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le shofar REVUE MENSUELLE DE LA COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE LIBÉRALE DE BELGIQUE N° d’agréation P401059 SEPTEMBRE 2006 — N°277 / Eloul 5766 SYNAGOGUE BETH HILLEL BRUXELLES Am Israël Haï! Le Shofar est édité par la N°277 septembre 2006 / Eloul 5766 N° d’agréation P401059 RE VUE MENSUELLE DE L A COMMUNAUTÉ ISR AÉLITE LIBÉR ALE DE BELGIQUE EDITEUR RESPONSABLE : Rabbin Abraham Dahan COORDINATION : Jacqueline Wiener-Henrion COMITÉ DE RÉDACTION : Rabbi Abraham Dahan, Rabbi Floriane Chinsky, Ralph Bisschops, Serge Boruchowitch, Gilbert Lederman, Philippe Lewkowicz, Jacqueline Wiener, Emmanuel Wolf ONT EGALEMENT COLLABORÉ A CETTE LIVRAISON : Rabbin Alain Michel, Mischaël Modrikamen, Nathan Giroul, Anna Erckens, Joël Hochner, Josiane Goldschmidt, Monique D’Heu, Kris Richard-Letz, Paul-Gérard Ebstein. MISE EN PAGES : www.inextremis.be COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE LIBÉRALE DE BELGIQUE A.S.B.L. N° d’entreprise : 408.710.191 Synagogue Beth Hillel 80, rue des Primeurs, B-1190 Bruxelles Tél. 02 332 25 28 Fax 02 376 72 19 www.beth-hillel.org [email protected] CBC 192-5133742-59 RABBINS : Abraham Dahan et Floriane Chinsky CONSEIL D’ADMINISTRATION : Patrick Ebstein, Paul-Gérard Ebstein, Ephraïm Fischgrund, Josiane Goldschmidt, Gilbert Lederman, Philippe Lewkowicz, Willy Pomeranc, Chantal Renson, Elie Vulfs, Jacqueline WienerHenrion, Emmanuel Wolf, Sabrine Wolf. Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. Sommaire 05 ÉDITORIAL De generation en generation on s’est dressé contre nous pour nous anéantir…, par Rabbi Abraham Dahan 07 LE MOT DU PRÉSIDENT 08 JUDAÏSME L’homme peut-il changer? par Philippe Lewkowicz Par Rabbi Abraham Dahan 11 Les fêtes de Tichri, relire le passé à la lumière d’un nouvel avenir, par Rabbi Floriane Chinsky 14 Changer vers quoi? Tichri, le courage d’explorer des territoires inconnus, par Rabbi Floriane Chinsky 16 Parashat Devarim, Les paroles de la Torah, 18 Les Juifs et la vengeance, 20 COMMUNAUTÉ – CULTURE Agenda 21 Am Israël Haï, 10 par le rabbin Alain Michel par Ralph Bisschops, Dr. Phil. par Emmanuel Wolf 18 48 22 Israël, sentinelle de notre liberté, 23 Nos Bné Mitsva, 25 Talmidi, petit poisson deviendra grand…, 26 Talmidi, le talmud tora de Beth Hillel 27 L’Histoire d’Ies, 28 Le monde ne nous aime pas…, 29 A propos du devoir de mémoire, 30 A la mémoire d’Hiram Harry Bingham 31 Un peu d’humour 31 Informations utiles par Mischaël Modrikamen par Nathan Girou, Anna Erckens et Joël Hochner par Josiane Goldschmidt par Monique D’Heu par Kris Richard-Letz par Paul-Gérard Ebstein Pour l’organisation de vos Simhot Un nom: Solange! Un numéro: 0497.57.47.27! ÉD I TO R I A L le shofar De génération en génération on s’est dressé contre nous pour nous anéantir… (Haggadah de Pessach) Par Rabbi Abraham Dahan Nous sommes le 10 août, le 18 Av, et à l’horizon déjà se profilent les fêtes de Tichri. Notre cri d’espérance, vieux comme notre peuple, s’élèvera encore silencieux et puissant de nos cœurs, comme si nous frappions de toute la force de nos poings aux portes de l’univers: «Seigneur, pourquoi? Jusqu’à quand la violence, la guerre, déchireront-ils notre pauvre planète et nos vies? Pourquoi le point infime qu’est la terre, dans ton univers immense et infini, est-il secoué sans cesse de convulsions mortelles? Jusqu’à quand et pourquoi, Maître de l’Univers?» Il y a quelques années, un livre, «La fin de l’histoire», défendait la thèse qu’après la chute de l’Union Soviétique, il n’y aurait plus de conflits majeurs et que notre monde pouvait enfin connaître une ère de paix. Et voici que du chapeau des choses humaines sort un nouveau diable, l’islamisme radical, qui porte ses coups mortels partout, une violence tous azimuts, qui frappe sans distinction de lieux et de peuples juifs, chrétiens, musulmans…. Une violence terrifiante, aveugle, absurde et au nom de Dieu. Voici qu’Israël, qui vibrait de l’espoir fou qu’enfin, la paix commencerait à s’ouvrir avec ses voisins pour créer un espace d’éducation de nos enfants en commun de prospérité, d’échange et de sécurité pour toute la région, se voit plongé sans l’avoir voulu dans une guerre cruelle, où la vie même du peuple d’Israël et du pays est mise en jeu. Car il ne faut pas s’y tromper. Il ne s’agit pas ici d’un problème de colonies ou de territoires occupés, comme certains en Europe- et ils sont nombreux malheureusement – feignent de le croire. Il s’agit de la destruction totale d’Israël et de son peuple. C’est le projet proclamé, le programme et le but des ennemis impitoyables d’Israël. S’ils en avaient le pouvoir militaire pour un jour, rien qu’un jour, Israël n’existerait plus. Et l’Europe le sait. Et alors, en Europe, on ferait de grandes manifestations, de grands discours de compassion, un enterrement de première classe. Nous connaissons le misérable refrain. L’angoisse étreint nos cœurs. Alors, où puiser l’espoir? Comment trouver les mots pour l’exprimer encore? C’est vrai que notre vieux peuple a de tous temps connu des épreuves épouvantables. Notre histoire peut se lire comme un long catalogue d’écrasements, de persécutions, d’accusations, de déchéances, jusqu’à l’impensable, jusqu’à la caricature. Et nous avons survécu. Dispersés, éparpillés, honnis, bannis, nous avons traversé empires et civilisations immenses et qui paraissaient éternels. Ils se sont écroulés et nous en sommes sortis blessés, meurtris, mais vivants et présents. Comme les vagues de la mer qui déboulent et grondent avant de s’éteindre, sont les civilisations et les cultures. Elles se succèdent, passent sur le minuscule galet d’Is- 5 ÉD I TO R I A L raël, le secouent, le projettent violemment, l’écrasent, mais aussi le polissent dans son humanité avant de disparaître pour être remplacés par d’autres… Je ne me rappelle plus quel roi d’un pays d’Europe demanda, paraît-il, un jour à un de ses ministres la preuve de l’existence de Dieu: Sire, les Juifs, fut la réponse du ministre. 6 Le peuple juif, comme Israël aujourd’hui, a été toujours dans l’œil du cyclone. Pourquoi? Peut-être parce que de tous temps, sa différence intriguait, effrayait. Parce que les grandes religions qui sont nées du Judaïsme ont longtemps cru que pour exister il fallait tuer le père et l’ont accablé de toutes les malédictions imaginables et inimaginables. Mais surtout, parce que le peuple juif a été de tous temps et reste minuscule, éparpillé, sans pouvoir réel qui puisse faire le poids par rapport aux multitudes. En politique, il n’y a pas d’amis ou de sentiments, mais uniquement des intérêts… Notre survie n’est pas logique, mais elle est là. D’ailleurs, rien dans l’histoire d’Israël n’est logique. Une rétrospective rapide de cette histoire nous montre très vite, comme le fait la Haggadah de Pessach, que depuis Laban, le propre beau-père de Yakov Israël, en passant par le pharaon, Amalek alors que les hébreux sont hagards dans le désert juste après leur libération, Balak le roi de Moab, Hamman et tous les tyrans et les Staline de l’histoire, jusqu’à Hitler, leur projet ultime était la destruction du peuple juif: «A cha- que génération ils se sont dressés contre nous pour nous anéantir et nous avons été sauvés» (Haggadah de Pessach). Israël ne veut pas la guerre. Israël souffre. Il est déchiré de voir tomber ses enfants, déchiré de devoir tuer pour survivre. La guerre, il ne s’en réjouit jamais, ni de la mort de ses ennemis. Il ne la danse ni ne la chante. Israël sait que la guerre est toujours violence, qu’elle est toujours un échec, même quand elle est imposée, même quand il la faut pour sauver son pays et son peuple, même quand on en sort vainqueur. Même s’il est minuscule par rapport à ceux qui l’assiègent et projettent sa fin impitoyablement, même s’il est souvent seul, Israël est fort étonnement et debout. Mais surtout, il nous a, à nous, Juifs de la diaspora. Il a notre soutien, notre présence et notre solidarité sans failles. Son but ultime et son projet, c’est la paix avec ses voisins. Puisse la multitude des peuples arabes le comprendre et accepter au sein de leur immense territoire le petit Etat d’Israël, à côté de l’Etat Palestinien, libres et souverains, avec eux et parmi eux pour le bien et la prospérité de toute cette région. Nos prières de Roch Hachana et de Yom Kippour diront encore et encore notre espérance et la fraternité en Abraham qui doit unir tous ceux qui invoquent le Dieu Un. Et c’est justement l’histoire d’Abraham, notre père commun, qui est au cœur de la liturgie de Roch Hachana. ■ Chana Tova à toutes et à tous, Rabbi Abraham Dahan. Avez-vous déjà réglé votre cotisation pour 5767? Compte C.B.C. 192-5133742-59 L E M OT D U PR ÉS I D E N T le shofar Des vœux et de l’espoir Philippe Lewkowicz C’est la mi août, les impératifs techniques obligent à clôturer la remise des articles afin que notre périodique soit entre vos mains en ce début septembre. Dans un billet précédent, je précisais déjà que notre démarche et notre périodicité ne prêtait pas à suivre l’actualité. Mais comment écrire un souhait de bonne année quand j’entends à la télévision la sirène appeler les habitants de Haïfa aux abris ou en voyant le deuil des familles qui viennent de perdre un proche victime de la terreur des extrémistes islamistes. De la même façon, je ne peux que me morfondre en voyant ce que subit le Liban pris en otage par le Hezbollah. Le cessez feu si fragile nous nourrit d’espoirs et d’inquiétudes pour l’avenir. La dernière vitupération du président iranien affirmant que nous n’en sommes qu’au début de la guerre et que la bataille continuera plus tard nous effraie. La paix est elle un rêve si fou ? Notre action ici, loin d’être dérisoire, doit être celle d’une communauté unie dans sa diversité. Nous devons continuer à poser des actes positifs de solidarité. Notre vigilance face à la désinformation doit être maintenue face à une presse belge qui dans sa toute grande majorité a déjà désigné le coupable sans tenir aucun compte de la réalité des faits, et quand celle-ci va par trop à l’encontre de leurs thèses, il leur est si facile de ne rien dire ou pis encore de noyer une information qui ne leur convient pas par des analyses ou des images contraires ou déformées dans des proportions absurdes. Au fil de l’histoire, Israël, l’Etat, mais aussi Israël, le descendant de Yaacov, le peuple juif, a toujours été vilipendé. Les historiens répondront mieux que moi sur l’origine de ce rejet. Mais je ne peux me résoudre à n’y voir que des causes négatives. Bien au contraire, je pense que notre histoire riche de textes et de traditions explique bien des choses. Notre culture fondamentale, c’est l’étude, celle de la Torah bien sûr, mais au-delà, celle de la vie, de l’apprentissage en vue de la compréhension. Cela induit la responsabilité individuelle de chacun en vue de la construction ou à tout le moins de l’amélioration du monde qui nous entoure. Car sans cette conscience, cette éthique, notre connaissance devient inhumaine. Nous devons, nous voulons, nous espérons faire quelque chose qui grandit le monde. Et tout acte, même infime, est important. C’est cette démarche si extraordinaire qui dérange probablement car elle ne laisse pas les coudées franches à ceux qui ont le pouvoir ou qui veulent le prendre. Mais le paradoxe est que cette même démarche emplit de bonheur celui qui en a conscience, qu’il soit juif ou non. Mais en tant que juif, savoir que l’étude et l’éthique font partie de mon patrimoine, que je l’ai reçu en héritage et qu’il m’appartient de le transmettre, quelle joie. Alors c’est résolument avec optimisme que je souhaite à tous nos membres une belle et douce année 5767 où chacun pourra, avec joie et santé, accomplir ses projets et verra s’épanouir ceux de ses proches. Au nom de toute la communauté, j’adresse un vibrant Chana Tova à Israël et à ses représentants en Belgique. Que dans un avenir proche, la lumière de la paix éclaire enfin ce Moyen Orient trop longtemps ébranlé par la guerre et la terreur. Je présente enfin mes meilleurs vœux au Ychouv, qui je n’en doute pas trouvera les ressources pour construire une communauté harmonieuse dans ses relations internes et des partenaires pour un dialogue intercommunautaire riche et fécond où toutes formes d’extrémisme et de refus seront enfin bannis. 7 J U DA Ï S M E L’homme peut-il changer? Par Rabbi Floriane Chinsky La période qui va du 1er Eloul à Yom Kippour, le 10 Tichri, c’est-à-dire cette année du jeudi 24 août au lundi 2 octobre, est marquée du sceau de la miséricorde, «Yemé Rakhamim». C’est au bout de ces 40 jours que Moïse redescendit du Sinaï avec les deuxièmes Tables de la Loi et le pardon pour Israël. 8 C’est un temps particulièrement propice au pardon, à l’interrogation, une temps de conscience plus aigue sur le sens de nos vies et de nos actes, pour faire remonter du tréfonds de la pâte souvent opaque, dure et trouble de nos êtres – affleurer et vibrer et s’éclairer «l’humain». bien: «Connais ton problème, reconnais-le et agis-le». A cette démarche notre vieux Judaïsme donne, depuis l’aube des temps, le nom significatif de «Tchouva», mot qui dérive de la racine «chouv», revenir, retour, retour à soi, à son créateur. D’où l’idée de repentance, qui souvent est utilisée pour traduire la notion de «tchouva». Mais l’homme peut-il changer? Nous savons que nombreux sont ceux qui pensent que non. Dès le jeune âge, les traits essentiels du caractère et de la personnalité sont fixés. C’est ce que semble indiquer ce verset : «Dans ses jeux déjà, se révèle le caractère d’un enfant». Mais «tchouva» signifie aussi réponse. Car la repentance vraie implique interrogation et réponse quant à notre vie, ce que nous en faisons et le sens que nous lui donnons. La liturgie des fêtes de Tichri résume cette exigence par une formule saisissante «outchouva, outefila, outsedaka ma’avirim et roa hagzéra», littéralement: la tchouva, la prière et la tsedaka font passer la souffrance du décret. Mais une lecture au deuxième degré donnerait : la réponse, sa formulation claire - car la prière c’est d’abord ce qui est dit- , et l’action positive sont une condition de la transformation de nos êtres. Les sages semblent partager cette opinion. Un Esaü ne se transformera pas, bien sûr, en Jacob, ni le contraire. Et cependant, il y a dans la pensée rabbinique un refus constant du fatum, d’un destin inexorable et fermé. La lucidité, chez eux, ne rejoint jamais la démission. Rabbi Abahu: «Grande est la tchouva, car elle a été prévue avant la création» et il cite un verset à l’appui de son opinion, dont il bouscule un peu, c’est vrai, le sens premier: «Avant que les montagnes ne fussent nées, tu as prévu la tchouva, le retour possible jusqu’au dernier moment (Beréchit Rabba 1). Cela rejoint étonnement une formule de notre savoir actuel que les psy connaissent Ainsi, dans la loi implacable qui gouverne nos vies, dans certains domaines ont été Donc, retour, réponse, formulation, action, tout cela est dans la tchouva, mais aussi l’idée de regretter, avoir honte, rougir. En hébreu «busha», la honte, le regret. le shofar prévues, avant même la création, des dérogations. Si l’homme le veut vraiment, il peut se transformer. Il y a comme des fenêtres de grâce. C’est le même horizon qu’ouvre la conclusion d’une discussion de deux ans et demie entre les écoles de Shammai et de Hillel: eut-il mieux valu que l’homme fut créé ou ne fut pas créé? C’est déjà le fameux «to be or not to be» de Shakespeare. Et la réponse stupéfiante est la suivante: il eut mieux valu que l’homme ne fut pas créé, mais maintenant que nous sommes là, il y a des choses que nous pouvons entreprendre et améliorer. La notion de «tikkun», restauration, réparation, si centrale à notre tradition, s’exprime ici clairement. Je vous propose quelques courts midrachim sur la tchouva. 1. Une démarche difficile mais possible. Deux choses sont proches et en même temps lointaines pour chacun de nous: la mort et la tchouva (Kohelet Rabba 8). 2. La puissance de la tchouva Rav Hunna rapporte ces paroles de Rabbi Hanina: «Caïn sortit devant l’Eternel (Gen. 9.16). Après son crime il sortit apaisé. Il rencontra son père Adam qui lui demanda quel était son verdict. Il répondit: ma tchouva a permis de trouver un compromis (Vayikra Rabba 10) . 3. Un tout petit effort peut avoir de grands résultats. «Ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe…» (Cantiques 5.2). C’est le Saint béni soit-il qui dit à Israël: mes enfants, si vous m’ouvrez un tout petit espace comme le chas d’une aiguille, je l’agrandirai pour vous en un portail où pourront s’engouffrer voitures et charriots (Chir Hachirim Rabba 24). 4. Un choix toujours ouvert. La prière est comparable à un mikvé, à une piscine. Tantôt ouvert, tantôt fermé. La tchouva, c’est comme l’océan. Ses portes sont toujours ouvertes. 