Le photoreportage light - Maison de la photographie Robert Doisneau
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Le photoreportage light - Maison de la photographie Robert Doisneau
© Maison de la Photographie Robert Doisneau LE PHOTOREPORTAGE Dossier enseignant Ce dossier enseignant a pour objectif de vous donner quelques clefs pour un travail en amont ou en prolongement du parcours commenté sur le photoreportage. Ce dossier qui ne saurait être exhaustif, présente différents types de photoreportages ainsi que ses moyens de diffusion. Introduction………………………………………………………… p.2 I. Photoreportage et engagement…… p.3-7 Eugene Smith, le photoreportage humaniste au long cours Eugene Richards Jane Evelyn Atwood Ad Van Denderen II. Photoreportage et guerre………………… p.8-14 Historique du photoreportage de guerre Les agences : Magnum Photos, VIVA, NOOR III. Photoreportage et diffusion………… p.15-19 La diffusion des photographies De la presse illustrée aux livres IV. Photoreportage et point de vue. p.20-22 Robert Frank William Klein Modalité de réservation…………………………… p.23 Introduction « Un reporter photographe est à la fois un journaliste, un commentateur et parfois même un poète, qui utilise son appareil pour consigner l’atmosphère et l’esprit d’un lieu ou d’un évènement » Inge Bondi, 1955, extrait de Magnum, 50 ans de photographies, Nathan Image, texte de Jean Lacouture, William Manchester et Fred Ritchin, Paris, 1989. Le photoreportage permet de rendre compte par la photographie de quelque chose : d’un évènement, d’une situation. Le reportage photographique s’est développé au XXème siècle grâce au perfectionnement des appareils et à l’explosion des revues illustrées. Le perfectionnement des appareils : Le Leïca Au XIXème siècle, les appareils photo de l'époque sont encombrants, difficilement transportables et les émulsions sont peu sensibles. Les photographes s’encombrent de chambres très lourdes et de laboratoires ambulants tirés par des chevaux. En 1905, le 1er Leïca apparaît avec un film de 35 mm. Dès 1925, il est commercialisé, le temps d’obturation est au millième de seconde. Le Leïca, solide, rapide, petit et très maniable, devient l’outil de prédilection de nombreux photoreporters. Il sera utilisé entre autre par Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, David Seymour,... L’explosion des revues illustrées Dès 1910, l’évolution des techniques d’impressions permet une impression simultanée du texte et de l’image grâce à une trame. La photographie est alors utilisée en masse dans les revues de l’époque. Ces évolutions techniques permettent de jouer également sur les mises en page, les compositions sont de plus en plus dynamiques et l’image devient essentielle dans les formules de certains magazines. Au XXème siècle, le photographe a donc les moyens techniques pour mener à bien des reportages photographiques et les diffuser. De nombreux photographes vont alors s’illustrer dans la pratique du photoreportage. La notion de reportage, photoreportage ou photojournalisme est large et peut regrouper différentes pratiques pourtant peu similaires, il existe autant de photoreportages que de photographes, nous pouvons cependant distinguer différentes catégories d’implication et d’engagement dans le photoreportage : Les photographes de guerre, par exemple, font des reportages qui reposent sur l’actualité « chaude » des conflits et nourrissent les revues, magazines et journaux. Les photographies ont tout d’abord une valeur de document et de témoignage autour des évènements historiques. Les photographes humanistes vont s’engager dans des causes et vont témoigner avec leur images. Ces photographes s’impliquent généralement sur le long terme, ils défendent des idées et ont une véritable éthique. Leur implication totale permet alors d’obtenir un reportage authentique et complet sur des questions de société ou sur de grandes causes. Enfin d’autres photographes vont développer une manière de photographier, un style personnel pour rendre compte de la société qui les entoure. Ils ne défendent pas de causes particulières mais vont travailler la photographie comme expression d’un style afin de suggérer émotions et réflexions. 