séquence 1
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séquence 1
SÉQUENCE 1 : OBJETS INANIMÉS, AVEZVOUS DONC UNE ÂME ? Séquence inspirée du manuel Français, livre unique, première, séries technologiques, édition Hachette éducation, 2007. Objet d’étude : la poésie Problématique : En quoi les objets du quotidien peuvent-ils se révéler poétiques ? Et comment le regard du poète, allié à une réflexion sur le monde et à un travail sur la langue, peut-il transformer un objet quotidien en une œuvre d’art ? Lectures analytiques o C. BAUDELAIRE, « L’Horloge », Les Fleurs du Mal, 1857. Etude de la façon dont l’horloge est présentée comme un ennemi sans pitié qui rappelle à l’homme impuissant sa condition de mortel. o A. RIMBAUD, « Le Buffet », Poésies, 1870. Etude de la manière dont le buffet est présenté comme un objet banal et néanmoins extraordinaire : le poète lui donne vie et en fait un témoin du temps qui passe. o F. PONGE, « Le Cageot », Le Parti pris des choses, 1942. Comment le poète métamorphose-t-il ici un objet quotidien en un objet poétique ? o J. REDA, « La Bicyclette », Retour au calme, 1989. Comment la vision du poète transfigure-t-elle la bicyclette ? Activités proposées Textes complémentaires : J. COCTEAU, Le Rappel à l’ordre, 1926. [ De « on a coutume de présenter la poésie comme une dame voilée » à « vous ferez œuvre de poète » ] Texte abordé dans le cadre d’un entraînement à la question sur un corpus type EAF, avec « La Bicyclette » de Réda et « Le Pain » de Ponge. Reformulation de la conception de la poésie que refuse Cocteau, et de celle qu’il propose (questions sur corpus, d’après les annales zéro de l’EAF, séries technologiques) Autres documents : Chanson : BENABAR, Sac à mains, 2003. Etude des images associées au sac à mains, ainsi que de la manière dont l’évocation du contenu est révélatrice de la personnalité de sa propriétaire et de celle du locuteur. Comparaison avec « le Buffet ». Analyse d’image : ARMAND, La Poubelle de Bernard Venet, 1970. - Activités de la classe : Exercice d’écriture à la manière de Ponge, autour d’un objet du quotidien. Révisions des notions de versification. Lecture cursive F. PONGE, Le Parti pris des choses, 1942. Vous trouverez dans ce fichier les textes des quatre lectures analytiques de cette séquence, ainsi que les documents complémentaires (à l’exception de la chanson de Bénabar). Rappel concernant l’exposé (10mn) : la question posée par l’examinateur est assez précise et demande un traitement synthétique. Il ne s’agit pas de dire tout ce que vous savez sur le texte, mais de sélectionner les informations pertinentes pour répondre à la question, et d’organiser vos remarques. Les plans de commentaire que je vous ai donnés ne doivent pas être récités, il vous appartient d’y piocher ce qui vous semblera nécessaire pour répondre à la question qui vous sera posée, sans dépasser les dix minutes de parole qui vous sont imparties. Révisez attentivement tous les procédés récurrents dans ce corpus (métaphores, comparaisons, personnifications, etc) et entraînez-vous à les analyser et à commenter l’effet produit. Pour préparer l’entretien (10mn) , n’oubliez pas non plus de revoir : - la synthèse de fin de séquence portant sur la valeur que la poésie peut accorder aux objets (sentimentale, utilitaire, esthétique, spirituelle, etc) et sur les procédés de la personnification. - votre fiche de lecture cursive sur Le Parti pris des choses de Francis Ponge. Pour réviser de manière ludique le poème de Baudelaire « l’Horloge », cliquez sur le lien suivant : http://www.perte-de-temps.com/ (pensez à allumer vos hauts parleurs) Texte 1 : Charles BAUDELAIRE, « l’Horloge » Ce poème est le dernier de la section « Spleen et Idéal », qui constitue la première partie du recueil intitulé Les Fleurs du Mal. Il est rédigé en 1861 alors que Baudelaire souffre d’une grave dépression nerveuse et n’envisage qu’une seule issue à son malêtre : le suicide. L’Horloge 1 2 3 4 Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi Se planteront bientôt comme dans une cible, 5 6 7 8 Le Plaisir vaporeux1 fuira vers l'horizon 2 Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ; Chaque instant te dévore un morceau du délice A chaque homme accordé pour toute sa saison. 9 10 11 12 Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois, Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! 13 14 15 16 Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor ! (Mon gosier de métal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel folâtre3, sont des gangues4 Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or ! 17 18 19 20 Souviens-toi que le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi. Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre5 se vide. 21 22 23 24 Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 6 Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge, 7 Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! » Charles BAUDELAIRE, « l’Horloge », Les Fleurs du Mal, 1857. 1 Léger et flou La sylphide est un génie aérien féminin. 3 Folâtre : enjoué, gai, insouciant 4 Gangue : enveloppe rocheuse de certains minerais 5 Clepsydre : Appareil qui servait à mesurer le temps par écoulement régulier d'eau d'un vase dans un autre muni d'une échelle horaire 6 Auguste : Qui a quelque chose d'imposant, de solennel, de grave; qui est digne de vénération ou de respect. 7 Repentir (terme emprunté surtout à la religion) : Regret douloureux de ses péchés avec le désir de les réparer et de ne plus y retomber. La dernière auberge, c’est le refuge que peut espérer l’homme coupable dans le repentir ; or un jour arrivera où cette ressource même lui fera défaut. 