les nomades du ballon se vendent partout
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les nomades du ballon se vendent partout
54 SPORTS JEUDI 14.04.2011 LE MATIN SPORTS 55 LE MATIN JEUDI 14.04.2011 LES NOMADES DU BALLON SE VENDENT PARTOUT FOOTBALL L’Observatoire des footballeurs professionnels a publié lundi son rapport annuel. Un instantané statistique pour mieux comprendre le football globalisé. UDINESE ET BENFICA, EN ATTENDANT MIEUX Le footballeur brésilien a trouvé un terrain d’expression au Portugal, où sa vocation pour le divertissement se combine allégrement avec la vigueur locale. «Ils sont techniques, nous sommes rapides. On est faits pour s’entendre», schématise Joao Alves, entraîneur portugais du Servette. Le regroupement des forces – autant que «les relations sentimentales qui unissent les deux pays», selon Alves – ont exporté 95 Auriverdes au pays du Fado depuis le début de la saison. «Les joueurs brésiliens considèrent le Portugal comme la porte d’entrée en Fort d’une hégémonie culturelle et de son économie globalisée, le football s’impose comme une nébuleuse d’acteurs en perpétuelle mutation. Au cœur de ces réseaux, le joueur – quelque part entre objet de culte et matière première – prend les traits d’un travailleur nomade, complice ou victime d’une vaste entreprise de spéculation économique. Depuis 2005, l’Observatoire des footballeurs professionnels (PFPO) a doté le sport roi d’un outil statistique capable de mieux comprendre les enjeux qui l’habitent. Démographie, formation, mobilité ou recrutement. Autant de thématiques abordées au fil des pages d’un «rapport 2010 sur les migrations», publié pour la première fois en collaboration avec SoccerAssociation.com. Julien Caloz et Mathieu Aeschmann Rapport annuel de l’Observatoire des footballeurs professionnels voir: www.eurofootplayers.org/ www.cies.ch Destinations des joueurs brésiliens exportés en 2010: 1 PORTUGAL 95 2 République de Corée 15 3 Japon 14 (...) 10 7 Espagne Europe, estime Junior Santos, coach de Dubai SCS et ancien cadre de Fluminense, notamment. Il y a trop de joueurs dans leur pays, et pas assez dans celui qui les accueille. Et puis, au Brésil, les clubs laissent partir les jeunes qui ne parviennent pas à s’imposer chez les pros à la fin de leur adolescence.» L’exode des jongleurs, qu’ils soient précoces ou non, est favorisé par le groupe sud-américain «Traffic». «Les responsables acquièrent les droits fédératifs des joueurs et les parquent dans les clubs de leur choix. Ils demandent ensuite un pourcentage sur la prochaine transaction», explique Paolo Urfer, dont l’esprit de persuasion n’a pas suffi à faire venir le défenseur Jardel (Olhanense). Le Brésilien de «Traffic» porte aujourd’hui le maillot de Benfica. LES SERBES «FORCES DE TRAVAIL DE L’EST» CHYPRE, 1re DESTINATION MONDIALE «Avec 101 ligues étudiées dans 69 associations nationales, ce rapport propose une échelle sans précédent, prévient Raffaele Poli, directeur du PFPO et chercheur aux Universités de Lausanne et de Neuchâtel. Et parmi ses enseignements principaux, je soulignerais le nombre très important de transferts réalisés vers des championnats dits «peu performants». Ces migrations vers Chypre ou l’Azerbaïdjan prouvent bien que le footballeur se déplace partout sur la planète.» Une explosion des destinations qui remet en cause les préjugés européocentristes du milieu. Certes le football européen fait rêver aux quatre coins du monde. Mais comme le talent de ses acteurs, l’économie du ballon rond ne connaît plus de frontière. Elle impose aux clubs une stratégie globale et anticipative à l’image de Benfica ou de l’Udinese (lire ci-contre). Elle confirme parfois certaines croyances ancestrales (le vivier brésilien) mais révèle également des acteurs inconnus (la formation serbe ou la plaque tournante portugaise). Découvrez quatre instantanés statistiques d’un football aux mille facettes. £ L’AUTOROUTE BRÉSIL-PORTUGAL MODÈLE COSMOPOLITE Le Chilien Alexis Sanchez (milieu), le Suisse Gökhan Inler (à g.) et le Ghanéen Kwadwo Asamoah représentent la vitrine de l’Udinese, club passé maître dans la détection et la revente de jeunes talents. Vingt-trois joueurs ont délaissé l’Udinese cette saison, selon les prospections du marché. Certains cultivent désormais leurs ambitions dans le club ferme de Grenade (2e division espagnole) lorsque d’autres tentent de rénover leur potentiel au Genoa (Antonio Floro Flores), voire à la Juventus, où Simone Pepe a été prêté pour 2,6 millions d’euros. Les manœuvres, au fil du temps, généreront un retour sur investissement et participeront à la vitalité constante de la formation transalpine. «L’Udinese a des dirigeants intelligents et une stratégie enfantine: le club achète des joueurs à un prix dérisoire, entretient leurs trajectoires puis les revend avec Nombre de joueurs exportés en 2010 par club: 1 UDINESE ITA 23 2 Benfica POR 22 3 Celtic SCO 17 (...) 