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Du même auteur
Cheval quand tu nous tiens. 1948
Cheval quand tu nous as tenu. 1951
Randonnée africaine. 1955
Zouma, une vie de panthère. 1960
Équitation quand tu nous tiens. 1972
Équitation, une méthode française d’instruction. 1977
J’étais un Africain blanc. 1980
L’équitation de saut d’obstacles.
L’analyse – La doctrine. 1978
La méthode. 1979
Angles et rythmes. 1984
L’aventure retrouvée. 1991
Une approche psychologique de l’équitation. 1992
Chevalier d’aventure. 1996
Équitation d’aujourd’hui. 1997
L’Afrique de mes fauves
Collection
L E S AV E N T U R I E R S V OYA G E U R S
dirigée par Hubert Lebaudy
Dans la même collection
Gilles Tré-Hardy
Kota doli
Association des guides de chasse professionnels
Nouvelles de brousse
Jacques Vettier
Grandes chasses crépusculaires
Jim Corbett
Tigres et léopards mangeurs d’hommes
Daniel Henriot
Au bout des pistes, le Chinko
Jean d’Orgeix
L’Afrique
de mes fauves
L’aventure des
Safaris Jean d’Orgeix
en Centrafrique. 1958-1972
Montbel
Première publication
Paris, Solar, 1968
© Paris, Éditions de Montbel, 2004, pour la présente édition
8, rue de Courcelles 75008 Paris
www.montbel.com
À Christian de Tudert,
un des plus anciens, des plus connus
et des plus talentueux guides de chasse.
Cher Christian,
Dernièrement tu as écrit plusieurs récits dans le très beau livre
publié par les Éditions de Montbel Nouvelles de brousse. Des histoires vécues et racontées par des membres de l’Association des guides
de chasse professionnels (ACP).
Dans une de tes nouvelles Le lion de “9 h 37”, tu évoques le
temps où nous chassions ensemble dans la région de Ouanda-Djallé ;
car en effet la chasse au lion était, et de beaucoup, ma préférée. Tu as
écrit notamment : “Jean fut un professionnel d’exception, réussissant
le tour de force d’être parmi les plus grands sans être un chasseur”.
Merci à toi pour la première partie de ta phrase dont je te laisse
l’entière responsabilité. Mais la deuxième partie m’a démontré
— sans que nous n’en ayons jamais parlé — que tu avais donc parfaitement compris mon état d’âme. Car je ne crois pas qu’en écrivant
cette formule lapidaire tu voulais dire que je ne savais pas chasser, ou
mal, mais que je n’étais pas par goût un fanatique de la chasse. C’est
vrai ! Je peux l’avouer aujourd’hui puisque je n’ai plus de clients à
guider : la mort d’un animal m’a presque toujours fait un peu mal.
Le trouver, le pister, l’approcher… ce fut toujours passionnant, merveilleux, parfois même bouleversant, mais ensuite le tuer… c’était
toujours pour moi un peu triste.
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Non pas que je condamnais le principe de la chasse. Il est dans les
lois de la nature ; et pour quelles raisons serait-il mal de tirer un animal sauvage, mais normal que chaque jour des millions d’animaux
soient abattus pour approvisionner boucheries et charcuteries ? Cela
encore plus dans les régions où nous étions puisque le trypanosome
empêchant d’avoir des animaux domestiques, la population ne peut
être ravitaillée en viande que par la chasse. Et tu sais avec quel soin
d’ailleurs je veillais à ce qu’elle soit apportée dans les villages.
Donc la chasse est normale et je comprenais le plaisir, les émotions
qu’elle peut donner. Mais mon plaisir à moi s’arrêtait à l’instant du
tir. Et si ma chasse préférée était celle des lions, c’est qu’en dehors de
sa difficulté, des instants palpitants que l’on vit lorsqu’il est là, face à
vous, à quelques mètres (tu sais que je me suis toujours refusé à le faire
assassiner à l’affût, à l’abri d’un tas de branchages), il y avait aussi
la pensée qu’en tirant un lion, on sauve d’une mort assez terrible les
quelques cinquante à soixante animaux qu’il tue chaque année.
Alors le tir ne m’attristait pas…
Tiens ! Je vais te conter une anecdote dont je ne t’ai sûrement pas
parlée.
