le port de francfort - Peace Palace Library
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7« Année. N° 3 15 M a r s 1929. LA NAVIGATION DU RHIN R E V U E D E LA NAVIGATION I N T É R I E U R E LE PORT DE FRANCFORT SON DÉVELOPPEMENT ET SON RÔLE ACTUEL DANS LE TRAFIC FLUVIAL DU REICH par Walter BING Docteur en Droit. La ville de Francfort est située au point do jonction de nombieuses routes, d'importantes voieis feri'rées et aériennes el au centre du gi'and réseau navigable Rhin-MeinDanube. Cette situation géographique, extrêmement favorable, prête à la métropiote du Mein Je caractère d'un cheflieu économique do i-éputation internationailc. D'après les dernièies publications statistiques, le (erritoire municipal de Fi-ancfort, couvi'ant 19.402 ha, se place au troisième l'ang parmi les tei-ri(oires dos grandes villes d'Allemagne. Sa popiuilation dópa&so actuellement le chiffre de 555.000 habitants, soit 28 habitants pei' heclai'c do temiloire urbain Le développement de la const ruci ion est relativement bon: en 1927, 2.935 nou\elles habitations (à loyer moyen et à bon mai'che) furent construites sui\anL les projets de l'architecte municipal Ernest May. Ces nouvelles const ructions représentent une valeur d'environ 23.400.000 Mk Francfort possède pmimi les viHle-s allemandes la quolcparf la plus élevée dans ^acfi^i(é do l'industrie du bàlimenl. L'extension du tiafic génerail de FrancforI, siège d'une des grandes diicctions de l,a Reichsbahn, mérite une attention toute particuliere. C'est là que se croisent les deux lignes intei nationales Londres-Constantinople et Stockholm-Rome. Le nombre des trains arrivant et partant de la gare centrale de Francfort atteint 500 par jour (dont 1Ü5 sont dos trains rapides). 29 lignes de tramways électriques et 9 lignes d'autobus sont à la disposition de la circulation locale. Une Dii-ection supérieure des Postes el Telcgiaphes du Reich (Oberposidirektion), un Bureau de Chèques postaux (Posl&chekamt), 29 bureaux de poste uibains et un bureau special rattaché à la gare centrale, un olllce télégraphique et 7 centrales téléphoniques (dont 5 automatiques) complètent ce réseau de communications moderncsi, qui dessert le commeiTe el l'industrie de la \ille. Los voies aériennes p a i t a n t de Francfort comprennent actuellement 16 lignes, assurant une correspondance directe a\ec 115 autres centres d'Allemagne el de l'étranger. L'autostrade qui sera construite entre Hambourg et Gênes passera p a r Francfort et ne manqueia certainement pas d'animer davantage encore la \ i e économique et la circulation de la région francfortoise. L'importance du tiaflc du poit de Francfort tient au lait que l'état des eaux y est extrêmement favorable. La hauteur moyenne du Mein se tient entre 2 m 02 et 2 m 45. Les 1 estirictions auxquelles le trafic fluvial est soumis par suite des crues saisonnières et des périodes de froid sont restées minimes pendant ces dernières années, à l'exception toutefois de ce dernier hiver qui a amené une situation extraordinaire dans tout le traflc fluvial de l'Europe LA N A V I G A T I O N DU RHIN 99 / L E PR Ol .ÈME DE L'ESCAUT ET LES NÉGOCIATIONS HOLLANDO-BELGES LES COMMUNICATIONS FLUVIALES ENTR E ANVER S ET LE R HIN L important problème de l'Escaut et hollandobelges qui doivent le solutionner ment dans une phase nouvelle. les négociations entrent actuelle peu près à égale distance des points les plus extrêmes de cet hinterland, il s'agit pour Anvers et Rotterdam de conserver le meilleur contact possible avec cet arriérepays On se soucient') que le traité hollandohelge de 1925, sans lequel ces deux ports n'existeraient pas; et Von conçoit qui avail été longuement préparé par M. Emile Vandervelde, qu'il s'agisse véritablement pour ces deux « emporium » Ministre belge des Affaires étrangères, et M. le Jonkheer d'une question de vie et de mort. Les traités de 1839, d'une van Karnebeek, Ministre hollandais des Affaires étrangères, part, la configuration géographique des deux pays, d'autre avait finalement été rejeté en février 1927 par la première pa%,t, ont eu pour conséquence que le port d'Anvers est Chambre néerlandaise. obligé, bon gré, mal gré, de s'accorder avec la Hollande s'il veut s'assurer ce contact avec sou hinterland, auquel Depuis, les experts des deux