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67 44 rue Alexis Lepère 93100 MONTREUIL Tél. 01 42 87 44 34 Fax 01 48 58 46 88 [email protected] www.aafv.org Revue trimestrielle de l’association d’amitié franco-vietnamienne • Octobre 2008 • 4 € p. 2 p. 3 à 5 p. 6-7 Editorial p. 8 p. 17 l’enseignement au Vietnam p. 24 Conférences de l’AAFV Les Chants de la Symbiose : une histoire du Vietnam à travers les chansons Les activités de l’AAFV L’Agent Orange : Requête à la Cour Suprême des Etats-Unis DOSSIER p. 9 à 16 L’incident de la nonciature Changements climatiques : menace sur le Vietnam p. 18 p. 19 p. 20 p. 20 à 23 p. 23 Ce Vietnam que nous aimons © Photo Robert Szabo, lycée Marie Curie à Ho Chi Minh Ville In Memoriam Andrée Violis Nécrologies Notes de lecture Conférences de l’AAFV Le Vietnam, terriblement menacé par les conséquences de l'effet de serre Editorial U n e re n t r é e “ l a b o r i e u s e ” Les vacances ont, je l’espère, permis à chacune et à chacun de reprendre des forces. A notre congrès nous avions souligné l’évolution du Vietnam au cours des dernières décennies. Le Vietnam s’emploie à passer le mieux possible la crise financière et économique qui secoue le monde. Cette crise ne peut que compliquer et ralentir son essor économique. C’est une raison supplémentaire pour que notre association redouble d’ardeur pour développer sa solidarité et ses activités en augmentant le nombre de ses adhérents, dans chaque Comité. Elle doit aussi encourager la création de nouveaux comités départementaux et locaux. Elle devrait pouvoir diffuser plus largement notre belle revue ce qui lui donnerait un nouvel élan. Toute l’équipe élue s’est mise au travail. Lors de la réunion du Bureau national de septembre, nous avons constaté des succès importants : – Le groupe chargé des conférences « Connaissance du Vietnam », annonce pour le 18 novembre un exposé d’Yves Lacoste (le fondateur de la géopolitique) sur le réchauffement climatique et les menaces qui pèsent sur le Vietnam. – La suite du programme des conférences 2008-2009 est à l’étude. – Le site Internet (www.aafv.org) rend plus visible nos actions. Visitez le et donnez vos avis et idées. – La traduction en anglais de notre livre L’Agent orange au Vietnam, crime d’hier, tragédie d’aujourd’hui est parue et devrait être disponible très prochainement. Ces éditions arrivent à point nommé : l’action de soutien aux victimes des épandages doit être relancée et développée. Une délégation vietnamienne fait en ce moment un circuit de conférences aux Etats-Unis, à l’invitation de la VAORRC*. Elle rencontre un grand succès dans son travail de sensibilisation. Le 6 octobre, la requête auprès de la Cour Suprême des Etats-Unis a été déposée par la VAVA, qui lance un appel à la solidarité internationale. Nous devons y répondre. Des contacts ont été pris avec les autres associations européennes amies du Vietnam et avec les associations américaines de soutien aux victimes. Localement comme nationalement, multiplions les initiatives pour mobiliser l’opinion publique. De plus en plus souvent, la mise en cause des industries productrices de l’Agent orange/dioxine s’étend à leurs autres activités : Vandana Shiva dénonce les conséquences dramatiques de l’introduction des OGM de Monsanto en Inde et y voit un péril extrême . Elle évoque la menace de guerre alimentaire et craint dans les OGM « l’agent orange de demain ». Une campagne internationale d’information sur Monsanto, ses crimes impunis, les complicités dont cette entreprise jouit, les Revue trimestrielle de l’association d’amitié franco-vietnamienne pressions qu’elle exerce, est en train de se mettre en place. Ce sera Octobre 2008 • 4 € • Commission paritaire n° 0404 G82984 un puissant soutien à la cause des victimes de la guerre chimique, tant vietnamiennes qu’américaines. L’un des dirigeants de Monsanto déclarait, dans une interview : « Pour les entreprises, la réputation est un facteur de risque ». C’est vrai. Enfin notre trésorier national a attiré notre attention sur la situation difficile de notre trésorerie et nous a fait des propositions. Bon travail à toutes et à tous. Hélène Luc, Sénatrice honoraire, Présidente 44 rue Alexis Lepère 93100 MONTREUIL Tél. : 01 42 87 44 34 Fax : 01 48 58 46 88 [email protected] • www.aafv.org Directeur de la publication : Hélène Luc ———— * Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign Rédacteur en chef : Dominique De Miscault Comité de Rédaction : Etienne Adjimah, Jean-Pierre Archambault, Michel Dreux, Alain Dussarps, Anne Hugot-Le Goff, Marie-Hélène Lavallard AXIOM GRAPHIC 95830 CORMEILLES-EN-VEXIN 2 Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 Activités A la suite du congrès, un entretien a eu lieu, le 5 juin à Montreuil, avec la délégation de l’association-sœur Vietnam-France. Quelques jours plus tard, le Président de l’Assemblée Nationale de la République Socialiste du Vietnam effectuait un voyage officiel en France. P. Jorland et M.-H. Lavallard représentaient l’AAFV à l’arrivée de M. Nguyen Phu Trong et de sa suite à l’aéroport d’Orly et dans l’après-midi à la cérémonie devant le buste de Ho Chi Minh, parc Montreau à Montreuil. Le mercredi 25, le Président de l’Assemblée Nationale a accordé un entretien à une délégation de l’AAFV composée d’Henri Martin, Alain Dussarps, M.-H. Lavallard et P. Jorland. Par ailleurs, de nombreux membres de l’AAFV présents à Paris ont participé à la réception donnée, le 2 septembre, à l’ambassade de la RS du Vietnam en France, à l’occasion de la fête nationale. Un message a été adressé le 10 août à l’Association vietnamienne pour les victimes de l’Agent orange/dioxine (VAVA) dont le IIeme congrès se déroulera à Hanoi du 1er au 5 décembre 2008. Par ailleurs, nous étions représentés par M.-H. Lavallard au colloque “Conflits et environnement : de l’écocide à la justice environnementale” organisé le vendredi 26 septembre, au conseil régional de Bourgogne, par le Comité de Côte d’Or du Village de l’Amitié avec le Vietnam. Ce colloque a été précédé, la veille, par une présentation du Village de l’amitié. Le 11 septembre, Hélène Luc et Patrice Jorland ont représenté l’AAFV à la cérémonie marquant l’acquisition par la République Socialiste du Vietnam d’un immeuble d’une superficie de 2.000 m2, rue Albert, dans le XIIIème arrondissement, lequel, après aménagements, sera le Centre culturel vietnamien en France. Nous reviendrons plus longuement sur cette institution dont la création ouvre des possibilités nouvelles. Patrice Jorland de l’AAFV Nos comités locaux Ile de France Nous avons tenu un stand le samedi 21 juin à la fête de la ville de Montreuil, qui a connu un succès sans précédent par le nombre d’associations présentes. Un temps magnifique ajoutait au plaisir d’une foule nombreuse mais visiblement souffrant de la cherté de la vie : les ventes ont été moins importantes que l’an dernier, pas seulement à notre stand. Du 12 au 14 septembre, nous étions à la Fête de l’Humanité à La Courneuve, grâce à l’hospitalité de nos amis du Blanc-Mesnil qui ont hébergé notre stand et l’exposition Le Vietnam, une immense mosaïque ethnique, réalisée par le comité GardCévennes. Nous y avons présenté la traduction anglaise de notre livre L’Agent orange au Vietnam, crime d’hier, tragédie d’aujourd’hui, imprimée à Hanoi et dont nous venions de recevoir les tous premiers exemplaires. Le comité Montpellier-Hérault annonce : - DEMONSTRATION DE CUISINE VIETNAMIENNE Samedi 15 novembre 2008 de 11 à 15 heures Dégustation et plats à emporter Lieu : Mondial Market, route de Nîmes, 34170 CASTELNAU LE LEZ Tram Ligne 2, arrêt « Aube Rouge » ou « Sablassou » Renseignements et inscriptions : Mondial Market 04 67 52 45 76 - AAFV 06 15 51 97 69 - CHRISTIAN TAILLARD À L’AAFV DE MONTPELLIER Vendredi 21 novembre 2008 à 18h à la Maison des Relations Internationales Le Viêt-nam et la Région du Grand Mékong ; l’intégration transnationale, nouvel enjeu du développement territorial, par Christian TAILLARD, géographe, directeur de recherche au Centre Asie du Sud-Est (CNRS-EHESS) Pendant un quart de siècle, les enjeux terrestres l’ont emporté au Viêt-nam, avec les guerres française et américaine. Avec la fin de la guerre froide, c’est l’ouverture maritime sur l’Asie orientale qui a prévalue. Aujourd’hui, un nouvel équilibre s’établit entre intégration maritime et continentale avec les corridors de la Région du Grand Mékong qui traversent chacune des trois régions du Viêtnam. Le corridor Est-Ouest relie les deux façades de la péninsule indochinoise et redonne au Centre le poids qui lui manque dans la construction nationale. Le corridor Sud relie les capitales méridionales de la péninsule. Au Nord, deux corridors vont mettre en relation Hanoi avec Kunming (Yunnan) et Nanning (Guangxi). Ces corridors conduisent à repenser l’aménagement du territoire vietnamien. Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 3 >>> >>> Brèves Activités de l’AAFV (Anne Hugot-Le Goff) RELATIONS INTERNATIONALES Relations France-Vietnam, ASEAN Le président du Sénat, Christian Poncelet, a effectué une visite officielle de cinq jours au Vietnam, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président de l'assemblée nationale du Vietnam, Nguyen Phu Trong. Nos comités locaux Gard-Cévennes Notre prestation s'est améliorée dans nos animations dans les centres de vacances ou ailleurs. L'achat d'un vidéo projecteur, le renouvellement de notre expo photos, les ateliers de fabrication de nems bien maîtrisés, des produits vietnamiens de meilleure qualité pour les ventes de solidarités, tout cela conduit à des résultats très positifs sur les plans culturels et financiers. ECONOMIE Le gouvernement vietnamien envisage d'ajuster la norme nationale de pauvreté pour tenir compte de l'évolution des prix. A la campagne, pour être considérée comme pauvre, une famille doit disposer d'un revenu mensuel par tête de 300 000 dongs et de 390 000 dongs en zone urbaine. Un tel ajustement porterait le taux national de pauvreté à 16,5-17,5% de la population en fin d'année, contre 14,8% en 2007. Les exportations vietnamiennes se sont accrues de près de 38% entre janvier et juillet 2008 par rapport à la même période de l'année 2007. Mais les importations ont bondi de près de 57% dans le même temps. Une usine d'engrais azotés a été mise en chantier à Ca Mau. L'usine appliquera des technologies avancées du Danemark, d'Italie et du Japon. Elle aura en 2012 une capacité annuelle de 800 000 tonnes d'urée. Le montant des investissements étrangers au Vietnam au cours du premier semestre 2008 a triplé par rapport à la même période de l'année 2007 pour atteindre plus de 31,6 milliards de dollars. Taïwan est le premier pays investisseur, avec près de 8,2 milliards de dollars dans 64 projets, suivi du Japon avec 7,1 milliards de dollars dans 47 projets, du Canada (4,2 milliards de dollars) et de Singapour (3,56 milliards de dollars). La croissance du PIB a atteint 6,6-6,7% au premier semestre, ce qui promet une croissance annuelle de 7% au moins. La récolte abondante de riz a dopé la production agricole de près de 3%. Les économistes du groupe HSBC (Hong Kong and Shanghai Bangking Corporation) ont écrit dans le journal hongkongais "Bing Gua" que l’économie du Vietnam a une importante potentialité de croissance, bien différente de celle de la Thaïlande en 1997. La société Sanyo-HQ Vietnam a lancé en septembre dans la province de Bac Giang (Nord) la construction d'une usine de lecteurs optiques de DVD d'un coût d'investissement de 95 millions de dollars, avec 12 000 emplois à la clef. Cinq mille employés environ se sont mis en grève dans l’usine de chaussures « Kingmaker Footwear », près de HCM-Ville. Les travailleurs réclament une revalorisation de leurs salaires qui s'élèvent actuellement à soixante dollars par mois. 4 Une multitude d’animations Mais cela ne va pas sans nous poser quelques problèmes. Le bouche à oreille a fonctionné et nous sommes sollicités de toutes parts, jusqu'en Alsace, en été comme en hiver. Hélas, peu de membres du comité sont à même d'animer ces séjours, soit par manque de disponibilité, soit par manque d'une connaissance suffisante du Vietnam, soit encore par timidité. La baisse des rentrées d'argent nous oblige à accepter toutes les propositions si nous voulons avoir les moyens de continuer notre action solidarité à un niveau satisfaisant. Cet été, nous avons réalisé une douzaine d’animations dans la quart Sud-Est de la France. La sollicitation de plus en plus fréquente des quelques adhérents qui assurent ces animations pèse lourdement sur leur vie personnelle et familiale. Il va falloir au plus vite former de nouveaux animateurs si nous voulons répondre à toutes les sollicitations. Un nouveau programme de voyages, en été Parallèlement, nous avons enfin décidé d'organiser des voyages au Vietnam, non pas en mars ou novembre, et pour six ou huit semaines, mais en période d'été, tant pis pour les pluies de mousson, et pour vingt et un jours. Après les voyages pour retraités, nous allons toucher les tranches d'age qui travaillent et qui ne disposent que de leurs congés annuels. Notre ami Christian Vaytet est l'organisateur de cette initiative qui décharge un peu notre président Gérard Terrier. Nos voyageurs retrouveront au Vietnam nos amis Régis Roullet, Adrien Hauck, Jean Cabane ainsi que Gérard Kimpe qui, depuis septembre 2008, a succombé au charme de ce beau pays et s'est installé à Danang. "Mon enfant, ma sœur / Songes à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble..." Yves Yague La Rochelle Le comité Rochelais annonce sa vente-exposition de charmants petits cadeaux venus du Vietnam, lors du Marché de Noël qui se tiendra du 2 au 24 décembre à la Chapelle des Dames Blanches à La Rochelle. Ne manquez pas cette occasion, le succès de l’an dernier sera sans nul doute au rendezvous et l’étalage se videra vite ! Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 Activités de l’AAFV Les lieux de la solidarité La province de Ninh Tuan Le comité Gard–Cévennes a permis le financement de nombreux projets dans la province de Ninh Thuan, une province méridionale du Centre Vietnam aux dunes immenses. Très pauvre elle recèle cependant des potentialités que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au Vietnam : élevage ovin et vignes en treille. Selon de vieux paysans de Ninh Thuân, les moutons de cette région considérée comme “la plus aride du pays”, sont d’origine indienne. Ils apparurent pour la première fois à Ninh Thuân il y a près d’un siècle, furent élevés par la communauté cham et servirent aux cultes et festivités. Ils se sont bien adaptés aux conditions climatiques très difficiles à cause de la sécheresse. Dans la province de Ninh Thuan la route Mandarine est coincée dans une étroite bande entre la mer et les collines que longe la ligne de chemin de fer reliant HCMV à Hanoi. La baie de Ca Na est magnifique avec ses plages de sable fin émaillées de gros rochers de granit et la mer turquoise. Vous découvrirez à Ca Na de magnifiques cactus. Située à 5 km de Phan Rang, la capitale provinciale, la plage de Ninh Chu est un beau lieu de promenade ; vous pourrez voir aussi des marais salants, les vignes treille et des pins verdoyants. Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 L’ethnie Cham est une des minorités de Ninh Thuan ce qui explique la présence de nombreuses tours comme celles de Pô Dam et de Pô Klong Garai. Ces complexes sont encore le siège de pratique religieuse en particulier lors de la fête Katé (du premier au troisième jour du septième mois du calendrier Cham). L’ensemble de Pô Klong Garai situé au sommet d’une colline recouverte de cactus dominant la plaine à 9 km de Phan Rang abrite les vestiges de quatre tours en briques construites au XIIIe siècle. Pour la solidarité notre tâche a été facilité par l’effort fait par le Président de la Croix Rouge locale : il a appris le français. Un grand merci à Mr Do Van Than Trente réalisations ont vu le jour grâce à lui et aux bénévoles de la CR depuis 1995: deux dispensaires, une adductions d’eau, une école primaire et deux maternelles, sept puits, trois centres de formation professionnelle (couture, tissage et informatique), huit aides aux familles victimes de l’agent orange (élevages de vaches et truies), information sur le SIDA et achat d’un command car. Depuis 2006 des parrainages de familles de victimes de la dioxine sont financés. Alain Dussarps 5 Brèves Le groupe français Alstom Transport souhaite investir dans la construction d'un métro à Hanoi. Le Plan global de communications de Hanoi comporte des investissements dans les projets de métro, les lignes devant entrer en service en 2013. Les projets pour les lignes de métro « Bo Hô - pont Thang Long » [investissements japonais] et « gare de Hanoi –Nhôn » [investissement de plus de 500 millions d'euros provenant des aides publiques au développement, dont plus de 200 millions de la part du gouvernement français], devront être achevés en octobre. Le troisième projet, « Ngoc Khanh-Lang-Hoà Lac », est actuellement étudié par des consultants malais. Ces voies ferrées traverseront souterrainement une série de rues de la capitale. Exxon et British Petroleum sont au centre des tensions entre la Chine et le Vietnam. La Chine menace de rompre ses contrats si Exxon et BP s'associent à PetroVietnam pour l'exploration d'un gisement pétrolifère dans les Paracelses. Le Vietnam est aujourd’hui le premier pays asiatique en terme d’importation de soja et par contre exporte des dérivés du coton. Le gouvernement vient donc d’annoncer un fort développement des cultures transgéniques qui devraient atteindre 70 % dans la production nationale de soja, coton et maïs, d’ici à 2020. EDUCATION programme de formation de stylistes vient de commencer à l'Université Hoa Sen de HCMVille, en coopération avec l'Institut français des beaux-arts et de la mode. Les étudiants suivront un cursus de deux ans au Vietnam avant d'aller en France pour une dernière année. Le taux d'étudiants ayant trouvé un emploi trois mois après leur sortie de l'université oscille entre 42% et 62% ; deux ans après, entre 90% et 100%. Les étudiants des écoles de construction, d'architecture, d'économie, d'administration d'entreprise et de technologies sont ceux qui trouvent le plus rapidement un emploi. Un SANTÉ Le nord du Vietnam est touché depuis novembre par de nouveaux foyers de choléra (quelques dizaines de cas) que les autorités peinent à éradiquer. Environ 1 800 handicapés au Vietnam bénéficieront d'ici la fin de l'année d'une formation professionnelle et 70% d'entre eux travailleront dans divers secteurs, grâce à l'Association de patronage des handicapés et orphelins vietnamiens. Egalement prévus, l'opération de la cataracte pour 2 000 personnes pauvres, l'octroi de 2 000 bourses à des orphelins et enfants handicapés, la distribution de fauteuils roulants, de vélos et la construction de "maisons du cœur". 6 L’Agent Orange Requête à la Cour Suprême des Etats-Unis Le 6 octobre, la VAVA et 27 victimes vietnamiennes de l’Agent orange ont déposé à la Cour Suprême des Etats-Unis une requête demandant que soit reconsidérée la décision de la cour d’Appel de New York, qui a rejeté le 22 février 2008 leur plainte contre les entreprises de produits chimiques qui ont fabriqué l’Agent orange (Monsanto, Dow Chemical et trente-cinq autres). Trois questions sont posées à la Cour Suprême. La première concerne l’utilisation, durant la guerre du Vietnam, d’un herbicide contenant un poison inutile, évitable et en quantité excessive : était-ce une violation de la loi internationale coutumière ? Celle-ci interdit l’usage de poisons contre les êtres humains. Les deux autres questions contestent la pertinence des références juridiques invoquées par la Cour d’appel. Les arguments invoqués à l’appui de la requête, dans un texte de 41 pages, soutiennent que la décision de la Cour d’Appel est en désaccord avec les procédures légales actuelles ou passées aux EtatsUnis. Tran Xuan Thu, vice président et secrétaire général de la VAVA, a déclaré que le dépôt de cette requête était un pas important et conforme à la législation américaine. Si elle est acceptée, la VAVA pourra ensuite interjeter appel auprès de la Cour Suprême. La Cour Suprême est saisie chaque année de plusieurs milliers de requêtes, dont une centaine seulement sont acceptées. La décision demande un long délai, des mois, voire des années. Délégation de victimes vietnamiennes aux Etats-Unis Comme cela avait été le cas lors des précédents jugements, une délégation des victimes vietnamiennes a entrepris une tournée de manifestations aux Etats-Unis, pour mobiliser l’opinion publique. Cette délégation est composée de Mme Dang Hong Nhut, 72 ans, qui souffre d’un cancer, a fait trois fausses couches et a eu un enfant mort-né, et de Mlle Tran Thi Hoan, victimes de deuxième génération, née sans jambes et avec un seul bras. L’emploi du temps de la délégation est chargé. Jusqu’à la fin octobre elle parcourra les Etats-Unis d’un bout à l’autre, faisant étape dans onze villes, de New York à San Francisco, pour s’adresser notamment aux étudiants dans plusieurs universités . La tournée a été organisé, comme les précédentes, grâce au soutien technique et financier de l’association que préside Merle Ratner, la VAORRC, et à des contributions volontaires, en particulier celles de plusieurs associations de Vétérans américains. Elle rencontre un accueil très favorable du public. A son arrivée, le syndicat des chauffeurs de taxis a annoncé qu’il assurerait gratuitement ses déplacements en ville. Campagne internationale La VAORRC lance une campagne internationale pour exiger que Monsanto, Dow Chemical et les autres firmes, de même que le gouvernement américain, reconnaissent leur responsabilité à l’égard de toutes les victimes des défoliants. Plusieurs initiatives sont en préparation. Face à la puissance financière et aux appuis politiques de Monsanto et de Dow, seule l’opinion publique peut obtenir des résultats. Un des dirigeants de Monsanto, interrogé par Marie-Monique Robin dans son documentaire « Le Monde selon Monsanto », en reconnaissait l’importance. Il déclarait : « Pour les entreprises, la réputation est un facteur de risque ». Il s’agit donc de faire connaître la vérité sur les activités de Monsanto et de Dow. Le site www.combat-monsanto.org rassemble les informations disponibles sur Monsanto et les protestations partout dans le monde. Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 Trois organismes mixtes se sont mis en place pour faire face aux conséquences des épandages de défoliants, tant en ce qui concerne les dégâts écologiques que les victimes humaines . - Le « Dialog Group » tient des sessions annuelles pour déterminer les « points chauds » (voir Perspectives d’octobre 2007, n° 63). Le documentaire de Marie-Monique Robin passe en salle au Canada avec un très grand succès. Len Aldis, secrétaire de l’association d’amitié Grande BretagneVietnam, a écrit une lettre ouverte au Président de Monsanto. Vandana Shiva, fondatrice de l’association Navdanya pour le respect de la biodiversité, dénonce le désastre provoqué en Inde pas les OGM. Elle a reçu le soutien du prince Charles d’Angleterre lors d’un symposium à New Delhi. Dans le journal allemand Tagesblick, Isabella Pfaff, reporter de la chaîne ARD, accuse le gouvernement américain de faire fi de ses responsabilités envers le Vietnam. Etc. Du côté américain Plusieurs mesures d’indemnisation sont envisagées par le Congrès en faveur des Vétérans américains et de leurs enfants. Une polémique très vive en conteste la teneur, jugée trop restrictive. En Australie et en Nouvelle Zélande, les anciens combattants de la guerre américaine continuent à faire valoir leurs droits. Aux Philippines, les résidants voisins des aires de stockage de l’Agent orange alertent l’opinion publique sur les conséquences et demandent des initiatives gouvernementales Au Canada, la controverse sur la dioxine présente sur la base de Gagetown se poursuit. Rencontres Vietnam-Etats-Unis Plusieurs rencontres ont eu lieu au niveau diplomatique pour envisager les conséquences des épandages et faire face à certaines de leurs conséquences, dans un but humanitaire et dans l’intérêt des bonnes relations mutuelles. - Le JAC (Joint Advisory Commitee, Comité consultatif conjoint) a créé des groupes de travail pour mettre au point un programme de mesures prioritaires pour l’environnement et la santé, destiné aux deux gouvernements. Le Ke Son, président du Comité 33, y participe. Dans l’immédiat, le JAC concentre ses efforts sur l’étude fine des zones contaminées de l’ancienne base de Danang. Le JAC compte utiliser une partie des 3 millions de dollars votés par le Sénat américain à sa décontamination mais les Vietnamiens estiment qu’il faudra 14 millions. Le JAC est en relation avec les autorités des deux pays, l’ambassade américaine au Vietnam, et plusieurs organisations internationales. Il fera aussi appel à des collaborations scientifiques. - Plus récemment la Fondation Ford, qui soutient aussi le Dialog Group et le JAC, a financé un troisième projet, qui réunit le Comité 33, Hatfield Consultant (Canada), le Ministère de la Défense nationale du Vietnam, le Service de santé de la ville de Danang et l’AAAS (Académie Américaine pour l’Avancement des Sciences). M.H. L. L’agent Orange au Vietnam Crime d’hier Tragédie d’Aujourd’hui, édité en février 2005 par les Éditions Tirésias vient d’être publié dans sa version anglaise par la National political Publishing House de Hanoi. Le livre a été présenté le 14 septembre sur le stand de l’AAFV à la Fête de l’Humanité à La Courneuve. Agent Orange in Vietnam Yesterday’s Crime, Today’s Tragedy Association d’Amitié Franco-Vietnamienne (Franco-Vietnamese Friendship Association) Foreword by François Gros Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 Brèves Au Vietnam, 9 nouveaux-nés sur 10 ne bénéficient pas d'allaitement maternel durant leurs six premiers mois et 1 sur 4 en est privé dès l'heure de sa naissance. Conséquence directe, quelque 2,6 millions d'enfants sont actuellement atteints de malnutrition. Le Vietnam avait connu une baisse de la natalité qui lui avait valu le prix de la démographie décerné par les Nations unies. Pourtant, depuis 2003, la situation s'inverse, les cadres souhaitant avoir trois enfants. Par ailleurs, le planning familial manque de crédits. Dans ces conditions on ne peut que s’inquiéter du déséquilibre des sexes : actuellement, il naîtrait 112 garçons pour 100 filles. SCIENCES députés ont entériné le vœu du bureau politique du Parti communiste en décidant de la construction d'une première centrale nucléaire, dans la province de Ninh Thuan. Une première tranche d'une capacité de 1 000 MW est prévue pour 2020. Actuellement, la capacité installée au Vietnam est de 14 000 MW (un tiers d'hydraulique) que le gouvernement