’emprunt et les mesures incitatives (type PTZ) ont permis à un certain nombre de ménages d’absorber la hausse des prix du logement en accession, y compris au prix d’un fort endettement, cette hausse de l’immobilier déconnectée des revenus a considérablement réduit le pouvoir d’achat immobilier des ménages. Propriétaires accédants 2 005 222 588 2003 Sources : indices Notaires-Insee, Insee, comptes de la Nation, enquête Loyers et Charges. Propriétaires non accédants 2 004 181 381 2002 2 003 332 564 2001 2 002 Sources : Perval – Notaires de France, ECLN - DREAL Rhône Alpes. Cette hausse des prix a exclu un grand nombre de ménages modestes, même sur le marché de l’ancien. Ouvriers et employés, qui représentent plus de la moitié de la population active résidant dans la Métro, n’ont été à l’origine que de 27 % des transactions d’appartements anciens en 2010. 108 100 2000 2009 1 378 100 1999 2 314 500 117 1998 2 242 2 467 1 000 - 1997 2 498 2 396 2 176 1 570 207 150 1996 2 231 1 855 150 125 3 381 2 778 2 000 173 175 3 325 2 436 2 000 195 194 200 3 298 3 000 2 500 207 3 435 3 500 Évolution des loyers, des prix des logements anciens et des Évolution des loyers, des1996 prix des logements des revenus revenus en France depuis (baseanciens 100eten 2000) en FRANCE depuis 1996 (base 100 en 2000) Loyers (ensemble) Prix des logements anciens Revenu par unité de consommation Appartements neufs Appartements anciens (plus de 5 ans) 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 0 à 20 % 21 à 30 % 31 à 40 % > 40 % 80% Sources : Insee, enquêtes SRCV 2005 et 2010, calculs Insee et SOeS. 90% 100% Agriculteurs exploitants Artisans commerçants Cadres Professions intermédiaires Source : Perval – Notaires de France. Employés Ouvriers Retraités Autres et à l’accès au parc locatif Dans le segment du neuf, le prix moyen pour un appartement d’environ 66 m² s’établit à 223 000 € en 2010 soit 3 380 €/m², contre 1 620 €/m² en 2000. La quasi-totalité des biens se vend désormais à plus de 3 250 €/m² alors que l’offre à moins de 2 500 €/m² recouvrait la quasi-totalité du marché avant 2005. Du côté du secteur locatif, les difficultés d’accès et de maintien dans le logement sont bien réelles. Si l’on ne considère que la notion du taux d’effort1, un logement dont le loyer s’établit à hauteur de 700 euros mensuels (prix moyen du T3 de 70 m² selon la Fnaim) se révèle difficilement accessible pour un grand nombre. Répartition des appartements neufs vendus en 2002, 2003, des appartements neufs la vendus en 2002, 2003, 2004, 2005 et 2011 dans la Métro 2004, Répartition 2005 et 2011 dans Métro Parmi les ménages résidant déjà dans le parc locatif privé, seul 40 % d’entre eux pourrait postuler à ce logement. Au sein du parc locatif social, ils ne sont que 20 % à pouvoir y prétendre. 3251 € et plus 3000 à 3250 € 2500 à 3000 € Moins de 2500 € 1400 Mise en perspective des revenus des ménages fiscaux 2009 de l’agglomération grenobloise au regard des loyers du parc Mise en perspective des revenus des ménages fiscaux 2009 de l'agglomération privé en 2010 Grenobloise au regard des prix de l'immobilier 2010 1200 1000 4500 800 400 200 0 2002 2003 2004 2005 2011 Sources : CECIM, ECLN - DREAL Rhône-Alpes Revenus mensuels moyen en € 4000 600 Locataire HLM Locataires secteur privé 3500 3000 2500 2000 2 100€ pour louer un appartement ancien de 80m² (loyer 700 €) 1500 1000 500 0 1er décile (€) 2ème décile (€) 3ème décile (€) 4ème décile (€) 6ème décile (€) 7ème décile (€) 8ème décile (€) 9ème décile (€) un marchÉ sélectif, laissant peu de marges à la primo-accession… Source : INSEE-DGFiP revenus fiscaux localisés. Dans ce contexte de marché tendu et d’une vive concurrence du marché investisseurs, les candidats à la primo-accession modestes se voient souvent contraints de réaliser leurs projets immobiliers hors de l’agglomération grenobloise. En outre, le Conseil Social de l’Habitat a récemment mené une étude2 mettant en lumière la difficulté d’accès et de maintien au logement pour un plus grand nombre, en prenant en considération le « reste à vivre ». Cette notion de reste à vivre exprime pour un ménage donné, le montant nécessaire pour assurer un certain nombre de dépenses élémentaires 3 en plus des dépenses afférentes au logement et des dépenses « incontournables » 4. En 2011, un couple avec un enfant, disposant de revenus mensuels équivalents à 2 SMIC nets (2 150 €/mois) et d’un apport personnel de 10 000 € ne peut pas acheter un bien en phase avec ses besoins (au moins 60 m²). Sur la base d’un prêt à 4,20 % sur 20 ans, il pourrait prétendre à un appartement dont le prix n’excède pas 120 000 €, soit, si l’on s’en tient au prix moyen, un 36 m² dans le neuf ou un 52 m² dans l’ancien. Avec les mêmes conditions de crédit et un apport personnel identique, ce même ménage devrait disposer d’au moins 3 SMIC nets (3 220 €/mois) pour disposer d’un prêt lui permettant un budget approchant 160 000 €, montant moyen nécessaire (hors frais de notaire) pour acheter un appartement ancien d’environ 60-70 m² dans la Métro. Dans une perspective d’accueillir un second enfant dans les meilleurs conditions, ce ménage sera potentiellement intéressé par un logement plus grand. Avec 160 000 €, il devra choisir entre un 5 pièces dans les quartiers des Eaux Claires ou de la Villeneuve, ou s’orienter vers l’acquisition d’une maison ancienne dans