Une du jour

Transcription

Une du jour
Entretien exclusif
avec MGR SCHNEIDER
sur Amoris laetitia
du pape François P8
SAMEDI 30 AVRIL 2016 - N° 8599 - 2,50 €www.present.fr
Belgique•Luxembourg•Italie : 2.70 € - Suisse : 3 CHF - Canada : 3.5 $ can - Dom avion : 2.60 € - Tom avion : 850 CFP
Interview de Nicolas Bay
Un 1er mai avec Jeanne
Le spectacle des intermittents
Q
UAND LE CHÔMAGE augmente,
que le déficit de l’Unedic se creuse davantage et que des économies sont nécessaires une fois de plus, on demande aux intermittents du spectacle qu’ils y contribuent
eux aussi. Aussitôt, artistes et autres cultureux
ne sont qu’un cri : « C’est la culture qu’on assassine ! », voire Mozart. Ils se lancent alors
dans l’action, des commandos d’agitateurs
occupent théâtres et salles de spectacle. Pour
qu’ils puissent continuer à être royalement indemnisés, ils empêchent leurs collègues de se
produire et interdisent l’accès des salles aux
spectateurs dont ils sont supposés vivre. Triste
spectacle des intermittents !
Le gouvernement exhorte les partenaires
sociaux à céder. Qu’il soit de droite ou de
gauche, le pouvoir vit dans la terreur d’être
accusé d’empêcher la transhumance estivale
des bobos vers Avignon et autres festivals
branchés qui pourraient être annulés. Il ne
faut désespérer ni Saint Germain-des-Prés,
ni le Marais. C’est ce qui se passe actuelle-
Jeudi 28 avril à la Comédie française.
ment. L’autre nuit, un accord de branche a
été conclu, avantageux pour les intermittents, la CGT l’a donc accepté, mais il n’est
pas sûr que l’Unedic l’agrée en l’absence des
185 millions d’économies qu’elle demandait, ce qui est peu par rapport au milliard
que le régime coûte à cet organisme pour
230 millions de cotisations. Mais, en cas de
refus, comme précédemment, l’Etat mettra
la main dans la poche des contribuables
pour compléter.
Si la culture doit être subventionnée, si
elle doit être sous la tutelle d’un ministère,
c’est-à-dire de l’Etat – ce qui n’existe pas
dans les pays anglo-saxons qui trouvent cela
totalitaire – est-ce d’abord à l’assurance chômage de nourrir la corne d’abondance ? En
Allemagne et en Italie, l’artiste est considéré
comme exerçant une profession libérale. Estce que dans ces pays-là la culture se porte
moins bien que chez nous ? Dans un énième
rapport, en 2013, la Cour des comptes, en
préconisant d’aligner le régime des intermittents sur celui des intérimaires, notait que les
premiers étaient « la catégorie de demandeurs d’emploi indemnisés bénéficiant, de
loin, des règles les plus favorables ». Qu’on
en juge : pour un salaire brut de 1 500 euros
mensuels, l’allocation d’un intérimaire s’élèvera à 3 848 euros par an ; à rémunération
mensuelle égale, un technicien du spectacle
touchera 9 088 euros ! On comprend que
cela suscite des vocations artistiques et
même une véritable explosion « culturelle » :
il y avait 9 060 allocataires en 1984, 41 038
en 1991 et 106 000 en 2013 pour vivre l’enfer de l’intermittence.
Qui paie ? Les cotisants de l’Unedic, les
employeurs, certes, mais surtout les salariés,
les chômeurs, les smicards, transformés, bien
malgré eux, en mécènes. Et cela, afin que des
nantis puissent, sous le soleil, se régaler de
spectacles le plus souvent engagés et abscons
que les plus pauvres des salariés et des sansemploi ne verront jamais, n’en ayant ni les
moyens, ni le temps. L’abolition des privilèges n’est pas achevée…
GUY ROUVRAIS
[email protected]
potentialité d’une attaque sur notre territoire de
manière plus générale. Et elle est toujours extrêmement élevée ! Les attaques de Bruxelles nous
l’ont rappelé, et les djihadistes projetaient
d’ailleurs de frapper à nouveau en France. Il est
évident que la réponse actuelle du gouvernement
n’est pas du tout à la hauteur de la menace.
— Quand Manuel Valls découvre le salafisme
ou les Molenbeek français, qu’est-ce que cela vous
inspire ?
— Combien d’imams étrangers prêchant la
haine dans notre pays ont été expulsés ? Combien
suite page 4
Propos recueillis
par Caroline Parmentier
Menace d’attentats
en Suède
La police suédoise a confirmé mardi avoir reçu
des informations sur l’existence de menaces
concrètes à Stockholm à l’approche du concours de
l’Eurovision qui se déroulera dans la capitale suédoise du 12 au 14 mai. Des menaces si concrètes
que l’ambassade des Etats-Unis conseille officiellement aux citoyens américains d’éviter les attroupements de foule en Suède par crainte d’attentats.
D’après plusieurs médias suédois cités par
l’agence Reuters et les sites Breitbart et The Local se,
les services de sécurité du pays seraient à la recherche d’un groupe d’au moins six à huit terroristes de l’Etat islamique signalés par le renseignement irakien. Ces terroristes auraient quitté l’Irak
en février 2015 et seraient arrivés en Suède via la
Turquie en se faisant passer pour des réfugiés. Leur
objectif serait d’organiser plusieurs attaques terroristes pour forcer la Suède à se retirer de la coalition
internationale contre l’Etat islamique.
D’après la télévision publique norvégienne NRK,
citée par Reuters, la famille royale norvégienne envisagerait d’annuler son voyage à Stockholm prévu ce
week-end pour les célébrations de l’anniversaire du
roi de Suède. Les festivités, qui doivent durer cinq
jours, pourraient elles aussi être ciblées par le commando de terroristes islamiques déguisés en réfugiés.
Voici donc un exemple de plus de djihadistes infiltrés avec les « migrants » malgré les assurances répétées à l’envi par les responsables politiques et les
grands médias européens l’année dernière, alors que
les services de renseignement européens disposaient
déjà d’informations concrètes sur ces infiltrations
annoncées à l’avance par l’Etat islamique.
Pour le directeur du renseignement national américain, James Clapper, le problème, c’est l’incompatibilité fondamentale entre la politique des frontières ouvertes de l’Europe et la sécurité des citoyens. Discutant lundi dernier avec des journalistes
lors d’un petit-déjeuner organisé par le
Christian Science Monitor, James Clapper, dont les propos ont été repris par le
New York Times puis par de nombreux
journaux anglo-saxons, a confirmé la
présence de cellules terroristes clandestines de l’Etat islamique qui ont profité
de la liberté de circulation pour s’infiltrer dans plusieurs pays européens.
Outre la Suède, les cibles prochaines
pourraient être la Grande-Bretagne,
l’Allemagne et l’Italie.
Olivier Bault
[email protected]
3’:HIKKLD=[UWZUX:?a@e@n@k@a";
— Certainement pas ! Jeanne d’Arc est le symbole de l’esprit de résistance de notre pays, mais
aussi de sa capacité à se relever, à se redresser. Plus
que jamais, il est important de se tourner vers elle
et d’invoquer son exemple. Et c’est pour cela que,
cette année encore, le Front national lui rendra
hommage et placera son action de redressement
national sous son patronage. Pour autant, vous
n’ignorez pas que notre pays évolue actuellement
dans un contexte sécuritaire pour le moins troublé
et que le Front national a été désigné publiquement comme une cible par l’Etat islamique, dans
une de ses revues francophones. Une photo de la
manifestation traditionnelle du 1er mai était justement agrémentée d’un commentaire ne laissant
pas de place au doute : « des cibles de premier
choix ». Après des échanges avec les services du ministère de l’Intérieur nous confirmant la menace
potentielle, c’est donc une décision difficile qu’il
nous a fallu prendre en modifiant la formule de
notre hommage à Jeanne, car il était primordial
d’assurer la sécurité de nos militants et sympathisants. Autour de Marine Le Pen, ce sont les
membres du Bureau politique et les parlementaires
du Front national qui se rendront aux pieds de la
statue de la Pucelle, place Saint—Augustin. Cet
hommage sera suivi d’un grand banquet patriotique et populaire.
— Où en sont les menaces de Daech contre le FN ?
— Je pense qu’il faut dépasser la simple question de notre mouvement, qui est une cible, mais
évidemment pas la seule, pour s’interroger sur la
M 00136 - 430 - F: 2,50 E
— Est-ce que Jeanne d’Arc est devenue ringarde
au Front national ?
2 — PRÉSENT Samedi 30 avril 2016
www.present.fr
La semaine politique
de Jean Cochet
L
A « LONGUE MARCHE »
de Mao Zedong et de ses partisans pour échapper à l’Armée
du Kuomintang de Tchang KaïChek, dura une année : du 15 octobre 1934 au 19 octobre 1935. Elle
fit, côté communiste, un peu plus de
cent mille morts.
Désormais nous avons en France,
sur le mode dérisoire, la Longue
marche d’Emmanuel Macron.
L’image est certes un peu osée. Ce
dernier, 39 ans en décembre prochain, n’était même pas né quand,
au tout début des années soixantedix, les snobinards parisiens portaient le costume Mao retaillé par
Yves Saint-Laurent. S’il avait vécu
cette époque, nous aurions sans
doute vu le petit minet Macron en
costume Mao. A défaut, ce dernier
s’offre aujourd’hui sa Longue
marche sur mesure… En Marche,
lancé le 7 avril dernier, vise, bien sûr,
l’élection présidentielle qui aura lieu
dans douze mois… Une année de
coups médiatiques !
Pour Mao Macron la victoire serat-elle au bout du fusil (à tirer dans
les coins ?) En Marche donc pour le
grand bond en avant… Mais dans
quelle direction ?
De macronneries en
macronnades…
Le 7 avril, beaucoup d’observateurs s’interrogeaient : Macron avec
Hollande ? Ou Macron à la place de
Hollande ? L’offensive d’Amiens
pouvait tout à fait s’envisager dans
une manœuvre pro Hollande. Les
électeurs centre gauche du PS, envisageant de plus en plus, toutes les enquêtes d’opinion l’indiquent, de voter Juppé dès le premier tour, il devenait urgent pour Hollande d’allumer
sur ce terrain-là un contre-feu.
Le mois dernier encore, le chef de
l’Etat déclarait dans un magazine
économique : « Macron, c’est un type
gentil, gai, qui n’a pas mauvais esprit,
ni une ambition dérangeante. » Aujourd’hui, de provocations en recadrages, Hollande ne pense sans doute
plus tout à fait la même chose. « Gentil n’a qu’un œil » et la « gaieté » de
Macron a de plus en plus mauvais esprit. Lors de son très moyen « dialogue citoyen », Hollande avait réaffirmé sa confiance à celui qui venait
justement de commencer sa marche
en avant, ajoutant, comme pour se
rassurer ou comme un rappel au
principal intéressé : « Il sait ce qu’il
me doit. » Réplique abrupte de Macron : « Lorsqu’un président nomme
quelqu’un ministre, il le fait parce
que c’est bon pour son pays, pas pour
en faire son obligé. Je ne suis l’obligé
de personne. » Même pas de son
mentor ? Ah ! l’ingratitude des marionnettes envers leurs constructeurs,
quand elles se mettent à marcher
toutes seules ! Macron ou l’obligé
désobligeant…
Samedi dernier, la « coqueluche
des médias » franchissait un pas de
plus dans l’émancipation, déclarant
avec insolence sur Arte : « La gauche
aujourd’hui ne me satisfait pas. »
Quelques jours auparavant, on
avait vu le président de la République, lors d’un déplacement à
Chartres, en compagnie de Marisol
Touraine et de son incontournable
ministre de l’Economie, chercher
désespérément celui-ci du regard devant les caméras. On l’avait même
entendu interroger son entourage
avec un brin d’agacement dans la
voix : « Emmanuel n’est pas là ? »
Non… Emmanuel s’était subrepticement éclipsé pour aller faire le
paon devant ses fans. Et sans doute
pour ne pas être filmé en compagnie
d’un président dont l’impopularité
dévalorise l’image de ceux qui l’approchent de trop près. En cet anniversaire de Tchernobyl, Macron
craignait sans doute d’être contaminé par ce président irradié.
