l`homoparentalité recomposée entre l`élaboration des pertes

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l`homoparentalité recomposée entre l`élaboration des pertes
L'HOMOPARENTALITÉ RECOMPOSÉE ENTRE L'ÉLABORATION DES
PERTES ET LA CONSTRUCTION D'UNE NOUVELLE FAMILLE :
HISTOIRE D'UNE EXPÉRIENCE THÉRAPEUTIQUE
Salvatore D?Amore et al.
De Boeck Supérieur | Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux
2011/2 - n° 47
pages 111 à 128
Article disponible en ligne à l'adresse:
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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------D?Amore Salvatoreet al., « L'homoparentalité recomposée entre l'élaboration des pertes et la construction d'une
nouvelle famille : histoire d'une expérience thérapeutique »,
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2011/2 n° 47, p. 111-128. DOI :
10.3917/ctf.047.0111
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ISSN 1372-8202
L’homoparentalité recomposée
entre l’élaboration des pertes
et la construction d’une nouvelle famille :
histoire d’une expérience thérapeutique
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Résumé
Parmi les différentes configurations familiales, la famille homoparentale
recomposée est, plus que toute autre, confrontée à de multiples défis. Ceux-ci découlent tant du processus de deuil de la précédente appartenance que de la construction
d’une nouvelle famille. Les vicissitudes de ces processus de construction semblent
être liées à la gestion des pertes contextuelles pour les enfants comme pour les
adultes. Le travail thérapeutique visera à créer un espace de gestion de ces pertes
ambiguës entraînant des mouvements d’oscillation affective entre le passé, le présent et le futur. Apprendre à gérer la multiplicité des appartenances et des identités familiales semble être un objectif majeur pour l’intervention avec toute
nouvelle famille.
Abstract: Stepfamilies headed by gay or lesbian between elaboration
of losses and new family construction: A therapeutic experience
Among diverse families, gay and lesbian heading stepfamilies have to cope
with multiple challenges and, in particular way, they have to mourn previous
belongings and construct a new family identity. Vicissitudes of these processes
seem related in particular way to contextual losses experienced by children and
parents. Therapeutic work aims to create a management context of ambiguous
losses. In the same way, it aims to facilitate a mastery of emotional processes
related to past, present and future family issues. To cope with identity multiplicity
seems to be a fundamental goal for clinical interventions with diverse families.
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Chargé de Cours, Psychologue, Psychothérapeute, Unité Clinique Systémique et
Psychopathologie Relationnelle, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Université de Liège (ULg), Belgique.
Psychologue, Assistante, Doctorante.
Psychologue, Psychothérapeute de Couple et Famille.
Psychologue, Psychothérapeute de Couple et Famille.
Psychologue, Assistante, Doctorante.
Etudiante Stagiaire en Psychologie.
DOI: 10.3917/ctf.047.0111
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Salvatore D’Amore 1, Lidia Scarciotta 2, Véronique Pauss 3,
Elisa Pellis 4, Marina Miscioscia 5 & Charlotte Fossoul 6
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S. D’Amore, L. Scarciotta, V. Pauss, E. Pellis, M. Miscioscia, C. Fossoul
Mots-clés
Homoparentalité – Famille recomposée – Perte – Appartenance – Travail
thérapeutique avec familles LGBT.
Key words
Lesbian and gay parenting – Stepfamily – Loss – Belonging – Therapeutic
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Introduction
Le panorama des changements sociaux propose une ample gamme de
nouvelles familles qui s’éloignent du modèle traditionnel. Parmi elles, la
famille homoparentale apparaît la plus contestée. Homosexualité et parentalité continuent à être perçues comme incompatibles. Et cela, malgré le nombre important d’études empiriques et rigoureuses (Green, 2012 ; Biblarz &
Savci, 2010 ; Biblarz & Stacey, 2010 ; Crowl, Ahn, & Baker, 2008 ; Goldberg, 2009 ; Patterson, 2005, 2006 ; Tasker & Patterson, 2007) dont les résultats
indiquent que la famille homoparentale représente un contexte de développement adéquat pour les enfants qui y grandissent. Ces recherches ont surtout
abordé l’étude des processus relationnels des familles homoparentales en les
comparant aux familles hétéroparentales plutôt qu’à d’autres structures familiales qui pourraient en être plus proches au niveau de certaines dimensions
structurelles (recomposition, monoparentalité) ou de leurs formes de filiation
(adoption, insémination artificielle).
Un nouveau courant d’études dans le domaine de l’homoparentalité
(Goldberg, 2010) suggère de sortir de la logique comparative. Celle-ci risque
en effet de reproduire la prémisse homophobe en tentant de démontrer que les
familles homoparentales sont aussi fonctionnelles que les familles hétéroparentales. Ce nouveau courant privilégie l’étude des transitions du cycle de vie
et des processus relationnels propres aux familles homoparentales. Il s’agit ici
d’abandonner l’idée selon laquelle la qualité du fonctionnement familial
dépendrait uniquement de la structure de la famille, pour prendre davantage
en considération la résolution des tâches développementales (Ganong &
Coleman, 1994 ; Fruggeri, 2005 ; D’Amore, 2010).
Toutes les familles, y compris homoparentales, doivent gérer des transitions plus ou moins complexes. On ne peut mentionner de transition sans
évoquer la perte d’anciennes appartenances au profit de nouvelles, à travers
une transformation progressive de l’identité individuelle, familiale et contex-
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work with LGBT families.
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tuelle (D’Amore, 2010). Ces remaniements identitaires peuvent être réactivés
et se révéler compliqués dans le cas d’une recomposition homoparentale. Ils
concernent tout autant l’individu qui quitte une relation hétérosexuelle pour
un partenaire de même sexe que les enfants issus de la précédente union et
amenés à évoluer en partie au sein de cette configuration relationnelle. Les
possibilités évolutives de ce type de famille dépendront de plusieurs facteurs
dont, entre autres, la qualité du processus d’élaboration des pertes liées à la
séparation, la présence/absence de support familial, amical et associatif,
l’impact de stresseurs sociaux comme l’homophobie et la stigmatisation. Si
cette transformation identitaire ne peut se faire, alors la famille risque de se
trouver bloquée dans un temps suspendu (Onnis, 2007) où la perte devient
une identité de compromis (D’Amore, 2010) entre un passé qui n’est plus
reproductible et un futur imperceptible.
Dans le cadre de cet article, nous voulons aborder la place et le statut
des pertes dans le contexte de l’homoparentalité recomposée. Pour cela, nous
aborderons les enjeux psychologiques et relationnels d’un tel contexte, les
spécificités de la perte et leur impact sur l’organisation structurelle et interactionnelle de ces familles. Pour illustrer notre propos, nous présenterons une
vignette clinique reprenant les passages significatifs du travail psychothérapeutique avec une famille homoparentale recomposée. Nous conclurons en
évoquant les implications cliniques de ce type de prise en charge.
Enjeux et défis de l’homoparentalité recomposée
Les difficultés majeures de ces familles semblent se situer à l’interface
des multiples systèmes auxquels elles sont quotidiennement confrontées, et
qui sont encore porteurs d’attitudes homophobes et de préjugés, tant à l’égard
de la famille homoparentale que de celle recomposée. Baptiste (1987) considère que les familles homoparentales recomposées et hétéroparentales recomposées partagent un certain nombre de caractéristiques et de défis à surmonter :
– la rupture par une séparation ou/et par un divorce de la relation précédente pour un ou pour les deux partenaires ;
– l’attribution du statut de parent gardien à un ou aux deux parent(s) ;
– l’attribution de la garde davantage confiée aux mères, et dans le cas de
la famille homoparentale, aux mères lesbiennes biologiques ;
– la précarité économique fréquente de la mère lorsqu’elle est parent
gardien ;
– le risque de rejet du beau-parent par l’enfant et par le parent biologique ;
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S. D’Amore, L. Scarciotta, V. Pauss, E. Pellis, M. Miscioscia, C. Fossoul
– le risque de symétrie et compétition affective entre le beau-parent et
l’enfant, tout comme entre le parent biologique et le beau-parent.
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– la faiblesse du sentiment de légitimité : dans la population homosexuelle, et en particulier dans la population gay, 15 à 30 % des parents
(Baptiste, 1987) vivent dans des sociétés qui ne les prévoient pas et les
blâment. Ces sociétés considèrent qu’il est contradictoire d’être parent
et gay à la fois car la parentalité ne s’instaurerait que dans un contexte
hétérosexuel. Le fait qu’une famille recomposée, déjà considérée
selon un certain discours social comme instable (Keshet, 1990 ; Burns,
1987 ; Pill, 1990 ; Ganong & Coleman, 1994), soit aussi homoparentale, peut augmenter encore plus la perception de son instabilité ;
– l’épreuve de normalité : tous les homoparents peuvent vivre leur
parentalité avec une certaine anxiété qui les amène parfois à vouloir se
« normaliser » dans une société qui offre comme unique modèle l’hétéroparentalité. Ces homoparents souhaitent recevoir un « label » de
bons parents et expérimentent en même temps la difficulté de l’être en
l’absence de modèles alternatifs. Cette situation peut engendrer un paradoxe si l’impossibilité de se conformer au modèle hétérosexuel entraîne
le risque d’être perçus comme de mauvais parents ;
– le stress : de nombreuses études ont mis en évidence le stress vécu par
les homoparents dans leur confrontation au regard social. Ce stress
augmente si la construction de leur nouvelle famille a lieu à la suite
d’une séparation et/ou d’un divorce. Ces parents peuvent également
être fortement anxieux à l’idée que les enfants risquent de devenir
l’objet de discriminations (Hare, 1994). Il arrive que les enfants euxmêmes introjectent le préjugé homophobe, ce qui les conduit à exprimer un refus et de l’hostilité envers les parents (Clunis & Green, 1988 ;
Benkov, 1994). Au niveau parental, en cas d’introjection de préjugés
homophobes, un sentiment de dévalorisation de soi peut se développer
(Renzetti & Curran, 1989). Ce type de stress décourage un certain
nombre de parents de même sexe à demander de l’aide lorsqu’ils
vivent des difficultés familiales car cette démarche risquerait de corroborer la représentation d’un défaut structurel et d’augmenter les sentiments de culpabilité et de honte ;
– l’isolement : lorsqu’une famille homoparentale recomposée n’a pas
réussi à faire le « coming-out » au niveau social, elle vit le plus souvent
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Nonobstant ces ressemblances, les familles homoparentales recomposées auront aussi à faire face à des défis propres à leur structure. En particulier, les éléments suivants :
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ses relations en secret. Maintenir ce secret permet aux parents d’éviter
de se confronter aux regards perçus comme jugeants. Lorsque l’un des
membres du couple homoparental est gardien des enfants, ce secret
protège aussi du risque de se voir enlever les enfants par la Justice, et
cela surtout en situation de conflit avec l’ex-partenaire. La présence du
réseau social (amis, associations, groupes de parents) se révèle être une
ressource très importante pour contrer la tendance à l’isolement.
En outre, la qualité des relations parentales, les attitudes sociales favorables ou défavorables, la présence ou l’absence de résidus conflictuels
avec l’ex-conjoint(e) par rapport à la nouvelle famille, la qualité des
liens et la loyauté envers les familles d’origine, les relations entre
beaux-parents, l’organisation de la garde et les aspects financiers constituent des facteurs de protection ou de risque par rapport à l’équilibre
et/ou au fonctionnement de la famille.
Nous pensons que la capacité de gérer l’ensemble de ces facteurs est
liée aussi à la possibilité pour la famille de métaboliser les pertes
vécues lors de la transition vers la nouvelle construction familiale ainsi
qu’à l’activation de ressources et de tuteurs de résilience.
Dynamique de la perte dans les transitions critiques
Les pertes que les nouvelles familles vivent se caractérisent tout particulièrement par leur ambiguïté, au sens où Pauline Boss (1999) la définit.
L’ambiguïté tient au fait que l’objet de la perte, quoique physiquement absent
(parent, enfant, famille, maison, pays d’origine, culture, idéal), reste présent
psychologiquement et, par conséquent, actif. Cette ambiguïté psychique affecte
les interactions et les frontières au sein des familles. Pour Broadly (cité par
Boss & Grenberg, 1984, p. 536), les frontières familiales ambiguës désignent
« un état dans lequel les membres de la famille sont incertains dans leur perception de qui est dans ou hors de la famille et qui joue quels rôles et tâches
dans le système familial ». Boss (2007) accentue elle aussi le fait que c’est la
perception, plus que la structure, qui détermine l’ambiguïté des frontières
familiales.
La perception ambiguë des frontières serait directement liée au conflit
post-divorce entre les parents (Buehler & Pasley, 2000 ; Madden-Derdich,
Leonard & Christopher, 1999 ; Taanila, Laitinen, Moilanen & Järvelin, 2002).
La relation qui s’établit avec l’ex-conjoint paraît ici déterminante. En particulier, la capacité des parents à maintenir une alliance adéquate aura une
influence sur la recomposition de l’ensemble de la famille et de ses différents
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Les familles homoparentales recomposées doivent donc faire face non
seulement à la recomposition en tant que telle, mais aussi au coming-out du
parent que les enfants ont connu hétérosexuel dans son union précédente. La
situation d’ambiguïté s’accroît lorsque ni le rôle, ni la place du nouveau partenaire de même sexe ne sont éclaircis dans cette nouvelle famille. La place
du beau-parent en général a encore peu de référents culturels (Théry, 2002) ;
en particulier, celle du beau-parent homosexuel est souvent définie différemment par chacun, ce qui rend compliqués la cohabitation et le processus de
recomposition, et cela est encore plus difficile si le couple antérieur n’est pas
réellement séparé.
Liens entre symptôme et travail d’élaboration
des pertes
Dans les familles homoparentales recomposées, l’émergence de traits
psychopathologiques chez un enfant et/ou chez un adulte de la famille semblerait liée à plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci : le type et le nombre de pertes
vécues, la possibilité de les nommer, de les reconnaître, de les élaborer et
d’exprimer la souffrance qui y est liée, le niveau de stress et la difficulté de
mettre en place des stratégies de coping adéquates face aux transitions critiques. Citons encore l’identification claire de qui est dans le système et qui est
en dehors, la rigidité relationnelle corollaire de l’isolement et du manque
d’interactions intra ou extra-familiales, la crise de sens, la perte de l’espoir et
la suspension du temps évolutif individuel et familial.
La perte peut, dans certains cas, devenir une véritable identité familiale
lorsque la famille ne se reconnaît qu’à travers elle (famille du passé) et pas par
rapport à ce qu’elle est actuellement (famille du présent) ou par rapport à ce
qu’elle voudrait devenir (famille du futur). La perte peut paradoxalement
devenir l’unique appartenance lorsqu’on ne peut plus en espérer de nouvelles
(D’Amore & Scarciotta, 2011).
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sous-systèmes. La co-parentalité semble être le modèle qui contribue le plus
au sentiment de continuité chez les enfants, même si elle offre un terrain de
conflits potentiels avec l’ancien conjoint. D’autre part, une bonne alliance
conjugale au sein du nouveau couple favorise des relations familiales de qualité (Visher, Visher, & Pasley, 2003). La complexité des différents aménagements inclus dans la situation de recomposition aura également un impact sur
le degré d’ambiguïté des frontières. Si la définition de la place des parents
aboutit à une redéfinition relationnelle, le rôle du beau-parent est, quant à lui,
tout à construire selon un processus d’inclusion au sein du nouveau système.
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En ce qui concerne les enfants, ils doivent, en plus des pertes, élaborer
le coming-out d’un de leurs parents. En effet, la gestion de ce coming-out
dépend de plusieurs facteurs (Goldberg, 2010) comme l’âge de l’enfant, le
questionnement de celui-ci autour de l’identité sexuelle des parents, la personne qui procède à la révélation (le parent lui-même ou autrui) et l’explication donnée aux enfants de la séparation et du divorce de leurs parents.
Différentes réactions émotionnelles comme la confusion, la colère, la honte,
l’indifférence, mais aussi le soulagement, vont se manifester chez les enfants.
Les facteurs qui vont faciliter l’élaboration sont liés au degré de visibilité des
parents et au degré d’acceptation de la famille au sein des différents contextes. Certains parents et enfants peuvent craindre que cette information suscite
du harcèlement et de la souffrance, et essayent donc d’en contrôler sa diffusion (Bigner & Bozett, 1990).
Le cas clinique que nous allons présenter nous permettra d’aborder la
question de la perte chez les enfants et les adultes d’une famille homoparentale recomposée.
Cas clinique
Gérard et Nicole, séparés depuis trois ans, ont deux enfants. Le père en
a obtenu la garde principale à la suite d’une longue procédure judiciaire et du
recours à de multiples expertises. Nicole n’a obtenu la garde qu’un week-end
sur deux et la moitié des vacances scolaires. Au commencement du suivi, Stéphane et Gérard forment un couple et vivent avec les deux enfants depuis 2
mois. Ils sont reçus par un couple de co-thérapeutes et une équipe « réfléchissante » qui assiste en direct à l’entièreté du suivi grâce à un miroir sans tain.
« Suis-je un bon parent ? »
Le père prend l’initiative de la démarche de consultation en raison des
inquiétudes manifestées par la mère de son compagnon à l’égard de Loïc.