le périurbain éloigné. Acheter un T4 à Saint Martin d’Hères ou au Pont de Claix Budget de 160 000 € Acheter sur Grenoble : - 5 pièces à la Villeneuve - ou 4 pièces aux « eaux claires » Le reste à vivre estimé nécessaire pour un couple avec deux enfants s’établit aux alentours de 1 100 €/mois. Ce couple, s’il dispose de revenus équivalents à 1,5 SMIC (1 600 €/mois), disposerait donc de 300 €/mois pour payer son loyer (soit un taux d’effort de 20 % 5). Il devient alors difficile de supporter un loyer, y compris dans le parc social : le loyer d’un T4 de 90 m² en PLUS est de 540 €, celui d’un PLAI de la même taille de 480 €. Quels leviers pour un logement plus abordable ? Dans un contexte de marché de plus en plus sélectif, les ménages modestes (gagnant de une à trois fois le Smic mensuel), et en particulier les familles, se trouvent face à une accession impossible dans le neuf, et disposent d’un choix limité en accession dans l’ancien (les logements les plus énergivores dans les quartiers les moins prisés, ou un exode en périurbain). Pour les plus modestes, ils demeurent dépendants et captifs du parc locatif social, avec des taux d’effort élevés. Cette cherté du marché local renvoie par ailleurs à des causes nationales, ou à des tendances structurelles : l’immobilier s’impose comme valeur-refuge pour la retraite face à la perte de confiance dans les placements financiers ; localement, la dynamique économique et la présence de clientèles à fort pouvoir d’achat tirent le marché vers le haut. 1En général, il est demandé de disposer de revenus équivalents à trois fois le montant du loyer. 2«Le coût du logement, facteur d’exclusion», Conseil social de l’habitat, novembre 2011. Rester locataire dans la Métro Maison ancienne à Vinay 158 000 € Source : Perval – Notaires de France et l’observatoire des Notaires de l’Isère. 3Alimentation, santé, habillement, garde, pensions, loisirs… 4Impôts, transports, téléphonie... 5Salaire + allocation logement + prestations familiales - dépenses afférentes au logement - dépenses «incontournables» - reste à vivre = niveau de loyer supportable. La construction neuve, importante ces dernières années dans l’agglomération, n’a pas permis de modérer les prix du marché libre et de favoriser la primo-accession, car orientée massivement vers le marché des investisseurs locatifs du fait des incitations fiscales nationales (type Scellier) et du marché étudiant. Les professionnels de l’aménagement et de l’immobilier, présents lors de l’atelier du PLH de la Métro du 6 avril 2012, ont aussi évoqué la hausse des coûts de construction, liée à la hausse du coût des matériaux et de l‘énergie, à l’intégration de nouvelles normes techniques (accessibilité, normes thermiques, acoustiques, parasismiques, environnementales, etc.) et aux exigences liées aux projets urbains (formes urbaines, cœurs d’îlots, stationnements souterrains…). GLOSSAIRE PLH : Programme Local de l’Habitat. PTZ : Prêt à Taux Zéro. INSEE : Institut National de Statistique et d’Études Économiques. SMIC : Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance. PLUS : Prêt Locatif à Usage Social (logement social «ordinaire»). PLAI : Prêt Locatif Aidé d’Intégration (logement «très social»). CAUE : Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement. Néanmoins, il a aussi été affirmé qu’il demeurait possible de produire du logement moins coûteux, en jouant sur l’ensemble des maillons de la chaîne de production, et en développant : n n n n u ne politique publique active de négociation foncière et de réserves foncières, u n « dialogue constructif » de l’ensemble des acteurs de l’urbanisme et de l’habitat sur l’objectif d’un logement abordable mais de qualité, depuis la conception du projet urbain jusqu’à la conception architecturale des opérations ; soit davantage de dialogue entre les promoteurs et les collectivités, entre les architectes et les entreprises du BTP, et un habitant reconnu comme acteur du process de conception-construction de l’habitat, l’innovation et l’expérimentation sur les modes constructifs (pré-fabrication, filière bois) pour que la préoccupation du logement abordable ne soit pas inconciliable avec les exigences environnementales ou l’habitabilité des logements, la solvabilisation et la sécurisation des ménages. Quelques pistes de travail proposées suite à l’atelier du PLH du 6 avril 2012 La Métro s’engage à travailler autour de cette notion de logement abordable dans 3 directions : n n n p articiper à la discussion entamée entre la Ville de Grenoble et la Fédération des promoteurs immobiliers des Alpes, pour la porter à un niveau d’agglomération, a pprofondir la notion de logement abordable, acceptable et attractif avec le CAUE, c larifier le rôle de la Métro dans le soutien à l’habitat participatif. lametro.fr POUR EN SAVOIR PLUS // «Suivi de la demande et analyse des besoins en logement et en hébergement», Cahier de l’observatoire de l’habitat 2010-2011, La Métro / OHL, mars 2012 «Suivi des marchés immobiliers», Cahier de l’observatoire de l’habitat 2010-2011, La Métro / AURG, mai 2012 «Le Coût du logement, facteur d’exclusion», Conseil social de l’habitat / Un Toit Pour Tous, novembre 2011 CONTACTS // Observatoire de l’habitat de la metro : Christine Schmitt – 04 56 58 51 53 – [email protected] DIRE GRENOBLE-ALPES MÉTROPOLE / MAI 2012 / IMPRIMÉ SUR PAPIER RECYCLÉ