Mensans n°7 - Mensa France

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Mensans n°7 - Mensa France
Mensans
Numéro 7, janvier 2009, ISSN 1771-8813
LA COULEUR
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Bleu ciel ne
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Édité et publié par Mensa France, 20 rue Léonard de Vinci, 75116 PARIS.
www.mensa.fr
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à propos
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Mensa France
quelques mots sur l’association
l’adhésion.
les moyens
Mensa France est une
association à but non lucratif
(loi 1901) affiliée à Mensa
International. Pour pouvoir en
être membre, il faut avoir passé
dans des conditions régulières un
test psychotechnique approuvé
par le psychologue international
de Mensa et avoir atteint un
score se situant dans les 2 % les
plus élevés.
Lors des séances organisées
par Mensa France, nous faisons
passer trois de ces tests. Il suffit
donc d’en réussir au moins un
pour pouvoir devenir membre de
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La réussite aux tests donne un
accès à vie à l’association. Au
terme d’une première adhésion,
le membre n’est pas obligé de
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les tests
Mensa France organise des
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dans la plupart des régions.
L’adhésion peut également se
faire sur dossier.
Tous les détails peuvent être
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Mensa France tire ses
ressources des cotisations et des
séances de tests.
Il n’y a aucun salarié. Toutes les
activités sont organisées par des
bénévoles. Le fonctionnement
de l’association est assuré par
l’équipe du Comité National et
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Mensa International perçoit
6 % du montant des cotisations
enregistrées par Mensa France.
Les régions en perçoivent quant
à elles 20 %. Le solde est utilisé
pour le fonctionnement de Mensa
France, notamment l’édition de
ce magazine.
Mensa France consacre
une large part de son
budget à l’édition de ses
publications (Contacts,
Mensans, Annuaire). Le reste
sert entre autre à financer le
site internet, l’organisation
de l’assemblée générale
annuelle et les conventions
nationales semestrielles, mais
aussi l’Université d’été et des
conférences.
Mensans, ISSN 1771-8813.
Édité par Mensa France
Siret : 312 478 894 00032.
NAF 804D
Dépôt légal janvier 2009.
Imprimé par France Quercy,
Mercues, à 1 200 exemplaires.
Mensa France,
association loi 1901,
20 rue Léonard de Vinci
75116 PARIS
Contact : [email protected]
Site web : www.mensa.fr
Directeur de publication :
Alain SÉRIS
Rédacteur en chef :
Françoise COURTAUX
Suivi de fabrication : 3D2S
Ont également participé à
l’élaboration de ce numéro :
Agnex, Danielle Avez, Sofiane
Benazzouz, Marie-Pierre Boucly,
Michèle Boulogne, Emmanuel
Marc Dubois, Elizabeth GuryOberthur, Myriam Huant, Karl
Keradennec, Jean-Jacques
Kessis, Claude Massé, Gaston
Nougein, Patrick Vernin, Alain
de Wailly.
Photo 4e de couv. : EMD.
responsabilite
Mensa n’a pas d’opinion.
Mensa France permet à des
personnes au QI élevé de se
rencontrer.
Les textes sont publiés et les
activités sont organisées sous la
responsabilité de leurs auteurs et
organisateurs respectifs.
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Photos de montgolfières : Martine Besnainou
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Édito
Le courrier reçu après la
parution du n° 6 nous a un
peu déçus, mais pas vraiment
surpris : il disait l’attente
frustrée de ceux qui auraient
voulu un point de vue différent,
différent de ce qu’ils appellent
la vérité officielle. Il semblerait
qu’on nous reprochât de ne pas avoir publié les
articles qui n’ont pas été écrits ! Après tout, il est
légitime d’être méfiant quand on nous rebat les
oreilles de ce refrain lancinant – qui est d’ores et
déjà intégré au discours publicitaire –, « nous
sommes tous responsables du réchauffement
climatique dont les conséquences vont être très
graves ». C’est humain de refuser d’endosser une
telle responsabilité individuelle.
Le dossier proposé cette fois-ci était une tentative
de lâcher les freins de la créativité, c’est-à-dire
de transformer le potentiel en réalisation effective,
sur un sujet peu susceptible de déclencher la
polémique. Quoique ! La petite provocation en
couverture est là pour rappeler qu’il aurait pu y avoir
matière à déchaîner les passions ; heureusement,
il n’en fut rien. Le choix est celui de l’ignorante qui
aspire à la connaissance, et la souhaite venant de
toutes directions. Souhait exhaussé puisque les
contributions parlent de physiologie, de physique,
de chimie, de techniques de reproduction de la
couleur (picturales, photographiques, informatiques,
voire textiles), d’histoire, de différences culturelles,
d’arts divers, d’émotions, etc. J’ai cependant un
regret : que si peu de mensans aient osé la parole
à la première personne du singulier, comme si son
emploi était une mise en danger (une mise à nu) de
soi. C’est dommage, nous sommes si riches de ce
millier de JE.
« En attendant » est le thème du prochain
numéro. Vous pouvez envoyer vos contributions à
mag @ mensa.fr avant le 15 avril 2009.
Françoise Courtaux
Rédacteur en chef
La rédaction rappelle que Mensans n’est pas un
grand journal d’actualités économiques… aussi
nous laissons le soin à nos concurrents sérieux
de publier les sensationnelles informations qu’a
dénichées Notre Honorable Correspondant en
Principauté (la mise au point d’un appareil rendant
audibles les SMS semble-t-il).
Envoyez vos contributions à [email protected]
Sommaire
À propos de Mensa
2
Editorial
3
La vision humaine et la couleur
4
Synesthésie
6
Mots croisés de Michèle Boulogne
7
Petite déviation sur la colorimétrie
10
La couleur, qu’est-ce que c’est ?
14
Recettes diverses
17
Les couleurs des plasticiens
18
La couleur donne le ton
22
Couleur or not couleur ? en musique
24
La couleur sans les yeux
25
Noir et Or
26
Couleurs rares dans le vivant
27
Soigner par la couleur
28
La ville bleue
29
Solution des mots croisés
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Courrier de lecteur
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Principes scientifiques de la couleur
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Le récepteur
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La vision humaine et la couleur (les couleurs)
sofiane Benazzouz
L’œil humain est le siège d’un des cinq sens
reconnus du corps humain. Le tissu photosensible
qui transforme les signaux lumineux en signaux
électriques utilisables par le cerveau est la rétine.
Cette dernière tapisse le fond de l’œil et se compose
de plusieurs couches de cellules nerveuses.
Deux types de cellules photosensibles composent
la couche photosensible de la rétine. Ce sont les
bâtonnets et les cônes. Ils sont appelés de la sorte à
cause de leur forme. Les bâtonnets servent surtout
à la vision scotopique ; les cônes eux, servent
surtout à la vision photopique. La vision scotopique
est monochrome (vision en noir et blanc ou plutôt en
niveaux de gris), possède une faible acuité visuelle,
mais une excellente sensibilité à la lumière. La
vision photopique est colorée (polychromatique,
trivariante), possède une excellente acuité visuelle
mais une sensibilité à la lumière médiocre.
Nous nous intéresserons dans cet article à la
vision photopique, donc colorée de l’œil humain.
Nous verrons brièvement comment la rétine
transforme la lumière en électricité, puis comment
le cerveau restitue la sensation colorée. Ensuite,
nous aborderons le cas des anomalies de vision
des couleurs.
La lumière en tant qu’information nous parvient
du milieu extérieur sous forme de photons. Après
avoir traversé divers milieux transparents de l’œil
(cornée, humeur aqueuse, cristallin et corps vitré),
les rayons lumineux convergent sur la rétine.
Vision scotopique : Mode de vision de l’œil humain
lorsque la lumière ambiante est faible, on l’associe
souvent à la vision nocturne.
Vision photopique : Mode de vision de l’œil humain
lorsque la lumière ambiante est assez importante, on
l’associe souvent à la vision diurne.
Photon : Onde-particule élémentaire de la lumière dont
une des propriétés principale est sa longueur d’onde.
La lumière visible, mais aussi les rayons UV, les Infrarouges, les rayons X, les rayons gamma et beaucoup
d’autres encore sont tous des rayonnements électromagnétiques. Tous les rayonnements électromagnétiques
sont composés de photons.
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Les cônes se chargent de transformer les signaux
lumineux en signaux électriques. Les cônes
contiennent des pigments (Erythrolabe, chlorolabe
et cyanolabe). Chaque molécule de ces pigments
est composée d’une protéine fabriquée par l’œil et
du rétinal. Ce composé chimique est transformé à
partir de l’apport extérieur en rétinol qui n’est autre
que la vitamine A (d’où le fameux conseil populaire
de manger des carottes, c’est bon pour la vision).
L’impact d’un photon sur un pigment lui étant
sensible, transforme le rétinal d’une forme spatiale
à une autre, cette dernière transformation provoque
une série de transformations chimio-électriques ;
transformations qui conduisent à la modification
du potentiel électrique de la cellule. Il y a donc
création d’un signal électrique qui après avoir été
traité par plusieurs couches de cellules nerveuses,
est transmis à travers le nerf optique au cerveau.
Les aires optiques de ce dernier se chargeront de
reconstituer les images.
Les cônes se divisent en trois types : L (long),
M (médium) et S (short). Les pigments contenus
dans chacun des trois cônes ne sont pas sensibles
à la même longueur d’onde. Ainsi les cônes L sont
sensibles surtout à la couleur jaune (mais ce sont
surtout les seuls sensibles à la couleur rouge) ; les
cônes M sont surtout sensibles à la couleur verte ;
les cônes S sont surtout sensibles à la couleur
bleue. Les cônes sont situés en majorité dans la
Erythro =rouge, chloro =vert, cyano =bleu préfixes
de couleur de même que leuco=blanc, xantho=jaune,
mélano=noir, etc.
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zone centrale de la rétine –la macula-, au-delà leur
présence se raréfie, ce qui explique que la majorité
de la sensation colorée provienne de la vision
centrale de l’œil. En page précédente, le schéma
représente la sensibilité des trois types de cônes en
fonction de la longueur d’onde (donc la couleur).
Étudions maintenant un signal lumineux. On dit
qu’une lumière est monochromatique lorsqu’elle
est composée d’une seule longueur d’onde et donc
d’une seule couleur. La lumière issue par exemple
d’une lampe à néon est monochromatique. Une
lumière est dite polychromatique lorsqu’elle est
composée de plusieurs longueurs d’onde ou
d’une partie du spectre lumineux. Une lampe à
incandescence –ou le soleil- émettent une lumière
polychromatique.
Chaque type de cône étant sensible à une
longueur d’onde, les cônes ne réagissent pas de
la même manière à une lumière monochromatique.
Par exemple une lumière monochromatique de
couleur jaune stimulera les cônes sensibles au
vert et au rouge, mais pas ceux sensibles au bleu ;
une lumière monochromatique cyan stimulera
les cônes sensibles au bleu et au vert, mais pas
ceux sensibles au rouge. Par contre une lumière
blanche (forcément polychromatique) stimulera
les trois types de cônes avec une égale intensité.
La couleur perçue par l’être humain est en fait une
recomposition des trois signaux, recomposition
effectuée par le cerveau.
Une représentation schématique de cette vision
trivariante est donnée par le triangle de Maxwell.
Ce triangle équilatéral a pour sommet chacune
des trois couleurs principales (à noter que ce sont
les trois couleurs primaires du cinéma et qu’on les
utilise pour schématiser la vision humaine, mais ce
n’est pas la seule solution : par exemple Rouge,
bleu et jaune est également une solution valable).
Le codage RVB (ou RGB en version anglosaxonne) est d’ailleurs à la base du codage des
écrans d’ordinateurs par exemple. Chaque nuance
de couleur est définie par deux paramètres : la
position du point représentant la couleur au sein du
triangle de Maxwell et sa luminosité. Plus le point
Le récepteur
représentant la couleur est proche d’un des trois
sommets, plus la couleur primaire correspondante
sera prépondérante.
Le diagramme ci-dessus a été institué par la
commission internationale de l’éclairage pour
corriger certains défauts du triangle de Maxwell.
Le principe reste le même. La ligne courbe ovale
représente les couleurs spectrales pures. La ligne
droite reliant le rouge et le bleu représente la ligne
des pourpres. La couleur pourpre n’existe pas en
tant que lumière monochromatique, elle ne peut
être que la superposition du rouge et du bleu.
