interview - Jean Troillet
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interview - Jean Troillet
interview 28 March 2012 Jean Troillet Some Verbier Life readers may remember our interview of last season with Swiss alpinist, Jean Troillet. They will almost certainly have been as sad as we were to hear that he had been evacuated from Annapurna in Nepal suffering from a stroke. Since then he has all of Switzerland talking about his lightning recovery. He kindly dedicated some time to Verbier Life to update its readers on his physical condition and indestructible morale. Les lecteurs de Verbier Life se rappelleront peut-être de notre interview, la saison dernière, avec l’alpiniste suisse Jean Troillet. Ils ont aussi certainement ressenti la même tristesse que nous en entendant la nouvelle qu’il a dû être évacué d’Annapurna au Népal à cause d’un accident vasculaire cérébrale. Depuis, il a fait parler toute la Suisse de son rétablissement éclair. Il a très gentiment consacré un peu de temps à Verbier Life pour nous mettre à jour concernant sa condition physique et son moral imbattable. TEXT : KATHRYN ADAMS 29 interview V isiting Jean Troillet is an adventure in itself. He lives with his wife and three children in a secluded wooden house, surrounded by larch and pine trees. You have to drive down a snow-walled road, park in a small clearing, continue on foot across a mountain stream over a wooden bridge and scramble up a winding path burrowed into the snow to be welcomed by a large wooden bear sculptured by William Besse. Modern, but totally in tune with its natural environment, even the house typifies this extraordinary man. Speaking of his latest adventure, Jean Troillet tells me how initially he thought he had just lost his sense of balance. What he did know, was that he had to get down from 6,000m back to base camp to recover. With the help of his friend and climbing partner, Jean-Yves Fredrickson (or “Blutch”) and fierce determination, he found the strength and capacity to slide and clamber his way back to base camp where he finally realised that he would have to give up on this particular trip. The return journey was a long one and Jean was touched by the friendship and aid of his fellow mountaineers and the rescue and repatriation services. He also recognises the importance of good quality equipment; his sleeping bag and tent kept him dry and warm whilst he waited for the weather to clear so the helicopter could reach him. The reunion with his wife Mireille in Switzerland was not a good moment, he had lost 10 kg in weight, was totally white and in a state of total exhaustion and he admits “it was very hard on her”. Only after returning home and undergoing detailed examinations directed first by his friend Bernard Darbellay at the Hospital of Martigny and subsequently by the neurological and heart specialists at Sion Hospital, did Jean realise that something serious had happened to him. The diagnosis was an atrial fibrillation which, under stress, had led to a stroke*. His situation was aggravated and complicated by an intestinal bacteria. The main effects on Jean were loss of balance and physical strength, both fairly essential for a mountaineer, especially one who uses the “LorétanTroillet” method (day and night and without oxygen). He tackled The next step for his recovery as if he was preparing for an expedition. After three weeks him, is to start he began physiotherapy to recover his balance. His physiotherapist climbing again “a was told not to go easy on him by little Mont Blanc his doctor but instead “hard, hard, go, go”. Progress was quick to start from the Aiguille with but then tapered off and is now du Midi”. proving more laborious. Now at 80% of his original capacities, Jean is realistic and says philosophically “I am not in a hurry, I must be patient”. He is, however, making sure he stacks all the odds on his side, he has started skiing again “powder is the most difficult, I have to stay really focused”, goes snowshoeing without poles and practices skate skiing, all activities designed to help his balance and rebuild his physical strength. He has also got his appetite back and enjoys the occasional glass of whisky which he discovered two years ago and which his doctors assure him is, in moderation of course, good for the heart and