Celle-ci perçoit l’enfant comme renfermé et s’inquiète de son énurésie. Dans
la décision de Gérard d’entamer une thérapie, la valeur accordée au regard
social, personnifié dans le cas présent par la mère de Stéphane, a une influence
significative. Les inquiétudes exposées exhortent les partenaires à réfléchir
au vécu des enfants auprès d’un couple homosexuel. Lors du premier contact
téléphonique, malgré la proposition des thérapeutes d’inviter Stéphane et les
enfants en séance, Gérard insiste fermement pour venir seul à la rencontre initiale. Ce père donne l’impression de se présenter comme un « monoparent »
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dans une démarche qu’il agit personnellement. Au décours de la séance, il
formule la demande suivante : « Je veux voir comment les enfants évoluent,
comment ils vivent la situation homoparentale, les répercussions de celle-ci et
celles de la séparation entre moi et Nicole avec laquelle j’éprouve beaucoup
de difficultés ». La préoccupation du père de s’assurer du bien-être de ses
enfants paraît liée à la recherche auprès des thérapeutes de ce que nous pourrions appeler « un label de bon fonctionnement ». Gérard se dit très attentif à
la parole de ses enfants, soucieux d’offrir à Léa des images féminines destinées à compenser l’absence de Nicole au quotidien. Il semble en quête de
réassurance par rapport à ce qu’il offre aux enfants, comme si la situation
familiale actuelle ne correspondait pas à sa propre représentation teintée,
peut-être, du modèle traditionnel de ce qu’est une famille. Cette préoccupation est également à mesurer à l’aune de l’épreuve de normalité à laquelle les
familles homoparentales sont parfois confrontées. Ces parents pourraient ressentir une telle pression – externe et/ou interne – de prouver qu’ils sont de
bons parents, que le risque serait de perdre la souplesse nécessaire devant des
erreurs inhérentes à l’exercice de la parentalité. En d’autres termes, le risque
encouru par ces parents serait de perdre la possibilité d’être « simplement »
suffisamment bons.
Les mouvements émotionnels ressentis entre les co-thérapeutes sont
ici utilisés comme éléments révélateurs de la configuration structurelle et de
la dynamique émotionnelle de la famille. Il nous paraît essentiel d’être particulièrement attentifs aux sentiments d’inclusion et d’exclusion que toute
(nouvelle) famille fait ressentir aux thérapeutes, ainsi qu’à la manière dont
chaque membre investit, rejette ou scinde le duo de co-thérapie. Ces éléments
nous offrent un éclairage sur la nature des frontières du système.
Lors de cette première séance, les thérapeutes peinent à se sentir unis
dans leur duo de co-thérapeutes. Gérard ne s’adresse qu’au thérapeute masculin. Il ne regarde jamais sa collègue, et lorsque celle-ci s’adresse à lui, il
répond à l’autre thérapeute. C’est comme si le couple de co-thérapeutes ne
pouvait pas être pris en considération. Les cliniciens font alors l’hypothèse
qu’ils ressentent la même chose que ce que ressent ce nouveau couple. Comment faire couple ? Comment un couple peut-il exister face à un tiers ? Comment Gérard peut-il créer un nouveau couple avec Stéphane alors que Nicole
reste présente pour les enfants ? Les questions et éléments qui émergent de cette
première rencontre conduisent l’équipe thérapeutique à formuler l’hypothèse
qu’il existe une demande d’aide implicite concernant l’intégration du compagnon dans la famille recomposée.
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Dans le premier temps, l’intervention des psychothérapeutes tend à
élargir le système. Gérard invite donc les enfants et Stéphane à partir de la
deuxième séance. Ce qui frappe alors l’équipe thérapeutique, c’est la confusion des frontières intergénérationnelles. L’équipe réfléchissante assiste, derrière le miroir sans tain, à l’envahissement des enfants au sein de la séance. Le
père, hyper attentif à leur parole, semble autoriser cet envahissement. Les
enfants, souriants et pétillants, transforment cette deuxième séance en tourbillon. Ils accaparent l’espace sonore, s’emparent de tous les jouets à la fois,
interpellent sans cesse leur père qui s’interrompt immanquablement pour leur
répondre. Léa investit massivement la thérapeute, l’empêchant de participer
à la conversation avec les adultes ; elle essaye également d’entrer en contact
avec les « dames » qui sont derrière le miroir, leur fait des dessins qu’elle veut
absolument aller leur offrir. Loïc quant à lui, colle à son père. Celui-ci tente
de reproduire avec le co-thérapeute la dynamique de la première séance, mais
il en est continuellement empêché par ses enfants. Stéphane reste périphérique, il semble assis sur un strapontin dans une pièce où il ne sait pas encore
s’il a un rôle à jouer. Les enfants se tournent assez peu vers lui.
Les thérapeutes ont le sentiment d’être pris dans de la confusion. Plusieurs formes familiales se dévoilent avant d’immédiatement s’estomper :
l’ancien couple est continuellement évoqué dans le discours de Gérard, la
famille monoparentale que Gérard forme avec ses deux enfants est activée
sous les yeux de l’équipe, le nouveau couple avec Stéphane est présent, mais
comme un simple devenir potentiel, et la mère est continuellement évoquée
comme manquante par Léa dans le lien qu’elle cherche à tout moment à nouer
avec toutes les femmes présentes. L’enfant parle beaucoup de sa maman,
mais ne la dessine pas sur un dessin de famille (cf. Figure 1).
Le tableau présenté aux thérapeutes paraît celui d’une famille monoparentale, en dépit de la demande initiale relative à la situation homoparentale
et du questionnement de Stéphane sur sa place dans le quotidien familial. Il
est comme un invité en thérapie. Gérard fonctionne en père isolé, sans montrer une volonté d’impliquer ni son compagnon, ni même Nicole. L’équipe
thérapeutique envisage qu’au moment de la rencontre avec la famille, Gérard
n’arrive finalement pas à concevoir Stéphane comme beau-parent, comme
s’il n’était pas possible d’avoir un autre référent parental que lui. « C’est moi
le père ! » affirmera-t-il en séance.
Dans un second temps, l’équipe thérapeutique est marquée par le discours de Gérard, manifestement tourné vers le passé. Il est en rage vis-à-vis
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Monoparentalité de transition et divorce chronique
S. D’Amore, L. Scarciotta, V. Pauss, E. Pellis, M. Miscioscia, C. Fossoul
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Figure 1. Dessin de famille réalisé par Léa (5 ans)
de Nicole qui, selon lui, ne prend pas sa responsabilité et l’oblige à être un
père isolé. Gérard présentifie Nicole dans la séance et met en scène une lutte,
comme dans un divorce chronique (D’Amore, 2010) qui n’a pu donner lieu à
une séparation psychique. La présence d’une telle acrimonie est manifestement délétère pour toute la famille. La situation de divorce et de recomposition familiale implique de manière inhérente un changement de frontières,
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qui peut ou non engendrer une ambiguïté. Cette ambiguïté se révèle dans la
perception incertaine des membres de la famille de qui est ou n’est pas dans
le système familial et de qui y joue quel rôle et y fait quelle tâche (Boss &
Greenberg, 1984, p.536). En effet, les membres de la famille sont confrontés
à l’absence physique de Nicole malgré une réactualisation constante du passé.
Un processus d’inclusion d’un nouveau membre – Stéphane – dans le système
familial semble s’amorcer, sans pour autant qu’un consensus autour de son
rôle dans la famille apparaisse clairement et sans que le deuil de la première
famille soit réalisé. Les frontières sont effectivement ambiguës. L’ambiguïté
émerge également de l’insécurité de la famille (bataille juridique, santé psychique de la mère, regard social sur les familles homoparentales) et rend le
passage vers la recomposition familiale difficile voire impossible.
Vivre dans la monoparentalité ou dans une recomposition familiale ?
La question reste incertaine à ce stade. Dès lors, le processus thérapeutique
implique de travailler autour des frontières ambiguës. Comment aider ces
enfants à être des enfants de parents séparés ? Comment passer d’un parent à
l’autre, comment parler de l’autre parent en son absence ? Comment se séparer en sécurité et cultiver la compassion ? Comment intégrer le beau-parent et
lui garantir un accès émotionnel adéquat aux enfants ?
Les pertes au cœur des transitions critiques
Dans la suite, l’ambiguïté des frontières se manifeste à travers une
crise. Lors de la troisième séance, les thérapeutes sont surpris de trouver dans
la salle d’attente les deux hommes seuls, habillés tous deux de noir. Un frisson les parcourt : ils ont l’impression d’être face à un couple endeuillé. De
fait, Nicole, après son week-end de garde, a refusé de rendre les enfants à leur
père en déclarant qu’ils étaient en danger chez un couple homosexuel. Elle a
déposé une requête en vue d’obtenir la garde principale après avoir porté
plainte pour attouchements sexuels de la part de Gérard sur les petits.
L’ambiance des deux séances suivantes est très calfeutrée, l’émotion
est prégnante. Face aux thérapeutes, le couple se montre uni devant la perte.
Stéphane souffre pour son compagnon et déclare : « La seule chose qui consolerait Gérard, c’est le retour des enfants parce qu’une partie de lui meurt.
C’est une perte profonde, même si elle n’est pas définitive ». Ce passage douloureux fait apparaître un soutien mutuel entre les deux hommes.
Pour la première fois aussi, le couple de co-thérapeutes se sent investi
comme duo. Stéphane et Gérard parlent, regardent, échangent avec les deux
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S. D’Amore, L. Scarciotta, V. Pauss, E. Pellis, M. Miscioscia, C. Fossoul
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cliniciens. Le couple conjugal permet au couple de thérapeutes d’exister. Par
ce passage à l’acte de Nicole, les thérapeutes sont confrontés in vivo à l’instabilité du système thérapeutique qui change d’une séance à l’autre, reflétant
ce qui caractérise le quotidien des deux hommes. Par ses attaques, Nicole
freine le temps et réactualise le passé, les parents se déchirent à nouveau à
propos des enfants. La recomposition familiale ne peut se penser sans la
mère ; de nouvelles frontières plus claires sont à tisser. À travers cette crise,
le couple et les enfants vivent une véritable perte et sont plongés dans l’incertitude de se retrouver. La légitimité de la famille est soumise au bon vouloir
des « autres » qui ont le pouvoir de les séparer d’un simple mouvement de
l’extérieur.
À la cinquième séance, nous apprenons que les enfants sont revenus.
Un nouveau jugement a confirmé le précédent, la plainte de Nicole contre le
couple est déboutée et Gérard récupère la garde principale. Les enfants sont
heureux de retrouver leur père et leur maison, mais évoquent le plaisir qu’ils
ont eu à vivre avec leur mère. Gérard et Stéphane manifestent ouvertement
leur plaisir de retrouver l’équipe thérapeutique, témoignant ainsi sans doute
de l’alliance qui s’est créée, et ils donnent aux enfants, par la même occasion,
l’autorisation d’investir l’espace thérapeutique.
Ceux-ci restent bruyants, spontanés, mais les thérapeutes arrivent à suggérer des règles de fonctionnement qui sont, petit à petit, respectées. Des espaces se définissent, l’un pour les adultes et un autre pour les enfants dans l’aire
de jeux. Les va-et-vient sont permanents, mais ne déstructurent plus l’espace
thérapeutique. Des temps de paroles se succèdent pour les adultes, puis pour
les enfants. Les thérapeutes se sentent légitimés par la famille, ce qui leur permet d’agir pour soutenir un marquage de frontières au sein de la séance.
Toutefois, si les espaces deviennent plus différenciés, il n’en est pas de
même pour la temporalité. Gérard reste bloqué dans le passé, son discours traduit une position conflictuelle qu’il ne sait dépasser vis-à-vis de Nicole : « La
hache de guerre ne sera jamais enterrée ». Ce n’est plus de la confusion que
les co-thérapeutes ressentent, mais un sentiment d’épuisement, d’immobilisme. Les éprouvés deviennent en résonance à la famille, plus dépressifs.
Dans cette phase du processus thérapeutique, les thérapeutes ont travaillé sur la différenciation des espaces, considérant de manière explicite que
la famille des enfants implique aussi bien le père que la mère. Un travail sur
les représentations du couple a été engagé afin de situer la mère comme
parent, la perte du couple conjugal initial ne devant pas correspondre à la
perte d’une figure parentale. L’intervention thérapeutique se concentre sur le
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dialogue parental en abordant de nouvelles questions : Comment être parent à
trois ? Comment être une équipe ? Comment garantir la sécurité aux enfants ?
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Les scripts de perte trigénérationnels
L’équipe thérapeutique s’interroge sur les éléments qui ont conduit à
cette « nécessaire lutte » contre la mère des enfants alors que le père a un pied
dans la recomposition. Explorant la thématique des familles d’origine, Gérard
et Stéphane nous livrent qu’ils sont tous deux issus de couples divorcés. Ni l’un,
ni l’autre n’a de script de perte basé sur la négociation et la reconstruction d’une
Figure 2. Dessin de famille réalisé par Léa, 6 ans
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Au cours de cette pratique structurale impliquant la focalisation sur les
frontières et les communications entre les différents sous-systèmes, la résurgence du deuil impossible de la famille du passé frappe les thérapeutes. Rage
et ruminations reviennent au centre des séances. Seule une approche narrative
diachronique permettra de comprendre pourquoi ce deuil est impossible.
124
S. D’Amore, L. Scarciotta, V. Pauss, E. Pellis, M. Miscioscia, C. Fossoul
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Les scripts du passé sont réactualisés en séance à travers des narrations.
Gérard interpelle vivement la thérapeute sur l’absence de son collègue qui a
eu un contretemps, et attaque le cadre sur la thématique de l’abandon. Dans
cet espace sécurisé, il exprime sa colère et sa rage d’être lâché. Un nouveau
script s’écrit alors avec lui et Stéphane, dans un cadre devenu « malléable ».
Dans le décours de ces séances, le couple expose d’autres pertes encore :
Gérard aurait voulu fonder une famille avec la femme dont il était amoureux.
Ce chagrin d’amour constitue un deuil non élaboré que Stéphane découvre en
même temps que les thérapeutes. Stéphane évoque son deuil d’avoir des
enfants : « J’essayais de faire le deuil d’être parent ». Les thérapeutes associent à ces narrations l’image de poupées russes car chaque perte en cache une
autre.
Cette phase du travail permet d’aborder ce que signifierait une recomposition homoparentale pour chacun des membres du couple. Ce passage
essentiel dans la thérapie implique un échange émotionnel authentique et permet au couple de se « reformer ».
Ces thématiques sont retravaillées ensuite avec les enfants. Partant
d’expériences familières comme la mort de leur animal domestique, ils expriment également le vécu difficile de la perte. À travers le récit de cauchemars,
Loïc et Léa évoquent le manque de l’autre parent et la peur que leur mère ne
meure. Le travail se poursuit avec l’élaboration de la perte chez les enfants à
l’aide de dessins au cours de séances individuelles et de fratrie. Le vécu
parental et celui des enfants se différencient.
Dans cette phase où chacun construit sa narration et où les scripts peuvent être remaniés, la thérapie devient, par le biais de l’écoute et l’empathie,
une sorte de catalyseur qui favorise le dégel du processus d’élaboration des
pertes.
Vers une nouvelle identité familiale
Le processus thérapeutique a donc impliqué plusieurs niveaux : un travail sur les scripts, investiguant les raisons de rester en lutte avec l’ex-
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nouvelle alliance parentale. En effet, pour chacun d’entre eux, le couple parental s’est entièrement dissout à la suite du divorce. Chez Stéphane, une guerre
froide régnait entre ses parents, aucun dialogue n’était possible et les enfants
étaient poussés à être autonomes. Chez Gérard, chaque parent a pris un enfant
en charge, sans que des ponts puissent être établis. Il rejoue donc un script répétitif à la suite de son divorce.
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conjointe ; une réactualisation des scripts passés dans le présent de la séance,
autorisant une innovation ; un travail sur l’élaboration des pertes, respectivement chez les adultes, et chez les enfants lorsque l’attitude du couple se modifie. Le processus temporel a pu être redynamisé alors qu’il était suspendu et
bloqué. La dernière phase du processus thérapeutique aborde la recomposition familiale en tant que processus psychique. Lors d’une séance, Stéphane
affirme qu’il a donné ses jouets d’enfance aux enfants. Ce geste permet de
réfléchir avec la famille à la manière dont Stéphane pourrait être envisagé en
tant que beau-parent. Comment former une équipe parentale à l’intérieur de
la nouvelle famille ?
La famille homoparentale a des projets pour le futur et se sent suffisamment forte pour se montrer à l’extérieur. Stéphane se rend aux réunions de
parents, et lors de la rentrée des classes, mère, père et Stéphane sont présents
pour les enfants. Ces derniers parlent de leur famille à leurs amis. Au cours
d’une séance, Léa, très expressive et souriante, a mimé un échange récemment vécu au cours duquel elle expliquait à d’autres écoliers que Stéphane
était « l’amoureux de son papa ». Face aux remarques incrédules de ses amis,
l’enfant a répondu de manière enjouée et spontanée : « oui, oui, c’est comme
ça ! ». La famille composée des enfants, du couple Gérard/Stéphane et de la
mère (cf. Figure 2) commence à exister au regard des autres.
On pourrait dire que cette famille est passée d’une recomposition avec
une composante homosexuelle au sein du couple à la constitution d’une
famille homoparentale.
Ce travail illustre combien la thérapie est un long processus où différents éléments se travaillent par à-coups et où il peut y avoir des retours en
arrière. Différents temps, le futur, le présent, le passé mais aussi différents
espaces ont été sollicités.
