Le parcours pédagogique que nous conduisons
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Le parcours pédagogique que nous conduisons
Le Moyen Âge à Bordeaux Le parcours Porte Cailhau—Quai Richelieu Place du Palais—Rue des Argentiers Rue du Palais de l’Ombrière—Rue des Bahutiers Cours Alsace Lorraine Rue de la Rousselle—Rue du Muguet Rue du Puits Descazeaux Rue Neuve—Impasse de la rue Neuve Rue des Boucheries—Rue Bouquière Cours Victor Hugo—Rue Pilet Cours Victor Hugo Rue St James—Porte St Éloi Durée : 1 h 45 à 2 h Niveaux préférentiels : CM1 & 5° Parcours adaptable du CE1 à la 3° Encadrement : prévoir au minimum deux adultes par classe ( l’enseignant de la classe et un adulte autre) Matériel facultatif : appareil photo Les difficultés rencontrées sur un tel parcours proviennent essentiellement du bruit de la circulation automobile ou des possibles travaux et de la nécessaire sécurité à mettre en œuvre lors des déplacements ou la traversée des grands cours. Porte St Eloi Rue Neuve Rue de la Rousselle Rue Pilet Rue du Muguet raine Cours Alsace Lor s Vic Cour to r H ugo Rue des Bahutiers Porte Cailhau ro Ga De la porte Cailhau à la porte St Éloi (Grosse Cloche) est un parcours où on pourra rencontrer des rues, des immeubles, des maisons, des détails architecturaux moyenâgeux, plus spécifiquement de la fin de cette période (XV° siècle). Ainsi on pourra retracer tout au long du parcours les conditions de vie des citadins dans une ville fermée, encombrée et insalubre. Les noms de rues nous renseigneront sur les activités artisanales pratiquées dans les différents quartiers ou sur l’existence d’un monument important et disparu sur le site visité. Enfin les deux portes subsistantes apporteront un témoignage vivant des moyens défensifs existants et de l’administration de la cité. e nn Préambule Au Moyen Âge la ville de Bordeaux, comme beaucoup d’autres villes, est une ville fortifiée. Elle est entourée de hauts remparts qui la protègent de possibles invasions où autres agressions. Ce sont les gallo-romains qui au IIIème siècle ont construit la première enceinte. Le nombre d’habitants ne cessant de progresser, des constructions virent alors le jour hors des remparts ( fors le bourg = le faubourg) du côté de St-Eloi ; un second rempart fut donc construit au XIIIème siècle puis un troisième englobant la paroisse de Ste Croix au XIVème siècle. La ville s’est donc agrandie essentiellement vers le sud, bloquée au nord par des marécages. Une vingtaine de portes permettait le passage du bourg vers le fleuve en particulier. Seules deux de ces portes subsistent encore de nos jours : la Porte Cailhau et la Porte St-Eloi, certainement à cause de leur remarquable architecture et de leur fonction institutionnelle. La langue que l’on parle à Bordeaux au Moyen Âge est le gascon, une variante de l’occitan. Le français tel qu’on le parle actuellement ne viendra que partiellement au XVIème siècle sous l’impulsion d’un roi de France François I° qui exigeait que, dans son royaume, tou t le monde parlât la même langue : le patois parlé dans le nord de la France. Exit la langue d’oc, du moins officiellement. On retrouve, ici et là, dans la ville, des noms de lieux, des noms de rues issus du gascon. Porte Cailhau Elle fut construite à la fin du XVème siècle (1495) pour saluer la victoire à la bataille de Fornoue du roi de France Charles VIII. Elle remplaçait une porte existante plus à l’ouest, dans la première enceinte. C’était la première fois qu’un monument d’importance (une porte royale) était construit à Bordeaux en l’honneur d’un roi français. En effet, souvenons nous que depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine en 1152 avec Henri Plantagenêt (futur roi d’Angleterre) l’Aquitaine a appartenu pendant trois siècles à la couronne anglaise. Ce n’est qu’en 1453, après la célèbre bataille de Castillon où les anglais furent boutés hors du territoire, que l’Aquitaine et Bordeaux revinrent dans le royaume de France. La porte Cailhau permettait l’accès à la Garonne et aux bateaux. A cette époque les quais verticaux n’étaient pas construits et le fleuve coulait beaucoup plus près (au niveau des voies actuelles du tramway côté quai). Les rives étaient vaseuses et descendaient en pente douce. Les gros bateaux ne pouvaient pas accoster au bord et c’étaient des bateaux plus petits (gabarres, coureaux, anguilles et autres filadières) qui faisaient l’aller retour pour charger essentiellement des barriques de vin. Autre détail, ces gros bateaux en bois et à voiles avaient besoin d’être lestés pour se stabiliser sur l’eau ; pour cela, on utilisait des pierres ou des gros cailloux que l’on plaçait au fond des cales pour faire du poids. Ces cailloux étaient déchargés et déposés sur la berge ; ils Fleurs de Lys. En réalité il s’agit étaient remplacés par des tonneaux de d’iris d’eau. La légende veut que vin. Ce sont ces tas de cailloux devant Clovis, roi des Francs, poursuila porte qui lui ont donné son nom par vant un de ses ennemis et coupant court à travers un marécage, l’intermédiaire de la version gasconne du mot. aurait suivi un passage bordé d’iris, lesquels poussent là où la profondeur est moindre, ce qui lui a permis de devancer son adversaire, de le surprendre et de le massacrer. Un roi de France choisit cette fleur pour emblème en cet honneur et comme c’était un Louis, la fleur de Louis est devenue la fleur de Lys C’est une porte royale dont les décors architecturaux annoncent la Renaissance alors que le système défensif militaire rappelle le Moyen Age profond. On pourra noter la présence de fenêtres à meneaux (un meneau est une barre de pierre horizontale ou verticale partageant la fenêtre et la consolidant), de la statue de Charles VIII (côté fleuve), celle du cardinal d’Épinay, archevêque de Bordeaux, qui accompagnait le roi en Italie et celle de St Jean. Côté ville, on notera le présence d’un écusson royal porté par deux anges et orné de fleurs de lys (emblème des rois de France) Enfin des éléments défensifs sont présents comme des meurtrières (ou archères) dont certaines sont tournées côté ville (les Bordelais qui n’apprécient que modérément le roi de France et qui parfois se rebellent sont aussi à surveiller !), un mâchicoulis qui fait le tour du bâtiment et un morceau du rempart dans l’épaisseur duquel passait le chemin de ronde (environ 2 m. d’épaisseur et 8 à 10 m. de hauteur). Dans le passage sous la porte, on peut voir la rainure dans laquelle la herse coulissait et, en avant, une autre ouverture par laquelle les défenseurs pouvaient laisser tomber des cailloux ou divers objets contondants sur la tête des assaillants ; il s’agit d’un assommoir. Huile bouillante. Au Moyen Âge, l’huile est un produit rare est précieux. On connaît l’huile de noix ou l’huile d’olive (venant du sud) mais on n’en possède que de très petites quantités. Il est donc très improbable que l’on en fasse bouillir de pleins chaudrons pour la jeter sur les assaillants. En réalité on n’a jamais jeté d’huile bouillante du haut des remparts comme le montrent les images d’Épinal des livres d’histoire. La petite ouverture murée actuellement (à gauche côté ville dans le bas de la tour) est l’ancienne porte d’accès qui s’est trouvée trop basse après les divers remblaiements pour construire le quai au XIX° siècle (Le sol a monté d’un mètre environ). Une nouvelle porte a été percée sous le passage. La grille scellée dans l’angle tour/rempart date du début du XX° siècle. Le seul passage possible était par la porte, des constructions obstruaient les côtés (on peut voir les traces de ces constructions sur le mur de la maison à gauche de la porte). Le site était obscur et les recoins permettaient aux malandrins et autres coupe bourses d’attendre les chalands et de les détrousser. Ces grilles sont là pour contrecarrer leurs projets. Les noms de rues Très souvent le nom des rues rappellent les métiers qui existaient là. Il faut se souvenir que chaque rue était dédiée à un métier par souci de solidarité et non de concurrence. En outre la plupart des gens ne sachant pas lire, il était plus facile pour se repérer de savoir que dans tel quartier il y avait une rue où on pratiquait telle activité Rue du Chai des Farines : le quai des farines, lieu où est stockée la farine arrivant par bateau. Place Brutus : nom donné à la place du Palais sous la révolution. Rue des Argentiers : Ancienne rue des Dauradeys. Fabricants de bijoux religieux en argent ou or, croix processionnelles Rue des Bahutiers : fabricants de meubles lourds et bas ( coffres ou bahuts d’où le verbe aujourd’hui disparu « bahuter », transporter des objets lourds. Subsiste actuellement « transbahuter ») Rue du Palais de l’Ombrière. Palais