2 > PHOTOREPORTAGE ET ENGAGEMENT 3 L’engagement personnel dans un photoreportage induit toute sa puissance et sa qualité. Ce n’est pas le sujet qui implique l’engagement mais la démarche du photographe : son degré d’implication par rapport au sujet (récolte d’informations, temps consacré au reportage,…), son attitude par rapport aux personnes qu'il photographie (démarche respectueuse). Le sujet s’impose au photographe comme nécessaire et ne fait pas l’objet de commande. Ce type de reportage est alors mené sur une durée conséquente et significative. Pour approfondir Collection Photopoche N°7, Eugene Smith, texte de William S.Johnson Collection Photonotes, Minamata Ce sera le cas d’Eugene Smith (1918-1978) qui aura un profond engagement, un investissement particulier qui prend parfois des proportions militantes. Le photographe Eugene Smith s’est non seulement engagé dans de grands reportages mais a également ouvert la voie à toute une génération de photographes : Eugene Richards (1944), Sebastio Salgado (1944), Jane Evelyn Atwood (1947) ou encore Stanley Greene (1948). Se référant à Eugène Smith, ces photographes vont s’engager dans des reportages au long cours sur des thématiques diverses. Eugene Smith, le reportage humaniste au long cours Eugene Smith est un photographe sans compromis, exemplaire, avec une éthique inébranlable, il n’accepte ni la censure, ni la déformation de son propos : il démissionnera de Life en 1954 car le magazine modifiait les légendes de ses photographies. Maud Callen, 1951 © Eugene Smith En 1951, Eugene Smith réalise un reportage sur la profession de sage-femme, en Caroline du sud à cause de la discrimination raciale qui y existait et le consacra à Maud Callen, une sage-femme noire, dans une période de forte ségrégation raciale. Le succès du reportage, publié dans Life fut tel qu’il permit de lever des fonds nécessaires pour construire un hôpital. Le bain de Tomoko, 1972 © Eugene Smith En 1971 il s’installe à Minamata, une petite ville du Japon, afin de suivre les effets de la pollution industrielle au mercure de la baie de Minamata, par les rejets en mer d’une usine chimique, sur la population. Ce reportage de 3 ans aura une portée mondiale et sera publié dans Life. C'est au cours de ce reportage qu'il a pris la très célèbre photographie Le Bain de Tomoko (image ci-contre). Ses reportages sont authentiques, et il est extrêmement respectueux des personnes qu’il photographie. Eugene Smith n’hésite pas à renforcer le tirage pour obtenir une image plus touchante, une image avec un message à délivrer. Il y a une vraie pertinence entre la technique et l’image. La technique est alors placée au service de l’émotion. « La photographie est une petite voix. J’y crois. Si elle est bien conçue, il lui arrive de se faire entendre » Eugene Smith. 4 Malade mentale © Eugene Smith Photographie travaillée par Eugene Smith : recadrée, contraste renforcé Malade mentale © Eugene Smith Eugene Richards, Cocaïne True Cocaïne Blue Pour approfondir Eugene Richards (1944), photographe http:// américain, il s’intéresse aux sujets eugenerichards.com sociaux : la drogue, la pauvreté, les urgences dans les hôpitaux,... Membre de Collection Photopoche N° l’agence Magnum en 1978, il démissionnera 68, 1997, en 1995. Chacun de ses reportages implique Eugene Richards un engagement total sur plusieurs années, il publiera régulièrement dans le magazine Eugene Richards, CollecLife et fera de nombreux livres sur ses sujets tion 55, Ed. Phaidon, de reportages. 2001 Son livre Cocaïne True, Cocaïne Blue mêle interviews, textes et photographies pour témoigner de l’univers de la drogue. Il a photographié sur plusieurs années des cocaïnomanes. Son reportage a été mené dans 3 communautés : East New York, North Philadelphia, Red Hook à Brooklyn à New-York. Cocaïne True Cocaïne Blue, Ed. Aperture, 160 p., textes et photographies d’Eugène Richards, 1994 Photographies issues du livre Cocaïne True Cocaïne Blue d’Eugene Richards 5 Jane Evelyn Atwood, Trop de Peines, femmes en prison Pour approfondir Autre reportage très engagé avec un profond respect des personnes photographiées, celui http:// sur les femmes en prison par Jane Evelyn janeevelynatwood.com Atwood. Photographe américaine, Jane Evelyn Atwood (1947), s’est déplacée dans 40 prisons dans 9 pays d’Europe et aux Etats-Unis. Elle commence son reportage en 1989, il durera 10 ans… Chaque photographie est accompagnée d’une légende détaillée pour mettre en perspective l’image. Jane Evelyn Atwood s’investit très profondément dans chacun de ses sujets, elle