Inventaire printanier des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans
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Inventaire printanier des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec en 2004. Rapport présenté à Association chasse et pêche plein air les Balbuzards Fédération québécoise de la faune et Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs Par Sébastien Rioux1 (Université de Sherbrooke) Marc Bélisle (Université de Sherbrooke) et Jean-François Giroux (Université du Québec à Montréal) Août 2004 1 Adresse de correspondance : Département de biologie, Université de Sherbrooke, 2500 Boul. de l’Université, Sherbrooke (Qc), J1K 2R1. Courriel : [email protected] 2 TABLE DES MATIÈRES 1.0 Introduction ............................................................................................................... 3 2.0 Méthodes ................................................................................................................... 3 2.1 Aire d’étude............................................................................................................ 3 2.2 Points d’écoute ....................................................................................................... 4 2.3 Phénologie du chant des mâles............................................................................... 5 2.4 Tests de portée........................................................................................................ 5 2.5 Analyses statistiques .............................................................................................. 5 3.0 Résultats .................................................................................................................... 6 3.1 Probabilité de détection, d’occurrence et abondance ............................................. 6 3.2 Phénologie du chant des mâles............................................................................... 8 4.0 Discussion ................................................................................................................. 9 4.1 Probabilité de détection, d’occurrence et abondance ............................................. 9 4.2 Phénologie du chant des mâles............................................................................... 10 Remerciements ................................................................................................................ 12 Références ....................................................................................................................... 13 3 1. Introduction La population de Dindon sauvage (Meleagris gallopavo silvestris) du Sud du Québec est vraisemblablement en expansion. Les conditions environnementales plus clémentes des dernières années, combinées à la croissance des populations américaines des États de New York, du Vermont, du Maine et du New-Hampshire (NWTF 2000), expliquent probablement ce phénomène. Au printemps 2003, nous avons évalué que la population de mâles présents dans le sud-ouest de la zone de chasse 8 était de 524 à 754 mâles pour un effectif total, sexe et âge confondus, de 1092 à 1571 individus (Rioux et al. 2003). Une étude précédente menée par l’Association Chasse Pêche et Plein Air les Balbuzards et la Fédération québécoise de la faune (FQF) avait pour sa part montré que les Dindon sauvage occupaient 8 zones de chasse et que leurs effectifs se situaient entre 445 et 830 individus dans la zone de chasse 8-sud (Rioux 2003). En 1988, seulement quatre dindons y avaient été recensés (Robert 1988). La population québécoise était d’ailleurs évaluée à moins d’une centaine d’individus en 1989 (Robert 1989), et l’espèce fut signalée dans seulement 16 parcelles de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec (Robert et Bannon 1995). C’est en réponse à un intérêt grandissant pour le prélèvement de Dindon sauvage dans le Sud du Québec et afin de parfaire nos connaissances sur cette population qu’un second inventaire des mâles chanteurs a été effectué au printemps 2004. Les buts de l’inventaire de 2004 étaient, dans un premier temps, d’estimer les effectifs de la population de dindons du Sud du Québec selon la méthode que nous avions développé en 2003 (Rioux et al. 2003) et, dans un second temps, de développer et d’appliquer une méthode permettant de définir la phénologie du chant des mâles. 