N°136 - Bibliothèques publiques

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N°136 - Bibliothèques publiques
DOSSIER
© Céline Lambiotte
Sciences en bibliothèques
DOSSIER
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Lectures 136 | Mai-Juin 2004
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DOSSIER
SOMMAIRE
INTRODUCTION
- La science est à nous ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .19
- Hubert Reeves : philosophie d’un scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20
- Riccardo Petrella : entre science et conscience . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23
par Florence Richter, rédactrice en chef de Lectures
SCIENCES EN BIBLIOTHEQUES : OU EN EST-ON ?
- Les Bibliothèques scientifiques : des conférences entre vulgarisation et proximité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .26
par Robert Halleux, membre de l’Académie des Belles Lettres de l’Institut de France
- Un sondage de l’A.P.B.D. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .30
par Alexandre Lemaire, animateur du groupe « Sciences et informatique » de l’A.P.B.D.
- Une expérience en Brabant wallon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .32
par Yves Jacquemart, membre du groupe « Sciences et informatique » de l’A.P.B.D.
LA SCIENCE CONTRE LA PLANETE ?
- La science au quotidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .33
par Michel Bougard, chimiste et historien des sciences (U.M.H.)
- Agro-alimentaire : la malbouffe, les OGM, etc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .36
par Guy Maghuin-Rogister, professeur à l’Université de Liège
- La pollution de l’air . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .38
par Alfred Quinet, professeur à l’Université Libre de Bruxelles
DE GRANDES INSTITUTIONS
- L’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .39
par Daniel Cahen, directeur
- Le Centre de culture scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .42
par Pierre Kutsner, administrateur-délégué
- La Maison de la Science . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .43
par Martine Jaminon, directrice
PORTRAITS D’AUTEURS
Ilya Prigogine et Christian de Duve : portraits croisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .44
par Philip Tirard
D’AUTRES THEMES
- Femmes et sciences : radioscopie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .46
par Martine Jaminon
- Science et littérature : amour et désamour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .48
par Michel Bougard
- L’éveil des plus jeunes aux démarches scientifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49
par Michel Defourny, maître de conférence à l’Université de Liège
- Le monde de la science-fiction dans la bande dessinée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .51
par Jacques Fiérain, bibliothécaire en chef honoraire
- Quelques sites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .53
par Alexandre Lemaire
- Les sciences en 24 sites web francophones . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .55
par Jean-Michel Defawe, président de la F.I.B.B.C.
- Bibliographie sélective . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .56
par Christian L’Hoest, bibliothécaire au C.L.P.C.F.
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DOSSIER
INTRODUCTION
LA SCIENCE EST À NOUS !
par Florence RICHTER,
rédactrice en chef de Lectures
ue mangeons-nous ? Quelle eau buvons-nous ? Quel air
respirons-nous ? Quelques questions que tout le monde se
pose aujourd’hui. La science apporte de grands bienfaits
aux êtres humains, comme l’explique Michel Bougard dans son article
Science au quotidien ; néanmoins il écrit aussi : « La science est neutre mais les usages qu’on en fait dépendent d’individus plus ou moins
(ir)responsables ». Cette pensée est encore déclinée dans les deux
interviews qui ouvrent le dossier « Sciences en bibliothèques » : celui
de l’astrophysicien Hubert Reeves qui parle de sa « philosophie » et
celui du politologue Riccardo Petrella qui base son analyse sur le « droit
à la vie ».
Face à la grave maladie actuelle de la planète, chacun doit agir au quotidien, mais c’est bien sûr aux responsables politiques et aux grandes
entreprises d’organiser la réaction pour contrer les effets dévastateurs,
pour la planète, de l’utilisation de certaines techniques scientifiques
développées. Pollution de l’eau, pollution de l’air, effet de serre, danger
nucléaire, malbouffe et OGM, manipulations génétiques, perte de la biodiversité, déforestation et désertification, faim dans le monde, etc. Ces
mots sonnent à nos oreilles de plus en plus souvent. L’urgence est là, qui
exige un autre comportement des humains au niveau mondial et dans la
vie de tous les jours, un nouveau comportement sans doute basé sur une
autre vision du monde.
En lisant les pages qui suivent, on songe à quelques romans célèbres,
tels Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, 1984 de George Orwell, ou
plus récemment Globalia du prix Goncourt Jean-Christophe Rufin. Toutes ces fictions racontent certes des dictatures basées sur la contrainte
physique des corps ou sur la séduction des esprits, et dont le pouvoir
oppressif est ancré dans l’utilisation déviée de savoirs scientifiques.
Mais ces fictions constituent surtout des satires de notre société actuelle,
obsédée par « l’avoir » (société de consommation) au détriment de
« l’être ».
Q
Et les bibliothèques dans tout ça ? Dans le roman Globalia de Rufin, des
embryons de bibliothèques sont le siège de la « résistance » (comme le
sont les lecteurs dans le roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury). Intéressant, non ? Les lecteurs, les passionnés de livres, seront-ils toujours
des résistants ?
Les bibliothèques ont, dans tous les domaines, on ne le répétera jamais
assez, un rôle crucial de dispensateur du savoir, de la connaissance, et
donc de développement de l’esprit critique de chaque individu. Or la
science est à nous ! L’application pratique des connaissances scienti-
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fiques au monde où nous vivons, application avec laquelle jonglent certains scientifiques, politiques ou financiers peu scrupuleux, cette application relève de notre décision ! Nous sommes des citoyens, il s’agit de
nos sociétés et du monde où nous vivons ! Nous avons le droit de
savoir ce qui se décide, le droit qu’on nous explique clairement ce qu’on
fait de la planète, et quelle influence certaines décisions de « techniciens »
entraînent sur nos vies et celles de nos enfants !
D’où ce dossier consacré à « la vulgarisation scientifique » (sciences
exactes et appliquées, on ne vise pas les sciences humaines). Car on doit
insister sur un fait : en bibliothèque, la science n’est pas assez présente,
dans les collections, animations, expositions, etc. Pourquoi ne pas développer des partenariats avec certains auteurs d’articles du présent dossier ou certaines institutions scientifiques décrites par leurs directeurs ?
En Communauté française, de nombreuses bibliothèques ont participé
aux « Bibliothèques scientifiques » organisées à l’initiative du professeur Robert Halleux et d’Yvette Lecomte, directrice du Service de la
Lecture publique. Le C.L.P.C.F. a publié une bibliographie (Cahier N°5) qui
complète l’information fournie lors des conférences des « Bibliothèques
scientifiques ». L’action se poursuit en 2004. L’association professionnelle A.P.B.D. lance, en même temps, un sondage sur la place de la
science dans les bibliothèques publiques francophones du pays. Et le
C.L.P.C.F. reprogramme des formations en « Littérature scientifique ».
L’élan est donné, on reviendra sur le sujet dans d’autres numéros de
Lectures, suivrez-vous l’impulsion ? ■
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DOSSIER
HUBERT REEVES :
philosophie d’un scientifique
Interview par Florence RICHTER
- H.R. : Ce livre est en effet un bilan de la situation de la planète aujourd’hui, et contient une description des principales menaces qui la guettent.
D’abord le réchauffement planétaire dû à l’émission de gaz carbonique,
dû au fait qu’on brûle du pétrole, du gaz et du charbon. Ensuite le problème des sources d’énergie pour l’avenir, comment les sources fossiles sont en train de s’épuiser, à l’échelle de quelques décennies. Il nous
reste deux sources possibles : l’énergie nucléaire et l’énergie solaire.
Selon moi, l’énergie nucléaire n’est pas une bonne solution ; il faut
plutôt investir de manière importante dans le développement rapide de
technologies qui aboutiront à la production d’énergie d’origine solaire
c’est-à-dire le vent, la biomasse, etc.
Autre problème abordé dans Mal de Terre : la pollution de l’air et la destruction de la couche d’ozone à cause de l’émission des CFC, mais
aussi la pollution des terres par l’emploi excessif des insecticides, et la
stérilisation de certaines terres.
Problème encore : l’armement et surtout les déchets des armes stockées qui, de plus en plus, infestent la Terre, comme les mines anti-personnelles.
Puis le livre traite de la perte de la biodiversité, la dramatique élimination
rapide de très nombreuses espèces végétales et animales au cours du
dernier siècle et encore aujourd’hui.
Le problème qui est à mon avis le plus grave est celui de la disparité des
richesses : on tend vers une planète où un nombre de plus en plus restreint d’individus possèdent de plus en plus de biens, et une fraction
majoritaire (environ 90%) vit en dessous du seuil de pauvreté. Cela
constitue une situation humaine déplorable en elle-même, mais crée
aussi une instabilité sociale terrible qui est notamment à l’origine du terrorisme, de ces évènements que nous vivons aujourd’hui.
Dans un chapitre du livre, on développe aussi les éléments positifs de la
situation actuelle, notamment la croissance rapide du sentiment écologique, de la sensibilité aux problèmes environnementaux. Cela n’existait
pas voici vingt ou trente ans, et cela prend de plus en plus de force.
- F.R. : Revenons au thème de la « biodiversité ». Peut-on relier
cette caractéristique importante de la vie sur terre au thème de la
« complexité » dans la vie humaine, thème qui revient dans vos
livres, mais qui est également développé par des sociologues ou
philosophes actuels ? Par exemple, pour la résumer grossièrement, la pensée d’Edgar Morin est basée sur l’idée qu’il n’est
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© Photo John Foley / Opale
- F.R. : Hubert Reeves, merci pour cette interview. Vous êtes astrophysicien et directeur de recherche au C.N.R.S. Dans Mal de Terre,
votre dernier livre, vous exposez les dangers qui menacent la planète. Pouvez-vous les résumer ?
plus possible de se comporter, d’aborder le monde, de gérer la
planète, de manière uniquement mécaniste, technique et par le
biais de la pensée parcellaire, comme les humains l’ont fait jusqu’à présent : le changement d’esprit (qui est une urgence, une
nécessité vitale pour la survie des humains) correspond à « une
poussée vers la complexification », une approche plus globale,
plus contextualisée, et plus philosophique à la fois. Morin écrit
dans Terre-Patrie : « L’identité terrienne et l’anthropologique ne
sauraient être conçues sans une pensée capable de relier les
notions disjointes et les savoirs compartimentés. (…) La Terre, ce
n’est pas l’addition d’une planète physique, plus la biosphère,
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plus l’humanité. La Terre, c’est une totalité complexe physique/biologique/anthropologique. (…) Cela implique une révolution mentale encore plus considérable que la révolution copernicienne ».
- H.R. : C’est un bon rapprochement : justement, la biodiversité, cette
multiplicité des formes animales et végétales est un des éléments de la
complexité présente dans la vie. A ce propos, l’important est l’interdépendance: les espèces sur terre ne vivent pas séparément mais elles
dépendent très fortement l’une de l’autre, elles sont en interaction, elles
sont inclues dans des systèmes à divers niveaux. Chaque espèce a son
rôle dans l’harmonie de l’ensemble, c’est-à-dire dans l’équilibre de la
planète. Et c’est pourquoi, la disparition d’espèces animales ou végétales, ce n’est pas la simple diminution mathématique d’un pourcentage,
d’un nombre de vivants. Certaines espèces sont des espèces-clés, qui
jouent un rôle fondamental. Et comme tout l’édifice se tient, cela peut
détériorer rapidement tout le système, et ceci quel que soit le pourcentage de représentants de cette espèce qui ont disparu. La relation, le lien,
entre les espèces sont importants.
- F.R. : Toujours à propos du thème de la « complexité », dans vos
livres, vous mettez en évidence le fait que l’être humain est au
sommet de cette construction complexe qu’est la vie. Ce constat
est admirable, dans le premier sens du mot. Cela doit nous étonner,
nous émerveiller, de voir combien l’homme est une construction
d’une belle complexité. Cette « jubilation » (terme utilisé dans vos
livres) face à la beauté de la vie fait obstacle à une vision d’un
« monde absurde » telle qu’elle a été développée, par exemple
par des penseurs, des écrivains, des artistes du XXème siècle.
Etant donné la position qu’ils occupent dans cette échelle de la
complexité, les humains sont donc responsables de la survie de la
planète ?
- H.R. : Dans cette crise actuelle de la planète, nous, les êtres humains,
jouons un rôle à trois niveaux différents. D’abord, nous en sommes la
cause : c’est l’industrialisation massive de la planète qui est la cause de
cette crise contemporaine. Ensuite, nous sommes la victime potentielle,
car parmi toutes ces espèces qui sont éliminées régulièrement, qui
vont être éliminées, il n’y a aucune garantie que l’espèce humaine survivra. La vie va survivre, elle est très forte, très robuste, mais des formes
particulières sont plus ou moins fragiles. Et l’humanité est très fragile,
elle peut ne pas s’adapter à ces conditions qu’elle est en train de créer
elle-même : pollution, modification de température, etc. Comme les
baleines, comme les éléphants, aujourd’hui, l’espèce humaine est menacée et elle peut disparaître. Comme les mammouths dont on pense
qu’ils ont disparu, notamment par l’effet de l’activité de l’homme qui a
commencé, voici dix mille ans, à développer l’agriculture. On observe, à
ce moment où l’homme commence à modifier l’environnement, la disparition de nombreuses espèces animales qui vivaient un peu partout
dans le monde. Mais aujourd’hui, cette modification de l’environnement
par l’être humain s’est accélérée.
Cela donne aux hommes une responsabilité : c’est le troisième rôle
joué par les êtres humains. Ils peuvent sauver la situation s’ils se décident à adopter un comportement différent de celui d’aujourd’hui : déci-
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der de diminuer l’émission de gaz carbonique, etc. C’est possible lorsque
les holdings financiers et les politiques sont d’accord. Le cas de la couche d’ozone est un bon exemple : avec le moratoire de Montréal, on a
interdit la production de CFC. Autre cas, les phosphates qui étaient en
train d’empoisonner complètement les lacs, aussi bien les grands lacs en
Amérique que le lac de Genève : lorsqu’on a décidé de cesser d’introduire des phosphates dans les détergents, la situation s’est améliorée.
Mais il faut des initiatives de grande envergure, globales, internationales,
gouvernementales.
- F.R. : Voici une question philosophique volontairement naïve : le
scientifique que vous êtes, qui observe et admire la beauté du
monde et sa construction harmonieuse, ce scientifique est-il
« croyant », selon la formule consacrée ? Je viens à cette question par le biais de certaines réflexions qu’on lit dans vos essais :
« Tout se passe comme si l’univers était animé d’une pulsion de vie ».
La jubilation face à la beauté du monde est « un antidote, qui
redonne du sens, contre l’absurde » » (L’heure de s’enivrer), vous
parlez de « levain cosmique » (Oiseaux, merveilleux oiseaux), à
plusieurs reprises vous dites aussi que cette beauté doit nous
« réconcilier » avec le monde (Malicorne). Dans Malicorne encore,
vous référant à Pythagore, vous écrivez (en langage symbolique et
poétique ?) qu’il y a « un chiffre (qui) est la clé du cosmos ».
Enfin dans L’espace prend la forme de mon regard, vous vous interrogez : êtes-vous « animiste (…) car tout se passe comme si
quelque part, il y avait un projet » ?
- H.R. : Que signifie « être croyant » ? Croyant en quoi ? Catholique,
bouddhiste, animiste ? Je ne suis pas attaché à une religion. Comme le
mot « spiritualiste », le mot « croyant » est dangereux car il est vague.
A propos de l’interrogation sur un « projet », je peux, comme tout le
monde, me poser la question, mais je n’ai pas de réponse. Ce sont des
questions qui m’intéressent beaucoup puisqu’elles sont liées au sens de
la vie. Pourquoi existons-nous, pourquoi quelque chose plutôt que rien,
pourquoi sommes-nous entourés de merveilles ? Le médecin et psychanalyste Carl Gustav Jung (cité dans L’heure de s’enivrer) a une très
belle phrase : « Le monde dans lequel nous entrons à notre naissance
est à la fois sublime et cruel ». On doit donc essayer de réconcilier ces
deux éléments, mais puis-je le faire ? Jung dit qu’il faut vouloir croire au
sens. Si la vie a un sens ou non, je ne sais pas si la science le découvrira
un jour, mais il est important que chacun donne un sens à sa vie. Ne pas
attendre une révélation. Donner par soi-même, à partir de ce qu’on vit et
de ce qui nous entoure, en tenant compte de la souffrance, de l’injustice,
donner un sens à sa vie. C’est ce que je pense.
- F.R. : Pour donner un sens à sa vie, selon vous, l’art a un rôle
important à jouer ? Malicorne est dédié « A ceux qui sont épris de
science et de poésie » . Dans L’heure de s’enivrer, vous écrivez de
belles pages à propos de l’art, comme celle-ci : « La musique,
souvent, me prend comme une mer. Quand avec Mozart, Beethoven
ou Wagner, je m’embarque pour une croisière, ces vers de Baudelaire quelque fois me reviennent en mémoire. Guidé par ces timoniers géniaux, charrié, bousculé par les lames profondes, je sens
monter en moi un irrésistible sentiment d’exaltation et de reconnaissance pour la vie et pour l’univers qui l’a engendrée. Les sons,
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les couleurs, les mots sont les alphabets des artistes. De leurs
combinaisons naissent des émotions nouvelles qui nous révèlent en
nous-mêmes des océans inconnus, des cavernes d’Ali Baba inexplorées. Il est difficile d’imaginer qu’il y a trois siècles à peine les
œuvres de Bach, de Haydn, de Schubert, les tableaux de Turner, de
Monet et de Van Gogh n’existaient pas. Il faudrait célébrer leur
apparition comme autant de révélations merveilleuses de la matière
primordiale. Grâce au labeur des artistes, la réalité acquiert de
nouvelles dimensions, l’univers gagne en splendeur et en richesse.
Des voies nouvelles s’ouvrent pour transformer les moments de
notre existence en instants d’exultation. » Voilà résumé le rôle de
l’art selon vous ?
- H.R. : Tout à fait. L’art est une belle manifestation de la réalité. Qui
s’oppose à d’horribles manifestations de la réalité, comme les fours
crématoires. Il y a la musique… J’aime dire que les salles de concert
sont mes églises : quand j’écoute de la musique, je me sens plus près
d’un sentiment mystique que lorsque je suis dans une église où l’on
enseigne un dogme. Matisse a peint de belles fresques de chapelles
avec des sujets religieux, des annonciations et tous les thèmes catholiques ; quand ses amis lui demandaient pourquoi il peignait des sujets
religieux alors qu’il était athée jusqu’au bout des orteils, Matisse répondait : « Moi, je suis athée sauf quand je peins ». Il ne s’agit pas d’une
attitude mentale, d’une position intellectuelle. C’est un mouvement intérieur. ■
REEVES, Hubert
Mal de Terre. –
Paris : Seuil, 2003. – 260p. ; 21 cm. – ISBN 2-02-053639-0 ; 20 euros.