Un système de codage de couleur appelé TLS
pour teinte, luminosité et saturation complète le
système RGB. La saturation exprime la pureté de
la couleur. Une couleur saturée à 100 % est une
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Subjectivité
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couleur pure, une saturation à 0 % donne du blanc.
Par exemple du rouge saturé à 100 % donne du
rouge pur, du rouge saturé à 50 % donne du rose
alors que du rouge saturé à 0 % donne du blanc.
Ces différents systèmes de codage de couleurs
sont abordés avec plus de détails dans d’autres
articles de ce numéro.
Intéressons-nous maintenant aux anomalies de
vision des couleurs qui peuvent atteindre l’œil.
Comme la vision des couleurs se fait par le biais
des cônes, c’est l’absence ou le dysfonctionnement
de ces derniers qui provoquent ces anomalies.
L’ensemble de ces anomalies est regroupé sous le
terme dyschromatopsies. Le facteur héréditaire joue
un rôle non négligeable dans leur prédominance.
Ces anomalies touchent environ 9 % des hommes
et 0.6 % des femmes. Lorsque un type de cônes
est absent ou non fonctionnel, ces anomalies sont
appelées dichromatopsies (en fait deux types de
cônes sont fonctionnels). Deux types de cônes non
fonctionnels conduisent aux monochromatopsies.
Bien entendu lorsque les trois types de cônes sont
absents ou non fonctionnels, la vision photopique
est absente, nous nous trouvons dans le cas des
achromatopsies. Il existe un cas « exotique », où
les trois types de cônes sont fonctionnels, mais
où les proportions des différentes couleurs sont
différentes de celle de l’œil normal, ces anomalies
sont appelées les trichromatopsies anormales.
Les achromates ne peuvent « compter » que sur
leurs bâtonnets pour former l’image, il en résulte
une vision très dégradée (type vision de nuit) où
l’acuité visuelle est très faible. Ce type d’anomalie
est très rare.
Les monochromates ont une vision monovariante
correspondant à une vision en noir et blanc
avec cependant une acuité visuelle intacte. La
monochromatopsie est exceptionnelle. Elle est
due le plus souvent à l’absence de deux types de
cônes. Cependant il existe des cas rares où les trois
types de cônes sont présents et où les troubles sont
d’origine neurologique.
Les dichromates représentent le quart des
déficients de la vision colorée. Du fait de l’absence
d’un des trois types de cônes, ils confondent certaines
couleurs. Par exemple, si les cônes L (sensibles au
rouge) sont absents, le sujet confondra la couleur
jaune (rouge +vert) et la couleur verte pure. Ces
anomalies sont divisées en trois groupes :
• Les protanopes sont aveugles au rouge
• Les deutéranopes sont aveugles au vert
• Les tritéranopes sont aveugles au bleu
Les trichromates anormaux représentent environ
les trois quarts des dyschromatopsies. Leurs trois
types de cônes sont présents et fonctionnels, mais
la formation des différentes couleurs n’est pas la
même que celle des sujets normaux.
Sofiane Benazzouz
Synesthésie
Marie-Pierre Boucly
Les synesthétes « graphème couleur » ont l’expérience de couleurs lorsqu’ils pensent à une lettre ou à
un chiffre, mais chaque synesthésie est propre à celui ou celle qui la vit.
N’en déplaise à Arthur Rimbaud et ses A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, j’ai toujours vu :
A blanc, E bleu, I jaune, O rouge, U vert.
A, petite bulle de neige. Déposée au creux du mot, A lui apporte sa fraîcheur.
E, océan, si bleu, si calme. E est serein. S’il grisonne et s’attriste, c’est le È mélancolique. La colère du ciel
et des vagues, voilà le É bougon.
I, exclamation acidulée et serratique. I, c’est le moustique qui asticote la phrase.
O, arènes sanglantes, passion et folie, O éclate de son rire somptueux de grenat.
U, herbe, ondoyante et parfumée, sur laquelle les autres voyelles se reposent.
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HORIZONTALEMENT
1. Comme la radiation d’un laser ou une toile de
Klein. 2. Sauvegarde et produit images et sons
– Ont la nature du sable – Un peu d’ocre. 3. Associe
son et couleur – Reine d’Espagne (avait-elle les
cheveux jaune pâle ?). 4. Sortie en Mer Rouge
– Ajouta un délai. 5. Ne pas convenir – Un petit
coin de ciel. 6. Base d’une activité ludique – Donne
lieu à une foire chez Anouilh. 7. Comme le Renard
de Surcouf – Début d’adresse – Tête de rocher.
8. Éclats de rochers – Se balance en Malaisie
– Préfet algérien. 9. Attire l’attention du lecteur – Ce
bain peut vous rendre la peau plus blanche mais
je vous le déconseille ! – Pour faire, sans bouger,
le tour du monde en couleurs. 10. Abrégé de carte
– Auteur du Scarabée d’or et du Chat noir. 11. A de
noirs desseins. 12. Mettrions en garde – Propriétaire
noir d’une petite habitation. 13. Note – Tourbillon
pas paresseux – A dû passer par le précédent avant
de finir au vin blanc – Article. 14. Dans sa Théorie, a
réparti les couleurs en 3 classifications – Métal gris
blanc très malléable. 15. Préposition – Donnera de
jolis bourgeons verts ou de belles cerises rouges
– A chanté le Coquelicot comme la Fleur bleue.
VERTICALEMENT
1. Peuvent dépendre des couleurs en main – Peut
s’orner d’un boa rose – Couleur ou herbacée.
2. Variété d’agate aux couleurs nuancées – Premier
dichromate identifié. 3. Mesure la vitesse de la
couleur – Morceau d’étoffe. 4. Chatouillent le nez
– Illusion souvent bleue. 5. Vêtements qui prêtent
au rire – Peut valoir une médaille d’or. 6. Une
herse sans ses blancs – Personnel – Entoure le
ciel quand elle est de lit – Conjonction. 7. Chinoise
aux couleurs variées et au cœur souvent jaune.
8. Suffixe rencontré dans le cétone jaune clair – Me
décidai – Négation – Exclamation. 9. Personnel
– Rivière aux couleurs du sud – Dur plutôt blanc qui
soutient du mou – Couverture grise. 10. Produisent
un métal blanc – Sauva Ulysse des flots bleus.
11. Détecte les erreurs – Placer pour guetter.
12. Son disque décompose le spectre – Saison aux
couleurs chaudes. 13. Un peu de brun – Barbouillent
la peinture ou la tartinent – Finit à minuit. 14. Douce
mais très désordonnée – Vague qui porte les
amateurs de tueries – En Asie mineure.15. Nécessite
un ajout de blanc ou un apport de lumières.
Mots croisés de Michèle Boulogne
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Appel... au peuple
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Petites déviations sur la colorimétrie
Myriam Huant
Je profite de l’appel à contribution lancé sur
le thème de la couleur pour lancer mon propre
appel : croyant aux vertus de l’intelligence
collective, je cherche des coauteurs pour écrire
un livre (docu‑fiction) sur deux peintres de la fin
du xixe siècle, début du dernier, en travaillant à
la fois sur les aspects artistiques, scientifiques et
psychologiques de leurs évolutions respectives.
J’aimerai inclure ici cette définition de la
psychanalyste Marion Milner (élève de Winnicott)
pour éclairer ma pensée :
Artiste et scientifique : hommes qui acquièrent une
expérience spéciale de la vie – affective chez l’artiste,
• la saturation, permet de qualifier une couleur de
lumineuse ou atténuée. En ajoutant du gris, on
rend la teinte moins saturée, ou plus insaturée.
Les couleurs sont ordonnées dans un espace
en trois dimensions qui ressemble à un arbre. Le
tronc (l’axe vertical) constitue une échelle de tons
neutres de gris, le noir étant placé à la base et le
blanc à la cime, on y mesure la clarté. Les teintes
sont situées sur un cercle chromatique entourant le
tronc. Les axes horizontaux, de longueurs variables,
représentent le degré de saturation de chacune des
teintes.
L’arbre de Munsell :
perceptuelle chez le scientifique – expérience qui
nie le moi commun ou le monde social ordinaire et
qui requiert par conséquent, un remodelage de ces
mondes pour inclure la nouvelle expérience (repris
de Christopher Caudwell, 1937) [...]
Nous voyons par ailleurs (page 10) que la couleur,
se mesure selon sa longueur d’onde, plus ou moins
courte : de 0,380 nm pour le violet à 0,780 pour le
rouge.
Or ce n’est pas le seul critère de mesure. En
effet, s’il existe plusieurs systèmes de mesure de la
couleur […], tous s’accordent pour mesurer la couleur
selon 3 dimensions. Nous reprendrons ici un de ces
systèmes, à savoir celui de Munsell (inventé en 1909,
premier système tridimensionnel uniforme).
Dans ce système, les couleurs sont définies selon
3 paramètres :
• la teinte (ce que nous avons vu précédemment
avec les longueurs d’ondes : rouge, jaune,
orange ou vert par exemple),
• la clarté, elle permet de qualifier une teinte de
pâle ou foncée, ou encore de claire ou sombre,
Voir notamment l’article sur le Web 2.0 et les réseaux
sociaux , et en particulier la différence entre un wiki
et un projet de livre collectif : http://blog.axiopole.
info/2008/01/24/ecriture-collective-collaborative/
Milner (M.), 1969, Les mains du dieu vivant, Gallimard.
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Exemple de saturation pour le rouge :
On appelle le système TCS, HSV en anglais pour
hue, value (pour clarté) et saturation (ou chroma).
Après de savants calculs le système Munsell est
convertible dans d’autres systèmes colorimétriques
plus récents, comme celui de la CIE (Commission
internationale de l’éclairage), utilisé dans les
logiciels d’illustration par exemple.
Retenez bien cette notion de saturation car c’est
ici que les Athéniens s’atteignirent… J’aimerai en
effet trouver des gens intéressés pour coécrire un
Pour qui veut en savoir plus voir aussi le cours
de 2006 de F.Geniet de l’université de Montpellier
intitulé Introduction à la couleur pour les systèmes
de mesure de couleur sur www.irem.univ-montp2.fr/
optionsciences/20052006/couleur.ppt
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livre (semi-fiction, semi-documentaire) sur deux
peintres qui ont travaillés il y a 150 ans environ.
L’un était danois et l’autre français, ils étaient
nés à un an de différence, en 1863 et 1864. Ils
peignaient tous les deux. Ils peignaient la lumière.
L’un des deux, touche-à-tout, faisait aussi de la
photo, de la sculpture, de la céramique. L’autre
plus académique, si l’on m’autorise cette opinion,
se « cantonnait » à la peinture (avec des travaux
intéressants sur l’ésotérisme et la spiritualité).
Ils se rencontrèrent alors qu’ils avaient la trentaine.
Leur rencontre eut lieu en Bretagne. Pays du gris,
mais aussi du vert, du bleu, et encore du jaune,
du mauve, du rouge et de l’orange pour qui sait
regarder…
Ils rencontrèrent aussi un troisième peintre très
connu, G., qui les influença fortement dans leur
manière de peindre et de représenter la lumière.
Pourtant après cette rencontre leurs peintures
évoluèrent aussi chacune leur chemin, l’un semblant
de plus en pessimiste alors que l’autre paraissait
atteindre une certaine sérénité. Et paradoxalement
ce dernier était celui qui avait modifié sa palette de
couleur en y incluant du gris. Le gris, ou plutôt les
gris…
D’où le préambule « scientifique » de cet article
sur la notion de saturation. L’« optimiste » mourra
à 63 ans, le pessimiste à 95, ayant donc 32 ans
de plus que son collègue pour explorer ses états
d’âme. L’« optimiste français », travaillant de façon
de moins en moins saturée, s’appelait Sérusier, le
« pessimiste danois » Willumsen.
Pour ce dernier, une rétrospective importante
a eu lieu au musée d’Orsay à Paris en 2006. Je
me demande si je n’ai pas fait une erreur, erreur
d’analyse… S’il ne s’agit pas simplement d’une
histoire d’âge, car ses tableaux de jeunesse,
dont des baigneurs, sont extrêmement lumineux.
Peut‑être s’agit-il seulement d’une semi-erreur par
rapport à une certaine peur de la nature que l’on
ressent en vieillissant : son tableau le plus connu
« Après la tempête », a été peint en 1916 à 53 ans.
