Les pérégrinations - Archives départementales du Nord
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Les pérégrinations - Archives départementales du Nord
Les pérégrinations des archives du Nord Par Rosine Cleyet-Michaud Claudine Wallart Conseil Général du Nord Archives départementales du Nord 2004 La Chambre des comptes de Lille, rue Esquermoise C’est la loi du 5 brumaire an V qui a créé les archives départementales. Cette création resta toutefois virtuelle. Pendant toute la Révolution, les archives du Parlement de Flandre et de l’université restèrent à Douai, les fonds religieux à Cambrai. Les archives de la Chambre des comptes et du Bureau des finances demeurèrent rue Esquermoise à Lille jusqu’en l’an V. Le citoyen Ferat acquit alors le bâtiment comme bien national et demanda que les documents fussent évacués. Les archives ne seront transférées qu’en l’an IX dans les salles hautes de la mairie de Lille. Les Archives au Mont-de-Piété En l’an XII, le Département loua, afin d’y installer les archives, le « Lombard » qui appartenait aux hospices de Lille. Le Lombard « était autrefois une maison de prêt sur nantissement », l’un des « deux établissements publics de cette nature1. Tous deux furent supprimés pendant les temps de la Révolution, mais vers l’an 1800, l’on sentit la nécessité de rétablir ces établissements, l’on jugea qu’un seul devait suffire pour la ville de Lille. Le mont-de-piété fut rétabli dans le bâtiment qui portait antérieurement ce nom, le Lombard demeura supprimé. Le bâtiment resta vacant et lorsque la préfecture fut transférée de Douai à Lille en 1803, le préfet de concert avec le maire de Lille et l’administration des hospices y fit placer les archives du département »2. Ce bâtiment, édifié au début du XVIIe siècle par Wenceslas Cobergher3 comme de nombreux autres monts-de-piété à Arras, Valenciennes, Cambrai, Lille, Douai, Bergues …, fut aménagé pour y recevoir les archives : carrelage rouge dans les salles, murs en plâtre blanchis à la chaux. 1 Le mont-de-piété fondé par Masurel 4 N 229, lettre du Préfet au ministère de l’Intérieur 3 Wenceslas Cobergher (1557-1634), peintre, architecte, chimiste, il est aussi ingénieur et a dirigé le drainage des Moëres. Il a construit de nombreux hôtels de ville, moulins à vent, diverses églises, notamment le dôme de Montaigu. 2 Au rez-de-chaussée, le corps de logis principal comportait 15 pièces et 2 escaliers ; au 1e étage, 11 pièces ; au 2e étage, 10 pièces. Le grenier mansardé était divisé en 10 pièces. En 1806, les archives de la Chambre des comptes furent conditionnées dans 400 boîtes en bois, portant « des étiquettes indiquant leur origine, le nombre de pièces et les dates »4 et furent transférées au Lombard, à bras d’hommes, avec l’aide de la garnison, sur des rayonnages en bois installés par un menuisier lillois. En 1829, les archives du Bureau des finances rejoignaient le Lombard. 4 ouvriers et une voiture suffirent au transfert. 4 3 T 2028 Plan du rez-de-chaussée du Lombard Mais « le bâtiment (…) est vieux, délabré, ruineux ». L’archiviste écrit dans ses rapports au Préfet en 1840 : « on y découvre sans cesse des brèches à réparer, des éboulements à prévenir, de graves accidents à empêcher. Cet état de vétusté est cause qu’il s’échappe continuellement de toutes les parties de l’édifice un nuage de poussière qui, s’attachant aux papiers et surtout aux parchemins, concourt à les détériorer beaucoup et même à les détruire à la longue si des soins minutieux d’époussetage ne les garantissaient. (…) Les gîtes du second étage paraissent fléchir sous la masse énorme des papiers placés au grenier. Il semble que l’hôtel oscille sous les coups de vent »5. Des lézardes apparaissaient dans les murs, liasses et registres tombaient spontanément des rayonnages. En 1821, L’employé en chef aux archives, Rapy, s’inquiétait de l’installation d’une « pompe à feu », aux usines