Lors de mon premier voyage en Afrique, roulant sur une piste du
Cameroun, je vis soudain une grande antilope. Aussitôt je sortis ma
carabine de son étui et commençai une approche. À ce moment-là,
une autre antilope arriva au petit galop pour s’arrêter près de la première. C’était deux hippotragues, je l’ai appris plus tard, et je conclus
qu’il s’agissait d’un couple. En réalité ce devait être deux femelles ou
deux mâles mais j’ignorais à cette époque que l’on ne voit presque
jamais un couple d’antilopes-cheval, seuls, loin du troupeau.
Mais pensant qu’il s’agissait d’un couple je fis demi-tour pour
remonter dans la voiture. J’étais prêt à tirer une antilope mais pas au
prix de séparer pour toujours un couple uni et donc heureux.
Sensibilité ou sensiblerie ? À chacun d’en décider. Mais évidemment
c’était la preuve que je n’étais pas un excité de la gâchette.
Vois-tu Christian, si j’ai toujours aimé passionnément la chasse,
c’est-à-dire trouver et approcher sans qu’ils s’en rendent compte les
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animaux difficiles (lions… élands de Derby… buffles…) il est vrai
qu’ensuite, je n’aimais pas le moment où l’on appuie sur la détente.
J’aime trop les animaux pour aimer les voir mourir.
Mais… mais je pense que cette “non-envie” de tuer m’a considérablement aidé dans ma formation de guide de chasse.
Étant seul en brousse je ne cessais d’effectuer des approches sur
tous les animaux rencontrés, tant des solitaires que des troupeaux,
en m’efforçant de parvenir le plus près possible d’eux et d’y rester le
plus longtemps possible afin de les voir vivre, d’apprendre où et comment ils mangent… boivent ; leurs heures de repos ; leurs réactions à
des bruits divers que j’émettais ; étudier leurs façons de fuir lorsqu’ils
ont décelé la présence humaine : selon qu’ils ont été alertés par un
bruit, par la vue de l’homme, ou en sentant son odeur, ces réactions
sont différentes.
Combien d’heures ai-je ainsi passées au milieu d’eux qui m’offraient un spectacle dont je ne me suis jamais lassé ? Seulement ces
observations calmes, décontractées, m’ont bien plus appris que si
j’avais eu la préoccupation de tirer l’animal.
La deuxième chose que m’a apporté mon amour des animaux, fut
que tout naturellement, j’ai eu le souci d’éviter au maximum de les
faire souffrir. De là, ma recherche d’approches permettant la balle foudroyante… donc finalement de faire de la “belle chasse”.
Nous n’en avons jamais spécifiquement parlé durant les années
que nous avons vécues ensemble mais ta phrase m’a dit que tu avais
parfaitement compris… et cela me fait un très grand plaisir.
Tu vois cher Christian, ce livre, je l’ai écrit durant la deuxième
partie de ma carrière de guide, mais en le relisant aujourd’hui, trente ans après avoir quitté l’Afrique… j’éprouve une furieuse envie de
“chasser”… sans tirer bien entendu !
carte au 1 : 1 125 000
L’extraordinaire domaine des Safaris Jean d’Orgeix: 1300000 km2 de brousse!
extrait de la “carte
République centrafricaine
au 1 : 1 500 000” et carte
administrative issue de la
“carte République centrafricaine au 1 : 1 500 000”
© IGN 2004
autorisation n° 80-4012
AVANT- PROPOS
Afrique de mes fauves fut écrit en 1968.
Je viens de le relire… Je ne crois pas qu’il ait vieilli.
Certaines activités humaines ont le merveilleux privilège de
demeurer les mêmes au fil des années et des générations car
elles posent les mêmes problèmes, et donc engendrent en
général les mêmes réponses. Bien sûr, au fil du temps, ces dernières évoluent un peu, progressent, mais lentement. Cette
particularité se retrouve surtout dans des activités impliquant
des animaux, car eux ne changent pas.
Dans le domaine de l’équitation, par exemple, Mario
Luraschi a dit cette phrase merveilleuse car elle ne fait que
constater une absolue vérité : “En équitation, les problèmes
concernant les rapports du cavalier et de son cheval, seront les
mêmes en l’an 2584 qu’ils le sont aujourd’hui.”
