Le parcours pédagogique que nous conduisons

Transcription

Le parcours pédagogique que nous conduisons
Le
Moyen Âge à Bordeaux
Le parcours
Porte Cailhau—Quai Richelieu
Place du Palais—Rue des Argentiers
Rue du Palais de l’Ombrière—Rue des Bahutiers
Cours Alsace Lorraine
Rue de la Rousselle—Rue du Muguet
Rue du Puits Descazeaux
Rue Neuve—Impasse de la rue Neuve
Rue des Boucheries—Rue Bouquière
Cours Victor Hugo—Rue Pilet
Cours Victor Hugo
Rue St James—Porte St Éloi
Durée : 1 h 45 à 2 h
Niveaux préférentiels : CM1 & 5°
Parcours adaptable du CE1 à la 3°
Encadrement : prévoir au minimum deux adultes par classe ( l’enseignant de la classe et un
adulte autre)
Matériel facultatif : appareil photo
Les difficultés rencontrées sur un tel parcours
proviennent essentiellement du bruit de la circulation automobile ou des possibles travaux et de
la nécessaire sécurité à mettre en œuvre lors
des déplacements ou la traversée des grands
cours.
Porte St Eloi
Rue Neuve
Rue de la Rousselle
Rue Pilet
Rue du Muguet
raine
Cours Alsace Lor
s Vic
Cour
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Rue des Bahutiers
Porte Cailhau
ro
Ga
De la porte Cailhau à la porte St Éloi (Grosse Cloche) est un parcours où on pourra
rencontrer des rues, des immeubles, des maisons, des détails architecturaux moyenâgeux, plus spécifiquement de la fin de cette période (XV° siècle). Ainsi on pourra retracer tout au long du parcours les conditions de vie des citadins dans une ville
fermée, encombrée et insalubre. Les
noms de rues nous renseigneront sur les
activités artisanales pratiquées dans les
différents quartiers ou sur l’existence
d’un monument important et disparu sur
le site visité. Enfin les deux portes subsistantes apporteront un témoignage
vivant des moyens défensifs existants et
de l’administration de la cité.
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nn
Préambule
Au Moyen Âge la ville de Bordeaux,
comme beaucoup d’autres villes, est une ville fortifiée.
Elle est entourée de hauts remparts qui la protègent de
possibles invasions où autres agressions. Ce sont les
gallo-romains qui au IIIème siècle ont construit la première
enceinte. Le nombre d’habitants ne cessant de progresser, des constructions virent alors le jour hors des remparts ( fors le bourg = le faubourg) du côté de St-Eloi ; un
second rempart fut donc construit au XIIIème siècle puis
un troisième englobant la paroisse de Ste Croix au XIVème siècle. La ville s’est donc agrandie essentiellement
vers le sud, bloquée au nord par des marécages. Une
vingtaine de portes permettait le passage du bourg vers
le fleuve en particulier. Seules deux de ces portes subsistent encore de nos jours : la Porte Cailhau et la Porte
St-Eloi, certainement à cause de leur remarquable architecture et de leur fonction institutionnelle.
La langue que l’on parle à Bordeaux au Moyen Âge est
le gascon, une variante de l’occitan. Le français tel
qu’on le parle actuellement ne viendra que partiellement
au XVIème siècle sous l’impulsion d’un roi de France
François I° qui exigeait que, dans son royaume, tou t le
monde parlât la même langue : le patois parlé dans le
nord de la France. Exit la langue d’oc, du moins officiellement. On retrouve, ici et là, dans la ville, des noms de
lieux, des noms de rues issus du gascon.
Porte Cailhau
Elle fut construite à la fin du XVème siècle (1495) pour saluer
la victoire à la bataille de Fornoue du roi de France Charles VIII.