Scrive, juste en face de la Maison des archives. Ses inquiétudes furent encore plus vives lorsqu’en 1822, la mairie de Lille et le Conseil général décidèrent d’aménager au rez-de-chaussée du Lombard, une école spéciale de chimie appliquée aux arts industriels comprenant un amphithéâtre et un laboratoire, ainsi qu’un logement pour le directeur. Les cours de chimie qui commencèrent à l’été 1824, furent dispensés par Frédéric Kuhlmann. Ils touchaient « un public nombreux, composé 5 3 T 2028, rapport de l’archiviste au préfet, 1836 et 1840 principalement de manufacturiers et de négociants distingués, tant de Lille que des communes environnantes, [qui y profitait] des instructions pratiques et théoriques »6. La cohabitation, archives – laboratoire de chimie, s’avéra très vite difficile. Rapy se plaignit de ce voisinage « qui compromettait grandement la sûreté du dépôt ». En effet, écrit-il, « le logement du professeur de chimie construit dans la cour permet de pénétrer dans les magasins d’archives. De la cheminée du laboratoire s’échappent des « flocons de feu » qui pénètrent dans les salles par les fenêtres qu’on doit maintenir ouvertes à cause de l’humidité du bâtiment ». Le 2 mai 1841, l’archiviste du Nord, Le Glay, signalait « d’énormes bouffées de sulfure de potasse en dissolution » qui l’ont obligé, lui et son personnel, à fuir. Il s’inquiétait aussi de « l’altération que les émanations diverses du laboratoire de chimie peuvent faire éprouver à nos papiers et parchemins. On sait que les couleurs, et par conséquent l’écriture, sont très facilement altérables sous l’influence des agents chimiques. Ce n’est pas assez pour moi et mes collaborateurs d’être plongés dans l’atmosphère poudreuse et malsaine des archives, il faut encore que nous subissions d’autres causes d’insalubrité et d’incommodité »7. Le Glay n’eut de cesse de demander le déménagement de l’école de chimie ou, plutôt, la construction d’un nouveau dépôt, d’autant que le transfert des archives religieuses cambrésiennes avait commencé et que les magasins du Lombard étaient saturés. L’Hôtel des archives du Pont Neuf En 1839, les hospices de Lille réclamèrent leur local. Cette demande amena le Conseil général à décider la construction d’un nouveau bâtiment d’archives. Un emprunt d’un million quatre cent mille francs fut voté. Le lieu retenu fut l’ancienne tour-prison SaintPierre. Cette grosse tour de briques et de pierre, vestige des anciennes fortifications avant l’agrandissement décidé par Vauban était enchâssée dans des bâtiments plus récents comprenant un corps de garde donnant sur la rue Saint-André, des chambres, des cachots, une chapelle, entourant une cour. Elle appartenait à la ville de Lille et était située dans un « quartier aéré » proche de la préfecture (qui se trouvait alors rue Royale). 6 7 4 N 229 3 T 11 La tour-prison Saint-Pierre à Lille Le Conseil général échangea ce bâtiment contre une maison de santé sise rue de Paris. La destruction de la prison en 1841 – les détenus avaient été transférés à la nouvelle prison de Lille – libéra un vaste quadrilatère de 40 m sur 37 m, borné par les rues du PontNeuf, Saint-André, du Marché-aux-Bêtes et du Romarin. L’architecte choisi fut Victor Leplus8, l’auteur du Palais de Justice. Le projet fut approuvé par l’Inspecteur général des Bâtiments civils qui écrivit en 1840 : « L’ordonnance extérieure du bâtiment répond à l’esprit judicieux du plan, elle a de l’élégance et de la dignité. On y reconnaît un artiste de bonne école ; cependant on pourrait peut-être y reprocher dans quelques parties de viser plus à la richesse du genre palatial qu’à la gravité qui généralement constitue le véritable caractère monumental (…) Les divisions intérieures et les piliers principaux de la construction sont répartis de telle sorte que les planchers n’auront rien à redouter des charges considérables qu’ils auront à supporter »9. L’entrée