l`exode selon yona LA FIN DU CYCLE, PAR DAVID RATTE

Transcription

l`exode selon yona LA FIN DU CYCLE, PAR DAVID RATTE
auteurs | album
g r at u i t
Cmag#02 | 01
#02
jan.-avr . 2013
le voyage des pères · saison II :
la fin du cycle, par david ratte
l’exode selon yona
Thierry dubois
Cmag#02 | 03
Jean-Luc Delvaux
sommaire
Le rapport de Gilles Ratier, le Secrétaire
Général de l’ACBD, le souligne : la
production de bandes dessinées a
augmenté pour la 17e année consécutive. Libraires comme lecteurs doivent
s’adapter à cette situation de surproduction perpétuelle, dans laquelle chacun
doit seul séparer le bon grain de l’ivraie.
En 2012, les Éditions Paquet ont publié
47 titres, contre 50 l’année précédente.
Publier moins, pour publier mieux :
nous maintenons le cap en nous
focalisant sur nos collections, en y
sélectionnant les meilleurs projets
et en veillant à ce que l’affection et
les connaissances des auteurs pour
leurs sujets soient réelles. Plus qu’un
supplément d’âme, cet intérêt particulier se ressent dans l’œuvre. Les
auteurs de notre catalogue, quelle que
soit la collection dans laquelle ils sont
publiés, sont habités par la thématique
de leurs livres. Cela transpire à chacune
des pages ! Nous mettons un point
d’honneur, aujourd’hui, à ce que l’ensemble des histoires qui paraissent dans
notre catalogue s’inscrivent dans cette
philosophie !
Bonne lecture.
04
Des fragments de l’oubli T2
Interview de Serge Annequin
10
Raoul Scopitone T1
Interview de Jérôme Lebrun
16
Dog Fights T3
Interviews de Régis Hautière et Fraco
20
Une aventure de Jacques Gipar T4
Interviews de Thierry Dubois et Jean-Luc Delvaux
26
L’Épée d’Ardenois
28
L’Exode selon Yona T4
Interview de David Ratte
34
Gung Ho
Interview de Benjamin Von Eckartsberg
40
Bushido
42
Usagi Yojimbo
44
Le Libraire : M’Enfin ! ?
45
Les news
47
Carte blanche à… Serge Annequin
Nicolas Anspach
Cmag est publié par les Éditions Paquet. Tout le contenu est © Paquet, sauf mention contraire · Design : StoneBundle.com · Rédacteur en chef : Nicolas Anspach · Rédacteurs : le
« Team Paquet », Stéphane « Fanfan » Heude, Jessica Boucher-Rétif · Merci à David Ratte pour la couverture inédite de ce CMag , et à Myriam Lavialle pour sa mise en couleur
© Ratte et Paquet · Merci également à Serge Annequin pour sa carte blanche © Annequin et Paquet · Impression : [email protected] · Magazine gratuit, ne peut être vendu.
Plus d’informations sur www.paquet.li
histoire complète dans chaque tome
des fragments de l’oubli | serge annequin
04 | Cmag#02
Serge Annequin signe
aussi la « carte blanche »
de ce Cmag, voir page 47.
des
fragments
de l’
oubli
Après un premier tome qui distillait ses cases en dégradé de gris et de pâles couleurs dans le paysage de la BD française
comme autant d’interrogations dans notre esprit, Serge Annequin poursuit le fil tortueux de ses Fragments de l’oubli…
Nous avions laissé Faustine, lycéenne abandonnée depuis plusieurs jours par son père évanescent, alors qu’une pilule bleue
venait de la plonger dans un mystérieux voyage. Nous suivons cette fois le parcours de Jean-Pierre, sur les traces d’un frère
jumeau inconnu, dans un dédale de rêves, de souvenirs et d’une réalité floue qui se mêle à celle de Faustine…
Vos albums précédant Des fragments de
l’oubli avaient été réalisés en collaboration
avec Jean-Luc Jullian qui était l’auteur du
scénario alors que cette fois, vous êtes
à la fois auteur et dessinateur. Parce
que personne ne pouvait l’écrire à votre
place, parce qu’il s’agissait d’une œuvre
très personnelle ?
Je pensais pouvoir travailler avec
Jean-Luc mais il a préféré se mettre
en retrait et me laisser les mains libres.
Oui, c’est une série très personnelle. J’ai
mis là-dedans beaucoup de vécu, des
souvenirs d’enfance, des visions et des
rêves. Je vois cette histoire comme une
« autobiographie onirique ». Les sujets
abordés étant très personnels, je pense
que Jean-Luc n’a pas pu trouver sa
place. Mais il est toujours là, c’est mon
homme de l’ombre, mon « patient zéro »
et son avis est indispensable. Et puis
rendons à César ce qui lui appartient :
c’est lui qui a dessiné tous les tableaux
qui apparaissent dans l’histoire !
Comment est née cette trilogie ?
Avec la série des Très étranges et très
inopinées aventures d’Auguste-Louis
Chandel, je commençais à tourner en
rond, j’ai eu envie de raconter une
histoire plus adulte, plus personnelle.
Le déclic est venu de ma participation
à la collection BN2 des éditions Jarjille.
Toujours avec Jean-Luc Jullian, nous
avons réalisé Wilk, une histoire courte
en noir et blanc sur le thème de l’enfance. J’ai pris beaucoup de plaisir à
la dessiner, mais onze pages, c’était
un peu frustrant, alors j’ai eu l’idée
d’aller plus loin, d’ouvrir bien grand
la boîte de Pandore et d’en sortir Des
fragments de l’oubli.
Ce qui frappait dès le premier tome, c’était,
au-delà de son aspect sombre, un ton et
un rendu finalement plus portés vers le
gris, le morne que vers le noir et le désespoir. Était-ce le sentiment sur lequel vous
avez travaillé, notamment au niveau de
la colorisation ?
serge annequin | des fragments de l’oubli
Oui, c’est tout à fait ça. Je ne voulais pas
d’une quadrichromie traditionnelle qui
aurait altéré la force du récit. Je préfère
travailler avec moins de couleurs mais
leur attribuer un rôle déterminant. Au
final j’ai établi des règles très précises :
telle couleur pour tel personnage ou
tel état d’esprit.
La seule vraie pointe de couleur qui apparaît est le livre Voyage au centre de la Terre
de Jules Verne que lit Faustine et que l’on
retrouve à plusieurs moments et endroits.
Pourquoi le choix de ce roman ?
J’adore ce bouquin, je le relis régulièrement avec beaucoup de plaisir. J’y
vois une métaphore de la dépression :
une descente vertigineuse, une perte des
repères sensoriels, une négation de son
être, un retour au liquide amniotique et
un final apocalyptique en forme d’éjaculation volcanique. Quand on touche
le fond, on finit toujours par remonter,
c’est un peu le message du bouquin.
Les thèmes abordés dans les Fragments
sont assez nombreux : l’absence, la mort,
l’oubli, la déconnection de la réalité, la
solitude… Quel est finalement pour vous
le thème central de la série ?
C’est la déréalisation et la dépersonnalisation. En gros c’est une anomalie
du mécanisme cognitif qui vous fait
perdre le sens de la réalité. Mais attention, je propose une vision romanesque
de ce qu’on peut endurer, je ne cherche
pas à expliquer cette pathologie… j’en
serais bien incapable.
Les masques sont un élément récurrent :
celui du père, de la Joconde, ceux non
visibles… Que symbolisent-ils ?
La recherche de l’identité, la peur de
l’autre, l’incompréhension du monde.
Lorsque vous portez un masque vous
vous protégez des autres mais paradoxalement vous devenez une cible
car vous êtes différent. C’est un sentiment paranoïaque propre aux crises de
dépersonnalisation.
Il y a dans ce deuxième tome, plus que dans
le premier, un jeu sur les mots, notamment
autour de Moleskine, toujours décomposé.
Ce carnet étant un peu l’âme du personnage, faut-il y voir justement le reflet de
cette fragmentation de son identité ?
Oui, c’est exactement cela. Moleskine
est l’ami imaginaire de Jean-Pierre.
C’est un confident protéiforme. Il peut
être Mollesse Skin - la peau molle mais aussi Mole Skin - la peau de taupe.
Vous avez choisi une construction en
Cmag#02 | 05
trilogie pour présenter non pas une
progression chronologique mais trois
points de vue sur un même événement :
une façon de mieux cerner celui-ci pour
répondre aux interrogations du lecteur, ou
au contraire, de montrer l’aspect subjectif
du réel et de mieux perdre le lecteur ?
Mon intention est bien de montrer
l’aspect subjectif du réel, mais je ne
cherche pas forcément à perdre le
lecteur ! En recoupant les trois albums
il y aura des réponses à beaucoup d’interrogations ; il faudra parfois chercher
un peu…
Dans ce deuxième tome, nous découvrons
les catacombes lyonnaises. Êtes-vous
vous-même cataphile ?
Je l’étais. Dans la région lyonnaise,
on parle plus de galeries souterraines
que de catacombes car ces lieux n’accueillent pas de sépulture. Le sous-sol
de la ville est un véritable gruyère.
En plus des nombreux souterrains
reliant d’anciennes fortifications, la
ville possède un incroyable réseau de
galeries qui datent, pour certaines, de
l’époque gallo-romaine.
Quelles sont vos influences ? La littérature,
si l’on en juge par les nombreuses références qui émaillent ce deuxième volet,
semble jouer un rôle important…
La littérature bien sûr et aussi le
cinéma. La « carte blanche » de ce
numéro de Cmag me permet de rendre
hommage à l’un de mes films de chevet.
Il s’agit de Blow Up de Michelangelo
Antonioni. Il y a une scène absolument
sidérante entre un photographe et un
couple dans un parc désert… Quand
l’étrange s’invite dans la réalité, il peut
naître des merveilles, comme ce film.
Des fragments de l’oubli sort dans la
collection Calamar qui est dirigée par Tony
Sandoval. Avez-vous des favoris parmi ses
publications, ses personnages ?
J’ai une préférence pour Le Cadavre et
le sofa mais je trouve le personnage de
Doomboy attachant. Tony est un artiste
puissant avec un univers personnel… Je
suis humblement très fier d’être publié
dans cette collection au côté d’autres
talentueux auteurs comme Grazia La
Padula et Chanouga.
Cette trilogie est votre première expérience
solo : avez-vous déjà des idées d’autres à
venir ?
Je pense à un road movie très lent avec
un homme, une jeune femme, un tueur
invisible, des silences et beaucoup de
musique et enfin… la quête d’un trésor.
Des fragments de l’oubli
Tome 1 · Faustine
Tome 2 · Jean-Pierre
Tome 3 · L’Homme oiseau
Série prévue en 3 tomes
Collection Calamar
Scénario & dessin > Serge Annequin
Parution du tome 2 le 13 février 2013
Parution du tome 3 en mai 2013
Format 22 x 28 cm
48 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-489-2 (tome 2)
Prix de vente 11.50 euros
serge annequin
06 | Cmag#02
serge annequin
Cmag#02 | 07
Alzheimer est mon pire
cauchemar et…
Moleskine mon
meilleur ami !
Le
célèbre
carnet ?
Voilà,
c'est ici
…
Restez le temps qu'il faut,
fouillez ses affaires,
vous arriverez peut-être
à faire un lien avec
votre enfance.
Vous ne vous rappelez
vraiment pas de
votre frère, de
vos parents ?
"L'accessoire
indispensable à
la panoplie de
l'écrivain voyageur"…
je ne sais plus qui
a écrit ça …
Je n'ai aucun
souvenir de
famille.
Bon, je vous laisse
les clés et mon
numéro de téléphone,
n'hésitez pas
si besoin…
Merci.
Non.
Bonne
chance.
Alors je note tout,
sur des Post-It,
des carnets…
Encore maintenant cette brèche me
terrifie. Je ne veux pas perdre
à nouveau la mémoire…
Je
comprends
…
14
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Planche 12
Planche 13
serge annequin
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serge annequin
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20h14, une pensée m'obsède :
…j'imagine ma rencontre
avec un de ses voisins,
entre stupeur et
incompréhension…
"mais…
vous n'êtes
plus mort ?"
Décidément, la place du mort
n'est pas confortable, surtout
quand on a la tête du défunt.
Sensation étrange de transgresser un interdit…
Un kebab, deux bières ;
manger m'a fait du bien.
Encore le goût d'oignon
dans la bouche.
Tu es là,
Moleskine ?