5. Une mystérieuse alchimie Resh Lakish: grande est la tchouva, car elle peut inverser des fautes volontaires en involontaires, et cela, c’est quand seule la crainte la motive. Mais quand le moteur, c’est l’amour, les fautes volontaires, commises sciemment, peuvent s’inverser en mérites (Yoma 86 b). 6. Pas une formule magique, mais un effort réel. Celui qui dit ‘je fauterai puis je me repentirai’, sa tchouva est nulle (Yoma 85b). 7. La vraie tchouva C’est quand on se trouve devant la tentation de retomber dans son ancienne erreur à plusieurs reprises et que, chaque fois, on y résiste et tient bon (Yoma 86b). 8. Quand l’erreur devient expérience La place de celui qui a fait tchouva est inaccessible au tsadik, à celui qui a toujours été juste et n’a pas connu la tentation et la faute. «La paix, la paix pour celui qui est loin et pour celui qui est proche»(Isaïe 57.19). Le prophète met en premier celui qui est loin. Celui qui revient de loin. ■ Chana Tova! 9 J U DA Ï S M E Les fêtes de Tichri, relire le passé à la lumière d’un nouvel avenir Par Rabbi Chinsky Les fêtes de Tichri marquent le recommencement, l’anniversaire de la création du monde (Roch Hachana), la reprise du récit de la création (SimHat Torah), le renouvellement de nos projets et celui de nos relations à nos proches1. 10 Le Chofar, que nous faisons résonner pendant les fêtes lie la création du monde, le don de la Tora, et la rédemption future. Ces trois évènements sont accompagnés par ce son retentissant, cette déclaration qu’un moment crucial est arrivé pour la Création entière. De Dvarim à Béréchit , du dernier livre de la Tora au premier, de la parole de Moïse à la parole divine, de la parole sociale à la parole créatrice, les fêtes de Tichri marquent le recommencement. Béréchit n’est pas réellement un commencement, mais plutôt une reprise de l’année précédente. C’est la fin de l’histoire qui donne son sens au début « sof ma’assé bémaHchava téHila ». C’est le livre de Dvarim qui donne un sens au livre de Béréchit . C’est ce que nous faisons aujourd’hui qui donne un sens à la création entière. Pour cette raison que notre tradition considère que la valeur du monde est jugée en chaque début d’année. L’univers n’a pas de valeur intrinsèque. Sa valeur tient à ce que nous en faisons et ce que nous en ferons. Ceci est vrai du monde en général, à l’échelle de l’humanité. Pourtant, ceci nous concerne plus intimement encore. En effet, la valeur de nos vies dépend également de ce que nous décidons de réaliser. Notre naissance elle-même prend son sens dans nos actions présentes. Pour cette raison également, le passé n’est pas figé dans notre tradition. La Téchouva, la « reprise en main » de nos vies éclaire le passé d’une lumière différente. Le passé est lu à la lumière du présent. Le passé ne nous lie pas, il ne nous contraint à rien, nous pouvons changer d’orientation. Nous gardons la capacité de changer. Notre passé lui-même prendra alors une signification différente. Il sera réécrit. L’espoir n’est jamais épuisé. Notre tradition nous invite à saisir cette chance. Elle met en place pour nous l’ambiance très particulière des fêtes de Tichri. Cette ambiance nous permet un épanchement des sentiments, une cristallisation des décisions ; elle remplit notre cœur de confiance et d’espoir. A Roch Hachana, nous prenons le temps de penser à notre vie. Pendant les dix jours de « réflexion », nous le shofar testons nos décisions et nous demandons Que ces fêtes soient une occasion pour chapardon à nos proches, nous pratiquons l’ac- que être humain de juger de son impact sur te de tsédaka . Le jeûne de Yom Kippour, le monde, une occasion de favoriser les apsa liturgie touchante et son intensité émo- pels à la responsabilité, une occasion d’augtionnelle nous permettent de « sceller » menter la connaissance, le discernement et nos décisions, de mettre notre cœur et nos le courage des dirigeants de tout bord. Que sentiments en accord avec nos décisions. ces principes commencent, continuent ou Souccot marque un retour à l’harmonie inspirent toujours davantage tous ceux qui et à la confiance, la soucprennent position sur la ca , la cabane qui devient situation difficile qu’Israël « Bénis sois-tu, temporairement notre traverse. Que cette année Eternel, qui bénit habitation principale, est soit meilleure, et donne à une souccat chalom , une chacun la chance de vivre son peuple Israël en soucca de paix, celle que lui donnant la paix. » dans la paix, la sécurité et l’Eternel étend selon notre le bonheur. Que s’accomdemande de la prière du plisse la bénédiction que soir « oufros alénou souccat chéloméHa ». nous répétons trois fois par jour et qui conSimHat Torah, enfin, marque le recom- clut la Amida : mencement de la lecture de la Torah, no- « Bénis sois-tu, Eternel, qui bénit son peutre conscience que notre relation au texte ple Israël en lui donnant la paix. » n’est jamais finie, qu’il a toujours une chose nouvelle à nous enseigner et que nous Comme chaque année, nous partagerons avons toujours une nouvelle façon de le l’expérience extraordinaire de cette sucfaire vivre. cession de fêtes qui nous amène de la réflexion solennelle et de la prise de consCes fêtes s’inscrivent dans l’universalité2. cience parfois douloureuse à la joie. Ce C’est le monde dans son intégralité dont on partage et cette intimité seront l’occasion commémore la naissance et dont on estime de nous rapprocher encore en tant que la valeur en ces jours de fêtes solennelles. communauté. Elles sont un rappel pressant de notre responsabilité collective en tant qu’humanité. Chana Tova à chacun d’entre-nous. Que Elles sont la façon spécifiquement juive cette année encore, nous nous inscrivions d’exprimer et d’essayer d’assumer cette ensemble dans le livre des mérites, de la responsabilité partagée. vie et du bien. ■ 1 Roch Hachana, Yom Kippour, et la période de dix jours qui les séparent. Cette période est une période de Téchouva, d’examen du passé et de nos relations passées, de réexamen critique, de décision de changement dans nos vies et nos relations à autrui, de demande de pardon à nos proches pour les torts qu’on a pu lui causer et de pardon à Dieu pour nos erreurs plus générales. 2 Voir l’article d’Alain Michel qui commente la paracha Dvarim dans le contexte de la signification de la rentrée en terre d’Israël. 11 J U DA Ï S M E Changer vers quoi ? Tichri, Le courage d’explorer des territoires inconnus Par Rabbi Chinsky 12 Sommes-nous satisfaits de nos vies ? Sommes-nous heureux de notre quotidien, de nos relations avec les autres, avec nos partenaires, nos enfants, nos parents, nos collègues de travail ? La réponse peut être positive ou négative. Si elle est négative, cette réponse appelle un changement plus ou moins pressant. Si elle est positive, peut-être avons-nous perdu toute ambition. Peut-être dans ce cas également devons-nous envisager de nous remettre en question, laHzor béchééla1. Il est facile de souhaiter « que les choses changent ». La difficulté est de définir le changement et les moyens de l’effectuer. Ici encore, nous sommes confrontés à un paradoxe : si nous savions clairement ce que nous cherchons, l’atteindre ne serait pas très compliqué. Il suffirait de suivre le plan, de lire les noms de rue au passage, de demander son chemin aux passants, pour se retrouver au lieu de nos désirs de façon certaine. Certains d’entre-nous, adoptent cette approche. Ils trouvent des « modes d’emploi » et des guides, des « how to » qu’ils suivent en croyant arriver à bon port. En tant que juifs, nous avons pour devoir d’étudier la Torah. Certains peuvent la considérer comme un itinéraire fléché, et investissent certains rabbins du rôle de l’agent de police, parfois réprobateur et parfois « panneau indicateur ». Ce n’est pas l’approche de Beth-Hillel. Ce n’est pas celle du judaïsme libéral, ni à mon avis celle du judaïsme tel qu’il s’est développé au cours des âges. Notre approche n’est pas celle du dogme, elle est celle de l’exploration du terrain, du tâtonnement et de l’observation, de la connaissance générale du paysage qui nous permet de rechercher librement la meilleure orientation. Plus qu’un chemin balisé, notre tradition est une recherche de la vérité, qui procède par approches successives. Le midrach 2 nous en donne un exemple saisissant : Moïse a dit : « Il rappelle la faute des pères (sur les enfants). » Ezéchiel est venu il l’a annulé et il a dit : « L’âme qui a fauté, elle seule mourra. » Ce texte soulève trois problèmes majeurs : • Pourquoi Moïse affirme-t-il que la faute des parents rejailli sur les enfants ? Chacun n’a-t-il pas droit à sa propre chance dans la vie ? • Pourquoi l’âme qui a fauté doit-elle mourir selon Ezéchiel ? Pourquoi la condamner ? • Comment un prophète peut-il venir et corriger ce qui a été dit dans la Torah le shofar elle-même, alors que la Torah revêt une autorité supérieure ? Quel prophète peut se croire supérieur à Moïse ? L’Etude de Torah ne consiste pas à apprendre par cœur des textes et à les prendre pour argent comptant. Elle consiste à lire des phrases et à laisser notre compréhension du monde s’y confronter. C’est pour cela que les questions et les contestations ne nous font pas peur, de même qu’elles n’inquiétaient pas les sages du passé. Le texte est là pour soulever notre enthousiasme, notre colère, notre réflexion, pour nous confronter à un paysage jusqu’ici inconnu. La Torah n’a pas raison ou tort sur le fond des histoires et des enseignements qu’elle nous raconte. Il est d’ailleurs interdit de tirer un enseignement direct de la Torah elle-même : elle n’a aucun sens lorsqu’elle n’est pas accompagnée de la sagesse humaine et vécue de ceux qui l’étudient et sont les dépositaires du savoir de ceux qui l’ont étudiée précédemment 3. Reprenons les questions qui émergent de notre midrach . En quoi la faute des parents rejaillirait-elle sur les enfants ? Les commentaires ne manquent pas. Revenons, ainsi qu’il faut toujours le faire, au texte lui-même. Le midrach cite ici le texte du deuxième des dix commandements (Ex. XX :3-6) : « Tu n’auras pas d’autre dieu que moi. Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au dessous de la terre. Tu ne te prosternera point devant elles, tu ne les adoreras point ; car moi Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux (exclusif), qui poursuit le crime des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération, pour ceux qui m’offensent. Et qui étend ma bienveillance à la millième, pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements. » Ce texte représente tout d’abord la reconnaissance d’une réalité sociale : le mode de vie des parents rejailli nécessairement sur les enfants, ne serait-ce que de par les spécificités intrinsèques à la condition humaine : l’enfant humain ne parvient que très tard à l’indépendance, tout le temps où il reste chez ses parents, son mode de vie est conditionné par leurs choix. Quand il prend ensuite sa vie en main, qu’il organise son espace et son temps, il applique naturellement les enseignements de sa maison de naissance. Il le copie ou en prend le contre-pied. Réussir à sortir complètement des habitudes acquises dans l’enfance est plus improbable. Ainsi, de fait, les fautes des parents ont un impact sur les enfants et peuvent traverser les générations. Mais l’inverse aussi est vrai. Les bonnes habitudes familiales influencent les générations à venir. Chose incroyable, le texte de l’Exode affirme même que cette influence reste active jusqu’à la millième génération. Le déséquilibre entre mauvaises et bonnes influences est flagrant. L’espoir illimité. Essayons d’imaginer les mille générations qui nous ont précédées. Combien des justes ont pu les traverser ? Combien des sagesses diverses sont-elles en germes dans cet héritage ? Combien de graines de connaissance ne demandent qu’à ce que nous prenions la peine de les arroser ? Imaginons les générations qui nous suivront. Imaginons-les imbibées de toutes nos qualités, de celles de nos parents et de nos enfants. Quel impact et quel enjeu que le développement de nos sagesses personnelles ! Mais n’est-ce pas utopique ? Comment croire qu’une telle préservation de nos qualités serait possible ? Le doute est permis. La réponse, à mon sens, réside dans le réseau extraordinaire que tisse pour nous notre tradition. Elle est pour nous comme une corde qui vibre à travers les âges, qui vibre de toutes les notes, de toutes les tonalités qui ont accompagné la vie de nos 13 J U DA Ï S M E prédécesseurs, de nos ancêtres, de nos parents. La corde de la Torah a vibré de tous ces commentaires, qui nous parviennent encore, et accompagnent nos vies de leur musique. La corde de nos traditions porte les sonorités de ce qu’elles représentaient pour nos parents, à la génération précédente, ou bien à celle d’avant, ou encore plus loin dans le passé. Combien de musiques insoupçonnées se réveillent en nous lorsque nous entendons les mélodies saisissantes des fêtes de Tichri, lorsque nous nous laissons entourer de leur nostalgie, de leur espoir, de leur désespoir ou de leur joie éclatante ? Oui, les erreurs et les réussites de nos parents rejaillissent sur nos vies, il nous revient, à l’aide de ce mode de vie juif qui nous porte, de faire résonner les réussites et les qualités dont nous sommes les héritiers pour les mille générations suivantes. 14 L’âme qui a fauté doit-elle vraiment mourir selon Ezéchiel ? Le sens de la citation (Ezéchiel XVIII : 20) du midrach est très claire lorsqu’on en retrouve le contexte : « C’est la personne qui pêche qui mourra ; le fils ne portera pas la faute du père, ni le père la faute du fils ; la justice est imputable au juste, la méchanceté du méchant au méchant. » Il s’agit ici de définir l’application de la Justice. Si, sur le plan sociologique, les enfants peuvent subir les conséquences des actes des parents, c’est bien sûr totalement inacceptable sur le plan judiciaire. Rappelons ici brièvement que la peine de mort ne doit pas être prise ici au sens propre. La littérature talmudique la rend en effet quasiment impraticable déjà à l’époque, et absolument impraticable de nos jours. Elle doit être prise ici au sens figuré. Perdre le chemin de sa vie, s’exposer à perdre le sens, perdre son âme, ne plus savoir ce que nous faisons là, c’est mourir. Ainsi les sages sont considérés comme vivant même après leur mort 4, car leur vie, même achevée, reste porteuse de sens. Les « mauvais » sont assimilés à des morts, car même vivants, ils se sont écartés du chemin de la vie. Ainsi peut-on également comprendre la bénédiction de la Amida qui nous fait réaffirmer trois fois par jour : « Béni soistu Eternel, qui fait revivre les morts », « BarouH ata adonaï, méHayé hamétim ». Le texte du prophète Ezéchiel réaffirme le choix individuel. Chacun peut « vivre » ou « mourir ». Nous pouvons tous, malgré le démérite des trois générations qui nous ont précédés, nous appuyer sur le savoir faire et le savoir vivre de mille générations pour nous remettre au rythme de la vie et de la recherche du sens. Notre vie et notre mort sont dans nos mains. Tel est également le sens des vœux que nous échangeons en Tichri : soyez inscrits puis scellés dans le livre de la vie. Perdre son chemin n’est pas quelque chose de définitif lorsqu’on peut s’appuyer sur le recommencement mis en place par les fêtes de Tichri, la téchouva – examen, compréhension de ce qui arrive, décision d’y remédier, la téfila – prière, auto-examen quotidien, cristallisation des décisions, et la tsédaka – justice sociale, inscription de la décision sur le plan collectif, redécouverte de la capacité à faire le bien autour de soi. Comment un prophète peut-il venir et corriger ce qui a été dit dans la Torah elle-même, alors que la Torah revêt une autorité supérieure ? L’audace des dépositaires de notre tradition a permit à notre peuple de s’adapter et de traverser l’histoire. Les sages du Talmud ne font pas exception. Une première remarque doit être soulevée : d’après le midrach, « Moïse a dit que ». La Torah est ici attribuée à Moïse et non à l’Eternel. le shofar Bien sûr, nous considérons qu’une vérité éternelle s’exprime par l’intermédiaire de Moïse. Mais qui peut retranscrire une vérité si complexe ? Le message de Moïse éclaire certaines des septante facettes de la Torah. Ses suivants continuent leur recherche. C’est l’étude de la Torah qui équivaut à tous les commandements, et non pas sa répétition mécanique. Le deuxième des dix commandements nous le rappelle dans ses premiers versets : « Tu n’auras pas d’autre dieu que moi. Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au dessous de la terre. Tu ne te prosternera point devant elles, tu ne les adoreras point ; car moi Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux (exclusif) » Il ne faut pas faire d’image figée de ce qu’on ne connaît pas. L’imagination doit être libre de progresser et d’explorer des territoires nouveaux. Si l’Eternel est un dieu « exclusif », c’est qu’on ne peut pas à la fois être libre et esclave, on ne peut pas à la fois rechercher la vérité et figer sa représentation du monde. Cette « correction » du texte de Moïse par celui d’Ezéchiel est un nouvel éclairage, qui doit être fait à chaque génération. Le midrach5 , encore lui, met en scène différentes vérités qui se confrontent à propos de ce qui doit advenir de celui qui est engagé dans l’impasse de la faute : On a demandé à la Sagesse : « Le pêcheur, quelle est sa peine ? » Elle a dit : « Les pê- cheurs seront poursuivis par le mal. » On a demandé à la Prophétie : « Le pêcheur, quelle est sa peine ? » Elle a dit : « L’âme qui a fauté mourra. » On a demandé à la Torah : « Le pêcheur, quelle est sa peine ? » Elle a dit : « Il amènera une expiation et il lui sera pardonné. » On a demandé au Saint, béni soit-il, « Le pêcheur, quelle est sa peine ? » Il a dit : « Il changera (téchouvah) et il lui sera pardonné. C’est pour cela qu’il est dit l’Eternel est bon et droit, pour cela il enseigne aux pêcheurs en chemin, car il leur enseigne la manière (dérèH) pour qu’ils changent (téchouvah). Cette mise en scène est riche d’enseignement et nous sommes tous invités à nous en inspirer. Nous retiendrons dans le contexte de notre présente étude la pluralité des approches. La sagesse, observation des réalités sociologiques, la prophétie, capacité de prévoir le déroulement probable des évènements à long terme, la Torah, mise en place de mécanismes qui rétablissent l’espoir, définissent un espace en trois dimensions, concret et saisissable. La quatrième dimension est celle de la possibilité d’un changement total, de l’installation d’un autre mode de vie nous projetant dans d’autres valeurs, d’autres types de relations à l’autre. Elle est accessible uniquement pour celui qui sait trouver une dimension d’espoir et de confiance, car elle nous emmène vers des paysages totalement inconnus. Comment découvrir l’Amérique sans accepter de traverser des océans inexplorés ? Il n’est pas question ici de remise en cause d’une autorité, mais d’examen de la réalité à partir de différents points de vue. Il s’agit d’une exploration du monde, du monde physique et du monde des relations humaines. C’est ainsi que notre premier exemple est Abraham, nommé Ivri, celui qui traverse le fleuve. 15 J U DA Ï S M E C’est ainsi que Moïse conclut en recommandant à Josué d’être fort et courageux, Hazak véémats 6 lors de sa traversée du Jourdain (Dt. XXXI :23) et de l’entrée en Canaan. Qui est un héros, selon les pirké avot ? Celui qui maîtrise son instinct7, c’est-à-dire qui sait le retravailler et le civiliser, qui sait lui ouvrir de nouveaux horizons. Celui qui maîtrise ses craintes et réussi à traverser le pont très étroit de la vie sans avoir peur8. En ces périodes inquiétantes pour la terre d’Israël, espérons que ses habitants et dirigeants auront la force et l’occasion d’explorer de nouvelles manières d’aborder la crise terrible que traverse la région. Espérons qu’ils trouveront des partenaires. 16 Pour notre part, chacun d’entre-nous, à notre niveau et ensemble, il est de notre devoir de rechercher tout appui qui nous permettra d’évoluer, de tirer rapidement les conséquences de nos erreurs avant qu’elles ne nous rattrapent, de construire entre-nous et avec l’extérieur des relations toujours plus humaines et plus nourrissantes. Merci à chacun de sa présence dans ce projet commun, et que nous soyons tous scellés dans le livre de la vie et de l’espoir pour l’année à venir. Que ces fêtes de Tichri soient pour nous l’occasion d’explorer, avec le soutien de notre tradition, de nouvelles façons d’orienter nos vies. ■ 1 L’expression LaHazor béchééla prend le contre-pied de laHazor bitchouva. En Israël, elle est utilisée pour les juifs qui quittent un mode de vie Harédi, ultra orthodoxe. Elle est assimilée à quitter la tradition juive. La question étant tellement importante dans notre tradition, cette expression est pour moi le signe d’un vrai retour, d’un vrai changement, de la reprise en main de notre liberté éclairée. 2 3 C’est ce que l’on nomme « Torah chébéal pé », l’enseignement oral, indissociable de l’enseignement écrit. 4 5 6 7 8 Rabbi NaHman de Bratslav : kol haolam koulo guécher tsar méod véaikar lo léfaHed klal, le monde entier est un pont très étroit et le plus important c’est de ne pas avoir du tout peur... Avez-vous déjà visité notre site? Rendez-vous sur www.beth-hillel.org le shofar Parashat Devarim Les paroles de la Torah Par Rabbin Alain Michel * La parasha Devarim ouvre le cinquième et dernier livre de la Torah, le Deutéronome. Celui-ci est en fait la copie du long discours de Moïse avant sa mort, le témoignage de ses dernières recommandations à la génération qui va entrer en terre d’Israël, la conquérir et s’y installer. Après quarante ans, le but premier de la sortie d’Egypte va enfin être réalisé et la promesse faite aux Patriarches et renouvelée à Moïse va enfin s’accomplir: le rendez-vous entre le peuple et sa terre s’apprête à devenir réalité. Mais on ne prend pas possession de la terre d’Israël comme d’une quelconque conquête. Les futurs habitants doivent compléter leur formation juive, et qui mieux que Moïse, le prophète incomparable, peut accomplir cette tâche de préparation. Ainsi, pendant plusieurs jours, Moïse prodigue ses conseils et avertissements tout en rappelant une grande partie de la législation de la Torah qui devra être appliquée dans le pays. C’est ce discours ultime qui forme la majorité de notre cinquième livre que nous entamons donc à présent. En hébreu, le Deutéronome se nomme «Dévarim», «les paroles», d’après le deuxième mot du livre. Mais ce nom convient très bien à cet acte de Moïse, à ce long discours formé par ses «paroles». Le midrash Tanhouma s’interroge sur cette capacité de Moïse de discourir ainsi pendant plusieurs jours devant un public en nous rappelant un incident lié au début de sa carrière prophétique: «Le peuple d’Israël lui a dit: dans le passé tu as affirmé que «tu n’étais pas un homme de paroles (dévarim)», et maintenant tu parles autant que cela?!» Rappelons-nous effectivement l’étrange attitude de Moïse lorsque Dieu lui confie la mission d’aller réclamer à Pharaon la liberté de son peuple. Prétextant une difficulté liée à un bégaiement, Moïse tente, apparemment, de se soustraire à cette mission: «Je ne suis pas un homme de paroles» (Exode, 4, 10)! 40 ans plus tard, la mémoire collective n’a pas oublié cette attitude et le peuple lui en fait le grief: «à l’époque, pour nous sortir d’Egypte, tu ne savais pas parler, mais maintenant, pour nous imposer tes conseils, tu es devenu bavard!». Le midrash, au nom de Rabbi Yitshak, nous donne une interprétation originale. Moïse savait qu’aux côtés de Pharaon siégeaient 70 conseillers, chacun parlant une langue différente. Ainsi Pharaon pouvait s’entretenir avec tout visiteur. Mais Moïse n’était pas l’envoyé d’un pays particulier, mais celui du créateur du monde, créateur également des 70 nations. Comment pouvaitil être pris au sérieux, puisqu’il n’était pas «un homme de paroles», c’est-à-dire un homme pouvant utiliser toute parole, dans toutes les langues existantes? Il avait peur de ne pas représenter comme il convenait le Saint, béni soit-il. Mais pourquoi la situation est-elle différente 40 ans après? C’est que dans le désert, Moïse ne s’est pas contenté de recevoir la Torah et de la transmettre, mais il l’a également étudié, et celui qui sait pénétrer à fond les soixante-dix faces de la Torah sait également parler les soixante-dix langues 17 J U DA Ï S M E du monde. Et le midrash de conclure «qu’à la fin des 40 ans après la sortie d’Israël d’Egypte, il a commencé à expliquer la Torah dans les soixante-dix langues». Quel est donc le message que veut nous transmettre le Midrash, message repris d’ailleurs par Rashi dans son commentaire? Il nous semble que l’explication est la suivante: tant que le peuple d’Israël était errant dans le désert, il pouvait se contenter d’étudier et de comprendre la Torah d’une manière univoque, ontologique, sans prise réelle avec la réalité extérieure. N’est-ce pas ce que les Juifs ont fait pendant deux mille ans d’exil? L’étude de la Torah menée 18 dans les Yeshivot n’avait pas à être liée avec le monde de l’actualité, avec l’univers des nations. Mais lorsqu’Israël rentre sur sa terre, que ce soit au temps biblique ou au XXIe siècle, la Torah se doit d’être commentée «dans la langue des soixante-dix nations», dans la langue de la modernité. Car le Judaïsme de la Torah est bien un particularisme qui s’inscrit dans l’universel, une civilisation ouverte sur le monde, selon l’idéal tracé par la tradition des maîtres du midrash. ■ * Rabbin, historien, directeur du Bureau Francophone de l’Ecole Internationale pour l’Enseignement de la Shoah, Yad Vashem. Les juifs et la vengeance Ralph Bisschops, Dr. phil Insupportable injustice Vivre avec une mauvaise conscience, c’est bien commode. On se trouve des raisons. Elles sont faciles à trouver. Les bibliothèques sont remplies d’ouvrages qui légitiment les crimes et les bains de sang. Chacun y trouve à son compte pour justifier son méfait. Parmi tous les sentiments difficiles à gérer, le remords se trouve en fin de liste. Même le regret de ne pas avoir commis une magouille est parfois plus gênant que le remords. Il est, par contre, beaucoup plus douloureux de vivre avec une injustice subie. Même le fait d’avoir été témoin d’une injustice flagrante peut devenir insupportable. C’est ce qui explique le désir de vengeance. On peut, dans un élan de suffisance, faire de la morale là dessus. Mais le fait est bien là que l’histoire humaine est tissée de règlements de comptes. On n’y échappe pas. Il est des vies entières, dont l’unique leitmotiv est la vengeance. Le fils qui venge son père en est un des exemples classiques. Types de vengeance Dès qu’on se penche sur le phénomène de la vengeance, on découvre une multitude de nuances : le ressentiment, la rancune, la vendetta, le règlement de compte, la punition, la tête de turc, etc. La vengeance peut être ouverte ou sournoise. Elle peut être immédiate, comme dans le cas de la vendetta, mais elle peut également être différée ou même supprimée. Dans ce dernier cas, elle revêt un caractère mielleux et perfidement souriant. La vengeance, une caractéristique juive ? La mauvaise conscience, c’est l’apanage des natures fortes et actives ou des personnes qui détiennent un pouvoir. Elle peut même revêtir le malfrat d’une certaine dignité, le shofar comme c’est le cas pour les maffieux qui fascinent les amateurs du film Le Parrain (the Godfather). Incarnée par Al Pacino (dans la troisième partie du Parrain), la mauvaise conscience inflige même le respect. La vengeance, par contre, est attribuée aux natures faibles ou à ceux qui se trouvent plus bas dans l’échelle de l’hiérarchie. Le fait qu’elle soit une réaction à une action subie trahit un manque de noblesse. Mais la vengeance est à son tour créatrice de valeurs. Selon le philosophe allemand Frédéric Nietzsche, le ressentiment serait à l’origine des valeurs chrétiennes, que Nietzsche rejette comme étant des anti-valeurs allant à l’encontre de toute noblesse humaine. Plus concrètement : ce serait une caractéristique typiquement juive. Nietzsche et les Juifs Selon Nietzsche, le Christianisme serait une vengeance exercée par les Juifs dans le but d’affaiblir les nations. Cette religion d’amour et de compassion, qui préconise de tendre l’autre joue, serait, selon Nietzsche, un venin moral conçu pour miner la fierté romaine. Ici, un des stéréotypes les plus redoutables concernant les Juifs apparaît à la surface: le Juif comme être assoiffé de vengeance. Non pas de la vengeance immédiate et violente du cocu avec son couteau, mais d’une rancune tellement subtile, intelligente et raffinée, qu’elle alla jusqu’à inventer une nouvelle religion ! Paradoxalement, c’est à ses lecteurs et admirateurs juifs que Nietzsche dut son succès. Sans eux, à commencer par Morris Cohen (pseudonyme : Georg Brandes) qui le rendit célèbre, il aurait passé sa vie dans l’anonymat le plus complet. Lorsque Nietzsche se rendit compte que sa critique du christianisme et sa glorification de l’aristocratisme antique ne furent appréciées que du public juif (l’article de Morris Cohen sur Nietzsche s’intitula notamment « le radicalisme aristocratique »), il changea de ton et se mit à glorifier le judaïsme biblique comme étant un des grand témoignages de l’antiquité. Ce tournant lui valut qu’après la Shoah, nombre d’intellectuels juifs (comme Léon Poliakov) tentèrent de le réhabiliter. Sans leurs plaidoiries, Nietzsche aurait irrévocablement été discrédité comme étant un précurseur du nazisme. Mais d’où Nietzsche, comme beaucoup d’autres, tenait-il cette idée que le désir de vengeance serait une qualité éminemment juive ? Et comment se fait-il que dans le discours des médias, les actions de Tsahal soient presque exclusivement décrites en des termes ayant la vengeance comme connotation (comme par exemple « action punitive »). Certes, il y a le commandement « œil pour oeil » mal interprété par les chrétiens ; il y a les passages talmudiques, peu flatteurs pour les nations, sortis de leur contexte et ainsi divulgués par des Juifs convertis au christianisme. Mais la théologie chrétienne s’en tient surtout à la notion de peuple juif comme peuple déicide. Ce que, dans l’histoire de l’antisémitisme, on oublie, c’est le théâtre qui, jusqu’à l’avènement du cinéma, forgea l’imagination collective.1 Or, parmi les stéréotypes concernant les Juifs, aucun n’a été aussi puissant, aussi ingénieusement visualisé que celui du Juif Shylock dans la pièce de Shakespeare « Le marchand de Venise ». La presse antisémite s’y référait souvent, le génie n’étant pas censé être partial. Shylock, prototype du juif rancunier Le lecteur contemporain ne connaît probablement plus cette pièce, à moins qu’il n’ait vu le film de Michael Radford (2004) avec Al Pacino (le re-voilà) dans le rôle de Shylock. Mais avant la guerre, il était presque impossible de ne pas la connaître. Jouer Shylock constituait 19 J U DA Ï S M E le couronnement de la carrière d’un acteur qui se respectait (pensons notamment à Harry Baur en 1910). Même après la guerre, Michel Simon, Orson Welles et Laurent Olivier n’ont pu résister à la tentation d’interpréter ce personnage diabolique. 20 Je simplifie l’histoire : cela se passe à Venise. Shylock prête de l’argent à un chrétien, Antonio, alors que celui-ci l’avait dénigré comme usurier et lui avait même craché dessus quelques jours auparavant. Shylock montre ostensiblement « l’autre joue » et renonce à tout intérêt. La seule chose qu’il veut voir stipuler dans le contrat notarial est qu’en cas de défaut, Antonio devra payer d’une livre de sa propre chair. Celui-ci acquiesce, car il n’a rien à craindre : il possède trois bateaux sur mer, qui ne tarderont pas à rentrer à Venise, emplis de marchandise. Mais ces navires font naufrage. Shylock, exaspéré par le fait qu’entre temps, sa fille Jessica ait fugué avec un non-juif, réclame l’exécution du contrat. Son argument principal : La loi, c’est la loi, et Venise perdrait toute crédibilité auprès des marchands étrangers si elle ne veillait pas à ce qu’un contrat soit respecté. Les amis du débiteur lui offrent pourtant le triple de la somme empruntée. Mais Shylock reste inflexible. Au terme du long procès qui s’ensuit, le juge estime que l’exécution du contrat équivaudrait au meurtre et que l’intention de Shylock serait homicide (fallaitil d’un procès pour s’en rendre compte ?!?). Shylock perd le procès, sa fortune lui est confisquée et il se voit contraint de se convertir au Christianisme. La genèse d’un stéréotype Dans cette pièce, deux stéréotypes éculés apparaissent en un amalgame écœu- rant: le Juif comme légaliste et le Juif comme usurier. Mais le tout est porté par un élément de suspense théâtral, notamment le Juif comme être assoiffé de vengeance. Le fait que cette pièce ait été écrite par un génie n’arrange pas les choses. Shylock y apparaît comme un personnage de chair et de sang. La raison de sa rancœur est clairement mise à jour : le mépris et l’humiliation que les Juifs doivent subir jour après jour de la part des chrétiens. Le choix de Venise comme lieu du drame n’est pas un hasard. Ce fut la ville où le premier ghetto fut érigé. Le fait que Shylock renonce à un gain énorme pour faire valoir sa soif de vengeance lui confère quelque chose de tragique et de grandiose. Du coup, une kyrielle d’hommes et des femmes de lettres s’est empressée de disculper Shakespeare. Shylock serait trop humain, trop complexe, trop tragique pour qu’on puisse taxer son père spirituel d’antisémitisme. Faux ! Car l’argument de ces esthètes consiste seulement à dire que Shylock serait intéressant. C’est vrai. Mais ce n’est que dans le western bidon que le truand n’est pas intéressant. Pour un homme de métier comme Shakespeare, cela aurait été impardonnable de venir sur scène avec un méchant