principale était située rue du Pont-Neuf. Un vestibule séparait deux corps de bâtiments. Un escalier en saillie dans la cour intérieure desservait les différents niveaux par une galerie de communication. Au rez-de-chaussée, se trouvaient les logements de fonction : à droite, le logement de l’archiviste ; à gauche, celui du concierge. L’architecte avait évité l’utilisation du bois au maximum pour limiter les risques d’incendie. Le rez-de-chaussée était voûté, avec emploi de « ciment romain de Vassy » ce qui permettait de diminuer l’épaisseur des voûtes. L’édifice comprenait 3 étages, au sol carrelé de terre cuite ou de pierre de Landrethun pour les escaliers et le vestibule. Les soubassements du bâtiment étaient 8 9 Victor Leplus (1798-1851) 4 N 230 en grès jusqu’au niveau du sol, en pierre de Landrethun jusqu’aux appuis de fenêtres ; les corniches, consoles et cordons étaient en pierre d’Hordain ou de Lezennes. Les façades en briques de Deûlémont étaient couvertes d’enduit au mortier de sable imitant la pierre qu’il faudra peindre à l’huile dès 1847 pour les protéger de l’humidité. Des médaillons réalisés par Bougron, statuaire lillois, décoraient la façade principale Les médaillons de Philippe de Comines et de Jean Froissart étaient placés au dessus de la porte d’entrée. Huit médaillons représentant les comtes de Flandre étaient apposés plus haut : Baudouin Bras de Fer, Baudouin V, Baudouin IX, Jeanne de Flandre, Philippe le Hardi, Philippe le Bon, Charles Quint et Louis XIV. Une toiture en zinc recouvrait la charpente en orme du dernier étage. Les portes, fenêtres étaient en bois de chêne. Des volets également en chêne fermaient les baies du rez-dechaussée ; celles des étages supérieurs pouvaient être occultées par des stores de coutil La cour intérieure de l’Hôtel des Archives Le projet prévoyait l’installation de bureaux et d’un « musée » pour les documents les plus précieux, de 3 km de rayonnages en bois à claire-voie, fixes et disposés en épis, fabriqués par un menuisier local (les 3 rayons inférieurs pouvaient être fermés par une porte et formaient placards). En 1840, à Bruxelles, « on s’intéressa à la construction d’un édifice propre à renfermer les archives générales du royaume ». L’archiviste général du Royaume Gachard demanda communication des plans de Lille afin de s’en inspirer. La construction dura trois ans, d’avril 1841 à août 1844. C’est l’entrepreneur lillois Emile Rouzé qui en fut chargé. Plan du rez-de-chaussée Plan du 1e étage Le 10 octobre 1844, la translation des archives était achevée (sauf les plans) malgré le refus de l’armée de fournir son concours et un fourgon d’artillerie, comme promis. Les archives de la Chambre des Comptes et du Bureau des Finances furent déménagées en premier : le transfert dura 5 jours et s’acheva le 9 juillet 1844. Suivirent les archives religieuses de Cambrai dont le transfert s’étala du 22 août au 10 octobre 1844 et mobilisa 4 hommes et une voiture attelée d’un cheval. Chaque salle du dépôt du Pont-Neuf avait un nom. La salle Philippe le Hardi accueillait les fonds de la Chambre des Comptes ; la salle Fénelon, les archives des établissements religieux ; la salle Louis XIV, l’Intendance et la salle Napoléon, les « archives modernes » de la Préfecture. A l’occasion du déménagement, d’importants versements d’archives de la Préfecture eurent lieu, notamment toutes les archives de la période révolutionnaire qui furent placées dans la salle Louis XIV avec l’Intendance. Les autres archives « modernes » furent placées en vrac au rez-de-chaussée en attendant leur classement. Le Glay fit répandre une couche de sable sur le carrelage puis y fit « placer des planches séparées du sol par des traverses de bois et enfin recouvrir ces planches de feuilles de papier gris" » avant d’y stocker les documents. L’inauguration eut lieu le 26 août 1844, en présence du Préfet, du Conseil général, de deux