apporte son témoignage en rédigeant intégralement l’ouvrage dédié à ce reportage. Elle réalisera d’autres reportages de longue haleine notamment sur les mines antipersonnel pendant 3 ans (Sentinelles de l’ombre, Ed. du Seuil, 2004). La forme du livre convient particulièrement bien à ce type de reportage où les images gagnent en densité lorsqu’elles sont accompagnées de textes et de témoignages. Trop de peines, Ed. Albin Michel, textes et photographies de Jane Evelyn Atwood, 2000, 191 p. Une détenue enceinte, menottée, se tord de douleur pendant un examen gynécologique, peu de temps avant son accouchement par césarienne. Deux gardiens armés étaient devant la porte ouverte de sa chambre d’hôpital. Providence City Hospital, Anchorage (Alaska, Etats-Unis), 1933. Le sauna de la prison. Colonie de travail pour délinquants juvéniles de Ryazan (Russie, ex-URSS), 1990. Détenues montrant leurs bras lacérés et brûlés, il ne s’agit pas de vraies tentatives de suicide, mais plutôt d’automutilations, courantes dans les prisons de femmes. Centre correctionnel pour femmes, Pardubice (République Tchèque, ex-Tchécoslovaquie), 1992. « Parloir intérieur » (pour les couples incarcérés en même temps pour un même crime). Le couple de gauche a été arrêté pour la vente de meubles de cuisine inexistants ; le couple de droite, pour trafic de devises. Maison d’arrêt de femmes, Metz (France), 1990. Photographies issues du livre Trop de peines, femmes en prison de Jane Evelyn Atwood 6 Ad Van Denderen, Go No Go Pour approfondir Ad Van Denderen est un photographe hollandais, né en 1943, il a photographié www.go-no-go.nl pour son livre Go No Go les chercheurs d’asiles tentant de franchir les frontières de l’espace Schengen. Son reportage va être mené sur 15 ans, le long des frontières européennes de l’espace Schengen, il a vécu avec les immigrés, photographié les centres d’accueils et les bureaux de police et a recueilli les témoignages des demandeurs d’asiles. « J’ai essayé de capter un tant soit peu cette société de l’ombre dans laquelle des gens font tout ce qu’ils peuvent pour survivre, et où la honte, la fierté et la dignité jouent un rôle essentiel. Je voulais donner un visage à ceux qui autrement seraient resté anonymes. » Ad Van Denderen. Go No Go, Ed. Paradox, textes et photographies d’Ad Van Denderen, 2003. 2000, Calais, France 2000, la frontière albano-grecque 2001, Ceuta, Maroc 2002, Sangatte, France 2001, Punta Paloma, Espagne 7 Photographies issues du livre Go No Go d’Ad Van Denderen > PHOTOREPORTAGE ET GUERRE 8 Bref historique du photoreportage de guerre Guerre de Crimée (1853-1856) La guerre de Crimée est le 1er conflit photographié (notamment par Roger Fenton), cependant les photographies n’apparaissent pas dans la presse, sauf parfois sous forme de gravures, d’autre part le temps d’exposition des plaques au collodion humide (entre 5 et 20 secondes) est trop long, la technique de la photographie ne permet donc pas encore la représentation de l’action. Le Times rappelle que « le photographe qui suit les armées modernes doit se contenter des scènes de bivouac et faire des natures mortes là où le combat est passé » Campagne de chine (1860) Les morts sont photographiés pour la première fois par Felice Beato. Voir image ci-contre. Guerre de Sécession (1861-1865) 7000 négatifs des champs de bataille et de ruines ont été pris par Gardner et Sullivan. Takou, intérieur du fort du nord après la prise, entrée française, 21 août 1860. Photographie sur papier 1ère guerre mondiale (1914-1918) albuminé - 24x29,9cm. Malgré le coût du papier et de l’encre, ainsi que la censure des militaires pour ne pas démoraliser la population civile et l’armée ; des revues spécialisées dans la publication de photographies de guerre apparaissent. Beaucoup de photographes amateurs et indépendants vont produire des images (instantanés d’explosions, vues aériennes,…) pour la presse très friande d’images à cette période. « Le Miroir paie n’importe quel prix les documents photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier. » Guerre civile espagnole (1936-1939) Il faut attendre le gigantesque essor des magazines d'actualités des années 20 pour que le reportage de guerre se développe, mais aussi l’arrivé d’appareil rapide et solide tel que le Leïca. Robert Capa (1913-1954), part en 1936 et couvre la guerre civile en Espagne pour le