Partie 3 - Ministère de la Culture et de la Communication

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Partie 3 - Ministère de la Culture et de la Communication
Partie III
Les sorties culturelles
(fréquentation du cinéma,
des bibliothèques, des musées,
des monuments, des spectacles…)
De quoi parle-t-on ?
Pas plus que dans les autres domaines précédemment abordés, le poids des moins de
15 ans n’est facilement identifiable dans l’ensemble de la fréquentation des équipements culturels, et ce, pour plusieurs raisons :
1) Offre centrale/offre périphérique, production jeunesse/production tout public : le
poids des moins de 15 ans n’est pas réductible aux productions qui leur sont destinées.
La remarque vaut en particulier pour les lieux de patrimoine, dont l’offre centrale n’est
que rarement spécifiquement adaptée à l’âge des visiteurs, mais également pour le
marché du cinéma : les spectateurs des épisodes d’Harry Potter n’étaient pas tous des
enfants, et inversement, on trouve des moins de 15 ans dans le public de films
« adultes ». À l’inverse, dans les bibliothèques, les musées, les monuments et les lieux
de spectacle, il ne faut pas seulement considérer l’offre centrale (les collections, les
spectacles…, dont l’offre est rarement adaptée à l’âge du public) mais également les
offres périphériques (ateliers, conférences, spectacles jeunes publics, etc.), où la segmentation par âge est marquée.
2) Une absence de définition homogène : les segmentations en usage pour l’analyse
de la fréquentation dans les différents équipements culturels sont extrêmement
variables. Dans le cinéma, les segmentations d’âge sont fines (6-10 ans, 11-14 ans) et
distinguent grosso modo écoliers et collégiens. Dans les bibliothèques, elles correspondent aux sections des lecteurs aux usages fluctuants. Quant aux musées et monuments, l’âge n’est pas un critère dans la production de l’offre centrale, et ne joue que
pour l’offre périphérique, selon des modalités variables d’un établissement à l’autre.
3) Un problème de mesure : l’estimation du poids global des moins de 15 ans dans la
fréquentation des équipements culturels est très inégale d’un secteur à l’autre.
– Dans le cinéma, les études de publics sont nombreuses et fréquentes, et par ailleurs,
certains systèmes de billetterie permettent de fournir des informations sur les types
de spectateurs via le type de billet vendu.
– Il n’en va pas de même dans les musées, les monuments et les lieux de spectacle.
Dans ces établissements, l’étude des publics reflète largement la logique budgétaire
et comptable. Si connaissance des flux il y a, elle est liée à la billetterie et à ses catégorisations, variables selon le domaine et dans le temps, d’autant que les enquêtes
de fréquentation sont rares et ponctuelles. La gratuité d’entrée dont bénéficient les
moins de 18 ans dans les musées et monuments (en l’absence de délivrance de billet
gratuit) rend impossible le chiffrage exact de leur poids dans la fréquentation. Il en
va de même dans les lieux de spectacle, puisque les jeunes y bénéficient d’un tarif
réduit au même titre que d’autres catégories (chômeurs, etc.) sans, là non plus, que
le billet soit différent. Et quand l’analyse comptable permet de connaître le nombre
125
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
de moins de 15 ans ayant participé à des ateliers, conférences, etc. (qui donnent lieu
à des tarifications et des billetteries spécifiques), encore ces données sont-elles rarement agrégées aux données concernant l’offre centrale. Enfin, le plus souvent, les
visites scolaires ne sont pas elles non plus agrégées aux données générales. On sait
pourtant l’importance des partenariats avec l’école dans les visites en groupe1 et
celle des visites familiales qui peuvent au total représenter jusqu’à 80 % des visiteurs. Aussi, dans la plupart des cas, aucune vision d’ensemble du poids des moins
de 15 ans n’est-elle possible. Et, quand des enquêtes de fréquentation existent, les
moins de 15 ans sont mal estimés, pour des raisons de méthodes : les questionnaires
ne leur sont pas destinés, et seules les questions posées sur les modalités d’accompagnement de la venue (avec qui) permettent de resituer la présence de moins de 15
ans. C’est dire que la pratique des jeunes est considérée comme une annexe de la
pratique adulte, hors quelques types de manifestations (on sait que pour le cirque
traditionnel, ce sont les enfants qui expliquent la présence des parents, qui sont alors
les « accompagnateurs »). Et si une estimation en part du public est produite, les
outils de redressement permettant une extrapolation en effectif sont souvent manquants.
– Dans les bibliothèques, on dispose de deux types de données : le nombre des inscrits
et le nombre de prêts qui ne permettent qu’imparfaitement de décrire le poids des
moins de 15 ans. En effet, l’inflation du nombre des non inscrits interdit de commenter uniquement les statistiques d’inscription des moins de 15 ans, tandis que le
nombre des prêts ne renseigne pas sur le nombre de lecteurs correspondants.
Au total, les données disponibles sur la fréquentation des équipements culturels (de
bonne tenue) sont rares et difficilement agrégeables, chaque institution utilisant des
tranches d’âge correspondant à ses propres objectifs d’action culturelle et disposant
de manière fort inégale des outils de suivi de sa fréquentation. Pourtant, les moins de
15 ans occupent une place de premier ordre dans la politique des publics des établissements culturels : multiplication des sections jeunesse dans les bibliothèques, des services éducatifs et culturels dans les musées et les monuments, des productions jeunesse dans le domaine du spectacle et du cinéma…, la production d’une offre adaptée
et/ou d’un accueil spécifique occupe une grande partie des professionnels de ces secteurs, ainsi que des budgets de ces services. En outre, ces équipements sont largement
présents sur le territoire national, parce que l’équipement culturel a été une des priorités du Ministère depuis sa création. Ainsi, ce n’est pas le moindre des paradoxes que
de constater que la politique culturelle a fait des moins de 15 ans une cible privilégiée
de discrimination positive, mais qu’aucun dispositif comptable ou statistique ne permet de connaître le volume des bénéficiaires.
1. Ces partenariats sont rendus possibles par l’action des services éducatifs de l’institution culturelle qui assurent la
liaison entre celle-ci et les publics scolaires, de la maternelle à l’université. Ces services permettrent d’enrichir les
d’enseignements et facilitent la mise en œuvre de projets artistiques et culturels dans les classes.
126
Les sorties culturelles
Le cinéma
Les salles de cinéma sont nombreuses en France, ce qui fait du cinéma une des
premières sorties culturelles des Français, tous âges confondus. L’Atlas des activités culturelles2 dénombrait plus de 2 000 lieux d’exploitation répartis sur environ 1 600 communes, ce qui faisait de la France le pays le mieux équipé
d’Europe avec 8 salles pour 100 000 habitants.
Selon une enquête du Centre national de la cinématographie (CNC3), 5,4 millions
de jeunes entre 6 et 14 ans sont allés au cinéma en 1999, ce qui représente environ 18 % de l’ensemble du public des salles, soit un peu moins que les 15-24 ans
(20,8 %) mais plus que les 25-34 ans (15,6 %). Si l’on rapporte la fréquentation
des 6-14 ans au poids qu’ils représentent dans la population nationale de plus de
6 ans, on constate qu’ils sont surreprésentés dans les salles de cinéma.
Tableau 49 – Fréquentation du cinéma selon l’âge en 2002
6-10 ans
11-14 ans
Poids dans la
population (%)
Taux de
pénétration (%)
Structure
du public (%)
Structure
des entrées (%)
Nombre moyen
d’entrées
6,5
5,5
83,8
90,7
9,1
8,3
6,3
7,2
3,9
4,9
Source : Les chiffres clés du CNC, Données 2001 et Enquête 75 000 cinéma, Médiamétrie, janvier-mars 2003.
En 2002, près de 84 % des 6-10 ans sont allés au moins une fois au cinéma dans
l’année. Ce taux de pénétration reste depuis 1993 relativement stable. En
revanche, celui des 11-14 ans connaît une progression sensible passant de près
de 82 % en 1993 à près de 91 % en 20024.