Le lapin Duracell
Hollande et/ou Macron ? Plus
personne ne se pose vraiment la
question. Macron veut bien encore
feindre d’entrer dans le jeu du président de la République, mais, comme
beaucoup à gauche, il n’y croit plus
prendre des risques. Or, aux yeux de
cet électorat tiède, le moindre
risque pour éliminer Hollande du
second tour, c’est Juppé. Tous les
sondages le leur affirment. Avec le
maire de Bordeaux, pas le moindre
souci d’une candidature centriste.
Le Centre, c’est lui. Ces électeurs –
j’en connais deux ou trois – ont déjà
placé Sarkozy dans la colonne pertes
et profits.
Les morticoles
Un faux air de Sarkozy.
vraiment. Aussi se prépare-t-il, non
plus à jouer le terre-neuve d’un président en détresse, mais à se substituer à lui. Candidat ou pas, Hollande tranchera « en décembre prochain ». C’est-à-dire après la primaire de la droite. La seule chance
pour l’actuel président de la République de se représenter résiderait
dans l’éventuelle présence de Nicolas Sarkozy. Mais celle-ci devient de
plus en plus aléatoire.
Jean-Marie Le Pen, dont on
connaît le flair politique, pronostiquait néanmoins dans le JDD du
10 avril, avec humour : « Nicolas
Sarkozy remportera la primaire de
droite… L’animal politique est redoutable. Il est pire que le lapin Duracell. Lui, si on lui enlève les piles,
il continue de marcher. » Si personne parmi ses proches ne parvient
à l’en dissuader, Sarko, même avec
des piles de plus en plus faibles, se
présentera sans doute à la primaire.
Où il sera inexorablement battu.
Les électeurs les plus patriotes de
l’ex-UMP se tournent et se tourneront de plus en plus vers Marine
Le Pen, laissant au LR un électorat
conservateur, trop pusillanime pour
■ BAVU RES SYN DI-
Saint Maxime (250)
Dèce avait publié par tout l’empire un décret ordonnant d’adorer
les idoles, sous peine de supplices.
Maxime originaire d’Asie, homme
et marchand de son état, fut
conduit devant le consul. Après
avoir subi l’interrogatoire préliminaire, l’accusé répondit en déclarant son nom, sa profession et sa
qualité de chrétien. « Sacrifie aux
dieux », lui dit le consul. « Je ne sacrifie qu’au seul Dieu, à qui je
m’honore d’avoir sacrifié dès l’enfance », lui fut-il répondu. « Sacrifie pour sauver ta vie, sinon je te ferai mourir dans les tourments. »
« Je l’ai toujours désiré ; c’est pour
passer de cette misérable vie à la vie
éternelle que j’ai proclamé ma
foi. » Ni le supplice des verges, ni
celui du chevalet, n’eurent raison
de sa fidélité. Il fut lapidé. Cela se
passa dans la province d’Asie.
AB V.B.
[email protected]
CALES. Obligés, pour faire
nombre, d’accepter étudiants
et surtout lycéens dans leurs
cortèges, les syndicats prennent le risque, manif ’ après
manif ’, de voir celles-ci dégénérer. C’est ce qui s’est passé
le 28 avril, nouvelle journée
de protestation contre la loi
Travail, dans la région parisienne et plusieurs villes de
France. A Grenoble, Rennes,
Nantes, notamment, des trublions ont caillassé les forces
de l’ordre, qui ont répliqué
par des jets de gaz lacrymogène. Ce qui a permis à certains médias de mettre l’accent sur « les violences policières ». A Gennevilliers
(Hauts-de-Seine), c’est l’important port fluvial que des
jeunes, dont pas mal venus
des cités d’alentour, ont tenté
de bloquer, en incendiant des
pneus, avant de se diriger
vers Saint-Denis. A Paris,
près du pont d’Austerlitz, ont
eu lieu des affrontements si
violents que le défilé a dû être
interrompu. A Marseille, plus
de 700 casseurs ont semé la
terreur autour de la gare
Saint-Charles, etc. Et le ministre de l’Intérieur ose parler de « quelques poignées de
casseurs » !
Baptisée par ses organisateurs
« Hé oh la gauche », la réunion publique de soutien au président de la
République s’est tenue lundi sous les
quolibets à la faculté de médecine de
Paris, avec deux objectifs : répondre
aux critiques (venues de son camp),
qui s’abattent sur François Hollande
comme la vérole sur le pauvre
monde. Et montrer au reste de la
gauche que, si vérolé soit-il, « il faudra compter en 2017 avec le sortant ». Une faculté de médecine
évoque les cours d’anatomie et la
dissection de cadavres. Lieu symboliquement bien choisi pour autopsier un bilan en état de mort cérébrale…
Les ministres et sous ministres
qui, autour de Stéphane Le Fol, se
sont chargés de la besogne – François Rebsamen, Michel Sapin, Marisol Touraine, Najat Bel Kacem,
Jean-Michel Baylet, Emmanuelle
Cosse, Jean-Vincent Placé – sont des
Hollandais de la première heure.
Renforcés lundi soir par les radicaux
de gauche et les transfuges d’EELV,
dont le poids électoral frise l’anorexie !
Réunion de morticoles donc pour
empêcher les carabins et les carabines très excités de l’extrêmegauche (mais aussi du PS) de jeter à
la figure du gouvernement les morceaux de ce bilan cadavérique, qu’ils
ne cessent de déchiqueter.
TAFTA tartata…
En Allemagne, auprès de sa grande
amie Angela Merkel, partisane
comme lui d’un monde métissé, ou■ CANOPÉE : VERS UN
ÉTÉ MEURTRIER. Certains avaient pointé la laideur
et le coût extravagant de la canopée des Halles (240 millions
d’euros par an plus près d’un
demi-million pour son entretien — voir Présent du 8 avril),
d’autres, ses malfaçons, puisqu’elle laisse passer la pluie.
Mais le soleil pose d’autres
problèmes comme s’en sont
aperçus les riverains,
contraints par la réverbération de l’immense verrière aux
18 000 écailles à fermer leurs
volets dès le moindre rayon
pour échapper à l’éblouissement. Sans parler de la chaleur torride qu’ils doivent endurer derrière leurs fenêtres
chauffées à blanc. D’où un
nouveau vent de révolte soufflant sur les Halles, alors
même que les températures
sont encore frisquettes et le soleil bien timide. Que sera-ce
par temps de canicule !
■ CI TOYENN E
AU BI BERON. Plainte des
anciens ministres Arnaud
vert à la circulation sans limite des
biens, des capitaux et des personnes,
Barack Obama a joué les VRP d’un
TAFTA de plus en plus contesté en
Europe, et à juste titre. Même par
François Hollande. Pourtant ce dernier, lors de son premier voyage à la
Maison Blanche en tant que président, avait souhaité une conclusion
rapide des négociations en cours.
Souhait qu’il avait renouvelé par la
suite.
Ce traité libre-échangiste, sans
réelle réciprocité, nous placerait un
peu plus dans la dépendance du
droit et du commerce américain.
Les négociations se déroulent depuis trois ans, dans un « secret hallucinant », et durant longtemps
dans une quasi indifférence de la
France, dont les partenaires regrettaient le peu d’implication. Tout a
changé ces derniers mois. « Hé ho,
la France » vient, à l’appel d’autres
pays, de se réveiller et joue maintenant « l’opposant de la dernière
heure ». Non pas tant parce que ce
TAFTA lui semble une étoffe inflammable susceptible de carboniser
un peu plus notre commerce et
notre industrie, mais parce que
l’hôte de l’Elysée en voie d’expulsion perçoit là le moyen de réunir
enfin la gauche et ses extrêmes sur
un thème commun. Toute la
gauche ? Sans doute pas celle de
Macron. TAFTA… Une nouvelle
déchirure entre le président de la
République et son ministre de
l’Economie ?
JEAN COCHET
[email protected]
Montebourg et Aurélie Filippetti contre Paris Match qui a
publié une photo de leur fille
Jeanne, prise lors de son baptême le 9 avril. Un baptême
strictement républicain, révèle l’hebdo qui souligne
qu’ainsi, à six mois, l’enfançonne est « déjà citoyenne ».
■ HOMMAGE À
TURNER. Si Washington a choisi
l’effigie de l’ancienne esclave noire
Harriet Tubman pour illustrer les futurs billets de
20 dollars (Présent du
23 avril), Londres a fait un
choix radicalement inverse :
ses prochains billets de
20 livres seront ornés de l’autoportrait de Joseph Mallord
William Turner (1775-1851),
l’immense « peintre de la lumière », qui influença tant les
Impressionnistes, et de sa
toile sur « Le Dernier voyage
du Téméraire ». Quant aux
billets de 10 livres, ils rendront hommage à la grande
romancière Jane Austen.
La messe à l’intention des vivants et des défunts de Présent
sera célébrée le mercredi 4 mai à 19 heures
en l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile, 75 009 Paris.
Samedi 30 avril 2016 PRÉSENT — 3
États-Unis
Les sous-marins de M. Poutine
inquiètent les Américains
De notre correspondant permanent aux Etats-Unis. – Après vingtcinq ans d’un sommeil relatif, dû
sans doute à un brutal changement
de régime et à quelques problèmes
financiers, les forces armées russes,
sous la férule de Vladimir Poutine,
donnent l’impression de vouloir relever la tête et réoccuper une place
de choix au sein de la fédération. On
a pu le constater en Ukraine, où elles
défendirent avec pugnacité la sphère
d’influence moscovite. On l’a vu en
Syrie, où elles fournirent en
quelques semaines le second souffle
dont le régime d’Assad avait le plus
cruel besoin. Matériel ultra-moderne, personnel parfaitement entraîné, stratégie et tactique revisitées : Poutine cherche à faire de son
outil militaire la pièce maîtresse
d’une nouvelle ambition planétaire.
Il l’a dit et répété à maintes reprises :
le monde est désormais multi-polaire. Et Moscou a le droit d’en occuper l’un des pôles. Quitte à replonger dans une atmosphère de
guerre froide. Quitte à éveiller la
méfiance des Américains. Et même
l’inquiétude. C’est l’amiral Mark
Ferguson, patron de l’US Navy en
Europe, qui le premier sonna
l’alarme en agitant un chiffre assez
spectaculaire. « Le nombre de patrouilles de sous-marins russes le
long des côtes occidentales, a-t-il
martelé, a augmenté de 50 % entre
mars 2015 et mars 2016 ».