pays se sont rencontrés 'à il demeure attaché par dessus tout. El Von conçoit que le plusieurs reprises, notamm.ent à Genève en août 1928, et point de vue hollandais, se résumant en quelque sorte des notes importantes ont été échangées entre les Cabinets dans le point de vue de Rotterdam, il ne soit pas facile de de Bruxelles et de la Huije. trouver un terrain d'entente. C'est pourquoi également, au Nos^ lecteurs ont été tenus au courant de la marche des cours des négociations qui poussent la Belgique à demander négociations. Nous avons exposé succinctement les différents une liaison plus facile et plus directe avec son hinterland, projets qui étaient mis en avant par chacune des parties on voit surgir chaque jour de nouveaux problèmes et finalement nous avons résumé la dernière phase des techniques aussi graves les uns que les autres. La question négociations, la remise, le Ui janvier ■1929, à la Haye par de la passe du Hellegat, dont nous parlons dans ce même le Gouvernement belge d'une note qui constitue non numéro, la question de la passe du Kreekrak sont autant seulement la réponse aux dernières suggestions hollandaises de phases de ce problème capital ; et si Von songe aux efforts d'octobre 1928 mais encore un exposé définitif, et l'on pour formidables entrepris à la fois par les administrations rait même dire ne varielur, du point de vue belge. communales des deux grands ports concurrents dans le Cette note dont nos lecteurs trouveront plus loin une but cVassurer à ces derniers la suprématie, on comprendra longue analyse, bien qu'elle n'ait pas encore été publiée, Vacharnement avec lequel la bataille est menée des deux a été longuement commentée dans les deux pays. Pour côtés de la frontière. T ous les jours, la presse de Belgique nous, nous nous garderons de reproduire les nombreux et celle des Pay.sRas s'ingénient à découoir des arguments articles de presse qui paraissent chaque jour des deux en faveur du point de vue national. côtés de la barricade. Nous voulons simpilement présenter Du côté belge, il semble que Von s'en tienne uniquement cette question, en mettant en lumière les principaux à des arguments techniques et il n'est pas difficile aux arguments qui sont formules pur chacun des deux pays. spécialistes belges de démontrer combien la voie actuelle Lorsque l'on examine ce problème de l'Escaut d'un point est dangereuse et inutilement longue. Les armateurs français, de vue un peu élevé, on ne peut s'empêcher de constater suisses ou allem.ands qui conduisent leurs chalands jusqu'à qu'il tourne, non pas tant autour d'une amélioraiion de la Anvers et surtout les assureurs de tous les pays n'ont pas voie d'eau entre Anvers et le Rhin, mais autour de l'exis besoin de faire preuve de grande impartialité pour affi,rm,er tence même des deux grands ports septentrionaux, autour que la voie navigable actuelle à travers les passes de de la concurrenc entre le port d'Anvers et le port de VEscaut offre des danger^ incalculables piour la navigation. Rotterdam. Il s'agit, pour l'une et Vautre de ces puissances Il arrivera un jour où ces dangers tourneront en véritables portuaires, de s'assurer pour l'avenir un débouché suffi catastrophes, comme c'est actuellement le cas pour la passe samment facile vers la mer et, surtout, de conserver les du Hellegat. relations fluviales qui leur sont indispensables avec le Du côté hollandais, on conçoit que les arguments soient vaste hinterland qui les font vivre toutes deux. Placés à principalement des arguments politiques, c'estàdire de principe. Le port de Rotterdam se trouve posséder une voie d'eau rapide et parfaitement siire pour ses relations avec ') Cf. cette Kovue. 