Le photoreportage light - Maison de la photographie Robert Doisneau

Transcription

Le photoreportage light - Maison de la photographie Robert Doisneau
© Maison de la Photographie Robert Doisneau
LE PHOTOREPORTAGE
Dossier enseignant
Ce dossier enseignant a pour objectif de vous donner quelques
clefs pour un travail en amont ou en prolongement du parcours
commenté sur le photoreportage.
Ce dossier qui ne saurait être exhaustif, présente différents types
de photoreportages ainsi que ses moyens de
diffusion.
Introduction…………………………………………………………
p.2
I. Photoreportage et engagement…… p.3-7
Eugene Smith, le photoreportage humaniste au long cours
Eugene Richards
Jane Evelyn Atwood
Ad Van Denderen
II. Photoreportage et guerre………………… p.8-14
Historique du photoreportage de guerre
Les agences : Magnum Photos, VIVA, NOOR
III. Photoreportage et diffusion………… p.15-19
La diffusion des photographies
De la presse illustrée aux livres
IV. Photoreportage et point de vue. p.20-22
Robert Frank
William Klein
Modalité de réservation…………………………… p.23
Introduction
« Un reporter photographe est à la fois un journaliste, un commentateur
et parfois même un poète, qui utilise son appareil pour consigner
l’atmosphère et l’esprit d’un lieu ou d’un évènement »
Inge Bondi, 1955, extrait de Magnum, 50 ans de photographies, Nathan Image, texte de Jean Lacouture, William Manchester et Fred Ritchin, Paris, 1989.
Le photoreportage permet de rendre compte par la photographie de quelque chose : d’un
évènement, d’une situation.
Le reportage photographique s’est développé au XXème siècle grâce au perfectionnement des
appareils et à l’explosion des revues illustrées.
Le perfectionnement des appareils : Le Leïca
Au XIXème siècle, les appareils photo de l'époque sont
encombrants, difficilement transportables et les émulsions sont
peu sensibles. Les photographes s’encombrent de chambres très
lourdes et de laboratoires ambulants tirés par des chevaux. En
1905, le 1er Leïca apparaît avec un film de 35 mm. Dès 1925,
il est commercialisé, le temps d’obturation est au millième de
seconde. Le Leïca, solide, rapide, petit et très maniable, devient
l’outil de prédilection de nombreux photoreporters. Il sera utilisé
entre autre par Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, David Seymour,...
L’explosion des revues illustrées
Dès 1910, l’évolution des techniques d’impressions permet une impression simultanée du texte et
de l’image grâce à une trame. La photographie est alors utilisée en masse dans les revues de
l’époque. Ces évolutions techniques permettent de jouer également sur les mises en page, les
compositions sont de plus en plus dynamiques et l’image devient essentielle dans les
formules de certains magazines.
Au XXème siècle, le photographe a donc les moyens techniques pour mener à bien des reportages
photographiques et les diffuser. De nombreux photographes vont alors s’illustrer dans la pratique
du photoreportage.
La notion de reportage, photoreportage ou photojournalisme est large et peut regrouper différentes pratiques pourtant peu similaires, il existe autant de photoreportages que de photographes,
nous pouvons cependant distinguer différentes catégories d’implication et d’engagement dans le
photoreportage :
Les photographes de guerre, par exemple, font des reportages qui reposent sur l’actualité
« chaude » des conflits et nourrissent les revues, magazines et journaux. Les photographies ont
tout d’abord une valeur de document et de témoignage autour des évènements historiques.
Les photographes humanistes vont s’engager dans des causes et vont témoigner avec leur images.
Ces photographes s’impliquent généralement sur le long terme, ils défendent des idées et ont une
véritable éthique. Leur implication totale permet alors d’obtenir un reportage authentique et
complet sur des questions de société ou sur de grandes causes.
Enfin d’autres photographes vont développer une manière de photographier, un style personnel
pour rendre compte de la société qui les entoure. Ils ne défendent pas de causes particulières mais
vont travailler la photographie comme expression d’un style afin de suggérer émotions et
réflexions.
2
> PHOTOREPORTAGE
ET ENGAGEMENT
3
L’engagement personnel dans un photoreportage induit toute sa puissance et sa
qualité. Ce n’est pas le sujet qui implique l’engagement mais la démarche du
photographe : son degré d’implication par rapport au sujet (récolte
d’informations, temps consacré au reportage,…), son attitude par rapport aux
personnes qu'il photographie (démarche respectueuse). Le sujet s’impose au
photographe comme nécessaire et ne fait pas l’objet de commande. Ce type de
reportage est alors mené sur une durée conséquente et significative.