magazine Vu et Regards. Robert Capa a un regard vif et saisit l’instant, le plus près possible du danger. « Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’es pas assez près » disait-il. Robert Capa s’illustre dans la photographie de guerre grâce à son regard rapide et précis sur les choses. Robert Capa, Mort d'un milicien à Cerro Muriano, Cordoue, 5 septembre 1936, Magnum photos Agusti Centelles (1909-1985), photographe espagnol, documente également la guerre d’Espagne du côté républicain. Il se sert du Leïca pour ses photoreportages. Barcelone, 19 juillet 1936 © Archives Centelles 9 David Seymour / Chim (1911-1956) est également un photographe de guerre cependant il ne photographie que très peu les conflits mais davantage les conséquences de la guerre sur les populations. Avec son Leïca, Chim photographiait également beaucoup les enfants, en se plaçant à la même hauteur qu’eux. En 1949 il realise le reportage « the Children of Europe » pour l’UNICEF. En 1948, Chim est envoyé en Europe par l’UNICEF pour photographier les enfants, victimes de la guerre. Il voyage notamment en Grèce où il se rend dans le village d’Oxia avec une paire de chaussure pour la seule enfant qui n’en avait pas et qui n’était pas évacuée. « Pendant un long moment […], Elefteria se contenta de contempler ses nouvelles chaussures. Puis sa grand-mère fut autorisée à la chausser. La glace était brisée. Elefteria courut dans tout le village en riant. Son bonheur était total. » Elefteria, quatre ans, 1948 Cette photographie est une icône de la guerre civile espagnole. Le magazine Regards avait demandé à Chim un reportage de la situation politique très instable du pays. Plutôt que de photographier les dirigeants, Chim prend cette femme en train d’écouter le discours sur la réforme agraire. La redistribution des terres constituait un problème crucial, surtout dans la région d’Estrémadure, où des milliers de paysans avaient occupé les terres de riches propriétaires. Femme à un meeting pour la réforme agraire, 1936 10 Seconde guerre mondiale (1939-1945) Beaucoup de photographies sont diffusées dans les magazines. Robert Capa couvre pour le magazine Life le débarquement en Normandie. Robert Capa, Le débarquement en Normandie, 6 juin 1944 Guerre du Vietnam (1954-1975) À cette période, c’est l’âge d’or du reportage de guerre. Beaucoup d’images sont prises pendant la guerre du Vietnam. Les photographes couvrent très largement ce conflit, ils ont une carte de « priorité 3 » (derrière les blessés et les politiques). Cependant de plus en plus d’images s’écartent de l’opinion officielle et des porte-paroles du gouvernement, les images contredisent même parfois leurs propos. L’Etat dit que la victoire est proche mais les photographies montrent le contraire… Beaucoup de photographes sont scandalisés par la guerre et ils vont exprimer cette révolte à travers leurs photographies et leurs témoignages. L’opinion publique occidentale va se rendre compte de la réalité de cette guerre grâce aux images. Ci-contre le livre Vietnam Inc. Ed. Phaidon, 1971, avec les témoignages et photographies de Philip Jones Griffiths. Suite à la guerre du Vietnam, il choisit le support du livre pour témoigner. Mort d'un Viêt Công, 1968. Eddie Adams Cette photographie est devenue une icône de cette guerre, tout comme les photographies de nuages des bombes lancées sur Hiroshima et Nagasaki deviendra le symbole universel du phénomène atomique. Pham Thi Kim Phu brûlée au napalm et courant en hurlant sur la route près de son village, 1972. Associated Press Guerre du golfe (1990-1991) Suite à la guerre du Vietnam et au retournement de l’opinion publique, les autorités prennent soin de ne pas diffuser d’images, la guerre du golfe sera donc la guerre sans images. Les photoreporters ont été tenus à distance des conflits, la liberté de la presse est restreinte, par 11 James Nachtwey, Photographe de guerre James Nachtwey, né en 1948 dans le Massachusetts est un photographe Pour approfondir américain, il s’illustre dans la photographie de guerre par son implication à couvrir quasiment tous les conflits : Afghanistan, Bosnie-Herzégovie, Rwanda, http:// Salvador, Irlande du Nord, Kurdistan, Somalie, Afrique du sud,… et de grands www.jamesnachtwey.com/ sujets sociaux. Il a reçu de nombreux prix pour ses reportages de longue haleine. James Nachtwey synthétise les qualités d’un