2. Méthodes 2.1 Aire d’étude L’aire d’étude, la même qu’en 2003, couvrait 2345 km2 et s’étendait d’ouest en est de Dundee à Lacolle, et du nord au sud de St-Louis-de-Gonzague, aux frontières canado-américaines (Figure 1). Figure 1 : Distribution spatiale des points d’écoute lors de l’inventaire des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec au printemps 2003 et 2004. 4 2.2 Points d’écoute Nous avons visité les mêmes points d’écoutes que nous avions établis en 2003. Ces points d’écoute avaient alors été distribués aléatoirement, puis rapportés sur le réseau routier de l’aire d’étude (Figure 1). Lors de cette étape, les routes les moins passantes ont été privilégiées. Les points ont été rapportés au réseau routier puisque la majorité des surfaces boisées de la Montérégie sud-ouest sont situées sur des terres privées. Nous avons ainsi éliminé le besoin de recourir à l’obtention de permissions d’accès aux terres, sans pour autant diminuer l’efficacité du dénombrement du fait de la forte densité de routes. Les points d’écoute étaient espacés d’au moins 3 km et furent visités à 8 reprises entre 30 min avant et 2,5 h après le lever du soleil. L’ordre dans lequel les points d’écoute étaient visités a été modifié à chaque visite afin de minimiser les biais associés à l’heure où ces derniers étaient réalisés. Les dates des visites ont été espacées dans le temps afin de tenir compte des fluctuations saisonnières de la probabilité de détection, laquelle est entre autres associée à la phénologie du chant des mâles (Tableau 1). Les points d’écoute ont été visités seulement par temps sec et lorsque le vent avait une force <3 sur l’échelle de Beaufort. Tableau 1. Dates de début et de fin de chaque période de visites effectuées lors de l’inventaire printanier des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec au printemps 2004. Visite Début Fin 1 22 mars 28 mars 2 28 mars 06 avril 3 06 avril 09 avril 4 10 avril 15 avril 5 15 avril 25 avril 6 25 avril 07 mai 7 07 mai 16 mai 8 16 mai 20 mai À chaque visite, une période d’écoute active de 5 min a été réalisée. Cette période comprenait la diffusion d’un enregistrement d’appels de dindons mâles. L’enregistrement provenait de l’édition du fichier numérique «Wild Turkey» de Stokes (1997). Sa durée était de 30 s et consistait en 6 appels espacés d’environ 5 s. L’enregistrement était diffusé à pleine capacité d’un amplificateur 20 Watts Lil’PA de Pignose® dont la portée était de 931,5 ± 118,2 m (ET). Cette portée a été évaluée à partir de 10 tests où un observateur s’éloignait de l’amplificateur jusqu’à ce qu’il lui soit impossible d’entendre l’appel projeté. D’un test à l’autre, l’amplificateur a alternativement été positionné contre et dans la même direction que le vent afin de prendre en considération l’effet de la direction du vent sur la portée des appels. L’intensité maximale du son à l’embouchure de l’amplificateur était de 123 dB (mesurée à l’aide d’un sonomètre de marque Realistic® cat. No. 33-2050; données non présentées). Une période d’écoute de 2 min suivait chacune des 2 diffusions de 30 s durant le 5 min. En 2004, trois observateurs ont participé à la visite des points d’écoute. Parmi ceux-ci, un seul avait participé à l’inventaire de 2003. Les points d’écoute ont généralement été réalisés par un observateur différent d’une visite à l’autre. Ceci a permis de limiter l’effet de l’observateur sur la prise des données. À chaque point d’écoute, l’information notée comprenait : la date et l’heure de la période d’écoute, la température ambiante, la force du vent selon l’échelle de Beaufort, le nombre de dindons différents entendus, le nombre d’appels émis par chaque dindon et la distance approximative séparant l’observateur de ces derniers. 