15 mars 1927 j \ 101; 15 ; n i i l 1927, p. 213; 15 août 1928, p. 333; 15 décembre 1928, p. 515; 15 février \9'^9 Vhinterland européen. Ce grand port n'a rien à gagner à p. 88. une modification quelconque du régime établi par les traités 100 LA N A V I G A T I O N DU R H I N (le 1839. Peut-être aurait-il à y perdre. Mais dans tous les cas, il s'agit pour lui de ne rien céder actuellement qui pourrait compromettre l'avenir. Anvers prétend au titre de pxnssance rhénane et, comme telle, réclame une meilleur liaison avec de Rhin. Rotterdam dénie à .son concurrent un titre qui ne lui a été conféré qu'artificiellement. Elle déclare que le port belge ne saurait avoir d'autre liaison avec .ion hinterland qu'une liaison ferroviaire, laquelle se trouve déjà, de par la nature même du pays, suffisamment assurée. On conçoit donc que, partant de ces principes, la presse hollandaise ait immédiatement déclaré que les Pays-Ras ne feraient pas d'objection au creusement d'un canal qui partirait de Rath, sur l'Escaut occidental, et aboutirait, au Nord, à Dintelsas, mais qu'ils entendaient absolument demeurer dans le cadre des traités de 1839. Rien qu'aucune note officielle n'ait encore paru en Hollande, on peut considérer cette thèse comme celle du Gouvernement de la Haye ou plutôt comme celle de Hotte)dam, ce qui revient au même. En résumé, si l'on a un peu tendance en Relgique à mêler deux questions bien distinctes: l'entretien par la Hollande de la voie navigable de l'Escaut, depuis la frontière jusqu'à la mer, et, d'autre part, le ci-eusement d'un canal entre Anvers et le Rhin, par contre, en Hollande, il semble que Von ait nettement fait la différence entre les deux questions et, si l'entretien des passes de l'Escaut par la Hollande pourra vraisemblablement aboutir à un accord, le creusement d'un canal Anvers-Rhin, au contraire, rencontrera, pour les raisons que nous avons exposées plus haut, l'opposition irréductible des milieux fluviaux et maritimes hollandais. Pour la Relgique, la question de l'Escaut est devenue une question nationale. Tous les partis politiques l'inscrivent dans leurs programmes électoraux et un immense mouvement d'opinion se fait jour pour éviter l'irréparable. Actuellement, les esprits ont été tellement montés à propos de ce problème qu'il semble impossible au Gouvernement belge d'accepter une solution intermédiaire. U ne reste plus qu'à attendre la réponse hollandaise. Mais il est tics probaJjle, comme nous l'avons déjà annoncé, que les Gouvernements respectifs ne prendront aucune décision avant le résultat des élections législatives qui auront lieu poui les deux pays dans le courant de cette année. Et encoie, prendront-iU une décision? Arriveront-ils à un accord? C'est ce que nous étudierons prochainement. LE POINT DE VUE BELGE Ce serait une erj-eur d'atflrmer que, jusque dans ces dernières années, l'opinion publique et les Gouvernements qui se sont succédés au pouvoir aient fait preuve d'un intérêt particuliei- pour le problème du développement des voies navigablcis belges. Comme le dit M. Woestyn, président de la Commission de Vullgiarisiation de la batellerie rhénane belge, dans une étude qu'il vient de publier sur les transports fluviaux en Belgique, le montant total des frais de premier établissement et d'aménagement engages par l'Etat Belge pour les voies navigables, depuis 1830 jusqu'en 1914, est inférieur à 400.000.000 de fi'ancs, alors que le capital investi dans les chemins de fei' de l'Etat atteignait, en 1914, près de trois milliards de francs. La politique belge en matière de transports tendait donc pilutôt à l'extension du léseau ferroviaire qu'au développement de la navigation intérieure. Cette politique s'expliquait par dies raisons d'ordre géographique et aussi par des considérations politiques. La faible étendiue du territoire ne favorise guère le trafic intérieur par voies navigables. Le gabarit étriqué des camaux belges ne permet une utilisation avantageuse du bateau que pour les envois à longue distance et c'est la raison pour laquelle les transports internationaux ont toujours eu la part dû lion d a n s lie chiffre total des expéditions fluviales. La configuration orographique n'est en général pas favorable au développement méthodique du réseau hydraulique belge: l'allure des fleuves et rivieres suit une direction Sud-Nord et il en résulte une sépaiation très caractéristique entie le basisin hydrographicfue de la Meuse, fortement industrialisé, et celui de l'Escaut qui aboutit aux ports maritimes. Les soudures artificielles qui ont été faites entre ces bassins, au Nord pai- le canal de la Campine et au Sud par le canal du Centre, achevé par les Allemands durant la Grande Guerre, ne répondent d'aucune maniere aux besoins de la grosse industrie belge. Le traflic d'importation auquel ces voies de raccordemcnl font face est peu considérable. La jonction des grands centres