souhaiterait pousser à 100 000 MW d'ici à 2020. Japonais, Chinois, Français, ainsi que Sudcoréens et Russes ont déjà fait des offres de service. Des alliances sont possibles, notamment entre Français et Chinois, ce qui permettrait à l’offre française d’être moins onéreuse, les vietnamiens souhaitant évidemment privilégier le meilleur marché, c'est-à-dire les offres chinoises, sud-coréennes ou russes. Le groupe Orange France Télécom et l'Institut polytechnique de Hanoi ont signé une convention de coopération en technologies de l'information et télécommunication, en présence de l'ambassadeur de France au Vietnam, Hervé Bolot. La convention porte sur la mise en oeuvre de cinq programmes de formation d'ingénieurs en technologies de l'information et télécommunication. Les CULTURE Antigone-Vietnam, un spectacle de théâtre classique chanté, coproduit par le Théâtre du Monte-Charge de Pau et le Théâtre national du Vietnam, a été présenté au Festival d'Avignon 2008, pour vingt-quatre représentations. Création du metteur en scène français Alain Destandau, cette pièce est interprétée par trois Français et trois Vietnamiens, avec Lôc Huyên dans le rôle de la princesse Ti An, double d’Antigone dont le courage va se révéler dans l’adversité. La pièce mêle ainsi en harmonie deux langues, deux styles théâtraux et deux cultures. Elle avait déjà été présentée à Hanoi, HCM-Ville et en juin dans le cadre du Festival de Huê 7 Brèves La ville de Hai Phong a participé en juillet à la Fête maritime internationale de Brest, organisée tous les quatre ans. Le Vietnam a envoyé une délégation avec marins et artistes et des bateaux traditionnels. Hai Phong a présenté un village du Vietnam sous le thème "Navigation maritime et culture vietnamiennes". Le dossier à soumettre à l'Unesco pour la reconnaissance de la citadelle impériale de Thang Long en tant que patrimoine culturel mondial sera déposé en septembre. Fin 2007, la citadelle de Thang Long a été reconnue patrimoine historique, architectural et artistique au niveau national. En 2009, des missions de l'Unesco viendront effectuer au Vietnam les contrôles sur le terrain pour vérifier le dossier. La zone centrale de la citadelle impériale de Thang Long date de plus de dix siècles. Il s'agit de la résidence de l'Empereur durant les dynasties Ly, Trân et Lê (postérieur). Les fouilles menées de 2002 à 2004 sur une superficie totale de 19 000 m2 au 18 rue Hoàng Diêu ont révélé les soubassements de palais, tours de guet, réseaxu d'évacuation d'eau, puits... et plusieurs millions d'objets en porcelaine et en métal remontant à 1 300 ans qui, tous, témoignent de l'histoire originale de Thang Long-Hanoi. Des vestiges du port royal de Bôn Ngu (dynastie des Nguyen) ont été découverts à Huè Changements climatiques : menaces sur le Vietnam (1) Les répercussions de la hausse du niveau de la mer seraient un désastre pour le Vietnam, indique un rapport de la Banque mondiale (BM) et de l'Organisation des Nations Unies (ONU) sur le changement climatique, publié le 6 août lors d'un duplex réalisé depuis Washington vers huit pays d'Asie-Pacifique, dont le Vietnam. Des questions du Vietnam Une grande partie du rapport de 150 pages est consacrée aux impacts de la hausse du niveau des océans sur les villes vietnamiennes, dont Hanoi, Nam Dinh et d'autres villes côtières. Les auteurs ont constaté que "les plus grandes répercussions se produiraient notamment dans le delta du fleuve Rouge et celui du Mékong". Dans le rapport, de nombreuses mesures sont proposées : renforcement du système des digues, des activités de lutte contre les inondations et les crues... pour aider ces villes à affronter le changement climatique mondial. Le changement climatique fait augmenter le niveau de la mer, provoquant chaque année typhons et inondations qui menacent notamment les villes en Asie de l'Est. Selon les prévisions, le Vietnam, la Chine, le Myanmar et la Thaïlande seraient les pays les plus touchés par ce phénomène. Pourtant, "ses répercussions seront plus ou moins graves en fonction des plans d'action et des initiatives déployés par les autorités", a constaté Jim Adams, vice-président de la BM en Asie de l'Est et Pacifique. Bùi Phuong/CVN (07/08/2008) ———— (1) Une conférence de Yves Lacoste sur ce sujet est proposée au mois de novembre dans le cadre des Conférences de l’AAFV (voir p. 23) Restauration de la cour du palais royal de Lam Kinh. Au XVeme siècle Lam Kinh était capitale sous la dynastie des Lè. A partir de là, le fondateur de la dynastie, Lè Loi, s'est soulevé contre les envahisseurs chinois de la dynastie des Ming. Le Vietnam vient d'être invité à participer à la 81e cérémonie des Oscars le 22 février 2009 à Los Angeles. Deux films sont en lice : « La forêt noire » du réalisateur Vuong Duc et « La petite cour » du réalisateur Thanh Vàn. Un colloque s’est tenu à Hanoï pour étudier l’in- fluence de l'art bouddhique sur la musique, la peinture, la sculpture, l'architecture et la gastronomie du Vietnam. Par exemple, la musique et la danse de cour de Hué prennent source dans la danse "luc cung hoa dang" (Offrande de fleurs et de lanternes) du bouddhisme. Création de l'Institut national de lexicographie encyclopédique pour la rédaction de dictionnaires et encyclopédies en vietnamien et en dialectes ethniques. “Le monde change, nous devenons plus fragiles. Seuls nous savons assumer, ensemble nous générons mieux les nouveaux défis.” 8 Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 l’enseignement au Vietnam DOSSIER l’enseignement au Vietnam Le pays est très jeune et de plus en plus (même si la démographie enregistre une baisse depuis deux ans, il n’en demeure pas moins que plus de 60 % plus de la population a moins de 35 ans). Philippe Delalande L’Éducation représente à nouveau un souci majeur dans ce Vietnam émergeant. Cette volonté de développement ne va pas sans inégalités et contradictions. Nous présentons ici l’enseignement général, nous reviendrons ultérieurement sur l’enseignement technique dont l’importance apparaît de plus en plus décisive. Ce dossier a été ralisé par Philippe Delalande. La Rédaction École bouddhique du dimanche Musée d'histoire, 1 Pham Ngu Lao, Hanoi (ancienne EFEO) Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 9 DOSSIER l’enseignement au Vietnam Évolution des enseignements primaire et secondaire de base De même que l’alphabétisation des adultes, l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire de base (premier cycle) poursuivent leur marche vers la généralisation, conformément aux objectifs définis dans la Stratégie du développement de l’éducation pour 2010. Il s’agit de passer d’un taux de scolarisation de 95% en 2005 à 98% en 2010 pour le primaire, et de 82 % à 90% pour le secondaire de base. En 2008 ces objectifs sont proches de leur réalisation, mais la marge qui demeure est de plus en plus difficile à réduire. Cette marge en effet n’est pas simplement statistique, ni seulement assujettie aux ressources budgétaires de l’État, non plus qu’aux seules capacités financières des familles concernées, même si les inégalités de scolarisation sont aussi le reflet des inégalités de niveau de vie. Cette marge est avant tout culturelle et sociale, et les défi- cits de scolarisation qui restent à résorber concernent avant tout les groupes de populations désignés par l’appellation « minorités ethniques », et…les filles. Ces deux catégories de population souffrent de handicaps scolaires spécifiques et font l’objet de politiques plus ou moins affirmées, selon le cas, et avec des résultats inégaux. Des efforts particuliers sont faits en faveur des populations qui habitent, selon la formule consacrée, dans les « zones montagneuses, lointaines et reculées ». Il faut comprendre par là qu’il s’agit des ethnies montagnardes d’une part, ensuite des familles (entre autres de militaires qui y maintiennent une présence) qui vivent dans les archipels Paracels et Spratley, et enfin des populations dispersées dans le delta du 10 Mékong ou des familles de pêcheurs vivant sur leur bateau dans la baie de Ha Long. Les ethnies montagnardes sont le plus souvent des isolats ethniques et linguistiques vivant dans la ruralité et la pauvreté, et qui ont longtemps fait l’objet d’un double discrédit. Le premier est celui de leur mode de vie considéré comme archaïque, bien qu’exploité sur le plan touristique dans la région du Nord-Ouest. Le second est celui de leur patriotisme considéré comme douteux dans la région des hauts plateaux du Centre (certaines zones sont d’ailleurs interdites au tourisme). Il faut dire que cette dernière région a servi de déversoir à des migrations organisées pour alléger la pression démographique du delta du Fleuve Rouge et que les nouveaux colons ont occupé de grandes superficies pour y développer la culture du caféier, et avec le succès agronomique (et commercial) mondial que l’on sait. Face à des difficultés de ce type, la politique éducative s’est adaptée et, peut-on dire, assouplie. Plutôt que de tirer les enfants et les familles vers son cadre classique et auto-centré, c’est le cadre scolaire qui s’est adapté, et l’offre qui s’est enrichie et diversifiée. Il y a ainsi dans la baie de Ha Long des bateaux-écoles qui accompagnent les flottilles des familles de pêcheurs dans leurs pérégrinations. Par ailleurs la plupart des hameaux et villages dans les zones montagnardes ou dans les hauts plateaux disposent maintenant d’écoles maternelles, selon le Ministère de l’Éducation et de la formation (1). De plus des classes préparatoires sont organisées sous diverses formes, et les enfants y suivent des cours intensifs de vietnamien avant l’entrée dans l’école primaire. Le pourcentage des enfants d’ethnies minoritaires qui sont scolarisés en primaire augmente lentement, mais régulièrement, tout en restant encore plutôt bas (12,9% en 2002-2003 et 13,7% en 2005-2006), ce qui donne une idée du retard accumulé et de l’effort qui reste à accomplir. En effet, le principe de la planification de l’éducation est qu’il y ait un collège dans chaque commune et un lycée dans chaque district, et le réseau d’écoles se diversifie ainsi, progressivement, dans toutes les régions peuplées de minorités ethniques. S’y ajoutent des filières de formation professionnelle. Il ne suffit pas cependant de créer des écoles ou des collèges, il faut encore que les élèves y restent. On en est venu ainsi à l’idée de créer des écoles spécifiques réservées aux ethnies minoritaires. Ce sont des écolesinternats qui permettent de réduire les déperditions. Il s’agit aussi de former des cadres « autochtones », et 4 écoles supérieures ont été créées depuis 1990. Le Viêtnam poursuit sa marche en avant dans le domaine éducatif, mais de nombreuses difficultés, autant sociologiques que statistiques, restent à surmonter. Il en va ainsi de la question de l’inégale scolarisation des filles par rapport aux garçons, au demeurant peu évoquée dans le pays. La place éminente de la mère dans le système familial et l’existence de quelques personnalités féminines célèbres dans la politique, la littérature, les beaux-arts, la musique ou la recherche contribuent sans doute à cette quasi-occultation. Cependant la vogue des questions de genre dans les sciences sociales, venue principalement des pays anglo-saxons, de plus en plus influents culturellement, fait que les chercheurs vietnamiens commencent à s’y intéresser. Une Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 l’enseignement au Vietnam récente étude (2) dresse ainsi un panorama éloquent. Si une quasi égalité garçons-filles (49% de filles en 2000-2001) existe dans l’enseignement maternel, la proportion de filles s’amenuise régulièrement quand on s’élève dans les niveaux d’enseignement, pour ne plus atteindre que 43% dans l’enseignement supérieur, du fait principalement que les filles monopolisent quasiment (70%) les abandons scolaires, et que c’est une majorité de filles (près de 53%) qui a bifurqué vers l’enseignement secondaire technique et professionnel. Les garçons de leur côté sont les plus nombreux dans les disciplines scientifiques et techniques des universités, et les filles dans les disciplines plus littéraires. Il est souligné par ailleurs que plus les familles sont pauvres, plus grands sont les écarts scolaires entre les garçons et les filles, et au détriment, bien sûr, de ces dernières. Les stéréotypes de genre sont bien sûr issus des mentalités et des positions sociales, politiques et économiques inégales entre les hommes et les femmes et qu’ils tendent à reproduire. Ils sont aussi véhiculés dans les manuels scolaires qui restent, de ce point de vue, extrêmement traditionnels et dans la grande conformité prônée par Confucius. Ces manuels sont bien sûr contrôlés par un comité spécialisé, mais ce dernier n’a de compétence que sur les contenus pédagogiques, et pas sur les questions de genre. Se posent enfin les questions liées à la qualité de l’éducation, questions issues d’un héritage rustique, celui d’un système dépourvu de moyens qu’avait été celui monté dans les maquis du Nord Viêtnam avant 1954 et incluant un nombre d’heures officielles d’enseignement inférieur à la moyenne internationale, (et cela encore pour des raisons financières). Ces questions suscitent un vrai débat national depuis la fin du COMECON et de l’embargo américain, et l’ouverture progressive du pays au monde extérieur. Le rêve des familles aisées est maintenant d’envoyer leurs enfants se former à l’étranger, et en particulier dans les pays où la langue anglaise est la langue d’enseignement. Jean-Yves MARTIN, (IRD) ———— (1) Courrier du Vietnam, 12/05/08. (2) Do Thi Bich Loan. « Gender issues in education in Vietnam », NIED, Hanoi. La banderole suspendue sur le portail de l'ancien lycée Protectorat du Ton kin, actuellement lycée Chu Van An, signifie : “Ecole culturelle, enseignant exemplaire, élève élégant, poli” Evolution de l’enseignement supérieur 60% DES ETUDIANTS FORMÉS DANS DES UNIVERSITÉS PRIVÉES EN 2020 Le « plan révisé du réseau d’enseignement supérieur 2006-2010 » du 24 avril 2006, fixe à 60 % le pourcentage des étudiants qui devront être formés dans des universités privées en 2020. Cet objectif peut paraître surprenant dans un pays dirigé par un parti communiste. Ce n’est pas un choix idéologique en faveur du secteur privé mais un choix dicté par des contraintes pratiques. Pour maintenir un taux de croissance économique annuel de 7 à 8%, le Vietnam doit au plus vite augmenter ses effectifs de cadres correctement formés. Le budget national ne peut financer un tel effort. Les universités et instituts publics demeureront mais, à côté, les universités privées, nationales ou étrangères, fourniront l’essentiel de l’accroissement des capacités de formation supérieure. En 2007, Il y avait 1,4 millions d’étudiants soit 11,5 % d’une classe d’âge, et 311 établissements d’enseignement supérieur dont 146 de statut universitaire. Pour accroître la capacité de formation, le gouvernement mise en priorité sur le privé. 