Mid-life crisis ??… Voilà, j’attends vos réactions sur
le sujet.
appel... au peuple
Et si vous êtes intéressés par un (ou plusieurs)
autre(s) projet(s) d’écriture collective, j’ai encore
quelques idées colorées en maturation pour
d’éventuels tomes 2 et 3 – ou chapitres si nous
sommes « à sec » sur le premier ouvrage. Le tome 2
pourrait être consacré à l’extraordinaire lumière
jaune que l’on trouve à Oxford, due principalement à
la pierre utilisée pour les bâtiments de l’Université :
le calcaire des Cotswolds. Serait‑elle à l’origine de
l’esprit à la fois festif et studieux que l’on retrouve
dans ces rues ? Quant au tome 3, il serait plutôt
axé sur le rouge, une couleur qui pourrait faire
plusieurs tomaisons à elle-seule, mais qui, pour
cet opuscule, serait étudiée via le prisme d’une
fête indienne, Holi, où tout le monde se jette des
« gulal » (poudres colorées) les uns sur les autres,
notamment du rouge.
Donc si vous êtes intéressés, à vos plumiers…
Myriam Huant
Photo © Axel Goulée
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Données objectives
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Principes scientifiques de la couleur
Jean-Jacques Kessis
On se limite ici aux aspects « objectifs » de la
couleur et de sa perception. Ils sont plutôt bien
établis maintenant et relèvent de plusieurs sciences
« dures » et biologiques. J’espère que cet exposé
positiviste ne masquera pas la réelle poésie du sujet,
présente par ailleurs je pense, et manifeste dans les
images.
ASPECTS PHYSIQUES
La lumière
L’univers
est
rempli
de
rayonnements
électromagnétiques qui se propagent à l’infini dans
toutes les directions comme des houles entrecroisées.
La longueur de ces ondes est très variable, des plus
longues – les ondes de radio – aux plus courtes,
les rayons gamma, une forme de radioactivité. Leur
vitesse est c, la plus grande possible. Des particules
associées, les photons, sont un autre aspect
– quantique – du même phénomène.
Tout cela nous passe inaperçu, à l’exception d’une
toute petite bande de fréquences qui impressionne
notre œil : le spectre visible, qui s’étend entre
les longueurs d’ondes 0.7 micromètre (rouge) et
0.4 micromètre (violet). Ce spectre est déployé à
partir d’une lumière blanche par un prisme, un biseau
de miroir, ou en arcs-en ciel par les gouttelettes
en suspension d’une atmosphère pluvieuse.
Newton (1643-1727) a étudié tout cela, y compris
la recomposition du blanc au moyen d’un toton
multicolore.
Ainsi la lumière qui nous entoure est un mélange
de radiations colorées. Mais la plupart des couleurs
réellement perçues ne sont pas seulement les
couleurs du spectre, espace unidimensionnel. Cette
richesse de la teinte est représentable en deux
dimensions par divers triangles de couleurs, que l’on
peut voir dans les logiciels graphiques. Pour être
complet il faut ajouter à la teinte la saturation et la
luminosité (que l’on peut diminuer respectivement,
en peinture, par un ajout de blanc et. de noir). Ces
paramètres modifient l’aspect et parfois le nom de
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la couleur ; ainsi le rose est un rouge non saturé, le
marron un orange à faible luminosité.
Les objets passifs
Nous percevons la lumière qui nous est envoyée
par les objets environnants. Ceux-ci sont la plupart
du temps passifs : ils absorbent sélectivement une
partie de l’éclairage ambiant et renvoient le reste.
La couleur d’un tel objet est liée à cette absorption
sélective : une feuille est verte parce qu’elle absorbe
les parties rouge et bleue du spectre. Dans cet
exemple la couleur, celle de la chlorophylle, a une
valeur fonctionnelle pour la plante et pour nous : les
rayonnements absorbés sont le moteur énergétique
de la photosynthèse des sucres et autres molécules
qui nous nourrissent.
La couleur perçue varie selon l’éclairage, qui est luimême un mélange variable de radiations : il y a divers
« blancs » caractérisés chacun par une température
de couleur (Coluche avait tort : plus blanc que blanc,
ça existe). Les éclairages artificiels sont souvent
trompeurs. A la limite l’éclairage au sodium (jaune
monochromatique) de certains tunnels routiers noircit
les voitures rouges.
Les objets actifs
Les objets actifs (étoiles, lampes, leds, lasers,
écrans, feux d’artifice, etc…) émettent leur lumière
propre. Ils sont généralement fabriqués (sauf les
astres…). Cependant il existe une bioluminescence
des vers luisants et de beaucoup d’animaux marins,
due à une réaction biochimique qui produit un
photon.
Certains objets sont mixtes de ce point de vue :
ils sont fluorescents, c’est à dire que certains des
photons absorbés sont réémis avec une couleur
différente, plus proche du rouge (photons moins
énergétiques). Ainsi les objets « fluo », bien
reconnaissables à leur éclat particulier, transforment
l’ultra-violet invisible en couleur visible. Cet effet est
exploité par la mode et par les systèmes de « lumière
noire » - et les lessives.
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Données objectives
Couleurs physiques
Pigments minéraux
La couleur des objets a le plus souvent des causes
chimiques (voir ci-dessous). Cependant parfois,
comme pour le prisme et l’arc-en-ciel, la physique
seule est en jeu – il n’y a pas de pigments. En
particulier des lames très minces apparaissent
colorées par un effet d’interférence. C’est le cas des
irisations de traces d’hydrocarbures à la surface des
caniveaux, des bulles de savon et des couleurs des
papillons dont les ailes sont couvertes d’écailles très
minces. D’autres effets physiques peuvent produire
des couleurs : diffusions (bleu du ciel ou des yeux),
rayures fines et serrées (sillons des disques CD)...
Ah ! J’allais oublier ! Tout corps rayonne en
permanence un spectre continu en fonction de sa
température (théorie du corps noir). Nous-mêmes
(37°C si tout va bien) nous émettons des infrarouges,
invisibles pour nous, mais appétissants pour les
moustiques. On peut ainsi nous voir dans le noir,
tels des fantômes, au moyen d’une caméra spéciale.
Vers 500° ce rayonnement spontané passe dans le
spectre visible (rouge sombre du fer des forges…
ou du sol de la planète Vénus). Puis, en montant
en température, la couleur de cette incandescence
passe à l’orange ou au jaune (magnifiques laves
des volcans, acier en fusion…), jusqu’au blanc qui
nous vient de la surface du Soleil (environ 6 000°).
Nos ampoules ordinaires à filament (environ 3 000°)
donnent un blanc moins éclatant, insuffisant pour une
bonne appréciation des couleurs.
Les substances minérales (oxydes métalliques
surtout) sont souvent vivement colorées, et fort
durables. Les dérivés du fer colorent les paysages
et les gravures rupestres. Le maquillage, la peinture
corporelle ou artistique, les vitraux font appel depuis
longtemps aux minéraux : magnifique vermillon de
l’oxyde de mercure, bleus de cobalt et de prusse,
verts de cuivre, jaunes de chrome, rouilles et ocres
des oxydes de fer, charbon…
Notons que les feux d’artifice et lampes peuvent
devoir leur couleur active à l’émission spécifique
d’ions métalliques : sodium (jaune), lithium (rouge)...
ASPECTS CHIMIQUES
La couleur est la plupart du temps liée à la nature
chimique de la surface des objets opaques, ou
de la masse pour les objets transparents. Cette
nature chimique conditionne l’absorption sélective
de certaines longueurs d’onde, c’est-à-dire l’aspect
coloré. C’est compréhensible : les électrons
périphériques des atomes, qui régissent les propriétés
chimiques, interviennent aussi dans les interactions
matière-lumière.
Très tôt les êtres humains ont su modifier les
aspects de surface par apport de pigments : ce sont
les peintures : rupestres, corporelles et autres.
Pigments biologiques
Les êtres vivants produisent de nombreuses
substances organiques colorées : teintures végétales
(l’indigo des blue-jeans, la garance des pantalons
des soldats), encres des animaux marins (sépia des
seiches, « pourpre des Césars » tirée du coquillage
Murex…). Là aussi l’usage est ancien. Cependant
la stabilité dans le temps est moins grande, car
les molécules organiques sont biodégradables,
et photosensibles. Outre ces aspects utilitaires, la
nature vivante entière – fleurs, oiseaux, poissons… –
chatoie de pigments splendides, ayant souvent une
fonction liée à la reproduction. Ces touches colorées
se détachent sur le vert universel de la chlorophylle.
Couleurs synthétiques
Peu à peu la chimie organique en progrès a su
déterminer les causes moléculaires de la couleur,
et synthétiser des molécules nouvelles colorées. La
première famille de colorants synthétiques dériva
de l’aniline. Les textiles actuels, les peintures,
l’impression font grand usage de ces colorants
organiques qui offrent une palette très large.
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Données objectives
PHYSIOLOGIE DE L’ŒIL HUMAIN
La couleur est perçue par l’ensemble œil-cerveau
qui détecte et met en ordre le mélange de radiations
observé. On ne peut donc pas se dispenser d’étudier
les propriétés de l’œil. Soit dit en passant, notre
oreille elle aussi discrimine des fréquences, celles
des sons, vibrations matérielles de l’air. C’est sans
doute pourquoi certains critiques artistiques aiment à
voir des cadences dans la peinture et des colorations
dans la musique.
Œil normal
La rétine est la surface sensible. Pour les jeunes
informaticiens, disons que c’est l’analogue du capteur
de leurs appareils photos. La rétine normale se
compose de deux catégories de cellules détectant la
lumière : les bâtonnets et les cônes. Les bâtonnets, de
forte sensibilité, sont utiles la nuit, et tous semblables.
Ils ne donnent donc pas d’information de couleur : la
nuit, tous les chats sont gris.
Les cônes en revanche, sont de trois sortes, qui
diffèrent par leur courbe de sensibilité spectrale. C’est
l’intégration de leurs informations par le cerveau qui
apporte la perception de la couleur.
Cette structure commune, et l’identité des courbes
spectrales de la plupart des gens, permettent de
nommer les couleurs avec un large consensus, bien
que beaucoup de gens aient un vocabulaire pauvre
en la matière. Cependant il existe des perceptions
anormales de la couleur : les dischromatopsies
(v. ci‑dessous).
Pour être tout à fait complet notons que les
mécanismes perceptifs cérébraux sont complexes :
Edwin Land (1909-1991), inventeur par ailleurs des
différents « polaroïds » (lunettes et appareils photo),
et d’autres chercheurs, ont noté diverses sortes
d’illusions colorées et d’effets de contexte.
Soit dit en passant d’autres mammifères, notamment
nos familiers chiens, chats et bétail (même les
taureaux !) sont moins doués. Les performances
colorées, plutôt haut de gamme, d’homo sapiens
sont probablement héritées de nos ancêtres primates
frugivores arboricoles. Le signal couleur et sa
perception ont coévolué sans doute, indiquant (pour
nous) que le fruit est consommable et (pour l’arbre)
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que le noyau est prêt à être transporté et jeté. Ainsi
les végétaux utilisent et rétribuent notre mobilité…et
notre désordre simiesque. D’autres animaux utilisent
également le signal couleur pour se nourrir. Les
abeilles par exemple, qui ont coévolué avec les
fleurs, sont trichromatiques comme nous, mais
perçoivent l’ultraviolet. Leur travail de pollinisation est
rétribué en nectar. Oiseaux et marsupiaux nous sont
supérieurs : ils sont quadri-chromatiques.
Dyschromatopsies
Ces affections congénitales caractérisent un œil
différent du standard ci-dessus. Elles varient dans
leur intensité et leur nature. Il existe des recueils
de tests colorés qui permettent un diagnostic
immédiat.
À la limite (achromatopsie, rare, 0.003 %), on n’a
aucune perception des couleurs. Les chats restent
gris toute la journée, et tous les films sont en noir
et blanc.
Le daltonisme – ainsi nommé du chimiste Dalton
(1766-1844) qui en était atteint et le décrivit - est un
des types de dyschromatopsie. En gros, il consiste à
ne pas distinguer le vert du rouge, ce qui est gênant,
par exemple, dans la circulation, ou pour juger de
la maturité des fruits, et prohibitif dans la SNCF, la
marine et l’aviation. Un de mes amis s’en aperçut
enfant lorsqu’on l’envoya cueillir des cerises. Il est
devenu historien…
D’autres faiblesses légères sont assez courantes,
notamment l’une qui sévit dans la région bleu-violet.