Elle remplaçait une porte existante plus à l’ouest, dans la première
enceinte. C’était la première fois qu’un monument d’importance
(une porte royale) était construit à Bordeaux en l’honneur d’un roi
français. En effet, souvenons nous que depuis le mariage d’Aliénor
d’Aquitaine en 1152 avec Henri Plantagenêt (futur roi d’Angleterre)
l’Aquitaine a appartenu pendant trois siècles à la couronne anglaise. Ce n’est qu’en 1453, après la célèbre bataille de Castillon où
les anglais furent boutés hors du territoire, que l’Aquitaine et Bordeaux revinrent dans le royaume de France.
La porte Cailhau permettait l’accès à la Garonne et aux bateaux. A cette époque les quais verticaux n’étaient pas construits et
le fleuve coulait beaucoup plus près (au niveau des voies actuelles
du tramway côté quai). Les rives étaient vaseuses et descendaient
en pente douce. Les gros bateaux ne pouvaient pas accoster au
bord et c’étaient des bateaux plus petits (gabarres, coureaux, anguilles et autres filadières) qui faisaient l’aller retour pour charger
essentiellement des barriques de vin. Autre détail, ces gros bateaux
en bois et à voiles avaient besoin d’être lestés pour se stabiliser sur
l’eau ; pour cela, on utilisait des pierres ou des gros cailloux que l’on
plaçait au fond des cales pour faire du poids. Ces cailloux étaient
déchargés et déposés sur la berge ; ils
Fleurs de Lys. En réalité il s’agit étaient remplacés par des tonneaux de
d’iris d’eau. La légende veut que vin. Ce sont ces tas de cailloux devant
Clovis, roi des Francs, poursuila porte qui lui ont donné son nom par
vant un de ses ennemis et coupant
court à travers un marécage, l’intermédiaire de la version gasconne du mot.
aurait suivi un passage bordé
d’iris, lesquels poussent là où la
profondeur est moindre, ce qui lui
a permis de devancer son adversaire, de le surprendre et de le
massacrer. Un roi de France
choisit cette fleur pour emblème
en cet honneur et comme c’était
un Louis, la fleur de Louis est
devenue la fleur de Lys
C’est une porte royale dont les décors architecturaux annoncent la Renaissance alors que le système défensif militaire rappelle le Moyen Age profond. On
pourra noter la présence de fenêtres à meneaux (un meneau est une barre de pierre
horizontale ou verticale partageant la fenêtre et la consolidant), de la statue de Charles VIII (côté fleuve), celle du cardinal d’Épinay, archevêque de Bordeaux, qui accompagnait le roi en Italie et celle de St Jean. Côté ville, on notera le présence d’un écusson royal porté par deux anges et orné de fleurs de lys (emblème des rois de France)
Enfin des éléments défensifs sont présents comme des meurtrières (ou archères)
dont certaines sont tournées côté ville (les Bordelais qui n’apprécient
que modérément le roi de France et qui parfois se rebellent sont aussi à
surveiller !), un mâchicoulis qui fait le tour du bâtiment et un morceau du
rempart dans l’épaisseur duquel passait le chemin de ronde (environ 2
m. d’épaisseur et 8 à 10 m. de hauteur).
Dans le passage sous la porte, on peut voir la rainure dans laquelle la
herse coulissait et, en avant, une autre ouverture par laquelle les défenseurs pouvaient laisser tomber des cailloux ou divers objets contondants
sur la tête des assaillants ; il s’agit d’un assommoir.
Huile bouillante. Au Moyen Âge, l’huile est un
produit rare est précieux.
On connaît l’huile de noix ou l’huile d’olive
(venant du sud) mais on n’en possède que de très
petites quantités. Il est donc très improbable que
l’on en fasse bouillir de pleins chaudrons pour la
jeter sur les assaillants.
En réalité on n’a jamais jeté d’huile bouillante du
haut des remparts comme le montrent les images
d’Épinal des livres d’histoire.
La petite ouverture murée actuellement (à gauche côté ville dans le bas de la tour) est l’ancienne porte d’accès qui s’est trouvée trop basse
après les divers remblaiements pour construire le quai au XIX° siècle (Le sol a monté d’un mètre environ). Une nouvelle porte a été percée
sous le passage.