reporter de guerre : un engagement profond se traduisant par sa proximité et sa connaissance du sujet, une implication totale sur une durée significative, une maîtrise totale de l’image et de l’émotion qu’elle transmet. "J’ai été témoin et ces photos sont mon témoignage. Les événements que j’ai enregistrés ne devraient pas être oubliés et surtout pas être répétés » Chechnya, 1996 - Ruins of central Grozny © James Nachtwey Chechnya, 1996 - Chechen rebel fighting along the front line against the Russian army © James Nachtwey Kosovo, 1999 - Deportees returned during harvest time © James Nachtwey Albania, 1999 - Kosovar deportees meeting in a refugee camp © James Nachtwey Kosovo, 1999 - Imprint of a man killed by Serbs © James Nachtwey Kosovo, 1999 - Tearing a poster of Milosevic © James Nachtwey 12 Magnum Photos Magnum Photos n’est pas la première agence de photographe, car dans les années 20 il existait déjà Delphot (Deutsch Photodienst), née en 1928 en Allemagne, Alliance Photo en 1934 en France, Black Star en 1935 aux Etats-Unis et Keystone créée en 1927 : première agence de photo d’actualité qui tisse un réseau mondial d’échanges de photographies. Cependant les photojournalistes confiaient à ces agences la commercialisation et l’archivage de leur travail. L’agence MAGNUM se distingue par son fonctionnement et son esprit. Créée en 1947, MAGNUM est une agence coopérative, les photographes prennent toutes les décisions ensemble. Pour approfondir www.magnumphotos.com Les années VIVA 19721982 : une agence de photographes, © MARVAL, Ed. du Jeu de Paume, 2007 www.noorimages.com Les fondateurs : - Robert Capa, photographe américain d’origine hongroise, né le 22 octobre 1913 à Budapest et décédé le 25 mai 1954 en Indochine lors de l’un de ses reportages. - Henri Cartier-Bresson, photographe français, né le 22 août 1908 à Chanteloup-en-Brie et décédé le 3 août 2004 à Montjustin dans les Alpes-de-Haute-Provence. - David Seymour, aussi connu sous le pseudonyme de Chim, né le 20 novembre 1911 à Varsovie, décédé le 10 novembre 1956 à El Qantara alors qu'il couvrait la crise de Suez en Egypte. - George Rodger, photographe britannique, né le 19 mars 1908, décédé le 24 juillet 1995 Ils se divisent la couverture du monde : Seymour travaille en Europe, Cartier-Bresson en Asie, Rodger en Afrique et au Moyen-Orient et Capa un peu partout. Liberté et indépendance des photographes Les sujets de reportages sont totalement libres, les photographes n’ont plus aucune contraintes ni commandes. Chaque photographe opère donc des choix et exprime son point de vue personnel. Apparition de la notion de droit d’auteur Romeo Martinez « Capa avait une idée fixe, qui s’avéra la plus saine qu’on ait eu dans l’histoire de la photo : que le journaliste n’est rien s’il ne possède ses propos négatifs. La mise en coopérative était la meilleure formule pour préserver ces droits, et pour assurer la liberté d’action de chacun des photo-journalistes. En somme, Capa et ses amis ont inventé le droit d’auteur en photographie ». Les photographes de MAGNUM gardent les droits de leurs photographies plutôt que de les accorder à la publication dans laquelle elles apparaissent, cela leur permet ainsi de garder le contrôle de leurs images et pouvoir vendre ou revendre leur travail. Les photographes n’ont plus cette dépendance par rapport aux magazines ou aux agences qui auparavant détenaient leurs négatifs. VIVA VIVA créée en 1972, est une agence cooperative tout comme Magnum, les photographes ne travaillent pas que sur de l’actualité immédiate mais ils font aussi des reportages de fond et sont libres de leurs sujets à revendication sociale, morale ou politique. L’agence VIVA, pourtant en avance sur son temps, fermera en 1982 Les fondateurs de l’agence sont : Hervé Gloaguen, Guy Le Querrec, Claude Dityvon, Jean Lattes, Martine Franck, François Hers, Richard Kalvar et Alain Dagbert 13 NOOR L’agence NOOR, créée en 2007 et basée à Amsterdam, est dans le même esprit que l’agence MAGNUM. NOOR est une agence photographique associative, dont la directrice est Claudia Hinterseer L’agence leur permet de créer des projets communs, par exemple Climate Change, projet collectif en 2 volets : Consequences sur les effets dévastateurs du changement climatique dans le monde : migrations forcées, changements de températures dans le monde,… et Solutions, dans le prolongement