industriels des bassins de la Meuse, de la Sambre, de la Meurthe et de la Moiselle avec la mer, reste assurée, en ordre principal, par la voie terrée et ce sont îles produits originaires de ces légions, ainsi que les matières premières qui leur sont destinées, qui alimentent la ]3iluis grosse part du trafic des marchandises pondéreuses, assuié par les chemins de fer belges. Des considérations d'ordre international n'ont pas été étiangeres à la faveur dont ont toujours joui, en Belgique, les tianspoi-ts ferroviah'es. Lorsqu'en 1830, la Belgique se sépara de la LIollande, celle-ci garda la mainmise sur les communications fluviales avec la Meuse, le Rhin et la mer. Il n'est pas étonnant que les dirigeants de la politique belge aient tenu compte de cette situation tout à fait spéciale. On peut lire, notamment, dans le « droit administratif» de Defooz, cfu'un des buts poursuivis par le législateur belge, en votant la loi du lei mai 1834 sur les chemins de fer, était de « nous affranchir de la navigation dtans les eaux intéiieuies en Hollande et de rendre la fermeture die l'Esicaut illusoire ». C'est le même souci qui a fait préférer, en 1873, la construction de la liigne ferrée d'Anveris-Rhin à MunchenGiladbach au creusement d'un canal Anveris-Rhin que la Belgique avait la latitude de choisir par application de l'art. XII du traité de 1839. S**«^T C ^ o e ^ V JC^Ii^r?^ LA N A V I G A T I O N DU Les bouleversements piofonds rausés par la guerre lOl/i1918 ont fini par mettre en évidenice toute l'imiportance éconoimique que présente pour u n pajis la possession d'un réseau de voies d'eau modernes et spacieuses. Le parti tiré par les belligérants d'une navigation iudicieusement organisée et l'exemple des pays voisins ont fini pai' dessiller les yeux mêmes des partisans les plus convaincus de la primauté du chemin de fer. La concurrence s u r les marchés mondiaux devient de plus en pilus âpre. Les frais de transport représentent un élément impoi'tant diu prix de revient et les industriels et oomimerçants belges ont reconnu, à leur tour, s'ils ne peuvent profiter dans r a \ e n i r de voies de com-munications analoigues à celles dont disposent leurs concurrents allemiaîids, néerlandais et autres et qui permettent à ces derniers de transpoirter les mai'chandlses pondcreuises aux taux extrêmement réduits, pratiqués dès à présent sur le réseau rhénan, leur prospérité, leur existence même, liée au bon marché de la production, est irrémédiablement compromise. L'aolièveiment du Rhein-Herne-Kanal en 1914, qui a ajouté un trafic annuel nouveau de près de 19.000.000 de tonnes à l'imposant mouvement coimmercial desservi par le Rhin, la mise en service prochaine du canal de la Lippe, qui fixera au bord de l'eau une nouvelle série de mines allemandes actuellement desservies uniquement par la voie ferrée, la modernisation du Main et du Neckar, la jonction Main-Danube, le creusement du grand canal d'Alsaice, du Mittelland-Kanal, du canal Amstendam-Rhin et la canalisation de Ja Moselle ne sont que l'aboutisisement in-atique do cette reconnaissance universelle de l'importance économique des grandes voies hydrauliques qui doivent relier tous les centres importants de l'industi'ie lourde aux portes de soi tie vers Ja mer Si la prospérité économique de la Belgique lui permettait, avant le cataclysme de 1914, quelque gaspillage de forces, la Guerre a précipité les choses et la Belgique ne peut, sous peine de déchéance rapide et cei laine, se dcsintéresseï' de l'évolution pirofonde qui se manifeste dans les pays voisins et concurrents on ce qui concerne l'outillage économique des ports maritimes et leurs liaisons faciles et à bas prix avec l'hinterland. Ce sera l'honneur des hommes d'Etat belges, auxquels fut confiée la lourde tâche de mener les négociations avec les Pays-Bas en vue de ila comcilusion d'un nouveau traite destiné à remplacer ceJui de 1839, devenu caduc, d'avoir compris toute l'importance économique que revêt, pour la Belgique, la question de ses communications fluviales a^ec le Rhin. Ces communications s'effectuent, à l'heure actuelle, par le canal de l'Escaut et des eaux zélandiaises, pair le canail de Terneuzen et par le Zuid-Willemsvaart. Le projet de tralité rejeté en 1927 p a r la piremière Chambre néerlandaise renfermait