édifié au X° siècle, reconstruit au XIII°, il était le lieu de séjour habituel des rois d’Angleterre, ducs d’Aquitaine. Sous Louis XI il devint le siège du Parlement de Bordeaux. Il brûla en 1597 et en 1704 et fut définitivement détruit en 1800 lors du percement de la rue. Maison de marchand A l’angle de la rue des Bahutiers et la rue Corcelles C’est une maison du XV°, étroite de façade et toute en longueur, à organisation sociale verticale Toit pentu à pignon décoré, recouvert de tuiles plates Chambre de bonne ou d’apprenti Appartements familiaux Premier et second étage avec des fenêtres à meneaux Rez de chaussée avec ouverture en arc à plein cintre et panneaux de bois Atelier, magasin ou entrepôt A retenir, dans la ville, on ne vivait jamais au rez de chaussée qui était toujours soit un atelier, soit un entrepôt, soit un magasin ou tout à la fois Les panneaux de bois ou volets pouvaient se placer en position horizontale sur la rue et servaient d’éventaire. On y plaçait en général les objets de grande qualité pouvant attirer l’œil d’éventuels acheteurs, le tout venant se trouvant au fond du magasin d’où l’expression « trier sur le volet » Le quartier de la Rousselle était dédié aux salaisons. Rousselle peut se traduire par rue du sel. La rue débouche dans le cours Victor Hugo au niveau de la Porte des Salinières. Le sel était au moyen âge une denrée très recherchée car c’était un des rares moyens que l’on connaissait pour conserver les aliments en particulier les poissons . Actuellement on trouve encore des aliments conservés par le sel comme la morue (cabillaud) ou le jambon de Bayonne. D’ailleurs très souvent les employés, ouvriers ou artisans étaient payés avec du sel, d’où le mot actuel « salaire » pour désigner la rémunération d’un travailleur Rue du Muguet Cette rue, ainsi que toutes celles avoisinantes existait au Moyen Âge. Son tracé n’a pas été modifié, seul le matériau utilisé pour la construction des maisons a changé. La plupart d’entre elles étaient soit totalement en bois, soit à colombages. Il faut dire que Bordeaux ne possédant pas de pierres calcaires de construction sur place, il fallait les faire venir depuis la rive droite de la Garonne, de l’Entre Deux Mers (Frontenac) ou du Cubzaquais (Bourg sur Gironde), par bateau, seul les bourgeois aisés pouvaient se permettre ce luxe. L’étroitesse des rues, la présence de bois favorisaient la propagation des incendies, des quartiers entiers pouvaient être ainsi rapidement détruits. Le sol, pavé récemment (XIX°), était en terre battue et présentait un écoulement central. Tout descendait des fenêtres et tombait dans ce « ru », véritable égout à ciel ouvert. Cette insalubrité permanente favorisait le développement des maladies et des épidémies (choléra, diphtérie, tuberculose,…). Ajoutez à cela la présence de nombreux animaux en liberté (chèvres, porcs, poules,…), l’absence de lumière et vous aurez une idée de la vie au cœur de la ville. Il n’est pas étonnant alors de constater que les riches bourgeois de la Rousselle se faisaient construire, pour s’aérer, des résidences hors les murs, en particulier sur les coteaux de la rive droite, point de départ des futures banlieues que sont Cenon, Floirac ou Lormont. Le nom de Muguet pour cette rue peut paraître surprenant, il se pourrait qu’il vienne des jardins existant dans le quartier. La rue qui suit se nomme « rue du puits Descazeaux » or en gascon un « casau » est le jardin qui entoure la maison. On ne construisait jamais dans les jardins car la ville fermée avait besoin de culture potagère pour subsister. Au milieu de la rue, on peut voir une maison récemment restaurée où les pierres apparentes ont été rejointées à l’aide de mortier de chaux ( sable + chaux) à l’ancienne ce qui permet à cette pierre coquillière de respirer. Juste à côté on peut voir un mur où le moellon pourrit sous une couche de ciment. Peinture et ciment empêchent l’eau de s’évacuer de cette pierre calcaire qui l’absorbe comme une éponge. En outre dans le mur de cette maison restaurée on peut voir l’écoulement des eaux sales qui partaient directement dans la rue. « Gare à l’eau » c’est l’avertissement que le valet lançait régulièrement lorsque précédant son maître, il passait dans la rue, pour avertir les occupants des maisons de leur passage afin d’éviter que le haut personnage ne reçoivent sur