Pour approfondir
Collection Photopoche
N°7, Eugene Smith,
texte de William
S.Johnson
Collection Photonotes,
Minamata
Ce sera le cas d’Eugene Smith (1918-1978) qui aura un profond engagement, un
investissement particulier qui prend parfois des proportions militantes. Le
photographe Eugene Smith s’est non seulement engagé dans de grands reportages mais a
également ouvert la voie à toute une génération de photographes : Eugene Richards (1944),
Sebastio Salgado (1944), Jane Evelyn Atwood (1947) ou encore Stanley Greene (1948). Se
référant à Eugène Smith, ces photographes vont s’engager dans des reportages au long cours sur
des thématiques diverses.
Eugene Smith, le reportage humaniste au long cours
Eugene Smith est un photographe sans compromis, exemplaire, avec une éthique inébranlable, il
n’accepte ni la censure, ni la déformation de son propos : il démissionnera de Life en 1954 car le
magazine modifiait les légendes de ses photographies.
Maud Callen, 1951 © Eugene Smith
En 1951, Eugene Smith réalise un reportage sur la
profession de sage-femme, en Caroline du sud à cause
de la discrimination raciale qui y existait et le consacra
à Maud Callen, une sage-femme noire, dans une
période de forte ségrégation raciale.
Le succès du reportage, publié dans Life fut tel qu’il
permit de lever des fonds nécessaires pour construire
un hôpital.
Le bain de Tomoko, 1972 © Eugene Smith
En 1971 il s’installe à Minamata, une
petite ville du Japon, afin de suivre les
effets de la pollution industrielle au
mercure de la baie de Minamata, par les
rejets en mer d’une usine chimique, sur la
population. Ce reportage de 3 ans aura
une portée mondiale et sera publié dans
Life. C'est au cours de ce reportage qu'il a
pris la très célèbre photographie Le Bain
de Tomoko (image ci-contre). Ses
reportages sont authentiques, et il est
extrêmement respectueux des personnes qu’il photographie.
Eugene Smith n’hésite pas à renforcer le tirage pour obtenir une image plus touchante, une image
avec un message à délivrer. Il y a une vraie pertinence entre la technique et l’image. La technique
est alors placée au service de l’émotion. « La photographie est une petite voix. J’y crois. Si elle
est bien conçue, il lui arrive de se faire entendre » Eugene Smith.
4
Malade mentale © Eugene Smith
Photographie travaillée par Eugene Smith : recadrée,
contraste renforcé
Malade mentale © Eugene Smith
Eugene Richards, Cocaïne True Cocaïne Blue
Pour approfondir
Eugene Richards (1944), photographe
http://
américain, il s’intéresse aux sujets
eugenerichards.com
sociaux : la drogue, la pauvreté, les
urgences dans les hôpitaux,... Membre de
Collection Photopoche N°
l’agence Magnum en 1978, il démissionnera
68, 1997,
en 1995. Chacun de ses reportages implique
Eugene Richards
un engagement total sur plusieurs années, il
publiera régulièrement dans le magazine
Eugene Richards, CollecLife et fera de nombreux livres sur ses sujets
tion 55, Ed. Phaidon,
de reportages.
2001
Son livre Cocaïne True, Cocaïne Blue mêle
interviews, textes et photographies pour
témoigner de l’univers de la drogue.
Il a photographié sur plusieurs années des cocaïnomanes. Son
reportage a été mené dans 3 communautés : East New York,
North Philadelphia, Red Hook à Brooklyn à New-York.
Cocaïne True Cocaïne Blue, Ed. Aperture, 160 p., textes
et photographies d’Eugène Richards, 1994
Photographies issues du livre Cocaïne True Cocaïne Blue
d’Eugene Richards
5
Jane Evelyn Atwood, Trop de Peines, femmes en prison
Pour approfondir
Autre reportage très engagé avec un profond
respect des personnes photographiées, celui http://
sur les femmes en prison par Jane Evelyn janeevelynatwood.com
Atwood. Photographe américaine, Jane Evelyn
Atwood (1947), s’est déplacée dans 40 prisons
dans 9 pays d’Europe et aux Etats-Unis. Elle commence son
reportage en 1989, il durera 10 ans…
Chaque photographie est accompagnée d’une légende
détaillée pour mettre en perspective l’image. Jane Evelyn
Atwood s’investit très profondément dans chacun de ses
sujets, elle apporte son témoignage en rédigeant
intégralement l’ouvrage dédié à ce reportage. Elle réalisera
d’autres reportages de longue haleine notamment sur les
mines antipersonnel pendant 3 ans (Sentinelles de l’ombre,
Ed. du Seuil, 2004). La forme du livre convient
particulièrement bien à ce type de reportage où les images
gagnent en densité lorsqu’elles sont accompagnées de textes
et de témoignages.