Conclusion
L’expérience thérapeutique proposée dans cet article a représenté pour
nous un véritable laboratoire de réflexion théorique et psychothérapeutique
autour des familles homoparentales recomposées. À l’image du travail psychique que la famille a dû accomplir pour transiter d’une forme familiale à
l’autre, les thérapeutes et l’équipe réfléchissante ont eu à décomposer leurs
propres idées et idéaux de famille pour arriver ensuite à recomposer avec les
aspects singuliers proposés par la famille.
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L’homoparentalité recomposée entre l’élaboration des pertes et la construction… 125
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Le cadre conceptuel des pertes identitaires nous semble porteur pour
travailler avec les familles homoparentales recomposées. La perte comme
identité paraît propre à toute famille ayant connu des ruptures. Dès lors, aborder ces dernières, en évaluer l’impact sur les enfants et sur les parents, apprendre à gérer l’ambiguïté propre à certaines transitions familiales, en activant
des ressources internes et externes au système, constituent des objectifs de
travail pertinents. Redéfinir la perte comme une possibilité transformative
plutôt que comme un symptôme et promouvoir les liens définissant les précédentes appartenances nous semble important afin de remobiliser des ressources bloquées. Ainsi, l’ambiguïté de certaines configurations n’est pas à
considérer comme un symptôme mais plutôt comme une opportunité évolutive. La thérapie devient alors un espace d’oscillation et de mobilisation des
affects non dans la direction d’une résolution (deuil classique) mais plutôt
celle d’une connexion perpétuelle entre passé, présent et futur.
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EDITORIAL
Quelle Famille ? L'homoparentalité à l'épreuve de l'approche systémique
Salvatore D?Amore
Médecine & Hygiène | Thérapie Familiale
2012/2 - Vol. 33
pages 85 à 88
ISSN 0250-4952
Article disponible en ligne à l'adresse:
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2012-2-page-85.htm
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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------D?Amore Salvatore, « Editorial » Quelle Famille ? L'homoparentalité à l'épreuve de l'approche systémique,
Thérapie Familiale, 2012/2 Vol. 33, p. 85-88. DOI : 10.3917/tf.122.0085
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Distribution électronique Cairn.info pour Médecine & Hygiène.
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Thérapie familiale, Genève, 2012, 33, 2, 85-88
Editorial
Quelle Famille ?
L’homoparentalité à l’épreuve
de l’approche systémique
Salvatore D’Amore PhD, Chargé de Cours, Psychothérapeute de Couple et Famille,
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La famille contemporaine connaît jour après jour d’incessantes mutations et un
accroissement de sa diversité – tant au niveau de sa composition, de la culture,
que de l’orientation sexuelle de ses membres.
Les assemblages kaléidoscopiques entre ces trois grandes dimensions contribuent à la genèse d’une multiplicité de constellations affectives (Caillé, 2010) que
nous appelons aussi nouvelles familles. Ces variations sur le thème imposent au
chercheur tout comme au clinicien la nécessité de déconstruire certaines idées,
idéaux et idéalisations du couple et de la famille au profit d’une progressive
reconnaissance des différentes possibilités et potentialités des nouveaux liens
affectifs et de filiation.
Dans ce contexte, les familles homoparentales représentent un laboratoire
pour repenser l’identité du « familial » (Scabini, Cigoli, 2000) et les changements
multiples que toute famille, traditionnelle incluse, est en train d’expérimenter.
D’ailleurs, les couples et les familles avec parents LGBT (lesbiens, gays, bisexuels
et transgenres) deviennent de plus en plus visibles et demandeurs de reconnaissance, non seulement juridique mais aussi psychologique, sociale, culturelle, civile
et morale.
Dans l’histoire des sciences humaines, les minorités de genre et d’orientation
sexuelle n’ont jamais été prises en considération dans la définition de famille et de
relations familiales.
Ce manque trouve ses racines dans l’hétérosexisme (qui présuppose la supériorité de l’hétérosexualité sur les autres orientations sexuelles) et l’hétéronormativité (qui présuppose la supériorité du modèle hétérosexuel sur les autres)
qui ont eu et continuent à avoir un impact majeur sur la vie des personnes lesbiennes, gays, transsexuelles et bisexuelles et de leurs familles (Giammattei,
Green, 2012).
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Service de Clinique Systémique et Psychopathologie Relationnelle,
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Université de Liège, Belgique
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Invité par Robert-Jay Green auprès du Rockway Institute de l’Alliant University à San Francisco j’ai pu, dans le cadre d’une mission scientifique de six mois,
aborder certaines questions relatives à la recherche et à la clinique systémique
concernant l’homoparentalité. Robert-Jay Green est professeur, il est l’un des
plus importants experts dans le domaine au niveau international. Psychothérapeute de couple et de famille, formé par les pionniers californiens, il a su conjuguer de façon admirable l’approche systémique avec la recherche et la clinique
des familles LGBT. Le Rockway Institute, dont le Pr Green est le directeur, est le
premier centre national pour la recherche, l’enseignement et les politiques
sociales touchant aux personnes, aux couples et aux familles LGBT. S’appuyant
sur l’expertise de chercheurs, cliniciens et juristes, l’Institut Rockway a pour
mission d’informer scientifiquement tout type de public sur les questions relatives aux mino­rités LGBT.
Sur la base des nombreux entretiens avec Robert-Jay Green et ses collaborateurs, ainsi qu’en participant aux différents séminaires de recherche et de clinique
avec les familles LGBT, j’ai pu prendre conscience de l’ampleur et de la complexité
des questions qui concernent ce domaine.
De nombreuses études montrent, désormais, que les familles homoparentales
sont des contextes de développement tout à fait adéquats et qui répondent aux
besoins évolutifs de leurs enfants (pour une revue approfondie de la littérature
voir Goldberg, 2010).
Il reste néanmoins toute une série de grandes questions qui doivent être prises
en considération, comme par exemple les effets de la discrimination, de l’homophobie sociale et intériorisée, de l’ambiguïté relationnelle (liée au manque de
reconnaissance légale et à l’absence de modèles sociaux et culturels) ainsi que
du faible support social que les enfants et leur famille peuvent expérimenter
(Green, 2012). Par ailleurs, les parents transgenres et leurs enfants doivent également faire face à la transphobie qui affecte leur vécu quotidien et qui risque
de les marginaliser davantage car, à l’inverse des homoparents, ils sont moins
reconnus comme sujets de droits civils et parentaux.
La rencontre significative avec de nombreux parents et enfants au sein de
l’association Our Family Coalition m’a permis de partager leurs défis mais aussi
les multiples ressources qu’ils sont capables d’activer à travers les réseaux
affectifs et amicaux – dits aussi « familles de choix ». Des créations familiales qui
viennent supporter et enrichir la qualité de vie et qui constituent de véritables
1
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Pour une revue de la littérature voir Giammattei and Green (2012).
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De plus, la recherche et la thérapie avec la famille ont contribué à perpétuer ce
manque en proposant le modèle du couple et de la famille hétérosexuelle comme
le modèle de référence pour garantir la santé, la normalité et la fonctionnalité
des relations familiales. En particulier, le couple homosexuel et la famille avec
parents LGBT ont été abordés essentiellement à travers la loupe hétérosexiste,
qui privilégie la conformité de genre et des rôles traditionnels. Et en conséquence,
la famille homoparentale a été perçue comme « déviante » par rapport à la norme
plutôt que simplement différente1 dans un continuum de manières multiples d’être
et de faire couple et famille.
tuteurs de résilience face aux épreuves que certains contextes hostiles peuvent
proposer.
La gestion du stress à l’interface des multiples systèmes d’appartenance
reste un défi constant tant pour les parents que pour les enfants.
Les modalités affectives, créatrices et novatrices dont ces familles font preuve
– et qui peuvent nous surprendre – nous invitent à reconnaître leurs compétences
et à changer d’optique.
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En effet, la rencontre avec ces familles nous demande de prendre en considération les différentes trajectoires dont elles sont protagonistes. Des trajectoires
liées aux différentes modalités de filiation (insémination alternative, adoption, gestation par autrui) ainsi que de leur composition (coparentalité et recomposition).
Les différentes transitions à la parentalité que chaque trajectoire comporte,
soulèvent une série de questions qui peuvent faire l’objet d’une demande de thérapie (par exemple la gestion du coming out avec les enfants, la relation avec les
familles d’origine, les éventuels conflits avec l’ex-époux/se s’il y a eu une précédente union hétérosexuelle, les craintes du parent non biologique de perdre les
droits parentaux en cas de divorce, la maladie ou la mort du parent biologique,
la gestion de l’accès aux origines chez l’enfant conçu par insémination alternative
ou par mère porteuse, etc.)
Dans le travail clinique avec ces nouvelles familles, le thérapeute se doit de
réfléchir à certaines questions essentielles – et qui pourtant sont encore peu explorées dans les programmes de formations – telles que l’effet de son identité de
genre, de ses propres modèles familiaux, sociaux et culturels, ainsi qu’à son
hétérocentrisme.
Il est sans doute important que le clinicien puisse avoir une certaine conscience
de l’hétéronormativité inhérente aux modèles cliniques qu’il adopte. Certains
modèles comme ceux post-modernes et féministes permettent de dépasser ce
risque dans la mesure où ils abordent les systèmes humains dans une perspective sociopolitique. Néanmoins, il ne s’agit pas ici de privilégier un modèle plutôt
qu’un autre, mais de voir comment chaque modèle (qu’il soit structural, stratégique, intergénérationnel, cognitiviste) peut s’adapter et tenir compte des spécificités familiales.
Nous sommes appelés en tant que chercheurs et thérapeutes à relever les
défis que les familles homoparentales – comme toute nouvelle famille – nous
proposent, ainsi qu’à développer une posture qui soit laïque et respectueuse des
différences. La diversité est une valeur que nous devons pouvoir reconnaître et
promouvoir dans nos pratiques. C’est avec ce souhait que je salue l’organisation
de la journée consacrée à la recherche systémique que la revue Thérapie familiale
organisera le 17 novembre 2012 à Bruxelles (Louvain-en-Woluwe), avec l’espoir
que de nouvelles perspectives plurielles et inclusives dans la recherche et la psychothérapie avec la famille puissent être envisagées.
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Nonobstant leur dépathologisation ainsi que leur normalisation, l’homosexualité et l’homoparentalité, demeurent toujours actuellement absentes dans la formation du futur thérapeute – surtout en Europe.
Bibliographie
1. Caillé P., 2010. Vous avez dit famille… Famille traditionnelle ou constellation affective ? In
D’Amore S. (ed.) : Les nouvelles familles. Approches cliniques. De Boeck, Bruxelles.
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COUPLES HOMOSEXUELS ET FAMILLES HOMOPARENTALES
Défis, ressources et perspectives pour la thérapie systémique
Salvatore D?Amore et al.
Médecine & Hygiène | Thérapie Familiale
2013/1 - Vol. 34
pages 69 à 84
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Article disponible en ligne à l'adresse:
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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------D?Amore Salvatoreet al., « Couples homosexuels et familles homoparentales » Défis, ressources et perspectives pour
la thérapie systémique,
Thérapie Familiale, 2013/1 Vol. 34, p. 69-84. DOI : 10.3917/tf.131.0069
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ISSN 0250-4952
Thérapie familiale, Genève, 2013, 34, 1, 69-84
Couples homosexuels et familles
homoparentales
Salvatore D’Amore PhD Chargé de Cours, psychologue, psychothérapeute, Service de clinique
systémique et psychopathologie relationnelle, Université de Liège
Marina Miscioscia Psychologue, psychothérapeute, PhD student, assistante
Thérèse Scali Psychologue, PhD student
Stéphanie Haxhe PhD Maître de conférences, psychothérapeute
Quentin Bullens Psychologue, psychothérapeute, PhD student, assistant
Résumé
Couples homosexuels et familles homoparentales. Défis, ressources et perspectives pour la
thérapie systémique. – Les couples et les familles avec partenaires et parents LGBT (lesbiens,
gays, bisexuels, transgenres) sont souvent passés sous silence dans l’approche systémique.
Ce silence trouve ses racines dans l’hétérocentrisme qui a influencé la définition de couple,
de famille et de relations familiales ainsi que de leur « normalité » vs « pathologie ». Qu’on soit
chercheur ou clinicien, il est intéressant de prendre en considération l’impact de l’homophobie, de l’hétérosexisme, de l’hétéronormativité dans la vie quotidienne de ces couples,
de ces familles et de leurs enfants. En particulier dans la consultation clinique, il semble
important d’en évaluer leur degré de stress, d’ambiguïté relationnelle, d’homonégativité
intériorisée ainsi que de support social. Nous réfléchirons aussi sur les atouts et les limites
des modèles majeurs de thérapie de couple et de famille dans le travail thérapeutique ainsi
que sur la nécessité d’envisager des pistes dans la formation du futur thérapeute sur les
questions LGBT. Formation qui pourrait être basée sur le modèle de la diversité comme
modèle inclusif des différences familiales et relationnelles contemporaines.
Introduction
Les définitions hégémoniques du couple et de la famille ont pendant longtemps
évité de prendre en considération la diversité de ceux-ci, en promouvant comme
modèle normatif celui de la cellule composée par un couple hétérosexuel, monoculturel, de religion judéo-chrétienne, de statut socio-professionnel moyen, avec
* Les idées présentées sont inspirées par le travail du Pr Robert Jay Green de l’Alliant University, San Francisco, Californie. C’est à lui que nous voulons humblement dédier cet article.
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Défis, ressources et perspectives
pour la thérapie systémique*
Le contexte socio-politique
La reconnaissance des droits civils et parentaux des homosexuels en Europe est
encore loin d’être équitable.
A l’heure actuelle, huit pays européens ont légalisé le mariage pour les couples
homosexuels : Pays-Bas, Belgique, Espagne, Norvège, Suède, Portugal, Islande
et Danemark. A l’exception de la péninsule ibérique, ce sont les pays du nord de
l’Europe qui reconnaissent le plus de droits civils aux personnes LGBT1. Cela est
vrai aussi pour les droits d’accès à la parentalité. En ce qui concerne l’adoption,
les pays l’ayant légalement autorisée sont la Belgique, le Danemark, l’Espagne,
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On entend par LGBT toutes les personnes qui s’auto-identifient comme lesbiennes, gays,
bisexuelles et transgenres.
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des enfants liés biologiquement à leurs parents et vivant tous ensemble sous le
même toit dans une composition intacte dans le temps.
Ce modèle ne traduit pas les multiples transformations que les couples et
les familles sont en train d’expérimenter : par rapport à leur composition, leur
culture, leur statut socio-économique, religieux ainsi que par rapport à l’orientation sexuelle de ses membres.
D’ailleurs, ce n’est que récemment que le domaine de la thérapie de couple
et familiale a commencé à prendre en compte la portée de ces changements, et les
minorités sexuelles et de genre n’ont pas encore fait couler beaucoup d’encre.
Comment expliquer cela ?
La thérapie familiale, à l’image de l’opinion publique, a longtemps passé sous
silence la question de l’homosexualité, et lorsque elle s’en est occupée, elle a
malheureusement reproduit – voire renforcé – certains stéréotypes et préjugés
typiques de la pensée commune. Ainsi, comme l’ont documenté Moscovici et
Hewstone (1983), les préjugés qu’on retrouve dans les recherches scientifiques
ne sont pas si distants de ceux qu’on retrouve dans la connaissance dite naïve
ou du sens commun. En effet, à l’instar de la pensée commune, la thérapie familiale a également présenté certaines positions hétérosexistes, hétéronormatives
et homophobes qui ont, malheureusement, eu comme effet de pathologiser
l’homosexualité et ses déclinaisons relationnelles – qu’elles soient conjugales
ou familiales.
Mais quelles sont les questions que ces couples et familles posent à l’attention
des thérapeutes ?
Lorsque ces couples et familles consultent, elles peuvent présenter une série
de questions liées au stress dû au statut de communauté minoritaire, à l’ambiguïté
relationnelle ainsi qu’au faible soutien social ; mais également liées à la gestion
du coming-out avec les enfants, aux relations avec les familles d’origine, aux éventuels conflits avec l’ex-époux/se s’il y a eu une précédente union hétérosexuelle,
aux craintes du parent non biologique de perdre les droits parentaux en cas de
divorce, à la maladie ou la mort du parent biologique, à la gestion de l’accès aux
origines chez l’enfant conçu par insémination alternative ou par mère porteuse, etc.
Dans le cadre de cet article, nous nous proposons d’aborder le contexte sociopolitique actuel, de décrire la manière dont la thérapie familiale a abordé l’homosexualité, ensuite de détailler les défis des couples, familles, enfants et des thérapeutes dans le contexte de la consultation ainsi que les pistes pour la formation.
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l’Islande, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, la Suède et le Royaume Uni. Par
ailleurs, en ce qui concerne l’adoption du coparent, l’Allemagne, le Royaume Uni,
l’Espagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Finlande la permettent légalement. Enfin, concernant l’insémination alternative à destination
des couples lesbiens, nous retrouvons les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, le
Royaume Uni, l’Irlande, la Suède, la Norvège et la Finlande.
Toutefois, les attitudes sociales dans les pays qui ont légalisé le mariage et
l’adoption ne sont pas complètement favorables vis-à-vis des couples et des
parents lesbiens et gays, ce qui révèle que la légalisation d’une union n’est pas
une condition suffisante pour que les représentations et les mentalités puissent
devenir plus inclusives. Selon le rapport Eurobaromètre (2006), 44% des citoyens
européens sont d’accord que le mariage homosexuel soit légalement reconnu en
Europe, et 32% sont favorables à l’adoption par les couples homosexuels (14 Etats
sur 25). En effet, ces attitudes varient selon la géographie : en général, les pays
du nord de l’Europe expriment des attitudes plus favorables que les pays du sud
et de l’est de l’Europe qui manifestent des attitudes moins favorables.
