Suicide et accident du travail
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Suicide et accident du travail
L’Alambic social REVUE DE JURISPRUDENCE SOCIALE DE LA COUR DE RIOM, ÉDITÉE PAR L’ORDRE DES AVOCATS DU BARREAU DE CLERMONT-FERRAND, EN PARTENARIAT AVEC LA FACULTÉ DE DROIT, LA COUR D’APPEL, LA CONFÉRENCE RÉGIONALE DES BARREAUX D’AUVERGNE ET LE CENTRE RÉGIONAL DE FORMATION DES AVOCATS s o m m a i r e Droit de la Sécurité sociale Suicide et accident du travail Droit de la sécurité sociale Le suicide d’un salarié sur son lieu de travail peut-il être considéré comme un accident du travail ? . . . P. 2 ■ Cour d’appel de Riom • 22 février 2000 En contrepoint : Suicide et harcèlement moral . . . . . . . . . . . . . . . . ■ P. 3 P. 5 P. 6 P. 7 Entreprises en difficulté La rupture abusive d’un contrat d’apprentissage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ■ Cour d’appel de Riom • 29 juin 1999 relations individuelles ■ Le temps des équivalences. . . . . . . . . . . . . . . . . Cour d’appel de Riom • 1er février 2000 ■ Inaptitude du salarié et reclassement . . . . . . . . . Cour d’appel de Riom • 26 octobre 1999 Requalification de contrats emploi-solidarité illégaux en contrats à durée indéterminée . . . . . . . . . . . . . P. 8 ■ U se suicide par pendaison sur les lieux de son travail. Sa mère sollicite de la caisse primaire d’assurance maladie (C.P.A.M.), puis du tribunal des affaires de sécurité sociale (T.A.S.S.), la qualification d’accident du travail car, selon elle, le geste de son fils résultait d’un état dépressif consécutif à des pressions exercées par son employeur. La C.P.A.M. et le T.A.S.S. rejettent la demande en considérant que l’acte de désespoir s’analyse comme un acte réfléchi et conscient, totalement étranger au travail qu’il exécutait ce jour-là, et qu’il n’est pas établi qu’il se soit donné la mort dans N SALARIÉ ➤ Lire en pages 2, 3 et 4 la suite de l’article de Michel Morand, et son contrepoint, par Jean-Louis Borie. Cour d’appel de Riom • 28 mars 2000 ■ Des clauses de non-concurrence . . . . . . . . . . . . P. 9 ■ Prêt illégal de main-d’œuvre . . . . . . . . . . . . . . P. 12 ■ Plan social, volontariat et licenciement . . . . . . . P. 12 ■ De la preuve des heures supplémentaires . . . . . P. 12 Procédure La représentation et l’assistance des parties en matière prud’homale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . ■ P. 13 P. 14 P. 15 P. 16 Cour d’appel de Riom • 29 juin 1999 Procédure, unicité d’instance, demande prud’homale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ■ droit pénal du travail Entrave à l’exercice du droit syndical et limites de la délégation de pouvoirs . . . . . . . . ■ Cour d’appel de Riom • 5 mai 1999 actualité Avocats, aide juridictionnelle : les raisons d’une grève. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ■ NUMÉRO 3 2E SEMESTRE 2000 Éditorial Jurisprudence récente de la cour d’appel de Riom Jurisprudence et actualité e n’est parce que les avocats sont en grève qu’ils ont cessé toute production théorique et toute analyse de la jurisprudence. Le numéro 3 de L’Alambic social, que vous avez entre les mains, en est la preuve tangible. Compte tenu de l’actualité, il nous a cependant paru indispensable d’informer les lecteurs de notre revue sur les mouvements en cours et leurs causes profondes. C’est pourquoi, à titre exceptionnel, et sous la seule responsabilité des avocats, une page de notre revue est consacrée à la question de l’aide juridictionnelle. Quant à la jurisprudence, vous relèverez dans le présent numéro l’introduction d’une nouvelle rubrique “droit de la sécurité sociale”, avec nos commentaires croisés sur l’arrêt du 22 février 2000, mais aussi une nouvelle rubrique “droit pénal du travail”, avec un premier article rédigé par un magistrat du Parquet que nous sommes heureux d’accueillir parmi les rédacteurs de L’Alambic social. Bonne lecture, et rendez-vous pour le numéro 4, au premier semestre 2001. Jean-Louis Borie Bâtonnier de l’Ordre Directeur de publication C droit de la sécurité sociale Une “frontière” délicate Le suicide d’un salarié sur son lieu de travail peut-il être considéré comme un accident du travail ? COUR D’APPEL RIOM • 22 FÉVRIER 2000 (suite de la première page) un moment d’aberration exclusif de tout élément intentionnel. Qu’en conséquence, s’agissant d’une faute intentionnelle de la victime, l’article L 453-1 du Code de la sécurité sociale exclut toute prise en charge au titre des accidents du travail. La cour d’appel, dans un arrêt très remarqué (S. Licari, “De la nécessité d’une législation spécifique au harcèlement moral au travail”, Droit social, mai 2000, p. 492 et s. B. Cailley, “Le harcèlement moral au travail”, Sem. soc. Lamy, 5 juin 2000, p. 7 et s. L. Milet, “Observations sous cour d’appel de Riom, 22 février 2000”, Droit social, juilletaoût 2000, p. 805 - T. Laval, “Le suicide du salarié reconnu comme accident du travail”, G.P. n° 205 à 207), considère au contraire que le suicide sur les lieux du travail doit bénéficier de la législation sur les accidents du travail au motif que la présomption d’imputabilité de l’article L 411-1 du Code de la sécurité sociale n’était pas renversée, ni l’employeur ni la C.P.A.M. ne pouvant établir que le travail n’avait joué strictement aucun rôle dans la survenance du décès. Observations Les principes juridiques applicables en l’espèce relèvent donc de deux articles du Code de la sécurité sociale et de l’appréciation jurisprudentielle de ces textes. L’article L 453-1 du Code de la sécurité sociale indique en effet que « ne donne lieu à aucune prestation ou indemnité en vertu du présent Livre, l’accident résultant de la faute intentionnelle de la victime ». Quant à l’article L 411-1 du même Code, celui-ci pose le principe qu’est « considéré comme accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise ». Tout le débat portait donc, dans l’affaire soumise à la Cour, sur l’articulation entre ces deux textes. D’une part, l’article L 411-1 instaure une présomption d’accident du travail dans les circonstances décrites par le texte. D’autre part, la faute de la victime exonère 2 DE du travail est présumé imputable à celui-ci, ni la C.P.A.M. ni l’employeur auxquels incombe cette preuve n’établissent que le travail n’a joué strictement aucun rôle dans la survenance du décès ». ■ EN PREMIER LIEU, LA COUR devait s’intéresTel était bien la deuxième question posée à ser à la présomption d’imputabilité issue de la Cour : la relation entre le suicide et l’actil’article L 411-1 du Code de la sécurité vité professionnelle. Le suicide étant par sociale, c’est-à-dire à la charge de la preuve. nature un acte intentionnel et volontaire En la matière, la jurisprudence a déjà largede la victime, il pouvait entraîner l’applicament admis qu’en cas tion de l’exonération d’accident au travail, la « La Cour de cassation retient prévue par l’article victime ou ses ayants L.453-1 du Code de la que le salarié s’était donné droit bénéficient d’une sécurité sociale et se la mort “dans un moment présomption d’imputasituer en dehors de la d’aberration exclusif de tout législation accident du bilité de l’accident du élément intentionnel” » travail dès lors que travail. celui-ci s’est produit au Ainsi, la haute juridictemps et au lieu de travail. Et ainsi jugé qu’il tion a considéré que le suicide « était lié à appartenait à la C.P.A.M., pour faire tomber un état dépressif dont il était atteint depuis la présomption d’imputabilité résultant de quelque temps et qu’ainsi il n’était pas impul’article L 411-1 du Code de la sécurité table au travail qu’il exécutait le 22 juillet sociale, d’établir que le décès avait une 1980, en sorte qu’il ne pouvait constituer un cause totalement étrangère au travail (Cass. accident du travail » (Cass. soc., 4 février soc., 8 juin 1995, Bull. V, n° 191 ; dans le 1987, Bull. V, n° 64). même sens, Cass. soc., 14 janvier 1999, De même, n’a pas été considérée comme un Bull. V, n° 23). accident du travail la tentative de suicide Toutefois, la jurisprudence a considéré que d’un salarié dans les toilettes de l’entrela présomption d’imputabilité pouvait s’apprise, pour des motifs non liés directement pliquer à condition que la victime ou les au travail mais au contentieux qui opposait ayants droit rapportent la preuve que l’accison mari et leur employeur commun (cour dent ou le décès est survenu au temps et au d’appel de Paris, 18e chambre, 15 juin 1995 - Société S.A. Condé c/C.P.A.M. de la Seinelieu de travail (refus de qualification d’acciSaint-Denis, R.J.S. 1995, n° 1004). dent du travail s’agissant d’un décès survenu Inversement, la qualification d’accident du le lendemain à l’hôpital, alors que le salarié travail a été retenue alors qu’il apparaissait avait été trouvé inanimé la veille dans les toique le suicide d’un salarié « avait été le résullettes de l’établissement - Cass. soc., 8 juillet tat de l’impulsion brutale qui s’était empa1985, Bull. V, n° 415). rée de lui après des remontrances qui En l’espèce, la Cour a considéré que cette venaient de lui être adressées par son preuve, quant au temps de travail, était sufemployeur : que par cette appréciation des fisamment rapportée par les constatations éléments de fait qui lui étaient soumis et cliniques. d’où il résulte que le salarié s’était donné la ■ CE PRÉALABLE ESSENTIEL QUANT AU MOMENT mort dans un moment d’aberration exclusif DU DÉCÈS ÉTANT LEVÉ, la cour d’appel relève de tout élément intentionnel » (Cass. soc., donc, pour retenir la qualification d’accident 20 avril 1988, Bull. V, n° 241). du travail, « qu’il résulte de l’ensemble de ■ CE QUI PARAÎT RÉSULTER DE L’APPRÉCIATION de ces éléments d’appréciation d’une part ces quelques décisions de la Cour de cassaqu’alors qu’en vertu des dispositions de l’artion, c’est la proximité directe entre le suicide ticle L 411.1 du Code de la sécurité sociale, et l’activité professionnelle, qui peut être de l’accident survenu par le fait ou à l’occasion de l’application de la législation d’accident du travail. Qu’en est-il dès lors du suicide pendant le temps de travail et sur le lieu du travail ? jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 ■ CET ARRÊT PEUT ÊTRE À L’ORIGINE D’UNE DOUBLE CRITIQUE. D’une part, il admet que la présomption de l’article L 411-1 du Code de la sécurité sociale doit recevoir totalement application, y compris en cas de faute apparente de la victime, qui porte la charge de la preuve sur l’employeur ou la C.P.A.M., alors que l’on pourrait aussi bien admettre que, dans cette hypothèse, la faute de la victime renverse la charge de la preuve. D’autre part, il considère que l’environnement professionnel, des lettres, des menaces de sanctions disciplinaires ou des remontrances peuvent permettre d’effacer ou « d’atténuer sensiblement » l’élément intentionnel et réfléchi de l’acte en cause, alors que l’arrêt précité du 20 avril 1988 considérait que le rapport entre les remontrances de l’employeur et l’acte suicidaire devait être étroitement lié et, pour cette raison, exclu- sif de tout élément intentionnel. Pour la cour d’appel, le lien avec l’activité professionnelle peut être simplement de nature à atténuer l’élément intentionnel, alors que pour la Cour de cassation, ce lien doit être exclusif de tout élément intentionnel. La haute juridiction, saisie d’un pourvoi, aura probablement à se prononcer sur cette nouvelle approche qui, si elle devait être confirmée, pourrait être à l’origine de nouveaux développements sur le terrain de la faute inexcusable, et alimenter le contentieux naissant sur le harcèlement moral. Michel Morand droit de la sécurité sociale nature à faire disparaître l’élément intentionnel. La formulation utilisée par l’arrêt cidessus est assez illustrative puisque la Cour de cassation retient que le salarié s’était donné la mort « dans un moment d’aberration exclusif de tout élément intentionnel ». Cette approche, qui nécessitait presque pour les ayants droit de la victime de combattre l’aspect intentionnel par nature du suicide, ne se retrouve pas dans la jurisprudence relative au décès par accident du salarié. Dans cette hypothèse, la présomption de l’article L 411-1 du Code de la sécurité sociale trouve à s’appliquer sans restriction. Il appartient alors à la C.P.A.M. et à l’employeur « de rapporter la preuve que le décès avait une cause entièrement étrangère au travail » (Cass. soc., 14 janvier 1999, Bull. V, n° 23). Sur cet élément fondamental dans la solution du litige, la cour d’appel de Riom indique dans un attendu essentiel « qu’il en découle, d’autre part, que l’altération de l’état psychologique du salarié attesté par les témoignages produits et elle-même liée aux vicissitudes des relations professionnelles de Monsieur B. avec son employeur conduit à écarter et tout au moins à atténuer sensiblement le caractère volontaire et réfléchi de l’acte suicidaire qui, dès lors, ne peut être considéré comme une faute intentionnelle au sens de l’article L 453-1 du même Code ». Par cette motivation, l’arrêt de la cour d’appel paraît se détacher de la jurisprudence de la Cour de cassation en la matière. Les sanctions disciplinaires qui avaient été infligées au salarié et celles qu’il encourait pouvaient être à l’origine de son état dépressif et de nature à gommer ou altérer sensiblement l’élément intentionnel de l’acte suicidaire. Pour la cour d’appel, dès lors qu’il existe un lien possible entre le décès et l’activité professionnelle, même s’il n’est pas démontré que ce lien a pu être directement à l’origine du suicide, la qualification d’accident du travail doit être retenue – peu important, comme le soutenait l’employeur, que « l’événement à l’origine du suicide se situerait dans des problèmes personnels importants, extérieurs à la vie professionnelle de l’intéressé ». C’est sans doute ce lien potentiel et non pas direct ou immédiat entre l’activité professionnelle et le décès qui paraît constituer l’apport majeur de cet arrêt d’appel. En contrepoint Suicide et harcèlement moral COUR D’APPEL DE RIOM • 22 Exposé des faits L’arrêt du 22 février 2000 Y. B. c/S.A. D… ne peut être analysé qu’au regard des faits constatés par la Cour et qui sont les suivants : Un salarié, par ailleurs membre du comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail, avait pris son travail à 7 h 45 et a été retrouvé à 22 h 30 pendu dans l’entrepôt de stockage de l’entreprise, la mort remontant à plusieurs heures. Dans les quinze jours précédant ces faits, il avait reçu une lettre d’avertissement lui enjoignant surtout d’assumer des tâches complémentaires dans un contexte de surcharge de travail. Il venait en effet d’être promu responsable sécurité et, dans le cadre de ses nouvelles fonctions, il devait être assisté de deux salariés qui n’ont jamais été affectés au poste prévu. L’avertissement notifié à l’intéressé lui imposait par ailleurs un contrôle strict de ses tâches, contrairement à l’autonomie dont il jouissait préalablement. Cet avertissement se terminait ainsi : « Si dans l’avenir nous avions à constater la moindre erreur, votre place de responsable serait remise en cause. » À la suite de cette sanction disciplinaire, le salarié avait consulté un médecin qui lui avait prescrit des antidépresseurs. Ce salarié était par ailleurs menacé de rétrogradation ou de licenciement et un entretien préalable était envisagé. Réformant la décision du tribunal des affaires de sécurité sociale de Moulins, la FÉVRIER 2000 Cour a retenu que ce suicide, compte tenu du contexte, devait être admis comme accident du travail. Observations La décision de la Cour de Riom a été abondamment commentée car elle intervient à une époque où a été élaboré le concept de harcèlement moral, largement médiatisé, et dont la définition judiciaire reste encore à préciser. Il est cependant loin d’être certain que cet arrêt soit en contradiction avec la ligne jurisprudentielle de la Cour de cassation, relative notamment à la présomption d’imputabilité . 1- La notion d’accident Une des premières réflexions critiques à l’égard de cet arrêt concerne la notion d’accident, et certains voudraient soutenir que la notion d’accident ne peut être appliquée à des faits qui résultent nécessairement d’un acte positif de la victime elle-même. Cette critique ne résiste pas à l’examen au regard de la jurisprudence antérieure et bien établie de la Cour de cassation. En effet, depuis notamment un arrêt de la chambre sociale de la Cour de cassation du 5 mars 1970, la notion d’accident au sens du Code de la sécurité sociale n’implique pas une notion de violence ou d’origine extérieure mais exige comme seul critère l’existence d’un préjudice soudain (cf. Cass. soc., 5 mars 1970). jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 Suite au verso ➤ 3 droit de la sécurité sociale La notion d’accident n’est donc pas en cause, sous réserve de sa survenance au temps et au lieu de travail et de l’absence de faute intentionnelle de la victime. Ce sont ces deux éléments qu’il convient d’examiner. De même qu’ils doivent rapporter la preuve régionale de secours minière, pour un suide la faute intentionnelle de la victime. cide à la suite d’une silicose professionnelle - cour d’appel de Reims, 2 décembre 1992, 3- La preuve C.P.A.M. de l’Aube c/Zabera, pour un suicide de la faute intentionnelle à la suite d’un accident du travail générant Au-delà de l’apparence, dès lors que la prédes séquelles invalidantes et douloureuses, somption d’imputabilité est reconnue, il est suivi d’une dépression grave, progressive et 2- La présomption certain que ne se pose plus que le problème réactionnelle). d’imputabilité de la faute intentionnelle de la victime. Ainsi, en définitive, c’est nécessairement la Les caisses primaires d’assurance maladie À cet égard, la Cour analyse les éléments de question de la charge de la preuve qui déteront tendance, en présence de malaises ou de fait, et met notamment à néant l’affirmation minera l’issue du litige. décès au lieu et au temps de travail, à de l’employeur selon laquelle la corde utiliEn effet, à partir du moment où la prérechercher une cause extérieure permettant sée pour l’acte désespéré n’appartiendrait somption d’imputabilité reçoit application, d’écarter la présomption pas à l’entreprise. même en présence d’une d’imputabilité définie à Cet élément n’est malheureusement pas faute apparente de la vic« C’est nécessairement l’article L 411-1 du Code anecdotique car il est un indice du caractère time, il appartient nécesla question de la charge de la sécurité sociale. réfléchi ou prémédité de l’acte. sairement à la Caisse ou à de la preuve qui La chambre sociale de la Enfin, la Cour retient, et c’est peut-être l’élél’employeur de combattre Cour de cassation a rapment essentiel, « que l’altération de l’état cette présomption, donc déterminera l’issue pelé, avec force, l’imporpsychologique du salarié attestée par les de rapporter la preuve du litige. » tance de la présomption témoignages produits, et elle-même liée aux contraire. d’imputabilité au travers vicissitudes des relations professionnelles de La présomption d’impunotamment d’un arrêt de principe du 14 janMonsieur B. avec son employeur, conduit à tabilité étant acquise, il est totalement vier 1999 qui définit la charge de la preuve écarter et tout au moins à atténuer sensilogique d’admettre que la preuve du caracet rappelle que dès lors que la mort est surblement le caractère volontaire et réfléchi de tère volontaire et intentionnel de l’acte doit venue au temps et au lieu de travail, il l’acte suicidaire qui dès lors ne peut être être rapportée par celui qui s’en prévaut, en appartient à la Caisse de rapporter la preuve considéré comme une faute intentionnelle l’espèce la Caisse ou l’employeur. de ce que le décès avait une cause entièrede la victime ». Dans le cas précis, les faits souverainement ment étrangère au travail (Cass. soc., 14 janAinsi, la Cour écarte la notion de faute appréciés par la Cour de Riom démontrent vier 1999, Bull. civ. V, n° 23). intentionnelle de ce salarié pour se rapprod’une part que le salarié n’avait a priori Ainsi, en l’espèce, la question de l’heure du cher de la notion, plus classique en matière aucune difficulté personnelle ou familiale et, décès avait une importance certaine. de droit des assurances, de suicide conscient d’autre part, que la cause de l’acte désespéré C’est ainsi que la Cour retient que l’intéou de suicide inconscient. ne pouvait résulter que de la situation de traressé, qui avait pointé à 7 h 45, n’a pas obliCette décision nous paraît donc tout à fait vail. téré sa carte de pointage à 11 h 45 et a cohérente et conforme aux principes lente■ LA COUR PREND LA PRÉCAUTION : disparu à la vue de ses collègues et de sa hiément élaborés par la chambre sociale de la rarchie pendant toute la journée, le dernier Cour de cassation au cours des trente der- de rappeler le contenu détaillé de la lettre collègue l’ayant rencontré vers 11 h 20. nières années. d’avertissement reçue par le salarié ; La présomption d’imputabilité devait receIl est évident que la - de souligner qu’il voir application. suite logique de cette avait demandé à un « La présomption démarche intellecsalarié de l’assister à d’imputabilité étant acquise, ■ LA CHAMBRE SOCIALE DE LA COUR DE CASSAtuelle tendrait à poser un entretien préaTION A, PAR LE PASSÉ, été amenée à se prole débat sur le terrain il est totalement logique lable ultérieur ; noncer sur cette question et si, dans de la faute inexcud’admettre que la preuve - qu’un témoin préciplusieurs hypothèses, elle a refusé de reconsable de l’employeur du caractère volontaire sait que le salarié naître le caractère accidentel du suicide, elle susceptible d’entraîs’attendait à une et intentionnel de l’acte doit l’a en revanche admis en constatant que le ner une majoration convocation en vue suicide intervenant dans un moment d’aberdes rentes. être rapportée par celui d’une rétrogradaration exclusive de tout élément intentionnel Mais la Cour n’a pas qui s’en prévaut » tion ou d’un licenétait le résultat d’une impulsion brutale eu à débattre de ce ciement ; découlant des remontrances de l’employeur. problème qui ne lui - que la sanction précédemment infligée au D’ailleurs, dans d’autres hypothèses, l’impuétait pas posé. Un jour peut-être… salarié avait été reconnue comme injustifiée tabilité du suicide avait été reconnue, par l’employeur sans pour autant que l’in■ CETTE AFFAIRE OUVRE D’ÉVIDENCE des persnotamment dans un autre contexte, lorsque téressé ait été rassuré quant à son devenir pectives en matière de harcèlement moral et celui-ci était la conséquence d’un accident au sein de l’entreprise. nous renvoie à la conclusion de l’excellente du travail ou d’une maladie professionnelle (cf. Cass. soc., 23 septembre 1982, C.P.A.M. de Rouen c/Vaillant, suicide à la suite d’une dépression réactionnelle, conséquence d’un accident du travail). Les cours d’appel avaient également statué dans ce sens (cf. cour d’appel de Pau, 22 octobre 1991, Herin-Herbomel c/Union 4 C’est donc conformément aux principes déclinés dans l’arrêt du 14 janvier 1999 précité que la Cour indique que la charge de la preuve de l’absence de lien de causalité entre le travail et le décès incombe à la C.P.A.M. et à l’employeur. étude de Paul Bouaziz (Droit ouvrier, mai 2000, pp. 192 et s.) : « Connaissez vos droits. Les droits ne s’usent que si on ne s’en sert pas. Ne convoite pas la loi que tu n’as pas encore. Fais au mieux avec celle que tu as. » Jean-Louis Borie jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 La rupture abusive d’un contrat d’apprentissage COUR D'APPEL Exposé des faits Monsieur P. devait conclure le 4 juillet 1996 un contrat d'apprentissage de carreleur avec la SARL D… pour une durée de deux ans. La liquidation judiciaire de cette société devait être prononcée, et le licenciement économique de Monsieur P. est intervenu le 21 novembre 1997. Le conseil de prud'hommes d'Aurillac, saisi par Monsieur P. de diverses demandes et notamment de rappels de salaires pour la période non exécutée du contrat d'apprentissage, jugeait que la rupture du contrat de travail était irrégulière et faisait droit à la demande d'indemnité pour rupture abusive du contrat d'apprentissage, fixant la créance de Monsieur P. à hauteur des salaires qu'il aurait perçus si son contrat était arrivé à terme. Appel était interjeté par le C.G.E.A. d'Orléans. La cour d’appel de Riom, dans un arrêt du 29 juin 1999, devait confirmer le jugement en toutes ses dispositions. Observations L'arrêt rendu par la cour d’appel de Riom rappelle deux articles du Code du travail : l'article L 117-17 et l'article L 122-3-14 ; Malgré le rappel de ces principes, la Cour conclut à des solutions inverses de celles prévues par le texte. 