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DOSSIER
RICCARDO PETRELLA :
entre science et conscience
Interview par Florence RICHTER
- F.R. : Riccardo Petrella, merci pour cette interview. Vous êtes
docteur en sciences politiques et sociales, vous avez dirigé le programme Prospective et évaluation de la science et de la technologie à la Commission européenne, vous êtes aussi fondateur du
Groupe de Lisbonne (limites à la compétitivité). Actuellement vous
êtes professeur à l’Université catholique de Louvain.
En 1997, vous aviez fondé le Comité international pour le Contrat
mondial de l’eau et êtes à l’origine du Manifeste de l’eau (éd. Labor,
1998). La pollution de l’eau est donc un problème que vous
connaissez bien, pouvez-vous en parler ?
- R.P. : Les principales sources de la pollution de l’eau (c’est-à-dire la
contamination par des produits toxiques) sont l’agriculture intensive, l’industrie, puis les déchets urbains et humains.
L’agriculture représente 70% des prélèvements totaux de l’eau dans le
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monde (et jusqu’à 90% dans certains pays pauvres). Dans les pays développés, les prélèvements d’eau servent surtout à l’irrigation (par pulvérisation donc on inonde le terrain, ce n’est pas une irrigation goutte à
goutte, lieu par lieu). Au-delà du fait que ce type d’irrigation fait perdre
40% de l’eau jetée dans les champs (l’eau n’arrive pas sur le sol), on veut
extraire le maximum des terres, « intensifier » l’exploitation des sols
grâce aux fertilisants, aux pesticides, aux insecticides : c’est-à-dire tous
produits chimiques qui ont besoin d’être solubles, et l’eau est le solvant
naturel le plus puissant, l’eau dissout tout. Mais cette eau qui imprègne
le sol est alors chargée d’éléments toxiques : nitrates, azotes et aussi des
métaux lourds (pour certains fertilisants) comme l’arsenic, le plomb, etc.
Donc une eau captée bonne est restituée contaminée à la nature, et elle
descend dans les nappes phréatiques, puis plus tard, après avoir suivi le
cycle de l’eau, elle retombe en pluies qui ont gardé la toxicité. D’où une
exigence de plus en plus grande d’épurer l’eau avant de l’utiliser.
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DOSSIER
Cette agriculture intensive est donc un scandale, et plus encore car
l’eau agricole est presque gratuite : le prix de l’eau potable en Europe est
en moyenne 80 cents/m3 et le prix de la même eau « agricole » est en
moyenne 0,006 cent/m3 (et pour l’industrie 0,004 cent/m3). Car cette
eau est subsidiée. Donc les plus gros pollueurs paient l’eau la moins
chère.
Deuxième pollueur : l’industrie avec l’utilisation des produits chimiques
(par ex. pour la papeterie, les peaux, les ciments, la métallurgie, l’industrie minière). La condensation de la pollution industrielle peut être
très élevée. Et beaucoup d’éléments sont simplement rejetés dans les
égouts sans être traités.
Troisième type de pollution : les déchets urbains et les déchets
humains. Déchets urbains c’est-à-dire tout ce que produit notre société
de consommation (détergents, décharges publiques, etc). Les déchets
humains sont une forme de pollution qui s’est développée : il s’agit des
excréments qui vont dans les égouts, mais la contamination microbienne d’origine humaine a augmenté, et celle-ci est à haute toxicité,
notamment à cause de la forte médicalisation de nos sociétés avancées
qui concerne des personnes de plus en plus âgées. Comme les métaux
lourds de l’industrie, la contamination microbienne est très difficile à
traiter.
Voilà les quatre grandes causes de pollution de l’eau.
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- F.R. : Quelles sont les meilleures solutions à ces problèmes de pollution ?
- R.P. : Les mesures à prendre sont bien connues. Il faudrait changer de
type d’agriculture : abandonner le caractère intensif et massif, pour
une agriculture plus biologique et paysanne. Ne pas détruire, mais maintenir l’agriculture de montagne et de colline, abandonnée au bénéfice
exclusif de l’agriculture de plaine.
Puis il faut lutter contre l’usage des pesticides; par exemple, en 1990, les
pays européens avaient décidé qu’en 2000, cet usage aurait diminué
d’environ 8%, et à cette date l’usage a augmenté de 5%. Le but est toujours le même : la compétitivité.
On sait aussi qu’il faudrait changer les processus de production industrielle, et réorganiser l’utilisation de l’eau pour l’énergie nucléaire (l’eau
rejetée atteint une température extrêmement élevée). Mais nos sociétés
visent la rentabilité immédiate, donc on ne change pas les modes de
production.
- F.R. : Au-delà des questions de pollution, il y a une question sociale
: il y a actuellement un mouvement de privatisation de l’eau.
- R.P. : En effet, on est en train de réduire l’eau à une marchandise. On
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renverse une tradition (même mal appliquée) : l’accès à l’eau était un
droit et un besoin fondamental. En fait, l’eau n’a jamais été gratuite, elle
a toujours été prise en charge par la collectivité, elle fait partie des services publics pour lesquels on paie des impôts (fiscalité générale),
comme l’enseignement, la santé, la police et l’armée, dont la majorité
des coûts sont portés par la collectivité. La marchandisation de l’eau
reflète le rejet, dans les classes dirigeantes aujourd’hui, du fait qu’on
puisse reconnaître un droit universel; ils appliquent le principe utilisateur/payeur sur l’image du principe pollueur/payeur, les deux n’étant pas,
selon moi, de bonnes pratiques. Se développent alors des marchés de la
pollution de l’eau, comme pour l’émission des gaz à effet de serre; des
États, des sociétés achètent à d’autres Etats ou sociétés leur « droit »
à un quota de pollution. Ce refus de reconnaître l’eau comme un droit
universel entraîne le fait que des millions de gens n’ont pas, et auront de
moins en moins, accès à l’eau.
Il faudrait établir une fiscalité mondiale, comme il y a des marchés
financiers mondiaux.
- F.R. : C’est l’objet de la question suivante : l’action contre la pollution de l’eau est en effet liée pour vous à une certaine vision de la
société d’aujourd’hui que vous résumez dans votre livre Le bien
commun, vision basée sur la « solidarité mondiale ».
- R.P. : Oui, dans Le bien commun, j’oppose une « culture de la conquête »
à une « culture de la reconnaissance de l’autre ». Dans ce cadre, la
« solidarité mondiale », c’est la responsabilité collective. Ce n’est pas du
bonisme ou de la charité. Cette solidarité découle d’une notion juridique :
« in solido » signifie que tous les membres d’un groupe sont responsables en groupe, en totalité, collectivement. Et notamment, tous nous
sommes responsables du droit à la vie de tous les êtres humains :
personne ne peut nier le droit à la vie, et tout le monde est responsable
des conditions d’application pratique de ce droit à la vie. C’est un droit
indivisible et imprescriptible.
- F.R. : Et on retrouve ici le lien avec la lutte contre toutes les pollutions de la planète ?
- R.P. : Oui. Quelles sont ces conditions indispensables pour l’application du droit à la vie ? Il faut que la société assume, de manière
responsable, la fonction de garantir l’existence de biens et services, à
partir de ressources (naturelles ou artificielles) qui sont essentielles à
la vie. C’est ici que naît le concept de « bien commun public » (et
donc de la fiscalité générale commune). Ces ressources sont l’air,
l’eau, la terre, les forêts (qui contiennent 92% des capacités biotiques
de la planète), le savoir/la connaissance, l’éducation, les soins de
base, la paix, etc. La grande question (politique) d’aujourd’hui est l’acceptation par les sociétés les plus riches d’une fiscalité générale à
finalité redistributive.
- F.R. : Dans votre dernier livre Désir d’humanité, le droit de rêver,
vous ancrez cette réflexion dans une vision « utopique » du futur.
Mais il ne s’agit pas d’utopie au sens d’un rêve irréaliste ?
- R.P. : Non, il s’agit de l’utopie dans le sens que leur donnent par
exemple Edgar Morin ou Gaston Bachelard lorsqu’il écrit « le rêve est le
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
prélude à la vie active ». On pense l’utopie, au contraire, en termes de
possibilité de réalisation pratique. On doit aller plus loin dans la réflexion,
au-delà de l’idée de redistribution des richesses, penser au type de
production, comment produit-on les écoles, les hôpitaux, les autoroutes,
etc ? L’idée capitaliste est qu’on ne peut redistribuer que ce qu’on possède, donc qu’un tiers ne doit pas intervenir dans la production, dans la
manière dont la production est organisée. Dans une autre vision du
monde, celle du « bien commun », je pense que l’existence de l’autre
est essentielle pour mon existence : je dois reconnaître l’autre, sa
citoyenneté, comme la mienne. D’où mon titre Désir d’humanité car on
doit reconnaître cette humanité comme sujet juridique et politique. Et
plus loin dès lors, déclarer illégale la pauvreté. On doit intégrer dans les
lois, l’obligation très concrète d’application, donner les moyens de réalisation matérielle, de ces principes reconnus depuis longtemps (droit à la
vie, etc).
- F.R. : Vous terminez Désir d’humanité par une proposition adressée au monde de la science, la technologie et l’éducation.
- R.P. : Oui, avec l’idée qu’il faut abandonner la « connaissance marchandise » pour en faire une « connaissance solidaire ». Aujourd’hui,
on limite la connaissance aux sciences et technologies : la connaissance est l’ensemble des savoirs et pratiques polytechniciennes de
l’Occident. On les traduit en biens et services capitalisés (dont l’expression la plus développée est le droit de propriété intellectuelle). On
poursuit une logique guerrière aristocratique, notamment dans le
domaine de l’éducation qui formera les meilleurs dans cette culture
polytechnicienne. Il faut donc inventer d’autres formes de reconnaissance (que celles marchandisées) de cette production intellectuelle.
La connaissance doit être solidaire, reconnue comme patrimoine
mondial. L’éducation serait axée non plus sur un savoir polytechnicien
(comment produire ce qui permet de devenir riche en termes de
consommation) mais sur l’apprentissage du bien vivre ensemble.
Peut-être que dans ce type d’apprentissage, la littérature byzantine du
XIIIe siècle sera plus importante que la culture polytechnicienne, que
le dépôt d’un brevet à propos de la molécule X ou à propos d’un
nouveau type de béton. C’est ma proposition, c’est mon « utopie » à
réaliser : construire une société de la connaissance solidaire et non
compétitive, non guerrière. ■
• PETRELLA, Riccardo
Le bien commun : éloge de la solidarité. –
Deuxième édition. –
Bruxelles : Labor, 1996. – 91 p. ; 22 cm. – (Quartier libre). – ISBN 28040-1110-0 (Br.) : 9,25 €.
• PETRELLA, Riccardo
Désir d’humanité : le droit de rêver. –
Bruxelles : Labor, 2004. – 188 p. : graph., tabl. ; 24 cm. – (La Noria). –
ISBN 2-8040-1851-2 (Br.) : 14,00 €.
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DOSSIER
SCIENCES EN BIBLIOTHEQUES : OU EN EST-ON ?
LES « BIBLIOTHÈQUES SCIENTIFIQUES » :
conférences entre vulgarisation et proximité
par Robert HALLEUX,
membre de l’Académie des Belles Lettres
de l’Institut de France,
directeur de recherche au FNRS
DU 15 OCTOBRE 2002 À LA FIN DE MAI 2003, LE PROGRAMME « BIBLIOTHÈQUES SCIENTIFIQUES »
A MOBILISÉ 55 CHERCHEURS, 62 BIBLIOTHÈQUES, DES MOYENS FINANCIERS CONSIDÉRABLES POUR
150 ANIMATIONS SUR LES SUJETS LES PLUS DIVERS. EN RAISON MÊME DE SON AMPLEUR,
L’OPÉRATION MÉRITE QUE L’ON ANALYSE SON ESPRIT ET SES ENJEUX, SON DÉROULEMENT, SES
RÉSULTATS ET SES PERSPECTIVES.
UNE MÉTHODE ÉPROUVÉE
Depuis le Siècle des Lumières, la bibliothèque est, par excellence, le lieu
où la science se diffuse par le livre et par la parole. A cette époque, la
science se met en culture et se hisse au rang d’idéologie. Elle se donne
pour tâche de lutter contre le despotisme en éduquant le citoyen, d’éradiquer les terreurs où s’enracine la fanatisme, d’œuvrer à la prospérité
publique en s’appliquant aux arts et aux manufactures. Dans les premières bibliothèques publiques, le citoyen vient lire l’Encyclopédie, Nollet ou Pluche, mais aussi assister à des cours et des démonstrations de
physique. Le XIXe siècle est, quant à lui, l’apogée du livre de sciences
pour tous, un genre d’où l’idéologie n’est jamais absente. L’enthousiasme manufacturier inspire les Merveilles de la Science et les Merveilles de l’Industrie de Louis Figuier et la Bibliothèque des Merveilles
d’Edouard Charton. Distribués comme prix dans les lycées et les collèges, présents dans toutes les bibliothèques publiques et scolaires, ces
beaux volumes attirent la jeunesse studieuse vers les carrières industrielles. De leur côté, les sociétés de libre pensée popularisent l’astronomie de Flammarion et l’évolutionnisme de Darwin, censés opposer des
vérités sûres aux croyances religieuses. Enfin les éditions catholiques
Casterman, Mame à Tours, Saint Charles à Grammont diffusent de bons
livres d’histoire naturelle illustrant le plan du Créateur. Tous ces livres ont
eu un impact considérable. Aujourd’hui qu’ils encombrent les réserves de
nos bibliothèques, on aurait tort de les jeter. Non seulement ils sont des
témoins éloquents des mentalités mais ils constituent par leurs gravures
un matériau de choix pour toute exposition scientifique.
Mais ce sont les bibliothèques populaires qui donneront au binôme
livre–conférence son efficacité maximale. Chez leurs promoteurs, pour
la plupart des libéraux avancés, il s’agit à la fois d’affranchir le peuple et
de fournir à l’industrie les ouvriers instruits dont elle a besoin.
Ecoutons un échevin libéral, Victor Henaux qui inaugurait en 1862 la première bibliothèque populaire de Liège : « Tous ceux qui ont visité l’Angleterre, l’Ecosse, la Suisse racontent le plaisir qu’ils ont eu à voir les
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ouvriers de tout âge se délasser, le soir, de leurs travaux par la lecture.
Le temps qu’ils auraient perdu, ils le mettent à profit ; l’argent qu’ils
auraient dépensé, ils l’économisent ; leur raison, qui peut-être, se serait
troublée, ils l’éclairent. De commune en commune circulent de petites
bibliothèques, allant offrir au plus humble foyer les meilleurs livres, et les
livres les plus nouveaux. Nous devons nous hâter de fournir des ressources analogues à notre population ouvrière, si intelligente, si tranquille, si brave (…). Il faut pour cela créer dans notre ville, une bibliothèque populaire ; « populaire », disons-nous, et l’on ne doit ni s’étonner ni s’effrayer de ce mot. Tout le monde a intérêt à ce que le peuple s’instruise. Faciliter au peuple les moyens de s’instruire, c’est forcer
les classes élevées à ne pas rester ignorantes. Aujourd’hui, le gaspillage
et le luxe courent les rues et sollicitent toutes les fortunes. Il convient de
faire prendre à nos populations des habitudes plus viriles et plus dignes.
(…) Ces habitudes, du reste, se prennent et se gardent moins difficilement qu’on ne croit. « Qui a bu boira », dit le proverbe ; moi je dis
« Qui a lu, lira ». L’homme qui a une fois goûté des joies de la pensée,
ne peut plus s’y soustraire. Depuis longtemps cette remarque a été
faite par les plus illustres écrivains : c’est que l’étude, c’est que l’exercice de la pensée, si peu qu’il dure, assainit le corps aussi bien que l’intelligence et l’apathie, ou bien qu’il la consacre à la lecture de quelque
livre utile, et comparez l’état de son esprit quand il se lève. Dans le premier cas, il sera ennuyé, chagrin ; dans le second, il sera satisfait, heureux, allègre ; et pourquoi, parce qu’il aura la conscience d’avoir augmenté ses facultés intellectuelles. Oui, il est bienfaisant, il est salutaire,
il est « hygiénique » de s’endormir sur une bonne pensée, qui permet
à l’âme de se reposer des fatigues de la vie active, de se calmer, de se
reprendre… Permettez-moi d’ajouter que l’établissement d’une bibliothèque populaire, c’est un essai d’« instruction nationale » ».
Le contenu est, quant à lui, délibérément orienté. Il faut que tous les livres soient l’expression fidèle des plus récents progrès de la science,
qu’ils soient réellement empreints de l’esprit moderne : « Notre bibliothèque est instituée, non pour amuser le public, mais pour l’instruire. Ce
n’est pas un cabinet de lecture ouvert à la frivolité désoeuvrée : c’est un
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
lieu d’études et même un lieu d’études graves. Nous n’y avons admis
jusqu’à présent, nous n’y admettrons dans l’avenir que des ouvrages
sérieux. Les principaux qu’on y trouve ont trait aux sciences, aux métiers,
à l’économie politique. Ce n’est pas à dire pourtant que nous entendions
en exclure tout ce qui n’est pas relatif aux arts industriels : toutes les
branches des connaissances humaines y sont représentées. Il convient
même croyons-nous, dans le début du moins, d’offrir des livres qui
réunissent le double attrait de l’utilité et du délassement, et d’exciter
ainsi la curiosité de la population, dans l’intérêt de la population ellemême ».
Complément indispensable des bibliothèques populaires, les « entretiens
et lectures populaires » étaient des conférences faites par des savants
reconnus. A Liège, c’est le même Victor Henaux qui en eut l’initiative en
1861. Il visait explicitement les « classes laborieuses », celles que les
exigences matérielles de la vie empêchaient d’achever leur instruction.
L’auditoire était composé d’artisans. Après la conférence, on empruntait
des livres à la bibliothèque. En 1879, la Libre Pensée de Bruxelles organisa le Cercle des soirées populaires rationalistes. On vit les cercles se
multiplier dans le pays. A la fin du siècle, le mouvement de l’University
Extension, né en Grande-Bretagne, se diffusa en Belgique avec des
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
conférences d’extension universitaire à Gand en 1892, à Bruxelles en
1893. Le succès se maintint sans défaillance jusqu’après la deuxième
guerre mondiale.
Ce puissant vecteur de diffusion, qui avait fait ses preuves, semble
avoir connu une éclipse dans les dernières décennies du XXe siècle. Ce
n’est pas faute de livres – il n’y en a jamais eu tant, ni de si beaux. Ce
n’est pas non plus la concurrence de l’audiovisuel qui réduit la science
à la portion congrue. C’est qu’il y a un divorce entre le citoyen et la
science. A la conférence mondiale des sciences, organisée à Budapest
en 2000, John Durant observait qu’il en va de la science comme de la
démocratie. Ceux qui ne l’ont pas souhaitent l’avoir. Ceux qui l’ont la
décrient. De plus en plus spécialisée, de moins en moins compréhensible, la science devient l’apanage d’une caste. Solidaire de ses applications, elle hypothèque l’environnement, la santé, le travail et la démocratie, en même temps qu’elle échoue devant les grands défis médicaux.