90 établissements d’enseignement supérieur sont en construction ou en projet pour être achevés en 2010 : 37 publics et 53 privés du secteur national ou international. A l’horizon 2020 le réseau d’éducation supérieure devra avoir doublé. Il faut aussi relever le niveau des enseignants du supérieur : seuls 13,1 % ont un doctorat et 31,6 % une maîtrise. La formation d’un docteur est longue et coûteuse. Pour tenir le rythme prévu par le plan, il n’y a pas d’autre moyen, estime le Vietnam, que de faire appel au privé et à l’étranger. Il y a peu de résistance de principe à ce choix politique décisif, car le Vietnam n’a pas de tradition universitaire proprement nationale à laquelle se sentir attaché. A l’époque impériale les mandarins étaient formés à Van Miêu (temple de la littérature) sur le modèle chinois. La langue d’enseignement était le chinois. Les matières étudiées étaient les classiques chinois. Les concours étaient décalqués des concours chinois. A l’époque coloniale, l’Université d’Indochine à Hanoi reproduisait une université française, enseignait en français. Les instituts supérieurs spécialisés en médecine, agronomie, étaient de modèle français. Puis, au Vietnam Nord l’organisation de l’enseignement supérieur a été marquée par l’influence soviétique. Il en subsiste des fleurons réputés : l’Institut polytechnique de Hanoi ou l’Université d’économie nationale. L’URSS a reproduit au Vietnam son système d’instituts spécialisés dépendant des ministères sectoriels. Ainsi, à la fin de la décennie 1990, il y avait une Université de la justice dépendant du ministère de la justice et une faculté de droit à l’Université de Hanoi avec des programmes similaires, un institut des énergies renouvelables dépendant du ministère de l’énergie et un autre similaire à l’Institut polytechnique de Hanoi. Des exemples semblables étaient nombreux. Ces doublons étaient coûteux et peu productifs. Une réforme s’imposait. La création des trois Universités nationales au milieu des années 1990 visait à regrouper les établissements universitaires en trois pôles, Hanoi, Hô Chi Minh ville et Hué Da Nang. Il fallait fusionner des établissements inutilement concurrents, en supprimer, donner une cohérence à un Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 11 >>>> DOSSIER >>>> l’enseignement au Vietnam ensemble disparate. Une décennie a passé et cette réorganisation est loin d’être achevée. Elle a rencontré des résistances au sein du corps enseignant, chaque institution restant jalouse de son autonomie. D’autant qu’un des objectifs sous jacents du projet était de mieux assurer le contrôle politique du Parti sur les enseignants et les étudiants. Après les manifestations étudiantes en Chine qui avaient abouti à la répression de la place Tian Anmen, le Vietnam voulait éviter de se laisser surprendre par des mouvements incontrôlés au sein de l’Université. D’ailleurs le recteur de l’université nationale N° 1, (Hanoi), Dao Trong Thi, est membre titulaire du comité central du Parti communiste et le vice-recteur de l’université N°2, (HCM ville ), Phan Thanh Binh, est premier membre suppléant du comité central. Un autre objectif était de moderniser la pédagogie encore fortement marquée par la tradition confucéenne de transmission du savoir, respectueuse du maître et peu ouverte au débat critique. Il fallait enfin réformer les modalités des concours d’entrée dans les universités et mettre de l’ordre dans les frais d’inscription, même si le principe du concours et des études payantes n’était pas mis en cause. L’ouverture de l’enseignement supérieur au secteur privé national ou étranger pose trois problèmes. Le premier est celui de la concurrence avec le secteur public que celui-ci est mal armé à soutenir victorieusement. Les droits d’inscription sont supérieurs dans les universités privées. Elles attireront les enfants des familles les plus aisées, et sans doute les meilleurs professeurs mieux payés que dans le public. Les professeurs compétents du secteur public, alléchés par ces rémunérations peuvent déserter l’université publique. Le gouvernement semble compter sur cette concurrence comme facteur d’émulation pour améliorer la productivité du secteur public. Le second problème est celui du contrôle politique sur les universités privées. Elles risquent, surtout si elles sont étrangères et anglosaxonnes de devenir des foyers de diffusion des idées de démocratie occidentale. Le gouvernement conscient du risque a esquissé un mouvement de repli.En 2004, seule une université étrangère, australienne, avait été agréée et fonctionnait. De nombreux dossiers d’agrément étaient en instance dont celui d’une université privée française. Ils ont été gelés.Après réflexion, le gouvernement a décidé en 2006 que dorénavant toutes les universités privées seraient intégrées à l’une des trois universités nationales en tant que pôles internationaux et seront du même coup, placées sous tutelle du recteur. Depuis le paysage de l’enseignement supérieur est en effervescence. Quatre projets d’universités étrangères sont en cours, Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, et le projet français resurgit. La Banque mondiale a accordé 400 Mn$ au Vietnam pour lancer ces projets. Et les projets d’universités privées proprement vietnamiennes fleurissent. Un programme « d’enseignement supérieur avancé » décidé en 2006 se met en place. Il est désormais appliqué dans 17 établissements universitaires du pays : 23 enseignements de pointe y sont dispensés, en anglais, selon les normes internationales, avec le concours de professeurs étrangers. Le troisième problème est celui de la langue d’enseignement. Dans le secteur public l’enseignement est assuré en vietnamien. Les universités privées, d’origine nationale ou étrangère sont enclines à choisir l’anglais. Déjà le Centre franco-vietnamien d’enseignement de la gestion, CFVG, bien qu’intégré dans l’Université publique d’économie nationale et financé majoritairement par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, enseigne essentiellement en anglais. Enseigner en vietnamien réduit le marché aux seuls Vietnamiens et exclut de recourir à des professeurs étrangers. Enseigner en anglais ouvre le marché aux pays de l’ASEAN. Et une image d’ouverture au monde et de modernité est attachée à l’anglais à laquelle les promoteurs d’université privée sont sensibles. Enfin toutes les entreprises étrangères au Vietnam utilisent l’anglais comme langue de travail, même les françaises. Il y a donc un risque que de proche en proche le vietnamien se voie exclu de l’enseignement supérieur. L’appauvrissement de la langue en serait la conséquence. Certains universitaires vietnamiens alertent le gouvernement sur ce risque. Le Vietnam estime que la formation supérieure et la recherche sont les facteurs déterminants du développement de son économie. Partout en Asie la formation supérieure est d’abord perçue comme un marché concurrentiel, un marché d’offre. Les grandes universités des pays développés cherchent à essaimer à travers le monde pour accroître leur notoriété. Le Vietnam ne veut pas rester hors de ce marché dont son économie peut bénéficier. Le classement des 500 meilleures universités du monde établi depuis 2003 par l’Université chinoise Jiao Tong de Shanghai fait autorité en Asie. Y voir figurer un jour une université établie sur le sol vietnamien donnerait au pays un atout d’attractivité pour les investisseurs. Enfin comme pratiquement toutes les universités en Asie sont payantes et accessibles sur concours, la distinction entre universités publiques et universités privées est moins tranchée qu’en France. Dans toute l’aire culturelle chinoise, le savoir est conçu comme moyen de promotion à la fois sociale et morale. Dans la tradition confucéenne, le savoir doit permettre de s’élever de « l’homme de peu » vers « l’homme de bien ». Les familles sont prêtes à affecter 50% de leurs revenus, parfois plus, pour l’éducation de leurs enfants. La mondialisation organise aujourd’hui la configuration des forces économiques et politiques. Le Vietnam estime devoir s’y adapter, coûte que coûte, par l’éducation pour rester efficace. Philippe DELALANDE Quatre expositions sur l’éducation aux Etats-Unis se tiendront en octobre à Hanoi et à Ho Chi Minh-Ville. La manifestation organisée par l’American Community College a donné le coup d’envoi à Ho Chi Minh-Ville le 1er octobre et à Hanoi deux jours plus tard : des représentants de 23 universités ont donné aux étudiants vietnamiens des informations sur leurs programmes. Ensuite l’exposition sur l’Education américaine sera présentée dans les deux villes. L’événement permettra aux étudiants et à leurs familles de discuter avec des représentants qualifiés des universités américaines. On attend un nombre record de participants, avec 95 universités à Ho Chi Minh-Ville et 52 à Hanoi. Ces initiatives sont organisées par l’IIE-Vietnam*, organisation à buts non lucratifs créée n 1919, basée à New York et présente au Vietnam depuis 1997 (d’après VNA). *IIE : Institute of International Education, connu notamment pour ses programmes Fulbright. 12 Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 l’enseignement au Vietnam UN .. APERÇU DE.. La coopération française dans l’enseignement La porte d'entrée du bureau de l'AUF (Agence universitaire de la Francophonie, 21 rue Le thanh Tong Hanoi) qui fait partie de l'Université nationale de Hanoi (Univ d'Indochine) La ministre française de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse a rencontré à Hanoi le 12 juin dernier son homologue vietnamien, Nguyên Thiên Nhân, ministre de l’éducation et de la formation et vice-premier ministre. L’entretien avait pour objet de passer en revue la coopération bilatérale française dans l’enseignement supérieur, d’en dresser le bilan et de défricher des domaines nouveaux de coopération. La venue d’étudiants vietnamiens en France pour y poursuivre des études supérieures donne satisfaction. La France est le troisième pays d’accueil d’étudiants vietnamiens par le nombre d’étudiants qu’elle forme. Evidemment le Vietnam souhaiterait un nombre plus élevé de bourses françaises. Mais l’université française est pratiquement gratuite et on y accède sans concours d’entrée. C’est un facteur d’attrait Les pôles universitaires français, PUF, dans les deux universités nationales vietnamiennes, N°1 et N°2, se développent depuis deux ans. Une dizaine d’universités françaises y ont délocalisé des masters et y délivrent leur diplôme dans des spécialités pointues. La moitié des professeurs sont des français dépêchés en mission de leur université. L’enseignement est partiellement en vietnamien mais surtout en anglais avec le projet d’y faire progresser l’enseignement en français. Par ailleurs le projet d’université française resurgit à la demande même du Vietnam. Les PUF, regroupés, pourraient fournir l’assise initiale de cette université. L’Université française serait en fait franco-vietnamienne, ce qui est préférable, préparant ainsi un transfert de compétences des enseignants français vers leurs homologues vietnamiens et évitant le repli de l’université étrangère sur elle-même. Mais la décision française de démarrer ce projet est en discussion au gouvernement. Le quai d’Orsay semble très réticent à donner son accord. La décision finale devrait intervenir en fin d’année 2008. Les autres pays occidentaux en concurrence avec la France ont déjà donné leur accord. Mais la France participe à des projets multilatéraux, tel le projet « Valofrase » objet d’un article dans ce numéro, ou des projets de l’Union européenne dans l’éducation secondaire. Le Vietnam est le seul pays d’importance en Asie où la France dispose d’un capital historique d’échanges et où sa langue a une diffusion notable. Il est dommage que les projets de coopération souvent s’enlisent dans des conflits entre ministères ou des atermoiements et