pâle, effacé ou insipide. Il importe de noter que très probablement, Shakespeare n’a jamais rencontré un seul Juif dans sa vie, les Juifs ayant été expulsés d’Angleterre trois siècles auparavant. Ce qui nous amène au cœur même du mécanisme qui construit les stéréotypes juifs. Précisons. S’il est vrai que Shylock est un personnage de chair et de sang, en d’autres mots « intéressant », tout le contexte de l’action, par contre, est artificiel dès le départ. Le contrat dont il est question n’a, légalement parlant, jamais pu exister. Ainsi, le procès qu’il engendre est irréel. le shofar Deuxièmement : aucun Juif ne concevrait un tel contrat, vu l’intention homicide de ses termes mêmes. Troisièmement, et ceci est le point le plus important, réclamer l’exécution du contrat serait, dans la perspective juive, un hilloul ha-shem, une désacralisation du nom de Dieu. Si Shylock avait été vraiment un Juif « comme les autres », ce que la pièce insinue, il n’aurait jamais jeté le discrédit sur sa communauté en insistant sur l’exécution de ce contrat. Il n’aurait pas été jusqu’à la déchéance, au cours d’un procès publique, de tenter de couper une livre de chair du corps d’un être humain vivant (l’avocat de la partie adverse lui donne un couteau et l’incite à le faire, mais au moment où Shylock est sur le point de couper, l’avocat lui rappelle que le contrat stipule, en effet, qu’il aurait droit à une livre de la chair de son débiteur, mais pas à son sang). La vengeance dans la Bible L’étude des stéréotypes est devenue une science académique. Au début, les chercheurs avaient tendance à affirmer que les stéréotypes ne correspondaient aucunement à la réalité. Actuellement, il existe une école qui consiste à dire que dans le stéréotype, il y aurait toujours un brin de vérité (les Italiens ne mangent pas toujours du spaghetti, mais ils en mangent quand même pas mal). Le cas de Shylock atteste, cependant, qu’un stéréotype peut être fabriqué de toutes pièces. Le seul « brin de vérité » consiste dans le fait que le Tanakh traite de la vengeance avec un sans-gène qui déroute les âmes sensibles. Il en traite comme il parle des autres choses de la vie. La Torah confère au parent d’une personne assassinée le droit et même le devoir de la venger : «la terre où a coulé le sang ne peut être lavée de cette souillure que par le sang de celui qui l’a répandu » (Nombres : 35, 33). On peut ne pas être d’accord avec cette pratique expéditive de la justice, d’ailleurs fortement restreinte par les rabbis, mais ce n’est pas la question ici. Il s’agit de l’esprit dans lequel cela se dit. Cet esprit est diamétralement opposé à celui de Shylock. Comment le savoir? Les Psaumes nous fournissent la réponse, car ce sont eux qui exposent – de façon fragmentaire - ce que l’on peut appeler la « philosophie » biblique. Dans le psaume 94, David s’adresse à Dieu en l’appelant à la fois « juge » (shofet) et « Dieu des vindictes (nekamoth) ». La raison de cette appellation apparaît quelques versets plus loin : « Se peut-il que tu tolères près de toi un trône criminel ? » Alors que Shylock se rend coupable du hilloul ha-Shem, la notion biblique de la vengeance s’inscrit dans la sanctification du Nom divin (kiddouch ha-Shem). L’injustice, en tant que telle, jette le discrédit sur la création et profane ainsi le nom de Dieu. L’injustice génère le soupçon qu’il y ait une faille dans la création (un « bug » dans le système). Mais ceci est également un vécu universel. C’est la raison pour laquelle aucun être humain ne peut vivre dans un climat d’injustice. Cela sape le moral et rend, à la longue, dépressif et malade. La justice peut se manifester comme la défaite de ceux qui nous font subir une injustice ou qui nous portent une haine gratuite, mais également comme une récompense. « Donne nous des jours de satisfaction aussi longs que les jours où tu nous as affligés », demande Moïse, dans le psaume 90 (v. 15). Cette récompense est également comprise comme sanctification de Dieu, « non pour nous, mais pour faire honneur à Ton Nom. » (Ps. 115,1). Mais il s’agit là d’un rêve fou, un immense bonheur, dont on se demande s’il est bien programmé dans le logiciel de la création. Pour cette raison, les Psaumes s’en tiennent à l’espérance plus réaliste et infiniment plus modeste que l’injustice soit extirpée. Si, dans la Bible, le motif de la vengeance est si fréquent, c’est seulement parce que la récompense est une chose que nous osons difficilement espérer. ■ 21 C O M M U N AU T É – C U LT U R E Am Israël Haï 22 Aujourd’hui Israël et tout le peuple juif pleure ses morts inutiles. Je sais qu’une vie vaut une autre vie, qu’une vie juive n’est pas plus importante qu’une vie libanaise ou arabe, mais, à la veille des fêtes de Tichri, permettez-moi de me préoccuper de notre peuple et d’Israël…. Ecoutez les noms de ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre en tant que Juifs, même en diaspora. Ecoutez les âges de ces «gamins» de 19/20 ans, des enfants… Nous vénérons la vie alors que nos ennemis vénèrent la mort. Lorsqu’il y a une bavure, ou lorsque des enfants sont tués au Liban, nous présentons des excuses. Lorsque des enfants juifs sont assassinés dans les bras de leur mère, en face, on fait des feux de joie… Toutes ces réflexions me sont venues après un voyage en Israël. A Yom Hazikaron, nous assistions à la cérémonie de commémoration à l’Internat Levovitch, dont nous invitons les enfants tous les ans. J’aimerais vous décrire deux moments d’émotion que j’ai vécu ce jour-là: Deux enfants de 14/15 ans se tiennent sur la scène. Derrière eux arrivent une soixantaine d’enfants vêtus de noir, une rose rouge à la main. Commence alors la lecture des noms de ceux qui sont morts au combat ou dans les attentats terroristes, leurs amis, leurs copains, frères et sœurs qui fréquentaient le même collège. A l’énoncé de chaque nom, un enfant descend de scène, dépose sa fleur au monument aux morts dans la cour et s’assied au pied du monument. La scène se vide petit à petit à chaque nom énoncé et, à la fin, il ne reste plus personne. C’est alors qu’un père d’un enfant tué monte sur la scène et dit le kaddich pour tous. Cette scène nous a marqués à jamais. Pendant ce temps, un groupe de dix soldats est entré dans la cour, filles et garçons, mitraillet- Par Emmanuel Wolf tes à l’épaule. Ils se précipitent vers une enseignante qui, désespérément, essaie d’allonger ses bras pour les envelopper tous, leur donner sa tendresse et son amour, et eux piaillent autour d’elle comme des moineaux devant le nid de la mère… Pas un mot de haine, mais des chants d’espoir pour la paix et une vie normale. Pensez à cela quand ces enfants viendront nous rendre visite à Bruxelles. N’oubliez pas que certains d’entre eux retourneront en Israël pour rejoindre l’armée… Il y eut aussi le bruit de la sirène qui résonne chaque année le jour de Yom Hazikaron. Et là aussi quelques images extraordinaires et inoubliables. Comme ces amoureux qui arrêtent de s’embrasser et restent figés au garde à vous pendant ces deux longues minutes. Comme cette femme, minuscule – elle me rappelait ma tante – qui, debout dans la rue donnait l’impression de bloquer deux camions de 20 tonnes, chauffeurs au garde à vous… Dans ces moments d’intense émotion, on se sent tellement seul, et en même temps tellement ensemble. Aussi longtemps que le peuple juif restera uni, nous vaincrons nos ennemis. Unis par la pensée et, surtout, par les actes. Manifestez-vous lorsque la presse dérape, venez à la synagogue, participez au kaddich pour ceux qui sont tombés et, surtout, soyez généreux lorsque l’on vous demande votre aide pour Israël. Nous avons survécu par la Tsedaka et nous survivrons par elle, car elle est la preuve de notre engagement aux côtés de nos frères et sœurs qui paient le prix du sang. Chana Tova à tous, Am Israël Haï! (Le 8 août 2006) le shofar Nous reproduisons ci-dessous l’excellent texte écrit par notre ami et ancien président et publié dans La Libre Belgique sous la rubrique «Opinions», le 3 août 2006. Israël, sentinelle de notre liberté par Mischaël MODRIKAMEN La guerre est parfois nécessaire. Les leaders du G 8 l’ont bien compris. Par réalisme, ils ont donné leur feu vert implicite à Israël pour faire le sale boulot contre les «nazislamistes». Le 11 septembre 2001, l’islam jihadiste a officiellement ouvert les hostilités contre le monde libre, musulman et non musulman, commettant au nom de sa lecture de l’islam les pires atrocités, en majorité contre des civils. L’islamisme voue une haine mortelle au monde non musulman et à l’Occident. Darfour, Ethiopie, Israël, Gaza, Liban, Irak, Iran, Afghanistan, Inde, Pakistan, Bali Philippines... les zones de conflits larvés ou ouverts s’étendent, mois après mois. L’islamisme se développe comme un cancer sur le terreau de l’islam, orphelin de sa grandeur, tout comme l’hitlérisme s’est épanoui en raison du culte de l’autorité et du nationalisme extrême dans la tradition germanique. Israël, à nouveau agressé gratuitement, démontre au quotidien sa détermination, le courage de sa population et de ses soldats, face aux «nazislamistes» du Hamas et maintenant du Hezbollah. Avez-vous remarqué: ils défilent comme leurs mentors iraniens en faisant le salut hitlérien? A chacun ses références. Les pertes de Tsahal sont lourdes, la population d’Israël souffre. 750 000 citoyens israéliens dorment depuis trois semaines dans les abris, mais la détermination de ce petit peuple démocratique demeure intacte face à ses ennemis sanguinaires... Depuis Gaza et le «Hezbollaland», dont Israël s’était définitivement retiré, les «nazislamistes» adressent un message clair: leur seul objectif n’est pas la libération de terres arabes, mais uniquement la destruction totale d’Israël. Tant qu’il y aura des «nazislamistes», Israël ne doit plus l’oublier avant de renoncer à la Judée et à la Samarie, au coeur même du pays. Les Etats-Unis se battent, l’Angleterre et l’Australie s’impliquent dans cette confrontation mondiale contre les forces du mal. Hélas, une large partie de notre vieille Europe hésite, refuse de choisir son camp. L’Espagne d’Aznar était exemplaire. Celle de Zappatero est honteusement munichoise. Le syndrome «EURABIA» comme le dénonçait fort justement «The Economist», dans une couverture récente. L’Europe, héritière de Jérusalem, Rome et Athènes, ne croit plus à grand-chose. Le relativisme et la perte de nos valeurs ont gangrené notre pensée et notre analyse. Apparemment, de nombreux faiseurs d’opinions (enseignants, journalistes...) et décideurs (à gauche et à droite) ont d’ores et déjà fait leur choix. Ils se rendent sans combattre à l’islamisme. Au «besser rot dan tod» des pacifistes, a succédé le choix de la soumission molle aux diktats. Ils optent pour la dhimmitude intellectuelle, un statut d’inférieur accordé aux non-musulmans chrétiens en terre d’islam. Selon les rapports officiels de l’éducation nationale, on ne peut déjà plus enseigner certaines théories scientifiques ou encore la Shoa dans nombre d’écoles en France à forte proportion d’élèves maghrébins, sous peine de provoquer une émeute. Nul ne s’en offusque parmi les dirigeants français. Frileux? Non, simplement capitulards! 23 C O M M U N AU T É – C U LT U R E Ces faiseurs d’opinions et autres décideurs anticipent déjà l’évolution qui nous est promise ouvertement par certains leaders du monde arabo-musulman. Le président algérien Boumédienne ne prédisait-il pas que «les musulmans conquerront l’Europe avec le ventre de leurs femmes», déclaration réitérée par Khadafi qui déclarait en avril 2006 au Mali que les 50 millions de musulmans d’Europe, avec l’aide de la Turquie, feront de l’Europe une terre d’islam et ce sans combat. Les projections démographiques démontrent que nombre de capitales et villes d’Europe seront à brève échéance à majorité musulmane (Amsterdam, Marseille...). L’application de la charia y est un des objectifs déclarés des islamistes. 24 La «lâcheté» des combattants du Hezbollah, dénoncée par M. Egeland, secrétaire adjoint de l’Onu dans un communiqué de ce 24 juillet, qui s’abritent volontairement au milieu des civils, est passée sous silence. Ces boucliers humains ne sont-ils pas que des martyrs à leurs yeux? Pourtant Israël et ses pilotes font le maximum pour éviter les pertes de vies humaines dans la population civile. Chaque frappe, guidée par laser et satellite, fait l’objet d’un premier passage de reconnaissance visuelle pour tenter de s’assurer que des civils ne seront pas touchés. Certaines actions, notamment contre le QG du Hezbollah à Beyrouth, sont précédées de lâchers de tracts, invitant les populations à s’éloigner de la zone de combat. Un général canadien, ancien casque bleu, déclarait qu’Israël «mettait à l’évidence tout en oeuvre pour limiter les pertes civiles». L’intervention de l’Occident pour libérer le Kosovo, une campagne de frappes aériennes intensives, a elle causé la mort de 10 000 personnes, essentiellement civiles. Alors que le Hezbollah tire ses milliers de roquettes et missiles sur Israël, des analystes en chambre dénoncent une riposte «disproportionnée» de l’Etat hébreu au motif qu’il y aurait plus de morts côté libanais que côté israélien. Ils savent pourtant que la guerre consiste à «terrasser l’adversaire afin de le mettre hors d’état de résister» (Clausewitz) et répond à certaines contraintes tactiques et stratégiques. La guerre n’est jamais belle ni morale mais elle est parfois nécessaire. Les leaders du G 8 l’ont bien compris. Par réalisme et non par cynisme, ils ont donné leur feu vert implicite à Israël pour faire le sale boulot... Et la situation des chrétiens du Liban? Pourquoi passer sous silence le soutien de nombreux chrétiens du Liban à cette guerre? Eh oui, ils demandent à Israël de finir le travail et de les débarrasser de la bête islamiste. Ils savent eux, vrais Libanais, qu’une paix durable peut s’établir entre le Liban et Israël avec lequel n’existe aucun contentieux territorial. Plus fort encore, de nombreux médias arabes font porter clairement la responsabilité du bain de sang sur le Hezbollah. L’«Arab Times» du Koweït écrit que «les opérations de Tsahal au Liban vont dans le sens des intérêts arabes et de la communauté internationale». Oui, vous avez bien lu! Très inquiétant enfin, certains notamment à l’extrême gauche et à l’extrême droite sont d’ores et déjà les alliés actifs des «nazislamistes» avec qui ils partagent leur haine du monde libre. Leurs héros sont les dictateurs Castro, Chavez ou encore Louchenko et le nazi iranien Amadinhejad. Ils appellent ouvertement à un nouvel holocauste d’Israël et donc du seul état juif de la planète. Certains quotidiens, pourtant respectables, leur réservent déjà leurs colonnes... Face à ces menaces, de nombreux citoyens européens votent malheureusement avec leur pied. Ils partent. Ils désertent une Europe, pour eux en perdition. Il faut savoir que pour la première fois dans son histoire, le nombre de Hollandais de souche qui ont quitté les Pays-Bas (en grande majorité pour les Etats-Unis et l’Australie) a dépassé en 2005 le nombre d’immigrants chez notre voisin du nord. le shofar Mais néanmoins, un courant d’opinion se dessine en Europe même. Il rejette la pensée dominante réductrice. A ses yeux, Israël est la sentinelle de notre liberté. Ce courant est peut-être minoritaire et même conspué, comme l’était Churchill en 1932, considéré comme un fauteur de troubles et un va-t-enguerre par ses concitoyens parce qu’il dénonçait déjà le danger nazi et plaidait pour la liquidation immédiate de Hitler. Nous sa- vons que notre heure viendra. Entretemps, Washington et Jérusalem sont fermement résolus à lutter et restent les phares du monde libre. Ils sont des repères courageux et réconfortants pour une Europe à la dérive. Grâce à eux et à tous ceux qui refusent la soumission, nous vaincrons le «nazislamisme», avec l’aide courageuse des musulmans lucides qui oeuvrent au renouveau pacifique de leur civilisation. ■ Les Jeunes de l’Internat Levovitch reviennent ! Ils séjourneront une semaine à Bruxelles et présenteront trois spectacles pour des écoles juives et non juives de Belgique. Une soirée vous est réservée le samedi 25 novembre à 20h00 à Beth Hillel Réservez dès à présent vos places pour cette représentation, qui sera rehaussée par la présence de S.E. Monsieur l’ambassadeur d’Israël et Madame Kinar, ainsi que d’autres personnalités. Réservations: tél. 02.332.25.28 email: [email protected] Prix des places: 15.- euros Étudiants: 5.