Deux flottes
se font face
Ainsi, la menace russe a désormais
le profil, la longueur, la puissance et
le mystère d’un engin qui fonctionne au diesel ou au nucléaire, qui
se faufile dans toutes les mers du
globe, qui peut disparaître dans des
profondeurs abyssales avant de remonter à la surface pour déclencher
l’apocalypse. Aux yeux du hautcommandement militaire russe, les
sous-marins ont toujours été considérés comme les joyaux de la couronne défensive et offensive. La
preuve par les ombres sinistres qui se
déplacent lentement dans les eaux
territoriales de la Scandinavie, de
l’Écosse, de certains pays de la Méditerranée orientale et de l’Atlantique Nord : les sous-marins de Poutine commencent à pulluler à l’intérieur d’un périmètre qui était jusqu’ici chasse gardée de l’OTAN. Du
coup, le Pentagone revoit ses programmes à la hausse, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Norvège ont
émis l’intention de s’équiper de
Sous-marin russe classe Oscar.
nouveaux sous-marins et sept pays
alliés, dont la France, ont décidé de
doubler cette année le nombre
d’exercices navals dans les mers
froides en insistant particulièrement
sur les évolutions de submersibles.
Autre signe : la base aéronavale américaine de Keflavik, en Islande, fermée en 2006 pour des raisons budgétaires, va être réactivée. C’est de là
que partiront les patrouilles des P8A Poséidon qui sont, à ce jour, les
meilleurs avions « renifleurs » de
sous-marins.
Comme au temps de la guerre
froide, deux flottes se font face. Aussitôt, les experts s’efforcent d’en dénombrer les bâtiments et d’en définir les atouts. Poutine alignerait
45 sous-marins d’attaque – la moitié
environ fonctionnerait à l’énergie
nucléaire – désignés pour couler
tous les types de navires ennemis, recueillir des informations sur les objectifs à atteindre ou participer à des
patrouilles le long des grands axes de
■ À NOUS LA
■ LAUVERGEON
ET SON MALE BLANC
PERSONNEL (SUITE).
Le 1er avril, nous signalions
la mise en examen d’Olivier
Face aux abus et à l’augmentation
des arrêts maladies « pertinents » ou
« bidons » des vrais-faux malades au
long cours du genre « rapacecossard », l’Assurance maladie envisage d’inclure de nouveaux critères
dans la « Rosp » (rémunération sur
objectifs de santé publique) – prime
que les médecins touchent chaque
année (90 000 médecins ont perçu
chacun 4 500 euros en moyenne
en 2015. Chiffre qui passe, la même
année, à 6 756 euros pour les généralistes) et dont le montant varie selon l’atteinte des objectifs.
L’idée : rémunérer les médecins
en fonction de la « pertinence » des
arrêts de travail qu’ils délivrent,
c’est-à-dire des arrêts qui respectent
les préconisations de la Haute autorité de santé (HAS).
L’objectif : enrayer l’allongement
des arrêts maladie et réduire le coût
lié aux arrêts de travail et plus précisément, celui des indemnités journalières, indemnités versées par la
Cpam aux salariés et dont le coût ne
cesse de progresser.
Avec ce projet de contrôle et de rémunération, les médecins seraient,
par exemple, invités à respecter le
barème de la Cpam, c’est-à-dire
5 jours d’arrêt de travail pour une
grippe saisonnière, 3 jours pour une
angine ou encore 21 jours pour une
entorse grave lorsque le patient effectue « un travail physique lourd ».
L’Assurance maladie et les syndicats de médecins ont jusqu’à la fin
de l’été pour se mettre d’accord et signer une nouvelle convention.
PIERRE MALPOUGE
[email protected]
Attentat déjoué à Rome
■ L’HOMME À ABATTRE.
« Superstar » pour nos médias
(voir Présent d’hier), l’islamiste Salah Abdeslam est un
traître et un pleutre pour les
(nombreux) taulards radicalisés. Ils l’ont copieusement sifflé et hué lors de son arrivée à
Fleury-Mérogis, ne lui pardonnant pas de ne pas être
« mort en martyr » comme ses
complices des attentats de Paris et de Bruxelles. D’où les
mesures de sécurité inouïes
prises en sa faveur.
LÉGION ! Panique le 27 avril au
soir dans un bus
marseillais où un
quadragénaire (dont on apprendra ensuite qu’il était
« très défavorablement connu
des services de police ») brandit un pistolet et en menace
les autres passagers, dont l’un
appelle la police. Qui arrivera
trop tard : à bord du véhicule
se trouvaient trois légionnaires en civil, qui ont maîtrisé et désarmé l’énergumène.
navigation. De leur côté, les EtatsUnis entretiennent 57 sous-marins
d’attaque, tous munis de moteur à
énergie nucléaire, dont quatre sont
spécialement conçus pour lancer des
missiles de croisière ou pour débarquer, près d’une côte, des commandos de forces spéciales. Petit détail
qui réduit, dans chaque camp, l’ampleur de cet outil plein de
promesses : seulement la moitié des
sous-marins russes et le tiers des
Menace
sur les arrêts de travail
Fric, le bien nommé, second
époux de l’ancienne patronne
d’Areva, Anne Lauvergeon,
« pour délit d’initié et blanchiment dans un volet de l’en-
sous-marins américains sont en mer,
tant ces bijoux ultra-sophistiqués
ont besoin d’entretien, de réparations et de perfectionnement. Justement, le perfectionnement devient
dans cette course de vitesse l’obsession des ingénieurs des deux pays.
Les Russes travaillent sur un drone
qui marauderait dans les profondeurs océaniques avec dans ses flancs
une bombe nucléaire tactique capable de pulvériser des villes entières
ou des installations portuaires. Les
Américains ripostent en projetant
un drone non armé de 40 mètres de
long qui, avec une autonomie de
trois mois et des antennes ultra-sensibles, serait chargé de débusquer les
sous-marins « classiques ». Qu’on
l’admette ou non, on retrouve bien
là l’esprit de la guerre froide : un
bras de fer sans limites dans la recherche de la terreur.
CHRISTIAN DAISUG
[email protected]
quête sur le rachat calamiteux de la société UraMin par
le géant du nucléaire, dont
l’ancienne “sherpa” de François Mitterrand présida le directoire de 2001 à 2011 ». Selon L’Obs’, une seconde mise
en examen d’Olivier Fric et de
son partenaire Franck Hanse
pourrait suivre, en raison de
leur achat le 18 janvier 2007
de 765 000 euros d’actions de
la société allemande Repower
dont le principal actionnaire
était Areva qui, quatre jours
plus tard, voulait acquérir
70 % du capital de Repower.
Le 9 février, le tandem FricHanse vend ses titres à
Areva… et « empoche une
plus-value de 370 000 euros ».
Lauvergeon était-elle au parfum ?
Vous cherchez Présent ?
Allez sur www.trouverlapresse.com
Vous voulez trouver Présent près de chez vous ? Indiquez-nous le kiosque
ou la maison de la presse la plus proche et il y sera rapidement disponible :
[email protected] 01 42 97 51 30
Suivez Présent
sur Twitter et Facebook
Rome, objectif islamiste ? Un
couple et deux hommes soupçonnés
de préparer des attentats terroristes
sur le sol italien, notamment à
Rome, qu’ils qualifient de « lieu de
référence pour tous les chrétiens »,
avant de partir combattre en Syrie
aux côtés des barbus de l’Etat islamique (EI) en emmenant leurs deux
enfants, ont été arrêtés jeudi en
Lombardie.
Le couple en question : Moutaharrik Abdererrahim et Salma Bencharki (italienne convertie à l’islam),
résidant à Lecco, sur les bords du lac
de Côme ;
Leurs complices présumés : Abderrahmane Khachia, ressortissant
marocain de 23 ans, dont le frère a
été expulsé d’Italie en janvier 2015
sur des soupçons de terrorisme, et
un autre Marocain dont l’identité
n’a pas été révélée.
Selon les premiers éléments de
l’enquête, le couple et les deux marocains étaient en contact avec un
autre couple du même calibre – Mohamed Koraichi, ressortissant marocain ayant travaillé comme soudeur,
et une autre italienne convertie elle
aussi à l’islam, Alice Brignoli –, rencontré à Lecco et déjà parti rejoindre
les rangs de l’EI depuis février 2015.
C’est ce couple qui, depuis la Syrie,
aurait conseillé aux quatre interpellés « d’agir d’une façon, n’importe
laquelle, dans un lieu, n’importe lequel » dans le but de « toucher l’Etat
italien ».
Voilà le pape François mal récompensé de ses prévenances envers les
migrants, selon lui « chair de
l’Eglise » au point qu’il en avait
amené une douzaine avec lui au Vatican, tous musulmans.
P. M.
Festival Etonnants Voyageurs
Nous n’irons plus
à Saint-Malo…
Voici plusieurs années que le Festival Etonnants
Voyageurs, fondé et toujours présidé par Michel Le
Bris, sombre dans un conformisme affligeant.
Mais cette année, la coupe est pleine : les vedettes
en seront, du 14 au 16 mai, Christine Taubira et
Lilian Thuram. Le second remettra même le prix
du concours de nouvelles (short stories). On a les
Maupassant qu’on peut ; ou, comme disait à peu
près Voltaire, « il fallait un vrai lecteur, ce fut un
footballeur qui l’obtint (la place) ».
Irène Frain.
Ajoutez Didier Daeninckx (Didier dénonce,
comme dit Patrick Besson), l’anticolonialiste professionnel Pascal Blanchard, et tutti quanti. Pas un
pour sauver l’autre ! On venait à Saint-Malo pour
prendre l’air du large, il faut maintenant respirer
les rances effluves du gauchardisme le plus gluant.
Le timide maire centriste de Saint-Malo, Claude
Renoult, rappelant qu’il verse 670 000 euros de
subventions et prestations, a tenté de faire observer
que le Festival devient un peu trop parisianiste, et
qu’il faudrait « impliquer davantage les Malouins ».
Michel le Bris.
Peine perdue. Le patriarche Michel Le Bris répond
que le Festival n’est pas parisianiste, mais féministe : « Les femmes occupent une place centrale comme actrices et comme
victimes dans les bouleversements mondiaux ». Ah ! ah ! Quand on sait que le
Sillon (qui relie les remparts à Paramé) résonne encore de sa querelle avec la
romancière Irène Frain, désormais interdite de festival, cela fait doucement ricaner dans les chaumières, de Cancale à Miniac-Morvan.
Coriosol
P.S. Il y a pire encore que le Festival de Saint-Malo, c’est le Salon du Livre
de Vannes (10-12 juin), avec en vedette l’ignoble Jean-Louis Debré, la « féministe » Isabelle Alonso et une exposition sur Wolinski. Croyez-vous que le
maire soit socialiste ? Non, c’est le très peu courageux David Robo, « juppéiste » comme il se doit…
4 — PRÉSENT Samedi 30 avril 2016
www.present.fr
Un 1er mai avec Jeanne
Suite de la page 1
de mosquées radicales fermées ?