Graphique 6 – Poids des 6-14 ans
dans les entrées cinéma
(en %)
2. Source : Atlas des activités culturelles, Paris, Dep, Ministère de la culture/La Documentation française, 1998.
3. Source : Les pratiques cinématographiques des jeunes, CNC Cinq sur cinq, août 2000.
4. Enquête « 75 000 cinéma », Médiamétrie, janvier-mars 2003.
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LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
Les films plébiscités par les 6-14 ans
Comme c’est le cas pour la télévision, les 6-14 ans ne voient pas au cinéma que
les films qui leur sont spécifiquement destinés. Entre 6 et 10 ans, les dessins animés remportent un franc succès, les dix films récoltant les meilleurs résultats
étant d’ailleurs tous des films d’animation. En revanche, chez les 11-14 ans, seuls
trois dessins animés figurent encore dans les dix premiers films regardés5.
Le classement des 10 films ayant réalisé entre janvier 2001 et décembre 2002 le
plus d’entrées en France montre que plusieurs films adaptés de livres pour
enfants ou de bandes dessinées arrivent en tête de classement : Harry Potter 1 et
2 se classent respectivement 3e et 5e derrière Astérix et Obélix : mission Cléopâtre qui s’octroie la première place du classement. Les films fantastiques ou de
science-fiction se classent également en très bonne position : Le seigneur des
anneaux, Spider-man et Star Wars arrivent respectivement 6e, 7e et 8e.
Outre les dessins animés, les moins de 10 ans sont attirés par les comédies familiales. Les acteurs qu’ils préfèrent renseignent sur le type de films qu’ils regardent en dehors des dessins animés : Jim Carrey par exemple (qui joue presque
essentiellement dans des comédies), Bruce Willis (qui s’est fait une spécialité
d’incarner des héros de film d’action), Leonardo Di Caprio (qui figure le plus
souvent dans des comédies sentimentales) et Sarah Michelle Gellar (dans des
comédies à l’eau de rose ou des séries télévisées, notamment Buffy contre les
vampires).
Tableau 50 – Les acteurs préférés des 4-10 ans
Jim Carrey
Bruce Willis
Leonardo Di Caprio
Sarah Michelle Gellar
en %
8
7
5
5
Source : Le portrait des 4-10 ans, Étude Altavia Junium, Institut de l’enfant, 2001.
La part des 6-10 ans dans le public est donc forte concernant les films d’animation tels que Spirit ou encore Monstre et companie. D’autres films, proches de
l’animation (parce qu’ils en sont issus dans le cas de Scooby-doo ou parce qu’ils
s’en rapprochent dans le cas de Stuart Little), recueillent également un succès
important auprès d’eux. Mais pour les comédies et les dessins animés grand
public et en particulier pour Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, ainsi que Le
voyage de Chihiro, ils ne constituent qu’un dixième de l’audience contre 25 %
dans le cas de Spirit et de Stuart little (voir graphique 7).
5. Source : Les pratiques cinématographiques des jeunes, op. cit.
128
Les sorties culturelles
Graphique 7 – Poids des 6-10 ans dans le public des films
Tableau 51 – Les films préférés des 11-17 ans en 2001
Taxi
Scary Movie
Scream 1/2/3
Matrix
Star Wars
Titanic
Le 6e sens
en %
19
13
11
9
8
8
7
Source : Les 11-17 ans, Étude Altavia Junium, Institut de l’enfant, 2001.
Graphique 8 – Poids des 11-14 ans dans le public des films
129
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
Les 10-14 ans, quant à eux, privilégient les films d’aventure, de science-fiction
et d’horreur sans pour autant négliger les comédies familiales. Leurs goûts
s’étendent au-delà des films d’animation, qui ne sont cités que par 10 à 13 %
d’entre eux6. Ils vont voir également des films familiaux (les comédies, les films
d’aventure) et, à partir de 11-12 ans (seuil des interdictions aux moins de
12 ans7), les films de science-fiction et d’horreur qui visent plus largement les
12-16-18-24 ans8.
Les 6-14 ans et les longs-métrages d’animation au cinéma
Entre 1996 et 2001, l’offre de films d’animation en salle a pratiquement doublé,
passant de 8 à 15 films par an. Elle représente à peine 2,9 % de l’offre totale de
films en salles. Plus des trois quarts des entrées (80 %) sont réalisées par des
films d’animation américains, pourcentage qui reflète le poids déterminant
qu’occupent les films américains aussi bien en salle que sur le marché vidéo.
Tableau 52 – Part de marché des films d’animation
en % du CA sur l’animation
Français
Américains
Japonais
En vidéo
En salles
4,7
95,0
0,3
3,5
95,8
0,6
Source : Le marché du long-métrage d’animation en France, les principaux indicateurs,
Période 1997-2000 sur un échantillon de 32 films, CNC-SPFA, avril 2002.
Le public des longs-métrages d’animation
Les longs-métrages d’animation réunissent un public essentiellement familial :
60 % des spectateurs de ce type de film appartiennent à une famille de plus de
quatre personnes, au sein de laquelle les enfants sont souvent présents.
Tableau 53 – Répartition du public des films d’animation par tranche d’âge
6-10 ans
11-14 ans
15-19 ans
20-24 ans
25-34 ans
35-49 ans
50-59 ans
60 ans et plus
Total
Public animation
Public général
23,2
12,5
8,9
9,1
15,0
21,6
4,4
5,2
6,1
8,9
15,5
15,2
17,3
20,6
7,7
8,7
280
40
– 43
– 40
– 13
5
– 43
– 40
100,0
100,0
–
en %
Indice
Source : Le marché du long-métrage d’animation en France, les principaux indicateurs, CNC-SPFA, avril 2002.
6. Les 11-17 ans, Étude Altavia Junium, Institut de l’enfant, 2001.
7. C’était par exemple le cas pour Scream 1, 2 et 3.
8. Selon la limite d’âge autorisée.
130
Les sorties culturelles
Tableau 54 – Répartition du public des films d’animation
selon la taille du foyer
en %
1
2
3
4
5
Public animation
Public général
8,2
13,3
18,1
34,0
26,4
16,2
21,8
19,1
25,1
17,8
100,0
100,0
personne
personnes
personnes
personnes
personnes et plus
Total
Source : Le marché du long-métrage d’animation en France, les principaux indicateurs, CNC-SPFA, avril 2002.
Les différents genres de films d’animation
Il existe plusieurs types de longs-métrages d’animation. Certains dérivent de
séries télévisées (c’est le cas de Pokémon), d’autres reprennent les personnages
qui peuplent l’univers des plus jeunes (comme le font Toy Story 1 et 2) ; d’autres
enfin, qui visent également un public jeune, proposent des contes adaptés d’histoires anciennes (Le bossu de Notre-Dame) ou récentes (Les 101 dalmatiens) et
s’adressent à un public familial (ce sont les films Disney).
Tableau 55 – Audience des longs-métrages d’animation auprès des 6-14 ans
Films d’animation
Pokémon, le film
Pocahontas
Hercule
Kirikou et la sorcière
Les 101 Dalmatiens
Toy Story
Toy story 2
Le bossu de Notre-Dame
Dinosaure
Kuzco
Le roi lion
Princesse Mononoké
Le prince d’Égypte
Chicken Run
Shrek
South park, le film
Final fantasy
6-10 ans
11-14 ans
Part
du public
(en %)
Nombre
d’entrées
(estimations)
Part
du public
(en %)
Nombre
d’entrée
(estimations)
Part
des 6-14 ans
dans le public
(en %)
39,2
28,6
28,5
28,0
26,4
25,5
24,9
24,1
23,6
23,6
22,4
20,4
18,5
14,4
12,9
4,9
3,4
1 200 000
–
–
375 000
–
–
–
–
470 000
–
–
105 000
–
–
–
–
45 000
11,8
11,8
10,5
12,6
8,6
16,0
12,3
12,6
12,9
12,2
12,7
5,2
11,0
14,1
12,3
21,2
20,8
370 000
–
–
140 000
–
–
–
–
280 000
–
–
26 000
–
–
–
–
300 000
51,0
40,4
39,0
40,6
35,0
41,5
37,2
36,7
36,5
35,8
35,1
25,6
29,5
28,5
25,1
26,1
24,2
Source : Le marché du long-métrage d’animation en France, les principaux indicateurs, avril 2002, CNC-SPFA ; Le film français.