Quelle chance de pouvoir lire, comprendre, s’imprégner de
la manière dont d’autres hommes ont agi il y a parfois des
siècles dans les mêmes circonstances.
L’
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La chasse appartient à ces familles aux lois immuables, à
condition… à condition que le chasseur n’utilise pas les progrès de la technique moderne pour tirer sans difficulté des
animaux n’ayant plus leurs moyens naturels de défense.
Un souvenir… que je peux raconter librement aujourd’hui
car les trois grandes personnalités de la chasse avec qui je me
trouvais ne sont, hélas, plus de ce monde.
C’était l’année où, la chasse ayant été fermée en
Centrafrique, j’ai fait quelques safaris au Tchad.
Ces trois personnalités me demandèrent de leur organiser
un safari aux mouflons dans la région de Fada au nord du
Tchad. Je répondis que je ne pouvais les guider pour cette
chasse que je n’avais jamais pratiquée et dans une région que
je ne connaissais pas.
“Aucune importance” me répondirent-ils, “ce sera pour
nous la quatrième ou cinquième fois que nous allons dans
l’Ennedi chasser les mouflons, donc nous n’avons pas à être
guidés. Ce que nous souhaitons, c’est que vous vous occupiez
essentiellement de l’organisation matérielle. Voitures, campement, personnel, etc.”
Sur place, ils m’expliquèrent que les mouflons sont inabordables dans ces petites montagnes ; d’une méfiance les faisant
disparaître si l’on tentait la moindre approche. Pour les chasser, on ne pouvait donc que tourner en voiture autour de ces
petits massifs montagneux en les inspectant soigneusement
jumelles en main. Le mouflon repéré se tirait alors à deux
cents… deux cent cinquante mètres de distance, parfois plus.
C’était d’ailleurs, il faut bien le dire, le style de chasse que
pratiquaient la plupart des guides allant dans cette région.
N’ayant pas à accompagner ces trois chasseurs, j’en profitai pour partir tout seul dans ces montagnes, à pied, en progressant très lentement, très doucement, afin de savoir si je
pouvais approcher ces animaux si méfiants.
Nous sommes restés exactement sept jours dans l’Ennedi.
Et au cours de ces sept jours, à trois reprises, j’ai approché des
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mouflons à moins de quarante mètres, et suffisamment longtemps pour pouvoir les observer dans leur vie, à l’état naturel,
car ils n’avaient absolument pas décelé ma présence.
Trois fois en sept jours, ce n’est plus un coup de chance.
C’était la preuve que l’on pouvait parfaitement les chasser
sportivement, honnêtement, et non les assassiner… Pardon,
mais pour moi, c’est le mot exact. C’est pour cette raison que,
personnellement, je n’aime pas les fusils à lunettes. Le chasseur est trop tenté alors de tirer de très loin, et avec une précision quasi absolue si la lunette est bien réglée et que le
tireur a tout le temps de s’installer, de caler sa carabine. Il n’a
plus alors qu’à appuyer doucement sur la détente avec la certitude de placer exactement sa balle. Si l’on est à une distance de l’animal telle que ce dernier ne peut pas soupçonner
qu’il est en danger, ce n’est plus, à mon sens, un “tir de chasse” mais seulement un “tir à la cible”. Alors ! Autant tirer sur
celles-ci ; il faudra être encore plus précis si l’on dispute un
concours et la balle n’aura pas la cruauté d’abattre un animal
qui n’a pas été réellement chassé.
Depuis longtemps, je pense que pour conserver toujours à
ce sport, qui est aussi un art, ses aspects passionnants, émouvants, captivants, le chasseur doit être très strict pour luimême, et respecter scrupuleusement le code de la grande
chasse.
Il s’agit de tirer un gibier noble, non de l’abattre à tout prix.
Aussi, dans ma brousse, j’avais rédigé un code d’honneur
de la chasse africaine. Calligraphié sur un grand parchemin, il
présidait la salle de ma base de Ounda-Djallé, où arrivaient
tous les chasseurs de mes safaris.
