IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L`ADULTE
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IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L`ADULTE
Rachis, 1991, vol. 3, nO 2, pp. 159-174 SYNTHESE IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE (à l'exception des traumatismes et de la charnière cervico-occipitale) IMAGING OF THE ADULT CERVICAL SPINE (except trauma and cranio-cervical junction) J.C. MAillARD, Y. ROllAND, F. lE BRAS, C. MARSAULT Service de Neuroradiologie, Hôpital de la Pitié-Salpétrière - 83, boulevard de l'hôpital-- 75651 PARIS CEDEX 13 RESUME SUMMARY Dans un premier chapitre, les auteurs passent en revue les différentes méthodes radiologiques d'exploration du rachis cervical de l'adulte en soulignant les avantages et les inconvénients de ces techniques. Dans le second chapitre, les indications et les résultats de ces examens sont donnés pour l'ensemble de la pathologie du rachis cervical de l'adulte à l'exception des traumatismes et de l'étude de la charnière cervico-occipitale. Les auteurs soulignent l'importance prise par la scanographie et l'imagerie résonance magnétique dans l'exploration du rachis cervical en complément de la radiographie standard qui reste l'examen de base. ln the first chapter, "methodologie and result", different methods of investigation of the adult cervical spine are reviewed and their respective advantages and disadvantages assessed. ln the second chapter, indications and results of these methods are exposed for each pathology of the cervical spine. The Magnetic Resonance Imaging (MRI) and CT scan brings many additional and useful data in conjunction with standard radiography which is the primary modality of investigation. Despite the important place of MRI and CT scan in this preliminary investigation, indications remain for myelography and spinal angiography. Radioguided biopsy stays the only means to obtain a pathologie and histologie diagnosis. Mots clés: Maëlle - Pathologie osseuse rachidienne - Scanographie - Keys words : Spinal cord - Spine - eT - MRl. IRM. 159 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE Cependant le temps trop long d'examen, l'irradiation importante et les progrès des scanographes avec possibilité de reconstruction tridimentionnelle les rendront La multiplicité des méthodes d'exploration du rachis rend indispensable la hiérarchisation des méthodes d'exploration d'imagerie. Cette exploration est guidée par l'examen clinique et les radiographies standard qui restent la base indispensable du diagnostic radioclinique. probablement obsolètes à relativement court terme. Avantages: • techniques de débrouillage, • réalisation facile, • étude globale du rachis osseux, • étude dynamique possible. CLICHES STANDARD(l5) Ils constituent le bilan de débrouillage à réaliser de première intention(14). Le bilan initial comporte: Un cliché de face permettant l'analyse des corps vertébraux, des apophyses unciformes et épineuses, des pédicules et des lames. Un cliché de profil, dégageant idéalement de la base du crâne à la première vertèbre dorsale. Il permet l'étude: • du diamètre sagittal du canal rachidien (mesuré entre le bord postérieur du coprs vertébral et le point le plus antérieur de l'apophyse épineuse) ; • de la charnière cervico-occipitale et de l'interligne atloïdo-axoïdien ; • des corps vertébraux, des arcs postérieurs, de l'alignement des massifs articulaires et de la hauteur des Inconvénients: • analyse osseuse avec méconnaissance totale du contenu intra-canalaire, • retard diagnostique fréquent (tumeur - infection). MYELOGRAPHIE CERVICALE(17,27) Elle n'est plus faite de première intention en raison de son inconfort et de ses risques(27). Une IRM la précède et apprécie ces risques (possibilité de complication due à l'hyperextension ou à une anomalie de la charnière cervico-occipitale ). disques intervertébraux; • des parties molles pré-vertébrales. Les produits de contraste hydrosolubles sont les seuls à être utilisés. Le siège de la ponction dépend de l'indication. Deux incidences en oblique: explorant les trous de conjugaison droits et gauches, les processus unciformes et les pédicules. La voie sous-occipitale Ces incidences de base sont éventuellement complétées par d'autres incidences. Cliché de face bouche ouverte pour l'étude de la charnière cervico-occipitale. Etude dynamique de profil (manœuvres de flexion et extension réalisées avec prudence chez un sujet conscient et à distance d'un traumatisme) pour étudier: • une subluxation atloïdo-axoïdienne en mesurant la distance entre l'arc antérieur de l'atlas et la face anté- Elle est réservée aux compressions médullaires