généraux, colonels et lieutenants, de l’administration municipale lilloise, du président et vice-président du Tribunal civil, du Conseil d’arrondissement, des directeurs d’administrations … Parmi les participants, on pouvait reconnaître Bigo, le maire de Lille, Cleenwerck de Staplande, Lestiboudois, le comte de Brigode, Verley président de la banque de Lille, d’Herbigny … Le maintien de l’ordre était assuré par 25 hommes d’infanterie. Le roi Louis Philippe offrit aux Archives du Nord son buste en marbre blanc, sculpté par Pradier. Ce buste fut placé dans le péristyle de l’Hôtel des Archives. L’architecte décida de mettre la sculpture au dessus d’une plaque de marbre noir portant une inscription gravée commémorant l’inauguration du bâtiment. Le Glay fut chargé du texte. Il hésita sur la langue à utiliser et opta finalement pour le latin car les archives conservent de nombreux documents dans cette langue et car « de nos jours, le latin est presque toujours adopté quand il s’agit d’établissements littéraires et scientifiques (…) On sait en outre que cette langue se prête infiniment mieux à l’énergique concision du style lapidaire que le français surchargé d’articles, de conjonctions et de prépositions… »10. Sur la plaque, toujours conservée par les Archives du Nord, on peut lire : LUDOVICO PHILIPPO PRIMO REGNANTE11 FRANCORUM REGE FELICITER PROVINCIAM FRANCIAE BOREALEM PRUDENTER ADMINISTRANTE DD. EDMUNDO, VICE COMITE DE ST AIGNAN AD OMNIS AEVI REPONENDA DIPLOMATA, CHARTAS, ET CODICES NON MODO QUORUM NOTISSIMAE RATIONUM CAMERAE INSULENSI OLIM CUSTODIA DEMANDABATUR VERUM ETIAM QUOTQUOT EX VETERUM CURIARUM CAPITULORUM, ABBATIARUM, CONVENTUUM SERINIIS SERVATA FUERE NEC NON OMNIA QUAE AD RES PROVINCIA PUBLICAS RECENTIORI TEMPORE PERTINENT DOCUMENTA HAS AEDES NON INDIGNUM TANTIS THESAURIS ARCHIUM LIBERALI STUDIO SUMPTUQUE MUNIFICO CONSILUM GENERALE 10 11 4 N 230 Le Glay hésite entre « regnante » et « imperante » CONSTRUI, COAPTARI, ADONARI PROCURAVIT OPERAM DANTE D. VICT. LEPLUS, SOLERTI ARCHITECTO APERUIT AUTEM ET INAUGURAVIT PLAUDENTE CORAM POPULO DICTUS D. VICECOMES DE ST AIGNAN, PRAEFECTUS KALEND. MAI DIE FAUSTA ANNO DOMINI MDDCCCXIV12 Le hall d’entrée, la plaque commémorative surmontée du buste de Louis-Philippe par Pradier 12 Sous le règne heureux de Louis Philippe Ie, roi des Français. M le Vicomte Edmond de St Aignan étant préfet de la province du Nord de la France, pour conserver les anciennes et célèbres archives de la chambre des comptes de Lille, des Intendances, des anciens chapitres, abbayes, couvents et aussi de tous les actes de l’administration moderne, le Conseil général a construit, ordonné avec somptuosité cet édifice, sous la direction de Victor Leplus, architecte. inauguré le mai 1844 devant une foule en liesse par le dit vicomte de St Aignan, Préfet ». L’Hôtel des Archives, vue extérieure Un des magasins de l’Hôtel des Archives Un autre magasin Rayonnages en bois, formant placards Ce dépôt d’archives, le premier construit en France spécialement à ces fins, présenta très vite d’énormes défauts. Outre d’innombrables infiltrations d’eau au 3e étage par la toiture qu’il fallut recouvrir d’asphalte, c’est la conception même du bâtiment qui est source de problèmes. La hauteur sous plafond (4 m) obligeait les employés à grimper sur des échelles, mal commodes. La cour n’était pas prévue pour accueillir les véhicules. Le passage voûté par la rue Ropra ne laissait la place qu’à une brouette et une dénivellation de 2 m séparait la cour de la rue. Dès 1854, on craignit de « voir crouler les archives faute d’une fondation bien assise, car placées sur le souterrain qui reliait les deux tours de la porte Saint-André, sous la rue Saint-André »13 et qui s’est effondré, provoquant des mouvements de terrain ». En juin 1858, l’archiviste constata que « toutes les voûtes du bâtiment des Archives départementales étaient brisées à la clef, présentaient