131
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
Certains films d’animation visent un public plus âgé. Leurs histoires sont donc
souvent plus complexes et leur propos moins susceptible de convenir à l’ensemble de la famille (dans le cas par exemple de South Park). Ces films sont parfois adaptés de séries ou de jeux vidéo (c’est le cas de Final Fantasy).
Analyse comparative des audiences
de Kirikou et la sorcière et Final Fantasy
Kirikou et Final Fantasy appartiennent aux deux catégories précédemment citées.
L’un est plutôt destiné aux moins de 10 ans tandis que l’autre s’adresse aux plus de
11 ans. L’audience détaillée de Kirikou indique que ce film a essentiellement rassemblé un public familial, composé d’enfants jeunes (40,6 % de moins de 14 ans)
et de leurs parents (36,2 % de 25-49 ans). Au contraire, Final Fantasy a principalement attiré les préadolescents, adolescents et jeunes adultes : 79,7 % du public de
ce film a entre 11 et 34 ans. Ceci s’explique notamment par le fait que ce film est
adapté d’un jeu vidéo renommé qui porte le même nom.
Les 11-14 ans se situent à la charnière : s’ils se désintéressent à mesure qu’ils grandissent des dessins animés de leur enfance, ils trouvent entière satisfaction dans
d’autres types de dessins animés qui, parce qu’ils sont plus radicaux et moins
consensuels, exercent sur eux une indéniable attraction. Le fait que les 11-14 ans
occupent une position charnière ne signifie par pour autant qu’ils consomment plus
de dessins animés que les 6-10 ans. Leur consommation est simplement plus
diversifiée.
132
Les sorties culturelles
Les bibliothèques et les moins de 15 ans
Comme les salles de cinéma, les bibliothèques sont largement présentes sur le
territoire national : le réseau des bibliothèques départementales de prêt (BDP), au
nombre de 96, touche quelque 21 millions de personnes dans des communes
petites ou moyennes, soit un taux de desserte de la population 72 %. Ce réseau
est complété par celui des bibliothèques municipales, au nombre d’environ
3 4009.
Les sections jeunesse en bibliothèques, nées en 1963 à la création de La joie par
les livres, se sont rapidement multipliées à partir des années 1970, notamment
dans les bibliothèques municipales grâce au travail de sensibilisation, de formation, de pédagogie, d’incitation réalisé par cette association. Remarquons au passage que la façon de nommer les sections jeunesse a évolué parallèlement à
l’évolution des façons de voir les enfants et les livres pour enfants : dans les
années 1960 et 1970, les sections jeunesse s’appelaient « sections enfantines »,
puis le Ministère de la culture convenant que ces sections n’avaient rien d’enfantin, elles sont devenues « sections pour enfants », et depuis une dizaine d’années on parle plus volontiers « de sections jeunesse ».
Anne-Marie Bertrand insiste sur le fort développement et l’intégration des sections jeunesse en bibliothèque :
« Depuis les années 1970, chaque fois qu’on crée une bibliothèque municipale,
il y a une section jeunesse. C’est désormais un acquis basique et cela fait partie
des services de base : il serait complètement saugrenu d’ouvrir une bibliothèque
sans section jeunesse10. »
Le public
Depuis le début des années 1980, les inscriptions en bibliothèques municipales
ont connu globalement un réel succès, passant de 7 à 17 % d’inscrits entre 1980
et 2000. Cependant, l’analyse des données 2000 montre une légère diminution
du nombre d’inscrits (17,6 % de la population desservie contre 18,2 % en 1999),
plus marquée chez les enfants et touchant surtout les villes de plus de 20 000
habitants11. Car la part des enfants inscrits croît à raison inverse de la population : 25,3 % à Paris mais 48,4 % dans les communes de moins de 20 000 habitants. Ceci s’explique probablement en partie par l’inégale répartition des canaux
de vente sur le territoire français : il est plus facile en effet dans une grande ville
de trouver en librairie l’ouvrage qui convient à l’enfant qui y réside tandis que
dans les plus petites communes, la bibliothèque est souvent le seul lieu où l’enfant peut trouver un vrai choix de titres. Mais l’effet des différences sociales et
9. Source : Atlas des activités culturelles, op. cit.
10. Entretien avec Anne-Marie Bertrand, rédactrice en chef au Bulletin des Bibliothèques de France, le 12 mai 2003.
11. Cependant il faut souligner également le poids de la fréquentation des enfants non inscrits dans les grandes villes.
133
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
culturelles qui s’accentuent nettement avec la taille de l’agglomération est certainement le facteur majeur d’explication. La part des enfants inscrits continue
de diminuer dans l’ensemble de la population des inscrits (38,6 % d’enfants en
2000 contre 39,3 % en 1998). Une légère diminution des prêts pour les enfants
est également soulignée12.
Il y a une trentaine d’années, il était considéré comme normal d’accueillir les
enfants uniquement à partir du moment où ils savaient lire, c’est-à-dire vers 6-7
ans. L’usage actuel fait qu’il n’y a plus d’âge limite puisque les enfants peuvent
même être inscrits dès leur naissance, a fortiori donc accueillis.
Cette évolution peut être mise en parallèle avec le développement de l’édition
jeunesse pour les tout-petits comme en témoigne Anne-Marie Bertrand :
« Je ne sais pas qui est l’œuf ou la poule, c’est sûrement un mouvement sociétal,
culturel plus général. Le fait de considérer que les bébés, les jeunes enfants sont
des personnes, influe sur ce nouveau regard que la société jette sur les enfants et
sur leur culture : maintenant on dit qu’un enfant lit même s’il a 2 ans, il ne sait
pas lire mais il regarde le livre. L’évolution de la vision du “savoir lire” a joué
dans l’extension de l’âge des enfants accueillis en bibliothèques »,
propos que partage Marie Bonnafé dans son ouvrage Les livres, c’est bon pour
les bébés13. Cette extension a entraîné la création de nouveaux services, l’accueil
des bébés lecteurs par exemple qui se fait maintenant couramment dans les
bibliothèques municipales à des horaires spécifiques, pour des enfants soit venus
des crèches, soit venus en famille. Cette évolution est également liée au travail
de l’association Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations
(ACCES14), qui a mis en avant la nécessité de mettre très tôt en relation l’enfant
et le livre pour que celui-ci fasse l’acquisition du goût de la lecture.
Parallèlement les bibliothécaires s’interrogent depuis longtemps sur l’âge auquel
passer à la section adultes. Ce sujet a beaucoup mobilisé la profession dans les
années 1970. À cette époque des sections adolescents destinées aux 13-18 ans
ont même été créées, lesquelles, à l’usage, se sont révélé fonctionner difficilement, parce que, comme l’explique Anne-Marie Bertrand,
« on ne sait pas très bien ce qu’est un adolescent et a fortiori on ne sait pas très
bien ce qu’il veut lire… cela pose des problèmes de constitution de collections,
d’offre de service… Progressivement, sans qu’on l’ait vraiment dit, on a fermé
les sections adolescents, et aujourd’hui c’est plutôt une survivance ».
12. Source : Bibliothèques municipales, bibliothèques départementales de prêt. Ministère de la culture et de la communication, Données 2000.