à cause du risque d'aggravation lors de ponctions réalisées sous le niveau de la compression. Un blocage complet à l'écoulement du LCR nécessite une injection par voie basse pour préciser le pôle inférieur de la compression. Elle est complétée par un examen scanographique, qui fournit une excellente étude des espaces sous-arachnoïdiens, de la moelle et de l'origine de la compression. rieure de l'apophyse odontoïde ; elle est pathologique chez l'adulte quand elle est supérieure à 2,5 mm ; • la mobilité rachidienne après un traumatisme ou une intervention chirurgicale (ostéosynthèse - greffe osseuse). Incidence en "faux profil" et incidence de Dorland, qui dégagent les massifs articulaires. Charnière cervico-dorsale de face et de profil : cette région est difficile à explorer en raison de la superposition des épaules, ce qui nécessite une traction sur les bras et des clichés plus pénétrés. Les tomographies sont souvent un complément intéressant pour l'étude de la charnière. Tomographies conventionnelles: elles gardent des indications malgré la scanographie pour l'étude osseuse en incidence sagittale et frontale. Elles doivent être réalisées, si possible, en balayage complexe. La voie latéro-cervicale C'est la plus utilisée, patient en procubitus et en hyperextension cervicale (elle est contre-indiquéee en cas de traumatisme cervical). Un matériel radiologique permettant une scopie de profil est indispensable. La ponction est faite entre les arcs postérieurs de CI et de C2 dans la partie postérieure du fourreau duraI. Elle fournit de meilleures images à l'étage cervical que la voie sous-occipitale, car le produit de contraste tend moins à s'écouler vers les citernes de la base du crâne ou le rachis dorsal et donne une excellente analyse des racines cervicales sur les incidences de 3/4. Sur la plupart des installations, les autres segments rachidiens ne peuvent pas être explorés. 160 J.c. MAILLARD. Y. ROLLAND. F. LE BRAS. C. MARSi\lIL La voie lombaire T Chacune des coupes réalisées est photographiée double fenêtrage : • étroit pour l'étude des parties molles, • large pour l'os. De réalisation facile, elle a pour inconvénient de nécessiter un basculage important avec un risque de dilution du produit de contraste, qui rend l'image souvent ininterprétable. En cas de compression médullaire, elle peut aggraver l'état neurologique du malade . en L'examen est parfois complété par : • des reconstructions dans un plan perpendiculaire à .celui de l'acquisition (plan coronal, plan sagittal, plan oblique), • des mesures de distance, • des mesures de densité ou de surface. La myélographie présente les avantages et inconvénients suivants: Avantages: • étude excellente des espaces sous-arachnoïdiens, • mise en évidence du conflit radiculaire, • étude dynamique possible, • étude possible en cas de troubles statiques majeurs (scoliose), • examen facile à réaliser en urgence (compression), • seul examen possible en présence de matériel ferromagnétique (ostéosynthèse) dans la zone à explorer. Particularités de l'étude cervicale La région cervicale est caractérisée par : • des disques fins, • la pauvreté de la graisse épidurale, • la richesse des plexus veineux intra-rachidiens, • la médiocre visibilité spontanée de la moelle, • une étude difficile de la région cervicale basse chez les sujets corpulents du fait des épaules. Inconvénients(27) : • risque de la ponction, • toxicité des produits de contraste et effets secondaires (céphalées), . • mauvaise étude des anomalies intra-médullaires, de l'espace épidural et du segment extra-durai des racines, • opacification insuffisante sous un obstacle pour la voie d'abord sous occipitale, • faible spécificité diagnostique. Ces caractéristiques conditionnent la réalisation de l'examen dans le cadre de la pathologie disco-dégénérative. L'examen est effectué avec injection de produit de contraste iodé en boltÎs (2 ml/kg au total) sur chaque étage exploré avec des coupes fines, parallèles au disque et jointives, du pédicule sus-jacent au plateau supérieur de la vertèbre sous-jacente. SCANOGRAPHIE La technique varie selon la pathologie recherchée: • coupes sans et avec injection à l'étage suspect dans le cadre de la pathologie tumorale, infectieuse ou inflammatoire, • coupes sans injection lors des traumatismes rachidiens. La scanographie occupe actuellement une place primordiale dans l'exploration du rachis et de son contenu. L'exploration scanographique du rachis, orientée par les données cliniques, doit obéir à une méthodologie stricte. L'examen scanographique peut être complété par un myélo-scanner qui combine les avantages du scanner et l'opacification des espaces