1- De la résiliation du contrat d'apprentissage L'article L 117-17 du Code du travail dispose que le contrat peut être résilié par l'une ou l'autre des parties durant les deux premiers mois de l'apprentissage. Passé ce délai, la résiliation du contrat ne peut intervenir que sur accord exprès et bilatéral des cosignataires ou, à défaut, être prononcée par le conseil de prud'hommes en cas de faute grave ou de manquements répétés de l'une des parties à ses obligations, ou encore en raison de l'inaptitude de l'apprenti à exercer le métier auquel il voulait se préparer, constatée dans les conditions fixées par le décret prévu par l'article L 119-4 du Code du travail. Néanmoins, face à l'impossibilité d'exécution DE RIOM • 29 JUIN 1999 du contrat de travail, la cour d’appel reconnaît que l'employeur est fondé à rompre luimême le contrat de travail pour une cause non visée audit article. Il est exact que la liquidation judiciaire de l'entreprise était suivie d'une cessation définitive de son activité, ce qui rendait impossible la continuation de l'exécution de ce contrat. Il sera rappelé qu'en cas de continuation de l'activité (plan de redressement), les dispositions de l'article L 122-12 du Code du travail s'appliquent à tous les contrats en cours au jour de la modification juridique de l'employeur, et subsistent entre le nouvel employeur et l'ensemble du personnel, le plan pouvant néanmoins prévoir des licenciements. Le raisonnement de la cour d’appel de Riom est donc tout à fait compréhensible puisque l'employeur n'avait plus de prestation de travail à fournir à son salarié. 2- De l'indemnisation de la rupture du contrat de travail La Cour rappelait en préliminaire l'article L 122-3-4 du Code du travail : « Les dispositions régissant les contrats de travail à durée déterminée, notamment celles de l'article L 122-3-8 relatives à l'indemnisation du salarié en cas de rupture anticipée de la relation de travail, ne sont pas applicables au contrat d'apprentissage. » Malgré le rappel de cette règle, la Cour fixe l'indemnisation du salarié, en réparation du préjudice subi du fait de la rupture de son contrat, à hauteur des salaires qu'il aurait perçus si son contrat d'apprentissage était arrivé à terme. Pour ce faire, la Cour fait appel aux règles du droit civil et, plus préci- P R I N C I P A U X sément, à l'article 1147 du Code civil. L'inexécution par un contractant de ses obligations a pour conséquence la réparation du préjudice subi par l'autre co-contractant. L'employeur a pour obligation de fournir un travail, assurer une formation et payer un salaire à son salarié. L'employeur n'a pas respecté cette obligation du fait de la rupture anticipée du contrat. Le salarié, Monsieur P., a immanquablement subi un préjudice : il n'a pu faire sanctionner son apprentissage par l'obtention du diplôme professionnel préparé, et n'a pu obtenir sa rémunération mensuelle prévue. La Cour en conclut donc qu'en application de l'article 1147 du Code civil, l'employeur est tenu d'indemniser le préjudice ainsi subi. Elle considère que les premiers juges ont justement évalué celui-ci en lui accordant une somme qui correspondait précisément au salaire qu'il aurait perçu si le contrat était arrivé à terme. L'arrêt de la cour d’appel de Riom arrive donc à deux conclusions non prévues par le Code du travail : l'employeur peut rompre le contrat d'apprentissage s'il est impossible de l'exécuter, et l'indemnisation du préjudice subi par le salarié s'élève à hauteur des sommes qu'il aurait perçues s'il avait exécuté son contrat jusqu'à son terme. La Cour utilise pour cela l'article 1147 du Code civil, contournant les articles L 117 et L 122-3-14 du Code du travail. Cette solution, par des moyens différents, aboutit à des conclusions identiques à celles de la chambre sociale de la Cour de cassation (Walczak et S.A.R.L. Bienill c/Mlle Leila Elani, Droit social, sept.-oct. 2000, p. 910). Sonia Signoret entreprises en difficulté Liquidation judiciaire • Résiliation de contrat • Indemnisation du préjudice A T T E N D U S ➤ La liquidation judiciaire de l'entreprise, suivie de cessation définitive de l'activité de celle-ci, ren- dait impossible la continuation de l'exécution du contrat d'apprentissage par le mandataire judiciaire. ➤ Qu'il s'en suit que, peu important qu'il ne fut pas agi d'un cas de force majeure, cet organe de la procédure collective était en droit de rompre le contrat pour ce motif. ➤ Attendu, d'autre part, que l'inexécution par l'employeur de son obligation de fournir du travail, de payer le salaire et d'assurer à l'intéressé la formation convenue, engage sa responsabilité contractuelle à l'égard de l'apprenti en application de l'article 1147 du Code civil et entraîne nécessairement un préjudice pour ce dernier. ➤ Et attendu que la rupture de ce contrat six mois après sa conclusion et dans les circonstances susrelatées cause à Monsieur P. un dommage qui, compte tenu de sa rémunération mensuelle, et du fait qu'il n'a pu valoriser et faire sanctionner son apprentissage par l'obtention du diplôme professionnel préparé, a été justement évalué par les premiers juges dont le jugement sera confirmé de ce chef. jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 5 relations individuelles Le temps des équivalences COUR D'APPEL Exposé des faits Des salariées (infirmières) sollicitaient le paiement de chaque heure de nuit passée en chambre de garde dans un centre médical au motif que ces heures devaient s’analyser pour chacune d’entre elles comme un temps de travail effectif, alors que l’établissement rémunérait ces heures selon le forfait prévu par la convention collective (la moitié du salaire horaire). L’établissement faisait valoir d’une part qu’il ne faisait qu’appliquer les dispositions de la convention collective qui avaient pu créer un régime d’équivalence, et d’autre part que ce temps en chambre de garde, pendant lequel les intéressées pouvaient dormir, ne pouvait s’assimiler à un temps de travail effectif. La cour d’appel de Riom, confirmant le jugement du conseil des prud’hommes, donne satisfaction aux salariées en considérant que ce temps devait s’analyser en un temps de travail effectif (1) et que, d’autre part, la convention collective ne pouvait pas créer un régime d’équivalence (2). Observations 1. SUR LE TEMPS DE TRAVAIL EFFECTIF, la jurisprudence préalablement aux évolutions législatives les plus récentes (nouvel article L 212-4 du Code du travail issu de la loi du 13 juin 1998, dite loi Aubry I) avait déjà précisé le concept dans un arrêt fort connu du 3 juin 1998 (Epoux L. c/Soc. G…, Bull. V, n° 292) en indiquant que « constitue un travail effectif et non une simple astreinte le fait, pour un salarié, de rester en permanence à la disposition de l’employeur pour participer à l’activité de l’entreprise ». Cette solution et la formulation utilisée par la Cour de cassation ont été largement utilisées, en particulier dans le secteur sanitaire et social s’agissant du temps de garde de nuit, assimilé dès lors à un temps de travail effectif. Dans une affaire similaire à celle sur laquelle la Cour de Riom a été amenée à se prononcer, la Cour de cassation avait fait ressortir en effet, pour considérer que le temps de garde de nuit était assimilable à un temps de travail effectif, qu’en l’absence de médecin et d’infirmière, le salarié de garde de nuit avait l’obligation de ne pas s’absenter afin d’être en mesure d’intervenir en cas de nécessité. (Cass. soc., 7 juin 1998, Droit soc. 1998, p. 533 - Dans le même sens, Cass. soc. 15 février 1995, J.C.P. 1996 E.I. 517 obs. Ph. Coursier). En l’espèce, la solution de la cour d’appel de Riom est donc tout à fait conforme à la juris6 DE RIOM • 1 ER FÉVRIER 2000 prudence puisqu’elle constate notamment que l’infirmière assurait des heures de permanence continue, afin de répondre à tout moment à toute sollicitation des personnes de l’établissement, et que même si elle disposait d’une chambre dans laquelle elle pouvait dormir, il était nécessaire qu’elle soit à la disposition permanente de l’employeur afin de pouvoir intervenir dans le cadre de ses fonctions et de l’activité du centre auprès de patients à problèmes. Adoptant la rédaction du nouvel article L 212-4 du Code du travail, la Cour conclut donc « que ces heures de présence de nuit, au cours desquelles les salariées intéressées doivent se tenir à la disposition de l’employeur et se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles constituent un temps de travail effectif ». Cette motivation relative au concept de travail effectif, qui intègre la rédaction née de la loi du 13 juin 1998 (même si elle est inopérante en l’espèce), strictement conforme aux principes déjà posés par la Cour de cassation, est donc à l’abri de toute critique. Toutefois, une exception essentielle au concept de travail effectif résulte du régime d’équivalence. 2- SUR LES ÉQUIVALENCES, ce régime a été instauré à l’origine par décret afin de tenir compte du caractère intermittent par nature dans certaines professions de l’activité du salarié. Les décrets d’application de la “loi des 40 heures” ont en effet pu définir, dans certains secteurs d’activité, un temps de présence plus long équivalent à la durée légale de 40 heures. Mais indépendamment de ces dispositions réglementaires, la jurisprudence a également admis qu’un régime d’équivalence pouvait être créé par voie conventionnelle. En l’espèce, il était évoqué à la fois les dispositions du décret du 22 mars 1937 qui a P R I N C I P A U X créé, dans le secteur de la santé, une équivalence de 5 heures (45 heures de présence équivalant à 40 heures de travail effectif) et les dispositions de la convention collective qui permettaient une rémunération de moitié du temps de présence de nuit. ■ AU PLAN DE L’ÉQUIVALENCE RÉGLEMENTAIRE, la Cour observe que le décret du 22 mars 1937, qui était invoqué par les défendeurs, était certes toujours en vigueur, mais pour en écarter l’application, que l’employeur ne s’était jamais prévalu de ce dispositif. La Cour aurait pu également constater que ces équivalences réglementaires ont été réduites d’une heure par le décret du 12 décembre 1978 (ce qui a été relevé) et à nouveau d’une heure par le décret du 28 décembre 1979 et qu’enfin une règle de trois devait recalculer l’équivalence pour 39 heures. ■ S’AGISSANT DES ÉQUIVALENCES D’ORIGINE CONVENTIONNELLE, la Cour de cassation avait en premier lieu considéré que seule une convention collective étendue pouvait créer une telle exception au travail effectif (Cass. soc., 13 nov. 1990 - Bull. V, n° 549, et Cass. soc., 16 juillet 1997, Bul. V, n° 279). Puis la jurisprudence a paru hésiter quant au fondement des équivalences conventionnelles. En effet, un certain nombre de décisions paraissaient admettre qu’un régime d’équivalences pouvait également avoir pour origine une convention collective n’ayant pas fait l’objet d’un arrêté ministériel d’extension (notamment Cass. soc., 9 mars 1999, Bull. n° 104, et Cass. soc., 6 avril 1999, Bull. V, n° 156). Comme le souligne l’avocat général Kherig, « force est de reconnaître qu’une très grande imprécision règne en la matière, en raison du caractère elliptique de certaines de vos décisions qui prêtent à des interpréta- A T T E N D U S ➤ Que ces heures de présence de nuit, au cours desquelles les salariées intimées doivent se tenir à la disposition de l’employeur et se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles constituent, comme l’a justement retenu le Conseil de Prud’hommes, un temps de travail effectif qui doit être rémunéré comme des heures normales de travail en tenant compte des majorations prévues par l’article 25 de la convention collective applicable, sans que ne puisse être opposé aux intéressées un régime conventionnel d’heures d’équivalence qui leur est moins favorable. ➤ Attendu, en deuxième lieu, qu’un horaire d’équivalence ne peut résulter, en dehors du cas où il est prévu par un décret conformément aux dispositions de l’article L 212-4 du code du travail, que d’une convention ou d’un accord dérogatoire conclu en application de l’article L 212-2 du même code; qu’une telle convention de branche ou un accord professionnel ou interprofessionnel étendu, d’autre part, qu’une convention ou un accord d’entreprise ou d’établissement soumis aux dispositions de l’article L 132-26 du code du travail; qu’une convention collective agréée ne remplit pas ces conditions. » jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 La Cour de Riom a aussi parfaitement repris les principes les plus récents dégagés par la haute juridiction puisqu’elle constate que la convention collective applicable n’avait pas fait l’objet d’un arrêté d’extension, et que dès lors et conformément au principe posé par l’arrêt du 29 juin 1999, cette convention collective ne pouvait donc pas créer un régime d’équivalence. La solution retenue par la Cour de Riom est donc