13. Marie BONNAFE, Les livres, c’est bon pour les bébés, Paris, Calmann-Lévy, 1994, rééd. en 2001.
14. Association créée en 1982 par René Diatkine, Tony Lainé et Marie Bonnafé, dont l’objectif est de mettre des récits
et des albums à la disposition des bébés et de leurs familles et privilégiant les plus démunis.
134
Les sorties culturelles
Les acquisitions
Les livres pour enfants représentent plus de la moitié (50,4 %) des acquisitions
de livres pour les bibliothèques départementales. Pour les bibliothèques municipales, la part oscille entre 39,7 % et 44,6 %, sans corrélation avec la taille de
la commune. Cependant, cette part est supérieure à la moyenne dans les communes de 2 000 à 50 000 habitants. La presse jeunesse est relativement moins
présente que l’édition jeunesse dans les bibliothèques municipales : un tiers seulement des imprimés de ces bibliothèques sont destinés aux enfants15.
L’offre
Même si les classements peuvent être différents dans chaque bibliothèque, il est
cependant possible de dégager une logique générale, qui se retrouve souvent tant
en librairie que dans les catalogues des éditeurs. Les albums et les bandes dessinées sont disposés séparément ; les romans et documentaires sont classés
d’abord par âges, puis les romans par auteurs et les documentaires par thèmes.
Le choix des tranches d’âge correspond aux découpages scolaires et au positionnement des éditeurs : 0-3 ans, 3-6 ans, 7-9 ans, 9-12 ans, adolescents. Les
périodiques, quant à eux, font l’objet d’un classement à part car ils requièrent un
mobilier spécifique. À propos de la presse jeunesse en bibliothèque, Françoise
Balanger souligne que
« sa présence en bibliothèque est devenue quelque chose de classique et répandue alors qu’il y a eu des réticences au départ : il y avait une petite méfiance par
rapport à la presse comme par rapport à la bande dessinée16 ».
Les livres pour la jeunesse, patrimoine à préserver ?
La production est chaque année plus importante et les rayonnages des bibliothèques n’étant pas extensibles, il faut pratiquer le « désherbage », c’est-à-dire
choisir les livres dont se séparer pour en accueillir d’autres, en section jeunesse
comme dans toutes les autres sections :
« La question du désherbage est une vraie question pour les bibliothécaires, en
ce moment il y a une prise de conscience des méfaits du désherbage sauvage. La
notion de patrimoine commence à émerger en littérature jeunesse : c’est dommage de jeter des livres qui peuvent avoir une valeur patrimoniale, un intérêt historique. Il est d’ailleurs question de créer des fonds d’archives pour préserver ce
patrimoine et le mettre à disposition des chercheurs17. »
15. Bibliothèques municipales, bibliothèques départementales de prêt, Données 2000, Ministère de la culture et de la
communication.
16. Entretien avec Françoise Balanger, La joie par les livres, le 22 mai 2003.
17. Ibid.
135
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
Les bibliothèques, relais des éditeurs ?
Les éditeurs reconnaissent en général que les bibliothèques ont accompagné le
développement de l’édition jeunesse. En effet, pendant le grand essor des années
1970 et 1980, les bibliothécaires jeunesse ont joué un rôle de promotion, de vulgarisation et également de prescription envers les enfants et leurs parents18. Les
liens entre édition jeunesse et bibliothèque jeunesse se sont également exprimés
dans le débat sur l’instauration du droit de prêt en bibliothèque : à la différence
des sections adultes, la section jeunesse du syndicat national de l’édition avait
protesté contre l’instauration d’un droit de prêt en bibliothèque.
Cependant, les stratégies de rotation rapide des ouvrages mises en place par les
éditeurs, qui reflètent un rapprochement avec les logiques de production du secteur adulte, s’adaptent de plus en plus difficilement au fonctionnement des sections jeunesse des bibliothèques.
Les lieux de spectacles et le public jeune
Le réseau des arts de la scène n’est pas moins dense que les précédents, même
si coexistent des institutions de statuts et de taille très variables, le plus souvent
concentrées dans les grandes agglomérations, Paris en tête : théâtres nationaux,
centres dramatiques nationaux, scènes nationales ont étoffé un réseau national,
qui est complété par les compagnies d’art dramatique. Le plan Landowski a
rééquilibré la géographie de l’offre musicale par la création d’une quinzaine
d’orchestres en province. L’offre en matière d’art lyrique est particulièrement
concentré à Paris (Garnier, Bastille, Châtelet) ainsi que dans une trentaine de
théâtres de province, la plupart regroupés dans la Réunion des théâtres lyriques.
Il existe une quarantaine d’institutions chorégraphiques, essentiellement implantées dans les métropoles (17 centres chorégraphiques nationaux, une dizaine de
ballets de la Réunion des théâtres lyriques, et des compagnies intégrées à des
structures de diffusion comme les scènes nationales). Les musiques actuelles
(électroacoustiques, jazz, techno, rap, rock…) sont soutenues par le Ministère
dans 125 scènes (cafés musique, etc.19).
Dans cette offre abondante, la part des productions jeunesse est limitée.
Rappelons que pour le Ministère de la culture, la limite d’âge pour définir le jeune
public, c’est douze ans. Au-delà de cet âge, il n’y a plus de spectacles spécifiques
mais des actions destinées à faciliter l’accès à des spectacles tout public20.
18. Voir « Le marché du livre 2003 », Livres Hebdo, supplément au no 506, 21 mars 2003.
19. Source : Atlas des activités culturelles, op. cit.
20. Cette typologie ainsi que les définitions de ces actions sont reprises de L. Kayas. L’enquête, très claire et fouillée,
sert de base de réflexion et de source d’information pour ce chapitre. Voir Lucie KAYAS, Musiques et jeune public ;
écouter, interpréter, inventer, Paris, Premier’acte, agence conseil, Ministère de la culture et de la communication,
DMDTS, février 2002.
136
Les sorties culturelles
Les lieux accueillant des spectacles expressément conçus pour les enfants sont
de toute nature. Ils vont des écoles aux scènes nationales à la Cité de la musique
ou l’Opéra Bastille, en passant par les centres dramatiques nationaux, les scènes
conventionnées, théâtres municipaux, MJC… Certaines institutions, à l’instar de
la Cité de la musique, ont été véritablement pionnières dans l’offre de spectacles
à destination du jeune public. La part de leur budget consacré à ce public est très
importante. À la Cité de la musique, le coût des activités jeune public (avec le
centre de documentation) représente en comptabilité analytique environ 4,5 millions d’euros (soit un tiers du budget). Les concerts jeune public et les spectacles
touchent 20 000 enfants. L’opéra de Paris affecte un budget de 676 000 euros au
jeune public. Il reçoit un peu plus de 20 000 jeunes spectateurs par an et 5 000
jeunes qui participent aux ateliers.
Les opéras
Les spectacles jeune public
Les budgets des opéras s’échelonnent de 16,62 millions de francs (2,53 millions
d’euros) pour l’opéra de Rennes à 901,2 millions de francs (137,39 millions
d’euros) pour l’opéra de Paris, soit un rapport de 1 à plus de 50. À l’exception
de Rennes où la part est de 3 %, la part allouée au jeune public atteint difficilement 1 %. Cette part cependant est difficile à évaluer car les chiffres s’avèrent
parfois trompeurs. Ainsi, autant il est facile d’isoler le budget de production des
spectacles jeune public, autant il semble artificiel ou délicat, notamment dans le
cas d’établissements n’ayant pas ce genre de programmation spécifique, d’évaluer la part du jeune public dans les recettes.
L’ampleur de la fréquentation par un public jeune n’est pas proportionnelle au
budget total : l’opéra de Rennes accueille 6 000 jeunes par an, l’opéra de Paris
plus de 20 000, alors que l’opéra de Bordeaux, doté d’un budget global de
150 millions de francs (22,87 millions d’euros), reçoit 51 000 jeunes, ce qui le
situe nettement en tête pour ce qui est de la fréquentation.