Note bien que j'ai failli
tout lâcher, me barrer,
reprendre le train…
Ce serait con,
tu ne crois pas ?
Mais c'est dur, putain !
J'ai l'impression de
ne pas être à ma place.
17
18
Planche 15
Planche 16
raoul scopitone | Philippe pinard & jérôme lebrun
10 | Cmag#02
raoul
scopitone
1964, après une mission calamiteuse au Maroc, le commandant Raoul Scopitone et son adjoint, le sergent Marcel Formica,
des barbouzes, sont chargés par le chef des services secrets français, en représailles, d’assurer la protection de l’idole des
Yéyés : Sonny Brushing. Plusieurs vedettes Yéyés ont disparu mystérieusement. Nos deux zigues vont devoir mener leur
enquête en immersion totale dans le monde du show-business, croisant tour à tour une idole égocentrique, un manager
véreux, des musiciens louches, des fans hystériques, des blousons noirs délinquants et une ancienne gloire du music-hall
des années 30.
Après avoir dessiné 14 ans pour différentes sociétés gravitant autour de la
Disney Company, Jérôme Lebrun a
décidé de voler de ses propres ailes, et
de réaliser des bandes dessinées. Pour
Raoul Scopitone – du Rififi chez les
Yéyés, sa deuxième BD, le dessinateur a mis en place un univers qui lui
correspond totalement. Avec l’aide de
Philippe Pinard, coscénariste de l’histoire, il a écrit un récit loufoque, décalé,
dont les dialogues vifs et enlevés nous
replongent dans les années 60 version
barbouzes et yéyés.
Comment est né ce nouveau personnage,
Raoul Scopitone ?
J’ai longtemps fait partie d’un groupe
de musique, qui reprenait des standards
des chansons françaises des années
60, des yéyés ! J’ai toujours aimé ces
ambiances. Ce mouvement musical
n’a pas été beaucoup évoqué dans la
bande dessinée. J’ai souhaité écrire un
scénario sur ce sujet, tout en y ajoutant ce que je trouvais de plus kitsch
dans les années 60. Pour le personnage
en lui-même, je me suis inspiré d’un
panel de personnages un peu ringards
de seconde zone du cinéma français de
cette époque. Le plus digne représentant
reste pour moi Léonard Michalon du
film Ne nous fâchons pas. Un pauvre
type qui a toujours tout faux, un
raté complet… Bref, le foireux total.
Ce personnage est incarné par Jean
Lefebvre.
J’ai présenté le projet à Pierre Paquet,
qui aimait le ton du scénario, proche de
celui des films de Georges Lautner. Mais
il était dérangé par certains aspects
du récit. Il m’a proposé de m’associer
avec Philippe Pinard, scénariste de
Zone Rouge et de Ciel en Ruine, qui
a retouché mon scénario, et modifié
l’intrigue, mais sans en changer le
contexte ni les personnages.
Philippe pinard & jérôme lebrun | raoul scopitone
Vous abusez de certaines ficelles dans cette
histoire…
Ah, oui ! J’ai tenu à appuyer le côté franchouillard de l’époque. Notre pays était
encore très « français » dans la manière
de vivre. Mais nous essayions d’imiter
les Américains à tout prix. Regardez les
voitures, qui se sont américanisées… Les
artistes français se sont mis à reprendre
dans notre langue des standards de la
musique américaine. C’est ce décalage
qui m’amuse dans les années 60.
Votre humour est burlesque.
On est totalement dans le second degré.
Raoul Scopitone et Marcel Formica
sont des espions à la française, qui
ratent toutes leurs missions. Le récit
débute sur la fin d’une mission au
Maroc. Ils doivent arrêter un espion à
la solde des Russes, qui possédait des
plans atomiques (un grand classique).
Non seulement, ils n’arrivent pas à le
neutraliser, mais ils font exploser la
moitié de Marrakech. En punition, on
leur confie une mission intra-française,
où ils doivent élucider la disparition de
quelques vedettes yéyés.
J’essaie modestement d’être dans le
même ton que les meilleurs films de
Georges Lautner, Les Barbouzes, Ne nous
fâchons pas, Les Tontons flingueurs,
etc. Je veux aussi être dans l’esprit
de OSS 117 où Michel Hazanavicius
a repris tout ce qu’il y avait de plus
kitsch et ridicule de ces années-là.
Mais mon film de référence d’espionnage est Le Monocle avec l’excellent
Paul Meurisse. Le ton, les personnages, l’intrigue et les dialogues y sont
parfaits. Je suis un fan de cette série
de trois films. J’ai d’ailleurs ajouté un
monocle à l’un de mes personnages
comme petit clin d’œil.
L’album contient quelques hommages à
des grands auteurs de BD.
Effectivement. Je suis un grand fan du
Spirou de Franquin, de Gil Jourdan.
J’adore les ambiances de ces BD. Ce
sont ces auteurs-là qui ont posé tous
les fondamentaux de la BD moderne.
Mon style graphique est plus cartoon
qu’eux. J’ai travaillé pendant six ans
pour une société sous-traitante de
Disney-Hachette, puis j’ai dessiné et
sculpté pendant huit ans pour le parc
EuroDisney. J’étais censé maîtriser toute
la gamme des personnages Disney. Nous
avions souvent des entraînements avec
les dessinateurs américains. J’ai réalisé
Cmag#02 | 11
beaucoup de dessins pour du merchandising Disney. Cela m’a appris à avoir
de la technique, un sens du mouvement,
un graphisme rond. Quand je me suis
lancé dans la BD, j’ai dû d’abord désapprendre à dessiner à la Disney, pour
arriver à me lâcher. J’ai tenu également
à bosser comme à l’époque, sans filets.
C’est-à-dire en réalisant l’encrage, puis
la couleur directe à l’aquarelle sur les
planches. Cette technique ne permet
aucune erreur.
Pourquoi cette introduction au Maroc,
alors que l’essentiel du récit a pour cadre
la France…
Avez-vous remarqué que les films de
James Bond commencent tous par une
fin de mission dans un pays exotique ?
J’ai voulu reprendre le même principe.
J’ai trouvé cela rigolo. Je fais du « James
Bond version sandwich pâté-rillettes »…
Scopitone et Formica auront-ils des
conquêtes féminines ?
Bien sûr ! Mais ils seront bien évidemment pathétiques. Comme dans toutes
leurs démarches d’ailleurs. Ils vont
devoir infiltrer le monde des yéyés,
côtoyer les plus grandes vedettes. Ils
vont devoir protéger, l’une d’elles, Sonny
Brushing, et pour ce faire intégrer son
orchestre, en qualité de musiciens, alors
qu’ils ne sont pas capables de jouer un
instrument… Brushing est lui aussi dans
une démarche un peu simplette. Les
vedettes de l’époque voulaient singer
les Américains !
Raoul Scopitone
Tome 1 · Du rififi chez les yéyés
One-Shot
Collection Calandre
Scénario > Jérôme Lebrun & Philippe Pinard
Dessin & couleur > Jérôme Lebrun
Parution le 20 mars 2013
Format 23.5 x 31.5 cm
48 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-482-3
Prix de vente 13.50 euros
raoul scopitone | Philippe pinard & jérôme lebrun
12 | Cmag#02
Philippe pinard & jérôme lebrun
du
Page ci-dessous :
ex-libris réalisé
pour la libraire
La Parenthèse à
Nancy.
Cet album paraît dans la collection
Calandre. La voiture vedette est une 4CV.
Pourquoi ?
Le design, les proportions bizarres
et les différentes déclinaisons de la
voiture me plaisaient beaucoup. Celle
que j’ai représentée est montrée dans
le catalogue de 1959 de la marque
sous le modèle « découvrable ». C’est
une voiture incontestablement populaire, dans l’esprit de la « France des
Trente Glorieuses ! ». Cela a bien sûr
orienté mon choix. Mais l’histoire de sa
conception, durant la Seconde Guerre
mondiale, a achevé de me convaincre :
une poignée d’ingénieurs français, à
la barbe des Allemands qui contrôlaient les usines Renault, ont essayé
et amélioré les premiers prototypes de
cette voiture. Et ce dans la clandestinité.
Quelle est la bande son idéale pour ce récit ?
Je suis en train de la composer avec un
ami guitariste. Comme je vous le disais,
j’ai joué dans des groupes yéyés. On
postera ces morceaux sur mon blog.
Je réfléchis également à une manière
d’animer les séances de dédicaces.
J’aimerais dédicacer au rythme de
certaines chansons yéyés…
Petite référence
cinématographique, la
baraque représentée
ci-contre est le
routier où s’arrête
Jean Gabin dans le
film de 1956 Des gens
sans importance de
Verneuil.
,
,
rififi yeyes
chez
les
Cmag#02 | 13
les saligots!!!
!!!
et je vous rappelle que
le contribuable ne paie pas
ses impôts pour vous voir
faire les mariolles sur scène
et dévoyer notre jeunesse
française, m’entendez,
commandant???
Toujours dans un souci de réalisme, le premier gala de Sonny Brushing a lieu à Lyon,
mais pas dans n’importe quelle salle ! Feu l’Eldorado, malheureusement détruit en
1993 après 99 ans de bons et loyaux services en tant que salle de spectacle, salle de
cinéma et théâtre, qui rappellera des souvenirs aux Lyonnais !
vous bilez pas, mon colonel,
vous connaissez les
journalistes, toujours
à exagérer pour vendre
leur torchon.
et puis ça prouve que notre
couverture est crédible. cette fois
on s’est tellement bien fondus dans
l’ambiance, que même notre équipe
de ravisseurs s’y tromperait.
tout baigne, mon vieux formica,
le colon nous renouvelle son
entière confiance et ne doute
pas un instant de notre succès.
c’est
justement ce
qui m’inquiète,
patron.
pour l’instant c’est moi qui
ai la désagréable impression
de m’être une fois de plus
trompé sur votre compte!!
25
Planche 23
14 | Cmag#02
du
j’comprends pas pourquoi
qu’vous avez demandé hier à
ponthieu de vous rabouler
votre foutue chariotte??
,
,
rififi yeyes
chez
les
non mais t’as vu la
fiabilité de la juva
du groupe? comment
veux-tu que je file
l’autre andouille avec
leur tas de boue??
me permettant de
suivre la simca de
brushing grâce au
mouchard que j’y
ai planqué... tiens
v’là ponthieu!!
Philippe pinard & jérôme lebrun
Philippe pinard & jérôme lebrun
du
,
,
rififi yeyes
chez
les
Cmag#02 | 15
marseille est notre "bonne mère"
veillant sur tout un chacun...
de plus ce que tu appelles
"ma chariotte" n’est autre
que le fleuron de notre
industrie automobile conçue
en toute clandestinité
pendant la guerre, à la
barbe des teutons par
d’audacieux ingénieurs, ma
version luxe décapotable
est en plus équipée d’un
radar haute portée…
dites, patron,
c’était pas écrit dans
l’contrat que je
devais aussi servir de
loufiat à ces messieurs
les musiciens!!
salut ponthieu, la route a
été bonne? aucun pépin, t’as
pris soin de mon carrosse?
pas d’lézard,
patron,
j’ai roulé
pépère,
au poil.
ah! ah! c’te touche qu’vous
vous tapez, patron! un vrai
loubard, coquard et tout
le tatouin, chapeau!!
ça va, ça va!
écrase tu
veux, maurice!
sacré ponthieu!
bon, c’est pas tout ça,
mais va falloir appuyer
sur l’champignon pour
rattraper l’autre
bande de guignols!
la tournée reprend son long pèlerinage, bien
décidée à convertir de nouveaux adeptes au dieu
païen du twist… non sans quelques embûches.
hé! ho!
vous m’aurez vraiment rien
épargné, me v’là transformé en
voiture-balai, une vraie bétaillère!
qu’est-ce que tu
attends pour me
passer la grosse
caisse, on n’a pas
toute la journée!!
tu fermes ton
claque-merde!
26
27
Planche 24
Planche 25
dog fights | régis hautière & fraco
16 | Cmag#02
dog
fights
Régis Hautière et Fraco concluent leur trilogie d’anticipation, mêlant habilement différents genres. Polar et jeu téléréalité
aéronautique se côtoient pour une enquête menée par des détectives privés aux caractères bien trempés. Mais qu’est-ce
qui peut bien relier le meurtre de Ben Bessan avec l’émission phare de télé-réalité, Check Your Six ? Lindberg et son équipe
sont confrontés à des difficultés et des intimidations. Toute la ville semble s’être donné le mot pour les contraindre à mettre
un terme à leur enquête. Gas et Sulfato, eux, semblent prêts à tout pour gagner la finale du jeu Check Your Six grâce aux
performances de leur warbird.