Trop de peines, Ed. Albin Michel, textes et photographies
de Jane Evelyn Atwood, 2000, 191 p.
Une détenue enceinte, menottée, se tord de douleur
pendant un examen gynécologique, peu de temps avant
son accouchement par césarienne. Deux gardiens armés
étaient devant la porte ouverte de sa chambre d’hôpital.
Providence City Hospital, Anchorage (Alaska, Etats-Unis),
1933.
Le sauna de la prison. Colonie de travail pour délinquants
juvéniles de Ryazan (Russie, ex-URSS), 1990.
Détenues montrant leurs bras lacérés et brûlés, il ne
s’agit pas de vraies tentatives de suicide, mais plutôt
d’automutilations, courantes dans les prisons de femmes.
Centre correctionnel pour femmes, Pardubice
(République Tchèque, ex-Tchécoslovaquie), 1992.
« Parloir intérieur » (pour les couples incarcérés en même
temps pour un même crime). Le couple de gauche a été
arrêté pour la vente de meubles de cuisine inexistants ;
le couple de droite, pour trafic de devises. Maison d’arrêt
de femmes, Metz (France), 1990.
Photographies issues du livre Trop de peines, femmes en prison de Jane Evelyn Atwood
6
Ad Van Denderen, Go No Go
Pour approfondir
Ad Van Denderen est un photographe
hollandais, né en 1943, il a photographié www.go-no-go.nl
pour son livre Go No Go les chercheurs
d’asiles tentant de franchir les frontières de
l’espace Schengen. Son reportage va être mené sur 15
ans, le long des frontières européennes de l’espace
Schengen, il a vécu avec les immigrés, photographié les
centres d’accueils et les bureaux de police et a recueilli
les témoignages des demandeurs d’asiles.
« J’ai essayé de capter un tant soit peu cette
société de l’ombre dans laquelle des gens font tout ce
qu’ils peuvent pour survivre, et où la honte, la fierté et
la dignité jouent
un rôle essentiel. Je
voulais donner un visage à ceux qui autrement
seraient resté anonymes. » Ad Van Denderen.
Go No Go, Ed. Paradox, textes et photographies d’Ad Van
Denderen, 2003.
2000, Calais, France
2000, la frontière albano-grecque
2001, Ceuta, Maroc
2002, Sangatte, France
2001, Punta Paloma, Espagne
7
Photographies issues du livre Go No Go d’Ad Van Denderen
> PHOTOREPORTAGE
ET GUERRE
8
Bref historique du photoreportage de guerre
Guerre de Crimée (1853-1856)
La guerre de Crimée est le 1er conflit photographié (notamment par Roger Fenton), cependant les
photographies n’apparaissent pas dans la presse, sauf parfois sous forme de gravures, d’autre part
le temps d’exposition des plaques au collodion humide (entre 5 et 20 secondes) est trop long, la
technique de la photographie ne permet donc pas encore la représentation de l’action.
Le Times rappelle que « le photographe qui suit les armées
modernes doit se contenter des scènes de bivouac et faire des
natures mortes là où le combat est passé »
Campagne de chine (1860)
Les morts sont photographiés pour la première fois par Felice
Beato. Voir image ci-contre.
Guerre de Sécession (1861-1865)
7000 négatifs des champs de bataille et de ruines ont été pris
par Gardner et Sullivan.
Takou, intérieur du fort du nord après la prise, entrée
française, 21 août 1860. Photographie sur papier
1ère guerre mondiale (1914-1918)
albuminé - 24x29,9cm.
Malgré le coût du papier et de l’encre, ainsi que la censure des
militaires pour ne pas démoraliser la population civile et l’armée ; des revues spécialisées dans la
publication de photographies de guerre apparaissent. Beaucoup de photographes amateurs et
indépendants vont produire des images (instantanés d’explosions, vues aériennes,…) pour la presse
très friande d’images à cette période. « Le Miroir paie n’importe quel prix les documents
photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier. »
Guerre civile espagnole (1936-1939)
Il faut attendre le gigantesque essor des magazines d'actualités des années 20 pour que le
reportage de guerre se développe, mais aussi l’arrivé d’appareil rapide et solide tel que le Leïca.
Robert Capa (1913-1954), part en 1936 et
couvre la guerre civile en Espagne pour le
magazine Vu et Regards. Robert Capa a un
regard vif et saisit l’instant, le plus près
possible du danger. « Si ta photo n’est pas
bonne, c’est que tu n’es pas assez près »
disait-il.
Robert Capa s’illustre dans la photographie
de guerre grâce à son regard rapide et précis
sur les choses.