La politique tarifaire propose partout une discrimination positive pour les moins
de 15 ans. Encore faut-il distinguer matinées scolaires et représentations tout
public. À l’Opéra Bastille, dans le cadre de la programmation jeune public à
l’amphithéâtre, le tarif est de 5,3 euros (35 F) par enfant dans tous les cas, tandis que le Châtelet propose un tarif de 7,5 euros (50 F), mais pour des spectacles
proposés en matinée scolaire. Ce tarif est également appliqué à l’opéra de Lyon.
À Nice et Avignon, les matinées scolaires sont gratuites grâce à la participation
du conseil régional. Concernant les soirées tout public, l’abonnement jeune
constitue la formule la plus intéressante avec des tarifs de l’ordre de 50 % du prix
de la catégorie concernée.
En fait, la complexité de la plupart des livrets et la durée de la représentation le
plus souvent supérieure à une heure font que les grands opéras du répertoire se
137
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
prêtent mal à un accès aux moins de 12 ans, c’est-à-dire aux enfants des écoles
maternelles et primaires. Une expérience menée il y a quelques années au théâtre
du Châtelet autour de Hänsel et Gretel a néanmoins montré qu’il était possible
d’accueillir en matinée (gratuitement, lors de la répétition générale à 14 h 30)
12 classes de CM1-CM2 musique sans problème de concentration pour les
enfants et sans perturbation pour les artistes : il convient d’ajouter qu’elles
avaient particulièrement préparé l’œuvre avec leurs instituteurs et leurs professeurs de musique.
Les actions en direction du jeune public
Des actions culturelles viennent compléter les propositions faites aux moins de
15 ans : visites du bâtiment, de la salle, de la scène, des ateliers…
• Les visites
La découverte du bâtiment répond à la dimension patrimoniale de l’opéra et
constitue une autre introduction à celui-ci. En région, ces visites sont souvent
gratuites et seul l’opéra de Bordeaux possède un pôle visites intitulé
« Ballad’Opéra ». L’opéra de Paris possède un service Visites tout public et propose aux enfants, dans le cadre du service « Animation et jeune public », des
visites-ateliers de l’Opéra Garnier. Ces visites, adaptées à des tranches d’âge
spécifiques, peuvent se dérouler aussi bien en périodes scolaires avec des classes,
ou dans le cadre des centres de loisirs pendant les vacances scolaires ou, enfin,
en individuel. Elles sont thématiques et payantes, au même tarif que les autres
ateliers. Ces dernières années, deux thèmes étaient communs à la maternelle et
au primaire : « Histoires d’opéra » pour les 5-6 ans/grande section de maternelleCE1 et « Le Palais Garnier », un atelier richement décoré, pour les 7 à 12
ans/CE1 à 5e. La première visite s’apparente à une visite-conte (« À la recherche
du Fantôme de l’Opéra »), la deuxième à un atelier dessin autour de l’architecture et la décoration du bâtiment. On comprend donc qu’elles s’inscrivent dans
la rubrique Ateliers. Une troisième visite existe pour les scolaires de 4e et 3e et
prend la forme d’une conférence : « Le Palais Garnier dans son contexte politique, historique et social ». Les plus âgés sont invités à se joindre aux visites
tout public. Cependant, il existe également la possibilité de visites dans le cadre
des Animations à la carte qui s’élaborent entre enseignants, service Animation
et jeune public.
• La pratique musicale
Opéra Junior, structure créée en 1990, est une émanation des activités de
l’Association actions musique qui furent lancées en 1986 par le chef d’orchestre
Vladimir Kojoukharov. Opéra Junior, partenaire de l’opéra de Montpellier, s’organise en quatre groupes : la Petite chorale, opéra junior pour les 6-8 ans,
l’Atelier opéra junior pour les 9-15 ans, le Chœur d’enfants opéra junior (913 ans) et le Groupe vocal.
138
Les sorties culturelles
Citons également pour exemple, un chœur de 500 collégiens et lycéens qui,
durant l’année scolaire 1999-2000, a participé à des représentations de West Side
Story dans un arrangement pour percussions, solistes et chœurs aux côtés de
chanteurs professionnels et des percussions claviers de Lyon, sous la direction
de Claire Gibault. Ou encore, une autre expérience menée en 2001-2002 autour
de L’enfant et les sortilèges dans une adaptation de Jacques Castérède. Des projets du même type se déroulent dans les Hauts-de-Seine en relation avec l’association départementale d’informations et d’actions musicales et chorégraphiques
(Requiem de Mozart, West Side Story, Carmen) ainsi que dans d’autres départements. De nombreux projets de ce genre sont organisés par les différentes académies (de Atchafalaya, opéra pour enfants d’Isabelle Aboulker dans l’Oise à
Porgy and Bess à Blois, Chartres et Tours en 2001), mais rarement en collaboration avec une structure lyrique.
D’autres lieux proposent des ateliers de pratique musicale liés aux concerts,
notamment la Cité de la musique qui accueille près de 20 000 enfants, et l’opéra
de Paris, dont les ateliers attirent 5 000 jeunes par an.
• L’association visites et pratique
Le Programme découverte de l’opéra de Rennes associe visites et pratique, et
propose visite du bâtiment, de la scène et l’arrière-scène ; venue de la responsable dans les classes pour une présentation de l’univers de l’opéra ; rencontres
spécifiques avec des techniciens ; venue à une répétition ; enfin, venue à un
spectacle. De même, le Capitole de Toulouse propose cinq modules de dossier
éducatif : visiter le théâtre du Capitole, une salle à l’italienne ; suivre la fabrication d’une production en vue d’une présentation en classe : construction des
décors, fabrication des costumes, visite côté coulisses, répétition puis la générale ; le chant lyrique, l’opéra et ses compositeurs (parcours de découverte centré sur le genre opéra au sens large) ; la danse classique : une technique au service de l’art du corps ; la technique au théâtre du Capitole.
La musique
Les orchestres
Tous les orchestres sans exception proposent aujourd’hui des actions destinées
aux jeunes. Les orchestres d’Avignon, de Lyon et des Pays de la Loire font partie des pionniers en la matière, eux qui ont débuté au début des années 1980, suivis par l’orchestre de Poitou-Charentes (1989), qui met un accent particulier sur
la musique contemporaine. Grenoble à son tour, en 1997, débute une politique
éducative, la Philharmonie de Lorraine en 1998, l’orchestre de Bretagne en 1999.
Globalement, les fonds alloués au jeune public s’échelonnent, selon les estimations, de 0,27 % (Les Musiciens du Louvre-Grenoble) à 5 % (Orchestre national
des Pays de Loire) du budget total, la moyenne se situant légèrement en dessous
des 2 %. Deux formations proposent un montage financier particulièrement
solide car diversifié : le premier, l’orchestre des Pays de Loire, bénéficie du sou-
139
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
tien du conseil régional, de l’ADDM (Association départementale pour le développement de la musique et de la danse), de la Caisse des dépôts et consignations et de l’Éducation nationale ; le second, l’Orchestre des Pays de Savoie,
bénéficie de soutiens financiers similaires. Quant à l’Orchestre de Lille, il inscrit son action dans le cadre d’un contrat d’objectif État-région-ville.
Le partenaire financier, ou plus exactement le principal mécène de toutes ces
actions, est sans conteste la Caisse des dépôts et consignations, qui ne soutient
pas moins de huit orchestres dans la France entière, de préférence ceux qui ont
vocation à rayonnement régional. Depuis 1992, la Caisse consacre une partie de
son mécénat musical au jeune public. Que ce soit à Montpellier ou encore en
pays de Racan, à Metz ou à Mérignac, elle apporte son soutien aux actions développées localement en direction des publics scolaires. Elle a ainsi mis en place,
en partenariat avec les Jeunesses musicales de France et le théâtre des ChampsÉlysées, des cycles de concerts éducatifs destinés aux élèves des écoles d’Île-deFrance. Au cours de l’année 1999-2000, ce sont 18 000 élèves qui, accompagnés
de leur instituteur, ont pu assister à ces concerts après avoir suivi, dans le cadre
de l’école, une initiation au programme présenté.
