artisans de l`egypte ancienne
Transcription
artisans de l`egypte ancienne
ARTISANS DE L'EGYPTE ANCIENNE Musée Royal de Mariemont 27 mars - 21 juin 1981 Dépôt légal Dl1981/0451/22 Copyright by Musée royal de Mariemont, Morlanwelz (Belgium) Imprimé en Belgique L'exposition ARTISANS DE L'EGYPTE ANCIENNE est organisée par le Musée royal de Mariemont à Morlanwelz (Belgique) du 27 mars au 21 juin 1981 Outre ceux qui appartiennent aux collections du Musée royal de Mariemont, les objets qui y figurent ont été aimablement prêtés par le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale Albert le' à Bruxelles le Centre de Recherches de I'lnstitut de Papyrologie et d'Egyptologie de l'université de Lille III le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre à Paris la Manufacture Nationale de Sèvres le Musée de I'lnstitut supérieur d'Archéologie et d'Histoire de l'Art de l'université catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve le Musée de Picardie à Amiens le Musée des Beaux-Arts à Boulogne-sur-mer le Musée du Verre à Charleroi le Musée Vivenel à Compiègne les Musées d'Archéologie et d'Arts décoratifs de la Ville de Liège (Musées Curtius et du Verre) les Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles les Oudheidkundige Musea de la Ville d'Anvers (Museum Vleeshuis) le Rijksmuseum van Oudheden à Leiden ainsi que par plusieurs collectionneurs privés. Ont collaboré au catalogue Marie-Cécile Bruwier, Licenciée en Histoire de I'art et archéologie et en Philologie et histoire orientales (M.-C.B.) Jacqueline Cession-Louppe, Assistante au Musée royal de Mariernont (J.C.-L.) Daniel De Jonghe, Ingénieur industriel (D.D.J.) Claire Evrard-Derriks, Assistante au Musée royal de Mariernont (C.E.-D.) Brigitte Gratien, Chargée de cours à l'université de Lille III (B.G.) Jean-Marie Kruchten, Docteur en Philologie et histoire orientales (J.-M.K.) Jacqueline Lafontaine-Dosogne, Chef'de travaux aux Musées royaux d'Art et d'Histoire, Chargée de cours à l'université catholique de Louvain (J.L.-D.) Jan Quaegebeur, Chargé de cours à la Katholieke Universiteit te Leuven (J.Q.) Agnès Ramrnant-Peeters, Docteur en Histoire de I'art et archéologie (A.R.-P.) Marguerite Rassart-Debergh, de I'lnstitut historique belge de Rome (M.R.-D.) Catherine Talon-Noppe, Attachée au Musée royal de Mariernont (C.T.-N.) Les photographies sont de : Centre de Recherches de I'lnstitut de Papyrologie et dlEgyptologie de l'Université de Lille III (no?55 et 117) Institut royal du Patrimoine artistique - A C L , Bruxelles (nos15, 24, 29, 95, 96, 100, 105 et 114) Musée de I'lnstitut d'Archéologie et d'Histoire de l'Art de l'université catholique de Louvain (no56) Musée du Louvre, Paris (no 89) Musée royal de Mariernont - Michel Lechien (nos11, 22, 28,43, 46, 53, 61, 66, 74, 76, 85, 91A, 94, 113,116,132 et 135) Musée Vivenel, Compiègne (no33) Museum van Oudheden, Leiden (nos35,37,108 et 109) CI. Dessart, Liège (no 70) Leur reproduction est interdite sans I'autor~sationdes personnes et organismes precites Avant-propos La civilisation de I'Egypte ancienne n'a pas cessé de nous fasciner. Mais on oublie trop souvent que les découvertes exceptionnelles, comme celle du tombeau de Toutankhamon, n'en donnent qu'une vision limitée et incomplète. La gloire et l'opulence des pharaons ne doit pas faire oublier le travail obscur des générations d'artisans qui ont édifié les pyramides et les temples, sculpté et peint les parois des tombeaux, fabriqué les somptueux mobiliers funéraires. Comment vivaient ces travailleurs, quels matériaux, quelles techniques, quels outils employaient-ils, comment étaient-ils organisés ? C'est à ces questions que l'exposition "Artisans de I'Egypte ancienne" stefforce de