que les entreprises françaises, généralement, se désintéressent des projets universitaires, contrairement aux entreprises anglo-saxonnes qui sont les principales pourvoyeuses de fonds des projets d’universités en Asie. Philippe DELALANDE La valorisation du français dans l’enseignement Lancé par un mémorandum signé à Paris le 21 août 2006, le projet « Valorisation du français en Asie du Sud-Est » (VALOFRASE) rassemble huit partenaires : les ministères de l'éducation du Cambodge, du Laos et du Vietnam; trois partenaires bilatéraux (France, Communauté française de Belgique, Centrale syndicale du Québec) ; deux organisations multilatérales, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Ce projet est destiné à mettre en synergie les efforts de l'ensemble des partenaires pour une efficacité plus grande de l'enseignement, de l'apprentissage et des usages du français dans tous les cycles de l'enseignement (primaire, secondaire, supérieur) et dans toutes ses modalités (classes bilingues, langue vivante 2, français langue étrangères, français de spécialité...). Le projet Valofrase, conçu sur une première période de trois ans (20062009), est basé sur trois volets nationaux liés aux enjeux respectifs des trois pays en question. Ces enjeux ont été définis par chacun des trois ministères concernés. Un quatrième volet « régional » a été instauré pour promouvoir des transversalités régionales et mutualiser certains efforts et expériences d'un pays à l'autre. Mais le pilotage du projet est réalisé avant tout à l'échelle nationale et sous la tutelle de chaque ministère. Le rôle des partenaires associés consiste aussi à faciliter une ouverture internationale de certaines actions, vers la France, la Belgique, le Québec, les pays francophones. Le projet Valofrase est structuré selon trois composantes : – une composante institutionnelle : gouvernance éducative et politique de communication. Un site Web a été créé dans le cas des cette dernière : http://www.valofrase.org – une composante pour l'appui à l'enseignement du français au niveau scolaire – une composante pour l'appui à l'enseignement du français au niveau supérieur, pour l'appui à la recherche en sciences du langage et de l'éducation, et pour l'appui à l'emploi. Quels premiers résultats peuvent être enregistrés à mi-parcours d'un projet ambitieux par son envergure et l'alliance de ses partenaires, mais compact sur une durée de quatre ans ? La première composante institutionnelle, complexe en terme d'articulation des acteurs, appelle des efforts très techniques en terme de formation de cadres à la gestion de projets. L'implantation au Vietnam d'un master en « ingénierie de la formation » de l'université de Caen sera susceptible de contribuer à un meilleur pilotage des système éducatifs locaux au Vietnam, mais aussi au Cambodge et au Laos. Des masters en gestion de l'interculturel ou en gestion de projet, en coformations franco-vietnamiennes, viennent également renforcer actuellement des attentes très marquées au Vietnam dans cet ordre de compétences. Pour l'ensemble de ce secteur de formation supérieure à vocation professionnelle et continue, on constate à quel point dorénavant les partenaires et donc la francophonie se mettent au service de compétences qui devront nécessairement être transférées à terme dans la langue et, pour une part, dans la culture locale. Cette composante du projet Valofrase n'a en effet de sens que prise en Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 13 >>>> DOSSIER >>>> l’enseignement au Vietnam charge et démultipliée par des équipes et des dispositifs locaux. S'agissant de la deuxième composante du projet, le Vietnam fait face actuellement à une ouverture accrue de son système éducatif à des offres de formation étrangères. Il s’ouvre aussi à des établissements privés vietnamiens. L'apprentissage des langues étrangères reste plus que jamais au Vietnam une priorité pour l'Etat Vietnamien, pour les familles, les élèves et les étudiants. Mais cette priorité est en partie reléguée à un marché extrascolaire de la formation linguistique dans les villes grandes et moyennes, sur tout le territoire. Face à l'anglais, de nouvelles langues étrangères percent : le coréen et le chinois qui était autrefois surtout l'apanage des familles sino-vietnamiennes. Le français voit relancé officiellement en cette rentrée de septembre 2008 son statut privilégié de langue académique de l'enseignement primaire et secondaire avec l'anglais, toutes les autres langues étrangères n'étant conçues encore actuellement que comme langues optionnelles ou expérimentales. Alors que les demandes des parents vietnamiens pour l'inscription de leurs enfants au démarrage des cursus francophones du primaire et du secondaire, restent massives, ces cursus francophones sont pourtant en but à deux anciennes difficultés qui n'ont pas été surmontées. Les programmes éducatifs restent surchargés dans leur ensemble et les élèves, qui doivent nécessairement passer les différentes sélections de leur parcours scolaire, tendent à réclamer au collège et au lycée des cursus allégés de français ou d'anglais, quitte à repousser vers le cours du soir l'indispensable complément de formation qui leur permettra de parler vraiment une langue étrangère. Les cursus de français intensif, comme celui instauré pour les classes bilingues, sont les premiers à en pâtir. La deuxième difficulté est liée à une désaffection accrue des étudiants pour les carrières professorales, et donc pour l'enseignement du français, au profit d'emplois salariés en entreprise qui leur permettront de gagner parfois de cinq à dix fois les émoluments de la fonction publique enseignante, surtout dans une période de croissance économique toujours aussi forte Pour la troisième composante du projet Valofrase, c'est justement cette vitalité économique qui dynamise l'ensemble du champ des formations supérieures et universitaires. Les étudiants n'ont jamais été aussi nombreux à souhaiter faire des études dans des filières internationales localement ou à l’étranger. L'offre française et francophone locale, qui bénéficie d'un ancrage de qualité, en médecine, en sciences économiques, en informatique, en sciences de l'ingénieur reste très prisée, même si elle nécessite souvent de grands efforts linguistiques chez beaucoup d'étudiants qui commenceront à apprendre le français à l'université en espérant pouvoir l'utiliser de manière pratique dans leurs études en fin de parcours universitaire, en formant surtout le voeu de poursuive ensuite ces études en France, en Belgique, au Canada, si le rêve et les moyens se concrétisent... Michel LE GALL, Agence universitaire de la Francophonie, Responsable de l'antenne d'Ho Chi Minh-Ville PORTRAIT Le Comité pour la Coopération scientifique et technique avec le Vietnam Parmi les nombreuses associations françaises de coopération avec le Vietnam, le CCSTVN s’est donné pour objectif de coopérer dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la science. Le CCSTVN est né en 1975, suite à un appel international lancé à l’initiative de Henri Van Regemorter et de 150 professeurs et chercheurs, pour développer la coopération scientifique et technique avec le Vietnam. Ces scientifiques faisaient partie du Collectif intersyndical universitaire d’action contre la guerre américaine du Vietnam. Le CCSTVN devint officiellement une association, type loi 1901, en 1976, une fois la guerre américaine du Vietnam terminée. Depuis, le CCSTVN a développé ses actions dans différents domaines de la coopération scientifique et technique. Un bilan détaillé en est fourni dans le livre : "Viet Nam, une coopération exemplaire : Henri Van Regemorter (1925-2002), parcours d'un militant" (textes réunis par Nicole Simon-Cortés et Alain Teissonnière, Paris, CCSTVN, L'Harmattan, 2004). Aujourd'hui, les actions de coopération scientifique entre la France et le Vietnam sont le plus souvent initiées et exécutées dans le cadre des organismes officiels, tandis que le CCSTVN, mémoire des coopérations et des compétences, devient un lieu d’échanges, d’information et de concertation pour les faire connaître ou en susciter de nouvelles. Le Comité est ainsi essentiellement un réseau de scientifiques de tous domaines, qui échangent des informations concernant le développement scientifique et technique du Vietnam et les coopérations, ainsi que sur certains points spécifiques comme les recherches et les débats sur l’Agent orange ; ils servent aussi d’experts à l’occasion, à la demande du Ministère français des affaires étrangères. Une activité prometteuse vient d’être lancée : des visioconférences réalisées en collaboration avec l'Institut Pasteur et avec l'AUF (Agence Universitaire de la Francophonie). Ce cycle de conférences scientifiques à distance dans le domaine de la santé s’adresse à des étudiants et des enseignants-chercheurs de l’Institut national d'hygiène et d'épidémiologie (INHE) et des Instituts Pasteur du Vietnam, ainsi qu'à des praticiens d’universités et d’institutions de recherche du Cambodge et Laos Deux visioconférences associant les campus numériques d'Hanoi, Ho Chi Minh Ville, Vientiane et Phnom Penh ont déjà été réalisées, le conférencier étant à Paris. Elles ont porté toutes deux sur la tuberculose : "La Tuberculose, une priorité en santé publique", par le Pr. Gilles Marchal (Institut Pasteur, Paris) et "Ce que le génome de Mycobacterium tuberculosis nous enseigne", par le Dr. Cristina Gutierrez, (Institut Pasteur, Paris). La prochaine portera sur "De la grippe au SRAS, la plasticité génétique virale est facteur d'émergence", par le Dr. Jean-Claude Manuguerra (Institut Pasteur, Paris). Les thématiques actuelles sont donc médicales, mais le CCSTVN souhaite dans un avenir proche en développer d'autres : la biologie, les questions environnementales … La liste dépendra surtout des demandes de nos partenaires vietnamiens, et des compétences mobilisables. Pour suivre les activités du CCSTVN, on peut se rendre sur son site : http://www.ccstvn.org. Annick Suzor Weiner et Michel Pédoussaut 14 Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 l’enseignement au Vietnam PORTRAIT L’université privée “Tri Viêt” un projet novateur (1), L’université « Tri Viet » qui ouvrira en 2011, se veut un modèle universitaire pilote dans le contexte d’un Vietnam en transition. mais qui est l’œuvre et la propriété d’un groupe de Vietnamiens. Nommée «Tri Viet », cette université se veut novatrice en matière d’enseignement parce qu’elle promet d’utiliser des méthodes pédagogiques modernes dont l’incitation à la réflexion personnelle et à l’esprit critique, aux rapports interactifs entre l’enseignant et l’étudiant ; l’orientation vers la recherche ; l’approche transdisciplinaire. L’université formera des étudiants citoyens dotés d’un grand sens de l’intégrité personnelle et de la responsabilité sociale. Ecole australienne à Ho Chi Minh Ville Ces dernières années, si l’économie vietnamienne a émergé notablement sur la scène internationale, l’éducation vietnamienne par contre, notamment supérieure, ne se hisse pas au niveau de la demande en ressources humaines qualifiées. Quelques universités vietnamiennes, pour mieux se qualifier et pour attirer plus d’étudiants, ont collaboré avec différentes universités étrangères, certaines avec des pays asiatiques développés comme Singapour, le Japon, la Corée, d’autres optent pour les universités anglosaxonnes d’Australie ou des Etats-Unis, sans oublier de nombreuses coopérations universitaires avec la France depuis de longues années. Les enfants issus des familles riches choisissent d’étudier à l’étranger afin d’avoir une meilleure qualité de formation. Ceci dit, la plupart des universités vietnamiennes offre des enseignements qui ne répondent pas au besoin réel du marché économique tant sur le plan quantitatif que qualitatif. D’importantes lacunes et faiblesses dans les méthodologies d’enseignement doivent être surmontées avant de pourvoir atteindre les normes éducatives internationales. Expérience pilote Sur cette toile de fond est né le projet de création d’une université privée internationale Etant université pluridisciplinaire, Tri Viet privilégiera dans un premier temps des formations répondant aux besoins de l’économie et de la société vietnamiennes dans les domaines des langues étrangères, gestion, ingénierie et technologie, et communication et design, répartis en quatre facultés. Chaque faculté s’organisera en plusieurs départements spécifiques, par exemple la faculté de gestion aura quatre départements : finance & banque, hôtellerie et tourisme, services de santé et nursing , gestion portuaire. L’Université démarrera avec le niveau du DEU (Diplôme d’études universitaires), soit bac +4 au Vietnam Les deux premières années seront consacrées aux matières interdisciplinaires fondamentales faisant partie du tronc commun pour chaque discipline. Un enseignement via internet sera intégré pour assurer la contribution régulière d’enseignants de haut niveau en dehors du Vietnam. Le parcours universitaire d’un étudiant de Tri Viet pourra se compléter par un programme d’échange et de transfert avec les universités étrangères partenaires qui les accueilleront dans leur établissement pendant un ou deux ans. L’équipe des fondateurs, présidée par Madame Ton Nu Thi Ninh (2), réunit des personnes talentueuses (dans divers domaines universitaire, économique, politico-social) et soucieuses de l’avenir de la jeunesse