La grille scellée dans l’angle tour/rempart date du début du XX° siècle. Le seul passage possible était par la porte, des constructions obstruaient les côtés (on peut voir les traces de ces constructions sur le mur de la maison à gauche de la porte). Le site était obscur et les recoins permettaient aux malandrins et autres coupe bourses d’attendre les chalands et de les détrousser. Ces grilles sont là pour contrecarrer leurs projets.
Les noms de rues
Très souvent le nom des rues rappellent les métiers qui existaient là. Il faut se souvenir que chaque rue était dédiée à un métier par souci de
solidarité et non de concurrence. En outre la plupart des gens ne sachant pas lire, il était plus facile pour se repérer de savoir que dans tel
quartier il y avait une rue où on pratiquait telle activité
Rue du Chai des Farines : le quai des farines, lieu où est stockée la farine arrivant par bateau.
Place Brutus : nom donné à la place du Palais sous la révolution.
Rue des Argentiers : Ancienne rue des Dauradeys. Fabricants de bijoux religieux en argent ou or, croix processionnelles
Rue des Bahutiers : fabricants de meubles lourds et bas ( coffres ou bahuts d’où le verbe aujourd’hui disparu « bahuter », transporter des
objets lourds. Subsiste actuellement « transbahuter »)
Rue du Palais de l’Ombrière. Palais édifié au X° siècle, reconstruit au XIII°, il était le lieu de séjour habituel des rois d’Angleterre, ducs d’Aquitaine. Sous Louis XI il devint le siège du Parlement de Bordeaux. Il brûla en 1597 et en 1704 et fut définitivement détruit en 1800 lors du
percement de la rue.
Maison de marchand
A l’angle de la rue des Bahutiers et la rue Corcelles
C’est une maison du XV°, étroite de façade et toute en longueur, à organisation sociale verticale
Toit pentu à pignon
décoré, recouvert
de tuiles plates
Chambre de bonne ou d’apprenti
Appartements familiaux
Premier et second
étage avec des
fenêtres à meneaux
Rez de chaussée
avec ouverture en
arc à plein cintre et
panneaux de bois
Atelier, magasin ou entrepôt
A retenir, dans la ville,
on ne vivait jamais au
rez de chaussée qui
était toujours soit un
atelier, soit un entrepôt, soit un magasin
ou tout à la fois
Les panneaux de bois
ou volets pouvaient se
placer en position horizontale sur la rue et
servaient d’éventaire.
On y plaçait en général
les objets de grande
qualité pouvant attirer
l’œil d’éventuels acheteurs, le tout venant se
trouvant au fond du
magasin d’où l’expression « trier sur le volet »
Le quartier de la Rousselle était dédié aux salaisons. Rousselle
peut se traduire par rue du sel. La rue débouche dans le cours
Victor Hugo au niveau de la Porte des Salinières.
Le sel était au moyen âge une denrée très recherchée car c’était
un des rares moyens que l’on connaissait pour conserver les
aliments en particulier les poissons .
Actuellement on trouve encore des aliments conservés par le sel
comme la morue (cabillaud) ou le jambon de Bayonne.
D’ailleurs très souvent les employés, ouvriers ou artisans étaient
payés avec du sel, d’où le mot actuel « salaire » pour désigner la
rémunération d’un travailleur
Rue du Muguet
Cette rue, ainsi que toutes celles avoisinantes
existait au Moyen Âge. Son tracé n’a pas été modifié,
seul le matériau utilisé pour la construction des maisons
a changé. La plupart d’entre elles étaient soit totalement
en bois, soit à colombages. Il faut dire que Bordeaux ne
possédant pas de pierres calcaires de construction sur
place, il fallait les faire venir depuis la rive droite de la
Garonne, de l’Entre Deux Mers (Frontenac) ou du Cubzaquais (Bourg sur Gironde), par bateau, seul les bourgeois aisés pouvaient se permettre ce luxe.