des dispositions satisfaisantes en ce qui concerne les améliorations à apporter à la situation existante et tout particulièrement « le consentement des Pays-Bas à la construction sur territoire néerlandais d'une voie d'eau partant des bassins d'Anvers et aboutissant au Iloillandsch Diepi, aux environs de Moerdijk ». Ce fut la cOause relative à cette ^oio d'eau qui souleva l'opposition irréductible de Rotterdam. Une campagne systématiquement organisée et largement subsidiée amena un rerv'irement dans une partie importante de l'opinion publique néerlandaise qui ne s'était guère passionnée jusqu'alors pour la l'evision des traités de 1839. RHIN 101 Tout récemment, les négociations ont été reprises dans le but d'arriver à une entente entre les deux pays s u r cette question cpii domine tout le débat. Si nous idevons en croire les communiqués d'allure oifficielle qui ont p a r u dans la presse néerlandaise et le rapport fait à ilia Coimimission sénatoriale belge des Affaires Etrangères par M. le Ministre d'Etat Sogers, un des négociateutis de Versailles, le Gouvennement néerlandais maintiendrait une oppoisilion absolue à l'insertion d a n s tout nouveau traité d'un tracé de canal partant des bassins d'Anvers et aboutissant au Moerdijk. Les Pays-Bas entendent qu'on respecte scrupuleusement le « cadre de 1839 » et dans cet ordre d'idées « ils ne feraient pajs d'objection à la constniclion d'une nouvelle voie d'eau partant de Bath, traversant le barrage de Woeinsdrecht et, entre deux digues parallèles, l'Escaut oriental en direction de Tholon». Un canal latéral suivrait FEendracht, b r a s de mer ensablé, qui sépare l'île de Tholen du Brabant septentrional. A la hauteur de Nieuw-Vossemeer, ce canal se dirigenait vers le N. E. pour déboucher dans le Volkerak au port de refuge de Dintelsas (voir carte annexée). On rétablirait ainsi assez approximativement la sitation d'aivant 1866 ou la navigation se faisait par le Kreekrak et l'Eendracht. Le raccourcissement sur la roule actuelle par Hansweert et Wemeldinge (135 km) serait de 40 km environ. A premiièie vue, cette proposition paraît constituer une amélioration substantielle sur la situation actuelle. Elle est cependant loin de justifier la dépense considérable que nécessiterait le travail envisagé. Il n'ost pas nécessaire de se livrer à des cal culs coimpliqués pour arriver à la conclusion que le rendement économique qu'on pourrait escompter de la realisation du nouveau projet néerlandais justifierait aimplememt l'opinion sévère émise u son sujet p a r MM. Niei'strasz et Beekman, deux personnalités hollandaises parfaitement au courant de la question. M. Nierstrasz trouAO, dans le Gids, que ce l r a \ a i l csl inutile, mais qu'une oflre néerlandaise de le laisser exé cuter par la Belgique enlèverait à cotte puissanc l'argument juridique qu'elle tiio du barrage do l'Escaut oriental en 1867. M. Beekmann y ajoute, dans le numéro do novembre 1928 du Tijdschrift ran het Koninldijk Ncdorlandsch Aardrijkskundig genootschap, que « pareille entreprise serait vraiment par trop lidicule et que les nombreux millions que coûterait ce travail inutile pourraient beaucoup plus avantageusement être consacrés à l'amélioration de la partie la plus mauvaise de l'Escaut, savoir lia partie située sur territoire belge entre Anvers et la frontière néerlandaise, à une amélioration de l'entretien des passes et à l'enlèvement rapide des épaves ». On pouirrait se contenter des appréciations de ces deux éconoimistes néerlandais, mais la question a été traitée dans ces derniers temps dans diverses publications d'outreMoerdifk d'une manière isi tendancieuse qu'il n'est pas inutile de l'ex^poser d'une manière objective. La Belgique justifie sa demandé de construction d'un canal Anvers-IIoillandsch Diep p a r le besoin urgent d'accroître la sécurité de la navigation internationale entre Anvers et Dordrecht et par la nécessité d'une modernisation de la voie actuelle dont la longueur excessive et les nombreuses sujétions constituent des obstacles insurmontables au maintien et au développement légitime du trafic rhénan des poils maritimes belges, 102 LA N A V I G A T I O N M. Plouvier, armateur rhénan à Angers, a rcsuimc dans un rapport adressé au Congrès Nationail dio la Navigation intérieure de 