LES FONTAINES DU MARAIS
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LES FONTAINES DU MARAIS
SAMEDI 15 DECEMBRE 2012 H I V E R N A L E 2 0 1 2 LES FONTAINES DU MARAIS PREAMBULE L'origine latine du mot fontaine, fons, la source, est déjà tout un programme. Dans Paris, une dizaine de rues évoquent les fontaines d'autrefois (rue de la Fontaine au Roy, place de la Fontaine aux lions, rue des Fontaines du Temple...), preuve de l'importance de ces édifices dans la vie quotidienne des habitants de la capitale. Mais les fontaines sont devenues bien autre chose. Véritables œuvres d'art, elles marquent le style d'une époque et racontent l'histoire de la ville. Beaucoup d'entre elles furent plusieurs fois remaniées, voire déplacées. Dans le quartier choisi, nous en verrons une quinzaine, bien différentes les unes des autres ; ce sera aussi l'occasion de revoir des lieux croisés ou détaillés lors de précédentes noctambules. Au moment où je mets au point ce document, je ne maîtrise pas les possibles installations à caractère éphémère (patinoire, marché de Noël) qui, ici ou là pourraient nous masquer partiellement ou totalement les monuments choisis. Vous voudrez bien m'en excuser. Dominique, le 7 décembre 2012. PLACE DE L'HOTEL DE VILLE Lieu de rendez-vous et point de départ de notre hivernale. Sur la Place de l'Hôtel de Ville, deux fontaines contemporaines se font face. Conçues par François-Xavier Lalanne, elles furent installées en 1982 pour marquer le centenaire de la reconstruction de l'Hôtel de Ville. Il serait dommage de ne pas s'attarder quelque peu sur la façade de ce palais. L'édifice fut construit par étapes du XVIème au XVIIème siècle. Dévasté par un incendie durant la Commune de Paris en 1871, il fut reconstruit entre 1874 et 1882 en conservant l'esprit Renaissance de l'architecture initiale L'horloge centrale est entourée de deux allégories, l'Instruction et le Travail, tandis qu'audessus une belle jeune femme en mouvement symbolise la Ville de Paris De part et d'autre, la Seine et la Marne Les niches du premier étage abritent 108 personnages illustres nés à Paris (dont...3 femmes) tandis que celles du deuxième représentent 30 grandes villes de France. Un petit crochet par la rue de Rivoli jusqu'à la Tour St Jacques pour y apercevoir, dans le jardin côté rue St Martin, une fontaine traditionnelle destinée à fournir de l'eau aux usagers du jardin. Elle porte du reste le blason de la ville de Paris. C'est une nouvelle occasion de « nous pencher » sur cette Tour historique Seul vestige de l'église Saint-Jacques de la Boucherie démolie en 1797 dont elle constituait le clocher, Placée sur le chemin des pèlerins de St Jacques de Compostelle, située à la croisée des principales voies routières et fluviales, elle occupait une place stratégique au coeur de Paris A son sommet avec les gargouilles néo-gothiques, les représentations de 3 des 4 évangélistes Marc (le lion), Jean (l'aigle), Luc (le boeuf). Le quatrième angle est occupé par la statue colossale de St Jacques le Majeur qui date de 1858. Il ne sera pas difficile de gagner la place du Châtelet où l 'on peut voir la Fontaine de la Victoire, dite encore Fontaine du Palmier. Edifiée entre 1806 et 1808, une Victoire ailée, debout sur un globe, surmonte une colonne où sont rassemblés les noms des victoires napoléoniennes. A la base de la colonne, quatre femmes se donnant la main symbolisent les quatre vertus cardinales : la Justice, la Force (ou le Courage), la Prudence et la Tempérance. En 1858, Davioud (architecte bien des fois rencontré) fit surélever l'ensemble qui repose maintenant sur des bassins surveillés par 4 sphinx. La Victoire initiale a été transférée au musée Carnavalet et remplacée par une copie. Nous revenons vers la rue