circulation. The next step for him, is to start climbing again “a little Mont Blanc from the Aiguille du Midi”. When I laugh and tell him that doesn’t sound very “little” to me, he explains earnestly that “it’s only 4,807m. From the Aiguille du Midi, that’s a mere 1,200 climb, you can do that in three hours”. Ah, I smile to myself as I am corrected, easy then… And when I ask him the all too obvious question about his plans for the future, it’s an avalanche! This gentleman who declares himself “not in a hurry” talks to me of several 6,000 to 7,000m peaks that he has on his objectives list, describing a little valley next to Annapurna, named Tilicio with a beautiful lakeside base camp. He talks to me of films he wants to direct, of crossing Greenland, of an expedition crossing his country of adoption Canada to the North Pole and of a desert he wants to cross. Even more off the radar, he recounts how his climbing partner “Blutch”, having accompanied him back to base camp, then returned to fetch their equipment from the mountain, returning by paraglider. This friend is currently taking his licence to take a tandem passenger and you can imagine who will be joining him to jump off the various peaks of the roof of the world. 30 March 2012 D e rendre visite à Jean Troillet est en elle-même une aventure. Il habite avec sa femme et trois enfants dans une maison en bois, retirée et entourée de mélèzes et de pins. Il faut conduire sur une route aux murs de neige et parquer dans une petite clairière. Ensuite on traverse à pied un torrent par un petit pont en bois pour rejoindre un chemin sinueux creusé dans la neige pour être accueilli par un ours en bois sculpté par William Besse. Moderne mais en toute harmonie avec ses environs, la maison même est une expression de cet homme extraordinaire. Parlant de sa dernière aventure, Jean Troillet m’explique qu’il croyait n’avoir perdu que son équilibre. Tout ce qu’il savait c’est qu’il lui fallait descendre de 6’000m d’altitude au camp de base pour se remettre. Avec l’aide de son ami et co-équipier Jean-Yves Fredricksen – ou « Blutch » – et une détermination féroce, il a trouvé les moyens de glisser et de retracer son chemin au camp de base où il s’est rendu compte que, cette fois-ci,il fallait renoncer. Le retour a été long et Jean a été très touché par l’amitié et les compétences de ses co-alpinistes et les services de sauvetage et de rapatriement. Il a aussi beaucoup apprécié l’importance d’un matériel de qualité. Sa tente et son sac de couchage l’ont tenu chaud et sec en attendant que le mauvais temps s’apaise pour que l’hélicoptère puisse l’atteindre. Les retrouvailles en Suisse avec sa femme Mireille ont été moins gaies. Il avoue qu’avec ses 10kg en moins, un teint très blanc et un épuisement total « ça a été dur pour elle ». C’est seulement après son retour à la maison et des examens approfondis dirigés par son ami le docteur Bernard Darbelly à l’hôpital de Martigny, qui a su le diriger vers les spécialistes neurologues et cardiologues à l’hôpital de Sion, que Jean a compris que quelque chose de grave lui était arrivé. Un diagnostic de fibrillation auriculaire qui, sous pression, a causé un accident vasculaire cérébrale*. Sa condition a été aggravée et compliquée par une bactérie intestinale. Les effets principaux sur Jean furent une perte d’équilibre et de force physique, tous deux essentiels pour un alpiniste, surtout un qui pratique la méthode de « Lorétan-Troillet » (jour et nuit et sans oxygène). Il s’est attaqué à sa La prochaine récupération comme s’il se préparait partir en expédition. Après trois étape pour lui est pour semaines il a commencé à faire de de grimper, « un la physiothérapie pour rétablir son et son médecin a conseillé à petit Mont Blanc équilibre, son physiothérapeute de ne pas y aller depuis l’Aiguille tranquillement en travaillant avec Jean mais au contraire d’être « dur, dur, du Midi ». go, go ». Le progrès a été très rapide au départ puis s’est ralenti et est maintenant devenu plus laborieux. A 80% de ses capacités d’origine, Jean se montre réaliste et dit philosophiquement« Je ne suis pas pressé, je serai patient». Il met pourtant toutes les chances de son côté, il skie « la poudreuse c’est le plus dur, il faut focaliser », il fait de la raquette sans bâtons, du skating, toutes des