La politique tarifaire a constitué le premier effort des orchestres : tarifs réduits,
abonnements (type Pass jeune ou Music Pass entre 100 et 150 F [15,20 à 22,90 €]
pour cinq concerts). Les concerts scolaires se situent à un tarif moyen de 30 F
(4,60 €) la place. Signalons une politique tarifaire particulière et unique à notre
connaissance à l’Orchestre de Montpellier qui offre la gratuité à tous les scolaires.
Conscients du fait que le public qui se déplace pour aller au concert est un public
déjà initié ou un public captif, les orchestres ont entrepris de se déplacer vers des
publics potentiels, jeunes ou non, et ont investi pour y donner des concerts des
lieux tels que prisons, hôpitaux, quartiers, zones rurales, mais aussi établissements scolaires.
Depuis trois ans, l’Orchestre de Picardie se rend dans les collèges de la région
pour des concerts commentés suivis d’ateliers. En Bretagne, l’opération « L’ami
musicien », lancée en 1994, culmine par un festival donné en juin, au cours
duquel les communes, dont les écoles ont participé à l’opération de parrainage,
accueillent l’orchestre pour un mini-concert suivi d’un concert d’une heure
qu’elles prennent à leur charge (moins de 2 000 euros).
Les ensembles musicaux
Le budget annuel moyen des ensembles développant des actions en direction du
jeune public se situe autour de 3,4 millions d’euros. Outre les concerts qu’ils réalisent dans les lieux de diffusion institutionnels, certains ensembles se rendent,
dans le cadre d’actions éducatives, sur les lieux d’enseignement (écoles, collèges, universités). Deux ensembles, 2E2m et la Muse en circuit, offrent à destination du jeune public non seulement des spectacles musicaux mais également
l’occasion de pratiquer un instrument.
140
Les sorties culturelles
Tableau 56 – Spectacles et ateliers proposés au public jeune par 2E2m
et la Muse en circuit
Nom des Public
ensembles concerné
2E2m
La Muse
en circuit
Offre en termes de diffusion
Maternelle
et primaire
Classes de la
maternelle
au lycée.
Établissements
scolaires
de proximité,
situés dans le
Val-de-Marne
et dans le 12e
arrondissement
de Paris
Offre en termes d’initiation pratique
Type
d’action
Intitulé
des spectacles
Coproduction
d’opéras
destinés au
jeune public
Salima sac à ruses
Ateliers ponctuels
de Gérard Condé
destinés
(coproduction Opéra à un public scolaire
de Tours/Opéra
de Rennes/Ensemble
2E2m) et Le Clown
des neiges de Coralie
Fayolle interprété
avec les professeurs
du Conservatoire
Olivier Messiaen de
Champigny-sur-Marne
Démonstrations
musicales liées
à l’utilisation
des nouvelles
technologies
Cadres
de la pratique
Ateliers à la Muse en
circuit (découverte/prise
de son/création)
et dans les classes.
La dernière séance permet de valoriser le travail
d’atelier sous forme de
présentation publique :
parquet de bal à la
Villette en 2000, concertpromenade dans les
locaux de la Muse en
2001, concert/spectacle
au théâtre Silvia Monfort
en juin 2002
Tarification
–
Coût de
8 séances
pour une
classe :
environ
600 euros
Source : d’après Lucie KAYAS, Musiques et jeune public ; écouter, interpréter, inventer, Premier’acte, agence conseil,
Ministère de la culture et de la communication/DMDTS, février 2002.
L’offre des centres de création musicale
Les centres concernés sont essentiellement l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM), les quatre centres nationaux de création musicale à Lyon, Nice, Marseille et Bourges, et le GRM à la Maison de la radio. On
s’arrêtera plus particulièrement sur le Centre national de création musicale de
Lyon (GRAME) et l’IRCAM, le GRM ne rentrant pas dans le cadre de notre analyse
sur les pratiques culturelles.
Les activités du GRAME sont structurées en cinq départements : Créations ;
Productions et éditions ; Musiques en scène et saison ; Diffusion ; Recherche et
formation. C’est ce dernier volet, « Recherche et formation », qui regroupe les
actions éducatives sous forme de conférences, concerts rencontres et répétition,
d’ateliers de pratique musicale et de stages. En 2000-2001, ce département disposait de 1,2 million de francs environ, soit près de 10 % du budget global. En
fait, l’ensemble de ces actions ne concernent pas uniquement le jeune public
141
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
puisqu’on y trouve des conférences au conservatoire de Pékin ou des master
classes relevant de l’enseignement spécialisé. Mais huit collèges et lycées ont
été concernés par des ateliers en jumelage avec l’Éducation nationale, ainsi
qu’une douzaine d’écoles primaires, parmi les lesquelles dix classes concernant
le parc du Pilat où, en juin 2001, a été inauguré « Le jardin des sons », installations sonores de Michel Stievenart/Grame. Ce projet constitue le pendant rural
des Animots installés dans le parc de Gerland.
Quant à l’IRCAM, il reste pour l’instant presque essentiellement tourné vers l’enseignement spécialisé et professionnel. Un seul module s’adresse aux scolaires :
les ateliers d’informatique musicale pour les jeunes, déclinés selon les modes
découverte, création ou ateliers interdisciplinaires (musique et poésie, musique
et mathématique). Le premier de ces modules dure 1 h 30, le deuxième 2 heures
pour des tarifs respectifs de 1 600 et 2 000 F pour 14 élèves (une demi-classe),
le dernier environ 2 500 F pour 2 h 30. On voit vite le côté dissuasif de ce type
de tarif, la facture pour une classe entière montant à 3 600 et 4 000 F l’atelier,
alors que le montant d’aide financière du rectorat pour une classe à PAC est de
4 000 F, et qu’il n’y a là qu’une seule intervention, fût-elle de qualité. À la
demande du rectorat de Paris, l’IRCAM a proposé récemment deux journées de
formation pour les enseignants.
À la Cité de la musique, la Folie musique propose des ateliers de studio son pour
les classes du CE2 au lycée, au tarif de 750 F la séance de 3 heures. Deux formules sont proposées : soit une séance de découverte, soit une série de dix
séances réparties sur un trimestre, sans exclure pour autant des projet spécifiques.
Les enfants sont initiés à la prise de sons qu’ils produisent eux-mêmes, à diverses
transformations électroniques, au mixage et à l’organisation formelle d’une pièce
électroacoustique. Les classes repartent avec un CD du travail réalisé au studio.
Le théâtre
Un grand nombre de théâtres nationaux et de centres dramatiques nationaux
(CDN) proposent des spectacles jeune public. Ainsi en 2000, ils étaient une trentaine de CDN à le faire. De même durant la saison 1998-1999, 63 scènes nationales ont proposé 1 835 représentations jeune public qui ont attiré 330 000 jeunes.
Le cirque
Le public du cirque classique est composé pour presque la moitié (48 %) de spectateurs de moins de 15 ans21, l’autre moitié du public étant essentiellement composée de parents et de grands-parents. De fait, la fréquentation du cirque traditionnel est une sortie essentiellement familiale. Les groupes familiaux sont en
21. Jean-Michel GUY, « La fréquentation et l’image du cirque », Développement culturel, no 100, septembre 1993 et
« La fréquentation du cirque est en forte augmentation », Arts de la scène, 1992.
142
Les sorties culturelles
outre très importants puisqu’ils comptent quatre personnes et plus dans 60 % des
cas. Parmi le public jeune, les adolescents sont les moins représentés.
La fréquentation du nouveau cirque22 est également collective mais un peu moins
familiale : 38 % des spectateurs ont assisté avec leurs enfants au dernier spectacle de cirque auquel ils se sont rendus (contre 51 % pour le cirque traditionnel). La proportion d’enfants de moins de 12 ans s’abaisse de ce fait à 20 %.