de Rivoli pour la traverser et remonter la rue saint Denis; après avoir traversé la « célèbre » rue de la Ferronnerie (demandez à Henri IV...), nous débouchons sur la place Joachim du Bellay, plus communément appelée place des Innocents. La fontaine des Innocents est l'une des plus anciennes de Paris, édifiée en 1549 d'après des dessins de Pierre Lescot. C'est la seule fontaine parisienne de style Renaissance, décorée par des nymphes et naïades de Jean Goujon. Elle tire son nom de cet épisode biblique narré par l 'évangéliste Matthieu où le roi Hérode, pour être sûr que ne vive pas celui que les Mages lui avaient annoncé comme étant le roi des Juifs, fit massacrer tous les enfants de moins de 2 ans nés dans la région de Bethléem. Si la fuite en Egypte épargna l'enfant Jésus, elle n'épargna pas tous les autres enfants dénommés « Saints Innocents » (fêtés le 28 décembre) dans la religion catholique. Ces Saints Innocents avaient donné leur nom à une église et un cimetière autrefois implantés à cet endroit. Au XIIème, puis au XIIIème siècle, le cimetière fut entouré d'un mur et d'une galerie de cloître devenant un charnier pour familles riches (de même nature que celui que l'on peut encore voir à proximité de l'église St Séverin). Dans les années 1780, la présence de tels cimetières en plein centre- ville et...l'écroulement du mur de soutènement et de son contenu dans l'échoppe d'un boucher ont conduit à créer de nouveaux cimetières, dont celui du Montparnasse, du Père Lachaise et de Montmartre. Cette fontaine n'avait autrefois que trois faces, la quatrième s'appuyant contre l'église aujourd'hui disparue. Après la destruction de celle-ci, la fontaine fut installée au centre de la place, et un quatrième côté fut ajouté. Les bassins en étage qui lui servent de support furent ajoutés au XIXème siècle, époque à laquelle plusieurs sculptures d'origine furent transportées au Louvre. De la place Joachim du Bellay (« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ou comme cestuy-là qui conquit la Toison... ») pour prendre à droite la rue Berger puis la rue Aubry-Le Boucher (du nom d'un boucher !!!...) Nous prendrons à gauche la rue Quincampoix, l'une des plus vieilles rues de Paris, célèbre longtemps pour la concentration de riches commerces puis « d'officines » de prêteurs, agioteurs, joueurs en Bourse...peut-être les précurseurs de nos traders contemporains. Juste à droite, la petite rue de Venise mène à la place Georges Pompidou. Juste à droite, la discrète fontaine Maubuée, fière et anachronique face aux structures contemporaines du Centre Pompidou. Elle fut édifiée en 1733 par Jean Beausire (qui a une petite rue à proximité de la Bastille) sur l'emplacement d'une fontaine médiévale. Elle fut déplacée à deux reprises avant d'être définitivement installée ici en 1937. Ornée d'un bas-relief du XVIIIème siècle, elle doit probablement son nom à un raccourci de « maubuée » évoquant la mauvaise qualité de l'eau qui s'en écoulait au Moyen-âge (sans doute aussi l'origine du nom du Val Maubuée en Seine-et-Marne.) Il suffira de traverser l'esplanade toujours animée du Centre Georges Pompidou pour déboucher sur la place Igor Stravinsky où l'on ne peut pas ne pas voir l'ensemble des sculptures de la fontaine Stravinsky. Commande publique de Jacques Chirac alors maire de Paris, c'est Pierre Boulez, directeur de l'IRCAM qui en choisit le thème. La réalisation en fut confiée à Jean Tinguely et Nikki de Saint-Phalle. C'est un ensemble de 16 sculptures dans un bassin. 