CAAT - Lettre au Ministre Citoyenneté et - COCQ-Sida
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CAAT - Lettre au Ministre Citoyenneté et - COCQ-Sida
Mai 2012 L’Honorable Jason Kenney Ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme Chambre des communes Ottawa, Ontario K1A 0A6 Monsieur le Ministre, Re: Développements en matière de législation et de politique d’immigration ayant des implications pour les personnes vivant avec le VIH Le Committee for Accessible AIDS Treatment (CAAT) est une coalition de plus de 30 organismes oeuvrant dans les domaines de la santé, de l’immigration, du juridique et du VIH/sida. La coalition a été créée en 1999 afin d’améliorer l’accès aux traitements et services pour les personnes en situation de marginalité et vivant avec le VIH/sida. Depuis sa création, CAAT est à l’avant-garde de l’éducation, de la recherche, de la coordination de services et du plaidoyer en matière de VIH, d’immigration et d’accès. Notre travail pour améliorer la santé des nouveaux arrivants vivant avec le VIH et promouvoir le leadership des personnes vivant avec le VIH a été reconnu par la Ville de Toronto, ainsi que par l’obtention d’un Casey Award. En tant qu’individus et organismes oeuvrant avec les nouveaux arrivants au Canada, nous vous écrivons afin de vous faire part de nos préoccupations quant à trois récents développements en matière de législation et de politique d’immigration, développements qui ont des implications nuisibles aux personnes vivant avec le VIH : 1. Modifications au Programme fédéral de santé intérimaire En avril dernier, vous annonciez que la couverture pour services complémentaires prévue par le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) allait prendre fin en juin 2012 et que les médicaments et l’immunisation ne seraient dorénavant couverts que s’il y a un risque pour la santé publique. Alors que ceci n’affectera apparemment pas l’accès des bénéficiaires du PFSI aux médicaments antirétroviraux, les autres couvertures médicales cruciales à la santé des personnes vivant avec le VIH seront exclues. Tel que l’ont indiqué plusieurs années de recherche et d’expérience, une approche globale des traitements non seulement assure le maintien de la santé du patient, mais représente aussi une façon économique de gérer plusieurs maladies chroniques, dont le VIH. Plusieurs personnes vivant avec le VIH souffrent aussi de co-morbidités, telles que l’hypertension, le diabète et la dépression. Le maintien de leur santé requiert que ces complications médicales soient suivies et traitées de près. Une gestion efficace de ces maladies prévient plusieurs complications à long terme pouvant nécessiter des visites à l’urgence et des hospitalisations plus fréquentes et plus coûteuses. Tel que l’indiquent les statistiques de Citoyenneté et Immigration Canada, depuis 2002, 90 pour cent des nouveaux arrivants séropositifs ont été admis au Canada pour des motifs de santé. Assurer un accès adéquat au soutien et à la médication relatifs aux maladies chroniques représentera un bénéfice pour la santé de tous ces futurs Canadiens, facilitera leur intégration, ainsi que leur capacité à être actifs sur le marché de l’emploi et à contribuer à la vie sociale, économique et culturelle du Canada. En outre, en vertu du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, tous les individus ont droit de jouir du meilleur état de santé physique et mental qu’il leur est possible d’atteindre. Tel que le Comité des droits économiques, sociaux et culturels l’a affirmé dans son Observation générale no. 14 sur le droit à la santé, les gouvernements sont spécifiquement tenus de s’abstenir de « refuser ou d’amoindrir l'égalité d'accès de toutes les personnes, dont … les demandeurs d'asile…, aux soins de santé prophylactiques, thérapeutiques et palliatifs »1 Le Comité requiert de plus que « même en temps de grave pénurie de ressources, les éléments vulnérables de la société doivent être protégés ».2 Conséquemment, nous vous demandons d’honorer les obligations du Canada en matière de droits de la personne et de réinstaurer les bénéfices de santé complémentaires aux bénéficiaires du PFSI, une mesure à la fois humaine et économiquement rentable. 