Dans les vieilles régions industrielles, l’effondrement de l’industrie lourde
a entraîné celui de la culture scientifique et technique qui en faisait la
force. Face à la science, la peur de ne pas la comprendre, d’en être victime, s’associe paradoxalement à la conviction obscure qu’elle seule
pourtant détient les solutions.
27
DOSSIER
On le voit, il ne s’agit pas seulement de ramener les jeunes aux carrières scientifiques comme le réclament benoîtement les doyens des facultés des sciences. Il s’agit de réconcilier le citoyen avec la science, de
refaire une science citoyenne. On n’y parviendra pas en construisant en
région déshéritée de dispendieuses cathédrales de la science. Ce qu’il
faut, c’est ravauder, patiemment, maille par maille, le tissu culturel, en
allant parler de science avec les gens là où ils sont. A l’effet de vitrine
s’oppose ainsi une vulgarisation de proximité, par le livre et le contact
direct. La science est un râtelier où chacun mange à son niveau, mais
chacun a le droit d’y manger.
UNE ENTREPRISE RONDEMENT MENÉE
Aller parler de science avec les citoyens parmi les livres, telle était la
tâche confiée à l’équipe interuniversitaire composée de Robert Halleux
(ULg), Pierre Kutzner (CCS-ULB Charleroi), Laurent Brouckaert (CCSULB Charleroi), Gérard Fourez (FUNDP), Jean-François Stoffel (UCL),
assistés d’une licenciée en histoire, Estelle Duchesne.
Les coordinateurs ont d’abord identifié les thèmes actuels de la
recherche qui rencontrent les préoccupations du citoyen et les personnalités capables d’en parler à un auditoire non spécialisé. Contact
a été ensuite pris avec les spécialistes eux-mêmes qui ont précisé les
titres et ajouté des propositions supplémentaires. Le « menu » ainsi
constitué a été soumis aux bibliothécaires qui ont exprimé leurs choix
et les ont classés par ordre de préférence. Sur cette base, le programme définitif a été élaboré en tenant compte des choix des bibliothécaires, de leur disponibilité et de celle des orateurs. Dans la majorité des cas, l’animation a pris la forme d’un entretien entre le spécialiste et un interlocuteur choisi par la bibliothèque, censé transmettre comme autrefois Socrate les questions que le citoyen pose à
la science.
Le programme d’animations a pu s’appuyer sur divers outils documentaires :
- un répertoire bibliographique destiné aux bibliothécaires, qui
recense, sur les différents sujets abordés, les publications récentes
et accessibles aux non-spécialistes (Cahiers n°5 du C.L.P.C.F.) ;
- une exposition sur panneaux, en deux exemplaires, intitulée « Ces
livres qui ont changé l’image du monde » ;
- une exposition sur panneaux, en deux exemplaires, intitulée « Sciences d’Occident, filles de l’Islam » et réalisée avec le concours du
professeur Hossam Elkhadem de l’ULB. Cette exposition s’accompagne d’une brochure explicative.
Le 15 octobre 2002, l’inauguration eut lieu à Couillet avec l’amicale collaboration du Centre de Culture Scientifique de Parentville. Elle prit la
forme d’un entretien entre la romancière Elisa Brune et quatre scientifiques : Gérard Fourez (FUNDP), Jean Bricmont (UCL), Pierre Marage
(ULB), Robert Halleux (ULg). Le lendemain les missi dominici de la
science prenaient la route.
Sur le déroulement de l’opération et ses résultats, on possède des informations objectives grâce à l’enquête d’évaluation menée par Benoît
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Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
Severyns auprès des participants, des bibliothécaires et des conférenciers.
La fréquentation oscille entre 15 et 30 personnes
par conférence avec des pointes de 100 à 150
pour des conférenciers prestigieux et des sujets
brûlants. Il s’agissait en majorité d’un public
adulte (66%) entre 26 et 50 ans. A noter que l’on
n’avait pas spécialement ciblé le public scolaire,
qui nécessite d’autres créneaux horaires, une
autre pédagogie et un autre type de publicité.
Beaucoup de bibliothécaires avaient fait une
belle campagne de publicité mais c’est le bouche
à oreille et l’effet boule de neige qui ont ramené
le plus de monde.
De l’aveu des conférenciers, l’accueil fut partout
chaleureux et amical, et bien des débats se prolongèrent tard dans la soirée. De l’aveu du public, la
plupart des scientifiques se sont révélés esprits
clairs, bons pédagogues et accessibles aux questions.
Sur la lecture, l’impact est indiscutable mais multiforme : amélioration de l’image de la bibliothèque et
de sa fréquentation, emprunt accru de livres scientifiques (selon 71% des bibliothécaires). Enfin, 86%
des bibliothécaires ont acheté de nouveaux livres de
sciences tandis que 14% possédaient un fonds suffisant. Bref, sans triomphalisme, une réussite.
L’ÉTAPE SUIVANTE
A côté de la satisfaction générale, trois attentes se
sont fait jour. Elles ont été confirmées par une
enquête complémentaire en mars 2004. L’administration et les promoteurs ont entrepris d’y répondre.
La première est un complément de formation pour les bibliothécaires
dans le domaine de la diffusion des sciences. Les formations auront lieu
dans l’année 2004.
La deuxième est la poursuite de l’opération. Comme pour toute action de
terrain, le résultat ne peut être obtenu que par une lente imprégnation.
Une deuxième campagne de conférences sera réalisée en 2004, et les
bibliothèques ont d’ores et déjà été approchées.
La troisième est de choisir les sujets, non en fonction de l’actualité
scientifique mais des questions du public. La liste des commandes couvre tout le spectre des angoisses contemporaines : climat, eau, énergie,
clonage, OGM, perversions, maladies génétiques, GSM et santé, sécurité
alimentaire, exploration de Mars. Ce renversement de perspective est
réconfortant : désormais c’est le citoyen qui convoque le savant pour lui
demander des comptes.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
Quant à la discrète exposition « Sciences d’Occident, filles de l’Islam »,
l’actualité internationale lui confère une portée singulière, puisque textes et images réaffirment, dans un monde déchiré, l’universalité de la
science et de ses valeurs. En vulgarisation de proximité, ce ne serait pas
une petite chose que d’aller dire, dans les quartiers d’immigration
musulmane : « Votre science est la nôtre, notre science est la vôtre ».
Ce projet utopique est à l’étude. Il nécessite de grands moyens, qui
doivent venir de diverses sources. S’il voit le jour et s’il réussit, il fera
peut être des bibliothèques scientifiques un point d’ancrage d’une
société vraiment multiculturelle. ■
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DOSSIER
UN SONDAGE DE L’A.P.B.D.
par Alexandre LEMAIRE,
animateur du groupe « Sciences et informatique »
de l’A.P.B.D.
EN 2000, UN GROUPE DONT L'INTÉRÊT EST CENTRÉ SUR LES SCIENCES EN
BIBLIOTHÈQUES ET COMPOSÉ D'ENSEIGNANTS, DE BIBLIOTHÉCAIRES ET DE
SCIENTIFIQUES FUT FORMÉ. CELUI-CI REJOIGNIT RAPIDEMENT L'A.P.B.D.
(ASSOCIATION PROFESSIONNELLE DES BIBLIOTHÉCAIRES ET DOCUMENTALISTES)
AU SEIN DE LAQUELLE IL ÉVOLUE ACTUELLEMENT1.
e groupe qui réalise des bibliographies thématiques et des
critiques d’ouvrages d’actualité est parti du postulat que
les bibliothécaires « se trouvèrent fort dépourvus » lorsque
non pas la bise mais le temps fut venu de compléter les collections de
sciences de leur bibliothèque. En effet, en rassemblant les observations effectuées par les membres du groupe dans un certain nombre de
bibliothèques – publiques, essentiellement – nous avons conclu (hâtivement ?) que les collections de nos bibliothèques recelaient trop peu
d’ouvrages de sciences et techniques (les classes 5 et 6 de la C.D.U.,
sans oublier la classe 004, l’informatique). Par ailleurs, si certaines en
présentent un nombre plus honorable, il s’avère souvent qu’il s’agit
d’un fonds vieilli ou en tout cas trop peu « rafraîchi »…
C
Il y a une dizaine d’années, deux enquêtes menées en France dans le
cadre des « Rencontres du livre scientifique de Montreuil »2 faisaient
ressortir les points suivants :
- les fonds scientifiques et techniques en bibliothèques publiques
sont pauvres : en général, ils représentent 7,5 % du fonds documentaire ;
- les bibliothécaires ont rarement une formation scientifique de
base ;
- les bibliothécaires éprouvent des difficultés pour la sélection et l’élagage des ouvrages de sciences et techniques ainsi que pour l’évaluation du niveau de difficulté des documents couvrant ces domaines ;
- les sources d’information des bibliothécaires sont peu diversifiées.
Ces résultats rejoignent les hypothèses de travail de notre groupe. Toutefois, il s’agit là d’une situation française, et au surplus vieille de dix ans.
Notons cependant qu’une étude plus récente, datant de 2003, menée
dans la région de Lyon montre qu’il n’y a pas eu, dans cette région en
tout cas, d’évolution significative depuis lors en matière de développement des collections. Et il semble que ce soit généralisable à l’ensemble
du territoire français puisque le ministre de la Culture et de la communication, Jean-Jacques Aillagon, a annoncé en début d’année que son
ministère s’apprêtait à prendre des initiatives dans le cadre du plan
national pour la diffusion scientifique et technique3 ; ces initiatives
comprennent notamment « un soutien accru à la diffusion de livres
scientifiques et techniques dans les bibliothèques publiques ». Ah si nos
ministres pouvaient en prendre de la graine !
30
Curieux de savoir si cette situation est similaire en Communauté française de Belgique – mais il y a fort à craindre que ce le soit ! – le groupe
de travail de l’A.P.B.D. réalise actuellement une enquête dont les bibliothécaires doivent aujourd’hui avoir reçu le premier questionnaire. Nous
vous invitons, si ce n’est déjà fait, à faire l’effort d’y répondre car l’enjeu
est important : les bibliothécaires ont-ils besoin d’aide pour la gestion de
leurs collections de sciences et techniques ainsi que pour l’organisation
d’activités sur les thèmes scientifiques ? et si oui, sous quelle forme ?
En matière d’activités, un grand pas a été franchi en 2002 et 2003
avec l’organisation des « bibliothèques scientifiques ». Et j’ai appris
récemment avec bonheur que certaines de ces conférences-débats
allaient être reconduites (cfr. dans ce dossier l’article de Monsieur Halleux)…
Par ailleurs, en Brabant wallon, une expérience très intéressante destinée aux enfants a été menée par Yves Jacquemart (de la Bibliothèque
publique centrale de la Communauté française) et ses collaborateurs sur
le thème de la communication chez les insectes (voir encadré).
En ce qui concerne les collections, le manque de diversité des ressources bibliographiques utilisées poserait problème. Notre enquête montrera
si c’est également le cas en Communauté française. Quoi qu’il en soit, un
effort en ce sens a cependant été réalisé lui aussi dernièrement puisque
faisant suite aux « Bibliothèques scientifiques », le Cahier du C.L.P.C.F.
N°5 vient d’être publié qui reprend un grand nombre de références
bibliographiques. Par ailleurs, il y a les dossiers bibliographiques1 réalisés par le groupe de travail « sciences et informatique » de l’A.P.B.D.
depuis deux ans environ. Et puis il y a aujourd’hui beaucoup de ressources en ligne dont vous retrouverez d’ailleurs quelques références
dans l’article sur le multimédia inclus à ce dossier.
Pour revenir à l’enquête en cours, elle comptera deux phases. La première, déjà lancée donc, vise à vérifier l’hypothèse que les sciences et
les techniques forment la portion congrue parmi les collections de documentaires de nos bibliothèques ainsi que l’hypothèse de la rareté des
activités réalisées autour des thèmes scientifiques et techniques. Il y
aura toutefois très certainement lieu de nuancer : notamment en fonction des types de bibliothèques et aussi des sections pour le premier
postulat, en fonction de l’impact de l’opération « Bibliothèques scientifiques » pour le second.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
© Photo Céline Lambiotte
DOSSIER
La seconde phase de l’enquête devrait permettre de mettre en évidence les éventuelles origines des manquements que la première partie aura révélés. Elle devrait aussi – c’est fondamental – permettre de
dégager des pistes pour aider les bibliothécaires à remédier à ces éventuelles lacunes ou surmonter les obstacles stigmatisés par l’enquête.
Bien que cette étude ne soit pas encore terminée, j’aimerais néanmoins
répondre à quelques questions ou réflexions entendues au détour de discussions avec des collègues. Ainsi, à la réflexion, visant à justifier le déséquilibre des collections, « on édite moins d’ouvrages de sciences que
d’ouvrages d’autres domaines de la connaissance », je répondrai qu’il
s’agit là d’une idée reçue : en effet, les statistiques montrent que, sur le
marché français (notre principale source d’acquisitions), les sciences et
techniques occupent 20 % de l’édition. Ce qui donne cette impression
est peut-être le manque – dans beaucoup de bibliothèques – d’outils
bibliographiques couvrant cette production comme le soulignait l’enquête française.
Et à ce bibliothécaire-dirigeant qui disait avoir complété les collections
de sciences de la bibliothèque dont il s’occupe sans avoir, quelques
semaines plus tard, constaté de succès dans le prêt de ces documents,
j’ai suggéré que peut-être les lecteurs intéressés ne font pas – ou plus
– partie du lectorat de la bibliothèque. Forcément, s’ils sont passés
avant, ils ont bien vu qu’il n’y avait que trop peu de documents couvrant
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
ces sujets ! Ils ne vont pas revenir en quelques semaines surtout si on
ne leur annonce pas que l’objet de leur quête a enfin intégré les collections de la bibliothèque de leur commune…
C’est dès lors de conquête (et de reconquête) d’un public qu’il nous faudra sans doute discuter un de ces jours… et mener une nouvelle
enquête auprès des publics et des « non-publics » de nos bibliothèques,
cette fois.
Cela dit, peut-être en effet que le public intéressé par les sciences et les
techniques s’avère plus réduit que celui que séduisent les ouvrages
sur l’ésotérisme ou les biographies de « stars ». Mais après tout, celui
intéressé par Mary Higgins Clark et Barbara Cartland est aussi bien
plus large que celui féru de Marcel Aymé ou d’André-Marcel Adamek ;
et pourtant ne devons-nous pas servir tous les publics ? ■
1
2
3
URL : http://apbd.be/sciences.htm
URL : http://www.enssib.fr/autres-sites/csb/rapport92/rapp926collections/csb-rapp92-enquetes.html
URL : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/index-science.htm
31
DOSSIER
UNE EXPÉRIENCE
en Brabant wallon
par Yves JACQUEMART,
membre du groupe « Sciences
et informatique » de l’A.P.B.D.
S
EN 2003, DANS LE BRABANT WALLON, UNE ACTIVITÉ AUTOUR DE « LA COMMUNICATION CHEZ LES
INSECTES SOCIAUX » FUT MENÉE PAR L’ASBL PROMO-LECTURE. CETTE ACTIVITÉ QUI INTERVENAIT
DANS LE CADRE DES PROJETS DE SYNERGIE BIBLIOTHÈQUES-ÉCOLES FONDAMENTALES PORTÉS PAR
LE MINISTRE JEAN-MARC NOLLET A PRIS PLACE DANS PLUSIEURS COMMUNES DE CETTE PROVINCE.
on principal objectif tient à la promotion de la lecture, du livre
et des bibliothèques auprès des enfants des classes de l’enseignement fondamental et aussi auprès de leurs ensei-
gnants.
1. « L’heure du conte » : durant l’atelier, l’enfant est placé en situation
d’écoute, d’apprentissage et de créativité par le biais de la sensorialité : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, la sensation du mouvement. Avec comme thème de référence la communication chez les
insectes, l’enfant est invité à observer, créer, reproduire, communiquer par le langage corporel. Ce travail lui permet d’explorer son propre rythme, ses gestes fondateurs et suscite sa curiosité. Ensemble,
collectivement, le groupe déconstruit le quotidien pour créer des
situations extraordinaires. Et ces situations ludiques offrent à l’enfant
une expérience pendant laquelle il passe du corps social ordinaire au
corps « poétique ». Une découverte rapide de livres classifiés est
proposée aux enfants sur base d’une bibliographie transmise à l’enseignant.
2. « L’heure du monde » : la lecture comme outil au service d’un
projet de découvertes. Un animateur propose aux enfants une
série de livres documentaires attrayants (scientifiques, livres d’éveil) à propos des insectes sociaux, en s’appuyant soit sur la
vision de petits extraits d’un film puis sur l’audition d’un CD
audio, tous deux consacrés aux insectes, soit sur un « jeu scientifique » (consacré à la communication chimique) en écho à la
première séance d’animation. L’animateur propose ensuite aux
enfants de produire des sons « comme les insectes » et de
découvrir par de petites expériences très simples, la notion de
vibration puis de partir à nouveau à la découverte des livres proposés autour du thème retenu. Les livres sélectionnés sont alors
décortiqués plus avant (table des matières, index, lexique, etc.). La
lecture devient dès lors un outil incontournable pour soutenir un
projet en classe.
32
© Photo Céline Lambiotte
Le long du fil conducteur scientifique, trois animations (de 2 heures
chacune) ont été proposées aux enfants des classes participantes :
3. « L’heure du texte » : la lecture et l’écriture comme outil de création. Un animateur emmène les enfants vers la création d’un personnage ou d’une situation de fiction, toujours à partir du thème de
départ retenu. Il stimule leur imagination et provoque le récit. Comment créer un personnage de fiction ? En quoi son caractère peutil changer le cours d’un récit ? Doit-il avoir un prénom, un sexe, un
âge, une profession ? Mais aussi : qu’est-ce qu’il a déjà vécu au
moment où commence l’histoire, quels sont ses désirs, ses capacités, ses valeurs, ses défauts, ses goûts ? où habite-t-il, qui sont ses
amis, après quoi court-il ? Autant de questions fascinantes qui
stimulent l’imaginaire de l’élève et provoquent le récit. L’atelier se
termine par la lecture à haute voix d’un récit – ou d’un extrait – tiré
de la bibliographie.
Ces animations ont reçu un écho très positif de la part des enfants et des
enseignants. ■
Infos :
[email protected] ou tél. : 067/89.35.89
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
LA SCIENCE CONTRE LA PLANETE ?
LA SCIENCE AU QUOTIDIEN
par Michel BOUGARD,
chimiste et historien des sciences (U.M.H.)