1928 ^), les dangers et les entraves auxquels est so'umlse la navigation belgo-germano-néerlandaiso dans les eaux intermédiaires enti-e l'Escaut et le Rhin. Il rappelle les nombreux nauifrages isurvenus dans ces parage-s dangereux au cours de la tempête du 18 juillet J924. Nous pouvons y ajouter la liste trop longue, hélas ! des bateaux coulés et avariés à la mi-novembre 1928, avec une mention spéciale pour le malheureux équipage du bateau « Nieuwe Zorg », péri devant le Steenbergsche Sas. Le Hellegat, où selon l'e.xpi'Cbsion imagée do M. Segers, le diable lui-même isemble isouvent s'aimuser à souttler la tempête, vient de se signaler, il y a quelques jours a peine, par une impressionnante série d'échouements dont trois ont été suivis de pertes totales. La profondeui- y est réduite à certains endroits, situés en pilein chenal balisé, à 1 m 20 a mai'ée basse et, comme la déni^elllation moyenne entre la marée haute et 'la marée basse n'y dépasse guère 2 m 10, il n'est pas difficile de supputer la perte de temps subie par les convois qui sont obligés d'attendre devant la passe que le ni\eau de la marée ait suffisamment monté pour permettre le jiassago des bateaux rhénans calant de 2 m 75 à 3 m Et pourtant la situation cconomique de la batellerie rhénane belge est loin d'être assez brililante pour pouvoir s'accommoder d'entra\es nou\ elles ^enant s'ajouter aux nombreuses sujétions et causes de retard décrites dans le rapport de M. Plou\ier. Les statistiques puMices p a r la Commission Centi-ale pour la Na\igation du Rhin renferment à ce sujet des données particulièrement instructi^cs. En 1913, le mouivement total des marchandises acheminées par la voie du Rhin à Lobith (fionticre germanonéerlandaise) se décomposait comme suit : Entrées en Hollande 17.700.000 tonnes Sorties de Hollande 19.800.000 » Total . . . 37.500.000 tonnes La part respecti\e de Roltordam, d'Amsterdam et d'yVnvers dans ce tralie atteignait pendant la même année : Entrées Sorties Total Rotterdam . . . . 7.ÜOO.0OO 15.740.000 22.740.000 Amsterdam . . . 975.000 555.000 1.530.000 Anvers - ' ) . . . . 3.075.000 2.405.000 5.480.000 D'après la même source, la situafion en 1927 était la sui^ ante : Entrées Sorties Total Ensemble du trafic . 29.800.000 24.700.000 54.500.000 Rotterdam . . . 15.265.000 18.000.000 33.265.000 Amistendaim . 1.750.000 550.000 2.300.000 Anvers 3.490.000 1.995.000 5.185.000 La conclusion à tirei- de ces chiffres est éloquente : le trafic total s'est accru de 1913 à 1927 de 50 %. Rotterdam et Amsterdam ont vu leur quote-part augmenter dans la même proportion. Seul, le port d'Anvers -) V. cette Kevue. 15 octobre 1928, p. 413. ') Pour Aiiver.s, les cliiffres cités sont extraits de lu statistique offioielle dressée par le Département des Travaux Publics, les rapports annuels de la Commiesiom Centrale du Bhin ne publiant des statistiques distinctes pour les divers jiorts belges que depuis rArmistiee. DU RHIN est dans la triste situation de voir son tonnage aljsolu rester stationnaire au niveau d'avant-guerre : alOirs qu'en 1913 le traific rhénan au départ et à l'arrivée du grand port belge atteignait encore ^l? du mouvement total à Lobith, cette propoii-tion était tombée à 'ko en 1927 et les indications provisoires que nous possédons relativement au mouve-ment en 1928 nous permettent d'affirmer d'ores et déjà que la situation a encore empire au cours de l'année qui vient de finir. Les statistiques du mouvement de la navigation intérieure entre la Relgique et le Rhin relevées à l'écluse do Hansvveert accusent d'ailloui's un recul très sensible dans ces dernières années. Si, en 1926, 19.058 baleaux du Pdiin jaugeant 14.516.000 tonnes étaient recensés à cette écluse, ce no'mbre était tombé en 1927 à 16.261 (12.421.000 tonnes) et, en 1928, à 15.241 (11.691.000 tonnes). La diminution porte, en ordre principal, sur le trafic au départ des ports belges vers le Rhin qui est to-mbé de 6.224.000 tonnes de jauge en 1926 à 4 903.000 tonnes en 1927 et à 4.419.000 tonnes en 1928"). Autre constatation tout aussi peu i éconfortante : le déséquilibre qui existait en 1913 au port d'Anvers entre les entrées et les sorties des marchandises en provenance ou à destination du Rhin s'est fortement accentué en 1927. Alors que l'écart n'atteignait avant-guerre