la tête quelques ordures jetées par les fenêtres La configuration de la rue faisait que le manant, lorsqu’il croisait un bourgeois, marchait dans le caniveau central les pieds dans la fange, alors que ce dernier se pavanait sur le bord de la rue plus haut et les pieds au sec. Plus tard cette coutume donna naissance à l’expression « tenir le haut du pavé » On peut remarquer la présence de cailloux dans les murs de certaines des maisons, il s’agit là de pierre de lest provenant des bateaux anglais, bretons, basques ou scandinaves. Il n’y avait pas de gaspillage tout était réutilisable. Les déchets qui jonchaient les rues étaient aléatoirement ramassés et transportés dans des tombereaux vers l’extérieur de la ville ou jetés du haut des remparts. Tant et si bien que le tas d’ordures atteignaient le haut du rempart à certains endroits. L’actuelle rue Mautrec ( mauvais trajet) et la rue du pont de la Mousque ( la mouche) situés en bordure extérieure de la muraille nord doivent leur nom à la présence de ces ordures. Un ruisseau (le Tropeyte) coulait à l’emplacement de la rue du Pont de la Mousque, ses eaux nauséabondes favorisait la présence de mouches et de moustiques. La rue du Puits Descazeaux Le nom de la rue s’explique par la présence d’un puits situés au milieu de jardins ( les casaus en gascon sont les petits jardins entourant la maison). L’ emplacement de ce puits est visible dans la cour de la résidence pour personnes âgées ( dans le vieux mur situé à droite de l’entrée de la cour). La présence de ces jardins peut expliquer le nom de « muguet » donné à la précédente rue. A l’angle de la rue du Soleil et de la rue du Puits Descazeaux, on peut voir accolé à une maison une borne de pierre chargée de protéger les murs des agressions des roues des charrettes. On appelle ces bornes des chasse-roues. On peut en voir de nombreuses rue du Soleil. En face, à l’angle de la rue Reinière, il y a une borne de pierre beaucoup plus grosse et une ouverture, actuellement murée en partie, dans le mur de l’immeuble. Il s’agit là de l’emplacement d’un four de maréchal-ferrant. L’artisan attachait l’animal à ferrer aux anneaux scellés dans la pierre et façonnait son fer en le chauffant dans son four. Il travaillait dans la rue, c’était pour lui un moyen de faire sa publicité à une époque où la communication écrite n’existait pas Rue du Soleil : du nom d’une famille bordelaise ( Soley ou Soler) habitant la rue. Le « soleil » est, aussi, la partie haute d’une habitation, celle qui est la plus ensoleillée. Le puits est d’une importance capitale dans une ville au moyen âge et même beaucoup plus tard jusqu’au milieu du vingtième siècle. L’approvisionnement en eau potable (selon les normes de l’époque) pouvait se faire selon plusieurs modes : le puits public, le puits privé à l’intérieur de la maison, la fontaine publique issue de source, et, l’ achat au porteur d’eau. Petite précision concernant l’hygiène, si les rues sont sales, les personnes sont relativement propres. On prend des bains collectifs hebdomadaires ou mensuels , toute la famille dans la même eau savonneuse afin de limiter les gaspillages. Ce n’est qu’à partir du XVII° siècle que la pudibonderie hypocrite et religieuse interdira de telles pratiques. Le célèbre château de Versailles ne possède ni toilettes ni salles d’eau, les belles perruquées urinaient et déféquaient dans les recoins de la galerie des glaces. Alors que la plupart des châteaux moyenâgeux possédaient une salle réservée aux ablutions et autres commodités. Impasse rue Neuve Malgré son nom la rue Neuve est une des plus vieilles de Bordeaux (comme le pont Neuf est le plus vieux pont de Paris). Le qualificatif de « neuf » lui vient de la profusion d’hôtels particuliers (oustaus) qui la bordent où habitaient la riche bourgeoisie bordelaise comme les Caillau, Colomb, Carle, Soler, Lartigue, Lalande, Eyquem,... Au fond de l’impasse, sur la gauche, juste avant la grille moderne se trouve la plus vieille maison de Bordeaux subsistant encore (XII°- XIII° siècles). A l’étage les deux fenêtres sont de style gothique avec de fines colonnettes, des décors abîmés pour certains et l’arc ogival brisé caractéristique du style. A l’époque il n’y avait pas de baies vitrées mais certainement de grosses tentures ou des panneaux de bois pour empêcher le froid ou le chaud de passer. Les pavés