également de ce point de vue parfaitement conforme à la jurisprudence de la Cour de cassation. ■ EN CONCLUSION, DEUX OBSERVATIONS peuvent être faites à partir de la loi du 19 janvier 2000 relative à la réduction négociée du temps de travail. D’une part, l’article 29 de cette loi valide les versements effectués en application de certaines conventions collectives dans le champ d’application de la loi du 30 juin 1975, dont les dispositions sont similaires à celles de l’espèce, ce qui pourrait alors aboutir, dans les établissements concernés, à des solutions strictement inverses du fait de cette intervention législative. Toutefois, des arrêts de la cour d’appel de Paris et de Versailles (cour d’appel de Versailles, 11 mai 2000, 5e ch. B. J.C.P. éd. e. n° 27 ; cour d’appel de Paris, 27 juin 2000, 18e ch. D, Ass. Les abris de France c/Communal et a.) ont considéré que cette disposition législative étant contraire à l’article 6 de la C.E.D.H. qui concerne le droit à un procès équitable, était donc inopérante. D’autre part, cette même loi condamne la solution adoptée par la Cour de cassation puisque désormais, un régime d’équivalence ne pourra résulter que, soit d’un décret en Conseil d’Etat, soit d’un décret pris après conclusion d’une convention ou d’un accord de branche (dernier alinéa de l’article L 212-4 du Code du travail). Une convention collective étendue ne permettra pas à elle seule de créer un régime d’équivalence, si ce dispositif n’est pas l’objet d’une intervention réglementaire. Michel Morand Inaptitude du salarié et reclassement ASSOCIATION C.D.A. C/P.H.M. • 26 U N SALARIÉ avait été déclaré inapte à la pratique instrumentale du piano, aptitude qui n’était pas un élément déterminant de son contrat de travail. L’association pour le compte de laquelle il assumait des fonctions d’éducateur scolaire l’a licencié. Le licenciement est jugé dépourvu de cause réelle et sérieuse aux motifs qu’il appartenait à l’association de rechercher au sein de l’ensemble de ses établissements un poste adapté à la situation de Monsieur M., qui est titulaire d’un diplôme et justifie d’une expérience lui permettant d’exercer des fonctions éducatives n’impliquant pas nécessairement un enseignement du piano, ni même un enseignement musical lui fournissant au besoin un complément de formation nécessaire. OCTOBRE 1999 Il en résulte que : « L’association ne produit aucun élément objectif permettant de connaître l’ensemble des postes, établissement par établissement dont elle dispose de sorte qu’aucun contrôle ne peut être opéré sur la prétendue impossibilité de reclassement alléguée. » Cette décision est dans la ligne de celle précédemment commentée au sein de L’Alambic social (voir le n° 2). Le juge, en matière de reclassement de salariés malades ou inaptes, doit être mis en possession de tous les éléments utiles pour apprécier les possibilités de reclassement. Faute de ces éléments fournis par l’employeur, le licenciement est déclaré dépourvu de cause réelle et sérieuse. Solution classique, mais qui mérite d’être rappelée. J.-L. B. relations individuelles tions diverses » (“Heures supplémentaires et ordre public”, conclusions de l’avocat général Kherig sous Cass. soc., 29 juin 1999, Droit social septembre-octobre 1999, p. 767). Puis, finalement, la Cour de cassation allait essayer de clarifier le fondement juridique du régime conventionnel d’équivalence en précisant « qu’un horaire d’équivalence ne peut résulter, en dehors du cas où il est prévu par un décret, conformément aux dispositions de l’article L 212-4 du Code du travail, que d’une convention ou d’un accord dérogatoire conclu en application de l’article L 2122 du même code ; qu’une telle convention ou un tel accord ne peut être, d’une part, qu’une convention de branche ou un accord professionnel ou interprofessionnel étendu, d’autre part, qu’une convention ou un accord d’entreprise ou d’établissement soumis aux dispositions de l’article L 132-26 du Code du travail ». Inaptitude, suite… L ES PROBLÈMES liés à l’inaptitude médicale du salarié demeurent récurrents. La cour d’appel de Riom a de nouveau eu à se pencher sur l’obligation de reclassement pesant sur l’employeur qui envisage de rompre le contrat de travail de son salarié pour inaptitude. Dans un arrêt du 4 janvier 2000 (Société C… c/Madame B.), la cour d’appel apporte une contribution intéressante concernant la recherche de reclassement de la salariée inapte. C’est ainsi qu’elle rappelle que les transformations de poste liées à l’application des dispositions de l’article L 122-32-5 du Code du travail peuvent donner lieu à l’attribution d’une aide financière de l’Etat dans les conditions fixées au dernier alinéa de l’article L 323-9 du Code du travail. Ce texte prévoit que l’Etat peut consentir une aide financière aux employeurs occupant plus de 20 salariés afin de faciliter la mise ou la remise au travail, en milieu ordinaire de production, de travailleurs handicapés. Cette aide peut concerner notamment l’adaptation des machines et de l’outillage, l’aménagement de postes de travail – y compris l’équipement individuel nécessaire aux travailleurs handicapés pour occuper ces postes – et l’accès au lieu de travail. Elle peut également être destinée à compenser les charges supplémentaires d’encadrement. La Cour estime que cette aide aurait pu permettre à la Société C… d’aménager à ce salarié un poste existant, en le soustrayant matériellement aux risques mentionnés par le médecin du travail, par l’apposition de matériels sur les machines permettant d’éliminer toute nuisance de celles-ci liée à l’inaptitude de la salariée. Un arrêt du 16 novembre 1999 fait une même application de l’obligation de l’employeur de rechercher le reclas- sement du salarié inapte et, là encore, celuici n’amène pas devant les magistrats la preuve souhaitée. Mais l’apport de ces deux arrêts réside dans l’invocation de la responsabilité contractuelle de l’employeur liée à la circonstance d’avoir laissé la salariée travailler dans un poste contrairement à l’avis du médecin du travail. La cour d’appel de Riom estime qu’en agissant de la sorte, l’employeur a engagé sa responsabilité sur le fondement de l’article 1147 du Code civil et alloue, en conséquence, des dommages et intérêts supplémentaires à la salariée. En l’espèce, le 4 janvier 2000, la cour d’appel rappelle que bien que le fondement de l’action de la salariée ne soit pas la responsabilité contractuelle de l’entreprise, il convient de mettre en exergue le comportement de la Société C… qui n’a pas hésité, alors qu’elle connaissait les prescriptions du médecin du travail, à laisser la salariée dans un poste ne correspondant pas à ces prescriptions. On le voit donc à côté des dispositions de l’article L 122-32-7 du Code du travail rappelant les sanctions d’un licenciement abusif prononcé pour cause d’inaptitude. Il existe désormais une seconde solution liée au droit général des contrats et fondée sur les dispositions de l’article 1147 du Code civil. De ces deux arrêts découle l’application de deux sortes de responsabilités : - une responsabilité spécifique tenant à l’inaptitude du salarié ; - une responsabilité générale tenant à l’exécution des obligations contractuelles. Leur inexécution concomitante permettant d’allouer deux réparations distinctes qui se cumulent. B. T. jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 7 relations individuelles Requalification de contrats emploi-solidarité illégaux en contrats à durée indéterminée COUR D’APPEL Exposé des faits L'A.P.R.E.F. ayant : - son siège social en Préfecture ; - ses administrateurs tous membres de la fonction publique territoriale ; - pour but de prendre toutes initiatives pour la formation des jeunes sans emploi, des chômeurs de longue durée à réinsérer ; avait conclu des contrats emploi-solidarité (C.E.S.) pour travailler dans les services de l'Etat. Or l'arrêt du 28 mars 2000 a requalifié les contrats emploi-solidarité en contrats à durée indéterminée pour trois motifs : 1- Les contrats emploi-solidarité ne peuvent être conclus par les services de l'Etat. En l'espèce, la validité du contrat emploi-solidarité est subordonnée à la légalité de la convention de droit public passée entre l'Etat et l'employeur. Ce point relève de la compétence juridictionnelle administrative, et c'est la cour administrative d'appel (C.A.A.) de Lyon qui a annulé les décisions préfectorales du Puy-de-Dôme (qui concernaient plus de 100 conventions avec l'A.P.R.E.F.). P R I N C I P A U X A T T E N D U S ➤ Que les contrats emploi-solidarité ne peuvent être conclus par les services de l'Etat ; ➤ Qu'il découle de ces circonstances qu'à défaut de base légale à la conclusion de conventions emploi-solidarité, les contrats emploi-solidarité conclus entre l'A.P.R.E.F. et les salariés, qui ne répondent pas aux conditions prévues par les articles L 122-1-1 et suivants du Code du travail, doivent être requalifiés en contrats à durée indéterminée ; ➤ Que faute de respecter les dispositions des articles L 322-4-7 alinéa 3 et L. 322-4-8 du Code du travail, ensemble le décret n° 90105 du 30 janvier 1990, l'employeur, en ne s'assurant pas que la formation requise était bien dispensée, à méconnu les exigences spécifiques des contrats emploi-solidarité et, à ce titre encore, encouru la sanction de la requalification en contrats à durée indéterminée ; ➤ Que la juridiction prud'homale est par conséquent compétente pour connaître des conséquences de la requalification des contrats litigieux qui, étant à durée indéterminée, n'ont pu être résiliés qu'abusivement et sans formes pour le motif, erroné, pris de la survenance du terme de contrats à durée déterminée. 8 DE RIOM • 28 MARS 2000 Dans ces conditions, les conventions emploisolidarité manquaient de base légale et ne remplissaient pas non plus les conditions légales de l’article L 122-1-1 du Code du travail, qu'elles devaient donc être requalifiées en contrat à durée indéterminée. 2- Les contrats emploi-solidarité conclus conformément aux dispositions de l'article L 322-4-8 du Code du Travail imposent un accueil, un suivi, une formation des salariés pour qu'ils s'insèrent et bénéficient d'une réelle expérience de travail. Or, une simple information donnée par l'A.P.R.E.F. aux intéressés sur les concours externes de la fonction publique ne pouvait être assimilée à une formation telle que légalement requise selon les exigences spécifiques des contrats emploi-solidarité. 3- L'A.P.R.E.F., intermédiaire "écran" entre les salariés et l'Etat, n'était pas le véritable employeur. pelé que la juridiction administrative était seule compétente sur la question préjudicielle relative à la légalité de la convention Etat-employeur, celle-ci étant de nature publique. De plus, s'agissant de C.E.S., les dispositions de l'article L 322-4-8-1 du Code du travail sont claires : il s'agit de contrats de droit privé pour lesquels le juge judiciaire est seul compétent, et ce quelles que soit la nature de l'activité et les fonctions exercées par le salarié. Depuis la décision du tribunal des conflits du 20 octobre 1997 (préfet du Finistère : Bull. civ. 5, n° 15, R.J.S. mars 1998, n° 348), la requalification du contrat emploisolidarité relève de la compétence du juge judiciaire. La compétence administrative est limitée, outre la légalité de la convention préfectorale, au service public de la formation et de l'insertion, pour lesquels l'Etat contribue jusqu'à 65 % de la rémunération et aide à la formation du salarié. Observations 2- Sur l'absence de formation 1- Sur la compétence judiciaire et administrative Le juge judiciaire était-il compétent pour requalifier les contrats emploi-solidarité si la C.A.A. de Lyon ne s'était pas prononcée sur la validité de la convention préalable signée entre l'A.P.R.E.F. et le préfet ? Deux autres motifs, fondés sur le non respect des dispositions légales relatives au contrat à durée déterminée (C.D.D.) et au C.E.S., nous permettent de répondre par l'affirmative. La cour d’appel de Riom a rap- Les dispositions légales concernant les C.E.S. de l'article L 322-4-8 alinéa 4 relativement à la formation ne sont pas prescrites sous peine de requalification en cas d'omission. Pourtant la cour d’appel de Riom n'a pas hésité à prononcer cette sanction pour le défaut d'une mention essentielle et spécifique à ce type de contrat qu'est le C.E.S. On ne peut qu'approuver la fermeté de la Cour qui rétablit ainsi toute la finalité de tels contrats. Eliane Pitaud-Quintin Texte de référence Article L 122-1-1 du Code du travail « Le contrat de travail ne peut