5 2.3 Phénologie du chant des mâles Le suivi de la phénologie du chant des mâles a été réalisé du 21 mars au 28 mai inclusivement et ce, indépendamment des conditions météorologiques. Un total de 10 stations a été choisi parmi les points d’écoute où nous avions détecté un minimum de 4 dindons lors de l’inventaire de 2003 (Rioux et al. 2003). Le suivi des stations était effectué durant des périodes de 6 jours consécutifs, la septième journée étant destinée au repos de l’observateur. En tout, cinq stations étaient visitées par jour. Le suivi de la phénologie débutait 1 heure avant le lever du soleil et devait être complété 3 heures après le lever du soleil. Une période d’écoute passive de 30 minutes était réalisée à chaque station. Chaque station était donc visitée pendant 90 min au courant d’une période de 6 jours. Durant les visites, l’observateur notait tous les dindons différents entendus ou observés, ainsi que le nombre d’appels émis par chaque individu. La localisation de chaque individu par rapport à l’observateur a également été notée. Lorsque des stations étaient à la fois soumises au suivi de la phénologie et à la réalisation de l’inventaire durant la même journée, la priorité a été donnée à la réalisation du suivi de la phénologie. L’inverse aurait pu provoquer les dindons à chanter durant la période consacrée au suivi de la phénologie, ce qui aurait pu biaiser les données. 2.4 Tests de portée Afin de déterminer la portée du chant des mâles, un total de 6 tests de portée a été réalisé tout au cours de la saison d’échantillonnage. Les tests ont été espacés dans le temps de façon à tenir compte de l’atténuation de la porté des appels suite à l’apparition du feuillage. Les tests ont été réalisés les 21, 23 et 27 avril et les 8, 15 et 25 mai. La méthode employée était basée sur la localisation par triangulation des individus chanteurs par 3 observateurs. Deux des observateurs écoutaient le dindon chanter et s’éloignaient, tout en demeurant sur la route, jusqu’à ce qu’il leurs soit impossible d’entendre le dindon chanter. Pour sa part, le troisième observateur localisait et notait la position de l’individu chanteur. Les trois observateurs notaient ensuite leur position à l’aide d’un GPS. En tout, 10 portées ont été obtenues en 2004 pour une portée moyenne de 1,07 ± 0,47 km (ET). En ajoutant les 2 portées obtenues à partir des 2 tests effectués en 2003, on obtient une portée moyenne de 1,03 ± 0,43 km (ET). 2.5 Analyses statistiques L’estimation de l’abondance des mâles est basée sur les principes de « capture marquage recapture » (CMR), ainsi que sur la modélisation des données de présence-absence (MacKenzie et al. 2002). Pour chaque point d’écoute, il est possible de déterminer un historique de détection. Lors de chaque visite, la présence d’au moins un individu à un point d’écoute est notée « 1 » tandis que l’absence d’individus est notée « 0 ». Ce faisant, il existe une série de « 0 » et de « 1 » pour chaque point d’écoute. À partir de cet historique, il est possible de déterminer une probabilité de détection, soit celle d’entendre un individu à une station sachant qu’il est présent. Cette probabilité de détection est par la suite utilisée afin d’estimer la probabilité d’occurrence, soit la proportion de points d’écoute occupés par au moins un dindon. Ignorer la probabilité de détection cause un biais à la baisse de la probabilité d’occurrence, car la non-détection n’implique pas nécessairement l’absence (MacKenzie et al. 2002). En effet, pour un point d’écoute où un individu est présent, mais ne chante pas, ou encore qui n’est pas entendu par l’observateur, la cote du point d’écoute sera notée « 0 », alors qu’elle aurait dû être notée « 1 ». Or, à partir de la probabilité de détection, il est possible de tenir compte des individus présents, mais non détectés, lors du calcul de la probabilité 6 d’occurrence. Les probabilités de détection et d’occurrence ont été déterminées à l’aide du programme PRESENCE (MacKenzie 2002). L’abondance est estimée en multipliant (1) la probabilité d’occurrence par (2) la densité maximale moyenne par site où au moins un individu a été détecté par, (3) la superficie de l’aire d’étude (i.e., 2345 km2). La densité a été calculée en supposant que la portée des appels de dindons était de 1,03 km (voir section précédente). L’intervalle de confiance à 95 % de l’abondance a été calculé à l’aide d’une méthode par ré-échantillonnage (i.e., 1000 simulations de Monte Carlo; Manly 1997) qui tient compte de la variance de la probabilité d’occurrence et de la densité maximale moyenne par site où au moins un individu a été détecté. Les simulations de Monte Carlo ont été effectuées à l’aide du logiciel R (version 1.8.1). 