qu'un demimililion do tonnes environ, il s'est accru jusqu'à 1 million y, de tonnes en 1927 et il en résulte que 55 % des chalands ihénans doi\ent remonter à vide vers le Rhin. Cette situation est confirmée par une étude pai'ue dans la publication néerlandaise Econornische-Statistisrhe Beriehten (no\embre 1928) sous la signature du Dr K. F. G. James. Cette étude est d'autant pilus intéressante que son auteur a eu à sa disposition les données statistiques détaillées rasse^mtolées sipecia'ement par la douane de Lobith durant le premier semestre 1928, à l'intention de l'administration communale de Rottcrdani et de la commission spéciale pour le trafic des maiThandises de détail (stukgoedkommissie). Les conclusions objectives du Di James n'ont pas eu le don de plaire aux chefs de file du Comité d'action contre la ratification du traité hollando-belge et nous avons pu liie dans les numéros suivants dos prétendues précisions qui ressemiblent étrangement à une reculade pair ordre et ne rerposent plus que sui' des hypothèses et des déductions théoriques. Comme les statistiques de la C C. R., qui ont servi de base pour les calculs, donnent pour 1913 uniqueiment les expéditions de marchandises en provenance ou à destination de tovs les ports belges collectivement, le Di Jaimes a eu recours à un artifice de calcul qui consiste à attribuer au trafic rhénan anversois en 1913 la môme Cfuotepai't proportionnelle d a n s l'ensemble du trafic rhénan belge que celle qui résulte de l'examen comparatif des chiffres détaillés par port en 1925 et 1926. Si la règle de ti'ois donne en mathé'matiques des résultats dont l'exactitude est aibsolue, il est loin d'en être ainsi en matière éiconomique. Le Dr James considère les c^énements cfui se sont d'érouilés entre 1914 et 1918 coimme *) Il est regrettable que la statistique néerlandaise se borne à indiquer la capacité des bateaux recensés et non, comme le fait la statistique belge, le tonnage des m^arcbiandises transportées. LA N A V I G A T I O N une parenthese, alors qu'ils ont secoué jusque dans ses fondements la structuie politique et économique do la vieille Europe. H eût été pouitanl lacilo, en l'absence de données deliailiées publiées par la Commission Centiale du Rhin, de consulter les statistiques ofticiellos de la navigation intérieure éditées ciiaque année pai l'Administration communale d'iS,n\ers. Nous le ierons à la pllaice du Dr James et il vei-ra, par leur examen, que la première conclusion qu'il tirait dans son article du 7 novembre est bien exacte et que « t a n t pour le trafic des marchandises pondéieuseb cfue pour les m-anchandises de détail (stukgoed), le lecul du port belge n'est que trop manifeste ». Et ce ne sont pas les affiiunations gratuites et intéressées do M. C. Vei-mey, insérées dans la même revue néerlandaise quinze jours plus tard, qui suffiront a nier cette constatation qui résulte, à l'évidence, de ces données statistiques Trafic des marchandises de détail entrées et sorties, à Anvers, en provenance ou à destination du Rhin : Années Eutreea Sorties 1913 1927 663.000 546.000 813.000 3JÜO00 Total 1.476 000 866.000 Parmi les marchandises de detail, nous avons compiis, comme le fait le Dr James, les produits autres que les grains et graines, minerais, charbons, pierres, fer brut, huiles minérales et bois. Si nous examinons, d'autre part, ré\olution survenue sur le marché des irets rhénans depuis la période d'avantguerre, nous constatons que Ja situation du port belge n'est guère pOus brillante. En 1913, l'écart normal entre les cotations Ruhr-Rotterdam et Ruhr-Anvers pour les charbons d'exportation ne dépassait pas 0 Mk. 25, soit 25 % du h et Ruhrort-Rotterdam. A l'heure actueJle, cet écart tend a se stabiliser aux environs de 0 Mk 70, de sorte que le fiet rhénan RuhrortAnvers (1 Mk 70) des charbons et pour le moment normalement 70% plus cher cjue le fret Ruhroit-Rotterdam (1 Mk). Ces chiflies prou\ent d'une maniere particulièrement éloquente le handicap terribile qui est infligé au port d'Anvers par les lenteuis des communications par la voie actuelle des eaux interm^ediaircs et tout spécialement par le passage obligé dans l'Escaut maritime, le canal de ZuidBeveland et les passes défectueuses du Hellegat. Quand la Belgique demande une aimélioration