inégaux de cette impasse sont parmi les plus anciens de la ville, ils datent du XVII°, les rues de Bordeaux ayant été pavées tardivement. Au fond de l’impasse, dans la cour privée se trouve un hôtel particulier à l’architecture originale rappelant plus la région toulousaine que le bordelais. Cet oustau fut construit pour la famille Carle (Cf. rue Vital Carle), puis à appartenu aux Lartigue dont une des filles, Jeanne la Boiteuse fut l’épouse de Montesquieu. Dans certains écrits notariés où sont répertoriés les biens des personnes habitant de tels immeubles on peut noter la présence de lits courts mais très larges pouvant accepter 8 à 10 occupants. Effectivement toute la famille dormait dans le même lit, cela permettait de se réchauffer mutuellement et, les invités étaient cordialement priés de partager cette couche. D’autre part on n’avait pas besoin de lits très longs puisqu’on dormait assis, calé dans de gros oreillers Une superstition tenace qui durera jusqu’au XIX° siècle imp osait cette position, la position allongée étant celle des morts, on avait peur de ne pas se réveiller le lendemain. Au rez de chaussée, sous les deux arcs romans soutenus par une colonne à chapiteau, se trouvaient l’écurie, le garage, la remise,… Le soir venu, animaux, charrettes prenaient place ici. La porte de la cour était fermée ( reste de gond sous le porche d’entrée) et l’hôtel isolé du reste de la ville dont les rues étaient peu sures la nuit tombée (présence de bandes de brigands comme celle de « la coquille »). Au premier étage se trouvaient les appartements avec une galerie et un balcon en pierre orné de deux personnages habillés en romains. Il peut s’agir là des premiers propriétaires (homme et femme) qui se sont fait représenter pour souhaiter la bienvenue à leurs visiteurs, en somme une carte de visite un peu mégalomane ( à lier avec l’analphabétisme de l’époque). Au deuxième étage, une galerie en bois récemment restaurée excepté le pilier central originel. En bordure de toit il n’y pas de dalles, ni de descentes pour écouler l’eau de pluie qui tombe directement dans la cour, le caniveau central de l’impasse évacuant le tout vers la rue Neuve. Sur la partie gauche de la façade, on peut voir une fenêtre à meneau éclairant l’escalier menant aux galeries. Elle est occultée par deux panneaux vitrés colorés. Au moyen âge, on ne savait pas techniquement faire de grandes baies vitrées d’un seul tenant. Pour remplir de grandes surfaces on assemblait des petits carreaux de verres avec du plomb comme pour les vitraux. D’autre part, il était très difficile d’obtenir un verre pur, des oxydes divers subsistaient ( fer = rouge, cuivre = bleu ou vert, cobalt=jaune…) d’où l’aspect coloré des panneaux vitrés. En passant rue Neuve on longe le square Jean Bureau avec au fond un immeuble possédant de superbes fenêtres à meneaux. Jean Bureau et son frère ont participé à la bataille de Castillon, ils étaient responsables de l’artillerie française qui permit à l’armée royale de vaincre les anglais commandés par Talbot et de mettre fin à la domination anglaise sur l’Aquitaine. En se dirigeant vers le cours Victor Hugo, on rencontre la rue des Boucheries prolongée par la rue Bouquière. Boucherie et bouquière ont la même signification, l’un en français l’autre en gascon. Au moyen âge on mange très peu de viande de bœuf car c’est un animal de travail, le tracteur de l’époque, mais on mange de la viande de chèvre dont le mâle est le bouc, et le marchand de viande de bouc s’appelle alors le boucher ou bouquié Rue Pilet Juste à l’entrée de la rue, côté cours Victor Hugo, se trouve une maison à colombages dont on ne définit pas précisément l’âge, on en a construit à Bordeaux jusqu’au XVI° siècle. Ce type d’habitation était le pl us fréquent dans la ville. Aux riches bourgeois les oustaus en pierre, aux artisans et au menu peuple les maisons en bois ou à colombages. La technique de fabrication était similaire à ce qu’on peut voir dans les Landes : une assise robuste, au dessus un mur en assemblage de chevrons entre lesquels le remplissage se faisait avec les matériaux que l’on trouvait sur place : argile, paille, mortier de chaux, mais aussi poteries cassées (visibles sous les fenêtres), galets, … Si on se place à l’aplomb du mur du rez de chaussée on peut s’apercevoir que le premier étage avance sur la rue et que