Il faut noter que les gènes de vision des couleurs
sont portés par le chromosome sexuel X. Il s’ensuit
que les dysfonctionnements de la vision des couleurs
sont plus fréquents chez les hommes (XY), environ
8 %. En effet, chez les femmes (XX) un X porteur
d’un gène anormal de dyschromatopsie pourra être
compensé par un second X normal : la vision sera
normale, mais l’anomalie transmissible. Encore un
sujet de débat dans les couples…
Pour être complet, disons que certaines femmes
seraient quadri-chromatiques, comme les oiseaux.
À propos, la couleur du pelage des chats est aussi
portée par le X. C’est pourquoi les chats tricolores
sont des chattes.
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UN PEU DE TECHNOLOGIE :
LES IMAGES EN COULEUR
Images actives et passives
L’art et la technologie se sont
appliqués depuis longtemps à produire
des images en couleur, soit passives
(peintures, illustrations, photos), soit
plus récemment actives (écrans).
Les images passives, comme
les objets courants, opèrent par
absorption. Lorsque des pigments sont
mélangés, leurs absorptions s’ajoutent.
Ce sont ces règles de mélange
« soustractives » que nous apprenons
lorsque nous faisons de la peinture.
Les images passives font appel en
général aux pigments chimiques
Une image active, juxtaposition
d’émetteurs colorés, opère en revanche
selon des règles additives.
Citons à part le pionnier français de la photo
couleur Lipmann (1845-1921, prix Nobel), qui
utilisait un principe physique interférentiel, comme
les papillons.
Alors que l’art pictural utilise le plus souvent des
plages colorées, la technologie a plutôt divisé les
images en petits grains, comme le fait notre œil
– ce sont les « pixels » (picture elements) des
informaticiens et des photographes numériques.
La photo « argentique », pratiquement abandonnée
maintenant, paraît continue, mais elle a en réalité un
grain, généralement très fin. D’ailleurs l’argentique
couleur mettait en œuvre de petits grains d’amidon
colorés ; il était donc additif. La photo « numérique »
actuelle est essentiellement pixellisée, tant dans
son acquisition que dans sa visualisation par écrans
ou imprimantes.
Les distinctions précédentes ne sont pas absolues.
Ainsi la peinture impressionniste a des aspects à la
fois divisionnistes et actifs plus ou moins marqués.
Données objectives
fondamentales ». Cette trichromie est
indispensable pour coïncider avec
notre perception. Une civilisation
d’oiseaux utiliserait une composante
de plus.
Pour les images actives (écrans,
télé), il s’agit en général du bleu, du
vert et du rouge. Le jaune par exemple
sera alors produit additivement par
allumage de pixels vert et rouge
voisins.
En
revanche
en
imprimerie,
technique soustractive, les couleurs
fondamentales sont un pourpre
(« magenta », absent du spectre),
un vert-bleu (« cyan ») et le jaune.
Le rouge par exemple sera produit
par superposition des pigments
magenta et jaune. Le pigment noir est
également disponible. C’est pourquoi
les imprimeurs parlent de quadrichromie.
Notons qu’il s’agit là d’une approximation,
satisfaisante mais pas parfaite, surtout en défaut
pour les couleurs claires et vives. C’est pourquoi
certaines imprimantes récentes (« photo ») ont
plus de quatre encres. La peinture classique,
soustractive aussi, souffre du même défaut de
clarté, d’où l’invention de l’impressionnisme.
POUR CONCLURE…
J’ai tenté ici de délimiter scientifiquement le sujet
de la couleur, « du point de vue de Sirius ». Je ne
suis pas pour autant insensible aux autres aspects.
D’ailleurs, quoique appartenant au genre XY suspect
de mauvaise perception, je suis parfaitement
capable de distinguer un polo « tilleul » (j’en ai un)
d’un autre « citron ». Plus sérieusement, ce n’est
pas un hasard si les splendeurs de la Couleur ont
fait des Lumières le symbole de la Curiosité et de la
Connaissance.
Jean-Jacques Kessis
Couleurs « fondamentales »
Comme notre œil, les technologies représentent
les couleurs par trois composantes dites « couleurs
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Kaléidoscope
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Au fait, la couleur, qu’est-ce que c’est ?
Gaston Nougein
De toutes les perceptions, il est probable que
ce soit celle qui est la plus difficile à définir.
Parodiant Saint-Augustin lorsqu’il essayait de
définir ce qu’est « le temps », on pourrait dire
que tout le monde sait ce qu’est la couleur, mais
que personne n’est capable de l’expliquer. C’est
une sensation physiologique, une construction de
notre cerveau. Elle existe telle qu’elle est et telle
que nos yeux la perçoivent (nos yeux humains
seulement, jusqu’à preuve du contraire), parce que
le soleil est là pour éclairer et parce que, suivant les
lois de l’évolution, la sensibilité de nos yeux s’est
élaborée en fonction de son spectre. Donc, sur le
plan purement humain, la lumière artificielle de nos
lampes et toutes les autres lumières n’éclairent
et ne rendent les choses visibles et colorées que
parce que leur spectre est identique à celui du
soleil, ou compris à l’intérieur de celui du soleil ; ceci
à une exception près, et dans un cas précis : celle
de l’éclairage en UV. (voir plus loin).
La couleur est dans l’œil de celui qui la regarde.
Il est démontré que nous ne la percevons pas tous
d’une manière tout à fait identique et qu’elle nous
fait réagir imperceptiblement, mais différemment
suivant notre état d’âme du moment, notre
différence génétique, notre culture, notre éducation
(l’éducation de l’œil, cela existe) et nos émotions.
Sans oublier, bien sûr, la nature du sujet regardé,
son mode d’éclairage, sa forme, sa qualité, son
intensité et l’aspect de son entourage.
Donc la couleur d’un corps est celle de la
lumière que l’œil reçoit de lui. Cette couleur peut
être émise par ce corps. Elle est caractéristique
de la température de corps émetteur et du mode
d’excitation. Un moyen simple de produire une
couleur, c’est de le chauffer. S’il n’est pas évaporé
avant, à 500°C, il sera rouge-sombre ; à 750°C,
il sera rouge-cerise ; à 900°C, il sera orange ;
à 1000°C, il sera jaune et enfin, à 1200°C il sera
devenu blanc. Pas plus difficile que cela ! Et
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pourtant, il a fallu attendre le début du siècle
dernier pour concrétiser cette constatation qui a été
l’une des bases de la physique moderne et de la
mécanique quantique. C’est pourtant par ce moyen
empirique que, depuis la nuit des temps,les potiers
déterminaient la température de leur four. La lumière
peut être également réfléchie, diffuse ou transmise
par transparence au travers du corps observé.
On dit alors qu’un corps est blanc, quand éclairé
par de la lumière blanche, il transmet à l’œil de la
lumière blanche. S’il absorbe plus particulièrement
certaines longueurs d’onde, sa couleur, lorsqu’on
l’éclaire en lumière blanche, sera complémentaire
de la couleur absorbée. C’est cette couleur
complémentaire qu’on appelle « couleur propre du
corps ». Et la couleur apparente d’un corps éclairé
par de la lumière colorée dépendra donc de cette
lumière. Si la couleur incidente est complémentaire
de celle du corps, celui-ci apparaîtra noir. Ainsi,
sous la lumière rouge du photographe, un papier
blanc et un papier rouge auront le même aspect,
alors qu’un papier vert apparaîtra noir. Lorsque la
couleur d’un corps d’un corps et celle de la lumière
qui l’éclaire sont composées, la couleur apparente
du corps est la couleur donnée par l’ensemble
des longueurs d’onde communes : un corps bleu,
éclairé par de la lumière jaune, paraît vert, etc. etc.
Ainsi, en jouant à la fois sur la couleur propre au
corps, sur son éclairage (avec ou sans la possibilité
d’une multitude de filtres), on peut obtenir une vaste
gamme d’aspects différents. A propos de filtres,
grâce aux performances du traitement optique,
les physiciens ont aujourd’hui à leur disposition
une gamme étendue de filtres étalonnés pour des
longueurs d’onde ou des valeurs photométriques
précises. Ce qui agrandit à l’infini les possibilités de
sélection de nuances et d’intensité de la lumière et
des couleurs.
Sur un autre plan, le classement des couleurs du
spectre visible les sépare en deux groupes suivant
leurs applications. Ainsi, on distingue les couleurs-
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primaires-lumière : le bleu, le vert et le rouge qui
additionnés donnent de la lumière blanche. Ce sont,
par exemple, celles de la TV, du photographe, de
Photoshop, etc. Ce sont des couleurs «techniques».
L’autre groupe comprend les couleurs-primairespigment. Ce sont celles du peintre ou du teinturier : le
cyan, le pourpre-magenta et le jaune qui, mélangés
donnent le noir. Les unes sont complémentaires
des autres et cette parfaite coïncidence est utilisée
aussi bien par les artistes que par les techniciens.
Au cours des siècles, toutes les couleurs-pigment
n’ont pas été également utilisables ; alors que
depuis la Renaissance, la palette des peintres était
sensiblement complète, celle du teinturier était
limitée à une dizaine de coloris, jusqu’au milieu du
xixe siècle et l’arrivée des couleurs de synthèse. En
pyrotechnie, le bleu est très difficile à obtenir.
Les couleurs sont facétieuses. Elles s’excitent ou
s’annihilent mutuellement suivant leur juxtaposition,
suivant leur angle d’éclairage et d’observation. C’est
le métier et le talent du maître verrier de choisir les
couleurs adéquates du vitrail, l’épaisseur et l’angle
d’épaisseur de ce dernier, suivant l’architecture de
la cathédrale et son orientation. Le même vitrail à
l’ouest ou à l’est n’aura pas le même aspect.
Certaines couleurs nous donnent une sensation
de chaleur, d’autres de froid ; certaines de tristesse,
d’autres de gaîté... Certaines nous repoussent,
d’autres nous attirent...
Les couleurs servent parfois d’accessoires de
mesure. Les opticiens exploitent les phénomènes
d’interférence pour définir et contrôler la qualité et la
précision des surfaces et des angles de composants
optiques. Ils se basent sur la «teinte sensible»
pour étalonner certains de leurs appareils. «Teinte
sensible» parce que sa bande est très étroite
dans le spectre électromagnétique. Par-dessus le
marché, et ce qui ne gâte rien, cette teinte pastel
d’un jaune orangé est remarquable par sa beauté
et sa luminosité. Et ici, nous pourrions être étonnés
lorsqu’on constate que la nature a fait correspondre
Kaléidoscope
de belles couleurs à de belles formes et à de hautes
précisions.
Dans les laboratoires scientifiques et médicaux, les
couleurs sont très souvent employées en tant que
mesures ou identifications. En physiologie végétale
ou animale, en biologie, histologie, anapathologie,
etc. la plupart des échantillons sont colorés ; non
pas spécialement à cause de leur petitesse, mais
du fait de leur transparence ou de leur manque de
contraste avec le milieu ambiant. En bactériologie,
on emploie la méthode de Gramm pour la raison
précédente, mais également pour classer les
bactéries en deux groupes distincts de morphologie
différente, ce qui permet à la pharmacologie de
trouver des parades appropriées.
Les chercheurs observent, étudient et exploitent
les propriétés de chimioluminescence, de
bioluminescence et de phosphorescence de certains
êtres et objets tels que bactéries, crustacés, poissons
des profondeurs, etc etc. Dans cette énumération,
n’oublions pas notre ver luisant dont on connait
les magnifiques couleurs. Les chercheurs utilisent
également spectroscopes et spectrocolorimètres
pour produire et analyser certaines couleurs qui
correspondent toujours à une longueur d’onde
précise et qui « signent » la composition de
la matière étudiée. La spectrophotométrie est
largement utilisée par les astrophysiciens. C’est
en grande partie grâce à cet instrument que nous
connaissons la composition des objets célestes, la
température et l’âge des galaxies et des étoiles, etc.
Je conseille à ceux qui aiment les belles couleurs
de prendre chaque jour APOD via Google. Avec
l’image quotidienne et les archives, ils auront à leur
disposition 2 à 3 000 images colorées toutes plus
belles les unes que les autres.
En minéralogie et quelques autres disciplines
des sciences de la terre, les chercheurs exploitent
copieusement le dichroïsme, c’est-à-dire la propriété
que possèdent certaines substances d’offrir des
colorations précises suivant les circonstances de
l’observation. Les cristaux et les gemmes anisotropes
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Kaléidoscope
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présentant souvent un dichroïsme marqué qui
permet d’identifier les différents composants d’une
roche ou la pureté d’un cristal. En outre, par un
phénomène de pléochroïsme, le même objet peut
changer de couleur suivant son orientation. C’est
un spectacle magnifique que celui de regarder une
lame minéralogique sous un microscope polarisant.