- euros La pièce, «Un enfant, mort ou vif» relate ce que pourrait être la vie d’adolescents dans un futur imaginaire où la violence, les passions et les pulsions seraient extrêmes. Le sujet, ainsi que les dialogues interpellent les jeunes d’aujourd’hui avec un langage d’aujourd’hui. Il ne convient donc pas pour des enfants de moins de 15 ans. 25 AG EN DA SEPTEMBRE/OCTOBRE 2006 Vendredi 1er septembre 2006 19h00: Lecture en hébreu (avec Avishaï) 19h30: Les visages de la prière (avec Rabbi Chinsky): préparation des fêtes de Tichri 20h00: Office de Kabbalat Chabbat Samedi 2 septembre 2006 9 Eloul 5766 Chabbat KI TETSE 10h30: Office Mercredi 6 septembre 2006 19h30: Réunion avec les parents du Talmud Tora et inscriptions 26 Jeudi 7 septembre 2006 20h00 à 21h30: Cours adultes Midrach dans le texte avec Rabbi Dahan Vendredi 8 septembre 2006 19h00: Lecture en hébreu (avec Avishaï) 19h30: Les visages de la prière (avec Rabbi Chinsky) 20h00: Office de Kabbalat Chabbat Samedi 9 septembre 2006 16 Eloul 5766 Chabbat KI TAVO Bar Mitsva David Boyker 10h30: Office Mercredi 13 septembre 2006 14h00 à 17h00: Premier cours du Talmud Tora Vendredi 15 septembre 2006 19h00: Lecture en hébreu (avec Avishaï) 19h30: Les visages de la prière (avec Rabbi Chinsky) 20h00: Office de Kabbalat Chabbat Suivi d’un Oneg Chabbat offert par le Conseil d’Administration Samedi 16 septembre 2006 23 Eloul 5766 Chabbat NITZAVIM - VAYELEKH Chabbat Slihot 10h30: Office Dimanche 17 septembre 2006 10h30: Mini seder de Roch Hachana pour parents et enfants Première réunion des Post Bar/Bat Mitsva avec Mireille Dahan 13h30: Brunch, réunissant les deux groupes. Lundi 18 septembre 2006 20h00 à 21h30: Cours Adultes: Notre judaïsme, pensée et pratiques avec Rabbi Chinsky (Préparation des fêtes de Tichri) Mercredi 20 septembre 2006 14h00 à 17h00: Talmud Tora Jeudi 21 septembre 2006 20h00 à 21h30: Cours adultes Midrach dans le texte avec Rabbi Dahan Vendredi 22 septembre 2006 EREV ROCH HACHANA 19h00: Office Samedi 23 septembre 2006 ROCH HACHANA I. 10h00: Office du matin 11h00: Office des enfants 19h00: Office du soir Dimanche 24 septembre 2006 ROCH HACHANA II. 10h00: Office le shofar ELOUL 5766/TICHRI 5767 Lundi 25 septembre 2006 Pas de Cours Adultes Mercredi 27 septembre 2006 Pas de Talmud Tora Vendredi 29 septembre 2006 19h00: Lecture en hébreu (avec Avishaï) 19h30: Les visages de la prière (avec Rabbi Chinsky) 20h00: Office de Kabbalat Chabbat Samedi 30 septembre 2006 8 Tichri 5767 Chabbat HA’AZINOU Bar Mitsva Arthur Szechtman 10h30: Office Dimanche 1er octobre 2006 EREV YOM KIPPOUR 11h00: Pèlerinage à Gan Hashalom 19h00: Office de KOL NIDRE Lundi 2 octobre 2006 YOM KIPPOUR 10h00: Début de l’office de Yom Kippour 16h30: Office des enfants 17h45: Yiskor Fin du jeûne à 19h59. Mercredi 4 octobre 2006 14h00 à 17h00: Talmud Tora 17h00: Construction de la Soucca Jeudi 5 octobre 2006 20h00 à 21h30: Cours adultes Midrach dans le texte avec Rabbi Dahan Vendredi 6 octobre 2006 EREV SOUCCOT 19h00: Office Samedi 7 octobre 2006 15 Tichri 5767 - SOUCCOT I. 10h00: Office de Souccot Lundi 9 octobre 2006 20h00 à 21h30: Cours Adultes: Notre judaïsme, pensée et pratiques avec Rabbi Chinsky Mercredi 11 octobre 2006 14h00 à 17h00: Talmud Tora Vendredi 13 octobre 2006 EREV CHMINE ATSERET SIMHAT TORA 19h00: Office Samedi 14 octobre 2006 22 Tichri 5767 – SIMHAT TORA 10h00: Office Avez-vous déjà réglé votre cotisation pour 5767? Compte C.B.C. 192-5133742-59 27 AG EN DA Les fêtes de Tichri à Beth Hillel ROSH HASHANA Vendredi 22 septembre Samedi 23 septembre Dimanche 24 septembre Office à 19h00 Office à 10h00 Office des enfants à 11h00 Office du soir à 19h00 Office à 10h00 PELERINAGE À GAN HASHALOM : Dimanche 1er octobre 28 à 11h00 YOM KIPPOUR Dimanche 1er octobre Lundi 2 octobre à 19h00 KOL NIDRE Office à 10h00 Office des enfants à 16h30 Yiskor à 17h45 Fin du jeûne à 19h59 SOUCCOT Construction de la Soucca Erev Souccot Souccot I. Chmini Atseret/Simhat Tora le mercredi 4 octobre Apportez feuillages, fruits, légumes pour la décorer le vendredi 6 octobre le samedi 7 octobre le vendredi 13 octobre à 17h00 Office à 19h00 Office à 10h00 Office à 19h00 le shofar Les cours à Beth Hillel - année 5767 TALMUD TORA L’approche de notre Talmud Tora est tournée vers l’expérience juive. Une conteuse animatrice propose des activités aux enfants à partir de cinq ans, tandis que les plus grands profitent de deux niveaux de préparation à la Bar/Bat Mitsva. Réunion avec les parents et inscriptions: mercredi 6 septembre à 19h30 Premier cours: mercredi 13 septembre de 14h00 à 17h00 COURS POUR ADULTES LES VISAGES DE LA PRIERE Au cours de ces rencontres hebdomadaires, nous explorerons le sens de la prière juive à travers lectures et discussions, mélodies et réflexions. Le vendredi avant la prière de Kabbalat Chabbat, de 19h30 à 20h avec Rabbi Chinsky A partir du 1er septembre 2006 (préparation des fêtes de Tichri) MIDRACH L’interrogation infinie du Texte. Débat autour des vertigineuses audaces d’interprétations de nos sages. Le jeudi, tous les quinze jours, de 20h00 à 21h30 avec Rabbi Dahan Premier cours le 7 septembre 2006 NOTRE JUDAÏSME, PENSEE ET PRATIQUES Le judaïsme est une tradition riche et complexe. Pour apprendre ou revoir les bases et ce qu’elles signifient pour chacun d’entre nous. Le lundi, de 20h00 à 21h30 avec Rabbi Floriane Chinsky Premier cours le 18 septembre 2006 (préparation des fêtes de Tichri) LILMOD VELELAMED Séminaire approfondi. Prière de prendre contact avec Rabbi Floriane Chinsky (02.332.25.28) OULPAN D’HEBREU Cours conviviaux avec un professeur israélien. Nombre de places limité. Participation aux frais : 170 € Inscriptions et premier cours: Classe Aleph (pour débutants) mercredi 18 octobre de 19h00 à 20h30 Classe Beth (moyens) mardi 24 octobre de 19h00 à 20h30 29 C O M M U N AU T É – C U LT U R E Nos Bne Mitsva Extraits de la dracha de Nathan Giroul 13 mai 2006 – 15 Yiar 5766 Ma PARACHA s’appelle EMOR, ce qui signifie : « parle dis, aux enfants d’Israël », du troisième livre de la TORAH, le LEVITIQUE. Elle parle des prêtres, de leurs obligations et de leurs contraintes… 30 • Pourquoi ces contraintes ? • Pourquoi demander à un groupe particulier d’obéir à des règles particulières ? • Pourquoi demander aux prêtres qui sont un groupe particulier dans le peuple juif d’avoir des règles différentes ? • Et une question importante qui y ressemble ; pourquoi le peuple juif a des règles différentes dans le groupe des humains ? • Pourquoi les autres groupes ont chacun leurs propres règles ? • Pourquoi créer un groupe dans le peuple juif ? En fait, prendre tout le peuple risque d’être trop difficile et ils ne seront pas forcement tous d’accord ! Pourtant la TORAH nous dit que le peuple juif est un peuple de prêtres. Normalement, c’est le premier né de chaque famille qui devrait jouer le rôle de prêtre. Être un prêtre, ce n’est pas prier pour les autres !! Dans le judaïsme chacun a sa responsabilité… …Aider, c’est le rôle de chacun ; mais parfois, on a du mal à écouter les autres. La solitude, le sentiment d’être délaissé peut nous renfermer. Il est donc important qu’il y ait des gens qui ne se laissent pas enfermer dans la tristesse et savent être là pour les autres. (Ça doit aussi être le rôle d’Israël vis-à-vis des Nations)… Extraits de la dracha d’Anna Erckens 1er juillet 2006 – 5 Tamouz 5766 …I red the story of Hansel and Gretel again recently. It was nice to read it again. I found it is a good story. I remembered how it was for me to hear that story as a Kid. I guess it is the same thing when you read the torah every year. When you read it again, you feel the connection with the person you were the year before, and you learn new things about the story. You keep it in your head… ‘Korach’, the Torah section that will be red this week, was written in the 4th book of the Thora. In Hebrew, this book is called ‘Bamidbar’ and it tells the story of the Jewish people while they were crossing the desert after their exile from Egypt. Korach, Moses and his brother Aaron are all descendants of Levi, the 3rd son of Jacob and Leah. The tribe of the Levites were priests and responsible for various religious tasks. Aaron had been chosen by G-d as ‘Cohen Gadol’, which is sort of a higher priest. He alone could performs duties that the other Levites weren’t allowed to. Korach was very jealous of Aaron because of this. Together with Datan and Aviram and 250 important leaders of the tribes and their families, he started to rebel against Moses and Aaron. Datan and Aviram were descendants of Rueben, the eldest son of Jacob. As descendants of a first-born son, Datan and Aviram thought they had the right to be the leader of the Jewish people and not Moses. In their uprising, they first accused Moses and Aaron that they put themselves above all the other people because of their chosen position. Then they accused Moses of the fact that he hadn’t yet brought them to the land of milk and honey, as he had promised, but instead le shofar had let people die in the wilderness of the desert. Moses and Aaron reacted in shock. They had only done what G-d had asked them to do. But the rebellious people would listen. Moses and Aaron turned to G-d for advice. G-d gave Moses the task to call all the rebels for a meeting the following day. All of them were to bring an offering of incense before G-d, which was a task only a Cohen and not a Levite was allowed to bring. The next day at the meeting, Moses and Aaron tried to persuade the rebels to change there minds, but it was to no avail. Then Moses begged to G-d: “Please G-d, do not punish all, because of the sins of one person!” But G-d was pretty mad by then and gave Moses and Aaron the order to step aside from the group of rebels…Right after he had spoken, the earth started shaking, split in two and swallowed Korach, Datan, Aviram, their followers and all their belongings. All the others were very much in shock with what they had just witnessed. They were very upset with Moses. They didn’t believe the rebels had died because of Gd’s action, but because of a trick by Moses and Aaron. When G-d saw this rebellion, He got even angrier than before and sent the Plague to all who were involved. Many people died and it wasn’t until Aaron intervened by bringing a peace offering of incense, that the Pague stopped. And yet, still people doubted the chosen leadership of Moses and Aaron. G-d gave a last test. Aaron and the 12 leader of the tribes had to take a rod on which they should write their names and then put in front of the tent of the Holy Ark. By the next day, only Aaron’s rod had grown buds, bloomed blossoms and bore ripe almonds. Then the people believed that G-d chose Moses and Aaron to lead them… The most important thing for me in that story was that KoraH was Jalous. In the Ten Commandments it is said: “don’t be jealous of the property of someone else”. In life, many times, you can’t have everything you want immediately. You need to work for it. Jealousy is a strong feeling. It is not enough to say: I won’t be jealous anymore. What can help you not being jealous? 1 Be satisfied with what you have can help us not being Jealous. Being proud of what you are and being happy of what you have is important. This is what our tradition teaches us. Our sages teach: “who is rich? The one who is satisfied with what he has.” My parents tell me good and bad things. It is interesting that I only see the bad things. I feel that it is important to enjoy the good things too. How can we learn that? Just open your eyes for the good things and enjoy it for the moment you have. This is the teaching of the jewish blessings: you have blessings about everything telling: enjoy the rainbow, enjoy the candies, enjoy nice clothes, and enjoy the present time just like I just said two minutes ago: ChehéHeyanou la zman haze”: thank you God to have brought me to the present time. 2 Another way not to be jealous is to avoid despair. If you have hope, you wouldn’t be jealous, you would say: he has what I want but I can have it too. But how can you get back to a feeling of hope? Trust in yourself. That is the meaning of the blessing that parents do to kids: “be blessed, succeed in what you try.” Hey guys, it is your turn to do it for me in a few minutes. Don’t forget it! You need to learn not to look at other people but at yourself. Good friends can help you when you are in trouble. This was exactly the problem of KoraH. KoraH didn’t understand that it was not about property but about serving, doing well (good for) to others. I hope we all learned something about don’t be jealous… 31 C O M M U N AU T É – C U LT U R E 32 Extraits de la Dracha de Joël Hochner 8 juillet 2006 – 12 Tamouz 5766 L’extrait de la Torah qui est lu cette semaine, Houkat, je l’ai lue et relue, j’ai appris à la lire en hébreu, j’y ai réfléchi, j’ai essayé d’en comprendre le sens en français… L’histoire se déroule après la sortie d’Egypte, alors que les enfants d’Israël sont dans le désert… Parmi toutes les questions soulevées dans cette parasha, celle qui m’a le plus intriguée concerne la révolte des enfants d’Israël en manque d’eau. Pourquoi manquent-ils d’eau? Tout au long de l’exode depuis l’Egypte, Miriam, la soeur de Moïse, accompagna le peuple. C’est elle qui suivit Moïse quand il était dans son berceau, sur le Nil. Elle était comme une seconde mère pour lui et pour le peuple, elle était une prophétesse. Voici ce que nous dit le texte: «Les enfants d’Israël, toute la communauté arrivèrent au désert de Cîn, dans le premier mois, et le peuple s’arrêta à Kadêch, Miriam mourut en ce lieu et y fut ensevelie. Or, la communauté manqua d’eau, et ils s’ameutèrent contre Moïse et Aaron.» (Les Nombres, chap. XX, versets 1 et 2). Dans ces versets, Miriam meurt et tout de suite après, le peuple manque d’eau. Le Midrach donne un explication: il dit que tout au long du trajet, un puits suivit le peuple grâce au mérite de Miriam. C’est pour ça que sa mort entraîna un manque d’eau. Mais y avait-il vraiment un puits? C’est peutêtre une façon imagée de nous faire comprendre quelque chose d’important. Et qu’est-ce qui entraîna la révolte? Certainement le manque d’eau, mais surtout la perte de la confiance que suscitait Miriam. Avec Les rabbins et les membres du Conseil d’Administration de Beth Hillel présentent à la communauté et au Yichouv leurs vœux les plus fervents pour Rosh Hashana. Que la nouvelle année soit pour nous tous une année de santé, de prospérité, de réussite dans les efforts de chacun et qu’elle voie enfin s’éclairer les rayons de paix et d’harmonie dont Israël et le monde ont tant besoin. Miriam, avoir de l’eau «coulait de source» et tout semblait facile. Pour Moïse, c’est plus compliqué: il est devant un peuple en pleine révolte. Il est stressé et frappe le rocher par 2 fois alors que D. lui avait demandé de lui parler. Moïse et Aaron parlent au peuple et lui disent: «Or, écoutez ô rebelles! Est-ce que de ce rocher nous pouvons faire sortir de l’eau pour vous? (Les Nombres, chap.XX, verset 10). Comme tout le monde, il m’arrive d’être énervé, «d’être rebelle».Dans ces cas-là, voici ce que j’aimerais qu’on me dise: «Calme-toi, rassuretoi, on va trouver de l’eau, on va trouver la solution.» Mais pourquoi n’ont-ils pas parlé ainsi? Je pense que c’est à cause du stress. Voici quelques moyens de vaincre le stress: regarder les choses autrement, prendre du recul, s’oxygéner et ce que nous raconte le texte: Le peuple se plaignit de D. et de Moïse d’avoir été tiré d’Egypte pour mourir dans le désert, car il n’y avait ni eau ni pain. L’Eternel se fâcha et envoya des serpents venimeux qui mordirent le peuple. Ce dernier s’excusa auprès de Moïse d’avoir pêché et l’Eternel lui dit de faire un serpent d’airain et de le fixer en haut d’une perche. Quiconque avait été mordu, levait les yeux vers le serpent d’airain et était sauvé. Cela veut nous dire que quand on est préoccupé par un problème ou par des difficultés, on a parfois besoin de lever les yeux pour s’en sortir ou pour s’en échapper. Je crois que dans la vie, une des choses les plus importantes est la confiance car, avec elle, on peut résoudre tous les problèmes. Cette dernière phrase faisait allusion au peuple qui avait confiance en Miriam et donc, qui n’avait pas de problème d’eau… ■ Corinne, Philippe, Raphael, Deborah et Leah LEWKOWICZ vous souhaitent une belle année 5767, en paix et en douceur. le shofar Talmidi, petit poisson deviendra grand... Nos enfants nous sont plus chers que tout au monde. Cette conscience que nous avons en tant que parents, nous l’avons aussi en tant que communauté. Pour cette raison, au cours de cette année, l’équipe de Talmidi a investi beaucoup de temps et de réflexion dans le développement du Talmud Tora. Ces réflexions, nous voudrions les partager avec vous. Notre plus grand souhait serait que nos enfants et leurs parents, malgré la vie trépidante qu’ils mènent souvent, puissent trouver à la synagogue l’accueil et l’écoute dont ils ont besoin. C’est d’autant plus vrai que notre société vit une période de transition. Le dialogue entre générations est de plus en plus difficile. Nous sommes entraînés à perdre le sens, la valeur et le goût des choses. A travers ces difficultés, comme tout au long de notre histoire en tant que peuple, notre tradition est là pour donner un éclairage de sens et d’humanité à ce que nous