répondre. Réponse partielle, sans aucun doute, eu égard à la multiplicité des métiers et surtout à l'ampleur de la période historique envisagée qui, de l'époque néolithique à la conquêt arabe - limite inférieure que nous lui avons arbitr irement assignée - ne couvre pas moins de six millenaires et demi ! Pvlais échantillonnage varié, car le climat sec de I'Egypte a conservé jusqu'à nous des objets de bois, des étoffes, des papyrus qu'ailleurs le temps a fait disparaître et qui constituent une documentation sans équivalent pour les autres civilisations de ['Antiquité. L'exposition s'ouvre tout naturellement sur I'évocation du travail de la pierre et du bois : ne sont-ce pas là, en effet, les premiers matériaux que l'homme apprit à utiliser dès l'aube des temps préhistoriques ? En Egypte, sculpteurs et peintres travaillent en étroite association : c'est pourquoi nous les avons présentés ensemble. Viennent ensuite les arts du feu, dont le plus ancien, la poterie, est né à l'époque néolithique; les Egyptiens y,ajouteront bientôt la "faïence et le verre, créations originales dont ils auront longtemps le monopole. En revanche, ils ne montrent guère de goût pour la métallurgie, qui se développe tardivement et sous l'influence de l'étranger. Le tissage, illustré essentiellement par des étoffes coptes, introduit aux techniques d'embaumement dans les- L quelles il jouait un rôle important : des métrages considérables de tissu étaient nécessaires pour emmailloter les momies humaines et animales. Ces techniques ne sont elles-mêmes qu'un aspect de la véritable industrie funéraire qui s'est développée dans la vallée du Nil à la faveur de conceptions eschatologiques particulières. Enfin, il n'était pas possible d'évoquer le travail dans I'Egypte ancienne en oubliant le scribe, technicien de l'écriture, mais surtout représentant d'une bureaucratie omniprésente et toute puissante, qui réglemente et encadre la moindre activité manuelle. Le thème de I'exposition a été proposé par Mme Claire Evrard-Derriks, assistante au Musée, à qui est due également la sélection des objets exposés. Leur présentation est le fruit d'un travail d'équipe, de même que la rédaction du catalogue. Je remercie chale,ureusement tous ceux qui, 'à des titres divers, ont collaboré à l'une et à l'autre, et plus particulièrement mon collègue Michel Malaise, professeur à l'université de Liège, qui a accepté au pied levé de brosser un tableau suggestif des conditions de vie des artisans dans I'Egypte ancienne, précédé d'un aperçu historique. Notre reconnaissance va aussi aux musées belges et étrangers, ainsi qu'aux collectionneurs privés qui ont bien voulu se dessaisir pour quelques mois d'œuvres d'art et de documents sans lesquels nous n'aurions pu illustrer de nombreux aspects du thème choisi. Guy Donnay Directeur du Musée royal de Mariemont Professeur extraordina~reà I'Un~versitéde Bruxelles Chronologie Epoque Préhistorique Néolithique (6000-4000 av.J.-C.) Badarien (4200-3800 av.J.4.) Nagada 1-11 (4000-3100 av.J.-C.) Epoque Archaïque (3100/2950-2635 av.J.-C.) le Dynastie Narmer Ile Dynastie Khasékhemoui Ancien Empire (2635-2135 av.J.-C.) Ille Dynastie (2635-2570 av.J.-C.) Djéser IVeDynastie (2570-2450 av.J.-C.) Chéops Chéphren Mycérinus... Ve Dynastie (2450-2290 av.J.-C.) Niouserré VIe Dynastie (2290-2150 av.J.-C.) Pépi l Pépi II VIIe etVllle Dynasties (2155-2135 av.J.-C.) Hatchepsout Thoutmosis III Aménophis II Thoutmosis IV Aménophis III Aménophis IV (Akhénaton) Toutankhamon Al Horemheb XIXe Dynastie (1305-1 196 av.J.-C.) Séthi I Ramsès Il Mineptah... XXe Dynastie (1196-1080 av.J.-C.) Ramsès III Troisième Période Intermédiaire (1080-71 5 av.J.-C.) XX!" Dynastie (1080-945 av.J.-C.) XXlle Dynastie (945-715 av.J.