activités pouvant travailler son équilibre et qui renforcent sa force physique. Il a également retrouvé son appétit et apprécie, de temps en temps, un verre de whisky qu’il a découvert il y a deux ans et que les docteurs l’ont assuré était bon pour le cœur et la circulation (avec modération bien sûr). La prochaine étape pour lui est de grimper, « un petit Mont Blanc depuis l’Aiguille du Midi ». Quand je rigole que cela n’a pas l’air ‘petit’ de mon point de vue, il précise très sérieusement que « ce n’est que 4’807m. Depuis l’Aiguille ce n’est que 1’200m de montée, ça se fait en trois heures ». A cette correction je peux seulement sourire, ah, facile alors… Et quand je lui pose la question vraiment évidente concernant ses projets pour l’avenir, c’est l’avalanche ! Ce gentleman qui se dit « pas pressé » me parle de quelques sommets de 6’000m à 7’000m qu’il a pour cible, il me décrit une petite vallée peu connue à côté d’Annapurna au nom de Tilicio, avec un beau camp de base en bordure d’un lac. Il parle des films qu’il veut tourner en tant que réalisateur, une traversée du Groenland, une expédition au pôle Nord à travers le Canada - son pays d’adoption- et une traversée du désert. Et encore plus space, il me raconte comment son co-équipier « Blutch », le jour après leur retour au camp de base à Annapurna, est remonté chercher leur matériel et puis est redescendu en parapente. Cet ami est en train de faire son permis biplace et vous pouvez imaginer qui sera la personne qui volera avec lui depuis les sommets du toit du monde. PHOTO: ANNAPURNA /SÉBASTIEN DEVRIENT Has the experience changed him in any way? I ask, regretting being unable to think of questions as original as my subject. He affirms that “it was an alarm call, and I was very lucky. I had an early warning to be careful how I use my ‘pump’ ”. But the most important thing for Jean Troillet is to be beside his wife, watching his children grow up. He explains that although it is difficult to leave his family for long periods and the separation is hard, the return journey is a thing of beauty and the joy of reunion, one of the most intense feelings you can experience. Stopping the adventures however, is unthinkable! “There are still wonderful adventures to be had”. He clearly still has plenty of desire and ideas and (if for the moment, his wife has forbidden 8,000m peaks) Jean Troillet has already worked out his own unique solution for the little medical issues. “I know lots of mountaineers who are doctors, if necessary, I’ll just take one with me!” *A stroke, also known as a cerebrovascular accident (CVA), is the rapid loss of brain function(s) due to disturbance in the blood supply to the brain. Jean Troillet is involved with the charitable organisation, Association Annapurna. Find out more on the internet site www.anapurna.ch www.kaenon.ch 32 March 2012 Mais, est-ce que cette mauvaise expérience l’a changé ? (j’aimerais tant pouvoir trouver des questions aussi originales que mon sujet). Il m’assure que oui « c’était un avertissement et j’ai été très chanceux. J’ai eu un petit signal m’indiquant que je devais faire attention de quelle manière j’utilise ‘la pompe’ ». Mais l’essentiel pour Jean Troillet est de vivre aux côtés de sa femme, la belle aventure de voir grandir ses enfants. Il m’explique que de quitter sa famille pour de longues périodes est difficile et que la séparation est dure, mais que la route du retour est tellement belle et la joie immense de les retrouver est une des émotions les plus fortes que l’on puisse ressentir. Pourtant, d’arrêter ces expéditions, c’est impensable ! « Il reste de belles aventures à faire. » Il a toujours l’envie et a plein d’idées (même si les sommets de 8’000m sont, pour l’instant, interdits par sa femme), et pour les petites questions médicales, Jean Troillet a déjà trouvé une solution bien à lui « je connais beaucoup de médecins alpinistes, si nécessaire, j’en amènerai un avec! ». *Un déficit neurologique soudain d’origine vasculaire causé par un infarctus ou une hémorragie au niveau du cerveau. Le terme « accident » est utilisé pour souligner l’aspect soudain voire brutal d’apparition des symptômes. Jean Troillet est associé à l’Association Annapurna, un organisme caritatif. .Pour plus d’informations, veuillez consulter le site www.anapurna.ch www.kaenon.ch