Différentes études ont mis en évidence des facteurs influençant les attitudes
favorables et/ou défavorables vis-à-vis des mariages homosexuels alors que très
peu d’études ont été réalisées sur les attitudes vis-à-vis des parents homosexuels
(Morse, McLaren, McLaclhan, 2007 ; Pennington, Knight, 2011). Ainsi, concernant
le mariage homosexuel, une proportion significative d’hétérosexuels s’y oppose
car ils rejettent l’homosexualité en général (McVeigh et Diaz, 2009), et d’autres
s’y opposent parce qu’ils pensent que ce type de mariage met en péril l’institution du mariage hétérosexuel en elle-même (Brumbaugh et coll., 2008). Les facteurs qui interviennent dans l’acceptation sont : l’appartenance à une ethnie caucasienne (McVeigh et Diaz, 2009 ; Lubbers, Jaspers et Ultee, 2009 ; Lewis, 2003) ;
le plus jeune âge (Brumbaugh et coll., 2008) ; le genre féminin ; la religion non
protestante ; un lieu de résidence hautement peuplé (Sherkat et coll., 2010) ; un
haut statut socio-économique et d’éducation (Sherkat et coll., 2010) ; ne pas être
marié et cohabiter (Hinrichs et Rosenberg, 2002 ; Swank et Raiz, 2010) ; et avoir
une idéologie politique libérale (McVeigh et Diaz, 2009 ; Brown et Henriquez, 2008).
En effet, la question de l’acceptation sociale des couples et des familles ne
peut pas être dissociée des aspirations que les jeunes générations d’homosexuels
ont par rapport à leur futur de couple et de famille. Ainsi, selon une étude américaine (D’Augelli, Grossman et Rendina, 2006 ; D’Augelli, Rendina, Sinclaire et
Grossman, 2007), 92% des jeunes lesbiennes et 82% des jeunes gays aspirent à
être dans une relation monogame à long terme dans dix ans. De plus, 78% des
jeunes lesbiennes et 61% des jeunes gays déclarent qu’il est très ou extrêmement probable qu’ils se marieraient avec un partenaire de même sexe si cela
était légalement possible. Concernant la parentalité, 66% des jeunes lesbiennes
et 52% des jeunes gays affirment qu’il est très ou extrêmement probable qu’ils
deviendront un jour parents. Par ailleurs, les attitudes semblent être plus positives à l’égard des jeunes lesbiennes – d’autant plus vis-à-vis de celles qui se
projettent dans un futur de couple et de famille – qu’à l’égard des jeunes gays.
En effet, le lien entre attitudes et aspirations se révèle être très important.
A ce propos, Egan, Edelman, Sherill (2008) ont demandé à des homosexuels
quelles étaient leurs priorités légales et politiques ; chez les jeunes LGBT âgés
de 18-25 ans, il s’agit tout d’abord des droits au mariage ainsi qu’à la parentalité
et à l’adoption. En ce qui concerne la population de plus de 65 ans, sa priorité
vise les lois contre les crimes de haine, ensuite les discriminations sur le lieu de
travail. Il s’agit aussi de ces cohortes de personnes LGBT qui n’ont pas pu se
projeter dans un futur de couple et familial car lorsqu’elles était jeunes, la question homosexuelle venait juste d’être évoquée en termes de visibilité et leurs
droits de couple et de famille étaient bien loin d’être pensés.
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Historiquement, les définitions dominantes de la famille et des relations familiales
ont exclu les minorités sexuelles et de genre. Cette exclusion trouve ses racines
dans l’hétérosexisme et l’hétéronormativité. L’hétérosexisme est la promotion
continue par les grandes institutions sociales de la croyance de la supériorité
de l’hétérosexualité ainsi que le rejet de toute forme non hétérosexuelle de comportement ou de relation (Anderson et Holliday, 2008). L’hétéronormativité est
la croyance dominante, omniprésente et subtile qu’une famille viable est constituée
d’une mère hétérosexuelle et d’un père qui élèvent des enfants hétérosexuels
ensemble (Gamson, 2000 ; Hudak et Giammattei, 2010). L’hétéronormativité se
différencie de l’hétérosexisme en raison de son adoption sans réserve de l’hétérosexualité comme une norme établie, tandis que l’hétérosexisme suppose que
l’hétérosexualité soit supérieure, plus naturelle, dominante et l’unique option
de vie acceptable et viable (Perlesz et coll., 2006).
Nous ne pouvons pas sous-estimer l’impact que cela a eu dans la vie des personnes, des couples, des parents et dans la pathologisation de leur différence.
Or, l’hétéronormativité est un principe organisateur qui a façonné et limité la thérapie de la famille, la recherche et la formation. Elle fut la référence normative
et considérée comme saine pour tous les individus, les couples et les familles.
Par conséquent, elle a eu un impact profond sur le terrain actuel de la thérapie
(Hudak et Giammattei, 2010). En effet, la thérapie familiale et de couple, à l’image
de la pensée sociale, a reproduit certains préjugés et stéréotypes vis-à-vis des
homosexuels et de leur manière de « faire couple et famille ».
D’ailleurs, la revue de la littérature (Giammattei et Green, 2012) a mis en évidence que le processus de « normalisation » et d’inclusion des minorités sexuelles
dans le domaine de la thérapie familiale et de couple est encore un processus
en cours.
Les citations suivantes, reprises à partir des plus grands manuels de psychothérapie systémique, illustrent bien la vision pathologique, homophobe et hétérosexiste de certains théoriciens.
« C’est aussi, de manière analogue, le problème de l’homosexuel, qui désire
ardemment une relation étroite avec un « vrai mâle », pour finir par découvrir que
ce dernier est toujours, et doit toujours être, un autre homosexuel » (Watzlawick,
Beavin et Jackson, 1967, p. 201).
« Les faillites des parents de maintenir les frontières parmi les générations et de
se conformer aux rôles associés à leur genre amènent à des problèmes incestueux,
des confusions à l’identité de genre et à des tendances homosexuelles chez les
parents et leurs enfants » (Lidz, 1969, p. 239).
« La majeure partie des formes maniaco-dépressives, de l’alcoolisme, du comportement obsessionnel-compulsif et de l’homosexualité est à voir comme un trouble
qui se développe dans plusieurs générations » (Kerr et Bowen, 1988, p. 241).
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L’homosexualité dans le domaine de la thérapie
familiale
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Les deux premières citations reflètent le point de vue psychanalytique de
l’homosexualité dans les années soixante et, bien que dérangeantes, elles sont
peu surprenantes étant donné le fait que l’homosexualité était encore considérée à cette époque comme une maladie mentale. La plus inquiétante est probablement la troisième citation, écrite par Michael Kerr et Murray Bowen, un des
leaders les plus connus et les plus influents dans le domaine de la thérapie de
couple et de famille, fondateur du Centre de la famille à Georgetown et premier
président de l’Académie américaine de thérapie familiale (AFTA). Contrairement
aux précédentes citations, ce passage a été publié quinze ans après le retrait par
l’American Psychiatric Association de l’homosexualité comme maladie mentale
(1974), et deux ans après que l’homosexualité égodystonique ait été retirée du
DSM (Gonsiorek, 1991).
Ces citations sous-tendent une conception de l’homosexualité comme étant
intrinsèquement pathologique, comme un signe de manque de différenciation
de soi qui prend plusieurs générations à se développer dans les familles, et qui
rend donc les familles responsables de son développement. Toutes ces citations
sont imbriquées dans la croyance que la pathologie est inhérente dans les familles
qui ne souscrivent pas au modèle patriarcal et à la norme hétérosexuelle des rôles
sexuels distincts pour les hommes et les femmes. Etant donné que les auteurs
cités ci-dessus ont formé des milliers de thérapeutes et que leurs écrits ont été
publiés et lus par beaucoup de professionnels, l’impact de ces idées dans le
champ des couples et de la thérapie familiale ne peut pas être sous-estimé. Ainsi,
il semblerait que la plupart des maîtres d’école dans le domaine de la thérapie
de couple et de famille, bien que n’étant pas ouvertement homophobes, aient une
position hétéronormative et préfèrent garder le silence sur ce sujet. A l’inverse,
Salvador Minuchin (1981), le fondateur de la thérapie familiale structurelle,
ainsi que de nombreux éminents spécialistes féministes de thérapie familiale
(McGoldrik et Carter, 1988) se sont abstenus de ces dialogues pathologisants,
et à plusieurs reprises ont brièvement évoqué les couples de gays et de lesbiennes
dans leur travail.
Parallèlement à la vision pathologisante de certains pionniers, il y a également
eu dans la thérapie familiale une tendance dite réparatrice. Historiquement, la thérapie familiale a été considérée comme une méthode viable pour aider à convertir les homosexuels et les travestis, généralement de sexe masculin, à l’hétérosexualité. Dans le début des années 1970, après la suppression de « l’homosexualité »
de la liste des troubles psychiatriques (American Psychiatric Association, 1974),
quelques études de cas de thérapie avec couples de même sexe ont commencé
à apparaître dans les principaux journaux de thérapie familiale (Osman, 1972 ;
Pendergrass, 1975) ; quelques articles portant sur les parents qui s’occupent
d’enfants gays ou lesbiennes et sur les maris qui ont fait leur coming-out dans les
mariages hétérosexuels y figuraient également.
Ainsi, le manque d’inclusion de l’orientation sexuelle dans la littérature en
thérapie familiale a été quantifié par Clark et Serovich (1997) à travers une analyse du contenu des articles du domaine allant de 1975 à 1995. Ces auteurs ont
constaté que seulement 77 articles sur plus de 13 000 (0,006%) présentent des
contenus liés à l’orientation sexuelle ou à des questions homosexuelles. Et lorsque
les couples de même sexe ont été abordés, ils ont souvent été vus à travers une
loupe hétérosexiste qui privilégie la conformité du sexe et les rôles de genre
traditionnels. Par exemple, Krestan et Bepko (1980) mettent l’accent sur l’idée
que les couples lesbiens seraient fusionnels alors que les couples gays seraient
Les défis des couples homosexuels
Tout d’abord, il est important de souligner que le climat sociopolitique a une
profonde influence sur la manière dont les couples homosexuels se rencontrent
et sur la manière dont ils développent leurs relations. Historiquement, les lieux
de rencontre et d’interactions étaient très limités : le plus souvent, elles ont eu
lieu dans les bars, surtout pour les hommes, ou sur le lieu de travail ainsi qu’à
travers des amis. Avec l’augmentation des activités culturelles et sociales et de
la croissante visibilité de la communauté LGBT, en particulier dans les environnements urbains, les différentes possibilités de rencontre des partenaires ont
augmenté de manière exponentielle – notamment par Internet et via les réseaux
sociaux. En effet, l’utilisation d’internet a été particulièrement appréciée par les
personnes qui vivent dans les communautés ou contextes sociaux où l’homophobie peut être très présente et où rentrer en contact avec des partenaires
potentiels est vraiment difficile.
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plutôt désengagés. En sur-généralisant la théorie de la conformité, les auteurs
se sont engagés dans une stéréotypisation de genre qui a eu comme effet la
pathologisation des relations de même sexe.
Enfin, vers la fin des années 1980, les thérapeutes familiaux féministes ont commencé à inclure de brèves références à des couples lesbiens et leurs familles
dans les articles et quelques chapitres de livre. Roth (1985) sera le premier à écrire
un article avec une perspective de justice sociale appliquée à l’orientation sexuelle,
qui représentera une avancée positive dans le domaine et il invitera les thérapeutes familiaux à s’éloigner des notions traditionnelles de genre dans leur travail avec les couples lesbiens. Et c’est dans le milieu des années 1990 que beaucoup plus d’écrits sur les couples lesbiens et gays et leurs familles ont vu le
jour – même si relativement peu ont été publiés dans les principaux journaux
de thérapie familiale. En effet, la plupart des informations se trouvaient dans
des revues spécifiquement axées sur les questions homosexuelles et qui ne se
concentrent pas forcément sur les applications cliniques avec couples de même
sexe. Le premier manuel clinique qui fut consacré aux couples et aux parents a
été publié en 1996 (Laird et Green, 1988).
Depuis la publication de Clark et Serovich (1997), il y a eu un nombre croissant de travaux cliniques dédiés aux professionnels qui travaillent avec les
couples et les familles homoparentales. Ces auteurs ont exhorté les thérapeutes
familiaux à développer des contextes cliniques qui puissent reconnaître les
expériences uniques des personnes LGBT remettant ainsi en cause le domaine
de la thérapie de couple et la famille. Malgré ce mouvement progressiste, la littérature dans le domaine de la thérapie familiale reste située dans le paradigme
du privilège hétérosexuel. Dans le cas particulier des bisexuels et des transgenres,
bien que des revues et des livres sur la question aient été publiés, les principales revues de thérapie familiale demeurent relativement silencieuses à l’égard
de leurs expériences spécifiques. Ainsi, même si les termes bisexuel et transgenre
peuvent être inclus dans les titres des articles et des chapitres, souvent, ces questions ne sont pas abordées dans le texte, ou lorsqu’elles le sont il est souvent
supposé que ces minorités ont les mêmes expériences que les gays et les lesbiennes. Ainsi, l’expérience des bisexuels et des transgenres semble être encore
davantage méconnue dans la thérapie familiale et dans la littérature grand public.
1. les expériences personnelles de préjugés et discriminations anti-LGBT, qui peuvent
être associées à : homophobie internalisée, PSTD, troubles anxieux, dépression, suicides, abus de substances, conflits relatifs au « sortir du placard »… ;
2. l’ambiguïté relationnelle, liée à l’absence de modèles normatifs et légaux institutionnalisés, elle contribue à des relations ambiguës, des attachements insécures et à des protections légales et financières inadéquates ;
3. le support social insuffisant, c’est-à-dire que très peu de personnes acceptent
actuellement les LGBT, et cela a comme conséquence une difficulté d’intégration
des segments de réseaux sociaux dans une communauté cohésive et stable.
Expériences de discrimination
Les expériences de discrimination concernent non seulement la façon dont la
société traite les individus LGBT, mais aussi comment les familles traitent leurs
enfants LGBT, et comment les individus LGBT se traitent eux-mêmes, leurs partenaires, et leurs propres enfants. Le degré de cette influence dépend du climat
sociopolitique dans lequel ils vivent et de la culture (ethnique, religieuse) auxquels ils appartiennent (Goldberg, 2010).
Les lesbiennes et les gays peuvent être destinataires de discrimination et/ou
de préjugés, de manière directe ou indirecte (par l’identification avec d’autres
qui ont été victimes de discrimination ou par l’intermédiaire des politiques antihomosexuelles), et il est peu probable qu’ils échappent à l’intériorisation des
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Par ailleurs, les couples homosexuels ont des aspirations et des questionnements similaires aux hétérosexuels. En effet, les couples homosexuels présentent
de nombreuses similarités avec les couples hétérosexuels dans d’importantes
dimensions : sécurité, intimité, partage émotionnel, expressivité, valorisation du
couple, gestion du conflit, proximité et partage des tâches (Green, 2008). Toutefois,
ils échappent à la division des rôles de genre traditionnel (surtout les couples
lesbiens). Ils sont plus égalitaires dans le partage du travail et dans la gestion
du pouvoir décisionnel (Gotta et coll., 2011). Ils présentent de plus une meilleure gestion des conflits : ils sont moins agressifs et accusateurs et ils utilisent
davantage l’humour alors que dans les couples hétérosexuels nous pouvons
retrouver plus de lutte pour le pouvoir et l’invalidation de l’autre (Green, 2008).
De plus, d’un point de vue émotionnel, les couples lesbiens se décrivent plus
proches que les couples gays qui, à leur tour, se décrivent plus proches que les
couples hétérosexuels. A parité de conditions (peu de proximité, flexibilité et
satisfaction), ils peuvent se séparer après deux ans (Gottman et coll. 2003).
Chez les couples gays, il est possible de retrouver plus de relations non monogames mais aussi plus de négociations et d’accords pour la non-monogamie
(Gotta et al, 2011). Cette non-monogamie n’implique pas de trahison à partir du
moment où elle est négociée.
Quand ils sont demandeurs de thérapie, ils arrivent avec des questions similaires à celles des couples hétérosexuels : ils peuvent avoir du mal avec la communication, les finances, le sexe, la parentalité, le partage du travail (Green et
Mitchell, 2008). Toutefois, il y a des différences majeures, dont certaines sont le
résultat de discriminations, d’homo-bi-trans-phobie et d’hétéronormativité. En
particulier, les couples et les parents homosexuels font face à trois défis/stresseurs uniques (Green, Mitchell, 2008) :
L’ambiguïté relationnelle
Au sein du couple de même sexe, des problèmes potentiels peuvent survenir en
raison de la nature stigmatisée de la relation et de l’absence d’un « normatif » ou
un modèle juridique pour créer des liens de couple ou de famille. Contrairement
aux couples hétérosexuels, les couples homosexuels n’ont aucun moyen culturellement défini d’être et de devenir un couple. En conséquence, la façon dont
la relation se déroule, les décisions autour de qui fait quoi dans le contexte de
la relation, les niveaux de la monogamie ou non-monogamie, les obligations financières envers l’autre, et les intentions futures sont souvent floues et leur création est laissée à la responsabilité du couple. Bien que cela leur permette une certaine flexibilité, cela crée aussi un niveau plus élevé d’ambiguïté – à l’inverse de
la plupart des couples hétérosexuels qui peuvent apporter une plus grande clarté
juridique et émotionnelle de leur engagement de couple par l’intermédiaire des
fiançailles et du mariage (Green et Mitchell, 2008). Cette ambiguïté n’est pas seulement source de confusion pour les couples homosexuels, mais a également
un impact important sur le niveau de soutien social provenant de leurs familles,
amis et communauté. Par exemple de nombreuses familles ne reconnaissent
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attitudes négatives et de la honte (Green, 2008). L’intériorisation des attitudes
anti-LGBT a été appelée « l’homophobie intériorisée » (parfois dénommé « homonégativité intériorisée »). Ainsi, certains peuvent être fiers d’être lesbiennes, gays,
bisexuels ou transgenres, mais garder la conviction que l’hétérosexualité reste
un privilège, en particulier pour la création de couples et de familles. Par exemple,
un couple de même sexe peut être ouvert et fier de la relation mais avoir la
croyance qu’avoir des enfants est seulement l’apanage des couples hétérosexuels.