89 Barcelone ESP 8 un bénéfice confortable, éclaircit John Dario, agent de joueurs. Les espoirs rêvent de s’exporter au Frioul, car ils savent que c’est une porte ouverte vers un avenir meilleur.» Le brassage perpétuel n’est pas incompatible avec une certaine idée de la chose bien faite. «Il y a une colonne vertébrale qui légitime les résultats d’une formation 5e de Serie A», rapporte Dario. Champion du Portugal lors du précédent exercice, Benfica élargit également ses perspectives grâce au renouvellement de sa structure (22 joueurs ont quitté Lisbonne avec des confettis dans leur sac de sport). «Mais on est très loin de la stratégie à long terme de l’Udinese. Les dirigeants ont une politique de recrutement bling-bling, intervient Paolo Urfer, directeur sportif de NE Xamax. Ils ont eu la main heureuse ces dernières années avec des personnalités sud-américaines comme Di Maria, Ramires et David Luiz (ndlr: les trois joueurs auraient rapporté plus de 60 millions au club lisboète), mais Porto reste le roi du marché des transferts au Portugal. Le leadership excite Benfica et l’incite à la consommation.» Le brassage perpétuel de l’effectif est facilité par l’agent Jorge Mendes, dont les prédispositions ont été vérifiées par la profession. «Je l’ai souvent rencontré à la fin des années 1990. Il se tapait des heures en voiture pour prendre un café et, finalement, il arrivait toujours à me refourguer un joueur dont je n’avais jamais entendu parler», relate le président de La Corogne, Augusto Cesar Lendoiro, dans les colonnes du magazine français So Foot. Un vieil adage aime qualifier les footballeurs d’ex-Yougoslavie de «Brésiliens des Balkans». Si la comparaison s’est construite sur un mimétisme technique, la voilà renforcée par une dimension statistique saisissante. Troisième nation «exportatrice» derrière les intouchables Brésil et Argentine, la Serbie fournit au moins quatre fois plus de joueurs professionnels que l’Italie ou l’Allemagne. Un bilan impressionnant pour un pays de 8 millions d’habitants. «A l’image de la Suisse ou de la France aprèsguerre, l’Europe entière a longtemps profité du vivier de l’ancienne Yougoslavie, rappelle Raffaele Poli. Aujourd’hui, il est Nombre de joueurs exportés en 2010 par nationalité: 1 Brésil 283 2 Argentine 215 3 SERBIE 150 (...) 17 36 Italie intéressant de noter que les joueurs serbes sont les nomades du football de l’Est. Ils constituent la première force de travail en Hongrie, en Ukraine ou en Pologne.» Une mainmise serbe qui prend encore de l’ampleur si on lui ajoute les apports de la Bosnie (48) et de la Croatie (23). Preuve de l’héritage culturel yougoslave. Mais pas seulement. «Ces chiffres s’expliquent également par la politique des clubs serbes, essentiellement tournée vers l’exportation, reprend Poli. Avec un championnat national de qualité mais à la faible moyenne d’âge (23 ans et 9 mois), toutes les conditions sont requises pour devenir une plate-forme de lancement.» Culture du voyage, qualité technique, expérience rapide de l’élite. Voilà l’équation gagnante du footballeur serbe. SOS DÉFENSEURS ET GARDIENS AFRICAINS Selon les chiffres du PFPO, Rigobert Song, John Mensah ou encore Ike Shorunmu risquent fort de manquer de successeurs. En effet moins d’un footballeur africain sur cinq a décroché un contrat en 2010 pour remplir des tâches défensives (19%). Un taux extrêmement faible qui confirme la permanence de vieux préjugés. Pour de nombreux recruteurs, le potentiel athlétique du joueur africain doit être mis au service d’une forme de créativité. «Un état de fait qui agit tant sur la demande que sur l’offre, observe Raffaele Poli. Les clubs privilégient un renfort en attaque ce qui pousse les intermédiaires et Les joueurs exportés (en %) en 2010 par poste et continent: Gardiens Défenseurs 1,9 CAF UEFA 8,3 17,1 32,3 46,7 36,5 Milieux Attaquants 27 34,3 même certains formateurs à placer leurs meilleurs éléments aux postes offensifs. Une des conséquences de cette spéculation prend la forme d’une formation des gardiens quasi inexistante.» A cet effet pervers en amont s’ajoute, en aval, la relative précarité professionnelle du joueur offensif. Un constat qui fragilise les joueurs africains, déjà affaiblis part leur faible coût initial. «Le footballeur offensif circule en moyenne plus vite que son homologue défenseur car il est plus jeune et plus recherché, détaille le directeur du PFPO. Du coup, sa valeur monte et son nom génère énormément de spéculation.» A quand le retour d’un défenseur central africain patron d’un grand d’Europe? Pour modifier les mentalités et inverser la tendance.
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peut aussi expliquer cette évolution. De même que le regain d’attractivité du championnat brésilien
qui offre la possibilité aux clubs de conserver quelques talents supplémentaires.
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