Le scénario de Régis Hautière (interview ci-dessous), à qui l’on doit Au-delà des nuages avec Romain Hugault, mélange
humour et baston dans une enquête aux méandres nébuleux. Il s’efface régulièrement pour laisser le graphisme de
Fraco s’exprimer, principalement dans les représentations de scènes aériennes.
régis hautière & fraco | dog fights
l’émission, surtout lorsque les concurrents ne respectent pas les règles. Dans
le troisième album, un concurrent
arrose gaiement une partie du public
avec la mitrailleuse de son avion. Il est,
en théorie, interdit d’utiliser une arme
contre le public. Les commentateurs
pestent sur la possibilité d’une disqualification, et non sur le nombre de mort
dûs au comportement du pilote…
Pourquoi avoir traité le sujet sous la forme
d’un récit d’anticipation ?
Le récit se déroule dans un futur
proche, au début du xxie siècle. La
série a été initiée en 2003, et ce qu’on
pensait « futuriste » à l’époque, ne l’est
plus forcément aujourd’hui… où tout
du moins, la frontière est devenue
mince ! Les grands écrans publicitaires
extra-plats qu’on voit dans les rues
de New York, dans Dog Fights, sont
devenues monnaies courantes, même
Cmag#02 | 17
dans les villes européennes. La télévision, sous un vernis de bien-pensante,
est aussi devenue plus cynique. Au
point qu’on en vient à se dire que la
seule chose qui empêche encore un jeu
comme Check Your Six d’exister, c’est
son coût de production.
Finalement, n’avez-vous opté pour ce type
de récit qu’afin de laisser plus de liberté à
Fraco pour la représentation des zincs ?
C’est en partie vrai. Les avions de Fraco
sont complètement inventés, mais, ceci
dit, ce ne sont pas pour autant des
avions de science-fiction. En effet, il
s’est inspiré d’avions existants, pour
la plupart datant de la Seconde Guerre
mondiale. Ce sont donc des avions à
hélices imaginaires, mais pas vraiment
futuristes.
Dès les premières planches, vous plongez le
lecteur dans un polar. Vous ne vous privez
pas d’utiliser les clichés du genre.
Dog Fights est une série de divertissement, aussi bien pour les lecteurs que
pour nous, les auteurs. Nous avions
envie de nous amuser, en mélangeant
les codes des histoires aéronautiques
et du polar. Nous y avons ajouté une
pincée d’humour noir pour que la sauce
prenne. Les bases de ce récit étaient
posées dès le début. Nous savions, à la
signature du contrat, que l’intrigue se
déroulerait sur trois tomes, et connaissions le déroulement du jeu.
À la fin du premier tome, le lecteur se
demande quels sont les liens qui relient
le meurtre de Ben Bessan avec l’émission
de téléréalité…
Effectivement, les deux univers
évoluent en parallèle dans le premier
tome. En apparence, il semble n’y avoir
aucun lien entre la disparition de Ben
Bessan et Check Your Six. Mis à part
quelques petits clins d’œil, puisque l’un
Dog Fights
Toutes les
illustrations de
cet article sont
extraites de Dog
Fights T3 · Hallali
Le premier tome de Dog Fights est paru en
2005. La téléréalité était alors en pleine émergence. Cette série est-elle née suite à votre
réflexion sur ce phénomène audiovisuel ?
Oui. La série a été initiée en 2003,
soit deux ans après la diffusion de la
première saison de Loft Story sur M6.
Cette émission a rencontré un tel succès
que TF1 et plusieurs autres chaînes
télévisées ont développé des concepts
similaires. Notre émission Check Your
Six est un mélange de la Reality TV
et des jeux traditionnels, plus anciens,
comme par exemple Intervilles. Nous
avons poussé ce phénomène à l’extrême, en introduisant notamment
des armes dans le jeu… Et bien sûr
des avions, puisque Fraco avait envie
d’en dessiner.
L’une des personnes dit dans l’album que
les participants de Check your six sont des
gladiateurs des temps modernes…
C’est exactement cela ! Deux équipes se
battent entre elles, dans une arène aux
dimensions plus grande qu’une arène
de cirque. Les concurrents, même s’ils
pilotent des avions, sont des combattants qui s’affrontent pour distraire des
spectateurs, et donc des gladiateurs.
Tout est-il permis dans Check your six ?
Presque ! Le jeu a ses règles mais, on le
voit dans l’histoire, les concurrents ne
se gênent pas pour les enfreindre. En
fait, ce sont plus des contraintes, que
des règles : la plupart des coups bas
sont permis ! Ces contraintes sont différentes pour chacune des épreuves, et
les concurrents doivent les contourner
pour remporter le jeu.
Était-ce un amusement de pousser le
phénomène de la téléréalité jusqu’à son
paroxysme ?
Bien sûr, mais cela reste bien plus une
histoire divertissante qu’une thèse…
L’intrigue m’a permis de suggérer
quelques pistes de réflexion. Je
m’amuse également beaucoup à écrire
les réactions des commentateurs de
Tome 1 · Crash TV
Tome 2 · Ceux qui vont mourir...
Tome 3 · Hallali
Série complète
Collection Cockpit
Scénario > Régis Hautière
Dessin & couleur > Fraco
Parution du tome 3 le 20 mars 2012
PDF DE LECTURE
PDF DE LECTURE
Format 23.5 x 31.5 cm
48 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-353-6 (tome 3)
Prix de vente 13.50 euros
7
dog fights | régis hautière & fraco
18 | Cmag#02
régis hautière & fraco | dog fights
Cmag#02 | 19
Habile dessinateur semi-réaliste, Fraco excelle dans les scènes de combat de warbirds, ces avions imaginaires qu’il
assemble du bout de son crayon sur ses planches. Sa mise en page dynamique et son travail sur l’expressivité des
trognes de ses personnages séduisent au premier regard.
des enquêteurs est un fan de l’émission.
Le lien est révélé dans le deuxième
album, où l’enquête démarre véritablement. Dans le premier tome, les
détectives privés sont confrontés à la
disparition d’un homme. La mère de
Ben Bessan les engage pour retrouver
son fils. Les enquêteurs, eux, sont
persuadés qu’il passe du bon temps
quelque part… jusqu’au moment où
ils découvrent son cadavre ! Avec cet
homicide, ils commencent à prendre
cette enquête au sérieux !… Et les
liens entre Ben Bessan et l’émission
deviennent de plus en plus évidents !
Intervenez-vous dans le découpage, en
donnant des instructions précises à Fraco ?
Pas tellement ! Le graphisme de Fraco a
beaucoup de force. C’est un dessinateur
qui connaît les codes de la BD francobelge. Il est capable de faire passer
plusieurs mouvements dans une seule
case. Un dessinateur réaliste ne pourrait pas faire de même… Franquin, dans
une seule case, montrait une gomme en
mouvement qui démolissait différents
objets, avec le chat de Gaston qui la
poursuivait ! Fraco est dans cette veine.
Il utilise les mêmes codes : les traits
de mouvement, les onomatopées, les
ondes de choc, etc. Il y a effectivement beaucoup de mouvement dans ses
cases… et énormément de bruit ! Quand
on lit une BD de Fraco, on a presque
mal aux oreilles ! J’ai compté pas
moins de vingt-quatre onomatopées
dans une planche du troisième album.
Il les maîtrise à la perfection. Souvent,
aujourd’hui, les dessinateurs dessinent
les onomatopées à l’ordinateur, et cela
leur donne un aspect un peu froid. Avec
Fraco, ce n’est pas le cas !
Vous avez également scénarisé Au-delà
des nuages pour Romain Hugault.
Fraco nous a mis en contact. Ils
avaient fait connaissance via un forum
consacré à la simulation aéronautique
sur ordinateur. Ils étaient tous les deux
passionnés par ce type de logiciel.
J’ai accompagné Fraco à leur premier
rendez-vous. Ils avaient décidé de se
rencontrer au premier salon de la BD
au musée du Bourget. Nous y étions
venus comme visiteurs. C’est ainsi que
j’ai été amené à scénariser cette histoire
pour Romain. J’ai de nombreux centres
d’intérêt, et l’aviation en fait partie !
PDF DE LECTURE
29
30
31
Planches 28 & 29
Régis Hautière nous confiait que ce polar
d’anticipation avait pour cadre un jeu de
téléréalité aéronautique pour correspondre
à vos envies… D’où vient votre intérêt pour
l’aviation ?
À l’époque où j’ai rencontré Pierre
Paquet, je jouais beaucoup avec Flight
Simulator, IL2, et d’autres softwares de
ce genre. Je n’étais pas un réel passionné
d’aéronautique. Mais ces simulations de
vol sur PC m’amusaient. Je n’éprouve
pas tellement de plaisir à dessiner les
warbirds, car cela reste de « gros flingues avec des ailes ». Je ne suis guère
fétichiste de ces machines à tuer, aussi
impressionnantes soient-elles. Je laisse
le soin aux autres auteurs des Éditions
Paquet de dessiner de vraies machines.
Ils sont bien plus talentueux que moi
pour les représentations réalistes. À vrai
dire, cela m’ennuie. C’est pour cette
raison que mes avions sont… mixés.
J’ai pris un vrai plaisir à mélanger des
P-38 avec des Corsair ! Je me sentais
comme un gosse qui met le bronx dans
ses maquettes…
C’est donc pour avoir plus de liberté que
vous mélangez ces avions…
Cela a été un coup de poker ! Régis
Hautière et moi-même avions présenté
un autre projet à Pierre Paquet. Mais il
n’était pas très enthousiaste. Comme
je m’amusais beaucoup sur ces jeux
de simulation, j’ai proposé à Pierre de
faire une histoire de zinc et de baston !
C’était vraiment une idée lancée comme
ça, sur un coup de tête, sans trop y
réfléchir. Pierre Paquet l’a accepté.
Et Régis a apporté le côté polar, et
bien sûr l’histoire en elle-même. Nous
sommes, Régis et moi-même, sur la
même longueur d’onde. Le reste a suivi
très facilement. Comme je ne voulais
pas dessiner de vrais zincs, nous avons
opté pour un récit d’anticipation. En
fait, quand y regarde bien, Dog Fights
n’a pas grand-chose à faire dans la
collection Cockpit. Les avions sont
accessoires. Mais c’est vrai que la ligne
éditoriale de la collection cockpit a
pris tout son sens au fur et à mesure
que de nouveaux albums sont parus…
Comment procédez-vous pour créer des
avions ?
Je suis comme un môme qui mélange
ses maquettes sans suivre les plans !
Je n’aime ni les plans, ni la rigueur
militaire, et encore moins les reproductions d’armes (Rires). Cela m’amusait
de mixer des carlingues . Les amateurs
éclairés se sont vite pris au jeu de
reconnaître un nez de Messerschmitt,
les ailes du Corsair et la verrière du
Spitfire sur un de mes zincs. C’est ma
manière d’être irrévérencieux envers
ces machines. Les vrais modèles sont
impressionnants, mais pas respectables. L’aviation est un domaine où
les hommes ont fait des progrès techniques fabuleux pour faire la guerre.
Les warbirds en sont le parfait symbole.
Je pense que le monde de l’aviation
manque cruellement de fantaisie… Je
suis-là pour le combler en partie. Mon
maître dans le domaine est Miyazaki
avec son fabuleux Porco Rosso. C’est
pour cette raison que mes avions sont
délirants. Régis Hautière a trouvé le
prétexte pour dessiner mes envies. Il
fonctionne souvent de cette manière
avec ses dessinateurs. Il est très fort
dans son domaine…
Je n’ai quasiment
jamais discuté
de ses écrits. Son
travail me convient
parfaitement ! C’est
un vrai plaisir de
travailler avec
Régis. Et puis
c’est un ami.
La complicité
fait le reste.
une aventure de jacques gipar | Thierry dubois & jean-luc delvaux
20 | Cmag#02
Thierry dubois & jean-luc delvaux | une aventure de jacques gipar
une
Cmag#02 | 21
aventure de
jacques gipar
Jean-Luc Delvaux et Thierry Dubois reviennent avec un nouvel album de Jacques Gipar. Ils nous plongent dans une
histoire de meurtre, en province. Un représentant de commerce est abattu près de sa voiture. On murmure qu’il connaissait
très bien la femme du notaire. Ce dernier ne va pas tarder à le suivre dans la tombe. Jacques Gipar ne croit pas que le gitan
arrêté par la police est coupable. Il enquête sur ces meurtres.