du précédent et consacré cette fois à des propositions d’actions face au changement climatique. Manifeste de NOOR NOOR est un collectif de photographes et une fondation basés à Amsterdam, aux PaysBas, associant les talents et les regards de onze photographes originaires de sept pays différents. Ces photojournalistes sont parmi les plus reconnus et expérimentés aujourd’hui. NOOR, la documentation visuelle au cœur de ses activités NOOR produit des photoreportages et reportages multimédias d’avant-garde, sur l’actualité et la culture. Les images de NOOR sont publiées dans les meilleurs magazines du monde entier, rassemblées dans des livres, exposées dans des galeries d’art et conservées dans les musées. NOOR a la capacité de créer des contenus ou des histoires pour DOCUMENTER, TEMOIGNER et MOBILISER NOOR cherche à contribuer à la compréhension du monde en produisant des reportages photographiques indépendants et approfondis qui stimulent le changement social, impactent l’opinion sur les droits de l’homme et d’autres questions liées aux préoccupations générales. NOOR facilite la collaboration du groupe sur des projets photographiques. Du concept à la diffusion, NOOR cible le public le plus large possible. NOOR contribue à la mémoire visuelle de l’HUMANITE La fondation NOOR est une organisation internationale à but non-lucratif dirigeant la création et la distribution de travail journalistique avec pour objectif l’information et la sensibilisation. NOOR fournit différents produits et services pour différents marchés afin d’ATTEINDRE le public, créer un IMPACT, et parfois, FAIRE FACE NOOR, qui a son siège à Amsterdam, est composée de onze photographes de sept pays différents : Nina Berman, Andrea Bruce, Stanley Greene et Jon Lowenstein (Etats-Unis), Yuri Kozyrev (Russie), Giancarlo Ceraudo et Francesco Zizola (Italie), Pep Bonet (Espagne), Alixandra Fazzina (Angleterre), Jan Grarup (Danemark) et Kadir Van Lohuizen (Pays-Bas). 14 > PHOTOREPORTAGE ET DIFFUSION Des documents peuvent vous être fournis pour travailler en classe sur les mises en page dans les journaux,... : sous forme de fichiers numériques ou d’impressions sur film transparent pour rétroprojecteur. Pour obtenir ces documents contacter Sarah Gay, médiatrice culturelle 01.55.01.04.84, [email protected] 15 La diffusion des photographies PRESSE Hebdomadaires et principalement des quotidiens : Paris-soir (1923) Ce soir (1937-1953) ... Agences photographiques L’agence est une interface entre le photographe et l’ensemble des médias Associated Press (AP crée en 1846) Reuters (crée en 1851) United Press International (UPI crée en 1907) Agence Dephot (1928) Rapho (1933) Alliance Photo (1934) Black Star (1935) Agence France-Presse (AFP crée en 1944) Gamma (1967) Sygma (1973) Sipa (1973) ... Les photographies sont choisies et traitées par les rédacteurs en chef et les maquettistes TV Internet Livres ... Le Photographe Photographe indépendant Nouvelles agences et Collectifs de photographes Commercialisent et archivent le travail des photographes, ils fournissent les journaux et les périodiques. Les photographes ont une certaine indépendance par rapport aux commandes, font le choix de leurs sujets et produisent des projets collectifs. PRESSE Magnum Photos (1947) Viva (1972) Vu’ (1986) Tendance Floue (1991) NOOR (2007) ... Livres Catalogues Expositions Brochures Expériences spécifiques Internet ... Quotidiens et principalement des hebdomadaires : Time (1923) Vu (1928) Regards (1932) Le miroir du monde (1932) Life (1936) Paris-Match (1949) L’illustration (1843-1944) Picture Post (1938-1957) Berliner Illustrierte Zeitung (1892-1945) …. 16 De la presse illustrée aux livres 1830-1840 Les photographies ne peuvent pas être reproduites directement, elles sont alors dessinées puis gravées pour ensuite s’intégrer sous forme de gravures dans les formes typographiques. « La barricade de la rue Saint-Maur-Popincourt le lundi après l’attaque » 1er-8 juillet 1848, N°279-280, p.276, gravure d’après daguerréotype de M. Thibault 37/26.5cm BNF, Philosophie, Histoire, Sciences de l’Homme. 