Combien d’organisations dissoutes ? Mieux vaut tard que jamais
sans doute, mais encore faut-il que
l’action accompagne les paroles. On
n’attend pas des responsables politiques qu’ils nous livrent uniquement des constats. Je rappelle
quand même que le précédent ministre de l’Intérieur, donc tout particulièrement concerné par ces sujets normalement, s’appelait justement Manuel Valls. Il faut mener
une lutte sans faiblesse face aux islamistes ! Et face à TOUS les islamistes, car je remarque que si l’on se
focalise beaucoup sur les salafistes,
on en oublie trop facilement les
autres mouvances qui partagent en
réalité la même matrice idéologique. Je pense notamment aux
Frères musulmans, représentés dans
notre pays par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF),
organisation avec laquelle des responsables politiques tels que Christian Estrosi ou Alain Juppé entretiennent de cordiales relations dans
leurs villes respectives. Pour ma
part, je considère que l’on ne doit
pas distinguer les islamistes selon la
longueur de leur barbe ou l’épaisseur du voile qu’ils imposent aux
femmes.
— L’Union européenne n’est toujours pas parvenue à répondre efficacement au chaos migratoire en
Méditerranée. Quelles sont selon
vous les mesures qui doivent être
prises d’urgence ?
— Non seulement l’UE ne répond pas au chaos, mais elle se re-
pose désormais sur les autorités
turques, qui se livrent à un scandaleux chantage en exigeant que les
Turcs soient exemptés de visas pour
entrer sur le territoire européen.
Avec cette crise, ce sont les dernières illusions de frontières extérieures, et donc la logique même de
l’espace Schengen, qui s’écroulent.
Je crois qu’il faut simplement être
“
campagnes de communication
ayant pour but de prévenir des
risques encourus lors de la traversée
à l’image de celles lancées par l’Australie ; telles sont les mesures qui devraient être mises en place de toute
urgence. A défaut, non seulement
les clandestins vont continuer d’affluer, mais, en plus, nous connaîtrons encore de nouvelles tragédies
avec des parcours et des sensibilités
différentes, mais chacun se retrouve
dans le corpus commun tel que défini par notre présidente et par nos
instances. Ces nuances font que l’on
peut être plus sensible à tel ou tel
sujet. Pour ma part, je considère
que les enjeux et combats sont multiples mais liés et doivent être menés
de front. C’est à mes yeux le même
Oui, le FN abrogera la loi ouvrant le mariage
et l’adoption aux couples de même sexe
pragmatiques et considérer qu’il revient alors aux Etats – comme c’est
prévu par les traités – de reprendre
la main, y compris bien sûr en mettant en place des coopérations interétatiques. La décision de l’Union
européenne de tripler les fonds alloués aux opérations de sauvetage
en mer a encouragé et amplifié
l’émigration sauvage, faisant la part
belle aux mafias de passeurs qui
profitent de la passivité et de la naïveté des gouvernements européens.
La restauration immédiate de nos
frontières nationales, la reconduite
systématique des bateaux de migrants vers les ports d’origine, la réduction du droit d’asile, la suppression des aides sociales accordées aux
clandestins et faux demandeurs
d’asile pour les dissuader de venir,
une politique ambitieuse de stabilisation de la Libye (détruite par Nicolas Sarkozy) et la mise en place de
en Méditerranée comme lors du
naufrage d’un bateau la semaine
dernière.
— Les déclarations de Florian
Philippot notamment sur le « mariage » homo sur lequel il a ironisé,
laissant entendre qu’il ne s’agit pas
pour lui d’un sujet majeur, ont provoqué une vive polémique. Est-ce
que vous confirmez que vous abrogerez la loi sur le mariage pour tous
si le FN arrive au pouvoir ?
— Sur ce sujet, la position adoptée à l’unanimité par notre Bureau
politique (dont Florian Philippot
fait bien sûr partie) est claire et je la
rappelle : oui, le FN abrogera la loi
ouvrant le mariage et l’adoption aux
couples de même sexe. Je n’ai pas lu
où que ce soit que Florian Philippot
aurait changé d’avis à ce sujet.
Comme dans tout groupe humain, il y a au FN des personnalités
”
mouvement de globalisation et
d’indifférenciation qui s’attaque
aux nations, aux frontières, aux
identités, et à la famille.
— A droite on entend beaucoup
de défiance contre Marine Le Pen.
Elle a gagné beaucoup de voix à
gauche mais elle n’arriverait pas à
rassembler à droite. C’est un peu le
sens des Rendez-vous de Béziers organisés par Robert Ménard fin mai.
Il le dit lui-même : « L’incapacité
du FN à prendre une région en décembre dernier, la place de Juppé
très haut dans les sondages, tout
concourt à décourager certains de
nos amis, à penser que 2017 est déjà
perdu. » Seul contre tous, le FN
peut-il encore gagner ?
— Il me semble qu’une partie de
votre analyse est erronée : lors des
élections régionales, un grand
nombre d’électeurs issus de la
« droite » se sont portés sur les listes
du Front national. Pas suffisamment pour que nous l’emportions,
je vous le concède, mais la poussée a
cependant été très forte. Et c’est justement pour cela que certains –
dont les prébendes et places sont directement menacées par cette érosion électorale – tentent de caricaturer notre programme, nos positions
et propositions. Face à cela, il s’agit
pour nous de continuer à parler
plus haut, plus clair et plus fort, notamment dans le domaine économique. En rappelant que l’Etat protecteur et la liberté d’entreprendre
ne sont pas antinomiques, bien au
contraire, ou encore que notre projet défend tout autant le protectionnisme qu’une politique fiscale tournée vers la défense des petites et
moyennes entreprises qui constituent l’essentiel du tissu économique de la France. Et pour évoquer les rencontres organisées à Béziers par Robert Ménard, je trouve
sain et vivifiant que le débat intellectuel soit foisonnant au sein ou à
la périphérie de notre mouvement.
Tout ce qui permettra que le rassemblement des patriotes sincères se
poursuive et s’amplifie autour du
Front afin d’assurer la victoire de
Marine Le Pen en 2017 doit être encouragé.
Propos recueillis
par Caroline Parmentier
[email protected]
● Dans Présent de mardi : nos reportages sur l’hommage à Jeanne d’Arc
et le Banquet patriote du FN.
Le potager de mon grand-père
A l’écoute de
Cette semaine, la vedette sur
Radio Courtoisie était Gabrielle
Cluzel qui s’est entretenue avec
l’abbé Guillaume de Tanoüarn et
Jean-Marie Le Méné, dans leur
émission respective, du féminisme
et de ses contradictions. Et elles
sont nombreuses…
Elle relève l’incongruité de
l’existence même d’une presse féminine, qui plus est, dans laquelle
écrit une Caroline Fourest. Existet-il une revue appelée JeanClaude ? Alors pourquoi MarieClaire ?
Elle dénonce l’abolition du délai de réflexion avant un avortement (pardon, une IVG…) prétendument infantilisant pour la
femme. Depuis quand réfléchir
est-il infantilisant ? Elle rappelle
que, même lorsque vous achetez
une machine à laver, vous avez
droit à un délai de réflexion !
exemple les écoles militaires où
les performances sportives permettant d’intégrer ces écoles ont
été abaissées afin que les femmes
puissent se présenter. Et alors :
faudra-t-il dire à l’Etat islamique
de courir un peu moins vite derrière les femmes que derrière les
hommes ? Ne vaudrait-il pas
mieux reconnaître que, physiquement, la femme n’est pas l’égale
de l’homme, et qu’en revanche,
elle a d’autres qualités que les
hommes n’ont pas ? Elle rappelle
également que c’est généralement
le camionneur qui viole la jeune
fille et rarement le contraire ! Le
laxisme judiciaire est donc particulièrement ressenti par les
femmes.
Cet écumage en règle du marigot féministe par Gabrielle Cluzel
fut un grand moment, à la fois
drôle et percutant.
Elle s’en prend à l’égalité
homme/femme et cite comme
ANNE DULIN
[email protected]
Bergeron au Bistro
● Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Francis Bergeron sans jamais oser
le demander… est dans ce Bistro Libertés !
Journaliste, essayiste, auteur de livres pour
enfants, directeur des ressources humaines
d’une grande entreprise mais aussi militant anti-communiste convaincu qui distribua des tracts sur la Place Rouge en
plein régime soviétique et jeune combattant des Phalanges libanaises lors de la
Guerre du Liban. Il est l’invité de Martial Bild et de ses sociétaires pour débattre de quatre thèmes : • Hé oh la gauche ! Le cri du réveil ou du désespoir ?
• Hé oh, le TAFTA est-il obligatoire ? • Hé oh, comment va la presse ? • Hé
oh, un bourre-pif à Joey Starr peut-il faire trembler le PAF ?
Une émission que nos lecteurs ne peuvent pas manquer.
Vendredi 29 avril à 19 heures : www.tvlibertes.com
Le jardin des délices et de la transmission
« Dans un monde qui va trop
belle-sœur et de son beau-frère
vite, où l’on a de moins en moins
qui arrosent trop les tomates et
de repères, j’avais la nécessité de
abusent des pesticides et du moretourner aux sources », explique
toculteur qui « génocide » les
le réalisateur Martin Esposito.
lombrics – et sur ses conseils,
Alors, comme on a toujours beMartin va s’initier aux gestes présoin d’un… pote âgé, pour « recis du parfait petit jardinier. Des
tourner aux sources », il s’est
conseils qui vont du tri des setourné vers son grand-père : Vinmences à la récolte, en passant par
cent Esposito.
la cuisine et la mise en bocaux des
légumes amoureusement cultivés
D’origine calabraise, Vincent,
dans un profond respect de la na85 ans, le visage bosselé comme
ture. Comme le dit Vincent : les
une pomme de terre, cultive avec
pesticides, « on s’en cague ! [« On
amour et patience son jardin pos’en fout ! »] Tu regardes comme
tager. Un jardin extraordinaire
je fais et tu recopies (…) Comme
où, loin de la fébrilité urbaine, du
le père de mon père me l’avait
sans gluten et autres principes de
montré à l’époque. Ça fait 70 ans
précaution, le temps semble susde ça ! ».
pendu au fil des saisons. Un jarLes choses – simples – de la vie !
din pour lequel Vincent, depuis la
Avec ce documentaire du genre
mort récente – et en souvenir – de
« silence ça pousse » plein de tensa femme, redouble de soins endresse et au suspense insoutenable
vers ses semis et plantations. Un Mon grand-père ce « héros ».
– les tomates, poivrons, piments,
jardin qui lui sert de refuge lorsque
la tristesse le gagne et que l’absence de celle qui a été sa courges… sortiront-ils de terre le moment venu ? –, Martin Esposito offre au spectateur un vibrant hommage à la
compagne se fait trop sentir.
nature (bio) et un hymne d’amour à son grand-père « pasPour ne pas perdre à jamais le savoir-faire de cet « an- seur de témoin » et « gardien de la terre ».
cien » qu’est son grand-père, Martin a planté sa caméra
PIERRE MALPOUGE
dans le potager de celui-ci. Là, sous le regard parfois [email protected]
queur de son « pépé » – notamment à l’encontre de sa
Abonnements : [email protected]
1 mois : 27,50 €
abonnement illimité par prélèvement mensuel
5, rue d’Amboise - 75002 Paris
Téléphone : 01.42.97.51.30
Fax : 01.42.61.97.79
[email protected]
Directeur (1981-2013) : Jean Madiran (†). SARL
PRéSenT pour 99 ans au capital de 135 555 euros, sise 5
rue d’Amboise, 75002 Paris. Gérant : Zita de Lussy.
Imprimerie RPn - 93190 Livry-Gargan. Dépôt légal :
2e trimestre 2016. CPPAP : 0518 C 83178 - ISSn :
07.50.32.53. Directeur de la publication : Zita de Lussy.
Rédacteur en chef : Samuel Martin. Directeur du jour :
Anne Le Pape.