Joli spectacle également que celui d’observer roches
et cristaux sous un éclairage UV. La fluorescence
et la phosphorescence, outre la présentation de
magnifiques couleurs, sont des outils puissants
pour l’identification et l’exploration de la matière.
Dans le domaine des pierres précieuses, c’est
un émerveillement de voir les reflets rouges d’un
rubis, bleus d’un saphir, violets d’une améthyste
(corindon), verts d’une émeraude, bleus d’une
aigue-marine, jaune-or de l’héliodore (béryl), ou
encore jaunes de la citrine (quartz).
La couleur c’est la beauté que nous présente à
profusion la nature. Ce sont les arcs-en-ciel, les
aurores polaires, les fleurs, les oiseaux, les insectes,
le rayon vert, les ailes de papillons, les plumes de
paons aux couleurs changeantes, c’est tellement
de choses plus belles les unes que les autres...
Le grand poète Goethe, la figure du romantisme
allemand, est surtout connu comme écrivain.
Pourtant il s’intéressa beaucoup à la couleur et
à la lumière, poussant même la primauté des
couleurs sur les formes. Son traité sur la couleur
ne compte pas moins de 1 500 pages. Il prétendait
que la couleur est l’expression et la souffrance de
la lumière. Il disait également qu’une couleur que
personne ne regarde n’existe pas. De son côté
notre poète Arthur Rimbaud voyait des couleurs
dans les voyelles. Il attribuait le noir au A, le blanc
au E, le rouge au I, le bleu au O et le vert au U.
Prenons-nous toujours conscience que les
couleurs véhiculent les groupes, les formes et les
idées ? Ainsi les drapeaux nationaux, les étendards
de régiments, les uniformes, les kilts écossais... En
héraldique, les couleurs portent un nom différent
et ont des significations précises : on trouve l’Azur
(le bleu) pour la joie et la justice, le Sinople (le
vert) pour l’honneur et la courtoisie, le Pourpre
(le pourpre) pour la dévotion et la chasteté, les
Gueules (le rouge) pour l’amour et la hardiesse,
le Sable (le noir) pour le deuil, la sagesse et les
sciences, l’Aurore (l’orange) pour l’instabilité et la
dissimulation, etc. Il y en a pour tous les goûts !
... Également des codes et des habitudes. En
voiture, on s’arrête au rouge et pas au vert ; pourquoi
pas l’inverse ? Le bleu est la couleur préférée des
Occidentaux alors que les Orientaux préfèrent le
rouge. Le bleu c’est la couleur de la sérénité et du
calme alors que le rouge est celle du feu et du sang.
Ah bon ! Pour nous, mais pour les autres ? Le deuil
est noir chez nous et blanc ailleurs... En Asie, la
mariée est rouge... les tapis de billards sont verts
ainsi que les salles de réunion, alors que l’orange
est accueillant... Notre matière est grise alors que
la vie que nous souhaitons doit être rose... Parce
que Perkin et Hoffmann avaient mis au point la
mauvéine, la grande mode de la fin du xixe siècle fut
le violet, promu par la Reine Victoria et l’Impératrice
Eugénie, alors que de nos jours, cette couleur a
rétrogradé au rang de demi-deuil et de tristesse.
Le jaune a été longtemps mal vu. Il est revenu en
force avec Edison et ses lampes à incandescence,
avec Van Gogh et ses tournesols et surtout avec
le premier du Tour de France ! Ainsi va la vie des
hommes, des choses et des couleurs !
Gaston Nougein
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Recette du lapin
aux oreilles bleues
Prendre un lapin, le saler.
réserver.
Prendre un pigment bleu, le poivrer.
Faire blondir un beurre salé dans une poêle, au nez.
Ajouter des rêves émincés, par petites quantités.
séduire le lapin, ne pas le réduire.
Quand le beurre rêvé commence à chanter,
ajouter le bleu poivré.
inviter le lapin à l’écouter,
et à y tremper ses oreilles.
si le lapin décline l’ invitation,
la recette est ratée.
Vous pourrez par contre récupérer les rêves bleus
en les congelant.
ils se gardent mille ans.
Agnex
Le temps doré de la promesse,
Les ailes tendues ;
Le temps qui patine,
Dans le bleu profond de l’ancien ;
Le temps qui salit et qui dégrade,
Ce moment gris et cassé ...
Flétrissure.
Poésie
Néologismes
J’aime créer mes propres pigments, en mélangeant
mots et couleurs.
Pigment blaron
mélange de bleu et de marron :quelqu’un qui par
un fait d’armes vit noblement dans ses terres et
génère du sang bleu.
Pigment blouge
mélange de bleu et de rouge : symbolise le flux
et le reflux, dans les Art‑taire.
Pigment violant
mélange de violet et de blanc : ecclésiastique
pédophile piquant une grosse colère.
Pigment nlanc
mélange de noir et de blanc : petit gris qui
prend ses désirs nuancés pour des réalités
manichéistes.
Pigment verlanc
mélange de vert et de blanc : teufe avec une
meuf quand il neige au printemps (à donf).
Pigment jaunis
mélange de jaune et d’anis : hépatite soignée
au Pastis.
Naune
mélange de noir et de jaune : jeune fille
pétomane fiancée à Jésus Christ.
Pigment céladon
pigment pur : c’est cela donc !
Agnex
ACHROMASTYCHE
Artiste ! sors tes instruments,
Regarde le ciel un instant ;
Couleurs du temps, couleurs d’enfant,
esquisse les couleurs du vent.
nuages blancs, aciers parfois,
Couronnés d’orange, de violet,
illusion ou réalité :
Éclat des gouttes irisées
lis pour nous ce jour qui s’en va.
Alain de WAillY
Karl KeraDenneC
Tableau : Agnex
texture : Alain de Wailly
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Peinture
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Les couleurs des plasticiens
Codification
La codification des couleurs est utilisée de manière
à donner une image la plus proche des couleurs
d’un original, via un support, à celui qui regarde.
Les plus courantes sont R(ouge) V(ert) B(leu)
en électronique (trichromie) et C(yan) M(agenta)
J(aune) N(oir) en imprimerie (quadrichromie).
Dans la plupart des cas, c’est la superposition de
ces couches, soit l’une sur l’autre soit côte à côte
par des petits points colorés, cette pixellisation
en informatique correspondant au pointillisme en
peinture, qui donne l’impression à notre œil de
percevoir toute une gamme de couleurs. Plus on
utilise de points plus la gamme produit de nuances.
Par exemple sur votre ordinateur plus la résolution
de votre bureau est élevée et plus vous avez de
couleurs. L’informatique a débutée avec un affichage
monochrome (c’est un abus de langage qui part du
principe que le fond n’est pas coloré, or que ce soit
en affiche papier ou en fond d’écran nous avons
tous vu des couleurs différentes) soit 2 couleurs,
puis 16 couleurs puis 15 millions et maintenant, on
parle même de couleurs « réelles » ou « vraies ».
Le grand nombre de codifications, en fonction des
matières qui composent la couleur, des outils et des
professions qui les utilisent, ont généré de multiples
nuanciers. La référence la plus utilisée est celle du
nuancier PANTONE.
Nuanciers
En tant que peintre mes références techniques
pour choisir un tube de couleur sont liées aux
matériaux employés jadis pour obtenir une teinte
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qui broyés se liaient bien avec un corps gras. Au
départ on utilisait beaucoup le jaune d’œuf et on
rallongeait encore à l’huile de lin ce qui est devenu
la peinture à l’huile. Pour les plasticiens, un abus
de langage fait que les teintes sont des couleurs.
Donc pour les peintres, le blanc et le noir sont des
couleurs. La fondation Maeght a fait une très belle
exposition avec de grands peintres intitulée « Le
noir est une couleur ».
Pour les minéraux, il existe donc du jaune bismuth,
du bleu de cobalt, du rouge de cadmium et du blanc
de zinc. Pour les terres, des ocres jaunes, de la
terre de Sienne, et même de la terre de Sienne
brûlée. Nous avons aussi du vert d’émeraude
(l’industrie a bien sûr remplacé les résidus de pierres
précieuses broyées par autre chose possédant
une teinte équivalente), du noir d’ivoire ! (comme
précédemment, le résidu de fumée dégagée par
l’ivoire en combustion a été remplacé par son
équivalent coloré), du rouge laque de Garance (de
la racine de la plante), du rouge carmin (fabriqué
lui en broyant des insectes), du pourpre (obtenu en
broyant des coquillages de murex).
C’est le nuancier de base. Mais chaque fabriquant
donne le sien, son vert Véronèse n’étant pas tout
à fait identique aux autres. De plus, des notions
de couverture (translucide, semi-translucide ou
opaque) et compatibilités au mélange des peintures
entre elles font une spécificité de chaque marque.
Cela fait un nuancier de plus. Gageons qu’un jour
viendra où nous trouverons du vert bouteille et du
vert billard ; il y a déjà de l’orange AZO japonais.
Pour ma part, je jongle entre trois fabricants, juste
pour obtenir des teintes classiques opaques.
À notre époque moderne, le bleu métallique
puissant d’un papillon, le Morpho Bleu, a été
analysé au microscope. Surprise, il ne contient
aucun pigment ! C’est la structure de l’aile qui, par
sa forme (correspondant à la longueur d’onde de la
lumière bleue), renvoie cette couleur. On cherche
comment reproduire cela, avec des variations et
même d’autres couleurs.
photo D.R.
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Lumière et arc-en-ciel
Pour parler des couleurs il faut revenir à la base,
la lumière. Or, qu’apprend-on à l’école ? Qu’il
existe trois couleurs primaires (le jaune, le bleu et
le rouge), puis trois couleurs secondaires qui sont
le résultat d’un mélange égal de deux couleurs
primaires entre elles (l’orange, le vert et le violet).
Ce sont les fameuses couleurs de l’arc-en-ciel dues
à la décomposition de la lumière par les gouttelettes
d’eau en suspension dans l’atmosphère.
Mais il y a 7 couleurs dans l’arc-en-ciel ! Ben
non ! L’indigo, (une nuance de bleu foncé intercalée
entre le bleu et le violet) est une astuce de notre
copain Isaac Newton pour faire coïncider le nombre
des couleurs avec les fameux sept jours (de la
création et de la semaine) et tous les septénaires
archétypaux. On ne parlera pas ici de son penchant
pour les liquides de couleur ambrée à base de
pomme.
Nous venons juste de rencontrer la culture et la
symbolique qui viennent ici prendre des couleurs.
Le célèbre arc-en-ciel est aussi, d’après les écrits
religieux des anciens, le symbole de l’alliance entre
Peinture
Dieu et les hommes. Les scientifiques modernes,
eux, ont rajouté des couleurs que nous ne voyons
pas à chaque extrémité : les infrarouges et les
ultraviolets.
Perceptions et culture
Il apparaît que le sujet est trouble, chacun
apporte sa perception et rajoute sa culture. Les
couleurs sont tellement libres que chacun se les
approprie. Voici un bref tableau des symboliques
les plus communément admises dans le monde
sur les couleurs les plus employées. Le blanc et
le noir sont utilisés depuis que l’homme reconnait
le jour de la nuit ; le rouge est la première couleur
perçue par l’œil ; ces trois teintes sont aussi les plus
économiquement rentables ; mélangées ensembles
elles ont aussi apporté le rose et le gris.
Violet : Initiation, noblesse et méditation, le violet,
couleur tiède de l’apprentissage cérébral. La
Fleur, l’améthyste et la myrtille.
Bleu : Couleur de l’eau, de l’air et du vide, couleur
froide et puissante. Couleur de la royauté
française. Krishna est bleu. Les touaregs sont les
« hommes bleus ». Les casques des soldats de
l’ONU. Le bleu est la couleur la plus portée dans le
monde, notamment avec le fameux blue-jean.
Dans l’habitat, la chambre.
Vert : couleur du végétal et du printemps qui
l’accompagne. Couleur tiède. Couleur de l’Islam
associée au paradis. Couleur des écologistes.
Dans l’habitat, la salle de bain. Associée aussi
aux pharmacies. La menthe.
(C’est aussi la couleur des monstres américains
de notre époque : petits hommes verts, géant vert,
Hulk, Shrek & Fiona, Le Grinch, Si quelqu’un veut
bien méditer là-dessus, qu’il nous fasse parvenir
ses conclusions).