En plus de l’expérience de l’homonégativité, les micro-agressions peuvent être
multiples : « les brèves et banales indignités quotidiennes au niveau verbal, comportemental et environnemental qui ont l’effet de communiquer des messages
négatifs et hostiles » (Sue, 2010).
Ainsi, le stress de minorité peut avoir des effets délétères physiques et émotionnels. Les études explorant les effets du stress sur les individus LGBT révèlent
des taux significativement plus élevés de problèmes de santé mentale – notamment la dépression, les idées suicidaires, la toxicomanie et l’anxiété, ainsi que la
participation à des situations sexuelles à risque (Giammattei et Green, 2011). En
outre, les probabilités de développer un trouble psychiatrique augmentent significativement chez les personnes ayant déclaré des expériences de discrimination (Levitt et coll., 2009). Des études récentes (Giammattei et Green, 2011) ont
montré que les individus LGBT vivant dans les états qui ont adopté un amendement du mariage gay rapportent un stress minoritaire significativement plus
important. Ce stress lié à l’exposition à des messages ou des conversations négatifs (notamment dans les médias) se traduit en détresse psychologique (affects
négatifs, stress, anxiété et symptômes dépressifs). De plus, Hatzenbuehler et coll.
(2010) a constaté que lors des élections de 2004 et 2005 aux Etats-Unis, les troubles
psychiatriques ont augmenté de manière significative pour les personnes LGBT
dans les Etats où les interdictions de mariage ont été instituées, les augmentations déclarées allaient de 36,3%, pour troubles de l’humeur à un taux alarmant
de 248,2% pour les troubles anxieux. Sans la reconnaissance juridique de leurs relations, les couples LGBT et leurs enfants deviennent vulnérables en temps de crise.
pas l’importance d’un partenaire de même sexe de leur enfant et leur statut de
couple et cela en dépit de nombreuses années de vie commune.
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Une des problématiques, parmi les plus difficiles, est liée au manque de soutien
social. Les couples de minorités sexuelles sont plus susceptibles de trouver une
absence de soutien et même la résistance des parents hétérosexuels, de leurs
propres familles d’origine, et parfois même de la communauté LGBT. Les transitions du cycle de vie comme les fiançailles, le mariage, la parentalité, l’adolescence
des enfants, les nids vides, le vieillissement et les problèmes de santé sont
source de stress pour tous les couples, mais peuvent être vécus de manière beaucoup plus stressante par les couples de même sexe, à cause du manque de soutien social. Et souvent, les personnes LGBT ne sont pas complètement soutenues
par leurs familles d’origine. Même quand elles sont incluses dans les événements
familiaux, leur relation n’a souvent pas la même reconnaissance que celle des
membres hétérosexuels de la famille. Toutefois, il arrive que la transition à la
parentalité, qui représente un rite de passage dans les relations hétérosexuelles,
diminue l’ambiguïté. En outre, contrairement aux couples hétérosexuels, les personnes LGBT sont généralement moins susceptibles d’interconnecter leurs réseaux
sociaux et souvent doivent faire plus d’efforts pour créer ces connexions.
Toutefois, les couples qui arrivent à faire face aux questions liées à la discrimination, l’homophobie intériorisée, et à l’ambiguïté relationnelle ont généralement été en mesure de créer un réseau de soutien social qui est souvent appelé
« famille de choix ». Ce groupe social peut énormément aider tant à faire face aux
crises de la vie qu’à en célébrer les moments joyeux (Goldberg, 2010 ; Green et
Mitchell, 2008).
Parentalité et développement des enfants
Les familles homoparentales sont confrontées à des questions centrales : la
conception psychologique de l’enfant, l’établissement de la légitimité parentale, le
gain, la validation et le support des familles d’origine et de la communauté élargie,
les questions de l’entourage quant à la structure familiale… Une des questions qui
est la plus fréquemment posée en thérapie concerne le développement des enfants.
Les enfants et les adolescents élevés par des parents homosexuels présentent un
degré de développement cognitif, émotionnel et social, ainsi qu’un niveau de santé
mentale et de relations avec les pairs aussi bons que ceux obtenus par les enfants
éduqués en milieu hétérosexuel (Gartrell et Bos, 2010). De plus, lorsqu’on compare
les caractéristiques, les comportements, la santé émotionnelle et psychologique,
l’orientation de genre, la sexualité, le succès universitaire, les relations sociales et
l’estime de soi entre les enfants éduqués par des mères lesbiennes et les enfants
d’hétérosexuels, il n’y a aucune différence significative. Ainsi, les adultes homosexuels ont été évalués comme des parents capables et ils référent des niveaux de
stress parental similaires à ceux des hétérosexuels2.
2
Pour une analyse de la littérature sur le développement des enfants au sein des familles
homoparentales, voir Green, R.J. 2011.
77
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Le support social limité
Approches thérapeutiques et formation
du thérapeute
A ce jour, il n’existe pas de protocoles validés pour la thérapie familiale et de couple
avec les minorités sexuelles. Du point de vue systémique, les modèles qui ont
été utilisés dans le travail avec les couples de même sexe et les familles homo78
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Quelques études ont exploré la transition à la parentalité chez des parents
gays (Bergman, Rubio, Green et Padron, 2009 ; Mallon, 2004), mais la plus grande
partie s’est concentrée sur les mères lesbiennes à cause de leur majorité. En général, dans les études avec des parents homosexuels et leurs enfants, il semble que
l’orientation sexuelle parentale ne soit pas corrélée au développement de l’enfant
et de la famille. La recherche suggère plutôt que ce sont les processus familiaux
comme la qualité de l’attachement, la coparentalité, l’organisation structurelle,
la communication ainsi que la gestion des stresseurs psychosociaux comme
l’homophobie, les indicateurs les plus explicatifs du développement de l’enfant
au sein de ces familles (D’Amore, 2010). Quant aux alliances familiales et parentales – c’est-à-dire la capacité de la famille à se coordonner en tant que système
et des parents de travailler ensemble – dans une recherche exploratoire, il a
émergé qu’il n’y aurait pas de différences significatives entre les alliances familiales des familles homoparentales et celles hétéroparentales (D’Amore, Simonelli,
Miscioscia, 2013).
Au niveau des enfants, Green (2008) a démontré qu’il n’y a aucune différence
entre les enfants de parents homosexuels et ceux de parents hétérosexuels au
niveau des relations sociales (la popularité, les amitiés et les expériences d’égalité). Concernant les expériences d’homophobie, de discrimination, d’ambiguïté
relationnelle et de bas soutien social, il semblerait que les enfants de parents de
même sexe l’expérimentent – tout comme leurs parents (Green et Mitchell, 2008).
Ainsi, Lindsay et collègues (2006) rapportent que les enfants partagent la discrimination de l’orientation sexuelle de leurs parents. Les chercheurs du National
Lesbian Family Study ont constaté qu’à cinq ans, 18% des enfants de 78 familles
avec mères lesbiennes avaient expérimenté une certaine forme de discrimination
ou d’homophobie de la part des pairs ou des professeurs et qu’à l’âge de dix ans,
le pourcentage concerné atteint les 43% (Gartrell, 2005).
Toutefois, les difficultés des enfants diminuent lorsqu’ils fréquentent des écoles
dans des villes à haute densité de population, dans des aires métropolitaines et
aussi lorsqu’il y a une présence visible d’autres familles homoparentales. Ainsi,
une recherche conduite avec des jeunes adultes, fils de pères gays a rapporté
qu’ils avaient peur de ce que leurs pairs pensaient autour d’eux (Bozett, 1987). La
moitié des pères gays divorcés a rapporté que leurs enfants avaient déjà été
confrontés à des situations de préjugé et de discrimination en relation à l’orientation sexuelle de leur père (Tasker, 2005). De récentes recherches (Gartrell et
coll., 2005) indiquent que les expériences de stigmatisation peuvent avoir un
effet négatif sur le développement et le bien-être des enfants. En effet, une autre
étude portant sur 76 jeunes de 11 à 18 ans dont les mères sont lesbiennes a mis
en évidence que les jeunes ayant perçu plus de stigmatisations ont un niveau
d’estime de soi plus bas que ceux n’ayant pas ou peu été confrontés à cela
(Gershon, Tscann et Jemerin, 1999).
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parentales sont surtout les modèles structurel, féministe, narratif, centré sur les
émotions, axé sur les solutions, et les thérapies cognitivo-comportementales
(Giammattei et Green, 2011). Certains auteurs recommandent en effet l’intégration de plusieurs de ces modèles de traitement (Coates et Sullivan, 2005 ; Lev,
2004 ; Stone Fish et Harvey, 2005).
Par ailleurs, l’exploration de la littérature clinique révèle que les articles
abordent principalement les différences entre les couples homosexuels et hétérosexuels. Ces différences concernent : les effets de la discrimination et le stress
minoritaire, l’expérience de biculturalisme, les différences relatives à la culture,
la monogamie, l’intimité affective et sexuelle, les questions autour de la socialisation du rôle des sexes, l’invalidation du couple et la perte des privilèges hétérosexuels dans des familles d’origine, et le manque de modèles socio-culturels.
Ainsi, quel que soit le modèle utilisé, il est important de répondre aux questions posées par les couples ou les familles en vérifiant l’impact de ses propres
prémisses hétérosexistes et hétéronormatives. Dans ce sens, les modèles constructivistes et postmodernes semblent répondre plus efficacement aux problèmes
des familles et des couples (Giammattei et Green, 2011). Il est donc important
que les cliniciens aient une prise de conscience vis-à-vis de l’hétéronormativité
inhérente aux modèles qu’ils utilisent, et qu’ils puissent répondre à ces questions en modifiant les protocoles en conséquence. Ainsi, il existe un mouvement
très prometteur dans la thérapie familiale, non seulement pour les clients LGBT,
mais pour tous les couples et les familles : le « Queering Model » (Fish et Harvey,
2005). Ce modèle invite à prendre une position différente de celle que la thérapie
familiale a connue jusqu’à présent, c’est-à-dire d’entendre la diversité comme
une norme plutôt qu’une exception (Hudak et Giammattei, 2010). Il s’agit aussi de
prendre en considération l’impact social sur le concept de genre, rôles de genre
et d’orientation sexuelle et de les évaluer, pour éventuellement les déconstruire
afin de travailler dans le meilleur intérêt des personnes. En outre, le modèle systémique peut aider les clients à voir comment les problèmes sociopolitiques
affectent leurs vies, et cela est en effet une composante importante du traitement
(Godfrey, et coll., 2006).
On comprend alors que l’importance de la formation des intervenants psychosociaux ne peut être sous-estimée si nous voulons construire une intervention
qui soit efficace. En effet, des études ont montré que 70 à 90% des thérapeutes de
couple et de famille travaillent avec des clients LGBT (Godfrey, Haddock, Fisher
et Lund, 2006). En outre, les codes d’éthique professionnelle dans le secteur de
la santé mentale stipulent que les cliniciens ne doivent « pas porter préjudice »,
et conserver un niveau de compétence adéquat – ici, une compétence pour travailler avec les groupes minoritaires. Malgré cette exigence, de nombreux thérapeutes ne sont pas suffisamment formés et ne se sentent pas outillés pour
travailler avec les clients LGBT. Ainsi, une récente étude sur les attitudes et les
savoirs professionnels (Green, Murphy, Blumer et Palmanteer, 2009) a démontré que 95% des thérapeutes de couple et de famille travaillant dans le domaine
de l’homosexualité ont acquis des connaissances sur les personnes gays et lesbiennes à travers leur expérience clinique ; moins de 65% ont déclaré que l’apprentissage s’est fait lors des études supérieures ; 46% ont appris grâce à la supervision et 89% ont appris à travers des connaissances personnelles. Les cliniciens
femmes ont déclaré se sentir plus à l’aise que les hommes dans le travail avec
des personnes lesbiennes ou gays, et tous deux étaient plus à l’aise de travailler
avec les lesbiennes.
Conclusions
Bien que de nombreux progrès aient été réalisés dans la compréhension des
couples et des familles LGBT, nous avons encore un long chemin à parcourir.
Les chercheurs tout comme les thérapeutes se doivent de prendre conscience
de la partialité hétéronormative qui peut affecter leur travail. Il semble donc
nécessaire de développer des méthodologies de recherche qui puissent être
inclusives vis-à-vis de la diversité des identités, des comportements et des
orientations sexuelles. Du point de vue méthodologique, il serait intéressant
tant dans la recherche que dans la clinique, de valider les modèles existants. En
outre, des études ultérieures sont nécessaires pour valider les modèles thérapeutiques qui prennent en considération les différences dans l’expérience émotionnelle, le stress de la minorité, l’homonégativité intériorisée, l’anxiété, la
dépression et l’abus de substances. De plus, la principale priorité actuelle est le
manque de compétence culturelle autour des questions LGBT exprimées par
les cliniciens dans le domaine, en particulier ceux qui sont encore aux études
supérieures. L’absence d’une formation continue sur les questions LGBT dans les
programmes de formation ne sert qu’à perpétuer la marginalisation et la discri80
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Il est certain que la formation générale en thérapie familiale n’est pas suffisante pour travailler avec la population LGBT, et peut même être nuisible pour
les couples et les familles LGBT en raison de la partialité inhérente du modèle
hétéronormatif (Godfrey, et al, 2006 ; Perosa, Perosa et Queener, 2008). Des
études récentes (Bernstein, 2000 ; Godfrey, et al, 2006 ; Long et Serovich, 2003)
soulignent que pour travailler avec des individus, des couples et des familles
homoparentales, une compréhension des réalités de l’homophobie, de l’hétérosexisme et de l’influence de chacun sur la vie des thérapeutes et des clients est
nécessaire ; par ailleurs, le contact accru avec les personnes LGBT et leurs vies
réduit l’homophobie et augmente les attitudes positives à leur égard (Green et
Bobele, 1994 ; Long et Serovich, 2003). Indépendamment de l’orientation
sexuelle ou de l’identité de genre, il est important que les cliniciens qui travaillent auprès des minorités sexuelles et de genre s’engagent dans la déconstruction de leurs propres préjugés tout en essayant de comprendre la manière dont
l’être humain devient un être sexué et sexuel. Ainsi, un travail sur le soi du thérapeute doit permettre une auto-exploration et une prise de conscience des
thèmes liés à la diversité individuelle, familiale et culturelle. Le thérapeute doit
tenter d’examiner ses propres croyances, valeurs, niveaux de confort, blocages
émotionnels, préjugés sur le sexe, le genre et l’orientation sexuelle ; de comprendre l’effet de la discrimination, de l’ambiguïté relationnelle ainsi que du
support social ; d’accepter de ne pas savoir a priori, de créer un espace de dialogue et de discussion sur les écarts culturels ; et enfin de reconnaître la diversité comme valeur. Alors, il sera possible de promouvoir une culture de la différence familiale, d’informer et d’éduquer au respect de la diversité et de soutenir
les échanges entre les différentes expériences de vie familiale. Etre à l’aise avec
la réalité de l’amour entre deux personnes de même sexe, de leur sexualité et
de leur éventuelle parentalité est un prérequis pour les thérapeutes. En effet,
ceux qui ne sont pas sereins par rapport à cela risquent d’être iatrogènes. Et un
risque majeur est celui de minimiser ou de maximaliser les différences avec les
autres orientations sexuelles.
mination de ces clients et peut provoquer un préjudice en soi. Le développement
d’un positionnement éthique inspiré de la diversité comme valeur humaine et
professionnelle semble donc être un horizon à atteindre pour nous tous.
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Abstract
LGBT couples and families have been often ignored by family and couple therapy. – This
silence is maintened by heterocentrism that influenced the definition of couple, family and
family relations as well as their « normality » vs. « pathology ». Whether we are a researcher or
clinician, it is interesting to consider the impact of homophobia, heterosexism, heteronormativity in the lives of these couples, families and children. Especially in the clinical consultation, it seems important to assess the degree of stress, ambiguity relational homonégativité
of internalized and social support. We will consider also the strengths and limitations of the
major models of couples therapy and family therapy work as well as the need to consider
the tracks in the future therapist training on LGBT issues. Training could be based on the
model of diversity as an inclusive model of family differences.