3 mois : 95 €
6 mois : 175 €
Abonnement de parrainage
3 mois : 75 €
6 mois : 139 €
1 an : 239 €
1 an : 299 €
+ 30 € avec l’abonnement numérique
2 ans : 580 €
+ abonnement numérique offert
2 ans, abonnement de soutien : 1 200 € + abonnement numérique offert
Abonnement Internet
1 jour : 1 € - 1 mois : 17 € 3 mois : 50 €
6 mois : 95 € - 1 an : 180 €
Samedi 30 avril 2016 PRÉSENT — 5
Entretien avec Alfred Eibel
Les auditeurs de Radio-Courtoisie et les amoureux
de la littérature en général connaissent bien le nom
d’Alfred Eibel à qui, s’il fallait le définir par un mot,
on pourrait appliquer celui de « découvreur ».
— On vous entend régulièrement sur les ondes de Radio Courtoisie. A quelles émissions participez-vous régulièrement ?
— Michel Mourlet, un ami de
45 ans, m’invite à son émission
intitulée « Français mon beau
souci » – référence à Valery Larbaud – pour une courte critique de
livre. J’y évoque soit une réédition,
soit un ouvrage plus récent correspondant au titre de l’émission.
Christian Brosio et Arnaud GuyotJeannin m’invitent aussi parfois.
Côté écriture, je participe actuellement à la revue mensuelle Service
littéraire de François Cérésa ainsi
qu’à Livr’Arbitres, que vos lecteurs
connaissent bien.
— Critique littéraire, éditeur,
journaliste (Le Quotidien de
Paris, Valeurs actuelles jusqu’à une
période récente), vous vous intéressez à toutes les littératures, française et étrangères, au roman, à la
poésie, au cinéma… Que représente la littérature pour vous ?
— La littérature est pour moi
une façon de vivre autrement et
surtout de comprendre le monde.
Sans oublier le plaisir de lire, tout
simplement. Aimer lire ou écrire
permet de ne pas se laisser grignoter par les problèmes de la vie quotidienne. La passion est nécessaire
à la vie : sans elle, on se laisse
atteindre par tous les maux. La lecture est une passion et un secours.
— Vous avez rencontré de nombreux écrivains et êtes même devenu ami avec les plus ombrageux.
Qui évoqueriez-vous avec le plus
d’émotion ?
— J’en évoquerai deux : le premier est Michel Le Brun, passionné de roman policier et de roman
noir. Pour lui, le clivage
gauche/droite ne comptait absolument pas, seule la qualité devait
avoir de l’importance. Il aimait
aussi des romans un peu fous. Responsable de la revue Polar aux éditions Rivages, il m’y a accueilli. Le
second s’appelle G-J. Arnaud, un
grand ami de Léo Malet. Le jour
où l’on voudra évoquer la vie de
province au XXe siècle, on ne
pourra l’ignorer. Il s’agit d’une sorte de Balzac, très sous-estimé. Il a
écrit entre 300 et 400 romans policiers où l’on ne trouve ni détective,
ni policier…
— Quels sont vos auteurs de
polars favoris ?
— Ne parlons si vous le voulez
bien que des Français. J’ai envie de
citer des auteurs que j’ai découverts
et suivis, très différents les uns des
autres : André Elena, qui donne,
comme Léo Malet, une idée du
Paris de la pègre. Sa langue est belle – il a étudié le latin à l’école ! –,
il évoque la Place Blanche, Pigalle,
où se trouvaient encore à l’époque
énormément de bistros louches
qu’il avait vraiment fréquentés.
Puis je parlerai d’Ange Bastiani, un
« salaud », un voleur, un infréquentable, un collabo malhonnête, tous
les défauts… mais dont la langue
verte a un naturel et une spontanéité qui font que certains, comme
André Breton, l’ont portée aux
nues. Il a trop écrit, mais dans un
roman, tout à coup, lui viennent
trois ou quatre pages qui constituent une véritable envolée d’écriture. Son argot, selon moi, reste
plus intéressant et moins laborieux
que celui de Simonin, un peu tiré
par les cheveux.
— Vous n’aimez pas Le Petit
Simonin illustré ?
— Ah si, son dictionnaire est un
bon livre !
— Notre ami ADG fait-il partie
des auteurs de polars contemporains que vous estimez ?
— Je l’ai rencontré, bien entendu. Et j’appréciais beaucoup ses
livres. Son dernier roman a connu
un grand succès… bien tard ! A son
propos, je ferai une remarque qui
va sans doute vous surprendre : j’ai
remarqué qu’un certain nombre
d’auteurs de romans policiers ont
commencé par publier des
poèmes : Michel Le Brun, Bastiani,
Photo Anne Le Pape
La lecture, une passion
Alfred Eibel.
Auguste Le Breton… et ADG, qui
m’a envoyé des poèmes jamais
parus. Savez-vous qu’Agatha Christie a écrit dix recueils de poèmes
avant de publier des romans ?
— A propos de poèmes, permettez-moi de revenir à Léo Malet,
que vous avez bien connu. Vous
m’avez même appris que son
recueil, édité par vos soins, des
Poèmes surréalistes, était devenu
rare et recherché par les amateurs.
Aimez-vous Les Nouveaux Mystères
de Paris ?
— Le moins réussi est celui qu’il
a situé dans le XVIe arrondissement : il avait besoin de « sentir »
le quartier. L’un des plus justes
reste sans doute Les Eaux troubles
de Javel. « La Place Balard, l’une
des plus tristes de Paris », disait-il.
J’y ai connu le Bar de la Marine et
tout ce qu’il décrit, les filles, les
personnages louches. Tout est
juste !
— Le Paris de Léo Malet existet-il encore ? Pensait-il qu’il allait
disparaître quand il arpentait la
ville pour s’en imprégner ?
— Il s’est arrêté quand il a vu
combien Paris se transformait. « Ce
n’est plus Paris », répétait-il. Il a
d’ailleurs quitté la ville… pour une
banlieue immonde.
— Quelles sont les meilleures
adaptations des polars de Léo
Malet ?
— Léo Malet a toujours suivi les
adaptations de ses œuvres au ciné-
ma. La meilleure est sans conteste
120 rue de la gare, de Jean-Daniel
Norman. Léo lui-même le reconnaissait.
— Guy Marchand est-il un bon
Nestor Burma ?
— Il reste l’acteur le plus proche
de son personnage, l’auteur en
convenait. Mais ensuite, autour du
héros ont été construits des scénarios n’ayant plus rien à voir avec les
livres de Léo Malet, donnant des
films très politisés, très mauvais.
— Le monde des anarchistes, des
trotskistes, est un monde qu’il
évoque avec une grande justesse…
— Et pour cause : un monde
qu’il avait bien connu. Il possédait
même la machine à écrire du secrétaire de Trostski. Il m’avait recommandé la lecture de son Abattoir
ensoleillé, qui n’est pas un Nestor
Burma, en me précisant : « Tu verras, c’est le plus proche de ce que
j’ai été à un moment donné. » Il
venait de l’extrême gauche.
— A-t-il connu le succès ?
— Trop tard, malheureusement.
Son crève-cœur était que sa femme
ne l’avait jamais vu percer. « Tu te
rends compte, je peux prendre des
taxis ! », me disait-il. La transformation de Paris et surtout la mort
de Paulette, sa femme, l’ont beaucoup affecté.
Propos recueillis
par Anne Le Pape
[email protected]
● Alfred Eibel anime aussi, avec un
ami, un blog consacré au cinéma :
[email protected]
120 rue de la Gare, roman de Léo Malet adapté au cinéma,
et en bande dessinée par Tardi.
Six nouvelles en enfilades
Les six nouvelles qui composent le recueil de
François Marchand, auteur par ailleurs de quatre
romans remarqués (1), sont percutantes, roboratives
et, ce qui est bien rafraîchissant, politiquement
incorrectes (voir l’article de Pierre Saint-Servant,
Présent du 23 avril).
Il en est deux, plus particulièrement, « Les
Abeilles » et « Singerie » qui, dans le microcosme
intello-bisounours-surtoutpasdamalgam, ne devraient
pas faire que des amis à l’auteur.
Dans « Les Abeilles », abeilles masquées ou abeilles
des sables, on nous raconte dard-dard une invasion de
ces bestioles qui, in fine, va contraindre les habitants
des maisons envahies à déménager.
Dans « Singerie », on accompagne l’irrésistible
ascension, jusqu’aux fonctions suprêmes de l’Etat,
d’un gorille femelle sauvé des griffes de braconniers
rwandais. S’en étonner, s’en offusquer, s’y opposer ?
— François Brigneau m’a raconté
l’avoir vu plus d’une fois dans les
locaux de Minute ?
— En effet, Léo Malet connaissait bien Jean Bourdier et passait le
voir.
— Jean Bourdier, auteur d’un
roman policier paru au Masque,
Le Commissaire priseur ?
— Exactement, sous le nom de
John McGregor. Mais figurezvous que c’est par Minute que j’ai
découvert Léo Malet. Tout le monde lisait Minute à l’époque, certains
plus ou moins en cachette. Bourdier se conduisait comme Léon
Daudet : il défendait les livres qui
lui semblaient bons, même s’ils
n’étaient pas écrits par des gens de
son bord.
— Vous continuez à lire des policiers ?
— J’ai un peu décroché. Il me
semble que les auteurs contemporains n’ont plus cette connaissance
directe de ce dont ils parlent
qu’avaient leurs prédécesseurs.
Cela se sent…
N’y pensez même pas : ce serait raciste ! Il n’y aura
d’ailleurs qu’un petit groupe réac et marginal, attaché
à la distinction de l’homme et de la femme, de l’adulte et de l’enfant, de la vie et de la mort, pour trouver
ça un peu fort de café. D’abord rappelés à l’ordre, ils
seront vite mis au pas par la République.
Chez François Marchand, pourfendeur de la « bonne pensée » sirupeuse, toutes ressemblances avec des
situations existantes ne relèvent pas de la coïncidence
fortuite. Un auteur qui flingue à tout va et qui ne se
croit pas obligé de plier l’échine, ça ne se rate pas !
M’étonnerait d’ailleurs pas qu’ « ils » le ratent…
ALAIN SANDERS
[email protected]
● Editions du Rocher.
(1) L’Imposteur (Le Cherche-Midi) ; Plan social (Le
Cherche-Midi) ; Un week-end en famille (Le ChercheMidi) ; Cycle mortel (Ecriture).
L
A SEMAINE PROCHAINE,
article de Philippe Vilgier sur
les Mémoires de Michel Mourlet
(ami d’Alfred Eibel), Une vie en
liberté, accompagné d’une évocation de l’admirable travail de son
éditeur, les éditions Séguier, par
Pierre Saint-Servant.
6 — PRÉSENT Samedi 30 avril 2016
www.present.fr
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Au musée du Luxembourg
Un parcours européen
Deux musées de Budapest, la Galerie nationale hongroise et le Szépmuvészeti
Múzeum qui est en travaux, envoient à Paris leurs chefs-d’oeuvre. Le noyau
de leurs collections, quelque six cents tableaux issus de celles des princes Esterhazy
dont la Pinacothèque de Paris avait donné un florilège en 2011. Voici un aperçu
tout personnel de cette riche exposition.
***
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Albrecht Dürer, Portrait d’un jeune homme (1500-1510).