être conclu pour une durée déterminée que dans les cas suivants : 1- Remplacement d'un salarié en cas d'absence, de suspension de son contrat de travail, de départ définitif précédant la suppression de son poste de travail ayant fait l'objet d'une saisine du comité d'entreprise ou, à défaut, des délégués du personnel, s'il en existe, ou en cas d'attente de l'entrée en service effective du salarié recruté par contrat à durée indéterminée appelé à le remplacer ; 2- Accroissement temporaire de l'activité de l'entreprise ; 3- Emplois à caractère saisonnier ou pour lesquels, dans certains secteurs d'activité définis par décret ou par voie de convention ou d'accord collectif étendu, il est d'usage constant de ne pas recourir au contrat de travail à durée indéterminée en raison de la nature de l'activité exercée et du caractère par nature temporaire de contrat emploi-solidarité emplois. » jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 JURISPRUDENCE du contrat de travail, le salarié peut exercer une activité qui concurrence celle de son ancien employeur, pourvu que ce ne soit pas de façon déloyale. Il en va différemment si le contrat contient une clause de non-concurrence. Trop souvent cette clause retient assez peu l’attention des parties lors de l’embauche. Or, elle a des effets redoutables qu’employeur et salarié découvrent parfois à leurs dépens ; ceci apparaît d’autant plus en période de pleine activité économique qui encourage la mobilité des salariés. Il n’est pas rare qu’un employeur découvre que la clause qu’il croyait protectrice de son entreprise est nulle, ou au contraire qu’elle lui impose de verser une contrepartie financière importante qu’il n’avait pas prévue. Il est trop fréquent qu’un salarié réalise que trois lignes de son contrat de travail lui interdisent d’occuper le nouvel emploi plus intéressant qui lui est proposé, ou se révolte, après un licenciement, de ne pouvoir retravailler sans entrave. À L’ISSUE À quelles règles ces clauses sont-elles donc soumises ? Dans le quasi-silence de la loi, c’est la jurisprudence qui donne le cap à suivre. En se repérant sur deux valeurs contradictoires à faire cohabiter : d’une part la nécessité de protéger la survie de l’outil économique (éviter son dépouillement de savoir-faire vitaux ou de sa clientèle) ; d’autre part, la liberté de travailler, principe à valeur constitutionnelle, et de travailler à ce que l’on sait faire, ou de faire fructifier son expérience. Plusieurs arrêts récents de la cour d’appel de Riom permettent de tracer les conditions de validité (I) et les modalités de mise en œuvre (II) des clauses de non-concurrence. 1- Conditions de validité En l’absence de texte, la jurisprudence a dégagé les conditions de base et une réflexion particulière sur la contrepartie financière à l’obligation de non-concurrence. A- Conditions de base 1. « NÉCESSAIRE » OU « INDISPENSABLE À LA PROTECTION DES INTÉRÊTS LÉGITIMES DE L’ENTREPRISE » Cette expression que l’on retrouve dans les RÉCENTE DE LA COUR D’APPEL DE RIOM décisions de la cour d’appel comme de la Cour de cassation donne donc au juge du fond un large pouvoir d’interprétation. son nouvel emploi, il reçoit des clients désireux d’acheter “sur plans”. ■ Une clause presque identique subit le même sort en raison de sa généralité même et du fait qu’elle concerne une personne affectée à des fonctions techniques et de maintenance consistant à établir les états des lieux d'entrée et de sortie de bail, à veiller à la réalisation des devis et travaux de remise en état nécessaires, etc., pour un salaire mensuel de 7 400 F environ (cour d’appel de Riom, 31 juillet 1998, S. c/C.). Dans un arrêt du 18 mai 1999 (P. c/De L.), la Cour de Riom a jugé nécessaire une telle clause pour un négociateur immobilier, après avoir pris soin de constater qu’il était en possession d’éléments confidentiels d’une importance cruciale pour la société, du fait de la formation précédemment acquise au sein de l’entreprise dans le cadre d’un stage d’accès à l’emploi, de ses fonctions lui donnant accès au fichier de la clientèle et à Ainsi, une clause qui ajouterait aux interdicla connaissance des méthodes de travail tions indispensables d’autres interdictions appliquées. de simple confort ■ La même solution est ou simplement utiles « La Cour de cassation juge risque fort d’être retenue dans un arrêt que, dès lors qu’une clause considérée comme du 2 mars 1999 (N. c/M.) pour une activité nulle dans sa totalité. porte atteinte à la liberté de courtage matrimodu travail, elle n’est valable Cette jurisprudence nial. est conforme à celle que si elle est indispensable de la Cour de cassa■ La cour d’appel de à la protection des intérêts Riom juge encore tion, qui insiste sur le apparemment nécescaractère « indispenlégitimes de l’entreprise. saire (procédure de sable » de la clause (à référé) la clause de la protection des inténon-concurrence imposée à un attaché comrêts légitimes de l’entreprise) pour qu’elle mercial d’une agence immobilière dans la soit validée. mesure où elle porte sur une activité strictement identique et où il est relevé de plus En dernier lieu, par trois décisions du qu’il s’agit d’une profession où existe beau11 juillet 2000 (C.S.B.P. n° 123, p. 700) rencoup de concurrence (cour d’appel Riom, dues dans le domaine de l’exclusivité du tra19 mai 1998, M. c/C.). vail accordée à un employeur, mais en ■ En revanche (cour d’appel de Riom, termes qui semblent de principe, la chambre 31 juillet 1998, B. c/C.), la clause suivante : sociale de la Cour de cassation juge que, dès « En cas de résiliation du présent contrat et lors qu’une clause porte atteinte à la liberté pour quelque cause que ce soit, l’attaché du travail, elle n’est valable que si elle est commercial s’interdit, dans un délai de deux indispensable à la protection des intérêts ans suivant la date de la rupture du contrat, légitimes de l’entreprise. de s’intéresser directement ou indirectement à toute entreprise de promotion, de tran2. LA CLAUSE NE DOIT PAS PRIVER DE LA POSSIBILITÉ D’EXERCER UN EMPLOI DANS LE MÊME saction immobilière, d’administration de DOMAINE D’ACTIVITÉ biens, d’aménagement foncier, de lotisseCette deuxième condition, également prément, de gestion, de société d’économie torienne, cumulative avec la précédente, mixte, dans le département du Puy-deconduit le juge à vérifier s’il y a une limitaDôme, même si cette activité s’exerce à partion dans le temps et/ou dans l’espace, et sur tir d’un bureau situé à l’extérieur de ce quelles activités. La Cour de cassation admet secteur géographique » n’a pas été jugée de régulièrement qu’une interdiction portant manière apparente indispensable à la présur l’ensemble du territoire national ou sur servation des intérêts légitimes de l’entreune grande partie de celui-ci prive le salarié prise, du fait principalement de sa très de la possibilité de rechercher un emploi. grande généralité, alors que, dans la pratique, le salarié était affecté aux taches de démarchage de clients en vue de la vente Suite au verso ➤ d’appartements existants, alors que dans ■ jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 relations individuelles Des clauses de non-concurrence 9 relations individuelles La cour d’appel de Riom, dans un arrêt du 18 mai 1999, reprend littéralement cette motivation pour valider la clause qui circonscrit à un rayon de 50 km, à partir de deux agences situées dans le même département, l’interdiction faite pendant deux années à un négociateur immobilier d’exercer la même activité, soulignant qu’il s’agit dès lors d’une simple entrave ne privant pas la salariée de la possibilité de trouver un emploi conforme à sa formation et à son expérience de technico-commerciale comme négociatrice en immobilier. ■ Simple entrave encore pour l’attaché commercial d’une agence immobilière qui conserve la possibilité d’exercer sa compétence dans les départements voisins (19 mai 1998, M. c/C. précité). ■ Même solution pour une interdiction pendant deux ans sur la région Auvergne (cour d’appel de Riom, 2 mars 1999, N. c/M.) ■ En revanche, est annulée la clause s’appliquant sur l’ensemble du territoire français imposant au salarié pour travailler de s’expatrier ou de changer d’activité professionnelle (cour d’appel de Riom, 12 juillet 1995, M. c/U.F.F.). Il convient de réserver l’hypothèse où une convention collective impose, dans l’intérêt du salarié, une durée ou une étendue maximum à l’interdiction de non-concurrence. ■ Les stipulations d’un contrat individuel qui dépasseraient de telles limites conventionnelles seraient réputées non écrites, le juge ayant alors la faculté, plutôt que d’annuler la clause, de la réduire. 3. DROIT COMMUN DES CONTRATS Outre ces conditions spécifiques, les sanctions de la mauvaise foi ou des vices du consentement trouvent matière à s’appliquer. ■ Dans un arrêt du 24 novembre 1998 (C.A.A. c/G.), la cour d’appel confirme la nullité d’une clause de non-concurrence et condamne l’employeur à payer la somme de 10 000 F à titre de dommages et intérêts pour avoir laissé sciemment figurer dans le contrat de travail une stipulation prohibée par la convention collective et n’avoir pas ainsi exécuté le contrat de bonne foi, privant le salarié de la chance sérieuse de retrouver un emploi dans une entreprise d’assurances. Cette jurisprudence paraît judicieuse pour prévenir les “clauses-épouvantail” que l’on voit parfois : le contrat impose une interdiction illégale mais respectée par le plus grand nombre qui la croit valable. ■ Dans le même sens, on peut se référer à un arrêt de la cour d’appel Riom (15 octobre 1996, T. c/C.) : l’application d’une clause de non-concurrence trop étendue, que l’em- 10 ployeur a fait figurer de mauvaise foi dans sonnables vu la lourdeur de l’obligation le contrat de travail d’un V.R.P. (l’entreprise contractée. savait qu’elle était illégale pour avoir été En l’absence de textes, il convient de se réfécondamnée précédemment à plusieurs rer à la convention collective ou au contrat. reprises pour insertion d’une telle clause) est Quelques conventions collectives prévoient purement et simplement écartée alors que, une contrepartie (métallurgie, VRP, transsans mauvaise foi, la clause aurait simpleformation du papier et carton…) allant d’un ment fait l’objet d’une réduction pour la tiers à trois-quarts de la rémunération prérendre conforme aux termes de la convencédente durant la période d’interdiction de tion collective. concurrence. Les nullités pour vice du consentement trouÀ défaut, l’on pourrait penser qu’une vent également à s’appliquer en la matière, contrepartie s’impose par application du de façon intéressante principe général du « Pour une partie tant il est vrai que la droit des contrats clause de nonsuivant lequel, dans de la doctrine, une concurrence ne fait un contrat synallagcontrepartie s’impose pas toujours l’objet matique, l’obligation par application du principe d’une réelle discusde chaque partie doit sion entre les parties général du droit des contrats… avoir une cause qui et que le contrat de est la contrepartie Cette analyse n’avait pas été travail écrit n’est pas fournie par le coconretenue par la jurisprudence toujours lu et analysé tractant. Cette anajusqu’alors. » avant d’être signé. lyse est soutenue Cette réalité, souvent avec force par une ignorée par le juge car elle déstabilise toute partie de la doctrine (Lyon-Caen, Pélissier, la construction du droit des contrats, est parSupiot, Dalloz - droit du travail ; Y. Serra D., fois prise en compte. 