3. Résultats 3.1 Probabilité de détection, probabilité d’occurrence et abondance La probabilité de détection moyenne des mâles aux points d’écoute échantillonnés au printemps 2004 était de 20% et l’intervalle de confiance à 95% sur cette estimation est de 8%. En 2003, ces deux valeurs étaient respectivement de 27% et 11% (Rioux et al. 2003). L’estimation de la probabilité de détection de 2004 est donc plus précise comparativement à la mesure de 2003. Ceci découle du plus grand nombre de visites aux points d’écoute (i.e., 8 vs 3). On peut aussi noter une tendance à la hausse avec l’avancement de la saison (Figure 2). Probabilité de détection 0,4 0,2 0 14-mars 24-mars 03-avr 13-avr 23-avr 03-mai 13-mai 23-mai Date Figure 2. Probabilité de détection des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec au printemps 2004 (n = 130). Les barres verticales représentent l’intervalle de confiance à 95%. Les dates correspondent aux dates médianes de la réalisation de chacune des visites (voir Tableau 1). Au moins 1 mâle a été détecté à 67 % des 130 points d’écoute. En tenant compte de la probabilité de détection et du fait que celle-ci puisse varier d’une visite à l’autre, on obtient 7 une probabilité d’occurrence corrigée de 0,79 ± 0,06 (ET) (Tableau 2). On estime donc qu’il y avait au moins un dindon à 68-90 % des points d’écoute. En se basant simplement sur les détections obtenues, on constate que 21,5 % des sites non occupés en 2003 furent colonisés en 2004. En contre partie, 13,1 % des sites occupés en 2003 furent désertés en 2004. Dans la même veine, 45,4 % des sites furent occupés les deux années d’inventaire tandis que 20 % furent ni occupé en 2003, ni en 2004. Le nombre maximum moyen d’individus entendus aux points d’écoute où au moins un mâle était présent était de 2,2 ± 0,1 (ET). Le nombre moyen de mâles présents dans la zone d’étude au printemps 2004 est évalué à 1223 ± 89 (ET). L’intervalle de confiance à 95 % sur ce nombre s’étend de 1038 à 1392 mâles. En appliquant le rayon de détection de 1,03 km aux données de Rioux et al. (2003), on obtient une estimation de 1376 ± 120 (ET) mâles, l’intervalle de confiance à 95% s’étendant de 1123 à 1624 mâles. Lors de la construction d’un modèle permettant de mieux comprendre les effets de la reproduction et de la récolte automnale sur la croissance des populations nordiques du Dindon sauvage, Rolley et al. (1998) ont utilisé une population composée de 30% de mâles adultes, 33% de femelles adultes, 18% de mâles juvéniles et 18 % de femelles juvéniles. Si on utilise la même structure de population que celle utilisée Rolley et al. (1998), cela signifie que la présente étude aurait permis le recensement de 48% de la population totale, le protocole ici proposée ne permettant pas de discriminer les mâles juvéniles des mâles adultes. Donc, sous toute réserve, il est possible de supposer que l’effectif total de la population inventoriée en 2004 serait de 2162 à 2900 individus, sexe et âge confondus. En appliquant ce même calcul et en ajustant les données que nous avions amassées en 2003 (Rioux et al. 2003) pour une portée moyenne de 1,03 km, on obtient une abondance totale de 2339 à 3384 individus, sexe et âge confondus. Ces estimations excluent les jeunes pouvant naître lors de la même année où les inventaires ont été réalisés. Tableau 2. Comparaisons des mesures d’occurrence et d’abondance obtenues en 2003 et 2004. L’ensemble des erreurs sur les estimations représente l’erreur type. Année Probabilité de détection moyenne Probabilité d’occurrence corrigée Proportion corrigée de sites occupés par au moins un dindon (IC 95%) Nombre maximal moyen de mâles par station Densité des mâles (nb max moyen /km2 pour un rayon de détection de 1,03 km) Abondance des mâles (pour un rayon de détection de 1,03 km) Abondance totale (IC 95%) 2003 0,26 ± 0,05 0,85 ± 0,11 65-100% 2004 0,20 ± 0,02 0,79 ± 0,06 68-90% 2,3 ± 0,2 2,2 ± 0,1 0,59 ± 0,05 0,52 ± 0,04 1376 ± 120 1223 ± 89 2339-3384 2162-2900 Étant donné que l’erreur sur la mesure de la portée des appels est encore grande, les estimations d’abondance doivent être considérées avec prudence. De fait, nos estimations sont très sensibles à la variation du rayon de détection (Tableau 3). 