UNE MULTITUDE D’AVIS, D’EXPERTISES ET D’ENQUÊTES MENÉES TANT AUX ÉTATS-UNIS QU’EN
EUROPE RÉVÈLENT UN CONSTAT INQUIÉTANT : LES JEUNES SONT EN TRAIN DE DÉSERTER LES
ÉTUDES ET MÉTIERS SCIENTIFIQUES, ET UNE PÉNURIE DE CHERCHEURS SE PROFILE PEUT-ÊTRE À
L’HORIZON. L’IMAGE DES SCIENTIFIQUES EST SÉRIEUSEMENT ÉCORNÉE : PLUS DE DEUX
EUROPÉENS SUR CINQ PENSENT QUE CES SCIENTIFIQUES SONT RESPONSABLES DES MAUVAISES
UTILISATIONS DE LEURS RECHERCHES ET 80 % PROPOSENT QUE LES AUTORITÉS PUISSENT
OBLIGER LES SCIENTIFIQUES À RESPECTER DES CRITÈRES ÉTHIQUES.
e même, l’image du chercheur scientifique telle qu’elle est
présentée dans les médias (surtout à la télévision, dans des
films ou des spots publicitaires) ne correspond que rarement
à la réalité. Lors d’interview de personnes de situations sociales et d’âges très divers (enquête conduite par des étudiants en journalisme de
Lille), on retrouve ces clichés : « Le scientifique, c’est un mec sans fantaisie, froid, austère, pas sexy, peu cultivé en dehors de son domaine »;
« Le scientifique, c’est un tueur de grenouilles qui porte une blouse sale
et se plaint constamment du manque de fonds ».
Comment évoquer le monde de la matière subatomique avec les notions
d’étrangeté, de beauté, ou celui de la mécanique quantique, où certains
n’hésitent pas à dire qu’une particule telle que l’électron peut se trouver
en plusieurs endroits en même temps ? Pour peu qu’on ajoute quelques
équations et voilà que le sentiment de « merveilleux » est encore renforcé par cette petite note de « transcendance cabalistique ». Comment
éviter cette confusion et réellement intéresser le citoyen ? Il faut en
quelque sorte éveiller cet intérêt, le susciter. Pour tout dire, il faut que le
public ait « envie » de connaître la science.
Voilà donc le stéréotype du scientifique en ce début de XXIe siècle : une
sorte de mélange de professeur Nimbus distrait et de savant fou prêt à
détruire le monde, un être froid et asocial. Essayer de ramener la population vers les sciences passe par la restauration d’une curiosité et la
reconnaissance que la « démarche scientifique » est une véritable
aventure. On doit aussi envisager l’activité scientifique comme n’importe
quelle autre, en désacralisant ce qu’on a souvent tendance à ériger en
« Vérité ». L’être humain est scientifique par nature : si « science sans
conscience » est un danger véritable, il n’existe pas non plus de conscience sans science. Vivre, c’est forcément être amené à comprendre le
monde pour mieux en profiter ou tout simplement survivre.
Un tel désir dépend de plusieurs facteurs. C’est parfois l’inquiétude qui
en est le moteur : la science envahit tout, il faut être capable de contrôler les scientifiques. Dans d’autres cas c’est plutôt la curiosité : l’homme
se doit de comprendre le monde naturel dans lequel il vit. Pour d’autres
ce sera une véritable nécessité économique : la science omniprésente
offre les meilleurs débouchés professionnels. Et pour d’autres encore
c’est parfois une sorte de souci esthétique et culturel : comprendre la
beauté de la nature et savoir l’exprimer par des lois simples.
D
Le physicien français Yves Quéré propose cinq caractéristiques définissant les valeurs véhiculées par les sciences : le goût de la vérité,
la faculté de modestie, l’esprit de justesse, le don d’imagination, et le
sens d’un langage juste et précis. Ce sont là des qualités qu’on peut
partager en s’interrogeant sur le monde qui nous entoure. Cependant,
quand un homme de science veut faire partager son savoir, il est
vite confronté à un dilemme insoluble. Ou bien il se contente de
généralités superficielles et le scientifique aura le sentiment de raconter des erreurs ; ou bien il se lance dans un exposé plus pointu et
c’est alors son public profane qui a l’impression d’être invité dans un
monde magique dans lequel les mots de tous les jours changent de
sens.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
Revenons un instant à cette notion de désir de connaître le monde au
travers de la science. Il en va ici de l’intérêt pour les sciences comme
pour le reste : il faut désirer faire de la science parce qu’on y trouve du
plaisir. Le plaisir pris à faire de la science doit être à la fois intellectuel et
physique. Dans l’apprentissage des sciences, on ne doit pas hésiter à
réintroduire le contact avec la matière.
C’est sans doute un lieu commun que d’affirmer que la chimie a envahi
notre quotidien : matériaux artificiels divers et médicaments nouveaux
en témoignent à suffisance. D’autre part et paradoxalement, il existe une
véritable « chimiphobie » qui amène une majorité de personnes à refuser le développement de la chimie parce que cela pourrait constituer une
nouvelle extension des pollutions. Si la science est effectivement la
source de nombreux problèmes environnementaux, c’est plutôt aux
pouvoirs politique et économique qu’il faut en faire porter la responsa-
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DOSSIER
© Photo Vincent Lebrun
bilité. La science est neutre, mais les usages qu’on en fait dépendent
d’individus plus ou moins (ir)responsables. Si la science a permis Hiroshima et Bohpal, c’est aussi elle qui a assuré notre confort actuel.
Ainsi, du matin au soir, nous sommes confrontés à cette science omniprésente. Les yeux à peine ouverts, nous nous précipitons sous la douche avec notre savon : c’est le moment de s’interroger sur les mécanismes à l’œuvre dans l’élimination des souillures qui recouvrent notre
peau, de réfléchir à la physico-chimie des micelles, au rôle des molécules chargées (polaires), aux points communs entre les graisses (triglycérides) et les savons (sel de sodium des acides gras constitutifs de
ces graisses). Brosse à dent et dentifrice : voilà des polymères dans la
34
main et une multitude d’« agents chimiques » dans la bouche : qu’estce qui rend les dents blanches (ponçage mécanique par un abrasif
doux et pigment blanchissant comme l’oxyde de titane) ? Pourquoi la
composition de mon tube de dentifrice annonce-t-elle la présence de
saccharine, de glycérine et de sorbitol ? Et le fameux « fluor » qui
vient de faire l’objet d’une nouvelle controverse, quelle est son utilité
réelle ?
Le moindre de nos vêtements est constitué de polymères totalement
artificiels. Pensons aux différentes sortes de plastique que l’on manipule dans une journée, pourquoi certains sont-ils recyclables et d’autres non ? Passons à la cuisine : son équipement (cuisinière, four à
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
micro-ondes) doit tout à la physico-chimie. Mais on peut
aussi s’interroger sur ce qui donne le goût aux fruits et le parfum aux fleurs, comprendre qu’on fait de la chimie en cuisant
son steak, et que monter une mayonnaise et se shampouiner
les cheveux correspondent à des mécanismes chimiques
identiques. On peut montrer qu’il n’est nullement nécessaire
d’être un brillant universitaire pour entrer dans ce monde de
la chimie moderne. En changeant notre point de vue, en comprenant que les transformations de la matière sont omniprésentes dans notre quotidien (ne sommes-nous pas nousmêmes un ensemble de plusieurs milliers de substances chimiques en réactions permanentes !), c’est un nouveau regard
sur la science qui se dessine. C’est aussi concevoir une
« science citoyenne » qui se dessine encore dans divers
projets comme les « Cafés des sciences », ou le « Printemps des sciences ».
Quelques ouvrages de référence :
- ATKINS, Peter
Molécules au quotidien. InterEditions, 1989
- BENSAUDE-VINCENT, Bernadette
L’opinion publique et la science : à chacun son ignorance Les empêcheurs de penser en rond, 2000
- CHOMAZ, Philippe
Des séquoias dans les étoiles. EDP-Sciences, 2002
- GODIN, Benoît
Les usages sociaux de la culture scientifique. Québec, Presses de l’Université Laval, 1999
- LEVY-LEBLOND, Jean-Marc
Impasciences. Bayard, 2000
- JENSEN, Pablo
Entrer en matière. Seuil, coll. (Science ouverte), - Seuil, 2001
© Photo Michel Vanden Eeckhoudt / VU
- PEPIN, Raynal
Au-delà des apparences : la dimension scientifique de la
vie quotidienne. Québec : éd. Multimondes-Québec Sciences, 2001
Le site de la Commission européenne propose divers documents sur
les rapports entre Science et Société :
-
www.europa.eu.int/comm/research/science-society/index-fr.html
THIS, Hervé
Casseroles & éprouvettes. Éditions Belin, 2002
■
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
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DOSSIER
AGRO-ALIMENTAIRE :
la malbouffe, les OGM, etc.
par Guy MAGHUIN-ROGISTER,
professeur à l’Université de Liège,
faculté de médecine vétérinaire,
département des sciences des denrées
alimentaires
PLUTÔT QUE DE « MALBOUFFE », IL SERA QUESTION DANS CET ARTICLE D’ « INSÉCURITÉ
ALIMENTAIRE ». LE TERME « INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE » DOIT ÊTRE CONSIDÉRÉ NON PAS
DANS SA DIMENSION QUANTITATIVE DE RISQUE DE FAMINE, MAIS PLUTÔT DANS SA
DIMENSION QUALITATIVE : RISQUE POUR LA SANTÉ LIÉ À LA PRÉSENCE DE CONTAMINANTS
CHIMIQUES OU BIOLOGIQUES DANS LES DENRÉES ALIMENTAIRES.
es risques les plus importants liés à la consommation alimentaire sont dans l’ordre : les microorganismes pathogènes (salmonelles, …) ; la malnutrition (sous-alimentation ou
carences en certaines protéines, en vitamines,…) ou l’excès et le déséquilibre alimentaires (consommation excessive de matières grasses et
de sucres rapides) ; les toxines naturelles et plus particulièrement les
mycotoxines produites par des moisissures (ex. : aflatoxines) ; les
contaminants (cadmium, mercure, PCB, dioxines) ; les résidus de pesticides, de médicaments vétérinaires (antibiotiques p. ex.), les nitrates,
enfin bref, les substances utilisées légalement ou illégalement (hormones) pour la production végétale ou animale ; les additifs, les OGM.
L
Les crises récentes survenues en Europe au cours des 10 dernières années
(hormones anabolisantes, dioxines, maladie des vaches folles, …), montées
en épingle dans les médias, ont faussé le jugement du public quant à la
qualité de son alimentation. Ces crises ont néanmoins eu un effet bénéfique : une réorganisation en profondeur, au niveau européen, du
contrôle de la sécurité de la chaîne alimentaire « de la ferme à la table »,
avec une attention particulière, c’est nouveau, à la qualité de l’alimentation animale. Ainsi en 2000, est née en Belgique l’AFSCA (Agence
fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire) et en 2002, l’EFA
(European Food Authority). La philosophie du contrôle a connu une révolution avec la mise en place de l’auto-contrôle et de la co-responsabilité
de chaque opérateur dans la chaîne alimentaire quant à la sécurité des
produits mis sur le marché. La traçabilité des produits tout le long de la
chaîne alimentaire a aussi considérablement évolué : l’étiquette d’un
morceau de viande acheté dans un supermarché permet d’identifier le
fermier qui a élevé et engraissé la bête dont il provient !
S’il y a « malbouffe » dans nos pays, les responsables ne sont peut-être
pas ceux que l’on croit. En effet, l’origine de la plupart des intoxications alimentaires se situe maintenant le plus souvent en bout de chaîne, chez le
consommateur lui-même ou dans le restaurant.
Le consommateur doit ainsi se poser des questions
sur sa manière d’acheter : le plus cher n’est pas
nécessairement le meilleur, « bio » ne rime pas
toujours avec meilleure garantie de sécurité, et
acheter des denrées à bas prix constitue un risque.
L’amélioration de la qualité de notre alimentation
passe par un effort personnel d’une meilleure information scientifiquement validée et des achats réfléchis, d’une meilleure hygiène dans la cuisine et
d’un meilleur équilibre alimentaire. Il faut privilégier une nourriture variée en respectant les règles
quantitatives de la pyramide alimentaire : consommer chaque jour, dans l’ordre décroissant des quantités : l’eau, des sucres lents (pâtes, pommes de
terre), des légumes et des fruits, de la viande et du
poisson ; occasionnellement : des boissons alcoolisées ou sucrées, des pâtisseries, du chocolat et
autres sucreries. Il faut aussi varier ses sources
d’approvisionnement afin d’éviter la consommation
répétée d’un lot d’aliments contaminés. ■
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Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
Quelques ouvrages de référence :
• DIOXINE…
Dioxine : de la crise à la réalité. –
Liège : Editions de l’Université de Liège, 2000. – 120 p. ; 21 cm. – ISBN
2-930322-03-9 (Br.) : 13,00 e.
• FERRIERES, Madeleine
Histoire des peurs alimentaires : du Moyen Age à l’aube du XXe siècle. –
Paris : Seuil, 2002. – 472 p. ; 24 cm. – (l’Univers historique). – ISBN 202-047661-4 (Br.) : 25,00 e.
• RECHERCHE …
La recherche alimentaire : l ‘actualité des sciences. –
N° 339 – février 2001. – Dossier : spécial sécurité alimentaire.
Bruxelles : Tondeur diffusion – Avenue Van Kalken, 9 – 1070 Bruxelles
Tél. : 02/ 555 02 17 – Fax : 02/ 555 02 29
[email protected]
• La sécurité alimentaire. –
Brochure à commander gratuitement ou à télécharger sur www.
danone.be, rechercher ensuite le signet danone institue
Danone Institute
110, rue du Duc – 1150 Bruxelles
Tél. : 02/ 770 63 54 – Fax 02/ 771 98 97
e-mail : [email protected]
• DE BRABANDER {et al]
La viande ? . –
BAMST VZW, 1999. – XII + 228 p. : ill. . – ISBN 2-930212929-2 (Br.) :
20,00 E.
BAMST
Rijvisscherpark, 7 – 9052 Zwijnaarde
Tél et fax : 09/ 221 46 70
Quelques sites web :
En français :
Agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire : http://www.afsca.be/ (nombreux dossiers téléchargeables à destination du grand public)
SPO Santé publique, sécurité alimentaire et environnement : http://www.health.fgov.be (nombreux liens)
En anglais :
International Life Science Institute : http://europe.ilsi.org/ (nombreux dossiers téléchargeables sur les OGM, Novel Food, aliments fonctionnels, …)
Autorité européenne de sécurité alimentaire : http://www.efsa.eu.int/ (nombreux dossiers, nombreux liens
EUROPA Food Safety : http://europe.eu.int/comm/food/index_en.htm (nombreux liens)
US Environmental Protection Agency : http://www.epa.gov (news, nombreux liens, nombreux dossiers)
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
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DOSSIER
LA POLLUTION DE L’AIR
par Alfred QUINET,
professeur à l’Université Libre de Bruxelles,
membre de l’Institut royal météorologique
L’AIR EST UN MÉLANGE HOMOGÈNE – À TOUT LE MOINS JUSQU’À UNE ALTITUDE DE
L’ORDRE DE 100 KM – D’AZOTE, D’OXYGÈNE ET DE L’ISOTOPE 40 DE L’ARGON. CES
TROIS GAZ CONSTITUENT 99,8 % DE LA MASSE DE L’ATMOSPHÈRE. S’Y AJOUTENT
QUELQUES GAZ COMME LE NÉON, L’HÉLIUM, LE XÉNON, L’HYDROGÈNE, LE MÉTHANE.
n sait que l’atmosphère contient également, en quantités
variables (de 0,1 à quelques pour-cent), de l’eau sous forme
gazeuse, liquide ou solide. De plus, elle renferme aussi, en
quantités infimes et très variables dans l’espace et dans le temps,
divers corps comme l’ozone, le dioxyde de carbone, des oxydes d’azote
ou de soufre, voire des acides (nitrique ou sulfurique). Lorsqu’ils sont en
concentration suffisante, ces derniers composés provenant pour la plupart d’activités humaines et participant à la pollution de la biosphère
peuvent être sources d’inconfort pour la population et même entraîner la
mort d’organismes affaiblis par l’âge ou la maladie. Le danger est d’autant plus redoutable que certains constituants primaires sont à même
d’engendrer d’autres nuisances en participant à des réactions chimiques, souvent sensibles à l’humidité ou au rayonnement solaire. On
peut également répertorier d’autres impuretés comme les pollens, les
poussières, fruits de l’érosion ou résidus de combustions diverses (feux
de forêt, chauffages domestiques, moteurs à explosion,…) et les
embruns. Les éléments solides ou liquides en suspension dans l’air
constituent l’aérosol atmosphérique.
O
La charge de l’atmosphère en aérosols est relativement constante. Les
plus gros (quelques dizaines de microns) se sédimentent rapidement ;
les autres, en agissant comme noyaux de condensation/congélation
participent au cycle hydrologique dont le temps caractéristique est d’une
dizaine de jours, à l’échelle globale.
Pour gérer la pollution, la première tâche consiste à comprendre les
mécanismes suivant lesquels l’atmosphère traite les polluants.
Les sources de pollution étant presque toujours proches de la surface,
nous nous intéressons à une couche mince de l’atmosphère appelée
couche de mélange dans laquelle le mouvement de l’air subit directement l’influence du substrat. Il s’ensuit que ce milieu est le plus souvent
turbulent, ce qui dilue la pollution par brassage vertical autant que par
transport horizontal.
La turbulence atmosphérique n’est pas seulement conditionnée par le
vent (plus exactement, par son cisaillement vertical) mais également par
le profil de la température. En moyenne, celle-ci décroît avec la hauteur
de sorte que l’air le plus chaud se trouve en bas. Cette configuration
favorise la convection lorsque le réchauffement du sol par le rayonnement solaire se communique à l’air. Mais il peut se faire, en particulier la
38
nuit par ciel clair, que la surface se refroidisse fortement par rayonnement propre. L’air, au contact du sol, subit alors, lui aussi, une chute
considérable de température. Dans un tel cas, dit d’inversion, l’air le plus
froid est coiffé par de l’air plus chaud de sorte que la situation est
extrêmement stable et qu’aucun brassage vertical n’est observé. La
pollution s’accumule donc près du sol, l’inversion agissant comme un
véritable couvercle, piégeant les polluants dans la couche sous-jacente
et ce, d’autant plus efficacement que le vent est généralement très faible lorsque s’installent de telles situations.
Généralement, le jour, le rayonnement solaire réactive la turbulence, ce
qui dissipe la pollution. Toutefois, la situation devient absolument critique
lorsque le brouillard s’installe dans la couche polluée. Le sommet de la
couche émet alors fortement dans l’infrarouge, ce qui y établit une stratification très stable et la nappe de nuage s’étale uniformément, favorisant ainsi la réflection du rayonnement solaire.La fraction transmise
jusqu’au sol est dès lors trop faible pour amorcer la convection. De telles situations peuvent persister pendant plusieurs jours. Ce fut le cas
dans la vallée de la Meuse liégeoise en décembre 1930 où l’on eut à
déplorer une soixantaine de morts. Un épisode similaire mais plus dramatique encore fit 4000 morts à Londres entre le 5 et le 8 décembre
1952. De tels événements sont qualifiés de « smog » (1905), contraction des mots « smoke » (fumée) et « fog » (brouillard).