– Peint sur bois, ce jeune homme est peut-être le frère de
Dürer, qui n’a pas cherché à dissimuler l’asymétrie du sourire. On apprécie la souplesse de la touche, quand Dürer, dans
ces gravures, est souvent dur. On note le beau fond rouge : la
facile manie n’était pas encore passée par là, qui crut bon
d’éclairer les visages par contraste sur un fond noirâtre. Elle
dénaturera longtemps l’art du portrait.
Albrecht Dürer, Portrait d’un jeune homme, vers 1500-1510. Huile
sur panneau de sapin, 42,8 x 34,5 cm. Budapest, musée des Beaux-Arts.
Le Greco, L’Annconciation (vers 1600). – Comme l’indique le surnom, Dominikos Theotokopoulos était un
peintre d’origine crétoise. Passé par l’Italie, il sera finalement
un peintre « espagnol ». Son art, d’origine byzantine, prend
une coloration unique au contact de l’art occidental. Œuvre
de la maturité, cette Annonciation où le ciel a envahi la
chambre de la Vierge est représentative du Greco avec ses
figures éloquentes. Fuyant le réalisme, le Greco semble
peindre des visions.
Jacques Blanchard, Saint Jérôme (1632). – Mort de la
poitrine à 38 ans (presque comme Modigliani), Jacques Blanchard est passé par Rome et Venise tout comme le Greco.
Son Saint Jérôme respecte la représentation traditionnelle :
vieillard méditant devant un crucifix, crâne sous la main et
Bible ouverte. Le saint exégète est mâlement peint. BlanDoménikos Theotokópoulos, dit Greco, L’Annonciation, vers
chard était un artiste talentueux, mais pas au point de méri- 1600. Huile sur toile, 91 x 66,5 cm. Budapest, musée des Beauxter le surnom de « Titien français » qui lui fut donné.
Arts.
Jan Steen, La Famille des chats (vers 1674). – Voilà une
joyeuse compagnie (autre titre du tableau), peut-être la familPuvis de Chavannes, La Madeleine (1897). – Puvis de
le du peintre aux côtés de sa seconde femme. Ils sont rassem- Chavannes a eu une influence considérable sur les symboblés autour d’une chatte avec ses six petits ; mais il y a aussi listes, sur les nabis… Sa peinture est par nature murale comun chien, une chouette sur son perchoir, et un corbeau qui me le montre cette Madeleine proche, par sa clarté, de celle
joue avec la bonde du tonneau… et un crâne. Peintre de du Greco également présentée. Mais celle du Greco est
scènes de genre, Steen a peint de nombreuses compagnies « pénitente », ce que n’est pas la Madeleine de Puvis. Elle a
amicales ou familiales festives. Le crâne signifie que ces joies l’air d’un beau morceau de nu, mais assurément le peintre l’a
ne sont pas sans mélange. La mort y prend sa part.
douée d’une vie intérieure.
Goya, Portrait de Manuela Camas y de las Heras (17921793). – Le maître espagnol fait le portrait d’une actrice, épou***
se d’un de ses amis peintres. Etait-elle belle ? Comme le jeune
Qu’ajouter ? Il y a un Gauguin, Les cochons noirs, peint à
homme peint par Dürer, sa bouche ne paraît pas des plus harmonieuses et Goya n’y modifie rien. Il n’en a pas besoin, c’est Tahiti l’année de son arrivée (1891). Ce tableau avec ses perde tout l’ensemble que se dégage l’harmonie : visage, maintien sonnages, ses cases, son bosquet, manque d’unité. S’il y a un
du corps, étoffes peintes sans pignocher dans une association Gauguin à voir en ce moment, c’est Et l’or de leur corps, tiré
du musée d’Orsay pour illustrer « Hata Moata – Arts et
hardie de bleu céruléen et de vert oxyde de chrome.
société
aux Iles Marquises », exposition du Quai Branly. Mais
Cézanne, Le Buffet (1877-1879). – Cézanne est omniprérestons
dans notre voyage à Budapest, et voyage dans le
sent en sous-main dans l’histoire de l’art moderne, mais on
temps
européen
: il y a encore une nature morte de Willem
en parle plus souvent qu’on ne le voit et le paysagiste, en ce
Claeszoon
Heda,
une crucifixion de Véronèse, une Vierge à
cas, l’emporte sur le peintre de nature morte. Aussi a-t-on
l’Enfant
de
Michel
Sittow…
plaisir à contempler ce grand buffet avec pommes, boudoirs,
vaisselle et torchon. C’est une composition complexe, à pluSAMUEL
sieurs étages, avec d’habiles effets de décentrage et dissymé[email protected]
trie. La couleur est grasse, la touche généreuse et – surtout –
l’une et l’autre concourent à une forme parfaitement juste, ● Chefs-d’œuvre de Budapest. Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Ripplobsession de l’artiste.
Ronai… Jusqu’au 10 juillet 2016, musée du Luxembourg.
Récap’expo
Goupillières, le 30 avril
Tantine,
Il y a quinze jours, je t’expliquais ce qu’allait dire et
faire le pape à Lesbos. Je m’étais bien trompée. Il n’a
pas converti les migrants musulmans mais en a ramené douze avec lui (dont six enfants). On compte
450 à 500 personnes possédant la citoyenneté vaticane, la population s’est accrue d’un coup. Finalement, l’Etat du Vatican fait comme l’Allemagne : il
réinjecte du sang jeune dans un vieil organisme, peu
lui importe que cela ressemble à une Grande Transfusion.
Pendant ce temps, en France, d’innombrables personnalités politiques se présentent pour sauver la Nation. Cela fait chaud au cœur. Rien que chez Les Républicains, on trouve, avoués ou pressentis : JeanFrançois Copé, Alain Juppé, François Fillon, Nicolas
Sarkozy, Hervé Mariton, Jean-Frédéric Poisson, Frédéric Lefebvre, Nadine Morano, Bruno Le Maire,
NKM, Jacques Myard, Geoffroy Didier, Hassen Hamou, Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino… Du
coup Rama Yade, en annonçant sa candidature, a eu
beau jeu de déclarer : « Je suis candidate à la seule primaire qui ait du sens dans notre République, le premier tour de l’élection présidentielle. »
En additionnant tous les présidentiables de désir
de l’UMPS, on arrivera facilement à trente l’automne prochain. Plutôt que voir s’entre-déchirer des
amis, disons même des frères, ils n’ont qu’à constituer un gouvernement à eux tous : on les appellera
« les Trente », comme dans les versions grecques de
ma lointaine scolarité. Hoi Triakonta. Seuls les partisans des Trente étaient pleinement citoyens, les
autres pouvaient être éliminés sans aucun jugement.
Cela ne suit-il pas une pente logique ? Une fois qu’ils
auront joué tout leur saoul à « sauver la République », arrivera un Thrasybule qui remettra la
France d’équerre et nous débarrassera de cette engeance politicienne.
Une bouteille jetée à la mer en 1906 à Plymouth est
arrivée ce mois-ci sur une plage allemande. 108 ans et
136 jours de navigation, un record. Heureusement
qu’elle ne contenait pas un message de détresse. Elle
avait été mise à l’eau par un biologiste qui étudiait les
courants marins. A cette fin, il en avait jeté plus de
mille entre 1904 et 1906. L’histoire ne dit pas s’il les
buvait avant. En tout cas, nous voilà renseignés : jeter
une bouteille à la mer au moment du naufrage de la
France est inutile. Votons plutôt en 2017, non ?
Les perruches te saluent. Les chats t’embrassent.
Moi de même.
Ta Sardine
Tous les samedis, la Boîte à Sardine
Une dame entre deux âges, « Tantine », correspond avec sa nièce, « Sardine ». Elle demeure à Saint-Pompon, en Dordogne, et sa nièce à Goupillières, dans les Yvelines. Elles échangent des lettres (Tantine n’est pas connectée), qui se
retrouvent à leur insu dans nos colonnes et dont le contenu n’engage qu’elles.
Hubert Robert – Un peintre visionnaire. Grande rétrospective
d’un peintre qui mérite mieux qu’une petite place dans l’histoire
de l’art. Jusqu’au 30 mai 2016, musée du Louvre. (Présent du
19 mars 2016.)
Amedeo Modigliani. L’œil intérieur. Jusqu’au 5 juin 2016, LaM
Villeneuve d’Ascq. Remarquable exposition du plus grand des Parnassois. (Présent du 23 avril 2016.)
Faire le mur, quatre siècles de papiers peints. Jusqu’au 12 juin
2016, musée des Arts décoratifs. (Présent du 11 mars 2016.)
L’art et l’enfant – chefs-d’œuvre de la peinture française. Le
Nain, Chardin, Morisot… Jusqu’au 3 juillet 2016, musée Marmottan-Monet. (Présent du 26 mars 2016.)
Dans l’atelier. L’artiste photographié d’Ingres à Jeff Koons.
Une belle visite d’ateliers variés des XIXe et XXe siècles, avec ou
sans l’artiste. Jusqu’au 17 juillet 2016, Petit Palais. (Présent du
9 avril 2016.)
L’atelier en plein air – Les impressionnistes en Normandie. La
route de l’impressionnisme passe par la Normandie, avant même sa
naissance. Jusqu’au 25 juillet 2016, musée Jacquemart-André. (Présent du 2 avril 2016.)
Carrosses à Marmottan. Jusqu’au 30 juillet 2016. Bibliothèque
Paul-Marmottan, Boulogne-Billancourt. (Présent du 22 avril
2016.)
Albert Marquet, peintre du temps suspendu. A la lisière de la
terre et de l’eau, un paysagiste de la sérénité. Jusqu’au 21 août
2016, MAM Paris. (Présent du 16 avril 2016.)
De la caricature à l’affiche (1850-1918). De beaux talents passés
des caricatures aux affiches : un chemin logique. Jusqu’au 4 septembre 2016, musée des Arts décoratifs. (Présent du 12 mars
2016.)
Samedi 30 avril 2016 PRÉSENT — 7
Justinien : l’Empire, le droit, la croix
Qui, aujourd’hui, se souvient de
Justinien (483-565) ? Peu de monde, sans doute, hormis quelques
attentifs étudiants en droit et des
touristes ayant contemplé Ravenne. Il convenait de rendre justice à
cet empereur trop méconnu en
Occident. Pierre Maraval, universitaire, s’est attelé à cette tâche.
Nominalement, Justinien est
empereur romain. Pour être exact,
il est byzantin : sa capitale est
Constantinople. Il est aussi chrétien et règne deux siècles après
Constantin, qui fut le premier
empereur à confesser le Christ.
Pierre Maraval révèle la trajectoire hors-norme de cet Illyrien (Balkans) de souche modeste, né
en 483. Son oncle, Justin, s’illustre
par les armes et devient empereur
byzantin en 518. Justinien accède
ainsi à l’éducation romaine et chrétienne la plus complète. En 527,
Justin meurt après avoir désigné
Justinien comme successeur.
Dès lors, Justinien n’a de cesse
d’affirmer sa légitimité à travers
une véritable « idéologie impériale ». Il s’appuie sur une théologie
politique faisant de l’empereur
« un ami du Christ (philochristos) »,
gouvernant à l’imitation de Dieu.
Justinien aime à se présenter comme le prince chrétien par excellence. Sur les pièces de monnaie comme dans le cérémonial quotidien,
tout doit rappeler la sacralité du
pouvoir impérial.