-C.) : rois libyens Osorkon I Sheshonq l XXllle Dynastie (808-720 av.J.-C.) : rois libyens XXIVe Dynastie (727-715 av.J.-C.) : rois libyens XXVe Dynastie, première partie (750-715 av.J.-C.) : rois nubiens Première période intermédiaire (2134-2040 av.J.-C.) Basse Epoque (715-342 av.J.-C.) Moyen Empire (2040-1715 av.J.-C.) XIe Dynastie (2040-1991 av.J.-C.) les Mentouhotep... XIIe Dynastie (1991-1785 av.J.-C.) les Amenemhat les Sésostris Xllle Dynastie, première partie (1785-1715 av.J.-C.) Seconde Période Intermédiaire (1715-1550 av.J.-C.) Xllle Dynastie, seconde partie (1715-1650 av.J.-C.) XIVe Dynastie (1715-1650) : roitelets du Delta XVe Dynastie (1650-1544) : Hyksôs XVIe Dynastie (1650-1550) : vassaux des Hyksôs XVlle Dynasties (1650-1 550) : rois thébains Nouvel Empire (1550- 1080) XVllle Dynastie (1550-1305 av.J.-C.) Ahmosis Aménophis I Thoutmosis I XXVe Dynastie, seconde partie (715-656 av.J.-C.) : rois nubiens XXVle Dynastie (664-525 av.J.-C.) : rois saites Psammétique I Néchao Il XXVlle Dynastie (525-404 av.J.-C.) : domination perse Cambyse, Darius... XXVIIIe Dynastie (404-399 av.J.-C.) XXIXe Dynastie (380-342 av.J.-C.) les Nectanébo XXXle Dynastie(342-332 av.J.-C.) : domination perse Artaxerxès III... Période macédonienne (332-305 av.J.-C.) Alexandre le Grand Ptolémée, fils de Lagos Période ptoléma.ique (305-30 av.J.-C.) Ptolémée l Soter à Ptolémée XV Cléopâtre VI1 Epoque romaine (30 av.J.4. - 395 ap.J.-C.) Epoque byzantine (copte) (395-641 ap.J.-C.). Aperçu de l'histoire d'Egypte des origines à I'lslam L'Egypte pharaonique unifiée sous l'autorité d'un seul roi régnant sur le Delta et la vallée du Nil est en fait le résultat d'une lente maturation qui s'accomplit durant la Préhistoire. Pendant le paléolithique, dont les industries sont comparables à celles découvertes en Europe, I'Egypte prend peu à peu ses caractéristiques géographiques actuelles. A la suite de l'assèchement du climat, le niveau du fleuve, alors beaucoup plus haut qu'aujourd'hui, descend progressivement, laissant à découvert des terrasses sur lesquelles se fixent les hommes cherchant la proximité de l'eau et quittant les déserts qui se forment. Aux environs de 10.000 av. J.-C., les hommes sédentarisés le long du Nil font l'expérience de la civilisation néolithique, en apprenant à cultiver les terres et à domestiquer certains animaux. Déjà à cette époque apparaissent des différences culturelles entre le Nord (Delta et Fayoum) et la Haute Egypte. Vers 4000 s'ouvre I'ère énéolithique, caractérisée par un emploi encore timide du cuivre. Cette période d'un millénaire voit se succéder, dans le Sud, deux cultures. La première, dite amratienne ou Nagada 1, continue les traditions néolithiques. La seconde, dite gerzéenne ou Nagada II, marque un changement indiscutable, peut-être sous l'influence des contacts désormais noués avec l'orient. Cette culture gagne la Moyenne Egypte et la région du Caire, préludant à l'unification du pays. Villes et villages se regroupent en petites principautés, les futurs nomes, gouvernées chacune par un prince local. Sans doute, ces provinces fusionnèrent-elles déjà pour former un royaume de Basse Egypte et un royaume de Haute Egypte. La fin de cette période prédynastique connaît un épanouissement artistique - bien illustré par les palettes à fard décorées de bas-reliefs -, une mise en place des thèmes et des lois de I'art égyptien, et la formation de l'écriture qui allait précipiter I'Egypte dans I'ère historique. Sur le plan politique, l'acte de fondation de cette nouvelle Egypte est l'unification des deux royaumes réalisée par un roi du Sud, Narmer, en qui il faut sans doute reconnaître le Ménès de la tradition littéraire. Sous les rois de ces deux