Dans le cadre de ses spectacles jeunesse, le parc de la Villette encourage le
renouveau des arts de la piste en programmant toute l’année des compagnies de
cirque nouveau dans son Espace chapiteaux : le cirque rock Gosh, le Cirque
baroque, le cirque du Docteur Paradi, le Centre national des arts du cirque (Cnac)
ou encore le cirque Plume, cirque Ici, Que-Cir-Que. En dehors de ces compagnies, les grands cirques itinérants, tels que celui d’Alexis Gruss ou d’Annie
Fratellini, réunissent encore un très grand nombre d’enfants sur leur seul nom
qui constitue aux yeux des parents un gage de qualité et donc de confiance. On
observe le même phénomène avec des cirques réputés tels que celui de
Bouglione, en résidence au cirque d’Hiver.
Les lieux de patrimoine et le public jeune
Pour les musées comme pour les monuments historiques, les collections et les
principales expositions ne sont souvent pas adaptées en fonction de l’âge du
public. Ce sont donc généralement les prestations périphériques qui prennent en
compte les spécificités d’âge. Les services culturels des musées et monuments
ont pour public cible privilégié les publics scolaires – c’est dire si les moins de
15 ans venant en groupe les occupent –, mais travaillent assez peu en direction
des publics jeunes individuels. Ce sont alors souvent les produits « famille » qui
prennent le relais en termes d’aide à la visite.
Les musées
Dans l’offre muséale, abondante puisqu’on recense jusqu’à 8 000 musées (une
centaine appartient à l’État, un peu plus d’un millier aux collectivités locales23),
22. Les grands traits du cirque classique sont : la succession des numéros classiques (entrée clownesque, numéro
équestre, etc.) et dramatisés. Les spectacles se déroulent sur une piste circulaire et recourent à des couleurs, des formes
et des sons très standardisés. Enfin les artistes de cirque (à l’exception des clowns et de Monsieur Loyal) n’y parlent
pas. Apparu au milieu des années 1970, le nouveau cirque remet en cause ces codes. L’unité élémentaire n’est plus
nécessairement le numéro mais le geste. La combinaison des gestes donne des « tableaux », qui n’ont aucune durée
standard. La succession, de gestes et de tableaux, n’est plus le seul principe constructif : plusieurs tableaux peuvent
avoir lieu simultanément. La piste n’est plus la configuration naturelle. Le cirque non seulement peut investir d’autres
espaces conventionnels de représentation (les scènes de théâtre) mais aussi inventer des dispositifs scéniques originaux. Les numéros classiques disparaissent ou sont rénovés. Pour plus de détails voir les actes de l’université d’été :
« L’école en piste, les arts du cirque à la rencontre de l’école », Avignon du 16 au 20 juillet 2001, Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement scolaire, 5 décembre 2002.
23. Source : Atlas des activités culturelles, op. cit.
143
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
l’offre centrale (c’est-à-dire la collection et sa présentation) est rarement adaptée à l’âge du public, à l’exception notable de Musée en herbe (où un tarif unique
de 6 euros donne accès à la visite d’une exposition et la participation à un atelier). Pourtant, les moins de 15 ans sont nombreux à visiter les collections des
musées, parce qu’il s’agit d’une pratique très familiale24.
Ce sont donc plutôt les offres périphériques (conférences, ateliers, etc.) qui sont
adaptées à l’âge des visiteurs. Ainsi, depuis plusieurs années, le centre Pompidou
propose aux 5-12 ans, les mercredis et samedis et durant les vacances scolaires,
des parcours découverte couplant visite d’expositions et ateliers. Le tarif des ateliers enfants est de 9 euros et pour les ateliers en famille, il est de 4,5 euros le
dimanche. Les ateliers qui accompagnent l’exposition « L’invention du monde »
(octobre 2003-mars 2004) permettent par exemple aux enfants d’explorer différentes approches plastiques de l’exposition. Elles s’articulent autour de plusieurs
thématiques : cartes et territoires (octobre-novembre 2003), cartes en relief
(décembre 2003), cartes et globes (janvier 2004), cartes et jeux d’échelle
(février-mars 2004). Des cartes de géographie éditées par l’Institut géographique
national (IGN) seront présentées et utilisées comme matériel pédagogique en atelier.
Tableau 57 – Prestations proposées par quelques grands musées parisiens
à destination des moins de 15 ans
Établissements
Nature
du spectacle
Public
concerné
Musée
du Louvre
Ateliers et visites
6-8 ans
Environ 5 650
et 9-13 ans
–
Contes et films
avec accompagnement musical
7-11 ans
–
Parcours
commentés
ou ludiques
5-10 ans
–
4€
(sauf premier
dimanche
du mois)
Carnetsparcours
5-7 ans ;
8-12 ans
–
Gratuits
Expositions
itinérantes
de l’atelier
des enfants
6-12 ans
–
Location des
expositions aux
collectivités
locales et établissements scolaires
Musée
d’Orsay
Centre
GeorgesPompidou
Fréquentation
(nombre
d’individus)
Tarification
1 620
(pour
5 séances)
Coût de
production
Recettes
de
billetterie
5 640 €
4 268 €
–
–
–
–
–
–
Source : d’après Les jeunes au musée du Louvre, offres actuelles et nouvelles propositions, Service culturel du musée du Louvre, juin 2002.
24. Source : Pratiques culturelles des Français. Enquête 1997, Paris, Dep, Ministère de la culture et de la communication/La Documentation française, 1998.
144
Les sorties culturelles
L’observation de l’offre « jeune » de quelques grands musées indique que la segmentation par âge est calquée sur les âges scolaires : rien (ou presque) n’est proposé en deçà de 6 ans (l’initiation visuelle ne débute que lorsque l’enfant possède la maîtrise de l’écriture et de la lecture), et les scansions d’âge reproduisent
les changements de systèmes scolaires (avec le passage en second cycle de primaire vers 8 ans, le passage au collège vers 11 ans…). Ce trait est à la fois historique – l’action culturelle émerge comme action périscolaire à la création du
secrétariat aux Beaux-Arts – mais également le fruit d’une organisation du travail : les publics jeunes, « captifs » (ceux des classes), étant plus faciles à saisir,
et les services culturels des musées fonctionnant avec des personnels enseignants
détachés, tout incite à rabattre l’action culturelle sur le parallèle avec l’école. Par
ailleurs, la relative faiblesse des moyens des musées interdit de proposer des activités aux segmentations d’âge plus fines.
L’exemple du Louvre25
L’offre à destination des jeunes publics :
• public individuel : le Louvre édite des ouvrages d’aide à la visite à destination des
jeunes, notamment les « Carnets d’Ulysse » à partir de 7 ans et un certain nombre de
collections s’adressant aux relais auprès du jeune public, à savoir les parents, les
enseignants et les animateurs (« Arrêt sur œuvre », « L’art et la manière », « Visite
jeune public »). Il édite également des cédéroms pour enfants ;
• visites scolaires : en 2001, près de 24 % des groupes scolaires rassemblaient des
écoles maternelles et élémentaires (contre 76 % de collèges et de lycées). La prédominance de la classe de 6e dans ces visites (près de 35 % des élèves de collèges et
lycées) s’explique principalement par l’étude des civilisations antiques dans le programme d’histoire ; la richesse des collections, en particulier égyptiennes, du Louvre
amène la plupart des classes françaises à envisager cette visite comme un moment
indispensable dans la découverte du patrimoine.