Mais, loin d’être une statue du
Commandeur, Justinien est un
législateur et un codificateur. Pour
lui, faire respecter l’ordre public
revient à faire respecter l’ordre vou-
rable, est devenu un magma difficile à interpréter. Il convient de
coordonner et d’actualiser le droit,
afin de donner à Rome (Byzance)
un lustre nouveau, celui d’un Etat
unifié par la foi chrétienne. Ainsi
naît le Corpus iuris civilis, composé
du Code de Justinien (recueil de lois
impériales), du Digeste (consultations de juristes classiques), des
Institutes (manuel d’enseignement)
et des Novelles (nouvelles lois de la
fin du règne de Justinien). L’œuvre
est si monumentale que sa redécouverte à Bologne, au XIIe siècle,
marquera un tournant dans l’histoire juridique européenne.
lu par Dieu. Or, en ce IVe siècle
ap. J.-C. le droit romain, si véné-
Justinien, enfin, est un empereur
guerrier. Son ambition est immense : accomplir la restauration de
l’Empire (renovatio imperii). Il
combat les Vandales (présents en
Afrique du nord, en Corse, en Sardaigne) et les Ostrogoths (maîtres
de la péninsule italienne). L’Italie,
justement, est l’un des théâtres
d’opération de Justinien et de son
général Bélisaire. En 540, Ravenne
(Italie du nord) est conquise par les
Byzantins. Mais le rêve de l’empereur de réunir l’ancien Empire
d’Occident à celui d’Orient
n’aboutira pas entièrement. Justinien s’éteint en 565, à l’âge de
82 ans. Prince volontaire et bâtisseur, il lègue à la postérité des
monuments de l’esprit et du droit,
mais aussi de la matière : les
mosaïques de Ravenne, les coupoles de Sainte-Sophie.
Tugdual Fréhel
● Pierre Maraval, Justinien. Le rêve
d’un empire chrétien universel,
Tallandier, 432 pages.
La chronique de Livr’arbitres
Leurs figures
à la devanture des libraires Voyage au bout de l’horreur
Francis Bergeron : Degrelle
Par-delà sa sulfureuse légende, Léon Degrelle
(1906-1994) aura été un de ces hommes comme il
n’en pense qu’une poignée par siècle. Une grande
gueule, un provocateur qui ne fut pas à l’abri de
quelques tartarinades, mais du courage à revendre.
Un petit côté Séraphin Lampion chez celui que
ses amis avaient surnommé Modeste Ier ? Incontestablement. C’est sans doute pourquoi Francis Bergeron, tintinologue fervent, s’est attaché à raconter
l’aventure – les aventures – d’un condottiere au destin exceptionnel. Degrelle est mort à Malaga, en
Espagne, loin de sa Belgique natale. D’une crise cardiaque, lui qui n’en manquait pourtant pas, de
cœur. Il avait demandé que ses cendres soient dispersées près de Bouillon, où il était né. Le gouvernement d’Outre-Quiévrain publia un décret d’interdiction d’accès au territoire belge de ces pauvres
reliques. Une histoire belge, certes, mais désolante,
pour le coup. Pardès.
Collectif : Jean Mabire
Dans le cadre des Cahiers de l’histoire du nationalisme, Synthèse Nationale rend hommage à un
grand Normand qui nous a quittés il y a dix ans, le
29 mars 2006.
Mabire fut un homme complet. Marin-pêcheur,
navigateur, officier, journaliste, militant, écrivain
prolifique (une centaine d’ouvrages publiés). Né à
Paris dans une famille originaire de Vire et de
Bayeux, il avait la Normandie chevillée au cœur.
En 1949 il avait créé, pour le dire, une revue régionaliste (dont les numéros sont aujourd’hui très
recherchés), Viking.
Il sera de l’aventure algérienne, dans cette Algérie
française où son père, mort à Constantine en 1961,
avait été enterré. Je l’ai connu dans les années
soixante quand il œuvrait, avec honneur et fidélité,
à Europe-Action. Des années plus tard, il vint parler
aux « Lundis du Centre Charlier » que j’animais
une fois par mois (et qui n’ont jamais été remplacés). Il fut passionnant. Et touché par l’intérêt et
l’amitié que lui manifestèrent les membres de Chrétienté Solidarité. Les Bouquins de Synthèse Nationale
Jean-Louis Fiamenghi : Dans le secret
de l’action
Ancien chef du RAID, Jean-Louis Fiamenghi fait
partie de ces grands flics dont la France peut s’honorer. Il a connu les grandes heures de l’Antigang du
commissaire Broussard. A ce titre, il fut l’un des
acteurs principaux – et même un peu plus – de la
mise hors d’état de nuire de Mesrine. Il lève
aujourd’hui le voile sur cette opération dont on ne
connaissait que la partie immergée.
Il raconte aussi, dans cet ouvrage, sa participation
à l’éradication du groupe Beghal, précurseur et
annonciateur de ce que nous vivons aujourd’hui. Il
fut encore un des hommes clefs de l’arrestation
d’Yvan Colonna. Il écrit : « Nous venons de basculer
dans un autre monde ». Avec la menace des islamistes contre lesquels, dit-il, « il faut frapper vite et
fort ». Marcueil Editions.
Robert Paturel : Mes réflexions
sur le combat
Autre légende du RAID et bien connu des lecteurs
de Présent où il s’exprime parfois, Robert Paturel a
été champion de France et d’Europe de boxe française, formateur pendant vingt ans au RAID (où il a
côtoyé Fiamenghi) et au GIPN, « importateur » du
tonfa (et de ses techniques qu’il a peaufinées), spécialiste de nombreux sports de combat, etc.
Dans Mes réflexions sur le combat, véritable manuel de
fighting spirit, il s’adresse aux pratiquants des arts martiaux, à leurs entraîneurs, aux professionnels de la sécurité. Mais ce livre peut – et doit – être lu par tout un
chacun. Ce n’est pas un livre de « recettes » (il y en a
autant qu’il y a de styles). Mais des conseils pour se préparer à d’éventuels affrontements. Ne serait-ce que pour
porter secours à sa famille, aux siens : « De même qu’il
serait insupportable de ne pouvoir sauver son enfant de
la noyade faute d’avoir appris à nager, il serait odieux de
n’avoir pu sauver un membre de sa famille faute d’avoir
jamais appris à se battre. »
ALAIN SANDERS
[email protected]
● Atelier Fol’Fer, 147 rue Bel-Air, 28260 La Chaussée
d’Ivry. Tél. : 06 74 68 24 40. Fax : 09 58 28 28 66.
Site : atelier-folfer.com. Prix franco : 19 euros.
Ecrire un roman évoquant un sujet à la
fois aussi sensible et aussi « exploité » que
le national-socialisme et les camps sans
tomber dans la banalité, le conventionnel
ou le pesant pathos est une véritable gageure littéraire. Et force est de reconnaître qu’Edmond Tran s’en sort remarquablement bien dans ce récit sombre et
intense, même si l’on n’échappe pas
complètement à tous les clichés du genre,
comme celui du kapo nazi puceau tardif
et pervers sexuel.
Faux sanglants est un roman historique
à clef qui nous amène au cœur du mal en
évitant tout parti pris idéologique et tout
jugement moral, avec la froideur implacable du chercheur de vérité au sein des
méandres de l’existence et des noirceurs
de l’âme humaine.
Dès les premières pages, on est plongé
dans l’horreur absolue de la description
clinique et crue des tortures infligées à
une jeune prisonnière juive dans l’enceinte de Buchenwald, quelques jours
avant la libération du camp par les
troupes américaines en 1945. Une barbarie d’où naîtra un lien entre le tortionnaire et deux officiers SS, qui ferment les
yeux sur ces actes en échange d’un plan
d’évasion leur permettant d’échapper à la
justice des libérateurs. Les trois Allemands vont en effet parvenir à quitter le
camp après s’être déguisés en détenus.
Un travestissement dont les conséquences ébranleront bien des certitudes
par la suite.
« En ces temps qui ne datent que
d’hier, l’humanité a rarement fait preuve
d’autant de fragilité face à la possibilité
du chaos » : l’auteur nous conduit sur le
fil du rasoir d’Israël, au lendemain de la
guerre des Six-Jours, à Paris, dans les années 1980, sur les traces David Pérez, ancien agent du Mossad et de son neveu,
Emmanuel Ascher, tous deux « chasseurs
de nazis » et « casseurs de fafs ». Mais un
jour les convictions et la soif de vengeance du jeune Ascher vont se troubler,
basculer, tous ses repères se brouiller…
Les gens qui l’entourent, ces « justiciers »
autoproclamés, sont-ils bien ce et ceux
qu’ils prétendent être ? Quelle est la véritable histoire de sa famille ? Et lui, finalement, qui est-il réellement ?
Débute alors une descente aux enfers
dans un monde où le bien et le mal ne
sont pas aussi clairement tranchés, où les
monstres ne sont pas toujours ceux que
l’on croit et où les destins troubles et violents se croisent et s’entrecroisent, mêlant
les héros aux salauds… Une plongée qui
ne ménage ni les personnages, ni le lecteur, mais qui tient en haleine jusqu’à la
dernière ligne.
Xavier Eman
● Faux Sanglants, Edmond Tran, Ed. PierreGuillaume de Roux, 360 pages, 22,90 euros.
Tous les quinze jours dans Présent, la chronique de Livr’Arbitres,
revue littéraire apériodique. www.livr-arbitres.com
Les DHSD plus que jamais contre le peuple
Dès 1988, Jean Madiran publiait aux
éditions de Présent Les Droits de l’homme
DHSD (Droits de l’homme sans Dieu) et,
en 2002, aux éditions de l’Æncre, l’avocat
Eric Delcroix démontrait dans Le Théâtre
de Satan les ravages de cette idéologie débilitante sur la magistrature et, plus grave encore, sur le Droit français. A son tour, le
grand universitaire Jean-Louis Harouel s’attaque, dans Les Droits de l’homme contre le
peuple, livre bref mais très argumenté, à la
« religion séculière millénariste » qui,
s’adossant aux « idées chrétiennes devenues
folles » déjà dénoncées par l’Anglais Chesterton, s’acharne à saper les fondements de
notre société, de notre civilisation bimillénaire et de notre peuple, en déniant à ce dernier toute défense immunitaire… aussitôt
assimilée à une hérésie.
Pour contrer cette entreprise de démoli-
tion, M. Harouel professe qu’il « est indispensable de discriminer », seul moyen de
« bloquer d’urgence les flux migratoires »
et « le processus de la conquête musulmane ». Faute de quoi, mondialiste et totalitaire comme le fut le communisme et secondé par le « marcionisme judiciaire »
condamnant comme blasphème toute opinion dissidente, le « millénarisme
immigrationniste » conduira au « suicide
assisté » d’une France sans cesse culpabilisée et contrainte – par ses « élites » – à
l’ethnomasochisme.
Comment lui donner tort ?
C.G.
[email protected]
● Jean-Louis Harouel, Les Droits de
l’homme contre le peuple, éd. Desclée
de Brouwer, 124 pages.
8 — PRÉSENT Samedi 30 avril 2016
www.present.fr
Appel à une interprétation authentique
de l’exhortation apostolique Amoris laetitia
Entretien avec Mgr Athanasius Schneider
Mgr Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l’archidiocèse
de Sainte-Marie en Astana,
Kazakhstan, donne à Présent
son analyse de la toute nouvelle
exhortation du pape François.