des fissures qui s’agrandissaient de jour en jour et menaçaient en définitive de s’écrouler. (…) Ces voûtes avaient été construites d’après un système vicieux : elles étaient faites de deux briques à plat et n’avaient que 0, 25 m de flèche sur 6 mètres de portée. Ainsi surbaissées, elles n’avaient pas le degré de solidité nécessaire pour supporter le poids des carrelages et des casiers qui garnissent les différentes salles de l’établissement »14. De 1858 à 1861, on procéda à des travaux de reconstruction des voûtes fissurées et des consolidations des arcs doubleaux. Ce dépôt d’archives ne disposait d’aucune salle de lecture. En 1910, Max Bruchet, archiviste du Département, fit installer un « bureau du public » de 12 places, dans un ancien magasin15. Une mezzanine à mi-hauteur permettait d’utiliser le mur pour la bibliothèque. On retrouvera cette mezzanine dans le dépôt de la rue Saint-Bernard, mezzanine qui sera conservée lors de la restructuration actuelle. Différents travaux tentaient de moderniser les Archives. En 1928, on montait le chauffage central au rez-de-chaussée, dans la salle de tri et de reliure (jusque là, ces locaux étaient chauffées par un poêle à charbon). Les magasins dans les étages restaient dépourvus de chauffage. La même année, les Forges de Strasbourg installaient des rayonnages métalliques réglables. Les bureaux des étages étaient électrifiés et des WC intérieurs étaient édifiés. Le circulation verticale était jusque là assurée par un escalier. En 1930, on installa un « monte-plats » électrique qui permettait la communication des documents en salle de lecture. 13 4 N 230 4 N 231 15 En 1911, on compte 20 588 communications 14 La salle de lecture aménagée à l’Hôtel des Archives En 1908, les Archives étaient ouvertes au public tous les jours non fériés, de 9 h à midi et de 14 h à 17 h. Elles étaient fermées en août. Les demandes, formulées sur un imprimé spécial, devaient être remises « à l’employé » avant 11 h le matin et 16 h l’après-midi. Le maximum autorisé de documents par lecteur fut fixé à 10, chiffre ramené à 6 en 1921. Un « garçon de bureau », installé au 2e étage, était averti par une sonnette de l’arrivée de bulletins de demandes par le monte-charge. Un code précisait l’étage où se trouvaient les documents demandés (1e étage, 2 coups ; 2e, 3 coups ; 3e, 4 coups). Les documents à réintégrer étaient placés le matin, dès 8 h, dans le monte-charge. La multiplication des annexes En 1901, Jules Finot signalait dans son rapport au Préfet la saturation prochaine du dépôt du Pont-Neuf. Depuis 1844, les archives avaient reçu les fonds du Tabellion de Lille, du Parlement de Flandre, des Ponts et Chaussées, des tribunaux et de l’Enregistrement de Cambrai. La nouvelle réglementation va les obliger à accueillir les journaux et les archives notariales. Des versements importants (6 tonnes) de la Trésorerie générale et de la Préfecture ont eu lieu. On envisagea tout d’abord d’agrandir, sur place, le dépôt en achetant des maisons de la rue Ropra. Finot proposa « la création à la préfecture d’un dépôt où les archives seraient conservées une dizaine d’années pour les besoins administratifs »16 avant d’être triés et versés aux archives. Le Conseil général, en 1909, opta finalement pour la construction d’une annexe, rue Jacquemars – Giélée qui offrirait 3 km supplémentaires de rayonnages (en 1908 les Archives du Nord conservaient 9 km d’archives, dont 3 km pour les séries anciennes). On choisit comme architecte Léonce Hainez qui avait déjà réalisé l’Institut Pasteur de Lille ou le théâtre Sébastopol. Il construisit un bâtiment tout en ciment armé, de 4 étages de galeries soutenues par des montants verticaux espacés de 3 m. Chaque étage était desservi par un escalier central, des passerelles reliaient les magasins. Les murs étaient dépourvus de fenêtres et l’éclairage se faisait par des lanterneaux sur le toit. Les