Amoureux des maîtres de la bande dessinée de l’école de Marcinelle, Jean-Luc Delvaux s’inscrit dans leur lignée avec
Jacques Gipar. Passionné par les automobiles anciennes depuis son enfance, Delvaux a développé un savoir-faire dans
la représentation des voitures en travaillant pour la presse spécialisée ou, pendant quelques années, auprès de Jean
Graton. Tout en étant respectueux de leurs courbes, Il n’hésite pas à prendre quelques libertés pour mieux faire vrombir
ses autos… Et ce à notre plus grand plaisir.
Une aventure de Jacques Gipar
Tome 1 · Le Gang des pinardiers
Tome 2 · Le Retour des Capucins
Tome 3 · Une 2CV pour Luciano
Tome 4 · La Femme du notaire
Histoire complète dans chaque tome
Collection Calandre
Scénario > Thierry Dubois
Dessin > Jean-Luc Delvaux
Parution du tome 4 le 23 janvier 2013
Format 23.5 x 31.5 cm
48 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-529-5 (tome 4)
Prix de vente 13.50 euros
Pourriez-vous revenir sur la création de
Jacques Gipar ?
Il y a une quinzaine d’année, j’avais
lu un article consacré au travail de
Thierry Dubois dans Auto Journal. J’ai
été frappé par son style graphique. Il
était proche du mien. En plus, je me
retrouvais totalement dans ses propos.
Nous avions visiblement les mêmes
centres d’intérêt. Je lui ai écrit une
lettre, à laquelle il a répondu rapidement. Il devait se rendre quelques
jours plus tard à un mariage à quelques
kilomètres de chez moi. Nous en avons
profité pour nous rencontrer et faire
connaissance… Nous sommes devenus
amis. Des années plus tard, Thierry a
créé une collection pour Altaya, qui
éditait des reproductions miniatures
de voitures mythiques, accompagnés
d’un fascicule, intitulé La Route Bleue.
Thierry Dubois s’occupait entièrement
de la conception du fascicule. Il se
chargeait du scénario et du dessin
d’une bande dessinée qui clôturait la
revue. Thierry était débordé, et m’a
demandé de l’aider en réalisant les
couleurs de la bande dessinée.
La première histoire terminée, il m’a
demandé si je voulais assumer le
graphisme des planches. C’est alors
que l’on a créé Jacques Gipar. Thierry
connaissait mes envies. Nous avons
réfléchi, ensemble, à un héros qui pourrait vivre plusieurs aventures. Il nous
a paru évident d’en faire un journaliste parcourant les routes de France.
Thierry est un grand connaisseur des
routes de France, de leur historique.
Et nous affectionnons tous deux les
années 50…
Comment avez-vous atterri aux éditions
Paquet ?
Le premier album était, à l’origine, une
création pour la collection La Route
Bleue. Mais il était libre de droits
pour la publication en album. Une
fois terminé, nous l’avons proposé à
Page ci-contre :
Jean-Luc Delvaux
et Thierry Dubois
devant leurs
Peugeot 203 et
404.
Toutes les autres
illustrations de
cet article sont
extraites d’Une
aventure de
Jacques Gipar T4
· La Femme du
notaire
une aventure de jacques gipar | Thierry dubois & jean-luc delvaux
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12
différents éditeurs… sauf aux éditions
Paquet. Assez naïvement, je pensais
qu’ils étaient déjà servis par ce type
d’histoire. Le Mystère de la Traction
22, la première Enquête Auto de
Margot, était déjà publié. J’ai fini par
leur proposer Jacques Gipar… Et deux
jours après, Olivier Marin, le directeur
de la collection Calandre, me téléphonait ! Le troisième album est lui aussi
composé d’histoires qui sont parues
dans La Route Bleue. Excepté Une 2CV
pour Luciano, qui est, elle, inédite !
Pourquoi avoir situé l’histoire dans les
années 50 ?
Je suis particulièrement attaché aux
années 50 et 60. Les auteurs de l’âge
d’or de la BD ont représenté à merveille
l’esthétisme de ces années-là. Regardez
les albums de Maurice Tillieux, André
Franquin ou Will pour ne citer que ces
auteurs-là. Et puis, j’aime les films et
les voitures de cette époque…
Thierry Dubois utilise des mécanismes
narratifs classiques. Le petit côté « rétro »
de la série était-il voulu dès le départ ?
Tout à fait ! Toutefois, tout en
restant relativement soft, nous nous
permettons d’aborder des thèmes qui
n’auraient pas pu l’être à l’époque.
Certaines scènes de Gipar sont légèrement violentes, ou contiennent
des sous-entendus… La censure était
féroce dans les années 50. Certaines
scènes de Jacques Gipar n’auraient pas
convenu. Dans La Femme du Notaire,
par exemple, nous mettons en scène
une femme volage, libérée. Mais nous
veillons toutefois à être lisibles par
tous, y compris par les enfants.
Pour ce quatrième album, nous souhaitions une intrigue provinciale, proche
des atmosphères des films de Claude
Chabrol.
D’où vient votre intérêt pour les voitures ?
Je m’y intéresse depuis toujours. J’ai
commencé à les dessiner dès mon
enfance. À douze ans, mon intérêt
a commencé à se porter vers les
automobiles anciennes. J’ai grandi
en nourrissant le rêve de posséder
moi-même une voiture ancienne !
J’ai assouvi ce rêve à 20 ans, puisque
j’ai acquis une Dauphine de 1957…
Je l’ai toujours d’ailleurs. J’ai eu
aussi le bonheur de recevoir de mon
épouse, pour mes quarante ans, une
Peugeot 203… de 1957.
Qu’avez-vous envie d’acheter pour vos
soixante ans ?
(Rires) J’ai encore le temps d’y réfléchir !
Mais j’ai une préférence pour les voitures
populaires de l’après guerre. Les voitures
les plus esthétiques ont été assemblées
avant les années 70. Comparez une
Ferrari ou une Maserati actuelle et un
modèle plus ancien, vous verrez…
Les couleurs de La Femme du Notaire ont
été réalisées par Béa Constant. Pourquoi
avoir fait appel à elle pour ce récit ?
Pierre Paquet avait été séduit par son
travail sur la refonte de Mauro Caldi.
Sa touche féminine pouvait apporter
des atmosphères particulières à Jacques
Gipar. Sa gamme de couleur s’accordait parfaitement aux ambiances des
années 50, tout en étant légèrement
moderne. Elle arrive à mettre mon
graphisme en valeur. Je lui laisse
beaucoup de liberté. Je souligne juste,
sur des copies de planches, des détails
techniques. Comme par exemple, les
endroits où il y a des chromes ou des
caoutchoucs sur les voitures.
Quel est votre lectorat ?
Il est diversifié. On pourrait croire que
les lecteurs de Jacques Gipar sont tous
des nostalgiques des années 50. Ce
n’est pas toujours le cas. Il y a bien
sûr les amoureux de belles carrosseries,
mais aussi des enfants d’une dizaine
d’année. Ceux-ci apprécient visiblement ces enquêtes « à l’ancienne », sans
les moyens technologiques que nous
connaissons aujourd’hui.
Vous avez travaillé quelques années pour
les studios Graton…
Oui, j’ai assisté quelques années Jean
Graton. Le studio était composé de
Thierry dubois & jean-luc delvaux | une aventure de jacques gipar
13
12
plusieurs personnes. Christian Lippens,
décorateur attitré pour la série Michel
Vaillant. Daniel Bouchez, quant à lui,
dessinait les Vaillante. Quand à moi, je
me chargeai des voitures secondaires,
et de certains décors. J’ai participé aux
albums La Piste de Jade et Paddock.
J’avais plus de liberté dans les dossiers,
que cela soit celui sur Honda, James
Dean ou Steve McQueen. J’allais de
temps à autre rendre mes dessins au
Studio Graton. Au premier abord,
Jean Graton était taiseux, légèrement
bougon. Mais il devenait très agréable
dès qu’on le connaissait un peu. Je
me régalais de ses anecdotes. Ce fut
un plaisir de travailler avec lui… et de
contempler ses originaux !
Est-ce là que vous appris à apporter un
certain dynamisme à vos voitures ? Vous
trichez parfois en apportant une certaine
distorsion à leurs courbes ou pneus pour
qu’elles soient plus vivantes…
Je crois plutôt que cela vient de mon
style, qui permet ce genre de liberté. Je
ne suis pas soumis au respect de certains
codes, comme l’est par exemple Olivier
Marin. Il dessine Les Enquêtes auto de
Margot dans une ligne claire… Dans
Jacques Gipar, je peux me permettre
d’ajouter des lignes de vitesse, déformer
des voitures, etc. Bref, apporter des
éléments visuels qui permettent de
rendre l’ensemble plus dynamique. Je
ne décalque jamais les voitures que
je dessine. Je me base bien sûr sur un
document, mais je redessine entièrement
la voiture. Je les caricature peut-être
aussi… d’une manière inconsciente.
Jacques Gipar ressemble physiquement au
Marquis, un personnage que vous animiez
dans les années 90.
Effectivement. Ce n’est pas voulu. On
en revient toujours au même type de
personnage. Les acteurs des années 50,
comme par exemple Lino Ventura ou
Carry Grant, avaient un certain style,
un art de l’élégance. Abel Simonin,
mon précédent personnage, que
j’avais créé pour le magazine Rétro
Mania, avait le même look… et il avait
également la quarantaine ! J’ai eu les
cheveux blancs relativement jeune,
c’est peut-être la raison de mon attachement à des héros quadragénaire !
Vous semblez avoir travaillé longtemps
pour la presse spécialisée avant Gipar…
Oui. Je n’avais pas toujours la possibilité de développer le scénario. Pour
Cmag#02 | 23
13
Abel Simonin, je devais réaliser une
mini-histoire en deux planches tous les
mois. Il était impératif qu’une voiture
populaire soit au cœur de l’intrigue.
Mon principal mérite, au point de vue
narratif, pour cette minisérie, était
d’avoir trouvé des titres amusants :
Pour qui sonne le verglas, Du rififi sur
le macadam, l’occase se rebiffe. Abel
Simonin, dit « l’Abel occase », était un
ancien gangster devenu un vendeur
de voiture d’occasion.
Au bout de quelques numéros, le
journal a changé de main et l’aventure
s’est terminée là. Mais cela m’a permis
de rentrer en contact avec le rédacteur en chef du magazine Gazoline.
J’y réalise chaque mois une page de
gag dénommé Gazafond, mettant en
scène les personnages et les véhicules
de la rédaction. Je viens de rendre la
73e planche.
Le mot de la fin ?
La Femme du notaire est l’album le
plus abouti. La série a été créée pour
un support presse, et sa mise en route a
été lente. Thierry Dubois s’est surpassé,
et a soigné l’intrigue pour garder un
suspense jusqu’à la dernière page.
L’arrivée de Béa Constant aux couleurs
apporte un plus à l’album…
une aventure de jacques gipar | Thierry dubois & jean-luc delvaux
24 | Cmag#02
Fin connaisseur des routes nationales, Thierry Dubois n’hésite pas à lancer son personnage, Jacques Gipar, sur des
lieux qu’il connaît bien. Avec La Femme du notaire, Le scénariste a tissé une intrigue digne d’un film de Chabrol. Avec
Jacques Gipar, dont le succès est croissant, et l’excellent accueil de son livre C’était la Nationale 7, il s’inscrit comme
l’un des auteurs marquants de la collection Calandre.
Comment naissent les histoires de Jacques
Gipar ?
Dans ma voiture ! Les trajets sur l’autoroute sont plutôt monotones. Lorsque
je suis seul, je profite de ces voyages
pour construire l’histoire, réfléchir
à l’intrigue. Bien sûr, tout au long
de l’année, je me nourris de vieilles
histoires criminelles, d’ambiances,
etc. Je ne cesse de penser à tous les
éléments qui me permettent d’associer
Jacques Gipar à une époque. Mais les
pièces du puzzle s’associent peu à peu…
dans ma voiture !
Je dois aussi tenir compte des saisons.
Vous le remarquerez : elles se suivent
dans la série. Cette chronologie a été
voulue dès le départ. La Femme du
notaire se déroule en février 1954. Le
prochain récit, qui s’articulera en deux
tomes, aura lieu au printemps de la
même année. Ce genre de petit détail
apporte de la crédibilité, du réalisme
à la série.