8 Tableau 3. Sensibilité de l’estimation d’abondance à la variation du rayon de détection du modèle ayant servi à déterminer l’abondance des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec en 2003 et en 2004. Les erreurs représentent l’erreur type. Année Rayon de détection (m) 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000 2200 2003 Abondance de mâles 2281 ± 212 1460 ± 136 1014 ± 94 745 ± 69 571 ± 53 451 ± 42 365 ± 34 302 ± 31 2004 Abondance de mâles 2028 ± 148 1298 ± 95 901 ± 66 662 ± 48 507 ± 37 401 ± 29 325 ± 24 269 ± 21 3.2 Phénologie du chant des mâles De façon générale, on constate que le maximum de vocalises émises par mâle est survenu entre le 10 et le 15 avril (visite 4). Aucune autre période d’activité maximale de chant n’est décelable (Figure 4). Les écarts types sur les mesures sont grands et varient d’une période à l’autre puisque la proportion de zéro (aucune activité de chant) entre les différentes périodes est variable. Une moyenne sur 6 jours a été choisie afin d’éliminer l’effet des variations à court terme des jours où l’activité de chant des mâles était particulièrement élevée ou faible (Bevill 1975). Afin de vérifier notre supposition de base à l’effet que des dindons étaient présents à chacune des stations lors de chaque visite, nous avons compilé l’activité de chant à partir du nombre réel de dindons entendus à chaque station à chaque jour ainsi qu’à partir du nombre maximal d’individus ayant été enregistré à une station donnée durant la période d’échantillonnage. Par exemple, pour une station donnée, si l’observateur notait que 9, 0 et 0 vocalises avaient été lancées par 3, 0 et 0 dindon durant les 3 visites de 30 min, le nombre de vocalises par individu par 90 min enregistré était de 3. Par contre, en tenant compte qu’un maximum de 10 individus avait été détecté à un moment durant la saison, le nombre de vocalises par mâle pour cette même visite devenait 0,9. En observant les deux courbes de tendances obtenues à la Figure 4, il est possible de constater que les patrons d’activité de chant sont similaires, peu importe la méthode de calcul utilisée. 9 Nombre moyen de vocalises par mâle par période de 6 jours 35,00 30,00 25,00 20,00 15,00 10,00 5,00 0,00 14-mars 24-mars 03-avr 13-avr 23-avr 03-mai 13-mai 23-mai 02-juin Date Figure 4. Activité de chant des mâles chanteurs du Dindon sauvage dans le Sud du Québec au printemps 2004 (n = 10). Les barres verticales représentent l’écart type. Le trait pointillé représente une projection de l’activité de chant basé sur le nombre réel de mâles observé par station de phénologie. Le trait plein représente une projection de l’activité de chant basé sur le nombre maximal de mâles ayant été observé au cours de la saison à chacune des stations de phénologie. 4. Discussion 4.1 Probabilité de détection, probabilité d’occurrence et abondance L’augmentation du nombre de visites à chacun des sites en 2004 a eu pour effet de diminuer l’étendue des intervalles de confiance sur les valeurs des probabilités de détection par rapport à ce que nous avions obtenus en 2003 (Rioux et al. 2003). En effet, l’estimation de la probabilité de détection moyenne en 2004 est 2.5 fois plus précise qu’en 2003, alors que l’estimation de la probabilité d’occurrence est pour sa part pratiquement 2 fois plus précise. D’après des simulations effectuées par MacKenzie et al. (2002), augmenter le nombre de visites par points d’écoute constituerait la meilleure solution pour accroître la précision de l’estimation de la probabilité d’occurrence. Bien que la population de dindons semble avoir été stable de 2003 à 2004, il demeure que les intervalles de confiance à 95 % sur ces mesures sont encore larges. De plus, nos estimations d’abondance sont très sensibles à la variation du rayon de détection des mâles. À la lumière de ce constat, nous croyons qu’il serait capital d’estimer ce paramètre avec le plus de précision possible et ce, au détriment du nombre de visites lors d’inventaires futurs (e.g., 5 visites au lieu de 8). Réduire la marge d’erreur sur le rayon de détection permettrait une estimation plus précise de l’abondance des mâles. 