vivons. Elle nous accompagne depuis l’enfance. Cette lumière devrait donc être cultivée dès le plus jeune âge. C’est notre désir en tant que communauté d’accompagner chaque famille dans son cycle de vie. C’est notre désir en tant que Talmud Tora d’accompagner chaque enfant, de la petite enfance à la grande adolescence. L’équipe de TALMIDI souhaite une excellente année d’étude, enrichissante et pleine de joie. Notre tradition souligne à la fois l’importance de l’individu et celle de la communauté : chacun soutient la communauté et la communauté soutient chacun. A Beth Hillel, la Bar/Bat Mitzva s’inscrit dans ce projet : la préparation à la Bar/Bat Mizva permet à l’enfant de s’épanouir, de se dépasser ! Nous avons le bonheur d’en être témoins quotidiennement. Pour aider certaines familles, nous essayons de concilier l’impossible, et de réduire les temps de préparation lorsque cela semble incontournable. La Bar/Bat Mitzva ne peut être chez nous « un examen de plus », qu’on potasse à la maison pendant 6 mois avant de passer un « examen oral » comprenant la récitation systématique de mots écrits par d’autres. En tant qu’enseignante, mon expérience m’a appris que chaque enfant a besoin de temps pour « faire sien » ce qu’il va communiquer aux autres à sa façon personnelle. Chaque enfant nous est cher, nous l’accueillons individuellement et nous le faisons bénéficier de l’apport du « groupeclasse ». Tout ceci, c’est ensemble que nous pouvons le réaliser. Nous vous remercions pour cette collaboration que nous apprécions pardessus tout. Nous nous réjouissons à l’avance de vous rencontrer le mercredi 6 septembre 2006 à 19h30 à Beth Hillel, pour initier et affiner le projet de vos enfants pour l’année à venir. ■ Josiane Goldschmidt Directrice du Talmidi E-mail : jomigold @ yahoo.com 33 C O M M U N AU T É – C U LT U R E Talmidi Le Talmud Tora de Beth Hillel Pour votre enfant de 5 ans ou plus… • Pour les jeunes qui seront Bar/Bat Mitsva dans deux ou trois ans… • Pour les post Bar/Bat Mitsva… 34 Offrez-leur ce cadeau qui les portera toute leur vie ! Laissez-les construire leur boîte à souvenirs….. Notre Talmud Tora accueille nos enfants dès 5 ans ! Comprendre qui nous sommes, vivre nos traditions, trouver sa place dans la communauté, c’est important à tout âge ! La Bar/Bat Mitsva en est l’aboutissement. Le groupe des Post Bar/Bat Mitsva en est la réalisation communautaire C’est la même Tora, mais c’est une autre lumière ! Vous souhaitez poser vos questions, prendre connaissance de l’organisation de l’année, vous impliquer davantage en tant que parents? Venez nous rencontrer le mercredi 6 septembre 2006 à 19h30 A Beth Hillel Inscriptions: dès le 6 septembre 2006 Premier cours: le 13 septembre 2006, de 14h00 à 17h00 le shofar L’histoire d’Ies 1. Qui et pourquoi ? L’homme a toujours eu besoin d’autres qui peuvent lui servir d’exemple, de modèle. Inconsciemment et intentionnellement, nous cherchons à nous développer en observant les autres. Nous copions ou rejetons, nous modifions, nous choisissons des détails intéressants d’une gamme de pensées, paroles, actions, d’éléments de comportement et de valeurs. En général nous choisissons nos modèles parmi les gens que nous rencontrons dans nos vies. Ça peut sembler banale mais en réalité c’est une chose très belle: voir dans l’autre ces aspects, ces valeurs qui nous aident à développer notre humanité. Je suis enseignante dans une école moyenne. Mes élèves sont des adolescents typiques, âgés de 16 à 18 ans. De plus en plus parmi eux luttent contre des problèmes psychologiques et -ou familiales. Quelques-uns ne savent plus communiquer. Moi, je suis leur enseignante d’anglais. Je cherche le matériel surtout littéraire susceptible de les aider à s’ouvrir, à mieux se comprendre – et comprendre l’autre. Par ailleurs, je me trouve dans la situation privilégiée où mon matériel littéraire me permet de leur passer le message de la Shoah. Comme mes parents l’ont fait avec moi, selon la tradition exprimée par les paroles de Deut. 6 : 21 / Ex. 13 : 8. Il y a six ans, j’ai fais la connaissance d’Israël (Ies) Yaoz, un Israélien d’origine germano hollandaise. Il me donna un document sur son enfance pendant la Shoah et sur sa vie d’adulte en Israël. Maintenant, Ies a septante-sept ans. Sa femme, qui est d’origine grecque, s’appelle Sylvia. Ils ont trois fils et deux petits-enfants. Ils habitent aux environs de Tel-Aviv. Par Monique d’Heu Quand j’ai lu le document, j’ai fait la promesse spontanée de raconter son histoire à “mes” enfants – en classe, mais surtout à Amsterdam, sa ‘ville adoptive’, en nous promenant le long des rues et des canaux, ou en faisant une petite unité sur la cour intérieure de l’ “Amsterdams Historisch Museum”, sentant “ l’Autre” nous approcher, sentant le Passé toucher notre Présent. Pour quelques-uns, l’histoire d’un peuple dont ils ne font pas partie, qui n’est que “des hommes vêtus de noir, couverts de chapeaux enrobés d’un plastique”, l’histoire des Juifs pendant la guerre, reste au niveau de l’“ émotion, leçon, interrogation, examen, indifférence” . Au milieu du bruit de la rue, un silence nous enveloppe, et dans ce silence croît la compréhension du coeur. Et pendant que l’émotion se dirige vers le personnage central de l’histoire, le message qu’elle porte est interprété comme message presque individuel. Les élèves écoutent l’histoire d’Ies et nombre d’ entre eux reconnaissent l’Exemple… L’histoire commence en 1938 à Gelsenkirchen, en Allemagne. 2. Prologue en Allemagne - 1938 Gelsenkirchen? C’est la coupe du monde de football, c’est la débâcle anglaise après le tir de réparation de Ronaldo! C’est la ville de Schalke 04…. Bien sûr, nous avons tous pu déguster ce court film qui nous montrait une ville spacieuse, souriante. En 1938, la ville nous présente une image moins attractive. C’est une ville industrielle qui se situe dans la Ruhr, région d’usines à hautes cheminées produisant sans cesse des nuages de fumée. Région de charbonnages et de terrils, ville laide aux façades noircies 35 C O M M U N AU T É – C U LT U R E par la suie des usines, des trains aux locomotives à vapeur et du lignite qui chauffe les maisons. Le dessin classique des façades est celui des maisons de maître du tournant du siècle comme nous le connaissons dans les villes européennes telles Anvers, Bruxelles, … et que nous reconnaissons à Cracovie ou à Yad Layeled , le centre éducatif sur la Shoah qui nous montre le “décor” du point de vue d’un enfant. (Le centre appartient au kibboutz Lohamei ha-Geta’ot.) 36 En 1938, le championnat de football se déroule en France. Les Allemands espèrent que le talent de Fritz Szepan, joueur de Schalke, va les conduire à la victoire. Malheureusement ( ?), l’équipe de “Gross-Deutschland” est éliminée dans la première manche. La raison? Après avoir fait le salut hitlérien, ils ont dû jouer sous un barrage incessant de tomates, oeufs, bouteilles et sifflets. Quelle humiliation… Quelle différence d’atmosphère avec le “Vaterland”, où règne la terreur du nazisme. La famille d’Israël n’habite pas loin de la vieille gare de Gelsenkirchen, le “Hauptbahnhof”. Elle fréquente la synagogue strictement orthodoxe dans la Hindenburgerstrasse; la grande synagogue libérale se trouve très proche dans la Gildenstrasse. Son père travaille pour un marchand de textile. À neuf ans (presque dix !), Ies est le frère aîné de trois soeurs et d’un petit frère. Qu’est-ce que ça vaut, ce championnat de football pour Ies et les siens? Rien. Les petits garçons juifs ne reproduisent plus les grands matchs, ni dans la rue, ni au parc. La nuit du 9 au 10 novembre 1938, la grande synagogue brûle. Le magasin de textile est détruit. Kristallnacht. Et Ies en est le témoin. Chaque conflit moderne, depuis l’invention de la photographie, nous offre des images qui, en témoignant, pour toutes sortes de raisons, veulent nous choquer. Roman Vishniac, déguisé en officier S.S., prend la photo du visage d’un enfant pendant la Kristallnacht. (“A Vanished World” photo n° 173). L’auteur néerlandais-allemand G.L. Durlacher qui, à ce moment là, avait presque le même âge qu’Ies et qui habitait à Baden-Baden, nous a laissé son impression enfantine dans son livre “Drenkeling” (“Le Noyé”) : la peur et la tension incompréhensibles des adultes qui s’expriment dans la colère ou dans les larmes pendant que l’enfant, lui aussi, reçoit sa portion d’un antisémitisme bouleversant et agressif. Cette atmosphère de danger inévitable, de résistance courageuse d’un enfant désespéré, André Schwarz-Bart la peint dans “ Le dernier des Justes”. 3. La fuite Que faisait Jacob quand il se prépara pour la confrontation avec son frère aîné, le dangereux Esaü? “ Jacob fut fort effrayé et plein d’anxiété. Il distribua son monde, le menu, le gros bétail et les chameaux, en deux camps, se disant : si Esaü attaque l’un des camps et le met en pièces, le camp restant sera sauvé.’” (Genèse 32, 8-9) Ce sont des mots simples et secs. Derrière eux se cache un amour profond en une douleur déchirante. La famille Durlacher s’enfuit. D’autres ont réussi à mettre leurs enfants sur un “Kindertransport” vers l’Angleterre. Les parents d’Ies, eux, que peuvent-ils faire? Face à la réalité de la laideur de l’inhumain, ils ne perdent néanmoins pas leur confiance en l’homme – juif et non-juif. Janvier 1939 : ils laissent partir leur fils de dix ans et sa soeur Recha, huit ans et demi. Comme l’ont fait les parents des enfants cachés, ils les confient à des inconnus… Un “bon” jour d’école, les deux enfants prennent leurs sacs à dos et montent dans le train pour Nijmegen en Hollande. Ils ne connaissent ni le pays, ni la ville, ni la langue… le shofar Leur wagon est plein d’écoliers hollandais qui fréquentent les écoles allemandes – pour la meilleure qualité de l’éducation?- Le contrôleur, les douaniers, le SS : ils jettent un coup d’oeil sur cette bande d’enfants – et … rien. Les deux petits sans-papiers passent la frontière. Ies, beaucoup d’années plus tard : “ C’était un jour sans classe, presque une aventure. Ce n’est qu’après quelques semaines que j’ai compris. Et beaucoup plus tard encore, je me suis rendu compte de l’importance de ce moment particulier : c’était un passage décisif, irrévocable.” Un ‘alea iacta est’. Le train s’arrête à Nijmegen, gare terminus. Les deux enfants restent seuls dans le train. Un contrôleur curieux, inquiet, les approche. Ies: “ Nous sommes des Juifs, nous venons d’Allemagne!” “Quoi?! Qui vous accompagne?! Où sont vos parents?” Le contrôleur appelle le chef, qui appelle une représentante juive de la ville, qui appelle … Une chaîne d’adultes au coeur grand et courageux va les aider. À Gelsenkirchen , très tard le soir, les parents se disent que les petits se trouvent en sécurité – sûrement ?! Quelques jours plus tard ils essaient le même procédé avec Esther, six ans, mais elle est trop jeune. Les autorités hollandaises la renvoient en Allemagne. 4. Une nouvelle chance Une organisation juive qui s’occupe de réfugiés allemands mineurs organise six semaines de “vacances” en bord de mer pour les deux enfants, dans une sorte de “colonie”. Ies et Recha sont très tristes, leurs parents leur manquent terriblement. Puis on les fait entrer à l’orphelinat à Amsterdam, le “Burgerweeshuis”. Les touristes qui visitent Amsterdam aujourd’hui le connaissent sous le nom de “Amsterdams Historisch Museum” (“Musée de l’histoire d’Amsterdam”), situé entre Kalverstraat, St. -Luciënsteeg et Nieuwezijds Voorburgwal. On n’a pas voulu oublier la fonction originale du bâtiment et l’on y voit des références aux orphelins. De l’optique d’un enfant, les bâtiments forment un complex énorme, impressionnant. Les orphelins de la ville y ont vécu depuis le dix-septième siècle sous un régime très, très strict. On sépare les garçons des filles. Une petite porte indique la ‘frontière’…C’est là qu’Ies est autorisé à parler à sa soeur. Le conseil de l’institut, avec l’énergique Mme Wijsmuller-Meyer, cherche des familles qui veulent bien “adopter” les réfugiés. Recha, étant une fille, une belle fille, peut quitter l’orphelinat très vite. Ies doit attendre encore quelques semaines, jusqu’au moment où les Pakkedrager, des gens très cultivés, le choisissent comme “fils aîné”. Ils vont le protéger, lutter pour lui comme s’il était vraiment leur propre enfant. Après la guerre, on lui racontera comment, par exemple, une démarche de la jeune mère l’a sauvé d’un transport : au début de l’Occupation, la Gestapo venait chercher les garçons d’origine allemande sans liens, des proies faciles. Pourquoi faire ? Ies chercha et découvrit la vérité : les Allemands les envoyaient dans un camp de concentration où on les tuait en les faisant subir des expériences au poison. Amsterdam… le nom, les images dans sa mémoire, ils le font sourire. Amsterdam, avant le déménagement forcé, c’est la maison familiale dans le quartier spacieux qui s’appelle “Rivierenbuurt” où vit aussi une “colonie” de réfugiés allemands, des intellectuels surtout. Amsterdam, c’est devenir un petit écolier néerlandais qui dévore les livres d’enfant populaires de Johan Kievit. Ensuite, l’école moyenne au Stadstimmertuinen, proche de l’Amstel et le théâtre Carré. C’est aussi la vie sociale de la kehila, le sionisme et les leçons d’Ivrit – pour “après”, pour un futur qui sera la réalisation du rêve, de l’espoir. 37 C O M M U N AU T É – C U LT U R E 38 C’est le moment heureux et profondément triste de sa bar-mitsva. Amsterdam… avec le Waterlooplein, le marché aux puces presque au bord du quartier pauvre. Ce marché populaire, à l’ambiance sympathique, où les vendeurs amusants vantent leur marchandise, parlent le dialecte d’Amsterdam et le yiddish, son mameloshen. Quand on se promène à Amsterdam avec des groupes d’élèves et d’adultes non-juifs, qu’on leur indique les bâtiments et les rues que l’on retrouve dans l’histoire d’Ies, de l’écrivain Marga Minco, de Hannah Goslar ou de cette petite fille cachée qui pour tant de gens est devenue une sorte de “star” de la Shoah, on peut observer une réaction remarquable : malgré le caractère unique d’Amsterdam, le décor de ces histoires individuelles, situées dans les années trentequarante, leur est suffisamment familier que pour les aider à s’y identifier . Les façades du dix-neuvième siècle, celles du modernisme pratique :…. “Mais oui, ma famille habite dans une maison identique, à …!”Cette découverte provoque un petit choc qui les déséquilibre un peu ; juste assez pour que les “personnages” puissent entrer dans leurs vies. Soudain, l’Histoire - qui pour bien des gens n’est que l’histoire “des autres” – est vivante dans leur Présent et Ies, le petit garçon, les tire discrètement par la manche. 5. Amsterdam - Belsen - Amsterdam Amsterdam, pour Ies, est vraiment une ville aux bras ouverts et quand la guerre atteint les Pays-Bas et que le système des mesures antisémites mène là aussi aux camps et à la catastrophe, il assiste à des témoignages de courage et de sympathie, le “Non!” au dédain nazi pour l’autre être humain. L’école de boxe de Joël Cosman, par exemple, organise un “commando” juif, des hommes de main ; et au mois de février 1941, la grève des ouvriers est en partie une expression de solidarité avec “leurs” Juifs. Et Recha? Et la famille à Gelsenkirchen? Depuis que les deux enfants habitent chez leurs familles adoptives respectives, le contact est normalisé, ils se voient chaque semaine jusqu’à l’été 1943. (1) Avec la famille à Gelsenkirchen -et plus tard à Varsovie - ils maintiennent une correspondance le plus longtemps possible. À la fin de l’été 1943, Amsterdam doit être “Judenfrei” . Un camion du S.S. vient chercher les Pakkedrager et à l’ “Amstelstation”, ils rejoignent la foule qui attend l’arrivée du train pour Westerbork d’où chaque mardi matin, un train part pour l’est. Quelle destination? Sobibor? Theresiënstadt? Belsen? Auschwitz? Les Pakkedrager sont déportés à Belsen. Ies a seize ans. (2) Et puis? Le retour en Hollande, les listes de la Croix Rouge. Comme le font tant d’autres, il reprend sa vie. Il cherche une famille : “Je ne voulait plus l’orphelinat, non, plus ça!” Jaap van Amerongen (Jaäcov Arnon) (3) et sa femme l’accueillent dans leur famille. Il se jette sur ses études, combine les années manquées et termine l’école moyenne à l’âge prévu . “ J’avais un dix pour néerlandais!” se souvient-il, fier et souriant. 