rayonnages fixes étaient également en béton. La hauteur des magasins n’excédait pars 2,10 m ce qui évitait l’emploi d’échelles malcommodes. Une salle de tri indépendante des magasins fut aménagée. Un monte charge d’abord manuel sera électrifié en 1954. L’annexe de la rue Jacquemars-Giélée 16 4 N 232 L’annexe de la rue Jacquemars-Giélée En 1933, de sinistres fissures apparurent sur les murs et les voûtes de l’Hôtel des archives. Des blocs se détachaient de la façade. Il fallut évacuer immédiatement les 2e et 3e étages et poser des tirants de fer. Fissures sur la façade Les archives furent transférées dans l’ancienne prison de Lille, située avenue du Peuple-Belge, bâtiment délabré qui venait d’être fermé pour cause d’insalubrité. En 1940, la vieille prison bombardée est devenue inutilisable. Une nouvelle annexe est installée au sous-sol de la Faculté de droit en 1942. La prison de Lille affectée aux Archives Etançons au 2e étage de l’Hôtel des Archives Le sous-sol de la faculté de Droit de Lille Le Département loua en 1947 aux frères Delahaye une malterie construite en 1870 et située à l’angle de la rue Kuhlmann et du boulevard Victor-Hugo. Ce vaste bâtiment, parfois assez humide, comprenait 2 sous-sols voûtés, un rez-de-chaussée, 4 étages et un grenier et disposait d’un quai de déchargement. En 1948, 6 km ½ de rayonnages à claire-voie y furent montés ; l’année suivante, on installa l’électricité et l’eau. En 1950, cette annexe fut équipée d’un ascenseur. La malterie de la rue Kuhlmann L’intérieur de l’annexe Kuhlmann Une dernière annexe fut aménagée rue Saint Bernard, dans l’ancien couvent des Bernardines. Le domaine séquestré des Bernardines d’Esquermes avait été acquis par le Département le 24 octobre 1906. Il était compris entre les rues d’Esquermes, SaintBernard et le boulevard de Metz. Les bâtiments furent alors transformés en clinique psychiatrique et en école de redressement. La clinique fut fermée en 1944 et l’Assistance publique récupéra les locaux. Les anciens pensionnats des Bernardines, situés rue SaintBernard, avaient été loués par l’Etat en 1919 pour y installer le service des dommages de guerre. On y construisit un bâtiment provisoire dit « les 18 Nefs » à cause de ses toitures parallèles. 5 à 600 tonnes de documents y étaient stockés. Les archives héritèrent des locaux en même temps que des dossiers. Cette nouvelle annexe comprenait deux bâtiments séparés mais accolés : une partie de l’ex pensionnat des Bernardines, en briques, qui formait une vaste salle, avec une toiture vitrée ouvrant sur la rue Saint Bernard et ce qui restait des « 18 Nefs » après la démolition de 7 travées pour la construction de l’école des bateliers. Le tout était délabré, malpropre, envahi par les oiseaux, les fourmis rouges et les rats. Les 18 Nefs Aménagement intérieur de l’annexe Saint-Bernard Le bâtiment de la rue Saint Bernard En octobre 1951, le Conseil général du Nord décida la construction d’un nouveau dépôt, rue Saint-Bernard. Ce projet fut abandonné en 1952 puis repris en 1953. En 1956, le concours d’architectes était lancé. Seize candidats furent retenus et le 6 juin 1956, c’est le projet Fauchille – Vantyghem qui fut adopté. Le projet comprenait des magasins pouvant contenir 30 km de rayonnages, avec chambre forte, salles de tri, de lecture, d’exposition, ateliers, bureaux et logements de fonction pour le directeur et le concierge. La construction coûtera 3 914 000 F dont 30 % à la charge de la Direction des Archives de France et 70 % à celle du Département. Le projet fut approuvé par le Conseil général des Bâtiments de France. Les travaux commencèrent au printemps 1957 et s’achevèrent au printemps 1960. La structure du bâtiment est en béton armé, le remplissage en briques creuses. Le dépôt est séparé de la rue Saint-Bernard par une large pelouse et une grille ornée de lions de Flandre héraldiques, très vite disparus. Il comporte