— L’exhortation apostolique Amoris laetitia
ne permet-elle pas des interprétations diverses,
voires contradictoires ?
— L’exhortation apostolique Amoris laetitia
[que nous désignerons sous le sigle AL] récemment publiée, contient une grande richesse spirituelle et pastorale concernant la vie dans le mariage et dans la famille chrétienne à notre
époque. Mais, malheureusement, elle a aussi
donné lieu, en peu de temps, à des interprétations nettement contradictoires, y compris au
sein de l’épiscopat. La voie à des interprétations
abusives semble avoir été ouverte par le cardinal
Christoph Schönborn lui-même qui, pendant la
présentation officielle de l’AL à Rome, a dit au
sujet des unions irrégulières : « La grande joie
que me procure ce document réside dans le fait
qu’il dépasse de manière cohérente la division
ment, des citations exactes des principes de la
doctrine morale de l’Eglise dans la forme sous laquelle ils ont été formulés dans le n. 84 de l’exhortation apostolique Familiaris consortio et
dans l’encyclique Veritatis splendor du pape JeanPaul II. Des allusions générales aux principes
moraux et à la doctrine de l’Eglise sont certainement insuffisantes dans une matière controversée qui est d’une importance délicate et capitale.
Dans le chapitre VIII de l’AL, n. 298, le Pape
écrit que l’Eglise reconnaît des situations où
« l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de
graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation ».
Des représentants du clergé et même de l’épiscopat affirment déjà que, selon l’esprit du chapitre VIII de l’AL, il n’est pas exclu que, dans un
cas exceptionnel, les divorcés remariés puissent
être admis à la Sainte Communion sans qu’il
leur soit demandé de vivre en continence parfaite. Admettant une telle interprétation de la
lettre et de l’esprit de l’AL on devrait accepter, si
l’on observe une certaine honnêteté intellectuelle et selon le principe de non-contradiction,
que le sixième commandement divin qui interdit tout acte sexuel hors du mariage ne serait
plus universellement valable, admettant donc
« Entre la foi et la vie des enfants de l’Eglise,
il ne doit pas y avoir de contradiction »
artificieuse, extérieure et nette entre les “réguliers” et les “irréguliers.” » Une telle affirmation
suggère l’idée qu’il n’y a pas de différence claire
entre un mariage valide et sacramentel et une
union irrégulière, entre la vertu et le péché.
— Mais on trouve aussi des interprétations
plus « classiques » ?
— Effectivement, d’un autre côté, certains
évêques affirment que l’AL doit être lue à la lumière du Magistère pérenne de l’Eglise et qu’elle
n’autorise pas la communion pour les divorcés
remariés, même exceptionnellement. En principe, cette affirmation est correcte et désirable.
De fait, chaque texte du Magistère doit être, en
règle générale, cohérent dans son contenu avec
le Magistère précédant, sans aucune rupture.
— Comment comprendre de telles différences
d’interprétation ?
— Analysant avec une honnêteté intellectuelle certaines affirmations de l’AL vues dans
leur propre contexte, on découvre une difficulté
pour une interprétation selon la doctrine traditionnelle de l’Eglise, de par l’absence d’affirmation concrète et explicite de la doctrine et de la
pratique constante de l’Eglise, fondée sur la Parole de Dieu. L’AL est dépourvue, malheureuse-
des exceptions. La parole divine du Christ :
« Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu
a uni » (Mt 19, 6) ne serait plus admis toujours
et pour tous les conjoints sans exception. Le pérenne et infaillible enseignement de l’Eglise ne
serait plus universellement obligatoire, notamment l’enseignement confirmé par Jean-Paul II
dans Familiaris consortio, n. 84 et par
Benoit XVI dans Sacramentum caritatis, n. 29,
selon lequel la condition pour les divorcés de recevoir les sacrements est la continence parfaite.
L’observance du sixième commandement de
Dieu et de l’indissolubilité du mariage serait un
idéal qui ne serait pas réalisable pour tous, mais
en quelque sorte pour une élite. Les paroles intransigeantes du Christ qui demande aux
hommes d’observer les commandements de
Dieu toujours et en toutes circonstances, même
en acceptant pour ce faire des souffrances considérables, c’est-à-dire en acceptant la Croix, ne
seraient plus valables.
Admettre des couples en « union irrégulière »
à la Sainte Communion en leur permettant de
pratiquer les actes qui sont réservés aux
conjoints du mariage valide équivaudrait à
l’usurpation d’un pouvoir qui, cependant, n’est
de la compétence d’aucune autorité humaine,
parce qu’il s’agirait ici d’une prétention à corriger la Parole de Dieu même.
— Quelle attitude l’Eglise recommande-t-elle
vis-à-vis des divorcés remariés ?
— A l’égard des pécheurs, l’Eglise fait preuve
d’une sollicitude attentive, les invitant à une vie
de foi, à la prière, aux œuvres de charité et à
l’éducation chrétienne de leurs enfants. Mais
aussi longtemps que dure leur situation, objectivement contraire à la loi de Dieu, ils ne peuvent
recevoir l’absolution sacramentelle, ni accéder à
la communion eucharistique, ni exercer certaines responsabilités dans l’Eglise « (Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique, 349).
L’Eglise, interprétant infailliblement la vérité divine de la loi morale et de l’indissolubilité du
mariage, a observé immuablement, pendant
deux mille ans, la pratique d’admettre à la Sainte
Communion seulement les divorcés qui vivent
en continence parfaite et « remoto scandalo »,
sans aucune exception ou privilège exceptionnel.
La première tâche pastorale que le Seigneur a
confiée à son Eglise est l’enseignement, la doctrine (cf. Mt 28, 20). L’observance des commandements de Dieu est intrinsèquement
connexe avec la doctrine. Pour cette raison,
l’Eglise a toujours rejeté la contradiction entre la
doctrine et la vie, qualifiant une telle contradiction comme gnostique ou comme la théorie luthérienne hérétique du « simul iustus et
peccator ». Entre la foi et la vie des enfants de
l’Eglise, il ne doit pas y avoir de contradiction.
Les affirmations du pape François sont très
importantes quand le souverain pontife évoque
l’intégration des divorcés remariés à la vie de
l’Eglise : « Ce discernement ne pourra jamais
s’exonérer des exigences de vérité et de charité de
l’Evangile proposées par l’Eglise… Il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de discrétion, d’amour de l’Eglise et de son enseignement… On évite le risque qu’un discernement
donné conduise à penser que l’Eglise entretient
une double morale » (AL, 300). Ces affirmations
louables de l’AL restent toutefois sans spécifications concrètes concernant la question de l’obligation des divorcés remariés de se séparer, ou au
moins de vivre en continence parfaite.
L’acceptation de la part des divorcés remariés
de la vérité qu’ils sont des pécheurs et même des
pécheurs publics, n’enlève rien à leur espérance
chrétienne. Au contraire, seule l’acceptation de
la réalité et de la vérité les rend capables de
prendre le chemin d’une pénitence fructueuse
selon les paroles de Jésus-Christ.
— L’interprétation selon la doctrine traditionnelle de l’Eglise ne suffit donc pas pour recevoir l’exhortation dans sa vérité ?
— L’AL contient certainement et heureuse-
ment des affirmations théologiques et des directives spirituelles et pastorales de grande valeur.
Toutefois, affirmer que l’AL doit être interprétée
selon la doctrine et la pratique traditionnelle de
l’Eglise reste objectivement insuffisant. Quand
on découvre dans un document ecclésiastique,
dépourvu de caractère définitif et infaillible, des
éléments donnant lieu à de telles interprétations,
qui peuvent avoir des conséquences spirituelles
dangereuses, tous les membres de l’Eglise, et en
premier lieu les évêques comme collaborateurs
fraternels du souverain pontife dans la collégialité effective, ont le devoir de signaler respectueusement ce fait et de demander une interprétation authentique.
Il est urgent que le Siège apostolique confirme
et proclame de nouveau, peut-être sous la forme
d’une interprétation authentique de l’AL, la formule citée de Familiaris consortio 84.
Tenant compte de la confusion dans la pratique sacramentelle en regard des divorcés remariés et de l’interprétation de l’AL chez les prêtres
et les évêques, on peut considérer comme légitime un appel à notre cher pape François, le Vicaire du Christ et « le doux Christ en terre
« (sainte Catherine de Sienne), à ordonner la publication d’une interprétation authentique de
l’AL, laquelle devrait contenir nécessairement la
proclamation explicite du principe disciplinaire
du Magistère universel et infaillible en regard de
l’admission des divorcés remariés aux sacrements, qui apportera à toute l’Eglise une clarté
dans la joie (« claritatis laetitia ») et garantira un
amour dans la joie (« amoris laetitia »), un
amour et une joie qui ne sont pas « selon la pensée des hommes, mais selon la pensée de Dieu »
(Mt 16, 23). Et c’est cela qui compte pour la
joie, la vie et le salut éternel des divorcés remariés
et de tous les hommes.
Propos recueillis par Anne Le Pape
[email protected]
Un proche de Taubira conseiller de l’épiscopat
Harcelés par la presse
et sous la pression
constante des victimes,
les évêques de France ne
savent plus à quel saint se
vouer, si l’on ose dire,
dans ces tristes affaires de
pédophilie. Ils cherchent à
montrer leur bonne foi,
multiplient mea culpa et
demandes de pardon et promettent qu’à partir de
maintenant, rien ne sera
plus comme avant. La dernière initiative en date est
la création d’une Commis-
sion nationale d’expertise indépendante pour
les conseiller dans l’évaluation des situations
de prêtres ayant commis des abus sexuels. Il
s’agira de les « éclairer sur les missions pouvant être confiées à ces prêtres sans faire courir
de risques à des mineurs », selon la Conférence des évêques de France.
Le président en choisira les membres selon
leur compétence : « juristes, médecins, psychologues, animateurs de mouvements de
jeunes, parents ». Pas d’ecclésiastique, ce qui
nourrit la suspicion à l’égard du clergé, or il
s’agit d’évaluer les missions pouvant être
confiées à des prêtres. Certes, l’évêque aura le
dernier mot, mais on voit mal qu’il passe
outre les recommandations de la Commission. En somme, pour prouver sa bonne
volonté, l’évêque devra subordonner son
autorité hiérarchique sur ses prêtres au jugement d’une commission laïque.
Et ce qui se pose problème également, c’est
le président choisi : Alain Christnacht. Il a été
conseiller de Lionel Jospin, Premier ministre.
Il a surtout été récemment le directeur de
cabinet du garde des Sceaux Christiane Taubira, dont le nom restera à jamais lié à la
funeste loi sur « le mariage pour tous ». Etre
directeur de cabinet est un poste politique qui
suppose, au moins, quelque affinité avec le
ministre que l’on sert, au point que, parfois,
on l’appelle le « ministre-bis ». Les évêques
auraient sans doute pu trouver facilement un
personnage moins lié à une loi destructrice du
droit naturel. Pourquoi lui ? Pour prouver
qu’il sera vraiment « indépendant », si ce n’est
critique ? L’intéressé défend celle qu’il a servie
en ces termes : « C’est une femme dont l’action ne se limite pas au “mariage pour tous”
et qui, sur le traitement des prisonniers ou la
justice des mineurs, a des positions très
proches de l’Eglise. » Les évêques n’ont pas
encore démenti que la politique carcérale de
Mme Taubira était aussi la leur.
GUY ROUVRAIS
[email protected]