substantielle de ses communicafions avec le Rhin, elle n'obéit donc pas à des raisons d'impérialisme et de jalousie commeiciale ; il y va de l'existence même du poit d'Anvers comme port rhénan. La décadence a déjà commence et nous nous tiouvons dans la. pénible nécessité de devoir «défendre iiotie peau». Car, ainsi que le dit M. C. Vermey, dans son aiticle cite plus haut de VEconowisch-SUitistixchc Brliclttrrt, «un poit qui reste stationnaire est en i-ecul certain ». Poui- icmedier à cet état de choses, que pas un peuple conscient de sa torce et de sa dignité ne pourrait endurei sans loagii-, il faut une liaison rapide, sûre et directe cntio yVn\eis et le llollandsrh Diep. ],e canal du Moci(li|k nous la donnait : la distance était réduite de 55 km, le temps moyen de navigation de deux jours dans chaque sens et le prix du fret et do la traction de 1 fr. 75 pai tonne, tant à l'aler qu'au retour, soit une économie an- DU RHIN 103 nuelle de quelques 35.000.000 de francs sur les 20.000.000 de tonnes de bateauv qui passent annuellement aux écluses de Hans-n eert. Cette économie lustiiierail la dépense de 400.000.000 de francs que, d'après les estimations belges, le canail direct Anvei s-Moerdijk enti'aînerait et qui représenterait une charge financière annuelle de l'oidi'e de 25.000.000 de fi-ancs. lorins, soit 670.000.000 de tiancs. Le canal Bath-Dintelsas ne justifierait pas les dépenses beaucoup plus ele^éels que nécessiterait sa construction et que des experts néerlandais ont taxées à 45.000.000 de florins, soit 670.000.000 do tiancs Ce trace vise en effet, on oi'die principal, a maintenir pour x\n\eis la sujétion que constitue le passage obligé dans l'Escaut maritime, fleuve a marée souvent encombré par la grosse na\igation maritime, dans les passes étroites et dangeieuses de Bath. Id nécessiterait fa construction de deux ou\ rages d'art extrêmement coiiteux pour assurer la fiaison des tionçons Dintef-Bath et Anvers-Santvfiet avec f'Escaut, alors que le creusement d'un canaf à l'abri des digues maîtresses rendrait cette doubfe jonction superffue. La construction de deux jetées ou môfes paiaflèfes a travers l'Escaut oriental, sur une longueur de 10 km en\ii«n, serait un trai\ail gigantesque dont on cheiche en \ a i n J'utilite piaticjue. Ces môles resteraient toujours des points faibles dans le tracé et il suffit de l'appeler les nombreuses ruptures de digues maritimes sur\enues en novembre dernier pour prouver que le danger d'accidents gra^es n'est pas chimérique. Le débouché septentrional du projet néerlandais est reporté dans le port de refuge de Dintel, en aval de Hellegat, qui est l'endioit le plus difficile et le plus mail famé de toute la traversée des eaux zélandaises. On peut conclure sans exagération qu'alors que le canal du Moerdijk reduisant de 50 % les inconvénients de la route actuelle, le canal Bath-Dintelsas n'offrirait pas la moitié des a^antages que l'on escompte du tracé befge et ce nonobstant une dépense supérieure de 50 %, qui serait e\idemment mise à la charge de la Belgique. Il n'est pas possible de justifier paieille duperie économique et aucun Etat n'assumerait une charge financière aussi lourde pour obtenir des résultats aussi peu en rapport avec les sacrifices financiers consentis et les lourdes compensations économiques suppllémentaires revendiquées par les Pays-Bas. Si la Hollande is'obstine à refuser d'aiméliorer ses propositions, en ce qui concerne les débouchés septentional et meridional de son traicé, il est préférable que la Belgique maintienne intactes ses revendications plutôt que de sacrifier des sommes extraordinaireiment élevées pour un résultat absolument médiocre et insuffisant. Il y a d'autres mesures de « selfdelence » qui peuvent être en^isalgées et qui, pour un prix moindre, assureraient un soutien plus efficace de notre navigation rhénane que fe creusement d'un canaf qui maintiendrait les principales entraves dont se plaignent les armateurs belges. Un loui ^iendIa ou les Hollandais eux-mêmes finiront par se rendie co^mpte que le cadre presque séculaire de 1839 est décidément bien vieillot et étroit pour y comprimer les aspirations légitimes d'un peuple qui demande sa place au soleil et ne veut pas se laisser couper les ailes. Anvers, fe 21 fo\ner 1929. BRABO.