2. Projet de loi C-31 Plusieurs autres organismes, tels que l’Association canadienne des libertés civiles et Human Rights Watch, ont déjà exprimé leurs préoccupations à propos de diverses parties du Projet de loi C-31, Loi visant à protéger le système d'immigration du Canada. Nous partageons ces préoccupations. Nous aimerions porter votre attention sur les conséquences spécifiques du Projet de loi sur les personnes vivant avec le VIH. Le Projet de loi C-31 confère au Ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme le pouvoir de créer une liste de “pays sûrs”, assumant que les résidents de ces pays ne peuvent souffrir de persécution. Le statut de réfugié est refusé sans appel à ces individus. Cependant, notre expérience collective démontre que, dans ces pays supposément « sûrs », les personnes vivant avec le VIH sont encore persécutées et victimes de stigmatisation et de discrimination tenaces, sans protection juridique ou étatique. En vertu du droit international, le Canada est obligé d’évaluer individuellement les demandes de statut de réfugié, afin de répondre à l’injustice même qui peut découler de cette disposition. Le Projet de loi C-31 confère aussi au Ministre le pouvoir de soumettre certains groupes de personnes arrivant au Canada de façon irrégulière à des semaines ou des mois de détention obligatoire, sans possibilité de révision. Non seulement cette disposition contrevient-elle au droit international et aux obligations du Canada en vertu de la Convention relative au statut des réfugiés et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, mais de longues périodes de détention peuvent en plus avoir des conséquences mortelles pour les personnes vivant avec le VIH. En Ontario, où se 1 Comité des droits économiques, sociaux et culturels, “Observation générale No. 14 (2000): Le droit au meilleur état de santé susceptible d'être atteint,” Vingt-deuxième session, E/C.12/2000/4, 11 Août 2000 au para. 34. 2 Ibid. au para. 18. trouvent plusieurs des membres de CAAT, les immigrants détenus sont maintenus dans des centres de détention (dont certains accueillent aussi des personnes en attente d’un procès criminel) où les soins médicaux pour les personnes vivant avec le VIH sont souvent inadéquats, les traitements VIH non disponibles ou irréguliers et l’accès souvent refusé aux organismes de lutte contre le VIH/sida. Laisser les personnes vivant avec le VIH sans soins augmente leur vulnérabilité aux autres infections (telles que la tuberculose et la pneumonie) et complications (telles que les cancers liés au VIH ou les problèmes de santé mentale), et met en danger non seulement la santé des personnes vivant avec le VIH, mais aussi celle de la population canadienne de façon plus large. À la lumière des nombreuses préoccupations de droits de la personne que soulèvent le Projet de loi C-31, nous vous demandons de retirer le Projet de loi dans son intégralité. 3. Politique VIH F-6450 En janvier 2012, La Presse publiait un article (“VIH chez les nouveaux arrivants: «un risque pour la santé publique»,”) basé sur un mémo qui vous était adressé et qui avait été obtenu suite à une demande d’accès à l’information. Ce mémo sur les politiques VIH citait diverses préoccupations au sujet des immigrants séropositifs, notamment une prétention à l’effet que « les migrants arrivant au Canada représentent des risques de santé publique et de sécurité relativement au VIH » (traduction libre). Le mémo indiquait que « les migrants sont dix fois plus à risque d’être infectés par le VIH que la population canadienne » (traduction libre), tout en concédant que ceux-ci doivent faire face à de « multiple barrières » (traduction libre) à leur arrivée, telles que « des barrières socioéconomiques, culturelles et linguistiques dans l’accès à la prévention, au dépistage et aux programmes de traitement en matière de VIH » (traduction libre), ainsi qu’à la stigmatisation et à la discrimination. Tel que vous devez le savoir, 40 pour cent des immigrants séropositifs provenant de pays où le VIH est prévalent contractent le virus après leur arrivée au Canada.3 Ceci est en partie dû à une prévention, des traitements et des programmes de soutien inadéquats en matière de VIH. En tant qu’organismes offrant des services aux nouveaux arrivants, nous