10 Bien que la probabilité d’occurrence ait été corrigée en fonction d’une probabilité de détection pouvant varier au cours de la saison, aucune correction similaire n’a été apportée au calcul de la densité maximale moyenne d’individus inventoriés aux points d’écoute montrant une présence de dindons. De fait, le nombre d’individus inventoriés est minimum ; des individus présents ont pu passer inaperçus. Tout comme pour la probabilité d’occurrence, le nombre d’individus inventoriés devrait lui aussi subir une correction impliquant une probabilité de détection, ce qui permettrait de minimiser les biais lors de l’estimation de l’abondance (Williams et al. 2002). De récents travaux laissent toutefois entrevoir que des méthodes permettant d’estimer l’abondance à partir d’un historique de présence/absence et tenant compte de la probabilité de détection, seront bientôt disponibles (Royle et Nichols 2003). Par ailleurs, il est possible que les variations observées au niveau de l’occupation des sites entre 2003 et 2004 soient en partie attribuables aux différences d’effort d’échantillonnage entre les deux années d’inventaire. En effet, chaque site a été visité à trois reprises en 2003 et à huit reprises en 2004. Cette augmentation du nombre de visites, qui a précisé l’estimation de la probabilité d’occurrence d’une année à l’autre (Tableau 2), a donc pu générer la différence dans les taux d’occupation observés. De plus, les visites effectuées en 2004 comportaient une période d’écoute active de 5 min alors qu’en 2003, les visites impliquaient une période d’écoute passive de 10 min (Rioux et al. 2003). Nous considérons toutefois que ce changement de méthode n’a probablement eu que des répercussions marginales sur la comptabilisation des taux d’occupation. Et ce, car nous avons montré antérieurement que la probabilité de détection ne varie pas entre les méthodes (Rioux et al. 2003). 4.2 Phénologie du chant des mâles L’image obtenue de la phénologie du chant semble complète. La réalisation d’un échantillonnage intensif (période de 6 jours consécutifs) ayant été bien réparti sur l’ensemble de la période de reproduction nous permet d’être confiant quant à la représentativité de l’activité de chant observée. Il est donc très intéressant de constater que nous n’observons qu’un seul pic d’activité de chant alors qu’il est reconnu que deux pics distinctifs d’activité de chant sont observables chez les mâles Dindon sauvage (Bevill 1975, Porter et Ludwig 1980, Hoffman 1990, Kienzler et al. 1996). Le premier pic coïnciderait avec le démantèlement des agrégations hivernales alors que le deuxième, avec le pic d’incubation des oeufs (Bevill 1975, Porter et Ludwig 1980). La détermination des périodes de chasse printanière est souvent basée sur cette bimodalité de l’activité de chant des mâles, ces dernières étant fixées de manière à englober le deuxième pic d’activité de chant (Kurzejeski et Vangilder 1992:177). Cette stratégie de gestion est reconnue pour offrir de bonnes opportunités de chasse, tout en diminuant le prélèvement accidentel de femelles (Vangilder 1992, Kienzler et al. 1996). En supposant que le pic d’activité de chant que nous observons soit celui décrit comme étant le "premier pic", celui-ci serait en avance d’environ une semaine sur les premiers pics décrits par Bevill (1975), Porter et Ludwig (1980), Hoffman (1990) et Kienzler et al. (1996) (entre la deuxième et la troisième semaine d’avril au Québec versus entre la troisième et la quatrième semaine d’avril pour le Minnesota, la Caroline du Sud, l’Iowa et le centre sud du Colorado centre nord du Nouveau Mexique) et en retard de deux semaines sur celui de Miller et al. (1997) (entre la deuxième et la troisième semaine d’avril au Québec versus lors de la quatrième semaine de mars au Mississippi). Les conditions hivernales difficiles pourraient avoir pour conséquence de restreindre la durée de la période de reproduction au sein des populations nordiques en comparaison à ce qui est observé chez les populations plus méridionales. Cette pression de sélection pourrait expliquer pourquoi un seul pic d’activité de chant est perceptible au sein des populations nordiques. 11 Des résultats similaires à ce que nous observons ont également été trouvés au sein d’une population chassée du Mississippi (Miller et al. 1997). Les auteurs de cette étude avancent deux hypothèses alternatives afin d’expliquer le patron d’activité de chant qu’ils observent au sein de leur population. Selon eux, le pic d’activité de chant pourrait être influencé par le pic d’accouplement, la période de réceptivité des femelles ayant pour effet de stimuler les mâles à appeler le plus fréquemment possibles. Un volet de l’étude du comportement du Dindon sauvage qui eut lieu simultanément avec les travaux présentés dans ce rapport a permis l’observation de deux accouplements les 11 et 16 avril. L’observation de ces événements coïncide avec le