7 sont de Jean Tinguely 6 de Nikki de Saint-Phalle 3 sont des réalisations conjointes La clé de sol Cet ensemble est un hommage à Igor Stravinsky et en cite plusieurs compositions : l'Oiseau de Feu, le Sacre du Printemps, Ragtime, le Renard et présente également quelques allégories chères au compositeur : la musique évidemment (clé de sol), l'amour, la passion (les lèvres) etc. L'amour Le Rossignol La mort La sirène Le serpent On ne manquera évidemment pas de jeter un regard sur l'église St Merri (ou St Merry) dont le nom proviendrait de la contraction de Médéric. Construite au XVIème siècle, son architecture rappelle un peu celle de la cathédrale ND de Paris. On prendra à gauche la rue du Cloître Saint Merri pour gagner la rue du Renard (du nom d'une ancienne enseigne), la traverser pour prendre la rue de la Verrerie dont le nom proviendrait d'une concentration de maîtres-verriers au Moyen-âge. On ne manquera pas non plus d'observer le mur végétal réalisé par Patrick Blanc. A l'angle de la rue de Moussy, une autre fontaine est peinte sur le mur d'angle. Prouesse technique et réussite esthétique, il ne cache aucune fontaine mais nécessite évidemment beaucoup d'eau. Nous prendrons à gauche la rue Vieille-du-Temple pour trouver l'impasse du Trésor, au fond de laquelle se dresse une fontaine du XIXème siècle, depuis longtemps oubliée. L'impasse du Trésor doit son nom à la découverte qui fut faite en 1882 lors de l'ouverture de cette rue de 7800 pièces d'or de l'époque Jean le Bon et Charles V. Cette découverte fut faite auprès d'un hôtel particulier ayant appartenu à Claude Le Peletier, contrôleur général et Prévôt des marchands de 1698 à 1776. Au fond de l'impasse, un passage discret permettait autrefois de rejoindre la rue des Ecouffes. Nous revenons dans la rue Vieille du Temple pour la poursuivre jusqu'à la rue des Hospitalières St Gervais. Cette rue tire son nom d'une congrégation religieuse qui y était installée. Succéda à leur couvent un grand marché couvert, ancien marché dit des Blancs Manteaux, (du nom Majoritairement consacré au commerce de la viande, les deux fontaines à la tête de bœuf (d'où l'eau ne coule plus) rappellent cette activité d'une congrégation de religieux vêtus de vêtements blancs) reconverti polyvalente. en salle On prendra à gauche la rue des Blancs Manteaux pour pénétrer à droite dans le square Charles-Langlois Il abrite, sur le mur de gauche, une fontaine mal entretenue, dite fontaine des Guillemites du nom d'un ordre religieux de St Guillaume. On quittera le square par le rue des Francs Bourgeois que l'on prendra vers la gauche. Au n° 55 s'élève le bâtiment du Crédit Municipal ou Mont de piété , (chez « ma tante ») construit en 1778. Si la porte en est encore ouverte, on pourra apercevoir cette petite fontaine circulaire. On pourrait aussi voir, tracé sur le sol, l'emplacement de l'enceinte de Philippe Auguste On reprend la rue des Francs Bourgeois jusqu'à la rue des Archives qui permettra de croiser la rue des Haudriettes où se dresse cette fontaine particulièrement imposante ornée d'un bas-relief représentant une jolie naïade allongée. Ce n'est pas à elle que cette fontaine doit son nom, mais à dame Haudry qui, au temps des croisades, croyant que son drapier de mari y était mort, décida d'entrer au couvent. Mais le sieur Haudry avait en fait échappé à la mort et revint quelques années plus tard. L'Eglise, touchée par la fidélité de l'épouse décida de la relever de ses voeux. En remerciement, le sieur Haudry fit élever un hôpital dont la gestion fut confiée aux soeurs du couvent, qui devinrent les Haudriettes. On prendra vers la droite la rue des Quatre Fils, en référence à une ancienne enseigne représentant les Quatre fils du duc Aymon, seigneur d'Albi et de la région de Montauban au temps de Charlemagne, dont la légende dit que l'un d'entre eux tua un neveu de l'Empereur. Le « coupable » et ses frères, incessamment poursuivis par Charlemagne durent fuir sur leur cheval Bayard, doté de pouvoirs