6. Donner un sens… Il part pour Israël – traverse la Belgique, reste quelques mois en France chez un oncle qui a survécu à la guerre, déguisé en pasteur catholique. La Ciotat, non loin de Marseille , est le port où des milliers embarquent sur des bateaux pour Israël, des bateaux type “cercueil flottant”, comme les gens le connaissent du film “Exodus”. Le jour suivant le débarquement à Haïfa, Ies devient soldat dans l’armée israélienne. Nous sommes en juillet 1948. le shofar On l’envoie à Abu Gosh, à quinze kilomètres de Jérusalem: “ Je voulais tellement voir Jérusalem. Je risquais d’être tué dans cette guerre; c’était impératif que j’y allasse.” À la première occasion, il se met en route. Les dix premiers kilomètres, il marche tout seul, entouré de collines nues. Pendant trois heures, aucun véhicule ne passe – sur cette même route qui aujourd’hui est complètement saturée ! Il atteint la ville et : “Je dansais presque dans les rues de Jérusalem, bien que les grenades tombassent du ciel. Le rêve était devenue réalité…” Et après la Guerre d’Indépendance, après la démobilisation, les pays voisins signeront sûrement des traités de paix avec le nouvel Etat reconnu par les Nations Unies?! “Ayant survécu à la grande tragédie, nous étions d’avis que l’aliya était le seul moyen pour lui donner un sens. Laisser derrière nous cette vie protégée en Hollande avec un futur sauf et garanti et partir pour un pays dont on ne savait pas s’il pourrait continuer à exister. Nous étions plein d’idéalisme, d’espoir – et nous nous sentîmes tellement coupables d’avoir survécu. Venir en Israël, c’était donner un sens au ‘Yiddishkeit’, à l’histoire des Juifs aussi. Nous n’étions pas réalistes. ‘Quand l’Eternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme des gens qui rêvent.’ (Psaume 126) Les choses ne se sont pas déroulées comme nous les avons rêvées. Mais… tu veux contribuer à cette communauté, ce monde, ce Dieu – même si ça implique que tu sois limité dans la réalisation de tes autres rêves ou désirs privés. La bible nous dit quelque part que nous devons être comme une lumière pour les autres peuples de ce monde, un exemple… ‘Oui, tandis que les ténèbres couvrent la terre et une sombre brume les Nations, sur toi l’Eternel rayonne, sur toi sa gloire apparaît. Et les peuples marcheront à ta lumière, les rois à l’éclat de ton aurore.’(Isaïe 60, 2-3) Faisons la comparaison de la naissance de l’Etat d’Israël avec celle d’un enfant: Les parents espèrent que leur nouveau-né dont ils sont si fiers, va se développer en adulte juste, intelligent, ‘a sheiner yid’. .. Eh… on doit s’attendre à des petites déceptions… Jusqu’à maintenant, nous avons eu assez de problèmes avec cet enfant, mais… il reste notre enfant, notre bébé…” Les premières années dans la “Terre Promise” se résument en quelques mots : chercher du travail, chercher la femme, chercher une maison. Pendant quelques semaines, il passe la nuit dans une banque de l’avenue Rothschild à Tel-Aviv : le romantisme du clochard… La police veut l’arrêter, lui demande d’ouvrir son sac à cambrioleur. Elle n’y trouve qu’une batte de maçon : “J’avais suivi un cours. Après quelques semaines, j’étais un pro. On construisait de nouveaux bâtiments avec une telle rapidité et d’une telle médiocrité que mon style unique maçonnier ne détonnait pas.” 7. Un emploi riche de possibilités Au début des années soixante, il obtient son insigne de guide touristique. Quoi, il est devenu un de ces messieurs qui marchent à la tête d’une bête troupe de touristes qui regardent à droite, à gauche et au parapluie fermé qu’ils tiennent en l’air? Pas tout à fait. Comme Israël est un pays particulier, avec ses trois religions monothéistes, son histoire compliquée, sa situation actuelle encore plus compliquée, les cours de guide et les examens sont très durs. Et Ies, lui, il n’aime pas du tout l’image du guide- berger avec ses moutons au regard vide. Qui sont les gens qui viennent en grands nombres - à condition qu’il n’y ait pas de guerre, d’intifada ou quelque autre petite problème - et qui s’installent dans un car climatisé, premier stop le Holy Land Hotel? Correcte, ce sont des Chrétiens de tous les coins du monde. Évidemment, les guides juifs israéliens sont bien préparés ; à la tête de leur petit troupeau, ils marchent sur les traces du Christ, l’édition chrétienne de la 39 C O M M U N AU T É – C U LT U R E 40 bible à la main. Aux arrêts conventionnels ils font la lecture d’un extrait du Nouveau ou de l’Ancien Testament, après laquelle souvent un spécialiste, membre de la troupe, se sent religieusement obligé d’y ajouter une interprétation, une “leçon”. Il sonne la cloche: “ Attention et n’oubliez pas que pour nous le Messie est déjà venu. Le guide peut bien savoir beaucoup – mais s’est nous qui en savons plus.” … Comme un hypernerveux qui ne veut pas que les enfants de la visite touchent les bibelots et qui les retourne à leur place, il précise le moment où la porte se ferme derrière les “pénétrateurs” de son domaine. Avec Ies, la situation est un peu différente. Il est un guide touristique style ‘rabbi Dahan’ J Le touriste amorphe au cerveau atrophié ne l’intéresse pas. Ies raconte, il lit à haute voix et puis pose des questions. “Qu’est-ce que ça veut dire ??!! Vous le savez!! Je vous l’ai expliqué hier soir! Alors? C’est pour l’examen ça !” Comme la question rhétorique de rabbi D.: “Quelle est la chose la plus importante pour un Juif ?!! La tête, mes enfants, la tête!!” Bien sûr, notre petit guide qui , il y a tant d’années, a passé son examen de guide avec un “sans fautes” ne s’est jamais arrêté d’étudier lui-même. ‘À bible ouverte’– édition chrétienne, ou la sienne. Les gentilles petites blagues innocentes genre “Bram et Moos” ou “Un jour Saint Pierre entendit quelqu’un sonner à la porte du Paradis…” qu’il raconte bien dosées mais systématiquement, font que les gens lui ouvrent le coeur – la petite femme âgée qui arrange les chaises dans son église paroissiale aussi bien que le théologue - spécialiste. Le surplus de conscience de soi religieux disparaît devant ce “polisson savant” aux yeux brillants. “Étrange, n’est-ce pas, que ce soit un Juif qui doive vous enseigner votre religion?” Ils s’approchent; ils sont prêts à l’écouter - et quelques-uns l’entendent même. En principe, tous les guides utilisent le même matériel ; l’important, c’est ce qu’ils y ajoutent, ce qu’ils sont prêts à offrir d’eux-mêmes. Ies n’hésite pas à partager les résultats de son étude permanente. Son comportement et ses paroles expriment une compréhension de l’Autre et souvent, une compassion discrète. (Même les plus bêtes de ses ‘élèves’ se sentent à l’aise dans la classe de ‘reb Ies’.) 8. Le défi À la fin des années soixante, Israël et ses collègues sont confrontés à une demande bouleversante. En Allemagne, un nombre croissant de jeunes gens expriment le désir de venir visiter Israël. De jeunes chrétiens qui, pour la plupart, appartiennent à une organisation qui s’appelle “Aktion Sühnezeichen Friedensdienste” (Activités pour la conciliation et le service de paix). Qui est disposé à les guider ? Qui est prêt à apprendre l’allemand? Ies , à Berlin en 2005 : “ Presque personne ne voulait parler ni étudier l’allemand. Le mot ‘Deutsch’ était tabou. J’ai réfléchi. Je pouvais tourner le dos. Mais ces premiers groupes étaient composés de jeunes idéalistes qui rêvaient de jeter des ponts entre l’Allemagne et mon pays. Peut-on refuser une main étendue, sans que l’autre ait la chance de s’expliquer? Et si je tournais le dos, qu’est-ce que j’aurai accompli? Rien.” Un autre élément à considérer dans ce “débat intérieur” était la position politico-économique du pays : “Nous avions besoin de contacts, d’alliés, car les pays voisins arabes continuaient à douter de notre droit à l’existence. Jusqu’aujourd’hui la situation n’a pas changée…” (Selon le D.I.G., le “Deutsch-Israelische Gesellschaft”, Israël considère d’abord les Etats-Unis et en deuxième place l’Allemagne comme ses alliés les plus loyaux – juin 2005) Ies analyse les aspects de la question, les valeurs et les mille conséquences des réponses possibles: “Non, parce que….” ou “Oui, je le ferai.” Le “non” en outre n’est pas une vraie le shofar possibilité. Est-ce que son enfance ne lui a pas montré la bonne volonté des gens aussi, la lumière de la grandeur de l’être humain ?... Il accepte le défi. 9. “Mon mal, n’est-il pas toujours là, sous mes yeux ? ” (Ps. 38 : 18) Et ils viennent, les groupes de jeunes. Les groupes plus âgés les suivront. Ces Chrétiens allemands qui sont en plein processus de confrontation avec eux-mêmes, leur histoire de famille –, le sentiment de culpabilité individuelle et nationale. Qui cherchent la catharsis. Qui veulent rééquilibrer en faisant du volontariat. Qui de temps en temps, ont besoin d’une tape dans le dos de la part d’anciennes victimes. Dans les années septante, il met un tel groupe en contact avec des écoliers israéliens, qui vont à sa rencontre sans préjugés, sans méfiance. Vient le moment de la première invitation au discours quelque part en Allemagne. “Veuillez nous parler au sujet du “Tourisme au Moyen- Orient depuis Abraham”. Ou quelque chose de pareille. Et n’oubliez pas vos blagues s.v.p. Ce qu’ils veulent en réalité, ce sont des explications sur ce qu’ils lisent et entendent dans la presse internationale. Ils ont fait sa connaissance en Israël et ils savent que non seulement il sent un amour profond pour sa patrie mais qu’il éprouve aussi un grand respect pour la vérité. Il y va. Il donne son discours. Lui, l’adulte avec ses mémoires terribles et en soi, très vivant encore, ce petit garçon à dix ans. (Qu’ils ne le touchent pas, ne l’approchent pas dans leur désir de réaliser leur propre catharsis en “partageant des émotions” ou dans le besoin d’une histoire individuelle qui enrichit l’âme – et les conversations. Il faut d’abord donner sa permission…) Les années passent. Il donne des conférences et des leçons dans des églises et centres culturels allemands. Un “cours de base” sur le Judaïsme. Des conférences sur l’histoire d’Is- raël. Sur sa vie dans ce pays, avec ce pays ; son service actif pendant la Guerre d’Indépendance, la guerre de ’56, la guerre de ’67. Ses espoirs, ses craintes – son inquiétude surtout pour le futur de ses petits-enfants. On entend parler un être humain courageux et vulnérable. On écoute un homme très éduqué qui emploie les paroles simples de la sagesse. Par son travail de guide, il devient un “ambassadeur ambulant”. Le maire de Gelsenkirchen l’invite pour lui offrir des excuses. Merci. Un jour, il retourne à Bergen-Belsen. “Je ne peux pas faire le tour des écoles pour aller parler devant des enfants. Il y en a d’autres qui font ça très, très bien. Moi, je ne peux pas…” Pourquoi est-ce que tu m’as dit ça, Ies? Est-ce que tu crois vraiment que les confrontations émotionnelles avec des écoliers ou les visites éducatives mais épuisantes aux camps de concentration, les choses que tu ne sais pas faire, sont un meilleur ou même le seul hommage ? Que, par conséquent, tu n’es pas à la hauteur de ta tâche ? Tu as un caractère différent ; c’est logique que tu as choisi, une route différente vers le message du nonoublier, vers le dialogue. Une autre manière d’instruction. Quand tu parles, ta clientèle aussi t’écoute ; généralement très intéressée, même prenant des notes : les Chrétiens qui après Lourdes et Santiago de Compostella veulent compléter leur ‘portefeuille’ avec les sites saints en Israël. Le touriste moyen, pour qui Israël n’est qu’un nom sur sa liste de “musts” avant la maison de retraite. “L’année passée nous étions au Pérou. Les souliers y sont très bons marchés. L’année prochaine nous verront la Chine. Faut y aller avant qu’ils ne viennent chez nous. Haha.” Les spécialistes. Les historiens et les archéologues. Les journalistes… et… les Chrétiens-idéalistes allemands qui veulent aider à réparer les klipot. Un public mêlé comme l’ont tant de guides 41 C O M M U N AU T É – C U LT U R E 42 partout dans le monde. Quand ils ont des questions, ils osent les poser, sachant que la réponse sera sincère. De temps en temps, quelques “élèves” tiennent les oreilles et le coeur fermés à double tour. Comme le Belge antisémite et “anti-tous” qui ne supportait pas ta gentillesse parce qu’il avait décidé d’être fâché avec le Monde. Ou les jeunes Hollandais qui insistaient pour que le car les menât à un quartier pauvre arabe pour te le montrer, convaincus, qu’ils étaient en Croisade Morale. Et au nouveau Yad Vashem, ce père allemand avec sa fille en larmes. Tu voulais l’expliquer, le symbolisme du “Trou Noir” à la fin de l’exposition. Mais le père t’interrompit, ne voyait que lui-même dans son petit cosmos. Il se sentait trahi par les Juifs de Yad Vashem… comment avaientils osé ne pas faire la distinction entre Allemands (non-coupables) et Nazis? C’était sa deuxième visite à Yad Vashem ; “déjà”, il y avait amené sa jeune fille pour l’éduquer – et la voilà pleurante après une leçon qui ne correspondait pas à ses préparations ! Il se sentait insulté dans sa fierté et son identité allemande. “Mon Dieu, que devant ceux qui m’insultent, mon âme se taise et que j’apprenne l’humilité.” Même si tu ne les penses plus, ce sont les mots que ton être exprime. Surtout quand tu étais là, devant cet être humain qui pensait avoir trouvé la solution la plus simple sur la question de la culpabilité et de la réputation du grand-père…Et tu ne tournais pas le dos. Tu continuais et continue encore à chercher la communication. De temps en temps tu hésites : “Es-ce que j’ai le droit de tendre la main aux Allemands, car je ne le fais pas seulement pour Israël Yaoz, je le fais aussi pour mes parents, mes sœurs, mon petit frère ? Est-ce que je ne devrais pas demander leur permission ?” Sur le Net, j’ai trouvé des réactions sur ton travail. Sept ans après avoir visité ‘sa’ Terre Sainte en ta compagnie, un pasteur protestant commence son sermon avec tes paroles, qui l’ont tellement touché. Une journaliste catholique offre à ses lecteurs une analyse détaillée de ta manière de travailler – ce qui mène à une enthousiaste conclusion… une conclusion très chrétienne… Apparemment, le guide juif aide les ‘Autres’ à développer leurs identités spécifiques. Et les Allemands ? À l’occasion de la pose de la première pierre de la nouvelle synagogue à Gelsenkirchen (09.11.2004), Paul Spiegel, le président du Consistoire allemand, avertit son auditoire sur le danger du néonazisme en Allemagne. Les néonazis forment une minorité, mais ils sont dangereux et ils n’hésitent pas à employer la violence. Et la majorité, qu’est-ce qu’elle fait cette foisci ? Est-ce qu’elle se tait ? Est-ce que nous pouvons entendre un silence total ? Regardons le Net encore une fois : nous pouvons constater que des Allemands-Nouvelle-Génération osent s’exprimer contre le néonazisme, contre leur passé récent – ajoutant nom, prénom, occupation professionnelle,… et entre eux se trouvent ‘tes talmidim’, le mouvement chrétien-allemand. Oy, Ies ! Que c’est beau ça ! Car ça nous donne de l’espoir ; ce sentiment heureux dont nous avons tellement besoin, cette chaleur que nous voulons chérir. L’espoir, qui nous aide à continuer sur notre chemin. ■ Notes (1) Le père d’Ies (Oranienburg - date inconnu) - Sa mère, Esther, Mali et Sigmund (ghetto de Varsovie, ou … ? - date inconnu) - Recha (Sobibor - 23.07.1943) (2) Les parents Pakkedrager meurent à Bergen-Belsen ; la mère (29.12.1944) et le père (20.04.1945). Deux de leurs enfants ont survécu la guerre. (3) Jaap van Amerongen (Jaäcov Arnon) (1913-1995) a joué un rôle important dans l’après-guerre Commission de Coordination Juive. Il était président de l’Association Sioniste Néerlandaise (Nederlandse Zionisten Bond). Aliya en mars 1948. Carrière en Israël. le shofar Sources Amsterdams Historisch Museum : brochures éducatives Bankier, D. (éditeur) : “ The Jews Are Coming Back” , Jérusalem, 2005 Durlacher, G.L. : “Drenkeling” dans “ Verzameld Werk”, Amsterdam, 1997 (traduit en anglais “ Drowning” et en allemand “Ertrinken”) Ies Klinger, H. : “Es erinnert sich - H.K. im Gespräch mit Israël Yaoz” , Baden-Baden, 1988 Schwartz-Bart, A. : “ The Last of the Just” (titre original : “Le Dernier des Justes” , 1959) Vishniac, R. : “A Vanished World” , New York, 1969 www.digberlin.de www.gmx.net/de/wm-2006/historie/rueckblick/wm1938 www.uni-passau.de/verwaltung/aktuell/presse/pressemitteilungen/60_Jahre www.zentralratdjuden.de Suggestions Une petite liste de livres assez courts et faciles pour ceux qui sont obligés de lire du néerlandais et de l’anglais “ pour la liste”…. Asscher-Pinkhof, C. : “Sterrekinderen” (p. 206) Becker, J. : “Jakob der Lügner” (p. 283 – originel allemand, existe en traduction anglaise ) Bolle, M. : “Ik zal je beschrijven hoe een dag er hier uitziet.” ( journal sous forme de lettres – p. 254) Gold, A.L. et Goslar, H. : “Hannah Goslar Remembers” (p.134) Herzberg, A. : “Amor Fati – zeven opstellen over Bergen-Belsen” (p.119) Laird, C. : “Shadow of the Wall” (p.164) et « Beyond the Wall » (p.303) Minco, M. : “Het Bittere Kruid” (p.90) et “De Glazen Brug” (p.111) Oberski, J. : “Kinderjaren” (p.143) Polak, C. : “Stenen Halzen” (p. 135) Samuels, D. : “Kindertransport” ( pièce de théâtre de qualité supérieure – texte anglais). Trois titres pour ceux qui doivent (veulent) donner une petite conférence au sujet de la présence juive en Amsterdam, combiné avec des extraits de littérature ou pour ceux qui voudraient visiter l’ancien quartier juif à Amsterdam : “ Joods Amsterdam”, une brochure touristique (existe en plusieurs langues) Mak, G. : “ Een kleine geschiedenis van Amsterdam” , Amsterdam, 1994 Bregstein ,Ph. Et Bloemgarten S. : “ Herinnering aan Joods Amsterdam”, Amsterdam, 1978 , 2004. Il est évident qu’on peut choisir une histoire individuelle comme celle d’Ies et d’en faire une présentation audio-visuelle, complété avec des extraits littéraires. De cette manière par exemple, un élève ‘adopte’ un survivant de la Shoah et la chaîne de témoignages n’est pas rompue. La Fondation d’Auschwitz pourra certainement aider avec du matériel et des suggestions. Le B’nai B’rith de Bruxelles vous invite à son premier Carrefour des Lettres et des Arts le dimanche 10 septembre 2006 de 14h00 à 18h00, en l’Abbaye de Forest. Placé sous le patronage de Madame Corinne de Permentier, Bourgmestre de Forest et Députée, ce carrefour rassemble une quarantaine d’écrivains issus de notre communauté. Le profit de cette manifestation sera partagé en deux: la moitié pour une organisation de secours aux enfants défavorisés de la Commune de Forest et la moitié pour une organisation de secours à des enfants défavorisés en Israël. 