vietnamienne. Elle veut faire de l’université Tri Viet un lien entre le monde académique et le monde professionnel en construisant des rapports étroits avec le marché économique, les institutions publiques et privées, ainsi que des entreprises nationales et internationales Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 qui seront les futurs employeurs. L’Université Tri Viet possèdera une équipe académique diverse, qualifiée et expérimentée, à la fois vietnamienne (nationale et d’outre-mer) et internationale. Tri Viet se distinguera des autres universités publiques et privées vietnamiennes actuelles par sa politique d’ouverture et son engagement de créer un réseau d’accueil des intellectuels vietnamiens de l’étranger tant sur le plan académique que sur celui de la compétence managériale. Les deux Centres d’études internationales et d’études asiatiques devraient servir de creuset d’idées et de connexions régionales et globales. Environnement international intégré dans la culture vietnamienne Cette université se singularisera également par son environnement de travail multilingue, utilisant l’anglais comme langue d’enseignement et offrant une mise à niveau de l’anglais pendant les deux premières années. L’apprentissage d’une deuxième langue au choix entre le français, le chinois, le japonais ou autres, sera obligatoire à partir de la deuxième année parce que l’enseignement multilingue devient indispensable pour les citoyens de l’ère de la mondialisation. Les échanges avec des universités étrangères à travers des séjours d’études des étudiants renforceront d’une manière intensive leur niveau linguistique et leur ouverture d’esprit à l’égard des autres cultures. Parallèlement, les étudiants de Tri Viet auront obligatoirement des cours d’études vietnamiennes (en vietnamien et en anglais) afin de leur rappeler leurs origines. L’ambition de Tri Viet est de faire de ses étudiants des citoyens éclairés du Vietnam et du monde, manifestant une responsabilité vis à vis de la communauté. Ce Centre d’excellence en éducation sera localisé dans la région de Ba Ria - Vung Tau, province méridionale côtière, dotée d’une économie dynamique et prospère, à 80 kilomètres de Ho Chi Minh Ville. Il répondra aux besoins en ressources humaines non seulement de la province et de toute la région sud du Vietnam mais espère à terme recruter sur l’ensemble du territoire. Dans le cadre d’un 15 DOSSIER l’enseignement au Vietnam vrai campus de 55 hectares, ayant l’ambition d’être le premier campus vert du pays répondant aux critères d’efficience énergétique, de respect de l’environnement et de développement durable, des résidences universitaires seront organisées sur le modèle des collèges britanniques. Ce campus organisera des activités sportives, culturelles et autres activités collectives (club de débat, concours d’éloquence, camps d’été pour les jeunes Vietnamiens vivant à l’étranger) afin d’offrir une vie estudiantine stimulante et harmonieuse. Université privée vouée au service public Bien qu’elle soit privée en terme de financement, l’université génèrera des revenus qui seront essentiellement consacrés à une mission d’intérêt général afin de répondre au besoin en ressources humaines de haute qualité du pays. Les étudiants de Tri Viet doivent avoir des compétences dans leur domaine, être capables de s’adapter à des milieux changeant rapidement, de travailler efficacement à la fois dans les environnements nationaux et internationaux. Le projet contribuera activement à l’amélioration de l’éducation vietnamienne dans la gouvernance universitaire pour un développement durable en terme éducatif, environnemental, et social. L’ouverture de l’université Tri Viet est prévue pour 2011. D’ici jusqu’au jour J, il reste beaucoup de travail à faire mais avec la puissante détermination et motivation des fondateurs et de leurs conseillers et de l’équipe Tri Viet le projet ne pourra qu’aboutir. Plus que jamais, ils ont besoin du soutien, de l’encouragement et de la coopération de tous ceux qui veulent voir le Vietnam se développer d’une manière efficace et durable. Tri Viet remercie d’avance tous ses amis. Ton Nu Thi Ninh, Présidente du Comité Fondateur de Tri Viet ; Nguyen Thi Hong An, Equipe Tri Viet PORTRAIT Le lycée Tân Trào (1), honoré de la distinction de « héros du renouveau » (2) Le lycée Tân Trào est situé au chef-lieu de la province de Tuyen Quang. Créé en octobre 1946, il fut l’un des premiers lycées de la République Démocratique du Vietnam. En période de guerre, il a fallu le déplacer à plusieurs reprises. Son emplacement actuel, à l’intérieur de la citadelle de la dynastie Mac, au pied de la montagne Tho Son, date de décembre 1981. Le lycée s'est d'abord appelé Thi Sach. En décembre 1947, le Comité Populaire provincial et le Ministère de l’Éducation ont décidé de lui donner le nom de Tân Trào. Lorsqu'il fut créé, le lycée Tân Trào ne comprenait qu'une classe et deux enseignants. En 1951, la classe de 8e a ouvert (à cette époque, l’éducation secondaire allait jusqu'à la classe de 9e). À la fin de la 8e, pour poursuivre leurs études, les élèves devaient se rendre dans la province de Phu Tho ou dans celle de Thai Nguyen. A partir de 1953, le lycée Tân Trào a assuré un enseignement secondaire complet. Travaillant dans l'un des premiers lycées créés après la Révolution d’Août, les enseignants et les élèves de Tân Trào, conscients de leur rôle pilote dans l’oeuvre éducative de la République Socialiste du Vietnam étaient déterminés à surmonter les difficultés pendant la guerre. Malgré l’insuffisance des infrastructures, le lycée, ne ménageant pas ses efforts, a réalisé son programme d’enseignement avec succès. Une fois la paix rétablie, Tân Trào a assumé son rôle pilote dans les conditions nouvelles. Il s'est agrandi. Il ne comptait encore en 1974-1975 que 11 classes de 8e, 7 classes de 9e et 4 classes de 10e, 1053 élèves et 57 enseignants. Il figure aujourd’hui parmi les plus grands lycées du Nord du Vietnam. Le lycée Tân Trào est aussi à l'origine de la création de plusieurs autres lycées dans la province de Tuyen Quang. Depuis sa création Tân Trào a formé 30.000 bacheliers. Il suit sa « stratégie d’éducation compréhensive”, bénéficiant de méthodes pédagogiques variées et adaptées. Les générations d’élèves qui se sont succédées à Tân Trào se sont ainsi forgé un esprit révolutionnaire, acquérant savoirs, savoir-vivre et savoir-faire nécessaires à l'accomplissement des tâches du pays. Le lycée est également le berceau de nombreux cadres et leaders du Parti et de l’État vietnamien. Au cours de sa déjà longue histoire, le lycée a reçu de nombreuses distinctions : la dernière, conférée en 2001, est celle de Héros du Renouveau. En raison du manque de salles, le lycée doit organiser deux groupes d’enseignement par jour, l’un le matin, l’autre l’après-midi. Il lui manque une bibliothèque, un amphithéâtre, un gymnase. Suivant son plan d’action, Tân Trào construira en 2010 un bâtiment de trois étages, de 21 salles bien équipées pour permettre une séance complète d’enseignement par jour, un bureau de direction, une salle de réunion, une bibliothèque... En 2010, on espère que les infrastructures répondront aux besoins et au rôle du lycée. Le lycée Trân Trào recherche un jumelage avec un lycée français pour une classe francophone. Dr Tran Thi Le Thanh, directrice (4) ———— (1) Tri Viet se traduit en français le « génie vietnamien » comme l’on dit le « génie français ». (2) Précédemment vice présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Elle n’a pas sollicité le renouvellement de son mandat de députée lors des élections de 2007 et se consacre à ce projet. 16 ———— (1) Tân Trào peut se traduire par “nouveau mouvement” ou “courant neuf”. (2) Le renouveau, Dôi Moi, décidé en 1986 a ouvert le Vietnam à l’économie de marché et l’initiative privée. (3) La numérotation des classes est inverse de celle utilisée en France. Les numéros les plus élevés désignent les classes du plus haut niveau. (4) J.P. Archambault a dû abréger la description initiale trop longue de la directrice. Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 CE VIET NAM QUE NOUS AIMONS Brèves Le Nord Vietnam : Sa Pa I. La fête des fiancés du samedi soir ENVIRONNEMENT, CLIMAT, PRÉSERVATION DU PATRIMOINE NATUREL ET URBANISME Environ Sapa n’est pas à proprement parler une destination très originale – au regard d’un certain nombre de lieux qui ont été présentés dans cette rubrique. Cette bourgade, bien desservie par voie ça plus pratique pour repiquer le riz ou enfourcher une mob… En attendant, c’est un plaisir de croiser, en arrivant sur Sapa, un groupe de dames Hmongs partant travailler aux champs… Donc, lorsque le samedi soir, les jeunes (et moins jeunes) convergent de tous les hameaux vers la ville, pour faire la fête comme tous les jeunes, c’est un spectacle coloré, chamarré, éblouissant. Hmongs fleuris, Hmongs noirs, Zhaos et Thays se mélangent sur les trottoirs, et notre regard ne les gêne pas. Ils n’ont pas les soucis des adultes, ils sont heureux, tant mieux si on les trouve beaux ! 20% de la population du Vietnam serait affectée par la montée des eaux maritimes. Une hausse de 1 mètre des océans se traduirait par des pertes annuelles de 17 milliards de dollars et une perte de plus de 12 % des terres arables. Plus de 16 millions de personnes pourraient ainsi perdre leurs habitations. Quelque 40 000 km2 de littoral seraient sous les eaux et 17 km2 du littoral du delta du Mékong touchés par de grandes crues. Le typhon Kammuri qui s'est abattu vendredi 9 août sur les régions montagneuses du Nord a fait près de deux cent morts ou disparus. Les dégâts matériels sont aussi considérables, avec près de 18 000 bâtiments endommagés et 15 000 hectares de champs dévastés. Les deux premières stations d'alerte aux séismes seront construites à Dà Lat et Son La ; trente autres seront ultérieurement réparties dans le pays. Le gouvernement prévoit un budget total de 70 milliards de dôngs. Dans un premier temps, les informations seront transmises par l'intermédiaire d'un satellite thaïlandais, avant d'être assurées par le satellite vietnamien Vinasat. Actuellement aucune station n’existe au Sud du pays, bien que le risque ne soit pas nul. Flirt Dames Hmongs fleuris La société Holcim Regardez le sourire éblouissant des petites Zhaos qui posent avec le prof kinh venu de Hanoi (qui est tout aussi épaté que l’occidental…). Ce sourire, il n’a rien de commercial, ni de forcé, il est vrai, tout simplement. Demoiselles Zhao ferroviaire et par une bonne route, figure au programme des voyagistes les plus pointus ("le Viet Nam en quinze jours"). Quant à la promesse de la "foire aux fiancés" du samedi soir, elle ferait plutôt fuir le voyageur porteur d’une certaine éthique du tourisme. Va-t-on nous exhiber des jeunes filles en tenues folkloriques, posant devant le photographe comme le Massaï qui vous attend au coin d’un chemin du Kenya avec lance, collier de dents et de plumes pour échanger une photo contre un dollar ? Rassurez-vous, il n’en est rien. Dans le grand nord vietnamien (au contraire du reste du pays), tous ces vêtements sublimes que vous pouvez admirer au musée ethnographique de Hanoï sont encore portés couramment. Peut être plus pour très longtemps ! Quand ils pourront s’offrir des jeans, nul doute qu’ils trouveront La fête dure une bonne partie de la nuit. Au petit matin, on croise des musiciens crevés et transis qui rentrent chez eux.... Dans ce Viet Nam qui bouge à toute vitesse et qui fonce tête baissée dans le XXIe siècle, que vont devenir les montagnards et quelle survie pour leurs fêtes ? Alors… allez-y vite ! Anne HUGOT LE GOFF Vietnam, joint-venture entre le groupe suisse Holcim et la Compagnie de ciment Hà Tiên 1 financera d'ici 2012 la restauration de l'écosystème des montagnes karstiques de la province de Kiên Giang. Elle est associée au projet de préservation du lepironia, ou bàng, herbe qui est tissée de diverses manières dans l'artisanat local traditionnel, ainsi qu’au projet de préservation des grues à tête rouge (Grus antigone). Une équipe de scientifiques du WWF a décou- vert onze nouvelles espèces d'animaux et de plantes dans une zone reculée du centre du Viêtnam. Parmi elles, deux papillons, un serpent, cinq orchidées et trois plantes. Des études plus poussées doivent vérifier si dix autres espèces, dont quatre orchidées, sont également nouvelles pour la science. Toutes ces espèces vivent exclusivement dans les forêts tropicales de la cordillère annamite, dans la province Thua Thien Hué. Une région également appelée le « corridor vert » en raison de ses forêts inviolées depuis des milliers d'années qui constituent un habitat unique pour beaucoup d'espèces. Des nouveaux mammifères y avaient déjà été trouvés dans les années 1990, ce qui laisse supposer que ces découvertes ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Source : « Panda Magazine », le journal du WWF Musiciens au petit matin Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 >>>> 17 Brèves L’incident de la Nonciature* Ces derniers temps, plusieurs espèces rares d'oiseaux, notamment le tantale indien (Mycterial eucocephala) et le pélican à bec tacheté (Pelecanus philippensis), sont revenus se reproduire au parc ornithologique de Bac Lieu. Ce parc est le refuge de centaines de hérons pourprés, un échassier en voie de disparition, parmi 46 espèces rares d'oiseaux et 150 autres espèces. TOURISME