premières dynasties, I'Egypte thinite met en place ses structures administratives, sociales, économiques et religieuse; les formes artistiques et l'écriture se fixent; enfin, les pays étrangers voisins (Syrie, Libye, Nubie) cornmencent à être prospectés. S'ouvre alors la première période de grand éclat, l'Ancien Empire, aussi appelé époque memphite, du nom de sa capitale Memphis. Dès le début de la IIIe dynastie, sous le roi Djéser, la pierre fait son entrée dans la construction de façon extraordinaire dans le temple funéraire élevé pour ce roi à Saqqara par son architecte Imhotep. Les monuments funéraires royaux revêtent d'abord l'allure de pyramides à degrés pour finalement aboutir aux véritables pyramides de proportions gigantesques des pharaons de la IVe dynastie. Dans tous les domaines, I'art brille d'un vif éclat. Sans guerre spectaculaire, I'Egypte assure sa sécurité extérieure par des raids, tournant surtout ses efforts vers la Basse Nubie qui, sous laVIedynastie, constitue une sorte de protectorat égyptien. Toutefois, dès la Ve dynastie, à la suite de I'affaiblissement du pouvoir royal, les goiiverneurs des nomes, devenus héréditaires, accroissent leur puissance. Cette lente désagrégation de l'autorité pharaonique, accélérée par le trop long règne de Pépi II, se double de la menace que faisaient peser les bédouins, attirés par la richesse de I'Egypte, sur les frontières nord-est du Delta. A la fin de la VIe dynastie, I'Egypte unifiée succombe et va connaître pendant un siècle les bouleversements de la Première Période Intermédiaire. Une révolution sociale renverse l'ordre établi, I'anarchie et son corollaire, la disette, s'installent dans le pays. Une partie du Delta est occupée par les enva- hisseurs asiatiques et le pouvoir royal s'émiette. Les Vlle et V11Ie dynasties memphites n'exercent plus qu'une autorité nominale. Après leur disparition, les nomarques briguent le pouvoir, particulièrement les gouverneurs héracléopolitains (lxeet Xe dynasties) et thébains (XIe dynastie). Un certain modus vivendi s'instaure entre les deux maisons rivales, puis la lutte éclate ouvertement; elle tournera à l'avantage des princes thébains. En effet, en 2040, Mentouhotep II se retrouve roi d'une Egypte à nouveau unifiée. Cette Première Période Intermédiaire avait entraîné dans son sillage une décadence de l'art, le discrédit de l'institution monarchique et l'apparition d'une littérature pessimiste qui reflète bien les angoisses du temps. Heureusement, la réunification de I'Egypte inaugure une nouvelle ère d'apogée, le Moyen Empire ou Premier Empire thébain. Les Amenemhat et les Sésostris de la XIIe dynastie s'emploient à redorer le blason de la royauté. A l'intérieur, la noblesse féodale est soumise et des travaux hydrauliques de grande envergure sont entrepris pour la mise en valeur du Fayoum. C'est d'ailleurs à l'entrée de cette région plus centrale que les souverains de la XIIe dynastie installent leur capitale. Une littérature politique contribue à ressusciter l'idéologie royale. A l'extérieur, pour éviter le retour d'invasions, le pouvoir fortifie la frontière est du Delta et colonise la Nubie jusqu'à la deuxième cataracte, où sont construites des forteresses protégeant du Soudan cette nouvelle frontière méridionale. L'ad, entré dans sa phase classique, produit à nouveau d'admirables chefs-d'œuvre. Sous les rois de la première partie de la XIIIe dynastie, I'Egypte maintient son unité, mais brille déjà d'un éclat moins vif. Pour des raisons encore obscures, la situation se dégrade; à ces malheurs s'ajoutent bientôt ceux de l'invasion étrangère. L'Egypte traverse alors une nouvelle période noire, la Deuxième Période Intermédiaire. D'abord contrainte de partager le