1986, 420), sans succès jusqu'alors. La Cour de cassation, dans un arrêt du 15 mars 1995 (n° 1182, D. C.R.C.M. c/B.), 2. LA JURISPRUDENCE DE LA COUR D’APPEL DE RIOM, COMME CELLE DE LA COUR DE CASSAa ainsi admis que pouvait être frappée de TION, EN EFFET, RAPPELLE RÉGULIÈREMENT CECI : nullité, faute de volonté libre et éclairée, la ■ « Sur le fondement de l’article 1134 du clause de non-concurrence signée par un Code civil, la validité de la clause de nonjeune stagiaire en présence du représentant concurrence n’est pas subordonnée à l’octroi d’une grande banque, en prévision de sa au salarié d’une compensation pécuniaire, titularisation, sans qu’il ait eu au préalable dès lors qu’aucune disposition légale, connaissance de la convention collective. conventionnelle ou contractuelle ne le prévoit » (cour d’appel de Riom, 2 mars 1999, B- Contrepartie financière Madame N. c/Soc. M…). Madame La validité d’une clause de non-concurrence N. demandait au juge une indemnité de est-elle subordonnée au paiement au salarié 312 000 F pour réparer le préjudice qui selon d’une contrepartie financière ? La loi est elle découlait de l’impossibilité de travailler muette sur ce point. La jurisprudence répond dans laquelle elle se trouvait du fait de la par la négative. clause de non-concurrence. ■ Dans une autre décision (cour d’appel Riom 23 juin 1998 S.A.R.L. D C/Monsieur D 1. LA LOI FRANÇAISE NE CONTIENT AUCUNE DISPOSITION SUR CE POINT n° 3172/97), il était soutenu par le salarié, Cependant, le droit local d’Alsace-Moselle sans contester la légitimité de la clause ni subordonne la force obligatoire d’une clause prétendre être dans l’impossibilité de retroude non-concurrence pour les commis comver un autre emploi correspondant à sa formerciaux au paiement d’une contrepartie. mation et à son expérience professionnelle, En effet, l’article 74 alinéa 2 du Code de qu’il subissait un préjudice, évalué à commerce local prévoit que « la clause de 100 000 F, du fait de la restriction à la liberté non-concurrence n’a de force obligatoire du travail que lui imposait une clause de non que si l’employeur s’oblige à verser, pendant concurrence. Il précisait que du fait de cette toute la durée de l’interdiction de concurclause il avait dû conserver plus longtemps rence, une indemnité qui, pour chaque l’emploi qu’il souhaitait quitter d’une part et année d’interdiction, est au moins égale à la en rechercher un autre dans une région difmoitié des rémunérations prévues par le férente d’autre part. La Cour rejette cette contrat et dernièrement touchées par le demande après avoir vérifié que la clause commis commercial ». n’est pas illicite et que ni le contrat ni la De même le droit allemand contient-il des convention collective ne prévoyaient de dispositions similaires. Elles paraissent raicontrepartie pécuniaire. jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 En l’absence de textes, la jurisprudence précise les modalités et les conséquences de la mise en œuvre d’une clause de non-concurrence. A- Modalités de mise en œuvre 1. RENONCIATION À L’OBLIGATION DE NON- CONCURRENCE Les parties peuvent, d’un commun accord, y renoncer. L’employeur peut-il unilatéralement libérer le salarié de son obligation ? La question présente un intérêt lorsqu’une contrepartie pécuniaire est prévue. ■ La chambre sociale de la Cour de cassation, depuis un arrêt du 1er février 1993 (D. 1993. 347) estime que, la clause étant alors stipulée dans l’intérêt des deux parties, l’employeur ne peut renoncer unilatéralement à son exécution que lorsque cette faculté a été prévue conventionnellement. Elle doit alors intervenir dans le délai prévu par le contrat ou la convention collective ou, à défaut, dès la rupture du contrat, sous peine d’être inefficace. La renonciation doit de plus être expresse et non équivoque. La cour d’appel de Riom fait application de ces principes dans un arrêt du 9 mars 1999 rendu entre Mademoiselle M. et la S.A. HF… : - la proposition de renonciation faite par l’employeur dans le cadre d’une négociation en vue d’une transaction ne peut être considérée comme une renonciation définitive ; - la lettre de renonciation, reçue le 30 mai alors que le licenciement a été notifié le 14 mai, est postérieure à l’expiration du délai de quinze jours pendant lequel la convention collective des VRP, applicable au cas d’espèce, autorise une telle renonciation. Elle est dès lors jugée sans effet et la contrepartie due à la salariée. ■ La même solution est retenue dans une décision du 27 avril 1999 (S.A.R.L. M… c/Monsieur R.), l’employeur ne rapportant pas la preuve de l’envoi et, a fortiori, de la réception des lettres de libération qu’il indiquait avoir adressées au salarié : Appliquant les règles relatives à la preuve des faits juridiques, la cour d’appel retient que « par des motifs pertinents que la Cour adopte, le conseil de prud’hommes a exactement relevé, d’abord, qu’il n’est fait dans la lettre de licenciement aucune allusion à la dénonciation de la clause de non-concurrence et aucune référence à la lettre de dénonciation jointe en annexe, dont rien ne ■ permet de savoir si elle y figurait réellement ; ensuite, que le courrier du 2 avril 1996 ne se référait pas davantage à une précédente dénonciation ; par voie de conséquence, que la société n’établit pas avoir délié le VRP dans le délai conventionnel de quinze jours suivant la notification de la rupture par lettre recommandée avec avis de réception ». Ces décisions sont conformes à la jurisprudence de la Cour de cassation. Elles doivent permettre au salarié de savoir, dès la décision de rupture ou très rapidement, comment orienter ses recherches de nouvel emploi ou de nouvelle activité. Elle évite à l’employeur toute tentation de différer sa décision unilatérale jusqu’au moment où il connaîtra le nouvel emploi de son ancien salarié… Elle l’expose de plus au paiement de dommages et intérêts. Ainsi la cour d’appel de Riom, par un arrêt du 12 janvier 1999 (affaire n° 800/98, Monsieur A. c/Société P…), a-t-elle condamné le salarié au paiement de dommages intérêts pour violation de la clause de non-concurrence : anciennement vendeur-livreur-magasinier pour un grossiste en boulangerie, travaillant principalement à Vichy, celui-ci a ensuite été employé par une entreprise concurrente à Clermont-Ferrand. Le conseil de prud’hommes, tout en enjoignant au salarié de respecter la clause pour l’avenir, avait rejeté la demande de dommages intérêts formée par l’employeur. La cour d’appel, réformant, a fixé à 1 000 F le préjudice subi par celui-ci, retenant un trouble de fonctionnement de la Société, mais écartant toute demande fondée sur une baisse de chiffre d’affaires faute de lien de causalité établi. ■ Afin de faire cesser le préjudice pour l’avenir, une interdiction de violation de la clause sous astreinte peut également être décidée (cour d’appel de Riom, 19 mai 1998, M. C/C). ■ relations individuelles 2- Mise en œuvre 2. RÉDUCTION DE LA CLAUSE Lorsqu’une clause de non-concurrence est par certaines de ses stipulations illicite, elle est dans certains cas, plutôt qu’annulée, réduite par le juge qui la valide ainsi partiellement. Telle est la jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation, comme celle de la cour d’appel de Riom. 2. CONTREPARTIE FINANCIÈRE POUR L’EMPLOYEUR Cette solution semble déroger aux règles Lorsque celle-ci est prévue, divers problèmes générales de la nullité contractuelle et susde mise en œuvre se cite la critique forte présentent. d’une partie de la doctrine (cf. Y. Serra, « (…) Cette jurisprudence À titre d’exemples : ■ Cour d’appel de Riom, répertoire Dalloz a un effet pervers pour 27 avril 1999, S.A.R.L. Vo concurrence n° 57 le salarié : il se soumet et 58, ou Dalloz - droit M… c/Monsieur R. : la du travail- 17e édition contrepartie est à à l’entière obligation Lyon-Caen, Pélissier, calculer sur la base de non-concurrence Supiot n° 375). du salaire brut (après prévue par le contrat, Concrètement, cette déduction des frais dans l’attente de la décision jurisprudence a un effet professionnels le cas pervers pour le salarié : il échéant), décision conde justice qui ne réduira se soumet à l’entière forme à la jurisprula contrainte que plusieurs obligation de nondence de la Cour de mois, voire plusieurs concurrence prévue par cassation ; ■ Sociale, 10 décembre le contrat, dans l’attente années plus tard, 1997, arrêt n° 4728, de la décision de justice ne laissant subsister Société A. D… c/R. : calqui ne réduira la qu’une perspective cul basé sur le salaire contrainte que plusieurs mois, voire plusieurs d’indemnisation pour perte “de croisière” du salarié, même si la convenannées plus tard, ne de chance généralement tion collective prévoit laissant subsister qu’une faiblement appréciée. » un calcul sur la base perspective d’indemnide la rémunération sation pour perte de moyenne mensuelle des douze derniers mois chance généralement faiblement appréciée. (en l’espèce, le salarié avait, avant son licenciement, subi un arrêt de travail de trois B- Effets de la mise en œuvre années, puis repris son activité à temps par1. INTERDICTION POUR LE SALARIÉ tiel quelques mois avant d’être licencié : le ■ La violation par le salarié de la clause de salaire antérieur à l’arrêt de travail est retenu non-concurrence lui fait perdre pour l’avenir comme base de calcul). le bénéfice de la contrepartie financière lorsqu’elle existe. Henri Arsac jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 11 relations individuelles Prêt illégal de main-d’œuvre ’ARRÊT rendu par la cour d’appel de Riom le 4 janvier 2000 (Monsieur C. c/E.U.R.L. E…) est exemplaire à plus d’un titre. Un maçon avait refusé de se rendre au siège d’une autre entreprise à la disposition de laquelle l’avait mis son employeur, qui devait des prestations à celle-ci. Le salarié, licencié pour faute grave, saisissait le conseil des prud’hommes d’Aurillac, qui devait le débouter de ses demandes. Devant la cour d’appel de Riom, le débat portait sur la qualification de la mise à disposition du salarié à d’autres sociétés. Les magistrats de la Cour ont rappelé que cette opération entrait dans le cadre d’un échange de prestations dans le cadre d’un marché public entre une entreprise soumissionnaire avec une société tiers mais que, surtout, l’exécution de travaux par un débiteur d’obligations qui non seulement fournirait du personnel à son créancier mais, en outre, lui paierait la facture des travaux correspondant caractériserait de surcroît le prêt prohibé de main-d’œuvre au sens des articles L 125-1 et L 125-3 du Code du travail. Il semble qu’il soit incontestable, en effet, que Monsieur C. était mis à la disposition de la société soumissionnaire à laquelle l’employeur de Monsieur C. devait des prestations, et qu’il était appelé à travailler non pour le compte de son employeur mais bien L pour le compte de l’entreprise soumissionnaire et à exécuter sa prestation sur le chantier et sous l’autorité de cette dernière, qui devait lui donner les ordres et les directives nécessaires. L’employeur aurait pu s’exonérer de sa responsabilité s’il avait pu démontrer qu’il conservait la direction et le contrôle de son salarié, Monsieur C. (Cassation criminelle, 18 avril 1989, Droit social 1990, p. 424) ; or, tel n’était pas le cas. En conséquence, le refus du salarié de travailler pour le compte d’une autre entreprise a été déclaré justifié par les magistrats de la cour d’appel de Riom ; ceux-ci sont donc entrés en voie de condamnation à son encontre. Une possibilité, néanmoins, aurait pu exister pour échapper à la qualification de prêt illicite de main-d’œuvre si les conditions de l’article L 127-1 du Code du travail, qui définit le groupement d’employeurs, avaient été réunies. En l’espèce, tel n’aurait pas été le cas dans la mesure où l’intervention de l’E.U.R.L. E… n’était destinée qu’à rembourser une créance qu’elle avait envers la société F… et non de faire partie d’un groupement d’employeurs dont le but exclusif est, faut-il le rappeler, la mise à disposition par leurs membres des salariés liés à ces groupements par un contrat de travail. B. T. Plan social, volontariat et licenciement E VOLONTARIAT, pour être licencié dans le cadre d’un plan social, n’est pas une démission. Ainsi en a décidé, par un arrêt du 26 octobre 1999, la chambre sociale de la cour d’appel de Riom (S.A. S… c/Messieurs D. et M.), décision qui ne peut qu’être approuvée. Dans cette affaire, deux salariés s’étaient portés volontaires pour être licenciés conformément au plan social. La lettre de licenciement invoquait une suppression du poste liée à la réorganisation de la société S…, conformément aux documents d’information présentés à la réunion des délégués du personnel. Le conseil des prud’hommes de Moulins avait indiqué que les licenciements étaient abusifs. L’employeur soutenait devant la Cour que le volontariat des deux salariés s’analyserait en un acte positif les privant de la possibilité de contester le motif de la rup- L 12 ture du contrat de travail. La cour d’appel de Riom rappelle, à juste titre, que la seule référence à un document d’information non joint à la lettre de licenciement ne pouvait constituer l’énonciation d’un motif économique de suppression d’emploi et qu’en outre, le volontariat de ces deux salariés n’avait rien d’une démission, ce qui ne pouvait les priver du droit de contester le bien fondé du licenciement. La qualification juridique à laquelle s’est livrée la Cour ne peut qu’être approuvée. En effet, le support de la rupture du contrat de travail des salariés résidait dans les difficultés économiques