• offre périphérique pour enfants :
– les ateliers : une programmation spécifique d’ateliers et de visites est conçue
pour les enfants de 4 ans jusqu’à 13 ans. Chaque proposition est elle-même
définie pour un public précis, constituant une tranche d’âge particulière. Le plus
souvent limité à 15, le nombre moyen d’enfants par séance oscille en pratique de
11 à 13. Les ateliers pour enfants individuels représentent la moitié de l’activité
des ateliers pour individuels ;
– les spectacles : des spectacles sont proposés aux 7-11 ans (contes et films avec
accompagnement musical). Les 5 séances qui ont eu lieu en 2000 ont rassemblé
près de 1 620 spectateurs (qui ne sont pas tous des enfants, les accompagnants
sont également comptabilisés). Cette proposition reste marginale au sein de la
programmation générale de l’auditorium ou des activités « jeune public » du
musée.
25. Les jeunes au musée du Louvre, offres actuelles et nouvelles propositions, Service culturel du musée du
Louvre, juin 2002.
145
LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
Estimation du nombre de moins de 15 ans au musée du Louvre (2000)
Sur la base des études de public disponibles au musée du Louvre, il est possible d’estimer finement le poids des moins de 15 ans dans l’ensemble de la fréquentation (collections permanentes et activités périphériques, les expositions temporaires ne sont
pas comprises dans cette estimation)
Collections permanentes : 235 700 moins de 15 ans (hors groupes scolaires)
Groupes scolaires : 560 000 enfants
1 310 ateliers organisés pour les enfants (5-13 ans), soit environ 18 000
enfants
4 500 visites conférences, soit environ 80 000 enfants.
L’exemple du parc et de la grande halle de la Villette
Le parc de la Villette comprend des jardins équipés et surveillés, des salles de
spectacles et la grande halle. La programmation du parc va des spectacles aux
expositions, avec des tarifs réduits proposés aux moins de 16 ans. Le public est
familial, notamment pour les spectacles de cirque contemporain et pour les expositions « découverte » (consacrées au corps humain, aux arbres) ou plus récemment une biennale dédiée aux marionnettes. En règle générale, la part du public
accompagné d’enfants oscille entre 16 et 30 %.
Exemple : exposition le Jardin planétaire,
EPPGHV, 15 septembre 1999-23 janvier 200026
1/4 des visiteurs déclarent que la présence d’enfant
a été une motivation de la visite ;
21 % des visiteurs sont venus en famille avec enfant ;
5 % avec un(e) ami(e) et des enfants ;
soit, au total, 26 % de visiteurs accompagnés d’enfants,
avec une moyenne de 1,7 enfant par personne ;
12 % de ces enfants ont moins de 5 ans ;
12 % ont entre 5 et 8 ans ;
13 % entre 9 et 12 ans ;
6 % plus de 12 ans.
C’est parmi les visiteurs accompagnés d’enfants que l’on trouve le plus de personnes
enclines à la promenade. Il y a une corrélation entre l’âge des enfants et la durée de
visite : avec un enfant de moins de 5 ans, la visite dure moins d’une heure pour 27 %,
contre 14 % pour l’ensemble, tandis qu’avec un adolescent, les visiteurs sont plus
nombreux que la moyenne à y passer plus de trois heures (12 % versus 8 %).
26. Chiffres fournis par Florence Levy, responsable des études au parc de la Villette, entretien du 25 mai 2003.
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Les sorties culturelles
Le parc de la Villette propose un certain nombre d’ateliers parallèlement aux
expositions. « Secrets d’Afrique », atelier qui a prolongé l’exposition Mali-kow,
initie à la culture du Mali à travers les grands récits fondateurs de ce pays. Dans
le cadre de cet atelier, les jeunes fabriquent leurs propres projets. De même,
« Bambou Story » débute par la présentation de l’histoire et de l’imaginaire du
bambou et se termine par une démonstration pratique des qualités de la plante et
par des exercices calligraphiques.
Les programmes associant visites et ateliers concernent peu de classes mais sont
conduits durant de longues périodes en partenariat avec des structures scolaires
et culturelles. Des conventions avec les académies ont été signées, impliquant
surtout des classes de collèges.
Tableau 58 – Expositions couplées avec des activités en atelier
proposées par le parc de la Villette (saison 2002-2003)
Public concerné
Visites + Ateliers
Tarification
6-12 ans
« Les arbres de la ville, les arbres de la Villette »
Bambou Story
Au rendez-vous des oiseaux
Secrets d’Afrique
6 € par enfant ;
3 € pour les groupes scolaires
et socioculturels
8-12 ans
Votre champ de blé à la Villette
Les jardins passagers
Tarif réduit : 4,5 €,
gratuit pour les – 12 ans
Source : Dossier de présentation des ateliers et visites du parc de la Villette, saison 2002-2003.
Les monuments historiques
L’entrée dans les monuments nationaux étant généralement gratuite pour les
moins de 18 ans, il est difficile d’évaluer le poids qu’ils représentent dans la fréquentation. Cependant, sur la base des manifestations spécifiquement dédiées
aux enfants, il est possible de faire l’évaluation de la fréquentation des groupes
scolaires et des entrées gratuites. Sur un total de 7 740 000 entrées annuelles (non
comprises les 300 000 entrées des dimanches gratuits ni les 230 000 entrées des
journées du patrimoine), les moins de 11 ans représentent environ 9 % des visiteurs et les 12-18 ans, 7 %. Les groupes scolaires, qui incluent écoles et centres
aérés, constituent pour leur part 6 % du public total27.
L’opération « Monument jeu d’enfant », qui concerne 50 à 60 monuments, est une
manifestation organisée par Monum’ en 1999 et 2000 à destination des 6-12 ans.
Son but était pédagogique et économique : elle visait tout à la fois un public précis, celui des enfants et préadolescents, et à accroître la fréquentation des monu-
27. Christophe Korol, chargé d’études au Centre des monuments nationaux (Monum), interrogé par téléphone le
2 juillet 2003.
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LES MOINS DE 15 ANS ET LE MARCHÉ DES LOISIRS CULTURELS
ments concernés. Le coût de l’opération fut de 91 510 euros (hors frais de communication). L’opération a attiré son public cible : 12 000 jeunes de 6 à 12 ans
(70 % des enfants appartiennent à cette classe d’âge) sont venus avec leur famille
(90 % des visiteurs sont venus accompagnés de 1 à 3 enfants28).
L’exemple de Versailles29
Versailles propose pour les enfants et préadolescents une quantité d’activités allant
des lectures de récits et légendes (pour les 5-7 ans) aux journées autour du patrimoine
(pour les 8-12 ans), en passant par les visites commentées (pour les écoles, collèges
et lycées) et les visites ateliers (pour les 8-11 ans).
Pour les moins de 18 ans, les visites de Versailles sont gratuites, sauf lorsqu’il s’agit
de visites commentées. L’accès au jardin est, lui, payant pour les enfants âgés de 10
à 17 ans (3,5 euros). Le jardin et le parc comportent des animations destinées aux
plus de 8 ans.
En 2001, 1 260 visites-conférences ont été effectuées par des groupes scolaires, soit
un peu moins de la moitié de la totalité de celles de l’année consacrées à des groupes.
En dehors des groupes, il existe peu de chiffres concernant les moins de 18 ans.
Depuis 2001, des journées autour du patrimoine sont proposées aux enfants, qu’ils
visitent seuls ou en groupe. Dans le cadre de ces journées, des ateliers viennent compléter les visites pédagogiques. Grâce à cette initiative, Versailles est parvenu à attirer non seulement des classes d’écoles mais également des groupes d’écoles de
musique et de conservatoires. Les visites organisées pour les enfants en individuel
durant les vacances scolaires ont, elles, remporté un vif succès. Quant aux groupes
constitués, ils ont été toujours complets en 2001.
28. Voir Christophe KOROL, « L’opération “Monument jeu d’enfant”, synthèse de l’enquête auprès des visiteurs », dans
Les publics des équipements culturels. Méthodes et résultats d’enquêtes, sous la dir. d’Olivier DONNAT et Sylvie
OCTOBRE, Paris, Dep, Ministère de la culture, coll. « Travaux du Dep », 2001.
29. Source : Établissement public du musée et du domaine national de Versailles. Rapport d’activité 2001.
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