D’où vient votre goût pour les années 50 ?
Souvent les gens apprécient particulièrement la décennie qui précède leur
naissance ! Pourquoi ? Je ne sais pas…
Sans doute représente-t-elle un certain
idéal ? Les années où leurs parents
étaient plus jeunes… Les années 50 sont
bien sûr particulières : elles marquent la
reprise économique, et l’après-guerre.
C’est aussi le début d’une consommation
plus active ! Les gens avaient plus de
35
moyens, certains pouvaient s’acheter
leur première voiture. Pourtant la France
était encore très archaïque. Ce mélange entre ce début de modernité et
les traditions, une manière de vivre « à
l’ancienne », apportait une atmosphère
particulière à ces années. Les voitures
étaient encore rares, et elles représentaient déjà un mythe. La production
française se limitait à une dizaine de
modèles différents : La 4CV, la 2CV, la
Simca Aronde que conduit d’ailleurs
Jacques Gipar. Ces voitures sont représentatives de l’époque.
Quel est pour vous l’exemple même de
voiture mythique par excellence ?
Ah !… Il y a une différence entre le
côté mythique et celle que l’on aimerait
posséder ! (Rires) La voiture mythique
par excellence est la Chevrolet Bel Air.
Et si je pouvais n’acquérir qu’une
seule voiture, ce serait sans nul
doute l’Hispano-Suiza. Elle représente la perfection automobile. Elle
a été construite jusqu’aux années 30.
Certaines voitures ont une connotation luxueuse, comme la Rolls-Royce
par exemple. D’autres sont l’exemple
même de la sportive, comme la Bugatti.
L’Hispano-Suiza combine ces deux
caractéristiques. Et puis, elle a été
conçue par un équipementier aéronautique. Ce serait mon rêve d’en
avoir une. Il va falloir que je vende
beaucoup d’albums de Jacques Gipar
pour en acquérir une (Rires).
Jacques Gipar est l’archétype du héros
classique des années 50. Pourquoi ?
Effectivement. On revendique à 100%
cette carte rétro. Nous avons tout fait
pour cela. En général, les héros de
cette époque ont deux professions :
soit ils sont journalistes, soit flics.
Cela permet de les faire évoluer dans
tous les milieux. Je tournerais vite
en rond en écrivant les aventures de
Riton le routier ou de Jeff le garagiste.
Donc, Gipar est un journaliste. Cela
me permettait de le mettre légèrement
en marge des lois. Ses rapports avec
la police sont parfois tendus. Nous
tenions cependant à lui apporter un
côté moderne : il a une petite amie,
utilise parfois des expressions un peu
crues, etc.
Pourquoi l’avoir flanqué d’un acolyte, Petit
Breton ?
Il lui fallait un faire-valoir. Quand on
est seul sur la route, on s’ennuie vite.
Je voulais un personnage qui soit un
peu en marge, sans toutefois être un
grand délinquant. Petit Breton est une
petite frappe, un voyou gentil…
Comment décririez-vous le style graphique
de Jean-Luc Delvaux ?
C’est du franco-belge traditionnel. On
s’entend bien, et il n’y a jamais eu de
concurrence entre nous. Je lui envoie
un découpage stylisé, story-boardé.
Je représente chaque double planche
Thierry dubois & jean-luc delvaux | une aventure de jacques gipar
sur une seule page. Cela me permet
d’équilibrer le découpage. Il le modifie
lorsqu’il juge que ses choix apporteront
une meilleure compréhension. J’ai une
confiance totale en lui…
Vous êtes tous les deux des grands
amateurs de vieilles voitures. Vous n’avez
jamais de « bagarre » quant aux choix des
voitures à représenter ?
Il y en a suffisamment pour que l’on
puisse inclure les automobiles qui nous
font plaisir (Rires). Il faut toutefois être
réaliste. Jacques Gipar roule en Simca
Aronde, une voiture populaire. Une
Ferrari ou une Jaguar n’est pas une
voiture crédible pour un journaliste…
Pourriez-vous lever le voile sur la prochaine
histoire ?
Les années 50 ont connu d’importants
trafics de cigarettes, entre les zones
franches d’Afrique du Nord – principalement Tanger – et le Sud de la France.
Cela entraînait différentes guerres des
gangs en France pour prendre le monopole du trafic. Gipar va enquêter sur
ce sujet. Le récit sera traité en deux
albums…
Quels sont vos projets ?
Je vais entamer une nouvelle série
avec Callixte où nous évoquerons la
vie d’une compagnie motorisée du
Nord Sahara. Je prépare également
un nouvel ouvrage qui sera dans la
lignée de celui sur la Nationale 7. Ce
sera une étude approfondie de la Route
Napoléon avec bien sûr des textes, des
photos d’époque et des dessins…
Pourquoi un tel attachement aux routes
nationales ?
Les dessinateurs vivent souvent cloîtrés chez eux. La route est synonyme
d’évasion, de vacance. J’aime beaucoup rouler sur ces nationales car
elles me permettent bien souvent
de me plonger dans les atmosphères
d’époque. Beaucoup de bâtiments sont
préservés. La Nationale 7 s’est vendu à
10 000 exemplaires. Il faut croire que
les lecteurs sont nostalgiques. On vit
dans un quotidien qui n’est pas très
joyeux ; notre futur est incertain. Les
gens se tournent plus facilement vers
le passé, qui offre l’avantage d’être
idéalisé…
Cmag#02 | 25
3
La Simca 9 Aronde de Jacques Gipar
premier modèle (1951), facilement
identifiable avec sa calandre en
escalier. On la retrouve dans Du
Rififi à Pouilly et Le Gang des
pinardiers, où elle termine son
existence par un plongeon
au fond de la Seine…
L’Aronde modèle 53, avec sa nouvelle
calandre arrondie. Apparue dans
L’Hispano disparue, sa carrière
sera courte, puisqu’elle finit
tragiquement sa course autour
d’un arbre dans Le Retour des
Capucins.
Pour cette aventure, La Femme du
notaire, Jacques Gipar étrenne sa
nouvelle Aronde, un coach « Grand
Large » tout neuf. Petit clin d’œil,
les clés de cette belle auto lui
sont remises par Henri-Théodore
Pigozzi, créateur et PDG de Simca.
l’épée d’ardenois | Étienne willem
26 | Cmag#02
Étienne willem | l’épée d’ardenois
Cmag#02 | 27
des pillards
skernovites !
tu devrais faire
plus d’exercice,
grimbert ! comme moi !
toi, le
gamin !
tu restes
ici !
et tu te
fais tout
petit !
regardez !
toujours
en forme !
en
selle !
…
urgh !
aouch !
mon pauvre
derrière !!
Épée
non ! des
réfugiés !
des
soldats ?
l’
ardenois
d’
trop vieux
pour ces
c… moi !
des paysans qui espèrent
trouver refuge au
fort de la lanterne !
18
Pris par des contraintes professionnelles, Nicolas Imhof, le coloriste
d’Étienne Willem, n’a pas pu mettre
en couleur le deuxième tome de L’Épée
d’Ardenois. Willem s’est chargé luimême de ce travail pour La Prophétie,
le deuxième opus. Il s’essayait ainsi à
la couleur directe. Il a posé ses encres
acryliques sur des photocopies poussées de ses crayonnés. Le résultat en a
bluffé plus d’un aux Éditions Paquet.
Étienne Willem y a pris goût et n’envisage plus de lâcher ses pinceaux et
ses encres acryliques. Le dessinateur
a donc redonné de nouveaux tons au
premier tome de la série afin de donner
une unité, une cohérence graphique
à la série.
Cette version « 2.0 » de l’album permettra aux lecteurs de découvrir avec
beaucoup plus de plaisir le Moyenâge réinventé – voire imaginaire d’Étienne Willem. Un monde peuplé de
personnages anthropomorphes. Avec
L’Épée d’Ardenois, l’auteur a souhaité
revenir aux fondamentaux du genre.
« J’ai bien sûr toujours apprécié les
films de Walt Disney, et plus particulièrement l’adaptation de Robin des
Bois, confie le dessinateur. Mais mes
influences remontent plutôt à la source
de ce film. Lisez le Roman de Renart, et
vous constaterez que l’attribution des
rôles et des caractères des personnages
dans ces écrits médiévaux est la même
que dans le Robin des Bois de Disney ».
Néanmoins, Willem le ne cache pas :
En hommage, il a redonné vie dans son
histoire au couple mythique du dessin
animé : le renard et l’ours.
Plantons le décor et évoquons le début
du récit de L’Épée d’Ardenois : le petit
village de Chassenoix s’endort, et
une bande de maraudeurs vient piller
cette communauté. Le chevalier
d’Ardenois défend avec vailance les
habitants, mais les brigands sont trop
nombreux. Il finit par être blessé, puis
abattu. Garen, un lapin naïf, aux idées
préconçues sur les combats, assiste à
la scène. Il part prévenir le Roi du
danger qui guette sa contrée, mais
aussi les royaumes voisins. Il semble
que l’on veuille faire revivre Nuhy,
le seigneur à l’armure noire, que le
chevalier d’Ardenois avait terrassé des
années plus tôt… Garen apprendra à
ses dépens que si les légendes restent
vivaces, les héros vieillissent et le Mal
ne porte pas toujours l’armure noire
qui le rend facilement identifiable…
Le rôle tenu par les personnages est
clairement identifiable, grâce notamment à l’anthropomorphisation des
personnages. « Chaque animal a un
caractère qui, dans l’imaginaire
collectif, est associé a son espèce, nous
dit Étienne Willem. Arthus – l’ours
– est brave. Grimbert – le renard –
a un côté finaud. Et enfin, Garen, le
lapin est naïf (bien évidement, j’utilise
parfois cette association pour tromper
le lecteur…). J’ai accordé un soin particulier à la définition de leurs objectifs,
et leur manière à réagir aux événements. Les personnages “positifs” ont
tous des motivations différentes pour
combattre le Mal ».
Étienne Willem a tenu à s’éloigner
de toute contrainte historique, pour
offrir un Moyen-âge réinventé, accessible à tous. Sans toutefois commettre
d’impair : les costumes et les bâtiments
trouvent leur inspiration dans d’autres,
qui ont réellement existés. L’utilisation
des personnages animaliers permet de
créer une distanciation par rapport à
l’époque. Le lecteur comprend rapidement, par ce biais, que le récit n’a
aucune prétention historique. Adultes
et enfants trouveront un plaisir différent à lire L’Épée d’Ardenois, un récit
tout public. Willem n’a qu’une seule
envie, que parents et enfants évoquent
ce récit, en échangent leurs opinions
au coin du feu…
19
L’Épée d’Ardenois
Tome 1 · Garen
Tome 2 · La Prophétie
Série prévue en 4 tomes
Scénario, dessin & couleur > Étienne Willem
Tome 1 disponible dans sa
nouvelle mise en couleur
le 17 avril 2013
Format 23.5 x 31.5 cm
48 pages couleurs
Couverture cartonnée
Prix de vente 13.50 euros
tome 1 :
ISBN 978-2-88890-326-0
tome 2 :
ISBN 978-2-88890-368-0
Convaincus depuis de nombreuses années du talent d’Étienne Willem, nous
avons souhaité proposer des éditions crayonnées des albums de L’Épée
d’Ardenois. Limitées à 1 300 exemplaires, ces éditions à la fabrication soignée
permettent d’admirer le trait de l’auteur dans toute sa virtuosité.
Les tomes 3 et 4 seront aussi publiés dans ce format en même temps que
leurs versions couleurs.
Éditions limitées à 1300 exemplaires numérotés
Dos toilé · papier munken
Format 23.5 x 31.5 cm · 48 pages · Couverture cartonnée, pelliculage mat, dos toilé
ISBN 978-2-88890-552-3 (tome 1 - version crayonné)
ISBN 978-2-88890-532-5 (tome 2 - version crayonné)
Prix de vente 25 euros
L’exode selon yona | David ratte
28 | Cmag#02
l’
EXODE
YONA
selon
David Ratte conclut l’Exode selon Yona, le deuxième cycle du Voyage des pères, dans lequel il explorait le parcours de
trois pères à la recherche de leur progéniture sur les routes de Judée et de Galilée, leurs enfants ayant tout plaqué pour
L’Exode selon Yona
suivre un homme qui se prétend être le fils de Dieu. L’Exode selon Yona, le second cycle, évoque la vie d’un lointain
Tome 1 · Descendance
Tome 2 · Turbulences
Tome 3 · Effervescence
Tome 4 · Transhumance
ancêtre de Jonas. Il était égyptien, et vivait au bord du Nil 1 500 ans plus tôt. Yona coulait des jours heureux et oisifs à
la cour de Pharaon, jusqu’au jour où un oracle lui dit qu’il doit avoir une descendance juive. Les mots de l’oracle sont
Série complète
Scénario & dessin > David Ratte
Couleurs > Myriam Lavialle
sacrés. Libi, une jeune juive, et un certain Moïse viendront chambouler son existence.