On a progressivement pris conscience des risques que la pollution fait
courir aux populations des grandes entités urbaines au point que les
pouvoirs publics mettent en œuvre des politiques de prévention. Ainsi,
l’Institut Royal Météorologique livre chaque jour à la Région de Bruxelles Capitale et depuis 2002 une prévision jusqu’à 48 heures d’échéance,
d’un indice capable de cerner les risques de forte pollution. L’expérience étant concluante, la procédure sera étendue sous peu aux autres
grandes agglomérations du pays.
Signalons, pour terminer, que, en absorbant le rayonnement solaire,
l’aérosol atmosphérique contribue à augmenter la température de l’air.
Cependant, en rétrodiffusant ce même rayonnement, il tend conjointement à réduire cette température. Il n’est pas possible actuellement de
décider lequel de ces processus domine l’autre. C’est dire que la question du réchauffement de la planète dépasse largement la problématique
du seul CO2. ■
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
Quelques ouvrages de référence :
• BERNARD, E.
La climatologie de 1895 à 1995 : d’un long dédain des météorologistes à leur soudaine faveur in Ciel et Terre, 111 (6), 1995.
• HUFTY, A.
Introduction à la climatologie. De Boek Université, 2001.
• KOCKARTS, G.
Aéronomie : physique et chimie de l’atmosphère. De Boek Université, 2000.
• LEROUX, M.
Réchauffement global : une imposture scientifique ! In Fusion, n° 95, mars-avril 2003.
• PHILANDER, S.G.
Is the temperature rising? Princeton Univ. Press, Princeton, New Jersey, USA, 1998.
• QUINET, A.
Temps, Climat : entre Parménide et Héraclite. Publ. IRM, 2000.
• QUINET, A.
Global Warming : fact or fiction. Publ. IRM, n° 11, 2000.
• SADOURNY, R.
QUELLE POLLUTION! EH NON! CE N'EST QUE DE L'EAU!
Le climat de la terre. Dominos, Flammarion, 1994.
DE GRANDES INSTITUTIONS
L’INSTITUT ROYAL
DES SCIENCES NATURELLES DE BELGIQUE
par Daniel CAHEN,
directeur
SI L’INSTITUT ROYAL DES SCIENCES NATURELLES DE BELGIQUE (IRSCNB), SES COLLECTIONS ET
SON MUSÉUM ONT DERRIÈRE EUX UNE HISTOIRE DÉJÀ LONGUE, LEURS MISSIONS NE CESSENT DE SE
DIVERSIFIER. UNE TELLE ÉVOLUTION EST PORTÉE AUTANT PAR LES EXIGENCES ACCRUES DE LA
SOCIÉTÉ QUE PAR LA VOLONTÉ ET LA CRÉATIVITÉ DES COLLABORATEURS DE L’INSTITUTION.
u fil du temps, l’Institut est devenu le plus grand des établissements scientifiques de l’Etat, relevant du département
de la Politique scientifique fédérale. Durant ces cent cinquante ans – et plus – d’existence, il a conservé le même objectif
scientifique fondamental : dresser l’inventaire des formes de vie actuelles et du passé, mais son rôle s’est progressivement étendu à l’étude
des écosystèmes et ses applications pour la sauvegarde de la biodiversité, à l’océanographie et à l’étude géologique de nos régions.
A
Aujourd’hui, il met son expertise à la disposition d’organismes tant
publics que privés pour apporter une aide scientifique à la décision et
proposer des services novateurs dans des domaines sensibles comme
la protection de l’environnement.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
Il est un participant actif, voire un initiateur, en matière de coopération
scientifique et muséologique, tant au niveau européen qu’à l’échelon
mondial, dans un domaine où les progrès ne se conçoivent pas sans une
mise en réseau des compétences et connaissances.
Il est le plus important centre de diffusion des connaissances en matière
de sciences naturelles de Belgique, ceci au travers de l’exposition de collections permanentes et temporaires, de publications et d’animations qui
allient interactivité, finalités pédagogiques et de loisirs pour un public le
plus large possible.
Mais il doit d’abord son caractère original et irremplaçable à sa mission
de conservation d’un précieux patrimoine hérité du passé, qu’il veille à
39
© Photo IRScNB-KBIN TH Hubin
DOSSIER
enrichir sur base de critères scientifiques et, plus encore, dont il veille à
valoriser le potentiel au service de la collectivité.
cieux pour les chercheurs sur le terrain, couvrent plus de 150 pays et
concernent quelque 70 disciplines cartographiques.
C’est dans les galeries consacrées aux collections permanentes que le
visiteur se familiarise avec les collections de l’IRScNB : des minéraux,
des pierres de lune, des squelettes de dinosaures, des coquillages, des
insectes, des animaux polaires, des mammifères de chez nous et
d’ailleurs. Sans oublier une galerie consacrée à l’évolution de l’Homme
et de ses lointains ancêtres, dont ceux qui furent découverts sur le territoire belge.
Autre collection de l’Institut qui, à elle seule vaut le détour : la bibliothèque. Celle-ci, entièrement dédiée aux sciences naturelles, est accessible à nos chercheurs comme aux simples curieux. On y trouve tout ou
presque : plus de 160.000 monographies, 7160 titres de périodiques,
plus de 650.000 items ; des articles sur les dinosaures ou les crustacés,
des planches des siècles derniers, magnifiquement illustrées de plantes
et d’animaux devenus rares. Mais notre bibliothèque, c’est aussi des
revues électroniques pointues, en zoologie et géologie. Sans oublier un
vaste centre de ressources pour l’enseignement.
Pourtant, il ne peut admirer que la partie émergée de l’iceberg. Car
comment exposer plus de 30.000.000 de spécimens ?
Et les collections de l’IRScNB ne se résument pas qu’à des collections de
spécimens. De nombreux centres d’études de l’Institut constituent au fil
du temps des bases — on pourrait écrire des « collections » — de
données. Un exemple ? Le service de baguage des oiseaux, constitué en
1927, et qui bague chaque année près de 500.000 oiseaux, grâce au travail de terrain de centaines de bénévoles : ces données constituent
une source unique pour l’étude des phénomènes migratoires, mais
aussi des changements climatiques. L’Institut possède encore une
remarquable collection de cartes géographiques, estimée à 350.000
unités : la cartothèque. Ces cartes constituent des outils de travail pré-
40
Comme nos autres collections, la bibliothèque est le fruit d’une longue
histoire. En 1841 par exemple, le premier fonds de la bibliothèque du
Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique comprenait 150 volumes
repris pour 2.655 francs de l’époque, et l’intérêt qui lui était porté
dépassait déjà les limites de nos frontières. Le 6 mai 1846 vit la première
inscription au registre d’inventaire voulu par le premier directeur du
Musée, Bernard du Bus de Gisignies. Le 14 janvier 1879, le Musée
acquit pour la section cartographique un remarquable ensemble issu de
l’Institut géographique Vander Maelen. D’autres bibliothèques privées de
qualité furent acquises par la suite, telle la prestigieuse collection Dautzenberg. Un grand nombre de périodiques et d’ouvrages, souvent illus-
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
trés de planches peintes à la main et devenus très rares, ont été rassemblés au sein d’une réserve précieuse. Le premier catalogue — un
gros registre de 548 pages — fut terminé le 31 mars 1888. En 1956, la
bibliothèque fut déménagée des locaux du « Couvent » (situés au Parc
Léopold), où elle se trouvait depuis 1891, vers le bâtiment de Vestel, dont
elle occupe aujourd’hui plusieurs niveaux. L’année 1991 a vu le début de
l’informatisation, l’année 1998 la fusion avec l’informathèque, centre de
documentation du service éducatif constitué essentiellement d’ouvrages
de vulgarisation à la disposition du grand public. En 2003 a débuté un
important projet de désacidification d’une partie de nos ouvrages, ceci en
collaboration avec la SA Solvay. Enfin, suite à la fusion de l’IRScNB
avec le Service Géologique de Belgique, il a été décidé que leurs deux
bibliothèques n’en aient plus qu’une, le transfert étant prévu pour 2007,
à l’issue des importants travaux de rénovation des bâtiments qui viennent de démarrer.
© Photo IRScNB-KBIN TH Hubin
La grande richesse de notre bibliothèque est bien sûr le résultat d’achats, mais aussi d’autres formes d’acquisitions. Les accroissements à
titre onéreux concernent essentiellement aujourd’hui des abonnements
à des périodiques, des demandes spécifiques du personnel scientifique
et éducatif et le prêt inter-bibliothèques, ou PIB (fourniture de copies).
Les accroissements à titre gratuit proviennent des dépôts légaux (les
chercheurs de l’Institut sont tenus de remettre un exemplaire de leurs
publications), de dons externes ou internes (une source intéressante
d’accroissement !) et, surtout, d’échanges de publications (778 dossiers
actifs en 2004, organisés principalement au niveau international).
Un mot encore des catalogues. A la salle de lecture, on peut trouver des
catalogues relatifs aux titres de périodiques et publications en série, aux
thèses (par auteur, par discipline, par université), aux expéditions, aux
colloques, symposiums, congrès, ainsi que le catalogue cartographique
et le catalogue Dautzenberg (collection malacologie). La réserve a son
propre catalogue, accessible à la cartothèque. Le tout est complété par
de nombreux recueils bibliographiques spécialisés, tels les Zoological
Records . Enfin, une base de données consultable sur internet compte
160.000 références. Ce catalogue en ligne est continuellement enrichi.
Pour terminer, mentionnons également la place importante prise par
l’IRScNB dans les publications en matière de sciences naturelles. On
peut citer pêle-mêle : les Mémoires (monographies importantes sur
les faunes anciennes et modernes de Belgique, sur la flore fossile
etc…), les collections de Mémoires (« Hors série ») consacrées aux
grandes expéditions (dont celle du « Belgica » en Antarctique), le Bulletin de l’Institut (annuel, diffusant les notes consacrées aux résultats des
études du personnel scientifique et des collaborateurs belges et étrangers vers environ 1000 institutions scientifiques dans le monde), plusieurs volumes de la faune belge (destinés aux spécialistes amateurs),
de nombreux livres de vulgarisation destinés à divers niveaux (depuis le
primaire jusqu’au supérieur), des documents iconographiques (faune
belge ou étrangère), des catalogues d’exposition, …
Toutes les publications de l’Institut disponibles à la vente ont été réunies
dans un catalogue qui est tenu à jour régulièrement. Ce catalogue est
aussi disponible sur un cédérom en Word et Excel. Un répertoire bibliographique de ce catalogue, par auteur, est en préparation (septembre
2004). ■
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
Infos :
IRScNB
29 rue Vautier
1000 Bruxelles
Tél : 02/627.42.69
Fax : 02/646.44.33
Site : www.sciencesnaturelles.be
41
DOSSIER
LE CENTRE DE CULTURE SCIENTIFIQUE
par Pierre KUTSNER,
LE CENTRE DE CULTURE SCIENTIFIQUE DE L’ULB À CHARLEROI (CCS)
administrateur-délégué
EST UNE ASBL QUI A POUR MISSION DE PROMOUVOIR ET DE DIFFUSER
LE PLUS LARGEMENT POSSIBLE LA CULTURE SCIENTIFIQUE.
mplanté sur le campus de l’Université libre de Bruxelles à
Charleroi (Couillet), c’est, dès 1994, sous le nom de Musée
des sciences et des techniques de Parentville, que le CCS
débuta ses activités. Au début de l’année 2002, le Musée changea de
nom pour affirmer plus clairement son identité, très différente de celle
d’un musée stricto sensu.
I
Le Centre de Culture Scientifique de l’ULB développe, tout au long de
l’année, des animations et des ateliers autour de ses espaces permanents ou organise des expositions temporaires ainsi que différents événements concernant les sciences « exactes » ou « humaines » (par
ex. : la Nuit des étoiles, les stages d’été ou de Pâques, le Dimanche des
sciences, le Mois de l’Expérimentarium de l’ULB, des conférences, des
colloques, etc.).
Chaque exposition, chaque projet bénéficie de l’accompagnement d’un
comité scientifique ou de la collaboration de professeurs et de chercheurs de l’ULB.
Le CCS porte une attention particulière au public scolaire qui constitue
une part très importante de ses visiteurs.
Les expositions sont complétées par un cahier pédagogique, des visites
guidées spécifiques, des conférences, des ateliers didactiques, des animations, des journées exclusivement réservées aux enseignants.
Souhaitant être un lieu de rencontre, d’échange et d’accueil autour des
sciences, le CCS développe une politique d’ouverture systématique au
monde associatif et plus particulièrement aux associations scientifiques
(astronomie, biologie, physique, chimie, etc.).
L’articulation « expositions-animations » est très certainement une des
forces principales du CCS qui permet de rencontrer les souhaits de
groupes relativement spécifiques. Il s’agit, autant que possible, de privilégier un travail de proximité où les relations humaines directes restent
prioritaires. « Vulgariser » certains aspects de la science est explicitement, pour le CCS, un enjeu démocratique face aux difficultés de compréhension, de « lecture », du monde de la « techno-science ».
Aujourd’hui le CCS s’agrandit et devrait trouver avant la fin de l’année
2004 une dynamique revitalisée grâce à de nouveaux espaces ou à la
rénovation des anciens :
• Un espace consacré aux technologies de l’information et des communications :
la communication dans toutes ses dimensions ( interactivité scientifico-ludique et cahier pédagogique pour les enseignants,…)
42
• Un laboratoire de création multimédia :
décrypter le réseau, apprendre à chercher (et à trouver…) une
information sur internet, créer ses propres pages web…des animations, des formations.
• Un espace d’expériences interactives :
les enfants apprennent quelques grands principes scientifiques par
l’expérience directe et ludique.
• Une salle de conférence équipée en multimédia (90 places).
• Une salle réservée aux expositions temporaires (une exposition sur
la radioactivité en 2004).
• Un espace des biotechnologies :
des modules interactifs d’initiation aux biotechnologies, un laboratoire « biotechnologies » pour les jeunes, un espace des études, des
formations et des métiers des biotechnologies, un forum (lieu de la
discussion citoyenne au cœur de l’exposition), ainsi que diverses animations, rencontres, débats.
• Un observatoire astronomique :
de nombreuses activités autour de l’astronomie en collaboration
avec l’Institut d’astronomie et d’astrophysique de l’ULB, le Cercle
scientifique de Charleroi et Charleroi Astronomie : observations
diurnes (soleil) et nocturnes (étoiles, planètes) au téléscope du CCS,
conférences, ateliers et expositions.
La visite du CCS peut se prolonger par une promenade dans le
beau parc de Parentville (20 hectares).
Quelques publications : les cahiers pédagogiques
- Une histoire de l’Ecriture (1999)
- Alarme et camouflage (sur le mimétisme) (2002)
- Sur les traces de l’Homme, enquête sur la préhistoire (2002)
- La cartographie, un voyage immobile (2003)
- La Nature, un lieu de vies (2003) ■
Infos :
Centre de Culture Scientifique
ULB – Campus de Parentville
Rue de Villers 227
B – 6010 Charleroi
Tél. : ++32 (0)71 600 300
Fax : ++ 32 (0)71 600 305
Mél : [email protected]
Site : www.ulb.ac.be/ccs
Heures d’ouverture :
Du lundi au vendredi :
de 9.30h à 17.30h
Les dimanche et jours fériés :
de 10h à 18h
Fermé : le samedi
Entrées payantes : - de 6 ans :
gratuit ; 6-12 ans : 2 euros ;
étudiants et seniors : 3 euros ;
adultes : 4 euros.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
LA MAISON DE LA SCIENCE
par Martine JAMINON,
directrice
A L'HEURE OÙ PLUSIEURS CENTRES D'ACTIVITÉS À VOCATION SCIENTIFIQUE VOIENT LE JOUR EN
BELGIQUE ET DANS DE NOMBREUX PAYS EUROPÉENS, IL SEMBLE IMPORTANT DE RAPPELER QUE LA
MAISON DE LA SCIENCE FUT L'UN DES PRÉCURSEURS DANS CE DOMAINE EN OUVRANT SES PORTES
IL Y A PRÈS DE 20 ANS DÉJÀ, AU QUAI VAN BENEDEN, À LIÈGE. EN EFFET, C'EST EN 1980, EN
S'INSPIRANT DE L'ESPRIT DU PALAIS DE LA DÉCOUVERTE DE PARIS, QUE FUT CRÉÉE À LIÈGE UNE
STRUCTURE PERMANENTE AYANT POUR MISSION LA PROMOTION ET LA VULGARISATION DES SCIENCES
POUR TOUS PUBLICS.
ous l’impulsion du Professeur Henri Brasseur, son fondateur, et de Monsieur Roger Moreau, son précédent directeur, la Maison de la Science a innové en jouant un rôle
moteur au sein de la Communauté française de Belgique dans le
cadre de l’éducation permanente dans le domaine scientifique. Les
responsables de la Maison de la Science lui permirent de ne pas être
seulement un musée, mais bien un lieu vivant, un espace de rencontres et de découvertes où chaque visiteur, adulte ou enfant, a la possibilité de toucher, d’essayer et de vivre des expériences en toute
sécurité.
S
Les thèmes scientifiques abordés y sont multiples. Ils couvrent en
grande partie les programmes scolaires de physique de l’enseignement
secondaire ainsi que certaines facettes de l’enseignement de la chimie
et de la biologie. Des activités axées sur l’enseignement primaire ont
été développées récemment et des animations temporaires tentant de
replacer les sciences au sein du quotidien sont désormais programmées. La première exposition qui fut ainsi présentée, « Symétries du
monde », avait pour objectif principal de montrer que les mathématiques et en particulier les symétries ne sont pas disjointes du monde
qui nous entoure. Elles font partie de la culture, tant dans le monde
occidental qu’oriental. Elles se retrouvent partout et dans des aspects
qui paraissent bien éloignés des mathématiques. La prochaine exposition allant dans ce sens, « Vélo-Sciences », utilisera un seul objet de
notre quotidien pour développer un ensemble important de notions
scientifiques telles que les notions de forces et mouvements, d’équilibre, d’aérodynamique, de structure des matériaux,… Enfin en novembre 2004, la Maison de la Science inaugurera à la salle St-Georges de
Liège, l’exposition « Femmes, Sciences et Technologies ». Cette exposition constitue une des trois facettes de l’événement Féminin-Masculin que les trois institutions scientifiques muséales de Liège (Maison de
la Science, Aquarium - Musée de Zoologie et Maison de la Métallurgie
et de l’Industrie) déclineront en même temps, suivant leur spécificité
propre.