de l’entreprise. En aucun cas, le seul fait de vouloir bénéficier du contenu du plan social, conséquence des difficultés économiques, ne pouvait être analysé en une approbation de la légitimité de la rupture. B. T. De la preuve des heures supplémentaires des heures supplémentaires est désormais devenue un contentieux d’importance. Il résulte des dispositions de l’article L 2121-1 du Code du travail que la preuve des heures de travail effectuées n’incombe spécialement à aucune des parties et que le juge ne peut, pour rejeter une demande de paiement à ce titre, se fonder sur l’insuffisance de preuve apportée par la salariée ; il doit en effet examiner les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié, que l’employeur est tenu de lui fournir. Par plusieurs arrêts, la cour d’appel de Riom a rappelé quelles sont les preuves qu’elle souhaitait obtenir. C’est ainsi que dans un arrêt du 14 mars 2000 (Société S… c/Monsieur P.), elle rappelle que la société doit produire des documents qu’elle est censée tenir en application des règles relatives au contrôle de la durée du travail. Cela est prévu par les articles L 620-2 (affichage des heures de travail tant pour les salariés postés que pour les salariés non postés et en cas de travail par cycle ou de modulation) et D 212-17 et suivants du Code du travail (horaires d’atelier, horaires du cycle, horaires de la modulation, possibilité d’enregistrement d’heure de début et de fin de chaque période de travail, récapitulatif à la semaine). La production de ces documents permet alors à l’employeur de contribuer à l’établissement de la réalité de l’horaire du salarié qui réclame un rappel d’heures supplémentaires ; leur absence peut engager sa responsabilité. C’est ainsi que, dans l’arrêt précité du 14 mars 2000, la cour d’appel est entrée en voie de condamnation à l’encontre de l’employeur, en rappelant que l’absence de production de ces documents privait le salarié d'une chance de pouvoir déterminer le montant de sa créance d’heures de travail ; elle a donc alloué à celui-ci des dommages et intérêts sur ce fondement. L A RÉALITÉ La valeur pédagogique de cet arrêt est certaine en ce qu’elle rappelle l’exigence des documents à élaborer et à tenir par l’employeur. Néanmoins, n’assiste-t-on pas là à un retour spectaculaire du contrôle permanent des salariés ? jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 B. T. COUR D’APPEL ’ARTICLE 18 du Nouveau Code de procédure civile (N.C.P.C.) édicte : « Les parties choisissent librement leur défenseur, soit pour se faire représenter, soit pour se faire assister suivant ce que la loi permet ou ordonne. » Si la loi du 31 décembre 1971 confère aux avocats un privilège pour représenter ou assister les parties devant les juridictions, ce privilège ne fait pas obstacle à l’application des dispositions législatives ou réglementaires spéciales. Au nombre de ces dernières figurent les règles dérogatoires à ce monopole régissant la représentation, l’assistance des parties en matière prud’homale qui résulte des articles R 516-4 et R 516-5 du Code du travail. L’article R 516-4 du Code du travail pose la règle de la comparution des parties en personne en matière prud’homale. La cour d’appel de Riom a été dans l’obligation de rendre plusieurs arrêts pour rappeler les règles régissant la comparution des parties en matière prud’homale. C’est ainsi que par un arrêt du 12 octobre 1999 (A.G.S. et C.G.E.A./Maître J.A. et Monsieur P. T.), un arrêt du 14 décembre 1999 (Maître P. C., ès qualités, et Madame Danièle R. et A.G. et C.G.) et un arrêt du 2 mai 2000 (A.G./Monsieur D./Maître P.), la cour d’appel de Riom a rappelé, avec force, le sens et la portée des dispositions de l’article R 516-4 du Code du travail. Si cet article prévoit, en principe, la comparution des parties en personne à l’audience tant de conciliation que devant le bureau de jugement, celles-ci peuvent néanmoins être dispensées de cette présence et se faire représenter en cas de motif légitime, elles peuvent toujours se faire assister. L 1- La règle de la comparution en personne Cette exigence, si elle est la contrepartie du principe de l’oralité des débats devant la juridiction prud’homale, ne concernait à l’origine que la phase de conciliation et c’est le décret du 12 septembre 1974 qui a étendu à tous les stades de la procédure prud’homale la règle de la comparution en personne devant la juridiction prud’homale. DE RIOM • 29 JUIN 1999 S’il est vrai que la présence personnelle des deux parties à l’audience est censée favoriser la conciliation, l’intérêt de la comparution en personne diminue en bureau de jugement, et ce d’autant que les conseillers ont toujours la possibilité, s’ils estiment la présence des parties indispensable, d’ordonner la comparution prévue dans les formes prévues aux articles 184 et suivants du N.C.P.C. En ce qui concerne les personnes morales, l’application littérale de cet article introduit des complications peu utiles à l’administration de la justice. Elle conduit en effet à imposer la comparution personnelle du représentant légal dont seule la présence pourrait satisfaire cette obligation. Ainsi, lorsque le destinataire d’une convocation est une personne morale, société ou association, elle concerne la ou les personnes qui sont légalement qualifiées pour les représenter : Président du Conseil d’Administration et Directeur Général d’une société anonyme à Conseil d’Administration (articles 113 et 177 de la loi du 24 juillet 1966), Président du Directoire et Directeur Général dans la société à directoire (article 126 de la loi du 24 juillet 1966), gérant dans une société civile, dans une société en nom collectif (article 14 de la loi du 24 juillet 1963), dans une société en commandite simple par action (articles 24 et 255 de la loi du 24 juillet 1966), dans la société à responsabilité limitée (article 49 de la loi du 24 juillet 1966), administrateur dans un groupement d’intérêt économique (article 9 de l’ordonnance du 23 septembre 1967), liquidateur ou administrateur désigné dans le cadre de la loi du 25 janvier 1985 sur le redressement et la liquidation judiciaire des entreprises. P R I N C I P A U X procédure La représentation et l’assistance des parties en matière prud’homale 2- La possibilité de se faire représenter en cas de motif légitime A- La notion de motif légitime La règle selon laquelle les parties ne peuvent se faire représenter qu’en cas de motif légitime est d’ordre public. Mais le Code du travail ne donne pas de définition du motif légitime. En l’espèce, le premier juge, dans les trois affaires précitées, statuait sous la présidence du juge-départiteur. Celui-ci a dénié au mandataire-liquidateur et aux organismes A.G.S. et C.G.E.A., la possibilité de pouvoir se faire représenter par un avocat, le premier juge exigeant la comparution personnelle du représentant légal à l’audience. Par une curieuse lecture des dispositions de l’article R 516-4, le premier juge indiquait, en effet, qu’il découlerait de ce texte que ce n’est pas parce que l’avocat est admis à représenter son mandant qu’un motif légitime de non-comparution est établi, mais au contraire, c’est parce qu’un tel motif est démontré par la partie non comparante que son avocat peut la représenter. Il en déduisait l’absence de la partie à l’audience et statuait donc par défaut. La cour d’appel de Riom, par une motivation forte et remarquable et qui doit être en tout point approuvée, a rappelé que l’organisme C.G.E.A. et l’organisme l'A.G.S. étant, en application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, conduits à intervenir tant volontairement qu’à titre forcé Suite au verso ➤ A T T E N D U S L’A… et le C… étant, en application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, conduits à intervenir tant volontairement qu’à titre forcé dans un nombre considérable d’instances prud’homales en qualité de gestionnaires du régime d’assurance et des salariés contre le risque d’insolvabilité des employeurs, il leur est matériellement impossible de comparaître personnellement devant toutes les juridictions, de sorte qu’elles justifient d’un motif légitime de non comparution les autorisant, en vertu du même texte, à se faire représenter par leur avocat, conformément aux dispositions de l’article R 516-5 ; Qu’en outre les priver de la possibilité de se faire représenter au motif qu’elles ne justifieraient pas actuellement d’un tel motif de non-comparution reviendraient à entraver leur accès à la juridiction et à leur ôter le bénéfice de la garantie d’un procès équitable au sens de la Convention européenne des droits de l’homme. ➤ jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 13 procédure dans un nombre considérable d’instances l’existence d’un motif légitime d’absence. En prud’homales – en qualité de gestionnaire conséquence, l’écrit n’est en aucun cas oblidu régime d’assurance des salariés contre le gatoire. Il ne peut donc être exigé par les risque d’insolvabilité des employeurs –, il leur juges et, s’il arrive que la personne présente était matériellement impossible de compaproduise une lettre d’excuse, aucun texte raître personnellement dans toutes les jurin’interdit de faire état verbalement d’un dictions, de sorte qu’ils justifient, de fait, motif légitime d’absence (conseil des prud’un motif légitime de non-comparution les d’hommes de Paris, section commerceautorisant en vertu du même texte à se faire départition, 23 décembre 1994, Cahiers représenter par leur avocat Prud’homaux n° 3, 1995, « Il n’entre pas conformément aux dispojurisprudence, p. 38). sitions de l’article R 516-5 Il convient, en effet, de ne dans la volonté du Code du travail. pas oublier le caractère du législateur de faire Il en est de même oral de la procédure prude la présence des d’ailleurs pour les mandad’homale et, en consétaires dont, là encore, la parties une contrainte quence, de ne pas vider ce cour d’appel de Riom rapprincipe essentiel de sa exagérée, alors même pelle qu’ils sont amenés à substance par l’exigence qu’elle a été conçue intervenir dans de nomd’un écrit qu’aucun texte breuses instances et que, comme une souplesse. » n’impose. Ainsi, ce motif dès lors, ils sont dans l’impeut simplement être possibilité matérielle de comparaître devant invoqué verbalement au tout début de l’autoutes les juridictions, de sorte qu’ils justidience, il peut résulter d’une lettre soit fient ainsi de motif légitime de non-compaenvoyée à l’avance par le justiciable, soit prorution. duite à l’audience par le truchement du Ce qui est valable pour ces groupements ou représentant, mais en aucun cas il ne peut mandataires est également valable pour les être fait obligation au représentant de justipersonnes morales car il est évident qu’un fier par écrit du motif légitime de la perprésident d’une société importante doit joursonne absente lui permettant d’être nellement faire face à de multiples occupareprésenté. En l’espèce, le premier juge a tions qui lui permettent difficilement manifestement ajouté à la loi une exigence d’assister aux audiences de conciliation (cour qui n’existait pas. C’est de manière parfaid’appel de Paris, 23 mai 1977, Revue trimestrielle Droit civil n° 77, p. 826, observations Perrot). Dans cet arrêt, la cour d’appel Texte de référence de Paris admet que les obligations professionnelles peuvent constituer un motif légiArticle R 516-4 du Code du travail time d’absence, non sans avoir, au passage, « Les parties sont tenues pertinemment observé que le véritable interde comparaître en personne, locuteur ayant connaissance de l’affaire est sauf à se faire représenter en cas soit le chef du personnel, soit un membre du de motif légitime. Elles peuvent service contentieux mais rarement le présise faire assister. » dent du conseil d’administration… Il faut dire que la notion de motif légitime n’est pas définie par la loi et qu’elle peut consister en un empêchement lié à l’éloignement géographique, à l’éloignement du domicile des parties, aux obligations professionnelles autant que personnelles telles que rendez-vous, réunions, déplacements. Exposé des faits Il appartient au juge de s’assurer, au seuil de Une salariée avait saisi le conseil de prul’examen de chaque affaire et avant d’entad’hommes de Riom d’une demande de rapmer les débats, de l’identité et de la qualité pel de salaire. des personnes qui se présentent devant lui ; L’affaire a été plaidée devant le juge déparet il doit vérifier, le cas échéant, l’existence titeur le 30 janvier 97. Le jugement est interd’un motif d’absence dans le dossier. venu