Robert Capa, Mort d'un milicien à Cerro Muriano, Cordoue, 5 septembre 1936,
Magnum photos
Agusti Centelles (1909-1985), photographe espagnol,
documente également la guerre d’Espagne du côté
républicain. Il se sert du Leïca pour ses
photoreportages.
Barcelone, 19 juillet 1936 © Archives Centelles
9
David Seymour / Chim (1911-1956) est également un photographe de guerre cependant il ne
photographie que très peu les conflits mais davantage les conséquences de la guerre sur les
populations. Avec son Leïca, Chim photographiait également beaucoup les enfants, en se plaçant à
la même hauteur qu’eux. En 1949 il realise le reportage « the Children of Europe » pour
l’UNICEF.
En 1948, Chim est envoyé en Europe par
l’UNICEF pour photographier les enfants,
victimes de la guerre. Il voyage notamment
en Grèce où il se rend dans le village d’Oxia
avec une paire de chaussure pour la seule
enfant qui n’en avait pas et qui n’était pas
évacuée. « Pendant un long moment […],
Elefteria se contenta de contempler ses nouvelles chaussures. Puis sa grand-mère fut
autorisée à la chausser. La glace était brisée.
Elefteria courut dans tout le village en riant.
Son bonheur était total. »
Elefteria, quatre ans, 1948
Cette photographie est une icône de la guerre
civile espagnole. Le magazine Regards avait
demandé à Chim un reportage de la situation
politique très instable du pays.
Plutôt que de photographier les dirigeants, Chim
prend cette femme en train d’écouter le
discours sur la réforme agraire. La redistribution
des terres constituait un problème crucial,
surtout dans la région d’Estrémadure, où des
milliers de paysans avaient occupé les terres de
riches propriétaires.
Femme à un meeting pour la réforme agraire, 1936
10
Seconde guerre mondiale (1939-1945)
Beaucoup de photographies sont diffusées dans les magazines. Robert Capa couvre pour le
magazine Life le débarquement en Normandie.
Robert Capa, Le débarquement en Normandie, 6 juin 1944
Guerre du Vietnam (1954-1975)
À cette période, c’est l’âge d’or du reportage de guerre. Beaucoup
d’images sont prises pendant la guerre du Vietnam. Les photographes
couvrent très largement ce conflit, ils ont une carte de « priorité
3 » (derrière les blessés et les politiques). Cependant de plus en plus
d’images s’écartent de l’opinion officielle et des porte-paroles du
gouvernement, les images contredisent même parfois leurs propos. L’Etat
dit que la victoire est proche mais les photographies montrent le
contraire… Beaucoup de photographes sont scandalisés par la guerre et ils
vont exprimer cette révolte à travers leurs photographies et leurs
témoignages. L’opinion publique occidentale va se rendre compte de la
réalité de cette guerre grâce aux images. Ci-contre le livre Vietnam Inc.
Ed. Phaidon, 1971, avec les témoignages et photographies de Philip Jones
Griffiths. Suite à la guerre du Vietnam, il choisit le support du livre pour
témoigner.
Mort d'un Viêt Công, 1968. Eddie Adams
Cette photographie est devenue une
icône de cette guerre, tout comme les
photographies de nuages des bombes
lancées sur Hiroshima et Nagasaki
deviendra le symbole universel du
phénomène atomique.
Pham Thi Kim Phu brûlée au napalm et courant en hurlant sur la route près de son
village, 1972. Associated Press
Guerre du golfe (1990-1991)
Suite à la guerre du Vietnam et au retournement de l’opinion publique, les autorités prennent
soin de ne pas diffuser d’images, la guerre du golfe sera donc la guerre sans images. Les
photoreporters ont été tenus à distance des conflits, la liberté de la presse est restreinte, par
11
James Nachtwey, Photographe de guerre
James Nachtwey, né en 1948 dans le Massachusetts est un photographe
Pour approfondir
américain, il s’illustre dans la photographie de guerre par son implication à
couvrir quasiment tous les conflits : Afghanistan, Bosnie-Herzégovie, Rwanda, http://
Salvador, Irlande du Nord, Kurdistan, Somalie, Afrique du sud,… et de grands www.jamesnachtwey.com/
sujets sociaux. Il a reçu de nombreux prix pour ses reportages de longue
haleine.
James Nachtwey synthétise les qualités d’un reporter de guerre : un
engagement profond se traduisant par sa proximité et sa connaissance du sujet, une implication
totale sur une durée significative, une maîtrise totale de l’image et de l’émotion qu’elle transmet.
"J’ai été témoin et ces photos sont mon témoignage.