pouvoir dans le Delta avec les roitelets de la XIVe dynastie, les souverains thébains doivent ensuite assister passivement à I'invasion des Hyksôs, Amorites et Cananéens venus d'Asie,.qui s'installent dans le nord-est du Delta. Ils finissent par se proclamer rois dlEgypte (XVeet XVle dynasties), bien que leur autorité effective se soit limitée à la Basse et à la Moyenne Egypte. Dans le Sud, une lignée de souverains vassaux des Hyksôs, constituant la XVIIe dynastie et succédant à la XIIIe dynastie, préparent la reconquête. Les hostilités éclatent alors et les rois Kamosis, puis Ahmosis expulsent les envahisseurs et réunissent les deux parties du pays sous un seul sceptre. S'ouvre ainsi pour I'Egypte une dernière période d'éclat, le Nouvel Empire ou Second Empire thébain. Voulant prévenir toute nouvelle invasion, les monarques de la XVIIIedynastievont assurer I'expansion territoriale de leur pays, transformant la Nubie et le nord du Soudan en une colonie administrée par un vice-roi, et imposant leur protectorat à la région syropalestinienne. Grâce à ses guerres persévérantes, qui l'opposèrent à ses voisins du Mitanni et du Sud, Thoutmosis III se retrouva à la tête d'un vaste empire qui s'étendait de la quatrième cataracte du Nil à l'Euphrate. A la suite des efforts consentis pendant cette période d'ascension, I'Egypte entre dans une ère d'apogée qui culmine sous Aménophis III. Des quatre coins de cet immense domaine affluent des tributs qui permettent une prospérité jamais atteinte; goût du luxe dans les vêtements, les bijoux et les objets usuels, constructions nombreuses et remarquables, tout témoigne d'une civilisation brillante et raffinée. Cette société privilégiée connut cependant un bouleversement profond avec Aménophis IV qui, rompant avec la tradition, mit en place une religion nouvelle, rendant un culte au seul disque solaire Aton, et une esthétique révolutionnaire libérée des contraintes antérieures. Ce roi "ivre de Dieu" troqua son nom d'Aménophis ("Amon est satisfait") pour celui d'Akhénaton ("Celui qui est utile à Aton"), et abandonna Thèbes pour construire une nouvelle capitale, Akhétaton, l'actuelle Amarna, sur un site vierge de toute occupation ancienne. Ce schisme ne survévut que quelques années à son prophète, puisque le roi Toutankhamon, célèbre par la richesse de sa tombe, revint à l'orthodoxie. La fin de la XVIIIe dynastie mit un terme à cette splendeur, car, avec l'époque ramesside (XIXeet XXe dynasties) qui lui fait suite, s'amorce déjà le déclin. L'empire d'Asie est de plus en plus menacé par la puissance des Hittites qui fomentent sans cesse des révoltes dans les possession^ égyptiennes. Ramsès II, en I'an V de son règne, évite de justesse, à Qadech, une victoire des coalisés asiatiques. En I'an XXI. les Hittites, inquiets devant les appétits de l'Assyrie, concluent un traité de paix et d'alliance avec I'Egypte, scellé par le mariage de Ramsès II avec une princesse hittite. Ce pacte assura pour près d'un demi-siècle encore la grandeur de I'Egypte, permettant à Ramsès II de déployer des activités architecturales d'une ampleur extraordinaire, mais alourdies par le goût du colossal. Le dernier grand roi du Nouvel Empire fut Ramsès III qui, sous la XXe dynastie, prévint une nouvelle catastrophe en repoussant les peuples indo-européens venus d'Asie mineure pour tenter de pénétrer en Egypte par la Libye et l'Asie. Avec les derniers Ramessides, le déclin s'accentue. L'irréparable est consommé lorsque, sous Ramsès XI, le grand prêtre de Thèbes, Hérihor, usurpe le titre de ro1. Une nouvelle fois, I'Egypte va connaître des temps troublés, IaTroisième Période Intermédisire. Cette période de décadence irrémédiable, d'instabilité politique et