Resumen
Las parejas y las familias con padres LGBT (lesbianas, gays, bisexuales, transexuales) a
menudo son ignorados en el enfoque sistémico. – Este silencio tiene sus raíces en heterocentrismo que influyó en la definición de las relaciones de pareja y de, así como su « normalidad »
y « patología ». Como investigadores y terapeutas, es interesante de tener en cuenta el impacto
de la homofobia, el heterosexismo, la heteronormatividad en la vida de estas parejas, las familias y sus hijos. Especialmente en la consulta clínica, parece importante evaluar el grado de
estrés, homonegatividad, ambigüedad relacional y de apoyo social. Es importante también
de tener en cuenta también los puntos fuertes y las limitaciones de los modelos más importantes de la terapia de pareja y familiar, así como la necesidad de considerar las pistas en el
entrenamiento de los terapeutas futuro sobre los temas LGBT. La formación podría basarse
en el modelo de la diversidad como modelo integrador de las diferencias familiares y relacionales contemporáneas.
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DE DEUX À TROIS... TRANSITION À LA PARENTALITÉ ET
ALLIANCES FAMILIALES DANS LES FAMILLES LESBOPARENTALES
Marina Miscioscia et al.
Médecine & Hygiène | Thérapie Familiale
2013/1 - Vol. 34
pages 131 à 148
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Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Miscioscia Marinaet al., « De deux à trois... Transition à la parentalité et alliances familiales dans les familles
lesboparentales »,
Thérapie Familiale, 2013/1 Vol. 34, p. 131-148. DOI : 10.3917/tf.131.0131
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ISSN 0250-4952
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De deux à trois…
Transition à la parentalité
et alliances familiales dans les
familles lesboparentales
Marina Miscioscia Psychologue, Ph. D. Student, Assistante, Service de clinique systémique et psychopathologie relationnelle, Université de Liège, Belgique
Salvatore D’Amore Ph. D. Chargé de cours, Service de clinique systémique et psychopathologie
relationnelle, Université de Liège, Belgique
Marie Delvoye Psychologue, Associée de recherche au Service de clinique systémique et psychopathologie relationnelle, Université de Liège, Belgique
Résumé
De deux à trois… Transition à la parentalité et alliances familiales dans les familles lesboparentales. – Le présent travail s’intéresse au moment particulier du cycle de vie familial
dénommé « transition à la parentalité ». Les études ayant approfondi ce moment délicat ont
souligné la nécessité d’adopter une perspective multifactorielle et procédurale pour une meilleure compréhension du système en voie de développement. Deux principaux facteurs d’étude
ont été déterminés : a) le développement des compétences interactives de la famille, la capacité du couple à organiser des modèles interactifs triadiques pendant la grossesse et de les
réorganiser successivement dans la relation avec l’enfant ; b) les caractéristiques propres à
l’enfant, par exemple le tempérament, sont des facteurs pouvant influencer le développement
des compétences interactives précoces ainsi que le style de parenting. Ces aspects ont été
amplement étudiés au sein des familles hétéroparentales, mais très peu au sein des familles
homoparentales. La plupart des recherches se sont intéressées à une comparaison du développement de l’enfant dans ces deux types de familles, et ce sur différentes dimensions telles que
la qualité des relations parent-enfant, le développement cognitif, le développement psycho-social
et l’identité de genre. Nous proposons ici de présenter la situation d’une famille, issue de la
recherche longitudinale que nous effectuons actuellement au sein du Service de clinique systémique et psychopathologie relationnelle de l’Université de Liège. Notre exposé présentera
deux étapes de la passation du Lausanne Trilogue Play (LTP) : prénatale au 7e mois de grossesse
et postnatale au 3e mois de vie de l’enfant. Nous observerons l’intérêt de cette procédure du
LTP prénatal en tant qu’instrument prédictif des capacités parentales à agir leurs compétences
interactives à la naissance de l’enfant, vérifiées par la procédure du LTP postnatal.
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Thérapie familiale, Genève, 2013, 34, 1, 131-148
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Au cours des cinquante dernières années, nous avons assisté à une rapide évolution et à un changement continu du panorama socio-familial. Celui-ci a suscité
l’intérêt des chercheurs et des cliniciens travaillant sur la parentalité et sur le développement des enfants vivant dans des contextes non traditionnels, apparus
suite à la formation de « nouvelles familles », différant du modèle traditionnel soit
par leur composition (recomposée ou monoparentale), soit par leur culture (immigrée, interculturelle), soit par l’orientation sexuelle des deux parents (familles
homoparentales).
Dans le panorama de la recherche internationale, les processus relationnels
et développementaux au sein des familles homoparentales constituent des phénomènes relativement récents et encore peu étudiés. Ces études portent d’une
part sur les compétences parentales des homosexuels des deux sexes, et d’autre
part sur le développement des enfants dans ces familles (Gross, 2005). En effet, la
question centrale ayant motivé de nombreuses études et recherches est la suivante : un enfant peut-il se développer adéquatement dans une famille dans
laquelle les parents sont de même sexe ?
Nombreuses sont les études qui ont démontré l’absence de différence significative en ce qui concerne les compétences parentales des gays et lesbiennes
(Vecho et coll. 2003 ; Goldberg, 2010 ; Gross, 2005), mais également en ce qui
concerne les enfants qu’ils élèvent, comparés à des enfants élevés dans un
contexte hétéroparental. Il ressort de ces études que l’orientation sexuelle des
parents ne porte pas préjudice à la qualité du développement de l’enfant ; il semblerait plutôt que la bonne ou la mauvaise adaptation de l’enfant soit, comme
dans toute famille, corrélée davantage avec la qualité des processus familiaux
tels que l’attachement, les alliances familiales, la coparentalité et la gestion des
événements stressants internes et/ou externes à la famille (D’Amore et coll., in
press). Parmi les recherches menées jusqu’à présent, aucune n’a encore choisi
comme objet d’analyse spécifique les alliances coparentales et familiales avec
l’objectif de comprendre quelles seraient les similarités et/ou différences avec
les autres structures familiales (Farr, Patterson, 2011).
Le but de notre recherche est d’observer et de mettre en évidence les processus évolutifs de la famille « précoce » lesboparentale, c’est-à-dire la construction
des interactions familiales durant la transition à la parentalité et les premières
années de vie des enfants. L’objectif serait d’ouvrir des pistes de réflexions et de
générer des nouvelles hypothèses dans le domaine des compétences triadiques
et interactionnelles des familles lesboparentales.
Transition à la parentalité et développement
de l’enfant
La période de la grossesse est un moment très délicat et important tant pour
l’individu et le couple que pour le futur développement de l’enfant et de la
famille dans son ensemble. Les individus qui deviennent parents sont transformés et ont une trajectoire développementale différente par rapport aux individus n’étant pas engagés dans des rôles parentaux. Cette période est pour eux
une transition importante dans le cycle de vie, une période charnière qui
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Introduction
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demande de nombreux changements soit interpersonnels comme le degré de
la satisfaction conjugale (Lawrence et coll. 2008 ; McHale 2010 ; Simonelli 2012),
soit intrapersonnels comme le développement d’une nouvelle identité (Delmore-Ko, 2000).
Une image de l’enfant se construit progressivement dans l’esprit des parents,
et une série de projections, de désirs et aspirations modèlent « le bébé imaginaire ».
Dans les familles dites « traditionnelles », ce domaine a été étudié surtout au
niveau des représentations maternelles de l’enfant à naître et de leur influence
sur la relation mère-bébé après la naissance. L’optique adoptée était donc clairement dyadique. Les études pionnières de Burgin et von Klitzing (1994) et de
von Klitzing et coll. (1999) ont ensuite ouvert de nouveaux horizons en démontrant que les représentations triangulaires des parents pendant la grossesse
prédisent la place qu’ils donneront à l’enfant dans l’interaction à 3 mois après
la naissance. Dans la prospective de la famille, il s’agit du moment où se constitue l’alliance familiale dans le triangle primaire, (Fivaz-Depeursinge et Corboz –
Warnery, 1999) dans le cas de notre étude, mère - mère - enfant.
L’importance de prendre en compte le niveau des processus familiaux fut
d’abord évoquée par les thérapeutes familiaux, qui ont mis en avant des modèles
interactifs familiaux spécifiques liés au fonctionnement affectif et à certaines
manifestations psychopathologiques chez l’enfant. L’exemple le plus connu est
le processus de triangulation par lequel l’enfant est pris au piège dans le conflit
entre ses parents et finit par agir comme un intermédiaire. D’autres études sur
les relations conjugales ont également démontré que la dynamique relationnelle au sein d’un sous-système dans lequel l’enfant n’est pas directement
impliqué comme participant peut néanmoins avoir un impact sur le développement de l’enfant (Cowan et Cowan, 1992). En particulier, les études de Raikes et
Thompson (2006) ont démontré que la coopération, des conflits résolus entre
des parents et un climat émotionnel positif global dans la famille forment un
contexte avantageux pour l’enfant lui permettant de comprendre des perspectives multiples et de développer une connaissance positive des relations
sociales (Favez et coll. 2012). Les mesures de la qualité de coparenting manifeste (les comportements interactifs des parents devant l’enfant) et du coparenting caché (ce qu’un parent dit à l’enfant de l’autre parent quand ce dernier
n’est pas présent) ont mis en évidence une tendance prédictive avec le développement des compétences psychosociales de l’enfant (Frosch, Mangelsdorf
et McHale, 2000 ; McHale et Rasmussen, 1998). La coopération entre les parents,
la chaleur et l’intégrité familiale pendant les premières années sont également
prédictives d’une meilleure adaptation pendant les années préscolaires, le
début de l’âge scolaire, et sont de plus associées aux symptômes extériorisés et
intériorisés (in Favez et coll. 2012).
Plusieurs études récentes ont souligné l’impact du couple parental, distinct
du couple conjugal sur le développement des compétences interactives de l’enfant (McHale, 1999). La socialisation de l’enfant à l’âge scolaire constitue l’une
des manifestations de cet impact (McHale et Fivaz-Deperusinge, 1999).
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La reconnaissance des droits civils et parentaux que différents pays sont en
train d’accorder aux couples gays et lesbiens nous permet d’assister à une augmentation importante d’enfants conçus avec l’aide de la médecine (PMA1, insémination alternative avec donneur connu et/inconnu, FIV 2, GPA3 ) mais également par adoption. Indépendamment du mode de procréation, ces familles
doivent faire face à certains défis qui sont typiques à toute famille homoparentale : établir la légitimité des parents, obtenir le soutien de la famille d’origine et
faire face au regard de la société (Green, Mitchell, 2008). Abbie Goldberg (2006,
2010) a observé trois aspects-clés influençant ces défis : le niveau socio-culturel
des parents, le choix du recours à l’insémination artificielle (donneur connu ou
inconnu) et, dans une optique de recherche écosystémique, le support social
(Cowan et Cowan, 1988).
La création d’une famille homoparentale demande une haute motivation,
une importante capacité de tolérer les frustrations ainsi qu’une certaine disponibilité économique pour faire face aux nombreux frais juridiques et médicaux
(D’Amore, 2010).
Il existe cependant une littérature lentement croissante sur des couples de
lesbiennes avec enfants, ainsi qu’un certain nombre d’études s’étant intéressées
aux lesbiennes et aux couples homosexuels sans enfants (Goldberg, 2010). Il est
important de noter que de nombreuses recherches sur les rôles parentaux des
femmes lesbiennes ont été motivées par des préoccupations pour les enfants
élevés par des parents homosexuels, notamment la crainte qu’ils se développent
moins adéquatement que les enfants de parents hétérosexuels (Vecho et Schneider, 2005).
Certaines recherches ont néanmoins été menées indépendamment de la structure familiale (recomposée, adoption, insémination artificielle) et ont démontré
notamment que les mères lesbiennes ont un fort désir de parentalité et consacrent
un temps important au projet et au choix du type de parentalité. Par ailleurs,
elles se décrivent et se montrent particulièrement égalitaires en ce qui concerne
l’exercice des rôles parentaux, la prise de décisions et l’organisation des tâches
familiales (Vecho, Gross et coll., 2010). Elles expriment également des hauts
niveaux de satisfaction concernant leur couple et leur parentalité (Bos, van Balen,
van den Boom, 2007). En général, les couples homosexuels tant féminins que
masculins rapportent une haute satisfaction quant à la qualité de leur relation
en comparaison aux normes de satisfaction conjugale établies pour des couples
hétérosexuels (Patterson, 1995 ; Peplau et Cochran, 1990).
D’autres recherches, toujours dans une optique de comparaison entre mères
lesbiennes et hétérosexuelles, ont démontré une santé psychologique (psychological health) plus importante chez les mères lesbiennes, en particulier dans
les domaines de « self-confident » et « self-esteem » (Rothblum et Factor, 2001).
Les études dans le domaine de la transition à la parentalité ont confirmé
que, dans le couple hétéroparental, il est possible d’assister à une diminution
dans la qualité des interactions du couple avec l’arrivée de l’enfant. Les interac1
Procréation médicalement assistée.
2
Fécondation in vitro.
3
Gestation pour autrui.
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Du couple à…
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tions peuvent être marquées par une diminution de la chaleur et une augmentation des conflits (Goldberg, Sayer, 2006), par la différenciation des soins concernant le bébé et par la proximité affective de l’enfant avec un parent plutôt qu’avec
l’autre au cours de la vie familiale. Ces résultats encouragent à se détacher d’une
vision rigidement égalitaire et harmonique de la dynamique interactionnelle de ces
familles, suggérant sans surprise qu’elles sont assujetties à des changements
qui sont propres à toute famille et à ses transitions (D’Amore et coll,. in press).
Mais qu’en est-il en du coparentage mis en place par ces parents ?
Le coparenting, ou la capacité de la dyade conjugale à travailler ensemble pour
encadrer l’enfant, est un sous-système important de la famille. Il s’agit de la capacité de deux ou plusieurs adultes de s’allier, se coordonner et fonctionner en tant
qu’équipe face aux besoins physiologiques, émotionnels et sociaux des enfants.
Le coparentage a été principalement étudié dans les familles hétéroparentales.
En ce qui concerne les couples gays et lesbiens, le coparentage a généralement été étudié uniquement en termes de division du travail familial (Goldberg,
2010 ; Patterson, Farr, 2011). Les recherches existantes ont montré que les couples
homoparentaux rapportent une division du travail familial, organisée sur un mode
du partage, tandis que les couples hétérosexuels rapportent davantage un mode
basé sur la spécialisation, et particulièrement en lien avec les prescriptions de
genre (Goldberg, 2010). Farr et Patterson (2011) ont comparé les couples de
parents lesbiens, gays et hétérosexuels sur la dimension du coparentage, ainsi que
son impact sur les issues développementales de l’enfant. Leurs résultats confirment que les parents lesbiens et gays relatent davantage un partage des tâches
familiales tandis que les couples hétérosexuels relatent davantage une spécialisation. Les observations des interactions familiales confirment ce pattern : les
parents gays et lesbiens participent plus équitablement que les parents hétérosexuels dans l’interaction coparentale et familiale. En particulier les couples lesbiens montrent des comportements parentaux plus soutenants que les couples
hétérosexuels (D’Amore et coll., in press).
Dans une autre étude, Chan, Raboy et Patterson (1998) ont mesuré la division des tâches familiales chez les couples lesbiens et hétérosexuels et l’ajustement des jeunes enfants. Parmi les mères lesbiennes non biologiques, celles ayant
déclaré une plus grande satisfaction relative à la répartition des tâches ont également déclaré une plus grande satisfaction quant aux relations conjugales et
moins de problèmes de comportement des enfants. Les couples hétérosexuels
étaient plus susceptibles d’exprimer leur mécontentement quant au partage du
travail familial lorsqu’ils déclaraient une plus grande spécialisation, suggérant
qu’un inconvénient potentiel serait lié à une répartition trop traditionnelle des
tâches en fonction du genre. Les mères dans les couples hétérosexuels ayant
déclaré assumer plus de tâches familiales que les pères étaient également plus
susceptibles que les pères de rapporter une insatisfaction quant à l’organisation actuelle.
Une limite importante de ces études est de considérer l’alliance coparentale
principalement en termes de partage du travail domestique et familial. En
accord avec McHale, Kuersten-Hogan et Rao (2004), concevoir la coparentalité
uniquement en termes de travail familial ne permet pas d’accéder à d’autres
dimensions centrales qui la caractérisent. Ces auteurs en identifient trois : le
degré de solidarité et le support entre les coparents, l’ampleur de la dissonance
et de l’antagonisme, ainsi que le degré d’implication des partenaires (D’Amore
et coll., in press).
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Porter attention à la famille précoce implique non seulement un changement de
perspective théorique, mais également un choix précis de méthode. La recherche
sur les relations familiales s’est souvent focalisée sur des observations cliniques,
sur la méthode narrative dans une perspective reconstructive, typique de l’étude
des processus cliniques au sein des systèmes dysfonctionnels. Alternativement, si
nous souhaitons prêter attention aux processus évolutifs qui contribuent à la
structure des interactions familiales, il est nécessaire d’acquérir des méthodes
observationnelles standardisées et des protocoles de recherche longitudinaux.
Cela permettra, d’un côté, l’étude des dynamiques et des processus évolutifs et,
de l’autre, de les appliquer à des populations différentes de familles et à différentes phases du développement des systèmes familiaux.
Dans la littérature existante, une autre limite souvent relevée concerne la
méthodologie utilisée : souvent ces études se basent uniquement sur des instruments d’autoévaluation (échelles, questionnaires) et, à l’exception de l’étude
de Farr et Patterson (2011), ne prennent pas en considération l’interaction triadique observable, c’est-à-dire l’observation simultanée des dyades et de la triade
parentale.