le 13 février. Entre-temps, elle avait été licenciée par cour■ POUR AUTANT, IL CONVIENT DE S’INTERROGER rier du 5 novembre 1996. Dans l’instance en sur cette procédure de constatation du motif paiement de rappel de salaire, elle n’a pas légitime d’absence. contesté le licenciement mais a saisi ultéAucun texte du Code du travail ou du rieurement le conseil de prud’hommes alors Nouveau Code de procédure civile n’impose que la première décision était devenue défiune forme particulière pour que soit établie nitive. tement régulière que les défendeurs pouvaient se faire représenter à l’audience, étant précisé qu’elles avaient toutes un motif légitime d’absence, comme l’a remarqué, avec une particulière pertinence, la cour d’appel de Riom. B- La contrariété de la position du premier juge à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme En sus de la notion de motif légitime, les magistrats de la cour d’appel de Riom ont rappelé, avec force, qu’exiger la présence d’une partie au motif qu’elle ne justifierait pas actuellement d’un motif de non-comparution reviendrait à entraver leur accès à la juridiction et à leur ôter le bénéfice de la garantie d’un procès équitable au sens de la Convention européenne des droits de l’homme. On ne peut qu’approuver et saluer cette motivation. En aucun cas le législateur n’a entendu, en faisant de la présence des parties une obligation, les priver de pouvoir se faire représenter par les personnes visées à l’article R 516-5 du Code du travail. Il n’entre pas dans la volonté du législateur de faire de la présence des parties une contrainte exagérée, alors même qu’elle a été conçue comme une souplesse. La référence à la Convention européenne des droits de l’homme est particulièrement pertinente et doit être approuvée, la motivation forte de ces trois arrêts et leur valeur pédagogique permettront, il faut l’espérer, une application désormais conforme à la volonté législative et à la réalité économique des dispositions de l’article R 516-4 du Code du travail. Bernard Truno Procédure, unicité d’instance, demande prud’homale 14 La Cour confirmant une décision du conseil de prud’hommes de Riom rejette la demande de l’intéressée en rappelant les dispositions de l’article R 516-1 du code du travail aux termes desquelles toutes les demandes découlant d’un même contrat de travail doivent être présentées simultanément. Il s’agit d’une solution classique (cf. Alambic social n° 2, p. 13). Ce principe est unique en droit processuel et doit être fréquemment rappelé pour éviter toute désillusion… J.L.B. jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 COUR D’APPEL DE RIOM • 5 MAI 1999 C.F.D.T. et M.P. c/A.G. Exposé des faits Un délégué syndical voit sa désignation frappée de recours en annulation, puis, le recours n'ayant pas abouti, il fait l'objet d'une mutation ; il est, enfin, confronté à trois reprises à une procédure de licenciement. Quelque temps plus tard, un affichage, mettant en cause la qualité de son travail et son appartenance syndicale, est effectué sur le tableau d'affichage du personnel pendant près d'un mois. Le chef d'entreprise est poursuivi pour entrave à l'exercice des fonctions de délégué syndical devant le tribunal correctionnel, où il invoque l'existence d'une délégation de pouvoirs ; le tribunal écarte celle-ci et retient sa responsabilité. Cette décision est confirmée par la cour d’appel. Observations Les juges du premier comme du deuxième degré ont reconnu la réalité et la régularité de la délégation de pouvoirs. Ils ont cependant considéré que son existence n'avait pas pour effet d'exclure l'éventualité, pour le chef d'entreprise, d'engager sa responsabilité aux motifs que ce dernier restait détenteur de l'autorité hiérarchique sur son subordonné, délégataire, et pouvait intervenir directement dans une affaire traitée par ce dernier. Ayant constaté qu'en l'espèce, le chef d'entreprise avait personnellement engagé le recours en annulation de la désignation du salarié en tant que délégué syndical devant estimé qu'en dépit de l'existence de celle-ci, le tribunal d'instance, puis, personnellement, il était possible de retenir la responsabilité du saisi le tribunal administratif, et enfin, laissé chef d'entreprise. Ils ont considéré qu'en perdurer dans son entreprise l'affichage s'immisçant dans l'exercice des fonctions mettant en cause le salarié, le tribunal corqu'il avait déléguées, ce dernier avait engagé rectionnel puis la cour d’appel ont estimé sa responsabilité pénale. que ce comportement « Le chef d’entreprise La délégation de pouvoirs était constitutif d'une parn'a pas pour effet de ticipation directe à la comreste le détenteur dessaisir le chef d'entremission de l'infraction, et de l’autorité au sein prise de tout pouvoir ; il retenu sa responsabilité de son entreprise, et, reste au sein de son entrepénale. lorsqu’il intervient prise le détenteur de l'auLa Cour de cassation torité et, lorsqu'il intervient reconnaît l'effet exonérapersonnellement personnellement dans un toire de la délégation de dans un domaine domaine dont il a délégué pouvoirs au bénéfice du dont il a délégué l'administration, il est suschef d'entreprise dès lors que la délégation est cerl'administration, il est ceptible d'engager sa responsabilité pénale. Il en va taine et dépourvue d'amsusceptible d’engager tout particulièrement ainsi biguïté, et que le sa responsabilité dans le domaine de l'endélégataire dispose de la pénale. » trave à l'exercice du droit compétence, de l'autorité syndical, où il convient de et des moyens nécessaires rechercher à quel niveau et par qui a été prise, à l'accomplissement des fonctions qui lui ou qui s'est abstenu de prendre la décision sont dévolues. constitutive de l'infraction. Dans le cas d'espèce, les juges n'ont pas criJoëlle Begon tiqué la délégation de pouvoirs mais ils ont P R I N C I P A U X droit pénal du travail Entrave à l’exercice du droit syndical et limites de la délégation de pouvoirs A T T E N D U S ➤ Attendu cependant que la délégation donnée à un subordonné n'interdit pas au président directeur général de la société d'intervenir directement dans une affaire traitée par ce dernier, qui reste placé sous son autorité hiérarchique. ➤ Que la taille de l'entreprise n'est pas si importante que le président directeur général de la société dont le siège se trouve sur le site du magasin soit tenu à l'écart des difficultés opposant la direction de l'entreprise à un salarié protégé (…). ➤ Qu'il est ainsi établi qu'il a participé directement, en dépit de la délégation de pouvoirs donnés à A.G., à l'infraction. ✂ BULLETIN D’ABONNEMENT Je souhaite m’abonner à L’Alambic social, revue de jurisprudence sociale de la Cour de Riom éditée par l’Ordre des avocats du barreau de Clermont-Ferrand, pour une durée d’un an (2 numéros) et un montant de 100,00 F. 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Merci d’adresser votre règlement par chèque et ce bulletin d’abonnement à : Ordre des avocats • Cité judiciaire • Place de l’Etoile • 63000 Clermont-Ferrand jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000 15 actualité Avocats, aide juridictionnelle Les raisons d'une grève P ARTOUT dans les grandes villes, PHOTO THIERRY ZOCCOLAN les avocats se sont mobilisés pour protester contre : ■ l'indemnisation dérisoire de l'aide juridictionnelle ; ■ l'accès limité, voire inexistant, au droit et à la justice pour les plus démunis ; ■ les plafonds d'aide juridictionnelle trop bas. La réussite du mouvement au niveau national s'explique par le soutien de toutes nos organisations professionnelles : S.A.F., F.N.U.J.A., C.N.A., Conférence des bâtonniers, Conseil national des barreaux. Ce mouvement a été lancé par les barreaux de Lille, puis de Bobigny, Nantes et Marseille. Lille a donné le coup d'envoi en exigeant systématiquement des audiences collégiales. Les barreaux d'Auvergne ont connu la grève totale des audiences pendant une semaine. Ailleurs, d'autres barreaux ont voté des motions, fait la grève du zèle ou la grève du secteur assisté. LES AVOCATS REVENDIQUENT : ■ le doublement immédiat du montant de l'unité de valeur ; ■ la refonte totale du système de l'aide juridictionnelle afin d'assurer l'égalité de tous les citoyens devant la justice. La multiplication permanente des codes et des lois, dans un champ géographique toujours élargi, accroît corrélativement et impérativement les besoins et les recours au droit et à la justice. Or le système de l'aide juridictionnelle actuel ne couvre pas tous les domaines d'intervention de l'avocat et, lorsque c'est le cas, il s'agit d'une obole au détriment des plus démunis. En 1999, 704 650 personnes ont bénéficié de l'assistance juridictionnelle pour un budget d'un milliard deux cent millions de francs seulement, afin de rétribuer les avocats – soit 1 700 F en moyenne par dossier. Rappelons que l'aide juridictionnelle est régie par les dispositions de la loi du 10 juillet 1991, qui prévoit l'accès à la justice et au droit, et « l'aide à l'intervention de l'avocat au cours de la garde à vue ». Elle peut être accordée en demande ou en défense devant toutes les juridictions. Mais la rétribution perçue par l'avocat ne tient pas compte du coût réel de sa prestation. Il doit assurer la même défense, accomplir toutes les diligences requises, de plus en plus nombreuses, et sans rémunération. C'est l'État qui affecte à chaque barreau une dotation annuelle dont le montant résulte du nombre des missions d'aide juridictionnelle accomplies par les avocats dudit barreau et du produit d'un coefficient par type de procédure, ainsi que d'une unité de valeur de référence. Cette unité de valeur n'a pratiquement pas été revalorisée depuis 1991 (– 10 %). POUR LES AIDES JURIDICTIONNELLES TOTALES, l'unité de valeur de référence est majorée en fonction du volume des missions effectuées l'année précédente, au regard du nombre total d'avocats inscrits au barreau. De telle sorte que, plus les avocats sont nombreux, plus l'unité de valeur est basse. Actuellement, pour bénéficier de l'aide juridictionnelle totale, les revenus ne doivent pas être supérieurs à 4 965 F, et à 7 448 F pour l'obtention de l'aide juridictionnelle partielle. Le bénéficiaire d'une aide juridictionnelle partielle doit donc régler un complément d'honoraires calculé en fonction du coût réel de la procédure diminué de la somme réglée par l'État. Ce complément d'honoraires est parfois dissuasif pour les justiciables impécunieux, qui sont alors dans l'obligation de renoncer à saisir la justice. C'est pourquoi les avocats proposent de revaloriser les plafonds de l'aide juridictionnelle partielle, et il est urgent que des mesures immédiates et substantielles soient prises. L'aide juridictionnelle ne peut plus être supportée par notre seule profession. L'avocat doit être rémunéré, et la défense des plus défavorisés est affaire de solidarité nationale. Il s'agit d'une question de volonté politique : les avocats ne peuvent plus faire face bénévolement aux missions qui leur incombent. AU 1 JANVIER 2001, ils devront, en plus de leurs missions actuelles, intervenir : ■ à la première heure de la garde à vue ; ■ devant les cours d'assises d'appel ; ■ devant les commissions d'application des peines dans le cadre du contentieux de la détention ; ■ dans les procédures disciplinaires concernant les détenus. Il s'agit de missions nouvelles qui sont nécessaires dans un État de droit et qui étaient appelées de nos vœux. Il n'en demeure pas moins que l'État doit se donner les moyens de sa politique et que la solidarité nationale doit s'exercer alors qu'actuellement, cette charge collective est assumée par notre seule profession. Si aucune proposition concrète n'est avancée par les pouvoirs publics, le mouvement risque de continuer, ce qui est susceptible d'entraîner de graves dysfonctionnements de l'institution judiciaire. ER “L’Alambic social” Directeur de publication : Jean-Louis BORIE, bâtonnier de l'Ordre Conseil éditorial Henri ARSAC, avocat ; Claude BILLY, magistrat ; Michel BLATMAN, magistrat ; Jean-Louis BORIE, avocat ; Jean GRIMALDI D'ESDRA, maître de conférences ; Marc GUILLANEUF, avocat ; Michel MORAND, avocat ; Bernard TRUNO, avocat ; Nadine VALIERGUE, magistrat. Secrétariat de rédaction & réalisation graphique : Agence Par Écrit. Impression & façonnage : G. de Bussac, Clermont-Fd. Prix : 50 francs (7,62 euros) - Dépôt légal : novembre 2000 - N° ISSN : en cours ORDRE DES AVOCATS, PALAIS DE JUSTICE, PLACE DE L’ÉTOILE, CLERMONT-FERRAND. 16 jurisprudence sociale de la cour de riom • n o 3 • 2e semestre 2000