Le voici ! Lui non plus n’a, je crois, pas vieilli…
Jean d’Orgeix
2004
CODE D’HONNEUR
DES GENTILSHOMMES DE LA GRANDE CHASSE
1. Chasseur de brousse, tu affronteras
D’Afrique les animaux fiers
Mais ce code d’honneur respecteras
Pour toi, pour eux, pour saint Hubert.
2. Attentivement tu observeras
Si sont bien nobles attributs
Car seuls les vieux grands mâles tireras
Et pas femelles non pourvues.
3. Les grands animaux tu ne tireras
Avec calibre insuffisant
Parce que si quelques fois tu tueras
Souvent blesseras laidement
4. Jamais de voiture ne tireras
Ou bien à proximité
Sur un animal ne se méfiant pas
Tu ne ferais qu’assassiner
5. Avec voiture tu ne poursuivras
Noble gibier pour le forcer
Car vrai chasse tu ne feras pas
Mais bien belle œuvre de boucher
6. Trêve de la nuit tu respecteras
Sinon pour voir et observer
Mais jamais par lumière n’éblouiras
Tirant animal aveuglé
7.
Aussi beau chasseur tu respecteras
Du sport les principes sacrés
Et près du gibier tu ne tireras
Que si tu crois pouvoir tuer.
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8. Si grand gibier par vue, odorat, ouïe
Alerté au galop s’enfuit
Sportivement tu salues et t’écries
Bravo ! Mon vainqueur d’aujourd’hui
9. Car bon gentilhomme tu ne lâcheras
Balle sur animal fuyant
Car trop souvent tu blesseras
Beau gibier inutilement
10. Mais si d’aventure blessé s’enfuit
S’il faut des jours tu marcheras
Car tu éviteras longue agonie
Et proprement achèveras
11. Et si par grand fauve tu es chargé
Carabine doit employer
Car tu n’as pas le droit de te sauver
Si tes pisteurs sont en danger
12. Quand par belle chasse tu as vaincu
Et qu’à tes pieds l’animal gît
Mets vite au cerveau la balle qui tue
Pour épargner lente agonie
13. Dans les savanes, plaines, grands bacos
Mes frères allons goûter les joies
De la grande chasse, ce sport si beau
Qui nous donne plaisir de rois.
14. Chasseur de brousse, tu affronteras
D’Afrique les animaux fiers
Mais ce code d’honneur respecteras
Pour toi, pour eux, pour saint Hubert.
Jean d’Orgeix
Ouanda-Djallé, 1966
I
1958
sur le côté si je veux apercevoir les
pointes de l’éléphant !
Son énorme masse me tourne le dos à une quinzaine de
mètres. De temps à autre, j’entrevois sa trompe qui s’élève
dans le feuillage pour casser quelques branches mais à aucun
moment je n’ai pu apercevoir ses pointes.
Sur ma droite, la végétation est épaisse ; ce n’est pas le
baco * inextricable mais il me faudra avancer à quatre pattes.
Allons-y ! J’ai progressé de quelques mètres en évitant de
faire du bruit. L’éléphant s’immobilise. Je ne l’entends plus
casser de petites branches.
Il y a toujours quelque chose d’inquiétant, on peut même
dire d’effrayant, dans le silence d’un éléphant lorsqu’on est à
J
E DOIS ME DÉPLACER
* On appelle baco la végétation extrêmement dense, souvent à peine pénétrable. Il en existe deux sortes. Le baco humide des galeries forestières bordant de part et d’autre un marigot, et le baco sec des plateaux, moins haut
mais souvent plus impénétrable.
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quelques mètres de lui sans bien le distinguer. En savane
dégagée il est possible à tout moment de voir, à son attitude,
s’il est tranquille ou si quelque chose l’a alerté. Il n’en est pas
de même dans le baco. Son immobilité, son silence soudains
sont, la plupart du temps, naturels, petits moments de pause
entre deux bouchées, mais peuvent aussi avoir pour cause
une odeur, un bruit suspect alertant soudain l’animal. Dans
ce cas, seule sa réaction l’indiquera : un démarrage brutal…
un demi-tour rapide face à la direction où il a cru déceler une
présence…
Dans l’immense majorité des cas, si l’animal comprend
qu’un homme est tout proche, ce sera la fuite, mais on ne
peut négliger l’exception, le “rogue” comme disent les
Anglais, susceptible d’attaquer.