L’auteur raconte avec subtilité, humour et finesse deux épisodes importants de la Bible. Une œuvre originale,
saluée par un excellent accueil du public.
Toutes les
illustrations de
cet article sont
extraites de
L’Exode selon Yona.
Quel a été le déclic du Voyage des pères,
un regard un peu décalé sur cette période
précise de la vie des apôtres de Jésus Christ ?
La plupart des livres ou films abordant
la question de la religion le font soit
de façon très didactique, soit en se
moquant ou en inventant des théories fumeuses de complot mondial. Je
ne me suis jamais reconnu dans une
quelconque de ces tendances. L’idée
du Voyage des pères est venue de cette
frustration. Il n’y a pas vraiment eu
de déclic. L’idée s’est construite de
façon presque inconsciente dans mon
esprit, et un beau matin elle était là
de façon claire. J’avais envie de traiter
de la question de la religion en me
concentrant sur ses aspects humains…
d’utiliser l’histoire de Jésus comme un
décor, un cadre dans lequel j’allais faire
évoluer et réagir mes personnages.
On sent dans ce cycle un immense respect
pour les croyances. Était-ce facile de
garder un juste ton ?
C’est vrai que c’est un exercice qui
réclame quelques efforts. Mais ne
serait-ce que d’un point de vue
scénaristique, c’est quelque chose de
passionnant à faire. Et puis, pour moi,
la moquerie constitue un peu le niveau
zéro de l’humour. Je n’avais pas envie
de tomber dans cette facilité qui de
toute façon allait à l’encontre de ma
personnalité.
Dans vos histoires, les caractères des
personnages principaux sont tous ciselés,
et le lecteur comprend rapidement leurs
motivations.
Dans une histoire, ce sont les personnages qui m’intéressent en premier
lieu… leurs sentiments, leurs réactions,
leurs contradictions, leurs évolutions.
Pour moi, le Voyage des pères est avant
tout une histoire de pères et de fils qui
essaient de se comprendre.
Le Voyage des pères
Série complète
Scénario & dessin > David Ratte
Couleurs > Sylvie Sabater
Tome 1 · Jonas
Tome 2 · Simon
Tome 3 · Alphée
Pour tous les albums:
Format 23.5 x 31.5 cm
48 pages couleurs
Couverture cartonnée
Prix de vente 13.50 euros
L’exode selon yona | David ratte
30 | Cmag#02
Le Voyage des Pères a reçu de nombreux
prix, dont deux prix de la meilleure BD
chrétienne à Angoulême, en 2008 et 2011.
Avez-vous été étonné par un tel accueil
par les catholiques ?
Un peu, dans la mesure où je ne savais
même pas que ce prix existait.
Avez-vous eu des réactions de lecteurs
pratiquant une autre religion ?
En fait beaucoup de mes lecteurs
(voire la majorité) sont totalement
athées ou agnostiques. Ils se sont vite
rendu compte que mes albums ne sont
pas du tout engagés pour ou contre la
religion. Je n’aborde l’histoire de
Jésus qu’en tant qu’évènement historique voire de phénomène social. Je
laisse à chaque lecteur le loisir de se
positionner comme il en a envie. Dans
le premier cycle, les athées s’identifient naturellement à Jonas qui passe
son temps à critiquer Jésus. J’imagine
que les plus croyants s’identifient
plus à Alphée.
L’humour fait partie intégrante des
deux cycles. Était-ce évident pour vous
d’accorder autant de place à l’humour ?
Vous n’hésitez pas à placer des termes
d’aujourd’hui dans la bouche de vos
personnages…
L’humour me vient assez naturellement quand j’écris. Je n’ai pas
vraiment besoin d’y réfléchir. En
tant que lecteur j’aime qu’un
livre me fasse passer du rire à
l’émotion. J’essaie d’écrire
des histoires que j’aurais
envie de lire.
En ce qui concerne
le langage de mes
personnages, il s’ est
imposé assez rapidement. Ce sont des
gens du peuple qui
avaient sans doute
une façon bien à eux
de s’exprimer. Mais nous
n’en avons plus
aucune trace
aujourd’hui.
Et hors de
question de
les faire parler
comme des livres.
J’ai donc choisi de
m’amuser un peu
en utilisant des
expressions actuelles.
Pourquoi avoir créé un
deuxième cycle atour de
l’exode ?
J’étais un peu triste de finir le
premier cycle. J’avais l’impression
d’avoir encore plein de choses à
dire. Et puis j’adorais mettre en
scène le personnage de Jonas. Mais
mon histoire était bouclée. J’ai
alors eu l’idée d’inventer à Jonas
des ancêtres qui auraient les mêmes
défauts que lui.
Comment décririez-vous Yona, le lointain
ancêtre de Jonas ? Un grincheux amoureux
d’une jeune juive, qui n’éprouve pas les
mêmes sentiments envers lui ?
A priori, c’est un sale type. Il est vaniteux, méprisant, lâche, obséquieux…
Mais il tombe sincèrement amoureux de
Libi. Il faut dire qu’elle a plutôt mauvais
caractère, elle aussi. Donc dans l’absolu,
ils vont plutôt bien ensemble. Mais ils
sont de conditions sociales, de religions
et d’âges différents, ça complique tout.
Il n’empêche qu’il est prêt à la suivre
jusqu’au bout du monde…
Votre dessin semi réaliste rond est expressif
et attachant. Quelles sont vos influences ?
Quand j’étais plus jeune je dévorais
les albums d’Uderzo, de Walthéry, de
Dany, de Turk et de Quino. J’imagine
que quand je me suis lancé dans la BD
humoristique, ces influences sont réapparues de façon inconsciente.
Y aura-t-il un troisième cycle du Voyage
des pères ?
Oui, il est prévu pour 2014. Nous
remonterons alors jusqu’à la période
du déluge avec un ancêtre de Jonas
et de Yona.
Pouvez-vous nous présenter votre
nouvelle série Mamada ?
Mamada est une guerrière Himba
plutôt grincheuse (encore un personnage au caractère bien trempé). Elle
se retrouve détentrice d’un pouvoir
surnaturel qu’elle ne contrôle absolument pas et échoue par erreur à Paris.
Elle va porter sur notre civilisation
et notre mode de vie un regard sans
concession… ce qui va donner lieux
à des situations un peu explosives et
assez jouissives.
Ce nouveau personnage apparaît d’ailleurs brièvement dans le
quatrième album de l’Exode selon
Yona à un moment ou Yona souffre
d’hallucinations.
DAVID RATTE
Cmag#02 | 31
4
Planche 2
David ratte
32 | Cmag#02
5
DAVID RATTE
Cmag#02 | 33
6
Planche 3
Planche 4
album | auteurs
34 | Cmag#02
Thomy Von Kummant & Benjamin Von Eckartsberg | gung ho
Cmag#02 | 35
Après le succès de la Chronique des Immortels, Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
reviennent dans un genre où l’on ne les attendait pas. Une saga dans un univers post-apocalyptique,
non dénué d’éléments fantastiques, mettant en avant le graphisme virtuose et spectaculaire de
Thomas Von Kummant.
Prévue en 5 tomes de 80 pages au format roman graphique, cette série fait l’objet en parallèle d’une
édition grand format « Deluxe » au prix abordable, permettant d’apprécier à sa juste mesure tout
le talent de Thomas Von Kummant. Le premier tome de ces versions au format augmenté,
et au contenu enrichi par un cahier graphique de 20 pages, permettra de découvrir
cette série dès le mois de février. Attention, tirage limité !
Dans un futur proche, la « plaie
blanche » a presque complètement
décimé l’humanité, et la civilisation n’est plus qu’un doux souvenir.
L’Europe toute entière est devenue une
zone de danger, où la survie n’est plus
possible qu’à l’intérieur de villes ou de
villages fortifiés.
Les règles sont importantes dans la
zone de danger. Même un enfant
sait cela. Jusqu’à ce qu’il devienne
adolescent…
Paresse, insubordination, manque de
discipline, violence : Zack et Archer
Goodwoody ont largement tiré sur la
corde. Depuis la mort de leurs parents
huit ans auparavant, les deux frères
vont d’orphelinats en orphelinats,
chassés à chaque fois pour raisons
disciplinaires. Ils ont gâché en profondeur toutes les chances que leur ont
laissé les autorités, pour qui il n’y a
plus rien de bon à attendre de ces deux
éléments.
Une dernière chance leur est toutefois
accordée, eu égard à leur jeunesse : ils
sont envoyés dans un projet de colonie
au sein même de la zone de danger. S’ils
ne réussissent toujours pas à s’adapter
à cet endroit, ils seront chassés hors
des murs de la civilisation.
Zack voudrait saisir cette chance, et
s’intégrer au sein de cette communauté
dirigée par l’austère mademoiselle
Kingsten. Mais pour Archer, les règles
ne s’appliquent qu’aux autres : il se
contente de profiter de la vie et de
ceux qu’il côtoie. Mais il va devoir
faire un choix ; entre la fidélité et la
raison, entre le problème ou la solution.
Le destin de la colonie tout entière en
dépend…
Un adolescent traumatisé, des règles
strictes, des adultes corrompus, des
armes et une menace extérieure
constante : un mélange explosif. Alors,
quand les hormones viennent s’ajouter
à cela, la masse critique est atteinte, et
la catastrophe prend sa course, en cet
été caniculaire, quelque part en Europe.
Toutes les
illustrations de
cet article sont
extraites de
Gung Ho
UN PROJET global
2
Éditions DELUXE :
10 volumes en tout,
1 volume / 6 mois
mi 2013
mi 2014
visuel provisoire
Éditions standards :
5 volumes en tout,
1 volume / an
Tome 2
visuel provisoire
1
Tome 1
Tome 3
Tome 4
Tome 5
mi 2015
mi 2016
mi 2017
Tome 1.2
Tome 2.1
Tome 2.2
Tome 3.1
Tome 3.2
Tome 4.1
Tome 4.2
Tome 5.1
Tome 5.2
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
DELUXE
mi 2013
début 2014
mi 2014
début 2015
mi 2015
début 2016
mi 2016
début 2017
mi 2017
Chaque tome standard est divisé en 2 volumes DELUXE.
Les tirages DELUXE, au tirage limité à 3 000 ex., ont un format agrandi (28 x 37 cm) et des bonus inédits.
3
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musique
Vous êtes musicien ? Devenez le compositeur de la BO Gung Ho !
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w w w. g u n gho . f r
gung ho | Thomy Von Kummant & Benjamin Von Eckartsberg
36 | Cmag#02
Thomy Von Kummant & Benjamin Von Eckartsberg
Cmag#02 | 37
Benjamin Von Eckartsberg a étudié la communication visuelle à Munich. Il a adapté avec Thomas Von Kummant
le premier roman de la saga La Chronique des immortels, un best seller en Allemagne signé par Wolfgang Hohlbein.
L’auteur fait partie de l’atelier « Die Artillerie », et a collaboré, en tant qu’illustrateur, à de nombreux films ou
campagnes publicitaires. Il signe le scénario de Gung Ho, une œuvre moderne et prenante.
Vous souvenez-vous du moment précis
où vous avez mis en place les prémices
de l’histoire ?
Bien sûr ! Durant l’été 2005, je buvais
tranquillement un café, le matin, en
feuilletant un livre d’illustrations. C’était
un recueil d’illustrations publicitaires
réalisées avec un style graphique assez
simple. L’une d’entre elles montrait un
feu de signalisation au sommet d’une
colline, avec de la végétation tout
autour. La route était couverte par des
herbes jaunâtres. On ne distinguait
pas le macadam. Rien que la nature,
donc… et ce feu de signalisation ! Cette
image a provoqué un flash. J’ai imaginé
directement un groupe d’adolescents,
armés, fumant des cigarettes et flirtant
entre eux. Mais en même temps, certains
d’entre eux scrutaient les environs, car
ils savaient qu’ils étaient dans une zone
de danger. Ils étaient là, probablement,
sans la permission de leurs parents, et ils
savaient qu’ils pouvaient être attaqués
à tout moment…
Après avoir eu ce flash, j’ai terminé
mon café, et écrit plusieurs pages pour
rassembler ces idées autour de cette
colonie, de cette zone de danger. J’ai
esquissé aussi le village, la colonie, et
la manière dont il était organisé.