deux éléments séparés : les magasins et le bâtiment administratif. Les magasins forment un parallélépipède de 63 m sur 12, à 9 niveaux, en béton brut, sans effet esthétique, fonctionnels et économiques. On y a utilisé la technique des rayonnages autoporteurs des Forges de Strasbourg. Les planchers de 8 cm d’épaisseur ne sont que de simples dalles de béton coulées sur l’ossature pour permettre la circulation et l’isolation. Les murs et plafonds sont blanchis, les sols sont recouverts de plastique pour éviter la poussière. Le dépôt est éclairé par de larges fenêtres en verre inactinique dit Verre de Compiègne censé atténuer les effets nocifs du rayonnement solaire. Les rayonnages sont disposés en épis (37 épis par étage), une allée de circulation est placée de chaque côté le long des fenêtres. Une fois tous les étages équipés, ils offriront 37,5 km linéaires. Les magasins par mesure d’économie ne sont pas chauffés (hormis la chambre forte) mais sont équipés d’éclairage électrique (en 110 V). Ils sont desservis par un seul monte charge et un escalier. Chaque salle dispose d’un escalier de secours extérieur, de portes coupe-feu et de détecteurs incendie. La toiture est en cuivre, à faible pente et à joints debouts. La salle de lecture est prévue pour accueillir 30 lecteurs. « On pourra pousser en cas d’affluence jusqu’à 40, 45 », écrit Michel Duchein17 17 Michel DUCHEIN, Le nouveau bâtiment des Archives départementales du Nord à Lille, extrait de Rassegna degli Archivi di Stato, XXIII, n°2, Maggio – Agosto, 1963. La construction des magasins La construction du bâtiment administratif La salle de lecture La salle de tri Intérieur d’un magasin. Le système auto-porteur L’annexe de la rue de Douai En 1983, en raison de volumineux versements administratifs et malgré d’actifs travaux de tri et d’élimination, les magasins de la rue Saint-Bernard sont saturés, avec 36 000 ml de rayonnages occupés et 2000 ml de dossiers entreposés sur le sol. Après examen de plusieurs projets (extension sur place, déménagement dans les « Grands magasins de l’Armée », extension dans l ‘église désaffectée du Saint-Curé d’Ars sise en face des Archives), il est finalement décidé de créer un dépôt annexe dans les deux niveaux inférieurs de l’ancienne usine Le Blan, libérés par le départ des Etablissements Leroy-Merlin ; Un peu plus de 20 000 ml de rayonnages sont installés, la protection contre l’incendie est assurée par des détecteurs et par un système d’extinction d’incendie par pulvérisation d’eau, les accès au bâtiment sont protégés par un système d’alarme. Des espaces sont laissés libres pour l’aménagement éventuel de bureaux et d’une salle de lecture. Les travaux sont achevés en septembre 1986. Quel avenir pour les bâtiments des Archives départementales du Nord ? Dès 1995 Claude Lannette, alors directeur des Archives départementales, attire l’attention sur les problèmes posés par l’exiguïté des locaux d’accueil du public et de travail du personnel et ce en dépit des modifications apportées à l’aménagement initial des locaux. Ainsi, le nombre de places de la salle de lecture (30 à l’origine) avait été porté à 80 par l’adjonction de nouvelles tables et de 30 lecteurs de microfilms mais c’est de 100 à 150 chercheurs qui souhaitent entrer chaque jour en salle de lecture. Quand à la salle des inventaires elle avait été rendue inutilisable par la présence quotidienne de 20 lecteurs consultant des documents. La surpopulation, la présence de grandes ouvertures orientées est sudest, ne permettaient pas de contrôler la température de ces espaces qui n’étaient pas accessibles aux handicapés et qui n’étaient pas conformes aux normes de sécurité pour l’accueil du public. La salle d’expositions s’avérait trop petite et servait de plus en plus à accueillir des groupes. La salle de réunion aménagée en mezzanine au-dessus de la salle de lecture en 1992, avait été neutralisée