magiques en s'enfonçant dans la forêt des Ardennes Cette rue se poursuit par la rue de la Perle (qui tire son nom de l'ancienne enseigne d'un Jeu de Paume) puis celle du Parc Royal après la Place de Thorigny. Nous longerons le square L. Achille où subsiste une fontaine traditionnelle avant de croiser la rue de Turenne que nous prendrons vers la droite. Au n° 41, nous trouverons la fontaine dite « de Joyeuse ». Quant à son nom, aucun renseignement sinon qu'elle fut reconstruite en 1847 à la place de l'ancien hôtel de Joyeuse. (sans doute du nom d'une famille noble); elle fut même autrefois appelée fontaine Saint-Louis. L'enfant qui verse l'eau d'une cruche symbolise la rivière l'Ourcq qui alimente toujours nombre de fontaines à Paris. On peut aussi s'attarder à repérer les représentations insolites de cigognes, plantes aquatiques et même hippocampes. On continue la rue de Turenne, puis à gauche la rue des Francs-Bourgeois jusqu'à la Place des Vosges dont on fera le tour total ou partiel. Henri IV, qui avait commandé la construction de cet ensemble, fut assassiné avant son inauguration qui eut lieu deux ans après sa mort, en 1612 pour le mariage de Louis XIII. Cette place Royale devint place des Vosges en 1800 pour honorer...le premier département à avoir acquitté ses impôts L'original de la statue équestre de Louis XIII qui ornait cette place, disparut à la Révolution. Louis Philippe la fit remplacer en 1825. Aux quatre angles du jardin, des fontaines dessinées par Ménager, furent édifiées en 1829. Elles sont composées d'une succession de vasques d'où l'eau s'échappe, recrachées par 16 têtes de lion dans un bassin circulaire. En revenant sur nos pas, nous reprendrons la rue de Turenne sur la gauche puis à droite la rue de Jarente sur laquelle s'ouvre l'impasse de la Poissonnerie. C'est Caron, l'architecte du marché Ste Catherine qui fit édifier cette fontaine en 1783, à proximité d'une poissonnerie. Les décors sont très classiques : fronton triangulaire, deux pilastres latéraux et un bas-relief représentant un faisceau couronné de chêne, deux dauphins (qui ne sont pas des poissons!) et des cornes d'abondance. En poursuivant la rue de Jarente, nous croisons la rue de Sévigné que nous prenons à gauche. Après avoir traversé la place du Marché Ste Catherine, nous débouchons rue St Antoine face à l'église St Paul St Louis. Vers la gauche, la rue St Paul devrait nous mener rue Eginhard (du nom du chroniqueur biographe de Charlemagne) au fond de laquelle se dresse cette pittoresque fontaine maintenant à sec. La rue a conservé sa physionomie du 17ème et 18ème siècles : mesurant trois mètres de large, pavée, avec une borne-fontaine, un caniveau central, un bâti ancien et des bornes en pierre qui protégeaient les usagers contre les dangers de la route. De la rue Eginhard, nous trouverons bien le moyen de gagner la rue Charlemagne où se situe, au n° 9, la dernière fontaine de notre périple Sur le fronton de la fontaine figurent les armes de Paris et l'inscription ANNEE avec des chiffres romaines M.DCCC.XL qui mentionnent la date de la création de la fontaine, 1840. La fontaine est en forme d'une niche voutée, ornée de motifs en relief des plantes et des animaux aquatiques. La vasque en fonte est portée par des dauphins et décorée d'une statue d'enfant souriant, les bras levés, portant une coquille. L'eau se déverse de la coquille dans le bassin par les minces filets pour rejaillir dans la gueule des poissons sous la vasque. Le plus simple sera sans doute de rejoindre la rue St Antoine qui nous ramènera au métro Bastille pour prendre le métro ligne n°5 jusqu'à la station HOCHE, à proximité de laquelle nous attend notre restaurant : La petite Villette III, 26 rue Hoche. Le 7 décembre 2012 – Dominique BONY