En plus de ces animations permanentes et temporaires, la Maison de la
Science organise des stages d’éveil scientifique pendant les vacances
scolaires pour les enfants de 9 à 12 ans. Elle entretient régulièrement un
site internet où une expérience réalisée à la Maison de la Science y est
présentée chaque mois. ■
Infos :
Maison de la Science
22 quai Van Beneden
4020 Liège.
Tél : 04/366 50 04 ou 04/366 50 15
Fax : 04/366 50 44
Mél : [email protected]
Site : www.ulg.ac.be/masc
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
43
DOSSIER
PORTRAITS D’AUTEURS
ILYA PRIGOGINE
ET CHRISTIAN DE DUVE :
portraits croisés
par Philip TIRARD
«LES GRANDS SAVANTS SONT TOUJOURS, AUSSI, DES ARTISTES.» (ALBERT EINSTEIN)
DANS LES ANNÉES 1970, À TROIS ANS D’INTERVALLE, DEUX SCIENTIFIQUES BELGES OBTINRENT LE
PRIX NOBEL DANS LEUR DISCIPLINE. DEPUIS, TOUT EN POURSUIVANT LEURS RECHERCHES, LE
BIOLOGISTE CHRISTIAN DE DUVE ET LE CHIMISTE ILYA PRIGOGINE ONT TENTÉ DE COMMUNIQUER
LEUR VISION DE LA NATURE À UN PLUS LARGE PUBLIC QUE LA SEULE COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE.
omme les œuvres d’art, les créations de l’esprit scientifique sont des représentations dialectiques du réel, étroitement liées à la personnalité de ceux qui les forgent. Faut-il
savoir lire une partition pour goûter un chef-d’œuvre musical ? Faut-il
connaître les mathématiques pour apprécier l’apport d’une théorie
scientifique ? Pour le profane, l’interprétation musicale révèle de
manière immanente l’œuvre d’un compositeur. En science, en revanche,
il faut passer par la médiation du langage.
La plupart des créateurs scientifiques ont ainsi éprouvé le besoin de
« traduire » le sens de leurs découvertes en des livres plus ou moins
accessibles au commun des mortels. Ces ouvrages tiennent à la fois de
la vulgarisation, du testament philosophique et de l’autobiographie.
Nos deux Nobel belges ne font pas exception à la règle (bibliographie
succincte ci-après). On ne peut vraiment tenter de comprendre leur travail qu’en approchant ce que fut le moteur de leur quête.
chéologie. Et puis il y a la musique, qui le passionne, en particulier le
piano. Sa mère lui rapporta qu’il déchiffrait des partitions avant même
d’avoir appris à lire. Le piano l’accompagnera toute sa vie. Invité à travailler à l’Université d’Austin au Texas, il posa deux conditions à son
entrée : une entière liberté quant au choix de ses collaborateurs et un
local où il puisse pratiquer son instrument deux heures par jour…
C’est sans doute la philosophie qui détermina son choix de vie. Profondément marqué par l’œuvre de Henri Bergson, Prigogine était fasciné
par la dimension créatrice du temps, de la durée. Pour Bergson, en effet,
plus on étudie la nature du temps, mieux on comprend que «la durée
signifie invention, création de formes, élaboration continuelle de l’absolument neuf ». Or les recherches du maître ès sciences de Prigogine
à l’ULB, le physicien Théophile De Donder (lui aussi pianiste émérite),
intégraient précisément la durée comme variable à part entière dans les
réactions chimiques.
PRIGOGINE, DE L’ÉQUILIBRE AU CHAOS
LA FLÈCHE DU TEMPS
L’inimitable accent d’Ilya Prigogine, qui lui resta jusqu’à sa disparition –
le 28 mai 2003, à l’âge de 86 ans –, signalait d’emblée ses origines russes. Il naquit le 25 janvier 1917 à Moscou, peu avant la Révolution
bolchevique : on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre
ce profond bouleversement social et les thèmes de ses futures recherches, ces «systèmes loin de l’équilibre», ces «processus irréversibles»,
ces «structures dissipatives», ces «lois du chaos», cette fameuse «complexité»…
Les chemins de l’exil empruntés par sa famille dès 1921 passèrent d’abord par l’Allemagne, avant de l’amener en Belgique en 1929. C’est à
l’Université libre de Bruxelles qu’il étudia la chimie, jusqu’à obtenir son
doctorat. Son père était ingénieur chimiste et son frère, de quatre ans
son aîné, avait étudié la chimie à l’ULB, mais l’adolescent Ilya Prigogine
hésita longuement avant de suivre la tradition familiale.
A l’Athénée d’Ixelles où il a effectué ses études secondaires en classes
gréco-latines, il se sent plutôt attiré par la philosophie, l’histoire, l’ar-
Depuis les penseurs grecs du Ve siècle avant J.-C., deux conceptions
radicalement différentes du temps s’opposent dans la tradition occidentale : Parménide, philosophe de l’ tre et de l’immobilité fondamentale, contredit Héraclite, visionnaire du Devenir et de la mouvance.
Sciences de la nature, la physique et la chimie reflètent ces conceptions
contradictoires. Newton et Einstein («le temps est une illusion») développent une physique dans laquelle le temps est une simple coordonnée
technique, essentiellement «réversible» ; ils décrivent un univers statique, immuable. Prigogine, lui, se situe sur l’autre versant : loin de
considérer la perception humaine de la durée comme une erreur de nos
sens abusés, il croit en un temps «fléché» et «irréversible». Toutes ses
recherches à partir du paradoxe du deuxième principe de la thermodynamique ont tendu à prouver et clarifier la manière dont le temps opère
dans la nature, du macroscopique au microscopique.
D’aucuns voient en Ilya Prigogine – Prix Nobel de Chimie en 1977
«pour ses contributions à la thermodynamique du non- équilibre et en
C
44
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
particulier pour la théorie des structures dissipatives» – un créateur
scientifique aussi important que Galilée, Newton ou Einstein. Porteur en
son être intime des «deux cultures», il n’a cessé de lancer des ponts
entre les sciences «dures», les sciences humaines et l’art. Cet humanisme sincère l’amènera à s’allier à la philosophe épistémologue Isabelle
Stengers pour faire connaître ses idées dans des livres ardus mais passionnants aux titres évocateurs : La nouvelle Alliance, Entre le temps et
l’éternité.
Si Gaston Bachelard fut inspiré par la flamme d’une chandelle, c’est le
souvenir d’une illumination autour d’un feu de camp que rapporte Christian de Duve pour expliciter le moteur de sa quête de connaissance. «Par
une claire nuit d’été, il y a presque soixante-quinze ans, je me trouvais,
enveloppé dans une couverture, un foulard sur la tête, assis avec d’autres jeunes garçons semblablement accoutrés formant un cercle autour
d’un feu de camp. […] . Soudain, durant un bref instant, lumière et obscurité se fondirent, chant et silence ne firent qu’un, et je me sentis
transporté dans un autre monde, le cœur débordant d’émotion, l’esprit
pénétré d’un sentiment de mystère insondable, pressentant, au-delà
des profondeurs infinies de l’espace, l’immense majesté de Dieu.» (À l’écoute du vivant, Paris ; Odile Jacob, 2002)
Il naît la même année que Prigogine, le 2 octobre 1917, à Londres, de
parents belges d’ascendance allemande qui s’étaient réfugiés en Angleterre pendant la Première Guerre mondiale. Après le retour au pays, en
1920, ses humanités classiques dans un collège jésuite le prédisposent
aux études littéraires. Mais il choisit en définitive d’étudier à l’Université
catholique de Louvain, à partir de 1934.
Cela fera sans doute sourire les étudiants en médecine d’aujourd’hui,
mais à l’époque, précise le prix Nobel de Médecine 1974, le cursus
offrait suffisamment de loisir pour participer à des travaux de recherche.
Entré ainsi au laboratoire de physiologie du professeur Bouckaert, Christian de Duve se passionne pour l’élucidation du fonctionnement de l’insuline. Au sortir de ses études de médecine – il a participé à la campagne de 1940, a été fait prisonnier et s’est évadé pour revenir terminer
son doctorat –, il n’envisage plus du tout de pratiquer cet art ; il veut
comprendre l’insuline. Et pour ce faire, il a besoin de meilleures notions
de biochimie. Après avoir consacré quatre ans à l’obtention d’une licence
en sciences chimiques, il approfondit la biochimie dans des laboratoires
étrangers, auprès de chercheurs comme Hugo Theorell, Carl et Gerty Cori
ou Earl Sutherland, tous «nobélisés» par la suite… «On n’apprend pas
l’artisanat de la science dans les livres, mais en travaillant avec des
scientifiques de haut niveau», professe-t-il.
Le parcours de Christian de Duve va connaître une nouvelle bifurcation.
Travaillant sur l’insuline – tout en enseignant la chimie physiologique à
la faculté de médecine –, sa curiosité est fortement piquée par le comportement de certaines enzymes. Alors qu’il s’efforce de purifier l’une
d’entre elles, il débouche sur la découverte de nouveaux composants
cellulaires, les «lysosomes» – sortes d’espaces de digestion intra-cellulaires –, puis les «peroxysomes» - organites micro-corpusculaires générateurs de chaleur impliqués dans le fonctionnement du métabolisme.
«C’est comme cela que je suis devenu un biologiste de la cellule et que
je n’ai jamais élucidé le fonctionnement de l’insuline…»
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
Photo Jacques Robert © Gallimard
VOYAGE AU CŒUR DE LA CELLULE
ILYA PRIGOGINE
Ces découvertes et les méthodes chimiques de fractionnement et de
précipitation des protéines mises au point afin d’investiguer la cellule
(«Je n’ai jamais utilisé un microscope électronique de ma vie», confie-til), lui valurent de se partager avec Albert Claude et Georges Palade le
Prix Nobel 1974 de Médecine ou de Physiologie, pour leurs contributions
à la connaissance de «l’organisation structurelle et fonctionnelle de la
cellule».
SCIENCE ET COMMUNICATION
L’attribution du Prix Nobel a exercé une influence considérable sur les
travaux des deux chercheurs et surtout sur la propagation de leurs
idées en-dehors de la communauté scientifique. Leurs ouvrages portent
la marque de leurs tempéraments respectifs. Tous deux, pourtant, font
œuvre narrative davantage que descriptive. Prigogine restitue la physique à sa dimension de récit de l’histoire de l’univers, Christian de
Duve raconte l’épopée du vivant.
Pétri de spiritualité, Christian de Duve a de réels bonheurs d’écriture, un
sens inné de la métaphore percutante, un humour délicieux qui confine
parfois à l’espièglerie. Les termes scientifiques attachés à l’univers de la
45
DOSSIER
cellule font immanquablement songer à un
nouveau répertoire d’insultes pour le Capitaine
Haddock : «réticulum
endoplasmique», «appareil de Golgi», «cytosol», «mitochondrie»,
«chloroplaste» ou «ribosome». Qu’il nous pardonne cette irrévérence,
elle n’enlève évidemment rien à la rigueur de
ses livres…
Plus philosophiques,
ceux de Prigogine présentent une discussion
souvent serrée des
CHRISTIAN DE DUVE
implications métaphysiques de ses travaux et
abondent en équations.
A propos de son dernier ouvrage, La fin des certitudes, Roger-Pol Droit
écrivait dans le journal Le Monde : «Si l’on ignore ce que sont l’application de Bernouilli, l’exposant de Lyapounov, l’opérateur de Pesson-Frobenius, la transformation du boulanger, l’espace de Hilbert ou les Grands
Systèmes de Poincaré <à moi, Hergé !, ndlr>, inutile d’insister ! (…)
Paradoxe de cet ouvrage : il rend sensible la distance séparant ces
deux mondes <les deux cultures, ndlr> alors même qu’il s’efforce, en un
sens, de l’annuler.»
Cette considération critique ne vise pas à réduire le formidable apport de
Prigogine à la pensée contemporaine. Elle entend seulement rappeler
qu’en matière de vulgarisation, comme dans toute communication, le
chemin n’est jamais unilatéral : un effort important doit être consenti
tant par l’émetteur que par le récepteur. Pour valider un réel échange, il
faut la rencontre entre une volonté de partage et une capacité d’écoute. ■
Bibliographie succincte :
• PRIGOGINE, Ilya et STENGERS, Isabelle
La nouvelle Alliance. Paris : Gallimard, 1986. - 439 p. - (Folio Essais). - ISBN 2-07-032324-2
Entre le temps et l’éternité. Paris : Fayard, 1988. - 222 p. - ISBN 2-21-302172-4
• PRIGOGINE, Ilya
La fin des certitudes.Paris : Odile Jacob, 1996. - 223 p. - ISBN 2-73-810330-8
• de DUVE, Christian
La cellule vivante . Bruxelles : De Boeck Université, 1987. - 437 p. - ISBN 2-80-410966-6
Poussière de vie. Paris : Fayard, 1996. - 588 p. - ISBN 2-21-359560-7
À l’écoute du vivant Paris : Odile Jacob, 2002. - 401 p. - ISBN 2-73-811166-1
D’AUTRES THEMES
FEMMES ET SCIENCES :
radioscopie
par Martine JAMINON
n récent rapport de la Direction générale Recherche de
la Commission européenne fait état du besoin de
quelque 750 000 personnes dans le secteur de l’innovation, d’ici 2010. Or les jeunes sont de moins en moins attirés par
les carrières scientifiques. La perspective d’utiliser le réservoir
humain que constituent les femmes semble donc indispensable
U
46
pour assurer la relève économique de ce nouveau millénaire. Intégrer les femmes dans le secteur de la recherche et du développement se justifie d’autant plus que les entreprises voient une nécessité de s’allier des équipes à compétences multiples, la diversité au
sein de l’entreprise étant une source certaine d’excellence. Ajoutons à cela que les femmes deviennent de plus en plus des déci-
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
deuses en matière de choix de consommation, situation renforcée
par la modification du fonctionnement de la famille, l’augmentation
constante du nombre de familles monoparentales et, partant, par le
fait que les hommes commencent à modifier leur ratio
travail/famille. Enfin, épinglons que la force active diminue et on
comprendra aisément les enjeux économiques que peut représenter la participation accrue des femmes dans les organes de
décision de politiques scientifiques, dans la création ou le développement des entreprises ainsi que dans la recherche universitaire
ou industrielle.
Consciente de ces enjeux, la Commission européenne impose, dans
la mesure du possible, une participation de 40% de femmes dans les
différentes commissions chargées d’examiner les projets de recherche et développement. De même, des projets ne prenant pas en
compte la dimension du genre, donc notamment l’impact des recherches sur l’un et l’autre sexe, se voient sanctionnés. Il est impératif de
réaliser que des projets peuvent perdre plus de dix places dans le
classement si ce caractère « genre » est non ou mal pris en compte.
De tels projets ne seront dès lors pas financés.
Ces actions, élaborées au niveau européen, ne sont pas toujours suivies au niveau national ou local. Selon les statistiques publiées
dans le rapport National Policies on Women and Science in Europe
établi par le groupe d’expertes européennes dit de Helsinki, il y a
environ 55% de femmes diplômées par les universités et grandes
écoles contre 45% d’hommes. En Belgique, cette proportion est
identique. Cependant, seulement 35% de filles obtiennent un
diplôme de docteur. Si les universités belges comptent un personnel
scientifique à 40% féminin, elles élisent seulement 7% de femmes en tant que professeurs ordinaires correspondant au plus haut
grade de la carrière universitaire. Ces chiffres se retrouvent partout
en Europe, avec quelques variantes dans les échelons intermédiaires, mais toujours, cette proportion infime de femmes dans les
postes supposés à « pouvoir ». On parle de tuyau percé et de plafond de verre.
Ces statistiques globalisent l’ensemble des disciplines représentées
dans les universités. La situation s’aggrave encore si on s’intéresse
spécifiquement aux filières scientifiques et techniques : les 15 pays
de la Communauté européenne comptent en moyenne 40% de filles
engagées dans des études scientifiques (30% en Belgique) et 20%
dans des études d’ingénieur (20% en Belgique). Le nombre de professeurs féminins dans les facultés de sciences et de sciences appliquées se comptent quasi sur les doigts d’une main !
En Belgique, la recherche se fait à 45% dans le secteur public contre
55 % au niveau industriel. Il n’existe pas de statistiques différenciées
par sexe au niveau industriel ! En Europe, seulement 15% de femmes participent à la recherche dans le secteur de l’industrie.
Les raisons de ces disproportions sont multiples. Il est indubitable que les difficultés que rencontrent les femmes pour concilier
vie familiale et vie professionnelle constituent un frein dans
l’avancement de la carrière. Néanmoins, ce cliché n’en est pas
l’unique cause. Certains, et certaines, se plaisent à épingler le
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
manque d’ambition des femmes. Certes, on ne peut pas nier que
bon nombre de femmes cessent de briguer toute progression
hiérarchique, mais quelle en est la cause : besoin de sérénité,
besoin de vie « tranquille » ou trop de pièges et d’entraves dans
leur parcours ?
Une autre raison qui ressort des rapports européens ETAN (European
Technology Assessment Network) et WIR (Women in Industrial
Research) est la prépondérance masculine dans les réseaux où les
prises de décision se concentrent. Enfin une discrimination envers les
femmes est encore de mise dans ce presque dernier bastion de la
suprématie masculine. Un article publié dans la revue scientifique
Nature par deux femmes médecins suédoises, C. Wennerås et A.
Wold, met en exergue qu’une femme doit publier 2,6 fois plus qu’un
homme pour être reconnue avoir les mêmes compétences scientifiques! Souvent, cette discrimination est non voulue et ne relève
pas de mauvaise volonté. Il faut donc la mettre en évidence chaque
fois qu’elle peut être identifiée.
Que peut-on ou que devrait-on faire pour qu’un système de complémentarité homme-femme puisse s’installer dans le secteur des
sciences, des techniques et plus généralement du travail quel qu’il
soit ? Focalisons- nous sur les actions que peuvent mener industries
et gouvernements, tant en faveur des femmes que des hommes
d’ailleurs. Au niveau industriel, les recommandations seront de rendre l’environnement de travail le plus attractif possible, en valorisant
notamment les résultats et non les heures de présence, d’assurer un
haut degré de transparence lors des promotions internes ou externes, de présenter une politique d’équilibre entre vies professionnelle et familiale, d’accorder des congés parentaux et quelques facilités pour la prise en charge des enfants et des membres malades de
la famille, de permettre des horaires de travail flexibles et éventuellement le télétravail, et de développer des réseaux mixtes et un
système de mentoring. Enfin, il serait souhaitable que les industries
s’inscrivent en partenaires des établissements scolaires, en accordant des bourses d’études ou de voyage et en déléguant des femmes cadres au sein de ces établissements de manière à démonter
les stéréotypes de genre.
Au niveau gouvernemental, la législation doit assurer « un salaire
égal pour un travail égal » et permettre l’établissement des congés
parentaux. Des statistiques ventilées par sexe doivent être collectées
et des recherches sur les femmes travaillant dans l’industrie doivent
être financées. Ces statistiques et recherches doivent être utilisées
pour réviser les politiques nationales.