En résumé, concernant les familles homoparentales, et en particulier lesboparentales, très peu de recherches empiriques et quantitatives ont été menées
en abordant le coparenting et tous les aspects liés à son implication dans le
développement de l’enfant et de la famille dans son ensemble. Aucune recherche
sur les interactions primaires dans les familles homoparentales n’a pris en considération la triade comme une unité d’observation. Quant aux alliances coparentales chez les mères lesbiennes, elles n’ont pas encore été étudiées à l’aide d’un
dispositif objectif. Cela demeure donc une question ouverte à laquelle nous aimerions pouvoir apporter quelques éléments de réponse.
A la suite de ces préoccupations d’ordre théorique et méthodologique, une
nouvelle lignée féconde d’études et de recherches se sont focalisées sur les
processus émotionnels et interactionnels de la triade mère-père-enfant et leur
impact sur le bien-être global de la famille et de ses membres (Fivaz-Depeursinge,
Corboz-Warnery, 1999).
Le concept d’alliance coparentale est d’un intérêt particulier, entendue comme
le degré de coordination atteint par les parents face aux tâches de développements qui sont spécifiques à la phase du cycle de vie familial. Notre étude se
concentrera sur cette transition à la parentalité en adoptant l’optique d’un modèle
fondamental, celui de « l’Alliance Familiale » définie comme « le degré de coordination familiale atteint par ses membres pour réaliser une tâche » (Fivaz et coll.,
2001). Il s’agit en particulier d’observer comment les membres de la famille
interagissent et quelles émotions circulent entre eux.
En outre, notre étude place comme fondement théorique l’interaction parentenfant, élément fondamental de la relation comme moment d’échange tant sur
le plan comportemental qu’affectif et émotionnel. Dans les premières phases de
vie de l’enfant, le composant fondamental de tels échanges est non verbal. Stern
(1995) le définit comme étant à l’origine de la relation et même de la coconstruction des compétences relationnelles du jeune enfant. Les comportements inter­
actifs non verbaux structurent donc la relation entre l’adulte et l’enfant, et permettent de façonner les compétences interactives de l’enfant. Ils consistent en
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Pour une nouvelle méthodologie de recherche
a) le développement des compétences interactives familiales et la capacité du
couple à organiser des modèles interactifs triadiques pendant la grossesse
et à les réorganiser successivement dans leur relation avec l’enfant ;
b) le rôle des caractéristiques propres à l’enfant, comme le tempérament, qui
peuvent influencer le développement des compétences interactives précoces
ainsi que le style de parenting (Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery, 1999).
Par la présente recherche, nous posons l’hypothèse générale que les processus de développement des compétences interactives et psycho-évolutives
de l’enfant et la qualité des alliances familiales sont indépendants des facteurs
d’orientation sexuelle du couple parental.
Questions de recherche et méthodologie
A la lumière des aspects mis en avant dans la revue de la littérature, nous proposons l’hypothèse générale selon laquelle les processus de développement
des compétences interactives et psycho-évolutives de l’enfant, ainsi que la qualité des alliances familiales des familles lesboparentales seront indépendants
de l’orientation sexuelle du couple parental, mais seront plutôt liés à la relation
et à la satisfaction conjugale, ainsi qu’aux caractéristiques propres à la personnalité des parents (compétences émotives). Nous nous attendons à ce que les
familles de mères lesbiennes soient capables de construire des alliances familiales fonctionnelles. Nous nous attendons également à observer une diminution
du degré de satisfaction conjugale après la naissance de l’enfant (Gartrell et coll.,
2000) sans que cela n’empêche la formation d’une alliance familiale fonctionnelle
post-natale. Nous supposons que cet aspect sera plutôt équilibré à travers les
ajustements du coparenting.
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des micro-régulations réciproques et représentent les démarches fondamentales du processus ; celui-ci coconstruit et règle l’interaction. De telles caractéristiques interactives semblent constituer le noyau à explorer dans l’étude de la
qualité des modèles interactifs-relationnels précoces, et ce non seulement dans
les dyades adulte-enfant, mais également dans une perspective triadique. Les
compétences interactives triadiques ne se développent pas successivement
aux compétences dyadiques, mais leur développement en est au moins parallèle dans le processus plus général de développement affectif-relationnel précoce (Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery, 1999 ; Simonelli et coll., 2012). Notre
objectif est de comprendre comment la famille lesboparentale construit ses différents sous-systèmes à travers le temps, comment elle s’organise de la grossesse
à la présence de l’enfant. Notre intérêt se porte également sur le développement
de compétences interactives et psychosociales de l’enfant durant sa première
année de vie. Notre recherche, se centrant sur l’homoparentalité et le développement de l’enfant, propose donc une approche longitudinale et multiaxiale (inter­
active et représentationnelle) qui considère la famille dans son ensemble.
Les études conduites jusqu’à présent sur la transition à la parentalité et les
processus évolutifs de l’enfant dans les familles « traditionnelles » ont souligné
la nécessité d’une perspective d’analyse multifactorielle et procédurale pour la
compréhension du système familial en voie de développement (Belsky, 1984),
en déterminant principalement deux facteurs :
• Le premier niveau concerne les relations triadiques observées.
• Le deuxième niveau concerne les caractéristiques relationnelles de coparenting et de satisfaction conjugale durant la transition familiale.
• Le troisième niveau est relatif aux « child outcomes » et aux caractéristiques
tempéramentales de l’enfant.
4
138
Pour connaître le détail des instruments utilisés, merci de contacter l’auteure.
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D’autres questions seront à investiguer. Ces alliances seront-elles stables dans
le temps imparti à la recherche ? Quelle sera l’attitude du parent biologique et
du parent social face au rôle de l’autre ? Pouvons-nous établir un lien entre le
type d’alliance familiale et les niveaux de cohésion et de flexibilité familiale ?
Au cours de cette analyse, nous nous questionnerons également quant au rôle
des caractéristiques propres à l’enfant : le tempérament de l’enfant peut-il avoir
une influence sur les alliances familiales ainsi que sur le style de parenting ?
L’intérêt de cette recherche se fonde sur les avancées tant théoriques que pratiques qu’elle propose. Nous espérons que les résultats autoriseront une compréhension approfondie des dynamiques familiales lesboparentales à travers
les processus relationnels et psychosociaux qu’ils refléteront. Ces repères pourraient ensuite s’avérer utiles dans des programmes spécifiques de thérapies avec
les familles homoparentales.
De manière plus précise, il nous paraît important de saisir comment les rôles
parentaux (affectif, d’encadrement, de soutien, etc.) se distribuent en présence
d’une symétrie sexuelle des partenaires, et ce en évitant d’assimiler les rôles
parentaux à la variable de genre sexuel. Cette conception novatrice en matière
de familles de même sexe permet non seulement d’approcher la qualité du développement de l’enfant mais également de déplacer l’intérêt des chercheurs de
l’orientation sexuelle des parents vers les dynamiques familiales. Indépendamment de la structure familiale, le couple en transition vers la parentalité se
trouve confronté à de multiples demandes développementales, inhérentes à la
construction de la famille et à l’évolution de l’enfant.
Dans le but de répondre à nos questions de recherche, nous tenterons de recruter un échantillon de 30 familles lesboparentales attendant leur premier enfant
à travers IAD et FIV. Le recrutement aura lieu dans des hôpitaux s’occupant d’insémination artificielle, au travers des médecins, des forums et des associations
homoparentales. Les informations données aux familles mentionneront que l’étude
porte sur l’exploration de la communication familiale et qu’elles pourront recevoir un feedback quant à leurs interactions familiales.
Dans le but d’analyser ce processus interactif-relationnel et de répondre à
nos questions de recherche, la méthodologie utilisée implique l’observation de
la famille dans son ensemble depuis le 7e mois de grossesse jusqu’au 9e mois de
vie de l’enfant ; nous rencontrerons les familles en trois étapes : 7e mois de grossesse ; 3e mois de vie de l’enfant ; 9e mois de vie de l’enfant.
Il nous semble important de privilégier une méthodologie multiaxiale par rapport aux méthodes purement individuelles jusque là exploitées et qui ne questionnaient au mieux qu’un sous-système dyadique de la famille (Vecho et Schneider,
2005 ; McHale, 2010). À travers ce niveau multi-méthodologique, nous souhaitons croiser quatre niveaux d’analyses4 :
• Le quatrième et dernier niveau prend en considération l’influence des facteurs
contextuels : le soutien social et la perception de l’homophobie.
Les variables de contrôle individuelles seront observées à l’aide d’une fiche
signalétique et d’un questionnaire, afin d’évaluer la présence d’éventuels symptômes pathologiques.
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L’alliance familiale se rapporte tant à la manière dont les individus agissent
ensemble qu’à la manière dont les émotions circulent entre eux (FrascaroloMoutinot et coll., 2007). Ce concept reprend donc différentes dimensions telles
que l’engagement relationnel, le degré de communication, le soutien, la négociation des rôles, autant de facettes dont nous avons déjà évoqué l’importance
dans l’étude des processus familiaux. Ainsi, Lavanchy Scaiola, Favez, Tissot et
Frascarolo (2008) ont développé une catégorisation reflétant les nuances que
peuvent démontrer les familles concernant cette coordination : l’alliance coopérative (fluide ou tendue), l’alliance conflictuelle (couverte ou ouverte) et l’alliance
désordonnée (exclusive ou chaotique). Une telle perspective dans l’abord des
familles de même sexe nécessite des changements majeurs dans la conduite des
recherches. Pour commencer, un plan de recherche longitudinal est nécessaire
à l’étude des processus qui s’inscrivent et s’expriment dans une temporalité.
Situation d’observation : le Lausanne Trilogue Play
Le cadre et le dispositif du LTP impliquent que la famille soit placée en triangle
pour jouer. Les deux parents sont assis côte à côté et peuvent s’observer grâce
à leur vision périphérique. L’enfant est assis en face. Deux caméras positionnées
sous des angles différents permettent de filmer les trois partenaires.
Le jeu est constitué de quatre parties. Durant la première partie, l’enfant joue
avec un parent pendant que l’autre est simplement présent en tant qu’observateur participant. Il se positionne en retrait mais demeure empathique et attentif
au jeu. La famille choisit quel parent commence à jouer. Après quelques minutes,
la famille peut passer à la deuxième partie. Le parent qui était actif devient
observateur, le parent observateur devient actif et joue avec l’enfant. Durant la
troisième partie, les trois partenaires jouent ensemble. Cette étape à trois est
plus difficile car la coordination nécessaire est plus importante et exige un ajustement et une synchronisation des membres. Les parents doivent coopérer pour
que l’enfant participe au jeu, tandis que l’enfant doit, quant à lui, réagir et s’investir dans l’interaction avec deux partenaires. Et enfin, durant la quatrième partie,
les deux parents discutent ensemble pendant que l’enfant occupe la position
d’observateur. Les parents ont une interaction partagée et doivent essayer de
ne pas lui prêter d’attention tout en continuant à veiller sur son bien-être.
Les résultats des études menées par l’équipe de Lausanne (Favez, et coll.,
2006) ont montré que le type d’alliance familiale formée par une triade, et mesu139
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Etude de l’alliance familiale du prénatal
au postnatal
Etude de cas
Afin de présenter l’intérêt de ces alliances pré et postnatales, nous développerons ici un cas clinique. Il s’agit d’une famille lesboparentale ayant participé à
notre recherche au sein du Service de clinique systémique et psychopathologie
relationnelle de l’Université de Liège. Nous développerons deux extraits : le LTP
prénatal et LTP postnatal à 3 mois de vie de l’enfant.
Nous rencontrons pour la première fois Laura, 30 ans, et sa compagne Béatrice,
28 ans, alors que cette dernière est enceinte de 7 mois. Tous les noms et autres
détails permettant d’identifier les membres de la famille ont bien évidemment
été modifiés. Laura et Béatrice sont toutes deux enseignantes. Elles se sont rencontrées durant leurs études à l’université. Laura est issue d’une famille recomposée. Ses parents ont divorcé lorsqu’elle avait 10 ans et sont tous deux remariés. Laura a donc un frère aîné biologique, un demi-frère et une demi-sœur. Les
parents de Béatrice sont également divorcés. Elle a une sœur jumelle. Béatrice
considère son père comme sa principale source de support, tandis qu’elle évoque
une relation parfois tendue avec sa mère en raison d’une importante consommation d’alcool de cette dernière. Les deux femmes se sentent soutenues et
acceptées par leurs familles respectives, tant dans leur relation de couple que
dans leur décision d’avoir un enfant. Le génogramme ci-dessous permet un aperçu
de la situation familiale du couple.
Après leur rencontre, les deux femmes ont vécu ensemble quelques années
durant lesquelles Laura travaillait et Béatrice était toujours étudiante. Elles ont
ensuite voyagé durant un an à l’étranger avant de revenir en Belgique, commencer
à travailler comme enseignantes dans le secondaire et acheter une maison. Leur
projet d’enfant est né à cette époque mais a mis plusieurs années à se concrétiser.
Les deux femmes se questionnaient sur la parentalité homosexuelle et les possibles conséquences sur un enfant. Elles ont alors pris le temps de se renseigner,
ce qu’elles ont trouvé difficile étant donné le peu d’informations scientifiques
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rée à l’aide du LTP aux trois mois de l’enfant, est relativement stable durant la
première année de vie.
Si, comme nous l’avons développé, l’alliance familiale est déjà en formation
entre les parents pendant la grossesse, il s’avèrerait dès lors très utile de pouvoir
évaluer la coopération entre les futurs parents et leurs interactions autour du bébé
à venir, autrement dit leur alliance parentale prénatale (Fivaz-Depeursinge et
Corboz-Warnery, 2001).
C’est dans cette optique qu’a été créé le diapositif du Lausanne Trilogue Play
Prénatal dans le cadre duquel les futurs parents sont assis en triangle face à un
couffin avec une poupée représentant le bébé. Cette poupée a le corps d’un
jeune bébé, mais son visage est indéfini. Trois caméras les filment pour obtenir
deux images vidéo : une vue générale de la situation (caméra 1) et les visages
des parents (caméra 2 et 3). La consultante les prépare au jeu en jouant ellemême l’infirmière qui leur présente la poupée-bébé. Elle leur demande de jouer
avec « leur » enfant pour une durée de 4 à 5 minutes en tout. La tâche fait ainsi
appel à leurs capacités de jeu en termes ludiques et en termes de jeu de rôle ;
de plus, le thème fait appel à leur créativité et peut impliquer des émotions très
profondes.
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disponibles en français. Elles ont également discuté de leur désir de parentalité
avec leurs propres parents et leurs familles d’origine. Ensuite, selon Laura :
« Une fois qu’est venu le déclic… En fait, on a compris que notre famille attendait ça… il y a trois ou quatre ans… pour eux, ça devenait une suite logique à
notre foyer. Donc quand on a compris ça, ça nous a rassurées terriblement. Et du
coup, on s’est dit : “ Pourquoi pas ? On ne sera pas plus mauvaises que d’autres… ” »
Les démarches ont ensuite demandé du temps, le couple ayant opté pour une
insémination artificielle avec donneur anonyme : attendre un rendez-vous, rencontrer un psychologue, passer des tests médicaux,… Les démarches ont finalement duré trois ans, ce qui est une période assez longue. Laura explique :
« Oui, ça peut être plus rapide… Mais nous, on ne voulait pas… on attendait
un accord du comité d’éthique. Mais quand on a eu l’accord, on a laissé passer du
temps. Voilà, en sachant qu’on pouvait, que c’était réalisable, on s’est dit qu’on
allait attendre un peu. »
Et Béatrice poursuit :
« On n’a pas voulu le faire autrement… le brusquer. Et attendre que nos situations professionnelles soient un peu plus stables aussi. On était dans le bon créneau… On venait d’acheter une maison, donc je ne nous voyais pas commencer
tout de suite. (…) Voilà, c’était un cheminement long et progressif. Et… Il faut le
temps de se découvrir aussi… Enfin, on était ensemble depuis des années mais…
On venait d’acheter une maison, donc prendre le temps de vivre un peu à deux
dedans, aussi, c’est gai. Et de préparer cette période-là, un futur… mais pas le
concrétiser forcément tout de suite. Et on a eu de la chance, quand on a pris la
décision, que ça marche tout de suite. »
Le couple a choisi que Béatrice serait la mère biologique de leur premier
enfant. Laura explique ce choix :
« On aimerait bien avoir deux enfants, donc on verra bien. Mais ça a toujours
été une évidence que je voulais que ce soit Béa qui porte en premier… euh…
parce que je préférais regarder ça un petit peu de loin. Et puis, Béa étant moins…
ayant peut-être moins confiance en elle, je préférais… je trouvais que c’était bien
qu’elle soit… qu’elle se sente plus impliquée dès le départ. Parce que ce n’est pas
Lorsque nous les rencontrons au 7e mois de grossesse, Laura et Béatrice
anticipent différemment les prochaines semaines. Béatrice se dit anxieuse :
« C’est vraiment la période où ça commence à faire un peu peur… elle va vraiment arriver. (…) Mais, en soi, quelque chose d’extraordinaire, qu’on voulait
toutes les deux. Donc ça ne suscite pas du négatif… juste de l’appréhension. (…)
C’est surtout de savoir… est-ce qu’on est prêtes ? Enfin, est-ce que je suis prête ? On
ne sait pas… Enfin, pourquoi je ne le serais pas ? Parce que ça a été quelque
chose de réfléchi… C’est juste un gros cap dans une vie et j’ai peur de ne pas être
prête pour la petite, de ne pas savoir comment m’y prendre… Et toi ? ».