L’étroitesse des rues, la présence de bois favorisaient la propagation des incendies, des quartiers entiers
pouvaient être ainsi rapidement détruits.
Le sol, pavé récemment (XIX°), était en terre battue et présentait un écoulement central. Tout descendait
des fenêtres et tombait dans ce « ru », véritable égout à
ciel ouvert. Cette insalubrité permanente favorisait le développement des maladies et des épidémies (choléra,
diphtérie, tuberculose,…). Ajoutez à cela la présence de
nombreux animaux en liberté (chèvres, porcs, poules,…),
l’absence de lumière et vous aurez une idée de la vie au
cœur de la ville. Il n’est pas étonnant alors de constater
que les riches bourgeois de la Rousselle se faisaient
construire, pour s’aérer, des résidences hors les murs,
en particulier sur les coteaux de la rive droite, point de
départ des futures banlieues que sont Cenon, Floirac ou
Lormont.
Le nom de Muguet pour cette rue peut paraître
surprenant, il se pourrait qu’il vienne des jardins existant
dans le quartier. La rue qui suit se nomme « rue du puits
Descazeaux » or en gascon un « casau » est le jardin qui
entoure la maison. On ne construisait jamais dans les
jardins car la ville fermée avait besoin de culture potagère pour subsister.
Au milieu de la rue, on peut voir une maison récemment restaurée où les pierres apparentes ont été rejointées à
l’aide de mortier de chaux ( sable + chaux) à l’ancienne ce qui permet à cette pierre coquillière de respirer. Juste
à côté on peut voir un mur où le moellon pourrit sous une couche de ciment. Peinture et ciment empêchent l’eau
de s’évacuer de cette pierre calcaire qui l’absorbe comme une éponge.
En outre dans le mur de cette maison restaurée on peut voir l’écoulement des eaux sales qui partaient directement dans la rue.
« Gare à l’eau » c’est
l’avertissement que le
valet lançait régulièrement lorsque précédant
son maître, il passait
dans la rue, pour avertir
les occupants des maisons de leur passage
afin d’éviter que le haut
personnage ne reçoivent
sur la tête quelques
ordures jetées par les
fenêtres
La configuration de la rue
faisait que le manant,
lorsqu’il croisait un bourgeois, marchait dans le
caniveau central les pieds
dans la fange, alors que
ce dernier se pavanait sur
le bord de la rue plus haut
et les pieds au sec. Plus
tard cette coutume donna
naissance à l’expression
« tenir le haut du pavé »
On peut remarquer
la présence de
cailloux dans les
murs de certaines
des maisons, il
s’agit là de pierre de
lest provenant des
bateaux anglais,
bretons, basques
ou scandinaves. Il
n’y avait pas de
gaspillage tout était
réutilisable.
Les déchets qui jonchaient les rues étaient aléatoirement ramassés et transportés dans des tombereaux vers l’extérieur de la ville ou jetés du haut
des remparts. Tant et si bien que le tas d’ordures
atteignaient le haut du rempart à certains endroits.
L’actuelle rue Mautrec ( mauvais trajet) et la rue
du pont de la Mousque ( la mouche) situés en
bordure extérieure de la muraille nord doivent
leur nom à la présence de ces ordures. Un ruisseau (le Tropeyte) coulait à l’emplacement de la
rue du Pont de la Mousque, ses eaux nauséabondes favorisait la présence de mouches et de
moustiques.
La rue du Puits Descazeaux
Le nom de la rue s’explique par la présence d’un puits situés au milieu de jardins
( les casaus en gascon sont les petits jardins entourant la maison). L’ emplacement de ce
puits est visible dans la cour de la résidence pour personnes âgées ( dans le vieux mur
situé à droite de l’entrée de la cour). La présence de ces jardins peut expliquer le nom de
« muguet » donné à la précédente rue.
A l’angle de la rue du Soleil et de la rue du Puits Descazeaux, on peut voir accolé à
une maison une borne de pierre chargée de protéger les murs des agressions des roues
des charrettes. On appelle ces bornes des chasse-roues. On peut en voir de nombreuses
rue du Soleil.