sous-arachnoïdiens(14). Ses principales indications sont: • les compressions médullaires pour étudier le niveau du blocage et l'étage sous-jacent, • l'analyse du siège d'une lésion par rapport aux différents espaces (intradural extramédullaire, intramédullaire ou épidural). Principes générauX(14) L'examen est pratiqué dans le plan axial en position confortable pour éviter les artéfacts de mouvements. La connaissance préalable du dossier clinique et de la technique scanographique est nécessaire pour une exploration complète demandée par le clinicien. La scanographie nients suivants: présente les avantages et inconvé- Conduite pratique de l'examen Avantages: • examen ambulatoire, non traumatique et peu irradiant, • visualisation du canal ostéoligamentaire, de l'espace épidural et du disque, • bonne caractérisation tissulaire (os - parties molles liquide céphalo-rachidien - tissu pathologique), • mesures de densitéetde distance. Le repérage des coupes est indispensable et se fait par le mode radio (ou scout-view ou topogramme). Il est réalisé de profil à l'étage cervical. Il permet de repérer les coupes et leur inclinaison par rappport aux vertèbres. Le diamètre du champ d'exploration est adapté à la région étudiée et au sujet. 161 [MAGERIE DU RACHIS CERVICAL Inconvénients: DE L'ADULTE IMAGERIE PAR RESONANCE notamment). Les séquences d'écho de spin (T2) sont préférables dans le cadre de la pathologie osseuse ou intra-médullaire. Les séquences d'écho de gradient ont l'avantage d'être plus courtes et de pouvoir réaliser des coupes jointives. Elles sont plutôt utilisées dans la pathologie dégénérative. L'apparition de séquences d'écho de gradient en 3 DFT permettant des reconstructions fines dans des plans multiples, est prometteuses(10.31); • une séquence axiale complémentaire est nécessaire aux étages pathologiques(l8). MAGNETIQUE (IRM) Ce schéma se modifie en fonction • examen fragmentaire (nombre limité d'étages étudiés), • examen non dynamique, • étude limitée du contenu du sac duraI (et en particulier de la moelle), • examen de réalisation difficile en cas de troubles importants de la statique ou en présence de matériel d'ostéosynthèse. des données cli- niques et du résultat des séquences précédentes. L'injection de produit de contraste (dérivé du Gadolinium) complète le bilan en : • pathologie infectieuse et inflammatoire, • pathologie tumorale vertébrale, • pathologie intra ou extra-médullaire. Rappel général L'IRM fait appel aux propriétés magnétiques de certains noyaux en particulier des protons de l'hydrogène. Le contraste en IRM dépend pour un type de séquence donné, de plusieurs paramètres: • la densité en protons, • les facteurs de relaxation Tl et T2, • le flux sanguin. Anatomie normale Séquence en Tl (figure I a) La densité en protons est assez voisine dans les tissus biologiques et influe peu sur le contraste. Le contraste dépend surtout des deux autres paramètres: les facteurs de relaxation, Tl et T2, et le flux. Les facteurs de relaxation et les phénomènes de flux s'étudient par les séquences que l'utilisateur définit. Chaque séquence est caractérisée par : • le TR = temps de répétition, • le TE = temps d'écho, • alpha: angle de basculage, et tend à privilégier l'expression d'un facteur et minimiser celle des autres pour faciliter l'interprétation de l'image. Les images pondérées en Tl donnent une vue morphologique du rachis et du contenu intra-rachidien. La moelle a un signal intermédiaire. Elle est bordée par le liquide céphalo-rachidien et les espaces sous-arachnoÏdiens. Sur les séquences pondérées en Tl, la corticale osseuse, les ligaments et le liquide céphalo-rachidien en hyposignal se confondent. Le diamètre réel du canal rachidien ne doit donc pas être analysé sur les séquences en Tl. Au niveau rachidien, le signal est variable: la spongieuse osseuse est hyper-intense à cause de sa forte teneur en graisse du moins chez l'adulte, alors que la corticale osseuse est très hypo-intense à cause de sa teneur en calcium. Séquences A l'étage cervical, les séquences utilisées sont des séquences d'écho de spin ou d'écho de gradient(18). Séquences pondérées en T2 (figures 1b) Elles présentent 2 intérêts: • un intérêt analytique, car ce sont les séquences les plus sensibles aux modifications du contenu en eau des tissus; • l'autre intérêt est d'obtenir un "effet myélographique" où le liquide céphalo-rachidien devient hyper-intense. Cette séquence distingue la corticale osseuse, les ligaments et le liquide céphalo-rachidien, ce qui permet d'estimer le diamètre du canal rachidien. Ces séquences permettent d'obtenir des coupes dites pondérées en Tl et en T2. Les séquences pondérées en Tl