Pourquoi des adolescents ?
J’ai toujours voulu écrire un drame
racontant le parcours d’adolescents.À
cet âge, l’être humain découvre encore
le monde avec ses propres yeux, et est
confronté à ses premières émotions,
ses premiers sentiments.
Je percevais qu’avec cette idée, je
pouvais faire un excellent récit mélangeant deux genres : la « survival story »
et le fantastique. Gung Ho se déroule
dans un futur proche…
J’avais donc l’idée, une bonne perception de l’univers, mais je n’avais ni
l’histoire, ni les personnages. Je reprenais de temps en temps ce carnet pour
écrire des bribes. J’ai parlé de ce projet
à Thomas Von Kummant, qui a adoré
l’univers. Mais il devait d’abord finir
l’adaptation du premier cycle de La
Chronique des immortels. Il voulait
que je lui réserve cette histoire.
En 2011, Pierre Paquet nous a demandé
ce que nous ferions après La Chronique
des immortels. Cela m’a poussé à
terminer l’écriture du projet.
Pourriez-vous nous présenter les frères
Goodwoody ?
Ces deux frères sont envoyés
par l’orphelinat de la ville
à la colonie n°16, qui est
située dans la zone de danger. C’est
leur dernière chance de s’intégrer
dans un endroit civilisé. S’ils ne se
fondent pas dans la population, ils
seront poussés à l’exil dans la zone
de danger. Cela signifie qu’ils mourront, tôt ou tard. Le plus jeune, Zack,
veut s’intégrer, avoir des amis, trouver
une famille dans cette colonie. Mais
Archer, lui, ne veut faire aucun effort
pour en devenir membre.
Des conflits naîtront rapidement entre
les deux frères et les autres adolescents, ainsi qu’avec les adultes qui
imposent leurs règles. Tout cela sera
assombri par la menace constante de
ce qu’il y a au-delà des murs de la
colonie, de l’extérieur.
Ces enfants sont nés dans un système
qu’ils n’ont pas créé. Ils y ont grandi, et
doivent décider s’ils doivent se révolter
contre le système établi, ou pas. À
moins qu’il n’y ait un juste milieu ?
Le danger est-il réel à l’extérieur ?
Bien sûr ! Mais nous ne le montrerons
qu’à la fin du premier tome. Et seulement un petit aperçu de celui-ci…
Le premier tome est plus
une plongée dans l’univers et les règles de cette
communauté. J’aime
que le lecteur découvre
lentement ces éléments,
au fur et à mesure qu’il
rentre plus profondément dans l’histoire.
HERE BUT NOW
THEY’RE GONE…
ALL OUR TIMES
HAVE COME…
SEASONS DON’T
FEAR THE REAPER…
NOR DO THE WIND,
THE SUN OR THE RAIN…
WE CAN BE LIKE THEY ARE
COME ON BABY...
…DON’T FEAR
THE REAPER…
BABY TAKE
MY HAND…
…DON’T FEAR
THE REAPER…
Gung Ho - Grand Format Deluxe
Tome 1.1 · Brebis galeuses
Tirage limité à 3’000 exemplaires
Scénario > Benjamin Von Eckartsberg
Dessin & couleur > Thomas Von Kummant
Parution le 20 mars 2013
Format 28 x 37 cm
64 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-503-5
Prix de vente 25.50 euros
CHANSON : DON’T FEAR THE REAPER DE BLUE OYSTER CULT
6
Planche 4
Thomy Von Kummant & Benjamin Von Eckartsberg
38 | Cmag#02
Thomy Von Kummant & Benjamin Von Eckartsberg
Cmag#02 | 39
C’EST DÉJÀ ASSEZ PÉNIBLE
DE DEVOIR ESCORTER DEUX
MORVEUX DANS LA ZONE DE
DANGER PENDANT DEUX JOURS.
BABY TAKE
MY HAND…
REPOSE TES FESSES,
GOODWOODY. SI TU
TOMBES, LE TRAIN
NE S’ARRÊTERA
PAS POUR TOI.
JE NE VEUX PAS
EN PLUS ENTENDRE
TES BRAILLEMENTS.
…DON’T FEAR
THE REAPER…
NOUS Y SOMMES.
COLONIE N° 16, VOTRE
NOUVEAU CHEZ VOUS,
QUE L’ON APPELLE
AUSSI "FORT APACHE".
COMBIEN DE
PERSONNES VIVENT
ICI, SERGENT ?
ET ARRÊTE DE
BRAILLER, BON SANG,
TU ME CASSES
LES OREILLES !
PEUT-ÊTRE QUE
LA VIE ICI VOUS
FERA MÛRIR.
ENVIRON
QUATRE CENTS.
C’EST JUSTE
QUE VOUS N’AVEZ
AUCUNE IDÉE DE LA
CULTURE, SERGENT.
7
8
Planche 5
Planche 6
Michel kœniguer
mep bushido
Cmag#02 | 41
4/12/12
18:46
Page 26
...trimbalant
des flingues dans leur
cartable… ou ces enfoirés
qui bossent à la bourse…
Vraiment rien que
des minables...
...Je vais te regretter...
ça fait longtemps qu’on
bosse ensemble...
bushido
à l’époque,
on pensait que
tout ça durerait
toujours...
John Masanori, orphelin d’une mère japonaise, abandonné par un père américain, a été confié aux bons soins du père
O’Brien. 25 ans plus tard, l’éducation du prêtre n’a pas empêché John de devenir un tueur efficace au service de la mafia
italo-américaine. Hélas, un cancer fatal lui ronge le colon. Il lui reste 6 mois, peut-être 1 an, à vivre. Il décide de partir
alors à la recherche de ses racines, dans son pays d’origine. Celui des samouraïs, dont il ne cessait de rêver, enfant. Celui du
Bushido, le code de vie et de combat des guerriers médiévaux. C’est au Japon que John veut mourir.
Le fric, les filles,
la fête... Et avec de la classe
hein?! Et Aujourd’hui, Tous ces
petits merdeux qui se prennent
pour des gangsters...
Les choses
évoluent
Frankie...
hum...
C’est dans
l’ordre des
choses...
dont la maturité et le succès constant justifient aujourd’hui une réédition en intégrale.
mon éditeur, Pointe Noire, qui allait
très mal. Je suis allé lui montrer
mon livre. Il a pris le livre et m’a
recontacté assez vite. Quand Pointe
Noire a fermé ses portes, nous avons
refait les couleurs et la couverture et
puis la suite a vu le jour.
Dès le début vous saviez qu’il y aurait
3 tomes ?
Dès le départ ! Je ne me suis pas posé
la question de savoir si j’irais au bout,
mais je savais comment l’histoire
devait se terminer.
Pourquoi l’univers de la mafia japonaise ?
Le cinéma asiatique débarquait, j’ai
découvert Kitano, les yakusas… ça changeait des histoires de mafia occidentales.
Aujourd’hui, comment regardez-vous cette
histoire ?
Bushido
Intégrale
Scénario & dessin > Michel Kœniguer
Couleurs > Oscar Escamilla
Parution le 17 avril 2013
Format 23.5 x 31.5 cm
160 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-554-7
Prix de vente 25 euros
J’ai l’impression de m’être éloigné
de ce graphisme. J’ai fait du chemin
et je suis parti vers d’autres univers.
L’édition en intégrale va regrouper
ce travail, c’est une histoire complète
dont je n’ai pas honte. Bien entendu,
aujourd’hui je ferais cette histoire
différemment, mais je ne regrette rien.
Une intégrale de Bushido, en attendant
la suite de Bombroad ?
Je travaille sur le quatrième tome.
Ce ne sera pas du tout une suite. On
n’y verra pas les mêmes personnages,
plus le même avion… D’autres seront
au cœur de l’action. On va suivre le
F-100 Super Sabre. Le récit se déroule
plus tôt que le premier cycle, de 1967
à 1969, trois tours de services au cœur
de l’Air Force et US Army.
Vous êtes également scénariste, sur
Eightball Hunter, avec Callixte au
dessin. Que pouvez-vous nous dire du
second volume prévu pour cette année ?
Comment s’est passé la sélection des
propositions du public à qui nous avions
demandé de participer au scenario ?
Ce second volume termine le récit, on y
découvre donc le choix qu’ont fait les
lecteurs qui ont participé au vote. Le
truc assez amusant c’est que le résultat
n’était pas celui auquel je m’attendais.
Comme je n’avais rien préparé auparavant, ça n’a pas plus posé de difficultés
que ça. On reste dans une ambiance
de road-movie comme on en voyait à
la TV dans les années 90.
Ah Ouais?!?
Figure-toi
que j’emmerde
l’ordre des
choses...
Il y a 10 ans, les Éditions Paquet publiaient la trilogie Bushido, du jeune Michel Kœniguer. Une œuvre de jeunesse, mais
Bushido a connu une première publication en 2002 chez Pointe Noire. Comment
revoyez-vous cette époque ?
Comme ça, c’est dur de répondre. Cela
me semble tellement loin. Une période
pleine d’enthousiasme. Je faisais du
travail intérimaire. Je dessinais depuis
longtemps, j’ai eu assez tôt envie de
faire de la bande dessinée. Mais il m’a
fallu du temps pour me lancer. Bien sûr
je suis allé à Angoulême montrer mon
travail, quelques planches, des illustrations, mais pas de projet concret.
Et puis j’y suis revenu et j’ai eu des
contacts prometteurs.
Comment s’est passée la rencontre avec
Paquet ?
En juin 2002, sur un festival, Pierre
Paquet avait son stand juste derrière
à côté d’eux,
nous étions des
seigneurs John…
Nous aurons été
les derniers
seigneurs...
plus tard...
26
Planche 24
usagi yojimbo | stan sakai
42 | Cmag#02
usagi
yojimbo
Usagi Yojimbo, le « lapin garde du corps », inspiré du personnage réel de Miyamoto Musashi – un samouraï légendaire – est
une œuvre mettant en scène des animaux anthropomorphes créée par l’artiste américano-japonais Stan Sakai. La série,
qui a débuté il y a plus de 25 ans, mélange intrigues courtes et histoires longues, et présente une foule de personnages
secondaires. Elle prend place dans un japon féodal, dont les sources sont autant issues de recherches historiques très
précises que du bestiaire fantastique japonais, ou encore du cinéma et de la pop culture…
Le personnage d’Usagi Yojimbo naît en
Californie en 1984 et bénéficiera de l’engouement pour les Teenage mutant ninja
turtles (les Tortues ninja) qui permit
la création d’autres comics en noir et
blanc avec des personnages animaliers
Usagi Yojimbo
25 tomes disponibles
Histoire complète
dans chaque tome
Scénario & dessin > Stan Sakai
Format 12.5 x 18.5 cm
160 à 240 pages noir et blanc
Broché avec jaquette
Prix de vente 6.00 euros
anthropomorphes. L’histoire paraît en
fascicules compilés en un volume tous
les ans (comme il est d’usage pour les
comics), bientôt suivie par plus de 10
adaptations en langues étrangères.
Né au Japon, Stan Sakai a passé son
enfance à Hawaii, où il bénéficie d’une
double influence culturelle, et devient
fan de BD de super héros, dont celles de
de Stan Lee, Jack Kirby, Steve Ditko. Il
part s’installer par la suite en Californie
où il rencontrera celui qui deviendra son
grand ami, le cartoonist de MAD, Sergio
Aragones, dont il devient le lettreur sur
la série Groo, et qui sera son mentor
sur le processus de création de comics.
Côté histoire, plantons le décor : Japon,
fin du xvie siècle, nous sommes en une
période instable de complots, d’assassinats par des ninjas, de guerres de
pouvoir… Usagi, enfant, recevra une
formation peu commune dans une
montagne, loin des dojos, à porter des
sceaux d’eau, couper du bois, et éviter
des coups de bâton-surprise de son
maître Katsuichi, un lion-ermite.