Enfin les différents gouvernements doivent supporter les projets
tendant à promouvoir la place des femmes dans la science et l’industrie. C’est ce que font notamment les ministres de la Région
wallonne, Serge Kubla et Philippe Courard, et le Ministre-Président de
la Communauté française, Hervé Hasquin, en subventionnant l’événement « Féminin-Masculin » qui aura lieu à Liège du 10 novembre
2004 au 31 janvier 2005 et qui réunira dans un projet commun de
valorisation des compétences professionnelles féminines la Maison
de la Science, l’Aquarium-Musée de Zoologie, la Maison de la Métallurgie et des Techniques et le Centre d’Histoire des Sciences et des
Techniques. ■
47
DOSSIER
SCIENCE ET LITTÉRATURE :
amour et désamour
par Michel BOUGARD
ci un poète qui se complaît à se moquer de la mathématique
qu’il n’a jamais comprise; là un physicien qui se flatte de ne
plus lire le moindre roman. Il s’agit sans doute d’un cliché
proche de la caricature dont l’histoire et les tristes conséquences ont
déjà été analysées (Snow, Les deux cultures). À vrai dire, cette césure
radicale entre « scientifiques » et « littéraires » ne remonte qu’au XIXe
siècle. Quand Galilée entreprend de diffuser ses travaux sur le mouvement, il rédige des Dialogues qui mettent en scène trois personnages.
Nul indice de schizophrénie culturelle chez Jean-Jacques Rousseau
quand il écrit un cours de chimie (Les institutions chymiques), ni chez
Goethe quand il s’inspire des dernières théories physiques pour écrire
Les affinités électives.
I
Par après, le « romantisme » va porter de rudes coups à cette complicité naturelle entre les créativités scientifiques et littéraires. Hugo,
presque solitaire, tentera de réconcilier les amants déchirés. À l’opposé de Flaubert dont le Bouvard et Pécuchet dénonce la bêtise prétentieuse de certains scientifiques. C’est aussi l’époque où un Jules
Verne diffuse l’actualité des découvertes scientifiques et techniques
sous forme romancée. Ni véritable écrivain de science-fiction, ni anticipateur, Verne est plutôt le véritable inventeur du « roman scientifique »
où la littérature est le vecteur de la science.
Science dans la littérature, ou plutôt apport de la science à la littérature, dans
les démarches plus récentes d’OuLiPo réunissant des mathématiciens et des
écrivains intéressés par des problèmes de création littéraire sous contrainte.
Queneau, Calvino et Perec s’amusèrent ainsi à violer les frontières entre
science et littérature en introduisant de véritables algorithmes dans leurs
oeuvres. Aujourd’hui l’Atelier de Littérature Assistée par la Mathématique et
les Ordinateurs (ALAMO) animé par Paul Braffort et Jacques Roubaud propose des logiciels interactifs d’aide à la création littéraire.
Science et littérature, c’est aussi envisager les sciences comme thèmes
romanesques. Umberto Eco, dont le travail de sémiologue établit un
contact étroit entre l’analyse scientifique et la création littéraire, a écrit
plusieurs romans s’articulant autour d’épisodes de l’histoire des sciences (Le pendule de Foucault, L’île du jour d’avant). Michel Rio produit des
livres qui veulent dépasser le cloisonnement entre disciplines et où l’érudition scientifique de l’écrivain alimente sa réflexion sur la connaissance (Le principe d’incertitude, Les jungles pensives). Citons encore
Primo Levi, chimiste de formation, dont Le système périodique retrace
l’histoire d’une génération d’Italiens à travers la métaphore du combat
de l’homme pour maîtriser la matière. Plus récemment l’astrophysicien
Jean-Pierre Luminet a brillamment démoli le clivage poésie/science en
montrant que l’une et l’autre exigent la même curiosité qui pousse à
explorer différents langages, différents moyens d’expression (L’univers
48
et les poètes, Le rendez-vous de Vénus). Ou encore le mathématicienromancier Denis Guedj : Le théorème du perroquet, Les cheveux de
Bérénice.
Il est impossible d’évoquer toutes les œuvres où science et littérature se
fécondent mutuellement (et nous ne parlerons pas ici de véritable
science-fiction). Terminons par le théâtre où plusieurs œuvres marient
savoir et émotion à travers une thématique scientifique. Il y a bien sûr La
vie de Galilée de Bertolt Brecht, ou encore Les physiciens de Friedrich
Dürrenmatt qui prolonge les inquiétudes de Brecht quant aux pouvoirs de
la science moderne. Il y a peu, d’autres pièces ont présenté des thématiques scientifiques comme ressort dramatique : Copenhague (de
Michaël Frayn), sur la polémique entre Bohr et Heisenberg, Arcadia (de
Tom Stoppard), à propos des théories sur le chaos et les fractales, ou
encore Preuve (de David Auburn). Il y a aussi ces scientifiques qui proposent des pièces de théâtre pédagogique : Daniel Raichvarg et le chimiste Carl Djerassi (Calculus, NO). Ou encore cet essai de « scientifiction »
de la philosophe des sciences Isabelle Stengers, mise en scène d’un
échange de correspondance fictif entre les deux géants de la physique
et de la mathématique : Leibniz et Newton. À chaque fois la rigueur de
l’écrivain n’a rien à envier à celle du scientifique. tre constamment
appliqué, critiquer ses résultats, se remettre en cause, voire même
expérimenter, voilà autant d’attitudes qui sont au cœur de leurs pratiques
respectives. ■
Quelques ouvrages de référence :
• BRAFFORT, Paul
Science et littérature. –
Diderot Multimédias, 1999. Cet ouvrage est épuisé mais on peut le consulter en ligne sur le site :
www.paulbraffort.net/science-et-lit/science-et-lit.html
• Dossier « Science et littérature » sur le site de la Cité des Sciences et
de l’Industrie (Paris) :
www.cite-sciences.fr/apprendre/francais/sciences/fs_sl.htm
• GARBAGNATI, Lucile, MONTACLAIR, Florent, VINGLER, Dany,. –
Théâtre et science. –
Presses du Centre UNESCO de Besançon, 1998.
• RAICHVARG, Daniel
Science et spectacle. figures d’une rencontre. –
Z’Editions, 1998.
• La revue ALLIAGE, véritable lieu de rencontre entre la création culturelle
et la recherche scientifique (certains articles sont accessibles en ligne) :
www.tribunes.com/tribune/alliage/accueil.htm
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
L’ÉVEIL DES PLUS JEUNES
AUX DÉMARCHES SCIENTIFIQUES
par Michel DEFOURNY,
maître de conférences à l’Université de Liège
« JE SAIS PLEIN DE CHOSES » DÉCLARE UN ENFANT DANS UN SUPERBE ALBUM D’ANN ET PAUL
RAND (1). ET CE PETIT GARÇON D’ÉNUMÉRER AVEC FIERTÉ SES CONNAISSANCES DE PETIT CURIEUX
À L’AFFÛT D’UN OISEAU QUI S’ENVOLE OU D’UN GLAND QUI TOMBE D’UN ARBRE. IL ÉCOUTE, IL
REGARDE, IL CREUSE, IL GRIMPE, IL MESURE, IL ASSOCIE ET IL FAIT PREUVE DE PATIENCE…
omme le petit héros de Je sais plein de choses, les enfants
manifestent très tôt leur besoin de comprendre le monde qui
les entoure. Ils se posent et nous posent mille questions ;
pour interpréter tel ou tel phénomène, ils s’inventent des histoires et
leurs hypothèses, aussi saugrenues soient-elles au regard de l’adulte,
témoignent de leur capacité à construire du sens. Comme en témoigne
la préface qu’il écrivit pour le livre d’Etienne Delessert, Comment la
souris reçoit une pierre sur la tête et découvre le monde, Jean Piaget
acceptait les détours que font les enfants pour se représenter le monde ;
les explications scientifiques viendraient au moment opportun (2).
C
S’il est inutile de surcharger le jeune enfant de connaissances érudites qui
n’en feraient qu’un perroquet ou un singe de salon, la sensibilisation à des
démarches scientifiques peut se faire très tôt et quelques albums de fiction peuvent y aider. Je reprendrai ici, en y ajoutant quelques autres, des
titres que j’ai déjà présentés dans mon bref panorama, De quelques
livres qui ont aidé les enfants à découvrir le monde et à réfléchir (3).
Ces albums invitent le très jeune enfant à observer, noter, classer, mesurer, manipuler, comparer, expérimenter, interpréter… Même un petit
pipi de rien du tout dans l’herbe peut être à l’origine de bien des observations, comme en fait l’héroïne de Pipi dans l’herbe (4) de Magali Bonniol qui regarde avec attention pendant quelques instants comment
réagissent les fourmis et la coccinelle qu’elle a dérangées.
CLASSER
Collecter, collectionner, classer, activités instinctives propres à l’enfance,
mais qui conduisent à trouver des critères de plus en plus précis ou subtils pour mettre de l’ordre dans ce qui a été accumulé. Ainsi peut-on collectionner Un tas de petites choses (5), comme l’a fait Momoaki Tomita,
et former des familles de graines, de choses à manger, d’objets piquants,
de bestioles qui vivent dans l’eau ou sous l’eau… Dans son livre qui
s’adresse à de très jeunes enfants, les objets apparaissent grandeur
nature. Sans doute, cet album éveillera-t-il l’envie de commencer à
rassembler des « trésors ».
La recherche de critères dans une démarche de catégorisation est abordée dans Mais où est donc Ornicar ? (6) de Gerald Stehr et Willi Glasauer,
qui a d’ailleurs séduit des scientifiques canadiens du plus haut niveau qui
lui ont décerné en 2002 le Prix « La Science se livre ». Après les vacan-
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
ces, les élèves se retrouvent en classe avec plaisir, les poules, l’éléphant, les manchots, le panda, les ratons laveurs, le chimpanzé, l’escargot. Et l’institutrice pour former les groupes cherche des dénominateurs
communs « d’un côté les buveurs de lait, d’un autre ceux qui ont un bec
et des plumes… ». Tout le monde a vite compris, cependant un « nouveau » cherche vainement « sa » place et confie ses larmes à la maîtresse. Il boit du lait, alors qu’il est né dans un œuf ; ses pattes antérieures sont palmées, les postérieures sont griffues ; il a des dents alors
qu’il a un bec semblable à celui d’un canard. Chacun aura reconnu dans
l’élève en désarroi l’inclassable ornithorynque ! Dès lors, en bonne pédagogue, pour qu’Ornicar puisse s’intégrer à la classe, l’institutrice formera des groupes de niveau en fonction des compétences de chacun. Ce
type de classement permettra à Ornicar de s’intégrer. Quelle superbe histoire pour servir de support à une réflexion sur les classifications et les
critères pertinents, pour prendre conscience également que le réel est
toujours plus complexe que nous ne le soupçonnions.
PERSPICACITÉ, ENTÊTEMENT, IMAGINATION
Apprendre quelque chose à un enfant, a-t-on l’habitude de répéter,
c’est l’empêcher de faire des découvertes personnelles. Quelle joie de
chercher jusqu’à ce que l’on trouve ! Perspicacité, entêtement, imagination sont mobilisés. Et l’effort est toujours indispensable.
Les découvertes de Nick (7) de Sven Nordkvist montre un drôle de petit
être mi-animal mi-humain qui tombe par hasard sur un objet étrange pour
lui : une chaise renversée. « A quoi pourrait servir un pareil machin ? »,
se demande le bonhomme qui tente de résoudre l’énigme par essais et
erreurs ? Il observe, il manipule, il écoute ce que d’autres qui ont l’air de
connaître lui racontent et, finalement, la solution lui saute aux yeux !
Encore faut-il procéder aux dernières vérifications avant d’être tout à fait
sûr d’être assis correctement sur la chaise. Les choses auraient pu en
rester là, mais, peu après, Nick rencontre sur son chemin un second
objet bizarre, à l’origine de nouveaux défis, de nouveaux efforts et de
nouvelles découvertes.
EXPÉRIMENTER
Qui lit entre les lignes s’apercevra peut-être qu’un album éloigné en
apparence du monde des sciences peut cacher les règles d’une démarche
49
DOSSIER
aussi rigoureuse que l’expérimentation. Sylvestre et le caillou magique (8)
de William Steig raconte la disparition mystérieuse d’un ânon.
Alors que le jeune Sylvestre se baladait dans la campagne, il ramassa un
superbe caillou rouge et lisse, très différent de ceux de sa collection.
Soudainement, la pluie se mit à tomber refroidissant la température.
Mais elle cessa aussitôt, juste après que l’ânon qui grelottait eut souhaité
le retour du beau temps. Jamais un vœu de Sylvestre ne s’était réalisé
aussi rapidement. Il devait y avoir de la magie là-dessous, se dit-il. « Ne
serait-ce pas ce caillou ? » A partir de cet instant, Sylvestre tenta de
vérifier son hypothèse. Il isola un à un les paramètres afin de déterminer
les conditions d’apparition du phénomène. Pour être opérant, où le
caillou devait-il se trouver ? D’autre part, fallait-il qu’il exprimât verbalement son vœu ou suffisait-il qu’il le pensât ? Son pouvoir était-il
limité à la météo ou son champ d’application était-il plus large ? Pouvait-on, dès lors, généraliser ? Au terme de ces investigations et vérifications, Sylvestre put presque formuler une loi : la magie opérait lorsqu’il émettait un souhait, peu importe sa forme, en étant en contact
direct avec le caillou. La fin du récit confirma la règle, puisque Sylvestre,
qui avait été métamorphosé en rocher à la suite d’un vœu malencontreux, retrouva sa forme d’âne, lors de la conjugaison des facteurs précédemment mis en lumière.
Pour les petits, une histoire vaut mieux que de longs discours théoriques.
« Avec une histoire je comprends » a l’habitude de répéter Marcus
Osterwalder l’un de nos meilleurs éditeurs en documentaires pour les
jeunes. Et nous sommes de son avis. Commençons tôt à initier les
enfants à la rigueur, tout en respectant leur intelligence qui s’éveille, une
attitude scientifique, somme toute ! ■
50
(1) RAND, Ann, RAND, Paul
Je sais plein de choses. –
Paris : Ed. de l’Ampoule, 2003. – L’édition originale est parue aux Etats-Unis en
1956.
(2) DELESSERT, Etienne
Comment la souris reçoit une pierre sur la tête et découvre le monde / préface de
Jean Piaget. –
Paris : L’école des loisirs, 1971.
(3) DEFOURNY, Michel
De quelques livres qui ont aidé les enfants à découvrir le monde et à réfléchir. –
Paris : Archimède, 2003.
(4) BONNIOL, Magali
Pipi dans l’herbe. –
Paris : L’école des loisirs, 2000.
(5) TOMITA, Momoaki
Un tas de petites choses. –
Paris : Circonflexe, 1990. – (Aux couleurs). –
(6) STEHR, Gérald, GLASAUER, Willy
Mais où est donc Ornicar ? . –
Paris : Archimède, 2000.
(7) NORDKVIST, Sven
Les découvertes de Nick. –
Paris : Archimède, 1998. – Cet album reprend deux titres parus en Suède,
respectivement en 1988 et 1991.
(8) STEIG, William
Sylvestre et le caillou magique. –
Paris : Flammarion, [s.d.] . – On s’étonne que ce grand classique, épuisé depuis
longtemps n’ait jamais été réédité.
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
LE MONDE DE LA SCIENCE-FICTION
DANS LA BANDE DESSINÉE
par Jacques FIERAIN,
bibliothécaire en chef honoraire
BREF RAPPEL HISTORIQUE
En janvier 1929 paraît la première bande de science-fiction : Buck
Rogers in the year 2419, sur dessin de Dick Calkins et scénario de Philip F. Nowlan. Dans la décennie qui va suivre, les créateurs des EtatsUnis vont élargir considérablement ce nouveau créneau de «comics» :
ce sera tour à tour Brick Bradford de Clarence Gray et William Ritt en
1933, Flash Gordon d’Alex Raymond et Mandrake the magician de Phil
Davis et Lee Falk en 1934, The Phantom de Ray Moore et Lee Falk en
1936, Superman de Jerry Siegel et Joe Shuster en 1938 et Batman de
Bob Kane en 1939. Dans ces séries, la science-fiction va se doubler de
variantes qui seront à la base de nouvelles filières : le «space opera» (qui
a pour cadre l’espace extra-atmosphérique), le surhomme, parfois masqué, qui donnera encore par la suite des héros comme Spiderman,
Wonderwoman, Captain Marvel ou encore Captain America, dans les
années ‘50 à ’60. En Europe, l’Italie, la France et la Grande-Bretagne sont
les premières nations à offrir à leur public des bandes de science-fiction :
Les conquérants de l’avenir de Cesare Avai (1936), Saturne contre la
Terre de Giovanni Scolari (1937), Futuropolis de Pellos (1937) et Garth de
Steve Dowling (1943). Aux Etats-Unis, avec les héros surhumains comme
The Human Torch de Carl Burgos et Don Hare (1939), en 1940 les Planet
Comics vont héberger jusqu’en 1954 toutes les bandes de S.F., avec toutes leurs couleurs et leur éclat, qui vont influencer plus tard certains
auteurs français (voir infra).
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, en Europe, la science-fiction (qui avait été partiellement révélée au travers des bandes américaines fournies par les «syndicates» à des journaux comme Spirou ou
Bravo), va prendre un nouvel essor dans la bande dessinée avec Raymond Poïvet et ses Pionniers de l’Espérance parus dans Vaillant en
1945, La Guerre à la Terre d’Auguste Licquois et Marijac, dans Coq
Hardi en 1946, Kaza le Martien de Kline dans O.K. en 1946, ainsi qu’Edgar P.Jacobs et Le Rayon U (dans Bravo en 1943), suivi du Secret de
l’Espadon, publié dans Tintin en 1946. De 1951 à 1954, Sirius lance dans
Spirou son Epervier bleu dans des aventures spatiales, et en 1954,
Willy Vandersteen imagine, pour le Journal de Tintin, Le Fantôme espagnol voyageant dans le temps, dans la série Bob et Bobette qui fera souvent appel aux astuces de la S.F. (de l’hypnotisme au télétemps).
PARCOURS ÉVOLUTIF JUSQU’À NOS JOURS
Quand on tente de dresser un inventaire bibliographique des bandes
dessinées de science-fiction entre 1960 et aujourd’hui, on est amené à
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
certaines constatations : l’évolution (et la production) ne suivent pas la
même ligne aux Etats-Unis et en Europe, cette même évolution (et production) subit des creux et des pointes. Chacun peut en tirer les conclusions qu’il voudra : historiques, économiques ou sociales.
-
les années ’60 (nous examinerons séparément l’Europe et les
Etats-Unis) :
En Europe : avec l’apparition de Pilote et de la bande dessinée
«adultes», à côté de l’aventure destinée à tout public (Bob Morane et
ses Sortilèges de l’Ombre Jaune, Luc Orient et ses Soleils de Glace
ou encore Yoko Tsuno et ses Vinéens), apparaissent des héros et
héroïnes plus érotiques ou plus scientifiques : Barbarella de JeanClaude Forest, Les Naufragés du temps de Paul Gillon et J.-Cl.
Forest, Jodelle de Guy Pellaert, Lone Sloane de Philippe Druillet ou
Valérian de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin.