donnent une vue morphologique du rachis cervical et de son contenu, alors que les coupes pondérées en T2 sont des images dites fonctionnelles, car plus sensibles aux variations pathologiques(1I). Protocoles d'examen Le protocole d'étude, à l'étage cervical, comporte: • une séquence sagittale morphologique pondérée en Tl, elle est habituellement réalisée en écho de spin. Les coupes doivent être les plus fines possibles (3 à 4 mm) ; • une séquence sagittale pondérée en T2, c'est une séquence longue, soumise à de nombreux artéfacts (flux Lors des séquences pondérées en T2, on peut étudier l'état du disque intervertébral. Il existe une ligne hypointense à la partie antérieure et centrale du disque: c'est la "fente intra-nucléaire" sans corrélation anatomique démontrée. Elle est le témoin de la "normalité" du disque intervertébral. 162 J.C. MAillARD. Y. ROllAND. F. LE BRAS, C. MARSAULT • Figure la • Figure 1b L'inconvénient majeur des coupes pondérées en T2 est l'importance des artéfacts, qui doivent être corrigés par des artifices techniques variables selon l'appareillage (gating cardiaque, compensation de flux, etc, ..). osseuse), coupes encore épaisses, nombreux artéfacts non éliminés, durée d'examen (30 à 45 mm), nécessité d'un patient coopérant, résolution spatiale inférieure à la myélographie ou au myélo-scanner pour les lésions de petite taille, L'IRM présente les avantages et les inconvénients vants: sui- Avantages: • examen atraumatique et non irradiant, • coupes dans des plans variés, • approche anatomique (Tl) et analytique (T2) globale de la région cervicale, • visualisation de toutes les structures vertébrales et intracanalaires. ANGIOGRAPHIE MÉDULLAIRE Elle nécessite un cathétérisme sélectif des artères vertébrales et des artères cervicales superficielles et profondes. Elles est réservée à des équipes entraînées, Il s'agit de l'examen de choix pour le diagnostic et le bilan des malformations vasculaires intra ou extra-médullaires et de certaines tumeurs intra-médullaires (hémangioblastome). Elle est indispensable au repérage préopératoire des afférences de l'axe spinal antérieur et des artères vertébrales. Elle précise le caractère hypervascularisé de certaines lésions et peut être complétée par une embolisation, Inconvénients: • impossibilité en cas d'artéfacts ferromagnétiques (ostéosynthèse), de scoliose majeure,en présence de pace-maker ou de clips vasculaires, • examen non dynamique, • problèmes techniques non résolus:mauvaise étude des compressions osseuses(absence de signal de la corticale 163 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE LA DISCOGRAPHIE Contrairement à l'étage lombaire, les indications de la discographie même complétée par le disco-scanner sont très limitées(5). C'est une technique invasive (risque de spondylodiscite ou de ponction artérielle) Elle est supplantée par la scanographie et l'IRM pour le diagnostic des hernies cervicales. Elle reste pratiquée avant les nuc1éolyses pour apprécier la dégénérescence discale et pour rechercher des contre-indications à la nuc1éolyse(5). PONCTIONS-BIOPSIES ET DRAINAGES RACHIDIENS La radiologie conventionnelle permet la ponction des différents segments rachidiens(9). La scanographie apporte un progrès grâce à un bilan simultané de l'os et des parties molles. Elle guide la ponction ou le drainage par la voie d'abord la moins traumatique(l, 22). ..•. Figure 2 Les principales indications(1) de ces drainages ou ponctions sont: • spondylodiscite : la ponction peut-être suivie d'un drainage en cas d'abcès associé; • tumeur vertébrale : la ponction biopsie permet un diac gnostic histiologique en évitant une biopsie chirurgicale. Les complications ou incidents 9500 ponctions)(22). sont rares (0,2 % sur NUCLÉOLYSE Au niveau cervical, la chimionuc1éolyse a été proposée par certains auteurs, mais son usage ne s'est pas répandu autant qu'à l'étage lombaire(5) . ..•. Figure 3a PATHOLOGIE DISCALE ET DEGENERATIVE Hernies discales La hernie discale cervicale est 5 fois moins fréquente à l'étage cervical qu'à l'étage lombaire. Elle survient le plus souvent sur un disque dégénéré. On en distingue deux types sur le plan anatomoc1inique et radiologique: • la hernie discale proprement dite, ou hernie molle (figure 2). Elle correspond à du matériel discal, dégénéré ou non, migré à travers un annulus rompu ou fragilisé. • La hernie discale dure ou unco-discarthrose (figure 3). Elle est la transformation fibronodulaire ca1cificante de la hernie molle avec adhérence au corps vertébral. Radiographies standard Elles n'ont, comme dans toute pathologie qu'une valeur d'orientation. discale, 164 ..