Jaune : Couleur solaire, lumière, puissance divine,
associée à l’été par les blés. Couleur chaude.
L’or. L’empereur de Chine. Le citron. La couleur
du vainqueur.
Orange : Couleur de réussite, chaude et douce.
Associée à l’automne pour les feuilles des arbres.
Le Fruit. Couleur des moines bouddhistes. C’est
une couleur de libération. Mandarine et melon.
Peinture en cours de Patrick Vernin
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Peinture
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Rouge : Couleur du sang, principe vital et signal
fort de danger ou d’excitation. Couleur chaude.
Couleur des camions de pompiers et de la
lanterne des maisons closes des siècles passés.
Les émotions, le feu.
Rose : Associé à l’enfance et à la féminité. À
la naïveté et la douceur. La fleur. La poésie
(Homère). Le lait-fraise. La barbe à papa. La
nudité. La langue. Les bébés. Le petit cochon.
(Étendu à la sexualité perverse par le monde
occidental moderne avec les ballets roses, le
téléphone rose, Barbie, Paris Hilton).
Blanc : la pureté, l’hiver. La neige, le lait. l’ivoire,
les os. L’argent. La paix, le drapeau blanc. La
virginité, l’innocence. Le repos éternel, la mort. La
colombe, le cygne. Le coton. Le sel et la farine.
Les hommes en blanc sont du domaine médical.
La chaux. Dans l’habitat, les espaces publics.
Gris : l’intermédiaire, mélange d’exposition et
d’occulte. Le gris est passe-partout et mélange
tout. En France, la nuit tous les chats sont gris. Il
existe toute une gamme de gris dont l’œil peine
à différencier les tons proches. L’homme gris est
aussi l’incarnation du diable sur terre en littérature.
Poussière, cendre, encens en sont l’expression
de l’immobilité. La souris, et l’éléphant. Le
costard cravate. Les films et photographies en
noir et blanc.
Noir : la nuit, ce qui est caché, l’ébène, le charbon.
Couleur froide. Le marché noir, la matière noire,
la magie noire, le roman noir et le travail au
noir ne nous parlent que de ce qui est caché,
occulte. Le drapeau anarchiste. Le fusain, la
suie, l’encre noire. Le corbeau et le chat noir
annonceurs de malheurs. La réglisse, la truffe,
le caviar et le chocolat noir nous signalent que
le noir a aussi du bon (mais qu’on n’en trouve
pas partout).
Voilà pour les couleurs les plus courantes. Ensuite
chacun se sert de ses références personnelles
ethniques et culturelles pour associer les couleurs.
Ma palette
Sur ma palette (ou dans ma palette, là encore
un abus de langage a attribué le mot au support
des peintures et aussi à la gamme des couleurs
employées par le peintre, soit sur le support du
même nom, soit dans un tableau) on trouve
donc :
– en premier lieu dans mes tableaux on perçoit
immédiatement le fond abstrait, bleu ciel,
composé avec du bleu de cobalt et du blanc de
titane zinc, qui représente le côté paradisiaque
et édénique de l’enfance où le ciel est toujours
bleu,
– ensuite une couleur noire, soit massive soit
discrète, souvent géométrique, vient offrir une
opposition au fond bleu, tout n’étant jamais
parfait. Le noir s’oppose soit au sujet, soit à sa
forme, soit renforce son discours. C’est toujours
un noir absolu, un noir d’ivoire.
En second plan, traité, lui de manière naïve, il y a
souvent la nature avec un vert très fort possédant
une base de vert d’émeraude, additionné de vert
Véronèse et de blanc et/ou de jaune bismuth, C’est
un vert de nature puissante dans lequel je peux
faire évoluer mes premiers plans symboliques.
En premier plan, je traite le plus souvent, de
manière figurative, des entités, humaines, végétales,
ou des monuments, je me sers de la couleur peau
(flesh tint : une teinte d’élaboration récente de
l’industrie de la peinture, destinée à faciliter la tâche
des plasticiens, tant amateurs que professionnels)
à laquelle j’adjoins de la terre de Sienne, du rouge
de cadmium, du jaune bismuth. Le but symbolique
est ici très simple puisqu’il s’agit, avec cette couleur,
de donner la vie. J’ai réalisé un tableau qui s’appelle
Photo de Patrick Vernin
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« Abstinence », qui est une reproduction de statue
traitée comme un torse vivant, avec des tons
dominants jaunes à l’époque où je ne me servais
pas encore de cette teinte.
Je termine mes détails avec un rouge de cadmium
et un carmin, parfois avec un peu de blanc et/ou
de jaune pour valoriser certaines parties du tableau
comme les lèvres, des pétales ou des tissus. C’est
pour montrer une effervescence vitale.
Les ocres jaunes et terres de Sienne me permettent
de travailler les bois en ajoutant un peu de noir ; ces
« marrons » sont des conducteurs d’énergie.
Le jaune bismuth ajoute des larmes de lumière
principalement dans les fleurs et les tissus ; il
enrichit l’image.
Je travaille aussi avec des silhouettes, des ombres,
des noires et des blanches, du néant à la lumière.
Depuis quelque temps elles se chevauchent, ou se
superposent, et le gris est venu faire la transition,
c’est son rôle.
J’utilise aussi parfois un ton rose qui est un mélange
de carmin et de blanc, que j’ai spontanément
associé à la féminité comme dans « amandas » ou
à l’enfance comme dans « la souris ». C’est un ton
de douceur qui appelle la sérénité.
Juxtaposition
Les couleurs ne donnent pas la même réaction
suivant leur juxtaposition. On appelle couleurs
complémentaires les couleurs qui se font face
sur le cercle chromatique et qui, réunies, donnent
symboliquement la lumière blanche (cela ne
fonctionne qu’avec la lumière, avec des pigments on
ne peut obtenir que toute une gamme de gris/marron
assez moches) . À une primaire on juxtapose une
secondaire, par exemple au rouge, le vert. C’est une
technique que j’ai employée sur le tableau « Les
Samballées » (ci-contre) qui donne une vibration
forte et une sensation de mouvement.
La juxtaposition des couleurs est une métapixellisation : comme le gris et le « pied-de-poule »
en textile. Les surfaces colorées ont juste des
formes différentes lorsqu’elles sont plus grandes ;
c’est là que le dessin rejoint la peinture. Je vous
renvoie ici au tableau du « Coq », sur mon site,
Peinture
avec les poules qui s’entrecroisent. Mais c’est un
autre sujet que l’interpénétration des formes. C’est
aussi un travail partagé par tous les travailleurs
de la couleur : mosaïstes, céramistes, émailleurs,
peintres à l’huile, à l’acrylique, à la gouache, à
l’aquarelle, teinturiers, modistes, maquilleurs,
verriers, travailleurs du vitrail, etc.
Le prix de la couleur
Jusqu’à l’époque de la production de teintes
en masse, dans notre cas de tubes de peintures
(jusqu’aux impressionnistes le peintre créait sa
propre couleur et elle restait dans l’atelier), les
couleurs ont généré des guerres économiques.
Le pourpre qu’il fallait récupérer dans les mers,
de par son prix, à été réservé aux gens de pouvoir,
religieux, empereurs.
Le bleu à base de lapis-lazzuli dénommé Outremer
puisqu’il venait d’au-delà des mers, réservé aux
représentations de la Vierge, valait quatre fois le
prix de l’or. Ne vous étonnez plus de voir tant d’or
dans les peintures anciennes, comme les icônes, la
peinture était encore plus chère.
Le fameux bleu Indigo, est extrait de l’indigotier par
trempage. Cela nécessitait peu d’investissement
mais beaucoup de main d’œuvre tant que des
machines n’avaient pas été créées pour brasser
le liquide. Les derniers esclaves le savaient bien
puisqu’ils ont contribué à répandre cette teinte à
bas prix dans le monde entier. L’indigo, vous en
avez tous porté, c’est la teinte d’un tissu coton, lui
même à bas prix, le jean.
Patrick Vernin
Tableau de Patrick Vernin
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Atmosphère ?
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Setting the mood with colour
La couleur donne le ton
Dans toutes les formes d’art, la couleur est un
outil essentiel pour créer une ambiance et renforcer
l’impact de l’œuvre. Elle oriente subtilement la
réponse émotionnelle du spectateur à ce qu’il voit.
En littérature on décrira une scène en se servant
de mots comme chaud, brillant, doré pour créer
dans l’esprit du lecteur l’image d’un environnement
confortable et heureux. En revanche froid, gris ou
assombri va susciter des réponses de tristesse
ou de menace imminente. Dans les arts visuels,
la couleur est utilisée directement pour créer les
mêmes sentiments chez le spectateur. Ci-dessous,
l’image du tableau de Picasso « La Tragédie »
montre l’utilisation de couleurs classées comme
froides pour accroître l’impression dominante de
misère dépeinte dans l’attitude des personnages.
Pour voir l’image n°1 (tableau
de Picasso, The Tragedy) :
h t t p : / / w w w. n g a . g o v / f c g i bin/timage_f?object=46671
&image=10540&c=
Nous avons demandé le droit de publier ces images
à qui de droit (National Gallery of Art de Washington,
Héritiers Picasso, etc.). Les semaines ont passé et rien
n’est venu. Nous ne pouvons plus retarder indéfiniment
la parution de Mensans, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Pour être en conformité avec la loi, nous ne publions
pas les images en question ; néanmoins tout un chacun,
équipé d’internet, peut les voir. Nous conservons ainsi
l’intégralité de l’article, quitte à demander au lecteur un
effort, avec nos excuses pour le désagrément causé.
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La seconde image, « La pianiste et les joueurs
d’échecs » de Matisse, use de couleurs chaudes
pour imprégner le tableau d’un sentiment de
bien‑être, de confort et de bonheur. Une famille à
l’aise et satisfaite, en total contraste avec celle du
tableau de Picasso.
Pour voir l’image n°2 (tableau de Matisse, La Pianiste
et les Joueurs d’échecs) :
http://www.nga.gov/fcgi-bin/timage_f?object=66423
&image=0&c=
Les cinéastes utilisent des filtres colorés pour
camper l’atmosphère de leur histoire. « Taxi
driver », le film de Martin Scorsese qui se passe
à New York, est traité dans une palette bleue et
froide qui donne à toute l’histoire une ambiance
désespérée et parfois inquiétante. L’éclairage crée
une atmosphère menaçante, adaptée à l’action. Cet
effet renforce celui de la bande son. Les comédies
et les films d’animations pour enfants utilisent les
couleurs plus claires et plus chaudes pour égayer
et réjouir les spectateurs. « Mamma mia », le hit
de cette année, est rempli de tonalités claires et
chaudes, de couleurs vives et de soleil, en accord
avec l’ambiance du film.
Les séries télévisées de la famille CSI (Les Experts)
sont un exemple intéressant de l’utilisation de la
couleur pour créer une atmosphère et une identité
distinctes pour chacune des 3 productions. La série
originale, filmée à Las Vegas, utilise des éclairages
et des couleurs qui reflètent la ville où a lieu l’action.
Beaucoup d’actions se déroulent dans une semiobscurité, des lampes torches sont utilisées alors
qu’on pourrait allumer les lumières. Des touches
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multicolores sont visibles en arrière-plan et rappellent
les néons qui font la renommée de la ville du jeu, des
cabarets et de vie nocturne.
Les Experts Manhattan a une atmosphère plus
bleue et plus froide. New York est une ville du nord
et le climat est rendu par la palette de couleurs.
L’humeur est plus triste. La richesse et le « glamour »
sont montrés avec moins d’emphase. Les prises de
vue en intérieur utilisent des éclairages tamisés
comme CSI Las Vegas mais il n’y a plus les touches
multicolores.
La série filmée à Miami est entièrement baignée par
une lumière brillante et chaude. L’argent et le style
ont une grande importance. Tous les personnages,
excepté peut-être Horatio Caine, sont beaux,
parfaitement maquillés, dorés par le soleil. Les
bureaux et laboratoires dans lesquels ils travaillent
sont bien éclairés, d’une propreté immaculée, et
stylés « architecte ». Ils ont de grandes vitres qui
inondent les salles avec le brillant soleil de Floride.
Même la salle d’interrogatoires est grande, lumineuse
et presqu’accueillante, alors que l’équivalent
newyorkais est petite, sinistre et inconfortable.
Lors de la décoration d’une maison ou d’un
bureau, le choix des couleurs peut être utilisé pour
influencer les personnes qui y vivent ou travaillent.