En face, à l’angle de la rue Reinière, il y a une borne de pierre beaucoup plus
grosse et une ouverture, actuellement murée en partie, dans le mur de l’immeuble. Il s’agit
là de l’emplacement d’un four de maréchal-ferrant. L’artisan attachait l’animal à ferrer aux
anneaux scellés dans la pierre et façonnait son fer en le chauffant dans son four. Il travaillait dans la rue, c’était pour lui un moyen de faire sa publicité à une époque où la communication écrite n’existait pas
Rue du Soleil : du nom d’une
famille bordelaise ( Soley ou
Soler) habitant la rue.
Le « soleil » est, aussi, la
partie haute d’une habitation,
celle qui est la plus ensoleillée.
Le puits est d’une importance capitale dans une
ville au moyen âge et
même beaucoup plus tard
jusqu’au milieu du vingtième siècle. L’approvisionnement en eau potable (selon les normes de
l’époque) pouvait se faire
selon plusieurs modes : le
puits public, le puits privé
à l’intérieur de la maison,
la fontaine publique issue
de source, et, l’ achat au
porteur d’eau.
Petite précision concernant l’hygiène, si les rues sont sales, les personnes sont relativement propres. On
prend des bains collectifs hebdomadaires ou mensuels , toute la famille dans la même eau savonneuse
afin de limiter les gaspillages. Ce n’est qu’à partir du XVII° siècle que la pudibonderie hypocrite et religieuse interdira de telles pratiques. Le célèbre château de Versailles ne possède ni toilettes ni salles
d’eau, les belles perruquées urinaient et déféquaient dans les recoins de la galerie des glaces. Alors que
la plupart des châteaux moyenâgeux possédaient une salle réservée aux ablutions et autres commodités.
Impasse rue Neuve
Malgré son nom la rue Neuve est une des
plus vieilles de Bordeaux (comme le pont
Neuf est le plus vieux pont de Paris). Le
qualificatif de « neuf » lui vient de la profusion d’hôtels particuliers (oustaus) qui la
bordent où habitaient la riche bourgeoisie
bordelaise comme les Caillau, Colomb,
Carle, Soler, Lartigue, Lalande, Eyquem,...
Au fond de l’impasse, sur la gauche,
juste avant la grille moderne se trouve
la plus vieille maison de Bordeaux subsistant encore (XII°- XIII° siècles). A
l’étage les deux fenêtres sont de style
gothique avec de fines colonnettes, des
décors abîmés pour certains et l’arc
ogival brisé caractéristique du style. A
l’époque il n’y avait pas de baies vitrées
mais certainement de grosses tentures
ou des panneaux de bois pour empêcher le froid ou le chaud de passer.
Les pavés inégaux de cette impasse
sont parmi les plus anciens de la ville,
ils datent du XVII°, les rues de Bordeaux ayant été pavées tardivement.
Au fond de l’impasse, dans la cour privée se trouve un hôtel particulier à l’architecture originale rappelant plus la
région toulousaine que le bordelais. Cet
oustau fut construit pour la famille Carle
(Cf. rue Vital Carle), puis à appartenu aux Lartigue dont une des filles, Jeanne la Boiteuse fut l’épouse de Montesquieu.
Dans certains écrits notariés où sont répertoriés les biens des personnes habitant de tels immeubles on peut noter la présence de lits courts
mais très larges pouvant accepter 8 à 10 occupants. Effectivement toute la famille dormait dans le même lit, cela permettait de se réchauffer
mutuellement et, les invités étaient cordialement priés de partager cette couche. D’autre part on n’avait pas besoin de lits très longs puisqu’on
dormait assis, calé dans de gros oreillers Une superstition tenace qui durera jusqu’au XIX° siècle imp osait cette position, la position allongée
étant celle des morts, on avait peur de ne pas se réveiller le lendemain.