1845-1847 Mise au point par l’américain Hoe, l’anglais Applegath et par le français Marinoni de la presses à réaction, ancêtre de la rotative. La 1ère presse rotative à bobine date de 1865, en France l’utilisation devient systématique à partir de 1871. Charles Petit est l’initiateur du principe de la similigravure en 1878, amélioré par l’invention de la trame quadrillée en 1880. La similigravure a permis le développement de la reproduction mécanique. Ce sont ces points de taille variable qui déterminent la quantité d'encre déposée et restituent la gradation de l'image une fois imprimée. Héliogravure ou rotogravure (héliogravure rotative). Système d’impression sur du papier noncouché. La forme imprimée est gravée chimiquement ou électroniquement, sur un cylindre. Les creux sont chargés d’encre à l’impression. il est possible d’imbriquer l’image dans le texte et d’en mettre plusieurs. L’héliogravure permet de reproduire un document monochrome fait de demi-teintes avec un bon rendu des gris et du modelé. L’image obtenue est beaucoup plus précise que la similigravure, elle permet des contrastes forts avec un velouté intéressant. Essor à partir de 1910 des procédés photomécaniques et évolutions techniques jusqu’aux années 50. Life, hebdomadaire américain, crée par Henry Luce en 1936 Le magazine met l’accent sur l’image photographique « Voir la vie, voir le monde, être témoin direct des grands évènements, regarder les visages des pauvres et les gestes des grands, admirer des choses étranges, des machines, des armées, les multitudes, les ombres dans la jungle et sur la Lune… voir et prendre plaisir à voir, voir et être étonné, voir et s’instruire. » La rotative du journal en fonctionnement, tirage argentique original, 29 mars 1927, 18/24 cm (épreuve), 16/21 cm (image) BNF, Estampes et Photographies, fonds du journal - L’Aurore. Naissance de nombreux magazines où la photographie a une place essentielle, de nombreuses agences voient le jour pour répondre à la demande croissante des journaux et des revues. Time Hebdomadaire américain, créé en 1923 par Briton Madden et Henry Luce Vu, hebdomadaire français de Lucien Vogel, créé en 1928 « Il n’existe pas de magazine photos qui transmette les rythmes vitaux de la vie de tous les jours : les évènements politiques, les découvertes scientifiques, les désastres, les explorations, les sports, le theâtre, les films, l’art et la mode. Vu veut absolument répondre à ce besoin. » Regards, Mensuel français créé en 1932 Une place prépondérante est donnée aux reportages photographiques 17 Match L’intran, N°359, juillet 1933 L’illustration, N°4948, 1er janvier 1938 Les évolutions de la mise en page dans les années 30 Ici les photographies sont utilisées comme des illustrations du texte. Ensuite les photographies sont de plus en plus nombreuses, elles envahissent la page, occupent plus d’espace que le texte. Les mises en page sont de plus en plus audacieuses, la disposition des photographies permet de créer des lignes obliques dynamiques dans la revue. Les photographies sont utilisées à fond perdu, en pleine page voire même en double-page. Titres et légendes suffisent à organiser et « comprendre » les images. Celles-ci sont devenues l’élément central et indispensable au reportage. Paris-soir, 27 juillet 1936, coll. particulière Regards, 14 octobre 1937, N°196, David Seymour (Chim). Paris-Match, 5 janvier 1957, N°404, Henri-Cartier Bresson 18 Paris-Match, N°305, janvier-février 1955, photographies de M. Fievet Dans les années 1940-1950, les photographies en couleur se multiplient dans les magazines qui touchent un plus large public. Paris-Match, hebdomadaire français Créé en 1949 par Jean Prouvost sur le modèle du magazine américain Life. « Le poids des mots, le choc des photos » Auparavant les magazines publiaient des images isolées, ensuite ils vont rechercher la série d’images. L’idée d’un reportage naît au sein de la rédaction d’un magazine, car elle définit une thématique avec un sujet sur plusieurs pages et le texte d’un journaliste. Henri Cartier Bresson publie en 1955 un reportage sur le peuple russe dans deux numéros de Paris-Match, N°305 et 306. Son reportage occupe 20 pages du magazine. Paris-Match, N°305, 1955, Henri-Cartier Bresson Apparition de la TV entre 1960 et 1975 Grande régression de la presse, la diffusion de Paris-Match passe de 1 800 000 exemplaires en 1958 à 700 000 en 1976, alors que le nombres de TV ne cesse d’augmenter : entre 1960 et 1975 elle passe de 1.8 millions à 15 millions. Les photographes vont donc rechercher d’autres moyens pour diffuser leurs témoignages, c’est le livre qui sera majoritairement utilisé, souvent en