•. Figure 3h J.C. MAILLARD, Y. ROLLAND, F. LE BRAS. C. MARSAULT Elles ont pour but d'éliminer une autre étiologie (infection - tumeur). Les lésions dégénératives de discarthrose ou d'uncarthrose sont souvent associées, mais banales à l'étage cervical(24). Parfois, un pincement ou un baillement localisé orientent vers une atteinte discale électi ve. Dans les névralgies cervicobrachiales C8- Dl, une exploration des apex pulmonaires est nécessaire. La scanographie La scanographie, avec injection intraveineuse reste l'examen clé, d'iode, Elle montre parfaitement le bombement discal dans l'espace épidural antérieur expliquant la compression de la gaine radiculaire dans le canal de conjugaison et la compression de la moelle(28) (figures 2 et 3). Dans les hernies dures, il est difficile de faire la part du bombement discal et de la compression arthrosique. C'est dans les cas difficiles que peuvent être proposés deux examens : • une IRM, • ou une myélographie couplée à un myéloscanner. IRM (figure 4) .•. Figure ~a T Figure 4h L'IRM devient l'examen de base dans l'exploration des hernies discales cervicales(23), Le diagnostic de hernie discale cervicale se fait sur les coupes pondérées en Tl. La hernie se présente comme une saillie du bord postérieur du disque dans l'espace épidural antérieur. Le disque est le plus souvent pincé. Les coupes pondérées en T2 : • recherchent, grâce à l'effet myélographique, la compression de la moelle cervicale et/ou des racines, • permettent d'étudier le signal médullaire: un hypersignal est un signe péjoratif de souffrance médullaire(10), • apprécient l'état du disque et de l'os adjacent(23). Les études récentes, comparant l'IRM et le myéloscanner ont montré que ces examens étaient de valeur identique pour le diagnostic de hernie discale, mais que le myéloscanner reste supérieur pour l'étude des compressions d'origine ostéophytique(19). Malgré ces limites, la myélographie et le myéloscanner sont réservés aux cas de discordance radioclinique non résolus par la scanographie avec injection complétée par l'IRM, d'autant que la sensibilité de l'IRM sera probablement augmentée grâce à des séquences 3DFT permettant des reconstitutions fines. Foramen cervical étroit C'est la sténose antéro-postérieure de la partie moyenne du foramen. Elle est la conséquence de l'hypertrophie articulaire postérieure associée à une arthrose de l'uneus. Le diagnostic est fait par la scanographie ou mieux par le myéloscanner. L'IRM ne donne pas une bonne étude de la partie très latérale du foramen obliquement orienté, ni de la compression ostéophytique (19,20). Canalcervicaléuoft A l'étage cervical, c'est le plus souvent une étroitesse constitutionnelle qu'aggravent des lésions dégénératives (figure 3). 165 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE Canal cervical étroit central - myélopathie cervicarthrosique' Les canaux cervicaux étroits constitutionnels sont rare- ment symptomatiques. C'est leur association avec les manifestations arthrosiques et dégénératives, qui les rend symptomatique. Radiographies standard Elles orientent le diagnostic en montrant la dinùnution antéropostérieure du diamètre du canal cervical(24) (elle est pathologique, quand le diamètre est inférieur à 12 mm). L'arthrose associée est très fréquente. Scanographie La scanographie étudie bien en coupes axiales et en fenêtre osseuse la sténose canalaire d'origine discoostéoligamentaire, mais n'apprécie pas bien le retentissement sur la moelle et les espaces sous-arachnoïdiens, qui ne sont pas individualisables(19). IRM (figure 5a) C'est actuellement l'examen à réaliser de seconde intention. Elle remplace la myélographie<20,19). Les coupes sagittales pondérées en Tl montrent la déformation médullaire en regard des zones de compressions discales ou osseuses, l'atrophie médullaire et parfois des cavitations centro-médullaires. La compression est mal analysée, du fait de l'hyposignal des ostéophytes et des ligament noyés dans le LCR. Ce sont les coupes pondérées en T2 qui montrent le mieux le degré de la sténose. Sur les séquences en T2, on recherche des anomalies de signal intra-médullaire, témoins de la souffrance médullaire. Ces zones d'hypersignal sont de pronostic péjoratif(IO). La modification de signal des disques et de l'os sous-chondral secondaire à la dégénérescence est presque constante(21). .Â. Figure Sa ..