Au rez de chaussée, sous les deux arcs
romans soutenus par une colonne à
chapiteau, se trouvaient l’écurie, le garage, la remise,… Le soir venu, animaux, charrettes prenaient place ici. La
porte de la cour était fermée ( reste de
gond sous le porche d’entrée) et l’hôtel
isolé du reste de la ville dont les rues
étaient peu sures la nuit tombée
(présence de bandes de brigands
comme celle de « la coquille »). Au premier étage se trouvaient les appartements avec une galerie et un balcon en
pierre orné de deux personnages habillés en romains. Il peut s’agir là des premiers propriétaires (homme et femme)
qui se sont fait représenter pour souhaiter la bienvenue à leurs visiteurs, en
somme une carte de visite un peu mégalomane ( à lier avec l’analphabétisme de
l’époque). Au deuxième étage, une galerie en bois récemment restaurée excepté le pilier central originel. En bordure de toit il n’y pas de dalles, ni de descentes pour écouler l’eau de pluie qui tombe directement dans la cour, le caniveau central de l’impasse évacuant
le tout vers la rue Neuve.
Sur la partie gauche de la façade, on peut voir une fenêtre à meneau éclairant l’escalier menant aux galeries. Elle est occultée par deux panneaux vitrés colorés. Au
moyen âge, on ne savait pas techniquement faire de grandes baies vitrées d’un seul
tenant. Pour remplir de grandes surfaces on assemblait des petits carreaux de verres avec du plomb comme pour les vitraux. D’autre part, il était très difficile d’obtenir
un verre pur, des oxydes divers subsistaient ( fer = rouge, cuivre = bleu ou vert,
cobalt=jaune…) d’où l’aspect coloré des panneaux vitrés.
En passant rue Neuve on longe le square Jean
Bureau avec au fond un immeuble possédant de
superbes fenêtres à meneaux. Jean Bureau et
son frère ont participé à la bataille de Castillon, ils
étaient responsables de l’artillerie française qui
permit à l’armée royale de vaincre les anglais
commandés par Talbot et de mettre fin à la domination anglaise sur l’Aquitaine.
En se dirigeant vers le cours Victor Hugo, on rencontre la rue des Boucheries prolongée par la rue Bouquière. Boucherie et bouquière ont la
même signification, l’un en français l’autre en gascon. Au moyen âge on mange très peu de viande de bœuf car c’est un animal de travail, le
tracteur de l’époque, mais on mange de la viande de chèvre dont le mâle est le bouc, et le marchand de viande de bouc s’appelle alors le
boucher ou bouquié
Rue Pilet
Juste à l’entrée de la rue, côté cours Victor Hugo, se trouve une maison à colombages dont on ne définit pas précisément l’âge, on en a construit à Bordeaux jusqu’au XVI° siècle. Ce type d’habitation était le pl us
fréquent dans la ville. Aux riches bourgeois les
oustaus en pierre, aux artisans et au menu peuple
les maisons en bois ou à colombages. La technique de fabrication était similaire à ce qu’on peut
voir dans les Landes : une assise robuste, au dessus un mur en assemblage de chevrons entre lesquels le remplissage se faisait avec les matériaux
que l’on trouvait sur place : argile, paille, mortier
de chaux, mais aussi poteries cassées (visibles
sous les fenêtres), galets, …
Si on se place à l’aplomb du mur du rez de chaussée on peut s’apercevoir que le premier étage
avance sur la rue et que le second avance encore
plus (ici peu mais cela pouvait aller jusqu’à 60 cm
par étage). La maison va en s’élargissant. Au troisième niveau les maisons se rejoignaient presque
et c’était un mince filet de lumière qui pénétrait dans le passage. Cette disposition architecturale découlait de plusieurs impératifs :
agrandir la surface habitable et donc loger plus de monde (Important
dans une ville fermée où les places constructibles manquent)
- accessoirement protéger les murs et les passants de la pluie - faire
échec partiellement à toute tentative de pénétration dans les appartements de la part des rats qui pullulent dans les ordures de la rue ( le
rongeur peut monter à la verticale mais pas à l’horizontale et à l’envers).– l’impôt dû est calculé à partir de la surface occupée au sol et
non de la surface habitable, on avait donc intérêt à occuper la plus
petite surface quitte à agrandir à chaque étage.