43 C O M M U N AU T É – C U LT U R E Le Monde ne nous aime pas… par Kris Richard-Letz 44 J’éprouve toujours un réel plaisir à lire les publications de deux de nos émérites philosophes (chacun dans son genre) André Glucksman et Alain Finkelkraut. Mais par delà même les thèmes abordés, le sentiment qui subsiste après lecture, c’est, entre autres, que le Monde ne nous aime pas. Nous, les Juifs bien sûr. Le Monde, le reste du monde, les autres…. On aurait pu penser qu’après la Shoah, prise de conscience et culpabilité mêlées dans “l’inconscient international” mettraient un point final à cette haine, vieille de deux à trois mille ans. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. De Baal-Marduk au culte d’Isis, en passant par le Panthéon Gréco-romain, et j’en oublie, la Société Antique moyen-orientale et méditerranéenne s’est développée dans le plus extraordinaire des syncrétismes. Alors, les Hébreux ont rencontré D. Ils ont accepté l’alliance, le monothéisme, les commandements. Ce fut comme un énorme coup de tonnerre dans le ciel bleu dur du monde antique : en rejetant d’une part l’idolâtrie, en respectant le shabbat d’autre part, les Juifs instituaient les premières lois sociales dans un milieu où l’économie reposait en grande partie sur la pratique de l’esclavage, c’est à dire l’utilisation d’une main d’oeuvre gratuite, corvéable à la demande et … facilement renouvelable. Les dents des grands entrepreneurs de l’époque (aussi longues que leurs ambitions) ont dû grincer … Ah, c’est sûr : on s’est fait des ennemis ! Selon la logique de l’époque, on a subi des guerres, des invasions, des déportations, des exterminations …et la domination de diverses civilisations, chacune à son tour avec l’intention d’apporter sa pierre à l’édifice, à la pyramide, à la ziggourat. On a eu les Philistins, les Assyriens, les Babyloniens qui ont détruit nos temples, nous ont interdit de pratiquer notre culte, nous ont emmenés en esclavage …. Mais comme parfois, la roue de l’Histoire se met à tourner dans l’autre sens, Exit des Babyloniens, tombés sous la domination perse. Avec les Perses, les Juifs retrouvèrent leurs droits, y compris de pratiquer leur religion, leur esprit d’entreprise et le goût à la vie, quoi ! L’embellie s’est prolongée avec l’invasion d’Alexandre. C’est après sa mort que le sort des Juifs redeviendra problématique, car témoins - otages des conflits entre l’Egypte et la Syrie à propos de la succession d’Alexandre… Tout le monde se rappelle (en tous cas à Hanoukka) le fameux épisode des Maccabées. Suivit une période trouble (mais juive) avec les Hasmonéens, période qui ne dura guère puisqu’elle prit fin avec l’arrivée des Romains et des légions de Pompée. La suite, on la connaît. En vrac: la révolte des Zélotes, les armées de Vespasien, Jésus, la seconde destruction du Temple. Massacres, déportations. Quand ils le peuvent, les Juifs quittent la Judée, terre de leurs ancêtres. Une diaspora se créée tout autour de la Méditerranée, à commencer par Alexandrie (où vivaient à l’époque romaine plus de 250000 juifs). Petite accalmie sous le règne de Trajan, dont la mauvaise idée d’aller montrer aux Parthes comment il s’appelle, se solde le shofar par une cuisante défaite. Voilà réveillé le nationalisme juif. C’est la révolte de Bar Kochba, grand soulèvement populaire soutenu notamment par la “diaspora” juive, portant en lui les espoirs de tout un peuple, chassé de son pays, écrasé, déclaré “dediticii” (ennemis) des Romains. Hadrien, successeur de Trajan, brillant empereur romain amoureux de la Grèce et de son raffinement, de son haut niveau de civilisation et de son rayonnement sur le monde méditerranéen, sera le fossoyeur du Peuple Juif. J’ai envie de faire l’impasse sur cette obscure et ignoble période du Moyen Age dont on a dit tout et n’importe quoi et où nous fûmes accusés de tout et de son contraire, humiliés, discriminés, terrorisés, exterminés, notre culture bafouée, parce que nous étions “le Peuple du Livre”, parce que la naissance du Christianisme n’était à la base qu’un mouvement dissident du Judaïsme. En fait, parce qu’on était nés avant ! Quand on songe que même Erasme, grand chantre de l’Humanisme, aurait dit : “Les Juifs, peut-on leur faire confiance ? Après tout, ce sont des Asiatiques!” Fin de la citation. D’ailleurs il ne l’avait pas dit, il l’avait écrit, ce qui est plus grave! Peuple déicide, empoisonneurs, mangeurs d’enfants, inventeurs du capitalisme (parce qu’aucun métier “honnête” ne nous était autorisé) fomenteurs de troubles et de révolutions. Oui, nous avons inventé le “Bund”. Oui, nombre d’étudiants rejetés des universités européennes au nom du sacro-saint “numérus closus” se sont retrouvés dans le peloton des révolutionnaires russes de la première heure. Oui, Theodor Herzl a relevé le défi, en créant le Sionisme. Alimentant encore et toujours le ressentiment et la haine de nos détracteurs mais alimentant également notre “extraordinaire volonté de survivre, se souvenir et reconstruire” ainsi que le déclarait récemment, lors d’une cérémonie d’inauguration, Avner Chalev, président de Yad Vashem. Aujourd’hui, après la Shoah qui a vu disparaître plus de six millions d’entre nous, (ainsi que leur descendance, disparue avec eux), si nous devions nous compter, opération quelque peu laborieuse étant donnée la dispersion planétaire de notre peuple, combien sommes-nous ? Lors de la bat-mitsva de ma petite fille Hannah, à Copernic à Paris, le rabbin Williams nous a dit que selon ses dernières sources, nous devions être, à l’heure actuelle, environ douze millions. Dans le Monde ! Sur la planète ! Quand on songe qu’à l’époque romaine, les Juifs étaient environ sept millions… Que d’énergie destructrice accumulée sur la tête d’un peuple d’à peine douze millions d’âmes (non inclus les laïques). Une de mes amies israéliennes me disait récemment : « oui, c’est vrai ! Mais voistu, je ne connais pas un peuple au monde qui s’aime autant que les Juifs ! Ceci compense cela. Et puis, si le Monde ne nous aime pas, nous, les Juifs, ils n’aiment pas les autres davantage. Regarde autour de nous, rien qu’en Europe. Il aura fallu l’intervention de Bill Clinton pour mettre fin au conflit fratricide et ethnique de l’ancienne Yougoslavie ! Faut-il citer tous les autres qui, régulièrement, nous attristent et nous atterrent ? La planète est peuplée de prédateurs ». Ce soir, c’est Shabbat. Et comme tous les Shabbat, j’allumerai mes bougies en songeant à toutes les petites bougies qui, en suivant les fuseaux horaires, seront allumées tout autour de la planète. De l’Australie à l’Argentine, du Canada à l’Afrique du Sud, avec une pensée particulière pour ces toutes petites communautés de quelques centaines de Juifs qui essaient de renaître, en Tchéquie, en Pologne par exemple. Baroukh Ata Adonaï Elohénou Melekh Haolam ■ 45 C O M M U N AU T É – C U LT U R E 46 le shofar A propos du devoir de Mémoire 6 juin 2006. Pas un mot dans mon quotidien habituel. Pas un mot sur les radios. Quelques images sur les écrans TV. 6 juin 1944. Un non événement apparemment ce jour-là. Et pourtant, il y a 62 ans, des milliers d’hommes sont morts sur les plages de Normandie, des milliers d’hommes sont tombés pour nous libérer du joug nazi. Pour nous permettre de retrouver les survivants de la Shoa dont nous ne connaissions pas encore l’étendue. Par Paul-Gérard Ebstein Aujourd’hui j’ai peur devant ce silence, pour qu’un jour nos 6 millions de Juifs disparus ne rejoignent dans l’oubli ces Américains, Anglais, Français, Belges morts pour nous. Jeunes, ne regardez pas ces événements en haussant les épaules et en pensant: «ce vieux radote». Prenez la relève en écoutant les paroles des rares survivants qui peuvent et veulent encore témoigner. Tout peut encore - ou à nouveau - arriver pour notre peuple…. ■ Oulpan d’Hebreu de Beth Hillel (2ème année) L’oulpan d’hébreu de Beth Hillel reprendra ses cours le 18 octobre 2006. Les cours, donnés par un professeur israélien, sont conviviaux et basés sur la conversation et l’apprentissage de la lecture directe. Classe Aleph: Une nouvelle classe pour débutants. Classe Beth: Pour ceux qui étaient en classe Aleph l’année passée et pour ceux qui ont déjà quelques notions d’hébreu. Nombre limité d’élèves par classe Inscriptions au secrétariat: Tél.: 02.332.25.28 - email: [email protected] Participation aux frais : 170 € 47 C O M M U N AU T É – C U LT U R E A la mémoire d’Hiram Harry Bingham La représentation américaine en France, sous le régime de Vichy, se garda bien de se départir d’une attitude neutre, jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Dans ce contexte, elle reçut pour instruction de ne délivrer aucun visa à des Juifs. Bingham, outré par cette attitude qu’il estimait parfaitement immorale, passa outre. 48 Voici quelques mois, le Secrétaire d’Etat américain Colin Powell honora à titre posthume Hiram (or Harry) Bingham, IV. Il a fallu plus d’un demi siècle pour que les autorités américaines reconnaissent officiellement le caractère héroïque des actes accomplis par Bingham durant la Seconde Guerre Mondiale. Car jusqu’il y a peu, ce Juste fut considéré par ses pairs comme un fonctionnaire des services diplomatiques parfaitement insubordonné et même dangereux… Bingham est né dans une famille illustre. Son père –dont la personnalité a inspiré le personnage d’Indiana Jones- fut l’ archéologiste qui découvrit le site inca de Machu Picchu au Perou, en 1911. Harry embrassa la carrière diplomatique et était en poste à Marseille, en 1939, lorsque l’Allemagne envahit la Pologne. Sa désobéissance l’entraîna à accorder plus de 2500 visas américains à des Juifs, Français ou réfugiés étrangers. Parmi eux, Marc Chagall, Max Ernst, la famille de l’écrivain Thomas Mann. Il ne se contenta pas de distribuer des documents administratifs salvateurs: son domicile se transforma en véritable abri où il hébergea nombre de Juifs auxquels il fit parvenir de vrais nouveaux papiers d’identité. Il collabora avec la Résistance française naissante, aida à faire passer des Juifs en Espagne, distribua de l’argent prélevé sur sa cassette personnelle. En 1941, Washington, excédé, le muta en Argentine. Là bas, il rendit compte à ses supérieurs des présences de criminels de guerre nazis sur le territoire sud américain… Bingham décéda en 1988, dans l’indifférence générale. C’est grâce à la découverte, après sa mort, de nombreux documents figurant dans ses archives personnelles, qu’aujourd’hui, sa mémoire est enfin honorée. ■ JWH le shofar Un peu d’humour… Ci-dessous, la version d’une question « bonus » de chimie donnée à l’Université de Nanterre. La réponse d’un étudiant a été si loufoque que le professeur l’a partagée avec ses collègues, via Internet, et c’est ainsi que nous avons le plaisir de la partager, à notre tour, avec vous : Question bonus : « L’enfer est il exothermique (évacue de la chaleur) ou endothermique (absorbe de la chaleur) ?» La plupart des étudiants ont exprimé leur croyance en utilisant la Loi de Boyle (« si un gaz se dilate il se refroidit et inversement ») ou ses variantes. Cependant un étudiant eut la réponse suivante : « Premièrement, nous avons besoin de connaître comment varie la masse de l’enfer avec le temps. Nous avons donc besoin de connaître à quel taux les âmes entrent et sortent de l’enfer. Je pense que nous pouvons assumer sans risque qu’une fois entrée en enfer, l’âme n’en ressortira plus. Du coup, aucune âme ne sort. De même pour le calcul du nombre d’entrée des âmes en enfer, nous devons regarder le fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde aujourd’hui. La plupart de ces religions affirment que si vous n’êtes pas un membre de leur religion, alors vous irez en enfer. Comme il existe plus d’une religion exprimant cette règle et comme les gens n’appartiennent pas à plus d’une religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont en enfer... Maintenant, regardons la vitesse de changement de volume de l’enfer parce que la Loi de Boyle spécifie que «pour que la pression et la température restent identique en enfer, le volume de l’enfer doit se dilater proportionnellement à l’entrée des âmes. » Par conséquent, cela donne deux possibilités: * Si l’enfer se dilate à une vitesse moindre que l’entrée des âmes en enfer, alors la température et la pression en enfer augmenteront indéfiniment jusqu’à ce que l’enfer éclate. * Si l’enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d’entrée des âmes en enfer, alors la température diminuera jusqu’à ce que l’enfer gèle. Laquelle choisir ? Si nous acceptons le postulat de ma camarade de classe Jessica m’ayant affirmé durant ma première année d’étudiant: « Il fera froid en enfer avant que je couche avec toi », et en tenant compte du fait que j’ai couché avec elle la nuit dernière, alors l’hypothèse doit être vraie. Ainsi, je suis sûr que l’enfer est exothermique et a déjà gelé... Le corollaire de cette théorie c’est que comme l’enfer a déjà gelé, il s’ensuit qu’il n’accepte plus aucune âme et du coup qu’il n’existe plus...laissant ainsi seul le Paradis, et prouvant l’existence d’un Être divin ce qui explique pourquoi, la nuit dernière, Jessica n’arrêtait pas de crier «0h... mon Dieu !»... » La note obtenue par cet étudiant ? 20 sur 20… ■ 49 CA R N E T Naissances • Le 31 juillet 2006 est né Alexian, fils de Noémi et Gregory et arrière petit-fils de notre amie Dahlia (Denise) Ruijtinx. • Le 9 août 2006 est né le petit Sacha, fils de Sylvie et Danilo et petit-fils de nos amis Jacques et Josiane Goldschmidt. Aux parents, grands parents et arrière grands-parents, nous tenons ici à exprimer notre plus chaleureux Mazal Tov! Bné Mitsva` • Le samedi 9 septembre 2006 – chabbat Ki Tavo: Bar Mitsva de David Boyker • Le samedi 30 septembre 2006 – chabbat Ha’azinou: Bar Mitsva d’Arthur Szechtman Mariage • Le 15 octobre prochain, aura lieu le mariage de Fabrice Melchior et Amélie Huyghe. 50 Oneg Chabbat de la rentrée Le 15 septembre, après l’office de Kabbalat Chabbat, les membres du Conseil d’Administration invitent toute la communauté à l’Oneg Chabbat qu’ils offrent pour célébrer la rentrée autour d’un verre de l’amitié. Nous vous attendons nombreux! Les activités de nos rabbins dans le Yichouv Le jeudi 14 septembre à 20h30, dans le cadre des «Rendez-vous du Jeudi»du S.S.J., Rabbi Floriane Chinsky donnera une conférence au Service Social Juif, 68 avenue Ducpétiaux, 1060 Bruxelles, sur le thème «Etre femme et rabbin» Notre nouvelle Newsletter est prête! Nous l’avons envoyée à tous ceux dont nous avons l’adresse email. Si vous désirez vous abonner, envoyez votre adresse email sur [email protected] avec, comme communication: Abonnement Newsletter. Notre Talmud Tora et le Keren Kayemet Leïsrael Parmi les jeunes de notre Talmud Tora, cinq d’entre eux ont accepté de prendre une cagnotte du K.K.L. Le total relevé en fin d’année de cours s’élève à 125,35 euros. Bravo et merci à ces jeunes pour leur implication! le shofar I N F O R M AT I O N S U T I L ES VIE COMMUNAUTAIRE OFFICES DE CHABBAT Vendredi à 20h et samedi à 10h30 ■ TALMUD TORA ET PREPARATION A LA BAR/BAT MITSVA Tous les mercredis après-midi. Voir calendrier. ■ COURS ADULTES ET CERCLES D’ETUDE Contactez Rabbi Abraham Dahan ou Rabbi Floriane Chinsky ■ YISKOR Si vous voulez être tenus au courant des dates de Yiskor pour des membres de votre famille, contactez Giny ( 02.332.25.28 SOCIÉTÉ D’INHUMATION A.S.B.L. GAN HASHALOM En cas de nécessité, téléphonez aux numéros suivants: Le jour A Beth Hillel ( 02.332.25.28 Le soir Rabbi Abraham Dahan ( 02.374.94.80 ou 0495.268.260 Si vous désirez souscrire à Gan Hashalom, téléphonez à Willy Pomeranc Le jour ( 02.522.10.24 • Le soir ( 02.374.13.76 Gan Hashalom est réservé aux membres de la CILB en règle de cotisation et ayant adhéré à la société d’Inhumation