•.Figure Sb Myélographie cervicale (figure 5b) Les indications de la myélographie diminuent et sont réservées aux cas incertains (bilan pré-opératoire - discordance entre la clinique et l'imagerie scanographique et IRM)(19). Elle permet une étude dynamique impossible par les autres techniques. Elle peut être complétée par un myéloscanner (figure 5c), qui montre bien la compression osseuse et la déformation du cordon médullaire(19) . Dégénérescence discale L'aspect de la dégénérescence discale est à connaître, car fréquemment associée aux autres pathologies. En radiologie standard et en scanographie, le disque dégénéré est pincé, contient de l'air (phénomène de "vide discal") et parfois des calcifications. Une ostéo-clérose des plateaux vertébraux est associée aux stades évolués. En IRM le disque dégénéré est pincé, hétérogène, apparaissant en hyposignal sur les séquences pondérées en Tl et T2. La fente intra-nucléaire n'est plus visible. 166 J.c. MAILLARD, Y. ROLLAND. F. LE BRAS. C. MARSAULT Figure Sc Trois types de modification du tissu spongieux des plateaux adjacents ont été décrits(21). Le premier type de modifications du plateau vertébral est rare (4 %) : c'est un hyposignal en Tl et un hypersignal en T2. Cette anomalie de signal est due à une fissuration et une brèche du plateau vertébral et au développement d'un tissu inflammatoire à la place de la moelle osseuse normale . .•. Figure 6a T Figure 6b Le second type de modification est un hypersignal en Tl et un isosignal ou un hypersignal en T2 et correspond à l'évolution du premier stade, Le troisième type est un hyposignal en Tl et en T2 lié à une ostéosclérose. Cette classification est schématique et d'autres anomalies de signal ont été décrites. TUMEURS VERTEBRALES La pathologie tumorale du rachis pose plusieurs problèmes: • la nature de la tumeur, • la localisation anatomique, • le retentissement intra-canalaire. Nature de la tumeur Le diagnostic précis est souvent difficile du fait de la faible spécificité des explorations radiologiques. Les clichés standard orientent rarement vers une étiologie précise : calcifications des chondrosarcomes, nidus de l'ostéome ostéoïde, lésions multiples des métastases ou du myélome. La scanographie et l'IRM sont complémentaires : la scanographie étudie la corticale osseuse et les calcifications, alors que l'IRM étudie le spongieux osseux(4). L'IRM est le meilleur examen: • pour la détection précoce des métastases vertébrales (figures 6 et 8) et des envahissements de la moëlle osseuse (neuroblastome, lymphome ou hémopathie)(l2), 167 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE • pour la surveillance après radiothérapie des patients âgés, la zone d'irradiation se présente le plus souvent en hypersignal sur les séquences pondérées en Tl, ce qui peut permettre de mieux souligner les récidives tumorales en hyposignal(26) ; l'aspect n'est cependant pas spécifique en particulier chez le sujet jeune et une biopsie osseuse peut s'avérer nécessaire; • pour le bilan initial et la surveillance après traitement des tumeurs osseuses primitives(4, 14). Le diagnostic histologique est obtenu par la ponction biopsie réalisée sous contrôle scopique ou scanographique(l,9). La /ocalisation anatomique L'extension de la tumeur à la vertèbre et aux parties molles adjacentes est mieux analysée par la scanographie, du fait de la meilleure résolution spatiale et de la possibilité de réaliser des coupes très fines, qui apprécient mieux l'anatomie complexe du rachis(l4) (figure 7). .Â. .•. Figure 7c Figure 7b L'IRM est cependant intéressante, car elle permet une étude dans les 3 plans de l'espace . .•. Figure 7a Le retentissement intra-cana/aire En urgence En cas de compression médullaire, l'IRM est l'examen à réaliser en première intention. En l'absence d'IRM, l'exploration comporte une myélographie réalisée par voie sous-occipitale, complétée par un myéloscanner ou par une myélographie par voie basse pour préciser le siège et la hauteur de l'obstacle. En l'absence d'urgence (figures 7, 8). L'IRM et l'examen de choix(4) pour apprécier: • l'envahissement intra-canalaire, • le retentissement sur la moëlle et les racines, • l'étendue en hauteur. 168 J.C. MA1LLARD, Y. ROLLAND, F. LE BRAS, C. MARSAULT En l'absence d'IRM, le bilan d'extension est fait par la myélographie, complétée du myéloscanner. INFECTIONS (figures 9a et b) Le diagnostic des infections rachidiennes est difficile, ce qui explique le retard diagnostique et le risque de complications neurologiques à l'étage cervical. Le délai entre l'apparition des signes cliniques et radiographiques est de 2 à 8 semaines(6). Les scintigraphies sont positives une à deux semaines avant les clichés standard, mais leur spécificité diagnostique est faible(7). En scanographie, les atteintes discovertébrales d'origine infectieuse sont dépistées plus tôt qu'avec les clichés standard(6). Il existe un pincement discal, une destruction et une condensation osseuse associés à des abcès des parties molles périvertébrales. Une