le second avance encore plus (ici peu mais cela pouvait aller jusqu’à 60 cm par étage). La maison va en s’élargissant. Au troisième niveau les maisons se rejoignaient presque et c’était un mince filet de lumière qui pénétrait dans le passage. Cette disposition architecturale découlait de plusieurs impératifs : agrandir la surface habitable et donc loger plus de monde (Important dans une ville fermée où les places constructibles manquent) - accessoirement protéger les murs et les passants de la pluie - faire échec partiellement à toute tentative de pénétration dans les appartements de la part des rats qui pullulent dans les ordures de la rue ( le rongeur peut monter à la verticale mais pas à l’horizontale et à l’envers).– l’impôt dû est calculé à partir de la surface occupée au sol et non de la surface habitable, on avait donc intérêt à occuper la plus petite surface quitte à agrandir à chaque étage. Un crochet de fer dépasse du mur, il soutenait une enseigne en bois peint ou en métal. Peu de gens sachant lire, il s’agissait d’un dessin qui symbolisait la nature de l’artisanat pratiqué ( botte pour un cordonnier, marmite pour une auberge,…) Lors de l’achat d’une maison, l’acte écrit notarié a une grande valeur mais ce bout de papier fragile peut facilement disparaître. Aussi pour assurer la validité de leurs actes, tous les propriétaires usent encore du vif témoignage. La vente se fait alors devant témoins, y assistent également des enfants choisis pour leur esprit vif et leur bonne santé gage de longue vie. Quand les gamins ont tout vu, on leur offre quelques piécettes ensuite on leur donne une retentissante volée, on les jette à l’eau, on leur incise l’oreille,...Bref on fait tout pour qu’ils se souviennent toute leur vie de la chose à laquelle ils ont assisté. Lors de commissions d’enquête ultérieures personne ne songera à mettre en doute la parole de ces vifs témoins La porte St Eloi C’était la porte principale de la ville, le beffroi de l’hôtel de ville. Elle était d’ailleurs beaucoup plus importante avec six tours, les deux existantes, deux autres dont il subsiste des vestiges dans la banque et le magasin de l’autre côté de la rue, et les deux dernières au milieu du cours Victor Hugo qui était alors un fossé longeant le second rempart. Cette sortie de Bordeaux vers le sud était empruntée par les pèlerins se dirigeant vers St Jacques de Compostelle en Espagne d’où le nom de la rue St James (Jacques en ibère). En regardant la porte depuis le cours Victor Hugo, c’est sur la gauche que se trouvait la mairie, en face l’église St Éloi, enserrée dans un double rempart, le pouvoir politique était alors très proche de l’église. La grosse cloche de près de 7 tonnes était la cloche municipale elle a donné son surnom à la porte. Elle ne sonne plus, son poids et l’âge du bâtiment en sont la cause (vibrations = fissures). La dernière fois qu’elle a sonné utilement est le 8 mai 1945. Au dessus du bourdon on peut apercevoir deux gargouilles dont la fonction principale était d’écarter les eaux de pluie du mur. Tout en haut sur le toit une girouette représentant le léopard de l’Aquitaine Anglaise. Côté ville une plaque, presque totalement effacée, rappelle que c’est sous Louis XV, en 1755, que furent réalisées les couvertures actuelles des toits suite à une réfection du dernier étage détruit par un incendie (la tour possédait une réserve de poudre). La série de têtes torturées et grimaçantes dépassant du mur rappelle aux passants indélicats la présence du pilori sur la place du Marché ( actuelle place Ferdinand Lafargue au bout de la rue St James). Sous le cadran de l’horloge se trouve le blason de la ville de Bordeaux en bois sculpté et peint : - sur fond bleu des fleurs de lys pour les rois de France –Le léopard de la Guyenne anglaise– la porte St Eloi et les remparts de la ville-La Garonne et un croissant de lune (on nomme le port de bordeaux « le port de la lune » par référence à la boucle en forme de croissant que décrit la Garonne à Bordeaux) Le mot Guyenne est un dérivé du mot Aquitaine (terre des eaux). L’Aquitaine—La Quitaine —La Quienne—La Guienne—La Guyenne Certains bordelais prédisent le temps à venir en regardant la girouette lion de St Éloi. Si l’animal a la tête tournée vers la Garonne, il a soif, il va faire chaud et beau. Par contre dans le cas contraire il va pleuvoir.