Certains restaurants utiliseront le rouge, dont on a
démontré qu’il augmentait la fréquence cardiaque,
la pression artérielle et l’appétit ! Le gris est supposé
améliorer la productivité et, en conséquence, est
souvent utilisé dans les bureaux et les usines. Les
bleus et les verts clairs donnent de bons résultats
Atmosphère !
dans les chambres et les salles d’attente, car ils
induisent un sentiment de tranquillité, de même que
les ocres pales.
Jaune peut être une couleur difficile. Pour certaines
personnes, il est perçu comme joyeux , ensoleillé et
créant un sentiment de bonheur, d’où son utilisation
dans les chambres d’enfants et les cuisines. Pour
d’autres, il peut déclencher colères et disputes.
C’est une couleur qu’on peut aussi bien aimer que
haïr, et qui doit être utilisée avec précaution.
Quand vous essayez de vendre votre maison, il
est souvent intéressant d’en effacer les traces de
votre personnalité et de couvrir les couleurs fortes
et les papiers à motifs avec une peinture crème.
Cachez les canapés aux tonalités vives sous des
couvertures aux couleurs pastel. Vous pouvez
ajouter des taches de couleurs avec des accessoires
que les acheteurs potentiels retireront mentalement
de la pièce, mais une tapisserie trop chargée ou
une paire de rideaux vert vif qu’ils n’aimeraient pas,
peuvent monopoliser toute leur attention et rendre
le reste de la pièce invisible. Il a été prouvé que les
maisons rendues gentiment neutres de cette façon
se vendent plus vite et plus cher.
La couleur peut sembler insignifiante, mais une
fois son importance établie, vous pouvez voir
comment les choix que nous faisons, et les choix
délibérés que les artistes et les designers font,
peuvent avoir sur nous des effets considérables,
mais essentiellement subconscients.
© Shirley McCann 2008
traduction Courtaux
photos : www.photo-libre.fr
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Audition
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Couleur or not couleur
Claude Massé
D’après le thème de ce numéro, il pourrait
sembler que ce soit un sujet susceptible d’être
traité scientifiquement. En fait, non. La couleur est
un effet purement subjectif.
Mais me dira-t-on, la couleur peut-être représentée
par un nombre, c’est une réponse physiologique...
Même pas. La même réponse physiologique
au niveau du nerf optique donne des réponses
subjectives différentes.
Ce n’est qu’un effet de contraste, d’environnement,
d’éclairage ? Pas toujours. Le fonctionnement du
cerveau n’est pas aussi simple.
La longueur d’onde, c’est bien objectif, non ? Oui,
mais la couleur comme réponse physiologique a
peu à voir avec la longueur d’onde. Il faut parler
d’un profil de sensibilité des trois types de cônes,
et encore, c’est une simplification, et ça varie d’un
individu à un autre. On peut difficilement parler de la
couleur d’un rayonnement monochromatique (une
seule « couleur »), puisque ça ne concerne qu’une
partie négligeable du spectre, lequel va des ondes
radio aux rayonnements gamma, à travers plusieurs
ordres de grandeur.
Donc, les rédacteurs farceurs nous ont gratifiés
d’un sujet qui n’existe pas, de quoi parler ? De la
palette de Léonard de Vinci, de celle d’un système
d’exploitation qu’il n’est pas besoin de nommer, du
mécanisme de diffusion-absorption des pigments,
de l’histoire du lapis-lazuli, du code de couleur des
résistances, des drapeaux, de la chromothérapie,
de la chromodynamique quantique ? Maintenant,
le sujet est trop vaste pour même l’effleurer.
Cette longue introduction me permet de parler de
la couleur dans la musique.
Le mot couleur est souvent utilisé en musique.
Une composition est parfois qualifiée de colorée.
Il y a les accords colorés, auxquels une note de
couleur a été ajoutée. Une note blanche est une
note jouée sans vibrato. Ce sont des exemples où
le terme est général, mais il y a aussi la note bleue
du blues et du jazz.
Peut-on de la même façon parler des autres
teintes, d’une façon aussi précise ? Et pourquoi
bleu, et pas vermillon ou émeraude ? C’est ce que
nous allons voir.
La note bleue est située entre celle de la gamme
majeure et celle de la gamme mineure, pour les
deux degrés où elles diffèrent. C’est avec cette
gamme intermédiaire qu’est traditionnellement joué
le blues. En plus des intervalles d’un demi-ton et de
un ton, il y en a aussi de trois quarts de ton. Il y a
donc des accords intermédiaires entre l’accord
mineur et l’accord majeur.
À ce point, quelques explications techniques
rapides sont nécessaires. Un accord parfait majeur
est basé sur une note appelée fondamentale qui
a une certaine fréquence. On lui ajoute la quinte
dont la fréquence est 1,5 fois plus grande (7 demitons), et la tierce pour laquelle elle est 1,25 fois
plus grande (4 demi-tons1). Les harmoniques,
dont la fréquence est un multiple de celle de la
fondamentale, sont donc souvent confondues, et
le son obtenu semble homogène. Pour un accord
mineur, la tierce est à une fréquence 1,2 plus
grande (3 demi-tons1). Les accords intermédiaires
ont une tierce intermédiaire.
L’accord majeur est sans couleur, mais si la tierce
est en position intermédiaire, la couleur apparaît.
La question est donc : qu’est-ce qui se passe si
l’on déplace cette tierce par rapport à la position de
En musique, il est impossible d’avoir partout des chiffres
aussi exacts.
Photo Françoise Courtaux
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Intertitre
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l’accord majeur, par exemple si l’on la décale vers le
haut ? Pour y répondre, il suffit de faire l’expérience,
électroniquement ou sur un instrument à corde sans
frette, type violon. Pour bien percevoir la couleur,
il vaut mieux flanquer l’accord des deux accords
majeurs les plus proches. Je ne sais pas si l’effet
est le même pour tout le monde ; je ne décrirai donc
que ce que je perçois personnellement.
Si la tierce est légèrement plus haute, la couleur
devient orangée. Si l’on continue de la monter,
l’accord prend alors un caractère très particulier.
Il est vibrant, multicolore, iridescent. Je l’appelle un
accord arc-en-ciel. Toutes ces couleurs font penser
à celles qu’on observerait à travers un prisme ou un
verre de lunette. Si l’on regarde une bande blanche
large, les bords sont bleus et orange. Si la bande
est très étroite, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel
apparaissent. Il y a peut-être une analogie plus forte
entre ces deux effets. Par exemple, est-ce que la
série d’harmoniques agirait comme une sorte de
réseau de diffraction ?
En continuant l’exploration, la question se pose
pour l’accord mineur. Il est coloré, mais avec un peu
d’imagination, en plus du bleu il y a du vert et du jaune,
comme avec le prisme, je l’appelle bleuté mêlé. Les
accords dits « colorés » pourraient donc maintenant
être caractérisés par une teinte précise. Par exemple,
pour ceux qui ont des notions d’harmonie, le très
La couleur sans les yeux
On pourrait croire que la perception des couleurs
est réservée au seul sens de la vue. Or l’expérience
montre qu’il n’en est rien. Dans des cas finalement
assez fréquents, le toucher renseigne de façon
efficace. Caresser un chat bicolore offre à la main
des sensations bien distinctes selon qu’elle erre
dans la zone noire ou la zone blanche : la texture
du pelage y est différente (le poil blanc semble plus
gras, le noir plus sec), la température également (les
parties sombres sont plus chaudes, pour peu que
l’animal ait été au soleil juste avant). Faites la même
expérience avec n’importe quel animal présentant
toucher et odorat
courant accord septième est orangé, alors qu’un
accord sixième est bleuté. Un exemple d’accord
multicolore est l’accord suspendu 2, comme do-résol. On détermine la teinte d’un accord donné en se
basant sur la fréquence fondamentale de l’accord
entier (qui n’est pas forcément celle de la basse,
selon la disposition) et sur la position de la note de
couleur par rapport à ses harmoniques.
Et si la musique reposait aussi sur l’harmonie des
couleurs ? C’est une piste pour analyser les œuvres
des grands maîtres, surtout ceux qui sont réputés
pour la couleur de leur composition, et peut-être
pour affiner les règles académiques. Ça concerne
surtout la mélodie, puisqu’elle comprend des notes,
de passage ou autre, qui ne sont pas celles de
l’accord courant. Mais il ne faut pas oublier le jazz,
qui utilise abondamment les accords colorés.
Après cet exposé magistral, rappelons que les
effets qui font correspondre les perceptions d’un
sens avec celles d’un autre sont très personnels, et
que quelqu’un d’autre peut très bien percevoir tout
autre chose, bien que la musique soit universelle.
Toutefois, cela fait penser à une espèce de
mathématique des espaces intérieurs, qui décrirait
de façon unifiée tous les phénomènes subjectifs,
quel que soit le sens auquel ils se rattachent.
Claude Massé
des taches de couleurs bien délimitées, vous
constaterez que vos doigts sentent ces taches.
Si votre odorat est assez développé, flairez
doucement la fourrure de l’animal : vous sentirez la
différence (le blanc dégage une odeur un peu fade,
écoeurante, de banane trop mûre au mieux, de
poisson au pire ; le noir exhale le café, la noisette,
le foin sec).
Et si je vous parlais des roses ? Chacune a son
parfum.Il y a la pourpre sombre, capiteux vertige
mêlant le cassis, la framboise et le musc. Il y en a
une, rose de cette nuance qu’on dit « bonbon », qui
sent la fraise chaude. Et bien d’autres que j’oublie
en cet hiver...
Françoise Courtaux
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Souvenir
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Noir et or
Danielle Avez
Cité touristique de province. Juin. Beau temps.
Trop chaud. Vieux murs historiques blancs de
soleil. Quelques estivants à l’ombre, numériques à
la main, mobile à l’oreille. Beaucoup de gens allant
quelque part ou revenant. Beaucoup d’étudiants
aussi. Mes courses terminées, je retourne vers le
parking.
On arrive à distance de la porte qu’elle cherchait
et, en la prévenant qu’il n’y a plus d’obstacle, je
libère son bras car je sens qu’elle veut entrer seule
et droite.
Je l’aperçois au pied d’un antique escalier de
pierre. Personne ne fait attention à elle. Petite,
courbée, fluette, habillée de couleurs électriques
[...] et de chaussures à hauts talons. Elle vacille en
essayant de franchir sans appui la première marche
d’une longue volée. Elle est très âgée, comme ma
mère est très âgée et je ne supporte pas de la sentir
aussi vulnérable.
Autour, personne ne semble la voir. Et il reste
tant de marches devant elle. Je suis sûre qu’elle va
tomber. Je m’approche pour lui proposer mon bras.
Je n’ai pas réfléchi. C’est spontané, évident. Elle
le prend sans aucun étonnement comme s’il était
naturel qu’il soit là, me regarde et dit « je vais chez
France Télécom ». Est-ce mon bras qui l’attendait ?
Ce n’est pas moi qui lui offre de l’aide, c’est elle qui
la prend. Du coup, elle m’intimide un peu.
Son visage est très petit, tout ridé et brun
de la couleur des gens des sables. Au milieu,
d’immenses yeux noirs très brillants. Des yeux qui
ne voient plus beaucoup, je le constate en suivant
ses pieds. Je ne sais pas comment elle a réussi à
arriver là, plein centre ville. Je la guide avec tout le
respect que je peux. Attention, une marche devant,
on descend. Un caniveau à gauche. Ses pieds
chaussés trop haut afin d’être belle tâtonnent et
trouvent. Elle me raconte qu’elle a peu de moyens
pour vivre et que venir ici c’est difficile pour elle.
Il faut aller loin pour trouver moins cher. Je ne
réponds pas vraiment car je n’ai pas de vraie
réponse sauf l’écouter.
Je vais m’éloigner. Mais encore elle me regarde
avec ses très grands yeux noir et or. Elle attire mon
visage dans ses mains sèches et douces et me fait
deux gros baisers sur les joues. Comme ça.
Me laissant pleine d’étonnement, de chaleur et de
toutes ses couleurs. Celle de ses vêtements pour
l’élégance, celle de sa peau, celle de son regard. Et
celle de ses deux baisers qui sont des cadeaux.
Sur le chemin du parking, je croiserai quelques
personnes grises, quelques personnes sans ombre
mais, pour une fois, cela ne me rendra pas triste.