Les secondes passent, très courtes et très longues. Je me
suis relevé à genoux en faisant sauter le cran d’arrêt de ma
carabine…
Le bruissement dans les branches de l’éléphant mangeant
nonchalamment reprend. Il est toujours tranquille et sans
méfiance.
Remise du cran de sûreté et je reprends la progression.
Je suis maintenant à une dizaine de mètres dans le troisquarts arrière de l’animal. À travers les branches, j’essaie de
distinguer les défenses. Voilà !… Elle sort d’environ un mètre.
Avec la partie qui se trouve à l’intérieur de la mâchoire et du
crâne, c’est une défense qui doit mesurer entre un mètre
soixante et un mètre quatre-vingts. Je regarde attentivement la
grosseur de la pointe à la sortie de la gueule. Bonne moyenne, sans plus, l’extrémité de la défense n’est pas cassée, elle
doit peser entre vingt et vingt-cinq kilos.
Je ne vois que la défense de droite ; si celle de gauche est
pareille, c’est un animal ayant un trophée convenable pour la
région où je suis, un bon éléphant moyen.
Les secondes passent… J’ai collé mon visage contre le sol
pour tenter de voir au-dessous de sa tête. Un nouveau
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mouvement et j’aperçois la pointe gauche. La vision a été
fugitive mais il me semble qu’elle est sensiblement égale à
celle de droite. Au pire, elle peut être très légèrement cassée à
son extrémité.
Je recule doucement mais sans perdre de temps. À cette distance, le moindre déplacement d’air signalerait ma présence.
Bientôt, je suis à une trentaine de mètres. Un craquement
sur ma gauche ; encore un autre ! Allons voir.
J’ai déjà approché ainsi cinq éléphants de ce petit troupeau
qui doit en comporter huit ou neuf. Ils sont disséminés dans
le baco, tous mangent paisiblement. Tout à l’heure, j’avais
approché à une quinzaine de mètres une femelle, quand un
souffle de vent très net lui a porté mon odeur. Aussitôt, elle a
commencé à s’éloigner du pas allongé et souple des éléphants
alertés.
Je m’attendais à ce qu’elle donne le signal de la fuite générale mais, à mon étonnement, vingt mètres plus loin, elle s’est
arrêtée, s’est retournée un moment dans ma direction, puis
s’est remise à manger ; curieux… et un peu inquiétant. Il faut
toujours se méfier d’un grand animal dont la réaction n’est
pas classique. Cette femelle, après avoir nettement senti
l’odeur humaine, est restée, manifestant ainsi qu’elle n’avait
pas peur. Or, la plus grande force de l’homme devant les animaux susceptibles d’être dangereux réside dans la peur instinctive qu’ils ont de lui.
J’approche maintenant du nouvel animal que j’entends. Il
est tout près mais le baco est plus dense et je n’arrive pas
encore à le voir. Enfin, je distingue la masse grise. Il est à
peine à une dizaine de mètres, au milieu des branches et il me
tourne le dos.
Il va me falloir encore le contourner pour parvenir à distinguer ses défenses. Pendant un petit moment, j’hésite.
Je ne vois pas par où je vais pouvoir passer. Il faut prendre
tout de même une décision mais soudain, l’éléphant se met
en marche droit sur moi. J’ai un petit choc au cœur : j’étais
19
Lettre-préface à Christian de Tudert
7
Carte
10
Avant-propos
11
Code d’honneur
des gentilshommes de la grande chasse
15
I. 1958
17
II. 1968
35
III. La chasse africaine
45
IV. Le code sportif
57
V. La chasse aux fauves
73
VI. Les animaux de chasse
79
VII. La chasse au buffle
VIII. La chasse à l’éland de Derby
IX. La chasse au lion
X. La chasse à l’éléphant
83
97
109
131
XI. Les pisteurs
137
XII. Les charges
143
XIII. Le métier de guide
167
XIV. Les chasseurs
185
XV. Les assassins
189
XVI. Histoires de brousse
XVII. Mauvais souvenir
XVIII. La poursuite de l’éland
195
203
211