début du 20e siècle, les Français ont investi à Tam Dao pour en faire une station climatique d'altitude, à 85 km de Hanoi. Ce sont 163 villas à flanc de montagne qui nécessiteraient actuellement une restauration, au milieu d’une réserve naturelle, protégeant une forêt primaire. HCM-Ville a comptabilisé au premier semestre près de 1,5 million de visiteurs étrangers, soit une hausse de 16 % par rapport à la même période de l'année 2007. Le secteur touristique de la ville a réalisé entre temps un chiffre d'affaires de 14 600 milliards de dongs, soit un bond de 40 % en un an. La compagnie d'aviation du Nord et la Société par actions Hoang Gia ont ouvert en août un service d'hélicoptères-taxis de sept places entre Hanoi et la baie d'Ha Long. Le ticket allerretour Hanoi-Ha Long coûte environ 550 dollars par personne et 110 dollars pour la visite de la baie. Un nouveau circuit touristique inspiré d'un grand évènement historique sera inauguré en septembre par la Société du Fleuve rouge. A bord d'un bateau, les touristes remonteront ou descendront le fleuve Rouge pour contempler ses magnifiques paysages riverains. Il s’agit de commémorer le transfert en 1010 de la capitale de Hoa Lu à sa place actuelle, sur l'initiative du roi Ly Công Uân (974-1028). Au FAITS DE SOCIÉTÉ, RELIGION, VIE DES ETHNIES MINORITAIRES Et Re-Miss ! Quinze jours plus tard, le 2 août, Phan Thi Ngoc Diêm (étudiante à l'Université du commerce extérieur de HCM-ville), de la province de Khanh Hoà, était couronnée « Miss Tourisme Vietnam 2008 ». Trente-six jeunes filles avaient participé aux épreuves en robe de soirée, ao dài et bikini, mais les têtes devaient être également bien pleines, puisque les finalistes étaient interrogées sur l'histoire, la géographie et la culture vietnamienne. C’est grâce à sa connaissance de l'ancienne cité impériale de Hoa Lu que Phan Thi Ngoc Diêm a pu triompher… Tout ceci nous montre l’extraordinaire capacité actuelle du Vietnam à évoluer. Souhaitons que cette évolution ne se fasse pas dans n’importe quelle direction… L’avenir nous le dira. 18 La Nonciature* est située entre la cathédrale et le petit lac "Salutations au pays, au parti et au printemps". Ce très beau bâtiment entouré d’un terrain encore vague longtemps abandonné derrière des palissades opaques a été récemment restauré. Cette ancienne propriété papale avec son magnifique banian et son jardin en friche fait l’objet de toutes les convoitises opposant des catholiques au gouvernement vietnamien. Les manifestations depuis le têt vont crescendo. Un accord semblait avoir été trouvé dès février, mais les appétits des deux côtés paraissent insatisfaits. Le scénario est à rebondissements. Cet emplacement aurait auparavant été cédé par le Vatican au gouvernement vietnamien en 1960. Chacun campe sur ses positions pour le moment. La pietà et la croix au pied du banian ont été autoritairement enlevées fin septembre et emportées vers une destination inconnue. Sous ce conflit apparaissent les divergences sourdes mais réelles entre l’état et l’église catholique. Pas très loin à l’ouest au delà de la ligne de chemin de fer dans le quartier Dong Da un autre conflit entre catholiques et gouvernement avait éclaté, car un terrain anciennement propriété de l’église catholique avait été cédé récemment par l’état à l’entreprise Chien Tang. Depuis quelques jours cette affaire a trouvé une heureuse issue. Le terrain a été repris à l’entreprise et deviendra un espace vert au bénéfice de tous. DdM ———— *Ambassade du Vatican inf o Changement de numérotation pour les téléphones fixes A partir du 5 octobre, VNPT va changer les numéros des téléphones fixes en ajoutant un 3 devant le numéro actuel. En pratique : 1) Ho Chi Minh-Ville : le numéro à 7 chiffres en aura 8 (exemple : (08) 8 12 34 56 devient (08) 38 12 34 56). 2) Les provinces qui ont déjà un numéro à 7 chiffres ne changent pas : Danang, Dong Nai, Hai Duong, Hai Phong, Kien Giang, Nam Dinh, Nghe An, Thanh Hoa. 3) Pour les 53 provinces restantes, le numéro à 6 chiffres devient un numéro à 7 chiffres (exemple : (064) 812345 devient (064) 3 81 23 45). Du 5 au 18 octobre 2008, on peut utiliser l’ancien ou le nouveau numéro. À partir du 19 octobre, seul le nouveau fonctionnera. Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 Andrée Viollis Brèves Pour la première fois, une course de chevaux a été officiellement organisée à Bac Hà, où s’affrontaient des paysans d'ethnies H'Mong, Dao, Täy et Nung paradant sur leurs montures de trait, le stade de Bac Hà tenant lieu d'"hippodrome" ; cinquante cavaliers ont participé pour représenter leurs villages. Andrée Viollis, très grande journaliste et femme de lettre, est née le 8 décembre 1870 à Les Mées (Alpes de Haute Provence), fille de Claudius Jacquet de la Qui eût imaginé cela, il y a seulement dix ans ? A Verrière, sous-préfet d’Uzès. Rare exemple pour son temps de jeune fille résolument libérée, elle passe son baccalauréat en 1890, se fait préceptrice en Angleterre pour suivre des cours à Oxford, et revient en France pour obtienir sa licence de lettres à la Sorbonne en 1898. Entre temps, elle a épousé Gustave Téry, normalien, agrégé de philosophie, qui l’a guidé dans ses études et de qui elle a ses deux premières filles. Cependant, au lieu du professorat elle Tombe d’Andrée Viollis aujourd’hui restaurée par Madeleine Riffaud aidée de Jean-Luc Perramant*. Cimetière Montparnasse, Division 27, 2e Section, lot 23, n° 6 Nord choisit une carrière littéraire et journalistique, entrant en 1899 au journal féministe La Fronde, où elle défend Dreyfus. Divorcée en 1901, elle épouse en deuxième noce, en 1905, Henri d’Ardenne de Tizac, spécialiste de l’art chinois, premier conservateur du Musée Cernusci, avec qui elle aura deux autres filles. Il se trouve que d’Ardenne de Tizac avait, parallèlement à ses travaux muséographiques, entamé lui-même des positions intransigeantes féministe, antimilitariste et surtout anticolonialiste. Comment l’AAFV ne souhaiterait-elle pas instamment une nouvelle réédition, entre autres, d’Indochine SOS, publié pour la première fois en 1935 chez Gallimard, avec une préface d’André Malraux (réed. 1949 aux Editeurs français quelques centaines de kilomètres des petites dames en noir des tunnels de Cu Chi, voilà que, le 14 juillet dernier, se pavanaient des demoiselles en bikini, réunies à Nha Trang pour le concours de « Miss Univers 2008 ». De notables aménagements avaient été réalisés pour accueillir l'événement, avec la construction du « Diamond Bay Resort ». Lê Xuân Thân, vice-président du Comité populaire de la province de Khanh Hoà était le chef du comité d'organisation et le vice-ministre vietnamien de la Culture, du Sport et du Tourisme, Lê Tiên Tho, était aussi présent. C’était bien sûr une occasion de faire découvrir le pays aux différentes délégations. Les miss en sont reparties ravies, en emportant un ao dài. Miss Vietnam Nguyên Thuy Lâm, faisait partie des quinze plus belles filles du monde…. Tandis que Miss Thaïlande, Gavintra Photijak, remportait le prix du plus beau costume traditionnel, la vénézuélienne, Dayana Mendoza recevait la couronne des mains de la vedette de la télévision américaine, Jerry Springer ( !!!!) Bon, sa joie a peut être été gâchée par de méchantes langues qui, dès le lendemain, ont découvert l’existence d’anciennes photos de la nouvelle reine dans le plus simple des appareils… réunis) ? une carrière littéraire sous le pseudo- André Viollis a été faite chevalier de la SPORTS (JO) nyme de Jean Viollis ; ainsi sa femme Légion d’honneur en 1927 et promue Sniff prend-t-elle celui d’Andrée Viollis pour officier en 1937. signer avec lui plusieurs compositions Se souvient d’elle avec émotion notre romanesques et chroniques d’actualité. amie Madeleine Riffaud, qui lui doit ses C’est sous ce nom de plume qu’elle premiers pas dans la journalisme. devient l’une des journalistes de grand Léon Vandermeersch reportage les plus célèbres de la première moitié du XXe siècle, livrant au ———— Petit Parisien d’abord ses notes de guerre * En amont un certain nombre de personnes dont – en 1914-18 elle parcourt les champs des membres de l’AAFV avaient apporté une contri- de bataille comme infirmière –, puis les bution non négligeable à l’élaboration de ce projet. observations qu’elle récolte en de nombreuses expéditions intrépidement effectuées en Afghanistan, en Inde, en Chine, au Japon, en Indochine, en Tunisie, sans !! Le joueur de badminton vietnamien Nguyên Tiên Minh (24e rang international) a du s’incliner face au Taïwanais Hsieh Yu Hsing lors e des 32 de finale à Pékin. Bon, Nguyên Tiên Minh était quand même très heureux d’être aux JO… …mais, youpee ! l'haltérophile Hoang Anh Tuan a remporté la médaille d'argent du concours messieurs des moins de 56 kg. Hoang Anh Tuan s'est imposé avec un total de 290 kg, après les épreuves d’arraché et d’épaulé-jeté Le Vietnam a envoyé une délégation de 28 membres, aux Jeux paralympiques de Pékin. Les neuf sportifs vietnamiens participent aux épreuves d'athlétisme, de natation, d'haltérophilie et de judo. Il s'agit de la troisième participation du Vietnam à ces jeux. parler des livres dans lesquels elle défend Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 19 Bibliographie Denise Pham Denise Pham nous a quittés au début du mois de juillet. Elle se remettait d’une délicate opération. Elle était depuis quelques temps membre de notre association et déjà elle avait pris une grande place dans nos activités. Infatigable dans le comité Ile de France, elle y était de toutes les initiatives, mêmes les plus modestes. Grâce à sa présence, les fastidieuses séances de mise sous pli se transformaient en une série de découvertes. Elle nous parlait de son enfance vietnamienne, de son métier d’enseignante en Afrique, de l’histoire du Vietnam et de sa littérature, de ses fleurs et de ses fruits et de bien d’autres choses. Après quelques hésitations, elle s’était "aventurée", disait-elle, à donner à Perspectives des comptes rendus de livres que nous appréciions tous. L’hiver dernier, elle était retournée au Vietnam pour la première fois depuis sa prime jeunesse et ce voyage l’avait vivement émue. Elle nous en faisait partager les joies et les interrogations. Nous conserverons le souvenir si attachant de "notre petite Denise" et nous adressons à sa famille nos condoléances sincères. MHL La Carambole d’or La Carambole d’or est un conte vietnamien revisité par Yveline Féray et Marcelino Truong aux éditions Picquier jeunesse. Yveline Féray, auteur notamment de L'épopée des bords du chemin (Julliard, 1980), de Dix Mille Printemps (Julliard, 1989) et de contes asiatiques, adapte ici, pour la jeunesse, un conte extrait des Contes d'une grand-mère vietnamienne (Picquier, 1998), Le Carambolier. L'album est illustré par Marcelino Truong, né en 1957. Autodidacte en matière artistique, il se lance dans le métier d'illustrateur en 1983. À travers l'histoire vietnamienne de deux frères, sont dénoncés l'abus de pouvoir et la cupidité qui trouveront leur extrême châtiment. Marcelle Devaud DdM La presse a annoncé le décès de Mme Marcelle Devaud et Le Monde du 15 septembre 2008 lui a consacré un article nécrologique, malheureusement incomplet. L’AAFV tient à rappeler et à honorer la mémoire de Mme Devaud qui fut membre de la Présidence collective de notre association. Mme Devaud était gaulliste et, en tant que telle, membre de l’Assemblée économique et sociale. Son implication dans les problèmes sociaux la rendit sensible au drame du peuple vietnamien alors en proie aux horreurs de la guerre américaine. Aussi est-ce tout naturellement qu’elle trouva le chemin vers notre Association où sa présence dans notre Présidence collective complétait le très large éventail d’opinions de ceux qui dirigent l’AAFV. En 1972, elle fit partie, avec le Pasteur Voge, autre membre de la Présidence, et moi-même, alors secrétaire général, d’une délégation de l’AAFV invitée par nos amis de l’Association d’amitié Vietnam-France. Je me souviens de son étonnement amusé quand nos amis l’appelait "camarade", traduction du mot "dong chi" qui était d’usage courant alors, comme le mot citoyen l’avait été en France à l’époque de la Révolution. Revenue en France, Mme Devaud participa activement aux comptes-rendus publics de notre délégation qui relataient la terrible réalité de la guerre subie par le Vietnam et le magnifique élan que manifestait ce peuple. Ces dernières années, chargée de nombreuses tâches et d’années (elle est morte centenaire), elle participait moins activement à la vie de notre association. Mais nous gardons fidèlement le souvenir de sa présence active, de sa gentillesse et de son esprit clair, soucieux d’humanité et de l’intérêt bien compris de la France. Que ses enfants trouvent ici l’expression de notre chagrin à l’occasion de sa disparition. Charles Fourniau 20 Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 • Notes de lecture • Films • Bibliographie Fragments de culture vietnamienne traditionnelle « Se pencher sur la culture traditionnelle peut être conçu comme un moyen de se donner des clés pour comprendre le présent. » C’est à partir de l’expérience acquise dans la consultation interculturelle qu’il a ouverte il y a une dizaine d’années au Centre hospitalier de Cadillac (Gironde) que l’auteur aborde une réflexion sur les rapports du passé et du présent dans la culture. Attentif aux représentations culturelles des personnes étrangères en