ponction à visée bactériologique peut-être faite grâce à la scanographie, quand les autres prélèvements sont négatifs. • Figure Sa • Figure Sb T Figure Sc • Figure 9a 169 T Figure 9b IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE L'IRM est devenue l'examen de choix dans l'exploration des spondylodiscites(18). L'IRM permet un diagnostic plus précoce que la scanographie et plus spécifique que la scintigraphie(18). L'aspect est caractéristique en montrant une anomalie de signal du disque et des vertèbres adjacentes. Il existe un hyposignal en Tl et en hypersignal en T2 du disque et de l'os adjacent, mal limité, avec une disparition de la fente intranucléaire. C'est l'examen de référence en cas de compression médullaire. L'injection de Gadolinium montre une prise de contraste homogène du disque et de l'os adjacent. Elle souligne mieux l'atteinte des parties molles paravertébraIes et de l'espace épidural. Les infections parasitaires du rachis sont rares. L'hydatidose osseuse est la parasitose la plus fréquente au niveau du rachis. La localisation rachidienne représente la moitié des localisations osseuses et touche préférentiellement les segments dorsaux et lombaires du rachis. Les radiographies standard montrent des géodes multiloculaires et l'absence d'anomalie discale. La scanographie et l'IRM confirment les lésions multi-kystiques liquidiennes ne se rehaussant pas après injection de produit de contraste. La ponction-biopsie est contreindiquée. Le diagnostic repose sur l'origine géographique des patients, les autres localisations de la maladie et la sérologie. PATHOLOGIE INFLAMMATOIRE (figure 10) .•. Figure Ua La polyarthrite rhumatoïde touche dans 55 à 90 % des cas le rachis cervica)(l6). Le diagnostic de l'atteinte osseuse est fait par les radiographies standard et l'IRM, T Figure qui montrent les érosions osseuses et l'hypertrophie du pannus. La luxation atloïdo-axoïdienne est la complication la plus grave à l'étage cervical. Elle s'explore par des clichés standard dynamiques, plus rarement par l'IRM dynamique en coupes sagittales(16) qui a l'avantage de montrer la moëlle. Une compresssion plus bas située est possible mais plus rare. L'atteinte du rachis cervical est moins fréquente dans l'évolution des autres rhumatismes inflammatoires. 10 PATHOLOGIE INTRA-RACHIDIENNE ET MEDULLAIRE Actuellement l'IRM est l'examen de première intention, dès que l'on suspecte ce type de pathologie. Les tumeurs de la moelle épinière et de ses enveloppes sont rares (15 % des tumeurs du système nerveux central et de ses enveloppes). Tumeurs intra-médullaires (figure 11) Avant l'IRM, le diagnostic de ces tumeurs était difficile. La myélographie et le myéloscanner ne montraient que des signes peu spécifiques d'élargissement médullaire(l) 170 J.C. MAILLARD. Y. ROLLAND, F. LE BRAS, C. MARSAULT et sont abandonnés pour le diagnostic de tumeur intramédullaire, En IRM, il existe 3 signes de tumeurs intramédullaires(S, Il, lS) : 1 - un élargissement quasi constant du diamètre de la moelle, 2 - des anomalies variables du signal intra-médullaire : - l'aspect le plus fréquent est une lésion hyposignal en Tl et iso ou hypersignal en T2 ; - les éventuels kystes associés ont un signal variable selon leur composition (kystes simples, riches en protides ou hémorragiques) ; 3 - une prise de contraste, après injection de Gadolinium, peut permettre une meilleure délimitation de la tumeur des kystes tumoraux. Le diagnostic différentiel entre astrocytome et épendymorne, qui représentent 90 % des tumeurs intra-médullaires de l'adulte, n'est pas possible par l'IRM(S, 11). .•. Figure Ub Tumeurs intradurales et extra-médullaires T Figure Ue Ce sont les tumeurs intra-canalaires les plus fréquentes. Les neurinomes et les méningiomes représentent 90 % des tumeurs intra-durales et extra-médullaires. Le diagnostic des tumeurs intra-durales extra-médullaires est facile par l'IRM en réalisant des coupes dans les plans multiples avec injection de Gadolinium. Le principal problème diagnostique est de différencier le neurinome (figure 12) du méningiome (figure 13)(30) : • le neurinome est plus fréquent que le méningiome à l'étage cervical, • les neurinomes ont une localisation antéro-Iatérale préférentielle avec une extension possible en sablier par T Figure 12 171 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE kyste dermoïde ou épidermoïde) mais le diagnostic est parfois évoqué, car elles contiennent de la graisse. L'aspect de la graisse est caractéristique par ses densités négatives en tomodensitométrie (inférieur à 20 unités Housfiels) et par l'hypersignal sur les séquences pondérées en Tl. Les métastases intra-durales