Danielle Avez
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Poil rare
Couleurs rares dans le vivant
Françoise courtaux
Le végétal produit toutes les couleurs, à une
exception près pour les fleurs : aussi sombres
soient-elles, elles ne sont jamais noires (les efforts
multiséculaires des créateurs de tulipes ou de roses
se soldent par un pourpre très sombre).
Dans le règne animal, oiseaux, poissons, reptiles,
insectes n’ont pas d’interdit en matière de couleur.
Chez les mammifères, c’est une autre histoire.
Réglons d’abord la question du bleu. Les
mammifères dits bleus ne sont que gris (baleines,
chiens, chats) ou à teinte variable (le renard polaire
ou isatis – dit bleu –, est brun l’été, blanc l’hiver,
grisonnant à l’intersaison). Seuls les yeux sont
parfois d’un bleu net (humains, chats siamois...).
Pour les humains, le bleu naturel comestible se
résume aux myrtilles (bleuets pour les Canadiens)
et aux anecdotiques fleurs de capucine.
De même le vert, assez banal pour les yeux, est,
côté pelage, un vague reflet sur le dos, comme
chez le singe vert.
Hors des zones froides, l’animal blanc est
l’aubaine des prédateurs grâce à sa visibilité ;
l’albinisme est aussi le terrain de sévères cancers
cutanés. Ainsi ont-ils une faible espérance de vie,
sauf quand il s’agit d’animaux du sommet de la
chaine alimentaire, par exemple le tigre.
Françoise Courtaux
Photos Martine Besnainou
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Médecine douce
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Soigner par la couleur
Elizabeth Gury-Oberthur
Je pratique la chromathérapie avec succès
dans environ 2/3 des cas et le plus souvent
en une seule séance, dans le cadre de mon
cabinet de naturopathie et réflexologie plantaire
et voudrais vous faire partager cette technique
découverte par le docteur Christian Agrapart.
En voici une présentation, extraite (avec
l’aimable autorisation de Béatrice Quénet) de
la préface de l’excellent ouvrage ABC de la
Chromathérapie, de Jacques-Jean QUÉNET,
aux éditions Grancher, qui fut non seulement
un ami mais aussi un membre actif de MENSA
(secrétaire général de Mensa France il y a déjà
quelque temps). Il est malheureusement décédé
il y a trois ans.
« La thérapie par les couleurs s’inscrit dans le
cadre de la médecine énergétique. […] La thérapie
par les couleurs, qui utilise certaines longueurs
d’onde de la lumière […] est une technique de
soin, indolore et simple d’utilisation, efficace dans
le traitement de nombreuses affections. Ouvrant
un nouveau champ de recherche, cette médecine
énergétique est appelée à se développer.
Toutes les grandes cultures ont fait référence
aux différentes couleurs, que ce soit sous forme
de rayonnements, de pierres précieuses, de
pendentifs.
Les chromathérapeutes utilisent six couleurs qui
correspondent aux « énergies fondamentales » de
la tradition. Les travaux de recherche conduisent
à affirmer que le rouge a une action antifroid en
appelant de la chaleur, l’orange a une action
antichaleur en appelant du froid, le vert a une action
antihumidité en appelant de la sécheresse et le
bleu a une action antisécheresse en appelant de
l’humidité.
La projection des rayonnements colorés peut se
faire à trois niveaux : oculaire quand la pathologie est
globale (température, coup de chaleur, énervement,
agressivité, angoisse, anxiété, dépression, troubles
du sommeil, etc.), au niveau d’une zone malade
(traumatisme, brûlure, gelure, rhumatisme d’une
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articulation, etc.), au niveau d’une zone réflexe ou
d’un point d’acupuncture.
L’homme est le produit de son environnement,
ces énergies font à la fois partie du monde qui
l’entoure et de lui-même. Dans un organisme
équilibré elles se neutralisent mais, si l’harmonie
se rompt, l’énergie devenue la plus forte entraîne
une maladie. À chaque énergie en excès
correspond un déséquilibre psychique précis.
C’est sur ce facteur énergétique que vont agir les
ondes colorées [...].
C’est ainsi que, appliquée à tous les troubles et
quelle que soit leur origine, la chromathérapie soigne
à la fois les perturbations corporelles et psychiques
car tout est lié : les manifestations psychosomatiques
existent autant que les manifestations somato­
psychiques. Les pathologies de type « chaleur »
sont celles qui donnent une impression de brûlure,
d’inflammation, zonas, abcès, arthrite, mais
aussi tous les états d’excitation et d’irritabilité,
les insomnies... En règle générale, tout ce qui est
mouvement, accélération, est synonyme de chaleur
et traité par des rayons orange en opposition au froid
qui correspond au ralentissement et à l’immobilité.
Un traumatisme, qu’il soit physique ou psychique,
est un blocage lié au froid auquel on répond par le
rouge. Les troubles psychiques dus au froid sont
caractérisés par un repli sur soi, l’impossibilité de
prendre des décisions, tandis que ceux qui sont liés
à l’humidité provoquent des ruminations de pensées
impossibles à chasser (soignées par le vert). La
sécheresse déclenche un état de fatigue sur fond de
dépression et un rayon bleu dirigé sur la racine du
nez donne de bons résultats.
Le principe des énergies est un concept difficile
à accepter par notre médecine occidentale. Il est
pourtant le seul moyen de compréhension de l’effet
thérapeutique de la lumière.
Le matériel est extrêmement simple : une
lampe, un filtre coloré et une fibre optique. Les
rayonnements sont obtenus par la projection
d’une lumière blanche sur les filtres capables de
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sélectionner dans le visible des longueurs d’ondes
précises perçues comme des couleurs. On joue
sur l’aptitude de notre peau ou de notre œil à
percevoir les diverses ondes colorées, à y réagir et
à transmettre leur message au plus profond de nos
cellules. II se produit ainsi tout une série de réactions
Amiens
en cascades qui réactivent la faculté d’autoguérison
de notre organisme. »
Pour en savoir plus :
www.couleur-sante.com
elizabeth guRY-oBeRTHuR
La ville bleue
Gaston Nougein
Amiens, c’est sa Cathédrale et ses Hortillonnages,
mais c’est ce fut également le Pays de l’Or bleu.
Au Moyen Âge, l’essor de l’industrie textile en
occident voit progresser la culture des plantes
tinctoriales, la préparation des mordants (alun),
ainsi que la confection et le commerce des tissus
de qualité. Ce contexte correspond à une activité
tinctoriale déterminante, en particulier en Picardie
et à Amiens.
C’est au xiiie siècle qu’Amiens construit sa
réputation de Ville Bleue, car ici se centralise le
commerce de la guède (l’isatis tinctoria), appelée
« waide » en picard, plante crucifère de laquelle on
tirait cette belle couleur bleue. Cette plante exigeait
une préparation longue et délicate et faisait appel
à une main-d’œuvre nombreuse. À la campagne,
les feuilles étaient broyées au moulin lorsqu’elles
La guède. Waide en picard. Pastel dans le S-O. Isatis tinctoria. Famille
des crucifères. 10 à 30 cm. Fleurs jaunes. Valves allongées ailées.
Fruit aplati perpendiculairement à la fausse cloison. Bisannuelle. Croît
naturellement dans les lieux arides, pierreux, dans les décombres et
les vieux murs. Autrefois cultivée comme plante tinctoriale.
étaient encore fraîches. La bouillie ainsi obtenue
était mise à fermenter et écrasée à nouveau
Le produit obtenu était moulé en pains appelés
« coques » que l’on faisait sécher sur des claies.
Exportées à l’étranger ou simplement livrées à
Amiens, les coques étaient rassemblées en grande
quantité en vue d’une deuxième fermentation avant
de servir aux teinturiers.
La très grande prospérité du commerce des
coques est à l’origine de l’expression « Pays de
cocagne » synonyme de richesse et d’abondance.
De même la préparation de la matière colorante
en pâte (pasta) a donné le mot pastel en langue
d’Oc.
La Guerre de Cent-ans a perturbé les exportations
et à la fin du xiVe siècle, d’autres fournisseurs
apparurent en France et en Europe, ainsi qu’à
Toulouse, ville à laquelle la notion de « pastel » est
attachée.
Et puis un produit concurrent peu coûteux et à
la préparation plus facile, arriva sur le marché.
C’était l’indigo. Alors qu’Henri IV en interdit la vente
sous peine de mort (en ce temps-là, on savait
protéger nos nationaux !), sa diffusion ne fut libre
qu’un siècle et demi plus tard.
Il est curieux de noter que , jusqu’au milieu du
xixe siècle, les colorants se comptaient sur les dix
doigts de la main. Tous étaient d’origine végétale
ou animale. Ils furent remplacés petit à petit par des
colorants synthétiques. Amiens s’est consolée en
restant jusqu’à une époque assez récente un grand
centre de tissage et la capitale des teinturiers et des
fabricants de velours.
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Dessin de Gaston Nougein
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H – 2.1 : Site incontournable : http://www.ina.fr/
H – 10.2 : À relire sans modération :
http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php
H – 13.2 : Outre le paresseux bien connu des
cruciverbistes, l’aï est aussi le tourbillon qui se forme
quand les eaux d’une rivière rencontrent un obstacle
(Cf. http://atilf.atilf.fr/)
H – 13.3 : La lotte, poisson d’eau douce, peut
s’orthographier avec un seul T
V – 6.1 : Sans ses blancs : sans ses E. Cf. le
poème Voyelles de Rimbaud (A noir, E blanc,
I rouge, U vert, O bleu).
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Courrier
à propos de l’article « les négationnistes »
paru dans Mensans no 6
Tout d’abord, il m’a paru excessif d’assimiler le
doute scientifique au négationnisme, comme si l’on
pouvait le comparer au néo-nazisme. Il est tout à fait
sain que diverses opinions soient exprimées. C’est ce
qui se passe toujours dans le milieu de la recherche,
nonobstant l’image d’Épinal qu’en a le profane.
Je ne crois pas que Al Gore soit une autorité
scientifique, et d’ailleurs il parle de la corrélation
avec l’activité humaine, ce qui est différent du
réchauffement global lui-même, notamment en
ce qui concerne le statut scientifique : c’est une
hypothèse et non pas un fait.
Mais surtout, la recherche est une activité qui
demande du recul, le travail de spécialistes, et qui
possède ses propres codes de communication entre
collègues. Dès lors, le fait que 50 % des journalistes
relatent les études scientifiques est aberrant, mais
par son importance au contraire. Les sujets brûlants
ne devraient justement pas se retrouver là. Si les
travaux scientifiques étaient destinés à être publiés
dans les journaux, ils le seraient directement. Tous
les cas de mal-science connus (fusion froide,
mémoire de l’eau...) ont commencé par un article
paru dans des revues grand public.
Enfin, j’ai appris qu’un graphique pouvait parler...
Ce serait trop simple, c’est justement le travail du
chercheur d’analyser, de comparer et d’interpréter
les données en fonction de la manière dont elles ont
été obtenues, et de ce qu’elles représentent.
En l’occurrence, cela ne concerne que la France,
c’est-à-dire 0,2 % de la surface totale, et seulement
sur un siècle, ce qui est très court à l’échelle de
l’évolution de la Terre. Le climat se caractérise par
un comportement extrêmement aléatoire, et une
fluctuation statistique ne peut donc pas être écartée
pour une si petite période. A moins bien sûr qu’un
calcul idoine prouve le contraire, mais le graphique
ne le dit pas.
Ils sont très peu nombreux, et guère crédibles,
ceux qui contestent le réchauffement global.
Cependant, les certitudes ne sont jamais bonnes,
et les doutes doivent pouvoir s’exprimer sans être
stigmatisés.
Par exemple, il est bien entendu possible
d’expliquer, dans le cadre d’un réchauffement
global, pourquoi l’Antarctique se refroidit, mais le
problème n’est pas là. Il s’agit de savoir si en en
tenant compte, en plus éventuellement d’autres
régions, l’augmentation globale d’énergie thermique
n’est pas totalement compensée. En effet, selon
les prévisions le niveau de la mer aurait dû déjà
monter de quelques mètres, or il n’en est rien. La
fonte des glaces en Arctique est-elle compensée en
Antarctique ?
Répondre à cette question serait plus convaincant
qu’une affirmation péremptoire, et personnellement,
j’aurais préféré un article qui en appelle à l’esprit
critique en posant ainsi des questions qui font
réfléchir.
Claude Massé
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oii des articles :
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[email protected]
avant le 15 avril
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prochain thème :
“en attendant”
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