Les événements que j’ai enregistrés ne devraient pas être oubliés
et surtout pas être répétés »
Chechnya, 1996 - Ruins of central Grozny © James Nachtwey
Chechnya, 1996 - Chechen rebel fighting along the front line against the
Russian army © James Nachtwey
Kosovo, 1999 - Deportees returned during harvest time © James Nachtwey
Albania, 1999 - Kosovar deportees meeting in a refugee camp © James Nachtwey
Kosovo, 1999 - Imprint of a man killed by Serbs © James Nachtwey
Kosovo, 1999 - Tearing a poster of Milosevic © James Nachtwey
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Magnum Photos
Magnum Photos n’est pas la première agence de photographe, car dans les
années 20 il existait déjà Delphot (Deutsch Photodienst), née en 1928 en
Allemagne, Alliance Photo en 1934 en France, Black Star en 1935 aux Etats-Unis et
Keystone créée en 1927 : première agence de photo d’actualité qui tisse un réseau
mondial d’échanges de photographies. Cependant les photojournalistes confiaient
à ces agences la commercialisation et l’archivage de leur travail.
L’agence MAGNUM se distingue par son fonctionnement et son esprit.
Créée en 1947, MAGNUM est une agence coopérative, les photographes prennent
toutes les décisions ensemble.
Pour approfondir
www.magnumphotos.com
Les années VIVA 19721982 : une agence de
photographes, © MARVAL, Ed. du Jeu de
Paume, 2007
www.noorimages.com
Les fondateurs :
- Robert Capa, photographe américain d’origine hongroise, né le 22 octobre 1913 à Budapest et
décédé le 25 mai 1954 en Indochine lors de l’un de ses reportages.
- Henri Cartier-Bresson, photographe français, né le 22 août 1908 à Chanteloup-en-Brie et décédé
le 3 août 2004 à Montjustin dans les Alpes-de-Haute-Provence.
- David Seymour, aussi connu sous le pseudonyme de Chim, né le 20 novembre 1911 à Varsovie,
décédé le 10 novembre 1956 à El Qantara alors qu'il couvrait la crise de Suez en Egypte.
- George Rodger, photographe britannique, né le 19 mars 1908, décédé le 24 juillet 1995
Ils se divisent la couverture du monde : Seymour travaille en Europe, Cartier-Bresson en Asie,
Rodger en Afrique et au Moyen-Orient et Capa un peu partout.
Liberté et indépendance des photographes
Les sujets de reportages sont totalement libres, les photographes n’ont plus aucune contraintes ni
commandes. Chaque photographe opère donc des choix et exprime son point de vue personnel.
Apparition de la notion de droit d’auteur
Romeo Martinez « Capa avait une idée fixe, qui s’avéra la plus saine qu’on ait eu dans l’histoire
de la photo : que le journaliste n’est rien s’il ne possède ses propos négatifs. La mise en
coopérative était la meilleure formule pour préserver ces droits, et pour assurer la liberté
d’action de chacun des photo-journalistes. En somme, Capa et ses amis ont inventé le droit
d’auteur en photographie ».
Les photographes de MAGNUM gardent les droits de leurs photographies plutôt que de les accorder
à la publication dans laquelle elles apparaissent, cela leur permet ainsi de garder le contrôle de
leurs images et pouvoir vendre ou revendre leur travail. Les photographes n’ont plus cette
dépendance par rapport aux magazines ou aux agences qui auparavant détenaient leurs négatifs.
VIVA
VIVA créée en 1972, est une agence cooperative tout comme Magnum, les photographes ne
travaillent pas que sur de l’actualité immédiate mais ils font aussi des reportages de fond et sont
libres de leurs sujets à revendication sociale, morale ou politique. L’agence VIVA, pourtant en
avance sur son temps, fermera en 1982
Les fondateurs de l’agence sont : Hervé Gloaguen, Guy Le Querrec, Claude Dityvon, Jean Lattes,
Martine Franck, François Hers, Richard Kalvar et Alain Dagbert
13
NOOR
L’agence NOOR, créée en 2007 et basée à Amsterdam, est dans le même esprit que l’agence
MAGNUM. NOOR est une agence photographique associative, dont la directrice est Claudia
Hinterseer
L’agence leur permet de créer des projets communs, par exemple Climate Change, projet
collectif en 2 volets : Consequences sur les effets dévastateurs du changement climatique dans le
monde : migrations forcées, changements de températures dans le monde,… et Solutions, dans le
prolongement du précédent et consacré cette fois à des propositions d’actions face au changement
climatique.
Manifeste de NOOR
NOOR est un collectif de photographes et une fondation basés à Amsterdam, aux PaysBas, associant les talents et les regards de onze photographes originaires de sept pays différents. Ces photojournalistes sont parmi les plus reconnus et expérimentés aujourd’hui.