Aux Etats-Unis : un certain scénariste de talent, du nom de Stan
Lee va, avec quelques comparses et la maison Marvel, lancer des
personnages et un genre de science-fiction qui va tenir les devants
de la scène durant quelque temps : The Fantastic Four (avec Jack
Kirby), Spiderman (avec Steve Ditko), Hulk (avec Jack Kirby), qui
seront suivis (toujours avec Jack Kirby) des X-Men, Iron Man, Dr
Strange et The Silver Surfer. Dans tous ces personnages qui oeuvrent pour le bien collectif intervient aussi une notion de mutation qui
les rend surpuissants (comme l’avait été Superman avant la
guerre).
-
les années ’70 (où nous n’envisagerons que l’Europe, les Etats-Unis
continuant sur leur lancée des années ’60) :
Nous voyons se prolonger, dans une moindre mesure, le genre
«space-opera» des années précédentes, avec Dani Futuro de
Juan Gimenez et Victor Mora, Terran Stone de Michel Pierret
(dans l’hebdomadaire Spirou ) ou encore Tährn de Bernard
Dufossé. Mais à côté de ce genre, on voit naître des séries où la
science-fiction se mêle au réel quotidien, parfois historique, teinté
de suspense ou de fantastique : Adèle Blancsec de Jacques
Tardi, Alceister Crowley d’Antonio Cossu, Ian Kalédine de Ferry ou
Simon du Fleuve de Claude Auclair (qui introduit la notion de
conflit post-atomique).
-
les années ’80 :
Aux Etats-Unis, les labels indépendants (Image Comics, avec Marc
Silvestri, Scott Williams, Jim Lee, Scott Mac Farlane, etc), s’approprient les divers créneaux de la SF ; ils seront suivis et imités par
51
DOSSIER
Dark-Horse Comics (avec Frank Miller ou Mike Mignola) ou Malibu
Comics (avec Rune, par exemple) : la qualité du dessin s’accroît,
mais reste dans le style américain de la Marvel. Ce mouvement va
exercer une influence certaine sur quelques auteurs européens,
comme Moebius et Alexandre Jodorowski dans John Difool (en
1981), ou encore Caza dans Le Monde d’Arkadi, série qui bascule
très vite dans l’héroïc fantasy, une variété poussée de la S.F., selon
certains spécialistes ;
En Europe, Enki Bilal lance sa trilogie Nikopol (où les dieux de
l’Olympe se déplacent dans des engins spatiaux), en même temps
que Daniel Hulet commence sa série de Pharaon (qui mélange
espionnage, fantastique et S.F.). Toujours en mêlant polar et
science-fiction, Pierre Wininger lance Victor Billetdoux dans ses
aventures étranges, tandis qu’Antonio Cossu et Philippe Berthet
laissent se dérouler les élucubrations du Marchand d’idées. Dans
les pages de l’hebdomadaire Tintin, Michel Pierret dessine les
aventures extraterrestres de Papilio (sans album à la clef) et les
sœurs Janine et Renée Rahir échafaudent leurs histoires courtes
de Science-Fiction. Paul Gillon, pour sa part, construit avec talent
les aventures érotiques de son héroïne, La Survivante d’un conflit
post-atomique. Aldoma Puig et Jean-Michel Charlier, de leur côté,
créent l’unique aventure de Brice Bolt chez Dupuis. Les Anglais
Alan Moore et David Gibbons lancent leur série The Watchmen (qui
sera éditée aux Etats-Unis), pendant que l’Italien Paolo Eleutero
Serpieri commence sa sulfureuse série de Druuna, où érotisme et
science-fiction se côtoient dans un monde en pleine mutation.
Marcello et Alain De Kuysche créent la série aventureuse et mouvementée de Wayne Thunder, tandis que Griffo et Jean Van Hamme
créent la trilogie de S.O.S. bonheur, vision pessimiste du monde de
demain, que Marvano et Joe Haldeman nous entraînent derrière
leur héros Mandela dans une Guerre éternelle, et que Thierry Cayman, dans les pages de Tintin, nous emmène dans les aventures
sidérales de Mosquito.
52
-
les années ’90 : les Etats-Unis poursuivent leurs aventures des
années ’80, quelques Européens sont influencés par ce genre
(Jean-Yves Mitton et Mikros, Moebius et Le Monde d’Edena).
D’une manière globale, les créateurs franco-belges restent fidèles à leurs genres : Eddy Paape essaie de lancer Carol détective,
sur les traces de Luc Orient, Eric Loutte et Jacques Stoquart
adaptent en bandes dessinées Les Poisons de Mars d’Asimov,
Béhé et Toff créent les deux tomes de Péché mortel (ou la science
de demain), Griffo et Jean Dufaux créent Samba Bugatti ou les
démêlés avec la peste pourpre, Didier Convard imagine un monde
où les Chats sont les maîtres. Certains auteurs font revivre à travers une adaptation en bande dessinée des classiques de la littérature, tels Claude Laverdure et Luc Dellisse dans Voyage au
Centre de la Terre. D’autres, comme Léo (Luis Eduardo de Oliveira) imaginent un monde extraterrestre de demain dans Aldebaran. Quelques autres essais encore : Dallas Barr de Marvano et
Joe Haldeman, Wooly Wan de Benoît Roels et Pascal Renard,
Nomad de Sylvain Savoia, Philippe Buchet et Jean-David Morvan,
Editnalta de Didier Convard, Foudre de Christian Durieux et Luc
Dellisse, Exit d’Alain Mounier et Bernard Werber. Une série se
détache du lot, par son dessin puissant et son imagination débordante : La Caste des Méta-Barons de Juan Gimenez et Alexandre
Jodorowski.
-
les années d’aujourd’hui ou le 21e siècle :
Les cinq premières années de ce siècle nous font assister à
une véritable explosion de la science-fiction en bandes dessinées sous tous ses aspects. Nous ne retiendrons, dans ce panorama, que les séries qui mettent en œuvre les aspects «classiques» du genre, en laissant délibérément de côté les albums
nettement «héroïc-fantasy» qui constituent la plus grande part
de la production. Il ne sera plus fait mention non plus des
«comics» américains, pas plus que des «mangas» japonais :
nous avons un échantillonnage suffisamment représentatif en
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
France et Belgique ! Les séries sont citées dans l’ordre chronologique de parution, et nous vous renvoyons aux recensions
parues dans la revue Lectures pour juger du contenu. Mais
sachez, d’entrée de jeu, que nous rencontrerons de tout dans
ces albums : S.F.romanesque adaptée, aspect sociologique,
anticipation scientifique, space-opera, voyage dans le temps,
informatique…et humour.
- en 2000, Aleph de Dim et Istin ;
- en 2001 : Libre à jamais de Marvano et Haldeman (suite de La
Guerre éternelle), Aménophis IV de Le Roux et Dieter ; Alvin
Norge de Lamquet;
- en 2002 : S.T.A.R. de Cayman et Delperdange ; Bye bye Soho de
Cossu ; Bételgeuse de Léo (suite d’Aldebaran) ; Norbert l’Imaginaire de Vadot et Guéret ; Planète divine de Pompetti ;
- en 2003 : La Compagnie des Glaces (d’après G.-J. Arnaud) ;
Les Trois Vierges de Boccar et Sylaire (Hislaire) ; Mygala de
Genêt et Di Giorgio ; I.A.N. de Meyer et Vehlman ; Les Miroirs du
temps de Wininger et Dalmas ; Légende de Swolfs ; Alzéor de
Mondraggo de Caryn et Makyo ;
- et enfin en 2004 : Le dernier Troyen de Démarez et Mangin, où,
comme dans Nikopol, les héros de l’Iliade et de l’Enéide se déplacent dans des engins spatiaux.
CONCLUSIONS
A travers ce panorama, qui s’est voulu le plus complet possible mais ne
prétend nullement à l’exhaustivité, nous avons tenté d’apporter quelque
éclairage à un aspect de la bande dessinée que les bibliothécaires et les
lecteurs eux-mêmes n’arrivent pas toujours à définir nettement. Il suffit
de leur poser la simple question : «Pour vous, qu’est-ce que la sciencefiction en bande dessinée ?», et on se rend aussitôt compte que la
confusion surgit très vite entre S.F., héroïc-fantasy, fantastique, anticipation, space-opera, pour ne citer qu’eux.
Nous retiendrons, quant à nous, celle qui met en avant, dans la fiction du
scénario, l’évolution de l’humanité, en fonction de ses progrès scientifiques, qu’il s’agisse de sciences naturelles ou appliquées, en ce compris
la médecine et l’informatique (le Robert la définit aussi comme étant un
genre qui fait intervenir le scientifiquement possible dans l’imaginaire).
Nous maintenons le space-opera (exemplatif aussi au cinéma, comme
2001, a Space Odyssey de Stanley Kubrick ou les séries télévisées Star
Trek ou SG-1 Stargate). Nous écartons l’héroïc fantasy, dont l’aspect
scientifique est souvent délaissé au profit de l’aspect épique des héros.
Mais nous reconnaissons volontiers que la frontière n’est pas toujours
aisée à délimiter : l’important est de bien choisir sa définition ! Et de s’y
tenir. ■
QUELQUES SITES
par Alexandre LEMAIRE
SITES GRATUITS
Le site de la revue Pour la science présente le sommaire de son dernier
numéro (avec un ou deux articles en texte intégral), ainsi que des numéros précédents (depuis janvier 1997) et un index des articles parus
depuis 1977. Mais vous y découvrirez également, en rubrique « Librairie », des présentations d’un très grand nombre de livres publiés chez
Belin (éditeur associé à la revue) et regroupés par collections.
URL : http://www.pourlascience.com/
Le site du périodique scientifique La Recherche offre lui aussi le sommaire du dernier numéro, ainsi que des précédents (depuis janvier
1970). Vous y trouverez encore un index par auteurs et thèmes parus
depuis 1990. Vous pourrez enfin accéder à la base de données des critiques de livres parues dans la revue ; il vous faudra toutefois créer un
compte au préalable, mais c’est gratuit…
URL : http://www.larecherche.fr
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
53
DOSSIER
Le site de l’Association professionnelle des bibliothécaires et documentalistes (A.P.B.D.) propose des bibliographies sélectives sur des sujets de
sciences et d’informatique. Ces bibliographies thématiques (les ouvrages
de physique générale, les livres d’initiation au langage de programmation C, les livres de statistiques, etc.) s’avèrent très complètes. Elles ont
au demeurant le mérite de présenter les ouvrages par niveaux de difficulté, ce qui apporte une valeur ajoutée considérable. Chaque recension
propose en outre une description bibliographique ISBD soignée, un commentaire sur la monographie analysée ainsi que les vedettes-matière
RAMEAU et les indices CDU.
URL : http://www.apbd.be/sciences.htm
Le site La main à la pâte lié à l’opération visant les enfants de primaire
et lancée en 1996 par Georges Charpak, prix Nobel de physique français,
présente dans sa rubrique « Documentation scientifique » une série de
thèmes pour lesquels vous trouverez (en cliquant sur « Autres horizons » dans le cadre de gauche) des listes de documents (y compris
électroniques) sur les thèmes proposés. Par ailleurs, le site offre un
grand nombre d’informations directes sur les sciences.
UN SITE PAYANT
Si vous avez un pouvoir organisateur compréhensif (et pas trop désargenté !), il y a bien entendu l’incontournable base de données Electre,
accessible à celui qui en obtiendra le sésame ; il s’agit en effet d’un système de mot de passe fourni contre monnaie sonnante et trébuchante,
dont il est sans doute préférable de taire le prix…vous risqueriez de trébucher vous-même !
Bien que couvrant tous les domaines et tous les genres littéraires, l’interface de recherche d’Electre est très performante et permet d’effectuer
des requêtes par thèmes liés aux indices Dewey ou par sujets Rameau.
L’outil vous offre donc notamment de nombreuses possibilités de sélection d’ouvrages de sciences et techniques.
Pour ceux qui en ont les moyens, le jeu en vaut la chandelle, d’autant
que vous pouvez aussi télécharger les notices avec un système de paniers. Mais alors, fini le plaisir du catalogage ? Pas tout à fait : il vous
restera encore à convertir tous les indices Dewey en indices CDU…
URL : http://www.electre.com
URL : http://www.inrp.fr/lamap/scientifique/accueil.html
D’AUTRES PISTES
« Notre environnement est de plus en plus marqué par les sciences et
les technologies ; leurs applications bouleversent nos habitudes, modifient nos façons de vivre, interrogent l’éthique. Il devient nécessaire
que chacun puisse comprendre l’évolution de ce monde. Or, la majorité
de la population considère les sciences comme un domaine qui lui est
étranger, réservé à quelques spécialistes.
Il importe donc de rétablir curiosité et motivation au sujet des sciences
et des techniques, de les intégrer dans la culture de notre temps, de soulever les questions posées par le développement des nouvelles technologies. » Telle est la noble mission dont s’est investi le Forum des sciences, institution localisée à Villeneuve d’Ascq, en France, et dont on ne
pourrait mieux refléter la vocation qu’en reprenant leurs propres mots !
Le Forum des sciences possède un centre de documentation spécialisé
dont le catalogue est accessible via leur site Web (choisir « Catalogue du
fonds documentaire » dans le menu « Services » ). En passant, jetez un
coup d’œil aussi à la page « Catalogue des outils itinérants », il y a fort
à parier que vous ne serez pas déçu !
Vous pourrez encore accéder à d’autres ressources pour vos sélections
de documents de sciences et techniques via le portail de l’A.P.B.D. (la
page de liens du site de l’association). Vous y trouverez sans doute
votre bonheur au sein des rubriques « Catalogues de bibliothèques en
ligne » (éh oui, pourquoi ne pas s’inspirer de la sélection réalisée par nos
collègues d’autres institutions !) et « Librairies et édition », à la sousrubrique « Catalogues de librairies en ligne ».
URL : http://www.forum-des-sciences.tm.fr/
URL : http://www.apbd.be/liens.htm
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Lectures 136 | Mai-Juin 2004
DOSSIER
LES SCIENCES EN 24 SITES WEB
FRANCOPHONES
par Jean-Michel DEFAWE,
président de la F.I.B.B.C.
ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE
BIOLOGIE
http://www.infoscience.fr/index.php3
Biologie et Multimédia
http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/
http://www.sciencepresse.qc.ca/
PHYSIQUE
http://univers-nature.com
SCIENCES : GÉNÉRALITÉS
Sciences-Citoyen
http://science-citoyen.u-strasbg.fr/
Cité des Sciences
http://www.cite-sciences.fr/francais/plan.htm
Palais de la découverte
http://www.palais-decouverte.fr/
Vulgarisation de physique
http://www.e-scio.net/
GÉOLOGIE
Volcans
http://volcanoes.free.fr/indexl.htm
Planète terre
http://www.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/intro.pt/planete_terre.html
MÉDECINE
HISTOIRE DES SCIENCES
Histoire de l’Informatique
http://histoire.info.online.fr/
Médecine : Neurojeu
http://www.ccsti-grenoble.org/neurojeu/index.html
MATHÉMATIQUES
Histoire de la Chimie
http://histoirechimie.free.fr/
Histoire des Mathématiques
http://www.chronomath.com/
http://www.automaths.com/
ENVIRONNEMENT
http://www.ulb.ac.be/ceese/meta/cdsfr.html
ENSEIGNEMENT DES SCIENCES
DIVERS
Enseigner les sciences à l’école maternelle et primaire
http://www.inrp.fr/lamap/
http://www.lesdebrouillards.qc.ca/
Année de l’eau
http://www.unesco.org/water/index fr.shtml
Enseignement des sciences (secondaire)
http://www.ens-lyon.fr/Planet-Terre/
Eoliennes
http://www.eole.org/
Ressources pédagogiques
http://artic.ac-besancon.fr/svt/#
Histoire de la bicyclette
http://members.aol.com/maujas/veloweb/Page1.html
Boissons
http://www.esj-lille.fr/atelier/magan2/comptoir/index.html
Lectures 136 | Mai-Juin 2004
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DOSSIER
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
(quelques ouvrages parus en 2003 et 2004)
par Christian L’HOEST,
• ALLEGRE, Claude
Un peu de science pour tout le monde / Claude Allègre. – Paris : Fayard, 2003. –
404 p. : ill. ; 24 cm. – ISBN 2-213-61497-0 (Br.)
• CENTRE DE LECTURE PUBLIQUE DE LA COMMUNAUTE FRANCAISE (Bruxelles)
Les Bibliothèques scientifiques : 150 rencontres sur 150 thèmes scientifiques /
Centre de lecture publique de la Communauté française ; préface par Robert
Halleux et Yvette Lecomte ; méthodologie par Christian L’Hoest. –
Bruxelles : Centre de lecture publique de la Communauté française, 2003. –
68 p. : couv. ill. ; 30 cm. – (Les Cahiers du C.L.P.C.F. ; 5). – ISBN 2-930071-31-1
(Br.)
• UNIVERSITE DE TOUS LES SAVOIRS
Qu’est-ce que la diversité de la Vie / sous la direction d’Yves Michaud. – Paris :
Odile Jacob, 2004. – 408 p. : ill. ; 22 cm. – (Université de tous les savoirs). –
Textes de conférences données en 2002. – ISBN 2-7381-1307-9 (Br.)
• WATSON, James D.
Gènes, génome et société / James D. Watson. – Paris : Odile Jacob, 2003. – 24
cm. – (Sciences). – ISBN 2-7381-1336-2 (Br.)
• DAJOZ, Roger
Précis d’écologie / Roger Dajoz. – Nouvelle présentation. – Paris : Dunod, 2003. –
VII, 615 p. : ill. ; 24 cm. – (Sciences Sup). – ISBN 2-10-007446-6 (Br.)
• DURAND, Claude
Regards sur les biotechnologies / Claude Durand. – Paris : L’Harmattan, 2004. –
296 p. ; 24 cm. – (Sciences et société). – Bibliogr. – ISBN 2-7475-5789-8 (Br.)
• KHAN, Axel
Bioéthique et liberté / Axel Khan, Dominique Lecourt. – Paris : P.U.F., 2004. – 114
p. ; 19 cm. – (Quadrige. Essais, débats). – ISBN 2-13-054298-0 (Br.)
• NGO, Christian
Déchets et pollution : impact sur l’environnement et la santé / Christian Ngô,
Alain Régent ; préface de Bernard Bigot. – Paris : Dunod, 2004. – XV, 134 p. : ill.
; 22 cm. – (UniverSciences). – Bibliogr. – Index. – ISBN 2-10-007922-0 (Br.)
• SCIENCE…
Science en bibliothèque / sous la direction de Francis Agostini. – Paris : Cercle de
la librairie, 1994. – 400 p. ; 24 cm. – (Bibliothèque). – ISBN 2-7654-0558-1 (Br.)
© Photo Céline Lambiotte
• SERALINI, Gilles-Eric
Génétiquement incorrect : OGM, clonage, thérapie génique en question / GillesEric Séralini. – Paris : Flammarion, 2003. – 272 p. ; 22 cm. – ISBN 2-08210094-4 (Br.)
• SERRES, Michel
Jules Verne, la science et l’homme contemporain : conversations avec Jean-Paul
Dekiss / Michel Serres. – Paris : Le Pommier, 2003. – 220 p. ; 20 cm. – (Essais).
– ISBN 2-7465-0153-8 (Br.)
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