accompagnement d’une exposition, mais aussi comme œuvre de collaboration avec des sociologues, historiens,…. Il y a donc un déplacement de la diffusion. Paris-Match, N°306, 1955, Henri-Cartier Bresson « La télévision a transformé non seulement ce que font les photojournalistes, mais ce dont ils vivent, et comment ils vivent : vente de leurs tirages, expositions, publications, publicité. Le besoin d’images a diminué dans les médias imprimés, du fait de la télévision.» Cornell Capa extrait de Magnum, 50 ans de photographies, Nathan Image, texte de Jean Lacouture, William Manchester et Fred Ritchin, Paris, 1989, p.59. Ci-contre le livre Turkanas de Roger J ob, photo g ra phe belg e a ya nt travaillé en collaboration avec différentes équipes spécialisées pour son reportage sur un peuple nomade du Kenya dont le mode de vie est menacé par le réchauffement climatique : les Turkanas. 19 Turkanas, Ed. Musée de la Photographie, Charleroi, textes et photographies de Roger Job, 2010 > PHOTOREPORTAGE ET POINT DE VUE 20 Nous avons ici un autre type de photoreportage, où la subjectivité du photographe est beaucoup plus présente. C’est le cas de Robert Frank (1924-1983) ou de William Klein (1928) qui font des reportages sur la société qui les entoure mais qui proposent un mode de lecture différent. Les photographies peuvent devenir indépendantes de la série, elles ont une cohérence esthétique propre, elles ne sont pas inscrites dans un « témoignage » au sens strict, leur message est complexe, parfois ambigu, non lié à un récit. Robert Frank, Les américains L’œuvre la plus connue de Robert Frank est son livre de photographies intitulé The Americans (1958). Il adopte un point de vue ironique et extérieur sur la société américaine, et suit en 1955 et 1956 le trajet de la fameuse Route 66, parmi d'autres routes de l'ouest américain. Les photographies de Robert Franck ont été réalisées grâce à une bourse décernée par la Guggenheim Foundation of New York qui a permis au photographe de voyager 2 ans à travers les Etats-Unis. Le livre est d’abord publié en France, par Robert Delpire, en 1958. Puis peu après paraît aux Etats -Unis, chez Grove Press, mais la réception est très mauvaise par le public américain. Les américains, photographies de Robert Frank, Ed. Delpire, 1956 Hollywood Butte Montana Hoboken, New Jersey New York City Photographies issues du livre Les américains de Robert Frank 21 William Klein (né en 1928) a réalisé différents journaux photographiques dans des grandes villes : New-York (1956), Rome (1958-1959), Moscou (1964) ou encore Tokyo (1964). Ses photographies attestent de son regard personnel sur la ville. Il cadre, coupe, se rapproche et saisit la ville d’une manière très personnelle. Ses livres de photographies témoignent également de sa perception, il réalise lui-même les maquettes, les photographies sont en pleine page voir en double-page, sans marges. Ces photoreportages sont avant tout l’expression d’un œil, d’une manière de percevoir le monde, sans volonté documentaire. Livres de William Klein consacrés à New-York, Rome, Tokyo, Moscou et Paris Rome, Cinecitta, 1956 © William Klein New York, 1955 © William Klein Dans la foule, 5ème avenue, New-York, 1955 © William Klein 22 Réservation Du lundi au vendredi Sarah Gay, chargée de la médiation culturelle 01 55 01 04 84 [email protected] Parcours commenté sur le photoreportage À travers la visite de l’exposition mais aussi l’étude de documents complémentaires (journaux,…) la visite resituera les photographes de l’exposition dans l’histoire du photoreportage tout en pointant les caractéristiques actuelles de leurs photoreportages. Durée : 1h à 1h30 Gratuit pour les - de 18 ans 2€ / personne Où pique-niquer ? À 200m de la Maison Doisneau... Parc Picasso 64 avenue Raspail 94250 Gentilly Pour venir… RER B, station Gentilly Bus : n° 57, (Porte de Bagnolet - Arcueil/Laplace), arrêt Division Leclerc. n° 125, (Porte d’Orléans - Maisons-Alfort), arrêt Mairie de Gentilly. n° 184, (Porte d’Italie - Fresnes), arrêt Mairie de Gentilly. Bus Valouette, réseau de transports gratuits entre les communes de l’agglomération de Val de Bièvre ●Stations Vélib’, à proximité Périphérique, sortie Porte de Gentilly Maison de la Photographie Robert Doisneau, 1 rue de la Division du Général Leclerc, 94250 Gentilly 01 55 01 04 86 - www.maisondelaphotographie-robertdoisneau.fr 23