NOOR, la documentation visuelle au cœur de ses activités
NOOR produit des photoreportages et reportages multimédias d’avant-garde, sur l’actualité et la culture. Les images de NOOR sont publiées dans les meilleurs magazines du
monde entier, rassemblées dans des livres, exposées dans des galeries d’art et conservées
dans les musées.
NOOR a la capacité de créer des contenus ou des histoires pour DOCUMENTER, TEMOIGNER et MOBILISER
NOOR cherche à contribuer à la compréhension du monde en produisant des reportages
photographiques indépendants et approfondis qui stimulent le changement social, impactent l’opinion sur les droits de l’homme et d’autres questions liées aux préoccupations
générales. NOOR facilite la collaboration du groupe sur des projets photographiques. Du
concept à la diffusion, NOOR cible le public le plus large possible.
NOOR contribue à la mémoire visuelle de l’HUMANITE
La fondation NOOR est une organisation internationale à but non-lucratif dirigeant la
création et la distribution de travail journalistique avec pour objectif l’information et la
sensibilisation.
NOOR fournit différents produits et services pour différents marchés afin d’ATTEINDRE le public, créer un IMPACT, et parfois, FAIRE FACE
NOOR, qui a son siège à Amsterdam, est composée de onze photographes de sept pays
différents : Nina Berman, Andrea Bruce, Stanley Greene et Jon Lowenstein (Etats-Unis),
Yuri Kozyrev (Russie), Giancarlo Ceraudo et Francesco Zizola (Italie), Pep Bonet
(Espagne), Alixandra Fazzina (Angleterre), Jan Grarup (Danemark) et Kadir Van Lohuizen
(Pays-Bas).
14
> PHOTOREPORTAGE
ET DIFFUSION
Des documents peuvent vous être fournis pour travailler en
classe sur les mises en page dans les journaux,... : sous forme
de fichiers numériques ou d’impressions sur film transparent
pour rétroprojecteur.
Pour obtenir ces documents
contacter Sarah Gay, médiatrice culturelle
01.55.01.04.84, [email protected]
15
La diffusion des photographies
PRESSE
Hebdomadaires et principalement des quotidiens :
Paris-soir (1923)
Ce soir (1937-1953)
...
Agences photographiques
L’agence est une interface entre le photographe
et l’ensemble des médias
Associated Press (AP crée en 1846)
Reuters (crée en 1851)
United Press International (UPI crée en 1907)
Agence Dephot (1928)
Rapho (1933)
Alliance Photo (1934)
Black Star (1935)
Agence France-Presse (AFP crée en 1944)
Gamma (1967)
Sygma (1973)
Sipa (1973)
...
Les photographies sont
choisies et traitées par
les rédacteurs en chef et
les maquettistes
TV
Internet
Livres
...
Le Photographe
Photographe indépendant
Nouvelles agences et
Collectifs de photographes
Commercialisent et archivent le
travail des photographes, ils
fournissent les journaux et les
périodiques. Les photographes ont
une certaine indépendance par
rapport aux commandes, font le
choix de leurs sujets et produisent
des projets collectifs.
PRESSE
Magnum Photos (1947)
Viva (1972)
Vu’ (1986)
Tendance Floue (1991)
NOOR (2007)
...
Livres
Catalogues
Expositions
Brochures
Expériences spécifiques
Internet
...
Quotidiens et principalement des hebdomadaires :
Time (1923)
Vu (1928)
Regards (1932)
Le miroir du monde (1932)
Life (1936)
Paris-Match (1949)
L’illustration (1843-1944)
Picture Post (1938-1957)
Berliner Illustrierte Zeitung (1892-1945)
….
16
De la presse illustrée aux livres
1830-1840
Les photographies ne peuvent pas être reproduites
directement, elles sont alors dessinées puis gravées
pour ensuite s’intégrer sous forme de gravures dans
les formes typographiques.
« La barricade de la rue Saint-Maur-Popincourt
le lundi après l’attaque » 1er-8 juillet 1848,
N°279-280,
p.276,
gravure
d’après
daguerréotype de M. Thibault 37/26.5cm BNF,
Philosophie, Histoire, Sciences de l’Homme.
1845-1847
Mise au point par l’américain Hoe, l’anglais
Applegath et par le français Marinoni de la presses à
réaction, ancêtre de la rotative.
La 1ère presse rotative à bobine date de 1865, en
France l’utilisation devient systématique à partir de
1871.