difficulté psychologique et à leurs effets dans les troubles et leur dépassement, il propose ici six études touchant à des domaines très différents : la « romanisation » de l’écriture au Vietnam, le Culte des ancêtres, la Fête du Têt, les Noms des Vietnamiens, La Personne humaine et ses âmes et enfin Les Femmes, à travers cinq exemples. Distinction Notre amie Yvelyne Feray, membre de notre Comité d’Honneur, vient de se voir décerné le titre de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres. Mme Magali Selliès, sous-préfète, lui en a remis les insignes le 12 octobre 2008, à la Bibliothèque municipale de Dinan, à l’occasion de la Fête Nationale du Livre. Les lecteurs d’Yvelyne Feray se réjouissent de cet honneur et adressent à notre amie toutes leurs félicitations, en souhaitant qu’elle les enchante de ses contes pendant encore dix mille printemps. MHL Sa double formation de psychologue clinicien et d’ethnologue, jointe aux apports de la psychanalyse interculturelle de Géza Roheim, est visible dans la pertinence de ses analyses. Il ouvre ainsi un accès à quelques-unes des représentations qui ont composé la pensée vietnamienne et continuent à y participer, explicitement ou non, colorant de ce fait la modernité d’une manière qu’il est nécessaire de comprendre. On aurait pu craindre un ouvrage aride, accessible seulement à des spécialistes. Il n’en est rien et si sa lecture demande quelque attention, elle est agréable et enrichissante pour toute personne qui s’intéresse à des manières de penser autres que la sienne et veut éviter à ce sujet les banalités et les contresens trop souvent rencontrés. Le talent pédagogique de l’auteur est remarquable. MHL Patrick FERMI, Fragments de culture vietnamienne traditionnelle, Association Franco-Vietnamienne, Bordeaux-Aquitaine, 105 rue Malbec, 33800 Bordeaux, 2006, 182 p. ill., bibliographies, 18 € http://[email protected] (NDLR : cette association n’est pas un comité de l’AAFV) Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 21 Bibliographie • Notes de lecture • Films • B TRAN THI HAO : « Une introduction à la connaissance du Vietnam » C’est un copieux mille-feuilles que nous offre Mme Hao : géographie et climatologie, histoire ancienne et contemporaine, culture et religion, éducation et santé, administration et système politique, économie… 250 pages de texte suivies de 50 pages de tableaux grâce auxquels vous apprendrez aussi bien qu’on ne recense plus que 750 Pu Peo et 850 Si La, qu’il tombe 479 mm de pluie en juillet à Pleiku et qu’il y a 313 coopératives agricoles dans la province de Nam Dinh… Toutes ces statistiques datent de 2005, le livre ayant été réédité en 2007. Le tout est écrit sans recherche, dans un style assez administratif, aéré cependant par les inserts de légendes ou traditions populaires. Tout au plus l’auteur se permet-t-elle de donner son avis (critique) sur l’état réel de la parité hommes /femmes, et les insuffisances du système éducatif. Une discrète nostalgie aussi, plus surprenante chez une femme encore jeune, quant à la survie de la famille traditionnelle face aux avancées de l’homosexualité et du divorce… Pour un voyageur curieux, ça doit encore exister, soucieux de découvrir intelligemment le Vietnam et les vietnamiens, c’est un livre de base à recommander chaleureusement. Quant aux lecteurs de « perspectives » déjà avancés en vietnamologie… ils feront certainement quelques découvertes, comme « la manière de nommer quelqu’un et de se nommer » -assez incompréhensible pour la plupart d’entre nous ! Enfin, une grosse critique est l’absence de carte valable. Un mauvais schéma tout gris (sans doute reproduit à partir d’un original en couleurs), en grande partie annoté à la main, donc parfaitement illisible, voilà qui est insuffisant. Trois belles cartes du Nord, du Centre et du Sud avec un bon contraste auraient largement facilité la lecture du livre de Tran Thi Hao. Anne Hugot-Le Goff Editions l’Harmattan, 310 pages, 26,50 €. 22 Recherche sur l’identité de la culture vietnamienne, Tran Ngoc Thiem Une Américaine au milieu des Vietnamiens Tr a n N g o c Thiem est né en 1952 à Phu Tho au Nord Vietnam, il est diplômé en 1974 de la faculté de linguistique mathématique de Léningrad, il est docteur en 1988 ; depuis 1975 il enseigne à Hanoi et depuis 1992 à Ho Chi Minh Ville. Il n’est pas de trop de mentionner succinctement les titres et compétences de cet auteur car l’ampleur de son ouvrage l’érige en maître à penser de l’identité vietnamienne. La première édition complète a été publiée par l’Université d’Ho Chi Minh Ville en 1995, depuis son pavé de près de 900 pages a été réédité plusieurs fois et complété au cours des années : l’œuvre d’une vie. Tous les aspects de la culture des Viets ou Kinh* y sont soigneusement étudiés : des bases théoriques indispensables à l’élaboration d’un tel projet en passant par les historiques des régions tout en spécifiant les données organisatrices de la vie communautaire et individuelle. Toutes les questions que l’on se pose sur le Vietnam y sont minutieusement analysées et considérées : des tambours de bronzes à la géomancie en passant par l’art et j’en passe. L’auteur pour ancrer l’identité vietnamienne n’hésite pas à décrire la continuité historique entre l’habitat préhistorique de l’Époque de Dong Son et les maisons sur pilotis voire l’école de Vinh Té aujourd’hui. Les fondements du Vietnam ont des assises solides, enfoncées dans la nuit des temps… Il en est de même pour les toits recourbés… Une petite encyclopédie à la portée de tous, dont la facture est tout à fait occidentalisée, facile à lire pour nous et oh ! combien instructrice. Éditions THÊ GIO, Hanoi, 46 Tran Hung Dao, Hanoi, Vietnam, 2008, 795 pages, 250 000 vnd (9 €) [email protected] DdM *L’ouvrage n’aborde pas les cultures des minorités ethnolinguistiques. Dans son article récent, « Souvenirs d’un passé qui s’efface » (1), Al Burke regrettait que l’ouvrage de Lady Borton, After sorrow, ne soit pas encore traduit en français. C’est chose faite, grâce à l’élégante traduction de Jean Meynard qui vient de paraître sous le titre Vietnam l’après chagrin. Al Burke écrivait : « Pour une paysanne vietnamienne, raconter son histoire comme si elle avait la moindre valeur en elle-même est le summum de l’arrogance. Personne extérieure à qui l’on pouvait se fier, Lady Borton (Lady est son prénom, pas un titre) a pu percer ce mur de modestie et de silence. Elle a passé quatre décennies à se plonger dans la vie du Vietnam et dans sa culture, est devenue experte en Vietnamien – une compétence qui a échappé à de nombreux autres Occidentaux qui s’y sont essayés – a passé des heures à parler à bâtons rompus avec des gens de toute condition, et a donné dans After Sorrow. un choix très éclairant de leurs histoires personnelles. Ce sont les histoires de douces mais indomptables âmes, principalement des femmes, que le propre pays de l’auteur a décidé de nommer des ennemies. En leur donnant la parole dans After Sorrow, Lady Borton a rendu un service inestimable à tous ceux, où qu’ils soient, qui s’intéressent aux questions liées à la guerre américaine contre les peuples d’Indochine. » Lors de la première publication de l’ouvrage, un critique américain, Robert Mason, en a souligné la portée : « Je savais comment les Vietnamiens affrontaient la mort. Mais je ne savais pas comment ils vivaient. Dans After Sorrow, le talent d’écrivain et le courage de Lady Borton m’ont donné la réponse et j’en suis reconnaissant. » Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 ibliographie Les conférences de l’Association d’Amitié franco-vietnamienne Soyons reconnaissants à Jean Meynard de nous rendre accessible ce document attachant et précieux pour la compréhension de l’âme vietnamienne. CONNAISSANCE DU VIETNAM MHL Participation aux frais : 10 € tarif réduit (étudiants…) : 5 € Lady Borton, Vietnam l’après chagrin, trad. Jean Meynard, 538 p., ill., Editions The Gioi, Hanoi, 2007. Renseignements auprès de l’AAFV, 44 rue Alexis Lepère, 93100 MONTREUIL (1) Perspectives n° 65, avril 2008, p. 17. Tél. : 01 42 87 44 34 Fax : 01 48 58 46 88 mail : [email protected] ...Une critique à venir De l’Indochine coloniale au Vietnam libre, je ne regrette rien, par Albert Clavier Le Vietnam, terriblement menacé par les conséquences de l'effet de serre, par Yves LACOSTE* Si au nord de l'Afrique et au Moyen-Orient, l'effet de serre va probablement se traduire par une extension et une aggravation de l'aridité, en Asie du sud et du sud-est il va avoir pour conséquence une notable augmentation des précipitations, notamment lors de la mousson. Les fleuves qui viennent de grandes chaînes de montagnes vont avoir des crues plus fortes et dans les plaines relativement étroites où ils descendent, la menace des inondations sera encore plus grande. Au Vietnam, et surtout au nord, dans le delta surpeuplé du Fleuve Rouge, cette menace permanente va devenir extrêmement grave. Le Fleuve Rouge au très fort débit, chargé d'alluvions arrachées aux versants montagnards, débouche directement des montagnes dans cette petite plaine. La masse des alluvions est telle qu'elles se déposent en partie dans le lit du fleuve, formant une sorte de remblais, une "levée" naturelle sur laquelle coule le fleuve. A Hanoï cette levée a une vingtaine de mètres de hauteur. Pour empêcher les “De la gamelle de soupe en gardant les vaches, au petit-déjeuner avec le président de la République française...” Entre ces deux époques de sa vie, Albert Clavier est parti en Indochine en 1945 avec le corps expéditionnaire français, a déserté et servi dans les rangs du Vietminh, puis, après la fin de la guerre en 1954, a étré journaliste à Hanoi jusqu’en 1963. Il est un des rares occidentaux à avoir connu la guerre du côté des combattants nationalistes vietnamiens, puis la vie dans le Vietnam indépendant des années 50 et 60. Une nouvelle vie commence ensuite en Hongrie comme représentant de la Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocrratique, puis, après l’amnistie qui lui permet de retourner en France, comme homme d’affaire. Les Indes Savantes, ISBN 978-2-84656-156-5, 23 € inondations lors des crues, les Vietnamiens depuis des siècles ont construit des digues le long des bras du fleuve, en épousant le contour des méandres. A Hanoï, les digues ont une vingtaine de mètres de hauteur donc lors des crues, le niveau supérieur du Fleuve rouge est à 40 mètres au dessus de la plaine. Il faudrait rehausser encore les digues, construites en terre compactée, mais cela pose des problèmes techniques très délicats. Les problèmes sont tout autres dans le delta du Mékong, car les montagnes qui alimentent ce fleuve sont loin, les crues peuvent s'étaler dans des plaines en amont (Cambodge) et les alluvions s'y déposer. Les levées naturelles sont à peine marquées et les inondations se font progressivement, à la différence du delta du Fleuve Rouge où elles sont très brutales. Mardi 18 novembre à 19 h à l’AGECA, 177 rue de Charonne, 75011 Paris M° Alexandre Dumas (ligne 2) ou Charonne (ligne 9) *Géographe, spécialiste de géopolitique Perspectives France-Vietnam • N° 67 • Octobre 2008 23 Les conférences de l’Association d’Amitié franco-vietnamienne CONNAISSANCE DU VIETNAM Les Chants de la Symbiose : une histoire du Vietnam à travers les chansons, par Ngô Tu Lap* Qui sommes-nous ? Les premières chansons occidentales sont arrivées au Vietnam avec les missionnaires, puis avec la conquête du pays. Une nouvelle forme d’Opéra, appelée « Cai luong » est née de cette confrontation. Que faisons-nous ? La presse en parle Le Vietnam Une guerre sans fin Ainsi est née la musique moderne vietnamienne dont les influences françaises sont évidentes, même l’hymne national en est imprégné. Comment cette musique s’est-elle et se développe-t-elle encore aujourd’hui, coincée entre le marché et l’idéologie ? Archives et documents Photothèques Liens Nous écrire Index par mots clés Vendredi 7 novembre à 19 h chez Dominique de Miscault, 68 avenue d’Italie, 75013 Paris M° Tolbiac ou Olympiades (+ 10 minutes de marche) www.aafv.org Participation libre aux frais *Né en 1962 à Hanoi, Ngô Tu Lap est membre de l’Union des Ecrivains vietnamiens pour ses œuvres. Il a étudié en Russie et en France, où il a obtenu un DEA. En 2006, il a reçu son Littéraire et la Communication. Ngô Tu Lap a reçu sept prix pour ses textes. BULLETIN D’ADHESION, D’ABONNEMENT ET DE SOUTIEN ✃ titre de Docteur aux USA. Il enseigne à l’Université Nationale de Hanoi, le Cinéma, la A re t o u r n e r à l ’ A A F V : 4 4 r u e A l e x i s L e p è re, 9 3 1 0 0 M O N T R E U I L NOM ............................................................................................ Prénom ...................................................... Année de naissance ................ Adresse .............................................................................................................................................................................................................. Un acte à ne pas remettre au lendemain : adhérer ou renouveler votre adhésion Code postal ....................................................Ville ...................................................................... Pays ............................................................ Tél. : .............................................. Fax : ............................................ 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