pouvons confirmer que ceux-ci ne reçoivent pas suffisamment de services culturellement – et linguistiquement – adaptés. L’absence de stratégie fédérale clairement articulée et priorisant le VIH/sida, ainsi que l’insuffisance de ressources pour des programmes ciblant les besoins des nouveaux arrivants affectés par ou vivant avec le VIH/sida, renforcent l’invisibilité, le déni et la stigmatisation liés au VIH/sida au sein de plusieurs communautés de nouveaux arrivants. Les nombreuses années passées à œuvrer au sein de communautés de nouveaux arrivants affectés par le VIH nous ont appris que, lorsque l’accès au traitement et au soutien est adéquat, plusieurs des nouveaux arrivants vivant avec le VIH s’épanouissent et mènent des vies productives en tant que citoyen canadiens actifs. 3 Remis, R. S., Swantee, C., Schiedel, L., et al. (2006). Report on HIV/AIDS in Ontario 2004. Toronto: Ontario Ministry of Health and Long-Term Care. Tel que prononcé en 2008 par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, « Les restrictions en matière d’entrée, de séjour et de résidence qui ciblent précisément le VIH par opposition à des affections comparables, et/ou qui sont fondées uniquement sur le statut VIH, sont discriminatoires.»4 Reconnaissant que le maintien de restrictions discriminatoires liées au VIH en matière d’immigration ne servait aucun objectif, les Etats-Unis ont abrogé ces restrictions en 2010, de sorte que les migrants ne se voient plus refuser l’accès au pays uniquement en raison de leur statut sérologique. Imposer d’autres limitations à l’immigration des personnes vivant avec le VIH est contraire aux principes internationaux de droit de la personne et de plus en plus contraire à la pratique internationale. Nous vous demandons plutôt d’investir plus de ressources dans la prévention, le traitement, le soutien et la réduction des obstacles au dépistage pour les nouveaux arrivants. Nous espérons que vous nous rencontrerez pour discuter de ces questions. Nous serions heureux de travailler avec vous afin d’explorer les options permettant d’assurer l’accès au traitement et la promotion de la santé des communautés de nouveaux arrivants affectés par ou vivant avec le VIH. Nous attendons votre réponse avec impatience. Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, nos sincères salutations, Committee for Accessible AIDS Treatment Membres et partenaires: Access Alliance Community Health Centre African Community Health Services Africans in Partnership Against AIDS AIDS Action Now AIDS Committee Toronto Alliance for South Asian AIDS Prevention Asian Community AIDS Services Black Coalition for AIDS Prevention Casey House Hospice Centre for Spanish Speaking People Centre for Addiction and Mental Health Community Care Access Centre – Toronto Davenport Perth Community Health Centre 333 Sherbourne Health centre 410 Sherbourne Health centre FCJ Refugee Centre HIV/AIDS Legal Clinic of Ontario Latino Positivos Law Office of Michael Battista Law office of Robert Blanshay 4 ONUSIDA, Rapport de la Cellule internationale de réflexion sur les Restrictions au voyage liées au VIH : conclusions et recommandations, décembre 2008. Law office of El Faroulk Khaki Metro Toronto Chinese & Southeast Asian Legal Clinic National Anti-Racism Council Ontario Council of Agencies Serving Immigrants Parkdale Community Health Centre Peel HIV/AIDS Network Pride Uganda Regent Park Community Health Centre Réseau canadien d’info-traitements sida (CATIE) Réseau juridique canadien VIH/sida Toronto Department of Public Health St. Michael’s Hospital Toronto People with AIDS Foundation Toronto General Hospital, University Health Network Women’s Health in Women’s Hands Health Centre Voices of Positive Women Personnes membres de communauté ethnoculturelles, immigrants et réfugiés vivant avec le VIH Appuyé par: [À ajouter : noms des organismes/individus qui appuient la lettre] c.c. L'hon. Leona Aglukkaq, Ministre de la Santé Madame Jinny Sims, critique du NPD en matière d’immigration et de citoyenneté Madame Libby Davies, critique du NPD en matière de santé Monsieur Kevin Lamoureux, critique du Parti Libéral en matière d’immigration et de citoyenneté Madame Hedy Fry, critique du Parti Libéral en matière de santé