Charles Petit est l’initiateur du principe de la
similigravure en 1878, amélioré par l’invention de
la trame quadrillée en 1880. La similigravure a
permis le développement de la reproduction
mécanique. Ce sont ces points de taille variable qui
déterminent la quantité d'encre
déposée et restituent la gradation de l'image une
fois imprimée.
Héliogravure ou rotogravure (héliogravure
rotative). Système d’impression sur du papier noncouché. La forme imprimée est gravée
chimiquement ou électroniquement, sur un
cylindre. Les creux sont chargés d’encre à
l’impression. il est possible d’imbriquer l’image
dans le texte et d’en mettre plusieurs.
L’héliogravure permet de reproduire un document
monochrome fait de
demi-teintes avec un bon rendu des gris et du
modelé. L’image obtenue est beaucoup plus
précise que la similigravure, elle permet des contrastes forts avec un velouté intéressant.
Essor à partir de 1910 des procédés
photomécaniques et évolutions techniques
jusqu’aux années 50.
Life, hebdomadaire américain,
crée par Henry Luce en 1936
Le magazine met l’accent sur
l’image photographique
« Voir la vie, voir le monde, être
témoin direct des grands
évènements, regarder les visages
des pauvres et les gestes des
grands, admirer des choses
étranges, des machines, des
armées, les multitudes, les
ombres dans la jungle et sur la
Lune… voir et prendre plaisir à
voir, voir et être étonné, voir et s’instruire. »
La rotative du journal en fonctionnement,
tirage argentique original, 29 mars 1927,
18/24 cm (épreuve), 16/21 cm (image)
BNF, Estampes et Photographies, fonds du
journal - L’Aurore.
Naissance de nombreux magazines où la photographie
a une place essentielle, de nombreuses agences voient
le jour pour répondre à la demande croissante des
journaux et des revues.
Time
Hebdomadaire américain, créé en
1923 par Briton Madden et Henry
Luce
Vu, hebdomadaire français de
Lucien Vogel, créé en 1928
« Il n’existe pas de magazine
photos qui transmette les
rythmes vitaux de la vie de tous
les jours : les évènements
politiques, les découvertes
scientifiques, les désastres, les
explorations, les sports, le
theâtre, les films, l’art et la
mode. Vu veut absolument
répondre à ce besoin. »
Regards,
Mensuel français créé en 1932
Une place prépondérante est
donnée aux reportages
photographiques
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Match L’intran, N°359, juillet 1933
L’illustration, N°4948, 1er janvier 1938
Les évolutions de la mise en page dans les années 30
Ici les photographies sont utilisées comme
des illustrations du texte.
Ensuite les photographies sont de plus en plus nombreuses, elles envahissent la page, occupent plus
d’espace que le texte. Les mises en page sont de plus en plus audacieuses, la disposition des
photographies permet de créer des lignes obliques dynamiques dans la revue.
Les photographies sont utilisées à fond perdu, en pleine page voire même en double-page. Titres et
légendes suffisent à organiser et « comprendre » les images. Celles-ci sont devenues l’élément central et
indispensable au reportage.
Paris-soir, 27 juillet 1936, coll. particulière
Regards, 14 octobre 1937, N°196, David Seymour (Chim).
Paris-Match, 5 janvier 1957, N°404, Henri-Cartier
Bresson
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Paris-Match, N°305, janvier-février 1955, photographies
de M. Fievet
Dans les années 1940-1950, les
photographies en couleur se multiplient
dans les magazines qui touchent un plus
large public.
Paris-Match, hebdomadaire français
Créé en 1949 par Jean Prouvost sur le modèle du
magazine américain Life.
« Le poids des mots, le choc des photos »
Auparavant les magazines publiaient des
images isolées, ensuite ils vont
rechercher la série d’images.
L’idée d’un reportage naît au sein de la
rédaction d’un magazine, car elle
définit une thématique avec un sujet sur
plusieurs pages et le texte d’un
journaliste.
Henri Cartier Bresson publie en 1955 un reportage sur le
peuple russe dans deux numéros de Paris-Match, N°305 et 306.
Son reportage occupe 20 pages du magazine.
Paris-Match, N°305, 1955, Henri-Cartier Bresson
Apparition de la TV entre 1960 et 1975
Grande régression de la presse, la
diffusion de Paris-Match passe de
1 800 000 exemplaires en 1958 à
700 000 en 1976, alors que le nombres de
TV ne cesse d’augmenter : entre 1960 et
1975 elle passe de 1.8 millions à 15
millions.
Les photographes vont donc rechercher
d’autres moyens pour diffuser leurs
témoignages, c’est le livre qui sera
majoritairement utilisé, souvent en
accompagnement d’une exposition, mais
aussi comme œuvre de collaboration avec
des sociologues, historiens,….
Il y a donc un déplacement de la diffusion.