sociale, voit consacrer la perte des possessions asiatiques. La XXIe dynastie, obligée de se réfugier en Basse Egypte, devra abandonner le pouvoir à différents dynastes locaux (XXIIe à XXIVe dynasties) d'origine libyenne, eux-mêmes contraints d e laisser le Sud aux mains du clergé thébain d'Amon. C'est à une autre dynastie étrangère, issue elle du Soudan, qu'il allait appartenir de restaurer un semblant d'unité nationale. Cette XXVe dynastie périra sous les coups des envahisseurs assyriens. La Basse Epoque vivra un dernier sursaut avec l'arrivée au pouvoir des princes de Sai's, dans le Delta. Après avoir délivré I'Egypte du joug étranger, ces rois réorganisent leur pays qui va connaître une période de Renaissance, tentant désespérement de renouer avec le passé prestigieux. D'autres ennemis, les Perses de Cambyse, mettent fin à ce rêve et réduisent I'Egypte au rang d'une satrapie dominée par les souverains perses (XXVlledynastie). Un soulèvement national chassera l'envahisseur et le pays connaîtra avec les dynasties XXVlll à XXX ses derniers pharaons égyptiens. Malheureusement, à partir de 342 av. J.-C., une seconde domination perse éteint pour toujours les velléités d'indépendance et achève de démanteler la civilisation pharaonique. Incapables de secouer euxmêmes le joug éxécré, les Egyptiens apprennent avec joie la défaite imposée à Issos, en Asie Mineure, par Alexandre le Grand à Darius III et accueillent sur leur sol le Macédonien comme un libérateur. Désormais, I'Egypte cesse d'être africaine pour devenir méditerranéenne, et d'abord grecque. Après la mort du grand conquérant, Ptolémée, fils de Lagos, ancien compagnon d'Alexandre et gouverneur d'Egypte, finit par se déclarer roi dlEgypte. Quatorze Ptolémée allaient règner pendant près de trois siècles sur une Egypte docile, mais respectée dans ses traditions religieuses et fécondée par l'apport grec. C'est de cet heureux mélange qu'allait naître la fascinante civilisation alexandrine. L'alliance nouée par la trop séduisante Cléopâtre avec Antoine, le malheureux rival d'Octave, devait faire passer I'Egypte sous la domination romaine. La bataille d'Actium, perdue en 31 av. J.-C., fut suivie de l'invasion de I'Egypte par les soldats d'Octave et de son annexion à l'Empire. romain. La richesse agricole de la vallée du Nil lui valut le statut de province impériale, c'est-à-dire directement soumise à l'empereur et gouvernée par un préfet, et non par un procurateur. Considérée comme un grenier à blé, I'Egypte ne subit jamais en profondeur l'empreinte romaine. Pendant trois siècles, les empereurs donneront le change en cautionnant sur les bords du Nil les anciens cultes indigènes. Cette attitude prolongera d'autant l'existence des dieux égyptiens. Avec l'avènement des empereurs chrétiens, tout changea et les vieilles croyances se désagrégèrent rapidement. L'Egypte est alors secouée par les querelles religieuses issues de l'arianisme, hérésie née à Alexandrie et qui nie la nature divine du Christ. Théodose subjugue l'arianisme et, en 383, décrète la fermeture des temples païens, coup de grâce pour le paganisme et les derniers vestiges de la civilisation pharaonique. A la mort de Théodose en 395, I'Egypte est rattachée à l'Empire romain d'orient, basculant ainsi dans la sphère du monde byzantin, dont elle va partager les destinées. Cette Egypte chrétienne sera déchirée par des querelles religieuses, le nestorianisme d'abord, puis la théorie monophysite, qui rejette la nature humaine de la personne du Christ. Condamnée par le concile de Chalcédoine en 451, l'hérésie ne disparaît pas pour autant; monophysites et orthodoxes continuent à s'affronter. Sous le règne de Tibère ll (578-582), les sectes monophysites d'Egypte