Laura se perçoit différemment :
« Moi, je ne réalise pas du tout. J’ai l’impression depuis quelques temps d’être
“ ailleurs ”. (…) Je suis dans une bulle depuis peu… C’est une joie immense. J’aurais
les larmes aux yeux à chaque fois que j’en parle. C’est… moi, je… je ne sais pas
me projeter, essayer d’imaginer ou de… Donc, c’est ce que je ressens maintenant,
une joie… Etre prête, je ne sais pas… Je crois qu’on apprend tous. Personne n’est
prêt avant mais on découvre au fur et à mesure. Là, maintenant, ça ne me fait pas
spécialement paniquer. (…) Parce que ça remplit tellement l’esprit, il y a tellement
de choses auxquelles il faut penser. Moi, je m’occupe de ce côté-là, parce que Béa
a son petit bagage à porter… Donc, moi, je m’occupe du reste. »
Résumé du LTP prénatal
Pendant la première partie, le rôle de parent actif est occupé par Laura, la mère
sociale. Elle met en place des comportements intuitifs parentaux en utilisant une
attitude enjouée vis-à-vis de la tâche (Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery,
2001). Elle regarde sa compagne, plaisante un peu et ensuite prend la poupée
dans les bras. En la regardant, elle explore son corps : la tête, les mains,… et
elle lui parle avec douceur. Béatrice observe la scène avec une attitude enjouée
et, en même temps, touchée. Après quelques minutes, les deux futurs parents
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la même chose quand c’est l’autre personne. Et donc je trouvais que ce serait bien
qu’elle s’épanouisse dans cette grossesse, (…) je trouvais que ça lui réussirait
bien. Et c’est le cas. »
Un questionnement reste néanmoins en suspens, il s’agit de choisir comment leur futur enfant appellera ses deux parents ; Laura étant principalement
concernée par ce choix et ses implications :
« On ne sait pas. On cherche toujours des… pas des réponses, mais… On essaie
d’en parler un maximum parce que je crois que c’est vraiment le sujet qui… en tout
cas, moi, me perturbe un petit peu depuis le début. (…) Pour moi, le nom “ maman ”,
il n’y a pas d’équivalent à cela, ça représente tout. Donc trouver quelque chose qui
est significatif de parent, c’est très très difficile. Moi, ça me pose problème depuis
quelques temps, parce que je cogite tout le temps là-dessus et que je ne trouve pas
de réponse. Béa m’a très gentiment dit : “ Ecoute, pour moi, peu importe. Donc tu
peux t’appeler maman. ” Mais je trouve… ça n’a pas de sens. C’est toujours quelque
chose en pleine réflexion. (…) On s’est dit qu’on essaierait peut-être de voir un
psychologue pour enfants pour un petit peu en discuter… ce qui valait mieux pour
l’enfant, pour ne pas le déstabiliser. (…) Mais il y a une chose dont on est sûr, c’est
qu’on ne s’appellera pas toutes les deux “ mamans ”. Parce qu’il n’y a qu’une maman,
et il n’y en aura jamais qu’une. Mais pour le deuxième nom, on hésite. »
… à trois
Nous rencontrons pour la deuxième fois Laura, Béatrice et leur fille Louisa, cinq
mois plus tard, alors que la petite est âgée de 3 mois. Les deux parents nous
racontent que tout se passe très bien depuis la naissance et décrivent Louisa
comme un bébé facile et joyeux. Elles évoquent une période d’adaptation
durant laquelle il leur a fallu « créer de la place, de l’espace à la maison et dans
l’organisation ». Béatrice est retournée travailler après deux mois de congé de
maternité. Elle se dit heureuse de retrouver ses élèves. Elle craignait le moment
de la séparation, tant pour Louisa que pour elle-même, mais affirme que les premiers jours se sont déroulés sans difficultés. Les deux parents décrivent comme
très positive la relation de Louisa avec sa gardienne.
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se regardent et Laura propose en souriant à Béatrice de jouer à son tour. Béatrice paraît embarrassée par la tâche, elle prend la poupée que Laura lui tend
en faisant attention à sa tête, la regarde, ensuite regarde sa compagne, qui est à
présent en position de tiers et l’encourage verbalement. Pour lui venir en aide,
elle ajuste la couverture, mais Béatrice lui demande de reprendre la poupée.
Laura reprend alors la poupée et l’installe dans le couffin, l’orientant vers elle
et lui demandant doucement : « Est-ce que tu es bien installée ? » Elle regarde
ensuite sa compagne qui s’est retirée de l’interaction malgré une position corporelle toujours active.
Béatrice répond au regard de Laura, touche son ventre et se positionne davantage en arrière, marquant ainsi le passage à la quatrième partie durant laquelle
les deux parents parlent entre eux. La tonalité de la voix reste douce, Laura touche
le ventre de sa compagne et lui demande si tout se passe bien, comme si elle percevait les difficultés de sa compagne à entrer dans le jeu. Et en effet, après seulement une minute d’interaction entre elles deux, Béatrice demande à appeler la
chercheuse et signale ainsi la fin du jeu. À l’arrivée de la chercheuse, elle s’excuse
et explique qu’elle n’est pas arrivée à entrer dans le jeu et jouer ses parties.
Nous pouvons observer durant les premières parties une différence entre
le jeu de Laura et la tentative de jeu de Béatrice. La première s’engage et active
des comportements parentaux, comme les caresses, l’exploration du corps et
le baby-talk, d’une manière adéquate. Elle soutient également Béatrice dans sa
tentative de jouer le parent actif. Elle active ainsi un soutien coparental vis-àvis de sa compagne, qui, elle, démontre une certaine difficulté à s’impliquer
dans le jeu. Béatrice observe sa compagne, comme pour comprendre ou
apprendre, mais reste figée lorsque son tour arrive, incapable de jouer activement. La troisième partie se déroule similairement et est caractérisée par la
même tonalité : Laura tente de porter le jeu à trois, tandis que Béatrice reste
spectatrice de sa compagne. Au cours de la quatrième partie, les deux parents
parlent brièvement de la difficulté de Béatrice à entrer dans le jeu et appellent
ensuite la chercheuse.
Le score obtenu rentre dans la catégorie des alliances fonctionnelles, les deux
parents démontrent une bonne coopération. Nous pouvons néanmoins observer
chez Béatrice une difficulté à activer ses compétences parentales. À la lumière
de ces observations, nous pouvons nous demander : comment cela se passerat-il lors de l’arrivée de leur fille Louisa ? L’alliance coparentale prénatale que
nous observons sera-t-elle prédictive de l’alliance familiale postnatale ?
Les deux femmes évoquent également la présence de leurs familles d’origine
qui les valorisent énormément en tant que jeunes parents. Elles mettent parti­
culièrement en avant le support émotionnel et pratique du père de Béatrice,
ainsi que les conseils du frère de Laura et de son épouse, eux-mêmes parents de
jeunes enfants. Ces neveux et nièces constituent également ce que Laura et Béatrice considèrent comme une « aide », de par leurs questions et les explications
qu’ils réclament. « C’est une bonne préparation pour plus tard ! » plaisante Laura.
Lors de cette rencontre, nous leur demandons à nouveau de jouer en famille,
selon le protocole du LTP postnatal que nous avons développé précédemment.
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Durant la première partie, Laura occupe de nouveau le rôle de parent actif, Béatrice joue le rôle du parent simplement présent. Laura commence à parler à
Louisa, vérifie si elle est bien installée dans le siège. Précisons que le siège du
bébé restera orienté vers le centre du triangle pendant toute la durée du jeu.
Après quelques secondes, Laura commence à interagir avec la petite qui
regarde la ceinture du siège ; elle essaye de capturer l’attention de sa fille mais
Louisa semble davantage intéressée par la ceinture. Laura en sourit, verbalise
le manque d’intérêt de Louisa et choisit alors de s’intéresser avec elle à la ceinture, partant du point sur lequel est centrée Louisa pour démarrer une interaction. Béatrice commence à rigoler avec Laura et, à ce moment, Louisa regarde
ses deux mères. Par la suite, Louisa répond activement, elle est engagée dans
l’interaction, tourne sa tête vers les deux parents, pour ensuite rester orientée
vers Béatrice. Nous assistons à un beau moment de partage affectif entre les
trois membres de la famille. Béatrice reste en position de retrait (buste retiré),
mais l’expression de son visage capture l’attention de la petite. Laura reste pendant quelques secondes spectatrice, puis elle regarde Louisa sans essayer de
reprendre son regard. Béatrice demande verbalement à la petite de regarder sa
mère, mais sans succès. Après quelques secondes, Laura propose un jeu avec
les mains durant lequel elle parvient à interagir avec sa fille. Louisa lui sourit,
mais ensuite tourne immédiatement sa tête vers Béatrice dont les interférences
ont rompu l’interaction en cours. En effet, elle affiche de grands sourires et des
expressions faciales joyeuses auxquelles Louisa répond. Laura regarde alors sa
compagne et, sur un ton humoristique, lui rappelle que ce n’est pas son tour de
jouer avec Louisa. Béatrice commence alors à marquer des « fuites du regard »,
de légères autoexclusions afin d’éviter d’interférer avec l’interaction. Laura et
Louisa interagissent encore quelques secondes, avant que Louisa ne commence
à montrer des signes d’inconfort et de stress.
Le passage à la deuxième partie est caractérisé par une intervention de Béatrice en réaction au stress de Louisa. Elle intervient, déplace son buste vers l’enfant
et tente de calmer la petite. Louisa semble se calmer et Laura passe à la position de tiers, éloignant son buste et se retirant de l’interaction. Louisa, après
quelques secondes, commence à pleurer. Béatrice la prend dans ses bras pour
la calmer et la pose ensuite sur ses genoux en l’orientant vers sa compagne.
Nous observons dans les minutes suivantes une interaction à trois, Laura essayant
de se retirer et de laisser jouer Béatrice seule avec la petite. Le passage à la partie suivante se déroule entre des moments interactifs dyadiques entre Béatrice
et Louisa et des interventions de Laura demandant implicitement à être réinté144
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Résumé du LTP postnatal à 3 mois
grée dans l’interaction. La troisième partie durera le plus longtemps, les deux
mères ne respectant pas la consigne relative aux positions corporelles, elles inter­
agissent avec Louisa sans la remettre dans le siège et lui proposent le « jeu du
vol » (la faisant se balancer dans les airs). Béatrice demande à Laura de prendre
la petite dans ses bras. La troisième partie est donc orientée de nouveau dans la
direction de Laura ; orientation que Béatrice semble privilégier.
La quatrième et dernière partie se déroule brièvement, Louisa étant assise
dans le siège avec sa sucette, et les deux parents discutant entre eux.
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Nous pouvons observer dans ce LTP postnatal une alliance familiale entre la coopérativité et la conflictualité5. En effet, les parents expriment de la positivité malgré la tension exprimée au travers des nombreuses interférences mutuelles. Le
climat affectif ambiant se caractérise par une pseudo-positivité qui prédomine
tout au long de la tâche, ce qui provoque chez l’observateur une certaine dissonance entre la tension perçue dans les échanges familiaux et les affects positifs
forcés, exprimés par les partenaires. Bien que quelques échanges chaleureux et
empathiques soient présents, principalement dyadiques, mais également quelques
échanges triadiques, le chercheur ne parvient cependant pas clairement à reconnaître la place et les rôles de chacun des membres dans les différentes configurations du jeu. Les interférences semblent exprimer à la fois de la compétition entre
les deux parents et à la fois du soutien à l’interaction. En particulier, nous avons
observé un LTP prénatal caractérisé par une difficulté de Béatrice à s’engager
dans le jeu et à mettre en place ses comportements intuitifs parentaux. Les interférences de Laura intervenaient alors comme une aide. Dans le LTP postnatal,
nous pouvons observer chez Béatrice un désir de « jouer la relation », d’être active.
Ce désir semble exister en parallèle avec une demande implicite d’aide et de
soutien de sa compagne à l’activation de la relation. Face à cette demande, Laura
semble hésitante à jouer ce rôle de facilitatrice/activatrice de la relation entre
Béatrice et Louisa, notamment en se retirant elle-même de l’interaction.
Nous avons également observé, en lien avec la littérature et les questionnaires remplis par les deux parents, que Béatrice et Laura démontrent un partage égalitaire des tâches parentales, et un rôle actif de l’enfant à la mise en place
de l’interaction. En effet, plus Louisa se montrait active, souriait, et plus les
parents montraient des bonnes capacités d’interaction et d’encadrement. En
lien avec la littérature (Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery, 2001) nous avons
pu observer que les deux parents semblent conserver un mode de communication qui leur est propre et qu’ils ont construit durant la grossesse.
Conclusion
La recherche sur le développement de l’enfant est une recherche sur le processus du développement de la famille. Certains auteurs ont montré que la valeur
5
Dans cet article, nous n’avons pas le but de montrer une analyse complète et exhaustive du
codage du LTP. Notre objectif est de montrer les possibilités de recherche et approfondissement à la compréhension des interactions familiales que l’outil nous permet d’aborder.
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Discussion
Correspondance :
Marina Miscioscia
Service de clinique systémique
et psychopathologie relationnelle
Boulevard du Rectorat, 3
4000 Sart Tilman, Liège, Belgique
[email protected]
Bibliographie
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prédictive du bon fonctionnement de la famille ne se retrouve pas tant dans
l’organisation structurelle à elle seule que dans la qualité des processus relationnels, symboliques et psychosociaux que la famille est capable de construire.
En poursuivant cette recherche, nous souhaitons essayer d’étudier la manière
dont les différents membres qui composent la famille construisent les relations
entre eux, définissent et gèrent leurs rôles, règlent les distances et rapprochements, conjuguent cohésion et adaptabilité face aux changements intérieurs et
extérieurs, donnent un sens à leurs expériences et interagissent avec le monde
extérieur. Nous intéresser à la compréhension de ces différents éléments nous
permet d’adopter une approche fondamentale pour l’étude des processus et de
leurs résultats (D’Amore, 2010).
L’étude des dynamiques interactives ouvre de nouvelles perspectives dans
la compréhension du fonctionnement des familles homoparentales et la résolution des tâches développementales qu’elles doivent affronter ; nous insistons
donc sur l’importance d’une optique de recherche multiaxiale et longitudinale
qui permette de tracer les lignes évolutives de ce fonctionnement, ainsi que
pour une meilleure pratique clinique.
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Abstract
From two to three… Transition to parenthood and family alliance in lesbian parents families. –
The present paper focuses on a particular period in the family life cycle called « transition to
parenthood ». Previous researches have studied this complex period and emphasized the
necessity to adopt a multifactor and procedural perspective in order to understand the deve147
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15. Goldberg A.E., Sayer A., 2006. Lesbian couples’ relationship quality across the transition
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Resumen
De dos a tres… Transición a la parentalidad y alianza familiar en las familias lesboparentales. –
El presente estudio se interesa al momento concreto del ciclo de vida familiar llamado « transición a la parentalidad ». Los estudios que han profundizado en este delicado momento han
recalcado la necesidad de adoptar una perspectiva multifactorial y procedural para obtener
una mejor comprensión del sistema en proceso de desarrollo. Dos factores principales han
sido determinados : a) el desarrollo de las competencias interactivas de la familia, la capacidad
de la pareja de organizar modelos interactivos tríadicos durante el embarazo y de reorganizarlos sucesivamente en la relación con el niño/a ; b) las características propias del niño o
niña, por ejemplo el temperamento, son factores que pueden influenciar tanto el desarrollo
de competencias de interacción precoces como el estilo parental. Estos aspectos han sido
ampliamente estudiados en familias heteroparentales pero han sido muy poco explorados
en el caso de las familias homoparentales. La mayoría de investigaciones se han focalizado
en comparar el desarrollo del niño/a en los dos tipos de familias, prestando atención a
dimensiones como la calidad de las relaciones padre/madre-hijo/a ; el desarrollo cognitivo ;
el desarrollo psicosocial ; la identidad de género.
Presentamos en este trabajo la situación de una familia, que forma parte de una investigación longitudinal que estamos llevando a cabo actualmente en el Servicio de Psicología Clínica Sistémica y Psicopatología Relacional de la Universidad de Lieja. Nuestra exposición
constará de dos etapas de la administración de la Lausanne Trilogue Play : prenatal a los 7 meses
de embarazo y postnatal a los tres meses de vida del bebé. Observaremos el interés de esta
técnica del LTP prenatal como instrumento predictivo de las capacidades parentales de
movilizar sus competencias interactivas a la llegada del bebé, verificándolas con la administración del LTP postnatal.
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loping family system. Two main aspects were chosen to be studied : a) the development of
family interactive competences, the couple’s capacity to organize triadic interactive models
during pregnancy and to reorganize these models following the child’s birth ; and b) the
child’s own characteristics, such as temperament, as factors contributing to the development of precocious interactive competences and to the parenting style. These aspects have
been widely explored in the context of heterosexual parents families but very few has been
written concerning homosexual parents families. Most of previous studies aimed to compare the child development in these two types of families, focusing on different dimensions
such as the quality of parent-child relationship, the psychosocial development, or the gender identity. This paper presents the situation of a family from our current longitudinal
study in the Systemic and Relational Psychopathology Clinic, University of Liège. It describes two stages of the Lausanne Triadic Play : a prenatal situation taking place at the 7th
month of pregnancy, and a postnatal situation when the child is 3 months old. We observe the
particular interests of the LTP prenatal procedure as a predictive instrument of the parental
abilities to enact their interactive competences after the child’s birth, as verified with the
postnatal procedure.