Un crochet de fer dépasse du mur, il soutenait une enseigne en bois
peint ou en métal. Peu de gens sachant lire, il s’agissait d’un dessin
qui symbolisait la nature de l’artisanat pratiqué ( botte pour un cordonnier, marmite pour une auberge,…)
Lors de l’achat d’une maison, l’acte écrit notarié a
une grande valeur mais ce bout de papier fragile
peut facilement disparaître. Aussi pour assurer la
validité de leurs actes, tous les propriétaires usent
encore du vif témoignage. La vente se fait alors
devant témoins, y assistent également des enfants
choisis pour leur esprit vif et leur bonne santé gage
de longue vie. Quand les gamins ont tout vu, on
leur offre quelques piécettes ensuite on leur donne
une retentissante volée, on les jette à l’eau, on leur
incise l’oreille,...Bref on fait tout pour qu’ils se souviennent toute leur vie de la chose à laquelle ils ont
assisté. Lors de commissions d’enquête ultérieures
personne ne songera à mettre en doute la parole
de ces vifs témoins
La porte St Eloi
C’était la porte principale de la ville, le
beffroi de l’hôtel de ville. Elle était
d’ailleurs beaucoup plus importante
avec six tours, les deux existantes,
deux autres dont il subsiste des vestiges dans la banque et le magasin de
l’autre côté de la rue, et les deux dernières au milieu du cours Victor Hugo
qui était alors un fossé longeant le
second rempart. Cette sortie de Bordeaux vers le sud était empruntée par
les pèlerins se dirigeant vers St Jacques de Compostelle en Espagne
d’où le nom de la rue St James
(Jacques en ibère).
En regardant la porte depuis le cours
Victor Hugo, c’est sur la gauche que
se trouvait la mairie, en face l’église
St Éloi, enserrée dans un double rempart, le pouvoir politique était alors
très proche de l’église. La grosse cloche de près de 7 tonnes était la cloche municipale elle a donné son surnom à la porte. Elle ne sonne plus, son poids et l’âge du bâtiment en sont la cause (vibrations = fissures). La dernière fois qu’elle a sonné utilement est le 8 mai 1945.
Au dessus du bourdon on peut apercevoir deux gargouilles dont la fonction principale était d’écarter les eaux de
pluie du mur. Tout en haut sur le toit une girouette représentant le léopard de l’Aquitaine Anglaise.
Côté ville une plaque, presque totalement effacée, rappelle que c’est sous Louis XV, en 1755, que furent réalisées les couvertures actuelles des toits suite à une réfection du dernier étage détruit par un incendie (la tour possédait une réserve de poudre). La série de têtes torturées et grimaçantes dépassant du mur rappelle aux passants indélicats la présence du pilori sur la place du Marché ( actuelle place Ferdinand Lafargue au bout de la rue
St James).
Sous le cadran de l’horloge se trouve le blason de la ville de Bordeaux en bois
sculpté et peint : - sur fond bleu des fleurs de lys pour les rois de France –Le
léopard de la Guyenne anglaise– la porte St Eloi et les remparts de la ville-La
Garonne et un croissant de lune (on nomme le port de bordeaux « le port de la
lune » par référence à la boucle en forme de croissant que décrit la Garonne à
Bordeaux)
Le mot Guyenne est un dérivé du mot Aquitaine (terre des eaux).
L’Aquitaine—La Quitaine —La Quienne—La
Guienne—La Guyenne
Certains bordelais prédisent le temps à
venir en regardant la girouette lion de St
Éloi. Si l’animal a la tête tournée vers la
Garonne, il a soif, il va faire chaud et beau.
Par contre dans le cas contraire il va pleuvoir.