pic d’activité de chant des mâles, ce qui tend à supporter l’hypothèse avancée par Miller et al. (1997). Les copulations étant des événements rares et difficilement observables en nature (seulement deux copulations furent observées en trois mois d’observations), le fait que nous ayons observé deux de ces événements en 5 jours est probablement la manifestation d’une importante période d’activité de ce comportement. Il est donc raisonnable de supposer que le pic d’accouplement ait pu concorder avec celui de l’activité de chant au printemps 2004. L’autre facteur pouvant influencer la période maximale d’activité de chant des mâles selon Miller et al. (1997) serait l’initiation de la ponte et non le comportement d’incubation. Puisque les femelles prennent normalement 2 semaines à pondre une nichée, l’activité de chant des mâles durant cette période serait influencée par les mouvements des femelles à l’écart des mâles. Durant cette étude, un nid fut découvert le 28 avril, près de Powerscourt en Montérégie. Le nid contenait 8 œufs et la femelle avait commencé à couver au moment de la découverte du nid. En supposant que la femelle en question ait mis 8 jours à pondre tous ses œufs à raison d’un œuf par jour (Williams et Austin 1988), la période de ponte pour cette femelle a dû commencer au plus tard aux alentours du 20 avril. Puisque nous n’avons pas fait flotter les œufs, il nous est impossible d’évaluer depuis combien de jours l’incubation avait débutée. Un autre nid a également été découvert à Mansonville, en Estrie, le 6 mai. Au moment de sa découverte, la femelle n’avait pas terminé de pondre. Lors d’une seconde visite le 7 mai, le nid contenait 11 œufs. Les dates de ponte pour ce nid ne concordent pas avec la période maximale d’activité de chant observée en Montérégie. Il est toutefois possible que le nid de Mansonville soit une deuxième nichée, ce qui pourrait expliquer sa désynchronisation par rapport à celui découvert en Montérégie. Il est également possible que la désynchronisation de la nichée de Mansonville par rapport à celle de la Montérégie soit due aux fluctuations latitudinale de la chronologie de l’activité de nidification (Vangilder et Kurzejeski 1995). Somme toute, force est de constater que ces conclusions sur l’activité de nidification de la population de Dindon sauvage du Sud du Québec sont embryonnaires. Tout semble indiquer qu’un suivi télémétrique couplé à des méthodes de capture marquage recapture nous permettrait de parfaire nos connaissances à ce sujet (Williams et al. 2002). 12 Remerciements : Nous voulons d’abord souligner la contribution de la Fédération québécoise de la faune (FQF) qui a stimulé la réalisation de cette étude par ses demandes répétées auprès de la Société de la faune et des parcs du Québec (FAPAQ). Nous remercions dans la même veine Monsieur Yves Messier de l’Association Chasse Pêche et Plein Air les Balbuzards pour son intérêt et son implication dans cette étude. L’inventaire du printemps 2004 a été réalisé grâce à la participation financière du Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, de la FQF, de la FAPAQ, de la Fondation Héritage Faune (FHF), des Balbuzards, de la Fondation de la faune du Québec (FFQ), du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et de l’Ordre des agronomes du Québec. De plus, un soutien logistique important a été fourni par l’Université de Sherbrooke, l’Université du Québec à Montréal et la compagnie Swarovski Optik. La réalisation de cet inventaire n’aurait pas été possible sans la participation de Christina Tania Furrer, Yan Cossette, Ludovic Jolicoeur, Denis Gervais et Cynthia Gamache, qui étaient présent chaque jour au lever du soleil pour dénombrer les dindons. Finalement, les nombreuses discussions avec Madame Héloïse Bastien et Monsieur Martin Léveillé de la FAPAQ, Messieurs Martin Savard et Alain Cossette de la FQF furent constructives et nous leurs en sommes reconnaissants. Des remerciements spéciaux sont également adressés à Yohan Dubois et à son équipe de recherche pour la divulgation de renseignements à propos de la découverte d’un nid de dindons dans la région de Mansonville. 13 Références Bevill W. V. Setting spring gobbler hunting seasons by timing peak gobbling. (1975). Proceedings of the National Wild Turkey Symposium 3: 198-204. 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