Suite à un tournoi, il deviendra samouraï
(« celui qui sert ») du clan Mifune qui sera
par la suite annihilé lors d’une bataille
stan sakai | usagi yojimbo
entre clans rivaux… Survivant à la mort
de son seigneur, il devient un rônin,
un samouraï sans maître. N’ayant pas
su saisir sa chance avec son amour
de jeunesse, sans famille – du moins
le croit-il – il est libre de parcourir le
Japon pour affiner son art du sabre,
toujours en suivant un code d’honneur
et en gardant un cœur généreux. Ses
pérégrinations l’amèneront à participer
à de nombreuses aventures et à recroiser
et régler des comptes avec ceux qui ont
fait chuter son défunt seigneur.
La série est dotée d’un nombre impressionnant de personnages secondaires tel Gennosuke, un rhinocéros
chasseur de primes, inspiré du rôle de
Toshiro Mifune dans Yojimbo d’Akira
Kurosawa. « Gen », ami improbable avec
lequel Usagi formera un tandem aux
personnalités pour le moins contrastées ! Usagi célibataire rencontrera de
nombreux personnages féminins : la
samouraï Tomoe Ame avec qui il entretient une relation trouble qui culminera
lors d’une cérémonie du thé ; une petite
renarde, un brin voleuse, qui fait ce qu’il
faut pour s’en sortir ; où encore une
guerrière ninja chassée par son clan…
La série alterne des histoires courtes avec
des cycles plus longs, et dont on aura
parfois la conclusion bien des volumes
plus tard. Tout au long de la série, les
histoires se mêlent et les personnages
se croisent, créant une impression d’un
univers extrêmement fort et compact,
où la surprise de retrouver de vieux
amis – ou de vieux ennemis – peut
naître au détour de chaque page.
Certaines histoires permettent de découvrir la manière de vivre de l’époque ou
certains métiers : l’art de la ferronnerie,
de la poterie, la création de cerf-volant,
la vie paysanne, dans les quartiers de
plaisir ou dans un monastère de montagne, ainsi que l’évolution sociale des
samouraï sans emploi… La série sait changer de genre, passant par moments, au gré
des personnages secondaires, dans le
registre policier avec l’inspecteur Ishida,
ou encore le fantastique, avec le chasseur
de démons Sasuke, les yokai (monstres du
bestiaire fantastique japonais) et le sinistre Jei-san qui semble immortel et dont
la lame est aussi noire que son âme…
Des clins d’œil au cinéma ou à d’autres
œuvres parsèment la série : les 7 samouraïs d’Akira Kurosawa, Baby Cart de
Kazuo Koike qui devient pour l’occasion
Cmag#02 | 43
tu as brisé
mon bâton de
marche ! là, tu
m’as mise en
colère !
37
« le bouc solitaire », le travail de Hiroshi
Hirata, des crossovers avec les Tortues
Ninjas.
Stan Sakai sait retranscrire ses recherches
minutieuses sur le Japon et traite de
sujets historiques comme l’arrivée du
christianisme ou de la poudre. L’un des
moments phares de la série demeure le
cycle Faucheuse d’herbe, qui se verra
couronné d’un Eisner Award (meilleure
histoire à suivre), équivalent des Oscars
dans le milieu du 7ème art. Stan Sakai
nous replonge dans le shintoïsme et la
naissance mythologique du Japon, et
nous narre l’histoire de la fameuse épée
des dieux, la Faucheuse d’herbe, qui
jouera un rôle central dans la série…
Actuellement la série Usagi Yojimbo est
en pause, Stan Sakai se consacrant à un
projet le taraudant depuis des années :
la fameuse histoire des 47 rônins. Il
s’y fait assister de Mike Richardson
pour l’histoire et de Kazuo Koike (le
créateur de Lady Snowblood, œuvre qui
a inspiré Quentin Tarantino pour Kill
Bill) comme conseiller technique. Après
cette histoire, Sakai confiait récemment
retourner à Usagi, via une mini-série,
sur un autre projet qui lui tient à cœur
depuis longtemps, une insertion de la
Guerre des mondes de H.G. Wells dans
l’univers de Usagi Yojimbo…
rider on the storm | Géro & baudouin deville
album | auteurs
44 | Cmag#01
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les news
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printemps / été 2013: un programme alléchant
Lincoln
par Olivier, Jérôme & Anne-Claire Jouvray
LE
LIBRAIRE
M’enfin ? ! est une belle librairie specialisée dans la bande dessinée, mais qui accueille également un beau rayon polar, SF
et fantasy. Sur 180 m2, dans une belle rue pavée du centre de Rennes, tout près du Parlement de Bretagne, d’agréables
rayonnages en bois proposent un panorama très complet de ce qui se fait en bande dessinée. L’occasion de rencontrer
Double deux
par Pascal Davoz & Daniel Gonzalez
Librairie M’Enfin ? !
13, rue Victor Hugo
35000 Rennes (France)
Tél. : +33 2 99 38 07 83
Bernard Kervarec, maître ès-bande dessinée et libraire en chef.
M’enfin ? ! a connu deux vies. Une dans
les années 80, puis une nouvelle vie, et
un lieu peut-être plus adapté au milieu
des années 2000.
Le premier magasin était situé non
loin de l’actuel. Il était plus petit, mais
c’était une autre époque. L’aventure a
duré quelques années et puis la crise,
déjà, m’a obligé à tirer le rideau.
Après un parcours de représentant
(dans un autre secteur que le livre),
puis quelques années comme libraire
chez Ty-Bull, toujours à Rennes, j’ai
remonté une librairie quand Album a
repris mon employeur.
Comment voyez-vous la librairie
aujourd’hui ?
Le plus important aujourd’hui, c’est
la professionnalisation. Il y avait
400 nouveautés en 1985, il y en aura
plus de 5000 en 2012. Tout a changé,
l’arrivée de l’informatique, le développement d’internet et une concurrence
directe des sites de vente en ligne ; il
faut être beaucoup plus rigoureux et
réactif qu’avant. La clientèle a vieilli,
mais elle est plus variée aussi. Chez
les adultes, il y avait peu de femmes
qui achetaient de la bande dessinée.
C’est vrai que l’offre ne leur était pas
adaptée. Aujourd’hui, nous proposons
des livres pour tous les âges et pour
tous. Et cela demande d’être très
attentif à toutes les parutions.
Que pensez-vous du catalogue Paquet ?
Il s’est rapidement mis en place et
bien structuré. Un beau catalogue,
des collections fortes, reconnues par
le public. Sur les 5 dernières années,
Paquet a pris sa place au milieu des
gros éditeurs.
La concentration des éditeurs change la
donne. Comment voyez-vous les “petits”
éditeurs dans votre magasin ?
Nous sommes des vendeurs de ce qui
s’écoule plus difficilement dans les
grandes enseignes. Paquet fait de belles
ventes chez nous, même si on a de bons
chiffres avec des grosses séries connues.
Nous sommes assez représentatifs de
la vente de bande dessinée en librairie
spécialisée. Paquet correspond parfaitement à notre clientèle : Peu connu
du grand public, mais avec des titres
et des séries fortes.
Comment doit être le catalogue d’un
éditeur ?
Le danger est le formatage. Mais nous
sommes demandeur de collections bien
identifiées. Il faut faire attention à ce
qu’une collection ne devienne pas un
fourre-tout, que l’on ne s’y reconnaisse
plus. Il faut garder de l’exigence…
Comment voyez-vous le Cmag ?
C’est une très belle revue, indispensable
pour bien communiquer avec la clientèle qui va s’en servir pour se tenir au
courant. Les libraires, également. Il n’est
pas rare que je vois revenir un client qui
a pris des notes sur la revue. Et c’est un
support très utile pour les bibliothèques
également. Et cela met en avant tout le
catalogue, ce qui est très pratique pour
orienter le client vers de nouveaux titres.
Après un début d’année sur les
chapeaux de roue, les Éditions
Paquet en remettent une couche
sur la période de mai à août. Jugez
plutôt…
Les séries Des Fragments de l’oubli
et Eightball Hunter verront leurs
conclusions au mois de mai.
En juin, on roule des mécaniques !
Une importante opération en
librairie vous permettra de gagner
de nombreux goodies autour de
nos collections mécaniques :
Calandre, Carénage et Cockpit.
Bien évidemment, cette opération
s’appuiera sur des nouveautés dans
les 3 collections concernées, dont
de nouvelles séries (Le Courrier
de Casablanca – un Cockpit sur
l’épopée de l’aéropostale ; Double
deux – Carénage ; La Valse des
félins – Calandre), des suites de
séries (Zone Rouge – Calandre)
et d’autres encore, dont certaines
pourraient bien vous surprendre…
L’été est traditionnellement une
période plus calme, même si elle
sera agitée par les trublions que
sont les frères Jouvray (Lincoln
tome 8) et David Ratte (Mamada
tome 1, voir aussi son interview en
pages 28 à 30).
Zone rouge
Le Courrier de Casablanca
par Philippe Pinard & Olivier Dauger
par Pascal Davoz & Richard Ortiz
La Valse des félins
par Fred Weytens & Skiav
Mamada
par David Ratte
news
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dans chaque numéro, un auteur vous livre un coup de cœur, un coup de gueule…
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Carte blanche à…
serge annequin
Une nouvelle marque de modèles réduits fait son apparition, proposant de nombreuses
mécaniques que vous avez peut-être, par ailleurs, pu admirer dans nos albums.
Spécialisée dans la fabrication et l’import de miniatures, la marque DecoModel
vous propose des dizaines de modèles de bolides, aussi bien roulant que volant et,
bientôt, flottant. Tous leurs modèles sont en métal, pour une qualité et une résistance à toute épreuve. Ils sont de plus peints à la main avec le plus grand soin, ce
qui leur confère ce côté chaleureux qui nous rappelle avec tendresse les maquettes
que nous réalisions nous-mêmes dans notre enfance.
> www.decomodel.com
Doomboy
le retour du guitariste
Figurant parmi la sélection officielle du Festival d’Angoulême 2012, Doomboy,
le dernier opus de Tony Sandoval, nous présentait un adolescent guitariste,
bagarreur et amoureux. Dans un format à l’italienne qui respectait la taille
des originaux de l’auteur, cet album de quelques 130 pages a su s’imposer
tant auprès du public que de la presse par sa puissance graphique et narrative.
Fleuron de la collection Calamar – dirigée, rappelons-le, par l’auteur himself,
Doomboy revient auourd’hui dans un format à la française, les pages ayant
été montées deux par deux. Une couverture et quelques pages inédites, ainsi
qu’une galerie d’hommages au personnage éponyme par d’autres auteurs
viennent compléter cette nouvelle édition.
Doomboy
Histoire complète
Scénario & dessin > Tony Sandoval
Format 22 x 28 cm
80 pages couleurs · Couverture cartonnée
ISBN 978-2-88890-562-2
Prix de vente 13.50 euros
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retrouvez toutes les news sur
www.paquet.li
Coup de cœur pour une scène de film : la scène du parc de Blow Up, de Michelangelo Antonioni, dans une très
libre adaptation… Londres, dans les années 1960. Thomas, un photographe de mode, passe un matin dans Maryon
Park. L’endroit est presque désert, sauf un couple qui s’embrasse. Il les photographie de loin. La jeune femme
s’en aperçoit et tente vainement de récupérer les négatifs… Blow Up a obtenu la palme d’Or à Cannes en 1967.
mars 2013
fevRIER 2013 janVIER 2013
planning des sorties
Une Aventure de Jacques Gipar
T4: La Femme du notaire
T. Dubois & J.L. Delvaux
EAN 9782888905295
Gung Ho Grand Format
T1.1: Brebis galeuses
B. Von Eckartsberg & T. Von Kummant
L’Exode selon Yona
T4/4: Transhumance
D. Ratte
Des Fragments de l’oubli
T2/3: Jean-Pierre
S. Annequin
Raoul Scopitone
T1: Du rififi chez les yéyés
P. Pinard & J. Lebrun
Dog Fights
T3/3: Hallali
R. Hautière & Fraco
Usagi Yojimbo
Tome 25
S. Sakai
Bushido
Intégrale
M. Kœniguer
L’Épée d’Ardenois
T1/4: Garen
E. Willem
EAN 9782888905035
avril 2013
EAN 9782888904823
EAN 9782888905547
EAN 9782888905288
EAN 9782888903536
EAN 9782888904892
Doomboy
One-shot
T. Sandoval
EAN 9782888905622
EAN 9782888904588
EAN 9782888903260
Cmag#02 · ISBN 978-2-88890-561-5 · Magazine gratuit · ne peut être vendu