2 Texte 2 : Arthur Rimbaud, « Le Buffet ». Le recueil Poésies regroupe tous les poèmes écrits par Rimbaud entre 1870 et 1871 (âgé, donc, de 16-17 ans). Sa révolte et ses convictions politiques lui inspirent de nombreux poèmes mais Rimbaud s’intéresse également à la vie quotidienne, comme le montrent les vers qui suivent. Le Buffet 1 2 3 4 C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre, Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ; Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ; 5 6 7 8 Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries, De linges odorants et jaunes, de chiffons De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries, De fichus1 de grand'mère où sont peints des griffons2 ; 9 - C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches 10 De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches 11 Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits. 12 - Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, 13 Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis3 14 Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires. Arthur Rimbaud, « Le Buffet », Poésies, 1870. 1 Fichus : foulards triangulaires destines à couvrir les épaules ou la tête. 2 Griffon : -animal fantastique, ailé, à corps de lion et à tête d'oiseau de proie. -Chien au poil rêche et broussailleux, dont il existe diverses races de chasse et d'agrément. 3 Bruire : rendre un son confus. Texte 3 : Francis Ponge, « Le Cageot ». 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 À mi-chemin de la cage au cachot, la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme. À tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit encore de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement. F. Ponge, Le Parti pris des choses, Ed. Gallimard, 1942. Texte 4 Jacques Réda, « La Bicyclette ». La bicyclette Passant dans la rue un dimanche à six heures, soudain, Au bout d’un corridor fermé de vitres en losange, On voit un torrent de soleil qui roule entre des branches Et se pulvérise à travers les feuilles d’un jardin, 5 Avec des éclats palpitants au milieu du pavage Et des gouttes d’or — en suspens aux rayons d’un vélo. C’est un grand vélo noir, de proportions parfaites, Qui touche à peine au mur. Il a la grâce d’une bête En éveil dans sa fixité calme : c’est un oiseau. 10 La rue est vide. Le jardin continue en silence De déverser à flots ce feu vert et doré qui danse Pieds nus, à petits pas légers sur le froid du carreau. Parfois un chien aboie ainsi qu’aux abords d’un village. On pense à des murs écroulés, à des bois, des étangs. 15 La bicyclette vibre alors, on dirait qu’elle entend. Et voudrait-on s’en emparer, puisque rien ne l’entrave, On devine qu’avant d’avoir effleuré le guidon Éblouissant, on la verrait s’enlever d’un seul bond À travers le vitrage à demi noyé qui chancelle, 20 Et lancer dans le feu du soir les grappes d’étincelles Qui font à présent de ses roues deux astres en fusion. C. Jacques Réda [1929- ], « La bicyclette », Retour au calme, © Éditions Gallimard, 1989. Document complémentaire numéro 1 : Jean Cocteau, le Rappel à l’ordre. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 On a coutume de présenter la poésie comme une dame voilée, langoureuse, étendue sur un nuage. Cette dame a une voix musicale et ne dit que des mensonges. Maintenant, connaissez-vous la surprise qui consiste à se trouver soudain en face de son propre nom comme s’il appartenait à un autre, à voir, pour ainsi dire, sa forme et à entendre le bruit de ses syllabes sans l’habitude aveugle et sourde que donne une longue intimité? Le sentiment qu’un fournisseur, par exemple, ne connaît pas un mot qui nous paraît si connu, nous ouvre les yeux, nous débouche les oreilles. Un coup de baguette fait revivre le lieu commun. Il arrive que le même phénomène se produise pour un objet, un animal. L’espace d’un éclair, nous «voyons » un chien, un fiacre, une maison, « pour la première fois ». Tout ce qu’ils présentent de spécial, de fou, de ridicule, de beau nous accable. Immédiatement après, l’habitude frotte cette image puissante avec sa gomme. Nous caressons le chien, nous arrêtons le fiacre, nous habitons la maison. Nous ne les voyons plus. Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. Inutile de chercher au loin des objets et des sentiments bizarres pour surprendre le dormeur éveillé. C’est là le système du mauvais poète et ce qui nous vaut l’exotisme. Il s’agit de lui montrer ce sur quoi son coeur, son oeil glissent chaque jour, sous un angle et avec une vitesse tels qu’il lui paraît le voir et s’en émouvoir pour la première fois. Voilà bien la seule création permise à la créature. Car s’il est vrai que la multitude des regards patine les statues, les lieux communs, chefs-d’œuvre éternels, sont recouverts d’une épaisse patine qui les rend invisibles et cache leur beauté. Mettez un lieu commun (1) en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu’il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu’il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète. Jean Cocteau [1889- 1963], Le Rappel à l’ordre, © Comité Jean Cocteau, 1926 Document complémentaire numéro 2 : ARMAND, La Poubelle de Bernard Venet, 1970. Document complémentaire numéro 3 : la chanson « Sac à mains » de Bénabar (2003) Se reporter au texte photocopié dans le manuel scolaire Français, livre unique, première, séries technologiques, édition Hachette éducation, 2007. Ce texte vous a été distribué et doit figurer dans votre classeur (de même que les textes ci-dessus...) En raison des problèmes liés au droit d’auteur, je ne suis pas certaine de pouvoir le faire figurer ici.
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