sont peu fréquentes (tumeurs primitives du système nerveux, cancer du poumon, cancer du sein et mélanome) et sont habituellement mieux vues par la myélographie et le myéloscanner car elles sont souvent de très petite tailleCl4,30). Cette difficulté s'explique par les pulsations du liquide céphalo-rachidien, la petite taille des nodules, l'hyperprotéinorachie et la mobilité des racines. Cependant l'IRM est réalisée de première intention couplée à une étude du LCR. En cas de discordance entre l'étude du LCR et l'IRM, une myélographie totale est faite. Pathologie vasculaire (figure 14) Malformations • Figure 13a vasculaires de la moelle La place de l'IRM est limitée dans la pathologie malformative vasculaireCl8) : • elle visualise la malformation vasculaire sous forme .." Figure 13b de vaisseaux dilatés, ainsi que son nidus, • elle apprécie le caractère circulant ou thrombosé de la malformation, avant €t après le traitement. Le diagnostic, le bilan préopératoire et éventuellement le traitement reposent sur l'artériographie médullaire. Il n'y a que dans les angiomes cryptiques (ou cavernomes), où l'IRM est la plus contributive en montrant un nodule hétérogène fait de zones d'hémorragie d'âge différent(l4) . .." Figure 14a le trou de conjugaison, qui est agrandi (cet agrandissement est visible sur les clichés standard en oblique et sur la scanographie), • la localisation préférentielle des méningiomes est la partie postérieure du canal rachidien, • les méningiomes ont une zone d'insertion méningée, • les calcifications sont évocatrices du diagnostic de méningiome (psammomes), • la cinétique vasculaire: le neurinome s'injecte de façon intense, mais plus lentement que le méningiome. Les autres tumeurs intra-durales sont rares (lipome, 172 J.c. MAILLARD, Y. ROLLAND, F. LE BRAS, C. MARSAULT Ischémie Les lésions,d'origine vasculaire peuvent expliquer certains signes cliniques aberrants lors des myélopathies cervicales ou de certains traumatismes. L'IRM peut montrer des anomalies de signal ou des cavitations intra-médullaires visibles sur les séquences pondérées en T2. Syringomyélie (figure 15) La syringomyélie est une maladie chronique de la moelle caractérisée par la présence de cavités intramédullaires indépendantes du canal de l'épendyme. L'IRM suffit à elle seule au diagnostic et au bilan des syringomyélies. Les techniques de myélographie, couplées à un scanner sont devenues inutilesC3, 13).L'aspect IRM est évocateur: il s'agit d'une fente centro-médullaire de signal identique à celui du LCR sur l'ensemble des séquences réalisées(3). L'IRM doit préciser la taille de la moelle, l'étendue du kyste en hauteur en précisant son niveau inférieur et l'existence éventuelle d'une malformation associée (Chiari 1 le plus souvent). L'IRM permet des contrôles post-opératoires, en sachant qu'il n'existe pas de parallélisme entre l'évolutivité clinique et celui de la cavité centro-médullaireCl3) . .•. Figure 14b Sclérose en plaques T Figure 15 La petite taille du cordon médullaire et l'importance des artéfacts sur les coupes pondérées en T2 rendent difficile le diagnostic de sclérose en plaques à l'étage médullaire. Devant une image anormale d'élargissement à l'étage médullaire ou d'anomalie de signal intra-médullaire non spécifique, les meilleurs arguments diagnostiques en faveur d'une sclérose en plaques sont la présence d'hypersignaux en T2 dans les régions péri ventriculaires à l'étage encéphalique, la régression des lésions lors des contrôles successifs en IRM, le tableau clinique et paraclinique (LCR et potentiels évoqués)C29). CONCLUSION La scanographie et l'IRM sont devenues des techniques d'examen privilégiées du rachis et de la moëlle. Même si la scanographie et l'IRM suffisent le plus souvent au diagnostic de la pathologie cervicale, il reste des indications pour les techniques invasives comme la myélographie et l'artériographie médullaire. 173 IMAGERIE DU RACHIS CERVICAL DE L'ADULTE BIBLIOGRAPHIE _ 17 - MEDER J.F., CHIRAS J., MISSIR O., FREDY D. Myélographie cervicale. Fiches techniques Schering. 18 - MODIC M.T, WEINSTEIN MA, PAVLICEK W, BOUMPHREY F., STARNES D., DUCHESNEAU P.M. ] - ADAPON B.P., LEGADA B.D., LIM EVA, SILAD J.V., DALMACIA-CRUZ A. CT guided closed biopsy of the spine. J. Comput. Assist. Tomogr., 198],5,73-78. 2 - AUBIN ML., JARDIN c., BAR D., VIGNAUD J. Computerized tomography in 32 cases ofintraspinal tumor. J. Neuroradio!., 1979,6,81-92. 3 - AUBIN ML., BALERIAUX D., COSNARD G., CROUZET G., DOYON D., HALIMI P., MANELFE C. MRI in syringomyelia of congenital, infectious, traumatic or idiopathic origin. A study of 142 cases. J. 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