Paris-Match, N°306, 1955, Henri-Cartier Bresson
« La télévision a transformé non seulement ce que font les
photojournalistes, mais ce dont ils vivent, et comment ils vivent :
vente de leurs tirages, expositions, publications, publicité. Le
besoin d’images a diminué dans les médias imprimés, du fait de la
télévision.» Cornell Capa extrait de Magnum, 50 ans de photographies, Nathan Image, texte de Jean Lacouture, William Manchester et Fred Ritchin,
Paris, 1989, p.59.
Ci-contre le livre Turkanas de Roger
J ob, photo g ra phe belg e a ya nt
travaillé en collaboration avec
différentes équipes spécialisées pour
son reportage sur un peuple nomade du
Kenya dont le mode de vie est menacé
par le réchauffement climatique : les
Turkanas.
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Turkanas, Ed. Musée de la Photographie,
Charleroi, textes et photographies de Roger Job,
2010
> PHOTOREPORTAGE
ET POINT DE VUE
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Nous avons ici un autre type de photoreportage, où la subjectivité du photographe est beaucoup
plus présente. C’est le cas de Robert Frank (1924-1983) ou de William Klein (1928) qui font des
reportages sur la société qui les entoure mais qui proposent un mode de lecture différent. Les
photographies peuvent devenir indépendantes de la série, elles ont une cohérence esthétique
propre, elles ne sont pas inscrites dans un « témoignage » au sens strict, leur message est
complexe, parfois ambigu, non lié à un récit.
Robert Frank, Les américains
L’œuvre la plus connue de Robert Frank est son livre de photographies intitulé The Americans
(1958). Il adopte un point de vue
ironique et extérieur sur la société
américaine, et suit en 1955 et 1956 le
trajet de la fameuse Route 66, parmi
d'autres routes de l'ouest américain.
Les photographies de Robert Franck ont
été réalisées grâce à une bourse
décernée par la Guggenheim
Foundation of New York qui a permis au
photographe de voyager 2 ans à travers
les Etats-Unis. Le livre est d’abord
publié en France, par Robert Delpire,
en 1958. Puis peu après paraît aux Etats
-Unis, chez Grove Press, mais la réception est très mauvaise par le
public américain.
Les américains, photographies de Robert Frank, Ed. Delpire, 1956
Hollywood
Butte Montana
Hoboken, New Jersey
New York City
Photographies issues du livre Les américains de Robert Frank
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William Klein (né en 1928) a réalisé différents journaux photographiques dans des grandes
villes : New-York (1956), Rome (1958-1959), Moscou (1964) ou encore Tokyo (1964). Ses
photographies attestent de son regard personnel sur la ville. Il cadre, coupe, se rapproche et saisit
la ville d’une manière très personnelle.
Ses livres de photographies témoignent également de sa perception, il réalise lui-même les
maquettes, les photographies sont en pleine page voir en double-page, sans marges. Ces
photoreportages sont avant tout l’expression d’un œil, d’une manière de percevoir le monde, sans
volonté documentaire.
Livres de William Klein consacrés à New-York, Rome, Tokyo, Moscou et Paris
Rome, Cinecitta, 1956 © William Klein
New York, 1955 © William Klein
Dans la foule, 5ème avenue, New-York, 1955 © William Klein
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Réservation
Du lundi au vendredi
Sarah Gay, chargée de la médiation culturelle
01 55 01 04 84
[email protected]
Parcours commenté sur le photoreportage
À travers la visite de l’exposition mais aussi l’étude
de documents complémentaires (journaux,…) la visite
resituera les photographes de l’exposition dans
l’histoire du photoreportage tout en pointant les
caractéristiques actuelles de leurs photoreportages.
Durée : 1h à 1h30
Gratuit pour les - de 18 ans
2€ / personne
Où pique-niquer ?
À 200m de la Maison Doisneau...
Parc Picasso
64 avenue Raspail
94250 Gentilly
Pour venir…
RER B, station Gentilly
Bus :
n° 57, (Porte de Bagnolet - Arcueil/Laplace), arrêt Division Leclerc.
n° 125, (Porte d’Orléans - Maisons-Alfort), arrêt Mairie de Gentilly.
n° 184, (Porte d’Italie - Fresnes), arrêt Mairie de Gentilly.
Bus Valouette, réseau de transports gratuits entre les communes
de l’agglomération de Val de Bièvre
●Stations Vélib’, à proximité
Périphérique, sortie Porte de Gentilly
Maison de la Photographie Robert Doisneau,
1 rue de la Division du Général Leclerc, 94250 Gentilly
01 55 01 04 86 - www.maisondelaphotographie-robertdoisneau.fr
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