depuis lors par l’installation d’une dizaine de microordinateurs indispensables pour la mise en route de la phase préliminaire de l’informatisation des Archives. La salle de tri avait été peu à peu envahie par des meubles à plans et il n’y avait plus aucun espace disponible pour les travaux de tri et de classement des fonds. Enfin le nombre des bureaux était notoirement insuffisant. Meubles à plans installés dans la salle de tri. Les documents à classer sont posés sur ces meubles Surpopulation de la salle de lecture Très consciente de cette situation l’assemblée départementale inscrit au budget 1996 les crédits jugés alors nécessaires. Le projet ne portait à l’origine que sur l’extension des locaux d’accueil du public et de travail du personnel. C’était compter sans l’imbrication entre locaux d’accueil et bureaux et sans la nécessité absolue de créer un espace pour la conservation des cartes et plans de manière à pouvoir rétablir la salle de tri initialement conçue. Le projet a donc évolué pour aboutir à un bâtiment plus vaste, accessible aux handicapés, restructuré dans le sens d’une meilleure fonctionnalité, rénové, câblé et protégé contre l’effraction et l’incendie. Le bâtiment, inauguré le 14 octobre 2004, est l’œuvre de Stéphane Goulard, architecte à Marcq-en-Baroeul, À l’extérieur la façade en cuivre oxydé, symbole de pérennité, ne va pas manquer de marquer de son empreinte le quartier environnant. A l’intérieur les sols gris et rouges, les murs gris, blancs et rouges et le mobilier (conçu par l’architecte d’intérieur, François Andrieux) en wengé Le projet des architectes Goulard-Brabant créent une ambiance un peu sévère mais accueillante et propice à l’étude. Au rez-de-chaussée, la salle d’expositions de 100 m² ouvre directement sur le hall d’entrée, relié par un ascenseur aux espaces publics des premier et second étages. Au premier étage la salle de lecture se compose de deux espaces séparés par la banque d’accueil et de renseignements : le premier, de 83 places (dont 3 pour la consultation des documents de grand format), réservé à la consultation des originaux ; le second, de 64 places, conçu et équipé pour la consultation des microfilms, des documents numérisés et des bases de données des Archives. Les chercheurs disposeront également d’une salle d’inventaires, d’une salle pour la consultation des albums de reproductions des collections iconographiques des Archives, d’une salle pour les prises de vue photographiques et d’une salle de travail spécialisée. Au deuxième étage une salle de 163 m² permettra d’accueillir les classes et autres groupes et d’organiser conférences et colloques. Une salle pour la conservation des cartes et plans, climatisée et équipée de meubles à plans sur rails, et un atelier de numérisation ont été aménagés au sous-sol en même temps qu’étaient rénovés l’atelier de reliure et le laboratoire photographique. Des bureaux supplémentaires ont été créés à tous les étages et la salle de tri rendue à sa vocation initiale. Enfin un second montecharges a été installé pour faciliter la liaison avec les magasins et donc la communication des documents en salle de lecture. Ne reste maintenant plus qu’à procéder aux travaux de mise aux normes et d’extension du bâtiment Magasins dont l’esthétique peu reluisante des années 1960 va trancher avec celle du nouveau bâtiment et qui ne répond en rien aux normes de conservation des archives (trop de fenêtres, pas de maîtrise de la température et de l’hygrométrie et surtout pas de sécurité contre l’incendie). L’extension, qu’il serait souhaitable de prévoir sur place, est d’autant plus indispensable que les espaces réservés à la conservation des documents (annexe comprise) seront saturés en 2009. Puissent ces travaux se faire et ajouter au havre qui a été conçu pour le public des Archives un écrin digne du patrimoine prestigieux conservé aux Archives départementales du Nord.